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                    <text>����ÉRASME ET L’ITALIE

�LES

CAHIERS

DE

PARIS

dirigés par Claude Aveline et. Joseph Place.

PREMIÈRE SÉRIE,
LE
A

T IRAGE

1500

50

DE

1925 .

CHAQUE

E X E M P L A IR E S

E X E M P L A IR E S ,

NOS

CAHIER III.

C A H IE R

E ST

NUM EROTES,
I

A

5 o,

SUR

D ’ A R C H E S ;1 4 2 5 E X E M P L A I R E S , n OS 5 1
SU R

V É L IN

D ’ALFA

E X E M P L A IR E S ,
DE
PAR

M ADAGASCAR
LES

DES

P A P E T E R IE S

NO S 1 4 7 6 A
(C E S

M É D E C IN S

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x e m p l a ir e

l5 o o ,

B IB L IO P H IL E S

N°

P A L A I S ).

1 4 6 7

:

VERGÉ
a

1475,

L A F U M A ,25

SUR

D E R N IE R S

B I B L I O P HIL E S D U

L IM IT E

S A V O IR

P A P IE R

SOU SCR IT S
ET

LE S

��Tous droits réserves.
Copyright by P ierre de Nolhac.1
5
2
9

�Il y a des livres qu'on projette toute sa vie
et qu'on n'écrira jamais. Parmi ceux que le
temps perdu auprès de Madame de Pompa
dour et de Marie-Antoinette m’aura empêche
de publier, j e regrette cet Erasme en France
qui eût conté les liaisons du grand humaniste
avec les hommes de notre pays. Je rêvais d'y
montrer quelle influence eut sur notre génie
celui qui fut le vrai maître de Rabelais et par­
ticipa, par ses Adages et ses Colloques, à
l’éducation de Ronsard et de Montaigne.
Je n’aurais pas eu moins de plaisir à col
liger une Centuria selecta Desiderii Erasmi
Roterodami epistolarum ad ltalos et Gallos
illustres et à l’imprimer dans une ville aimée
d’Erasme, avec un titre ainsi conçu : Lutetiae
Parisiorum collegit et adnotationibus non-

�6

ÉRASME ET L’ITAIJE

nullis instruxitPetrusdeNobiliaco Arvernus.
Un tel choix, fait avec discernement, et muni
d'une préface abondante, eût conféré à mon
nom latinisé cette immortalité des références
bibliographiques, la mieux assurée de toutes,
que nos œuvres en langue vulgaire ne pro­
mettent point avec la même certitude.
Quelque membre de l’Association B udé ne
pourrait-il reprendre un tel dessein? Erasme
épistolier trouverait des lecteurs. Osons dire,
une bonne fois, que l'enseignement des huma­
nités gagnerait en agrément et en utilité à
joindre aux textes antiques les meilleurs mor­
ceaux de cette langue colorée et vivante, qui
fut celle de l'humanisme de la Renaissance.
On stimulerait la curiosité des étudiants et
des maîtres par ces beaux textes, où le latin
ne perd rien de ses vertus pédagogiques pour
avoir rajeuni son vocabulaire et s'être mis au
service de pensées modernes. On ouvrirait, en
même temps, des vues sur ce grand mouvement
spirituel d’où nos récentes littératures natio­
nales sont issues.
Dans un trésor si neuf, la poésie ne le céde­
rait guère à la prose. Notre Muret des

Juveni-

�ÉRASME E T L ’ITALIE

7

lia, notre Michel de l’Hospital ne sont-ils pas
dignes de leurs amis de la Pléiade, qui, malgré
la diversité des langages, les tinrent pour leurs
émules ? Je n’ai cessé, pour ma part, dès
que j e les ai connus, de préférer la lecture
de Pétrarque ou d'Erasme à celle de Cicéron,
et. de demander à de bons humanistes, nés
chrétiens et français, une introduction auprès
des Anciens, nos communs maîtres.
L'essai qu 'on va lire, et qui respire ces idées
sans les exprimer, fut écrit par un jeune éru­
dit, pour compléter un travail paru sous ce
titre : Érasme en Italie, élude sur un épi­
sode de la Renaissance, avec douze lettres
inédites d'Erasme (Paris, Klincksieck, 1888 ;
'3‘ édition, 1898). Ce livre, souvent cité par
les modernes critiques d'Erasme, réunissait
par centaines les mentions et allusions se
rapportant à un voyage plus célèbre que con­
nu, et ce groupement permettait un récit
presque sans lacunes. Il eut des lecteurs en
Italie et dans les pays érasmiens : Van der
Haegen, de Gand; Sieber, de R âle; J.-B . Kan,
de Rotterdam, le discutèrent avec bienveil-

�8

ÉRASME E T L’ITALIE

lance. Chez nous, M. Renan et l'abbé Du
chesne l 'honorèrent de leur intérêt ; plus tard,
P. S. Allen, A. Renaudet et d’autres l'ont
utilisé. L'auteur peut donc avouer sa pré­
dilection pour ce petit ouvrage, qui lui fit
faire, à son grand profil, le tour des grands
in-folio de l’édition de Leyde.
Il revenait alors d’Italie, encore dans
l’ivresse intellectuelle d’un séjour où les biblio­
thèques avaient tenu autant de place que les
musées, où l’unité du génie lutin s ’était révélée
à lui par l'entretien des savants et l'amitié
des jeunes hommes. Cet enseignement et cet
accueil furent-ils transposés involontairement
au temps d’Erasme dans les pages que prit
Brunetièrepour la Revue des Deux Mondes ?
En les relisant aujourd'hui, j e ne serais pas
éloigné de le penser. Mais en retoucher quelque
tableau, ou les récrire d’un style plus sûr,
leur ôterait l’attrait de la sincérité.
La jeunesse s’y marque aussi par la façon
audacieuse dont les problèmes graves sont
abordés. Cette façon, du moins, parut telle
à certaines gens. On s’en choquerait peu de
nos jours. J’ai même acquis des raisons nou-

�ERASME E T L ’ITALIE

9

celles de montrer dans Erasme un catholique
et un assez bon fidèle. N ’oublions pas que cet
esprit si libre avait posé lui-même des bornes
à sa liberté. J’essayais déjà d’expliquer com­
ment et sous quelles influences. J'insistais sur­
tout sur la nécessité de disjoindre complètement
les deux notions de Renaissance et de Réforme.
L'idée en était moins familière qu aujourd’hui,
où l’on commence à voir plus clair dans ce dif­
ficile chapitre de l'histoire des esprits.
Paris, mars 1925.

��O mon vieux maître Érasme, incomparable ami !
Je me plais aux leçons que ton bon sens distille,
Et je goûte, évoquant ta sagesse subtile,
Ce latin généreux sur la page endormi.
A ta voix l’hypocrite et le sot ont frémi
Et, tandis qu’à ton seuil grondait leur foule hostile,
La plume fut ton arme, ô maître ! et ton beau style
A laissé sa blessure au flanc de l’ennemi.
T u quittais à regret les livres et les Muses ;
Mais, pour cingler le vice et démasquer les ruses,
Ton ironique fouet savait siffler dans l’air.
Si j ’ai bien pénétré dans ton âme profonde,
Enseigne-moi le franc parler et le m ot clair,
Et le mépris des fous qui gouvernent le monde.

��Érasme est l'homm e de la Renaissance.
S’il faut choisir un nom pour caractériser
cette période glorieuse, le sien vient le pre­
mier à l’esprit. Dans la révolution morale
qui secoua l’Europe du Nord engourdie par
la scolastique, pour la ramener au mouve­
ment et à la vie, nul n’a dépensé plus de
forces, ni utilisé plus de talent. Nul aussi,
parmi les travailleurs à l’œuvre commune,
ne mérite d ’être étudié avec plus de sympa­
thie. Cette étude, il est vrai, est fort déli­
cate. La grande figure d’Érasme participe
trop à l’extrême complexité de son époque.
Il est difficile de bien connaître les hommes
d’une activité aussi multiple, d ’une vie aussi
mêlée à leur temps. On les apprécie sou­
vent d ’après des témoignages sans contrôle;

�14

ÉRASME E T L ’ITALIE

on les condamne en bloc sur certains dé­
fauts saillants, ou on les glorifie pour ce
(|u’ils ne furent pas. Mais l'érudit qui les
cherche sincèrement dans leurs livres et
prend la peine de les replacer dans leur
milieu découvre en ces âmes singulières
tant de côtés inattendus, qu’il aime mieux
laisser à d ’autres le soin de les juger et les
goûter que les définir.
Cet aveu encourage à des recherches
nouvelles sur un sujet toujours obscur par
quelque point. Le hasard nous a servi en
nous faisant retrouver, à la bibliothèque du
Vatican, un certain nombre de lettres iné
dites de ce grand homme. Plusieurs de ces
lettres se rapportent précisément à un des
moments les moins connus de sa carrière :
à son voyage en Italie. Elles ont quelque
valeur de docum ent par les points de bio­
graphie qu’elles permettent de fixer avec cer­
titude ; elles ont paru en avoir aussi par les
observations qu’elles invitent à grouper. La
place que tient l’Italie dans la vie d’Érasme,
dans le développement de son caractère d ’hu­
maniste, et même dans la formation de ses

�ÉRASME ET L’ITALIE

i5

opinions religieuses, n’a pas été, croyonsnous, indiquée com m e elle le mérite . C’est un
point de vue qu’on a laissé dans l’ombre, et
le portrait du philosophe gagnera peut-être
quelques traits à celui du voyageur.

�I
On peut croire que l’ Italie exerça sur
Érasme une influence profonde et durable,
quand on songe à quelle époque il l’a visit
ée et à la durée de son séjour. Il y a
vécu prés de trois années, de 1506 à 1509,
et dans un moment décisif pour les destinées
de la Renaissance. Ses liaisons y furent très
nombreuses et ses études très variées. Beatus
Rhenanus nous dit bien qu’ « il apporta
dans ce pays la science que les autres y
venaient chercher » ; mais c’est là une exa­
gération de biographe, et il est permis de
douter de ces jugements portés après coup,
où l’amour de l'antithèse entre sans doute
pour quelque chose.
Érasme avait près de quarante ans quand
il franchit les Alpes, et il semble, à regarder

�ÉRASME E T L'ITALIE

17

son histoire, que ce voyage appartienne
encore à sa jeunesse, du moins à cette période
de préparation intellectuelle qui se prolon­
geait si longtemps chez les hommes d ’au­
trefois. A peine sorti du couvent, où on
l’avait enfermé malgré lui, le jeune Hollan­
dais avait couru le monde, cherchant à satis
faire son immense besoin d’étude et à répa
rer, dans les universités et chez les maîtres,
une éducation mal commencée. Il avait
appris tout seul le grec, dont il sentait la
nécessité pour mieux pénétrer l’Écriture
sainte, et qui était encore presque entière
ment ignoré dans les pays transalpins. Il
avait eu ses premières escarmouches avec
les moines et les théologiens de l’école
régnante, qui avaient été les tyrans de sa
jeunesse et qui restèrent les adversaires de
toute sa vie. Il avait séjourné à Louvain, à
Paris, à Orléans, à Londres, dans les princi
paux centres intellectuels du temps, et s’était
lié partout avec les savants. Cependant, si
nous examinons l’œuvre imprimée d ’Érasme
A cette date, nous trouvons qu’elle n’est
encore ni considérable ni populaire. Il a fait

�18

ÉRASME ET L’ITALIE

quelques traductions, quelques livres d ’édu­
cation, quelques commentaires sur saint
Jérôme ; son nom est. connu d’un cercle
d’amis ; il excite déjà, dans certains milieux,
ces colères et ces haines dont la violence fera
une part de sa gloire ; mais il n’a pu trouver,
pendant sa vie nomade et souvent difficile,
ni le loisir des grands travaux d ’érudition
qui éblouiront son siècle, ni l'inspiration
des satires qui charmeront la postérité.
A son retour d ’Italie, il en va tout autre­
ment. Érasme de Rotterdam n’est plus le
même personnage : son recueil des Adages
est aux mains de tous les gens instruits ; il
compose l'Eloge de la folie; il public cette
série de Colloques et de traités latins, (pii
vont achever de gagner l’Europe à l’esprit
de la Renaissance ; il entreprend enfin celle
prodigieuse correspondance internationale,
à la fois littéraire, politique et religieuse,
dont on ne peut rapprocher que deux cor­
respondances analogues, en des temps fort
différents : celle de Pétrarque, avant lui, et,
après lui, celle de Voltaire. Comme ces deux
grands hommes, il devient le roi intellectuel

�ÉRASME ET L ’ITALIE
de son époque, consulté par tout ce qui
pense, écoulé par tout ce qui réfléchit ; son
public se forme autour de lui : son rôle
d’éducateur des princes et des peuples va
commencer. Aussi les trois années dont on
peut résumer l’histoire sont-elles importantes
dans sa vie. Ce voyage d ’Italie, que nous rat­
tachons à sa jeunesse, en marque nettement la
fin, et l’on doit conclure que la formation du
grand humaniste du Nord s'achève dans la
patrie de l’humanisme.
Paris avait été, au xiii ° siècle, le grand
foyer de la science en Europe ; au xv° l’Ita­
lie avait repris ce rôle, et ses universités,
surtout Bologne et Padoue, appelaient la jeun
esse de tous les coins du monde. La France
elle-même commençait à y envoyer ses étu
diants, et, pendant tout le X V I ° siècle, nos
prélats, nos magistrats, nos érudits tinrent
à honneur de prendre leurs grades dans les
écoles de la péninsule. Telle était aussi l’in
tention d ’Érasme, quand il partit pour l’Ita­
lie. Il n’était point encore docteur en théo­
logie et, bien qu’il dédaignât les titres off i -

�20

ÉRASME E T L'ITALIE

ciels, « le vrai docteur étant celui qui
montre sa science par ses livres », il vou­
lait sacrifier au préjugé du temps et mériter
com m e les autres d ’être appelé magister nost
er. Une autre raison l’attirait plus vivement
encore : il désirait se perfectionner dans la
langue grecque, dont les bons maîtres
n’avaient pas encore passé les Alpes.
Depuis sa jeunesse, il rêvait ce voyage.
Trois fois il avait dû partir; le manque d’ar­
gent l’avait toujours arrêté. En 1506 seule­
ment, l’occasion se présenta. Il vivait à
Londres, au milieu d’une société de gens
instruits dont Holbein a fait plus tard les
portraits ; il comptait parmi ses meilleurs
amis un hom m e qui a marqué sa place au
premier rang des grands esprits du siècle,
Thomas More. Un médecin du roi Henri VII,
Génois fixé en Angleterre, voulant envoyer
ses deux fils achever leur éducation dans
son pays, offrit à Érasme de les accompa­
gner pour diriger leurs études. Il accepta
avec empressement, et le voilà mettant ordre
à ses affaires et faisant ses préparatifs de
départ. Un tel voyage alors était chose grave :

�ÉRASME E T L'ITALIE

21

ses amis s’en effrayèrent et essayèrent de l’en
dissuader; ils craignaient qu’il ne revînt
pas : « Si pourtant nous le revoyons, écri­
vaient-ils, cc sera avec un beau titre et une
belle gloire ! »
Érasme arriva à Paris au milieu du mois
de ju in . La traversée de la Manche, qui fut
mauvaise, avait duré quatre jours. 11 se
reposa parmi des amis qu’il aimait particu­
lièrement el dont plusieurs étaient pour lui
de vieux condisciples ; un d’eux est célèbre :
c ’est le restaurateur des lettres grecques en
France, Guillaume Budé. Le voyageur s’ar­
rêta quelques jours à Orléans, puis à Lyon,
où les personnages doctes de la ville le
reçurent honorablement. Les savants ne fai
saient pas alors l’unique attrait de Lyon, si
nous en croyons un jo li colloque : les
auberges étaient confortables et les servantes
tout à fait accortes ; Érasme insiste fort sur
ces souvenirs de voyage. Il traversa les
Alpes, au mois d ’août, avec scs jeunes com ­
pagnons, composant des odes latines au pas
de son cheval, dans les cols couverts de
neige : « Je commence, disait-il, à sentir

�ÉRASME ET L ’ITALIE
les soucis de l’âge. Je n’ai pas encore qua­
rante ans et déjà, ô mon ami, mes cheveux
sont clairsemés, mon menton grisonne, mon
temps printanier est fini. Tandis que je mêle
aux travaux sacrés les travaux profanes, le
grec au latin, tandis que je prends plaisir à
gravir les Alpes neigeuses, à me faire aimer
des uns, admirer des autres, voici que fur
tivement la vieillesse s’est glissée vers moi,
et je m’étonne d’en apercevoir les premiers
signes. » Évidemment, Érasme parle ici
com m e font les poètes quand la vieillesse
n’est point trop prochaine.
A peine descendu en Piémont, il se fait
recevoir docteur à l’université de Turin. Il
est séduit par l’amabilité des habitants de la
ville, et l’on voit que le charme de l’Italie
com m ence à agir, dès son arrivée, sur cet
homme du Nord. Mais il ne séjourne pas
longtemps à Turin, ayant décidé de passer
l’année scolaire à Bologne. En traversant la
Lombardie, il visite la chartreuse de Pavie,
dont la construction et l’embellissement ont
été l’œuvre favorite des Visconti et des Sforza.
La façade de l’église, cette merveille du décor

�É R A S M E

E T

L ’I T A L I E

2 3

architectural, est alors à peu près terminée.
Érasme parle quelque part du monument,
mais ce n’est pas l’admiration qui l’emporte
dans sa mémoire : « Quand je suis allé dans
le Milanais, dit-il, j ’ai vu un monastère de
chartreux, non loin de Pavie ; il y a une
église qui, au dedans et au dehors, et du
haut en bas, est entièrement construite de
marbre blanc ; tout ce qu’elle contient ou à
peu près, autels, colonnes, tombeaux, est
aussi de marbre. A quoi bon tant de dé
penses pour faire chanter dans un temple de
marbre quelques moines solitaires ? Pour
eux-mêmes, cette richesse est un ennui, car
ils sont importunés par une foule d ’étran­
gers, qui viennent chez eux uniquement pour
l’église et pour le marbre. » Combien d ’ob­
servations du même genre va faire, dans la
suite de son voyage, cet ami trop exclusif de la
simplicité évangélique ! Érasme, qui com ­
prendra si bien certains cô tés du génie italien,
restera indifférent ou hostile à des manifes­
tations du même génie : le luxe, les arts,
l’éblouissante vie des cours et la magnificence
profane mise au service de l’idée religieuse.

�24

ÉRASME E T L’ITALIE

Nos étrangers ont mal pris leur temps
pour voyager dans la Haute Italie. Une
guerre interminable désole ce malheureux
pays. En ce moment même, les troupes de
Louis X ll n’ont pas repassé les Alpes, et celles
de Jules II sont occupées à reconquérir les
places détachées du domaine de l’Église. Les
Bolonais sont des sujets révoltés ; l’armée
du Saint-Siège marche contre eux, et le pre
mier séjour d ’Erasme à Bologne est in ter
rompu brusquement par l’arrivée de l’en­
nemi. Il doit chercher un refuge au delà de
l’Apennin et choisit Florence, alors paisible
au milieu de l’Italie en armes.
C’est une belle année que l’an 1506, pour
venir à Florence. L’ardente campagne de
Savonarole n’a point arrêté l’œuvre de la
Renaissance. La tranquillité dont jou it l’État
florentin attire de tous côtés les artistes :
Léonard, Michel-Ange, Raphaël, Fra Barto
lomeo, André del Sarto ont en même temps
leurs ateliers ouverts. Erasme, nous l’avons
dit, n’est pas préparé à leur rendre visite,
mais peut-être entrera-t-il dans les cercles
littéraires. Aux Orti Oricellarii, un hom m e

�ÉRASME E T L ’ITALIE
d ’esprit et de savoir, l’historien Bernard
Ruccellai, a recueilli les restes des collections
des Médicis ; les réunions savantes qu’il y
préside rappellent celles qui se tenaient,
quelques années auparavant, autour de Lau­
rent le Magnifique ; tous les lettrés de la
ville s’y rencontrent, et, parmi eux, le secré­
taire de la république, Nicolas Machiavel.
Érasme, qui admire si profondément les
grands humanistes toscans du xv" siècle,
les Poggio et les Politien, cherche sans doute
à connaître leurs successeurs. On le présente
à Ruccellai. Celui-ci, qui écrit le latin com me
un Salluste, se pique de ne parler qu’italien.
Érasme est fort embarrassé : « De grâce, lui
dit-il, vir praeclare, ne vous servez pas de
cette langue ; je ne l’entends pas plus que la
langue indienne. » Ruccellai s'obstine, et
la conversation ne va pas plus loin. Si
Erasme a rencontré beaucoup de semblables
résistances, on comprend qu’ il ne se soit
pas fait de relations à Florence et qu’il
ait regretté d ’y perdre son temps. Pour se
consoler, il traduit du grec et vit, dans
les livres, avec les Florentins d ’autrefois.

�E RASME E T L'ITALIE
Enfin, les chemins sont libres : Bologne
est au pape. Erasme y revient précisément
pour assister à l’entrée triomphale de Jules II.
Cet épisode a laissé dans son esprit des
traces singulières. C’est la première fois
qu’il se trouve en présence du vicaire de
Jésus-Christ, du représentant de Celui dont
le royaume n’est pas de ce monde et qui a
maudit les œuvres de l’épée. Il lui apparaît,
dans tout l’éclat d ’un triomphe païen, au
milieu des trophées et des acclamations de
guerre, casque en tête et cuirasse au flanc»
Le lendemain, l'imperator redevient pontife
et célèbre une messe solennelle à la cathé­
drale; mais le premier spectacle ne s’effa­
cera point de la mémoire d ’Érasme. Un
monument va d ’ailleurs le lui rappeler tous
les jours ; il voit s’élever, sur la porte prin­
cipale de la grande église de San-Petronio,
la statue de bronze du vainqueur des
Romagnes modelée et fondue par MichelAnge. « Mets-moi une épée à la main »,
a dit Jules II à son sculpteur, « et surtout
point de livre, je ne suis pas un huma­
niste; » et l’image colossale et menaçante se

�ÉRASME ET L ’ITALIE

27

dresse au centre de la ville toujours rebelle.
Érasme ne blâmait pas seulement le pape,
d é jo u e r le rôle des césars romains et de se
montrer « trop digne de son nom de Jules » ;
il lui en voulait aussi de prolonger en Italie
une guerre préjudiciable aux lettres, et par­
ticulièrement à l’université où il comptait
travailler : « Je suis venu en Italie, écrivait
il, pour apprendre du grec ; mais la guerre
fait rage. Le pape prépare une expédition
contre les Vénitiens, s’ils résistent à ses
volontés. En attendant, les études chôment. »
D’autres ennuis l’attendaient à Bologne : le
climat ébranla sa santé, toujours délicate; il
eut à se plaindre des compagnons qui étaient
venus avec lui d ’Angleterre et dont il dut se
séparer ; enfin la peste éclata, très violente,
et l’obligea à passer quelque temps à la
campagne. Mais il goûta les plus grandes
satisfactions de l’esprit, en apprenant enfin
sérieusement le grec, sous la direction d ’un
des bons hellénistes d ’alors, Paolo Bombasio.
Ce fût ce maître bolonais qui acheva de
l’initier à la culture italienne, et nul n’était
mieux fait pour ce rôle : son caractère, fier

�28

ERASME ET L ’ITALIE

et désintéressé, était digne de ses talents.
Érasme, qui s’en fit un ami, a toujours parlé
de lui avec une tendre affection ; il chercha
même, un peu plus tard, à l’attirer auprès
de lui en Angleterre, Bombasio fut mal ins
piré de ne point écouter son élève, car sa
carrière en Italie ne fut pas heureuse. Les
érudits de ce temps faisaient volontiers de
la politique : il prit parti pour l’une des
deux factions qui se disputaient Bologne ;
vaincu avec les siens, il dut s’exiler et cher
cher fortune en diverses villes. Après une
vie assez tourmentée, il devint secrétaire
d ’un cardinal, se fixa à Borne, et continua
d’écrire à Érasme et de le servir jusqu’à sa
mort. Il mourut pendant le sac de Ro me
par les troupes du connétable de Bourbon :
un coup d ’arquebuse égaré atteignit le pauvre
savant qui, depuis longtemps, ne s’occupait
plus que de ses livres.
Le séjour d ’Érasme à Bologne dura treize
mois. Il en employa une partie à revoir ses
Adages, recueil de proverbes grecs et latins
entourés de commentaires, véritable ency
clopédie raisonnée de la sagesse antique. Il

�ERASME E T L'ITALIE

29

l'avait déjà publié à Paris, et en destinait
la seconde édition, fort augmentée, à l’im ­
primerie vénitienne d ’Alde Manuce, alors
dans toute sa renommée. Il écrivit à Manuce,
lui offrant d ’abord une traduction latine
de deux tragédies d ’Euripide, essai méritoire
pour l’époque et qui n’avait pas été tenté.
L’imprimeur accepta avec empressement et
fit paraître l’opuscule. Il se chargea aussi
des Adages ; mais il invita l’auteur à se
rendre à Venise, lui faisant entendre qu’il
enrichirait abondamment son ouvrage, s’il
l’achevait à portée des manuscrits de la
bibliothèque de Saint-Marc et avec les con­
seils des érudits vénitiens.
Erasme était curieux de voir la ville des
lagunes, plus curieux encore de connaître
Alde Manuce et ce savant groupe d ’hellé­
nistes dont Bombasio lui avait souvent parlé.
Il se rendit aux instances d’Alde, et arriva à
Venise au commencement de l’année 1508.
Alde ne voulut pas qu’il logeât ailleurs que
dans sa maison ; il l’admit à la table de
famille, et, pendant huit mois environ,
Erasme vécut de la vie de son imprimeur,

�3o

ÉRASME E T L'ITALIE

dans un milieu tout nouveau pour lui et
dont rien jusqu’alors n’avait pu lui donner
l’idée.
La ville même de Venise offrait à l’étran­
ger un spectacle incomparable. Notre Phi
lippe de Comm ynes raconte combien il fut
« émerveillé de voir l'assiette de cette cité,
et de voir tant de clochers et de monas­
tères, et si grand maisonnement, et tout en
l’eau » ; il s’extasie devant la beauté du
Grand-Canal, où « les maisons sont fort
grandes et hautes et de bonne pierre, et les
anciennes toutes peintes ; les autres, faites
depuis cent ans, toutes ont le devant de
marbre blanc qui leur vient d ’Istrie... C’est
la plus triomphante cité que j ’aie jamais
vue, et qui plus fait d ’honneur à ambassa­
deurs et étrangers, et qui plus sagement se
gouverne, et où le service de Dieu est le
plus solennellement fait. » Au moment du
voyage d’Érasme, quelques années après
C ommynes, l’heure de la décadence de la
grande république n’a pas encore sonné. La
rude guerre que lui fait Jules II n’atteint
pas son commerce, principale source de sa

�ÉRASME E T L'ITALIE
prospérité. Les villas de terre ferme con­
tinuent de s’élever au bord de la Brenta ;
l’État construit à grands frais la cour du
palais ducal ; les Bellini, les Carpaccio, les
Palma peignent dés saints pour les églises,
et le siècle de Titien s’ouvre déjà par une fêle
perpétuelle des sens et de l’esprit.
Ce qui excite plus encore l’étonnement
d’Érasme, c ’est la société qu ’il voit chez
Alde et qui lui offre dès l’abord droit de
cité. Le monde littéraire de Venise n’est pas
celui qu ’il a rencontré à Bologne ou qu’il
va trouver un peu plus tard à Padoue. Les
lettres n’y sont point cultivées seulement,
com m e dans les villes universitaires, par
des érudits de profession. Les principaux
membres de l’aristocratie et du gouverne
ment leur réservent la meilleure part de leur
loisir. Ils fréquentent l’imprimerie du Rialto,
s’honorent d ’en recevoir les dédicaces et
d’être inscrits, à côté des Grecs réfugiés de
Byzance, sur les listes de l’Académie aldine.
Cette académie, type trop oublié de nos
modernes sociétés savantes, était spéciale­
ment vouée au développement des études

�ÉRASME E T L’ITALIE
grecques ; elle délibérait en grec; et ce seul
détail montre à quel degré la culture litté­
raire était parvenue à Venise, par l ’influence
d’un grand citoyen. Soutenu par ce public
d’élite, Alde Manuce exécutait, sous la direc­
tion de savants spéciaux, scs belles éditions
d’auteurs anciens, dont l’apparition était
toujours un événement pour l’Europe lettrée.
Plusieurs parurent ou furent préparées pen­
dant le séjour d’Erasme.
I l s’est lié d’une façon intime avec plu­
sieurs collaborateurs d’Alde, dont le nom n’est
point oublié. Tel est cet Egnazio au cœur fi
dèle, qui deviendra un de ses correspondants
et ne cessera jamais de lui faire tenir des
nouvelles de Venise. Tels encore Marc Musu
rus, de Crète, qui professe à Padoue, tout
en s’occupant de sa grande édition de Pla­
ton, et Jean Lascaris, alors ambassadeur du
roi de France près la Sérénissime République.
Parmi ces érudits, la sympathie d’Erasme
distingue un jeune homme, qui se nomme
Jérôme Aleandro et se dispose à aller
fonder à Paris l’enseignement du grec. Sa
fortune doit être aussi brillante que celle

�33

ÉRASME ET L'ITALIE

de Lascaris, qui, d’abord simple éditeur de
l' Anthologie et fournisseur de manuscrits
pour Laurent de Médicis, s’élèvera aux
plus hautes fonctions diplomatiques. Alean
dro, à son tour, sera archevêque, nonce,
bibliothécaire du Vatican et cardinal. Heu­
reux âge où le grec conduisait à tout !
Érasme retrouva plus tard h; personnage ;
c’était pendant les premières années de la
Réforme, les terribles années de Wittenberg
et de W orm s. Notre ami n’était plus l’érudit
modeste qu'on avait connu à Venise ; il
comptait en Europe parmi les maîtres de
l’opinion. Aleandro, de son côté, arrivait en
Allemagne com m e nonce de Léon X cl repro­
chait amèrement à Érasme sa persistance à
ménager Luther. Les deux compagnons
d’autrefois, mêlés tous les deux aux passions
contemporaines, échangèrent de dures pa­
roles, de violentes accusations. Cependant
on les rencontre un jo u r à Louvain, ayant
l’occasion de vivre ensemble quelque temps ;
leurs conversations se prolongent toujours
fort tard dans la nuit ; on les croit occupés
de politique ou de théologie, de Luther, de
3

�ÉRASME E T L'ITALIE
l’électeur de Saxe ou de l’empereur Charles
Quint ; il n’en est rien : ces deux adversaires
de la veille, qui reprendront les armes
demain, consacrent leur soirée aux lettres
antiques et rajeunissent ensemble leurs sou­
venirs de la maison du Rialto.
A Venise, en i5o8, com ment songer aux
futurs orages? Érasme, qui avait pourtant
la vue lointaine, eût été bien surpris d ’ap
prendre le rôle que lui réservait l’avenir.
S’il gardait on lui le théologien, le réforma­
teur peut-être, sous l’humaniste, il n’en lais
sait rien paraître. Il était à Venise pour lire
du grec et imprimer ses Adages. Les amis
d ’Alde, d’ailleurs, ne s’intéressaient qu’aux
textes anciens et à la philosophie plalonic
ienne. Érasme faisait com m e eux, et nulle
année de sa vie ne fut mieux remplie pour
les lettres. Il prenait part aux travaux de
l’imprimeur, recevait lu confidence de ses
grands desseins, que la mort allait bientôt
briser. Souvent, le soir, quand les presses
se taisaient et quand les ouvriers étaient
partis, on voyait arriver Lascaris ; il apportait

�ÉRASME E T L’ITALIE

35

un des précieux inédits qu’il avait recueillis
autrefois en Grèce ou dans les îles, ou encore
dans la bibliothèque de Blois; on étudiait
en com m un les moyens d ’en tirer le meilleur
profit pour la science. D’autres fois, on
lisait la correspondance des amis absents,
le courrier de Londres ou de Paris, de
Hongrie ou de Pologne.
Dans ces doctes réunions, où les plus
nobles sénateurs et les érudits les plus
humbles donnent leur avis en égaux et
fêtent ensemble la Musc antique, on aime
à se représenter le blond Hollandais, au teint
blanc, aux traits fins, déjà fatigués, comme
dans le portrait d’Holbein, regardant de
ses yeux bleus un peu indécis. Ce 11’est ni
le plus brillant des causeurs, ni pourtant
le moins écouté. Si la conversation est en
dialecte vénitien, il s’abstient d ’y prendre
part ; mais, pour traiter des questions
littéraires, il est bien sûr qu’on va parler la
langue littéraire. Aussitôt son regard
s'anime, son latin s’enflamme; il entre dans
la discussion par un Irait subtil, trouve le

�36

ÉRASME E T L'ITALIE

mot juste, résume un débat; et plus d'une
lois la raillerie, une raillerie douce et
sans amertume, plisse le coin de ses lèvres
minces.

�L'édition des Adages avait paru et courait
déjà l’Italie. Après huit ou neuf mois de
séjour, si rien ne retenait plus Érasme à
Venise, il ne pouvait se décider à quitter
ses amis. Il résolut de passer l’hiver en leur
voisinage et accepta d’être, à Padoue, précept
eur d’un fils du roi d ’ Écosse, qui suivait
les cours de la grande université vénitienne.
Ce fut l’occasion de connaissances nou­
velles. 11 se lia particulièrement avec un jeune
helléniste frioulan, qui d’ordinaire habitait
Home et qu’il allait bientôt y retrouver.
Scipion Fortiguerra, grécisant son nom
suivant la mode, se luisait appeler Cartéromachos. Erasme prenait ses conseils cl
ceux de Musurus, dont l’érudition prodi­
gieuse faisait son admiration. Au cours du

�ÉRASME E T L'ITALIE
maître Cretois, il assistait, chaque matin,
à un spectacle dont il a fixé avec émotion le
souvenir. Dès sept heures, et malgré les
rigueurs d ’un hiver qui décourageait les
jeunes gens, on voyait arriver un sep
tuagénaire, donnant l’exemple de l'exac­
titude et du zèle, qui s’asseyait sur les
bancs pour écouter Musurus. C’était Raphaël
Regio, lui-même longtemps professeur de
lettres latines et humaniste renommé, qui
ne voulait pas m ourir sans avoir goûté
aux leçons de grec qu ’il n’avait pas ren
contrées dans sa jeunesse. Ce trait suffit à
peindre l’ardeur studieuse des Italiens du
second Age de la Renaissance, leur soif
égale des deux sources antiques, leur désir
de jou ir de celle littérature grecque dont
leurs pères avaient été privés.
Érasme se fût volontiers attardé à Padoue.
Il s’attachait à celte université où les études
littéraires, sagement réglées, lui semblaient
mieux qu’ailleurs en juste harmonie avec
la philosophie et la religion, et où il aima
plus tard à envoyer de jeunes disciples.
Mais la guerre, un moment assoupie,

�ÉRASME E T L'ITALIE

39

menaçait de se réveiller avec violence. Le
belliqueux Jules II, qu’Érasme retrouvait
sur son chemin, reprenait scs projets contre
Venise, et on parlait déjà en Italie d’une
ligue internationale conclue à Cambrai et
dirigée contre la trop puissante république.
Les étudiants, ne se sentant plus en sûreté
sur le territoire vénitien, quittèrent Padoue,
et les cours furent interrompus. Érasme
partit des derniers, avec le prince son
élève. « Maudites guerres ! s’écriait-il, qui
m’empêchent de jo u ir de ce coin d’Italie que
j ’aime chaque jo u r davantage. »
Ils firent une courte halte à Ferrare. Le
nom d ’Érasme, déjà connu des lettrés
italiens, leur valut la visite des savants de
la ville et de belles harangues latines. On
aurait voulu les retenir. Ferrare était un
centre littéraire important. Une gracieuse
duchesse, amie des lettres, y régnait par
son esprit et par sa beauté: c ’était madonna
Lucrezia, « la divine Borgia », auprès de qui
Arioste composait l 'Orlando. Mais Érasme
ne pouvait s’arrêter longtemps dans une
ville si voisine du théâtre de la guerre. Il

�ÉRASME E T L'ITALIE
poursuivit sa roule jusqu’à Sienne, et y
séjourna au comm encement de 1509. Nous
le trouvons enfin à Rome, où il demeura, en
trois voyages distincts, la durée de plusieurs
semaines.
Érasme parle souvent de Rome dans ses
livres et dans ses lettres ; à chaque instant
une allusion ou une anecdote se glisse sous
sa plume, cum essem Roma e! Disons d'abord
qu'il l’a bien vue et a employé à merveille
le temps de son séjour. Il a observé les
hommes et les choses d ’ un œil rapide et
intelligent, les hommes surtout, qui l’in
téressaient tout particulièrement dans la
capitale du christianisme. Il fut introduit,
dès son arrivée, dans le monde de la curie,
et il apprécia bien vite les charmes de cette
société, l’ une des plus cultivées et des plus
ouvertes aux choses de l’esprit qui se soient
jam ais rencontrées. L’aimable Cartéroma
chos lui fil connaître ses nombreux amis,
entre tous Egidio de Viterbe, alors géné
ral des augustins, et Tommaso lnghirami.
Celui ci était aff able, enjoué, instruit, très

�ÉRASME E T L'ITALIE

/¡i

occupé de peinture et de poésie, lié avec
les artistes com m e avec les philologues,
facilitant aux uns le placement de leurs
tableaux, aux autres les recherches dans
les manuscrits ; c’était le modèle le plus
accom pli du prélat romain du grand siècle.
Ses contemporains, charmés de ses sermons
d ’humaniste, l’appelaient « le Cicéron de
leur temps » ; mais l’éloquence d ’ Inghirami
a péri avec lui et, si son nom reste imm or
tel, il le doit au portrait que peignit son
ami Raphaël, et qui est un des chefsd ’œuvre du palais Pitti. Érasme le vit sou
vent, et usa de son obligeance pour visiter
le Vatican, dont il était bibliothécaire. On
assure qu ’lnghirami conduisit un jou r
Érasme dans l’atelier de Raphaël. Celte anec
d o te a quelque vraisemblance. Rien (pie
l’esprit de l'art italien lui ait échappé,
Erasme n'était point tou t à fait étranger aux
œuvres du pinceau ; il eut du goût pour
Holhein et pour Dürer ; il a pu s’intéresser
aux travaux du jeune peintre, déjà célèbre,
(pie le pape venait d'appeler auprès de lui
et qui commençait à réver des Stanze.

�Érasme est présenté partout, veut tout
voir, tout visiter. D’abord les bibliothèques,
que renferment en si grand nombre les
couvents et les palais, et qui font à ses yeux
un des grands charmes, une des gloires
authentiques de Rome. Puis le Vatican, où,
par tant d ’amis, il a scs entrées à toute
heure. On l’y fait assister à des combats de
taureaux, auxquels il ne prend aucun plai­
sir et qui lui semblent « des jeux cruels,
restes du vieux paganisme ». On le mène
devant le Laocoon, récemment découvert
aux thermes de Titus, et qui excite la verve
de tous les poètes de la ville (les cuisiniers
des cardinaux savent s’ils sont nombreux !).
On lui montre les travaux commencés de la
colossale basilique de Saint-Pierre, et on
s'entretient devant lui du mystérieux plafond
de la Sixtine, que recouvrent les échafau
dages impénétrables de Michel-Ange. Il fait
une excursion dans la campagne : est-ce vers
T ibu r ?Est-ce vers Tusculum? S’ il n’a pas un
souvenir plus précis, la faute en est à Inghi
rami ou à quelque autre jovial com pagnon,
qui a improvisé en route trop de vers latins.

�ÉRASME E T L'ITALIE
La vie romaine, à laquelle Érasme s’aban
donne en curieux, lui apparaît dans sa
complexité pittoresque. Le matin, il con­
sulte les manuscrits de la Bible ou des Pères,
clans les salles silencieuses des bibliothèques,
où le recueillement du lieu facilite le tra­
vail de la pensée. Il trouve, dans la rue,
l'animation et le bruit. Ce ne sont que pro
cessions et cortèges : tantôt une file de
pèlerins, pieds nus, cierges allumés, qui va
au tombeau des Apôtres ; tantôt une escorte
de cavaliers armés qui entoure le carrosse
d ’un prélat. Un attroupement de carrefour
l'arrête auprès de la place Navone : 011 lit à
haute voix, affichée au marbre de Pasquino,
une épigramme sur un nouveau cardinal,
et tout à côté (Érasme n’en peut croire scs
oreilles) une sanglante satire contre le pape.
Voilà matière à méditations. Il 11e dédaigne
point, d ’ailleurs, le popolino ; il en connaît
les plaisirs et les fêtes ; 011 le rencontre au
Ghetto ou devant les bateleurs du Champ
de Flore. Ce peuple bizarre et bariolé l'int
éresse extrêmement : « Décidément, s’écrie
t-il, il y a de tout dans l' A lma Urbs : les

�ÉRASME ET L'ITALIE
juifs font l’usure, les baladins dansent, les
devins disent la bonne aventure, les mar­
chands d’orviétan rassemblent la foule ; en
vérité, que ne voit-on pas dans l'A lma
Urbs ! » C’est un champ d’observation iné­
puisable, et l’on ne serait pas surpris qu’en
ses promenades solitaires Érasme méditât
l'Eloge de la folie.
Mais il cherche autre chose à Rome : la
vie morale, l’organisation de la hiérarchie
ecclésiastique. Plus d ’une désillusion l’at
tend. D’abord, chez ses amis les humanistes,
com bien ont moins de piété que de littéra
ture ! Plusieurs même ne professent-ils pas
audacieusement les doctrines matérialistes ?
Érasme discute un jo u r avec un personnage
qui nie l’ immortalité de l’âme, en s’ap
puyant sur l'autorité de Pline l’Ancien ;
tels autres prononcent d ’horribles blas­
phèmes, sans être le moins du monde
inquiétés; et cela, dans la ville qui gou
verne l’Eglise! Le faste des prélats est un
démenti à l’Évangile. La cour pontificale
entretient des parasites sans nombre,
« scribes, notaires, avocats, promoteurs.

�ÉRASME E T L'ITALIE
secrétaires, valets de mule, écuyers, ban­
quiers, entremetteurs ». Les mœurs sont
corrompues, la foi diminuée. Comment en
serait-il autrement, quand les sources de
l'enseignement évangélique sont taries? Le
vendredi saint, l’étranger a entendu le pré­
dicateur à la mode prêcher la Passion devant
Jules II. « N’y manquez pas au moins, lui
avait-on dit : vous entendrez la langue
romaine dans une bouche vraiment ro­
maine. » La harangue est fort belle, en
effet; tous les mots sont pris à Cicéron ; et
les récits émouvants ne manquent point : il
est question du dévoûment de Decius, de
Curtius, de Regulus et même du sacrifice
d ’Iphigénie. Quand le discours s’achève au
milieu des murmures flatteurs du Seigneur
Jésus, mort pour les hommes, le brillant
orateur n’a point parlé !
Érasme se plaisait pourtant dans la so
ciété romaine, et aucune ne semble l’avoir
séduit davantage. C’est qu’il trouvait au
triste spectacle de la décadence religieuse,
non seulement de vives compensations
intellectuelles, mais encore quelques conso-

�46

ÉRASME ET L'ITALIE

lations morales. Le clergé de Rome com p­
tait, en bien plus grand nombre qu’on ne
le pense, des hommes dignes du sacerdoce.
Ils prenaient exemple sur cet Egidio de
Viterbe, qu’on allait voir bientôt cardinal,
et qu’Érasme se plaisait à dire « vraiment
savant, bien que moine, et vraiment pieux,
bien que savant ». Parmi les membres du
Sacré-Collège, qu’il nomme « ses mécènes »,
et dont quelques-uns restèrent en correspon­
dance avec lui, plusieurs méritaient son
estime par leurs vertus. D’autres gagnaient
son cœur par des qualités moins hautes,
mais brillantes, com m e la générosité et la
passion du beau. Au premier rang était
Jean de Médicis, qui allait être Léon X ;
devenu pape, il aimait à se rappeler ses
longs entretiens avec l’auteur des Adages
et le plaisir qu’il y avait pris.
Le grand Médicis était digne d ’être aimé
d ’Érasme ; on comprend moins les rela­
tions intimes de celui-ci avec Raphaël Riario.
Ce neveu de Jules II, l’un des cardinaux les
plus magnifiques, était aussi des plus
« paganisants ». Érasme lui rendait de fré-

�ÉRASME E T L'ITALIE

47

queutes visites au beau palais que termi­
nait pour lui son architecte Bramante, et
qui est aujourd’hui la Chancellerie. Une
telle sympathie s’expliquerait peut-être par
la parfaite aménité de Riario : après les
satires si vives de l'Eloge de la folie, où le
faste des cardinaux est si peu épargné, l’ai­
mable prélat ne semble point s’en être
offensé; il invite encore Érasme à revenir
à Rome prendre sapait des avantages assu­
rés aux lettrés par l’avènement de Léon X.
On ne peut oublier un autre prince de
l’ Église qu’Érasme va voir, au retour d ’un
petit voyage à Naples et peu de temps avant
de quitter Rome pour toujours. C’est
Grimani, le cardinal bibliophile, qui a
réuni au palais de Venise la plus belle
bibliothèque de la ville, environ huit mille
volumes. Il a depuis longtemps fait sa­
voir à Érasme son désir de le connaître
et le reçoit avec une cordiale familiarité.
« Il me traita com m e un égal, com m e un
collègue », écrira l’humaniste vingt ans
après. Le cardinal fait plus encore : instruit
de son désir de poursuivre de grands pro­

�jets littéraires, il met sa bibliothèque à sa
disposition, et lui propose de vivre désor
mais chez lui, de partager sa table et sa
maison. C’est la liberté du travail assurée,
une vie de loisir et de dignité que vien
dront bientôt compléter de lucratives
sinécures. Offres bien séduisantes et qui
font un instant hésiter Erasme. Il s’y ren­
drait sans doute, mais il vient de recevoir
des lettres d’ Angleterre : ses amis le rap­
pellent à grands cris ; Henri VIII est monté
sur le trône, et les érudits attendent mer­
veilles du nouveau règne ; Érasme surtout,
qui fut distingué autrefois par le prince
héritier, doit être le premier à bénéficier des
dispositions du souverain ; il peut tout espé­
rer, car on l’engage à « laisser croître son
ambition ». Notre voyageur écoulera ses
vieux amis ; tant de promesses le tentent,
et peut-être aussi, après trois années presque
entières passées au pays du soleil, a-t il
ressenti la nostalgie des brumes du Nord.
Ce n’est pas sans hésiter longtemps qu’il
se décide à abandonner Home, il part sans
retourner chez Grimani. « J’ai fui, lui

�écrira-t-il ; je n’ai pas voulu vous revoir ;
ma décision déjà chancelante aurait cédé ;
votre amabilité, votre éloquence m’auraient
retenu. Je sentais déjà l’amour de Rome, en
vain combattu, grandir de nouveau au
fond de moi-môme ; si je ne m’étais arraché
violemment, jamais je n’aurais pu partir . »
Ces paroles, plus énergiques encore dans le
texte latin, expriment, en leur sincérité, un
sentiment que les amoureux de Rome con­
naissent bien.
Il s’en est fallu de peu, on le voit, qu’É
rasme, com m e tant d’autres étrangers venus
en visiteurs, ne soit demeuré aux bords du
Tibre le reste de sa vie. A-t-on songé à ce
que devenait alors sa carrière? Elle était,
sans aucun doute, plus heureuse. Il écrivait
encore les œuvres qu’il portait en lui, adou­
cies peut-être en quelques traits ; mais les
ennemis qu’elles lui firent n’osaient pas
l’attaquer, abrité par le trône pontifical. Il
vivait, dans la paix de son cœur, pour
l’amitié et pour les lettres, se reposant de
l’étude des Septante par la lecture de Lucien.
Bientôt, il recevait de Léon X le chapeau, et

�56

ÉRASME ET L'ITALIE

sa voix conciliatrice se faisait écouler, au
moment de la Réforme, dans les conseils de
l’Église...
Mais Érasme loin de l’Allemagne, à
l’écart de la mêlée du siècle, Érasme enfoui
dans la littérature, endormi peut-être à demi
dans l’oisiveté des bénéfices, compterait-il
beaucoup dans l’histoire ? Pour que ses
livres soient lus et discutés par des milliers
d ’hommes, il faut qu’ils reflètent leurs pas­
sions et répondent à leurs incertitudes ;
pour que ce nom reste dans la mémoire de
l’avenir, il faut qu’il soit maudit et calom ­
nié, qu ’il retentisse longtemps dans les con
tradictions et les colères ; si le philosophe
veut que l’Europe s'émeuve à sa parole, il
faut qu’ il devienne le triste solitaire de Bâle,
désigné par son isolement à la haine des
partis. Telle est la vie qui l’attend désormais.
En quittant l’Italie, où il n’a guère goûté
que des joies, c’est au bonheur qu’il dit
adieu ; mais il aura la gloire, qui s’achète
par la souffrance.

�III
Lorsqu’Érasme sortit de Rome par la
route de Viterbe, et qu’arrivé sur les hau­
teurs qui dominent le Tibre il arrêta son
cheval et se retourna pour apercevoir encore
les sept collines, il leur fit, com me tous
ceux qui les ont aimées, la promesse d ’un
prochain retour. Rien des causes, hélas !
devaient l’empêcher de revenir : l’âge, les
travaux entrepris, les infirmités grandis­
santes, le déroulement d ’une vie inquiète
cl toujours sans lendemain.
Il se hâte cependant vers cet avenir incer­
tain qui ne lui donnera point cc qu ’il en
espère. Il traverse, en voyageur pressé, les
villes qu’il a vues en étudiant ou en prom e­
neur. Nous le retrouvons à Bologne, où il ne
peut donner à Bombasio qu’une seule nuit.

x.

�ÉRASME ET L'ITALIE
Celui-ci s'attriste de son départ d ’Italie :
« J’ai embrassé notre cher Érasme, écrit-il
à un ami com m un, com m e si je ne devais
plus le revoir. » Ce compagnon tant
regretté est déjà loin ; il a passé le Splügen
et descendu la vallée du Rhin. Il va serrer
la main aux lettrés de Louvain et d ’Anvers,
et le voilà enfin à Londres, où il arrive au
commencement de juillet 1509).
Il est intéressant de savoir quel livre a
écrit Érasme à son retour d ’ Italie, et il serait
plus curieux encore d ’y chercher un reflet
de son état d ’esprit, un ensemble de ses
impressions de voyageur. Le livre est
fameux : c’est l'Eloge de la folie, aimable et
fin chef-d’œuvre de raillerie, satire sans
fiel écrite pour un petit cercle d ’amis et que
lu postérité lit encore. Chose singulière, le
séjour qu’il vient de faire y tient très peu
de place, et l’œuvre, à ce point de vue,
ménage une déception. Erasme est un esprit
généralisateur, qui observe les détails seule­
ment pour les faire servir à la création de
ses types ; de là vient, par exemple, que les

�ÉRASME E T L'ITALIE

53

personnages de ses Colloques, dont la con­
versation a cependant tant de naturel, ne
laissent au lecteur qu’ un souvenir d ’inté­
ressantes abstractions. De plus, il n’est pas
arrivé à quarante ans sans avoir fait des
éludes morales à peu près complètes et
ample provision de satire ; il n’a pas eu
besoin d ’un voyage nouveau pour savoir
qu’il y a au monde des sots, des voluptueux,
des vaniteux et des hypocrites. Il semble
même que les souvenirs des premières
années de sa vie l’aient obsédé seuls dans
la composition du livre. Les travers sociaux
qu’il dépeint avec le plus de verve sont
ceux qui ont pesé sur sa jeunesse. Il fait
défiler, on le sait, devant leur bienveillante
reine, tous les fous de l’humanité, gens de
plaisir, de guerre et d’étude, capuchons de
moine et bonnets de docteur. Ce ne sont
sans doute que des types ; mais, si des
modèles ont posé devant le peintre, il
semble qu’ils viennent de cette société peu
compliquée, grossière et lourde, qu’Érasme
a tant de fois étudiée aux pays septentrio­
naux, autour du poêle des auberges.

�54

ÉRASME E T L'ITALIE

Il n’y a guère, dans tout l'Éloge, que
trois ou quatre mentions de l’Italie et, à
part le passage sur la cour romaine, ce
sont des allusions tout à fait insignifiantes;
Si l’Italie est presque absente du livre, elle
y paraît dans un détail qui a son prix : dans
le style. Ce latin si alerte, si nerveux, si
personnel, qui a toutes les allures de la
langue vivante, et qui malheureusement
n’a pas vécu, cette langue sobre qui sait
tout dire, sans doute c’est le latin d ’Érasme,
et il n’appartient qu’à lui seul ; mais ce
n’est plus celui qu’il écrivait avant son
séjour au delà des Alpes ; le tour est plus
délié, le vocabulaire plus riche, le style
mûr pour les chefs-d’œuvre. L’habitude de
causer sans cesse en latin avec les hommes
les plus distingués de la nation la plus
avancée du temps a fini par produire ce
résultat. On sent, d ’autre part, qu’Érasme a
perfectionné sa langue de satirique : il a
appris de maître Pasquino l’art de tout
faire accepter, grâce à la forme littéraire.
Ces transformations délicates de l’outil
intellectuel échappent à celui qui les subit ;

�ÉRASME E T L'ITALIE

55

(elles ne sont même pas toujours sensibles
aux contemporains ; mais peut-être se­
rait-il juste de reconnaître que l’Italie a
affiné chez Erasme certaines qualités de l’es­
prit, et qu’elle a fait de ce grand penseur un
grand écrivain.
Elle lui a donné mieux encore : la vision
nette de son temps, la conscience du rôle
qu’il a lui-même à jouer dans le monde.
Érasme y a trouvé la Renaissance épanouie.
Il arrive de pays graves et glacés, où les
Lettres sont tenues en suspicion. La ville la
plus ouverte aux nouveautés, une de celles
qu’il aime le mieux, Paris, est encore sous
le jo u g d ’une institution universitaire, la
vieille Sorbonne, qui n’a pas voulu se
rajeunir et qui se fait d’autant plus pesante
qu’elle se sent plus ébranlée. Les hellénistes
se comptent, et l’on passe facilement pour
hérétique si l’on sait quelques mots de grec.
L’art du livre est encore dans l’enfance ; on
imprime beaucoup de Miracles de NotreDame et fort peu des livres de l’antiquité.
En Italie, rien de pareil. Les universités si
actives, si laborieuses, dont Érasme connaît

�56

ÉRASME E T L'ITALIE

les meilleurs maîtres, sont conquises
depuis longtemps aux nouvelles études.
Celles-ci imprègnent l’enseignement tout en­
tier, supplantent peu à peu la routine scolast
ique , sans grandes luttes, par la seule force
du vrai et la seule séduction du beau. Les
grands théologiens sont tous de très bons
humanistes. Tout le inonde sait le grec ;
c ’est même le moment précis où cet Alde
Manuce, que nous avons vu à l’œuvre, pro­
voque et dirige à la fois un mouvement
vers l'hellénisme, unique dans les lettres
italiennes. L'humanisme entre dans sa
période de maturité, sans perdre encore de
son enthousiasme ; il devient moins super­
ficiel cl plus réfléchi, moins oratoire et plus
savant; on cherche, dans l’antiquité, l’anti­
quité elle-même et point seulement des
anecdotes héroïques et des modèles de dis­
cours. Cette transformation est faite pour
plaire à l’esprit d’Erasme ; il y participe
par ses propres travaux, et rend partout
hommage à la généreuse nation qui se fait
l’institutrice de l’Europe.
Il y a sans doute des ridicules et des tra-.

�vers ; mais on exagère trop aisément la
place qu’ils tiennent en Italie. Érasme les
connaît mieux que personne, ces cicéro
niens dont il se moquera plus tard avec
tant de verve ; ils font une sotte besogne en
cherchant, par exemple, à exprimer les
mystères de la Rédemption ou de l’Euchar
istie avec des phrases du De Finibus; ils
s'érigent sans d roit en censeurs de la langue
latine ; com m e ils ne veulent reconnaître de
talent qu’à leurs compatriotes, l’insolence de
leur plume leur fait des ennemis dans tous
les pays transalpins, de plus en plus pénétrés
par la Renaissance, et que leur vanité per­
siste à traiter de barbares. Cependant, dans
la pratique de la vie, ces théoriciens intran­
sigeants sont les hommes les plus aimables,
les plus fins causeurs, les lettrés les plus
instruits. Y a-t-il un caractère plus char­
mant que celui de Bembo, un esprit mieux
ouvert sur toutes choses, un cœur plus
accessible à l’admiration ? C’est ce public si
calomnié qui a fait le succès des Adages,
œuvre d’un barbare cependant ; Érasme ne
l’oubliera pas ; et même lorsqu’il raillera

�58

ÉRASME E T L'ITALIE

les petits préjugés des cicéroniens, insépa­
rables de toute coterie littéraire, il ne
pourra s’empêcher de reconnaître en eux
les héritiers directs des grands humanistes
du xv” siècle, de ceux qu’il vénère lui-même
com m e de véritables ancêtres.
Au reste, que prouvent ces excès de l’es­
prit, sinon que le milieu où ils se pro­
duisent est cultivé à l’extrême ? Érasme a
pu constater que la vie intellectuelle en
Italie n’est pas réservée à une classe
d’hommes, aux professeurs et aux érudits.
La culture classique fait partie de toute
éducation distinguée : les princes, les
femmes elles-mêmes la recherchent et la
possèdent. « Il y a en Italie, dit notre voya­
geur, beaucoup de daines de haute noblesse
assez instruites pour tenir tête à n’importe
quel savant ». Évidemment, il a entendu
parler de la cour d’Urbin, où vit Bembo, et
de la cour de Ferrare, dont il a connu les
familiers. Plus d’une fois encore, dans la
boutique d’Alde Manuce, on lui a raconté
les études d’une illustre cliente, la marquise
de Mantoue, celte Isabelle d’Este qui sait le

�ÉRASME E T L'ITALIE

59

grec et veut élever, dans sa capitale, une
statue à Virgile. Ce sont là des moeurs
toutes nouvelles pour lui ; il s’y sent à
l’aise, et affirme plus lard, avec conviction;
qu’ « aucun peuple ne lui inspire autant de
sympathie que le peuple italien ».
Tout plaisait à Érasme dans le caractère
des Italiens, jusqu’à cette finesse naturelle
que des races moins bien douées leur
reprochent quelquefois et qu’il possédait
lui-m ême. Il loue sans cesse « la générosité
avec laquelle ils reconnaissent et reçoivent
les talents étrangers, alors que ses compa­
triotes se jalousent les uns les autres ». Dans
la réception si flatteuse que lui ont faite les
cardinaux, ce qui l’a le plus touché, c’est
que cet honneur s’adressait moins à sa per­
sonne qu’aux lettres dont il était un repré­
sentant. Ce souvenir lui a laissé une haute
idée de l’esprit public en Italie et particuliè­
rement à Rome. Aussi ses jugements sontils tout opposés à ceux de Luther : autant
Luther hait les Italiens, autant il est visible
q u’il les aime.
De lui aussi on a voulu faire un ennemi

�6o

ÉRASME E T L'ITALIE

de l’Italie : une coterie d’écrivains romains,
« le clan païen », comm e il l’appelait, l’atta­
qua com m e italophobe, à propos d’un mol
innocent échappé à sa plume. Peut-être les
théologiens n’étaient-ils pas étrangers à cette
polémique, qui semblait toute littéraire :
l’amour-propre patriotique est fort chatouil­
leux, et on avait trouvé un sûr moyen de
nuire à Erasme dans l’esprit de beaucoup
de gens, qu’on laissait froids quand on se
bornait à l’accuser d’hérésie. L’attaque
cependant ne se justifie guère. Érasme a
bien quelque raillerie pour les Romains,
« qui se croient un grand peuple parce
qu’ils portent un grand nom » ; mais sa
moquerie est douce, légère, sans amertume ;
c’est une habitude de satire, et il rudoie
infiniment moins les Italiens que les Hollan­
dais ou les Allemands. La vérité est que peu
d’hommes ont aimé l’Italie com m e lui. il
avait commencé dès sa jeunesse ; il s’était
enthousiasmé pour ce génie, « qui était,
dit-il, en pleine floraison, alors que partout
ailleurs régnaient une horrible barbarie et
la haine des lettres ». Le prestige que

�ÉRASME E T L'ITALIE

61

l'heureuse nation exerçait déjà sur lui, le
voyage l’a grandi et l’amitié l’a définiti­
vement fixé.
Lorsqu’Érasme repart pour les pays du
Nord, l' Eloge de la folie sur scs tablettes et
sa valise pleine de livres grecs, il a beaucoup
vu et appris beaucoup. il sait désormais ce
que peut produire la culture antique chez
un peuple bien doué, et ce qu’est une société
civilisée par « les bonnes lettres ». Cette
société est singulièrement voisine de celle
qu’il rêve lui-même et qu’il vante dans ses
livres. On peut donc supposer qu’il se fera
l’apôtre de l’humanisme avec plus de foi
que par le passé, et qu’il offrira souvent
l'exemple italien aux peuples ignorants en­
core qu’il va retrouver. Aux uns, ce sera
com m e un reproche ; aux autres, comm e un
encouragement. Quant à lui, il ne saurait
plus hésiter dans sa route : il voit, plus
nettement que jamais, le but qu’il doit
poursuivre et les moyens de l’atteindre.

�A côté de l’humanisme, Érasme a trouvé,
en Italie, le catholicisme et la papauté. Sa
conscience a rencontré la conscience ita­
lienne à la veille de la grande crise reli­
gieuse du XVI° siècle. Il n’est peut-être pas
inutile de chercher quels furent, dans la vie
du philosophe, les résultats de cette ren­
contre.
Érasme est un croyant. Ceux qui l’ignorent
le jugent, com m e a dit Nisard, « par l’opi­
nion confuse qui est restée de lui dans la
mémoire des hommes ». Son œuvre presque
entière appartient à l’apologétique et à l’édi­
fication, et scs travaux les plus légers en
apparence prêchent le Christ à leur ma­
nière. Jusque dans le développement de
l ’humanisme, le moraliste voit un moyen

�ÉRASME E T L'ITALIE

63

d ’adoucir les mœurs et d’amener les inte l
ligences à une notion plus nette de l’Évangile. II est personnellement d ’une grande
piété ; il fait des vœux à saint Paul et com
pose des odes à sainte Geneviève. Le doute
sur la foi chrétienne ne paraît jamais
l ’avoir atteint. On en cherche en vain la
trace dans ses livres et dans cette correspon
dance où se reflète, au jo u r le jou r, le ta­
bleau de ses inquiétudes et de ses troubles
intérieurs. On aimerait à voir cette âme
généreuse, cet esprit subtil et logique aux
prises avec des problèmes qui se posèrent
de son temps et qu’il a contribué pour sa
part à soulever. Mais il faut en prendre son
parti et renoncer à un intéressant spectacle :
cet indépendant, ce satirique, ce dialecti
cien de l’ironie, qui fait si souvent penser à
Voltaire, a, sur certains sujets, la sérénité
d ’un Fénelon. C’est ailleurs qu’il faut con
templer les hésitations de sa conscience et
les luttes instructives : c ’est dans son rôle
en face de la Réforme. Cette histoire a été
faite trop de fois pour qu’il y ait rien à
ajouter d ’essentiel ; mais il faut se deman­

�ÉRASME E T L'ITALIE
der en quoi le voyage d’Italie peut servir à
l’éclairer.
Les détails disséminés dans les œuvres
d ’Érasme suffisent à nous faire saisir les
principales causes de la Réforme. Elles sont,
pour le rappeler en passant, tout à fait étran­
gères à celles de la Renaissance. L’Église
avait déserté peu à peu la mission évangé­
lique pour les jouissances de la terre. Les
prélats étaient devenus princes, et plus
princes que prélats. Les ordres mendiants,
multipliés par l’oisiveté et l’ ignorance,
étaient les maîtres du monde catholique, et
ce n’étaient point les vertus de leurs fonda­
teurs qui régnaient avec eux. La puissance
universelle et incontestée produisait la cor­
ruption dans les mœurs, la routine dans les
esprits : pouvant supprimer ses adversaires,
l’Église ne cherchait point à les convaincre,
encore moins à les édifier. Des scandales
répandus partout, en Italie plus qu’ailleurs,
on rendit responsable la papauté, qui ne
faisait rien pour combattre le mal et qui,
trop souvent, en donnait l’exemple. Pour

�ÉRASME E T L'ITALIE

65

supprimer les abus, on crut nécessaire
d ’abattre l’ institution. Ainsi, du moins,
pensa l’Allemagne, où l’antique mépris du
Teuton pour l’italien avait préparé les esprits
à secouer la domination de Rome. La révo­
lution protestante, si complexe dans son
détail théologique, revêtit bientôt cette
forme concrète dont toutes les causes ont
besoin pour devenir populaires : elle se ré­
suma dans la guerre contre la papauté.
Pendant cette guerre, qui devait avoir sur
l’avenir du christianisme des conséquences
si graves, Érasme a joué, com me on le sait,
deux rôles successifs : dans le premier, il
semble marcher avec les novateurs ; dans le
second, il est résolument contre eux. Le
premier est à tort le plus connu ; en tout cas,
nous allons voir qu’ils ne sont nullement
contradictoires. Notre humaniste avait fait
de bonne heure la critique des institutions
et des croyances de son temps. Il avait été
des premiers à attaquer la « nouvelle théo­
logie » scolastique, qui corrompait, à son
avis, le dogm e prim itif; à ridiculiser les
pratiques superstitieuses qui détruisaient
&amp;

�66

ÈllASME E T L'ITALIE

l'esprit chrétien ; à dénoncer les moines dé­
générés et les évêques indignes. Mis en pré­
sence de la papauté, il n’en ménagea pas les
vices. A son retour d ’Italie, à l’époque où le
Saint-Siège n’était pas menacé, il a écrit, non
sans courage, le portrait célèbre que voici :
« Aujourd’hui, les papes se reposent gé­
néralement de leur ministère apostolique
sur saint Pierre et sur saint Paul, qui ont
du temps de reste, et réservent pour euxmêmes la gloire et le plaisir. Bien que saint
Pierre ait dit dans l’Évangile : Nous avons
tout quitté pour vous suivra, ils lui érigent en
patrimoine des terres, des villes, des tributs,
tout un royaume... Quel rapport la guerre
a-t-elle avec le Christ? Les papes, cependant,
négligent tout pour en faire leur occupation
unique. On voit parmi eux des vieillards dé­
crépits montrer une ardeur juvénile, semer
l’argent, braver la fatigue, ne reculer devant
rien pour mettre sens dessus dessous les lois,
la religion, la paix, l’humanité tout entière.
Ils croient avoir défendu en apôtres l’Eglise,
épouse du Christ, lorsqu’ils ont taillé en
pièces ceux qu’ils nomment ses ennemis.

�ÉRASME E T L'ITALIE

67

Comme si les plus dangereux ennemis de
l’Église n’étaient pas les pontifes impies qui
font oublier le Christ par leur silence, s'enchaînent
par des lois vénales, le dénaturent
par des interprétations forcées, et le cruci­
fient par leur conduite scandaleuse! »
Certains théologiens poussèrent des cris
de colère à cette sanglante peinture. Un peu
plus lard, ils y voulurent voir le germe du
schisme nouveau, et accusèrent l’auteur de
l' Eloge de la folie d '« avoir pondu les œufs que
Luther couva ». Les réformés, de leur côté,
crurent trouver un allié dans le pamphlétaire
énergique qui semblait leur frayer la voie et
marquer le but de leurs coups. Les uns
et les autres se trompèrent. Si nous examin
ions de près ce passage, de beaucoup le plus
vif de tout ce qu’Erasme a dit sur les papes,
nous verrons qu’il n’a point la portée qu’on
lui a donnée. Il est dans une oeuvre légère
et sans prétention théologique, écrite pour
l’intimité et publiée pour la première fois à
l’insu de l ’auteur. Il n’implique d ’ailleurs,
ni une satire absolue de la papauté, ni une.
négation quelconque de l’autorité du Saint-.

�68

ÉRASME E T L'ITALIE

Siège. Bien des Romains venaient d ’écrire
des pages plus cruelles contre la personne
d’Alexandre VI, et celle d’ Érasme n’est aussi
qu’une attaque tout individuelle : elle est
en son entier dirigée contre Jules II, qu’ il a
jugé de si près en Italie. Lorsqu’il voit de
ses yeux le désordre mis dans le monde par
son guide naturel, lorsqu’il entend des so­
phismes complaisants justifier les appétits
de la conquête et les fureurs de la ven­
geance, il ne peut retenir sa plum e; il parle
avec l'audace de saint Jérôme et de saint
Cyprien, et, com m e eux, pour le plus grand
bien de l’Eglise. Il est facile de s’apercevoir
«pie la critique du mauvais pontife est d’au­
tant plus ardente que la croyance à sa mis­
sion surnaturelle est plus entière. On peut
même trouver un trait du caractère italien
dans cette façon de concevoir le pouvoir
spirituel. L’Italie de Dante et de Pétrarque,
qui voyait dans la papauté sa force et sa
gloire, a su parler des papes en toute fran­
chise cl flageller les vices des hommes, sans
cesser de reconnaître en eux l’autorité su­
prême.

�ÉRASME E T L'ITALIE

69

Il faut se rappeler que c’est en 1509
qu’Érasme a fait entendre au chef de l’Église
cette sévère leçon. A partir des premiers
mouvements luthériens, il semble regretter
de l’avoir donnée. Au milieu du déborde­
ment de pamphlets contre Rome, qui inonde
toute l’Allemagne et entraîne hors d ’euxmêmes les meilleurs esprits, Érasme veille
sur sa plume. Il est d ’autant plus respec­
tueux qu’on s’attendrait à le trouver plus
hardi. Aucune phrase dans ses œuvres dont
les novateurs puissent triompher, où ses
ennemis catholiques les plus acharnés
puissent loyalement relever une attaque.
Dans ses lettres tout à fait intimes, celles
même qu ’il adresse à des luthériens, il
blâme souvent les mauvais conseillers du
pape, il raille les apologistes ridicules, il
s’indigne contre la mauvaise foi des per­
sonnes; mais il demande sans cesse le res­
pect pour les institutions établies, et le
maintien de l’édifice catholique dans son
intégrité. « Rien des hommes puissants,
écrit-il, m ’ont prié de me joindre à Luther;
je leur ai dit que je serais avec Luther tant

�7o

ÉRASME E T L'ITALIE

qu’ il resterait dans l’unité catholique. Ils
m’ont demandé de promulguer une règle de
loi ; j ’ai répondu que je ne connais pas de
règle de foi hors de l’Église catholique. » Et
ailleurs : « Quels que soient les dangers qui
me menacent en Allemagne, je n’écouterai
jamais que ma conscience, je n’irai à aucune
secte nouvelle, je ne me séparerai jamais de
Rom e. »
Ce langage, tout différent de celui du sa­
tirique, n’est pas moins sincère. Ce n’est pas
Érasme qui a changé, ce sont les temps.
Érasme devine les périls que vont faire cou­
rir à la foi ces premières ruptures de l’unité,
ce premier déchirement de la robe sans cou­
ture. Il a parlé jadis librement au pontife
souverain, maître incontesté des cons­
ciences ; à présent que son autorité spiri­
tuelle est ébranlée, que son existence même
est mise en question, il se croit de nouveaux
devoirs ; il reste fidèle au pasteur des âmes
et ne déserte point le troupeau.
Les hommes qui attaquèrent si violem
ment la papauté au XVI° siècle avaient évi
dem ment leurs raisons pour le faire ; mais

�ÉRASME E T L'ITALIE
on ne peut douter qu’un esprit aussi ju d i
cieux et aussi indépendant qu’Érasme n’eût
les siennes pour la défendre. Comment lui
aurait-on reproché son ignorance en cette
matière? Il étudiait depuis sa jeunesse l’his­
toire de l’Église et les origines du christia­
nisme. Ce qui valait mieux encore, il avait
vu, à Rome même, l’organisation et le fonc
tionnement du pouvoir central, tel que la
suite des siècles l’avait constitué. Il avait
connu de près les hommes qui gouvernaient
le catholicisme, et c ’est ici que son juge
ment a quelque poids. L’institution ponti­
ficale ne lui a paru ni dangereuse ni super­
flue. S’il l’avait jugée telle, il avait, au m o­
ment de la Réforme, une occasion incom pa
rable pour en achever la ruine. Tout l’y
poussait : ses amitiés prochaines, son intérêt
immédiat, la guerre que lui faisaient tant
de coreligionnaires, et surtout (ce qui est
plus décisif pour de tels hommes) l’indépen
dance naturelle de son esprit.
Menaces et séductions ne lui manquaient
pas : « Je serais un dieu en Allemagne',
écrivait-il, si je consentais à attaquer le

�pape. » Pour peu qu’il l'eût voulu, l’autorité
dont il jouissait en Europe lui promettait
une facile victoire. Les protestants voyaient
très juste, quand ils lui demandaient un seul
mot de condamnation contre Rome pour
avoir bataille gagnée. Ce mot, Erasme ne le
dit jam ais; et quand il se décida à parler,
quand il accorda à l’un des deux partis en
présence l'appui de sa plume et de son nom,
ce ne fut pas seulement pour venger le libre
arbitre attaqué par Luther, ce fut pour dé­
fendre la tradition catholique, l’unité, le
pape. C’est à cette cause qu'il donna son
effort suprême.
On a dit que, sans son voyage de Rome,
Luther ne se fût pas révolté ; sans son voyage
de Rome, Erasme ne fût peut-être pas resté
soumis. Luther, revenant d ’Italie, le cœur
plein de mépris cl de haine, disait : « Rome
n’est plus qu’un tas de cendre et une cha­
rogne ». Presque en même temps, Erasme
écrivait : « Je ne puis oublier Rome, et le
regret me torture de l’avoir quittée ». Il y
a, entre des jugements si opposés, la dis­
tance de deux esprits, la différence aussi de

�ÉRASME E T L'ITALIE

73

deux voyages. Érasme ne sortait pas de son
monastère quand il vint en Italie; il avait
couru le monde et connu les hommes. Il a
très bien vu les mœurs du clergé romain
d ’alors et ce qu’elles avaient, dans l’ensemble,
de contraire à l’esprit évangélique. Mais il
a fait, dans ce triste spectacle, la part des
erreurs inévitables que rachetaient tant de
grandes choses, et ce milieu, qui n’était pas
le sien, il a su le comprendre et l’aimer.
Luther n ’a vu ni les érudits, ni les artistes,
ni l’intimité des prélats, dont le luxe lui fut
scandale. Le moine augustin a passé à Rome
quelques jours à peine, pour les affaires de
son ordre. Il a vécu dans son couvent de la
Porte-du-PeupIe ou dans les auberges du
Tibre, avec des baladins et de mauvais
prêtres. Il est resté hanté sans cesse par
ses visions apocalyptiques. Il n’a rien aperçu
de la ville des papes, que le faste païen et la
corruption. Au sortir des ombres de son
cloître saxon, jeté brusquement dans la
pleine lumière de l’Italie de la Renaissance,
il a eu l’éblouissement douloureux des oi­
seaux de nuit, et cette grande âme trou­

�74

ÉRASME E T L'ITALIE

blée a crie au monde son indignation et sa
souffrance.
Luther en Italie s’est trouvé face à face,
dit-il, avec « la prostituée de Babylone, as
sise sur les sept montagnes et mère des
abominations ». La nature de l’esprit
d ’Érasme ne lui permettait pas de pareilles
rencontres. En revanche, il a vu, de ses
yeux de moraliste et de chrétien, la papauté
avec ses défauts et ses grandeurs, et les rap­
ports qu’il eut avec elle dans la suite dé­
coulent, croyons-nous, de ce qu’il pensa
dans ce voyage. Il avait connu, durant son
séjour, les prélats les plus importants de
l’époque. Tous lui avaient plu par quelque
côté. Les plus nombreux étaient ces grands
seigneurs à gros revenus, qui croyaient re­
hausser l’éclat de la curie par l’appareil des
plus brillantes cours laïques. La plupart
étaient intelligents et instruits et s’entou
raient d ’artistes et de savants. Leur g o ût
décoratif était fort m ythologique ; on n’en
veut pour preuve que la salle de bain du
cardinal Bibbiena. Leurs études n’étaient
pas moins profanes : ils lisaient plus volon

�ÉRASME E T L'ITALIE

75

tiers Cicéron et Martial que les épîtres de
saint Paul et les hymnes de Prudence. Mais
Érasme estimait que l’élévation de l’esprit
est une des formes de la vertu, et qu’un ami
sincère de l’antiquité ne persécutera point
les consciences, ne pèsera jamais bien lour­
dement sur les esprits.
D’autres prélats qu’il vit à Rome étaient
faits pour lui plaire plus entièrement. Cul­
tivés com m e leurs contemporains, mais
préoccupés avant tout de leurs devoirs d ’état,
de leur mission sacerdotale, ils ne se confi­
naient point dans des jeux cicéroniens, dé­
placés à cette heure. Ils é taient conscients
de la crise que traversait le monde chrétien.
Ils cherchaient de bonne foi à se rendre
compte des abus qui se commettaient au
nom de l’Eglise. Ils sentaient le besoin des
réformes générales, et commençaient par se
réformer eux-mêmes, en donnant l’exemple
de la charité et de la simplicité des mœurs.
L’enivrement du pouvoir présent rendait
méritoires de tels efforts. Erasme leur en a
toujours su gré ; il n’a jamais désespéré
d ’une société qui n’était pas aussi corrom ­

�76

ÉRASME E T L'ITALIE

pue qu’on nous la montre d ’ordinaire, cl
qui comptait eu elle tant d ’éléments de vie
et de renouvellement.
Les deux papes qui ont été le plus liés
avec Erasme, Léon X et Adrien VI, repré­
sentent assez bien ces deux groupes si d if­
férents des prélats romains de la Renais­
sance. Érasme aimait dans l’un l’humaniste
plein de grâce qui l’avait accueilli en con ­
frère et qui, au besoin, savait le défendre.
Il excusait le lettré des inconséquences du
politique. Dans les affaires religieuses,
lorsque le pape excommunia Luther,
consacrant ainsi l’existence du schisme,
qu’ Érasme espérait encore éviter, il ne ren­
dit point Léon X responsable de ce qu’il ju ­
geait une erreur; il blâma seulement ses
conseillers, et se plaignit avec tristesse que,
sous le plus doux des pontifes, le parti de la
violence l’eût emporté.
Com m e les papes qui se succèdent ne se
ressemblent jamais, Adrien VI était de fa­
mille obscure, prêtre austère et sans élé­
gance, à qui ses vertus seules avaient valu
l’unanimité du conclave. Érasme l’avait

�ÉRASME ET L'ITALIE

77

connu à Louvain, et pensait que le clergé,
pour répondre victorieusement aux attaques
des réformés, n’avait qu’à prendre m o­
dèle sur son chef. Il lui adressa, plein de
confiance, un plan de pacification. Ce plan
avait le tort de venir au plus fort de la
guerre ; niais le pape n’en accusa même pas
réception et parut prêter l’oreille à ceux qui
incriminaient la bonne foi d ’Érasme. Celuici, blessé au cœur, lui pardonna pourtant
ses soupçons en faveur de sa vertu, comm e
il avait pardonné à Léon X scs légèretés en
faveur de sa littérature.
C’est en grande partie sur les instances
d ’Adrien qu’Érasme se décida à écrire contre
Luther. Il fallait qu’il eût ferme envie de
plaire au pape cl de satisfaire scs amis d’Ita­
lie, pour sortir de sa retraite studieuse, in­
terrompre ses travaux et livrer, à soixante
ans, une nouvelle série de combats. Home,
d ’abord, ne lui en sut aucun gré. Bien peu
d ’esprits furent assez clairvoyants ou assez
sincères pour reconnaître qu’il avait, par
son attitude, arrêté une partie de l'Alle­
magne sur le chemin de la Réforme. Les

�78

ÉRASME E T L'ITALIE

partis ne récompensent que les dévouements
aveugles. Érasme sentit longtemps que ses
épigrammes passées lui avaient amassé plus
de haine que ses laborieux services ne lui
valaient de reconnaissance. Cependant cette
ingratitude de l’ignorance eut un terme :
Paul 111 lui lit offrir le chapeau de cardinal ;
aucune justice n’était mieux due, et ce Far
nèse, qui ne fut pas un pape médiocre, ne
pouvait choisir avec plus d ’intelligence un
chrétien qui eût mieux mérité de l’Eglise.
Érasme refusa ; mais il put croire,
avant de mourir, en recevant celte répara­
tion tardive et en voyant ses amis entourer
la chaire de saint Pierre, que les âmes s’ou
vraient à la modération et que la cause de
la réforme catholique, à laquelle il avait
donné sa vie, allait triompher.

�V

Telle fut, dans scs grandes lignes, la con ­
duite d'Érasme envers le pontifical romain,
c'est-à-dire envers la forme sensible de l'or­
thodoxie. On voit que son voyage n’est pas
inutile pour l’expliquer. S’il n’avait pas vu
Rome, il aurait peut-être cru, lui aussi, à
la nouvelle Babylone dénoncée au mépris du
monde. Il savait au contraire quelles res­
sources morales tenait en réserve la société
romaine, et la conscience, qu’il avait très
clairement, des services rendus à la Renais­
sance par l’Italie catholique aidait à le gar­
der des entraînements de son temps.
Parmi les causes multiples qui détermi­
nèrent son attachement à la tradition, et sur
lesquelles personne évidemment ne peut
avoir la prétention de dire le dernier mot,

�8o

ÉRASME E T L'ITALIE

Il faut compter encore le caractère de ses
liaisons avec des Italiens. Malgré bien des
raisons intimes qui semblaient devoir la
men er à la Réforme, l’ Italie est restée ortho­
doxe, et la réaction du concile de Trente a
trouvé en elle son plus solide point d ’appui.
Tous les amis qu’Érasme y comptait ont,
dès le début, pris parti contre Luther. N’estil pas permis de croire qu’il a été influencé
par l'exemple d ’hommes qu’il estimait cl
admirait profondément, par la crainte d ’at­
trister des cœurs fidèles et peut-être les
mieux aimés? Le souvenir évoqué d ’un
Bombasio, d ’un Bembo, d ’un Sadolet, n’at il pas servi à empêcher notre humaniste,
dans ses moments de pire humeur contre le
clergé, de donner des gages aux réformés,
de s’unir à eux par celle fraternité des pre­
miers combats qui entraîne peu à peu, pour
les batailles suivantes, l'assentiment de la
conscience ?
Érasme était extrêmement accessible aux
considérations de sentiment, et c ’est luimême qui nous apprend que « scs liaisons
les plus douces étaient avec des Italiens ».

�ÉRASME E T L'ITALIE

81

Au milieu des attaques théologiques ou
littéraires, qui lui vinrent de leur pays,
presque aucun de ces amis ne l’abandonna.
De nouveaux étaient venus remplacer ceux
que la mort avait pris. Ce ne furent pas les
moins dévoués. Érasme n’avait pas connu à
Home l’évêque de Carpentras, plus tard car
d inal, Jacques Sadolet. Il se mit en relations
par lettres avec ce prélat, l’un des plus nobles
représentants de l’action évangélique, en ce
temps où l’Évangile s’obscurcissait. Leur
correspondance révèle deux belles âmes
attristées de l’état du monde, également
ennemies des « pharisiens » et des « faux
prophètes », imbues presque au môme
degré de l’esprit italien de la Renaissance,
déjà sur son déclin. « Agamemnon sou
haitait dix Nestor pour l’armée des Grecs,
écrivait Érasme ; combien je souhaite plus
ardemment dix Sadolet pour l’Église du
Christ ! »
La pensée de telles amitiés cl de tels
hommes soutint le courage d ’Érasme, dans
la vie très troublée qui fut la sienne après

�ÉRASME ET L'ITALIE
que Luther eut paru. L’hospitalière nation
ne sortait pas de sa mémoire. « Celui qui a
bien vu l’Italie, dit Goethe, ne peut jamais
être tout à fait malheureux. » L'humaniste
du XVI° siècle expérimentait déjà cette co n ­
solation du souvenir. Placé au milieu du
champ de guerre des partis, il était en butte
à toutes les infamies de l’attaque personnelle,
aux calomnies d ’une polémique enflammée,
avivée par les passions religieuses. Que de
temps perdu pour les lettres, dans ces livres
employés à justifier sa sincérité, à expliquer
des phrases très claires de ses écrits qu’on
s’obstinait à ne pas comprendre ! à répondre
à des accusations d ’ivrognerie, à réfuter des
adversaires dont l’argument le plus sérieux
et le plus sûr consistait à le traiter de bâtard !
Comme elles étaient loin, les années heu­
reuses d ’ Italie, les doctes réunions chez
Manuce, les visites au cardinal Riario et à
Jean de Médicis ! Ces images du passé reve­
naient souvent à notre Erasme, dans sa vieillesse
douloureuse, alors que les Hutten, les
Scaliger, les Béda, les Stunica, aventuriers
et théologiens de tous les camps, ameutés

�ÉRASME E T L'ITALIE

83

contre lui clans l’Europe entière, troublaient
de leurs cris ses graves études et jetaient,
sur sa table de travail des monceaux de
pamphlets.
Pour fuir ces luttes mesquines q ui gaspil­
laient son génie, il a pensé souvent à retour­
ner à Rome « passer ce qui lui restait de
vie parmi les savants et les bibliothèques ».
Sa correspondance est pleine de projets de
ce genre, tour à tour abandonnés et repris.
Hélas ! quand il aurait eu besoin d ’y être,
il ne pouvait plus s’y rendre. Ce grand
voyageur depuis longtemps ne voyageait
plus. Au pape Adrien VI, qui s’étonnait de
ses hésitations, le vieil Erasme répondait
q u’ il n’était plus assez sain ni solide pour
traverser les Alpes : « La route est longue,
disait-il ; je ne puis m’exposer à la neige des
montagnes, aux poêles dont l’odeur seule
me fait évanouir, aux auberges sordides et
immondes, aux vins âcres qui me rendent
malade rien qu’à les goûter. Vous me dites :
Venez à Rome. C'est com me si vous disiez
à l’écrevisse de voler ; elle répondrait : Don
nez-moi des ailes. Et moi je vous réponds :

�ÉRASME E T L'ITALIE
Rendez-moi la jeunesse, rendez-moi la
santé ! »
Lorsqu’en 1535 Paul III l’appela pour
faire de lui un cardinal, c’était une dernière
dérision de la fortune pour cet infirme, aux
souffrances toujours plus cruelles, qui n’at
tendait plus que la mort. Erasme tenait fort
peu aux honneurs rom ains; mais il aimait
Rome et les hommes qui, au cœur même
du catholicisme, représentaient si dignement
l’esprit nouveau. C’est auprès d ’eux, s’il
l’avait pu, qu’il serait venu mourir, lui qu i
écrivait : « Mon âme est à Rome, et nulle
part au monde je n’aimerais mieux laisser
mes os ».
Le voyage d’Érasme lui avait révélé la
Renaissance dans sa plénitude. Il ne l’oub
lia jamais et, le jou r où la cause de l’ Ita
lie et celle du catholicisme parurent unies,
il paya sa dette à l’une en restant fidèle à
l’autre. Il avait gardé dans les yeux l’inef
façable tableau de ce qu’il avait vu au delà
des Alpes. Cet amour si vif du beau, des
lettres, de la philosophie, cette ouverture de
l’intelligence sur toutes choses, ce dévelop

�ÉRASME E T L’ITALIE

83

pement libre et varié de la culture humaine
dans une doctrine religieuse immuable et
sûre, les lettres honorées avec éclat et ser­
vies avec passion, les arts se souvenant de
l’antiquité pour interpréter le christianisme,
cette synthèse de deux mondes et de deux
génies que représente un Raphaël et qui n'a
plus reparu dans l’humanité, ce fugitif idéal
de l’Italie de Léon X, c’était aussi l’idéal
d’Erasme.
Il le vit bientôt comprom is par l’essor de
la Réforme. Après une courte illusion, il
comprit que ses plus chères amours, les
lettres, risquaient d’être englouties dans la
tempête théologique. Les bruyants acteurs,
com m e il disait, de la terrible tragédie, les
anabaptistes et les sacramentaires, avaient
de tout autres soucis que la philosophie
chrétienne. Luther écrivait en allemand.
germanice ! et se moquait, dans son grossier
langage, des humanistes et des humanités.
Les érudits les plus sincères, et Mélanchthon
lui-même, étaient emportés par ce flot tu­
multueux, si contraire au véritable courant
de la Renaissance; ils renonçaient à culti­

�ÉRASME E T LITALIE
ver les esprits pour faire la besogne, qu’ils
croyaient plus utile, d ’éclairer les âmes.
L’Allemagne, pleine du bruit des prêches
et des armes, n ’avait plus de loisirs. Érasme
pouvait-il hésiter longtemps?
Toutefois, s’il embrassa la cause que lui
désignèrent sa conscience et ses souvenirs,
ce fut avec peu d ’illusion. Il prévoyait, dans
toutes ces luttes sans mesure et sans respect,
dans les violences des deux partis, dans
cette bataille si mal engagée, la perte proch
e
in
a
des conquêtes de l’âge précédent,
l'amoindrissement de ce noble esprit antique
retrouvé par l’ Italie. On peut regretter
qu’ Érasme et ses amis de Rome n’aient pas
dirigé leur temps ; peut-être l’histoire n’au­
rait-elle pas à déplorer « la banqueroute de
la Renaissance ». Mais le monde n’écoute
pas les hommes sages, mesurés, prudents,
les croyants sans fanatisme et les hardis
sans témérité. Le monde, dit Érasme, est
gouverné par la Folie.
FIN

�T A BL E

��TABLE
A V A N T -P R O P O S ................................................................... 5
SON N ET

L

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C H A P IT RE

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C HA PITR E I I ...............................................................................3 7
C H A PITR E

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C H A PITR E I V ............................................................................ 6
C H APITR E

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PARLE,

PAR

STÉPH AN E

LAUSAN NE.

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                    <text>����É T U D E S

IT A L IE N N E S

1re ANNÉE - 1919

�ANGERS

-IMP. F. GAULTIERET A THEBERT.

RUR GARNIER.

���A U X

L E C T E U R S

Non si volta chi a stella è fisso.
Leonardo Da Vinci.

Ceci n'est pas, à proprement p a rler, une revue nouvelle.
Pendant dix-huit ans, de 1901 à 1918, les Annales de la
Faculté des Lettres de Bordeaux ont publié, entre leur Revue
des Études anciennes et leur Bulletin hispanique, un Bulle­
tin Italien, dont la vie matérielle a été assurée grâce à
l’ingénieuse administration du doyen G. Radet. Ce qu'a été
ce Bulletin Italien, il ne nous appartient pas de le dire, car
la Rédaction du présent recueil est trop étroitement apparen­
tée à celle de l’ancien. Du moins nous sera-t-il permis de rap­
peler que plusieurs de nos maîtres les plus respectés, Eugène
Müntz, Èmile Picot, MM. A. M orel-Fatio, Paget Toynbee,
nous avaient apporté dès le prem ier jou r le grand encoura­
gement de leur collaboration. A côté d'eux, parm i ceux qui
ont le plu s assidûment uni leurs efforts au x nôtres, nous
tenons à citer au moins les collègues, les amis, qui ont
aujourd'hui disparu, Charles Dejob, P. Duhem, L. G. Pélissier,
Eugène Landry, Jacques Rambaud, René Sturel. Leur zèle
a soutenu le nôtre, et nous a permis de grouper autour de
nous bon nombre de Français amis de l'Italie, et plusieurs
Italiens dont la contribution a été hautement appréciée.
Ainsi s’est constituée sans bruit, mais non sans fruit, la seule
revue française qui eût pou r objet unique l'étude historique
de la
Le
Ceux
ju g é

civilisation italienne.
Bulletin italien a cessé de paraître à la fin de 1918.
qui en avaient suivi de près la vie laborieuse et utile ont
nécessaire de le ressusciter aussitôt, dans un esprit et

�sous une form e à peine modifiés, pou r continuer à entretenir
et à développer parm i les Français le goût des études ita­
liennes.
L’ Union intellectuelle franco-italienne, fondée à Paris en
1916, et dont le program m e ne prévoyait d’abord la publication
d’aucun périodique, ne crut pas pouvoir se dérober au devoir
et à l'honneur de reprendre l’ œuvre si vaillamment inaugurée,
il y a dix-huit ans, à Bordeaux. Elle a eu la bonne fortune de
rencontrer un éditeur entreprenant, dont l’esprit d’ initiative
ne se laisse pas intimider par les graves difficultés du moment.
Lancer une revue nouvelle, en cette heure de crise économique,
serait une entreprise peu raisonnable ; assurer la continuité
d'une œuvre déjà estimée, qui importe à la bonne entente
intellectuelle des deux alliés latins, nous a paru simplement
nécessaire.
Le Comité de rédaction se défend de se tracer p a r avance
un program m e trop détaillé, que, dans les circonstances
présentes, il serait sans doute impuissant à réa liser; il sait
d’ ailleurs que le seul programme valable d’ une revue nais­
sante est constitué par la composition de ses premiers fasci­
cules. Cependant nous avons certaines ambitions, que nous
croyons avouables; et il nous parait utile, pou r dissiper toute
équivoque, de définir nettement la position que nous tenons a.
prendre dès le prem ier jour.
Tout d'abord, le Comité n'entend pas sacrifier à l’ actualité.
Les problèmes si com plexes que pose la cessation de la guerre
ne sont pas de notre ressort. Nous nous interdisons sévèrement
les épineuses questions relatives au présent et à l’avenir des
relations de l'Italie et de la France dans l’ ordre économique et
politique. A chacun sa tâche : la nôtre est avant tout histori­
que. L’étude de la civilisation italienne, depuis le haut MoyenAge jusqu'à hier, est un terrain assez vaste et fertile p ou r que
nous ne cherchions pas à l'étendre davantage. Pour le cultiver
sans trop d’ insuffisance, nous devrons constituer des équipes
de travailleurs nombreuses et actives, qui ne se form eront

�pas en quelques jo u rs ni en quelques mois. Nous comptons
beaucoup sur les collaborateurs plu s jeunes, que d’austères
et glorieux devoirs ont retenus jusqu'ici loin de nous, loin de
leurs livres et de leurs notes. Parmi ceux qui avaient déjà
tourné leurs regards vers l’Italie, plusieurs, hélas! ne revien­
dront plus. Mais nous sommes assurés que beaucoup d'autres
seront attirés p a r l'étude de la grande civilisation italienne,
p a r les événements de son histoire, qui est intimement liée
aux destinées de l’ Europe entière, et p ar les manifestations
infiniment variées du génie italien dans les arts, les lettres,
les sciences, la philosophie, le droit, les sciences sociales. L'é­
volution politique de l'Italie et son essor économique depuis un
demi-siècle, les audaces novatrices de ses jeunes générations
d'artistes et de poètes présentent un intérêt que ne peuvent
plus entièrement éclipser à nos yeu x les grandes crises et les
chefs-d’œuvre des siècles passés.
Tel est le domaine immense que nous espérons explorer un
jo u r dans toutes ses parties. Notre ambition serait de fournir
au public français la revue qui le renseignerait sur le plus
grand nombre possible de points touchant à l'histoire de la
civilisation italienne ancienne et moderne.
Nous savons que nous sommes encore loin d’atteindre ce
but, pour quantité de raisons qu’ il nous suffit d'indiquer briè­
vement. Les difficultés matérielles, qui pèsent, à l'heure
actuelle, sur tous les travaux de librairie, nous obligeront
notamment à nous contenter, pour nos débuts, de fascicules
un peu minces. Mais ces difficultés ne tarderont plus guère
à s'atténuer et à disparaître ; or nous ne travaillons pas seu­
lement p ou r l’heure présente : nous avons confiance que
l'œuvre entreprise, ou reprise aujourd’ hui, est appelée à
durer et à se développer, car elle a un très haut objet. Nous
voulons nous inspirer du mot si profond de Léonard, qui est
inscrit en tête de ces lignes : « Quand on se met en route, il
faut fixer son regard sur les astres : c'est le moyen de ne
jam ais se détourner du but ».

�Un grand philologue italien, à qui nous avions fait part
de nos projets, en lui demandant de nous accorder sa collabo­
ration, nous répondait : « Les Études Italiennes naissent à
point et sous une bonne étoile ; selon toute probabilité, l’année
de leur apparition sera une date glorieuse dans l’histoire de
l'humanité. » Comme chacun de nous, notre maître se mépre­
nait sur l'heure de la victoire : elle a sonné avant la fin de 1918 ;
mais l'année 1919 va bien inaugurer la vie d'une nouvelle
Europe. Avec elle commence l'ère laborieuse de toutes les
reconstructions, celle du travail fécond, réparateur, libéra­
teur, après une période de destruction forcenée. Nous voulons
espérer que, dans notre sphère modeste, nous saurons trouver
en nous un p eu de cet esprit créateur, qui va être si nécessaire
p ou r sortir du chaos et pour jeter les bases de relations nou­
velles entre les peuples.
Nous comptons fermement sur tous les amis français de
l’Italie et sur nos amis italiens pour nous aider, par leurs
conseils, p a r leur collaboration, par leur appui, à triompher
des obstacles qui rendent nos premiers pas un peu difficiles.
De l'intérêt que rencontreront nos efforts auprès du public
lettré dépend, en dernière analyse, leur succès.
Le Comité de Rédaction.

��Pl. I.

LE COLISÉE
ET L’ARC DE CONSTANTIN DANS LA CAMPAGNE ROMAINE
Détail d'un tableau de Claude Lorrain (Le Soir, Collection du Duc de Westminster.)

�C la u d e L o rra in et le p a y s a g e r o m a in

Rome a tout enseigné à Claude Lorrain. Ce petit paysan de
la vallée de la Moselle, venu en Italie sans préparation,
presque illettré, ne sachant rien de l’art de la peinture à
laquelle il rêvait de se consacrer, a connu Rome encore ado­
lescent et s’y est fixé, dans sa vingt-cinquième année, pour
n’en plus jamais sortir et y passer toute sa carrière. L’appren­
tissage qu’ il y trouva ne fut point celui que les artistes du
monde entier y venaient chercher. On ne peut croire que son
art personnel ait tiré grand profit de sa présence dans l'atelier
d’A ntonio Tassi, qui l’employait près de Viterbe, vers 1655,
avec une équipe de décorateurs français, aux ouvrages de la
villa Lante. Mais, tandis qu’ il vivait de ces travaux presque
manuels, le noble pays lui révélait peu à peu la vocation véri­
table de son génie. Les lignes harmonieuses des horizons,
la majesté des monuments et surtout une lumière enchante­
resse pour des yeux du Nord, voilà les éléments essentiels
de la peinture de Claude, ce qu’il a aimé d’un amour profond
et ce qu’ il a, toute sa vie, essayé de rendre.
A cette même heure de l’histoire de l’art, Rome a parlé un
semblable langage à un autre de nos grands peintres, Nicolas
Poussin, dont l’œuvre, plus étendue que celle de Claude L or­
rain, a eu une action plus directe sur leur temps. On peut
comparer leurs paysages, plus intellectuels chez l’un, plus
sensibles chez l’autre, mais inspirés par la même nature et
le même ciel. Les deux maîtres représentent ce qu’ il y a de
plus élevé et de plus pur dans la peinture française du
XVIIe siècle, et il est remarquable qu’ils se soient nourris de la
substance romaine avec autant d’abondance, sans altérer leurs
qualités originales et celles qu’ils tenaient de leur race. Ils les

�ont développées, au contraire, en les enrichissant des plus
précieuses traditions du génie latin. Telles sont les idées, dont
plusieurs assez communes, qui furent développées dans les
premières leçons d'un cours professé, au printemps dernier, à
l'Université de Rome, sur « Rome éducatrice des artistes français
au XVIIe et au XVIIIe siècles ». Quelques observations de détail,
qui ne pouvaient trouver place en des discours destinés au
grand public, pourront peut-être intéresser les lecteurs des
Etudes Italiennes.
*
* *
Deux genres de sujets se partagent l’œuvre de Claude
Lorrain. Les amateurs d’autrefois ont apprécié surtout ses
marines célèbres, où l’on voit d’ordinaire, sur un rivage
bordé de palais, étinceler les flots d'un golfe ensoleillé et se
balancer des galères à l’ancre dans une féerie lumineuse.
L'artiste a peint, je crois, avec plus d’amour ses paysages
de terre, qui révèlent presque tous quelques aspects de la cam­
pagne romaine. On doit négliger le sujet mythologique ou
religieux, qui occupe souvent le premier plan et sert à dési­
gner la toile. Qu’il s’agisse de l'Adoration du veau d’or, de la
Fuite en Egypte ou du Jugement de Pâris, ces figures, que Lor­
rain n’aimait pas exécuter lui-même, offrent un bien médiocre
intérêt à côté de ce qui était pour lui son tableau véritable :
l’interprétation poétique et réelle de la nature, par les grandes
masses d’ombre que font au premier plan les édifices et les
feuillages, par la fuite de la perspective, la vibration de
l’atmosphère insaisissable et les dégradations de la lumière.
Pour qui connaît un peu cette, campagne de Rome, dont a
parlé Chateaubriand en digne admirateur de Claude Lorrain,
il est aisé de reconnaître, dans les compositions de celui-ci,
tous les éléments pittoresques qui la caractérisent. C’est la
plaine immense, semée de tenute et de châteaux-forts, où les
dépressions du terrain disparaissent dans un ensemble d’ ondu­
lations qui se prolongent jusqu’à la m er; c’est le flavus Tiberis
tantôt miroitant sous le soleil, tantôt reflétant les arches de

�ses ponts et les moulins de sa rive, qui semble descendre
avec lenteur des montagnes découpées sur l’ horizon; c’est le
bord d'une rivière entourée d’épais ombrages, où glisse mys­
térieusement la barque solitaire, tandis que, d’un massif de
chênes verts, émerge l’architrave d’un temple abandonné ;
c’est le marécage que traverse pesamment un troupeau de
buffles, accompagnés de leur pâtre enveloppé dans son man­
teau.
Il est impossible d’ accepter sans protestation la boutade d’un
critique moderne. Regrettant que la campagne romaine n’ait
pas été assez étudiée par les anciens peintres, M. Ugo Fleres,
qui a écrit sur le sujet un livre charmant, met leur abstention
sur le compte de la peur de la fièvre, et croit pouvoir ajouter :
« Nicola Poussin e Claudio di Lorena non osaron spingersi
troppo oltre fuori Porta del Popolo, ove abitavano e dipin­
gevano » 1. L’erreur est d’autant plus étrange que les témoi­
gnages contemporains, les seuls qui comptent sur une vie
aussi obscure que celle de Claude, attestent tous sa méthode de
travail d’après la nature et ses pérégrinations continuelles
autour de Rome. Son fidèle compagnon de jeunesse, qui est
aussi son meilleur biographe, le peintre Joachim de Sandrart,
contant leur première rencontre aux cascatelles de Tivoli
(apud cataractas illas nobiles), assure que son ami le paysa­
giste dépensa de longues années à d’opiniâtres études en
plein air, en parcourant la campagne du matin au soir :
Ad intimiora naturae adyta penetraturus, ante diluculum iam
in ipsam usque noctem in campis haerebat, ut aurorae status
varios solisque ortum et occasum, una cum horis vespertinis,
iuxta verum naturae exemplum depingere disceret ; cumque
modo huc modo illuc in campo bene considerasset, eodem colore
statim pigmenta sua distemperabat, domumque cum iis recur­
rens, operi illa proposito multo maiori applicabat veritate quam
ullus ante eum fecerat alius ; quo dif/îcillimo et molestissimo
1. Ugo Fleres, La Campagna romana, dans la collection Italia artistica de
Corrado Ricci,

�discendi genere multos insumebat annos, quotidie in campum
excurrens, viamque tam longam citra taedium regressus... 1.
Ces pages, bien qu’un peu pénibles à suivre, sont les plus
instructives et les plus émouvantes qu’on puisse lire sur le
grand initiateur du paysage moderne.
Empruntons-y encore quelques lignes sur les études d’après
nature que faisaient ensemble les deux peintres : Quemadmo­
dum ego rupes saltem exquirebam singulares, stipites arborum
extantiores, comas magis frondosas, cataractas undarum, aedifi­
cia et ruinas maiores et pro complementa picturarum historica­
rum magis mihi idoneas ; ita ex adverso ille minori saltem
pingebat forma, quaeque post secundum longius distarent fun­
dum, et versus horizontem diminuerentur, coelumque versus
vergerent, inque his mirus re vera dici poterat artif ex. Ces mots
expriment assez bien les recherches de perspective aérienne,
auxquelles se livrait Claude et qui sont l’âme de ses paysages
(tabulae topographicae) ; il s’attachait « aux objets au-delà du
second plan, qui diminuent vers l’horizon et se perdent dans
le ciel ». C’était la grande nouveauté qui n’échappait point au
peintre allemand; lui-même étudiait les arbres, les eaux ou
les fabriques, mais en vue de la peinture d’ histoire, et ces
études devaient se rapprocher davantage de celles de Nicolas
Poussin.
Un intéressant travail à proposer à un travailleur vivant à
Rome, familier avec ses monuments et sa campagne, serait la
recherche des sites utilisés dans les compositions de Claude. Il
conviendrait tout d’ abord d’en faire le relevé dans l’ ensemble
de ses peintures, en se servant par exemple de la précieuse
série photographique réunie depuis de longues années par la
1. Le texte original de Sandrart est en allemand (Nuremberg, 1675). La tra­
duction latine de l’ouvrage : Academia nobilissima artis picturae..., a paru en
1683. Cette biographie de Claude est reproduite, avec celle de Baldinucci (1684),
dans le grand ouvrage, aujourd'hui épuisé, de Mrs Mark Pattison, Claude Lorrain,
sa vie et ses œuvres, Paris, 1884, p. 192-96.
On a, dans la collection des Grands artistes, (Paris, Laurens), un Claude Lorrain
de M. Raymond Bouyer, petit livre clair et solide, qui résume tout ce qu’il est
essentiel de connaître sur le maître français.

��Pl. II.

LE CAMPO VACCINO
Renversement de l'eau forte de Claude Lorrain d'après sa peinture et dans le sens de celle-ci

�maison Braun, et en la complétant par les anciennes gravures.
On suivrait la même enquête parmi les dessins ; d' abord au
Liber veritatis, le fameux recueil appartenant au duc de
Devonshire, aujourd’ hui à la bibliothèque de Chatsworth, où
Claude a voulu conserver, à la plume et à la sépia, la composi­
tion de la plupart de ses tableaux ; puis, avec plus d' utilité
peut-être, dans les nombreuses études d’après nature exécutées
par le grand peintre. Outre les collections particulières, les
grandes collections qui renferment le plus grand nombre de
ses dessins sont le British Museum, qui en est particulièrement
riche, l’Albertine, de Vienne, et le Louvre, qui vient d’en acqué­
rir une précieuse série nouvelle1. Muni de ces renseigne­
ments, on pourrait reconnaître les points que le peintre a visités
et reconstituer quelques itinéraires d’une réelle exactitude.
Ma vieille amie Lady Dilke (alors Mrs Mark Pattison) avait
pensé à le faire, dans le livre où elle a réuni, sur son maître
préféré, beaucoup d’ indications précieuses, quoique parfois un
peu confuses ; mais, au moment où elle publiait sa m ono­
graphie, elle n’avait pu retourner en Italie.
On n’a jamais fait à Rome de travail sur Claude, et comme
les renseignements de seconde main ne sauraient suppléer à
la connaissance directe des lieux, l’on peut dire que cette
partie du sujet reste à traiter. Les notes qui vont suivre aide­
ront à la délimiter ; elles serviront aussi à démontrer l’intérêt
qu' elle peut offrir pour l'histoire du peintre et même pour la
topographie romaine.
*
* *
L’intérieur de la ville a fourni à Claude Lorrain de nombreux
motifs. Il a utilisé le Colisée, les arcs de Titus et de Constantin,
les édifices du Forum romain, qui se montraient alors aux
1. Dix-sept dessins du Louvre sont reproduits, à petite échelle, mais très
lisibles, au tome V du précieux Inventaire général des dessins du Musée du Louvre
et du Musée de Versailles, par MM. Jean Guiff rey et Pierre Marcel. Le texte ne
donne aucune indication typographique, sauf pour le n° 4118. — La série Hesel­
tine, qui vient d'entrer au Louvre, ne compte pas moins de quarante morceaux.

�yeux du visiteur tout autres que de nos jours1
. La façon
dont s’en sert l’artiste est parfois assez surprenante ; rien
n’ est curieux comme de voir se dresser, par exemple, l’Am­
phithéâtre Flavien et l’arc de Constantin au second plan d’un
paysage représentant un torrent de l'Agro, traversé par un
troupeau de bœufs ayant de l’eau jusqu’au ventre2. Ailleurs,
le Colisée est transporté sur le rivage d’ un port de m er3. Il
est groupé d’une façon plus logique avec les temples de Castor
et Pollux et de la Concorde dans le tableau rappelé par le pre­
mier dessin du Livre de vérité4. Celui qui a pour sujet Noli
me tangere met la scène évangélique auprès des murailles
de Jérusalem, qui ressemblent extrêmement aux murs d’Auré­
lien5. Le Panthéon est au bord du lac où Egérie pleure la
mort de Numa6.
Certaines ruines considérables, comme les Thermes de Cara­
calla, ne paraissent pas avoir retenu l’artiste. Son goût se
porte visiblement sur les monuments d’un aspect architectural
plus complet. Le petit édifice rond des bords du Tibre, dit alors
temple de Vesta, se retrouve en plusieurs tableaux, ainsi que
celui de Tivoli, dont la forme est toute semblable7. Le
château et le pont Saint-Ange ont moins intéressé ses yeux,
semble-t-il, que d’ autres paysages urbains8. Les édifices du
Capitole se trouvent plus d’une fois transportés au bord de la
1.Un très beau dessin du British Museum représentant l'arc de Titus est
reproduit par Mrs Pattison, p. 155. Une composition identique se retrouve dans
les sanguines d Hubert Robert, qui a souvent retrouvé les traces de Claude.
2.L e soir, partiellement reproduit dans notre gravure. Collection du duc de
Westminster.
3.C'est le tableau où figurent Mercure, Hersé et Aglaure, et que Dom. Barrière
a gravé (dans Mrs. M. Pattison, p. 95).
4. Cf. Mrs M. Pattison, p. 207.
5. Ancienne collection William Beckford. Peint pour le cardinal Spada.
6. Musée de Naples.
7.Baldinucci donne une raison de ce goût de l’artiste « Fecevi... partico­
larmente tempi tondi, ne' quali ebbe un talento singolarissimo... Ed ha fatto
vedere che questi tempi tondi molto abbelliscono il paese, quando se ne fanno
pigliarele misure e distanze proporzionate al rimanente della tela ».
8. Il semble bien les donner, assez déformés, dam un dessin composé du
Louvre (n° 4118).

�mer, par exemple dans le Port au soleil couchant du Louvre,
où le palais sénatorial est reconnaissable à son campanile1.
La villa Médicis apparaît, à son tour, avec un arrangement
surélevé, au milieu des constructions du Port marchand des
Uffizi2. Le port du Tibre, à Ripa grande, a inspiré à Claude
un petit lavis d’un puissant effet de lumière3. On voit qu’il
a erré sur le Célius et sur le Palatin, mentionnés de sa main sur
une étude4; et c’est vraisemblablement des anciens jardins
des Césars ou du couvent de Saint-Bonaventure qu’il a dessiné
l’abside de l’église des Saints-Jean-et-Paul, avec les arches audessus de Saint-Etienne-le-Rond5. De la villa Panfili, qu’il
appelle « la vigne de papa Innocent », il a pris la vue tou­
jours fameuse de la coupole de Saint-Pierre6. Le beau casino
de la villa venait d’être élevé par l’Algarde; il a été gravé
par un ami de Claude travaillant à Rome, et il se reconnaît
dans plusieurs marines, au milieu d'édifices du même style.
D’autres villas ont eu la visite de notre peintre, bien que les
jardins composés soient pour lui beaucoup moins attrayants
que la nature agreste; il a étudié des arbres « a Vigne Ma­
dama », et un petit casino parmi des pins chez le cardinal
Albani7. Une fine silhouette de Rome apparaît sous l'horizon,
dans une vue du Tibre prise au pied du Monte Mario8. On pour­
rait sans doute ajouter à ces indications.
1. Le palais des Conservateurs est à droite de la composition.
2. On la retrouverait dans d’autres toiles.
3. Brit. Mus.. F. f. 2, 156 : « Claudio fecit. Ripa grande ». Même inscription
sur un dessin de l'ancienne collection Heseltine.
4. Brit. Mus. 0. 0. 7, 148 : « Claudio fecit. La vista di mon Palatino... » La des­
cription de Mrs Pattison ne parait pas se rapporter au Palatin lui-même.
5. Le sujet, grave en manière de sépia dans le recueil des cent fac-similés
de F. C. Lewis (Londres, 1837), n'a pas encore été identifié ; il ne laisse place à
aucun doute.
6. Brit. Mus., 0. 0. 7. 151. « Fait par moi Claude Gellée dit il Lorains, a Roma
ce 22 maigio 1646, la Veue de la vigne de papa Innocent et Saint-Pere de Rorna ».
C'est un bon exemple de l'orthographe du peintre, également incertaine en ses
deux langues.
7. Albertine, Français A. 4, n° 262 : « Vue du palais Albano dedans le Palais
Palezzino ».
8. Récente acq. du Louvre. Anc. coll. Heseltine.

�La célèbre étude du Forum romain, faite par Claude Lorrain,
nous est conservée sous trois formes, la peinture du Louvre,
le dessin du Liber Veritatis et l’ eau-forte de 1636. Elle présente
un intérêt topographique particulier. Dans cette œuvre de sa
première époque1 l’artiste a très fidèlement représenté le
Forum tel qu’il existait alors, et son œuvre mérite assurément
une attention spéciale parmi les documents analogues, qui sont,
comme on le sait, assez nombreux.
Claude s’est placé, comme le groupe de gentilshommes à qui
un guide semble donner des explications archéologiques, un
peu en arrière de l’arc de Septime-Sévère et du temple de
Saturne, dit alors temple de la Concorde. Les parties basses de
ces monuments sont naturellement enterrées. Divers groupes
occupent la place, où l’ on voit aussi un troupeau au-delà d’une
fontaine et un buffle poursuivi par des chiens. Le troupeau,
que d’autres peintres ou dessinateurs n’ ont pas manqué d’indi­
quer au même lieu, vient justifier le nom traditionnel du
Campo Vaccino donné par la propre inscription de Claude. Le
pourtour de la place semé de débris présente des édifices qu’ il
est facile de reconnaître. A droite, au-delà de médiocres
maisons blanches, l'église S. Lorenzo in Miranda, avec
les belles colonnes du temple d’ Antonin et Faustine, dominé
par une arche de la basilique de Constantin, dit alors temple
de la Paix; puis vient une autre colonnade, celle du temple de
Romulus, en avant des SS. Cosmate e Damiano, et enfin la
façade et le campanile de Santa Francesca Romana, derrière
lesquels se découpe nettement la haute masse du Colisée. Cette
dernière église se joint par le bâtiment du couvent, de nos
jours détruit, à l’arc de Titus; de l’arc part la muraille des
jardins Farnèse coupée de la porte monumentale, que j ’ ai vue
encore dans ma jeunesse. Les jardins s'étagent derrière les
trois colonnes de Castor et Pollux, dont le fût paraît entière­
ment dégagé. De l’autre côté du paysage, le sommet de la
1. La peinture a été commandée par M. de Béthune, ambassadeur de France.

�tour des Conti, disparue aujourd’hui, se montre au-dessus de
l’arc de Septime-Sévère, ce qui permet de fixer le point exact
où l’artiste a placé son chevalet.
*
* *
Les excursions de Claude Lorrain hors de Rome sont attestées
par l’ensemble de ses dessins et par de nombreux détails de ses
peintures. On peut ainsi l’accompagner dans ses itinéraires et
retrouver ses points de vue favoris. Que de fois, par exemple,
le profil dentelé du Soracte se reconnaît dans ses horizons! C’est
une ligne qui semble venir naturellement sous son pinceau,
tant elle a rempli ses yeux et sa mémoire1 . Les divers aspects
de la montagne dominatrice, qui règne sur la campagne au
nord de la ville, ont été notés par le peintre avec exactitude,
et, pour cela, il s’est avancé assez loin en remontant le cours
du Tibre et la voie Flaminienne2 . Je crois reconnaître la
silhouette guerrière du château de Bracciano dans une vigou­
reuse sépia du musée du L ouvre3. On sait qu’ il y a une fort
belle vue du Soracte et des montagnes du haut des tours des
Orsini, et le grand lac qui s’ étend à leurs pieds doit être pour
quelque chose dans les grands espaces d’eau qu’il lui arrive
d'étaler parmi les montagnes. De son passage sur la voie Cas­
sienne on a un témoignage, assez rare pour sa précision, dans
le dessin du prétendu tombeau de Néron : « Veduta de la
1. Une des vues les plus caractérisées du Soracte occupe le fond du tableau
célèbre de la galerie Doria, Le moulin sur le Tibre, dont une réplique est à la
National Gallery. Je signale aussi le dessin 4099 du Louvre et surtout le 4121, un
des plus étudiés de la collection française. Même silhouette dans le paysage de
l’Albertine, portant le n° 436 de la publication viennoise, Handzeichnungen alter
Meister aus der Alberlina..., t. IV.
2. Il a poussé de ce côté, dans la vallée de Narni et de Terni, dont les peintres
ont toujours aimé le pittoresque. Notre dessin inédit s’inspire des cascades et de
la vallée de la Nera. Il n'est pas impossible qu’il ait utilisé le temple du Clitumne,
que je crois retrouver dans un des tableaux du Musée de l'Ermitage, L'Ange et
Tobie. Où est aujourd'hui, après les événements de Russie, cette belle suite de
peintures de Lorrain, et faudra-t-il nous contenter de les revoir dans les photo­
graphies de Braun?
3. N° 4109. Gravé en fac-similé par Louis Nauroy (Chalcographie du Louvre).

�Sepultura di Nerone sopra la strada di Storta per il viago de Flo­
rence. Clodio Gelée. R om a1 ». Toute cette région grandiose
et désolée a été explorée par Claude. Il a fait séjour aux envi­
rons d’Isola Farnese, dans un domaine de la famille Crescenzi,
qu’ il désigne clairement sur plusieurs dessins datés de 1662 ; il
y a étudié les bords de la rivière de Valchetta, avec le sol coupé
en falaises, les hauteurs boisées ou couronnées de bâtiments
et presque toujours l’ horizon majestueux des montagnes. Le
pays lui était connu dès sa première jeunesse alors qu’il se
rendait à Viterbe, pour travailler à Bagnara chez le cardinal
Montallo, maître de la villa Lante2.
Les études les plus fréquentes de Claude ont été faites sur les
bords du Tibre, aux environs de Ponte M olle3, qu' il pouvait
atteindre en une courte marche, en venant de sa maison de
l’Arco de’Greci (via Babuino) par la porte du Peuple. Chacun
sait que c’était aussi la direction principale des promenades de
Poussin. On pense à l’ un et à l’ autre, en admirant les collines
fortement décrites, qui dominent l'Aqua Acetosa dans un beau
lavis récemment entré au Louvre4.
Claude a suivi le cours de l’ Anio aussi souvent que le cours
du Tibre, et dessiné plus d’une fois le décor crénelé du « Ponte
Nomentano »5 La route de Frascati, comme celle de Tivoli,
lui fournissait de fréquentes occasions de faire halte, et de prép
a
re

1. B ritish Muséum, 0. 0. 7, 144. Rapprocher la formule de l’inscription d’un
dessin de la même collection fait au bord de la mer. « Claudio fecit per il viage
di Civita vecia ». Le « tombeau de Néron » est pris d’un autre aspect, dans le
dessin 276 de l’Albertine. — Un magnifique groupement de ruines antiques, avec
une église à coupole et un campanile, est réuni au bord de la mer, dans le
dessin de l’Albertine appelé, je ne sais pourquoi Un port sur le Tibre (dans
Mrs. Pattison, p. 52). La manière indique une étude d’après nature.
2. Musée du Louvre, n° 4113 de l’inventaire Guiffrey et Marcel (non reproduit).
Ou a lu sur le dessin : La Crigencio. Clau. Roma 1662. British Muséum,n° 0.
0. 6. 91, 0. 0. 7. 242, et 0. 0. 7. 243 (avec l’inscription : Vista dela Crescenzia
Roma, 1662).
3.Le plus célèbre tableau qui s’inspire de cette région est le paysage du
château de Windsor, gravé par Vivarès et Goupy.
4. Anc. coll. Heseltine.
5. V . notamment deux dessins de l'Albertine, 274 et 284.

�s
on godet de bistre ou de sépia, s’il était séduit par un
bord de rivière ou une des nombreuses buttes couronnées d’une
ferme de la campagne fortifiée.
L’antique Tibur, où l’attiraient tant de curiosités pittoresques
a reçu sa visite à bien des reprises. On possède un grand dessin
à la plume, lavé de bistre, du château bâti par Pie II1, avec
le ravin encaissé qu’il domine. Claude utilisait en ses peintures
cette vigoureuse silhouette, comme il faisait des colonnes du
« Temple de la Sibylle2 ». Mais Tivoli ne fut souvent qu’ une
étape de l'excursion dans les monts de la Sabine. Sandrart
atteste les séjours de son ami dans la haute vallée de l’Anio,
pleine de sites admirables ; il raconte qu’ils allaient tra­
vailler ensemble jusqu’à Subiaco, dans la solitude de saint
Benoît : Hinc ansa nobis enascebatur, ut (loco delineationum
vel adumbrationum factarum creta nigra atque penicillo) in
campis apricis Tiburtinis, iisque locis , quae iam Frescada,
Subiaca, al S. Benedetto dicuntur, et alibi, in charta débite
fundata, vel tela coloribus ad vivum plene depingeremus,
m onta, antra, valles, atque deserta, horrendos Tyberis lapsus,
templum Sibyllae et similia3. Ce précieux texte fait de Claude
en ces pages le prédécesseur d’une illustre lignée de peintres.
Et les monts Albains, comment ne les eût-ils pas fréquen­
tés? Ils commandent mieux que les autres l’horizon de Rome,
et, si leurs lignes harmonieuses se retrouvent dans les tableaux
de Claude, on peut croire qu’il a étudié aussi, du haut de leurs
sommets, les immenses étendues qu’ ils dominent. « Il préfé­
rait, dit Sandrart, les points d’où l’on voit se dérouler les ondulation
s
1. Le n° 4113 du Louvre me parait représenter un cours d’eau de la plaine au
pied de la montagne de Frascati. La hutte et la ferme n’y manquent point, non
plus qu’un morceau d'édifice antique qu’il sera aisé d’identifier.
2. Ce dessin, désigné par les mots « Fortezza di Tivoli » est reproduit par
Mrs M. Pattison, p. 143.
3. Cf. Mrs M. Pattison, p. 195. L’auteur a remarqué, p. 146, qu’un dessin où
Claude parait se représenter avec un compagnon crayonnant le cours encaissé de
l’Anio, est postérieur, à l’époque où Sandrart vivait à Home. Il porte, ce qui est
rare, une date : « Strada di Tivoli a Sobiacho l’auno 1642

�infinies de la plaine. » Les grandes vues plongeantes et
panoramiques, dont il recherche la difficulté, et qu’il a été le
premier à essayer dans les éclairages divers de la journée, c’est
peut-être des hauteurs de Castelgandolfo ou de l’Ariccia qu'il
les a contemplées et peintes. Il y a séjourné au moins vers
1639, pour peindre la vue du lac d’Alhano, à Castelgandolfo,
que lui avait commandée le pape Urbain V III1. Il a suivi la
voie Appienne parmi les tombeaux ; une de ses belles études
est faite d'après celui de Cecilia Metella, désigné sous son nom
populaire : « Claudio fecit. Capo di Buove2 ». Le pavé du
censeur Appius l’a mené dans la région Pontine. II faudrait
rechercher dans quelle mesure les monts Lepini et la falaise de
Norma ont pu l’inspirer. Les rochers de Terracine et le mont
Circeo apparaissent dans quelques tableaux3. Aucun point de
la campagne romaine, dans son étendue la plus large, ne paraît
avoir échappé aux investigations de cet infatigable curieux de
la nature.
Le sentiment qui l’animait est d’un caractère si moderne
qu’ on n’ est point surpris de le voir goûté fraternellement par
l’écrivain qui a « découvert » la campagna pour la littérature,
de la même façon que Claude l’avait introduite, deux siècles
avant lui, dans la peinture. Châteaubriand tient à le nommer
seul dans la célèbre lettre à Fontanes qu’ illustreraient si bien un
grand nombre de ses tableaux ; et dans les Mémoires d'outretombe, l’auteur glisse ce témoignage magnifique auquel est
associé le souvenir de l'autre grand romain qu’il admirait :
« Nous avons quelques lettres des grands paysagistes ; Poussin
et Claude Lorrain ne disent pas un mot de la campagne
romaine, mais si leur plume se tait, leur pinceau parle ; l’agro
romano était une source mystérieuse de beautés, dans laquelle

1. Petit tableau sur bois de la Galerie Barberini (n° 35 du Livre de vérité).
2. British Muséum, 0. 0. 7. 228. Reproduit par Lewis. Autre dessin de l’Albertine.
3. Il a exploré toute la côte en remontant vers le nord : Il dessine une maison
« sur la route de Porto » et, à plusieurs reprises, le port de Civita Vecchia.
(Anc. coll. Heseltine, au Louvre).

�Pl. III.

PAYSAGE DE LA VALLÉE DU TIBRE
COMPOSITION INÉDITE DE CLAUDE LORRAIN
(Ancienne collection E. Arago).

��ils puisaient, en la cachant par une sorte d’avarice de génie, et
comme par la crainte que le vulgaire ne la profanât. Chose
singulière, ce sont des yeux français qui ont vu le mieux la
lumière de l’ Italie. » La phrase de la lettre de 1804 repose sur
la même pensée, et montre que l’écrivain avait pénétré le
secret du peintre : « Vous avez sans doute admiré dans les pay­
sages de Claude Lorrain cette lumière qui semble idéale et plus
belle que nature? Eh bien, c’est la lumière de Rome ! »
Pierre de Nolhac.

�N o te r e lle

c o n c e r n e n ti

A.

de

V ig n y

I
« Commediante ! Tragediante! »

La scena tra Pio VII e Napoleone I che Alfredo de Vigny
espone tanto vivamente in Servitude et grandeur militaires, sotto
il titolo « Le dialogue inconnu », culmina ne’ due aggettivi
che il Papa sospira, con due diversi sorrisi, verso l’ impera­
tore :
« Le Pape, qui jusque-là n’avait cesse de demeurer sans mou­
vement, comme une statue égyptienne, releva lentement sa
tête à demi baissée, sourit avec mélancolie, leva ses yeux en
haut et dit, avec un soupir paisible, comme s'il eût confìé sa
pensée à son ange gardien invisible : — Commediante ! — » ...
... « J’avancai la téte, n’ entendant plus sa voix tonnante
[dell’imperatore], pour voir si le pauvre vieillard [il papa]
était mort d'effroi. Le même calme dans l’attitude, le même
calme sur le visage. Il leva une seconde fois les yeux au ciel,
et, après avoir encore jeté un profond soupir, il sourit avec
amertume et dit : — Tragediante ! — »
Che a Fontainebleau, nel gennaio del 1813, mentre si discu­
tevano le condizioni dell’ accordo tra la Chiesa d ’impero, acca­
desse veramente un colloquio di alta importanza, in cui Napo­
leone e Pio VII ebbero, qualunque ne fossero i m odi, a
tenzonare l’un con l’altro, è ammesso da tutti; e, in termini

�generali, direi che è certo. Quanto poi al Commediante e al
Tragediante, fu invenzione del de Vigny ?
Ernesto Dupuy, in La Jeunesse des romantiques (Parigi, 1905,
Pag. 330-331 ), crede che, senz’ altro, la fonte se ne trovi in Les
Martyrs dello Chateaubriand :
« La scène vient des Martyrs : c’est une transposition du
dialogue à la Montesquieu entre Dioclétien, las de régner, et
le César Galérius, impatient de gouverner l’ Empire : — Je
rétablirai les Frumentaires que vous avez si imprudemment
supprimés : je donnerai des fêtes à la foule, et, maître du
monde, je laisserai par des choses éclatantes une longue opinion
de ma grandeur. — Ainsi, repartit Dioclétien avec mépris, vous
ferez bien rire le peuple rom a in .— Eh bien! dit le farouche
César, si le peuple romain ne veut pas rire, je le ferai pleurer.
Il faudra servir ma gloire ou mourir. J’inspirerai la terreur
pour me sauver du mépris.»
Veramente, altro è che il Papa designi con due flagellanti
epiteli l’imperatore, colto nell’ alto di recitare prima una scena
di commedia e poi una scena di tragedia ; ed altro è che Diocle­
ziano osservi a Galerio che una sua condotta politica farebbe ri­
dere il popolo romano, e che Galerio gli risponda d’essere allora
disposto a far piangere chi ridere non volesse. Nondimeno,
il raffronto ha del curioso.
Ma la fonte del de Vigny non è per nulla in questo caso in Les
Martyrs.
Nell’ aprile del 1814, Pio VII fu ospitato, nell’ episcopio di
Cervia in Romagna, da quel vescovo, il Gazòla, e con lui si
sfogò delle coercizioni sofferte. Purtroppo il Gazòla non scrisse
allora subito tali sfoghi ; ma aspettò quattro anni, onde cadde
in qualche inesattezza,di cui non si accorse, e in qualche dimen­
ticanza che da sè lamentò : comunque, all’ ingrosso, rammentò
e rifeci la verità.
Ora ecco, nella sua testimonianza (cfr. P. I la r io Rinier i,
Napoleone e Pio VII, Torino, 1906, II, 326-27) il colloquio del
quale il de Vigny, in qualsiasi maniera ne fosse venuto a

�cognizione, si valse per l’energica scena di romanzo storico che
introdusse in Servitude et grandeur militaires :
« In un congresso [cioè in un abboccamento], preso l’impera­
tore da collera sulle costanti mie negative, mi fece un atto per
cui gli dissi : — Oh ! l'affare ha cominciato in commedia e vuol
terminare in tragedia. — Son sue precise parole, e nulla si
concluse. »
Il Gazòla, per quanto vi si sforzasse, non riusci a rammentare
quale atto fosse stato quello di Napoleone : alzò la mano minac­
ciando uno schiaffo ? prese il recipiente del polverino per
tirarglielo? « Certo fu un atto di tutta o ffesa all’ augusto Capo
supremo di tutta la Chiesa. »
I lettori han presente, nel racconto del de Vigny, un parti­
colare che anche meglio rinsalda a esso racconto quello del
Gazòla :
« Bonaparte, en ce moment, était au bout de la chambre,
appuyé sur la cheminée de marbre aussi haute que lui. Il
partit comme un trait (quando Pio VII ebbe ]esclamato Trage­
diante!), courant sur le vieillard; je crus qu’il l'allait tuer.
Mais il s’arrêta court, prit sur la table un vase de porcelaine de
Sèvres, où le Château de Saint-Ange et le Capitole étaient
peints, et, le jetant sur les chenêts et le marbre, le broya sous
ses pieds. »

II
Tommaso Chatterton.
Ed anche questo è un bel caso. Nel 1841, a Napoli, Carlo
Zanobi Cafferecci, ignorando Chatterton, il dramma di Alfredo
de Vigny, che fin dal 1835 era uscito tradotto in italiano, a
Genova, con l’ampia Prefazione di Giuseppe Mazzini, pub­
blicò il suo dramma Tommaso Chatterton (tre atti, in prosa). E

�lealmente, come appose sul frontespizio le parole del de
Vigny : « Anima desolata, povera anima di diciott’ anni ! »,
cosi in un Avvertimento confessò la sua fonte : « L’argomento
del presente dramma è tratto dai Capitoli XIV e XV de’ Diavoli
turchini del de Vigny; le particolarità istoriche risguardanti
il Protagonista e la catastrofe, dal Compendio della storia della
letteratura inglese di Coqueril, e della Biografia di Chatterton
dettata dal chiarissimo Luigi Masieri ».
In altri termini, il Cafferecci, che non sapeva del dramma
del de Vigny, ebbe innanzi Stello, uscito nel 1832, che egli
intitola (probabilmente da una traduzione, che non ho rintrac­
ciata) I Diavoli turchini, secondo l’esclamazione del Docteur
Noir a Stello, che gli ha esposto il suo malore : « Vous avez
les Diables-bleus, maladie qui s’appelle en anglais Blue devils ».
Quale strazio costui sapesse fare delle pagine del de Vigny è
palese a chi, senza pur leggerle, le scorra. Nè occorre dire che
il confronto di questo Tommaso Chatterton col Chatterton del
de Vigny è per ciò addirittura, non che superfluo, da schivare.
Ma della matta bestialità, come Dante direbbe, del Caff erecci,
non so astenermi dal citare una prova. Chatterton legge a Cate­
rina un racconto in versi, della più impura acqua romantica,
intitolato La Suicida Lombarda!
Quasi per antidoto, sarà bene rammentare che, con intro­
duzioncelle e note non senza merito, il Teatro completo del de
Vigny comparve a Milano nel 1838, tradotto da Gaetano Bar­
bieri.

III
Michelangelo e Rolla.
Tra i molti lavori drammatici, che un tempo fecero almen
relativamente salire in fama Carlo Lafont, piacque, Le Chefd’œuvre inconnu, del 1837.

�Prescindendo dalla bravura dell’attore Beauvalet, che imper­
sonò il protagonista al Théâtre français, non ci si rende ben
conto delle ragioni per cui, oltre gli applausi, ottenne l’onore
di una tal quale discussione critica. Che strazio della storia
vi si fa, a proposito di Michelangelo Buonarroti! Ma ciò poco
importerebbe se poesia vi fosse ; o se, mancando poesia, vi fosse
dramma. Rolla, ignorato scultore, muore proprio allora che
tre colpi di cannone annunziano che il Granduca di Toscana
gli ha assegnato la corona d’alloro (anzi, il lauro d’oro);
e Michelangelo esclam a.: « Questo è l’alloro di Virgilio :
ombreggerà solo una tomba! » Tutti s’inginocchiano, e cala il
sipario.
Col titolo Michelangiolo e Rolla fu rappresentato in Italia più
volte, a Milano, a Torino, e certamente altrove, anche dalla
Compagnia Reale Sarda. E nel 1838 Gottardo Calvi ne diede in
luce, a Milano, la sua versione migliorata, che fu ristampata
di nuovo a Napoli nel 1853.
Il Calvi premise alla versione stessa alcune rifle s s io n i
notizie sul Lafont, in genere, e sul dramma. Può riuscire d’una
certa curiosità questa pagina :
« Vollero alcuni trovare nel Michelangiolo e Rolla una palese
imitazione del Chatterton di Alfredo de Vigny, ingannati forse
da una certa somiglianza che scorgesi in alcune situazioni e
nella catastrofe di questi due drammi. Ma l’autore ribatte aper­
tamente tale accusa, e mi sembra che ne abbia ben ragione;
poiché assai differente è il concetto generale che vi domina
e per conseguenza anche il carattere dei due protagonisti nei
quali questo concetto è incarnato. Infatti Chatterton è un
disperato senza fede; Rolla soffre e prega. Chatterton muore
di fame anzichè adempiere il contratto che ha col suo
libraio; Rolla vende le statuette di legno all’usuraio Salomone
per vivere. Chatterton rifiuta la gloria, perchè la crede infe­
riore ai propri meriti ; e Rolla invece teme di non esserne
degno, reputa l’opera altrui migliore della propria, L’autore
del primo è strano, biasimevole, inerte; quello di Rolla,

�operoso ed alimentato da una dolce e pura speranza. Chat­
terton brucia i suoi versi per un’ inutile esaltazione ; l’altro
distrugge la propria statua per generosa lealtà, per ricono­
scenza. Infine la morte dell’italo scultore è soave ed inno­
cente; quella del poeta inglese, un funesto suicidio. »

IV
Un’ ode a Carlo Alberto.
Non per dire qualcosa di nuovo, ma per indicare un notevole
documento che temo inosservato, credo bene rimettere sotto
gli occhi, specialmente degli studiosi italiani, quel capitoletto
del Journal d' un poète che è intitolato Un héros.
L’eroe è Carlo Alberto. La pagina del de Vigny, che a lui si
riferisce, non è che la traccia di una lirica, ideata e poi non
eseguita.
Il poeta dovè pensarla poco dopo la partenza del re per l’esi­
glio e prima della morte di lui : il che vuol dire, tra gli ultimi
giorni del marzo e gli ultimi del luglio 1849.
Quegli che il Mazzini chiamò, con designazione oramai pro­
verbiale, anche perchè rinnovata dal Carducci, 1’ « italo
Amleto », inspirò al de Vigny un’ ammirazione pietosa che è
da rimpiangere non si manifestasse in un’ ode versificata.
La traccia, per sommi capi è questa : — Gli avvenimenti poli­
tici del 1848-49 mi avevano (pensa il poeta) cosi amareggiato
che sentivo il bisogno di sfogare il disprezzo e il rancore nella
satira. Ma sono ora accaduti insigni fatti, j ' ai vu des choses
belles et grandes ; e vo’ cantarle. Carlo Alberto ha combattuto
per l’ Italia ; e Milano e Genova gli si sono ingratamente dimo­
strate, l'una ostile, l’altra ribelle. Ed egli, il nobile duce, si è
gettato co’ suoi cavalieri sul nemico austriaco; e quando si è
accorto che non conseguiva nè la vittoria nè la morte, ha
abdicato : Vous avez quitté la bataille et la couronne en passant

�à pied sur le corps de vos lanciers. Piuttosto che restare sopra
un trono contaminato dal vincitore tedesco (Radetzky), o
scalzato dai « condottieri » (Garibaldi), voi, o re, avete prefe­
rita la solitudine, e vi siete esiliato.
Non occorre, trattandosi di avvenimenti tanto noti, un
commento storico. Neppure occorre, trattandosi di un' analisi
tanto difficile quanto richiede l ' animo di Carlo Alberto, un
raffronto psicologico tra lui e il de Vigny.
Fa onore a questo l’omaggio reso, allora, a quell’ infelice.
Guido Mazzoni.

�G io v a n n i

C e n a

Le 10 décembre 1917, un cortège accompagnait, à travers
Rome, la dépouille mortelle de Giovanni Cena. De vieux paysans,
des paysannes, de jeunes garçons et des jeunes filles entou­
raient et suivaient le cercueil; ils étaient venus, les hommes
avec leurs gros souliers et leurs feutres évasés, les femmes et
les fillettes la tête enveloppée du traditionnel fichu ; — ils
étaient venus des villages perchés au flanc des collines, ou
perdus dans les horizons infinis de la campagne romaine;
ils portaient des couronnes de branchages tressés ; sur une des
couronnes se lisaient ces mots : « A leur frère Giovanni Cena,
les paysans de l'Agro romano » ; deux soldats, jeunes paysans,
érigeaient une bannière blanche où se dessinent la bêche et le
livre, symbole des écoles de la campagne romaine. Puis un
autre groupe suivait, comprenant des écrivains comme
Mme Grazia Deledda, des artistes comme le sculpteur Duilio
Cambellotti, des hommes politiques : le sénateur Maggiorino
Ferraris, le commandeur Cancellieri ; des intellectuels, les
professeurs Borgese, Fedele, MM. Carlo Segrè, Giovanni Amen­
dola... — Quel fut donc l'homme autour duquel s’ unissaient
les artistes les plus originaux, les penseurs qui orientent
aujourd'hui la vie nationale italienne, et ces paysans hâlés,
brûlés du soleil et du contact incessant de la glèbe, et si
imprégnés du sol qu’ils travaillent, qu’il semblait que la terre
même d’Italie se fût dressée pour honorer ce mort, et pour le
pleurer? Quel symbole s’exprimait en ce cortège, « le plus
noble cortège, dit un de ceux qui prirent la parole près du
cercueil, qui, depuis des années, ait traversé Rome »?
La vie de Giovanni Cena explique ce symbole ; né dans le

�peuple et pauvre, il connut toutes les détresses, toutes les lassi­
tudes qui pèsent sur l e pauvre; devenu, par son effort héroïque,
un membre de l’élite intellectuelle, un semeur d’idées, un
artiste, il resta en contact intime et généreux avec le peuple,
se fit l'apôtre de sa rédemption, et jusqu’au dernier jour y
consacra ses forces.
Giovanni Cena naquit en 1870 à Montanero Canavese, village
situé aux environs de Turin ; son père était tisserand. Il fut
l'aîné d’un groupe d’enfants dont beaucoup disparurent tout
petits : « Jamais le berceau n’arrêtait sa cadence », écrit Cena
au souvenir de ces petits frères à peine entrevus. La famille
occupait, au rez-de-chaussée d’un château en ruines, deux
grandes chambres sans fenêtres, qui avaient servi de prison.
La mère, cette pauvre femme de tisserand qui mit au monde,
et trop souvent ensevelit tant de petits enfants, fut l’amie du
garçon pensif et doux ; elle lui apprit à lire ; entre eux se noua
ce lien mystique, qui, pour la. vie et par delà la mort, unit à
leur mère certains des meilleurs parmi les hommes ; ceux-là
ont une pénétration plus tendre, plus intensément humaine
de l’existence; ceux-là seuls peut-être connaissent la totalité de
la douleur, si largement supportée par la femme ; l’amante la
plus, passionnée, l’épouse la plus tendre ne la révèlent pas ; il
faut que l’homme l’ait sentie, enfant, lorsqu' il appuyait contre
l’ épaule maternelle sa tête puérile et grave. Distingué, pour
son intelligence, par le maître d’école et par quelque patron de
son petit pays, Giovanni Cena fut envoyé à onze ans dans une
école religieuse de Turin, et à seize ans il entrait au séminaire.
Il y lut en cachette la Nouvelle Héloise, les poésies de Leopardi
et de Carducci, ce qui n’était pas une préparation à la prêtrise.
Il nous dit, dans la préface de ses premières poésies, ce qu’il a
souffert en ces années d’adolescence, emprisonné, opprimé par
« la hantise de l’obscurité », — (il intitule ces poésies « In
Umbra ») — lui, « né au plein soleil, pénétré d’un instinct
sauvage de liberté, gardant au cœur la nostalgie de la terre
ensoleillée et du visage maternel ».

�Renvoyé du séminaire, il tenta la dure escalade du savoir, et
comme il dit, « de la civilisation ». Pendant ces années de
travail tenace, de fiévreux surmenage intellectuel, il sentit que,
malgré son affection fidèle, il s'éloignait des siens, sans arriver
non plus à se faire une place dans la société cultivée et bour­
geoise ; il franchissait, en quelques années, les étapes de
plusieurs générations.
Ce furent des années douloureuses d’étudiant pauvre, qui a
faim et froid, dans les mansardes de Turin ; mais des années
remplies par la surexcitation des lectures confuses, par les
extases intellectuelles des amitiés juvéniles, par les rêves
orgueilleux et généreux de triomphe sur le monde hostile, et
de sacrifice pour la rédemption des misérables ; et par l’amour
enfin, rêvé comme un songe idéal, et puis connu dans sa
banalité tragique; et les semaines d’hôpital, la chair en lutte
angoissée contre le néant, et cette idée qu’on va mourir sans
avoir jamais pu vivre...
Tout cela s’ exprime, en une certaine confusion mais avec
des accents de poésie et de passion poignante, dans les poésies
de « In Umbra », et surtout dans le roman « Gli Ammonitori »
( « Les Avertisseurs », ou peut-être plutôt « Les Précurseurs »).
Mais avant leur apparition, déjà le petit poème de « Madré »1
avait révélé au public le nom de Giovanni Cena. Le jeune
homme avait vu agoniser lentement et mourir sa mère, sa
première amie et la plus sacrée; dans les pages dédiées à son
souvenir, il exprime ces émotions qui vont tellement loin en
nous-mêmes, et qui déchirent si violemment le cœur, que très
peu parmi les hommes osent les dire, très peu même osent les
connaître, comme s'ils avaient peur, ensuite, de ne plus trouver
possible la routine de la vie ; quand un artiste ose les regarder
dans son cœur d'homme, et les traduire en son œuvre d’artiste,
c’est toujours, pour les autres hommes, un étonnement, un
trouble de scandale ou d’admiration.
1. Publié en 1897.

�Oh, ces veillées! Quand leur image atroce
me revient par les nuits, je sue une sueur glacée.
Je reste étendu sous leur hantise, inerte,
tremblant, sans haleine et sans voix.
Quand le monstre insatiable
la mordait, l’aspirait de sa lèvre vorace,
elle, convulsée, se tordait comme un sarment en flammes.
.... Et puis elle restait muette, absorbée,
les yeux large ouverts, les cheveux dressés.
Et puis, elle se mettait dire des paroles si douloureuses
que je les sentais entrer dans mon crâne comme les pointes d’un scalpel.
— Dites, je n’aurai donc jamais de repos?
Pour quel péché, mon Dieu, pour quel
péché? Toute ma vie je n’ai ‘ait que peiner! ...
.... Elle agonisait ainsi, dans cet enfer,
hors de la vie, hors du temps éternel,
qui pour elle se déroulait en jours et en nuits de torture...
.... Mais, quand je la vis contracter ses mains,
et tordre ses bras affaiblis ; quand,
frissonnante, elle se plia toute, convulsée, avec des cris
rauques, qui n’étaient plus des cris humains ;
moi je m’enfuis dans la nuit, ivre,
dans une fureur de mordre, de tuer,
de détruire l’indomptable Ennemi,
et moi-même, et tout ce qui est, et de m’engouffrer dans le néant.
Mais de cette communion atroce avec l’agonie, l’amour et le
respect de la vie se dégagent, en une religieuse consécration :
Humbles croix de bois,
noires, les neuves, grises, les vieilles ; témoignages
de douleurs oubliées dans l’éternel repos,
j ’errai parmi vous comme en un antique calvaire,
un jour d’automne.....
.... Et d’un ruisseau voisin montait
un murmure infiniment, triste,
comme de paroles humaines.
Mais le ciel était si beau, si merveilleux le soleil !
Je regardai, à l’entour, les champs sans limites,
et les forêts jaunies, sur le fleuve sonore
paraissant toutes d’or, et les monts éclatants,
qui, déjà blancs de neige, en des nuées de flamme
resplendissaient comme des fronts
haut dressés en apothéose.

�Et du village, en bas, soudain des sons de cloches
jaillirent. Et je tressaillis :
« O maman,
« m’écriai-je, — à toi, tant que je vivrai,
« la fête de la vie, que lu donnas
« dans la douleur, et trop vite perdis !
« Et celle humaine voix, vibrante de joies et de spasmes,
« et le frisson qui moule de l'abîme énorme,
« et les formes et les couleurs,
« et ce qui vit, dans la vie et hors la vie,
« et ce cœur, mon. coeur, qui s’enflamme
« comme un astre, et qui monte
« aux cieux calmes de la lumière sans limites,
« — à toi, à jamais. »
Après le poème de « Madre », le roman original et puissant
« Gli Ammonitori » (publié en 1904) affirma Giovanni Cena
comme écrivain et comme penseur ; l’amitié du professeur
Arturo Graf (noble écrivain lui aussi, et dont la pensée tour­
mentée eut de beaux accents), celle de l’économiste Maggio­
rino Ferraris, et du sculpteur Leonardo Bistolfi, — piémontais,
comme Cena, — l'ont décidément introduit dans la société
intellectuelle; rédacteur de la « Nuova Antologia, » il y est le
collaborateur dévoué de M. Ferraris. Mais les années de lutte
avaient été trop dures; l’organisme robuste en resta brisé,
quoique toujours énergique, soutenu par une étrange vitalité
contrôles puissances de mort installées en lui; et la vie de
Cena, comme son œuvre, continue d’être « l’aspiration d’un
esprit vers l’absolu, d’un cœur vers la bonté et vers l’amour,
des sens vers la saine joie, de l'être entier vers une vie inté­
grale » 1.
« Gli Ammonitori » — dont la traduction française n’a
jamais paru, et c’est regrettable — est un roman qui déroule
l’analyse, et qui d’ailleurs ne prétend pas se présenter comme
une construction artistique, mais seulement « décrire les gens
qui souffrent et qui meurent » : cortège d’ouvriers qui ont
depuis l’enfance manqué de soleil et de pain; de pauvres
1. Préface de « In Umbra ».

�femmes pour qui l'amour et la maternité, au lieu d’un épanouis­
sement, est détresse et flétrissure ; jeunes artistes auxquels, du
moins, un espoir sourit — si auparavant la phtisie ne les étend
pas sur le lit d’ hôpital. Livre douloureux, mais sans haine;
triste infiniment, mais non pessimiste ; il serait intéressant de
le comparer aux romans russes, qui plongent dans les couches
profondes des misères sociales. Dans le roman italien, l’inspi­
ration est toute d’effort, de charité active, et en somme
d’espoir; le héros du roman, l’ouvrier imprimeur Stanga, rêve
le suicide, mais non comme une déroule, comme une sorte de
rachat pour la souffrance des autres, « un témoignage en
faveur de la vie ».
Les sonnets de « Homo, »1 dans leur énergie concise, sont
une célébration de la vie universelle, évoquée là même où la
plupart des hommes croient rencontrer l’inertie; — Cena
n’avait-il pas annoncé qu’il célébrerait « tout ce qui vit, dans la
vie et hors de la vie? » En ces sonnets, le poète atteint la maî­
trise d’un art difficile, qu’il a de parti pris rendu plus difficile
encore : il a voulu bannir toute emphase oratoire ; son vers,
heurté d’ellipses et de reprises soudaines, s’adapte à la pensée
en travail, à sa logique essentiellement émotive.
Il y a un accent que l’on n’oublie plus dans cette évocation
des images, qui, de la naissance à la mort, peuplent « cette fête
de la vie » :
O mes Veux, du jour où le cher et beau visage,
reflété le premier de tous, s’évanouit ;
où la nature vous découvrit son visage,
tandis que la première amante vous sourit ;
Combien d’accueils donnés aux ombres éphémères,
monde aux fuyants aspects, visages féminins !
L’art, qui sous son pouvoir magique les retint,
les fit humaines ; et divines, leur mystère.
Mais un jour, yeux ouverts sur le spectacle humain
comme des portes au soleil, closes soudain,
La mort vous couvrira de sa grande aile sombre.
1. Publiés eu 1908.

�Ah ! Quelle Image alors, visages qui passez,
inclinée et pleurante, allez-vous me laisser
pour la garder en mes prunelles pleines d'ombre ? 1
Le sonnet qui porte le titre « Omnis caro fœnum » est un de
ceux où s’exprime le plus originalement la sensibilité de Cena.
Sa tendresse délicate et passionnée pour la beauté fragile de
l’être humain et des liens humains :
Je tressaille parfois, tandis que sur ton cœur,
bercé par le soupir des lèvres endormies,
je m'assoupis... Car j ’entends battre, ô mon Amie,
les ondes de ton sang... et cela me fait peur !
Sous ce tissu pareil à de frêles corolles,
j'écoute se poursuivre un travail incessant,
mystérieux et si fragile!... Ah, quelque instant
de silence... et me voilà pris de terreurs folles !
Ton âme brille en moi ; mon Ame est sa demeure :
— pacte scellé par chaque étreinte de tes bras —
et pour l’éternité nous avons fui les heures.
Mais ce corps — ton vouloir ne le possède pas :
soudain la mort l’emporte, et te prend tout entière,
et prend ma vie à moi, que tu m’as faite chère.
Toujours l’ idée surgit de ce combat sans fin entre la lumière
et l’ombre, entre la vie et le néant, combat dans lequel le
poète, sans s’aveugler d’illusions consolantes, proclame de
risquer toutes nos énergies, et de glorifier la vie au seuil même
de la mort :
« — Mourons ! » lui disait-il, joignant en sa pensée,
que la joie enivrait, l’amour avec la mort.
Elle lui répondit, et l’embrassa plus fort :
« — En cet instant, Ami, la vie est commencée. »
Rien ne lui survivra : simulacre léger
disparu par delà les portes dé la vie,
l’amante n’attend pas l'aimé qui la convie...
— Louons l’humanité pour ce lien passager!

1. « Homo », « Les Yeux ».
V

�Exaltons celte vie incertaine et rapide !
que nos sens soient le sol généreux qui décide
unie nouvelle vie humaine à palpiter ;
Que notre âme, de tous les deuils humains nourrie,
les transforme en rayons d’amour, qu’elle irradie
sur tous ceux qui sont -et seront l’humanité! »

Corps où court notre sang, et par qui nous avons
ce souffle rapide et tenace !
Corps qui ne sont pas nés, corps où nos cœurs vivaces,
en flots toujours plus amples, s’épandront !
Et celui-là, si doux, par qui me plaît
le mien, qu’au mien l’amour enchaîne,
qu’avec moi je voudrais mener jusqu’à la Paix,
jusqu'au grand Cœur qui tout absorbe et tout entraîne...
Resplendissez, formes b
e lles, regards et voix,
dans les frissons plus intimes, puissance
suscitatrice des nouvelles existences!
La mort nous cerne. En nous la haine croît ;
nous haletons sous la bestiale violence ;
chaque instant est suprême : ... ô Vie hasarde-toi !
Le rêve du bonheur n’est pas un rêve médiocre, comme on
l’a trop affirmé; c’est bien plutôt un rêve tragique. Si, parmi
les hommes, les « satisfaits » excitent souvent en nous la répul­
sion du dégoût, c’ est que leur rêve aussi fut trivial et dégoû­
tant. Celui qui aspire au bonheur comme à la possession et à
l’expansion intense et généreuse de la vie, celui-là est, dans
son désir «sans limite et sans fin, » un grand croyant, prêt à
l’héroïsme pour sa foi.
Or, il semble que celui qui a osé beaucoup rêver, beaucoup
désirer de la vie, en obtienne un jour — pour une heure — ce
qu’il lui réclamait. Brève, poignante volupté, immersion d’un
instant dans les énergies qui inlassablement rajeunissent la
création. Telle m’apparaît, symbolique, sous le vêtement
humain qui la recouvrit, la rencontre de Giovanni Cena et de
la jeune femme dont quelques sonnets de « Homo » disent

�l’élégante beauté, l’intelligence lucide et brave. Était-elle donc
réalisée, cette aspiration « vers la vie intégrale et vers la saine
joie » ? Mais l'amie, elle aussi, avait sa destinée; elle traversa
la vie du poète comme un éclair qui illumine et qui blesse.
Dernier apprentissage de la douleur, après lequel ce cœur, trop
aimant pour la rancune et l’amertume, fit simplement abnéga­
tion.
Pour lui; non pour les autres. Son idéal ne fléchit pas. Il
resta convaincu de la valeur de la vie, de la valeur des idées ;
mais, laissant là ses projets d’œuvres littéraires ébauchées, il
consacra ses forces à une tâche sentie plus urgente peut-être,
et d’ un appel plus direct : l’organisation des écoles pour les
paysans de la campagne romaine.
Giovanni Cena avait la passion de la vie au grand air et des
longues marches par la campagne, il accompagnait souvent
son ami, le docteur A n gelo Celli, dans ses promenades — pres­
que des explorations — à travers la campagne romaine et
les marais pontins; Angelo Celli, à la fois comme docteur, et
comme député au parlement italien, menait une lutte vigou­
reuse contre la malaria : c’est lui qui obtint les lois sur la
distribution obligatoire et gratuite de la quinine. Dans ces
excursions qui les mettaient directement en rapport avec la vie
des paysans — laboureurs et pasteurs — disséminés sur le
territoire du Latium, sans contact aucun avec la civilisation
actuelle, une même idée leur vint, de porter à ces pauvres gens
l’assistance de l’école. Un petit comité formé de personnalités
d’élite — professeurs, ingénieurs, grands propriétaires sou­
cieux du progrès matériel et moral de leurs paysans — organisa
et développa chaque année les « écoles ambulantes du soir et
du dimanche, » qui seules pouvaient atteindre chaque petit
groupe rural. La première école fut créée en 1904; plus de
70 fonctionnent aujourd’hui1.
L’ étranger qui visite Rome ignore d’ habitude la campagne
1. Le Comité des Écoles a son siège à Rome, 159-163 Via Torino.

�romaine ; il a vu, de la portière du train, au nord et au sud de
Civitavecchia, des troupeaux de bœufs, de moutons et de
chevaux; il parcourt en voiture la Via A ppia antica — jusqu’ au
tombeau de Cecilia Metella ou peut-être un peu au-delà— et il
fait en tramway la promenade des Castelli rom ani; mais il
n’a pas même soupçonné les villages de huttes (Colle di Fuori,
Marcelli, Vivaro) nichés aux pentes des Monti Prenestini, et
dans les petites vallées encloses des Monts Albains; il visite les
ruines d'Ostie, mais ne pénètre pas dans l es plaines maréca­
geuses de l’embouchure du Tibre et des marais pontins.
Cette vaste région, domaine traditionnel de la malaria, n’est
pourtant pas un désert; plus de 70.000 individus y vivent :
pasteurs de bœufs et de moutons, gardiens de chevaux, labou­
reurs, bûcherons ; il faut y ajouter les ouvriers employés à la
construction des routes, des canaux et des voies ferrées. Toute
cette population descend dans les plaines, pour le temps des
travaux, de novembre à juillet, et de juillet à novembre remonte
dans les petits pays de montagne des Monti Simbruini, de
l’Abruzze (province d’Aquila) et de la Campanie (province de
Caserta). Les uns arrivent par bandes d’ouvriers agricoles,
hommes et femmes, recrutés par un chef, le « caporal » ; les
autres s ’installent avec leur famille, toujours nombreuse,
d’enfants.
Ces allées et venues d’ une province à l’autre, — « l’ émigra­
tion interne » comme on l’appelle en Italie, — rendent impos­
sible la fréquentation scolaire ; aux mois d’ été, quand les
familles regagnent leurs villages de la montagne, l’école est
fermée ; pendant le reste de l'année, les petits groupes de
quinze à soizante familles vivent dispersés dans les latifundi
romains, régions parcourues seulement par de mauvais
chemins de charrettes, loin de tout centre urbain. Ils habitent
dans des étables obscures ou dans des huttes, pêle-mêle avec
les animaux. Les plus isolés sont les paysans qui cultivent le
maïs dans les marais pontins, et les bûcherons campés dans
de grandes cabanes dont chacune abrite plusieurs familles, au

�milieu des forêts marécageuses qui forment la « macchia » de
Terracine. Comment établir des écoles fixes, rétribuées par la
commune ou par l’État, dans ces petites agglomérations
distantes les unes des autres de plusieurs lieues, et condamnant
l'instituteur ou l’institutrice à une vie tout à fait misérable et
isolée? De plus, la législation du travail agricole pour les
femmes et les enfants est encore très incomplète; et, au moment
des récoltes, les enfants de moins de douze ans sont occupés
pour la journée entière.
L’ école ambulante, fonctionnant le soir après le coucher du
soleil, et, quand on peut, le dimanche, était la seule organisa­
tion réalisable. Des instituteurs et des institutrices de Rome
commencèrent à se rendre, deux ou trois fois par semaine,
dans les villages les moins éloignés de Rome, utilisant autant
qu’ils le pouvaient les voies ferrées, les tramways, ou le primi­
tif «carrettino », et parcourant à nuit close plusieurs kilomètres
à pied ; quelquefois un service d’automobile a pu s’ établir (par
exemple sur la Via Salaria) et desservir plusieurs écoles;
quelquefois les instituteurs emploient la bicyclette, ou même
font le trajet à cheval. L’école s’ établit dans une grange, dans
une étable, dans une hutte construite par les paysans. Mais la
première école en maçonnerie se dresse depuis quelques
années, à Colle di Fuori, surmontée d’un petit campanile
modeste et élégant, décorée par Duilio Cambellotti de fresques
qui représentent les champs et les bois de châtaigniers des
collines environnantes. L'érection de l’école de Colle di Fuori
a été un triomphe pour l’œuvre des écoles; elle témoigne de
l’enthousiasme et de la reconnaissance des paysans envers
ceux qui venaient leur apporter une parole humaine de secours
et d’amitié : le conseil des «chefs de famille » en décida la
construction ; chaque famille versa une cotisation de 10 francs,
et prêta ses bras au transport difficile des matériaux de cons­
truction ; les instituteurs des écoles de l’ Agro romano (qui
pendant plusieurs mois, au début de la tentative, ont donné
gratuitement leur concours) offrirent la cloche où fut gravé

�l’emblème des écoles : un livre et une bêche1. Les paysans
de Colle di Fuori ont donné à leur village le nom de Concordia.
J’ai plusieurs fois visité cette école, en compagnie de Cena,
d’instituteurs et d’institutrices, du docteur qui faisait sa tournée
du dimanche (car le Comité des écoles a institué l’assistance
médicale et un petit dispensaire ambulant). Le matériel scolaire
a été combiné avec ingéniosité; une légère armoire démon­
table se développe en tableau noir, en support pour les cartes
géographiques, en bibliothèque-bureau. J’ai vu les efforts
attentifs des garçons et des fillettes pour déchiffrer le petit
journal créé pour eux depuis un an (le « Piccolissimo ! ») et le
livre manuel de géographie et d’instruction civique que le
professeur A. Marcucci, directeur des Ecoles, a rédigé pour
répondre aux besoins spéciaux de la population scolaire. J’ai
remarqué la gentillesse encore âpre, mais affectueuse et déli­
cate de ces enfants qui étaient autrefois de vraies petites bêtes
des bois, farouches et presque muettes. Les gens pour qui
l’acquisition de la science a été facile, et surabondante jusqu’à
la nausée, peuvent hausser les épaules et mépriser la tentative
d’instruire le peuple : à l’école de Colle di Fuori, j ’ai éprouvé
que l’ effort des braves cœurs qui ont mis là leur énergie n’est
pas tout à fait une duperie.
L’impression est bien plus forte encore à la classe du soir,
où tout le monde assiste, même les vieux ; souvent, l’insti­
tuteur y prend occasion d’un passage de la lecture pour inter­
roger, et pour susciter des questions ; pour éveiller des asso­
ciations d’idées plus nettes et plus complexes; pour donner un
petit enseignement d’histoire et de culture civique. J’ai pu
juger moi-même de l'attention sérieuse et du bon sens que les
paysans apportent à ces causeries, en assistant l’an dernier à
un entretien du Prof. A. Marcucci sur la souscription à l’em­
prunt national italien.
D’année en année, l’ œuvre des écoles de l’Agro romano et
1. Si la bêche sert de symbole aux paysans de l'Agro romano, c’est qu’en effet
une grande partie du travail de défrichement se fait encore à la bêche.

�des Marais pontins a gagné du terrain, atteignant des groupes
humains plus isolés, plus enfermés dans leur vie primitive :
quelques écoles se sont ouvertes dans les « lestre » (villages de
huttes, enclos d'une palissade de troncs d’arbres) de la macchia
de Terracine. Depuis la guerre, des asiles ont été créés pour
les tout petits, les enfants des soldats ; quelle impression
gracieuse j’ai gardée de l’asile de Marcelli, petit pavillon de
bois bien aéré, plein de soleil, où une chevrette avait le droit
d’ entrer quelquefois visiter les bébés, car elle aussi est de
l’ école; les petits enfants passent presque toute la journée à
l’école, on les y habitue aune propreté et à un ordre qui natu­
rellement étaient ignorés jusqu’ici par des populations si misé­
rables; on leur donne à midi une soupe chaude et des légumes,
luxe inconnu aussi : car les femmes travaillent aux champs
comme les hommes, et les repas consistent presque invaria­
blement en bouillie de maïs et en salades sauvages.
A présent il n’est plus un coin, si caché soit-il, de l’ Agro
romano et des Marais pontins, où les paysans n’aient entendu
parler de l’œuvre des écoles; à chaque descente nouvelle des
paysans dans la plaine, en novembre, de nouveaux groupes de
familles demandent : — « N.’aurons-nous pas aussi notre
école? » Ils o ffrent leur travail pour élever une hutte-école.
Quelquefois l'hostilité du propriétaire ou d u « c a p o r a l» en a
pendant plusieurs années empêché l’établissement ; mais d'au­
tres propriétaires, au contraire, ont apporté leur collaboration
généreuse : dans la « tenuta » de Ponte Salario, dirigée par
Mme Sinigaglia, l’ école a été installée dans des bâtiments neufs,
sains, éclairés, aux frais de la propriétaire ; au mois de juin,
quand l’ école ferme, Mme Sinigaglia o ffre des prix à tous les
élèves (ce sont des pièces d’étoffe pour faire des chemises et des
tabliers); les plus assidus à l’école et au travail reçoivent en
surplus un livret de la caisse d’épargne postale, et un très bon
goûter réjouit tout le monde.
Telle est l’ œuvre à laquelle Giovanni Cena se consacrait
depuis quatorze ans ; il y apportait la foi d’un apôtre et

�l’enthousiasme d’un artiste ; et c’ est bien une création artis­
tique que cet éveil d’ un peuple robuste et intelligent à la ,vie
sociale, à l’idée, à des délicatesses morales forcément ignorées.
Dire la sympathie franche qu’il portait à ces gens, la confiance
affectueuse qu’il excitait, est chose difficile; toute parole semble
banale ; il y avait dans la bonté de Cena des éléments si rares,
si intraduisibles; rien de la condescendance raisonnée, systé­
matique, qui rend odieuses tant de « personnes charitables » ;
Rien non plus de l’intellectuel qui « va au peuple ». Les pay­
sans qui ont noué à leur couronne de branchages l’ inscription :
« A notre frère Giovanni Cena », ont dit la vraie parole ; son
sentiment était tout de fraternité humaine. Combien peu
d’ hommes connaissent ce sentiment-là !
Un autre trait de l’âme de Cena se révélait dans ces excur­
sions vers les écoles : sa nature essentiellement, ingénument
artiste. La campagne romaine, tant de fois parcourue, lui appa­
raissait toujours plus belle, avec ses champs de lupin en fleurs,
ses landes d’ajoncs, ses anémones bleues qui s’ ouvrent sous les
bois de châtaigniers; il connaissait l’époque de floraison et
les places favorites de chaque fleur de la région. La beauté et
le pittoresque humains ne l’intéressaient pas m oins; je me
rappelle comment il me fit soudain remarquer, au cours d’une
promenade, les couleurs hardies, étrangement appliquées sur
le ciel, d’un costume de paysanne; il devinait la beauté robuste
des corps d’enfants, sous l’entassement maladroit de jupons
qu’une pauvre maman leur avait passés, pour qu’ils aient
chaud : il remarquait avec joie les traits fermes, les yeux
magnifiques où s’affirmait la saine beauté de la race. Les
chansons, les récitations naïves des bébés des asiles l’amu­
saient et l’attendrissaient, non par dilettantisme, mais à la
façon des gens qui n’ont pas perdu contact avec l’enfance, qui
ont gardé en eux, vivante et intacte, leur âme d’enfant, — qui
n’ont pas oublié le sérieux parfois tragique de la vie enfantine.
Mais tandis qu’il donnait à tant d’êtres humains son temps,
son travail et son affection, affirmant ce respect et cet amour

�de la vie qui remplit les pages les plus douloureuses de son
œuvre littéraire, toujours, au fond des yeux éclatants d’intel­
ligence et de bonté, habitait une mélancolie intense ; là se
lisait toute la lutte, toute la passion qu’avait été sa vie. Sa
frêle dépouille corporelle, nous pouvons l’abandonner à la
terre : elle ne l’ exprimait pas, elle n’était pas lui; mais aucun
des amis de Giovanni Cena n’oubliera ce regard chargé de
pensée et de souffrance, d’affection enthousiaste et de renon­
cement 1.
Charlotte Renauld.
1. Au printemps de 1918, une pierre commémorative a été apposée sur l’école
de Colle di Fuori, en souvenir de Giovanni Cena. Bientôt aura lieu une manifes­
tation plus imposante, et bien selon le cœur de Cena ; un Comité recueille des
fonds pour créer dans la campagne romaine une nouvelle école qui lui sera
dédiée; S. E. le Ministre Orlando a envoyé 1.000 francs au Comité.

�V a rié té s

« Les Romains sont sots :
Les Bavarois sont fins ».
« Stulti sunt Romani : sapienti sunt Paidari. » — Ces mots
ont servi de titre à quelques pages pleines de saveur, publiées
le printemps dernier dans le Marzocco par Pio Rajna1. Ils ne
sont pas pour surprendre les philologues, car ils viennent d'un
très ancien glossaire, bien connu parmi eux. Mais elles sont
revenues à la mémoire de l’illustre érudit italien, lors d’évé­
nements tout récents qui ont affligé sa patrie. La tourmente
qui a agité le monde n’a même pas laissé dans son calme impas­
sible, la plus désintéressée des sciences, la philologie.
Car la sérénité de la science n’empêche pas de voir ses appli­
cations pratiques et directes.
Rajna nous a donné à ce sujet un morceau bien curieux,
précieux, typique de notre époque. C’ est, dirait-on, un chapitre
de ses mémoires personnels qu’ il nous confie, et la chose n'en
a que plus de charme. L’ occasion fut fournie, semble-t-il, par
un récit récemment paru dans une revue2 , et où, par erreur, le
narrateur avait fait figurer Rajna. Celui-ci rectifia, pour ce
qui le concernait, mais l’anecdote n’ était pas moins vraie. Et
elle attira son attention. On l’avait racontée sous ce titre : Vil­
lari, Mommsen et les espions allemands.
La scène se passait à Florence, en 1877, chez Pasquale Vil­
lari, où le despotique historien allemand avait déjeuné, avec
quelques savants florentins. A un tournant de la conversation,
Villari se laissa aller à poser à son hôte cette question fort ingé­
nue :
— Comment expliquez-vous la tendance allemande à
l’espionnage?
Mommsen se récria, et jura ses grands dieux que, dans la
1. 21 avril 1918.
2. Rivista popolare di politica ecc. (Premier numéro de 1918).

�langue allemande, il n’ existait même pas un mot signifiant:
espionner ! Mais un des convives lui répondit vertement :
— Comment ! Monsieur le professeur. Dans l’ancien allemand,
il y a le mot spien, d’ où dérive l’italien spia et l’anglais spy.
On ne dit pas comment tourna ensuite la conversation, et si
la fin du déjeuner fut un peu froide.
Ce souvenir de vingt ans en arrière se conjugua dans
l’esprit de Rajna avec des impressions toutes récentes. Octobrenovembre 1917 étaient près de sa mémoire; les belles journées
glorieuses du Piave, où l’honneur italien s’est reconquis,
n’effaçaient pas le souvenir des jours de misère, où semblèrent
un instant triompher la ruse et l’embûche teutonnes.
C’est en méditant sur ces lamentables jours, que lui sont
revenus en pensée tant de faits, de mots, de phrases, d’expres­
sions anciennes, sur lesquelles jadis s’ arrêtait seulement son
attention scientifique : « Convenivano alle cose d’ogg i espres­
sioni di tempi remoti. »
De ces rapprochements, Rajna nous fait prévoir qu’un
livre entier sortira. Heureuse nouvelle! Il nous a donné dès
aujourd’hui, la première fleur de sa méditation.
*
**
« Spien, espionner », disait-on chez Villari. C’est presque le
mot qui sert à traduire sapienti, dans le glossaire que Rajna
a cité, où ce mot est : « spahe ». — La phrase qu’il a commen­
tée vient du texte fameux, qui est connu sous le nom de Glos­
saire de Cassel, et dont la transcription est attribuée au
VIII° siècle, ou au commencement du IX° 1.
Ce glossaire n’est pas autre chose que ce que l’on appelle en
d’ autres temps un Manuel de Conversation, une collection de
phrases, qui permet à un voyageur de se tirer d’affaire en pays
étranger. On y trouve les termes qui servent à désigner les
parties du corps humain, les animaux, les meubles, les
demeures, les vêtements. L’auteur est un germain, qui a ramassé
ses mots, soit en divers pays, soit dans des glossaires plus
anciens que le sien.
A la liste des mots font suite, in fine, de petits dialogues, que
Rajna juge essentiels comme documents humains. C’est dans
cette partie là que se trouve notre phrase. Traduite en langue
1. D'aucuns, dit R., la reculeraient jusqu'au septième : « Nientemeno ! »

�germanique, elle affirme que les romains sont sots, stulti, tole,
tandis que les bavarois sont sages, avisés, sapienti, spahe .
Nous tenons là une opinion teutonne, bavaroise : Les teu­
tons sont plus malins que les autres, ils sont spahe, C’ est le
mot qui donne « espion ». Ce même sentiment, dans le même
court vocabulaire est répété sous deux formes différentes :
l’auteur y tient.
Ce n’est pas ici le seul exemple du mépris où le Germain
tenait, dès les temps très anciens, les latins. Rajna cite encore
les imprécations de Luidprand :
« Nous méprisons les Romains, à ce point que, dans la
colère, nous ne trouvons pas d’injure pire à dire à notre
ennemi que «R o m a i n !» Dans ce seul mot nous comprenons
tout ce qu’ il peut y avoir de bassesse, de lâcheté, d’avarice, de
débauche, de mensonge, enfin de tous les vices. »
Voilà la haine qu’un Germain du dixième siècle portait, à
tous les Romains, c’est-à-dire, en résumé, à tout ce qui n’était
pas germain, à tout ce qui tenait de Rome l’origine de sa civi­
lisation. Mais dans le Glossaire de Cassel, il ne s’agit pas seule­
ment de haine; le sentiment qui s’affirme c'est cet orgueil,
cette assurance de supériorité au-dessus de tous les hommes,
l'outrecuidance teutonne. Il y a donc onze siècles bien sonnés
que le teuton s’affirmait déjà le plus fort, le plus malin, le plus
spahe.
Et de qui parle-t-il quand il désigne les « Romains » ? C’ est
ce que se demande Rajna. Il ne pense pas, comme Diez, que les
«Romains » du Glossaire fussent nos ancêtres les Gallo-romains.
Il reconnaît plutôt les populations des Alpes, entre le Tyrol ou
les Grisons et le Nord de l’Italie ; c’ est parmi ces peuples-là
que les Padari descendaient de temps immémorial, non pas
pour guerroyer, mais commercer, faire des profits, établir une
influence.
Or c’ est de cela qu’il s’ agit dans les phrases du glossaire, et
non pas de faire la guerre. Il y en a, parmi ces phrases, qui
sont des types parfaits de la politesse insinuante du teuton de
tous les temps. — Que demandez-vous? (dit le « Romain » ) . —
Nous demandons ce qui nous est nécessaire ! — Et qu’ est-ce
qui vous est nécessaire? — Multum necessitas est nobis tua gra­
tia habere! »
« Je laisse le reste, dit Rajna, pour ne rien ôter de sa valeur
à celte dernière phrase! » — En effet elle dit tout. Et voici ce

�qu’ajoute notre vénéré maître, sous le coup de la douloureuse
impression que lui cause le rapprochement:
« A Caporetto et dans bien des lieux, teutons et autrichiens
ont fait résonner aux oreilles italiennes des mots de paix et
d’amitié. Et les nôtres, ignorants, crédules, y ont ajouté foi, et
puis... Ah ! passons! » —
Le vieux dicton de tant de siècles en arrière est revenu aux
lèvres du savant patriote ! Oui, dit-il, c’est toujours vrai : ils
sont toujours sapienti, toujours spahe. Mais il ne les envie pas.
Et il sait d’ailleurs que leur prétendue « sagesse » est aujour­
d’hui percée à jour. Personne ne croit plus à leurs sourires. Et
seule, dressée et évidente aux yeux de tous, reste l’ image de
leur haine.
Henry Cochin.

La Piave ou le Piave ?
La question a été débattue dans les journaux français; elle
n’a pas laissé indifférents nos amis d’Italie. Pour eux aujour­
d’ hui, le fait est incontestable, l’ usage prévaut de dire il Piave.
Il n’y a pas longtemps, un correspondant italien m’écrivant en
français — dans un français impeccable — avait la coquetterie
de me parler de la Piave, mais en ajoutant : « Pour nous
cependant le nom de ce fleuve est masculin », et cette réflexion
impliquait une critique discrète. Je ne crois pas cependant que
nous ayons tort de dire la Piave, car le genre masculin attri­
bué à ce fleuve par les Italiens est une innovation assez récente.
Il est naturel que les langues suivent sur ce point, comme sur
tous les autres, leur développement propre; et lorsqu’il y a,
comme ici, des raisons historiques pour conserver en français
l’ usage ancien, il doit être permis de s’y conformer.
En ce qui concerne l’évolution moderne de la langue ita­
lienne, il faut tenir compte de la tendance très marquée des
grammairiens à unifier le genre des fleuves au profit du mascu­
lin, parce que le mot fiume est masculin, et au contraire celui
des villes au profit du féminin, parce que citta est féminin. Les
Italiens parlent donc, sans hésitation, de « la ricca Milano »,
de « la vecchia Torino », ou de « la splendida Parigi », et il ne
leur répugne pas d’attribuer le genre masculin même à un

�fleuve à désinence nettement féminine, comme l’ Adda, que
Carducci a chantée en des vers célèbres :
Corri tra i rosei fuochi del vespero,
Corri Addua cerulo...
Le français ne connaît pas cette tyrannie grammaticale :
pour nous, fleuves et villes ont un genre « individuel » ; nous
n’appliquons que le genre masculin à Paris ou à Lyon, mais
cela ne nous empêche pas de dire Mantes-la-jo lie; nous accor­
dons volontiers le genre féminin à Toulouse et à Marseille, et
l'idée ne nous viendrait jamais de parler de Rome ou de Venise
autrement qu’au féminin. De même nous disons le Rhône, le
Rhin, le Gard, le Doubs, le Tibre, aussi naturellement que la
Loire, la Seine ou la Garonne.
Une autre condition assez particulière de la langue italienne
vient du caractère légèrement artificiel qu’elle tend à prendre
en regard des patois, plus libres et plus variés. J’ai tout à
l’ heure nommé Milan. Il me souvient d’avoir vu représenter,
il y a une vingtaine d’ années, par une excellente troupe mila­
naise, une comédie en dialecte intitulée « El nost Milan », où
le nom de la grande ville lombarde est clairement au mascu­
lin; mais vers le même temps, on voyait s’étaler sur les affiches
des spectacles de Milan le titre d’une revue de café-concert,
n on plus en dialecte mais en italien, et ce titre constituait un
calembour du goût le plus douteux : « Milano in... cinta » ! —
Il en est de même pour la Piave. En patois, le nom du fleuve
est indubitablement féminin, et je lis dans la Nuova Anlologia
du 16 juillet 1918: « Les habitants de Belluno, croyant que ce
féminin est une particularité propre à leur dialecte, ont fini
par dire « il Piave », quand ils parlent italien, tout en conser­
vant le féminin en patois. »
Telle est la tyrannie d’ une convention grammaticale; celleci n’ empêche pourtant pas géographes et militaires de dire « la
Piave Vecchia », et sans doute n’est-on pas encore près de
masculiniser des cours d’ eau comme la Dora Baltea et la Dora
Riparia. La présence d’une épithète est une infaillible pierre de
touche — ou une pierre d’achoppement — pour la tyrannie
des grammairiens.
L’emploi de « il Piave » au masculin, ai-je dit, est un néolo­
gisme fort récent. Sans remonter aux auteurs plus ou moins
anciens qui ont eu l’ occasion de nommer ce fleuve, on peut

�s’en assurer en consultant les traités italiens d’histoire et de
géographie publiés au XIX° siècle1. Je ne veux citer qu’un
auteur, qui a pour nous l’avantage d’être un Français d’origine
italienne, et qui connaissait assez bien la géographie de la
Vénétie ; c'est Napoléon. Il a écrit, dans son célèbre tableau de
la péninsule ( Correspondance de Napoléon, t. XXIX, p. 82) :
« Les rivières au nord du Pô, qui se jettent dans l’Adriatique,
sont : l’Adige, qui prend sa source au pied du Brenner; la
Brenta qui prend sa source dans les derniers mamelons des
Alpes, du côté de Trente; la Piave, la Livenza, le Tagliamento,
qui prennent leur source dans les Alpes cadoriennes. » Ce pas­
sage, traduit en italien dans les Letture del Risorgimento
publiées en 1897 par G. Carducci (t. II, p. 13), porte au féminin
les noms de la Brenta, de la Piave, et de la Livenza. D’autre
part, n’oublions pas que l’ un des vingt-quatre départements
dont se composa, en 1809, le Royaume d’Italie était celui de la
Piave, avec Bellune pour chef-lieu.
Nous pouvons conclure de là que nous avons d’assez bonnes
raisons pour rester fidèles au genre féminin quand nous dési­
gnons ce fleuve, depuis longtemps et plus que jamais fameux.
Les Italiens ont le droit de préférer le masculin, et, pour leur
faire plaisir, en parlant italien nous dirons volontiers « il
Piave » ; mais nous ne devons pas ignorer qu’ ils ne sont pas
unanimes, sur ce point. Dans la Nuova Antologia du 1er sep­
tembre 1918, je trouve un article, signé « Victor », qui est inti­
tulé « Dalla Piave alla Marna e alla Somme », et tout l’article
unit constamment les noms des trois cours d’eau héroïques
dans le genre féminin. Ceci permet de penser décidément que
le genre masculin appliqué, sans distinction aucune, au nom de
tous les fleuves est une pure convention grammaticale, adoptée
trop aveuglément par la bureaucratie militaire qui rédigea les
communiqués.
H.
1. Dans la collection L'Italia sotto l'aspetto fisico, storico, etc... publiée à
Milan il y a quelque trente ans. L. Debartolomeis écrivait (Oro-idrografia dell'
Italia, p. 16-17) : « La Piave ». L’auteur du Dizionario corografico, A. Amati
disait déjà « il Piave », mais tout en enregistrant « Piave nuova, Piave vecchia »
et « Dipartimento della Piave ». — Dans une Nuova descrizione di tutte le città
dell' Europa, 1780, je lis, dans le voyage de Venise à Trieste : » Si passa la
Piave in barca ».

�Q u e stio n s

U n i v e r s it a i r e s

Création dans les Universités italiennes d’un « diplôme spécial »
accessible aux étrangers.
Jusqu’ici l’étudiant étranger, qui travaillait dans une université
italienne, n’avait pas le moyen d’obtenir, par un diplôme, la consé­
cration officielle des recherches qu’il avait poursuivies sous la direc­
tion des maîtres de la science italienne. Cette regrettable lacune vient
d’être comblée, grâce aux démarches du Directeur de l' « Istituto
italiano di Parigi », par un décret dont on trouvera ci-après la teneur.
Le décret remonte au 28 octobre 1917;, mais c’est seulement
l’automne dernier que, par les soins de l' « Istituto italiano », il a
été porté la connaissance du public français, dans la traduction
que nous reproduisons intégralement.
Art. 1er. — En outre des doctorats et des diplômes actuels pour
lesquels il n'y a lieu à aucun changement, les Universités du
Royaume sont autorisées à délivrer aux Italiens ainsi qu’aux étran­
gers des diplômes spéciaux concernant une particulière culture
scientifique dans une science spéciale, et cela sur la base des études
par eux personnellement choisies et selon les dispositions qui suivent.
Art. 2. — Pour les étrangers qui ne sont pas en possession d’un
doctorat ou d’un diplôme quelconque, les cours pour l'obtention
d’un diplôme spécial ne pourront pas avoir une durée inférieure à
quatre ans et devront comprendre au moins douze inscriptions à des
cours d’une ou plusieurs Facultés ou Ecoles.
Seront calculées comme inscriptions différentes même celles qui
auront été faites dans la même matière, soit simultanément auprès
de différents professeurs, soit successivement pendant plusieurs
années auprès du même professeur, pourvu que le développement de
la matière d’étude soit substantiellement différent.
On tiendra compte des années et des cours suivis auprès des Uni­
versitésà l’étranger, selon les dispositions de l’article 96 du texte
unique des lois sur l’instruction supérieure, approuvé par décret
royal du 9 août 1910, n° 795, et seront aussi calculées, pour le quart
des cours suivis, les inscriptions aux cours des Maîtres de confé­
rences, et cela quand le programme et le développement seront jugés
comme répondant (suivant l’article 3) aux buts visés par les diplômes.
Art. 3. — Dans un délai qui ne doit pas dépasser la fin de la troi­
sième année d’étude, l’étudiant est tenu à indiquer la science dans

�laquelle il entend obtenir le diplôme spécial, les cours qu’il a suivis
et ceux qu'il se propose de suivre dans les années suivantes. La
Faculté ou Ecole à laquelle la science en question appartient devra
juger si les cours déjà suivis ou à suivre sont suffisants pour l'admis­
sion à l'examen de diplôme.
Quand la science comprend des matières enseignées dans plusieurs
Facultés ou Ecoles, ce jugement sera prononcé par une Commission
indiquée par le Recteur d’Université sur proposition des Facultés ou
Ecoles compétentes.
Art. 4. — L'étudiant qui aura accompli ses études suivant les ins­
tructions contenues dans les articles précédents pourra être admis à
l’examen de diplôme. La demande devra être accompagnée d’un
mémoire imprimé.
L’examen consiste :
a) En une discussion sur le mémoire présenté.
b) En une conférence sur la science qui fait l’objet du diplôme et
sur les méthodes relatives de recherche.
c) En une épreuve pratique, si le diplôme a pour objet des sciences
expérimentales.
La Commission d'examen sera nommée par le Recteur d’Univer­
sité. selon le règlement général universitaire, sur proposition de la
Faculté ou Ecole à laquelle appartient la science qui forme objet du
diplôme, en tenant compte particulièrement des matières qui forment
partie de ladite science.
La Commission sera présidée par le Doyen des professeurs offi­
ciels,
Art. 5. — L'étudiant italien ou étranger qui aura obtenu un
diplôme commun, pourra obtenir un diplôme spécial à la suite
d’une année d’études ou tout au moins par trois inscriptions succes­
sives et en soutenant un examen de diplôme dans les formes déter­
minées par les articles précédents.
La faculté en Commission spéciale est la seule ayant droit, selon
l’article 3, à juger sur la suffisance de la durée des études et du
nombre et qualité des cours, pour l’admission du postulant à l’examen
d’un diplôme spécial.
Art. 6. — Pour tout ce qui n’est pas visé par les articles précé­
dents, on suivra les règles déjà existentes pour les études univer­
sitaires. Néanmoins, l'inscription de l'étudiant qui aspire à l’obten­
tion du diplôme spécial sera acceptée exclusivement pour les cours
spéciaux pour lesquels il a fait la demande relative.
Pour les étudiants pourvus du diplôme technique supérieur (section
physico-mathématique), le Conseil Académique aura seul la faculté
de décider si leurs titres d’études sont suffisants pour obtenir les
inscriptions par eux sollicitées, en dehors de la Faculté des Sciences
physiques, mathématiques et naturelles, ou de l’Ecole supérieure de
pharmacie; le Recteur transmettra les décisions relatives au Minis­
tère selon le dernier paragraphe de l’article 95 du règlement univer­
sitaire.
Art. 7. — Les diplômes délivrés selon les dispositions du présent
décret auront valeur de doctorats spéciaux dans les sciences dans

�lesquelles ils ont été délivrés. Mais ils n’auront aucun effet, pas même
à titre d’équivalence, pour autoriser à l’exercice professionnel ou à
l’admission aux concours publics.
Art. 8. — En ce qui concerne les frais d’inscription, les étudiants
qui aspirent aux diplômes spéciaux, sont considérés comme «audi­
teurs », selon les dispositions de l’article 114 du règlement général
universitaire.
Rome, 28 octobre 1917 (Gazzetta Ufficiale du 4 décembre 1917,
n° 285.)
Union intellectuelle franco-italienne.
Le Comité de direction s’est réuni le 29 octobre à 17 heures, sous
la présidence de M. Hauvette.
Il s’est particulièrement entretenu de l’attribution des bourses
mises généreusement à sa disposition par M. Savj-Lopcz, au nom du
Gouvernement italien et de l’Association milanaise pour le dévelop­
pement de la haute culture, et de l’organisation de la campagne de
propagande pour la présente année scolaire.
Sur le premier point, le Président a expliqué comment la bourse
destinée par M. le Sous-Secrétaire d’État Gallenga à l'encouragement
des études d’italien en France, avait été partagée en deux parts, dont
l'une a permis à une étudiante très méritante de passer en Italie des
vacances profitables, et dont l’autre a servi à l’achat de livres italiens,
répartis entre divers établissements d’enseignement secondaire où
l’étude de la langue italienne est particulièrement florissante.
Des démarches sont en cours pour provoquer des candidatures aux
autres bourses : plusieurs, fort intéressantes, sont dores et déjà
posées.
Sur le second point, le Comité a échangé diverses observations, et
il a décidé en principe de porter son effort, cette année, sur l'organi­
sation d’une ou deux grandes manifestations, plutôt que sur celle
d’une série de conférences analogues à celles des deux années précé­
dentes. Il a dès maintenant esquissé un projet de fête en l’honneur
du quatrième centenaire de la mort de Léonard de Vinci, survenue à
Amboise, le 2 mai 1519. Le Secrétaire se tiendra en relations avec
M. Cermenati, président du Comité constitué à Rome pour célébrer
la même solennité.

�B ib lio g r a p h ie

Ettore Romagnoli. Nel regno di Dioniso. Studi sul teatro comico greco. — Bologne,
Zanichelli, 1918, in-8 de 253 pages, illustré de 68 figures dans le texte et hors
du texte.
C'est un charmant ouvrage que celui que vient de faire paraître à
Bologne l’helléniste déjà connu par divers autres travaux, Ettore Roma­
gnoli. Il porte un titre plein de promesses : Au royaume de Dionysos,
et n’est pas composé suivant la méthode ordinaire ; au lieu de chapitres
fortement soudés les uns aux autres et formant un tout homogène, on
y trouve cinq études qui n'ont entre elles qu’un lien assez lâche, mais
parfaitement saisissable : le souci qu’a l’auteur de rechercher et de mettre
en lumière la façon dont l'ancienne comédie grecque, au cours de son
évolution, a compris et peint la vie.
Elle débute par les ébats et les bons tours des satyres. M. Romagnoli
évoque le char rustique, attelé de chevaux ou de mulets, qui parcourait
les villages, aux cris de joie des gamins saluant son arrivée. Les acteurs
qui l'occupaient, avaient tôt fait d'installer leur rudimentaire théâtre,
où se déroulait une action des plus simples, contestation, querelle, pour­
suite, coups de bâton. Cet art novice, presque aussi vieux que le rire,
n’est autre que celui de Pulcinella, qui survit à ces humbles commen­
cements et se retrouve chez Epicharme, Cratinos, Aristophane, Eupolis,
bien avant le temps où Rhinton de Tarente, vers l ’an 3oo avant notre
ère, l'élève à la hauteur d’un art savant dans ses phlyakès, spirituelles
parodies des mythes dont vivait la scène tragique.
Ce vif sentiment des origines populaires de la comédie rend sympa­
thique à l ’auteur tout ce qui, de près ou de loin, les rappelle, et justifie
sa sévérité pour Ménandre, dont l’œuvre est monotone et ne peint de
la vie que des aspects toujours les mêmes, conventionnels d'ailleurs, et
d’un intérêt, par suite, limité. M. Romagnoli a mille fois raison. Si la
découverte des papyrus égyptiens qui nous ont rendu de longs frag­
ments de ce comique, a été pour la philologie une bonne fortune, nous
aurions tort d'en exagérer l’importance et de souscrire aveuglément aux
jugements enthousiastes qu’a portés sur Ménandre l’antiquité tout entière.
Combien plus savoureuse et plus vraie apparaît la vie grecque telle que
l a peint incidemment Aristophane, telle qu’il est possible de la recons­
tituer à l ’aide des fragments, anciens et nouveaux, du théâtre de son
rival Eupolis, telle encore qu’elle se dégage de l’œuvre fragmentaire
d’Antiphane, ce délicat poêle de la comédie moyenne!
C’est le même sentiment qui explique la place faite par M. Romagnoli
au drame satyrique, survivance assagie de la gaieté des satyres, mais où

�se retrouve l’éternel Pulcinella. L'étude sur les Satyres à la chasse est
l’une des plus suggestives de ce livre plein d’idées. Elle emprunte son
titre au drame de Sophocle dont un papyrus nous a révélé, i1 y a quel­
ques années, une grande partie. Je ne puis cependant ici, aussi complè­
tement que sur Ménandre, partager l’opinion sévère de l'ingénieux
critique. Évidemment, les tragédies que nous avons de Sophocle sont
bien au-dessus de ce divertissement un peu mièvre, mais cette mièvrerie
me plaît chez le grand tragique ; il y a, dans la puérile aventure qu' il
a mise à la scène et dans l’extraordinaire préciosité du style dont il
s’est plu à l’orner, quelque affinité avec certains traits de sa vie. Que
l’on veuille bien songer, par exemple, au, souper de Chios ; ce grave
poète ne dédaignait pas de sourire. Pourquoi lui en refuser le droit sur
la scène, quand le sujet s’y prêtait ?
Il y aurait beaucoup à louer dans les analyses et les traductions que
l’auteur a multipliées dans son volume ; elles sont d’un modernisme
que je suis loin de blâmer, et qui cadre à merveille avec l’antipathie de
M. Romagnoli pour la science allemande, qu’il malmène sans respect.
Les figures, empruntées à la céramique, qui éclairent le texte, sont
toutes intéressantes et bien choisies. C’est un langage que n 'entendent
pas tous les philologues ; M. Romagnoli l’entend, et je lui en sais gré.
On y souhaiterait quelques références permettant de se reporter plus
facilement aux originaux. Mais cette omission, sans doute volontaire,
est une révolte de plus contre la science pédante, et l’on se sent plein
d’indulgence pour celte liberté qui se joue si joliment parmi de vieilles
choses qu'elle rapproche de nous par la vie dont elle les anime. Ce
livre, je le répète, est charmant.
Paul Girard.
Umberto Cassuto. Gli Ebrei a Firenze nell' età del Rinadcimento. — Florence,
1918, gr. in 8, XII-447 p. Prix : 18 lire (fait partie des Pubblicazioni del B. Isti­
tuto di Studi superiori in Firenze, sezione di Filosofia e Filologia.
L’histoire des Juif« de Florence ne commence pas de bonne heure. Ce
n’est que depuis le début du XIV° siècle qu’on trouve des mentions de
Juifs y résidant plus ou moins longtemps; une communauté véritable ne
s’y établit qu'en 1437, lorsque les autorités florentines, imitant ce qui
se faisait depuis longtemps, dans beaucoup d’autres villes, traitèrent
avec un groupe de Juifs pour leur confier, sous leur surveillance, le
service public et le monopole du prêt sur gages. A ce paradoxe aboutis­
saient, d’une part l'interdiction du prêt à intérêt, restée longtemps
lettre morte, mais de plus en plus rigoureusement appliquée aux chré­
tiens ; d’autre part, la nécessité économique d’opérations de ce genre.
Les Juifs, à la fois mal vus du peuple, et indispensables, se sont trouvés
parfois assez forts pour dicter leurs conditions. Ce régime a duré plus
d’un siècle, avec des interruptions ; les Juifs supportaient le contrecou
p

�d
es événements politiques (les Médicis leur étaient favorables, le
régime démocratique en général hostile), et des rivalités d'ordres reli­
gieux (les Franciscains, à l ’encontre des Dominicains, soulevaient contre
eux le peuple, et cherchaient à ôter toute raison d’être à la tolérance
dont ils jouissaient, en leur opposant l’institution des Monts de Piété).
Le règne du premier grand-duc de Toscane, Côme, marque dans l'his­
toire des Juifs florentins un point tournant. D’une part, en attirant,
pour des motifs commerciaux, les marchands Juifs du Levant, il aug­
menta beaucoup le nombre de la colonie juive ; d’autre par t, en confor­
mité avec l’esprit de la contre-réforme, et avec les désirs du Saint-Siège,
il introduisit le régime néfaste du ghetto. jusqu'alors la situation des
Juifs avait été à peu près tolérable, bien que leur profession de prêteurs
sur gage, malgré son caractère officiel, ne dût guère être lucrative, à en
juger par les ruineuses amendes infligées sous le plus léger prétexte. Le
livre II donne de curieux détails sur les métiers (en dehors du prêt)
exercés par les Juifs, les conditions juridiques qui leur étaient faites,
leur onomastique (la règle était que tout Juif mâle portât un double
nom, juif et chrétien ; et — remarque importante et due à M. Cassuto
— le choix de ces noms n’était pas arbitraire ; à un même nom juif cor­
respondait régulièrement le même nom chrétien. La connaissance de ce
fait facilitera beaucoup les identifications). Le livre III, le plus neuf peut
être, tout en étant le plus spécial, traite de l’activité Intellectuelle des
Juifs florentins, plus grande qu’on n’aurait pu l’attendre de ces manieurs
d’argent. M. Cassuto insiste beaucoup sur ce qu'il ne faut pas se les
figurer comme d’obscurs usuriers. Il résulte d’ailleurs de ce qu’il dit que
le judaïsme florentin ne paraît pas avoir été touché par la Renaissance,
bien qu’ un assez grand nombre de Juifs aient été en relations avec les
humanistes curieux de littérature hébraïque. — En résumé, travail solide
et important.
E. Jordan.
Alfredo Galletti. La poesia e l'arte, di Giovanni Pascoli. Rome, Formiggini,
1918, in 16.
Giovanni Pascoli n’est pas un de ces poètes éloquents ou éclatants qui
saisissent vigoureusement le lecteur et deviennent vite populaires, comme
un Victor Hugo ou un Carducci. Il est à peu près inconnu en France.
En Italie même, où il a été lu, admiré et discuté avec passion, il laisse
une impression un peu trouble ; il émeut l’âme et déconcerte l’esprit ;
il échappe aux classifications commodes ; sa poésie a un accent nouveau,
tout personnel, malaisé à définir. Il faut être, en quelque sorte, initié
pour en comprendre le sens profond et la beauté voilée.
Aussi devons-nous être reconnaissants à M, A. Galletti d’avoir ouvert
pour nous les portes de ce génie secret. M. Galletti déclare dans une note

�préliminaire qu'il a voulu l'aire non point un travail historique et bio­
graphique, mais « l'étude d'une sensibilité et d’une imagination de
poète ». Et c'est bien un portrait littéraire qu’il nous donne, dans ce
livre qui est à la fois un essai psychologique et un traité d’esthétique.
Après avoir rapidement indiqué que Pascoli reflète peu les tendances
de son époque, qu’il n’a point pris à l’Université de Bologne, où il
s’est préparé à l’enseignement, le goût des recherches érudites, qu’il
n'a pas subi la puissante empreinte dont son maître vénéré et admiré,
le poète Carducci, a marqué la jeunesse italienne, M. Galletti nous mon­
tre un Pascoli replié sur lui-même, gardant jalousement fermé le jardin
intérieur et solitaire de son âme.
Pour comprendre celte inspiration et ce lyrisme, nourris de médita­
tions et d’émotions intimes, il faut donc remonter à la source profonde
de la sensibilité du poète. C'est ce que M, Galletti fait d’une manière
bien pénétrante, en tirant ses raisons, non seulement des poésies de
Pascoli, mais de ce discours du « Fanciullino », qui est une manière
d’Art poétique. Le poète se place en face de la réalité dans l ’attitude
ingénue et curieuse de l'enfant. Pour l’enfant, les mille petits spec­
tacles du monde, l’éclosion d’une fleur, un chant d’oiseau, une eau
agile et bruissante, un vol d’insecte, un jeu de soleil et de nuage, sont
comme autant de miracles. De même Pascoli découvre à chaque pas,
avec des yeux et un esprit émerveillés, les réalités, les apparences et le
mystère, Entre le monde et l’âme qui le perçoit et le reflète, il n ’y a
pas d’écran, pas d'influence d’écoles ou de formules ; c’est l’impression
directe, neuve, primitive et pleine. De là une sincérité, une pureté et
une fraîcheur dont il est peu d’exemples.
Une lecture superficielle laisserait croire que Pascoli n’a été que le
peintre ému de petites scènes rustiques, des laboureurs, des oiseaux,
des arbres, de la terre féconde de sa Romagne. Mais pour le poête, comme
pour l’enfant, il y a deux mondes : celui que l’on voit et celui que l’on
crée.
lo prendo un po ’ di silice e di quarzo ;
lo fondo ; aspiro ; e soffio poi di lena :
Ve’ la fi ala..
(Myricœ : Contrasto)
C’est ce que disait déjà Vielé-Griftin :
Avec un peu de soleil et du sable blond, j ’ai fait de l’or.
Ainsi les choses sont à la fois des réalités et des symboles. Tout spec­
tacle, outre sa poésie propre, suscite d’autres visions et révèle des choses
profondes et cachées. Une grive chante : et c’est tout un paysage de
genévriers et de bruyères, parfumé de l'odeur des pins ; des cloches
sonnent : et c'est une Fête-Dieu, avec des fleurs répandues sur les che­
mins comme pour la venue d'un roi ; une odeur de clématites et de
genêts, le premier appel du pinson, un rayon d’or, un pépiement d’hiron
d
el:

�et c’est le jour de paix et de travail qui se lève, tout rempli
de la chanson de vie.
Pour Pascoli, la nature n’est pas quelque chose d’extérieur et d'im­
mobile, cadre ou décor, il y a une seule âme éparse dans le monde et
qui se révèle dans le vent qui fait battre la porte, dans une voix, un
cri, un parfum, dans un crépitement de bûches de l'âtre, dans le
glissement d’une aile ou d’une ombre, dans les colloques mystérieux
des êtres et des choses, des vivants et des morts. Tout exprime de quel­
que manière celle vie universelle. Un détail, un mot, un son suffisent :
on dirait qu’une porte s'ouvre tout à coup ; des visions passent, pay­
sages, rêves, souvenirs, frissons obscurs et profonds de l’inconnu. Un
rayon de lune sur la mer : Quel est ce pont d’argent et où mène-t-il ? —
Le vieux laboureur somnole au coin du feu : double rêve, entrelacé de
l’homme et de la bûche, qui remplit la maison solitaire d ’enfants, de
fleurs, d’essaims. — Ailleurs : la pluie tombe, le paysan dort dans son
lit et n’entend pas l’eau bienfaisante qui arrose ses champs ; mais son
âme l’entend, puisqu’elle voit les sillons qui tressaillent, le blé qui lève
et qui mûrit. — Un livre est ouvert sur un pupitre, le vent ébranle par­
fois la porte, : Quel est l ’être invisible qui tourne les feuillets toute la
nuit, cherche, se hâte, s’arrête, lit et recommence? On pourrait multi­
plier de tels exemples ; pour le poète, la vie ne se révèle jamais mieux
peut-être qu'aux heures où elle semble arrêtée, dans le repos, le rêve
et le sommeil. M. Galletti a parfaitement mis en lumière la grande place
que tient le mystère dans l’œuvre de Pascoli,
Il n’a pas dégagé avec moins de bonheur un autre aspect de cette
poésie, la douleur. Est-ce mélancolie naturelle? Est-ce le souvenir obsé­
dant des deuils qui ont successivement frappé le poète, l’image de son
père assassiné, de sa mère morte, de ses frères disparus ? Est-ce la soli­
tude. et les lourdes charges qui ont pesé sur sa jeunesse d’orphelin?
Toujours est-il que l ’idée de la mort ne cesse de hanter le poète ; il la
voit comme la compagne inséparable de la vie. Elle passe dans le cri de
la chouette aux ailes silencieuses qui fait frissonner les nids dans les
cyprès et les cœurs dans les poitrines ; elle éveille la religieuse en frap­
pant à sa porte comme un visiteur mystérieux ; elle vole avec le son
des cloches sur les campagnes paisibles ; comme une mère qui regarde
dormir ses enfants enlacés, on devine, penchée sur le sommeil des
hommes,
la Morte con la sua lampada accesa.
Elle fait tomber le chêne et menace le châtaignier. Elle est l’antre figure
de la médaille.
Le mal, la souffrance, la mort, est-ce donc cela seulement que la vie
nous offre ? Pascoli finira-t-il comme Leopardi dans un désenchantement
amer et révolté? Nullement. Du fond même de la souffrance monte une
douceur de pitié et de pardon. La douleur inévitable, la menace de la

�mort, la faiblesse de notre nature nous conseillent non seulement la
résignation, mais un énergique effort moral pour nous aimer et nous
soutenir les uns les autres, pour agir et pour accepter fièrement le des­
tin. Dans la pièce intitulée Dovere, Pascoli nous montre Achille averti
par ses chevaux divins qu’il ne doit pas revenir vivant du combat ; —
je le sais, répond le héros ; et il lance en avant les deux coursiers de la
mort. Si la souffrance est elle-même amère, le souvenir n ’en est pis
sans douceur. L' «Ermite » demande à Dieu la faveur de ne pas
oublier les heures douloureuses, de ne pas jeter
il flor che solo odora quando è colto.
Pascoli respire longuement cette fleur précieuse, du souvenir où le
parfum de la douleur persiste. De même, après la, mort, la vie continue.
Pascoli croit à une survivance des âmes. Il n’est pas croyant, au sens
religieux, il est mystique. Il a une foi, qui confine au panthéisme et au
bouddhisme, dans la vie et dans le prolongement de la vie au delà de
la tombe. Lorsque l'homme ferme les yeux à la lumière, il emporte
dans l'éternité une dernière vision qui ne s'effacent plus: la mère
caresse éternellement les boucles blondes de l'enfant qu’elle effleura de
la main au moment de le quitter pour toujours ; le regard du père est
rempli éternellement des choses qu’il n’a pas pu dire et qu’il a empor­
tées vivantes avec lui.
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore,
pourrait dire Pascoli avec Sully Prudhomme. Pitié, douceur, amour, le
mysticisme de Pascoli est fait de ces vertus franciscaines. De quelle sym­
pathie fraternelle et attendrie il enveloppe les êtres les plus humbles,
plantes, bêtes, modestes ouvriers de la terre, infirmes, vagabonds,
ermites solitaires ! Il aime et il loue la vie, avec ses tristesses, avec « notre
soeur la mort ». Il aime l'illusion consolante, d’où qu’elle vienne, ne
fût-elle que le bon mensonge qui fait croire à la foule des hommes,
serrés autour de l'âtre « où il n’y a rien », que les flammes se rallument
et les réchauffent. M. Galletti s’étend longuement sur cette question du
mysticisme dans la littérature, au cours de trois chapitres de son
ouvrage. Il définit le mysticisme en soi, en dégage l'esthétique
propre, en suit les manifestations dans les poètes et les théoriciens du
romantisme auxquels il compare Pascoli. Il y a bien quelques rapproche­
ments discutables : il paraît exagéré, par exemple, de faire remonter à
Pétrarque l'origine de la doctrine de Jean-Jacques Rousseau ; mais la
dissertation est riche en aperçus justes et ingénieux.
Mais, chez Pascoli, comment l ’artiste traduit-il ce que le poète a
pensé? Comment exprime-t-il ce mélange de réalisme, d'impressions
pittoresques et de sentiment dont son inspiration est faite? Quand il
s'agit de décrire le monde extérieur, il semble que, pour rendre les

�impressions primitives et synthétiques qu’il en reçoit, le poète devrait
retrouver le langage profond et ingénu de l’enfant, qui met dans un
cri, dans un mot, dans une image, tout ce que son âme embrasse et
ne peut analyser. Nous retrouvons, en effet, chez Pascoli ces expressions
simples et denses, cet enchaînement d’images par brusques associations,
ces soudaines éclosions qui sont le propre de la poésie d’intuition. Il se
plaît à reproduire les sons, les bruits, les chants ; il pousse l’harmonie
imitative jusqu'à l’onomatopée ; on entend dans ses vers, avec leurs
modulations particulières, le gazouillement des oiseaux — passereau,
pinson, fauvette, rossignol, grand-duc, alouette, — les sonneries des
cloches, les sifflements du vent. Cela tournerait au procédé, si on n’y
sentait une fraîcheur et une puissance d’évocation, qui font vraiment
vivre et parler les êtres et les choses. Pascoli a dans sa lyre quelques
cordes de la lyre d’Orphée.
Si Pascoli est un poète trop primesautier pour draper sa pensée dans
les beaux plis d’une forme classique, il est aussi trop cultivé pour se
contenter de moyens d'expression primitifs. Il sait peindre ; il a des
paysages qui ont le relief et la netteté d'eaux-fortes. Mais vous n’y trou­
verez que les traits essentiels, les détails caractéristiques, les nuances
nécessaires ; nulle complaisance d’artiste, nulle recherche laborieuse
d’effets, nulle « littérature ». Le lettré ne se reconnaît qu’à la maîtrise
de la langue et, à la sûreté du vocabulaire, sauf dans les Poeemi Conviviali
où il reprend les légendes antiques et qui sont ce qu’il a écrit de moins
personnel. Pascoli est surtout musicien. Quelle mélodie, quelles réson­
nances, quelles vibrations!
De la musique avant toute chose !
proclamait Verlaine. Pascoli eût pu le dire avec lui, car il ne manque
pas d’affinité avec notre symboliste. Il a donné au vers italien une dou­
ceur, une fluidité, une souplesse qui ont quelque peu dérouté les lec­
teurs de son pays, plus sensibles à l’image et à la beauté extérieure. Il
a fait de l ’hendécasyllabe une chose agile et chantante, qui serait tout à
fait nouvelle dans la poésie italienne, si on n’en trouvait des exemples
chez Dante et chez le Tasse. Son art, à la fois simple et raffiné, est sin­
gulièrement expressif. Dans la pièce, la Calandra, le poète parle de
l ’alouette invisible qui chante éperdûment à l ’aurore ; et ce chant est
si varié, si riche, qu’il contient et annonce tous les autres chants et tous
les paysages et toutes les heures du jour. Pour Pascoli, la poésie est
pareille au chant merveilleux de cet oiseau ; il s’écrie, au dernier vers,
en créant le symbole :
O grande su le brevi ali poeta !
Les quelques points que nous venons d’indiquer sont largement traités
et développés, à l’aide de citations nombreuses et bien choisies, dans
l’ouvrage de M. A. Galletti, Mais on y trouve bien d’autres choses encore ;

�car il est nourri de substance et de solide érudition. L’auteur y aborde
des questions de littérature générale et comparée, en particulier au
sujet des poètes romantiques et symbolistes étrangers dont Pascoli se
rapproche si souvent. C'est tout profit que de suivre M. Galletti comme
guide, si l'on veut connaître Pascoli, et même si, le connaissant, on
veut le comprendre mieux. C'est tout agrément aussi : M. Galletti a un
style souple et nuancé : il prouve qu’on peut être tout ensemble, un
excellent critique et un excellent écrivain, et que la science et l’érudi­
tion ne perdent rien à s’exprimer avec élégance.
A. Valentin.
Noi Futuristi. Teorie essenziali e chiarificazioni.
1917, in-16.

Milano, Quintieri, éditeurs,

Sous ce titre vient de paraître, à Milan, un petit volume qui est gros
d'importance. Le sous-titre porte : « Théories essentielles et éclaircisse­
ments ». Voyons-y une sorte de bréviaire, destiné à répandre au loin
la doctrine, et aussi un livre d’honneur, commémorant l’œuvre accom­
plie.
Car le futurisme, que d’aucuns, en France, croyaient mort, célèbre
cette année son dixième anniversaire! C’est en 1908-1909, qu'il s’élabora : création de la revue internationale Poesia, manifeste lancé par le
Figaro, le 20 février.
Choses notables : ce premier manifeste des futuristes célébrait la
Guerre, « seule hygiène du monde », et M. F.-T. Marinetti, leur chef,
se signalait tout d’abord par une manifestation irrédentiste à Trieste.
A défaut d’autre mérite, on devra leur reconnaître celui d’avoir assez
bien prévu « ce qui était dans l ’avenir », selon l'expression de Gabriele
D’Annunzio. Et, depuis lors, tous ont accompli brillamment leur devoir
au « front » ; le peintre et sculpteur Boccioni, un de leurs plus fougueux
apôtres, est mort en « service commandé ».
Tout cela fait que ses adversaires même prennent aujourd’hui le
Futurisme en considération. On a renoncé à le combattre par l 'indiffé­
rence affectée ou par le ridicule. Loin d’en rire, M. Paul Souday, dans
le Temps, a dénoncé le danger que — selon lui — la nouvelle doctrine
peut, faire courir aux œuvres de l’art ancien en Italie et ailleurs.
Les tenants du passé, les « passéistes » (passasti, en italien) ont gran­
dement raison de s’alarmer. Ce n’est plus seulement au delà des
Alpes, un groupe de jeunes écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens,
architectes, gens de théâtre, politiciens, qui s'affirme futuriste, mais
presque toute l’élite intellectuelle du pays. J’ai cité ailleurs (1) les
déclarations sans ambiguïté des Borgese, des Savj-Lopez, etc. L’amour
des étrangers pour l’Italie du passé exclusivement les horripile. Ils
(1) André Geiger. Gabriele d'Annunzio. (Préambule sur l'Italie « passéiste »,
« futuriste » et « présentiste »). (Bibliothèque internationale de critique).

�souhaitent que, de leur pays, les Français et les Françaises apprennent
à connaître et à aimer autre chose que le quattrocento, les musées, les
paysages vides, les cités mortes, la nostalgie ou la volupté. Ils réclament
sa part pour l’Italie moderne et vivante. Et même, ils voudraient que
cette part fût la plus grosse.
Il faudrait un volume pour bien exposer et pour discuter à fond cette
renaissance de la querelle des Anciens et des Modernes.
En France, c ’est surtout au point de vue littéraire, et artistique aussi,
que le Futurisme a été et sera encore discuté. Notre jeune littérature
vient de faire de belles funérailles à un écrivain d’avenir, d’origine
en partie italienne, signataire d ’un retentissant manifeste de
la nouvelle école : Guillaume Apollinaire. Dans les milieux les plus
divers, on voyait en lui « un espoir ». A côté de ce représentant, quasiofficiel du « Futurisme », ne faut-il pas ranger les apôtres du « Dyna­
misme » et ceux du «Simultanéisme », dont M. Fernand Divoire appa­
raît comme le chef? Ceux-ci portent surtout leur effort du côté du
théâtre. Car Futurisme, Dynamisme et Simultanéisme sont trois aspects
du même problème ou, si l’on aime mieux, trois formes de la même
révolution.
Noi Futuristi nous l'expose clairement. A une époque nouvelle, à des
temps nouveaux de l’humanité, il faut un Art nouveau. Les transfor­
mations de la civilisation du XX° siècle ne sont peut-être pas tout à fait
aussi prodigieuses qu’elles apparaissent aux regards des futuristes : nous
manquons du recul historique, et les transformations des anciens siècles,
passées dans nos habitudes, perdent à nos yeux leur grandeur. Cependant
les futuristes ont très bien vu que ce qui transforme le plus la vie
humaine, ce sont les moyens de transport. Notre époque peut prétendre,
par suite, à être le siècle du mouvement et de la vitesse : Chemins de
fer, paquebots, aéroplanes, télégraphe avec ou sans fil, téléphone, lumière
électrique, —- et toutes les inventions qui s’élaborent pour demain.
Le futuriste Carrrà (avec trois r), dans sa Guerrapittura, qui vient, de
paraître (1), a raison d’ajouter : « ... anche le idée camminano e si
consumano con una rapidità che ignoravano assolulamente i nostri pre­
decessori. »
Or, c ’est le rôle de l’artiste de s’efforcer à sentir, à saisir, à repro­
duire les aspects de celte harmonie nouvelle du monde extérieur.
Par quel moyen d’art y parviendra-t-il ?
Le « futurisme dynamique » lui en offre toute une collection. Il ne
m’apparaît pas qu’ils soient tons de valeur égale, même au point de vue
futuriste. Mais je puis me tromper.
Louons-le de nous vanter la « splendeur géométrique et mécanique »,
et, par suite, la rapidité, la clarté, la volonté, l’ordre, la discipline, la
(1) Carrra. Guerrapittura. Edizioni Futuriste

d Poesia ».Milano, 1915.

�méthode. Ce sont là qualités assez habituelles à la littérature française,
et nombre de nos grands écrivains furent des géomètres et des physi­
ciens.
Louons-le encore, jusqu'à un certain point, de vouloir libérer les
mots, de faire la guerre à l’abus des adjectifs, au vague des expressions.
« La peinture lâche est la peinture d’un lâche », disait Eugène Delacroix.
On peut appliquer le mot à quantité de prosateurs et de prosatrices, de
poètes et de poétesses.
Guerre au vers libre, clament tout justement les futuristes, le vers
libre qui entraîne à de faciles effets de sonorité, aux cadences mono­
tones, aux fluidités déliquescentes ! Guerre au « Moi » littéraire, à cette
hypertrophie de la personnalité de l'auteur, héritée des romantiques!
(On sera surpris de voir que M. Marinetti rejoint. M. Pierre Lasserre :
mais c ’est un fait). L’univers est si vaste, l'humanité tellement innom­
brable, que nous ne devons pas faire de notre nombril le centre de la
création.
Le verbe à l’infinitif, l ’emploi des onomatopées, voilà encore d’excel­
lentes réformes futuristes.
Mais le futurisme va plus loin, veut aller plus loin. Il ne tend à rien
moins qu’à une révolution typographique, d’une part, et, d'autre part,
à une phrase en raccourci, qui rappelle le meilleur — ou le pire — style
télégraphique.
Le « dynamisme plastique », la « musique bruitiste » (1), le cinémato­
graphe et l’architecture futuristes, le « théâtre synthétique », vaudraient
la peine d’un examen approfondi, mais qui nous entraînerait trop loin
aujourd' hui.
Pour conclure, le résumé, le petit code de leurs doctrines publié par
MM. Marinetti, Boccioni, Carrà, Russolo, Balla, Severini, Pratella,
Armando Mazza, et tutti quanti, vient à son heure.
Je crois avoir montré que leurs théories n’ont pas été sans influence,
ne seront pas sans influence sur la littérature contemporaine. Je ne
m’aventurerai pas, surtout au lendemain des enquêtes consacrées à
l ’avenir des lettres après la guerre, à vouloir, moi, deviner « ce qui est
dans l’avernir ».
Cependant je me pose une question. Est-ce bien de la transformation
du monde extérieur que surgira la Beauté nouvelle, à laquelle aspirent
tous les artistes non immobilisés dans la tradition et dans la routine?
Est-ce surtout de celte transformation ?
Le dynamisme, le simultanéisme et le futurisme ne trouveront-ils pas
plutôt leur aliment dans l'être intérieur, dans l’homme nouveau que
nous révèlent les découvertes, — non moins prodigieuses que celles de
la mécanique ou de la chimie, — de la physiologie et de la psychologie?
(1) Luigi Russolo. L'Arte dei rumori. Edizioni futuriste di « Poesia» , Milano,
1916.

�Déjà, un Loti, un Dostoïevski, un D’Annunzio (ce D’Annunzio si
décrié par certains futuristes) ont génialement pressenti et exprimé les
mouvements de l’inconscient. Sur ces voies nouvelles, encore obscures
et d’une complication infinie, quels successeurs viendront poursuivre la
recherche de l’homme futur, de celui que nous sentons à peine, confu­
sément, naître au fond de nous-mêmes?
Mais, comme dirait Kipling, ceci est une autre histoire...
André Geiger.
Ugo Ojetti. Les Monumenls italiens et la guerre, publication du bureau spécial du
Ministère de la Marine. — Milan, Alfieri et Lacroix, in-4° de 32 pages et
140 planches.
Un livre de ce genre n’est pas seulement un livre d’actualité. C’est un
témoin authentique qui dépose devant l'avenir, c’est un réquisitoire,
établi sur des documents sans réplique, contre la barbarie d’un homme,
d’une dynastie, d’une caste militaire, d’une race, d ’un régime.
Vieux maîtres vénitiens qui portâtes si haut le nom de la sérénissime
République, monuments universellement admirés qui faites et ferez à
jamais la gloire de l'Italie, du monde latin, du monde civilisé tout entier,
fallait-il qu’en plein vingtième siècle, une nation qui se prétend supé­
rieure à toute autre, et s’arroge le monopole de la compétence en art
comme en toute chose vînt vous soumettre à des traitements tels que
ceux qu’ont subis le plafond des Scalzi, l’abside de Santa Maria Formosa,
les monuments des doges Mocenigo et Veiner, la coupole de la chapelle
san Donemico à SS. Giovani e Paolo! Fallait-il que les façades extérieures
et intérieures de Saint-Marc et du Palais des Doges dussent être protégés
contre la chute possible des engins de guerre, et qu’à l ’intérieur des
musées, des palais, des églises, ces trésors de beauté sereine qui s'appel­
lent l’Assomption du Titien ou la Crucifixion du Tintoret dussent s’en­
fuir, détachés de leur cadre séculaire, empaquetés comme de vulgaires
denrées, hissés sur de fragiles embarcations, et gagner subrepticement
des retraites ignorées, hors de l ’atteinte des projectiles semés par des
machines volantes, soupçonnées et. flétries d'avance par Léonard de Vinci !
L’énumération faite de visu, par un homme compétent et informé,
de toutes les œuvres d’art vénitien et italien mises à l’abri de la barbarie
est le premier intérêt de ce livre. La description photographique des
moyens employés pour les préserver sur place ou pour les emporter à
distance en est un second, attestant tout ensemble l’extrême souci qu'ont
eu les Italiens de sauver leur patrimoine artistique, et l’ingéniosité des
moyens employés par eux pour atteindre ce but. Je ne suis pas sûr
qu’en France, où des mesures de préservation analogues ont été prises,
on ait procédé partout avec autant d’empressement, de zèle éclairé et
de respect des œuvres. Un troisième intérêt, le plus poignant de tous,
réside dans l’inventaire photographique des destructions commises et

�dans l’indication très suggestive des moyens de dédommager Venise des
attentats artistiques dont elle a été victime : « La peinture vénitienne,
écrit l’auteur en terminant sa préface, doit se payer avec de la pein­
ture vénitienne. Tant au Musée impérial qu’à l'Académie impériale,
Vienne possède, si notre mémoire est fidèle, vingt-cinq tableaux du
Titien et quinze du Tintoret. » Les diplomates italiens sauront s’en
souvenir en temps opportun.
Le livre de M. Ugo Ojetti a paru il y a un an à peine, en 1917. L’heure
était sombre, les perspectives peu rassurantes pour l'Italie et pour ses
alliés. Quel chemin parcouru depuis! Quels triomphes pour elle et pour
eux! Quel contraste chez ses ennemis entre l'arrogance destructive d’hier
et l'impuissante anarchie d’aujourd’hui! Dans quelques années seule­
ment, on croira rêver en feuilletant les pages de ce livre. On concevra
difficilement que des peuples intelligents et cultivés aient pu, dans
l’aveuglement de leur orgueil, perdre à tel point le sens artistique et
le sens moral que sciemment, froidement, scientifiquement, ils aient
accompli ou approuvé d’aussi odieux méfaits.
Eugène Bouvy.

�C h r o n iq u e

— La direction du Giornale Storico delta Letteratura ilaliana de Turin,
longtemps confiée, depuis sa naissance, en 1883, aux mains robustes de
F. Novati et de R. Renier, aidés pendant les premières années par
A. Graf, a passé, en ces dernières années par de douloureuses vicissi­
tudes. R. Renier a disparu le premier (janvier 1915), laissant à F. Novati
la lourde charge de poursuivre seul la publication commencée à trois ;
mais Novati succombait à son tour la même année (décembre), et
M. Egidio Gorra, passé justement alors de l'Université de Pavie à celle de
Turin, assuma la direction à partir du premier fascicule de 1916 (tome
LXVII). Il ne l'a pas conservée deux ans, car la mort l’a frappé à son
tour le 27 août 1918 ; il avait cinquante-sept ans. M. Vittorio Cian, suc­
cesseur d’A. Graf dans la chaire de littérature italienne de l’Université
de Turin, s’est décidé, malgré ses hésitations et ses scrupules, à repren­
dre l’œuvre de ses prédécesseurs et amis. C’est lui que Gorra et déjà
Renier tenaient pour le plus capable de continuer et de développer l’oeu­
vre qu’ont illustrée trente-cinq ans de très féconde activité. Soucieux
de ménager ses forces, qui ne sont pas inépuisables, et peut-être aussi
d’adapter le Giornale Storico à des besoins intellectuels nouveaux, sans
répudier l’esprit de recherche scientifique objective dont il s’est cons­
tamment inspiré, M. V. Cian s’adjoint un comité de rédaction composé
de jeunes maîtres qu’il a su choisir avec un rare bonheur. Nous souhai­
tons à la nouvelle Direction et à son comité de rédaction le succès et
la longue prospérité qu’ils méritent.
Ce changement de direction coïncide avec un changement dans la
raison sociale de la maison d’édition qui publiait le Giornale Storico
depuis son origine; jusqu’à ces derniers mois, c ’était la maison Ermanno
Loescher. La propriétaire de cette raison sociale, veuve du professeur
A. Graf, étant morte, c ’est sous le nom du nouvel éditeur, Giovanni
Chiantore, que cette importante maison continuera à rendre d’éminents
services à la science italienne.
M. Mario Cermenati, député au Parlement italien, en présidant, l’été
dernier, la « R. Commissione Vinciana », dont le but est de publier en
fac-similé, avec les transcriptions nécessaires, tous les manuscrits de
Léonard de Vinci, a lancé l’idée d’un Islituto di studi Vinciani. Celui-ci
aurait pour tâche de diriger tous les travaux d’exégèse et de commen­
taire, les recherches biographiques et artistiques, tout ce qui peut, en

�un mot, développer et répandre une intelligence plus complète de l'acti­
vité scientifique et du génie de Léonard. Cet appel a été aussitôt entendu
de quatre généreux industriels milanais, qui se sont empressés d'assurer
à l'institut projeté une dotation de 900.000 lires. D'autres largesses,
indubitablement, vont suivre ce brillant début, et, dès à présent, on
peut prévoir, pour une date rapprochée, l’organisation du travail auquel
se consacrera l'Istiluto di Studi Vinciani. M. Luigi Luzatti qui, lorsqu’il
était président du Conseil, avait contribué à donner une vie plus active
à la « R. Commissione Vinciana », a félicité M. Mario Cermenati de son
heureuse initiative, dans une lettre (en date du 3 septembre) dont nous
croyons intéressant d’extraire quelques phrases : « L'alliance de l’indus­
trie et de la richesse avec ce génie universel, qui a conçu et construit
jusqu’aux canaux d'irrigation agricole, aux aéroplanes et aux submersi­
bles (il en tint l’intention secrète, craignant, avec une bonté toute ita­
lienne, que les pirates sarrazins, ces assassins des mers, pussent s’en
servir), est d’un bon augure. C’est ainsi que les Américains du Nord
ont légitimé, ont fait bénir leurs grandes fortunes : les milliardaires se
sont purifiés en devenant les bienfaiteurs de la science. Mais pourquoi
n’étendriez-vous pas la souscription aux industriels des nations alliées?
Le front unique, pour publier en le commentant tout ce qui est décou­
vert ou ce qu’on découvrira des travaux de Léonard.......serait un noble
début pour la Société des Nations. »
— M. Ezio Levi, professeur à l’Académie Navale de Livourne, s’est
fait le promoteur d’une intéressante entreprise ; il s’agirait de constituer
une collection nationale de « Testi antichi italiani » inspirée par les
publications de notre Société des anciens textes français ; les volumes
de cette collection devraient servir non seulement à mettre des éditions
bien faites entre les mains des philologues et des lettrés, mais à répan­
dre beaucoup plus largement en Italie, et hors d’Italie, les œuvres des
grands classiques italiens. L’idée a été lancée en deux articles de la
Rassegna Nazionale (août-sept. 1917), où M. Ezio Levi, après avoir rap­
pelé les entreprises antérieures, fait le procès des collections multiples
et rivales, entreprises un peu partout, depuis une trentaine d’années,
sans coordination, et d’ailleurs restées en plan ; il relève l’insuffisance
absolue des moyens dont dispose la commission officielle dite « R. Com­
missionne per I Testi di Lingua », qui siège à Bologne depuis 1862 ; il
propose enfin que ladite commission soit transférée à Florence et annexée
à la « R. Accademia della Crusca per la lingua d’Italia », le secrétariat et
l’imprimeur restant à Bologne, et que, par ce moyen, tous les efforts
étant unis et coordonnés, la diffusion de la collection soit assurée en
Italie et à l’étranger.
A cette proposition ont aussitôt adhéré, en très grande majorité, les
adhérents de la Commission bolonaise. Cependant, quelques voix discord
a
n
tes

�se sont élevées, en particulier celle de M. Giuseppe Albini, dans
le Resto del Carlino (août 1917) ; M. Ezio Levi riposta dans le Giornale
d’Italia, et cette féconde polémique aurait san s doute contribué à faire
adopter une solution, quand se produisirent les malheureux événements
de Frioul et de Vénétie qui firent passer les questions philologiques au
second plan.
Aujourd’hui, la question est reprise dans des conditions qui parais­
sent favorables, les résistances représentant ce minimum inévitable
d’opposition que rencontre toute innovation. La future édition des clas­
siques italiens du Moyen-Age, qui a déjà trouvé un éditeur à Rome,
comprendra deux séries : 1° une grande édition, amplement documentée,
à l ’usage des philologues et des lettrés ; 2° une petite édition à l ’usage
des étudiants et du public cultivé, dans le genre de l’édition des « Clas­
siques français du Moyen-Age », publiée par la maison Champion de
Paris. Le gouvernement contribuera à l’entreprise par son patronage
plutôt que par des subventions ; son rôle consistera notamment à répan­
dre la petite édition parmi les nations alliées et amies, afin que les
classiques italiens puissent être plus aisément étudiés à l’étranger dans
les Universités et les lycées.
— En deux articles de la Revue internationale de l’Enseignement
(août-septembre 1918), M. G. Maugain consacre une étude fortement
documentée à cette importante question : Les Professeurs italiens et la
science allemande. Il faut recourir à ce travail substantiel pour se faire
une idée exacte de l’attitude adoptée par les Universités italiennes en
regard de la science allemande.
A ce propos, on trouvera une vigoureuse manifestation anti-allemande,
due à un des maîtres les plus distingués de l’Université de Turin, Vit­
torio Cian, dans la Rassegna italiana, fasc. V de 1918, sous ce titre :
« Ricordi e commenti antitedeschi ».
— On annonce la mort du célèbre helléniste Giuseppe Fraccaroli, pro­
fesseur à l’Université de Pavie, dans les circonstances tragiques : le
22 septembre 1918, à Milan, il traversait la via Dante, lorsque, pour éviter
un tramway, il fit un écart et tomba sous un camion. Relevé sans
connaissance, il a expiré le 23, au matin, sans avoir repris ses sens.
G. Fraccaroli était une des figures les plus intéressantes de la génération
qui disparaît peu à peu. En dehors de ses travaux sur la littérature et la
philosophie grecques, il avait beaucoup écrit, dans tous les genres, y
compris un roman, et son activité de publiciste ne s’était aucunement
ralentie en ces dernières années ; il collaborait au Corriere della Sera.
Parmi ses ouvrages les plus connus et les plus suggestifs, signalons
L'irrazionale nella letteratura (1903). 11 était né à Vérone en 1849.

�— Un explorateur italien de l ’Afr ique au xv° siècle. — Nous extrayons
les lignes suivantes des Comptes-rendus des séances de l’Académie des
inscriptions et Belles-Lettres (séance du 14 juin 1918) :
« M. Ch. de La Roncière, conservateur à la bibliothèque nationale,
a découvert une relation de voyage jusqu'ici inconnue, datée de l'oasis
du Touat et de l’année 1447. D'un intérêt capital, c'est la première rela­
tion européenne qui donne des détails circonstanciés sur l'intérieur de
l’Afrique occidentale. Antonio Malfante, de Gênes, essayait à Tamentit,
dans le Touat, des opérations commerciales que la demande d’une com­
mission de 100 % par les intermédiaires arabes et juifs rendit impossi­
bles. Là, les lingots et les barres de cuivre apportés par les caravanes
de la côte et qui servaient de monnaie aux nègres, étaient échangés
contre la poudre d’or venue de Tombouctou ou le beurre végétal produit
par des arbres du bassin du Niger. Mais les pirateries des Touaregs,
dont Malfante trace un joli portrait en les appelant les Philistins, nuisi­
rent aux transactions. Malfante était l’hôte, à Tamentit, d’un puissant
personnage, probablement le cheikh, qui avait acquis des richesses en
parcourant pendant quatorze ans le bassin du Niger, et dont le frère
était établi depuis trente ans à Tombouctou. C’est d’après les récits de
son hôte que Malfante décrit le bassin du Niger, avec ses empires musul­
mans et, au Sud, ses pays fétichistes, bref ce qui est devenu l'Afrique
occidentale française. »
— Propagande artistique. — L'orchestre romain de l ' « Augusteo »,
sous la direction de Bernardino Molinari, a organisé, en Suisse, pendant
le mois d’octobre, une série de onze concerts à Lugano, Genève, Berne,
Zurich, Bâle, Saint Gall, etc... Les programmes, composés essentielle­
ment de musique italienne, ont pourtant réservé une certaine place aux
compositeurs alliés, avec La Mer de Debussy, L'apprenti sorcier, de Dukas,
la troisième symphonie de Saint-Saëns, et les Variations symphoniques
d’Elgar.
— Cours de vacances de Sienne. — Pour la seconde fois, les cours de
vacances pour l’étude de la langue italienne, à l’usage des étudiants des
nations alliées et amies, se sont ouverts en juillet-septembre 1918, à
Sienne, aux R. Conservatori riuniti. Cette intéressante institution, due
à l’initiative privée, donna, malgré les difficultés du temps de guerre,
de très appréciables résultats, qui sont le gage certain de son déve­
loppement aussitôt que reprendra la vie normale. Celte année,
les étudiants français à Sienne ont été au nombre de 17 — dont 15 jeunes
filles. Tous ont rapporté le meilleur souvenir — et le meilleur profit —
de leur séjour.
Le Gérant : P. Gaultier.

�« lo dico seguitando.... »

Ces trois m ots, par lesquels s’ouvre le chant VIII de l’ Enfer,
ont été l’occasion de diverses anecdotes, de discussions,
d' hypothèses sur une interruption possible, survenue en cet
endroit, dans la composition du poème, et par suite sur les
dates auxquelles Dante commença, suspendit et termina
l’Enfer; sur ce que pouvait être l’ébauche supposée du poème,
et encore sur la répartition des péchés entre les divers cercles
de la damnation. Il est peu probable que ces délicats problèmes
puissent être tranchés par de simples raisonnements; aussi
les observations qu'on va lire n’ont-elles pas l’ambition de les
résoudre de façon décisive.
Mais il ne m’est jamais arrivé de lire l’Enfer chant par chant,
d’un bout à l’autre, sans être frappé de certaines dispropor­
tions, pour ne pas dire plus, entre les sept premiers chants
et les suivants. Je me persuade difficilement que le poète qui,
au chant VII, ayant si pauvrement décrit la peine des avares et
des prodigues, s’était rejeté sur un brillant hors d’œuvre,
l’allégorie de la Fortune, et avait esquissé la situation des
damnés du cinquième cercle, a pu sans transition, du jour au
lendemain, acquérir une maîtrise toute nouvelle, une pleine
possession des ressources de son art, avec une claire vision
d’un plan beaucoup plus vaste, plus riche et plus complexe,
au point de nous présenter coup sur coup, au chant VIII, la tra­
versée du Styx dans la barque de Phlégias, la scène où Filippo
Argenti tourne contre lui-même sa rage impuissante, et la
résistance des diables sur la porte de la cité infernale, en atten­
dant la vision des Furies et l’apparition de l’Envoyé céleste,
au chant IX. Certes c’est bien le même artiste qui avait déjà
mis tant d’ humanité et de poésie dans la figure de Ciacco et

�surtout dans l’immortelle Francesca; mais il révèle tout à coup
une fertilité d'invention jusqu’alors insoupçonnée dans
l'agencement ingénieux d'un récit varié, dramatique, plein de
détails d’un réalisme saisissant : c’est le même artiste, mais
parvenu brusquement à la possession souveraine de son art.
Le contraste me paraît si fort que j ’ai toujours été surpris
de ne pas le voir plus fermement souligné par les commenta­
teurs. Seul, parmi les critiques dont il me souvienne, Ed.
M ooro1 y a insisté, mais à propos d’ un problème d’un autre
ordre, la classification des péchés. Je voudrais y revenir avec
l ’intention de faire surtout ressortir les progrès surprenants
que l’on observe dans la conception comme dans l’exécution
poétique, quand on passe du chant VII aux suivants. De ce
contraste on verra ensuite quelles conclusions il y a lieu de
dégager.

I
Chacun a pu remarquer qu’à partir du chant VIII Dante
paraît abandonner le plan qu’il avait adopté d’abord, quant
à la classification des péchés. Jusque-là, en effet, il avait
suivi la division traditionnelle en péchés capitaux : après
le Limbe (1er cercle), il avait énuméré la luxure (2e cercle), la
gourmandise (3e cercle), l’avarice jointe à la prodigalité
(4e cercle), puis la colère (5e cercle), dont le châtiment est
déjà complètement décrit dans les vingt-cinq derniers vers
du chant VII. Ensuite, au contraire, apparaissent les héré­
siarques (6e cercle), les violents contre leur prochain, contre
eux-mêmes, contre Dieu et la nature (7e cercle), toutes les
variétés de trompeurs (8e cercle) et de traîtres (9e cercle), c’està-dire un classement fondé sur des notions tout à fait étran­
gères à la doctrine ecclésiastique des péchés capitaux.
Ce changement choque peu, car il est justifié par Dante,
1. Edward Moore, Studies in Dante, second series; Oxford, 1899, p. 168-170.

�qui, au chant XI, se référant à l’Ethique d’Aristote, fait
rentrer les quatre péchés capitaux énumérés dans l’inconti­
nentia, c'est-à-dire l’entrainement, l’ impuissance de l’ homme à
maîtriser ses passions, disposition moins détestable, au regard
de Dieu, que la violence bestiale et que la méchanceté armée
de ruse et de trahison : violence et méchanceté sont expiées
dans le « bas enfer ».
Mais Ed. Moore a finement remarqué que, peut-être, l’expli­
cation du chant XI n’a été imaginée que pour masquer après
coup, ou pour excuser un changement de plan, survenu
lorsque Dante se serait convaincu que rémunération des
péchés capitaux ne pouvait convenir aux développements
ultérieurs du poème. C’est là une simple conjecture. Des
objections très sérieuses y ont été faites, d’où il ressort que
Dante, tout en subissant d’abord l'influence de la théorie
théologique des péchés capitaux — le fait ne saurait être nié —
a pu fort bien, néanmoins, concevoir dès le début sa classifi­
cation des damnés d’après la doctrine morale d’Aristote1 .
Mais ceci n’est encore qu’une possibilité. Quittons au plus
vite ce terrain mouvant, où nous ne trouvons aucun point
d’appui solide.
Voici en revanche un fait incontestable. Dans les premiers
chants, Dante passe d’un groupe de damnés au groupe suivant
avec une rapidité qui parait systématique : le Vestibule de
l’ Enfer et la rive de l’Achéron, qui présentent à ses regards
les premiers rassemblements d'âmes, occupent un seul
chant (III) : le Limbe un chant (IV), de même le cercle de la
luxure (V) et celui de la gourmandise (VI) : l’amour des
richesses est encore moins favorisé, car la Colère empiète sen­
siblement sur le chant VII. Si cette allure vertigineuse avait été
maintenue, la description des neuf cercles eût pu être achevée
en douze chants. Mais tout change à partir du chant VIII où se
prolonge la traversée du cinquième cercle ; ensuite, on voit
Danteet Virgile entrer dans le sixième cercle à la fin du chant IX,
1. Bull. della Soc. Dant. ital., N. S., t. VIII, p. 47-48.

�pour n'en sortir qu’au début du douzième. Le septième cercle,
avec ses trois subdivisions, embrasse les chants XII à XVII, le
huitième en occupe treize(XVIII-XXX), et le neuvième quatre
(XXXI-XXXIV). On pénètre dans le Bas-Enfer dès la fin du
neuvième chant ; c’est-à dire que la disproportion est manifeste
entre les deux grandes divisions de l’enfer. Que Dante n’ait
pas immédiatement envisagé, dans toute son ampleur, le plan
auquel il s’est ensuite conformé, c’ est une impression à
laquelle on peut bien résister, mais qui se présente à l’esprit le
plus naturellement du monde.
Les développements nouveaux, qui commencent avec le
chant VIII sont constitués par deux genres d’épisodes. D’ une
part, les entretiens du poète, ou de Virgile, avec les damnés
deviennent de plus en plus nombreux, de plus en plus drama­
tiques ; de l'autre, les incidents du voyage, les descriptions du
paysage infernal, les scènes multiples qui se déroulent sous les
yeux du poète tiennent une place de plus en plus large et
témoignent d’ un réalisme croissant.
En ce qui concerne les entretiens de Dante avec les âmes
réparties de cercle en cercle, trois sont contenus dans les
chants III-VII, et ils comptent parmi les plus célèbres du
poème : c’est le colloque avec les grands poètes du Limbe, puis
le récit de Francesca, et enfin la rencontre du florentin Ciacco,
avec qui Dante parle de leur commune patrie. Le poète est déjà
tout entier dans ces épisodes hautement significatifs, avec son
culte de la gloire, son émotion poignante en présence de la
passion amoureuse, et sa tendresse inquiète pour Florence
déchirée par les factions. Nul ne saurait songer à déprécier ces
premiers chants, qui comptent parmi les plus précieux de
l’ Enfer. Dante avait déjà donné, comme poète lyrique, des
preuves éclatantes de sa puissance expressive; il y ajoute dans
les premiers épisodes de son grand poème, un mouvement, une
acuité de vision, avec un prolongement d’infinies et inexpri­
mables perspectives, qui font de ces chants IV à VI des morceaux
pleinement caractéristiques de son génie. Cela n’empêche pas

�de dire qu’il était encore assez loin d’avoir reconnu toutes les
ressources que pouvait lui fournir son sujet, et d'en avoir
tiré parti.
Son intention primitive parait avoir été de provoquer au
plus un entretien de quelque ampleur dans chaque cercle.
Autrement, pourquoi n’aurait-il pas mis en scène un plus
grand nombre d’habitants du « noble castel » du Lim be?
Francesca et Paolo pouvaient-ils seuls l’ intéresser parmi les
passionnés ? Et ne connaissait-il que Ciacco à ranger dans le
cercle des gourmands? Les énumérations rapides qui, aux
chants IV et V, suivent ou précèdent la scène principale1,
prouvent assez que la matière ne lui manquait pas.
Une fois admise la conception un peu étroite du plan qu’il
aurait envisagé d’abord, on comprend sans peine les choix de
Dante. Parmi les grands héros étrangers au christianisme,
sa qualité de poète et celle du guide qu’ il s’était donné lui
imposaient un entretien avec le groupe que préside Homère et
au milieu duquel il prend, sans fausse modestie, la place qui
lui revient de droit; il a donc relégué au second plan les
fondateurs de la grandeur romaine, les philosophes et les
savants, qui étaient aussi, à tant d' égards, les maîtres de sa
pensée. Entre tous les amoureux célèbres, il a donné la préfé­
rence à un couple obscur qu’ il a immortalisé, parce que la
mort de Francesca et de Paolo l’avait vivement troublé
pendant sa jeunesse, lorsqu’il pouvait avoir vingt ans : c’était
aussi pour lui l’époque des « douces pensées » et des « tendres
désirs »; ce fait-divers brutal lui avait révélé à quels dénouements
tragiques pouvait conduire un moment de faiblesse, une
surprise des sens, et il en avait été bouleversé. Quelle que soit
la date où l’épisode du chant V a été écrit, il est indéniable
1. Chant IV, v.12 1- 144, trente-six noms en vingt-quatre vers; ch. V, v. 52-69,
huit noms en dix-huit vers. Une énumération qui offre quelque analogie avec
celles-ci se lit au ch. VII du Purgatoire, v. 91-136; elle est d’une moindre den­
sité : douze noms en quarante-six vers, c’est-à-dire que le poète y a mieux
caractérisé chacun des personnages qu’il nomme.

�qu’ on y reconnaît la trace du profond émoi que le drame de
Rimini avait jeté dans le cœur du poète. Enfin Ciacco était un
compatriote que Dante avait connu, qui avait laissé à Florence
une réputation bien établie de gourmandise, au point que
Boccace la confirmait, dans une nouvelle du Décameron, un
demi-siècle après sa mort.
Le caractère personnel de l’inspiration de Dante, dans ces
trois premiers épisodes, est donc frappant : on y perçoit un
écho très distinct d’ impressions et d’émotions qui ne se retrou­
veront pas de la même façon dans les scènes, assez différentes,
où le premier rôle sera tenu par Filippo Argenti, Farinata degli
Uberti, Piero della Vigna, dans les cercles les plus proches. Et
cette inspiration personnelle a aussi un caractère élégiaque
marqué, sans aucune des violences que va brusquement nous
révéler le chant VIII : là, le poète donnera libre cours à la
sainte colère que lui inspire le péché; il appellera de ses vœux
un châtiment exemplaire sur une âme orgueilleuse, et remer­
ciera le ciel de lui avoir fait voir un damné qui se déchire de
ses propres dents; — ici au contraire, l’entretien de Dante avec
les ombres n’est empreint que de douceur et de mélancolie.
En ce qui concerne les poètes du Limbe, la chose est trop
naturelle. Pour Francesca, on pourrait être un peu surpris :
Dante exprime en toute franchise la pitié, la sympathie même
que lui inspirent, non certes le péché, mais la tendresse de la
femme et la douleur de la victime. Son entretien avec Ciacco
ne laisse pas voir moins de bienveillance : le supplice des
gloutons est fort déplaisant, et Dante en souffre pour cette âme
affligée, avant même de l’avoir reconnue. On peut signaler un
curieux parallélisme entre certains mouvements du dialogue
dans ces deux chants consécutifs. Ciacco se dresse devant
Dante et l'interpelle: « 0 toi qui traverses notre enfer, recon­
nais-moi.... »; et Francesca, répondant à l’appel du poète lui
dit : « 0 créature aimable et bienveillante, qui viens nous
visiter dans ces ténèbres.... ». Dante avait adressé le premier
la parole aux amants de Rimini en les appelant: « 0 âmes

�souffrantes !... » ; à Ciacco il ne témoigne pas moins de pitié :
« Peut-être l’angoisse que tu éprouves est-elle ce qui t’efface
de ma m émoire.., ». Un peu plus tard, il dit à l’une :
« Françoise, tes tourments me font pleurer de tristesse et de
pitié ; mais dis-moi, au temps des doux soupirs, à quels signes
et comment l’ Amour a-t-il permis que vous eussiez connais­
sance de vos désirs inavoués? » et à l’autre : « Ciacco, ta souf­
france me touche au point de me faire pleurer. Mais dis-moi,
si tu le sais, où en viendront les citoyens de la ville déchirée... »
La concordance est si exacte qu’elle décèle un peu de raideur
dans l’allure du récit : les deux scènes ont l’air de sœurs
jumelles qui, malgré la différence de leurs caractères, ont
même timbre de voix, mêmes gestes et mêmes jeux de physio­
nomie. Avec les avares et les prodigues encore, c’est la pitié
qui domine dans l’attitude du poète (VII, 36). Au contraire, le
ton du chant VIII est tout différent : dans l’épisode de Filippo
Argenti s’affirme une manière entièrement nouvelle de consi­
dérer le sort des damnés ; c’ est un autre aspect de l’inspiration
dantesque qui se révèle brusquement.
E. Moore a fait en outre celte intéressante remarque : Fari­
nata degli Uberti, au sixième cercle, expliquera que les damnés
discernent comme dans une brume les grandes lignes de
l’avenir; mais le brouillard s’épaissit à mesure que cet avenir
devient le présent, et quand les événements s’accomplissent,
ils n’en distinguent plus rien ; alors les nouveaux venus en
enfer sont leurs seuls informateurs :
s’altri non ci apporta,
Nulia sapem di vostro stato umano (X, 104-105).
Cette règle trouve une application rigoureuse dans plusieurs
autres épisodes : Brunetto Latini, Nicolas III, Vanni Fucci,
Mahomet lisent dans l’avenir ; inversement Guido da Monte­
feltro s’enquiert avec anxiété de ce qui se passe présentement
en Romagne
Dimmi se i Romagnuoli han pace o guerra (XXVII, 28);
et de même Nicolas III ne prendrait pas son interlocuteur

�pour Boniface VIII s’il pouvait savoir qui est pape au moment
où il parle : il se contente de remarquer que le livre de l’ave­
nir l'a trompé de plusieurs années (XIX, 54).
Contrairement à cette théorie, Ciacco prédit avec assurance
des événements qui devaient s’accomplir dans un très court
délai, du 1er mai 1300 au début de 1302, et il parle même du
présent sans hésitation : Florence, dit-il,

è piena
D’invidia si che già trabocca il sacco (VI, 49-50);
et à la question de Dante : « S’y trouve-t-il un seul juste ? », il
répond :
Giusti son duo. ma non vi sono intesi (VI, 73).
Ceci revient à dire qu’au moment où il faisait parler Ciacco,
Dante ne s’était pas encore avisé de la règle, empruntée
d’ailleurs à des traditions ecclésiastiques respectables, grâce
à laquelle il a pu limiter le champ des révélations qu’ il avait
d’abord permises aux damnés; et c’est un nouvel indice que,
dans l’intervalle, il s’est livré à une réflexion plus approfondie
sur la situation des âmes de l’enfer, et sur les effets poétiques
qu’on en pouvait tirer2
.
Parmi les régions infernales décrites dans les chants III-VII,
deux ne sont le théâtre d’aucun entretien du poète avec des
damnés : le quatrième cercle, réservé aux avares et aux pro­
digues (ch. VII), et la « sombre plaine », souvent désignée
sous le nom de « Vestibule de l’ Enfer », où sont relégués les
indécis, les neutres, ceux qui ont refusé de prendre parti entre
le bien et le mal, entre le crime et la justice (ch. III). Non seu­
lement le poète n’échange aucun propos avec ces ombres,

�mais il n’en nomme pas une seule. Semblable abstention ne se
retrouve en aucune autre partie du poème.
Il est vrai que Dante justifie cette attitude par d’excellentes
raisons : les neutres, « ces misérables qui n’ont jamais été
vivants », ne méritent que l’oubli ; qu’ils restent donc plongés
dans le néant où ils se sont complus ! C’est Virgile qui
prononce à leur adresse celle condamnation dédaigneuse et
définitive :
Non ragioniam di lor, ma guarda e passa! (III, 51).
Quant aux hommes qu’a dominés l’amour des richesses, ils
ont perdu toute physionomie individuelle : « souillés par une
vie contraire à la connaissance », c’est-à-dire à la sagesse, « ils
ne sauraient à présent être reconnus ». Mais ne soyons pas
dupes des explications de Dante : elles n’ ont qu’un caractère
facultatif. S'il avait voulu représenter les choses autrement, il
aurait trouvé, pour se justifier, des raisons tout aussi fo r te s ;
car il est avant tout poète et artiste, c’est-à-dire créateur de
formes concrètes, et il n’est jamais embarrassé ensuite pour y
adapter une signification morale. Le fait subsiste donc : dans
ces deux régions seulement, aucune personnalité ne se détache
sur le fond grisâtre où grouillent des formes indistinctes.
Parmi les neutres du chant III, cependant, le poète recon­
naît au moins l’ombre de celui
Che fece per viltade il gran rifiuto (60);
et le mystère voulu que cette expression entretient autour du
personnage n’empêche pourtant pas de reconnaître en lui,
avec une certitude suffisante, le pape Célestin V, dont l’abdica­
tion avait aplani la voie à l’élévation de Boniface VIII. Que
Dante ait été injuste envers le pieux Pietro da Morrone, nul n’en
doute; mais on doit convenir qu’il a pris soin d’atténuer la
dureté de son jugement par la désignation énigmatique du
vénérable ermite, dont on n’aurait jamais dû faire un pape.
Notons immédiatement que, parmi les avares, Dante remarque
une étonnante proportion de tonsurés : et, comme il en

�exprime son étonnement, Virgile lui explique que ce sont des
clercs, des papes et des cardinaux,
In cui usa avarizia il suo soperchio (VII, 48).
D’où on peut conclure que, dans ces deux chants, l’intention
anti-cléricale est très nette, mais l'expression reste un peu
timide, Dante s’étant abstenu de prononcer un seul nom
propre. On sait que cette réserve initiale a été complètement
abandonnée par la suite : Nicolas III, Boniface VIII et Clé­
ment V ne sont pas épargnés au chant XIX !

II
La nature des supplices infligés aux damnés des premiers
cercles appelle quelques observations. On y trouve appliquée
la loi du talion — ce que Dante appellera plus loin il contrap­
passo — avec une rigueur plus grande que dans certaines régions
inférieures1. Passons rapidement en revue cette première série
de tourments.
Les neutres du Vestibule infernal, bien que placés en marge
de l’Enfer, sont soumis à une série de peines fort cruelles. C’est
d'abord un châtiment moral :
Questi non hanno speranza di morte,
E la lor cieca vita è tanto bassa
Che invidiosi son d'ogni altra sorte; (III, 46-48).
Mais voici en plus un supplice corporel : ces lâches, ces
1. Par exemple, on ne voit pas très distinctement pourquoi les athées sont
couchés dans des tombes embrasées, pourquoi les blasphémateurs et les usuriers
sont exposés à la même pluie de feu que les sodomites, pourquoi les séducteurs
sont fouettés, les simoniaques plantés dans des trous la tête en bas, les malver­
sateurs plongés dans la poix bouillante, les traîtres figés dans la glace. Ou s'en
tire, çà et là, par des jeux de mots; Nicolas III dira : Che su l'avere e qui me misi
in borsa; les malversateurs ont aimé à pêcher eu eau trouble, et maintenant ils
sont harponnés dans la poix bouillante par les diables; les traîtres ont un coeur
de glace, etc... En réalité, par la force des choses, Dante a été amené à s’assurer
une certaine liberté dans le choix des supplices, pour mieux satisfaire à une
exigence poétique supérieure, celle de la variété.

�égoïstes, ces indolents, qui n’ont voulu faire aucun effort, sou­
tenir aucune lutte, endurer aucune fatigue, sont obligés de
courir sans répit à la suite d’une sorte de bannière qui est
emportée devant eux à une allure vertigineuse; et pour rendre
leur course plus douloureuse, des taons et des guêpes les
mordent et les piquent :
Erano ignudi e stimolati molto
Da mosconi e da vespe ch'eran ivi (v. 65-66).
Leurs plaies saignent, et leur sang ruisselle mêlé à leurs
larmes : il arrose le sol, où des vers hideux s’en repaissent :
ai lor piedi
Da fastidïosi vermi era ricolto (v. 68-69).
Il y a là un raffinement curieux et presque de la surcharge :
on croit sentir que, en présence de ce premier groupe
d’ombres, le poète s’est creusé la tête pour trouver quelque
chose de bien horrible, et il a dépassé la mesure. Car enfin ces
âmes ne sont pas damnées! Le ciel les repousse, pour que sa
beauté ne soit pas ternie, et ils n’ont pas de place en enfer,
parce que, en face de leur nullité, les grands rebelles pour­
raient se glorifier d’avoir du moins « vécu » avec intensité.
L’anéantissement complet ne serait-il pas le traitement le
mieux approprié à ces âmes qui ont rejeté toute activité, qui
ont renoncé à ce qui fait le prix de la vie? En imaginant qu’ ils
courent, qu’ils saignent, qu’ils pleurent, qu’à leurs pieds s’en­
graisse une vermine grouillante, Dante ne semble pas avoir
songé à l’obligation où il était d’établir une gamme de supplices
propre à former un crescendo continu. Il a frappé un peu
fort, et avant l’heure. En effet, divers groupes de damnés,
dans des régions plus profondes, ne sont pas plus mal traités
que ces égoïstes. Qu’on se reporte, par exemple, au huitième
cercle : les séducteurs, qui en occupent le premier couloir
circulaire, galopent éperdument, fouettés par des diables
cornus; mais Dante n’insiste aucunement sur leur souffrance.
I l y a là quelque disproportion, quand on songe à la responsa
b
ilté

�morale de ces deux séries d’âmes soumises à un
supplice analogue : les ombres du Vestibule paraissent souffrir
davantage1 .
Au reste, l’inconséquence la plus saisissante résulte de la
simple juxtaposition de ce Vestibule et du Limbe. Ce dernier
séjour, par définition, devrait être en marge de l’enfer : les
âmes qui, suivant la célèbre expression de Dante, y sont « en
suspens » se trouvent exclues de la béatitude, mais soustraites
à la damnation. Leur seule faute étant de n’avoir pas reçu le
baptême (IV, 35), elles n’endurent qu’une souffrance morale :
elles sont privées de la vue de Dieu, et tout espoir de le con­
naître leur est à jamais interdit. Il paraît difficile de justifier
par une doctrine théologique, aussi bien que par des raisons
d’ordre artistique, le parti qu’a pris le poète de compter
parmi les cercles de l’enfer proprement dit cette région de
« plaintes sans tortures », où se rencontrent tant de nobles
âmes, tandis qu’il rangeait en marge, et soumettait à des
tortures très positives des ombres auxquelles il ne ménage pas
l’expression de son plus cinglant mépris.
En ce qui concerne la peinture du Limbe lui-même, Dante y
a fondu avec un rare bonheur les enseignements des théolo­
giens et les traditions de la poésie classique ; car Virgile avait
déjà fait entendre à Énée les « longs vagissements des nouveaux

1. En consacrant un compte-rendu très flatteur à mon volume sur Dante (1911),
où j ’avais discrètement indiqué dans une note cette disproportion (p. 237),
M. E. Benvenuti s’étonne de ce jugement, et il ajoute : « Dante ha dato a quei
piccoli uomini piccola (almeno in apparenza) e meschina pena » (Bull. Soc. Dant.
N. S., t. XX, p. 50, note). Il est bien malaisé de comparer des peines que l’on n’a
pas — jusqu’à nouvel ordre ! — endurées. J’ai voulu dire seulement que Dante
analyse la torture des âmes du Vestibule avec une curiosité et lui donne un relief
qui ne paraissent pas en rapport avec leur crime. « Piccoli uomini » si l’on veut ;
mais la vérité est que Dante les appelle : questi sciaurati, et encore : l a setta
dei cattivi. Ou pourrait mê me remarquer que, e n bonne logique, ce sont ces
« piccoli uomini », bien plutôt que les avares, qui devraient être méconnais­
sables au regard scrutateur de Dante, lorsqu’il cherche à en identifier quelquesuns. Ces détails sont de minime importance ; ils ne me semblent significatifs
qu’en raison du soin extrême avec lequel, eu général, Dante a coordonné tous
les effets. Dans les premiers chants, la coordination est imparfaite.

�nés arrachés prématurément à la m am elle1 » ; et le lumineux
séjour réservé à ceux que leurs vertus ont rendus immortels
Parmi les hommes est une réminiscence certaine des ChampsElysées2, à laquelle viennent s’ajouter quelques traits de sym­
bolisme médiéval. Peu de pages traduisent en une synthèse
plus forte et plus harmonieuse la complexité et la hardiesse de
la pensée de Dante.
« La tourmente infernale qui jamais ne s’arrête » perpétue,
dans les ténèbres éternelles, les orages de la passion amou­
reuse. Aucune application, peut-être, du principe du talion
n'est plus naturelle et plus saisissante. Elle est complétée par
une série de comparaisons célèbres, qui donnent à ces âmes
éplorées une légèreté, une mobilité gracieuse ; beaucoup de
charme se mêle ainsi à leur infinie tristesse : c’est le vol
d’étourneaux, roulés, dispersés p a r la rafale; ce sont les cris
plaintifs d’un troupeau de grues, qui dessinent sur le ciel une
longue trace sombre, c’est enfin, en ce qui concerne Paolo et
Francesca répondant à un appel affectueux, l'image de deux
colombes regagnant le nid où les attire leur commune ten­
dresse. Ceci est un des sommets de la poésie dantesque.
Cependant un détail de cette description reste obscur, par son
imprécision. Lorsque ces âmes, est-il dit, « arrivent devant le
précipice »,
Quando giungon davanti alla ruina (V, 34),
elles crient, pleurent, se lamentent et maudissent la puissance
divine. Les mots « précipice » ou « ébo ulement » sont ceux qui
rendent le mieux le mot latin — et italien — ruina, reste à
savoir de quel précipice il s’agit. On a parfois pensé à celui qui
sépare ce cercle du cercle inférieur ; mais les damnés ne
risquent aucunement d’y tomber. Plus intéressante est l’expli­
cation qui rapporte ce mot à la falaise qui domine le cercle, et
dont le sommet correspond au niveau du Limbe, à condition
1. Enéide; VI, 426-429.
2. Ibid., 640 et suivants.

�d’admettre que cette falaise soit éboulée en un endroit (comme
le sera celle qui borde le septième cercle, au chant XII). Mais
c'est précisément ce qu’il faut admettre, car le texte ne le dit
pas : il parle de descente (V, 1) et non d’éboulement, et les
détails qui seront signalés plus loin, au chant XII, ne sont ici
d’aucun secours, puisque le lecteur ne peut encore les connaître ;
la question est même de savoir si, en écrivant le chant V, le
poète avait déjà présent à l’esprit ce qu’il devait écrire au
chant XII.
Cependant une explication séduisante a encore été proposée,
et soutenue récemment avec une grande autorité1 : elle consiste
à remonter à l’expression latine ruina ventorum, calquée sur
la locution venti ruunt (Enéide, VI, 82-85), qui désignerait
clairement le souffle impétueux des vents. Il y aurait donc dans
ce cercle un endroit où la rafale prendrait naissance, une
fissure de la muraille rocheuse, une issue d’où se précipiterait la
tempête, imprimant à tout le vol de ces damnés son mouvement
circulaire, les bousculant à chaque tour avec une force renou­
velée, qui leur arrache des cris et des blasphèmes. Si c’est là
ce que Dante a voulu dire, il faut avouer qu’ il l’a dit fort
incomplètement. L’expression ruina ventorum est-elle si cou­
rante qu’elle puisse, sans dommage, être amputée d’un mot
essentiel? Virgile désigne une pluie torrentielle par les mots
cæli ruina (En. VI, 129) ; ruina tout seul peut-il signifier encore
« une ondée », et surtout « l’endroit d’où se déclanche
l’ondée? » Pour être logique, on devrait, avant d’adopter ce
sens, accueillir la leçon de quelques manuscrits :
Quando giungon de’ venti alla ruina.
Mais cette variante a-t-elle la moindre autorité? Si non,
n’ est-on pas bien fondé à dire que Dante a laissé une part un
peu trop large à la sagacité de ses interprètes2 ?
1. Par M. E. G. Parodi, Bull. Soc. Dant., N. S., t. XXIII, p. 14.
2.Le sens le plus probable du mot ruina me paraît encore être « la descente »
du Limbe à ce second cercle ; c'est là que se tient Minos : « Stavvi Minos... »
(V, 4), devant qui défilent toutes les âmes, qui apprennent de lui quel séjour leurou
rls,’­.Es
ép
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cm
td
ien
v

�Sur le traitement infligé à la gourmandise il n'y a rien à
observer : le supplice qui consiste à être éternellement arrosé
par une pluie malpropre, mêlée de grêle et de neige, et à
tremper dans ce brouet répugnant est, pour des gourmands,
une spirituelle application d u « contrappasso ».
C’est dans le cercle des avares et des prodigues que l’imagi­
nation du poète s’ est trouvée le plus en défaut. Ces damnés,
répartis en deux groupes adverses, poussent devant eux, en y
appliquant leur poitrine, des « poids », où nous reconnaissons
sans effort l'image des richesses auxquelles ils ont consacré
toute leur vie. Mais quelle est l’apparence, la forme, la
masse de ces poids? Leurs dimensions sont-elles propor­
tionnées à la fortune dont chacun s’est fait l’esclave sur la
terre ? Ce sont apparemment des boules, sont-elles très
pénibles à rouler ? Nous pouvons l’imaginer, mais le texte le
laisse à peine entendre :
Voltando pesi per forza di poppa (v. 27).
Comme les deux groupes marchent en sens opposé, ils se
heurtent l’un à l’autre ; alors ce sont des hurlements et des
injures : «Pourquoi gardes-tu? » crient les prodigues; et les
avares de répondre : « Pourquoi dissipes-tu? » Après quoi ils se
retournent et reprennent leur marche en sens inverse, jusqu’au
moment où, ayant parcouru de part et d’ autre un demi-cercle,
ils provoquent la même rencontre, et ainsi de suite, éternelle­
ment. Dante a beau qualifier leurs cris d’aboiements (v. 43), et
leurs reproches réciproques de refrains ignominieux (v. 33),
cette peinture nous semble assez anodine. Dans la suite de
l’ Enfer, et, sans aller bien loin, dès le chant VIII, Dante saura
trouver d’autres accents pour représenter, dans toute leur
violence ou leur bassesse, les querelles et les batailles entre
damnés. Au reste ici encore, comme dans les deux cercles précéd
en
ts,

�le poète éprouve un sentiment de pitié (v. 36), qui ne
paraît guère en situation.
Mais il y a quelque chose de plus fâcheux. Lorsqu’ on essaie
de se figurer la scène, avec la précision rigoureuse à laquelle
nous o nt habitués tant de scènes des cercles suivants, on se
heurte à beaucoup d’obscurités. Pour que le choc des deux
groupes fût réel et général, il faudrait que les deux fronts qui
s’avancent l’un contre l’autre fussent très étirés, très longs et
très minces ; mais, à supposer même que la terrasse circulaire
qui constitue le cercle ait plusieurs centaines de mètres de
largeur, cela ne ferait jamais que d’assez maigres bataillons :
au moment de la rencontre, tout le reste du cercle serait
désert ; comment donc le poète aurait-il l’ impression de n’avoir
jamais vu pareille foule :
Qui vidi gente più che altrove troppa? (v. 25).
En outre, les deux troupes, avec leurs blocs roulants,
devraient mettre beaucoup de temps, chacune, à parcourir le
demi-cercle au bout duquel un nouveau choc a lieu. Dante
assiste-t-il à plusieurs de ces rencontres successives? Il est à
croire que non. D'ailleurs pour qu’il pût embrasser du regard
sans se déplacer, toute l’étendue du cercle, il faudrait que
celui- ci fût infiniment plus petit que ne l’exigent les propor­
tions des cercles suivants. Sa description n’a donc pas ici ce
caractère de « choses vues » qui donne à ses plus belles créations
un accent de réalisme si saisissant. Si au contraire on suppose
que les deux groupes sont disposés en colonnes profondes et
compactes, le choc certes doit produire une terrible bousculade,
mais il n’est supporté que par les premiers rangs, par une
infime minorité — et l’imagination du lecteur hésite, avec le
sentiment qu’elle n’est pas suffisamment guidée.
Pour étoffer la description de ce cercle un peu pâle, Dante y
a inséré (v. 61-96) l’épisode de la Fortune, que j'ai qualifié déjà
de brillant hors d’œuvre. Le personnage en effet n’appartient
aucunement à l’enfer; c’ est une « intelligence divine » préposée

�à la répartition des biens transitoires — richesse, puissance,
bonheur — entre les hommes; son séjour ne saurait être ici.
Où réside-t-elle ? Dante l’assimile aux anges qui gouvernent
chacune des sphères célestes; mais elle n’a certainement pas
sa place au milieu de leurs hiérarchies, car elle est une pure
allégorie morale. Nous pouvons en admirer la belle sérénité,
l’in d ifférence souveraine aux récriminations des hommes :
Ma ella s’è beata e ciò non ode :
Con l’altre prime creature lieta
Volve sua spera, e beata si gode (VII, 94-96).
On observera cependant que cette sphère qu’elle fait
tourner est d’une autre espèce que les sphères auxquelles sont
préposés les anges : c’est sa roue, instable et capricieuse; et il
ne peut échapper qu’il y a là quelque chose d’artificiel. F. de
Sanctis, sans méconnaître la beauté esthétique de cette
évocation, n’a donc pas eu tort d’y signaler de la froideur1.
Elle est réellement étrangère à l’action du poème et n’a, par
exemple, aucun degré de parenté avec l’envoyé céleste qui
fera, au chant IX, une apparition sublime. Elle reste une
allégorie, en partie classique, en partie fidèle à la tradition,
de ces abstractions personnifiées que le Roman de la Rose avait
mises à la mode. Ce n’ est pas là qu’ il faut chercher l’origina­
lité de Dante et la nouveauté de sa création artistique; cet
épisode, unique en son genre dans l’ Enfer, relève d’une
poétique qui paraît déjà surannée, quand on le compare aux
scènes suivantes.
(A suivre.)

H. Hauvette.

1. Voir O. Bacci dans la Lectura Dantis (Sansoni, Florence), du chant VII.

�T o rq u a to

T a s s o

Et s a C o m é d i e p a s t o r a l e « L’A m in ta »

Invité à la cour de Ferrare à la suite du succès de son
Renaud, roman chevaleresque en douze chants, paru à la fin
de 15 62, lorsque l’auteur n’avait que dix-huit ans, et qui
contient comme une ébauche du poème épique : La Jérusalem
délivrée, Torquato Tasso avait assisté à la première représen­
tation du Malheureux de l’Argenti et, par la puissance qui est
le propre du génie, il avait reconnu, dans le spectacle qui se
déroulait devant lui, des éléments susceptibles d’être employés,
amplifiés ou perfectionnés. Torquato, alors âgé de vingt-deux
ans, était depuis dix-huit mois au service du cardinal Louis
d’ Este. A dater de la représentation du Malheureux, tout ce
monde gréco-latin, qu’il étudiait sans cesse, vécut dans son
esprit d’ une existence toute nouvelle. Lorsque, cinq ans plus
tard, étant passé au service du duc Alphonse II d’Este, il
chercha à donner une forme poétique à toutes les images qui
tourbillonnaient dans sa pensée, et composa en deux mois,
l'Aminta, pendant l’ hiver de 15 73, ses souvenirs littéraires
contribuèrent pour beaucoup à donner à sa pastorale ce goût,
ce côté tout à fait arcadien qui fit considérer cette oeuvre
comme un prodige, « un portento », par un grand poète : Giosue
Carducci.
C’est avec Tasse que la pastorale prit sa forme harmonieuse
et vivante; avec lui qu’elle devint véritablement une œuvre de
théâtre. Comme le disait Manso, en 1629, Torquato, en com po­
sant une œuvre et en créant des personnages de pastorale, se
soumit non moins aux coutumes de l’églogue qu’aux règles de
la comédie et de la tragédie, en faisant des trois une merveilleu
se

�et précise composition. Il emprunta la scène, les person­
nages et les coutumes à l’églogue; à la tragédie, les person­
nages divins, la trame héroïque, les chœurs, les vers
harmonieux, la gravité des phrases; à la comédie, enfin, les
personnages du commun, les alertes propos de la conversation,
l’ heureuse issue des événements. Dès lors la pastorale est
constituée. Nous n’avons pas à nous occuper de savoir
comment elle se transformera par la suite, se transportera
d’ Italie en Espagne et d’ Espagne en France, pour aboutir aux
compositions d'Alexandre Hardy, aux pages de l'Astrée, aux
Bergeries de Racan, et, après être parvenue à son apogée entre
1624 et 1631, se terminera par l’entrée en scène de Lulli et les
débuts de sa collaboration heureuse avec Philippe Quinault.
Il faut ici nous restreindre à l’œuvre de Tasse et insister
quelque peu sur le poète de l'Aminta.
Quel sera, dans l’œuvre de Tasse, le domaine de la pasto­
rale? Ce domaine comprendra un monde imaginaire où toute
fantaisie est permise. Les personnages seront les héros pris en
dehors des réalités... Pardessus tout la peinture de l’amour,
— l’amour qui dans le XVI° siècle est une si grande affaire —
formera l’unique objet du poème.
Mais comment exécuter cette peinture? Il s’agira d’accom ­
moder, de mener à son point de perfection, tout ce qui a été
jusque là dit et composé sur l’am our; de mélanger les mythes
de Platon aux définitions d’Aristote ; d’unir, dans les dialogues,
les considérations philosophiques sur le désir, et les débats
sur les droits de la passion ; d’accommoder, en un mot, la
tendresse et l'érudition, sous des dehors de naïveté et de
simplicité voulues.
Or c’est à quoi Tasse aboutit d’une façon accomplie.
L’Aminta a une aisance et une grâce si légères ; les emprunts
prennent un tel charme de nouveauté; l'ensemble des épisodes
se juxtapose et s’encadre avec tant de bonheur, que tout se
fond et s'harmonise, se condense et se résume sans retour.
Nulle invention superflue ou singulière, nulle étrangeté d’affabulation.

�La campagne du Pô, l'île du Belvédère où est situé
son drame, ne sont choisis par le poète que pour se laisser aller
au plaisir de célébrer un paysage de prédilection, comme aussi
d’encadrer plus aimablement les flatteries à l’adresse du duc
de Ferrare, dont il émaille çà et là, son récit... En composant
l'Aminta, Tasse n’a eu d'autre intention que de céder à sa
propre fantaisie.
Un des principaux mérites, un peu dangereux peut-être,
mais si charmants néanmoins, de Tasse, est ce mélange
d’espièglerie et d’ingénuité, de pudeur et de trouble passionnel,
de langueur et de mobilité dont il émaille, ici et là, ses oeuvres.
Veut-on en avoir une preuve? Qu’on lise le Pastor Fido après
l'Aminta. Certes, quelle que soit l'étendue du mérite d e Guarini,
Torquato le dépasse de beaucoup comme poète, en prenant le
mot dans son acception la plus large. Pour produire un chefd’oeuvre, il n’a pas eu besoin de la complication romanesque
des événements sur laquelle est bâtie la pastorale de Guarini.
Le sujet du Pastor Fido, emprunté à Pausanias, est l’ histoire
de Corésus et de Gallirhoé, c’est-à-dire d ’un prêtre de Diane
chargé de tuer celle qu’il aime, et préférant se frapper de ses
mains, exemple aussitôt suivi par la nymphe que touche un si
fidèle amour.
L’ Aminta, d'ailleurs, n’est pas un tableau de la vie. C’est un
long dialogue entre jeunes gens, sur le sentiment qui leur est
cher : la volupté. Caractères, langue, passions, expressions,
tout cela porte le cachet de la jeunesse.
Nul poète ne possède comme Tasse le sentiment de l’aurore
et du matin de toute chose, lever de la vie ou du jour. Ses
préférences vont à tout ce qui est jeune, dans la nature comme
dans l’homme. Lisez ses descriptions de la nature. En parcou­
rant celles étalées tout au long de l'Aminta, vous trouverez
comme un avant-goût des descriptions des jardins d’Armide
dans la Gerusalemme. L’ Aminta est un tableau de la nature et
de l’âme humaine à leur printemps. Une lumière tiède, blanche
et radieuse éclaire une contrée où tout respire une mollesse

�sensuelle et une fraîche ardeur. Les voix de femmes et d’ado­
lescents qui s'élèvent au milieu d’un aussi charmant paysage
ne sauraient parler d’autre chose que d’amour. C’est bien une
musique de l’âme que ces entretiens passionnés, dont les
uniques soucis tendent exclusivement au bonheur, et à la
volupté. Dans tout le poème circule un vent léger, toujours
présent, dont le souffle tiède et parfumé passe avec une
lenteur délicieuse sur les belles journées de ces vies cham­
pêtres. Et que de gracieux tableaux au cours de ces poèmes !
La nature n’est pas pour Torquato un accessoire. Mais ce qu’il
préfère à tout c’est la lumière. On le sent vraiment fils du pays
du soleil. Les splendeurs des nuits éclairées d’étoiles sous
lesquelles Amyntas promène sa tristesse; les transparences
de l’air au lever du jour, propices aux entretiens de Daphné et
du strict amant de Sylvie; les tiédeurs des journées de
printemps; l’étouff ante atonie de l’atmosphère estivale;
l’ instant mémorable où Amyntas délivre Sylvie des mains du
Satyre éhonté : vo ilà ce que personne n’excelle à reproduire
comme Tasse.
Au sortir de la lecture de l'Aminta, Tasse apparaît surtout
comme un peintre de l ’amour. Il excelle à exprimer la douleur
des amants dédaignés. Dans ces cas-là, il sait être pathétique,
tout en restant doux comme les larmes qui tombent, quand les
premiers malheurs ravissent à notre âme la virginité de la
souffrance. Les modèles de ce pathétique sont le récit de la
prétendue mort de Sylvie et les lamentations de Sylvie après
l’annonce du trépas d’Amyntas.
Avec quelle tristesse musicale les plaintes s’échappent du
cœur de la jeune fille ! Est-ce une amante attristée qui parle, ou
un personnage d’opéra qui chante, parce qu’ il a trouvé dans sa
douleur un bon motif d’inspiration lyrique? Remarquons-le
d'ailleurs ; les douleurs qu’aime Tasse sont les douleurs
brillantes, harmonieuses. Ce n’est point pour nous surprendre,
étant donnée la sensualité gracieuse qui est l’ unique forme que
Torquato ait donnée à l’amour dans l'Aminta. Plus tard, avec

�Armide, il saura faire entendre les vrais accents de la passion,
dans la Jérusalem délivrée.
Rien de plus simple que la trame de l'Aminta. C’est un
drame intime qui ne tend qu’à nous présenter des âmes souf­
frantes, fières, dédaigneuses ou craintives, et comme on l’a dit
excellemment : « la vérité des sentiments se colorant de poésie
délicate ».
Nous sommes loin ici des inventions merveilleuses du
Pastor Fido de Guarini, et les sensibilités des personnages de
l'Aminta contrastent fort avec les violences des héros du
Pastor. Amyntas et Sylvie ne surpassent en rien les bergers
ordinaires. Avec eux, quelques confidents seulement et un
satyre qu’on ne fait qu’entrevoir. Pas d’action brutale sur la
scène; des dialogues et des récits. Pas d’oracle qui, par ses
énigmes, tente d’éveiller l’attention ; ni même de reconnais­
sance aidant à trancher le nœud de l’action.
Et puisqu’on parle d’action, y en a-t-il une seulement?
Rien ne sépare les amants qu’une question de caractère : l'un
est trop timide; l'autre trop pudique. La nymphe, parce qu' elle
ne s’étudie pas assez, risque de faire le malheur d' Amyntas. Peu
s'en faut que l'idylle ne finisse tragiquement. Par bonheur la
nature indulgente confond les ruses du satyre, aide la servante
de Diane à éviter les morsures du loup féroce et met au fond
du précipice, où se jette le berger malheureux, un tapis de
mousse et de feuillage. Et tout est bien, puisque tout finit bien,
et qu'à la tristesse la joie succède pleinement.
Ajoutons que la pièce de Tasse est une des plus parfaites du
XVI° siècle italien c omme qualités de plan. L'effort disparait
devant la souplesse de l’intrigue. Dans un même dialogue,
Sylvie étale son orgueil de vierge farouche et Amyntas se
répand en lamentations amoureuses. L’exposition est complète
en deux scènes. Le dénouement s'accomplit en un simple
récit. Les intervalles de l'action sont remplis par des épisodes
toujours plus saisissants. Sauvée par son amant des assauts du
satyre, la jeune fille ne se déclare pas vaincue. Le danger

�qu’ elle court en poursuivant le loup n’abat pas sa fierté. Ce
n'e s t qu’au moment de la chute d’Amyntas dans le précipice
que l'amour va éclater avec une force irrésistible dans ce cœur
virginal. Tout est en dégradation dans la pièce; chaque acte
pourrait s'appeler : la Source, les Loups, le Précipice, ou : la
Coquetterie, la Pudeur, les Regrets de l’Amour. Si les allusions,
les flatteries contemporaines obligatoires tiennent de la place
et retardent un peu l'action, tout comme les chœurs déve­
loppés trop complaisamment, il est néanmoins peu de
pièces où l’unité de temps, à défaut de celle de lieu, soit plus
rigoureusement observée : les cinq actes se suivent presque
sans interruption. Tasse, dans cette œuvre, fait montre, à un
degré éminent, de mesure et d’harmonie; nul ne possède
comme lui le sens dramatique. C’est là ce qui fait de l'Aminta
une pièce unique.
P. de Bouchaud.

�T u r ne r

et

P ir a n e s i

Piranesi n’a point, fait école. Mais son œuvre, à la fois vaste
répertoire archéologique et poème d'une inspiration splendide,
n'en a pas moins, partout où elle a été connue et pratiquée,
suscité l’admiration et exercé une influence que son biographe
M. Focillon, aux dernières pages du livre dont nous donnons
ci-après le compte-rendu, s’est attaché à faire ressortir. Le
pays où il a laissé les traces les plus sensibles est certainement
l’Angleterre. Par « conditions ethniques et morales », la race
anglaise était, mieux qu’ aucune autre, faite pour comprendre le
mystère et la puissance de l’ estampe piranésienne.
Ce qui l’a séduite dans les recueils du maître, ce ne sont
point tant les restitutions savantes, l’exactitude des lignes et
de la mise au point, les théories architecturales plus ou moins
contestables. C’est l’effet, c’est la magie de la couleur, la poésie
des ruines, l’impression de grandeur, de puissance, de terreur,
qui se dégage des réalités colossales dont abondent les Vedute
di Roma, et des inventions plus colossales encore que l’artiste
a prodiguées sur le cuivre des Architetture diverse et des
Carceri. L'architecte George Dance a, dit-on, tiré de ce dernier
recueil l’agencement de certaines parties et l’idée de certains
motifs symboliques de la fameuse prison de Newgate. Le
conteur William Bekford, le critique fantaisiste de Quincey en
ont fait passer la description dans leur prose. Le peintre John
Martin y a trouvé le cadre de ces gigantesques épisodes
bibliques, comme le Festin de Balthazar, où des milliers de
personnages s’entassent dans des édifices de formes étranges
et de proportions démesurées. Est-ce tout?
En fixant nos regards sur la Vue imaginaire d’un Port

�VUE IMAGINAIRE D'UN PORT ROMAIN
Eau forte de Piranesi (Opere varie di Architettura, pl. 23.)

��ANCIENT ITALY
Peinture de J.-M.-W. Turner

��romain (Parte di ampio magnifico porto all ’ uso degli antichi
Romani), ajoutée par l’artiste à la suite des Opere varie di
Architettura, édition de 1750, — composition si caractéristique
dans son prodigieux déploiement d’architectures qui débordent
de tous les côtés de l’estampe, et semblent ne plus laisser de
place ni au flot qui les baigne ni au soleil qui les éclaire, — le
souvenir d’un autre Port romain idéal nous est revenu à la
mémoire. Il nous a semblé qu’un autre artiste anglais, con­
temporain de John Martin et bien autrement original que lui,
s’était en une circonstance approché de bien plus près de Pira­
nesi. Cet artiste, c’est Turner.
Tout le monde connaît cette lumineuse et symbolique pein­
ture à laquelle Turner a donné le nom d’ Ancient Italy. C’est
une vue, très librement traitée, du port intérieur de Rome.
C’est un assemblage imposant de constructions s’étageant les
unes sur les autres, semblant étreindre sous leur masse le
maigre cours d’eau qui les arrose, et défier jusqu’au soleil qui
leur prodigue la lumière, donnant au spectateur une sensation
d’impuissance personnelle et comme d’écrasement. Et il se
trouve encore que, dans la pensée de l’artiste, cette peinture
est, elle aussi, une apothéose de la puissance de Rome antique,
étant destinée à faire contraste avec les misères décrites dans
une autre peinture qui lui sert de contre-partie : Modem ltaly,
l’ Italie d’après 1815.
Ruskin, qui a donné de l’art de Turner une si pénétrante
analyse, à salué en lui le peintre évocateur des grandes Répu­
bliques disparues : Carthage, Rome, Venise. Les toiles consa­
crées à ces trois villes, illustres, en plus des qualités d’exécu­
tion qui les rangent parmi les meilleures du maître, ont pour
la plupart une intention et une signification symboliques. C’est
en mettant dans son plein jour le principal attribut de leur
grandeur que le peintre en a voulu faire ressortir le côté
périssable. Carthage, dont les palais surgissent comme par
enchantement sur un signe de Didon, le long du rivage africain
tout baigné de soleil (Dido building Carthago), c’est la puissan
ce

�passagère de la richesse. Venise, é cartant son rideau de
vapeurs et apparaissant toute blanche au milieu des flots
(the Approach to Venice), puis vue de près, dans le merveilleux
alignement de ses palais et de ses églises, dans le grouillement
pittoresque de ses embarcations enguirlandées glissant sur le
Grand canal, c’est la puissance, plus fragile encore, de la
beauté. Quant à Rome, étalant orgueilleusement sous le ciel lumi­
neux ses palais, ses temples, ses mausolées édifiés avec les
dépouilles du monde, c’est la puissance des armes, de toutes
la plus terrible et la plus durable, mais destinée, elle aussi, à
périr. Toutes trois sont tombées. Leur grandeur passée est
ressuscité par Turner dans le même esprit que celle de Rome
l’a été par Piranesi : l’apothéose du peuple conquérant est faite
par l’œuvre idéalisée du peuple bâtisseur.
L’estampe de Piranesi est d’ailleurs pure fantaisie. Tandis
que dans l'Ancient lta ly, l’œil retrouve sans trop de peine les
lignes de monuments connus, le Temple de Vesta, le mausolée
d’Hadrien, le Pont Sublicius, rien dans le passé architectural
de Rome ne rappelle cette vaste enceinte. dont on aperçoit
seulement lés énormes parois coupées d’arcs de triomphe, les
trophées navals, l’autel où brûlent des parfums en l’honneur
de Neptune, le temple de la Fortune, les colonnes rostrales,
les urnes où reposent les cendres de capitaines illustres, les
massifs contreforts. ... Il n’y a de réel dans cette création
fantaisiste que l’esprit tout romain dans lequel elle est conçue,
que l’ordre de l’ensemble et le parfait équilibre des parties,
que l'impression qui s?en dégage de la puissance et de la force
d’un peuple capable d’en suggérer l'idée.
Eugène Bouvy.

�L e

p e ssim ism e

de

L e o p a r di

I
On considère généralement que Leopardi eut de la douleur
deux visions différentes et qu’il professa deux pessimismes.
L’ un serait, à peu de choses près, la thèse de Rousseau
appuyée par les récits des voyageurs, leurs descriptions de la
vie arcadienne des sauvages : l’homme, primitivement bon,
et que la nature voulait heureux, a été rendu injuste et malheu­
reux par la civilisation et par la société. Suivant l’autre,
l’ homme serait naturellement, primitivement, essentiellement
malheureux. Il est de tradition d’appeler la première de ces
doctrines : pessimisme historique, la seconde : pessimisme
cosmique ou absolu.

II
Lorsqu’au lieu de se borner à l’affirmation que Leopardi,
après des tentatives désespérées pour se cramponner au
pessimisme historique, sombra fatalement dans le pessimisme
cosmique, comme s’il s’agissait de deux phases distinctes
d’une évolution évidente, l’on s’efforce, ainsi que le fait
M. .G. A. Levi dans son « Histoire de la Pensée de Jacques
Leopardi1 », de préciser ces phases par des dates, non seule­
ment l’ on doit reconnaître, dans les premières méditations
du philosophe, la présence de théories considérées comme
caractéristiques du « pessimisme cosmique » ; mais on est
obligé d’admettre chez lui plusieurs retours à sa conception
1. Giulio A. Levi, Storia del pensiero di G. Leopardi. Turin, 1911.

�première, voire même de véritables « obscurcissements de
l’intuition générale à laquelle il était arrivé ».
En fait, l’examen de tous les textes de Leopardi datant d’ une
même année nous interdit de considérer qu’il y eut chez lui
deux doctrines différentes et successives ; c’est à peine si l’on
peut observer que, dans ses premiers écrits, il considère, de
préférence, un des aspects du problème de la douleur, dans les
derniers un autre aspect.
L’erreur des critiques provient, selon nous, du fait qu’ il
ont laissé tomber, dans leur exposition du pessimisme de
Leopardi, plusieurs théories latérales qui non seulement lui
donnent son véritable sens et sa physionomie propre, mais
encore sa forte unité. C’est l’élimination involontaire de consi­
dérations essentielles au système de Leopardi qui a conduit
à nier ce système avec toutes apparences de raison. On a
cherché vainement à raccorder les tronçons disparates que
l’on avait fait soi-même, et, pris de bonne foi, pour une infirmité
naturelle la mutilation dont on s’était rendu coupable. Nous
allons tenter d'esquisser une vue d’ensemble du pessimisme
léopardien, en insistant spécialement sur deux théories dont la
première fut souvent mal interprétée, la seconde complètement
négligée, et qui nous aideront puissamment à saisir l'unité
du système : la première est la théorie des illusions; nous
appellerons la seconde : la distinction des dispositions à être
et des dispositions à pouvoir être.

III
Si la civilisation, si la vie en société ont corrompu l’homme,
c’est en tant qu’elles ont tari en lui les illusions. Elle n’ont
pas d'autre tort.
La vertu était une de ces illusions disparues. Pour Leopardi,
en effet, qui dit vertu dit attitude morale provenant d’une
vision incomplète et indistincte des choses. Or la vie en
société et la civilisation qui en est le fruit n’ayant cessé de

�nous rapprocher de la vérité, ce qui, jadis, eût été magnani­
mité ne serait qu’erreur sotte en l’état actuel de nos connais­
sances. La société d’aujourd'hui ne permet plus qu’une seule
modification de cet amour propre qui nous est inné, essentiel,
la pire de toutes : l’égoïsme. Car la société est comme l’air,
dont toutes les colonnes se compriment les unes les autres,
chacune de toutes ses forces et de tous les côtés. « .. Les forces
et l’ usage des forces étant égaux dans chaque colonne, il en
résulte l’équilibre, et le système se maintient grâce à une loi qui
semble destructive, c’est-à-dire une loi d’inimitié mutuelle
exercée continuement par chacune des colonnes contre toutes, et
par toutes contre chacune » (Journal, 2436-2437). S’il en est ainsi
c'est que l’amo ur propre, essentiel à l’homme, est un amour
de préférence, impliquant nécessairement la haine d’autrui.
La société est-elle très large? Ne pouvant haïr trop loin, on
haïra son camarade, son voisin, voire son frère comme Caïn,
qui est précisément, observe Leopardi, l’ inventeur de nos
sociétés actuelles — mais on conservera une certaine bienveil­
lance pour ceux qui ne gêneront personne, conformément à la
remarque du sage ancien : « Cur... me non amares? Non enim
es ejusdern mecum religionis, nec propinquus meus, nec vici­
nus, nec ex iis, qui me alunt » (Journal, 4482). — Est-elle, au
contraire, bien étroite? Plût au Ciel qu'elle le redevînt! Il y
aurait un étranger, le « barbare» des Grecs, tout désigné pour
une haine vigoureuse et l'on verrait refleurir les fortes vertus
antiques, amour de la cité, amour de la patrie.

IV
Or non seulement ces développements, considérés comme
caractéristiques du pessimisme historique et que l’on trouve
dès les premières pages du Journal, s’ épanouissent dans des
écrits très postérieurs — l’ Histoire du Genre Humain par
exemple — mais ils constituent la base, l'essence même du
pessimisme de Leopardi, quel que soit le nom dont on l’affuble,

�le centre de toute sa philosophie : sa théorie de l’amour propre.
Cependant— o bjectera-t-on — il n' en est pas moins vrai
que nous serons tout à fait en désaccord avec ces textes,
regardés comme l’exposé du premier pessimisme de Leopardi,
si nous admettons — sur la foi d’autres de ses écrits — une
Nature non pas bienveillante mais hostile. Et, d’autre part,
Leopardi n’était-il pas forcé d’en venir là? Pourquoi la Nature
nous a-t- elle disposés à vivre en société, à nous civiliser, s’il
en devait résulter notre malheur?
C’est ici qu’ il est facile de se fourvoyer. Leopardi, e n effet,
parle volontiers de la Nature comme de la bonne dispensatrice
des illusions qui nous permettaient de vivre heureux. Puis,
dans d’ autres textes, voici qu'il nous la présente comme une
marâtre féroce appliquée non seulement à nous persécuter,
mais à nous détruire. Par bonheur, il nous arrive de trouver
ces deux représentations opposées dans des écrits de la même
époque, bien plus dans le même passage,... puis, parfois, une
troisième : la Nature de Vigny, sereine, indifférente, impéné­
trable tout au moins (telle apparaît la Nature géante du dialogue
de l’ islandais, telle la Nature mystérieuse du Genêt). Des contra­
dictions aussi visibles, aussi flagrantes, sont inadmissibles. Que
nous faut-il donc penser ?

V
Observons d’abord que les textes où Leopardi reproche à la
Nature, nettement, ses intentions perverses sont soit les cris
de désespoir de ses Lettres, soit des effusions lyriques telles
que la fameuse poésie « A soi-même », soit, enfin, certains
passages du Journal. Mais les affirmations passionnées de la
correspondance de Leopardi et de nombre de ses poésies ne
peuvent entrer en ligne de compte dans l’examen de son
système philosophique.
Il reste les textes du Journal. Le Journal est dangereux. C’ est,
comme l’indique son nom italien (Zibaldone) un amas de

�matériaux d’ importance et de solidité très inégales. Il y a là des
notes pressées, des réflexions jetées au hasard d’ une idée
rapide, qui n’est parfois q u’un sourire de l’esprit amusé. Aussi
nous semble t-il prudent de peser toutes ces pensées d'après
leur forme, plus ou moins hâtive, passionnée, badine, ou au
contraire abstraite, serrée, froidement logique. Cette forme
est originale et sincère, c’est l’aspect premier sous lequel l’idée
s’est présentée à l’esprit de Leopardi, c’est l’ idée même.
Nous récuserons donc la page où Leopardi déclare : « Tout
est mal, c’est-à-dire tout ce qui est, est mal; que chaque chose
existe, c’est un mal ; chaque chose existe pour le mal : l’ existence
est un mal et a pour but le mal » 1. Il n'y a là en effet qu’un
divertissement philosophique consistant à prendre exactement
le contre-pied d e Leibnitz, ou plutôt des conclusions de Leibnitz
telles qu’on les exposait et qu’on les discutait habituellement.
« Ce système, ajoute en effet Leopardi, serait peut-être plus
soutenable que celui de Leibnitz et de Pope etc., que tout est
bon. Je n ’oserais pourtant l ’étendre à dire q u e l’univers existant
est le pire des univers possibles, substituant ainsi à l’optimisme
le pessimisme. Qui peut connaître les limites de la possi­
bilité ? »
Quelques lignes plus bas, abordant d’autres considérations
raisonnées celles-là et visiblement plus rassises, le voici qui
affirme : « Une chose sérieuse, et non pas une mauvaise plaisan­
terie (burla), c’ est que l'existence est un mal pour toutes les
parties qui composent l’ univers... » Que signifie cette expres­
sion de « mauvaise plaisanterie » sinon que le pessimisme
échafaudé plus haut pourrait bien ne pas mériter d’autre appel­
lation ?
Ce qui n'est pas une mauvaise plaisanterie, continue Leo­
pardi, c’ est que l’ existence implique la souffrance. Les raison­
nements qui l’amènent à celte conclusion trouvent leur déve­
loppement le plus clair et le plus étendu à la page 4129 du
1. Journal, 4174.

�Journal, où Leopardi affirme que « la nature, l’existence n’ont
aucunement pour fin le plaisir ou le bonheur des ani­
maux, plutôt le contraire. » Fidèles à nos principes, gardonsnous d’isoler aucune affirmation du Journal. Celle-ci est arrachée
à Leopardi par la révélation d’ un « horrible mystère » (Journal,
p. 4099) d’une « épouvantable contradiction » (ibid. 4129) :
l'homme ne peut passer un instant sans le désir infini d’ un
bonheur infini ; or il est, com me tout ce qui vit, privé de cette
perfection de son être; il est donc malheureux, et chaque
instant de sa vie est nécessairement une souffrance (p. 2553).
De sorte que « l’amour propre est incompatible avec la félicité;
il est cause nécessaire d’ infélicité, et, d’autre part, la félicité ne
peut avoir lieu sans amour propre, et son idée même suppose
l’idée de l’amour propre ». (p. 4099).
Mais force nous est de constater que cette théorie, de lignes
extrêmement nettes, se trouve développée dès les premières
pages du journal (p. 165 à 311), alors que Leopardi, suivant
les critiques, était entièrement partisan du « pessimisme histo­
rique ».
Il faut donc ou l’escamoter purement et simplement — mais
alors que devient le pessimisme cosmique qui n’a pas d’autre
base ? — ou bien refuser de s’arrêter à une contradiction
apparente et ne point considérer, comme on le fait, que cette
thèse est incompatible avec les aperçus du « pessimisme histo­
rique ». Si nous arrivons à démontrer qu’elle ne l’est pas,voici
que s'écroule la distinction traditionnelle des deux pessi­
mismes.

VI
Tout d’abord, observons que Leopardi, dans ses écrits philo­
sophiques élaborés, dans ses Dialogues, expose souvent une
doctrine qui fond harmonieusement les théories prétendues
opposées. Ainsi, le grave dialogue de Plotin et de Porphyre,

�écrit en 1827, est l’expression d’un pessimisme parfaitement
cohérent, mais que nul critique ne se risquerait à qualifier
d' historique ou de cosmique. Sans doute la nature ne nous fit
point pour être heureux, sans doute elle ne peut satisfaire à
notre désir infini, mais Porphyre ne nie point que « l’inféli­
cité » extrême qui nous pousse au suicide ne soit chose anti­
naturelle, et il est convaincu que le désir de la mort était
absolument inconnu à ses lointains ancêtres. Demeurés dans
l’état de nature, nous n'eûssions pas été satisfaits au sens
précis du mot — les animaux même ne peuvent l’être — mais
nous n’eussions pas été malheureux comme nous le sommes,
maintenant que nous connaissons la vérité.
Cette vision d’ensemble, nous la trouvons dans le Journal
de Leopardi dès l’année 1820 (p. 365). Il nous faut recon­
naître — observe-t-il — que les absurdités que l’on peut noter
dans la situation actuelle de l’homme ne permettent aucune
induction relativement à son état primitif. Mais, dira-t-on, il
semble bien qu’il n’y ait plus de remède à sa misère ? Il n'y
en a pas non plus répond Leopardi, pour celui qui a eu la
jambe coupée ou s’est fait écraser par un rocher : « Il suffit
que le mal ne soit pas de la faute de la nature, qu’il ne dérive
pas nécessairement de l’ordre des choses, qu’il ne soit pas
inhérent au système universel, mais qu’ il soit comme une
exception, un inconvénient, une erreur accidentelle dans le
cours et dans l’application dudit système» (p. 365).
Ce mal, c’est le défaut de la civilisation, c’est la tare de la
raison même; il se résume en deux mots : trop de précision
mathématique ; la nature est souple, elle est « alla buona »,
c’est à-dire « sans façons ».
Revenant sur ce caractère accidentel du mal, Leopardi sou­
cieux de logique va jusqu’à prétendre que la civilisation est
l’œuvre du hasard (p. 1739). Enfin dans une longue disserta­
tion du 8 septembre 1823, exempte de tout paradoxe, et fort
serrée, il lave définitivement la nature du soupçon de n’être
qu’ une marâtre :
« Je dis en plusieurs points que la nature n’engendre guère

�autre chose en l’ homme que des dispositions, note-t-il. Parmi
ces dispositions, il faut faire une distinction. Les unes sont
des dispositions à pouvoir être, les autres des dispositions à
être. En vertu des premières, l’homme peut devenir tel ou
tel : il peut, dis-je, et rien d’autre. En vertu des secondes,
l’homme, vivant naturellement, et se trouvant loin de l’art,
devient tel, indubitablement, que la nature a voulu qu’il fût,
bien qu’elle ne l’ait point fait tel, mais disposé seulement à
devenir tel. Dans celle-ci, on doit considérer l’intention de la
nature, dans les autres non, etc... » (p. 3375-3376).
Une même disposition — ajoute-t-il — est à la fois disposi­
tion à être et disposition à pouvoir être ; en tant qu’elle est
disposition à pouvoir être, elle produit parfois des effets inatten­
dus ; car la nature « avait pour but d’autres qualités dont beau­
coup complètement opposées ». Si l’on se sert habituellement
d’ une épée pour couper des tranches de pain, l’on ne devra pas
pour autant juger l’armurier d’après la plus ou moins grande
perfection des tartines, car le fait même d’affiler une arme la
rend propre, sans doute, à servir de couteau de cuisine, mais
il n’ en est pas moins vrai qu’elle a été faite pour la bataille et
non pour l’office. »
Et, dans l’une des dernières pensées du Journal, revenant
sur cette distinction capitale, Leopardi conclut :
« Dans le cours des choses, les désordres sont infinis... Ce
sont néanmoins des désordres, et on ne peut les attribuer à une
intention de la nature. Un exemple entre mille : rien n’est
plus facile et plus fréquent dans certaines espèces d’ animaux
que de voir les mères ou les pères dévorer leurs propres petits.
Ce désordre horrible... tend directement, et avec plus d’efficacité
qu'aucun autre, à la destruction de l’espèce. Il est impossible
d’attribuer à une intention de la nature... un désordre par
lequel le producteur lui-même détruit le produit, le générateur
l’être engendré. Si la nature procédait intentionnellement de
cette façon, il y aurait bien longtemps que le monde serait fini.
De ces considérations découle le fait que le phénomène de la

�civilisation chez l'homme, bien que... ce phénomène puisse
paraître facile, inévitable, bien qu’ il soit fréquent, nous n’avons
pas le droit de le juger naturel, voulu, intentionnellement, par
la nature » (p. 4462). Des événements d’une importance extrême,
généralise Leopardi, ont ainsi lieu malgré la nature.

VII
Il nous semble donc que l’on ne doit pas parler de deux
pessimismes contradictoires de Leopardi. Leopardi poète se
plaît à évoquer devant nos yeux tantôt l’image souriante d’ une
bonne mère providentielle, perdue par notre faute, tantôt
l’effroyable vision d’une gouge insatiable qui n’enfante que
pour dévorer. Mais Leopardi philosophe, le Leopardi raisonneur
du Journal, s'il présume vaguement que les intentions de la
Nature étaient bonnes, laisse entendre qu’au fond il n’ en sait
trop rien : a-t-elle même eu des intentions ? De toutes façons,
il tient à la laver de l’accusation quelque peu absurde d’être un
bourreau. N’ en faisons donc pas obstinément l’auteur de cette
accusation et ne créons pas ainsi à son système une foule de
contradictions, pour nier ensuite ce système et jusqu’à l’esprit
philosophique de Leopardi.
Juliette Bertrand.

�Q u e stio n s

U n iv e r s i t a i r e s

L' « Associazione italiana per l'Intesa intellettuale fra i
paesi alleati e amici. »
Cette Association, présidée par le Sénateur Vito Volterra, profes­
seur à l'Université de Rome, vient de publier, par les soins de M. le
Professeur Sil vio Pivano, de l’Université de Parme, un Annuario
degli Istituti scientifici italiani qui est appelé à rendre les plus grands
services (Rome, Soc. edit. Athenaeum, 1918; in- 16, XIV-516 pages;
L. 10). La matière y est répartie par régions, provinces, communes,
et comprend toutes les écoles supérieures, avec les instituts qui en
relèvent, les archives, les musées, les bibliothèques, les académies,
les « Deputazioni di storia patria », les observatoires; etc... Pour
chaque institut, une petite notice historique est fournie, avec l’indi­
cation de sa dotation et de ses revenus annuels, et, bien entendu,
avec les noms de tout le personnel qui y est attaché. Deux index,
l’un analytique, l’autre alphabétique (des noms de personnes) com­
plètent cet indispensable répertoire; la conception en est excellente,
hardie même, quand on songe aux difficultés que sa réalisation ren­
contrait en temps de guerre. L’auteur, très loyalement, indique dans
sa préface quelles sont les difficultés qu’il n’a pas pu entièrement
surmonter; mais puisqu’il s’agit d’une publication périodique, nous
sommes assurés qu’elle sera régulièrement améliorée. L’essentiel
était d’aborder tout de suite les problèmes dans toute leur ampleur.
L’étude de l a langue italienne en France.
Le journal romain Il fronte interno a publié, en octobre 1918, en
quatre articles, une correspondance parisienne de son collaborateur
Amleto Natoli, intitulée « Bisogna farsi conoscere in Francia. » Nous
n’aborderons pas ici la discussion des critiques adressées par le
journal, non aux Français, mais à ses compatriotes. Nous devons
cependant signaler ces articles comme une nouvelle preuve de l'im­
portance extrême que nos alliés attacheraient à voir l’étude de la
langue italienne gagner du terrain en France.
A. Natoli raconte qu'il a remarqué, sur nos murs, une affiche portan
t

�« le programme des cours de l’école de Commerce la plus
importante de Paris, subventionnée par la Ville., l’Étatet la Chambre
de Commerce », pour l’année 1918-19 ; il l'a lue, et a noté avec
stupeur qu’on y enseignait l'anglais, l'allemand et l'espagnol. Pour­
quoi pas l’italien? La préférence accordée à l’espagnol lui semble par­
ticulièrement intolérable. Les considérations que lui inspire ce fait,
et quelques autres, ne sont pas toutes parfaitement justes, et elles
reposent sur une information peu sûre ; mais elles attestent éloquem­
ment la très grande sensibilité des Italiens à l’égard du dédain où il
leur paraît que les Français tiennent leur langue. Ce n’est pas nous
qui leur donnerons tort, et nous ne manquerons jamais une occasion
de répéter à nos lecteurs combien notre indifférence à cet égard fait
de tort à la popularité de la France en Italie.
Mais A. Natoli s’en prend surtout à l’insuffisance de la propagande
italienne en France; il y oppose la propagande anglaise et améri­
caine, si bien conçue, et qui obtient de si merveilleux résultats.
Est-il permis de faire observer au correspondant parisien du Fronte
Interno qu'il y a eu en France des millions d'Anglais et d’Américains
qui y ont fait d'assez bon travail, et que l'importance militaire, poli­
tique et économique de ce fait dépasse de beaucoup celle de toutes les
propagandes du monde ?
L’auteur voudrait que le gouvernement italien entretînt à l’étranger,
particulièrement en France, des écoles bien organisées, où la jeu­
nesse française apprendrait à connaître et à aimer, outre la langue de
nos amis, leur civilisation, leur poésie, leur art, leur histoire, leur
admirable essor scientifique, industriel, économique. C’est une
excellente idée, à laquelle nous ne pouvons que donner notre adhé­
sion entière; et de même nous serions heureux de voir réaliser les
deux autres vœux du journaliste : création à Paris d’un grand
journal italien et d’un bon théâtre italien.
Ce que n'explique pas A. Natoli
et ce serait le plus intéressant —
c’est à quels moyens on aurait recours pour obliger les jeunes Fran­
çais à suivre les leçons des écoles italiennes, les lecteurs français à
lire le grand journal italien et les spectateurs français à suivre les
représentations italiennes, s'ils n’y sont pas stimulés par un intérêt
qui — nous le déplorons avec le F ronte Interno — est aujourd’hui
infiniment trop rare.
C’est toujours là qu’il en faut venir. La vraie propagande à entre­
prendre en France, celle à laquelle nous travaillons avec des forces
très insuffisantes, et qui ne peut en effet devenir efficace qu’avec le
concours de la nation italienne, consiste à démontrer aux Français

�l’intérêt qu'ils ont à connaître l’Italie, à se rapprocher d'elle, à vivre
avec elle dans une intimité politique, intellectuelle, économique plus
étroite. Mais cette propagande là, comme celle qui porte actuellement
la très grande majorité des jeunes Français à étudier l’anglais, c'est
seulement par des faits qu’elle peut être accomplie de façon vraiment
utile : il faut que nos compatriotes apprennent à apprécier l'Italie
par ce qu'ils verront d’elle. Il est à supposer qu’après la guerre nous
serons un peu fatigués de tout ce qui sera propagande pure : on
demandera des actes ; on cherchera des caractères. Nous sommes
assurée que l’Italie fournira des uns et des autres ; c’est pourquoi
nous envisageons sans inquiétude l'avenir de la cause que nous
défendons avec A. Natoli. Mais nous ne nous flattons pas de pouvoir
la faire triompher du jour au lendemain !

Agrégation et certificat d'aptitude d’italien
Le jury, pour les concours de 1919, est ainsi composé : MM. H. Hau­
vette, professeur à l’Université de Paris, président; P. Hazard, pro­
fesseur à l’Université de Lyon; G. Maugain, professeur à l’Université
de Grenoble; A. Valentin, professeur au lycée de Grenoble.
Outre le concours, ouvert à la fin de juin, auquel pourront se pré­
senter les anciens combattants réformés, un autre concours aura lieu
en octobre, réservé aux anciens combattants démobilisés seulement
depuis l’armistice.
Pour ce second concours, le programme a été un peu abrégé. Il est
établi de la façon suivante :
I. Histoire de la littérature : Pétrarque, l’homme, le poète, l’huma­
niste.
II. Histoire de l'art et de la civilisation : a) Léonard de Vinci;
l’homme et l'œuvre; 6) L'évolution politique de l’Italie de 1870 à
1915.
III. Auteurs pour les explications orales : Dante, Purg., c. XXIIIXXIV ; Pétrarque, Rime, n° 125-139 inclus ; Epistola ad Posteros (texte
publié dans le Bulletin italien, 1918, p .183-188(; Boccace, Décaméron,
V, 8 et 9; B. Cellini. Vita, p. 79-110 (éd. 0. Bacci ad uso delle
scuolo) ; G. Carducci, Giambi ed Epodi, n° XX, XXII, XXIII, XXVI, XXX;
et Prose (Garibaldi in Francia ; Agli elettori del Collegio di Pisa ;
Per il Tricolore); G. d’Annunzio, Per la più grande Italia.

�B ib lio g r a p h ie

Giovanni Tracconaglia. Une page de. l'histoire de l’italianisme à Lyon, à travers
le « Canzoniere » de Louise Labé, 1 vol. de 115 p. in-8 ; C. Dell’ Avo, Lodi,
1915-17.
Du même. Quelques observations sur l'origine et le développement des théories
italiennes qui facilitèrent aux Français la fixation, l'enrichissement et l’embel­
lissement de leur langue au XVIe siècle (1 vol. de 126 p. in 8 ; G. Dell’ Avo,
Lodi, 1918).
Parus pendant la guerre, ces deux opuscules ne sont, dans l ’esprit
de leur auteur, que de simples observations. Le premier (que nous
apellerons A) a été rédigé à l’aide de quelques notes, restes d’un tra­
vail plus important qui périt dans le tremblement de terre de Messine,
et qui furent l’objet de trois conférences faites à Gènes en 1913. Le
second (que nous désignerons par B) n'est que l’amplification d’une
leçon d’ouverture professée à la Scuola pedagogica de Gènes, où l’auteur
a enseigné la langue française de 1912 à 1915. Malgré leurs prétentions
modestes, il convient de les ajouter à la liste déjà importante, des études
que la critique italienne a consacrées à l’histoire des rapports de l’Italie
et de la France au XVI° siècle. Après les travaux de MM. Torraca, Flamini,
Farinelli, Menasci et autres, ils constituent une contribution fort inté­
ressante à l'histoire encore incomplète de l’influence italienne sur la
Renaissance française. En s'adressant à ses élèves italiens, M. Tracco­
naglia a dû faire précéder l'exposé de ses recherchas de larges aperçus
sur l’histoire de la langue française et de l'italianisme lyonnais. Il a mis
à contribution pour cela les résultats acquis par ses prédécesseurs fran­
çais et italiens, et ces parties introductrices ne nous apportent rien de
nouveau, si ce n’est quelques opinions trop hasardées sur lesquelles
nous ferons plus loin nos réserves.
L'essentiel des deux ouvrages consiste d’une part (A) dans la recher­
che des sources italiennes de Louise Labé, de l’autre dans une sorte de
bilan des emprunts que G. Tory, Dolet, Ch. de Sainte Marthe, J.
Canappe, A. Paré, Peletier du Mans, du Bellay et Ronsard lui-même ont
faits aux auteurs italiens qui ont traité la question de la langue vul­
gaire, de la nécessité pour les modernes d’écrire dans leurs langues
nationales afin de les rendre capables de rivaliser avec celles des anciens.
C’est ainsi que, suivant notre auteur, L. Labé doit beaucoup, non seule­
ment à Pétrarque, mais encore à Dante, Boccace, Charitéo, Tobaldeo,
Serafi no Dall ' Aquila, Gaspara Stampa, et même aux recueils publiés
par Giolito de Ferrari à partir de 1546. C’est ainsi que du Bellay et

�Ronsard ont trouvé leurs conceptions de l’art littéraire dans les écrits
théoriques de Dante, L. B. Alberti, Lorenzo dei Medici, et surtout de
Bembo, Castiglione, Tolomei, G. B. Gelli et Vida. M. Tracconaglia
confirme, en la complétant, la thèse soutenue par M. Pierre Villey
(Les Sources Italiennes de la Deffençe... Paris, Champion, 1908). Ce der­
nier a montré que la première partie de la « Deffence » de du Bellay
était presque toute traduite du Dialogo delle lingue de Sperone Speroni ;
quant à la seconde partie, relative à « l'illustration » de la langue, ne
trouvant pas d’original italien d’où elle pût sembler aussi littéralement
empruntée, M. Villey, vu la parenté entre les idées qu’elle exprime et
celles qu’on trouve dans les traités italiens, déclare formellement qu’il
se sent « tout disposé à croire que la poétique de la Deffence est, elle
aussi, copiée en bonne partie de quelque auteur italien, et que de longs
fragments des chapitres III, IV, V, XI et XII du 2e livre sont emprun­
t és tout comme ceux que nous citions il n’y a qu’un instant. » (Villey,
op. cit., p. 79). C’est probablement cette affirmation qui a déterminé
les recherches de M. Tracconaglia ; mais lui non plus n’a pas trouvé ce
modèle unique que du Bellay aurait pillé ; il le confesse d'ailleurs nette­
ment : « Nous regrettons, dit-il, de ne pas être autorisé à citer quelque
ouvrage oublié d’où du Bellay aurait extrait la partie la plus impor­
tante de son manifeste, comme M. Villey a eu la chance de le faire
pour plusieurs passages secondaires. A vrai dire, nous avons renoncé
de bonne heure à la recherche de ce prétendu document, car en
comparant la Deffence et Illustration avec nos traités en faveur de
l'italien, nous nous sommes convaincu que les points essentiels du
programme de la Pléiade loin de dériver de la traduction d'un auteur
déterminé, consisteraient en un recueil de principes, de règles et de
conseils puisés à différentes sources. A notre avis, du Bellay aurait
suivi en cela son système préféré d’imitation : profondément pénétré,
grâce à une élude sans doute assidue et consciencieuse des œuvres
que les meilleurs défenseurs de notre vulgaire avaientrédigées pour
résoudre la longue questione della lingua, le jour où il se décida à
tracer son proclame, il ne fit que reproduire leurs enseignements en
t âchant de les donner de la manière la plus aisée, la plus spontanée,
la plus naturelle, comme des inventions faites par lui-même. » Ces
sources, où du Bellay a puisé sont, d’après notre auteur, le De vulgari
cloquentia de Dante, le Della famiglia d’Alberti, le Cortegiano de Casti­
glione, le Cesano do Tolomei, les ouvrages de G. B. Gelli, l’art poétique
de Vida, le Discorso sulla lingua de Machiavel, et le Dello scrivere in
vulgare de Lorenzo dei Medici.
Les nombreux rapprochements de textes établis par M. Tracconaglia
sont, pour la plupart, très intéressants; et il s’en dégage celle conclu­
sion que presque toutes les idées importantes de la seconde partie de la
Deffense avaient été mises au jour on Italie antérieurement à du Bellay.
Parfois, cependant, les imitations signalées sont douteuses, très douteu
se

�même, et j ’en pourrais apporter quelques exemples. Ainsi
(B, p. 71, note 2), si M. Tracconaglia avait poursuivi la comparaison
entre les textes cités de Dante et de du Bellay, il se serait convaincu
que ce dernier s’inspire de Cicéron, dont il a le texte sous les yeux, et
dont il traduit un passage que Dante ne donne pas ; de même (B, p. 73,
notes 5, 6, 7) il est très probable que du Bellay suit encore Cicéron,
plutôt que Tolomei. M. Chamard n’a-t-il pas remarqué, à propos de ce
passage (éd. de la Deffence, Fontemoing, p. 314, note 4), que « la phrase
même de du Bellay, avec son énumération de verbes, rappelle étrange­
ment la phrase où Cicéron (Brut. I, 188), dépeint l’impression que ressent
la foule en écoutant la parole d’un véritable orateur. » La même obser­
vation est à faire (B, p. 80, note 1 el 2) pour le rapprochement avec le
texte du Cortegiano ; chez Castiglione, il n'est question que des figure
del parlare en général, tandis que le texte de Quintilien cité par M. Cha­
mard (Deffence, p. 285, note 6) parle spécialement de la figure dite
antonomasia que du Bellay reproduit exactement sous la forme antono­
masie. Voilà donc plusieurs passages de du Bellay qu’on peut croire
inspirés d'un modéle italien et qui procèdent d’un auteur ancien ; et
cela doit nous mettre en garde d ’une façon générale : il ne faut pas
oublier que les Français ont eu sous les yeux les auteurs mêmes
qu'avaient imités les Italiens, ce qui, dans bien des cas, est l ’explication
des analogies que présentent les écrits des uns et des autres.
Nous ferons encore la même remarque à propos des sources italiennes
de L. Labé rapportées par Tracconaglia, la poétesse lyonnaise est toute
nourrie de poésie italienne, de Pétrarque, de Boccace, des poètes du
Quattrocento et du début du Cinquecento. Cela saute aux yeux de qui­
conque a quelque peu pratiqué la littérature de la Renaissance italienne.
Mais, dans la détermination d'une source précise, il faut se garder
d’être trop affirmatif, à moins qu’il n'y ait traduction évidente, complète
ou partielle, et que le texte ne porte en lui-même des indices certains
qui écartent toute hésitation. La ressemblance des idées et des thèmes
ne suffit pas ; j'ai eu déjà l'occasion de faire cette observation à propos
de M. Scève (Delie, edit. crit. de la Société des Textes français modernes,
Hachette, 1916, p. XIV, et passim) ; et, d’ailleurs, M. Traccenaglia semble
lui-même avoir senti ce que les identifications ont parfois d’incertain,
car il emploie très souvent des expressions restrictives telles que peutêtre, presque, il semble, etc.
Voici quelques exemples de l'incertitude signalée ici. Certains pas­
sages de L. Labé que notre auteur croit imités de tel Italien, pour­
raient aussi bien être rendus à tel autre, on même à un auteur ancien,
à Ovide, le seul ou à peu près que L. Labé ait connu. Les vers de
l'Elégie III (A. p. 55, n. 1) peuvent avoir été inspirés par Helisenne de
Crenne aussi bien que par Pétrarque (l'Epistre dedicative de Dame
H elisenne a toutes honnestes Dames...) — Ceux de l ’élégie II A, p. 58)
peuvent être inspirés d'Ovide (Hér. II, v. 133 sq.) — Ceux du Sonnet III

�(A, p. 60, Car je suis tant navrée) peuvent l ’être de Bembo (Lirici del
Secolo XVI, Sonzogno, 1879, p. 8) :
Tu m’ hai piagato il core,
Amor, ferendo in guisa a parte a parte...
ou de Saint Gelays, ou de Maurice Scève, ou même de l ’Anthologie
grecque — Beaucoup plus probablement que du sonnet de Pétrarque
Io son già stanco di pensar si come (A, p. 63), le célèbre sonnet XIV
Tant que mes yeux pourront larmes espandre dérive du madrigal suivant
de Michel Ange (Lirici, p. 85) :
Occhi miei, siete certi
Che 'I tempo passa, e l’ora s’avvicina
Ch’ agli sguardi e al pianto il passo serra.
Pietà dolce di voi vi tenga aperti,
Mentre la mia divina
Donna si degna d’abitare in terra.
Ma se' l ciel si desserra
Per le bellezze accorre uniche e sole
Del mio terreno sole,
S 'ei torna in ciel fra l’alme dive e liete,
Allor bensì che chiuder vi potete.
Je pourrais multiplier les exemples, contester de prétendues imitations
de Dante, montrer que la théorie de l ’amour principe de l ’univers doit
être rapportée non à Saint Thomas par l ’intermédiaire de Dante, mais
à Marsile Fricin on même à Themistius, par l'intermédiaire de
Bembo ou de Léon Hébreu, ou de Sperone Speroni ; objecter que
M. Tracconaglia lui-même, pour un passage de l ’élégie II, donne deux
sources différentes sans opter pour l ’une plutôt que pour l ’autre
(A, p. 71 et A, p. 77) : Cruel, cruel qui te faisait promettre, rapproché
p. 71, dos plaintes de la Fiametla de Boccace, puis p. 77 d’un Capitolo
de Gaspara Stampa, alors que la source indubitable de ce début de la
seconde élégie, est le commencement do l'épitre I de ce Tobaldeo, à qui
notre auteur (A, p. 74) déclare que L. Labé ne doit rien ou presque
rien. Je cite les deux textes, car il y a traduction évidente :
D’un tel vouloir le serf point ne désire
La liberté, ou son port le navire,
Comme j ’atens, hélas! de jour en jour,
De toy, Amy, le gracieus retour.
Là j ’avois mis le but de ma douleur,
Que fineroit quand j ’aurais ce bon heur
De te revoir ; mais de la longue atente,
Helas ! en vain mon desir se lamente.

�Cruel, cruel, qui te faisoit promettre
Ton brief retour en ta première lettre ?
As tu si peu de mémoire de moy
Que de m ’avoir sitôt rompu la foy ?
Comme oses tu ainsi abuser celle
Qui de tous tems t ’a esté, si fidelle ?
L.

L abé

(Elégie II).

Non espettô giamai con tal desio
Servo la liberta, ne nave porto,
Con qual’ ho il tuo ritorno espettato io
Sperando a tanti mal trovar conforto.
Passato è il tempo e non ti veggio anchora.
Dovresti pur venir se non sei morto.
Ahimè crudel, chi te sforzava allhora
Quando scrivesti a me : « Sopporta, espetta,
Espetta, eh’ io verrò, senza dimora. »
Tu inganni una che è „sciocca e semplicetta,
Una che fa m a et troppo crede,

Una percossa da mortal saetta ;
Non meritavo già simil mercede.
T e b a Ld e o ,

Epistola I

(Venise, 1544, fol. K I r°).
Tebaldeo, que L. Labé a ici sous les yeux, a imité dans son Epître les
Héroïdes d ’Ovide ; et c ’est
Ovide que Louise a recours pour terminer
son élégie, non pas .Ji Serafino Dall’ Aquila, comme le pense Ai. Tracco­
naglia (A, p. 7a) ; ¡1 suffira, pour s’en convaincre, de se reporter aux
p a ssais suivants des Héroïdes : VIII, v. /17 sq — II, v. 17 sq — VII,
v. 16\ — II, v. 27 sq — II, v. i-5 — \T, v. /|5 et io3 sq — XV, v. a6 sq
— VII, v. sa — II, v. 83 sq — VII, v. ia3 — II, v. i33 sq — X, v. i 5 i —
II, v. i/|5 — VII, v. i 94 — XIV, v. ia8.
Si j ’ai insisté sur les sources de Louise Labé plus que stir celles de
du Bellay et de Ronsard, c’est que, de leur plus ou moins d ’importance
peut dépendre la solution d'une question encore pendante, celle de sa
moralité. L ’accent de passion sincère, de volupté ardente quii vibre dans
ses vers a certainement contribué ?i la 'formation de la légende de
la belle cordière, h sa réputation de courtisane. Or, s’il se trouve que
ces prétendues ardeurs ne sont qu’imitation et virtuosi^, la conséquence
s ’impose qu’on peut défendre la réputation de la femme, soutenir avec'
quelque raison, l ’hypoth èse d ’une attitude littéraire, inspirée par le désir
de jouer les Bradamante. Louise ne serait plus la courtisane qu’un
roman fragilement étayé veut, nous faire voir en elle, mais une femme
de lettres dont l ’imagination et le talent réussirent à jouer la sincérité.

�L ’hypothèse est d ’a u ta n t plus plausible que, ju ste u n an avant la p u b li­
cation de ses poésies chez Jean de' Tournes, en 1555,, avaient p aru les
poésies d ’une italienne célèbre dont l ’am our m alheureux d u t frapper
vivem ent l ’im agination des fem m es d ont l'atten tio n était tournée vers
l ’Italie. En 1 554 'furent publiées à Venise le R i m e di Ma d o n n a Gasp a ra
S t a m p a , l ’am ante 'désolé«' e t douloureuse do ce Collaltino, qui v in t
guerroyer en France et y oublier ses serm ents. Comme Gaspara, Louise
fait p art au lecteur de son am o u r p o u r un hom m e qui la q u itta et
l ’oublia à l ’étranger, en Italie. La sym étrie inverse est frappante, et
l'on peut se dem ander si Louise Labé a souffert d ’u n am our r éel, ou si
plu tô t son im agination ne l ’a pas portée à se présenter comme la
réplique française de l ’italienne Gaspara.
Quoi q u ’il en soit, et pour revenir aux rapprochem ents de
textes de M. Tracconaglia, q u ’en peut-on légitim em ent conclure ?
Ceci seulem ent, que les poètes lyonnais com me ceux de la
Pléiade, co n n u re n t les Italiens et p ar eux les poètes anciens ;
q u ’ils im itèren t les u n s et les autres, sans q u ’il soit toujours possible
de d istin g u er l'im itation italienne de l im itation an tiq u e ; que, parfois
môme, com m e j ’ai eu, il y a longtem ps déjà, l ’ocasion de le dém ontrer
à propos de Ronsard (Re vue de la R e naissance, t. VI, 5° année, 1905.
p. 1-21), ils avaient sous les yeux, en m êm e tem ps que les textes italiens,
les textes grecs ou latin s dont ils étaien t im ités ; que les Italiens, en u n
mot, leur o n t fait connaître les sources où il convenait d ’aller puiser
les secrets de l ’a rt. El c ’est tout. Nous connaissons encore trop mal notre?
histoire littéraire de la fin du xv° siècle, et du déb u t du xvi0, p o u r pou ­
voir affirm er davantage. Aussi ferons-nous, en term in an t, il M. Tracco­
naglia le reproche d'avoir dépassé cette lim ite par des assertions quelque
peu hasardeuses et contestables. Dans les considérations générales q u ’il
a placées en tête de ses deux opuscules et q u ’on peut, considérer com m e
les résultats q u ’il a déduits de ses recherches, ne dit-il pas form ellem ent
que, sans l ’Italie, les Français n ’a u ra ien t pu tirer de l ’h u m an ism e les
bienfaits q u ’ils en o n t reçus, restaurer leur poésie, se dégager d u latin
pour perfectionner leu r langue, s ’assim iler les idées générales de l ’a n ti­
quité, substituer h l ’esprit du Moyen Age l ’idéal nouveau, la notion de,
l ’a r t? O utre que, sous cette forme, la question est m al posée (car il est
toujours oiseux de se dem ander ce qui se serait passé si tel fait im por­
tant de l’histoire n ’avait pas eu lieu), elle est de plus trop vaste et trop
complexe pour recevoir actuellem ent un e solution. Il nous faudrait pour
cela m ieux connaître les origines de n o tre Renaissance, d istin g u er au
début du xvie siècle, ce qui doit survivre chez nous du Moyen Age et de
la tradition antérieure, faire exactem ent la part de l ’apport an tiq u e et
de l'ap p o rt proprem ent italien ; chercher si la France ne portait pas déjà
en elle-même, bien avant l ’influence italienne, des raisons de désirer et
d ’espérer se dégager du latin pour faire de sa lan g u e une langue litté ­
raire ; si elle ne tendait pas déjà ;i se libérer de l ’esprit scolastique, à

�sortir de l ’abstraction discursive et du rationalisme purement syllogistique [pour se rendre capable de r intuition, condition essentielle de la
compréhension du beau ; se demander également si la notion de l’art
lui a blé révélée par les esthéticiens du néo-platonisme florentin ou si,
au contraire, elle n ’en
a pas eu l ’intuition directe en présence des
chefs-d'œuvre de l ’antiquité. Je « o is , pour mon compte, et j ’espère le
faire voir un jour, que le platonisme italien ne fut pas, au degré que
l'on croit généralement, une nouveauté pour l ’esprit français. D ’ail­
leurs, ce que l'on peut affirmer sans réserves, et que notre auteur a
tort d’oublier, c'est que l’influence italienne, bienfaisante en tant que
l ’Italie était déjà riche en chefs-d’œuvre cl offrait à l ’admiration des
modèles tels que Dante, Pétrarque, Boccace et tant d ’autres, fut pour­
tant déplorable par l ’action de ses poêles secondaires ; elle développa en
France, sous le règne de François Ier, une crise aiguë dé préciosité, mit
à la mode le bel esprit, le maniérisme, la virtuosité artificielle, défauts
don! Ronsard et du Bellay eux-mêmes ne se dégagèrent que grAce à l'in­
fluence antique, et qui gâtèrent, jusqu’à l ’époque de Benseradc et de
Voiture, toute notre littérature sentimentale.
E. P a r t u r i e r .
objet d e p lu s haute vertu. Édition critique avec line intro­
dos notes i&gt;ar Eug. Parturier.
Paris, in 16, l I x ix - 3 4 7 pages, 1916.
Lamartine. SuUt. tra g éd ie. Édition critique avec une introduction et un commen­
taire par Jean dus Cognets.
Paris, in-I6, x x i v - l ’J 6 pages, 1918. (Publications
de la Société des textes français modernes).

M a u rice S c è v c . D élie

duction

et

Parmi les plus récents volumes publiés par la Société des textes fran­
çais modernes, la D élie de Maurice Scève et le Saül de Lamartine méri­
tent l ’attention de tous ceux qu'intéresse l ’histoire de l’influence ita­
lienne en France. On serait tenté d ’y joindre l ’édition, qui a paru entre
les deux, de la Mariane de Tristan ( 11) 17), à cause du souvenir de la
Marianna de Lodovico Dolce, et des « imitations italiennes », dont parle
Tristan dans son avertissement ; mais il est hors de doute que la Mariane
française 11e doit rien à la tragédie du Vénitien. Au contraire, les deux
oeuvres, si différentes, de Maurice Scèvc et de Lamartine donnent lieu
à une série continue de rapprochements positifs.
La nouvelle édition de la mystérieuse D élie est lt? résultat d’un long
et patient labeur. M. Parturier avait d ’abord envisagé, sur Maurice Scève,
un travail d ’une tout autre envergure, une enquête approfondie sur les
origines du platonisme en France, dont l ’œuvre de l ’humaniste lyonnais
aurait été le centre. Amené sans doute à reconnaître ce que les résultats
de cette enquête avaient de décevant, obligé surtout par l'obscurité de
la Délie à se livrer à un minutieux travail d ’interprétation littérale, et à
la détermination de toutes les réminiscences que renferme la poésie de
M. Scève, M. Parturier a pris le parti de publier, avec une Introduction
substantielle, l ’édition de la Délie que nul n ’était mieux préparé que lui
à nous donner. Il avait sans doute espéré tirer de scs vastes lectures un

�livre plus personnel : en réalité, il lui eût été difficile de faire œuvre
plus utile et plus riche en résultats. Pour nous placer ici au seul point
de vue des études italiennes, il fallait être tout pénétré des thèmes
développés par M. Scève, et des moindres nuances de sa pensée et de son
style, pour aborder la lecture des nombreux auteurs italiens’ que le
poète lyonnais avait pu lire, avec l ’espoir d ’y trouver ia trace d ’une
influence possible. Les rapprochements accumulés par M. Parturier dans
ses notes sont, en très grande majorité, entièrement neufs ; ils sont h
la fois abondants et présentés avec une extrême prudence, en ce sens
(lue, les textes cités concernant pour la plupart des expressions qui se
retrouvent chez beaucoup de poètes, le savant éditeur en rapporte plu­
sieurs spécimens, sans vouloir affirmer que M. Scève n ’en a pas connu
encore d’autres. Il ne semble pas qu ’il fut possible de faire plus ni
mieux.
Le cas du Saul, 'composé par Lamartine en 18 17 - 18 18 , est tout diffé­
rent : ici l ’imitation d ’Alfieri est certaine, avouée, manifeste, jusque
dans certains italianismes d’expression fort curieux : dans une lettre
(3 juin 1 8 1 7 ), le poète écrit qu ’il a « verseggié » une première scène ;
ailleurs, il se propose de qualifier Sau l de « m élotragédie », comme
Alfieri avait décidé de donner à son A bele le sous-titre de « tramelo­
gedia ». Le mérite de M. Jean des Cognets, au point de vue qui nous
intéresse, est d ’avoir parfaitement rappelé tous les détails qui permet­
tent. d ’établir la dépendance exacte de la tragédie de Lamartine par
rapport. à celle d ’Alfie ri ; dans les notes sont cités les passages de l'œuvre
italienne, dans la traduction de Petitot, dont le rapprochement s ’impose.
H.
Henri Focillon. Giovanni llaltisla

t'iranesi,

1720-1778.

P a r i s , b â t ir o n s ,

1918,

i n - 4 &lt;le x i i v - 3 2 5 p a g e « ..

Henri Focillon. Giovanni Hnttista Piranesi. Essai de catalogue raisonné de son œuvre.
P a r is , L a u r c n s ,

P o u r se s c o n t e m p o r a i n s 'c o m m e
r é p u t a t io n

—

11)18, i n - 4 d o 7 5 p a g e s .

d e P ir a n e s i

reposa

p o u r le s g é n é r a t io n s q u i s u iv ir e n t , la

lo n g t e m p s

su r

l’ im p r e s s io n

g r a n d io s e

p r o d u it e p a r s o n œ u v r e p l u t ô t q u e s u r u n e c o n n a i s s a n c e r a is o n n é o d e s o n
a r t . Il y a q u e l q u e s a n n é e s à p e in e q u e s o n c a r a c t è r e et s o n t a le n t o n t été
s o u m is

à une

m in u tie u s e

a n a ly s e . L es r e p r o d u c t i o n s d e

ses p la n c h e s

e n t r e p r is e s c o n c u r r e m m e n t à P a r is , à L o n d r e s , à B e r lin et à V ie n n e , les
rech erch es d e D o n g h i, d e
l ’a t t e n t io n s u r
fo r tu n e

son

nom

S t u r g is , d e S a m u e l, d e G ie s e c k e , o n t r a m e n é
q u i,

d ’a p p a r t e n ir à l ’ u n e

san s
des

liv r e m a g is t r a l q u e v ie n t d e lu i

ê t r e o u b l i é , n ’ a v a it

g ran d es ép oqu es

de

p o i n t la b o n n e

l ’a r t

it a lie n .

Le

c o n s a c r e r M. I le n r i F o c i l l o n , e n m e tt a n t

e n p le in r e l i e f le s m u lt ip le s a s p e c ts d e c e tt e p h y s i o n o m i e d ’a r t is te , l ’a m is e
d u m ê m e c o u p à sa v é r it a b le p la c e : h o r s d e p a ir . P ir a n e s i n o u s a p p a r a i l , à
u n s iè c le e t d e m i d e d is t a n c e , c o m m e l ’ u n e d e s
n a lité s a r t is tiq u e s q u ’ ait p r o d u it e s l ’ Ita lie.

p lu s é t o n n a n t e s p e r s o n ­

�S’initier à une œuvre aussi complète que la sienne n’est point chose
facile. A l’exemple des grands maîtres de la Renaissance, ses devanciers,
Piranesi est, en son genre, un génie universel. S’il n’a ni construit, ni
sculpté, ni peint, il a pourtant, simple graveur ù l’cau-forte, laissé une
œuvre architecturale, sculpturale, « picturale » unique en son genre.
Archéologue, il s’est assimilé tous les procédés de l’art de bâtir et de
sculpter chez les anciens; il les a décrits, comparés, discutés. Artiste, il
a, dans ce que le temps et les hommes ont épargné des monuments de
Rome et de l’Italie antiques, retrouvé la splendeur originaire des formes
et dégagé la beauté actuelle des ruines. Il s’est créé, pour en rendre les
lignes, le relief et la couleur, un procédé personnel d’une puissance
extraordinaire : l’eau-forte piranésienne, dont il a su tirer un merveilleux
parti. Non content d’évoquer et (l’interpréter, il a lui-mômc créé d’imagi­
nation et fait passer sur le cuivre tout un monde d'architèctures fantas­
tiques. Décorateur dans l’âme, il a. de son commerce avec l'art antique,
gardé tout un ensemble de motifs ornementaux dont les ingénieuses
combinaisons, appliquées aux arts du mobilier, ont inauguré le style que'
porte son nom, le « style Piranesi ».
Pour bien comprendre un artiste de cette envergure, pour en parler
comme il convient, il faut un peu plus que des connaissances littéraires
agrémentées de quelque teinture d’histoire de l’art. Posséder à fond la
technique des arts du dessin, ainsi que leur vocabulaire, joindre à la con­
naissance du « métier # celle des écoles et des milieux artistiques, réaliser
dans le domaine historique ce que Piranesi lui-mème fut dans celui des
faits sont les conditions essentielles d’une telle entreprise. Piranesi a
attendu longtemps cet historien idéal, mais il a été merveilleusement
servi en la personne de M. Focillon, dont le livre, à la fois d’un lettré,
d’un savant et d’un artiste, est et restera longtemps le livre fondamental
sur l’illustre chalcographe italien.
Un livre de ce genre ne s’analyse point : il se lit, L’intéret loin d’en être
épuisé par une première lecture, va croissant à mesure que se posent et
s'éclaircissent, dans la mesure où ils peuvent l'être, les multiples problèmes
que soulèvent d’une part la biographie de Piranesi, la formation de son
talent, l’élaboration des différentes parties de son œuvre, de l'autre son
art. M. Focillon s’étend longuement sur les influences qui se sont
partagé l’âme de Piranesi et ont fait de ce Vénitien un enthousiaste de
Rome, de cet architecte un peintre-graveur, de cet archéologue un poète.
Toute la première partie du livre, où sont successivement étudiées les
origines vénitiennes de l’artiste, ses années d'études et de voyage, sa
maturité, sa vieillesse, n’est en réalité pas autre chose que l’histoire intel­
lectuelle de Piranesi, Quelle part revient, dans sa physionnomie d’artiste
et dans son œuvre, au spectacle de la vie vénitienne qui fut celui de son
enfance, aux conseils de ses premiers maîtres, Lucchesi, Scalfarotto, Zucchi,
aux brosseurs de décors des théâtres de Venise, aux héritiers de la tradition
de Palladio, les architectes Lucchesi et Temenga, et plus tard â son

�p
m
o
c atriote le peintre graveur Giambattista Tiepolo ? La liste en est longue ;
ce ne sont encore là pourtant que les maîtres secondaires de Piranesi. Sa
personnalité ne se dégage réellement qu’en présence de Rome et de ses
monuments, au contact de ses artistes, los décorateurs Valeriani, le dessi­
nateur Vasi, le peintre Panini, de ses savants, les antiquaires Nelli et
Ficoroni, de ses amateurs, les cardinaux Albani et Rezzoniço, de scs
éditeurs, Wagner et Ronchard, àe Franccsco Piranesi, fils de Giovanni
liattista, et son digne collaborateur.
Dans l'appréciation des éléments très divers qui ont contribué à la for­
mation artistique du maître, la conjecture joue nécessairement un rôle :
il est difficile d’arriver dans la plupart des cas à der. conclusions positives
et surtout définitives. Au contraire, dans l’appréciation de l’œuvre ellemême, soit considérée dans son milieu, la Rome du dix-huitième siècle
interprétée par les maîtres de la Prospelliva, soit étudiée isolément aux
points de vue de l’invention, de la composition et de l'effet, de la gravure
à l’eau-forte et de son maniement, enfin du style décoratif qui porte le
nom de Piranesi, le critique se retrouve sur un terrain solide. Le chapitre
consacré à l’eau-forte piranésienne — sa supériorité sur la peinture ellemême comme moyen d'interprétation des beautés de Rome antique vues
dons leur cadre moderne, su place particulière eijtre l'eau-forte des
peintres et l'eau-forte des graveurs, sa transformation, étudiée dans les
deux éditions des Carceri, d'eau-forte blonde en eau forte intense, tout
le détail des procédés techniques familiers ù Piranesi, — est d’une préci­
sion et d'une exactitude de détail remarquables.
L'ouvrage se termine par un inventaire détaillé des sources utilisées
par l’auteur, sources auxquelles doit se référer quiconque veut connaître
à fond l'ieuvre de Piranesi. Cet inventaire en appelait naturellement un
autre, l’inventaire de l’œuvre lui-même. Tel est l'objet de 1 lissai de
catalogue raisonné que M. Focillon a publié en même temps que son livre,
catalogue dont 1 introduction nous révèle les difficultés d'exécution, les
obscurités et les incertitudes. Si l’on songe au nombre élevé de planches
gravées par Piranesi, si l’on songe que l'artiste, ses éditeurs et ses colla­
borateurs ont fréquemment retouché tantôt le dessin, tantôt les légendes
des planches, modifié le contenu des recueils, lancé des prospectus ou
rédigé des catalogues en désaccord fréquent les uns avec les autres, on
comprendra combien il est difficile de se retrouver dans le chaos des
éditions et des tirages, et combien un inventaire de ce genre, si scrupuleux
soit-il, a de chances de ne donner que des résultats fort approximatifs.
Tel quel, le catalogue de M. Focillon, avec ses 99 1 n"" répartis en séries, sa
table de concordance du catalogue de la chalcographie piranésienne avec
l'édition originale de chaque recueil, son index alphabétique des sujets
représentés, 11 en constitue pas moins un élément d information des plus
utiles aux historiens de la gravure et aux collectionneurs.

�Guido Bustico. Bibliografia d i V ittorio A lfi r i, 1911-1917.
p ., • i n - 8". —

—

A l e s s a n d r i a , G a z z o tt i,

d i V ittorio A lfie r i. —
A l e s s a n d r i a , G a z z o t t i, 1 9 1 8 ; 1 0 p ., i n - 8‘ ( E x t r a i t s d e l a R ivista di S toria, A rle,
A rch eo t. p er la p rov. U’A tessa n d ria , X X V I * et X X V I I - a n n é e s ) .
1917;

16

II p rim o « Intoppo am oroso »

N'ous»devons à M. G. Bustico une précieuse B ib l io g ra fia d i V it to r io

1908. Avec un soin
méritoire, l ’auteur a publié déjà deux suppléments à ce répertoire, le
premier à Domodossola en 1911 , le second indiqué en tôle de ces lignes.
Cette simple énonciation comporte déjà un regret, dont nous ne voulons
pas exagérer l ’importance : c ’est que ces publications soient un peu
trop dispersées ; il est malaisé de les réunir, pour le travailleur qui n ’en
reçoit pas de l ’auteur lui-même les fascicules successifs. Nous souhaitons
sincèrement que M. Guido Bustico réunisse, en un volume largement
mis dans le commerce, les résultats, bien classés, de sa patiente enquête,
lorsqu’il estimera que celle-ci est suffisamment complète. Car, en 1908,
celle-ci ne l ’était pas encore. Cela ressort clairement du fait que le der­
nier. supplément, comme le précédent, ni* renferme pas seulement les
titres d ’ouvrages ou articles parus de 1911 à 1917 , mais encore ceux de
travaux bien antérieurs, de 1900, j 88 o , 1820 et jusqui’ft 1793, omis pré­
cédemment. Quelques-unes des publications d ’ofi sont tirées ces indica­
tions attardées sont aussi connues que l ’A t e n e o V e n e to , les œuvre» 'le
Carducci, et une R iv is ta d r a m m a t ic a, ce qui prouve bien que l&lt;;s pre­
miers essais publiés par l’auteur ne reposaient pas sur des dépouille­
ments assez étendu«/
Lorsqu’il réunira, fondra et classera toutes ces notes, M. G. Bustico
fera bien, de contrôler sévèrement la rnrreclion typographique.dos titres,
surtout de ceux qui sont en français, anglais ou allemand ; les Mémoires
d e l ’Académie de D ijon , par exemple, sont à peine reconnaissables (p. 9
du tirage à part) ; parmi les noms d ’auteurs, lire Gauthiez (Pierre) ;
Pellizzari (A) ; l ’article cité de G. Surra se lit au tome LXÏV du Giorn.
Storico 1délia lelleral. ■liai., elc... En mettant sur pied ce supplément,
M. (i. Bustico n ’avait pas encore eu connaissance de l’article de P. Sirven
sur la Rosm unda d ’Alfiéri, dans le Bulletin italien de 1910, p. i5i.
L ’autre article (pie nous signalons renferme un document d'une réelle
importance : c'est une lettre d ’Alfieri, datée de Londres le 10 janvier
7771, à Sabatier de Castres; celle lettre, qui se trouve être la plus
ancienne que nous ayons conservée d ’Alfieri, renferme sur la politique
du temps diverses appréciations qui mériteraient d ’étre commentées avec
soin : puis, pour finir, le ‘futur poète parle en ces termes d ’une aventure
amoureuse : « J’ai eu à La Haye une- espèce d ’intrigue fort plate derniè­
rement, avec une dame ; et comme elle n ’entendait point l’italien et
que je l ’aimais fort peu, j ’ai risqué, de lui faire un sonnet qui, sans
vanité, a été trouvé excellent..... » (suit h' texte du sonnet, fort médiocre,
et inédit comme la lettre). M. G. Bustico a facilement reconnu dans cet
A lfie r i, dont la seconde édition a paru à Salô, en

�amour hollandais le premier « intoppo amoroso » dont parle la Vie du
célèbre poète d ’Asti ; mais il saule à tous les yeux que les termes de la
lettre ne coïncident aucunement avec le récit de la Vie ; c'est une nou­
velle raison d ’affirmer que celte si curieuse autobiographie respecte peu
la vérité historique. Le document est donc des plus intéressant^» ; mais
on voudrait en voir l ’authenticité plus formellement établie. En outra,
il serait sans doute possible de le déchiffrer de façon plus-complète et de
le publier plus correctement ; mais il faut remercier M. Guido Bustico
de l ’avoir fait connaître.
II.
Eugène Bouvy. Alfieri, Monh, Foscolo. La poésie patriotique en Italie de 1789 à
1815. — Bordeaux, 1918 ; in-8", 50 pages (Extrait du Bulletin Italien, t. XVIII).
On n ’attend pas ici une approbation de cette brochure de M. li. Bouvy ;
elle serait inévitablement suspecte de partialité. Mais on nous pardon­
nera de signaler du moins cet échq de leçons faites sur la littérature
italienne à (’ Université de Bordeaux, pour regretter que cet enseigne­
ment n ’y soit pas maintenu, sous prétexte que le maître qui l ’avait
inauguré si heureusement h porté son activité ailleurs. Nous espérons
que les autorités universitaires de Bordeaux se préoccupent de renouer
au plus tôt le fil interrompit du cours de littérature italienne. D ’autre
part, nous croyons pouvoir indiquer que cette étude sur Alfieri, Monti
et Foscolo, considérés comme interprètes du sentiment national, n ’est
qu ’une partie des leçons faites sur les rives de la.'Garonne ; il y aura
une suite, et nous espérons (pie nos lecteurs la verront d’ ici peu.
%

Andréa Sorrentino. La poesia filosofica del secolo XIX ddl l.eopardi al Carducci. —
Messina, G. Principato; in-16, 46 pages; 1918;
L ’auteur de cette dissertation m'a lait l’honneur de me la dédier,
après deux ou trois lettres échangées avec moi, sans qu’il me soit pos­
sible de me reconnaître la moindre responsabilité' dans les idées qui y
sont développées. Si M. A. Sorrentino m ’avait soumis son étude avant
de l ’imprimer, je lui aurais IonI. au moins conseillé d'en changer le
titre ; car il n ’y 'fait aucunement l ’histoire de la poésie philosophique
italienne au xix° siècle, &lt;ie qui eûl été une lAche considérable el fort
alléchante. 11 y propose plutôt une définition nouvelle du .romantisme,
q u ’il considère comme synonyme d ’inspiration moderne, ou simple­
ment de « sérieuse originalité »,' c i dont le point culminant lui paraît
être la GineMra de Léopardi. Considérée îi un autre point de vue, cette
brochure renferme un parallèle, inattendu, entre Lcopardi et G. Car­
ducci — car d’autres poètes, Il n ’est pas ici question. — La ressemblance
entre eux se liorne ¡1 ceci, que Lcopardi et Carduoci ont ciffermé dans
une forme classique une pensée moderne, originale, le premier étant

�« le poète philosophe de la vie humaine. », le second « le poète philo­
sophe de l’histoire ». Il n'y avait pas d'inconvénient à dire ces choses,
mais 011 ne distingue pas liés nettement les avantages qu ’il y avait à
les dire ; on réduisant le talent, le génie, l ’inspiration à des formules
très larges, il n ’y a pas doux grands poètes qu'on ne puisse comparer
1 un à l ’autre, par la seule raison qu ’ils soni grands poêtes.
H e n ri H a u v ette.

Giuseppe Giusti. Prose e poesie scelte e illustrate da Ernesto Marinoni con proe­
mio di Michele Scherillo. — Milan, U. Hoepli, 1918, in-12 de x lv iu - 4 8 9 pages.
En attendant l ’édition complète, définitive tomme texte, qu'attendent
toujours les œuvres de Giusti, les anthologies de cet original écrivain
se succèdent à des intervalles peu éloignés, les dernières en date béné­
ficiant de tout le travail critique antérieur. C ’esl le cas du volume des
’ Prose et poesie scelle que vient,de publier M. Ernesto Marinoni.
Un quart environ d ’extraits en prose, trois quarts de poésies : voilà
l’économie générale du recueil. En fait de prose, la correspondance four­
nit. naturellement le plus gros appoint : morceaux simplement humo­
ristiques, dissertations sur la langue, sur la littérature, sur la politique,
sans oublier quelques-uns des savoureux commentaires sur les proverbes
toscans. En fait de poésie, toutes les pièces célèbres, depuis la G higliottina
a vapore jusqu’à S ant’ A m brogio, sont dans le recueil, qui laisse inten­
tionnellement de côté les pièces sentimentales, mais renferme d ’intéres­
sans fragments d ’œuvres dramatiques de jeunesse, comme les Discorsi
che corrono et les Piaghe del giorno.
, /
Le commentaire, des plus sobres en ce qui concerne les fragments en
prose, se borne à quelques lignes d 'introduction placées en tete des mor­
ceaux. Les poésies sont, au contraire, suivies d ’une notice développée,
occupant parfois cinq ou six pages en petits caractères, sur les origines
de la pièce, son titre, son sens général, ses destinées, les critiques ou les
éclaircissements auxquels elle a donné lieu, enfin sa métrique. D’annota­
tions littérales, soit philologiques, soit historiques, il n ’en est point
question. L ’auteur -suppose son lecteur suffisamment familiarisé avec
les particularités de la langue toscane et les gerghi dont abondent non
seulement l 'tipistolario, mais l ’ensemble des œuvres de Giusti. Ce com­
mentaire, établi d'après les travaux les plus autorisés, ceux notamment
de Carducci, de Fioretto, de Biagi, de Puccianti, de Guastalla et de Carli,
est plein d ’observations intéressantes et constitue une illustration des
plus utiles.
Une notice sur Giusti, comme homme, comme poète, comme patriote
et comme écrivain politique, a sa place marquée en téte d ’un semblable
recueil. Brève sans sécheresse, littéraire sans prétention, érudite sans
pédantisme, celle de M. Marinoni s ’efforce de dégager et dégage réelle­
ment les traits essentiels de la figure de Giusti. Une préface humoristiq
u
e

�eie M. Scherillo fait revivre le poète à certains moments caractéplusieurs personnages peu coi mus du grand public qui influèrent gran­
dement sur lui : Luisa Maumary, la bonne « tante Louise », Vittorina
Manzoni, fille de l ’auteur df's Fiancés, Rista Giorgini, époux de Vitto­
rina, Ludovico Trotti... Tout ce « piccolo mondo antico », disparu et
oublié, reprend vie et s ’éclaire d'un jour nouveau dans le sillon lumi­
neux laissé derrière lui par le poète des Scherzi.
Eugène Bouvy.
L. Gennari. Antonio Fogazzaro ; avec une préface ile M. Henri Cochin. Paris, 1918,
in-16".
Du même : Poesia di fede e Pensieri di vittoria, note di letteratura
francese nuovissima. Milan, 1917 ; in-16".
/
L. Tonelli. Lo spirito francese contemporaneo. Milan, 1917, in-16".
Nous aurions voulu rendre compte plus longuement des deux volumes
de M. L. Gennari, Italien pourvu d ’une solide culture française, qui*
écrit dans notre langue aussi aisément que dans la sienne, et qui se
présente donc comme un intermédiaire particulièrement utile ent re la
jeunesse intellectuelle des deux pays, lin scrupule nous arrête. Dans
l'introduction, à peu près identique, de ses deux volumes, l'un en
italien, l'autre en français, l'auteur expose, relativement aux problèmes
religieux du temps présent, des théories qu ’il nous est entièrement
impossible d ’accepter, et il nous déplaît d ’entrer en polémique avec
un homme dont nous respectons les convictions, et-en qui nous voyons
un coopéraient précieux dans l'œuvre de rapprochement et de frater­
nité entre Italiens et Français. Je me bornerai donc à remarquer que
M. Henry Cochin, dans la préface très bienveillante qu ’il a écrite poni­
le volume sur A. Fogazzaro, n ’a pu s'empêcher de faire des réserves'
sur l ’emploi abusif du mol « humanisme » ¡tour signifier le culte de
l ’homme, origine, selon M. Gennari, de toutes les perversions. L ’huma­
nisme, au sens propre du mot, a été une trop grande phase du déve­
loppement di' notre civilisation pour qu ’il soit permis d’en faire le nom
d ’une espèce di' bète ile l 'Apocalypse.
J’ajoute que la doctrine absolue qu ’expose l'auteur le prépare mal
au métier de critique littéraire. Pour abonder la personnalité charmante
de Fogazzaro et son délicat talent de poète et de romancier, il fau­
drait un esprit plus souple, plus conciliant, plus capable de sympathie
pour des idées qu’il ne partage pas. M. Gennari ne s’est visiblement
pas intéressé, comme il convieni, au douloureux c o n f l i t e n Ire la foi et
un idéal plus moderne, qui constitue le fond même de la pensée et de
la sensibilité du romancier de Vicence.
Enfin je remarque une étrange similitude entre les idées ile M. Gen­
nari et celles d'un autre jeune Italien, M. I,.'Tonelli, un brave soldat,
de la grande guerre, dans son livre sur « Ix&gt; spirito 'francese contemp
o
ra
n
c
o

�». Ce dernier se place plutôt au point de vue politique que
religieux ; niais il estime que la France a été empoisonné par la révo­
lution, par le romantisme, par le culte de la science, par le natura­
lisme, par le suffrage universel et par le socialisme ; elle s ’est grisée
de liberté, et elle a failli en mourir. Un seul remède pour elle : revenir
aux sacro-saintes « traditions », restaurer le bon vieux régime d ’avant
1789. M. Tonelli verse des larmes de tendresse quand il pense aux
vertus qui ont fait la grandeur de. la France en ces temps heureux —
on voit bien qu ’il n ’y a pas vécu! Inutile de souligner l ’absurdité de
cette thèse — pour ne pas dire son inconvenance — au moment où,
dans l ’effroyable conflit européen, la France a été constamment au
cœur de la mêlée, avec un»' abnégation et.un esprit de sacrifice auquel
le monde entier rend hommage, pour défendre et faire triompher la
liberté des peuples, l’individualisme des nations, l’ idéal démocratique,
contre les représentants forcenés du principe d ’autorité, qui se propo­
saient d ’unifier tous les peuples et de les discipliner, au nom d ’on ne
sait quel droit divin.
Il ressort clairement de ces deux exemples que si, trop souvent, les
Français jugent fort mal l ’Italie, faute de la bien connaître, il arrive 1
aussi aux Italiens, même les mieux préparés, et les plus sympathiques
à la, France, de la comprendre tout de travers. Nous pouvons tous tirer
de ce fait une leçon de "modestie et de prudence. Gardons-nous surtout
de ces grandes généralisations qui séduisent des esprits systématiques ;
l ’adaptation de solutions tranchantes à certains problèmes d ’histoire et
de psychologie des peuples est un des exercices les plus périlleux aux­
quels puisse se livrer un critique, d ’ailleurs intelligent et bien inten­
tionné.
H enri H au vette.

Giulio Cappuccini. Vocabolario délla lingua italiana. — Turin, Paravia, 1916;
ui-1822 pp.

8",

Voici un nouveau dictionnaire qui prendra place avec honneur Auprès
de ceux, familiers h tous les amis de la langue italienne, de Fanfani,
d e. Bigutini cl de Petrocchi. Celui-ci a sa physionomie particulière, qui
lui donne une valeur toute spéciale, et que je voudrais essayer de définir
brièvement en commençant par signaler ce qu ’il me paraît donner un
peu moins bien. La place de l ’accent tonique et la valeur phonétique
de certaines voyelles et consonnes n ’v sont pas indiquées avec toute
l ’évidence désirable : les accents sont bien marqués au mot, en carac­
tères gras", qui sert de rubrique h chaque article ; mais ils ne le sont
pas dans les exemples contenus dans le corps«des articles ; mêmes obser­
vations pour les &lt;*&gt;, i\ é, è, avec une aggravation pour tous les mots du
type fiera : on lit entre parenthèses (fiéra). Qu’est-ce à dire!* Les deux
prononciations sont apparemment admises par l ’auteur ; mais n ’y a-t-il

�pas mi « meilleur usage » à recommander (i) ? On regrette de ne trouver
aucun éclaircissement sur ce point dans les « Avvertenze » initiales.—
Pour las verbes, l ’accentuation de la forme forte sdrucciola devrait ótre
indiquée à côté de l ’inflnitïf : dccupa, k côté de o c cu p a r e; dans le corps
de l ’article, dccupa' est accentué une fois, niais non dans les exemples
suivants ; il y aurait eu intérêt à marquer l ’accent dans les formes invio,
invia. Il faut lire jusqu’au dernier mot les articles educare, im itare,
m igliorare, peggiorare, pour avoir connaissance de l ’accentuation
èduca, imita, m ig lioro, p ig g io r o ; c ’est peut-être un peu loin. Les très
intéressantes remarques phonétiques contenues à l ’article S ne dispen­
saient pas de marquer la valeur sonore de cette consonne dans les mots
où elle l ’a sans conteste, comme dans risma et dans les mots en ismo.
Au reste, même, sur ce point, où certaines lacunes m ’ont frappé, le
nouveau, dictionnaire présente un grand avantage: il signale l ’usage
toscan ; mais, son auteur n ’étant pas lui-même toscan, il ne l'impose
pas ; il donne ainsi des renseignements utiles, que l ’on chercherait en
vain chez Petrocchi ; cette, réaction contre un toscan isme exclusif est
salutaire, et elle répond à la tendance actuelle de la langue italienne.
Elle est particulièrement précieuse dans les indications données sur le
sens et sur la valeur des mois. A cet égard, les exemples, assez nom­
breux, sans l ’être trop, et tous empruntés, non aux auteurs, mais h la
langue usuelle, sont très bien choisis, et i ls ' sont complétés par des
définitions très soignées, souvent assez développées, et renfermant
d ’utiles observations sur les prétendus synonymes. Je cite, à titre
d ’exemple, le court article Faccendone ; il est caractéristique : « Chi fa
e strafffa s’affanna anche senza conclùder nulla. K più molesto che
cattivo. Cfr. Affannone, Ceccosuda. » peut-être certaines définitions sontelles un peu verbeuses ; était-il nécessaire, par exemple, de consacrer
trois lignes ?i définir in d iretto? Parfois ces explications un peu longues
impliquent une erreur ; définir bistrattare en ces termes : « tirar di qua
e di lii, senza garbo », c ’est,laisser entendre qu ’on accorde fi bis le sens
de « deux fois » (voir aussi bislungo, bistorto), alors que cette particule
n ’avait, en composition, dans l&lt;;s mois populaires, qu ’une valeur péjo­
rative (comparer barlum e, fr. berlue ; l ’erreur est précisée il l ’article
bar) ; il suffisait donc d ’interpréter bistrattare par maltrattare, ce qui
est fait à la troisième ligne de l ’article.
lin autre grand avantage que présente le nouveau dictionnaire est,
que son auteur, ne se plaçant pas au point de vue d ’un purisme étroit,
accueille bon nombre de néologismes que l ’usage consacre de plus en
plus, puisque aussi bien ils sont nécessaires ; leur emploi est d ’ailleurs
entouré des réserves et des avertissements indispensables. Beaucoup de
ces néologismes se trouvent seulement dans les « Aggiunte o correzioni »,
(1) En d’autre« cas, M. G. Cappuccini opte nettement; par exemple pour le mot
Sènza, que Petrocchi enregistre d'abord sous la forme sènza.

�ceux particulièrement qui se rapportent à la guerre — comme aeroplano,
acrodrom o, idrovolante, ele... Je ne crois pas que filovia s'emploie seule­
ment pour fùnicolare ou pour teleferica ; je l’ai entendu appliqué à
des voitures électriques qui marchent avec un trolley appliqué à un fil
aérien , mais sans rail.
Ces remarques, et toutes celles qu ’il serait facile d ’ajouter, ne donnent
aucune idée du très vif intérêt et du grand profit avec lesquels on
consulte ce nouveau et excellent dictionnaire, fruit d’un long labeur et
‘ des méditations assidues d ’un linguiste de bon sens et de bon gout.
H enri H au vette.

V. Delfolie. Dictionnaire militaire italien-français et français-italien à l’usage des
armées française et italienne. — Vicence, G. Rossi, 1918, 2 petits volumes.
(c L ’Italien est une langue facile », entend-on dire couramment.
a lin quinze jours, je veux savoir l ’italien, en un mois le parler »,
ont dit certains officiers français, en arrivant à Vérone ou à Castelfranco
Veneto. Et, en effet, au bout de peu de temps, la plupart des militaires
français de l ’armée d'Italie lisaient le Gazzellino ou le Carrière della
Se ra, ou tout au moins, dans les journaux, les informations d ’agence
.écrites dans cette langue composite qui, sauf les terminaisons et Cer­
taines formes grammaticales, est un compromis entre les deux langues
latines.
Les difficultés, comme toujours, venaient ensuite, quand on avait h
lire ou ?i traduire un texte vraiment italien. Je me rappelle l'embarras
de certains (levant : qu esto et codesto com ando, devant sen onch è, previ
accordi con ... ou pregasi dore assiciimziune. Pour le vocabulaire luimême, que de mois usuels dont les équivalents français et italiens sont
diamétralement opposés! Veut-on des exemples? Voici, au hasard :
A ppu ntato pour soldat de première classe ; barbazzale pour gourmette ;
bossolo pour douille ; cancello pour grille ; crusca pour son ; erba
spagna pour luzerne ; esonèro pour sursis ; fon d ello pour culot d ’obus ;
m adrevite pour écrou'; scheda pour fiche ; spranga pour barre...
Aussi faut-il louer M. V. Delfolie d’avoir pris la peine, et su trouver
le temps de publier, h l ’usage des militaires français en Italie e! des
militaires italiens en France, un dictionnaire militaire qui facilitera la
tâche des traducteurs et servira plus tard de témoin pour l'histoire de
l ’une et de l ’autre langue.
Il
faut remarquer, en effet, qu'une lionne partie des mois recueillis par
M. Delfolie ne se trouvaient dans aucun dictionnaire. La guerre a donné
naissance ii de nouveaux mots de forma lion savante et h une foule d ’ex­
pressions techniques qui peuvent paraître barbares, comme « déclencher
un tir », « coller au barrage », « décalage de l ’heure », mais qui, étant
commodes, sont maintenant couramment admises. Ces termes employés
d ’abord en France, ont été le plus souvent introduits dans la langue

�italienne sous la fo r m e de traductions littérales, Le double voca b u la ire
examiné ici donne les équivalents de ces mots dans les deux langues.
On remarquera notamment le soin avec lequel l'auteur a ¿numéro les
différentes espèces do tir, dé routes, de. véhicules...
Évidemment op trouvera, tant dans la partie « italien-français » q,lC
dans la partie « francese-italiano » des termes qui n ’ont rien de spécia­
lement militaire, - comme : inhérent, inspecteur, intrigue, sillon, stalle,
veille, oursin. Mais y a-t-il une langue militaire? La pratique dos docu­
ments, et des textes militaires et l ’obligaton de les traduire amènent «Y
des incursions dans tous les domaines même les plus techniques : lan­
gage du droit, des .sciences, de l'industrie et des métiers. Certains pour­
ront. etre heureux de. trouver une traduction appropriée de quelquesunes de ces expressions spéciales.
Le grand mérite du travail de M. Delfolie est, avec sa simplicité (une
simplicité peut-être excessive, qui ne permet pas de donner certaines
nuances de sens), son-caractère pratique. Il est le fruit do l ’expérience,
ayant été conçu et réalisé par quelqu’un qui a eu
examiner et ?» peser
les expressions dont il a donné la traduction. L ’auteur lui-même ne
prétend pas avoir du. premier coup réalisé une œuvre parfaite. On l e u r ­
rait, en effet, relever quelques omissions et quelques lacunes. Il est
regrettable, par exemple, que pour des mots comme riccio et v o m ero ",
on ne, trouve pas avant « oursin » et, « bêche de crosse » le sens originel
de hérisson et de soc. Il est, regrettable qu ’au mot polvere on trouve
seulement la traduction de « poudre » et pas celle de poussière. Des
équivalents plus exacts auraient pu être trouvés également pour Vescovo
cas tre nse (évêque des camps — grand aumônier), pour richiesta di
trasporto (qui n ’est pas tout à fait un « ordre de transport ») pour trapelo
(qui n ’est pas un poste, mais un animal de renfort), pour duce (qui est
bien une expression littéraire, mais qui signifie général et jamais
« duc »).
Mais ce sont là de légères imperfections quii n ’enlèvent rien au mérite
et à l ’utilité des deux opuscules ; ils disparaîtront dans la deuxième
édition, qui est déjà en préparation. ’
HenRY BE
D
A
R
iD A .
Gino Galletti. Nel Montamiata, Saggio di letteratura popolare. — Citt
i Castello,
S. Lapi, in-16, 1913.
Du meme. Uni, costumi, superstizioni e canti nèl Montamiata. (Extrait do la Ras—
segna nazionale, 1" avril 1918).
Le Monte Amiata, (pii s ’élève à environ dix-sept cents mètres d ’alti­
tude, à l ’extrémité de la Maremme Toscane, était connu jusqu’ici des
gens cultivés presque exclusivement par ce qu ’on dit Giacomo Barzellotti,
dans son livre intéressant et bien accueilli, dédié à David Lazzaretti —
le charretier-prophète qui, en plein xix° siècle, suscita autour de sa per­
sonne un mouvement d ’exaltation religieuse digne du Moyen âge.

�M. G. Gallotti, déjà c o n n u par d ’autres travaux sur la littérature popu­
laire, s ’est proposé d ’étudier dans le présent ouvrage (dont l ’opuscule
plus récent n ’est que le complément) l 'Ame des populations qui habi­
tent cette région si intéressante et si caractéristique de notre Maremme,
h travers les chants, les légendes, les traditions qu ’il a pu encore
recueillir de la bouche meme des habitants de cette terre « pareille, à
l ’épaisse chevelure en désordre d'une vierge ». Kt il a 'fait un travail
non seulement utile pour les études de folklore, mais qui se lit avec un
très vif plaisir.
M. Gallelli écrit généralement avec une élégante vivacité, et réussit !&gt;
faire partager l'intérêt qu'il prend à ces manifestations ingénues de
l'âme populaire, soit qu ’il s'attarde à décrire les usagés bizarres de ces
populations, soit qu ’il écoute, d ’ une âme émue, « le chant d'amour
dont l ’écho résonne dans la paix de la montagne et de la forêt ». Par
petits chapitres. alertes cl vifs, l’auteur nous décrit la sauvage beauté do
la Maremme, à l ’arrière-plan de laquelle s ’élève l ’Amiata dans toute sa
majesté ; il représente la vie de ses robustes habitants avec leurs
croyances et leurs superstitions encore ingénues ; il nous conte les
légendes fleuries à l ’ombre des châtaigniers séculaires, et nous fait suivre
les troupes de jeunes filles chantant leurs st o r n e lli parmi les forêts, en
automne.. De ces s t o n e lli qui onl au moins .à défaut d ’autre mérite —
la fraîcheur native particulière à ce genre de compositions, M. Gallotti
recueille un certain nombre, en confrontant souvent leurs motifs fon­
damentaux avec d’autres, pris à des pays voisins, el en illustrant leur
origine et leur sens.
Quelques petites observations qu ’on pourrait faire &lt;;à et là (ainsi par­
fois une certaine redondance, alors qu ’une sobriété plus énergique n ’au­
rait peut-étre pas nui ; ou de la répugnance à utiliser certains travaux) (i)
n ’ôtent rien à la valeur de ce petit livre qui, sans prétentions excessives,
sait concilier deux mérites qu ’on ne trouve pas si souvent réunis dans
un même ouvrage : celui d ’être utile. — comme contribution aux études
sur le folklore de la Maremme toscane — et celui de se faire lire avec
plaisir, d’ un bout à l ’autre.
CARLO

P E L L E G R IN I

(1) L’auteur mirait pu rappeler au moins l’étude d’EuR. I.ajjaresclii. Un couladino poêla, (liovan Domcnico Péri dArcidos'o. Uoma-I.ucca, 1911.

�Chronique

Nécrologie. — Nous avons déjà signalé ici (p. 61) la mort du professeur
Egidio G o r r a , à propos du changement survenu dans la direction du
Giornale Storico della Letteratura italiana, il y a lieu de revenir sur la
carrière féconde et brillante de ce romaniste, brusquement enlevé, en
pleine force, à son enseignement et à scs travaux. Il ôtai* né à Parme le
i "j u i n 1861 ; élève de l'institut technique de Plaisance, il dut, pour
suivre le penchant qui l’entrainait vers les études littéraires, apprendre
après coup le latin et le grec el passer sa licence lycéale ; puis il étudia a
L'université de Turin et à Florence, et se soumit à un immense labeur
pour satisfaire sa curiosité, qui l’entraînait dans des directions assez
différentes; il en résulta peut-être un peu de dispersion, qui l’a empêché
dé laisser une œuvre maitresse, à laquelle sou nom soit durablement atta­
ché. Il a traduit du danois l’ouvrage de G. Nyrop sur l’épopée française
au Moyen-Age ( 1886), et de l’allemand celui de Bassermann « Sur les
traces de Dante en Italie » ( 1902) ; ses travaux dans le domaine de la lin­
guistique el do la dialectologie sont fort estimés. A propos d’un drame
de l'r. Schlegel ( 1896), il a composé un essai fort intéressant de littérature
comparée; il a publié des textes italiens (il Fiore, 1888; Testi inediti di
storia trioana, 1887; et espagnols (Lingua e letteral, spagnuola delle origini,
1898) ; enfin il a cultivé la critique,dantesque avec distinction. Professeur
do langues el littératures néo-latines à l’Üniversitê de Pavie pendant
dix-huit ans, il fut appelé en 1915 à Turin, où il recueillit la succession
de li. Renier, tant dans sa chaire qu’à la tète du Giornale Storico. Peut-être
allait-il trouver là, comme son prédécesseur, l’occasion d’exercer sur les
éludes littéraires en Italie une action durable, une influence plus étendue
(jue celle'qu’ un professeur peut communément exercer dans la salle de
ses cours, lorsqu'il fut emporté, après quelques jours seulement de
maladie, le 27 août 1918. Tant de labeur, tant de promesses n’ont donc
pas produit tout ce qu’on en pouvait attendre; mais Egidio Gorra n’en
demeure pas moins un des maîtres qui ont le plus honoré l’activité
scientifique des universités italiennes, dans le domaine des études
romanes.
La mort vient de faire un autre vide parmi les romanistes italiens,
dans la personne de Paolo S a v j-L op ez, de l’ Université de Pavie. lin janvier
1917 , il était venu s’établir à Paris pour y fonder un Instituto italiano.

1

1

�qui, en attendant d'être un établissement d’enseignement supérieur,
s'adapta aux besoins de la propagande italienne pendant la guerre. Nous
n’oublierons pas l’aide dévouée qu’il apporta à l’œuvre de notre Union
intellectuelle franco-italienne : ç’est grâce à sa ténacité qu’ont été orga­
nisés les premiers échanges de professeurs d’enseignement secondaire
entre la France et l'Italie, et les fonds dont il disposait lui ont permis de
nous remettre le montant de plusieurs bourses pour envoyer quelquesuns de nos étudiants en Italie, et des crédits pour développer les biblio­
thèques de livres italiens dans nos lycées. Sa santé depuis longtemps
ébranlée n’a pas résisté au surmenage qu’il s’était imposé ; lorsqu’il nous
a quittés, ap début de février 1919, il avait conscience qu’il ne reviendrait
plus : ses forces étaient épuisées. Il est mort à Naples, peu de jours après
y être arrivé. Son œuvre de philologue est importante; son action comme
« agent de liaison » entre l'Italie et la France a absorbé l’activité de ses
dernières années. A ce double litre son souvenir sera conservé par tous
ceux qui ont eu l’occasion de le connaître et de l’apprécier.
— Nous sommes heureux d’annoncer la constitution à Rome, par un
groupe d’historiens apparentés à la Nuova Rivista Storica et à l’office
historique du ministère de la guerre, d’un « Institut bibliographique
italien ». MM. Anzilotti, Palmarocchi et Prezzolini, connus en France
par des travaux de nature diverse, veulent, au moyen de cet Institut,
rendre service aux Français et aux Italiens désireux de connaître la biblio­
graphie de tel ou tel sujet, de se procurer des livres et brochures rares, et
même d’acheter, dans les meilleures conditions, les livres récemment
parus1.
M. Papini, qui 'vient de fonder à Florence une nouvelle revue, La
Vraie Italie, rédigée en français et destinée à servir d’ « organe de liaison
intellectuelle entre l’Italie et les autres pays » »’offre également à servir
d’intermédiaire bibliographique, si l’on peut ainsi parler, entre les cher­
cheurs de toutes nations*.
Nous ne pouvons que souhaiter bonne chance ¡[aux deux entre­
prises.
— Sous le nom d'Am itié italienne, vient de se constituer à Bruxelles une
association qui a pour but de consolider les liens de sympathie et, de con­
server la tradition des échanges intellectuels avec l’Italie, tout en répan­
dant en Italie la connaissance des efforts de la Belgique en matière artis­
tique, littéraire, industrielle et commerciale.
— Le, Comité'de Conférences « L’E f ort de la France et de ses alliés ;»
a organisé une série de conférences sur « Les grandes figures de L'entente
». dont la troisième a été consacrée à Gabriele d ’Annu nzio. La

1. Actuellement Rome, i3, via Enino Quirino Visconti.
a. Florence 8, via Ricasoli. L'abonnement ¡1 la Vraie Italie est de

6 fr.

�conférence a été faite le 8 novembre 19 18, par M. Lucien Corpechot, à ¡à
Fondation Thiers, sous la présidence de M. Emile Boutroux.
Un écho de cette conférence se lit dans la Revue France du io janvier;

1919, sous le titre : G abriele D ’A n n u nzio et la guerre.
— Bien que ce genre de polémiques ne rentrent pas dans notre pro­
gramme, signalons la Réponse à G àbriele D 'A n nu nzio (Paris, 1919, in -16&gt;
5f&gt; pages), par M. Marcel Boulanger, grand ami et admirateur du poète
italien '
— Le numéro de juillet-août 1918 de l ’organe de l.a Chambre de com­
merce italienne de Paris, La France et le Marché italien, renferme quel­
ques articles dont les titres seuls indiquent l'importance au point (l(l
vue des relations franco-italiennes ; nous signalerons les principaux :
H . L o r i n , L ’Italie et le réseau des chemins de fer interalliés ; — Ed.
H e r r i o t , Pour une ligne de Venise ii Bordeaux ; — S. Piot, L ’émigration
italienne ; :— ( ’&gt;. E. V a l l e l o n g a , La main d ’œuvre italienne en France ;
— G. V . , Les ouvriers italiens et l ’industrie française.
— L ’Académie des Sciences morales et politiques (section royale d*1
Naples), à l ’occasion du sixième centenaire de la mort de Dante, a ouvert
un concours pour un prix de 5.000 lires sur ce sujet : « La Filosofia
pelitica di Dante nel De Monarchia, studiata ¡11 se stessa e nella sue
attinenze cou lo s,volgimento délla filosolia polit ica nel Medio Evo, dai
trattati tomistici « De Regimine Principum » al « Defensor Pacis » di
Marsilio da Padova ». Les mémoires, écrits en italien, latin ou français,
devront être déposés au Secrétariat de l ’Âcadémie, au plus tard le
31 décembre 1920.
— Droits d’auteur . — Une importante réforme des droits d ’auteur
s’accomplit en Italie. Au « domaine public. » est substitué un « domaine
de l 'Etat » ; c ’est-à-dire que lorsque cessent les droits d ’un auteur ou
de scs héritiers sur une œuvre d ’art ou de littérature (le délai en Italie
est actuellement de quatre-vingt ans), ces droits doivent revenir ?i l ’Etat,
qui percevra un tant pour cent sur toutes les reproductions, réimpres­
sions, auditions, représentations, etc... La loi nouvelle aura un effet
rétroactif (-1 s'appliquera à toutes les œuvres dé,¡à tombées dans le
domaine public qui sont protégées par la loi de 1865. On prévoit de ce
fait, un revenu annuel de trois millions de francs au bénéfice de l ’Etat.
Celui-ci les consacrera à l ’encouragement el à la mise en valeur des
oeuvres d ’art et de littérature.

�R eV ue d e s R eV u es

Nous pensons être agréables à nos lecteurs en leur donnant le plus
régulièrem ent possible un relevé des articles rentrant dans le pro­
gram m e des É lu d e s ita lie n n e s , et publiés, soit dans les revues spécia­
lem ent consacrées aux choses italiennes, soit dans les revues géné­
rales, qui s'occupent occasionnellem ent de l ’Italie.
Pour plus de com m odité, et à l ’im itation de ce que font déjà
d excellents périodiques com m e la R iv is t a S t o r ic a I t a lia n a , nous
classerons les articles signalés dans un ordre méthodique.
Nous avons adopté, sous réserve des m odifications que l ’expérience
nous suggérerait, les grandes rubriques et les subdivisions suivantes;
h is t o ir e : i° G é n é r a lité s (b ibliograph ie, archives, institutions, his­
toire du d r o i t ) ;’— a " M o y en -A g e ; ;•— 3" R e n a is s a n c e ; — 4" T e m p s
m o d e r n e s ; — 5" R é v o lu tio n e t R is o r g im e n to ; — 6" E p o q u e c o n te m p o ­
r a in e ; g u e r r e .
L itté ra tu re

:

i”

G é n é r a li t é s ;

3° X IV * s i è c le ; — 4“ R e n a is s a n c e ;

—

a"

O r ig in e s

et D a n t e ;

—

5° X V I I ' et X V I I I ' s i è c le s ; —

G• X I X ' s iè c le ; — 7“ L it té r a t u r e c o n te m p o r a in e .
h is t o ir e de l 'A r t : A : A r t s p la s t iq u e s : 1" G é n é r a lité s ; — a° D e s
o r ig in e s a u X I I I " s i è c le ; — 3“ X I V ' et X V ' s iè c le s ; — 4“ X V I , X V I I ' et
X V I I I ' s i è c le s ; — 5" X I X ' s iè c le c l é p o q u e c o n te m p o r a in e .
15. A r t m u s ic a l.
A ces trois grandes divisions, nous ajoutons une quatrièm e rubrique
pour les questions sociales et économ iques actuelles.
Nous nous bornerons, pour chaque article, à l'indication de l ’auteur
et du titre, sans appréciation, avec un très bref som m aire du contenu
dans le cas seulem ent où le titre ne parlera pas assez clairem ent de
lui-m êm e.
Toujours en vue de la brièveté, le titre de chaque revue sera repré­
senté par un sigle. Nous adopterons le plus possible les sigles déjà
consacrés par l ’usage d’autres périodiques.
Dans chaque num éro, la liste des revues dépouillées et le rappel des
sigles em ployés précéderont le dépouillem ent.

�L IT T É R A T U R E IT A L IE N N E

Périodiques dépouillés
(Fascicules et numéros de 1918 jusqu’à novembre ou décembre.)
/. o Critica, Naples.
GSLI. Giornate storico delia letteratura italiana. Turin.
Ht. Illustrazione italiana. Milan.
Meo. marzocco, Florence.
\
■
N A . Nuova Antologia, Rome.
Rass. Rassegna, Naples.
RELV. Revue de ïEnseignement des langues vivantes. Paris.
RDM. Revue des Deux Mondes, Paris.
RI. Rivista d’Italia, Milan.
Cr.

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Maurice

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Le Tenzoni poetiche nella letteratura italiana della origini.
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Piero Barbara, Per Dante. Meo, 8 septembre 1918.
F . M alaguzzi-Valeri. Un nuovo ritratto di Dante ! [à Rimini] Meo, 5 mai 1918.
N. Zingarelli. I sentimenti e la dottrina di Dante rispetto alla guerra e alla pace.
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Giov. Gentile. La profezia di Dante [sur l'idée impériale et sur la réforme de l’Eglise,
dans la pensée de Dant e . NA, I*1' mai 1918.
Isidoro Del Lungo. La preparazione e la dettatura della Divina Commedia e per
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NA, l * r septembre 1918.
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Salv. Santangelo.

1918.

Lu commedia dei diavoli c la tragedia di Dante (sur le chant XXI
30 septembre 1918.
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Giovanni Livi. La piu antica prava di divulgazione dell' « inferno » dantesco.
NA, l« 1' mars 1918.
Guido Zaccagnini, Un nuovissimo documento su la fortuna di Dante Jn Bologna
(1306). Meo, 8 dèc. 1918.
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P. Buzzi. Ada Negri. RI, 21 août 1918.
G. S. Gargano. Neera. Meo, 28 juillet 1918.
G. Barbadoro. Neera e il Marzocco. Meo, 28 juillet 1918.
Guido Mazzoni. Gli scritti patriottici di Paolo Boselli. NA, 1 " ' avril 1918.
R. Barbiere. Poesia veneziana di guerra, ftl, 31 mai 1918.
Margherita G. Sarfatti. / casi della morte e della piccola vita : Alfredo Panzini.
NA, 1 ,r octobre 1918.
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Fr. Guglielmino. Ardimenti classici e aberrazioni futuristiche. Rass, février 1 9 1 8 .
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Testoni, Adami, Fraccaroli, Moschino, Guglielminetti, F. M. Martini. L. Pirandello), RI»
31 janvier 1918.
Id. [N. Falena, A. Vivanti, H. Di San Secondo, L. Pirandello]. RI, 30 avril 19)8.
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0 Poggio, S. Camasio, 1!. Bracco, N. Martorio, I). Niccodemi], RI, 30 juin 1918.
Lucio d’ Ambra. Rassegna drammatica [sur Fausto Martini, Dario Niccodemi], NA,
16 janvier 1918.
1
Mario Pelaez. L’opera di Ernesto Monaci. NA, 1" juillet 1918.
E. Bignone. Giuseppe Fraccaroli. RI, 30 novembre 19t8.
Janni.

�* lo dico seguitando— n
/
v

(Suite.)1

III
Un des éléments d'intérêt, et non des moindres, que ren­
ferme le poème de Dante, réside dans la description, aussi
vraisemblable, raisonnable et réaliste que possible, d’ un voyage
purement fantastique. Que d’incidents curieux ou saisissants
n’y relève-t-on pas, depuis la traversée du Styx et l’arrivée à
la porte de la cité infernale, le passage du Phlégéthon sur la
croupe du centaure Nessus, l’utilisation d’une digue le long du
même cours d’eau pour franchir la lande embrasée, la des­
cente au huitième cercle sur le dos de Géryon, et au neuvième
dans la main du géant Àntée, les épisodes mouvementés aux­
quels donne lieu la visite des « Malebolge », jusqu’à la marche
sur la glace du Cocyte et au passage d’un hémisphère à l’autre,
le long du corps monstrueux de Lucifer ! La topographie de
toutes ces régions, les visions rapides mais frappantes du
paysage infernal, les obstacles rencontrés, les secours arrivés
à point, les gymnastiques périlleuses ont fourni à Dante une
longue série de motifs, d’où il a tiré des effets d’une variété
surprenante, et qui sont un des attraits caractéristiques de la
poésie de l’ Enfer.
Cet attrait fait totalement défaut dans les chants III à VII.
Nous lisons, au début du chant III, la célèbre inscription gravée
au-dessus de la porte de l’enfer; mais où cette porte est-elle
située? Comment y accède-t-on? Avant d’y arriver, Dante a
simplement dit :
E n t r a i p e r l o c a m m i n o a lt o e s ilv e s t r o (II, 142),

1. Voir ci-dessus, p.65.

�ce qui est vague, tellement vague que certains commentateurs
identifient naturellement ce chemin avec la « Selva oscura »
du début, mais que d’autres l’orientent d’un côté tout diffé­
rent1. La porte est grande ouverte; mais ce détail n’est for­
mellement signalé et expliqué qu’à la fin du chant VIII : lors de
sa descente au Limbe, le Christ avait forcé en cet endroit la
résistance des diables, et depuis lors la porte n’a plus été fer­
m ée’ . C’est une ingénieuse façon de concilier une tradition
chrétienne avec le vers célèbre de Virgile :
N o cte s a t q u e d ie s p a te t a tr i ja n u a D itis (Enéide, V I, 127),

Mais si cette porte est déjà une réminiscence de la « janua
Ditis », il est un peu surprenant qu’on rencontre au chant VIII
la porte de la « Città di Dite », jalousement gardée, celle-là.
Ces deux inventions se complètent, si l’on veut; mais on '
pourrait soutenir aussi qu’elles s’accordent faiblement. La pre­
mière suffisait dans un plan fondé sur le classement des péchés
capitaux; la seconde s’ explique seulement par l’addition d’ une
enceinte nouvelle, renfermant les cercles du « bas enfer ».
Au-delà de la première porte jusqu’au bord de l’Achéron
s’étend une « sombre plaine » (111, 130): aucune autre indica­
tion n’est donnée, ni sur la région habitée par les ombres de
ce vestibule infernal, ni sur le fleuve que Caron fait passer aux
damnés. Dante ne dit meme pas comment il franchit ce pre­
mier obstacle ; nous ne le voyons pas entrer dans la barque:
tout à coup la terre tremble, un éclair rougeâtre déchire la nuit,
et le poète s’évanouit (fin du ch. III); un bruit de tonnerre le
réveille, et il se trouve au bord de l’abîme. C’ est un escamo­
tage* d’autant plus digne de remarque qu’en aucun autre
endroit Dante ne fait intervenir les forces de la nature d’une
façon aussi arbitraire; il s’applique toujours à indiquer la
1. Voir par exemple le commentaire]de F. Torraca (Roma-Milano, Albrighi e
Segati), et les planches dessinées par G. Agnelli (tavola. IV) dans L. Polacco,
Tavole schematiche délla Div. Commedia, (Milan, Hoepli).
2. C. VIII, v. 126; voir encore XIV, 86-87.

�cause du phénomène. Un tremblement de terre a provoqué
l’éboulement de la falaise qui domine le séjour des violents
(c. XII), et la rupture des ponts au dessus de la sixième fosse
du huitième cercle (c. XXI) ; ce tremblement de terre est celui
qui accompagna la mort du Christ et sa descente aux enfers.
Dans le Purgatoire (c. XX), Dante sentira le sol onduler sous
ses pas, mais il expliquera aussitôt ce qui provoque ce tressaille­
ment : un des pénitents de la sainte montagne est délivré, défi­
nitivement admis à la béatitude. Quelles sont, au chant III de
l'Enfer, la cause et la signification de ce tremblement de terre,
et de cet éclair, à la faveur desquels Dante est mystérieusement
transporté d’une rive de l’Achéron à l’autre? Nous ne le saurons
jamais.
Voici les deux poètes au bord de « la douloureuse vallée
d’abîme » ; et Virgile avertit son compagnon qu’ils vont « des­
cendre dans le monde des ténèbres ». Comment s’effectue cette
descente? Sommes-nous en présence dune pente douce ou
d’un précipice? Et, dans ce dernier cas, par quels moyens
Dante, qui traîne avec lui le fardeau de son corps mortel, se
tire-t-il de ce mauvais pas? Ce problème sera maintes fois
résolu, à partir du chant VIII, delà façon la plus ingénieuse et
la plus imprévue; ici la question n'est même pas posée. Virgile,
est-il dit simplement, introduit Dante
Nel p r i m o c e r c h io c h e l ’ a b is s o c i g n e (IV , 2 4 ).

La portion de ce cercle réservée aux grands hommes qui, en
dehors du christianisme, ont manifesté de hautes vertus, est
décrite avec une précision dont plusieurs traits rappellent les
Champs Elysées de Virgile; je n’y reviens pas. Puis la sortie du
Limbe est aussi brièvement indiquée que l a été l’entrée:
C o sí d i s c e si d a l c e r c h io p r i m a i o
G iù n e l s e c o n d o c h e m e n l o c o c i n g h i a ... (V , 1 -2 ).

Le supplice des ;\mes de ce second cercle, décrit avec une
grande force et une admirable poésie, laisse pourtant planer
quelque incertitude sur un détail déjà discuté : le mot ruina, au

�vers 34, semble désigner une particularité topographique;
mais l’expression stimule l’imagination du lecteur plus qu’elle
ne la satisfait. Quant à la descente au troisième cercle, elle
est escamotée comme le passage de l’ Achéron : l’ émotion
qu’éprouve le poète, en écoutant le récit de Francesca, est telle
qu’il s’évanouit; et quand il se réveille il est dans le cercle de
la gourmandise. 11 n’y a cette fois ni éclair ni tonnerre; mais
la répétition du procédé est rendue plus évidente par le mou­
vement identique du dernier vers des chants III et V. Dante ne
commettra plus pareille faute.
La traversée du troisième cercle ne donne lieu à aucune
description de paysage infernal, et la sortie en est simplement
indiquée par ces mots :
V e n i m m o al p u n t o d o v e si d ig r a d a (V I , 1 1 4 );

nous apprenons cependant que les deux voyageurs descendent
une pente rocheuse :
... l o s c e n d c r q u e s ta r o c c ia (V I I, 6 ).

Pour la première fois, à la fin du chant VII, apparaît un
détail topographique précis : les poètes traversent le quatrième
cercle dans sa largeur, jusqu’au bord qui domine le cercle sui­
vant :
N oi r i c i d e m m o l o c e r c h i o a il' a ltra r iv a (V II , 10 0).

Là se trouve une source bouillonnante, dont les flots noirs
se déversent par une sorte de fossé dans la région inférieure,
et les poètes suivent le chemin que s’ est ainsi frayé le torrent,
jusqu’au marais que ses eaux forment ensuite ; puis ils con­
tournent une partie de ce marécage circulaire — le Styx —
dont ils longent le bord extérieur, et ils arrivent enfin au pied
d’ une tour. On distingue donc ici, chez Dante, l’intention,
encore timide, mais positive, d’adopter une nouvelle méthode
descriptive.
Cette intention s'affirme avec éclat dès les chants VIII et IX,
où les incidents du voyage occupent tout à coup la plus large
place. Nous apprenons aussitôt, en effet, qu’au sommet de la

�tour s’allument deux torches1, et qu’en réponse à ce signal un
feu apparaît sur l'autre rive du Styx, « si loin que l’œil a peine
à le distinguer ». C’ est la première fois que Dante fournit à
l’imagination du lecteur une donnée qui permette d’apprécier
les distances et de concevoir les dimensions du paysage —
donnée très vague sans doute, mais pourtant suggestive, car
elle oblige à se représenter de très vastes horizons : dans la
nuit un feu se voit de loin! Jusqu’alors le cadre du récit
risquait d’apparaître trop étroit : le poète s’était borné à
remarquer que les cercles sont graduellement d’ un plus petit
diamètre (V. 2); pas une fois il n’avait suggéré une vision de
grandes proportions2. Mais ici, tout à coup, on découvre des
perspectives immenses; l’imagination du poète lui-même paraît
s’être brusquement élargie et comme transformée.
Après nous avoir fait apercevoir ces lointains encore
insoupçonnés, Dante multiplie les détails précis. Une barque
s’avance, rapide comme une flèche, montée par un seul
nautonnier; c’ est Phlégias, auquel Virgile adresse quelques
mots qui apaisent la rage inutile du démon. Dante monte alors
dans le léger esquif, et celui-ci, alourdi par la présence insolite
d’un vivant, enfonce plus qu’ il ne le fait jamais. Ce détail com­
plète l’imitation de Virgile que le poète avait tronquée dans
l'épisode de Caron, lorsqu’ il avait passé sous silence la traversée
de l’Achéron ; en même temps, il fournit un prétexte ingénieux
à l’ intervention de Filippo Argenti; car si le damné ne voyait
pas la barque avancer péniblement, immergée jusqu'au bord,
1. Ce détail n’avait pas été envisagé avi moment où le poète terminait le chant VII,
on sorte qu’au début du chant VIII il est obligé de. revenir un peu en arrière. 11
avait écrit : • Venimmo ¿1 pié d’una torre » : et maintenant il ajoute : « Assai
prima Che noi fussimo al pié dell’ alta torre... »
2. Ainsi l’expression « 11 primo cerchio che l’abisso cigne » (IV, 24) est peu sug­
gestive. Dans la suite au contraire, Dante indique des mesures qui confondent
l’imagination' Ainsi la dixième bolgia du huitième cercle a onze m illes de tour,
la neuvième en a vingt deux. (/«/". XXX, 8(5, et XXIX, 9); si on applique aux dix
bolge la môme progression arithmétique, cela conduit, pour les cercles supérieurs
à dos proportions fantastiques, incompatibles avec la mesure restreinte que Dante
attribuait au diamètre de la terre (Conv.. IV, 8)

�I

il ne pourrait pas reconnaître qu'elle porte un passager « venu
avant l’heure ».
La scène violente, qui se déroule ensuite, une fois terminée,
Dante commence à découvrir les murailles rougeoyantes, et
d abord les tours de la forteresse infernale, de la « Ville de
Dis » ' ; puis la barque quitte le marais du Styx pour s’engager
dans les canaux qui servent de fossés aux remparts, et Phlégias
doit leur en faire parcourir « 1111 long arc de cercle » (Vil1, 79)
avant de les déposer à la porte. Celle-ci est gardée par une
innombrable légion de diables, avec lesquels Virgile essaie de
négocier mais sans obtenir cette fois l’effet attendu; ses raisons
jusqu’alors irrésistibles, se heurtent ici à une opposition obsti­
née, et cet incident vaut au lecteur, outre maints détails pitto­
resques, la première occasion d’assister aux très vives inquié­
tudes que Dante éprouvera encore plus d’une fois dans des
circonstances analogues. Sa peur est aggravée, au chant sui­
vant, par l’effrayante apparition des trois Furies et par la
menace de Méduse. Il faut que Virgile intervienne pour
défendre efficacement son protégé contre un danger redou­
table, et nous voyons ainsi se dessiner la tendresse vigilante
,du guide, la confiance un peu craintive du disciple, qui vont
donner, dès ce moment, un caractère si charmant à l’amitié
réciproque de Virgile et de Dante, dans toutes les péripéties do
leur voyage. Enfin arrive le secours espéré, l’envoyé céleste,
si digne, si fier, si pressé de quitter cette atmosphère épaisse,
aussitôt sa mission remplie. Ici s’affirme, avec une force jus­
qu’alors inconnue dans la description pure, la puissance évoca­
trice du génie de Dante; et c’ est un tour de force qu’il a
accompli en mettant côte à côte, dans le chant IX, Une scène
1 . Ici on relève nn détail précis, mais assez déconcertant; 1« poète aperçoit
d’abord les tours de la. ville en contre-bas : *&lt; Già le sue meschite Là entro certo
nella valle cerno » (VIII, 70-71) : cela serait très clair si le poète voyageait en
montagne; mais il traverse un marais sur une barque! Il semble bien que Dante
ait imaginé la surface de tou/ les cercles légèrement inclinée vers le centre, même
quand il s'agit d’un fleuve : au neuvième cercle, la surface gelée du Cocyte parait
aussi être en pente.

(

�du merveilleux païen, grimaçant, hideux, impuissant, et une
apparition divine, calme, pure, irrésistible.
Dante ensuite pénètre avec curiosité dans l’ enceinte mysté­
rieuse, et il la trouve déserte : c’est un vaste cimetière où les
tombes découvertes sont environnées de flammes; et pour
bien nous mettre sous les yeux la physionomie singulière de
cette région nouvelle, le poète recourt à des comparaisons
tirées de paysages réels : il cite la nécropole de Pola et les
Aliscamps d'Arles, et il ne lardera guère dans un but analogue,
à évoquer d’autres tableaux de nature célèbres — les éboule­
ments de la vallée de l’ Adige, la Maremme entre Cecina et
Corneto, le Bulicame de Viterbe, les digues de la Brenta et
celles de Bruges '...
Ce rapide coup d’œil sur les chants qui suivent immédiate­
ment le septième montre assez le nombre et l’importance des
éléments poétiques nouveaux qui apparaissent brusquement,
dès le moment où le poète atteint la rive du Styx. Il faut
ajouter qu’à partir du même instant les gardiens des différents
cercles prennent un rôle plus actif et plus pittoresque, soit
qu’ils résistent au passage des nouveaux venus — tels les
démons de la porte infernale, le Minotaure et les diables ailés
des chants XXI-XXII — soit qu’ ils les secondent docilement et
facilitent leur voyage — tels les centaures, Géryon, le géant
Antée — ; leur portrait, leurs gestes, leurs mouvements et leurs
propos donnent lieu à de véritables épisodes, où s’affirment la
richesse et la variété de l’imagination du poète.
Les démons gardiens des premiers cercles sont loin de pré­
senter le même intérêt. Parmi eux, les figures les plus soigneu­
sement dessinées sont Caron et Minos. Celle du batelier de
l’Achéron est très exactement imitée de Virgile, d’ailleurs avec
l’addition de quelques touches magistrales qui renouvellent la
1 . A dire vrai, il y a bien, dans les premiers chants, la comparaison de Charybde
et Scylla (VII, 22); mais elle appartient au répertoire des figures classiques les plus
courantes, et est appliquée d’une façon assez contestable au choc dos avares et des
prodigues.

�figure du personnage. Quant au juge des Enfers, représenté
ici sous les traits d’un diable et affublé d’une longue queue,
qui peut s’enrouler jusqu’à huit et neuf fois autour de son corps,
c’ est une fort curieuse adaptation à un personnage classique
des traits sous lesquels l’imagination populaire se représentait
les suppôts de Satan. Au-delà du Styx, Dante a pris un autre
parti : il nous présente des diables proprement dits — à l’entrée
du sixième cercle et dans diverses subdivisions du huitième —
ou bien des êtres mythologiques auxquels il conserve assez
exactement leur physionomie traditionnelle — les Furies, les
Harpies, les Centaures, les Géants1. Du reste Minos a pour seule
¡fonction d’assigner aux damnés la place qu’ils doivent aller
occuper; il se tient à l’entrée du second cercle, mais il n’ est
aucunement préposé à la garde des amants passionnés; il ne
fait au passage de Dante qu’une opposition de pure forme. Les
deux démons mythologiques qui sont, à proprement parler,
des gardiens de cercles sont Cerbère et « Pluto ».
Le Cerbère dantesque a conservé du chien infernal à trois
gueules l’aboiement perpétuel, et la voracité qui fait de lui le
représentant symbolique de la gourmandise; il contribue au
supplice des damnés en les assourdissant de ses hurlements, en
les grillant et en les dépeçant. 11 a d ’ailleurs l’apparence d’un
diable plutôt que d’un chien; car sa « barbe est grasse et noire,
son ventre large, ses mains armées d’ongles crochus ». Sa
résistance au passage des poètes est peu sérieuse : dans
l’Enéide, pour éluder la surveillance de ce gardien redoutable,
la Sibylle avait eu soin de préparer un gâteau où le miel
s’unissait à des drogues soporifiques; elle le lui jetait, et
Cerbère ne semblait pas même voir Enée franchir l’entrée*.
Dante simplifie à l’extrême ces précautions : son guide ramasse
de la terre à pleines mains et la jette dans les gueules béantes
du monstre, qui se tient pour satisfait. En présence d’une
1. Géryon fait exception, ce n’est ni un diable ni le personnage connu des poètes
anciens; il a l’aspect d’un monstre apocalyptique.
2. Enéide, VI, v. 420 et suiv.

�semblable plaisanterie, peu de chiens véritables se montreraient
d'humeur aussi accommodante !
Le gardien du cercle suivant exprime sa rage et sa menace
en un langage incompréhensible, le langage des diables appa­
remment : « Pape Satan, pape Satan aleppe! » (VII, 1), dont
l’interprétation a donné beaucoup de fil à retordre aux com ­
mentateurs. Dante a été bien inspiré en ne recourant pas
souvent à cet artifice un peu puéril; et s’il s’en est servi encore
au chant XXXI (v. 07), pour faire parler Nemrod, ce nouvel
essai est bien différent du premier; car, d’une partl il a claire­
ment indiqué que personne ne pouvait comprendre le langage
du géant (v. 80-81), et, de l’autre, il explique la cause de ce
fait : Nemrod a dirigé la construction de la tour de Babel et il
reste le témoin de la confusion des langues (v. 77-78). Les deux
vers en langue inconnue que renferme l’ Enfer, l’ un vers le
début, l’autre vers la fin, contribuent donc à rendre plus
sensible le contraste entre certaines indications un peu som­
maires et énigmatiques des premiers chants, et l’art si rigou­
reusement logique, si exact et si soucieux de justifier tous les
détails, qui s’observe dans la suite.
Mais un autre problème se pose. Ce gardien du quatrième
cercle s’ appelle« Pluto »; que signifie ce n o m ? La première
idée qui se présente est de reconnaître ici Pluton, désigné par
la forme du nominatif latin do son nom \ Cependant on est un
peu surpris de voir à cette place le roi des Enfers, préposé à la
surveillance d’ un cercle particulier, ni plus ni moins que Cer­
bère, d’autant plus que sous le nom de Dis, tant de fois employé
par Virgile, nous le retrouverons tout au fond de l’abîme,
désigné par sa qualité véritable :
,
Lo’ mperador del doloroso regno,

et décrit avec toute l’ampleur qui convient à son rang. Com­
ment Dante a-t-il pu être amené à dédoubler ainsi Pluton, pour
lui faire jouer deux rôles aussi disproportionnés ? En présence
^ 1. Dante dira de memc par

la

suite, Juno, Plato, Scipio, decurio, etc.

�de cette difficulté, qui est sérieuse, 0 n a songé ù reconnaître
dans le gardien du cercle des avares et des prodigues Plutus,
dieu des richesses, qui semble en effet bien qualifié pour pré­
sider au châtiment de ces damnés.
L’explication, qui pi;ut paraître séduisante, n'est aucunement
acceptable. D’abord Virgile, qui a fourni à Dante tout le
personnel auxiliaire de son Enfer, ne fait aucune mention de
Plutus; et, parmi les poètes latins, le seul à ma c o n n a i s s a n c e
qui le nomme est le fabuliste Phèdre, que Dante 11e pouvait
avoir lu — encore Phèdre nous montre-t-il en Plutus une
divinité non de l'Enfer mais de l’Olympe1. — En second lieu,
les plus anciens commentateurs de Dante, à commencer par
son fils Pietro, n’ont jamais songé à Plutus’ : « Comme démon
préposé à ce cercle, dit Pietro, l’auteur imagine qu’il rencontre
Pluton, fils, disent les poètes, de Saturne et de Cybèle; et il est
appelé Dis ou Dites, parce (pie les richesses naissent en terre et
de la terre, et d’elles, ou à cause d’elles, procède l’avarice. »
En présence d’ un témoignage aussi formel, il n’y a pas à
conserver le moindre doute. D’ailleurs Dante appelle s o n
« Pluto » il gran nemico, ce qui peut signifier, au point de vue
de l’allégorie morale, que l’argent est le grand corrupteur du
monde; mais au sens littéral, comme l’a, bien remarqué
Boccace’ , l’expression équivaut à « il gran demonio », ce qui
revient à dire : le plus puissant des diables, donc le roi des
enfers.
t

«
1. Phèdre, 4, 11. Hercule admis au ciel y reçoit l’accueil le plus empressé de tous
•les dieux ; quand Plutus s'avance à son tour pour le féliciter, le héros lui tourne
le dos : « Celui-là, dit-il, est l’ami des méchants ». Les fables de Phèdre n’ont été
retrouvées qu'au xvi8 siècle.
*2. Boccace le premier a eu connaissance, par son maître de grec, Léonce Pilate,
de Plutus, qu’il appelle un second Pluton, mais’ qui est bien le fils d’Iasiosetde
Déméter dont parlent les hymnes homériques et Hésiode ; cela n’empéche pas
Boccace de conclure : « ma molto meglio si conformerà al bisogno quest’ altro
Plutone del quale si logge che... fu figliuolo di Saturno... Costui Unsero gli
antichi essere re dell’ Inforno » ; puis il répète lori exactement l’explication de
Pietro di Danto (Comento, éd. Milanesi, t. Il, p. 83-8G.)
3. Ibid. p. 25.

�Reste la difficulté réelle du dédoublement du personnage,
que Dante aurait ainsi fait paraître successivement sous les
noms de « Pluto » et de « Dite », sous deux formes et dans deux
fonctions très différentes. Mais cette difficulté s’évanouit, si
l’on admet qu’au moment où il composa les chants VI,et VII,
Dante n’avait encore conçu ni le plan du bas enfer, ni le rôle
que devait y jouer « Dite », identifié avec Lucifer, le rebelle,
le traître, le génie du mal1. Dans cette hypothèse,.il s’agirait de
deux conceptions distinctes, nullement contemporaines, puis
juxtaposées tant bien que mal.
Tels sont les principaux indices, purement intrinsèques, qui
imposent il l’esprit du lecteur réfléchi, mais non prévenu, l’idée
que la composition de l’ Enfer a dû être interrompue, en un
point qu’ il est facile de reconnaître, par une période de médi­
tation et de recueillement, dont il est impossible, a. priori, de
supputer la durée. Lorsque le poète se remit à l’œuvre, son
plan se trouva élargi, enrichi d’éléments plus variés, plus
attachants, et Dante avait acquis une claire conscience des
ressources nouvelles que son sujet allait fournir à son génie.
L’opposition entre les premiers chants et la suite n’apparaît
pas distinctement aux commentateurs, parce que ceux-ci,
connaissant tout le poème et habitués à le considérer en bloc,
sont amenés d’ instinct, et aussi par système à expliquer, à
compléter les peintures un peu sèches des premiers cercles au
moyen de ce que les suivantes leur ont appris depuis long­
temps. Mais, pour que cette méthode fût légitime, il faudrait
d’ abord démontrer qu’en rédigeant les chants III à VII Dante
avait présents à l’esprit, et supposait connus des lecteurs, les
chants VIII à XXXIV. Cette démonstration paraît assez malai­
sée.
I

1. On remarquera encore les vers, 11-12 du ch. vu, où révocation de l'archange
Michel et de « l'orgueilleuse rébellion », par laquelle Virgile fait taire la rage de
Pluto, confirme que. dans la pensée de Dante, ce démon était déjà une incarna­
tion de Lucifer.

�IV
Parvenu, dans son commentaire de l’ Enfer, aux premiers
mots du chant VIII, Io dico s e g u i t a n d o Boccace rapporte ce
qu'il avait entendu dire à un neveu du poète, Andréa di Leone
Poggi, avec lequel le conteur était lié, et qu’il aimait à inter­
roger sur les faits et gestes du grand exilé*.
Lorsque Dante alla chercher asile à Vérone, au temps où les
chefs du parti des Cerchi durent quitter Florence, c’ est-à-dire a
la fin de 1301, sa femme Gemma, sur le conseil de quelques
amis, enferma dans des coffres tous les papiers du « fuoruscito » et les lit mettre en lieu sûr; ils échappèrent ainsi, quand
le poète fut condamné comme rebelle et concussionnaire, au
pillage et à l’incendie. Mais cinq ans plus tard, diverses
personnes réclamèrent les intérêts auxquels elles avaient droit
sur les biens des exilés, et obtinrent satisfaction ; Gemma fit
alors ouvrir les coffres, afin d’en tirer les pièces dont elle avait
besoin pour toucher les intérêts de sa dot. Par la même
occasion, on retrouva, parmi ces papiers, diverses poésies»
sonnets et canzoni, et aussi un cahier contenant un poème
plus long, qui fut montré à un bon poète florentin de ce temps,
Dino Frescobaldi. Celui-ci jugea l’œuvre remarquable : mais
comme elle était inachevée, il la fit remettre à Dante, ou plutôt
au marquis Moroello Malaspina, auprès duquel Dante se
trouvait alors, en Lunigiana. Ce cahier renfermait les sept
premiers chants de l’ Enfer, que le marquis engagea vivement
son hôte à poursuivre; celui-ci, frappé de la circonstance
providentielle qui lui remettait sous les yeux l’œuvre à peine
ébauchée, et qu’ il croyait perdue, se remit au travail, et com­
mença le nouveau chant par ces mots : Io dico seguitando... —
Cette histoire tend donc à prouver que les premiers chants
1.
Comento di G. Boccacio, t II, p. 129 et suiv (éd. Milanesi). Le même récit,
moins détaillé, figure aussi dans le Trattatello in laude di Dante,

�sont antérieurs à l’exil du poète; la reprise daterait de 1306.
Pendant longtemps, au siècle dernier, le témoignage de
Boccace, en ce qui concerne la vie de Dante, a été accueilli
avec le plus grand scepticisme : le malicieux conteur, disait-on,
voulait faire passer ses fantaisies pour de l’histoire; mais il
était trop visible que cette prétendue découverte des sept
premiers chants n’avait été imaginée que pour expliquer
l’expression, insolite en effet : lo dico seguitando... — Une
appréciation plus équitable du caractère et de l’œuvre historique
de Boccace a permis de rectifier ce jugement trop sommaire.
Lorsqu’il brode à sa guise, par exemple, sur la rencontre de
Dante et de Béatrice enfants à la fête du l or mai, ou sur le rêve
de la mère du poète, Boccace n’essaie pas de mystifier ses
lecteurs en leur donnant ses inventions pour des réalités : il
fait purement œuvre de poète. Mais quand il invoque, à l’appui
d’un fait précis, l'autorité d’un témoin digne de foi, et surtout
lorsqu’il nomme ce témoin, il n’y a aucune raison pour mettre
en doute la réalité du témoignage qu’il cite ; il peut lui
arriver d’en user sans beaucoup de critique, mais il ne l’invente
pas; car il n’ est pas de l’école des « Cantastorie » qui, à tout
bout de champ, se couvraient de l’autorité de Turpin pour
faire passer leurs plus invraisemblables écarts d’imagination.
On s’est aperçu que certains auteurs, longtemps tenus pour
fantaisistes, que Boccace invoque dans ses œuvres latines, ne
sont nullement des produits de son imagination’ . Sans aucun
doute, Andréa Poggi, neveu de Dante, lui a bien raconté l’anec­
dote des sept premiers chants.
Mais il y a plus. Le même récit avait été fait à Boccace par
un autre Florentin, Dino Perini qui fut, dans sa jeunesse, un
témoin des dernières années de Dante à Ravenne’ , et que le
conteur a pu rencontrer, interroger, dans cette ville.
1. Serenus, Theognidus, Theodontius ; voir Paget Toynbee dans le Bulletin
Italien de 1913 (t. XIII), p. 1 et suiv., et aussi dans le» Studii su G. Boccaccio (1913),
p. 165, 167 et 168.
2. Voir Corrado Ricci, L'ultimo rifugio di Dante, p. 99 et suiv.

�td
n
ieiques pour tout le reste, les deux récits ne variaient que sur
un point : Dino Perini, comme Andréa Poggi, revendiquait
l’honneur d’avoir retrouvé lui-même, dans les c o ffres de Monna
Gemma, les poésies de Dante et le fameux cahier renfermant
les sept chants1. L’un des deux assurément se vantait
peut-être les deux à la fois — , mais il est improbable qu’ils
aient inventé séparément la même histoire; et ainsi on peut
tenir pour établi que le fait était couramment raconté dans la
famille et parmi les amis du poète exilé. Nous sommes donc
autorisés à tenir pour très ancienne et de bonne origine la
tradition selon laquelle, après l’exil de Dante, des fragments
poétiques ont été retrouvés parmi les papiers que Gemma avait
hâtivement mis en sûreté.
Pour faire un pas de plus en avant, il faut, de toute
nécessité, entrer dans la voie des hypothèses. En ce qui
concerne l ’identification des fragments retrouvés avec les
premiers chants de l’Enfer, le témoignage de Boccace est en
effet sans valeur, car ce n’est pas lui qui a vu le cahier mysté­
rieux ; c’est peut-être Andréa Poggi, lequel, au témoignage de
Boccace, était un homme sans instruction, « uomo idioto »;
c’est peut-être aussi Dino Perini, que Dante, clans une de ses
églogues latines, présentait en 1320 comme un jeune homme
sans grande autorité*; c’est h coup sûr Dino Frescobaldi, mais
son témoignage direct nous fait défaut*. 11 se peut donc fort
bien que l’ébauche retrouvée en 1306 n’ait rien eu de commun
avec le début de l’ Enfer. A cette possibilité s’attachent avec
empressement tous ceux, et ils sont nombreux, qui répugnent
à l’idée que Dante ait pu commencer son poème avant l’exil.
Cette répugnance est grande* ; mais il faut savoir regarder les
1. Comento, t. II, p. 132.
2. Dino Perini serait le Meliboeus de la première églogue de Dante ; celui-ci lui
dit : « Pascua sunt ignota tibi quæ Maenalus alto Vertice declivi, celator solis,
inumbrat. . ».
3. Sur la connaissance que D. Frescobaldi a eue des sept premiers chants do l’Iînfer,
voir pourtant I. M. Angeloni. D. Frescobaldi e le sue rime (Turin, l!)07j, p. 47 54.
4. Je tiens h dire combien je l’ai personnellement éprouvée; mon volume sur

�problèmes en face, sans égard pour les préférences person­
nelles et les habitudes prises. Or d’ une part, nous nous trouvons
en présence d’une tradition respectable, qui parle d’un poème
interrompu, retrouvé et repris avec une ferveur nouvelle, et
de l’autre, indépendamment des témoignages recueillis par
Boccace, le seul examen du texte de l’ Enfer amène à constater
un changement très marqué dans les développements du
poème, tout juste à partir du chant VIII. Peut-on éviter
d’établir une relation entre ces deux faits? Et pourquoi
devrait-on l’éviter ?
On devrait l’éviter principalement pour une difficulté très
sérieuse que Boccace, si dépourvu de critique qu’on le repré­
sente, n’a pas manqué de soulever : Ciacco (VI, 64-72) prédit
la chute des Blancs, survenue en novembre 1301, et il ajoute
que longtemps le parti adverse (celui des Noirs) persécutera
les vaincus :
Alto terrà lungo tempo le fronti
Tenendo l’altra sotto gravi pesi.

Comment Dante a-t-il pu écrire ceci ayant d’avoir quitté
Florence avec les principaux partisans des Cerchi? On est
amené tout naturellement à considérer ce morceau comme
postérieur à 1301, et même de quelques années, pour que le
poète ait eu le temps de se convaincre que les Blancs ne
réussissaient pas à reprendre le pouvoir.
Cependant deux autres explications sont possibles. D’une
part, il est permis de songer à une addition faite après coup;
il ne s’agirait que de deux tercets ajoutés (v. 07-72), moyennant
une très légère rectification de rimes; car les autres allusions
aux événements de mai 1300 à 1301, contenues dans les
vers 64-66 peuvent avoir été formulées par Dante avant de
quitter Florence. Une réponse en trois vers satisferait très
suffisamment à la première demande de Dante (v. 60-61);
Dante, publié on 1911, est en maints passage», inspiré par cette répugnance,
notamment p. 173-177 et p. 1!)4 198.

�aussi bien, ses deux autres questions (62-63) n’obtiennent-elles
ensemble que trois vers de réponse ( 7 3 - 7 5 ).
Mais d’autre part, il y a lieu de considérer de plus près la
forme, un peu sibylline, sous laquelle sont annoncés l’exil des
Blancs, leurs condamnations et le triomphe prolongé des
Noirs : les premiers doivent succomber avant que soient
accomplies trois révolutions solaires, donc trois ans. Puisque
la date supposée de l’entretien est la fin de mars ou le début
d’avril 1300, l’événement devait se produire avant la fin de
mars 1303, date très vague, délai inutilement prolongé,
puisque les partisans de Vieri dei Cerchi s’enfuirent avant la
fin de 1301, et que Dante fut condamné par défaut en janvier
et en mars 1302. Cette absence de précision permet de
supposer qu’entre juin et décembre 1301, après le triomphe
momentané du parti des Cerchi, mais en présence des intrigues
et des menaces de moins en moins déguisées des Donati, et au
milieu du trouble profond qui régnait dans la ville', Dante a
compris que les fautes de son parti, que ses timidités et ses
maladresses en face d’ un ennemi entreprenant et sans scru­
pule le condamnaient à une défaite prochaine et irréparable,
Dans une de ces heures de découragement, où il nous arrive
de sentir le sol se dérober sous nos pas, il aurait écrit : « Avant
trois ans ! Et ce sera la persécution ! » Certes, la prévision
pouvait être démentie par les faits; Dante en aurait été quitte
pour la supprimer par la suite — mais elle pouvait aussi se
trouver justifiée, et il suffisait peut-être d’un sens politique à
peine au-dessus du médiocre pour la risquer*. De ces deux
solutions, aucune n’est certaine; aucune pourtant ne mérite
d’être formellement rejetée a priori.
Les autres objections sont moins troublantes.
/
1. I. Del Lungo, da Bonifaçio VIII a Arriç/o VII, p. 153-154.
2. Plus tard, en rédigeant le chant XXXIII du Purgatoire (v. 10-50), Dante paraît
bien avoir eu aussi en vue un événement à venir auquel il assignait une dato,
et qui d'ailleurs ne s’«st pas produit. Voir E. 6 . Parodi. La data dalla composizione
e le teorie politiche dell’ Inferno e det Purgatorio (Studi Romanzi, 1905,).

�Une théorie a été formulée avec beaucoup d’ autorité il y a
quelque quarante ans1, d’après laquelle l’exil seul a ouvert au
génie de Dante des horizons entièrement nouveaux : sa souf­
france particulière lui a révélé le mal universel. Avant cette
tragique épreuve, il n’était que le poète exquis de la Vita
Nuova; la vision du mal trio mphant dans le monde, qui est le
sujet de l’ Enfer, est un thème qu’il n’a pu concevoir dans sa
plénitude qu’après avoir fait personnellement l’expérience de
la méchanceté des hommes. Dans cet ordre d’idées, Carducci
avait proposé dès 1874, dans un sonnet sarcastique, d’élever
une statue à Messer Cante de’ Gabrielli da Gubbio, le magistrat
inique qui a prononcé contre Dante une condamnation infa­
mante; et il l’appelait, avec une exagération caricaturale,
0

primo, o solo inspiratordi Dante2 !

Nul ne songe à contester la profonde vérité de cette théorie,
caricature à part; car assurément l’ Enfer, dans son plan
définitif, dans ses épisodes les plus amers, les plus violents,
les plus typiques, est postérieur à la condamnation et à l'exil.
Mais déclarer qu’avant 1302 Dante ne pouvait rien concevoir
en dehors d'une allégorie amoureuse est une affirmation
gratuite : pourquoi n’aurait-il pas été capable de traduire la
passion de Francesca? Pourquoi, au milieu des luttes poli­
tiques, dans lesquelles il se jeta à corps perdu pendant les
années'1300 et 1301, ne pouvait-il pas exprimer ses préoccu­
pations patriotiques par la bouche de Ciacco, ou cingler de son
mépris les indécis, les défaillants, les lâches, qui paralysaient
l’action entreprise par les « justes » contre les forcenés?
Nous savons positivement, par les dernières lignes de la
Vita Nuova, que peu d’années après la mort de Béatrice, donc
à partir de 1292 environ, Dante caressa le projet d’élever à sa
dame un monument poétique comme on n’en avait encore
jamais vu. £n quoi consistait « la merveilleuse vision » qui en
dell' exilio di Dante, 1881.
Giambi ed Epodi, X X VII.

1. I D el l u n g o ,
2 . C a rd u c ci,

10

\

�devait former le motif central ? Nous l’ignorons, puisque Dante
ne l’a pas décrite; mais on a très ingénieusement supposé
qu’elle devait avoir quelque rapport avec l’apparition de
Béatrice dans le Paradis terrestre. Admettons-le; mais remar­
quons aussitôt que le premier acte, nécessaire, de cette scène,
est contenu dans le second chant de l'Enfer, avec l’intervention
de Lucie, de la Vierge, puis de Béatrice, qui envoie Virgile au
secours du poète égaré. Pourquoi donc, môme avant l’exil,
l’itinéraire que Virgile devait faire suivre à Dante n'aurait-il
pas comporté la visite des çercles infernaux, pour montrer
comment sont châtiés « l’orgueil, l’envie, l’avarice » et les
autres péchés qui pervertissent le monde? On sait d’ailleurs
que, dans une canzone célèbre composée avant la mort de
Béatrice, donc antérieure à 1 2 9 0 , Dante fait allusion à un
propos qu’il pourra tenir quelque jour aux damnés; il leur
dira :
1
O m alnati,
Io vidi la speranza dei beati &lt; I

On sait aussi que tous les efforts des interprètes, efforts
intenses et très ingénieux, ont principalement tendu à
expliquer ces mots de façon à écarter toute allusion à un projet
de poème comportant une vision de l’enfer1. L’allusion y est
cependant, en toutes lettres, et dans une strophe qui renferme
aussi une vision du Paradis, l’une et l’autre associées à la
pensée de Béatrice. On objecte vainement qu’aucun chant de
l’ Enfer ne renferme le propos annoncé; bien plus, Dante ne
parle de Béatrice à aucun damné. Naturellement : avant 1 2 9 0 ,
il ne pouvait savoir encore par cœur les vers qu’il devait écrire une
quinzaine d’années plus tard! Ces échappées de son imagination
vers le séjour des âmes après la mort montrent seulement
que son esprit était hanté par des visions de ce genre. Mais il
1. Canzone, Donne che avele intelletta d'amore, v.' IS-hT.
to u s les c o m m e n ta ir e s • d e la Vita nuova, p a r tic u liè r e m e n t

2 . V o ir

c e lu i d e

G . M elod ia , q u i r a p p o r te u n très g ra n d c h o i x d ’ in t e r p r é t a t i o n s d o ce p a ssa g e d iffi­
cile!.

/

\

I

�semble que, en 1300-1301, le plan qu’il envisageait ait eu encore
des proportions modestes : la classification des péchés y eût été
simple; les cercles, sans grande envergure, auraient été par­
courus assez rapidement, animés seulement de place en place
par des scènes où le lyrisme du poète et son sens dramatique
se seraient affirmés avec force.
Un détail du premier chant mérite encore de retenir l’atten­
tion. La sombre forêt, qui tapisse les pentes du ravin où le
poète s’est imprudemment fourvoyé, a un rapport évident avec
le gouffre infernal : elle peut représenter allégoriquement
« l’état de misère résultant de la vie livrée au vice 1 » ; et de même,
la belle montagne que Dante voit se dresser devant lui, lorsqu’ il
échappe à l’épouvante de la forêt, ce sommet élancé vers le
ciel, que dorent les premiers rayons du soleil bienfaisant, et
que le pécheur brûle do gravir, représente bien la perfection
terrestre, « l'état de bonheur résultant de la pratique de la
vertu* ». 11 est impossible de ne pas apercevoir une relation
entre cette « montagne de délices » et la montagne sacrée du
Purgatoire, au sommet de laquelle Dante a placé le Paradis
Terrestre, séjour réservé dès la création du monde à l’ humanité
encore innocente, et où Béatrice apparaîtra au poète. Ce qui est
étrange, c ’est que la montagne, aperçue dès les premiers vers,
ne joue plus le moindre rôle par la suite! La sinistre forêt est
visiblement le chemin même de la damnation : on peut
admettre qu’ elle aboutit à la Porte de l’Enfer ; c’est vers elle que
Dante se voit rejeté par la menace des trois bêtes féroces; c’est
là qu’il rencontre Virgile venu du Limbe à son secours, là enfin
qu’il s’engage, à la suite de son guide, dans « le chemin profond
e t silvestre » (II, 142)’ . Mais on ne retrouvera plus la montagne

1. F . F la m in i,
2.

I significali reconditi délia l)iv. Commedi'i,

1904, t. II, p . 14.

Ibidem.

3. F . F la m in i

(np cil.

o ù il »’ es t d 'a bord é g a r é ,

t. I.. p . 85 e t s u i v . ) e s t im e m ê m e q u e , au fo n d d u raVin
D a n te

est

a rriv é

p r e m iè r e m e n t io n d es fle u v e s in fe r n a u x

(la

to u t

p rès

d 'u n

iiu m a n a ovft

fle u v e , q u i se ra it la
il m a r n o n

lia v a n to ,

II, 108).

)

�à peine entrevue de la félicité terrestre. Elle sera remplacée
ultérieurement par le Purgatoire, et celui-ci, par sa situation
aux antipodes de Jérusalem, au milieu de l’océan, ne peut en
aucun cas être un retour à la vision du premier chant1.
Un peu embarrassés par cette double figuration d’une même
idée, les interprètes du poème admettent que la montagne du
premier chant n’est qu’une allégorie préalable du Purgatoire :
elle est « purement imaginaire et sans aucune localisation
déterminée 4 » Soit, mais n’y a-t il pas là un nouvel exemple de
ces légers désaccords déjà relevés à propos des quatre premiers
cercles? Dante avait placé l'un à côté de l’autre l’accès à l'abîme
do la damnation et la base de la riante cime qui symbolise la
perfection humaine; il a d’abord essayé d’atteindre directement
ce sommet, puis il en a été empêché par l’opposition des trois
bêtes; alors Virgile lui a dit : « Je te tirerai d’ici à travers le
séjour des peines éternelles, après quoi tu verras ceux qui se
réjouissent dans les flammes, parce qu’ils ont l’espoir de
gagner ainsi le salut; mais là, je te confierai à un autre guide,
à Béatrice. » Virgile ne parle donc ici ni de franchir le contre
de la terre ni de ressortir aux antipodes. Cela, nous l’apprendrons
beaucoup plus tard. Si l’on s’en tient au texte initial, il
semblerait naturel de penser que Virgile connaît un chemin,
qui, du séjour de la damnation éternelle, permet de rejoindre
et de gravir sans opposition la montagne d’où le poète a d’abord
été rejeté : là se trouveront les âmes soumises aux peines tem­
poraires du Purgatoire, et au sommet se produira l’apparition
rayonnante de Béatrice.
Mais c’ est assez divaguer.
Tant d’hypothèses et de suppositions paraîtront pour le
moins inutiles, probablement fastidieuses, à beaucoup de
1.

C erta in s c o m m e n ta t e u r s o n t c e p e n d a n t e s s a y é , c o n tr e t o u te v r a is e m b la n c e , d e

s o u t e n ir l’ id e n tité d e s d e u x m o n ta g n e s , e n p a r tic u lie r V a cch e ri e t B e r ta c c h i (1881),
dont la t h é o r ie e t l'é tr a n g e p la n q u ’ il»
2

F.

a d o p te n t

II Paradiso terrestra dantesco,
F la m in i, op. cit. 1, p . 86.

Ed. C o li,

p o u r l’ E n fe r s o n t r e p r o d u it s p a r

F lo r e n c e , 1897, p . 204 et su iv ,

�lecteurs. Si elles sont capables de prouver quelque chose, c ’est
uniquement ceci : la méthode qui consiste à expliquer systéma­
tiquement tous les détails des premiers chants de l'Enfer par les
épisodes les plus éloignés, môme du Purgatoire et du Paradis,
a l’air de résoudre beaucoup de délicats problèmes : en réalité
elle les méconnaît, elle les dissimule, elle en détourne l’attention.
Assurément, il est fort imprudent d’essayer de marcher sur
les nuages; l’ essentiel est pourtant de ne pas confondre les
nuages avec la terre ferme; moyennant cette précaution élé­
mentaire, on peut éviter un malheur. Le malheur consisterait
à prendre nos imaginations pour des réalités; or c’est un
danger auquel est beaucoup plus exposée une critique dogma­
tique. qui soutient avec autorité des théories notoirement
fausses. Concevoir la Divine Comédie comme un bloc de métal
parfaitement homogène, sans aucune soudure, sorti tel quel,
en une fois, d une forge prodigieuse, c’est cultiver en nous le
goût du surnaturel, que notre raison repousse si résolument
en d’autres domaines. La nature elle-même ne procède pas
ainsi, et la cime la plus fièrement dressée des Alpes ne s’est pas
élancée d’un seul jet vers le ciel, comme se le figure l’imagina­
tion des foules; un travail séculaire d’érosion en a mis à nu les
aiguilles, en a modelé le profil, et, dans les masses profondes
qui la soutiennent, le géologue discerne les traces d’éruptions,
de plissements successifs, au cours desquels se sont amalga­
mées les matières en fusion qui bouillonnaient dans les entrailles
de la terre.
De toutes les hypothèses qui ont été faites touchant la compo­
sition de la Divine Comédie, la plus inacceptable reste celle qui
tend à la renfermer dans le temps le plus court, en sept ans,
de 1314 à 1321. C’est pourquoi beaucoup d’admirateurs de
Dante, uniquement soucieux de mieux comprendre l’évolution
de son génie, ont accueilli avec joie, en 1905, le très suggestif
exposé, fait par mon cher collègue E. G. Parodi, des variation»
politiques du poète dans ses trois « Cantiche » : il en ressort
avec une grande évidence que l’Enfer, le Purgatoire et le

�Paradis représentent trois moments distincts delà pensée poli­
tique de Dante, avant 1308, de 1308 à 1313, de 1314 à 1321. Il
semble qu’il faille faire encore un pas de plus dans ce sens, et ne
pas fermer plus longtemps les yeux aux traces, contenues dans
les sept premiers chants de l’Enfer, d’ un plan primitif, infini­
ment plus modeste, sur lequel il aurait travaillé dès 1300-1301
Cinq ou six ans plus tard seulement, son génie définitivement
élargi par la douleur conçut dans toute sa plénitude la vision
totale de la damnation, de la purification et de la Béatitude’ .
P a ris, m a r s-a v r il 1918.

Henri
&gt;

'

1. Je su is h e u r e u x d e r a p p e le r 5 c e p r o p o s
gra n d

trava il d e

l’ e s p è c e d e

M . Z in c a r c i li

non possumus

q u ’e n 1904,

Dante,

su r

H a u v e tte .

.
(V a lla rd i),

eu re n d a n t c o m p t e d u
M . B arbi

s’ é to n n a it d e

q u e le sa va n t d a n t o l o g i e o p p o s a it à l’ a d m issio n d e to u t

o u p a r tie d e la tr a d itio n r a p p o r té e

p a r B o cca ce ; il é c r iv a it n o t a m m e n t : u P o ic h é

d el r itr o v a m e n to di q u e s t e c a r te di D a n te n o n si d u b ita , ( è e v id e n t e c h e il B o cca ccio
narra in b u o n a f e d e , e v e r o e il risc a tto d e i d ir itti d o ta li di G e m m a , e c o m b in a la
data d el r itr o v a m e n to co n q u e l la d e lla d im o ra d el p o e ta in L u n ig ia n a ), c h ie d ia m o c i :
è fo r s e stra n o c h e D a n te a b b ia c o m in c ia t o u n
n o n d ic o la C o m m e d ia tal

q u a le ci

è

p o e m a su l g e n e r o d e lla C o m m e d ia ,

p e r v e n u ta ,

p rim a

d e l l ’ e s ilio ?

[Bull. Soc.

Dant ,

t. X I , p . Zia).
2 . C e tte é t u d e é ta it e n t i è r e m e n t r é d ig é e q u a n d a p a r u , dan s la

d u l * r a o û t 1918, u n a rtic le d e M. Iso d o r o D el L u n g o :

della Divina Commedia, e p er una u Vita di Dante
lu s tr e h is to r ie n db la F lo r e n c e d a n te s q u e l è g u e

Nuova Antologia
La Preparazione e la Dettatura

» .D a n s c e t a rtic le , par l e q u e l l'i l ­

àde

tr ic e * e t l e pla n d ’ u n e « V ie d e D a n to » , q u e n o u s

p lu s j e u n e s les id é es d i r e c ­

r e g r e tto n s to u s d e n e pas v o ir

r é a lis é e p a r lu i, M . I. Del L u n g o s’ o p p o s e d e t o u t e la fo r c e d e so n a u to r ité , q u i es t
c o n s id é r a b le , a u x

th é o r ie s q u i

te n d e n t

à fa ir e

D iv in e C on géd ie ava n t 1311 o u 1312. P o u r
p é r io d e d e p r é p a r a tio n ,

d ’o ù d e v a it

com m en cer

la

ré d a ctio n

de

la

lu i, les a n n é e s 1301 1310 c o n s titu e n t la

s o r tir le c h e f - d ’œ u v r e ,

la réa lis a tio n e n

es t

c ir c o n s c r ite e n t r e los d a tes e x t r ê m e s 1311-1321. Il r e p o u s s e d o n c les c o n c lu s io n s si
s u g g e s tiv e s d e li. G . P a rod i, e t il a j o u t e : « Je n e p a rle pas, e t p e r s o n n e n e d e v r a it
p lu s e n p a r le r , d es ch a n ts c o m m e n c é s i\ F lo r e n c e , a va n t l’e x i l , e t d e le u r r e m is e à
D a n te, h ô t e d e s

M alaspina,

en

1306. » E n

p résen ce

d ’ u n e co n d a m n a tio n aussi

fo r m e l l e , la p r u d e n c e a u ra it d û m e c o n s e ille r d e g a r d e r p o u r m o i m es im p ress io n s
e t m e s h y p o th è s e s . C ep en d a n t,
s o n g é à s u p p r im e r la l i b e r t é

c o m m e M. 1. Del L u n g o n ’a c e r ta i n e m e n t ja m a is
de

d is cu ss io n , à s u p p o s e r

q u e s o n a u to r ité p u is s e

a ller j u s q u e là, j e n e c r o is pas lu i m a n q u e r d e r e s p e c t on p a ssa n t o u t r e : j e in e dis
q u e la c r it iq u e d a n te s q u e a fait, d e p u is u n s iè c le , les i m m e n s e s p r o g r è s q u e ch a c u n
sa it, p a rce q u e to u te s les id é es j u s q u ’ a lors

a d m ises o n t é t é s u c c e s s iv e m e n t n ié e s ,

Ct q u e d e to u te s ces r u in e s &lt;*st r é s u lté u n tr ia g e m é t h o d i q u e d e s m a té r ia u x v r a im e n t
u t i l e s ; e t la r e c o n s t r u c t io n p a tie n te , p r u d e n t e , a a u ss itô t c o m m e n c é . P o u r q u o i n e
co n tin u e r a it-e lle

pas ? M. D el

te r m in é e ; p o u r

lu i,

il

n’y

L ungo
a

p lu s

c r o it,
de

fa it

p eu t-être u n
n ou vea u

p e u v ite ,

qui

p u is s e

q u ’e l l e

es t

m o d ifie r les

�conclusions qu’il tient pour acquises; bien plus, il rejette les conséquences de
certains faits depuis longtemps constatés. Ainsi, à propos de l'apostrophe à
« Alberto Tedesco » (Purg. Vi). que tant de bons esprits considèrent comme écrite
certainement avant le milieu de 1308, M Del Lungo ne se borne pas à exprimer
des doutes sur cette date, il ajoute que ce ne serait après tout qu’une « exception »&gt;
et cette exception « ne saurait infirmer tout un système qui trouve une base
solide et multiple dans une série de faits et dans les conséquences qui en
découlent logiquement. »» Voilà un dogmatisme qui a le mérite d'une franchise
courageuse; on n’en est pas moins peiné de voir un grand historien faire aussi
bon marché des arguments historiques.
Bien entendu, le système de M. I. Del Lungo s’appuie sur une base qu’il
qualifie à juste titre de « solide et multiple » ; mais dans son récent article il se
borne à en indiquer une seule; c’est que la « Commodia » est ^aboutissement de
toute la vio affective du poète, représentée par la &lt;« juvénile Vita Nuova », do
toute sa vio scientifique, exprimée dans « le viril Convivio » (et ajoutons ; de ses
expériences politiques). « La figuration poétique de cette synthèse religieuse fut
étayée sur la vision de la gloire do Béatrice, grace à une préméditation intense,
à une acquisition proportionnée de science et à une pratique de la science,
auxquelles il convient d’assigner, dans la vie du poète, un nombre d’années cor­
respondant àla grandeur de la conception. Celle-ci en outre doit être mise en
relation avec l’incapacité où se trouvait Dante de la réaliser, quand \V l’envisagea
d’abord, et avec le degré de science mûrie, à laquelle il dut nécessairement
parvenir avant de se sentir digne de dire de sa dame ce qui n'avait encore été dit
d'aucune. » A cela nul ne contredit; toute la question est de savoir si aucun
chant, si aucun épisode de l’Enfer n’a pu être ébauché avant que fussen
complétées cette acquisition et cette maturité scientifiques nécessaires à la réali­
sation d’une synthèse prodigieuse; or précisément les premiers chants de l'Enfer
renferment des indices frappants d’une conception infiniment moins grandiose, où
la science occupe une place minime.
Ce que l’on comprend mal. c’est la séparation absolue que M. Del Lungo veut
établir entre la période de préparation (qu’il convient on réalité de faire commencer
dès l’achèvement de la Vita nuova) et celle de rédaction, &lt;• la première étant carac­
térisée par ceci justement que. se préparant à rédiger, le poète ne rédige pas. »
Pourquoi cette incompatibilité entre deux opérations inséparables ? Où a t-on jamais
vu qu’un artiste s'abstienne de toute ébauche sous prétexte do s’absorber dans
l’élaboration do ses idées et do son plan ? Croit on que l’artiste soit capable de
concevoir in abstracto, indépendamment des formes, qui sont sa manière propre
do penser? Et pourquoi refuser à la conception de Dante le droit d'avoir évolué,
comme à son imagination et àson expression celui de s’être développées et enrichies ?
Libre à chacun d’adhérer à cette théono comme à l’expression définitive de la
vérité ; mais qu’on se dise bien que c’est là un acte de foi, étranger à toute critique
littéraire, historique ou esthétique, do quelque nom qu’il plaise de l’appeler.

�Les relations

de Léonard de Vinci avec le peintre français Jean Perréal
\

Le 2 mai de la présente année 1919 a ramené le quatre cen­
tième anniversaire dn jour où Léonard de Vinci a rendu le
dernier soupir au manoir de Cloux (dit aussi Clos-Lucé) près
Amboise. Un tel centenaire intéresse à la fois l’Italie et la
France: l’Italie patrie du maître incomparable, la France que
Léonard a choisie pour y venir passer la fin de son existence.
Dans les deux pays,« des vpix éloquentes ou des plumes auto­
risées ont commémoré la grande mémoire.
Je voudrais m’associer à ces hommages rendus à Léonard de
Vinci en m’efforçant, non pas de broder des Variations sur les
thèmes connus, déjà précisés antérieurement par les recherches
des érudits et les dissertations des critiques d’art, mais de
trouver quelque chose de nouveau à signaler et qui s’appli­
querait à Léonard, et à Léonard considéré spécialement sous
un point de vue qui peut particulièrement nous toucher, nous
autres Français, c’est-à-dire dans ses rapports avec la France.
Une question se présente qui, pour l’ordre d’ idées que je viens
d’ indiquer, est des plus attachantes. Léonard de Vinci a-t-il eu
des relations personnelles avec des artistes de France, et ces
relations auraient-elles exercé quelque influence sur ces
artistes français ou laissé dans leur esprit des souvenirs parti­
culiers, dont on pourrait retrouver des témoignages, soit des
témoignages par écrit, soit, ce qui serait encore plus curieux,
des témoignages plastiques apparaissant dans des œuvres d’art?
Sur la première partie de la question : Léonard de Vinci
a-t-il été en rapport avec un ou plusieurs artistes de France,
nous avons la réponse par Léonard lui-même. Dans une note

�autographe, ayant le caractère d’un aide-mémoire, et tracé sur
un des fragments contenus dans le Codice Atlantico, conservé
à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, Léonard dit ceci :
® Prends de Jean de Paris le moyen de colorier à sec, et le
moyen du sel blanc et de faire les « carte impastate » [ceci ne
peut s’entendre que de feuillets couverts d’ une préparation de
pâte, comme on en appliquait dans les livres pour servir de
dessous aux endroits où l’ on voulait exécuter des images
traitées en miniatures], seules ou en beaucoup de doubles, et
sa boite de couleurs. Apprends l’emploi de la peinture à l’eau
1 « tempera »] pour les carnations; apprends à dissoudre la
lacque gutte1. » Ces indications montrent que le Jean de Paris,
« Gian di Paris », à qui Léonard notait de s’adresser pour des
enseignements de métier était un peintre, et un peintre fami­
liarisé particulièrement avec des procédés trouvant leur appli­
cation dans l’ exécution des miniatures, genre qui emploie la
« tempera » et la « lacque gutte » sur des « carte impastate ».
Dans ces conditions, il est certain que Léonard dans sa
note d’aide-mémoire vise un artiste français, très célèbre à la
fin du xv° siècle et durant le premier tiers du xvi°, artiste que
ses compatriotes mettaient au premier rang des peintres de
son temps, l’appelant un nouveau Zeuxis, un nouvel Apelle,
que, d’autre part, un document explicite nous montre s’adonn
an
t
\

1.
« Piglia di Gian di Paris il modo di colorire a secco, e’1 modo del salo bianco
e fare le carte impastate, sole e in molti doppi, c la sua cassetta de’ colori ; inpara
la tempera dello çarnage [ou carnagioni], inpara a dissolvere la lacca gutta ». Je
suis ici la lecture donnée par Edm. Solmi, Le Fonti dei manoscritti di Leonardo
di Vinci (extrait du Giornale storico del l a Ieteratura italiana), p. .‘{,‘14, qui me
paraît plus exacte que celle de .1. P. Richter, The litterary Works o f Leonardo
da Vinci (Londres, 1883, 2 vol. in 4*), t. II, p. 421, n° 1379.
Richter, dans son môme ouvrage, a publié (t. Il, p. 427, n° 1/«12 et p. 435,
n* 14-'i8) deux autres notes de Léonard, tirées également du Codice. Atlantico, ot
qui sont ainsi conçues : « Maghino Speculus di Maestro Giovanni Fra[n]ciese » —
v La misura del solo promessa mi da Maestro Giovanni Fra[n]zese ». Go « Jean Le
Français » dont il est question, doit ¡1 être ou non, assimilé avec le « Jean de
Paris » que mentionne l’autre note dont le texte est ci dessus? J'ai des Idées per­
sonnelles à cet égard, mais, malgré tout, j’avoue que je ne vois pas de raisons
absolument décisives pour trancher dans un sons ou dans l’autre.
1

�à peindre des images dans un manuscrit, le peintre que
l’on appelait communément, comme le fait Léonard de Vinci,
Jean de Paris, mais dont le véritable nom était Jean Perréal.
Différents auteurs, A. Pericaud l’aîné, en 1858*, J. Renouvier
en 1861’ , C. J. Dufay en 1864*, E. L. G. Charvet en 1874‘ ,
E. M. Bancel en 1885B, René de Maulde La Clavière en 1896e,
ont consacré des volumes ou des brochures à Jean Perréal,
monographies, qui, il faut le dire, ne font en bien des parties
que se répéter les unes les autres. Moi-même, dans un deS
volumes de VHistoire de l’Art publiée sous la direction de
M. André Michel, tome IV, 2' partie (paru en 1911), p. 743744, j ’ai résumé ce que l’on savait à cette date de Jean Perréal,
dit Jean de Paris.
Jean Perréal, en dépit de son surnom, était d’origine lyon­
naise. Dès 1483, au plus tard, il travaillait pour la ville de
Lyon. En 1497 il entra au service de la Cour de France, devenu
peintre en titre du roi Charles VIII. Les successeurs de
Charles VIII, les rois Louis XII et François lor, lui conservèrent
ses fonctions officielles, en le décorant du titre si prisé alors de
« valet de chambre du roi ». Perréal était encore en activité en
1529. M. Maurice Boy, par des rapprochements probants de
textes d’archives, a établi que sa mort est arrivée en juin ou
juillet 1530.
Les circonstances amenèrent de la façon la plus naturelle la
rencontre de Perréal avec Léonard de Vinci. En effet, la posi­
tion officielle de Perréal comme peintre du roi le conduisit en
Italie, lorsque les rois de France y firent leurs grandes

1.

Notice su r Jehan F erréa l dit Jehan de P aris, L y o n , 1858, in -8 ° .
M. Ren ou vier pa r D u p le s s is ,

2 . Jehan de P aris, p récéd é d'une notice su r

Paris»

1861, in -8 °.
3 . Essai biograph iqu e sur Jehan P erréa l dit Jehan de P a r is , L y o n , 1864, in - 8 ° .
4. Bi og r a phies d'a rch itectes. Jehan P er r é a l, Clém ent Trie et E douard G ran d ,
L y o n , 1876, g r . in 8 °, f i g u r e s .
5. Jehan P er r é a l dit Jehan de P a r is ... rech erch es su r sa vie e t son œ uvre, P ari»,
jn 4 °, fig
6. Jean P erréa l d it Jean de Paris, P aris, 1896, in -1 2 , fig .

�m
a
p
c agnes. Perréal suivit-il déjà Charles VIII lorsque celui-ci
passa en Italie en 1494? La question est très douteuse. Mais ce
qui est certain, c’est qu’en 1499 Perréal accompagna son maître
le roi Louis XII à Milan, où le monarque français lit son entrée
solennelle le 6 octobre, et Perréal était alors si hautement
prisé comme artiste qu’un des grands protecteurs des arts en
Italie, le marquis de Mantoue, François de Gonzague, l’ami de
Mantegna, lui proposa de lui' commander un tableau. Or, à
Milan se trouvait également Léonard de "Vinci. D'où un premier
contact très vraisemblable entre les deux artistes. En 1502,
Perréal et Léonard sont de nouveau tous deux ensemble à Milan.
Un enfant monstrueux venait de naître dans cette ville. Perréal
et Léonard font également l’ un et l’autre, d’après nature, un
dessin de ce phénomène. Plus tard, c’est inversement Léonard
de Vinci qui se transporte en France où l’appelait l’intelligente
admiration de nos rois pour son génie. Et sur la terre de France,
les fonctions de Perréal, qui comme « peintre et valet de
chambre du roi » se trouve être une façon de collègue de
Léonard, sont là pour faciliter la continuation des relations
commencées en Italie.
On comprend donc aisément comment Léonard de Vinci qui
aimait tant à s’ instruire de toutes choses, ayant pu, et en plu­
sieurs occasions, se rencontrer avec Jean Perréal, ait songé à
recueillir de lui des recettes de métier, comme l’atteste sa note
autographe du Codice Atlantico.
Mais Perréal, de son côté, n’a-t-il pas profité en quelque
chose de son contact avec Léonard ?
Pour résoudre la question, il faudrait pouvoir interroger les
œuvres de Perréal, et malheureusement la détermination de ce
qui peut être œuvre authentique de Perréal pose un des pro­
blèmes les plus obscurs de l’histoire de l’art français. On ne
connaît, en effet, aucune peinture pour laquelle un document
probant nous atteste d’une manière directe\ju’elle s o i dûe au
pinceau de Perréal. E. M. Bancel s’est bien efforcé de prouver
que Jean Perréal était l’auteur d’un tableau que lui-même,

�Bancel, croyait être une allusion aux fiançailles de Charles VIII
avec Anne de Bretagne et dont il a, généreusement, fait don
en 1894 au musée du Louvre. Mais les arguments invoqués à
ce propos ne résistent pas à une sérieuse analyse critique.
D’autres attributions ont été proposées. Moi-même j’ai con­
tribué à en créer une. J’avais, il y a plus de trente ans, signalé ‘
comme existant à la Bibliothèque Nationale, et j ’ai publié en
1894 une admirable miniature qui orne la première page d’un
manuscrit, le manuscrit français 14.363, contenant les Statuts
d&gt;' l’ Ordre de saint Michel. J’ai pu établir que le manuscrit avait
été exécuté pour le roi Charles VIII, un des protecteurs de Jean
Perréal; j ’ai, insisté sur ce fait que la miniature n’était pas
l’œuvre d’ un enlumineur ordinaire, mais la création d’un grand
artiste, au sens le plus élevé du mot; enfin je me suis efforcé
de montrer, tout en enveloppant ma théorie des règles de pr u
dence voulues, qu’ il y avait de sérieuses raisons pour proposer
d’attacher à ce morceau d’un ordre exceptionnel le nom de
Perréal comme auteur.
Dans la miniature, on voit le roi Charles VIII, auquel apparaît
l’Archange saint Michel, accompagné de trois autres anges.
De cet archange, l’artiste a fait une femme, comme l’indiquent
le bombement de la poitrine à la hauteur des seins et raffine­
ment de la taille. Et à cette femme? par une ingénieuse flatterie,
il a donné des traits qui rappellent ceux de la reine Anne de
Bretagne, femme de Charles VIIL Cette ressemblance se recon­
naît si l’on opère une confrontation, comme je l’ai fait en 1894,
entre la miniature, et une médaille à l'effigie de la reine Anne
de Bretagne frappée en 1494 pour la ville de Lyon, en l’ honneur
du roi Charles VIII et de la reine Anne. Cette médaille, nous
savons, par des documents d’archives, qu’ elle a été exécutée
1. A u cours do plusieurs com m u n ication s faites à la S ociété des Antiquaire? de
France, en particulier dans la séance do cette société du 3 ju in 1888.
2. C " Paul D u rrieu , u n ch ef-d 'œ u vre de la m iniature fra n çaise sous Charles VIII,
paru dans le n° du 15 fév rier 1896, p. 19-22, de la R ev u e Le Manuscrit, et tiré
ensuite à part, Paris, 1894, in 6°, avec planche hors tex te a jo u tée.

�\

précisément, pour le portrait de la reine, d’après un modèle
fourni par Jean Perréal.
Le même manuscrit français, dans lequel j ’ai trouvé cette
admirable miniature me paraissant attribuable à Perréal, ren­
ferme (fol. G) une autre page que j ’avais laissée de côté en 1894,
mais dont j ’ai donné, en 1911, une reproduction intégrale dans
le tome I,3t du Bulletin de la Société française pour la reproduc­
tion des manuscrits à peintures1. Cette page porte écrit le début
d’une copie de l’ordonnance royale de Louis XI portant insti­
tution de l’Ordre de saint Michel. Au-dessus de la première
ligne du texte une plume très experte a dessiné, en manière
d’enjolivement, deux têtes d’hommes barbus, l’ une de trois
quarts, l’autre de profil.
De Maulde La Clavière, qui avait été mis sur la voie du manus­
crit par mon travail de 1894, s’est demandé si l’on ne pouvait
pas voir dans ces têtes un portrait de Perréal lui-même \ Mais
il y a quelque chose qui frappe avant tout, c’est que la tête de
trois-quarts présente des analogies avec la physionomie de
Léonard de Vinci, telle que nous la connaissons par plusieurs
effigies du grand maître. Cette analogie a été remarquée par
M. Léon Dorez. Dans un travail qui vient de paraître, celui-ci
a soutenu, d’ une manière très intéressante, la théorie que nous
pourrions avoir dans ce dessin une évocation des traits de Léo­
nard, tracée de la main de Perréal*. La thèse est infiniment
séduisante. Cependant M. Dorez a eu soin de se montrer prudent.
Est-il bien sûr, en effet, que la tête soit un portrait de Léonard?
Le dessin, d’autre part, est-il du môme artiste qui a peint l’admi­
rable miniature initiale du manuscrit, que j ’avais proposé de res­
tituer à Perréal? Les deux points peuvent prêter h la controverse.
En réalité nous possédons, en ce qui concerne Tes travaux de
Perréal envisagé comme dessinateur, uniquement une seule
1. P la n c h e IV , illu s tr a n t u n e é t u d e d ’e n s e m b l e s u r Les M an uscrit ? de s Statuts
de /'Ordre d i saint M ichel, q u i a é t é a u ssi t ir é e à p a rt, P a ri», 1911, in -6 .
2. Do M aulde, o/&gt;. c it., p . 83.

• 3. Léon Dorez, L éon ard de Vinci et Jean Perréal (C on jectu res), p. 67 h 86 du
v olu m e c o lle c tif ; L éon ard de V inci, 1319 /-1919, R o m e , s. d. [1919], in -8 '.

�indication formelle et directe. Celle-ci nous est donnée parle
fameux Geoffroy Tory dans son ouvrage du Champfleury, dont
la première édition fut achevée d’imprimer le 28 avril 1529,
mais dont Geoffroy Tory, comme il 1' indique lui-même, avait
conçu l’idée dès le mois de janvier 1524 (1523, ancien style).
Sur le verso du feuillet marqué XLV1 de ce volume, Tory a
inséré une gravure représentant, en deux compartiments superp
osés

les lettres I et K dont la forme serait rappelée, suivant
Tory, par deux figurines d’hommes nus, debout, qui écartent
leurs bras et leurs jambes; l’un des deux hommes, celui qui
figurerait l’I, ayant quatre bras et quatre jambes. Chacune de ces
figurines d’ hommes nus est inscrite dans un carré exact, ce
carré étant lui-même placé dans un cercle dont la circonférence
vient toucher en son milieu la base du carré. Dans le texte du
Champfleury, Geoffroy Tory dit à propos de cette image :
« Figure que j ’ai faicte après celle qu’un mien seigneur et bon
amy Jehan Perréal, autrement dit Jehan de Paris, varlet do
chambre et excellent peintre des rois Charles huitiesme, Louis

�douxiesme et François premier, m’a communiquée et baillée,
moult bien pourtraicte de sa main ». Nous avons donc là,
incontestablement, la reproduction d'une figure pourtraicte de
la main de Perréal.

Dessin do Léonard de Vinci conservé h Venise

L,es deux parties superposées de la gravure du Champfleury,
l'I et le K, sont intimement liées entre elles par une commu­
nauté d’idée et de disposition générale. Seuls le nombre et un
peu l’attitude des bras et des jambes diffèrent d’une figurine à
l’autre Or la moitié supérieure qui donnerait un I suivant
Tory, montrant un homme nu, à quatre bras et à quatre jambes,
dont les extrémités des membres touchent aux lignes du carré
lui môme englobé dans un cercle, prête à une observation

�inattendue, et en même temps si facile à faire que je suis
vraiment tout à fait surpris d’être le premier à y avoir songé.
Cette observation, c’est que la figure dont Tory fait honneur à
Perréal, et dit avoir été « pourtraite » de sa main, est absolument
inspirée, au point que l'on pourrait presque songer à un cas de
démarquage, d’ un dessin de Léonard de Vinci, dessin dont
l’original, célèbre et plusieurs fois reproduit', se trouve au
Musée de l’Académie des Beaux-Arts à Venise. Ainsi nous ne
connaissons qu’ un seul exemple plastique de l’ habileté de main
de Perréal qui soit authentiqué directement par un témoignage
de l’époque de l’artiste ; et le morceau, du moins pour celle de
ses moitiés sur laquelle on peut raisonner — la seconde moitié
étant d’ailleurs tout à fait analogue à la première — dérive
nettement de Léonard. Voici donc la trace certaine d’une
influence exercée par le grand génie Italien sur le Français, si
prisé de ses contemporains, qui fut peintre en titre de rois de
France depuis Charles VIII jusqu’à François Ior.
Mais tout n’a pas été dit sur Jean Perréal, tant s’en faut.
Pour l’époque où celui-ci florissait comme peintre officiel de la
Cour de France, plusieurs contemporains nous parlent d’un
poète que l’on mettait sur le rang des meilleurs écrivains
français de l’époque et qui est appelé également Jean de Paris.
Jean de Paris poète, est-il le même que Jean de Paris peintre,
autrement dit que Jean Perréal ? 11 pouvait, il y a quelque temps
encore, subsister un doute, car, à la fin du xv* siècle et au
début du xvi°, le surnom de Jean de Paris a été aussi porté par
d’autres personnages que Jean Perréal; on a cité, par exemple,
Jean Bricet, dit Jean de Paris, chirurgien du roi Charles VIII ;
Jean Le Boy, dit Jean de Paris, qui aurait écrit des vers.
Plusieurs bons esprits ont fortement hésité pour l’assimilation
de Jean de Paris poète avec Perréal.
Aujourd’hui les conditions ont changé. La lumière a été
faite par une découverte, précieuse pour l’histoire de l’Art
1.

N otam m ent dans R ichter, op . c it., t. I, p lanche X V I I I , on regard de la p a g e 182,

et E u g è n e M untz, L éon ard de Vinci, P a ris, 1899, in -4 », p

�JEAN
MINIATURE

PEINTE

PERREAL
POUR

JACQUES

LE

LIEUR

(B ibliothèque Nationale, Ms. français 379, fol, 1)

��JEAN P E R R E A L ,
MINIATURE

PEINTE

POUR JACQUES

LE LIEÜR

( Bibliothèque Nationale, Ms. français 379, fol. 10)

��français, et que l’on doit au grand érudit, trop tôt enlevé à la
science française et à l’attachement pour sa personne de tous
ceux qui le connaissaient, mon cher et éminent confrère de
l’ institut : Emile Picot.
M. Emile Picot s’est occupé, vers les dernières années de sa
vie, d’un noble Normand de la première moitié du xvi' siècle,
Jacques Le Lieur, mort vers 1550 âgé d’environ 75 ans, qui tout
en ayant eu une grosse situation administrative, ayant été
échevin de Rouen, député aux Etats de Normandie et président
de cette assemblée, « croyait être poète », suivant l’expression
de M. Emile Picot, et a écrit un certain nombre de compositions
en vers. Parmi de ses poésies retrouvées et publiées par
M. Emile Picot dans une publication parue à Houen en 1013 \
figure une correspondance, de deux épîtres en vers, échangée
entre Jacques Le Lieur et Jean de Paris le poète. Or cette cor­
respondance : lettre de Le Lieur à Jean de Paris et réponse de
ce dernier, apporte des précisions décisives sur l’identité de
Jean de Paris le poète avec le peintre Jean Perréal. 11 me suffira
de citer ce vers, placé vers le milieu de la réponse de Jean de
Paris à Le Lieur :
« Jehan est mon nom, mon surnom Perréal »,
et cet autre vers qui termine la réponse, en valant signature :
a Et plegc de cueur gay ton amy :

P

e r r é a l

.

»

Cette correspondance poétique de Perréal avec Le Lieur
ouvre des aperçus extrêmement remarquables, et tels que je
n’en connais pas d’analogues en France pour une date aussi
ancienne, sur la psychologie de Perréal envisagé en tant
qu’artiste ; nous y entendons Perréal lui-même nous faire sa
profession de foi de peintre. 11 nous apparaît comme un adepte
du naturalisme. 11 se déclare :
« I m m y t a t e u r d e d a m e N a tu re ,
« A u v i f t ir a n t p a r fin t iv c p e in t u r e .

1 . N otice su r Jacques Le L ieur, échevin de R ouen, et su r ses Heures m an uscrites,
en tête d’ un e rep rod u ction ’dos dites Meures p u bliée pour la S ociété des B ib lio­
philes norm an ds, R o u en , 1013, p etit In 4° carré.

�Certes il n’ oublie pas
« V ifv e s c o u l e u r s n e ju s t e p e r s p e c t iv e ,

mais avant t o u t il cherche à donner l’impression de la vie, tout
en respectant en même temps les principes du dessin rigou­
reux et les règles de l’observation des lignes :
« E t b i e n q u e j ’a y e u n p e u d e g é o m é t r ie
« P a r le c o m p a s , et p r o p r e s y m é t r ie ,
a P h i z o n o m y e e n q u i le v i f c o n c i s t e :

« Là g is t le p o i n t q u e d o i t s a v o ir l ’a r t is te ,

a E t le s c o u l e u r s c o u v r e n t a p o i n t le t r e c t ;
« M ais le p lu s f o r t e s t q u e t o u t s o it p o u r t r a i c t

a B ie n j u s t e m e n t , c l d e b o n n e m e s u r e ,
a O u a u t r e m e n t il n ’ a p r o c h e n a t u r e .

« Approcher la nature » : ce dernier trait rappelle 1111 vers
imprimé dès le xvi 9 siècle, et maintes fois cité, de Jean
Le Maire de Belges qui, dans la Plainte du désiré, s’adressant à
un autre peintre, lui donne ce conseil :
« Vieil veoir nature avec Jehan de Paris ».

Jacques Le Lieur, d’ailleurs, dans les textes publiés par
M. Picot, et qui témoignent d’une admiration sans borne pour
les œuvres de l’artiste, proclame aussi cette supériorité de
Perréal dans l’observation de la vérité :
« Il fa it si b ie n j a m b e s , p ie d s , c o r p s et v is [v is a g e s ]
« Q u o iq u 'i l s n e v iv e n t , ils s e m b l e n t e s t r e v ifs . »

Ces théories esthétiques de Jean Perréal sont en conformité
avec ce qui préoccupait aussi l’esprit de Léonard de Vinci. On
sait avec quelle passion celui-ci a scruté la nature, étudié le
corps humain et ses diverses parties, quelle attention il a mis
dans l’observation de la physionomie, « physionomie en qui
le vif consiste » comme nous venons de l’entendre dire par
Perréal. On sait encore combien Léonard s’est attaché aux
problèmes de géométrie. « J’ai un peu de geométrie » confesse
Perréal et l’humble’ allure voulue de la phrase permet de croire
qu’en écrivant : « un peu », Perréal voulait laisser entendre
« beaucoup ». « Familiarise-toi d’abord avec la perspective,

�apprends ensuite à connaître les mesures de l’ homme » : expose
le Traité de la peinture de Léonard ; de son côté, après avoir
parlé de géométrie, Perréal affirme aussi que « le plus fort est
que tout soit pourtraict... de bonne mesure. » Nous pouvons
ajouter que, dans son épître à Le Lieur, Perréal fait un parallèle
entre le peintre et le poète ; et ce même parallèle remplit une
partie du premier livre du Traité de la Peinture de Léonard.
Jean Perréal et Léonard de Vinci se sont donc rencontrés
non-seulement d’une façon effective, mais aussi intellectuelle­
ment pour la manière dont l'un et l’autre concevaient quelquesuns des principes primordiaux de leur art.
Toutefois, je le reconnais, les deux maîtres peuvent avoir eu
les mômes idées d’une manière personnelle et indépendante;
mais le rapprochement n’en est pas moins fort attachant à
constater.
Les poésies de Jacques Le Lieur fournissent encore un autre
filon à exploiter.
Il y a plusieurs cas où ces poésies nous sont parvenues dans
des manuscrits de luxe ornés de miniatures. M. Picot s'est
demandé, étant donné les rapports d’amitié qui ont uni Le
Lieur et Jean Perréal, si Perréal n'aurait pas pu être appelé
parfois à coopérer à l’illustration de ces manuscrits à pein­
tures. Par elle-même l’idée est très vraisemblable. On sait, en
effet, d’une façon certaine, que Perréal a peint dans des
manuscrits contenant des « chansons », par conséquent des
poésies. Une lettre du roi Louis XII à « Monsieur de Montmo­
rency », écrite en 1507 alors que le souverain était en Italie,
est significative à cet égard : « Quand la chançon sera faite par
Fenyn, dit Louis XII, et vos visaiges pourtraits par Jehan do
Paris, ferez bien do les m’envoyer, pour montrer aux dames,
de par deçà, car il n’y en a point de pareils. »
Dans une des conversations que nous avons souvent eues
ensemble, M. Picot attira mon attention, à cet égard, sur un
très riche manuscrit do la Bibliothèque Nationale que je con­
naissais du reste de longue date, le manuscrit français 3 7 9 ,

�contenant 1111 Recueil de chants royaux, de ballades et de ron­
deaux ; et me suggéra d’examiner si, parmi les peintures qui le
décorent, il ne s’en trouveraient pas qui puissent être de la
main de Perréal. M. Picot est revenu sur cette idée dans sa
notice imprimée sur Jacques Le Lieur'.
Or voici ce que j ’ai constaté. Les miniatures du manuscrit
français 379, au nombre de 60 * sont de différentes mains et
d’une qualité très inégale. La plupart ne sont que des œuvres
de praticiens et souvent même d’ordre assez vulgaire. Mais
cinq ou six peintures, vers le début du volume, se détachent
sur l’ensemble, marquées au contraire de qualités exception­
nelles Bien qu’elles soient traitées parfois dans certaines
parties ' avec une liberté de pinceau un peu rapide, elles
révèlent la main, non plus d’ un enlumineur d e p r o f e s s i o n , mais
d’ un grand artiste. Comme valeur d’art, elles s’élèvent au
même niveau que le frontispice des Statuts de ¿’ Ordre de
Saint-Michel que j ’ai publiée en 1894. Et les mérites qui
éclatent en elles ce sont justement ceux auxquels Perréal dit
lui-même qu’ il s’ attachait avant tout, sentiment de la vie,
accentuation des physionomies (très sensible, par exemple
dans la tête d’un charmant petit portrait de François Ier jeune
que renferme la seconde miniature du livre), étude de l’ana­
tomie d e corps, observation stricte des règles de la pers­
pective.
11 y a donc bien des raisons concordantes pour attribuer ces
beaux morceaux de peintures, illustrant 1111 manuscrit fait pour
un grand ami de Perréal, à Perréal en personne.
1.
Parmi les peintures du manuscrit français .*{79 « il on est un certain nombro
de tout premier ordre, a écrit M. Picot, qu’on ne peut attribuer qu’à un grand
artiste... On est tenté de croire que Le Lieur, qui professait pour Jean Perréal
une admiration sans bornes, lui aura confió la décoration du recueil » ( notice sur
Jacques Le Lieur, p. 74).
*2 . .1(5 ne parle que des miniatures (de la grandeur d’un quart de page) (pii illus­
trent le manuscrit proprement dit des Chants royaux. Il y a en outre, à la fin du
volume neuf très grandes peintures à pleines pages, d’apparence brillante, mais
en réalité d’une qualité très secondaire, qui accompagnent un poëme intitulé : La
Chasse d'un cerf privé.

�C'est là un premier côté de la question.' En voici un autre.
La première de ces miniatures, placée en tête du texte»
montre la Vierge assise sur un rocher, ayant l’ Enfant Jésus
debout près d’elle, tandis que, plus en arrière, se dresse un
groupe de jeunes femmes, dont deux fort dévêtues. Or, dans
cette composition, et c’est à quoi je veux surtout en venir,
transparaît un reflet du style de Léonard de Vinci, soit dans la
madone assise, rappelant un dessin de la collection Bonnat qui
a été publié comme un exemple caractéristique du type de la
Vierge adopté dans l'entourage de Léonard1, soit dans les
airs de têtes des jeunes femmes à moitié nues du second plan.
Déjà d’ailleurs, il y a près de 80 ans, en 1840, Paulin Paris, un
des premiers érudits qui se soient passionnés pour les miniatures
des manuscrits, avec 1111 goût souvent très averti, disait de la
miniature en question qu’ ell^ « semble l’ouvrage d’un excel­
lent peintre, peut-être d'un élève de Léonard de Vinci »*.
Je signalerai encore une autre miniature placée au folio 10
du manuscrit, représentant Adam et Eve dans le paradis ter­
restre, debout l'un en face de l’autre auprès do l’arbre de la
science, Eve do face, Adam vu de dos, la composition sym bo­
lique de la lutte entre le bien et le mal étant complétée par
une figure du Christ sur la gauche et l’ indication d’ un démon
sur la droite du tableau. Le corps nu d’Adam est traité par l’ar­
tiste avec une recherche do la vérité anatomique, un effort pour
rendre le jeu des muscles dont je ne connais pas l’analogue
dans aucune peinture française antérieure à 1510, et qui
rappelle en revanche de très près certaines des célèbres études
de Léonard*. Ici, de nouveau, Paulin Paris eût pu parler avec
raison d’un élève — disons plus exactement « d’ un imitateur » —
de Léonard de Vinci.

1. CI'. Eugène Muntz., Léonard de V inci, p. 7IS.
2. Paulin Paris, Les manuscrits f rançois de la Bibliothèque du Roi, t. III (Paris
1840, in-8 ) p. 257.
• 3. Voir par exemple, le dessin de Léonard reproduit par Eugène Muntz, op. cit.
planche en regard de la page 26O.

�Jacques Le Lieur n’a pas été seul à jouir de l'amitié de Perréal.
Sur ce terrain des relations de Perréal dans le monde des
lettrés et des savants de son temps, il reste beaucoup de choses
neuves à découvrir ou à mettre en lumière. Jean Perréal fut
notamment très lié, ayant môme composé à son adresse un
petit poème sur FAmitié, avec un personnage qui, comme lui,
se piquait de littérature, comme lui était d’origine lyonnaise,
comme lui encore fut attaché à la maison royale et porta ce
titre de valet de chambre du roi dont Perréal fut également
décoré, Pierre Sala, successivement écuyer, valet de chambre,
puis maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi, épris des
souvenirs de l’Antiquité au point d’avoir voulu, pour posséder
des ruines romaines, devenir propriétaire du domaine de l’ An­
tiquaille sur Lyon \
Pierre Sala, l’ami de Perréal, épousa une jeune veuve dont
les contemporains ont vanté le charme et la distinction, Mar­
guerite Bullioud, sœur d’un futur évêque de Bazas. J’ai
retrouvé au Musée Britannique, dans le fonds Stowe, manuscrit
n° 955, un témoignage de l’amour de Pierre Sala pour sa Mar­
guerite. C’est un petit recueil d’emblèmes et de devises, qui
constitue presque plutôt un très joli bibelot qu’un livre cou­
rant, par la recherche raffinée qui a présidé à son exécution
matérielle, le texte, notamment, y étant tracé en lettres d’or
sur des feuillets de parchemin teint en pourpre, à la manière
des manuscrits do grand luxe de l’ Antiquité et de l'époque
carolingienne.
\
A la fin du manuscrit est un portrait vu en buste, de trois
quarts, de Pierre Sala1. Ce portrait est une pure merveille
d’exécution, un des plus délicieux morceaux que nous ayons
de la peinture française au début du xvi° siècle, très supérieur,
1. Cf. Georges Guigue, l e livre d'amitié dédié à Jehan de Paris par l'ecuyer
Pierre Sala, lyonnois, Lyon, 1884, in-8*.
2. Le manuscrit Stowe 955 renferme encore 12 autres miniatures, qui ne sont
pas île la mime main que le portrait et qui ne peuvent étre mises en parallèle *
avec celui-ci, sans être cependant, par elles-mémes, dénuées de mérite.

�par exemple, pour la finesse et l’esprit, à ce que savait faire
Jean Bourdichon. D’après les particularités de facture, qui rap­
pellent tout à fait les plus belles miniatures décrites plus haut
du Recueil de chants royaux fait pour Jacques Le Lieur. et étant
données d’autre part les étroites relations d’amitié qui unis­
saient Pierre Sala, comme Jacques Le Lieur, à Perréal, nul
doute que ce portrait ne doive être considéré comme un exemple
de ces « visages pourtraits par Jehan de Paris » mentionnés
dans la lettre du roi Louis X l I que j ’ ai citée et dont le maître
ornait les poésies des littérateurs de son temps.
En regard de ce ravissant portrait de Pierre Sala par Jean
Perréal, est écrite, sur le milieu de la page qui lui fait face,
une phrase en latin. Et ici se présente une particularité excep­
tionnelle autant qu’intéressante. La main, qui a tracé cette
phrase en face du portrait do Sala par Perréal, a imité, l'écri­
ture de Léonard, cette imitation étant rendue très sensible par
ce fait que, suivant la caractéristique bien connue des manus­
crits de Léonard, la phrase est écrite à l’envers, avec les lettres
retournées.
Ainsi dans mon enquête pour éclairer la question que j ’ai
posée au début de cette étude, j ’ai rencontré plusieurs faits
qui me paraissent autant de reflets, dans l’ordre plastique, de
ces rapports personnels que Léonard de Vinci a eus avec Jean
Perréal, « Gian di Paris » comme l’appelait Léonard.
Parmi ces faits, il en,est tout au moins un qui est incontes­
table, et sur lequel je reviens en terminant, c’est l’étroite
liaison de cette gravure du Champfleury, que Tory affirme
reproduire une image « moult bien pourtraicte de la main de
Perréal », avec le dessin de Venise, que l’on peut dire de
même « moult bien pourtraict de la main de Léonard de
Vinci ».
Comte

P a u l D u Rr ie u .

�LA COLLECTION ARMINGAUD
A

LA

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
(M anuscrits italiens 2242-2260.)

Jean Armingaud est l’un des érudits français qui ont exploré
avec le plus d’ardeur, de curiosité et de persévérance les archives
italiennes, à une époque où elles étaient moins accessibles que
de nos jours. C’est l’ample moisson do copies rapportées par
lui d’Italie, et auxquelles il avait réussi à joindre un certain
nombre de documents originaux, qui forme la série de dix-neuf
volumes dont on trouvera l’inventaire ci-après.
Nous devons à Ludovic Drapeyron, qui fut son camarade de
promotion à l’École normale, une très attachante biographie
de ce fervent ami de la nouvelle Italie 1 ; nous ferons, dans
les pages qui suivent, plus d’un emprunt h cette notice.
Jean-Jacques-Marc Armingaud, né le 29 mars 1841, à SaintPons (Hérault), entra à l’ Ecole normale en 1859, le plus jeune
de sa promotion, fut reçu, en 1862, le premier au concours de
l’agrégation d’histoire, qui venait d’être rétablie, et nommé,
le 10 octobre deja même année, membre de l’ École française
d'Athènes. Chargé, h son retour en Franco, on 1864, d’un
cours d’histoire au lycée Charlemagne, il devint titulaire d’une
i

1.
Association des Anciens élèves de l’École normale, année 1890, p. 36-42.
Drapeyron se proposait de consacrer ultérieurement, avec le concours d’Ernest
Séligmann, une • étude moins rapide » k «ou ancien camarade (p.*37 de la
Notice) ; il ne semble pas que ce projet ait eu de suite. — Sur Armingaud, voir
encore Georges Radet, L'Histoire et t'Œuvre de l'École française d'Athènes (1901),
p . 402, 451, 456.
#

�chaire d’ histoire, l’année suivante.au collège Rollin', et, quinze
ans plus tard (1880), au lycée Henri IV. Il avait, en outre,
assumé la double charge d’ un cours d’histoire à l’ Ecole spéciale
militaire de Saint-Cyr (1870-1873), et de leçons professées au
cours de jeunes filles dit « de l’Hôtel de Ville », à la Mairie du
Temple. Il mourut à Paris, xâgé seulement de 48 ans, le 24 août
1889.
Arrivé en Grèce à une époque do crise et d’anarchie 1, le jeune
« Athénien » avait dû, dit-il, renoncer aux travaux purement
grecs et s’interdire des explorations que l’état du pays rendait
impossibles*. Aussi avait-il songé à l’ Empire grec plutôt qu’à la
Grèce elle-même, et c’est entre Constantinople et Venise qu’il
partagea scs études. Les recherches qu’ il entreprit alors, prin­
cipalement dans les archives vénitiennes*, aboutirent à son
premier mémoire, Essai sur l’histoire des relations politiques et
commerciales de Venise avec l’ Empire d’ Orient. ; ce mémoire,
soumis en 1865 au jugement d e l'Académie des Inscriptions, ne
devait paraître qu’en 1868, sous un titre un peu différent*.
Pendant son séjour à Venise, qui avait duré plusieurs mois,
il ne s’était pas, bien loin de là, confiné dans la préparation
de ce mémoire ; sur le désir, croyons-nous, de Victor Duruy % qui
1. An commencement de 1863.
2. Ce sont les propres termes dont Armingaud se servait dans VAvant-propos
à son mémoire sur Venise et le Bas-Empire. Ce passage, qui a disparu de lu
rédaction imprimée de ce travail, avait été repris par K.-D. Delièque, dans son
Rapport sur Us travaux He VÉcole française d'Athènes pendant l'année I864-I865
(Acad :d es Inscr. et Belles-Lettres. Comptes-rendus, Nouv. série, t. I, année 1865,
p. 218). Eu ce qui concerne particulièrement le mémoire d'Armingaud, ce rapport
est élogieux, avec quelques critiques.
3. Le séjour d’Armingaud il Venise est mentionné par Armand Baschet, Les
Archives de Venise, Histoire de lu chancellerie secrète (1870), p. 106. « La biblio­
thèque de Saint-Marc l'attira aussi, dit-il, et il prit copie des Discours politiques
de Nicetas Chorisata [corr. Choniata], écrivain grec du commencement du
x iiie siècle. »
4. Numéro 5 de la Bibliographie qui suit.
!&gt;. « Sur le désir du Ministre île l'instruction publique », dit Drapeyron, p. 39
de sa Notice. Il est assez peu probable qu'il s'agisse de M. Roulaud. Dans l’intro­
duction à son volume Venise et le Bas-Empire (p. li-lll), Armingaud exprime à
M. Duruy sa vive reconnaissance pour la haute bienveillance dont « le meilleur
et le plus aimé des maîtres » lui « a donné tant de témoignages ».

�avait été son maître au lycée Henri IV d’abord, puis à l’ École
normale, et qui avait été appelé, en 1863, au Ministère de l’ins­
truction publique, il avait poursuivi une enquête sur la situation
morale, politique et économique de Venise, alors sous la domi­
nation autrichienne; de cette enquête, menée avec autant de
célérité que d’intelligence, sortit, dans le courant de l’été de 1864,
un curieux petit livre, qui eut, au témoignage de M. Drapeyron
un grand retentissement, et auquel les circonstances actuelles
donnent un renouveau d’intérêt : La Vénétie en 1864 . Avec une
maturité d’esprit remarquable chez un jeune homme de 23 ans
à peine, Armingaud y étudiait successivement, en cinq
chapitres : ¡’ Opinion publique, te Gouvernement, L’Armée et les
Fortifications, les Intérêts matériels, l’Istrie. La croix des saints
Maurice et Lazare ’ venait, avant la fin de cette même année,
récompenser l’ auteur de ce généreux manifeste.
Armingaud avait pris un premier contact avec les archives
d’ Italie. Dès lors, l’Italie ne devait cesser de l’attirer. Aux
vacances il y revenait souvent, surtout à Florence. C’est pendant
son premier séjour dans la Péninsule (1863-1864)* qu’ il conçut
la première idée d’un grand ouvrage, — qui peut-être, dans sa
pensée, devait lui servir un jour de thèse de doctorat3, — sur
Cosme de Médicis et son temps. En 1875, il avait en partie
achevé la rédaction du premier Livre, sorte d’introduction au
travail projeté6. Cette étude préliminaire, intitulée: Etat de
I

t. H. 39 de sa Notice : «... sa Vénétie en 1864, qui eut un grand retentissement
en France et au dehors, et dont s’alarma et meme s'irrita l’Autriche. »
2. Numéro 3 de la Bibliographie qui suit.
3. Le diplôme fut adressé le 11* septembre 1864 au député Cavalletti pour être
envoyé à Armingaud (cf. ms. italien 2260, fol. 109); le 1er octobre suivant,
H. Coletti, écrivant, de Milan, à Armingaud, parle de « Cavalletto » commede leur
« comune ed egregio amico » (ibid., fol. 110); en post-scriptum Coletti ajoutait
ibid., fol. 111 v») ; « Tutti gli amici furono lietissimi délla giusta ricompensa
esseguitavi dal Governo Italiano pel bel vostro lavoro sulla Vénétie. »
♦ .Drapeyron, p. 40 de sa Notice.
5. Armingaud avait dressé une liste de» thèses des Facultés des Lettres, rela­
tives à l’Italie et plus particulièrement i Florence, publiées de 1869 inclus à
1874 ou 1875, et une liste des articles de la Revue des Deux Mondes, relatifs à
l’Italie, de l’origine à 1874.
6. C’est le seul des travaux restés manuscrits d'Armingaud, que Drapeyron

�l’Italie et de Florence au commencement du xve siècle, se divisait
en trois chapitres : l’Italie et l’indépendance italienne, l’Italie
du Nord, l’ Italie méridionale et le Saint-Siège. En réalité,
Armingaud remontait beaucoup plus haut que l'époque indiquée
dans le titre. En un peu plus de deux cents pages, il traçait, à
grandes lignes, et de main de maître, un tableau de l’Italie au
moyen âge, principalement au xiv° siècle. Ce mémoire avait
des parties tout à fait remarquables, et il est permis de regretter
que l’auteur, jamais satisfait de lui-même et se corrigeant
sans cesse, ne se soit pas décidé à le publier; autant et plus
peut-être qu’en aucun de ses ouvrages ou mémoires imprimés,
on aurait retrouvé, dans cette étude d’ensemble, cette' faculté
de généralisation, cette fermeté de style, cette constante clarté,
que Drapeyron louait justement dans ses écrits1.
Avant d’entrer dans le cœur même de son sujet, qui était la
Vie de Cosme de Médicis, il sentit la nécessité de compléter sa
documentation ; et c’est .alors qu’afin de poursuivre plus
librement qu’il n’avait pu le faire jusque là,«es recherches non
seulement à Florence, mais dans divèrses archives d’Italie, il
sollicita une mission du Ministère de l’instruction publique.
Dans le mémoire qu’il avait rédigé à l’appui de sa demande
(25 novembre 1875)-, il exposait que la correspondance de
Cosme de Médicis, laquelle n’avait jamais été publiée, était
conservée dans certains dépôts d’archives désignés par lui, et,
par l’analyse ou l’ indication des lettres dont il avait été amené,
lors d’ un récent voyage à Florence, à commencer le dépouille­
ment, il donnait une idée de l’intérêt de cette correspondance.
mentionne dans sa Notice (p. i\) ; c’est peut-être à cette Introduction qu’il faisait
allusion, quand il parlait (p. 42; des pages auxquelles Armingaud avait pu mettre
la dernière main, et qu'il était alors question de publier. — Cf. u” 18 de la Biblio­
graphie qui suit.
'
A propos des prétentions des Empereurs à la souveraineté de l'Italie, il y
avait, daus cette Introduction, sur larace allemande, sur sa soif de conquêtes et sou
absolu mépris de tout droit, des pages d’une vigueur vraiment étonnante, qu’on
croirait inspirées par les événements actuels plus encore que par ceux de 1870.
2. Ce mémoire forme le début du ma, italien 2260; cf. le u“ 6 de la Bibliographie
qui suit.

�La mission obtenue1, Armingaud passe de nouveau les
Alpes; mais tout de suite il élargit, peut-être outre mesure,
le champ de ses investigations. En janvier 1876, il était à
Turin. Précisément à cette époque, le surintendant des Archives,
Nicomede Bianchi, achevait l’ impression du volumineux
et précieux inventaire qui a pour litre : Le Materie politiche
relative all’ estero degli archivi di Stato Piemontesi (1876).
Armingaud ne résista pas au désir de prendre une connaissance
au moins sommaire de l’ organisation et des richesses de ce
vaste dépôt. Des recherches qu’il entreprit aussitôt, sortirent
deux publications connexes : son premier Rapport au ministre,
intitulé : Documents relatifs à l’histoire de France recueillis dans
les Archives de Turin, dans lequel il donnait comme une
analyse du volume de Bianchi, et attirait l’attention princi­
palement sur diverses séries de lettres de Mazarin, dont
M. Chéruel commençait de publier la correspondance’ , — et un
mémoire, plus personnel et d’ une portée plus générale, sur
la Maison de Savoie et les Archives de Turin, mémoire qu’il
communiqua, cette même année, à l’Académie des Sciences
morales et politiques’ .
C’est dans le courant de cette même année 1876 qu’il com­
mençait le dépouillement méthodique, — lequel devait dure»
plusieurs années, — des Filze de YArchivio mediceo innanzi il
Principato. De l’année suivante (2 mai 1877) date son
deuxième Rapport (sur les documents contenus dans la
Filza XIII), bientôt suivi d’ un Supplément (15 juin 1877) '.
Pendant l’année 1877, Armingaud n’avait reçu du Ministère
1. On lit, dans les Archives des Missions, 3" série, XV bis (1890), p. 21, à la date
du 9 décembre 1816 : « M. Armingaud, professeur d’histoire au collège Rollin, est
chargé d'une mission à Florence, pour continuer ses recherches relatives à l’his­
toire de cette ville et particulièrement à lacorrespondance de Cosme de Médicis.»
2. N» 8 de la Bibliographie qui suit. Ce Rapport est le seul qui ait été publié,
des nombreux Rapports adressés par Armingaud au Ministre de l’instruction
publique, au cours des année» 1876-1879.— Ou trouvera la liste de ces Rapports,
dressée par Armingaud lui-même, dans le mi. italien 2260, fol. 90 v».
3. N° 7 de la Bibliographie qui suit.
4. Ms. italien 2260, fol. 20 à 32, et fol. 33 à 52.

�aucune indemnité; et, réduit au traitement d’inactivité, il avait
dû, semble-t-il, subvenir presque entièrement avec ses propres
ressources aux frais de sa mission. Aussi, à la fin de janvier
1878, en même temps qu’il envoyait son troisième Rapport
(sur la correspondance de Ruberto Martelli relative au Concile
de Bâle) ', il sollicitait, en vue de la continuation et de l’achè­
vement de sa tâche, le concours pécuniaire du Ministère*. Son &lt;
appel dut être entendu, car, à partir de ce moment, et surtout
pendant l’année 1879, l’infatigable chercheur, secondé dans
son travail par toute une équipe de copistes, redouble d’activité.
Pendant l’été de 1878, de juin à septembre3, Armingaud
poursuit la transcription des Filze, tandis qu’ il achève son
quatrième Rapport4. Puis, il quitte momentanément Florence,
et, en octobre, nous le retrouvons aux Archives de Turin, où
il entreprend la copie des dépêches adressées de France à
Charles-Emmanuel I, duc de ^Savoie, par son représentant
René do Lucinge, seigneur des Alimes6.
En 1879, de janvier à octobre, sont continués et enfin
achevés, jusqu’à la Filza cxxxvii et dernière, les dépouille­
ments de la correspondance des Médicis, dans l’Archivio
mediceo innanzi il Principato) les résultats de ces dernières
recherches sont consignés dans quatre nouveaux Rapports, se
succédant à quelques mois d’intervalle*. Celte même année,,
sont explorés l’Archivio sforzesco de Milan’ , YArchivio storico
1. M i . italien 226», fol. 53-89.
2. La minute de la lettre écrite par Armingaud au Ministre de l'instruction
publique se trouve duna le ma. italien 22ti0, fol. 54.
3. La plupart des données chronologique» qui suivent, sont empruntées à la
collection méme, Armingaud ayant très souvent pris soin d’indiquer, sur la
couverture des dossiers, la date de la copie et même le nom du copiste.
4. Sur diverses Filze contenant des lettres de Cosine ou ù Cosine (Filze XI,XII,
XLIX, etc ).
3.
Ma. italien 2253, lequel est entièrement de la main d'Armingaud. — Cette
correspondance est très sommairement mentionnée par Nicomede Bianchi, Le
Materie politiche, etc., p. 555, col. t.
6. Sur la correspondance d’Averardo dei Medici (15 janvier 1879), — da Gio­
vanni dei Medici ( f mars), — de Pietro dei Medici (28 avril), — choix dans la
correspondance de Lorenzo il Magnifico ¡30 septembre).
7. Cf, ins. italien 2244, fot. 1-111, etc.

�Gonzaga de Mantoue', et YArchivio di Stato de Modène5, et
Armingaud profite de son séjour dans cette dernière ville pour
faire copier, à la Biblioteca Estensi’, le petit traité « Delle
Battaglie », de Baimondo Montecuccoli *.
La mission officielle d’Armingaud ne put se prolonger
au-delà de l’ automne de 1879*; il remonte alors dans sa chaire
du collège Rollin, qu’ il avait quittée quatre années auparavant.
Mais pendant quatre autres années encore, on devait continuer de
travailler pour lui dans divers dépôts d’archives ou bibliothèques
d’Italie. De 1880 à 1882, il fait reprendre, à Turin, la copie des
dépêches de Iîené de Lucinge5, commencée par lui en 1878,
tandis que l'on s’occupe de lui fournir, de Milan et de Florence,
la transcription ou les extraits de divers recueils de la corres­
pondance de Pier Candido Decembrio (1880, 1881, et même
1882)% notamment des recueils conservés dans un manuscrit
de la collection Saporiti et dans un manuscrit de l’Ambroi­
sienne ; M. G. Porro prit soin de collationner pour lui ces copies.
L année 1882 est marquée, en outre, par de nouvelles
recherches poursuivies, soit sur les indications d’Armingaud,
soit par Armingaud lui--même, — qui aurait fait cette année
là un nouveau voyage en Italie, — dans YArchivio sforzesco de
Milan7.
En 1883. le copiste qu’ il avait chargé, environ quatre années
auparavant, de la transcription du traité « Delle Battaglie»,
de Montecuccoli, achève, d’après un manuscrit de la même
Biblioteca Estense, celle de l’ouvrage beaucoup plus étendu
1. Cf. m&gt;. italien 2255, fol. 113-118.
2. Cf. m i. italien Î255, fo l. 208-254.
3. Ma. italien 2256, fol. 1-67. — S elon to u te vra isem b la n ce, c ’e st par la gran de
m on og ra p h ie d e C esare Cam pori sur Mò n te c u c co li, p a r u e e u 1816, e t d o n t il
r e n d i t co m p te dans la r e v u e h istoriqu e (u ° 10 d e la B ibliographie qui suit),
q u ’ A r m in g a u d eu t co n n a issa n ce d e c e t o p u scu le d e l’illustre g én éra l, ainsi q u e île
son T ratta lo della G uerra ; c es deux traités y s o n t signalés c o m m e in éd its (p. 526),
e t le p re m ie r y e st m en tio n n é à p lu sieu rs r e p r is es (p p . 59, 12, e tc .;.
4. Cf. D rap eyron. N otice, p. 42.
5. Ms. italien 2254.
6. M s s . italiens 2257 et 2258.
7. Cf. m s. italien 2243, p rin cip a lem en t fol. 410-428.

�du célèbre général, intitulé « Trattato délla Guerra »'. Enfin,
au commencement de 1884, il reçoit encore de Florence un
court dossier, qui semble avoir été le dernier5.
C’est ainsi qu’en l’espace de huit années, de 1876 à 1883 ou
1884, de nombreuses copies de documents ou pièces d’archives
des xve, xvie et x v iie siècles, exécutées à Milan, Turin, Modène,
Mantoue et surtout Florence, soit par Armingaud lui-même,
soit, sous sa direction, par divers copistes, dont nous avons
compté jusqu’à une dizaine, se constitua la collection qui
porte son nom.
Il
s’ en faut d’ailleurs, et de beaucoup, que les dix-neuf
volumes dont se compose cette collection, représentent la
totalité des papiers, contenus dans un nombre égal de carions,
laissés par lui. Une assez grande quantité de notes jugées
complètement inutilisables3, ont dû être sacrifiées. De même,
ont été éliminées des copies faisant double emploi avec des
originaux conservés à Paris même ; par exemple, les copies
tirées de nos manuscrits italiens 1583-1615 (Archivio sforzesco),
ou les transcriptions faites sous ses yeux, en i884, aux
Archives du Ministère des Affaires étrangères, des Instructions
données à nos ambassadeurs, depuis les traités de Westphalie,
séries Savoie-Sardaigne et Mantoue *.
En tête de la collection 5 ont été réunis les originaux du
xve et du xvi® siècles recueillis par Armingaud au cours de ses
voyages, et dont le groupe le plus important forme un appré­
ciable complément à la correspondance des Sforza conservée,
1. Ms. ital. 2256, fol. 68-368.
2. Ms. ital. 2252, fo l. 174-204.
3. L os n o te s su r V en ise e t le B as-E m p ire, e t su rto u t su r C osm e de M édicis,
éta ien t p a rticu lièrem en t con sid éra b les e t tém o ig n a ien t de r ec b e r c h e s très é te n ­
d u es, mais telles q ü ’ Arm ingaud seu l p o u v a it en tirer p a rti.
4. C ette p u blica tion a é té faite, d ep u is, par les s o in s du c o m te H orrlc de Beau ­
caire (4898-1899). 11 n ’y est fait a ucun e allusion a u x c o p ies « x é c u t é e s a n térieu ­
r e m e n t so u s la d irectio n d’A rm ingaud. N’ont é té gard ées, dans la collection , qu e
les c o p ies d es q u elq u es p iè ce s qui ne figu ren t pas dans les d eu x volu m es du
c o m te H orric d e B eaucaire (m s. ita lien 2255, p rin cip a lem en t fol. 42-107).
5. Ms. italien 2242.

�comme il vient d etre dit, dans les manuscrits 1583-1615 de
notre fonds italien. — Le dernier volume1 a été constitué à
l'aide de mémoires ou de rapports relatifs à la mission d’Armin­
gaud, auxquels on a joint un petit nombre de pièces de carac­
tère personnel, et les très rares lettres retrouvées dans ses
papiers*.
« Les circonstances ont fait qu’Armingaud n'a pu lui-même
profiter de son œuvre; il faut du moins qu’elle ne soit pas
perdue pour le pays », écrivait Ludovic Drapeyron en termi­
nant sa Notice. Elle ne le sera pas entièrement, les matériaux
amassés par lui au cours de tant de campagnes érudites étant
désormais à la disposition des travailleurs.

Bibliographie.
Comme complément aux pages qui précèdent, il nous paraît
indispensable de donner ici la bibliographie de l’ œuvre impri­
mée, presqu’entièrement italienne par son objet, de Jean
Armingaud ; mais cette bibliographie ne laisserait qu’ une idée
très imparfaite de l’activité littéraire de l’auteur, si nous ne la
faisions suivre de l’indication de ceux de ses travaux qui sont
restés manuscrits, les uns encore à l’ état d’ébauche, les autres
plus ou moins poussés.
1. Ms. italien 2260.
2. N o ta m m en t d eu x le ttre s de G iuaeppe C a u estriu i, — l’éd iteu r d es OEuvres in é ­
d ites de Guictiardiu e t, a v e c A bel P esjard in a, d es N égociation s diplom atiques d e
la France avec la Toscane, — a vec qui A rm ingaud sem b le a voir é t é en relation *
a ssez é tr o ite » , à partir de 1863.

�I; — Ouvrages imprimés.
1 . [i860]. — Étude sur la correspondance de Voltaire avec de Céde ­
ville et de Form ont. V ersailles, Cerf.
Nous ne connaissons ce mémoire que par la mention qu’en fait Ludovic Dra­
peyron, Notice précitée, p. 37.

2. i863. — Une Confédération italienne au xvr siècle, et le lieute­
nant général Guichardin, d’après ses dépêches inédites. (Journal
• des Débats des 24 et 25 octobre 1863 .)
D'après le t. IV, ! r° partie, des Opere in ed ite d i F ra n cesco G u icciardini
publiées par G. Canestrini. — Ces deux articles auraient été insérés sur la
demande de Silvestre de Sacy (Drapeyron, N otice, p. 39).

a. 1864 . — La Vénétie en 1864 . Paris, Hachette [ 1864 ], sans nom
d’auteur; in-8°, 160 p.
Le titre était originairement '.La V én étie d ep u is '1SU9, ¿ l a t m ora l, p olitiq u e,
écon om ique du p a ys. Il a été gardé pour le rés u m é g én éra l qui termine le
volume1 imprimé (p. 149-160). — I.e manuscrit d’ Armingaud portait la dato :
« Venise, mars 1864. » Le volume a dû paraître au mois de juin suivant.

\.

1866. — Discours [sur l’art de voyager] prononcé à la Distribution
solennelle des Prix du collège Rollin, du mardi 7 août 1866.
Paris, im pr. E. Donnaud, 9, rue Cassette, 1866, in-8° de i 3 p.

{&gt;. 1868. — Venise et le Bas-Em pire. Histoire des relations de Venise
avec l ’Em plre d ’O rient depuis la fondation de la République ju s ­
q u ’à la prise de Constantinople. Paris, Im prim erie im périale,
1868, in-8* de 111-149 P- (Extrait des Archives des Missions scienti­
fiques et littéraires, tome IV, ae série.)
Cf. A cadém ie des

In scrip tio n s et B elles-L ettres. C om ptes-rendus, Nouv.

aérie, t. 1, année 1865, p. 77-78 et 218-220 (Séances des 24 mars et 21 ju illet).—
Le manuscrit original portait la date 1864-1865 ; il avait été soumis, en 1865, à
l’examen de MM. E. Miller, E. Beulé, Dehèque et L. Renier, membres de la
Commission de l'Êcole d'Athènes, et de MM. E. Egger et Brunct de Presle, prési­
dent et vice-président de l'Académie. — D'un A v a n t-p rop os qui n'a pas été
conservé, du moins sous sa forme originale, il ressort que ce volume devait être
suivi d'au moins un second, l’auteur se proposant de poursuivre son travail jusqu’à
l'époque moderne.

0 . 1876. — Cosm e de Médicis et sa correspondance inédite [1439i 464 ], dans : Séatices et travaux de l'Académie des Sciences mora­
les et politiques. Compte-rendu, 36 * année, Nouvelle série, t. VI,
1876, 2e''sem estre, p. 560-578.
Cf. le Mémoire présenté par Armingaud à la Commission des Missions, à
l'appui de sa demande, 25 nov. 1875 (ms. ital. 226(1, fol. 1-19).
Ce Mémoire avait été lu par Jules Zeller, — qui semble, en cette occasion et
en d'autres, s'être fait le patron de son ancien éléve de l’Kcole normale, — ¡1 la

�séance du 4 mars 1870; cf. Séances et travaux, etc., 35' année, Nouvelle série,
. V, 1876, 1" semestre, p. 916.
Armingaud rappelle ici (p 559) que, « étudiant depuis de longues années la vie
de Cosme de Médicis..., [il a,] dans un dernier voyage à Florence, commencé le
dépouillement de sa correspondance privée ».
Ce Mémoire, qui ne devait être, dans la pensée de l’auteur, qu’une « première
étude » (p. 576), est plein de renseignements intéressants sur les richesses conte­
nues dans VArchivio mediceo innanzi il Principato ; la seconde partie est
presque tout entière (p. 564-576) consacrée à la Filza ou liasse XI, renfermant
671 lettres adressées à Cosme.

7 . 1877. — La Maison de Savoie et les Archives de Turin, dans :
S é a n c e s et t r a v a u x d e V A c a d é m ie d e s S c ie n c e s m o r a le s et p o li t i q u e s .
C o m p t e - r e n d u , 37"année, Nouvelle série, t. V il, 1877, i or semestre,
p. 534 -555 , et t. VIII, 1877, 3“ semestre, p. 3 i- 6 G et 566 -5 go.

La lecture de la première partie de ce Mémoire avait été faite, par Jules Zeller
, à la séance du 23 septembre 1876; cf. Séances et travaux, etc., 36’ année,
Nouvelle série, t. .VI, 1876, 2" semestre, p 910. — La première partie du
Mémoire est suivie d’observations de MM. Ch. Giraud, Jules Zeller et Nourrisson ;
cf. Séances et travaux, etc., 37" année, Nouvelle série, t. VII, 1877,
1" semestre, p. 555-558. — D’après'Ch.-V. Langlois et H. Stein, les Archives
de L'histoire de France, p. 771, il aurait été fait un tirage à part.de
ce Mémoire.

8. 1878. — Documents relatifs à l’histoire de France recu eillis dans
les Archives de Turin. Rapport de M. Arm ingaud sur sa mission
en Italie (Séance du 4 décem bre 1876), dans : Re v u e d es S o c ié t é s
s a v a n te s d es D é p a r t e m e n t s ..., 6 ” série, t. V (année 1877, ^ ' semes­
tre), Paris, 1878, p. 126-160.
C’est le premier des ({apporte envoyés par Armingaud au cours de sa mission,
et le seul, il ce qu ii semble, qui ait été publié. — Cf. Revue des Sociétés
savantes..... . 6' série, t. IV (année 1876, 2’ semestre), Paris, 1877, p. 329
(Séance du 6 novembres et p, 336 (séance du 4 décembre). — Le Mémoire
original était daté du 13 iqars 1876.

0 . 1878. — Com pte-rendu de :

S t o r ia

d e ll a d ip lo m a z ia d e lla

C o r te

scritta da Domenico C a r u t t i , voi. i* et 2° ( 1 494-1 663 ),
Roma, Torino, Firenze Rocca), 1875-1876, — dans R e v u e h is to r i­
q u e , 3 ° année, t. VII, mai-août 1878, p. 459-469.
d i S a v o ia ,

1 0 . 1879. — Com pte-rendu de :

Rai m o n d o M o n te c u c c o li, la s u a
dal marchese com m endatore Ces re C am ­
Por i, Firenze, Barbèra, 1876,
dans r e v u e h is t o r iq u e , 4 année,
t. XI, septembre-décem bre 1879, P- 196-205
f a m i g lia r ■su o i t e m ili,

1881. — Compte-rendu de : L e s M é d ic is , par Albert C a s t e l n a u ,
1879, 3 vol., — dans r e v u e h is to r iq u e , 6e année, t. XVII, septembredécembre 1881, p. 180-186.

11.

1 2 . 1886. — Compte-rendu de G, C la r e t t i.,

S to r ia d e l regno e d e i

�tempi di Carlo Emanuele 11, duca di Savoia, 1877-1879, 3 v o i., —
e t de : Relazioni d’insigni ai listi e virtuosi in Roma col duca Carlo
Emanuele II di Savoia, i 885 , — d a n s Revue historique, 11· a n n ée,
t. X X X II, se p te m b r e -d é c e m b r e 1886, p . 42o-A 3 a.

II. — Ouvrages m anuscrits.
Institutions fondées ou essayées en France sous le
règne de Charles VII.

13. [ i 8 6 i j . —

Travai] inachevé. Dossier considérable, composé d'une vingtaine d e c a b ie r s ;
extraits d'im prim és et de m an u scrits; quelques m anuscrits de la Bibliothèque
aiors im periale ont été utilisés. Ce travail date certainem ent du séjour d’Armin ­
gaud à i ’École normale (1859-1862), et tr is probablem ent de 1861. Le sujet
venait d’ètre propose par t’Académie des Sciences morales et politiques pour le
prix Bordin à d écerner en 1862. Le term e de rigueur, pour le dépót des
m ém oires, était fixé au 31 décembre 1861. 11 ne semble pas que l’on ait recueilli,,
dans les papiers d’Armingaud, mème un commencement de rédaction. Deux
mémoires furent présentés ; celui qui fut couronné avait pour auteur Vallet de
Viriville ; il fut publié, quatre ans après la mort de celui ci, dans la Bibliothèque
de i'Éco/e des Charles, année (872, p. 1-118, sous le titre : Mémoires sur les
Institu tio n s de .Charles VII. — Cf. Séances et travaux de t ’Académie des
Sciences morales et politiques. Compte-rendu, années 1860, 4* sèrie, t. II
(t. LII de la Collection), p. 459-460, et t. Ili (t. LUI do Ia Collection), p. 186-187,
— 1862, 4« sèrie, t . IX (t. LIX de la Collection), p. 301-302, - 1863, 4· sèrie,
t. XIV (t. LX1V de la Collection), p . 291-295, — et 1864, 4’ sèrie, t, XVII
(t. LXV1I de la Collection), p. 479-480.
14.

i8 6 5 .

—

L’Instruction supérieure en'Italie.

Brouillons et notes en vue d'un travail qui ne semble pas avoir été publié. —
Armingaud y tra ita it aussi de l'enseignem ent secondaire.

1 3 . Après 1867. — Lucien critique d’art, ou Quid Luciani Samosatensis scripta vel Luciano Sarnosatensi attributa nos de artibus
doceant vel explanandis vel judicandis.
Évidemment projet de thése latine. Quelques points rédigés en
quelques-uns meme en latin.

français,

1868. — Le dernier Em pire de Byzance. — I. La Société byzantine et les Lascaris. — II. Histoire d ’un fondateur de dynastie
[Michel Paléologue].

1(5.

Deux ebapitres, le prem ier achevé., le sccond de rédaction incomplète, et destine»
l'un et 1 autre à la Hevue des Deux M ondes , d’un ouvrage plus étendu, dont le
reste était à peine ébauché, et pour lequcl 011 trouve aussi ces autres titres :
Derniers sièctes du lìas-Em pire, ou Les derniers jo u rs du Bas-Empire,

É tude morate et polilique.
17.

1870. — Vie de Bism ark.
Étude inachevée, d’une rédaction à peu près définitive, principalem ent d’après

�\
Hesekiel, Das Buch vom Fürsten Bismark, ouvrage dont la première édition *
paru en 1869. Il ressort du texte même de cette étude, qu’elle est antérieure à la
guerre de 1870-1871; elle a donc été écrite dans les derniers mois de 1869 ou
dans les premiers mois de 187*. — Armingaud jr traite uniquement des origines
et de la jeunesse du futur chancelier, jusqu’en 1840 environ. — D'après une
note de l'auteur, son idée première semble avoir été d'écrire un « essai sur les
lettres et les discours politiques • de Bismark.

Ht. 1875. — Cosme de Médicis. Essai sur la République et la c iv ili­
sation de Florence au xv* siècle.
Cf. ce qui est dit plus haut de ce mémoire, p. 170-171.

19 . [Date incertaine]. —

Rinaldo d egli Albizzi e Cosim o di Medici.

Plan du travail, et rédaction partielle, relative à la politique de Grégoire XII.

f

Enfin, dans les papiers du laborieux écrivain se sont trouvés divers
projets de travaux, dont les litres ne peuvent être m entionnés ici
que pour m ém oire : L e S é n a t r o m a in so u s l 'E m p i r e (1868), H is t o ir e
d es J u i f s (1869 ), r é c i t s flo r e n t in s , xiii* et xiv* s iè c le s , ¡.a r é p u b l i q u e
d e V e n ise et H e n r i I V , roi d e F r a n c e , — et quelques articles p oliti­
ques, notam m ent sur la D é fe n s e n a tio n a le (Paris, décem bre 1870), et
sur la R è fo r m e d e l ’a r t ic le d e la C o n s t it u t i o n d e
, r e la t i f au

1875

r e c r u te m e n t d u S é n a t .

(A suivre.)

L. A u v r a y .

*
?

�variétés

Fragment d’un voyage de Stendhal
à Naples en 1817.
Tandis qu’il finissait à Milan son Histoire de la Peinture,
Beyle s’avisa qu’ il était bon de connaître quelques-unes des
œuvres dont il parlait. Il s’en fut donc à Rome, pour décrire
sur place le jugement dernier, la voûte de la Sixtine, et les
autres œuvres de Michel-Ange, qu’il avait jusqu’ici entrevues
seulement. Mais, las de ce travail avant môme qu’il ne l’eût
terminé, il poussa bientôt jusqu’à Naples, où il n’y avait pour
lui ni tableaux ni statues, mais de lu mer, du ciel, et le beau
profil 'du Vésuve. Là San Carlo et sa musique le reposèrent
d’un excès de peinture à fresque.
Sur le grand registre vert-pomme' où, les 4 et 5 février, il
allait enfin achever d’écrire la description du Jugement dernier,
devant lequel il n’était plus, le capricieux voyageur jeta ce
bref fragment de son journal’ .
Ces pages de Beyle sont inédites sans être tout-à-fait nou­
velles. On y reconnaît une première version, spontanée et
encore un peu informe, d’un passage de Home, Naples et Flo­
rence, qui allait paraître huit mois plus tard; en septembre
1817. Nous savions déjà, par Beyle lui-même, que ce livre
charmant était « exactement » son « journal » ’ . On en trouvera
ici une nouvelle preuve^
Et les curieux de Stendhal, s’ ils se reportent au texte de
l’ouvrage1, ne verront pas sans intérêt avec quelle adresse,
disons même avec quel art, il sait nourrir do détails réels,
embellir do quelques fantaisies, animer et colorer, la maigreur
un pou sèche de ses impressions premières.
Paul A

rbelet.

1 . C'est le tome XIII île« manuscrit* du l’Histoire de ta Peinture (Biblioth.
'municipale de Grenoble, H 28»), Sur la couverture cette note : « Ce volume a
fait avec moi le voyage de 87 jours, du 8 décembre 1816 au 4 mars 1817... »
2. Ou n'en commit point d'autres pour ce t 1 année 1817, mais on peut suppo­
ser que Beyle en écrivit, et que, connue celui-ci, ils vinrent se fondre et dispa­
raître dans son livre.
a. Corr., Il, 47.
4.
P ages 240 et suiv. de l’édition Lévy, 376 et suiv, (t. I) de la nouvelle édition
Champion, dont la publication est imminente.

/

I

�N aples, 28 ja n v ie r 1817*.
Nous arrivons, M. F ., m oi, et un etre a m p h ib ie, à 1 heure a p rès-m id i:
tem ps couvert*. b rou illard épais, m ais pas froid .
D ifficu lté de trou ver un lo g e m e n t*. Quand je suis o b lig é de pren dre
l ’apparence de l'h u m e u r, l ’h u m eu r vient. Chez m oi l ’apparence em p o rte
le fond.

Hier bon d în er : Maison de [l’]AIbergo R ea le \ à l’entresol. San C arlo est
f e rm e 5. Je vais avec M. F. aux Fl o re n tin s e. P a u l et V irg in ie, m u siqu e
sans c o u le u r 7 de G u g lie lm i. C om m e j ’étais fatigu é, j ’ai tou tes les peines
du m on d e p ou r ne pas to m b er dans un p ro fo n d som m eil.
Le cèlebre Casaciello * fait le gra zio so ; c’est le ròle de D o m in g o , le bon
n ègre. M 11· C habran, voix sans a grém en t et chantant du nez, fait V ir g i­
nio. Elle est bien in férieu re à M 11» Fabre. dont la tristesse a de tem ps en
tem ps l ’a ir du s e n tim e n t0. La C a n o n ic i10, l ’ancienne m aitresse de P a c in i" ,
fa it Paul. P e lle g rin i, basse de Floren ce, chantant du nez, fa it le pere de
V ir g in ie 1*.
1. Dans R ome, Naples et Florence, au lieu da 28 janvier : 9 février. — Bayle
note en t ete de son journal : « finance» : touché 500 francs chez M. Julien à
Romè vere le 17 décembre ; puis 300 francs chez M. de Welz a Naples le 29 jan­
vier 1817. »
2. Lecture douteuse. M. Debraye lit : rare.
3. « Le cro ira -t-on ? nous avons couru les auberges pendant cinq heures; il
faut qu’ii y ait ici deux ou troie mille Anglais; je me niche enlìu au septième
étage, mais c’est vis-à-vis Saint-Charles, et je vois le Vésuve et la mer. «
( Rome , Naples et Florence, 240 )
4. « Vis-à-vis le Véeuve », au Largo del Castello·, Beyle y était déjà des­
cendu en 1811. (Journ. d ’italie, 236.)
ó. II venait d’ètre reconstruit après un incendie.
6. « Saiut-Charles n’est pas ouvert ce s o ir; nous courons aux Florentins:
c’est un petit théàtre en forme de fer à c heval allongé, excéllent pour la
musique... » (Rome, Naples et Florence, 240.)
.
7. « symphonie extrémement travaillée, trente ou quarante motifs te heurtent,
ne se laissent pas le temps d'fitre compris et ile toucher; travail difficile, sec
et ennuyeux. On est déjA fatigué de musique quand la toile se lève. « (ld ,, 240.)
8....... le fameux Casacia,... qui parie le jargon dn peuple. Il &lt;*st énorm e, ce qui
Ini donne l’occasion de faire plusieurs lazzi assez plaisants. Quand il est assi»,
il entreprend, pour se donner uh air d'aisance, de croiser les jambes : im pos­
sible; l’effort qu’il fait l’entraine sur son voisin : chute générale... Cet acteur,
appelé vulgairement Casaciello, est adoré du public; il a la voix nasillarde d’un
capucin... » (ld ., 240-241.)
9. « Mademoiselle Cbabran a une assez jo lie v o ix : mais elle est encore plus
froide que la Canonici et Pellegrini. Mademoiselle Cbabran est bien inférieure a
la petite Fabre de Milan, dont la figure épuisée a quelquefois l’air du seu liment. « (ld .. 241.)
10. La « Cauonici... extrémement minaudière .. &gt;· (id., 240.)
11. Bouffon milanais, ou soli (il*, encore très jeune compositeur. dont Beyle
parie souvent. (Home, N aples et Florence ; 67; Corresp., passim, entre 1818 et
1825.)
12. Pellegrini fut peu après engagé à Paris. Beyle dit de lui (à Mareste,
22 dèe. 1820, Cor., II, 223) : · Pellegrini a une voix presque aussi belle que celle
de Remorini, mais sans goùt ni gràce. »
Et, dans Rome, Naples et Florence (passage cité) : « ... l’excellente basse-taille
Pellegrini ; c'est le Martin de Naples ; il a de l’acteur français» l'agilité de la voix
et la froideur... C.’est. un bel hom me a l'italienne, avec un nez immense et une
barbe noire: ou le dit homme à bonnes fortu n e »; ce que je sais, c'est qu 'il est
fo rt aimable. » (Cf. Ilaydn, 437.)
,

�E nsem b le satisfaisant p ou r le v u lg a ire du gran d m onde, m ais r ie n pour
l’h o m m e q u i aim e la pein tu re de la nature passionnée.
Le

théàtre

est frais et jo li.

L ’ou vertu re de la scène beaucoup trop

étroite. Les décorations pitoyables, com m e la m usique, q u o iq u ’elle ait un
gran d succès et q u ’on ait fa it beaucoup de silence. Deux ou trois fois des

c h u t m u ltip liés on t annoncé les m orceau x favoris. Musique lam entable,
tou jou rs de la m ém e cou leu r. Rien de plus in sip id e; m ais les sots on t du
goù t p ou r l'op era sem i-seria; ils com p ren n en t le m alh eu r et non pas le
com iqu e. 11 y a bien plus de véritable pein tu re du coeur h u m ain dans les
farces napolitaines c om m e celle que j'a i vue à Capoue le 2 7 '.
É crit le 29 j a n v i e r 1817.
M on signor G u errieri, un des

sous-m inistres les

m oins lib érau x du

Pape, d isait à M. W . : Già un F rancese p e r l'a m m in istra zio n e v a l p iù d i

ceri o d i noi.
Les F r a n çais] regrettés à Naples com m e p artou t. La m eilleu re recom ­
m andation p o u r un é tran ger, en Italie, c’est d ’òtre un F ran fais attaché au
■g o u v e r n e m e n t de N ap[oléón].
Nap. * n’avait pas le com m erce de m er ; désavantage enorm e p ou r ce
pays q u i ne r e fo it rien que par Irt m er. On paye les m ém es im pòts, et
l ’a rge n t m anqu e. L e pain m im e est plus cher qu e sous l ’a d [m in is tra tio n
française.
Un m in istre de N 'aplesi disait l'au tre jo u r à W . : a Mais ne savez-vous
pas qu ’ il fau t que le Nap[olitain] vole ; cela lu i est nécessaire. Nous d on ­
n o n s de p elits ap p [oin tem e nt]s aux em ployés ; s'ils en avaient de considé ­
rables, ils voleraient de m èm e. Cela est nécessaire au Napolitain. »
Les fra n ç a is m èlés dans les ad [m in istrati]on s sous Ic f rois fra n çais
em péchaien t les N a p o lita in s ] de voler, et les faisaient tra vailler*.

1 . O s d e u x p a ra g r a p h e s , à q u e l q u e s m o t s prè s, s o n t e x a c t e m e n t re p r o d u i t s
d a n s R ome, Naples el Florence , 241.
2. Naples, s a n s d o u t e , — au t e m p s du b locus C o n t i n e n t a l .
3. T o u l e cette ρ age a d isp a rui d a n s R ome , Naples et Florence, ou p l u t ó t B eyle
en a re ten u la s u b s t a n c e dans ces q u e l q u e s lig n e s , datée» d e Capoue, 8 févr ier:
«. .je lie c o n v e r s a t i o n [ali tl«éàtre] a vec m e s v o i s in s , a d n iira te u r s o u t r é s d e
N a p o l é o n ; ile d i s e n t q u e les j u g e s c o m m e n g a i e n t à n e plu s se faire p a y e r : sur
d i x vole, il y en ava it u n de p u n ì . . . » (239)

\

�Q u e s tio n s u n iv e r s ita ir e s

C

onférences

de

professeurs

it a l ie n s .

L'hiver et le printem ps ont été m arqués, à l ’Université de Paris,
par la visite de plusieurs professeurs italiens, qui y ont fait des
séries de conférences rem arquées et applaudies.
De décem bre à février, M. Alfredo Niceforo, de l'U niversité de
Messine, professeur à l 'Ecole d ’Application juridico-crim inelle de
Rome, a fait une série de leçons (en français) sur les sciences sociales
dans un am phithéâtre de la Faculté des Lettres. A la m êm e faculté,
en mars et avril, M. Francesco Flam ini, de l’U niversité de Pise, a
traité deux questions : le vendredi (en français), l'inspiration latine
chez, le ; poètes italiens modernes ( C a r d u c c i Pascoli, d'Annunzio), et
le mardi (en italien), Episodi scelti della Divina Com m edia. Cette
institution d'uno L c c t u r a D a n t i s , en italien, à la Sorbonne, était une
innovation intéressante; confié* à un m aître illustre com m e M. Fla­
m ini, elle a obtenu le grand succès q u ’elle m éritait. L'innovation de
1919 devra devenir une tradition.
Enfin M. Gino Arias, de l'U niversité de Gènes, a fait en avril-m ai,
à la Faculté de Droit, un cours (en italien) sur les Relations écono­
m iques de l ’Italie et de la France.
A

g r é g a t io n

et

c e r t if ic a t

d ’a p t it u d e

d 'it a l ie n

.

Après une prem ière com m unication erronée, le B u lle t in a d m in is ­
du 3 m ai, a fixé de la façon suivante,
le nombre de places mises au concours en ju ille t 1919 ;
A g r é g a t io n ,
homm es 1
fem m es a.
C e r t if ic a t ,
—
1
—
2.
Il est bien entendu que les candidats réform és de la guerre anté­
rieurem ent à l'arm istice (pii se présenteront à ce concours seront
classés hors rang.
✓
Outre le concours ouvert pour l’agrégation en octobre, ¡i l'usage
des candidats dém obilisés depuis l'arm istice, 1111 concours sera
ouvert dans les mômes conditions pour les candidats au Certificat
d ’aptitude. Là aussi le program m e a été un peu allégé. Il com prend :
Dante, P u r g a i ., c. X XIII; Pétrarque, R im e , n"' 125-139; Cell in i, V ita
(ed. 0 . Bacci per le scuole, p. 79-110); A lfieri, V ita , E p o c a Q u a r ta ;
Leopardi, A l l 'I t a l i a , R ic o r d a n z e , G in e s t r a ,

t r a t i f d e l'i n s t r u c t i o n P u b li q u e

✓

\

�Bïbliogpaphie

Charte« Hall Grandgent. Dante ; N o v -Y o rk , 1916 ; in-8", v in -3 97 pages. — The ladies
o f D a n te't l.y rics ; C am bridge, 1917; in -8, v-181 pages. — The p ow er o f D ante ;
B oston, 1918; in-8‘ , iv-248 pages.

M. Grandgent, professeur de langues romanes à l ’Université Harvard,
récemment nommé membre correspondant de l’Académie de la Crusca,
est en train de mettre entre les mains du grand public de langue
anglaise, sous une forme attrayante, les- résultats des longues études
q u ’il a consacrées à la personne et à l ’œuvre de Dante, durant une
carrière laborieuse et brillante, vouée à l ’enseignement. Après une édi­
tion en trois volume« du texte de la Divine Comédie, avec un commen­
taire sobre et précis, il nous donne, dans les trois livres indiqués cidessus, une série d ’études approfondies sur l’époque, sur la vie et sur
les œuvres du grand Florentin. Dans son volume intitulé Dante, sa
méthode consiste à présenter au lecteur une série de tableaux très poussés
de la vie et de la pensée des sociétés latines au Moyen Age, en prenant
pour centre l ’auteur de la Commedia ; voici quelques titres des cha­
pitres : Société et politique au Moyen Age — Eglise et État chez Dante
— La chanson médiévale — La langue et la poésie — La littérature
didactique, morale, satirique et religieuse — La science médiévale —
La Théologie, etc... Ce sont des chapitres, en quelque sorte, indépen­
dants les uns des autres, chacun formant un tout. On pointait en
imaginer un nombre variable ; l ’essentiel est q u ’au bout de la série
on obtienne une image complète de l ’activité de Dante, de sa physio­
nomie propre, de son génie et de son influence. Cette méthode est aux
antipodes de la conception du livre organique., où tout s’enchaîne logi­
quement, qui, sans doute, répond mieux à nos habitudes d ’esprit ; mais
elle offre de réels avantages, et il n ’appartient qu ’à l’auteur do
juger ce qui convient le mieux au public spécial qu ’il a en vue.
Nous avons eu le plaisir, à Paris, d ’apprécier et d ’applaudir, avant
de les lire en anglais, plusieurs de ces chapitres sur Dante, dans les
leçons que M. Grandgent a faites à la Sorbonne en 1915- 16, et nous
avons conservé un souvenir très présent do leur adroite architecture et
de leur solidité.
Les deux volumes plus récents sont des recueils de conférences ;
celles-ci forment un cycle moins vaste, mais sont construites d ’après
les mêmes principes. Les leçons sur les femmes dans la poésie lyrique
de Dante sont au nombre de cinq : Violetta — Matelda — Pietra —-

�Beatrice — Lisetta. On petit observer qu e Matelda est u n peu in atten d u e
à cette place, car elle ap partient au grand poème, non aux canzoni,
sonnets ou ballades — observation qui n ’enlève rien à l ’in térét du chapitre qui lu i est consacrò. Sous u n titre u n peu plus im précis, le troisiòmo volum e abordc tous les gTands aspeets de la pensée et de l ’a rt de
D ante : Foi — Moralità — T em péram ent — Expérience — Vision —
Conception — T alent de l ’artiste (w o r k m a n s h ip ) — Style.
Un des oaractères de toue ces volumes, q u i reposent s u r u n e si riche
docum entation, est le· parti-pris de n ’y in sérer m icune note, aucun
renvoi ; cela signifie clairem ent que l ’au teu r s ’adresse à u n public
d ’am ateurs p lu tó t que d ’óUidiants ou de savants. Cette riserve nous
parait cependant uii peu excessive ; car nous avons le sen tim en t tròs
n et que nous pourrions npprendre beaucoup de M. G randgent s u r les
so urrrs de son inform ation. Un antro caraclère de ces ouvrages dantesques est fourni par le grand nom bre de citations du poète trad u ites en
vers ; elles attesten t le grand am our avec lequel M. G randgent a étudié
le texto de Dante. Il nous est difficile d ’apprócior avec com pétence la
valeur de ces traductions, au po in t de vue de l ’expression ; elles nous
paraissent tout à fait intéressantes en ce qui concerne l ’in terp rétatio n .
Est-il im p ru d e n t d ’espérer que M. G randgent donnera quelque jour
au public d ’A m érique et d ’A ngleterrc u n e trad u ctio n intégrale des
couvrcs pòétiques de D ante ?
H enri IIauvette.
*

Les M ystiques Ita lic n s : Saint F ra n to i* ri'Astiar. S a i»I r Catherine de Sunne. Jaroo
pone ita Todi. Introihiction ot notes par Thérftse Labande·.Teanroy. — Paris,
I.a Kenaissance du livre, s. d. (1918), in -lfi, 217 pages (Gollection I,os Cr.nt
chefs-,d'muvre rtrnnoerx. n“, lfi").

La oolIoctiOn des Cent chefs-d'oeuvre étTangers, lancée en pieine guerre
, par u n éditeur entrep ren an l, sous la direction lit torà ire do M. W ilm otte.
professeur ?i l ’Uni versi lé de Liège, professeur agréé fi la Sorbonne depuis
q u atre nns, eom prondra nécessairem ent une proportion im p o rtan te de
volumes oonsacrés aux grands écrivains de l ’Italie. Lo volume que j ’annonce ici est le prem ier de cotte catégorie ; on m ’excusora, j ’espère,
d ’annoncer q u ’u n Boccace l ’a sui vi de prés.
Mmc L ibande-Jeanroy a fait précéder ses extraits des Mystiqués italiens d ’im e Introduci ion dont la solidité et la précision n ’excluent pas
les qualités
plus propres ?i rete n ir l ’atten tio n dai lecteur ; cela dépasse
do beaucoup ce q u ’on trouve com m uném en t dans les publications destinées ìi la pure vulgarisation. L ’h o n n eu r en reviont sans doute à
M. W ilm otte, qui a voulu donner &lt;\ la Collection un caractère d ’inform ation impecoable. en n ’y con vi a n t que des oollaborateurs acooutumés
fi l ’oxigenco sciéntifiqnie la plus Tigoureuse ; il revient aussi, poni· une
large part, fi Mmo Lébande-Jeanroy, qui s ’est acquittée do sa tàcbe avec
u n e réelle distinctiorv-; son In troduction est la notice la p lu s exacte et

�la plus com plète, sous u n aussi p etit volume, q u i ait éjté encore m ise à
la disposition des lecteurs frangais toucliant la litté ra tu re m ystique
italien ne d u xiu® e t d u xiv” siècle. Une bibliographie som m aire perm et,
à oeux q u i le voudront, de pousser p lu s loin leurs investigations.
Cè que n e d it pas le titre d u livre, c ’cst que le plus g ran d nom bre
des trad u ctio n s q u ’il renferm e sont égalem ent l'ceuvre de Mm“ LabandeJeanroy ; quelques chapitres seulem ent des F io r e t t i sont em pruntés à la
traduction d ’Ozanam. La t3che n ’était pas aisée, car, en deliors des
délicieuses pages des F io r e t t i, la lan g u e archa’i que et la syntaxe irrég u lière
d ’u n Jacopone et d ’une sain le C atherine présentaient de réelles di’ffìcultés ; celles-ci o n t été fort habilem ent surm ontées. Le choix des morceaux présentés au x lecteurs aècorde natu rellem en t la p lu s large place
aux F io r e tti, e t l ’exiguité du- volum e ne p erm e tta li pas d ’ad m ettre beaucoup de m orceaùx des autres textes ; ceux qui o n t été trad u its to u t
exprès pour les lecteurs fran^ais sont les p lus caractéristiques, et suffìsent p our do n n er uno idée exacte de l'Inspiratim i, forcém ent u n peu
uniform e, de ces écrivains. On p eu t eppendant exprim er le regret q u ’aucune pièce satirique de Jacopone n ’a it été publiée ; c ’e st le cóté par
lequol ce ru d e om bricn a quelque rap p o rt avec D ante, par où il est donc
le p lu s capable de nous intéresser. E t voici encoTe u n regret : la trad u c­
tion des F io r e t t i est capable de faire sen tir la sim plicité in g èn u e et
poétique de ces récits, oii nous respirons, dans loute sa fraicheur, le
p arfu m de l ’idéal franciscain ; m ais aucune transcrip tio n dans u n autre
idiom e ne p eut conserver le charm e particvilior que l ’original doit à la
lan g u e et au style du vieux rédacteur tosoan. Il auirait pout-étore fallu
signaler cette iruévitable insufflsance, et definir oe charm e in traduisible,
en quelques lignee quii n ’auraient pas déparé ce qui est d it de cé texte
dans 1 ’lnt.roductdon ; parrai les ren sei gnom oni s q u ’il im p o rtait de
fo u rn ir au locteur figure aussi celui-ci : les Italiens apprécient, d an s ce
p etit livre, u n des textes en prose où Unir langue, encore à ses débuts,
possède les plus rares qualités de candeur expressive et d ’harm onieuse
sim plicité.
H e n r i H a uv ette .
H enry Cochin. S u r le « Snernte » de P é l-a r q u * ; le musinien flam and Ludovicux
Sanctus de" Reeringhen. R om e, 1918 (E x traits dos Mfilnnqes d'A rchéologie'' et
d'H ixloire, p u b lic s p a r l’ficole fran g a iie de R om e, t. XX X V II ;in - S , 32 p ag es, un
fac sim .

Voici u n e très inténressante co n trib u tio n à la comnaissance d ’u n des
plus intim es am ie de Pétrarque, due à la pium e du pétTarquiste passionné, de 1’infatigable chercheur q u ’est Μ. H. Cochin. En igo5, Dom
U. Berlière avait fait connaìtre la personnalité véritable d u m ystérieux
Socrate, qui occupo u n e si large place dans la correspondance de P étrar­
que : c ’est un Flam and, un m usicien, qui était attaché à la chapelle du
Cardinal Giovanni Colonna, ù Avignon. Μ. H. Cochin· élargit ces pre-

�m iers renseignem ents e t donne plus d e relief à la physionom ie de Ludovicus Sanctus, en résu in a n t la place q u ’il occupa dans la pensée e t dans
le ccqur de P étrarque, en précisant l ’histoire des preiniòres relations de
la Fiandre et de l 'Italie, griice s u rto u t à des m usiciens, et en Ìaisant
connaìtre do ce Ludovicus u n bref écrit s u r la in u siq u e retrouvé dans
u n m a n u scrit de la L aurentienne e t qui est Lei publié, com m entò et
rep ro d u it en fac-siinilò.
H.
E. Limono·. L’apr'et-guerre et la main-d'enuvre italienne en France. Préface de
M. H aphaol-G eor|?es L ó v y .-P aris, F . A lcan, in-16, 1918.

L ’étude de M. Lém onon, su r la question de la m a in -d ’oeuvre étrangòre en France, renferm e, en un nontbre do pages asscz lim ilé, un
exposé conecicncieux e t com piei de ce vaste et délicat problèm e. Avec
la com pétence qui le caractérise, avec francbise et larg eu r de vues, il
étudie les différentes di sposi lions législatives franfuises actuellcm ent en
vigueur à l ’ògard do l ’étranger, et, en j&gt;articulicr, de l ’o uvrier étranger.
Il les reconnalt, d ans la p ln p a rt des cas, vexaloires et m oins libéralee
que oelles dos autros pays ; il critiq u c le co u ran t d 'o pinion Iran fais
encore peu favorablem ent disposò envers l 'im m igrò, et, avec uno im partialité digne d ’éloges, il opjiose ?» colte législation les p rincipaux deside­
rata de l ’opinion italienne su r le problòm o de l ’ém igration.
Au point de vue j&gt;urement òconom ique, on rid a rn e , avant tout, l ’égalitò de sala ire. La m esure s ’impose. Nul n e sau rait contester la juslice
de ce principe : h pari té do travail, parité de salaire, polir l ’ouvrier
étrang er com m c p o u r l ’ouvrier national, la différcnce de natio n alité ne
pouvant légitim er aucim e différence de traitem en t.
Mais l ’opinion italienne, se faisant forte de l ’article 3 dii Code civil
italien, en ver tu duquel 1'étran g er est, en Italie, adm is ,\ jo u ir des droits
eivils roconnus aux nationaux, réclame, com m c simpln m esure de justiee, q u ’ft la m òthode de re c ip ro c ità qui a toujours inspirò en Franco les
convenitene internationalee de travail, soit substituée celle de V tfja lité .
Ce principe, urne fois adm is, donnerait aux étrai&gt;gers, dans les associations ouvriéres, les droits que les tendanees de la législation franfaise
cherohèrent toujours il réd u ire au m in im u m . Il in sp irerait encore des
lois plus libérales envers l ’étTanger en ce qui concerne la protection &lt;;les
travailleurs (assistane* m édicale gratuite) ; il leu r p crm ettrait de p a rti­
ciper aux bénéflcee des versem ents des patrone et de l’fìtat en m atière de
retraites, et g ara n tirait aux Ttaliens ròsidant en France tous les avantnges, sans exception de la loi franfaise su r les retraites, sans parler
d ’indem nités en cas de m aladie, en cas de chdm age forcò, et le u r aesurerait u n e plus grande 'facilitò, pmiir jo u ir de l ’assistance judiciaire gra­
tuite.
L ’Ita lie e st un pays ém inem m ent e rp o rta te u r de m a in-d'oeuvre ; l ’Italie
qui peliti au moyen de scs lois, diriger ses travailleurs vers Ics pays

�où leurs intóréts sont le m icux protégés, offre la inarchandise « m aind ’oeuvre » au plus offrant ; la Franco, pays ém in em m en t im p o rtateu r
de m a in -d ’oeuvre, et qui, certes, le deviendra davantage encore après
la guerre, trouvera sùrem en t de sérieuses raisons morales, politiques et
óconomiqucs ] » u r reconnaìtre la légitim ité d u principe invoqué pai les
Italiens, et pour accepter leurs revendications.
Certains objectent que, infime e n tre alliós, il ne fau t donner que dans
la niesure où l ’on re voi t ; que, avec la disproportion in o rin e en tre le
tiom bre des ouvriers Italiens en France ot celui des ouvriers francate
en Italie, on ne voit pas exactem ent quel profìt la France p o u rra it tirer
d 'u n e assim ilation de ses nationaux avec Ics Italiens, Ielle q ue ceux-ci
la désirent. On prétend encore que l ’application aux travailleurs italiens
des lois d ’assislance et de prfivoyanee sociale frangaises o o nstituerait
j)Our le budget francate une charge très lourde. ’lb u te s ces objections
s'effacent devant les raisons que M. Lairolle exposé d an s L e M a lin du
6 dócembro 1918 : « Un ouvrier ótranger travaillant d an s u n pays est
p o u r ce pays u n capitai. Il produit, consom m é, il contribuo à la richesse
de la nation qui lui donne l'hospitalité, d ’où jxm r elle l’obligation de
co n trib u er, d ans uno juste m esure, à son assistance et à son assurance ».
Et Fon ne doit j k is oublier que lo capital-hom m e donne des rovenus
tròs rém unórateuirs au pays ótranger qui l ’accueillc, sans que celui-ci
ait rimi eu à dópeneer jiour la constitution de co capitai. La dépenee a
ótó supportée p ar le pays d ’origine. Ne pourrait-elle le dispenser do
co n tribuer, dans une certam e m esure, cornine lo voudrait M. Lairolle,
aux frate d'assistance e t de próvoyance, q u i seraient à la charge d u pays
d ’habitatìon ?
Do ces divers courants d ’opinion, M. Lómonon se fait 1Veho fìdcMo.
Il est vraim ent l'inlerprftte im partial, d ’une part, des revendications
italiennes, de llautre, des raisons favorables ou hostiles que ren co n tre
en France l ’idóe italienne de l ’assim ilation absolue du travaillouir étranger avec le travailleur national. M. Lémonon a fòi en u n prochain aocord
entro la France et l'Italie, aocord basé, n on s u r le sen tim en t, m ais 6u r
Ics in ttìrits respecti fs des detix pays.
A . R osa.

G. Saitta», Il pensiero di Vincenzo Gioberti. — Messine, Principato. 1917;
452 pages, in-8.

L’étudc de G. S. est entièrem ent consacrée ή la p en sée de V. G ioberti,
q u ’elle presente dans son développem ent à la fois logique et chronolo ­
gique. L 'entrem èlem ent de ces deux aspects, et le com m entaire con tin u
que fait l'a u teu r de la pensée du philosophe, produisent parfois u n peu
d e c o n fu sio n ; la pensée de V. Gioberti est elle-m eme diffìcile m ais elle
vaut d'ètre co n n u e ; et la forte étude de G. S. donne l’im pression de son
énergie et de sa vitalité. Par son enthousiasm e platonicien, p a r s o n catholicisme

�poétique et liberal. V. G. se rattach e à Manzoni et à Rosm ini, aux
plus grandes figures d u R isorg im e n to ; il a exalté dans le P rim a to le genie
italien, avec des excès de paroles q u ’expliquent les circonstances histo ­
riques, m ais dans un esprit de généreuse h u m a n ité. Le p ro g ra m m e d ’édu ­
cation q u ’il trace serait une bonne lecture p o u r beaucoup d'éducateurs.
J. F. r enauld.

G. G entile. I.e origini d ella filosofia contemporanea in Ita lia . T . I : I P latonici.
Messine, Principato, 1917 ; ix-410, in-8.

Le prof. G. G entile a r éuni dans ce volume les études parues an térieu ­
rem ent dans des Revues, su r les philosophes italiens de la deuxieme m oitié
du XIX· siècle qui sont restés les plus fidèles à la trad itio n nationale
fondée p ar G allupi, Rosm ini et Gioberti. L 'introduction résum é l’esp rit de
la philosophie classique italienne, et exposé brièvem ent, m ais avec vivacite ,
l’opposition qui lui fui faite au m ilieu du siècle (à la suite des événem ents
de 1848-50).,Les chapitres suivants étu d ien t la physionom ie et l'in fluence
de T. Mamiani. G. M. Berlini, L. F erri, F. Donatelli, G. Barzellotti,
F. Acri, etc. D’u n e lecture très agréable sans j a m ais chercher d ’ag rém ents,
ce livre présente un tableau très vivant de la tradition platonicienne dans
l'Italie de la deuxièm e moitié du XIX* siècle el des influences de la p hi ­
losop hie allem ande, qui, s’y m èlant d ’abord (avec G. M. Bertini sous l’in ­
fluence de L O rnato) sem blent bien l'avoir subm ergée et remplacée. En
F. Acri se retrouvent le p u r esprit platonicien (ou m ieux néo-platonicien)
et la trad itio n de G ioberti. 11 y a un peu de système duns l’ouvrage de
M. G entile et parfois une vivacité de polém iste ; m ais il est suggestif et
il in stru it.
J. F. R.
G. A lio tta. La guerra eterna e il dram m a deU’esislcnia. —'Napoli, Perrolla, 1917
221 pagos, in-8:

Petit livre d ’actualité to u t a fait intéressan t et sym pathique. G’est l'exa ­
m en de conscience d’u n philosophe très é ru d it et très sincère, p o u r q u i
les systèm es q u 'il a étudiés n ’ont jam ais été u ne lettre m orte, et qui leur
dem ando, au coeu r d u terrib le dram e, de m anifester leu r valeur réelle.
L 'auteur rejet lo toutes les S olutions p u rem en t verbales, et toutes I Ics
volontés laches d'optim ism e à tout prix. Il dem ande à l'h u m a n ité de recon ­
n aitre et d'accepter en t ières toutes ses responsabilités. Son explicat ion
personnelle do l'univers et de la vie, est un p an th éisme où la conscience
individuelle ne se dissout pas, m ais au co n traire est au coe u r de la vie
m énte la plus élém entaire; l’effo rt vers le mieux, la lu tte p o u r le p ro g rès
et l'harm onie, com m ence dans la m atière ; la conscience éternelle et libre
a le te m p ' infini pour réaliser (si elle le veut) sa perfection.
J. F. R.

�Chronique
L es h é r it ie r s d e
g e n d r e , p u is q u e

n o t r e m a ît r e C h a rle s ' D e jo b , r e p r é s e n té s

s o n fi l » , le c a p it a in e

L u c ie n

t o m b é p o u r la v ic t o ir e d e la F r a n c e , e n

D e jo b ,

par

son

est g lo r ie u s e m e n t

a v r il 1 9 1 8 , v ie n n e n t d e p u b li e r

VHistoire de la Société d’Etudes italiennes (P a r is , B o c c a r d , 1919, 8 5 p a g e s ),
q u e C h . D e jo b

a v a it é c r it e e n 1 9 1 0 , a u l e n d e m a i n d e sa r e t r a it e , e n

la

d e s t in a n t à n ’ ê t r e p u b l i é e q u ’ a p r è s sa m o r t . C e lte p u b li c a t io n e s t p a r t ic u ­
liè r e m e n t o p p o r t u n e , à l’ h e u r e o ù

l'I t a lie , lib é r é e d e s lie n s

d e la T r ip le

a llia n c e , a d o n n é d e s p r e u v e s ir r é f u t a b le s d e l'a ffe c t io n q u i la p o r t a it v e r s
la F r a n c e e t v e r s l'id é a l d é m o c r a t i q u e , d o n t

la

F r a n c e n ’ a ja m a i s c e s s é

d ’ è t r e le c h a m p i o n . M ê m e c e u x q u i o n t ' a s s is té à la n a is s a n c e d e la S o c ié t é
d ’ E tu d e s it a lie n n e s n e s a v e n t p lu s
d e C h . D e jo b a v a it d û

b ie n A q u e l l e s d i ffic u lt é s la ,f o i te n a c e

fa ir é f a c e ; le s d e r n i e r s v e n u s d a n s n o s r a n g s n ’ en

o n t a u c u n e id é e . 11 e s t d o n c e x c e lle n t , il e s t é q u it a b le q u e r e v iv e d a n s t o u t e
sa

p lé n it u d e

la

p h y s io n o m ie

d e cet a p ôtre

arden t d u

rapprochem ent

fr a n c o - i t a li e n : le r ô le q u i lu i e st é c h u é ta it le p lu s in g r a t ; m a is il a e u la
jo i e d e s a lu e r l ’ a u r o r e d u s u c c è s . •
—

M. G . M a u g a in c o n s a c r e le c i n q u i è m e fa s c ic u le d e ses « C h r o n iq u e s

d e s le t tr e s f r a n c o - it a lie n n e s » à Thiers et son histoire de la république de

Florenee (e x t r a it d e s A n n a le s d e l ’ U n iv e r s it é d e G r e n o b le , t. X X X , 19 1 8 ).
L’ a u t e u r y r e t r a c e la t rè s in t é r e s s a n t e h is t o ir e d u p r o j e t q u e T h i e r s ca r e s s a
lo n g t e m p s d ’é c r ir e u n e H is t o ir e d e F lo r e n c e , b ie n a v a n t q u ’ y e u s s e n t s o n g é
G in o C a p p o n i et Pe r r e n s . C e f u t G .

C a n e s t r in i, e n c o r e

t o u t je u n e , q u i

e x é c u t a p o u r T h ie r s d e s r e c h e r c h e s é t e n d u e s a u x A r c h iv e s flo r e n t in e s , d è s
1 8 38. L ’é t u d e d e M. M a u g a in e s t s u iv ie d u
T h ie r s

A d e s c o r r e s p o n d a n t s it a lie n s ,

te x te d e v i n g t - c i n q le t tr e s d e

p l u s i e u r s in é d it e s , d ’ a u tr e s

d é jà

p u b lié e s p a r ses s o in s d a n s u n e r e v u e d e v e n u e A p e u p r è s i n t r o u v a b le .
— La Revue d’Italie, p u b lié e à H o m e p a r M. H o n o r é M ereu d e p u is d ’a ssez
l o n g u e s a n n é e s , v ie n t d e p r e n d r e u n n o u v e l e s s o r s o u s le titr e d e Nouvelle

Revue d'Italie, e t s o u s la m ô m e d i r e c t i o n . L e s p r e m i e r s fa s c ic u le s o n t p a r u
e n fé v r ie r , m a r s , a v r il, e t c .. ., e t r e n f e r m e n t d e s a r t ic le s s ig n é s d e n o m s
c o n n u s , a im é s d e t o u s c e u x q u i s u iv e n t d e p u is b ie n d e s a n n é e s le m o u v e ­
m e n t d e r a p p r o c h e m e n t p o l i t i q u e e t in t e lle c t u e l e n t r e l’ Ita lie e t la F r a n c e .
B e a u c o u p d e c e s a r t ic le s o n t u n c a r a c t è r e s u r t o u t p o l i t i q u e et é c o n o m i q u e ;
m a is n o u s c o n s t a t o n s a v e c p la is ir q u e la lit t é r a t u r e e t l ’a r t n ’e n s o n t p a s
e x c lu s : le fa s c ic u le d e m a i e s t c o n s a c r é a u c e n t e n a ir e d e L é o n a r d d e V in c i.
C ’e s t u n e b o n n e p r o m e s s e p o u r l ’a v e n i r ; c a r s u r c e te r r a in n o u s s o m m e s
p a r fa it e m e n t c e r t a in s q u e n o t r e

i n t im it é a v e c

n o s fr è r e s d ’ Ita lie n e p e u t

ê t r e e x p o s é e à a u c u n a c c id e n t : c ’ e s t le lie n i n f r a n g i b l e .
— N o u s r e c e v o n s d e u x u t ile s m a n u e ls d e s t in é s à r e n d r e d e g r a n d s ser-v

vices. L’un e s t la seconde édition d e la Grammatiea storica délla lingua e

�d ei d ia le tti ita lia n i, à laquelle o n t attaché leurs nom s deux m aitres de la
philologie au XIX· siòcle, Kr. DO vidio et W. Meyer-Lu bke (trad. ital. de
Eug. Polcari; Manuali Hoepli, Milan, 11)19). Cette seconde édition ne
s'écarte de la prem ière que p ar des corrections de détail.
L’au tre est une E n ciclopedia le tte r a ria tascabili’ publiée p ar le prof. C. Per
r icone-Siracusa che/ l’éditeu r Bem porad de F lorence; in-12, 1918, XXVI404 pages. L 'énum ération des diverses sections donnera un e idée de la
largeur du pian : Préceptea de litté ra tu re et de m étriq u e italienne ; —
histoire de la littératu re (italienne, p ar siecle)-, histoire de l’a rt en Italie;
— archeologie grecque, rom aine ; — m ythologie grecque et latine ; —
dictionnaire des gallicism es, barbarism os, etc. — Le pian de chaque section
est celui d 'u n répertolre alphabétique. Un index général ouvre le volume.
Ce gerire d’ouvrages est fori appréciable, à condition d’étre clair et exact.
On p o u rra it ici faire bien des objection s de détail. Nous nous b ornons à
constater que sous u n très petit volume l'étu d ian t trouvera là un e m u lti
tude de r enseignem ents variés.
— « L’Italia che scrive ». Ce pér iodique su i gen eris, d o n t l'initiative revient
à l’éd iteu r F orm igini, et d o n t le prem ier num éro a paru h Rome en avril
1918, est to u t ensem ble un in s tru m e n t d 'in fo rm ation et de propagande. Il
s’ad resse aux au teu rs, aux éditeurs, et au public, ces trois élém ents esseti
tiels de la vie du livre, et leur sert en quelque sorte de tra it d ’union,
fo u rnissant aux uns les m oyens de publicité nécessaire p o u r étre connus,
aux autres Ics renseignem ents indispensables p o u r connaitre. Ce n ’est pas
un sim ple répertoire com m ercial com m e notre Journal de la L ib r a ir ie . Ce
n 'est pas non plus une pure revue de com ptes ren d u s du genre de notre
lìe v u e criliqu e. Et c’est encore quelque chose de bien di (Tvre ni de notre
vénérable P olybiblion . bien (pie m en an t de front com m e lui le dépouille
m en t bibliograpbiquo, le cornpte-rendu critique, et la chro n iq u e du m onde
intellectuel. Tandis que cc dernier garde scn caractòre (raditionnel de
gravi té quelque peu exclusive, ì'Italia che scrive se présente com m e une
revue d'avant-garde, affectant volontiers une form e h u m o ristiq u e, sollici­
ta n t les confidences des au teu rs et des éditeurs, recourant fréquem m ent
aux ru b riq u es originales et aux artifices t ypographiques, visant ίι atteindre
et à intéresser les catégories les plus variées de lecteurs. Cc ne sont d 'ail ­
leu rs pas Ics seuls lecteurs italiens ou italianisants auxquels elle s’adresse :
' ce sont encore les lecteurs étrangers. Kn vue de leu r faciliter la besogne,
elle a com m encé en janvier 1919 à publien une édition francaise, q u 'u n e
édition anglaise doit suivre prochainem ent. C’est en cela que l ’Italia che
scrive est u n in stru m e n t de propagande, et ren tre dans les vues du gouvernem
ent
italien qui, à plusieurs reprises, lui a officiellement m ani les té
son approbation.
E. Bouvv.

�Sur quelques portraits des Médicis dans l’œuvre de Botticelli

Dans aucun de ses tableaux, le fantaisiste Sandro n’a donné
à ses figures un accent plus réaliste que dans sa célèbre Adora­
tion des Mages. Depuis longtemps on y a reconnu une impor­
tante série de portraits, où l’ artiste a sa place, et Vasari en par­
ticulier a désigné Cosme l’Ancien, le « Père de la Patrie », dans
le vieux roi mage prosterné, qui prend dans ses mains les pieds
de l’ Enfant Jésus (fig 1); c’est môme, ajoute-t-il, le plus ressem­
blant des portraits connus de ce personnage. Le témoignage de
Vasari, à cet égard, paraît inattaquable; il n’est malheureuse­
ment pas aussi digne de foi sur d’autres points. Le second roi
serait Julien, petit-fils de Cosme et père du pape Clément VlI, et
le troisième, agenouillé comme les deux autres, aurait les traits
de Jean, fils de Cosme. Pourquoi Botticelli aurait-il représenté
ici Jean, mort avant son père, et qui n’a joué aucun rôle dans
la vie de Florence ni dans l’histoire de sa famille, si ce n’ est
qu’on raconte qu’il aurait succombé ¡1 une indigestion?
Mais un autre personnage, dont Vasari ne parle pas, attire
notre attention : c’est l’homme à la chevelure noire, au man­
teau sombre, qui se tient debout à droite, devant une rangée
d’assistants, et qui abaisse sur les rois agenouillés un regard
attristé; nous reconnaissons 011 lui, très légèrement idéalisé,
le profil ingrat, mais bien caractéristique, de Laurent le Magni­
fique, tel que nous le présente une fresque postérieure de
Ghirlandaio (à S. Trinità, 1485), avec un réalisme saisissant
(fig. 2 et 3).
Nous admettons volontiers qu’un des deux rois mages age­
nouillés— celui dont la tète inclinée est tournée vers la gauche

�— est Ju lien , le jeu n e frère de L au ren t. Q uant au m o n a rq u e
à gen o u x que l'o n voit de dos, u n peu plus à gauche, nous
é m etto n s l’hy p o th èse que c’est P ierre le G outteux, fìls de
Cosme, pére de L a u re n t et de J u lien . Dans la m esu re où la
c o m p araiso n est possible, lo buste que Mino da Fiesole a sc u lp té
de P ierre a u to ris e ce ra p p ro c h e m e n t. On r e m arq ue q u ’une tra ­
d ition co n s ta n te v eu t que les troìs rois m ag es so ient un vieil ­
lard, un h o m m e fait et un je u n e h o m m e . Or Cosme était m o r t
en 1464, à g é de soix ante-qu inze ans, et P ie rre en 1469, a gé de
cin q u an te cinq a n s ; q u a n t à J u lien , il to m b a it en 1478 fr a p p é
par les Pazzi : il n ’a v a it pas dix -h u it ans.
On p eut lire, d ans l’excellent livre que M. Ch. Diehl a c o n ­
sac ré à Hotticelli1, ii pro pos des identifications assez, i n co hé­
re n te s d o n t ces p e rso n n ag es o n t fait l’objet, que certains
critiques o n t vo ulu tro u v e r ici la preuve que le tableau était
a n t é rie u r ìi la co n s p ira tio n des Pazzi, et d ’a u tre s q u ’il avait óté
com posé plus tard . C e' s t à ce d e rn ie r parti q u ’il faut se r a n g e r
si on re c o n n a it L a u r e n t dans le p e rs o n n a g e d eb o u t : les trois
défun ts so n t glorifiés sous les espèces des rois m ages à
g e n o u x ; le su rv iv a n t fait partie de leur s u ite; il est debou t et
les c o n te m p le d 'u n oeil m élan co liqu e.
La c ritiq u e a voulu tro u v e r des p o rtra its de Ju lien dans bien
d 'a u tres ta b lea u x do Botticelli, où ce m a ì t r e en réalité a pris
po ur g uide sa seule fantaisie, l’allégorie du Printem ps, celle do
M ars et Vénus, etc ... ; et bien en ten d u , la S im o n e tta ch an tée
p a r Ange P olitie n doit, dans ces tab leaux, faire vis à vis à son
a d o rateu r. Un critiqu e a n g lais n ’a-t-il pas affirm é que, sous les
traits de Vé nus, d ans le tableau do la « N ational G allery »,
no us av o n s p eut-e tre lo seul p o rtra it a u t h entiq u e de S im o ­
n etta’? Rap p e lo n s donc, car le fait p a rait trop peu con n u , que,
s’il existe un p o rtra it a y a n t q uelque chan ce de re p ro d u ire les
traits de la Genoise m a r i ée à un Vespucci, c’est le curieux
(1) Lei Maitres d e l'a rt P arie [1906] p. 59-60
(2) J. P. Richt er, Lecture* on the II. N a tiona l Gallery, 1898, p, 56 et s uivan tes .

��I ig . 2. -

LAURENT DE MÊDICIS. PAR GHIRLANDAIO
F loren ce, S* T rin ità .)

�Fig. 3

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LAURENT DK MttDICIS. PAH BOTTICELLI
(Atloralion des Mages )

�F ig. 1. — L’ ADORATION DES ROIS MAGES DE BOTTICELLI
(F loren ce, Musée des Office«.)

��PORTRAITS d e s MÉDIC1S DANS

l ' oë ü V R e

DE BOTTICELLI

tableau conservé à Chantilly, et attribué à Antonio Pollaiuolo,
où se lit l’inscription : « Simonetta Januensis Vespuccia ». Ce
joli portrait a été publié1; mais puisque les commentateurs
des Stances de Politien et les critiques de Botticelli paraissent
l’ignorer, rappelons-leur en l’existence. Au point de vue docu­
mentaire, il surpasse de beaucoup l'intérêt des allégories de
Botticelli.
H enri
( t ) G ru yer, l.a peinture à Chantilly, (1 8 9 6 ), t. I, p . 2 8 -2 9 .

Hauvette

�Un historien du génie latin

F rancesco Novati : il faut re te n ir ce n o m ; d ’ab o rd parce que
le g ra n d é ru d it qui le p o rta it fut u n am i de la France. P aris le
vo y ait a r riv e r tous les ans, curieux n o n seu le m e n t des m a n u s ­
crits de nos b ibliothèques, m ais de nos m usées, de nos quais,
de nos rues, de nos m oeurs, de to u te n o tre vie. Il se p ro m e n a it
d ans les allées de Versailles, en co m p a g n ie de P ie rre de
N o lh a c ; il allait c h e rch e r H enry Coch in ju sq u e d ans les c a m ­
p agn es flam andes : en 1913, il v in t célé brer avec lui, à Bergues,
le so u v e n ir de Lam artine.. Il· ra v iv a it p a r sa p ré s ence, p a r ses
doctes et gais e n tre tie n s , cette lf a m m e d’a ffection que les c o r ­
r e s p o n d a n ces lo intaines ne suffisent pas a e n tre te n ir. Lors ­
q u ’un étu d ia n t français a rriv a it à Milan p o u r c o m m e n c e r son
pélérin ag e italien, e t s o n n a it
sa porte, ce m a itre le recevait
avec uno aff abilité tou ch an te . Dans ce te m p le du travail —
vieille m aiso n et vieille cour ; studio de s a v a n t et d'artiste,
ra y o n s s u rc h argés de livres, tableau x, bibelots ra res, fenètre
o uv erte sur la paix d ’un g r a n d ja rd in , et pendules m ultiples
a n n o n ça n t de leurs voix diverses la fuite du tem p s — c’étaien t
de longues con ve rsation s sur les projets et les tra v a u x du
n o uvea u venu, des directions, des conseils. Cette bienveillance
était d ’a u ta n t plus précieu se q u ’il ne la p ro d ig u ait pas. Il avait
des o pin io n s d écidées, et ne faisait au c u n m y s tè re de ses a n t i ­
p a t h ies; il s’en fallait de beaucoup q u ’il fùt l'a m i du g e n re
h u m a in . Mais il a im a it la F rance p o ur ses an tiques trad itio n s
do cu ltu re, p o u r ses écriv ain s q u ’il av ait in tim e m e n t p ra tiq u és,
p ou r la form e délicate d o n t elle savait revètir u n e pensée toujo u rs logique et claire : p a rc e q u ’elle était la Franco enlin.
Cela seul suffirait à m eriter n o tre re con naissanc e : m ais il a

�d ’a u tre s titres. Ce fut u n des plus profonde érudits q u ’on pùt
voir ; et tonte sa science, il la m it au service de la latinitó.
Son la b e u r a je ne sais quoi d 'e ffra y a n t. Le ca ta lo g u e de ses
pu b licatio n s, c o m p o s é à l'occasion de son j u b i lé par ses éle ves
de l'A ca d é m ie de Mila n, où il o ccupait la c h a ire d ’histoire
co m p arée des littéra tures n éo latines, c o m p re n a it dès 1908
q u a tre ce nt v in g t ru b riq u e s : et Novati n ’a pas cesse d’a u g m e n ­
ter ce n o m b re j us q u ’à sa m o rt. Il a été le d ire c te u r et le fon ­
d a te u r de collections sav a n te s de toute espèce ; on lui doit,
e n t r e autre s, l’initiativ e de ce Giornale storico della letteratura
italian a qui est d ev enu r a p id e m e n t fam eux à l’é t ra n g e r à la
fois p ar la sevèrité et par la su ret é1 de ses ju g e m e n ts, et qui a
re n o u v elé la critique en Italie. Tous le s jo u rs à la m èm e h eure,
il s’in stallait à la m è m e place, d a n s la vaste b ibliothèque de la
B re r a ; il se p lo n g e a it dans le travail com m e d ’au tre s dans le
plaisir. Son activité intellectuelle sem blait d ép asser les forces
h u m a in e s ; et p o u rta n t, il l 'e xerçait avec aisance, c a r il ne
p en sa it pas quo p o u r ótre erudit, 011 d ù t cesser d ’ótre h o m m e,
voire h o m m e du m onde. Au tè m p s où il é tu d ia it à Pise, son
m aitre, A lessandro d ’A n cona, s ’é to n n a it déjà q ue le plus élé­
g a n t de ses étudian ts fut en m é m e tem p s le plus applique.
Or ce laborieux, qui a laissé sur tous les sujets q u ’il a traités
la m a rq u e d ’un es p rit ex c eptionn elle m e n t vigou reu x, a été
so u ten u d an s son travail infatigable p a r uno idée to u jo u rs la
m e me. Qu’il s’occup;U de b iblio graph ie 011 d ’histo ire do l’art,
de paléo g rap h ie 011 de critique, to u jo u rs il re v e n a it à son
d esse in. 11 po u rsu iv ait l’h istoire de l’esp rit latin d an s lo m o n d e
m o d e r n e . 11 le ch e rc h a it do préférence là où il ótait lo m oins
visible, d a n s ses o rig in e s obscures, se s o u v e n a n t do l ’a d a g e
s c o la s tiq u e : dans les racines do l’a r b r e , rien 11’a p p a ra it de sa
beau te, e t.p o u r ta n t to u te la beau te de l ’a r b re so tro u v e en pu is ­
sance dans ses racines. Mais d ’une facon plus g é n é rale, il vou ­
lait le saisir, ce « p en ser latin », à tous les m o m e n ts de son
év olution, sous toutes les form es do son expression, depuis lo
vi* siecle ju s q u ’au xix·. C’était s a ta che et co m m e sa m ission.

�Au service do c e t t e v olonté u n iq u e, il a m is u ne m éth o d e qui
n ’a pas non plus v arié : la m éth o d e historique. Il voulait éta ­
blir des faits, so lid em en t, de facon qu' i l n ’y eu t plus à re v en ir
s u r les re s u lta ts acquis. Il ne con sid érait pas c o m m e du tem ps
perdu colui q u ’il em p lo y a it à d ép ou iller p a tie m m e n t des
archives o b scu res, à d é c h iffrer un texte, à étab lir le sens d'un
m o t : il d é b a rra ssa it la Science à v e n ir des obstacles que lui*
m èm e avait re n co n trés, et la d is p e n s a it dos vains, des p e r p é ­
tuels re c o m m e n c e m e n ts . M éthode sim ple d an s son prin cip e ;
m o rale a u t a n t q u 'intellectuelle, p u isq u e sa g ra n d e r è g le est
l’h o n n é te té : a b o rd e r fra n c h e m e n t les difficu ltés ; n e rie n
d o n n e r p o u r ce rtain q u ’on n ’a ie re c o n n u tel ; no pas so m e n tir
à soi-m ém e p o u r no pas m e n t i r aux a u t r es ; ap p liq u er fi la
pensee toutes les r ègles qui s’a p p liq u e n t à la conscience, le
scru p u le , la lo y a u té , et cette cla ire vision dos ch o ses qui no
s’o b tien t q ue p a r un effo rt contim i c o n tr e los puissances de
paresse ou de sédu ctio n. C’est la m éth o d e la tin e , celle q u ’o m ­
p lo y a ie n t les h o m m e s de la R enaissance, lo rsqu 'ils usaie n t
leurs yeux s u r les m a n u s c rits re tro u v és et los copiaie n t
h u m b le m en t, p o u r otre sùrs do n ’a lté r e r ni leur form e ni leur
sens ; co nfirm ée p a r la trad itio n sa v a n te dos siècles qui su i ­
viren t, j u s q u ’aux M uratori et aux T iraboschi, qui laissè ren t
après eux des livres batt i s com m e des m o n u m e n ts ro m ain s.
Elle est latine s u rto u t p a r ses c a ra c tères, sa vig u eu r, son équ i ­
libre, son besoin d ’idées in é b ra n la b le m e n t fo ndées, s o n g o ù t de
l’éto rn e e.
Si un rh é te u r a b u s e de ce m o t : latinité, p o u r n ’en faire q u 'u n
th è m e à phrases p om peuses, regretto ns-le : il est vrai quo le cas
est fréq uen t ; et Dieu nous g ard e, p o u r le p résent et p o ur l’av en ir,
de ces d a n g e re u x verbiages ! Mais lo rs q u ’un ér u d it de g ra n d e
race consacre sa vie à a n a ly s er a u j u s t e son c o n te n u ; lorsqu'il
e’appliq u e
an ciens et
il ju s tifie
réclam o n s

à m e t t r e au jo u r sos titres do noblesse Ics plus
les plus au then tiq u es': alors rendons-lui gràce. Car
n o t r e c o n fiance d an s la trad itio n d o n t nous nous
; on nous m o n t r a n t pou rquo i elle a é te digne de

�vivre d an s le passé, il nous rend plus ce rtain s de sa force ; il a
m is à l’èpreuve sa vitalité. Los circo nstances o n t fait de son
oeuv re a u tre chose que l’occup atio n d ’un p u r lettrè ; elle est
devenue l'exam en de conscience des peuples qui se son t battus
a u t a n t p o u r le m a in tie n de leu r cu ltu re que p our la d é fense de
leur sol. En face de la b a rb a rie qui p ré te n d a it im p o ser au
m o n d e u ne conception de l’h o m m e d o n t so n t exclues les q u a ­
litès h u m a in e s , il se tro u v e quo le savant, a p ré c is é m e n t re v e n ­
d iqué los titres qui d o n n e n t aux peuples la tin s le d ro it de
c o n tin u e r ίι v iv re , le d ro it de co nsiderer leur idéal co m m e
s u p érieur, de le défendre et de le sauver. 11 a c o m b attu le bon
c o m b a t d an s la g u e r re des idées.

Ce qui séduisit s an s d oute Novati d ans la p erso n n alité do
Coluccio S alutati, qu'il no cessa d 'étu d ier sa vie d u r a n t 1, ce fut
sa v aleu r re p rése n ta tiv e et sa place dans l’histoire. Salutati
vie nt apròs Pé tr a r q u e et apròs Boccace , qui l’h o n o rè re n t do leur
a m i tié et d o n t il p le u ra la m o r t ; il v ien i un p e u a v a n t les
g ra n d e h u m a n is te s p r o p r e m e n t d its; il m a rq u e l’a v è n e m e n t
d é fìnitif do l ’esp rit latin, qui pre n d conscience do lui-m ém e au
Seuil do la R enaissanc e ; et do plus, il p e r m e t de v oir p a r un fra p ­
p a n t exem ple c o m m e nt cet esp rit p é n è tre d an s la vie. S alutati est
u n la tin is te do p re m iè re force, a u p o in t q u ’on l ’a p p e lle l e s in g e
do Cicèron ; il écrit des lettres, des p o èmes, des discours, toutes
oeuvres d i r ec t e m ent insp irées de la litté ra tu re c la s s iq u e ; il est
cele b re: en 1406 , à sa m o rt, on lui dècerne les h o n n e u rs do
l’ap o th èose, on lo ju g e d ig n e de la co u ro n n e de lau rie r, 011
l’appello Colluccio poeta. Or ce 11’est pas un le ttré do profes ­
sion. 11 est n otaire . Lorsque la vie c o m m u n a le s'o rg a n is e en
lta lie que la h iéra rch ie du m oyen-àge se dissout, et quo les
tra n s a c tio n s politiques se m u ltip lien t, l’b o m m e ép ro u v e le
besoin de d o n n e r à s e s actes passag e rs u n e form e qui d e m eu r e .
1. I.a jeunem e de Coluccio S a lu ta ti, 1888. Correspondance de C. S ,, 1891-1911.

�Cette form e, le n o ta ire est appelé à la créer, de p ar ses fonc ­
tions m èm es. Et co m m e i l a to u jo u rs g a r d é , à t r a v e r s le m oyena ge, des r u d i m e n t s de g r a m m a ir e et des so uv en irs de r h é t h o ­
rique, il s’a d a p te s a n s trop de peine aux circonstances*; il
s ’app liq ue à re d ig e r dans un beau style les g r a n d s évén em en ts
q u ’on lui dem an d e do s a n c tio n n e r : voilà le latin d evenu un
é lém e n t de la vie publique.
Novati ne s’est pas co n te n té de r e c h e r c h e r pieu sem ent les
tra c es do la vie do so n am i Coluccio : il a d o n n e u n e édition
définitive de ses lettres, Ies e x h u m a n t p o u r la p lu p a rt d ’un
m a n u s c r it do n o tre b ib lio th èq u e n a tio n a le . C’est toute une
epoque qui revit dans ces d o c u m en ts précieux; et d av a n ta g e
encore, c’est uno à m e qui so confesse . Les p ro fa n es m èm e
peu ven t écouter ce q u ’elle dit, et co m p r e n d r e c o m m e n t elle
fait de l’a n t iquité la m a tiè re de la vie m od ern e .
Quelle passion, en e ffet p ou r cette a n tiq u ité ; q u elle s u p e r ­
stitio n p o ur tout ce qui v ien t d’e ll e ! Quel prix attach é aux
m a n u s c rits latins ! Quelle im p o rta n c e d o n n ée à la fo r m e , à la
g ra m m a ir e , et ju s q u ’à l’o rth o g ra p h e ! Quelle a d m ira tio n pour
les m o d e rn e s — Boccace ou P é tra rq u e ;— qui so n t les ém ules
de S é n èque ou de Virgile! Mais su rto u t, com m e il tra v a ille à
saisir I'es p rit de la cu ltu re classiq ue, e t à en faire la règle de sa
raiso n! 11 app liqu e aux cas p articuliers de sa p r o p r e existence
les idées qu'il v ient de p re n d re c h ez e lle, les idées gén é rales,
directrices de la vie. Ce so n t les p re m ie rs l ieux c o m m u n s : que
la p ro sp é rité est un faux bien, et q u ’il faut to u jo u rs cra in d re
les em bùches de la f o r tu n e ; que le sage no désire pas la
richesse, m ère do tous les m aux , et a im e la pau vreté, qui
e n g age à l’étu de et à la p ra tiq u e de la v e r tu ; que la pour do la
m o r t est absu rd e et làche. C’est l’éloge do l’am itie, l’é loge do la
g lo ire — qui ne v o u d ra it voir son n o m v oler sur les lèvres
des ho m m es, et défier le te m p s ? les faux h u m b les so n t les plus
v aniteux . Ce so n t les co n solatio ns p hiloso phiq ues, les d is s e rta ­
t io n s m orales. La conscience est en tr a vail; elle veut so r en d re
co m p te de chacun de ses se n tim e n ts , les d irig e r su iv an t

�(les règles q u ’elle a elle-m èm e exam inées, elle-m èm e adm ises.
Les prin cip e s direc teu rs de l’existence m o d e rn e so n t en train
de se fo n d e r en ra is o n ; et p a r exem ple le p a trio tism e . 11 ne
s ’ag it plus de la c h r é tie n té , m ais de F lorence, sludiorom hum a­
n ita tis domicilium·, m ais du pays que l’A p e n n in p a r t a g e et q u e
b a ig n e n t les deux m ers. Dans u n e de ses lettres les plus elo­
qu entes, Coluccio S alutati m an ife ste sa joie de voir le pape
Urbain V, s ó jo u rn a n t à R om e, re n d re la Ville à sa m a je s té , et
re p re n d re en m a in le p ouv oir te m p o re l avec le sp irituel, de
façon que l’o rd re rógn e dans l’unité. Les prélats f r a n çais p ro ­
testen t en fa v eu r d 'A v ig n o n ; iis e x a lte n t les cités populeuses
de leur p a y s ; la s u p é r io r ité de leurs co m p a trio te s dans
la m usiq ue, dans la th é o lo g ie ; leurs écoles, où les étud iants
affluent de toutes les partie s de l’E u ro p e ; leur habileté
d ans les arts m écan iqu es. lls ra ille n t la v a n ité que les lt a ­
liens t i r e n t de leurs o rigines, é n u m è r e n t les défauts des
differentes ré g io n s de la p énin su le, lo u en t lo vin de Beau ne
et m é p ris e n t les vins d ’Italie; ils c e n s u re n t to ut, c o m m e s’ils
é ta ie n t sans défauts. Mais les ó vénem ents leur d o n n e n t to r t ;
Rome re p re n d sa s p le n d e u r et sa m ajestó ; puisse-t-elle les
g a r d e r to u jo u rs! — P a r m o m e n t s , l’effort psych olo giq ue d o nt
les lettres so n t la trad u c tio n devient si in ten se q u ’il p re n d un
ca ractère presqu e d o u loureux. J ’ai q u a r a n te an s, écrit Coluccio
S alutati, et jo n ’ai pas encore tro u v é le tem ps de r ég le r m a vie
co m m e jo l’aurais s o u h a ité . C ependant jo sens la fuite dos
jo u r s ; et m es o ccup ation s m ’ac ca b l e n t ; loin do pouv oir me
recueillir je suis pris plus que ja m a is p ar les activités ex té­
r i e u r es. A in si beaucoup d ’h o m m e s m e u r e n t a v a n t d ’avoir
co m m en c é lour réform e m o ra le ; et beaucoup co m m e n c e n t trop
ta r d ; et je serai de ceux-là...
A m e rich e do con ten u , en so m m e ; pleine de p rom esses et
déjà de ré alisations. Elle est un p eu scolaire, u n peu pédante,
liv res q u e a v a n t les livres ; e t très n aive en m e m e tem ps : c’est
à elle-me m e q u ’elle fait la leçon. Elle est curieuse ; chaque objet
qui passe I’étonne, la sollicite , ot elle v eut s a v o ir le pou rqù oi,

�co m m e fo n t les enfants : le ru d e chancelier de F lorence dem an d e
u n jo u r p o u rq u o i certain es voyelles s o n t asp irées en g r e c ; et
u n e a u tre fois, avec la m èm e c u r io s ité , c o m m e n t l’im ag e peutelle bien se fo rm e r dans le m ir o ir ? Mais le m y s tè re des choses
ne la troub le pas, parce q u ’elle possède, elle le croit, le m o y en
de to u t expliquer, fière et déjà s u p erb e de sa m éthode, de
sa raison. Elle est h e u reu se à l’asp ect de ce beau m o n d e
an cien qu'elle a re tro u v é, q u ’elle v a faire re n a ìtre , qui s a i t ?
en le dép a ssan t, en r e m o n t a n t j u s q u ’aux sp len d eu rs sans
m élan g e de l’ilge d ’or. P lus tard , elle se desséchera ; l’im i ­
tatio n ne sera plus q u ’artifìce ; les m ots lui fe ro n t o ublier
la réalité. Mais m a in te n a n t, elle est encore dans l ’a r d e u r de sa
sève p rin ta n iè r e . Elle se fo rm e s u r les exem ples les plus nobles
du passe, qu'elle a c h osis d ’in stinct. M om ent fugitif, où elle
possède to ute la v ig u eu r de la jeunesse, ,toute la fraìcb eur de
l’éveil ! C'est le p re m ie r m é rite de Novati, que do l’a v o ir fixé
p o u r nous.

P o u rta n t, si de toutes ses oeuvres il en fallait re te n ir une
seule, jo préférerais peut-ètre le m ince v o lu m e qui a p o u r titre :
L'influence de la pensée latine sur la civilisation italienne du
m o yen -àge'. Ce fut à l'o rig in e u n sim p le discours, voire un
disco urs a c a d é m iq ue, et Γ011 sait que le g e n r e se pròto peu
d ’o r d i n a i r e à l’ex pression do pensées o rig in ales. Mais il r e p r é ­
sen te la sy n th è se de lo ng ues études a n té rie u re s ; les notes a b o n ­
d antes qui s o n t rejetées à la fin du livre p o u r ne pas e n tra v e r
la m a r c he de la pensée m o n t r e n t a s s e z de quel p atien t travail
est sorti ce jaillissem e n t. « Le c h e rch e u r, a écrit quelque p a r t
Novati dans u ne belle im ago, so sont quel&lt;|uefois las de réso ud re
les p ro b le mes in g rats de l’é ru d itio n , las d établir p e s a m m e n t
des vérités m in u s c u les. A lors il cesse de so p e n c h e r s u r le petit
coin de terre 011 il b o rn a it son e ffo rt; il lève la té t e, et
\
1. 1896. D e u x iè m e é d i t i o n , 1899.

�otcne m p le les lointa in s de L 'h o r i o n . » Mème l o r s q u e sa science est
trop co urte p o u r e m b ra s s e r l’éte n d u e de ce q u ’il p re s se n t ou de
ce q u ’il devine, il dit lib re m e n t ce q u ’il sent. Lui-m èm e a c o m ­
pose son d iscours d ans un de ces m o m e n ts d ’ex p ansion presq ue
in v o lo n ta ire ; et le re p r e n a n t plus ta rd p o u r le c o rrig er, il a
eu la joie de v o ir q u ’il p o u v ait le c o m p léter sans doute, m ais
q u ’il av a it ex p rim é des certitudes, d ignes d é s o r m a is 'd e d e m e u ­
re r. Cotte civilisation latine d o n t il a étudié l’aub e tr io m p h a n te ,
q u ’était-elle d evenue p e n d a n t les siècles p ré c ó d e n ts ? Entre
Ro m e et la R enaissance, avait-elle d i s p a r u ? Et s’est-il agi
d ’un e so rte de m iracle, qui v ra im e n t l ’a ressuscitée to u t d ’un
c o u p ? Ou p eut-ètre avait-elle co n tin u e à vivre san s q u ’on s’en
ap ercùt, sous les r u i n e s ?
Elle a c o n tin u é à vivre, en e ffe t ; il n ’est pas do siècle, si
d és h é r ité q u ’on le suppose; où elle no se soit m anifestée, où elle
n ’ait agi. Le p ré ju g é qui lA m o n tr a it óteinte p e n d a n t u n e
lo n g u e période de l’h istoire est d én o n c é ; sa vitalitó invincible
est rev end iqu ée. Novati écrit, cette fois, l’épopóe de la pensée
latine im m o rtelle.
11 nous e n tra în e à tra v e rs le te m p s ; et guidés p ar lui, nous
assistons à la d é couverte m erv e ille u s e . Au m ilieu m ém e de la
b arb arie victorieuse, l’esp rit classique subsiste ; ta n tó t ce son t
des r h é te u r s , ta n tó t des g ra m m a ir ie n s , ta n tó t des p hiloso phes :
to u jo u rs il y a q u elq u 'u n p o u r re p re n d re le flam beau et le
passer ίι des su cc esseu rs. Quand, apròs l’em p ire de Cha rle ­
m a g n e , la civilisation p ériclite do nouv eau , ot q u ’une longue
s u ite do calam ités ne p résente que des i m ages d ’h o r r eu r, la
force v iv an te de la latin ité est étouffée, m ais no n pas a b o lie .
On dirait d ’une bataille tra g iq u e et sans cesse re n o u v e lé e ; d ’un
cò tè des puissances s an s n o m b re q ui d o n n e n t l' a s s a u t; do
l’a u t r e , u n e idée, u n e form e, un so u v e n ir, qui ris q u e n t à c h a ­
que m o m e n t de d is p a r a îtr e , et ré sisten t to ujo u rs. Non pas seule ­
m e n t dans les lettres, m ais d ans la politique m unicipale, dans
l’o rga n isa tio n sociale, dans les c o u t u m e s et les usages, d ans les
sceaux et dans los m o n n a ie s , dans les m o n u m e nts de l ’a rt, le

�chercheur patient retrouve les traces qui le mènent sans dis­
continuité jusqu’à la Renaissance. A mesure qu’ il se rapproche
des temps où l’humanisme va triompher, ces signes s’affirment
et se multiplient sans changer de nature : la Renaissance est
l'aboutissement logique d’une tradition ignorée, mais certaine;
pendant toute la barbarie, pendant tout le moyen-age, l’ Italie
a été travaillée par le ferment de l’esprit latin.
Dans un travail qui devait comprendre l’histoire complète
des Origines, et qu'il a mené près de son terme sans l'achever
tout à fait, tant ses scrupules scientifiques le retardaient,
Novati a repris ces idées, et il les a exposées avec leur appareil
critique. Mais elles ont déjà leur force dans son discours, et en
tout cas plus d’élan. On sent percer sa-joie lorsqu’ il apporte
un argument nouveau : qu’ Honorius III, au début du x iiiu siècle
ait déposé un évêque parce qu’il ignorait la grammaire « el
deposuit episcopum qui Donatum non legerat » voilà qui le
rend tout heureux. Il soutient la cause du x" siècle un peu
comme un avocat défendrait un client injustement accusé ; il.
est passionné, éloquent, poétique. 1l tire des légendes les plus
beaux symboles. Une chronique du début du xi® siècle raconte
qu’un laboureur heurta de sa charrue un sépulcre enfoui dans
un coin du Palatin. Il l’ouvrit, et trouva le corps gigantesque
d’un héros couvert de ses armes. C’était Pallas, fils d’ Ëvandre.
A côté do lui brûlait une lampe dont la flamme menue n’avait
cessé do briller dans la nuit des temps. N’est-ce pas l’image do
la pensée latine, telle qu’elle persista chez nous durant le
moyen â g e ? Mémo quand son rayonnement semble obscurci,
elle continue à vivre cachée, emprisonnée dans un tombeau ;
« mais elle vit, comme la lampe inconnue de tous qui perçait
l’ombre à côté du corps étendu de Pallas .... »
*
# *
Lorsqu’ on a séjourné de longues années dans une ville,
attelé au même labeur, on finit par faire partie, vivant encore,

BkJwWviVBî-ütr'1" " ¿¡¡Sti l’ilhK't*

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�UN H I S T O R IE N DU G E N IE

L A T IN

de la tra d itio n de la cité. On est c o n n u ; on a des élòves, et
m è m e des disciples; les profanes, les m a rc h a n d s s ’é to n n e n t
to u jo u rs de v oir u n h o m m e p asse r son existence à lire d ans les
vieux livres, m ais leur é t o n n e m e n t se n u an c e de respect.
Les fam illes ne lui fo n t plus m y stère de leurs tréso rs ; elles
la iss e n t p é n é tr e r ce curieux, d an s les b o u d o irs s u ra n n é s
et d ans les salons solenn els ; il a le d ro it d ’a d m ire r les p o r ­
traits des an c ètres, q u ’il sem b lait co n n a itre à l’avance, c o m m e
des am is. B ientòt elles lui o u v re n t les portes de leurs biblio ­
th èques, h eureuses de le voir p ris e r une édition ra re, up beau
livre à g ra v u re s . Elles lui p e r m e tte n t do fureter, de d éc o u v rir
dans le tiro ir d ’un cab inet un m a n u s c r it p o u ssiéreu x, qui
co n tie n t une partie de leur p ro p re h is to ir e . P arfois m é m e elles
lui a p p o r te n t des d o c u m e n ts q u ’elles se g a rd e ra ie n t, so u p ço n ­
neuses, de confìer à un é tra n g e r. Elles lui ac co rd e n t la p e r m is ­
sion de les publier, s’ils en v a len t la p e in e ; à lui, d o n t elles
so n t sùres ; n o n pas à u n au tre , qui s e rait peut-ètre in d is ­
cret. C’est ainsi q u ’il fut d o n n e à Novati de faire p a ra itre une
des co rresp o n d an c es les plus p a s s io n n a n te s que le x v u i6 siècle
nous ait laissées : celle des frères Verri
L’un des deux, P ietro , bel esprit, ph ilosophe ré fo rm ateu r,
jo u rn aliste, g ra n d m a n ie u r d ’idées, reste à M ilan; son cadet,
Alessandro, plus sensible, plus sensuel, plus artis te peut-ètre,
a été à P aris avec Beccaria, puis à L ondres to u t seul, puis à
Rom e : là, les c h a rm e s de la belle m arq u ise Boccapadule l’o nt
fixé p o u r tou jou rs. De Milan à Rom e et de Rom e à Milan, les
d e u x frères s’écrivent, c o n tin u a n t leur con versatio n intim e,
lls se ra c o n te n t les g ra n d e s nouvelles, et plus v o lo n tie rs encore
les petiles, les év ón e m e n ts de la politique, la eb ro n iq u e m o n ­
daine, les productioris des artistes, et les ó tran g e rs, et les
fem m es, et les livres q u ’ils o n t lus, et les am is qu ils o n t rencontrés, et ce q u ’ils o n t dit, et ce q u ’ils pen se n t. T out cela

1. Carteggio dì P, e A . Verri , a c u r a di K. Novati e di E. fireppi» 3 voi., 1910,
1911, 1919, Eu c o n r e de p u b l i c a t i o u .

�fa m iliè re m e n t : m ais avec des re prises de co q uetterie et des
nuan c es d ’a p p rè t ; co ram e si q u e lq u ’u n , to u t d ’u n coup,
p o u v a it lire p a r dessus leur épaule et les s u rp re n d re . Le
m o rce au spirituel et soigné, fait p o u r ètre extrait de la lettre
et lu aux am is, ne m a n q u e pas ; il est presque tou jo u rs
délicieux.
Dans ce fouillis aim ab le et qui prète à toutes les surprises,
des d o n n ées g én é rales a p p a ra is s e n t à force de répétitions.
L’im pression la plus; forte est celle du t r io m p h e de la pensée
francaise. Les Verri se t i e n n e n t à l’a ffùt de la p ro d u c tio n de
P aris ; la m o in d re b ro c h u re de V oltaire fra n c h it la f r o n tiè r e ;
ainsi de tous les livres ; et cela va ju s q u ’à l'E ncyclopédie, qui
ne com p te pas m o in s de cinq cents so u s c rip te u rs p o ur une
ré im p re ssio n italie n n e. Si on vo u lait citer tous les au teu rs
f r a n çais q u ’ils p ra tiq u e n t, on n ’en finirait pas. L’influence est
profonde. On v eut p e n s e r c o m m e à P aris, on veu t p a rle r com m e
à P aris ; no n pas s e u le m e n t citer ou copier, m ais a r riv e r par un
travail i n té rie u r à la m èm e facon d ’e x p rim e r les m èm es idées.
De Voltaire, on p re n d la g rà c e légère, l’ironie, le scepticism e.
De R ousseau, qui lui fait c o n c u rre n ce, que l’on défend m èm e
co n tre ses attaq u e s, on a d m ire le s e n t i m e n t , la p assion v ig o u ­
reùse, la force co nstru c trice. C’est enco re la pen sée v o ltai ­
r i e n n e qui m e t la m a rq u e la plus forte s u r les esprits : m ais
elle ne r èg n e plus sans co nteste : on p ré vo it le jo u r où l ’a t t i ­
tu de se n tim e n ta le l’e m p o rte ra s u r l'in te llectuelle, et le coeur
s u r l’esprit.
Et puis, riv ale de la Franco q u o iq u ’in tro d u ite so u v e n t par
elle, voici l’A n g leterre qui a p p a r a i t . Dans la c h a m b re d ’A le s ­
san d ro Verri, ■il y a les p o r t r a its de Voltaire et de Rousseau,
m ais aussi des tableaux de Ho g a rth . On ad m ire la p o litiq u e
anglaise. On considere avec ét o n n e m e n t les insulaires qui c ir­
cu lent en Italie, si o rig in a u x , si bizarres. A p rès les livres des
p h ilo s o p h es, que l ’on c o n n a ìt bie n, 011 se m e t à lire l’oeuvre
des littérateu rs purs, les nou veaux et les anciens. Quel curieux
o u v ra g e quo le Voyage 'sentimental de S terne! L 'a u te u r a

�asri on : les caractères français re sse m b le n t à des m o n n a ie s l o n g ­
tem p s frottées e n se m b le : polies, m ais effacées; les A ng lais o n t
un a u tre relief. Verri a toutes les audaces : il a b o rd e S h akes­
peare. Il tra d u it Ha m let, p o u r son plaisir. Il le tra d u it tel qu'il
est, afin de re n d re le m ieux possible la force de la pensée
an g laise : il critique V oltaire, qui n ’a pas tra d u it, lui, m ais
déform é. — C’est ainsi que le trô n e des dieux fran ça is est
é b ran lé dans le tem p s m ôm e q u ’ils t r i o m p h e n t ......
Et l’esp rit ita lie n ? Il est étouffé sous ces em p rises, Il est
tiraillé d an s des sens divers : vers le français, vers l’anglais,
vers le latin, vers le g r e c ; car A. Verri a p p r e n d aussi le grec ;
et on sait q u ’il com pose la plus é tra n g e élu c u b ra tio n , Les N u its
romaines au tombeau des Scipions, où Young et Tite Lîve son t
a ffreu se m en t m êlés. 11 n ’a pas confiance en lu i-m êm e; il c r i­
tique plus vo lo n tie rs q u ’il ne c o n s tru it ; esp rit p ro vin cial plus
q u ’e s p r it n a tio n a l, il m a n q u e de c e n tre. — P o u rta n t il a des
qualités qui le re n d e n t d ig ne de vivre. D’ab o rd cette in q u iétu d e,
ce m é c o n te n te m e n t de soi-m êm e, qui so n t la co n d itio n et
l’indice du p rogrès. P uis un e x trê m e bon sens, u ne vig u eu r
p ra tiq u e qui ne le laisse ja m a is dupe, m êm e qu an d il im ite.
P uis une trad itio n , à laquelle il a recou rs q u a n d il est dans
l’e m b a rra s , et qui chaque fois le s auve. L’es p rit italien est en
crise : m ais c’est u n e crise d ’adolescence.

Il est ce rtain qu'avec le cours des a n n é e s ,N o v a ti se ra p p r o ­
ch ait do la f o u le ; il s o rta it de la réserve u n peu dédaigneuse
de ses débuts, é p ro u v ait le besoin de c o m m u n iq u e r d irecte­
m e n t avec le g ra n d public : p lusieu rs volum es, c o n te n a n t des
articles de v ulg arisatio n qui d ’ailleu rs n ’o n t jam ais rien de
v ulgaire, en font. foi. Il est ce rtain aussi que les sujets plus
m o d ern e s le te n ta ie n t d av a n ta g e : si bien q u ’il se laissa séduire,
à la lin, p a r S te n d h al. A vrai dire, il y av a it lo n g tem p s q u ’il
l’avait r e n c o n tré s u r son c h e m in , et salué au passage ; il ne
l’in v e n ta it pas, il le re tro u v a it. Et puis, quel est l’italien

�ctluivé qui ne s’in téresse à lui ? Λ la veille de la g u e rre , Milan se
p ré p a ra it à céléb rer sa m é m o ire ; Novati faisait partie du com ité
c h a rg é d ’o rg a n is e r la solen nité, à laquelle les am is de F ran c e
étaie n t déjà conviés. Une conférence très n o u rrie , u n e polé­
m ique d ans les jo u rn a u x (il faut to u jo u rs q u ’il y ait polém ique
q u a n d il s’ag it de S tend hal ; c’est la règle) in d iq u a ie n t l’élab o­
ra tio n d ’un travail plus com p let. — Mais su rto u t, étudier
S tend hal, c’était re s te r fidèle à la tâche de to ute sa vie. En effet,
S tendh al est au n o m b re de ceux qui se s o n t a r ro g é un droit
s u r le g ra n d h érita g e de Home ; il a ju gé la civilisation ita­
lienne, il l’a fixée à un m o m e n t d o n n é de son évolution : il
faut q u ’il re n d e des com ptes au g a rd ie n de la pensée latine.
S tendhal et l’âm e italienne 1 : tel est le titre de l’en qu ê te que
Novati vo ulu t institu er.
Les n atio n s o n t un e é tra n g e m a n iè re de se re p ré s e n te r l’âm e
de leurs voisines. Elles se c o n te n te n t de préjugés h éréditaires
tenaces, de n o tions inexactes, so u v e n t contra d icto ires, puisées
dans les jo u rn a u x — d ans les jo u rn a u x de la n atio n qui juge,
non pas .de celle qui fait l’objet du j u g e m e n t ; et plus que to ut
le reste, d ’im ages éclatantes, m ises en circ u latio n p a r quelque
écrivain de talen t qui découvre un beau jo u r l’A n gleterre, le
J a p o n , ou l’A m érique. On accepte ce que d it l’écrivain, on le
croit s u r p a r o le ; la natio n a beau c h a n g e r, le p o rtra it a beau
vieillir : il d u re ju s q u ’à ce q u ’une nouvelle d écou verte relègue
dans l’o m b re l’im ag e trop lo n g tem p s favorite. L’Italie dépeinte
p ar L ala n d e et a u tre s v o y a g e u rs du x v iiie siècle a d u ré ju s q u ’à
l’Italie de C o rin n e ; C orinne a été d é trô n é e p ar S te n d h a l ; il
sem ble bien q u ’il ait fallu M. B ourget p o u r en ric h ir d ’un p it­
toresque im p rév u la traditio n s te n d h a lie n n e ; et p o u r la
foule, la m od e des petites villes, décrites d ans des livres
in n o m b rab les, d u ra it encore hier, insoucieuse do l’intense
b o u illo n n e m e n t de vie qui a g itait l’Italie m o d ern e , et que la
g u e rre a enfin révélé.
I. Mi lan, Cogitati, 19| 6.

\

�UN h i STOr iEN DU G É N I E

LATI N

Les n ou ve a ut és que S te ndh al a pp o r t a i t ét ai en t n ombr eus es
et pi quant es. II le disait h au t e m e n t , le répét ai t j u s q u ’à satiété :
le p ay s le mi eux fait p ou r le b o n he ur , ce n ’étai t pas la France,
mai s l'It al ie; l’à m e la plus capable de c o n qu é ri r et de re te ni r
le b on he ur , c’ét ait l’à m e italienne. Gondol es et sérénades,
musées et Vésuve, s ouven ir s classiques, tout cela était fort
bien. Une foule de bavards av a ie n t a d m i r é qui les r ui nes et qui
les o ra n g e r s : soit: — encore que la p l u p a r t de ces m o n t r e u r s de
merveilles f û s s e n t fort sots. Mais ce que tous d ev ai ent c on n aî tr e
dés or ma is , c'était j u s t e m e n t ce que les vo ya ge u rs n ’av ai ent
j a m a i s v u : le pri vi lège qui p er m e t ta i t aux é t r a n g e r s môme,
p o u r peu q u ’ils voul us sent r e no n c e r à leurs pré jug és na ti onaux,
de g o û t e r en Italie une félicité impossi bl e ailleurs. Cette joie
d ’exister, S te ndh al l’av ai t sentie, p é n é tr a nt e, a u ss i tô t q u ’il
avait franchi les Alpes p o u r la p r e mi è r e fois ; il l’ava it é p r o u ­
vée avec plus de sécuri té et de r e c on nai ss anc e e nc o r e p e n d a n t
ses l ongs s éj ours mi lanai s, elle dev enai t p o u r lui le caractère
essentiel du pays, si r are, si mervei ll eux q u ’il s ’en faisait
l’a p ô t r e p o u r la Franc e et p ou r le mo nd e. Il n ’a b a n d o n n a i t pas
to ut de la tradi ti on a n té r ie ur e ; mai s il re no uv el ai t e nt i è r e m e n t
le p oi n t de vue. Il ne s ’agi ssai t pas d ’a d m i r e r l’Italie p ou r ce
qu elle n ’était plus ; ni de l ouer son ciel ou ses statues pour
cr it i qu er ses i nst it ut ions et m ép r i s e r ses hab it ant s. Elle deve­
nai t a u tr e chose qu e la p r o m e n a d e classique de l’E ur o p e : une
île heureuse, digne q u ’on s ’y fi xat pour y vivre tous ses jours.
La g r a n d e a ffaire do la vie é t an t lo b on he ur , il fallait la j u ge r
s u i v a n t la s o m m e de b o n h e u r q u ’elle était capabl e de d o nn er ,
et la r eco nn aî t re, da ns ce sens, c o m m e s upér ie ur e à toutes
les n at i on s. On sait c o m m e n t S te ndhal d o n n a i t lui-me m e
l’e xe m p l e : Henry Heyle, Milanais.
Il justifie ce q u ’il ava nce p ar la ps ychologie et p ar l’hi st oir e:
a u t r e r e n ou ve l l e m e nt do l’image. P oi nt de vani té en Italie ;
ce tte cr ai nt e du ridicule qui paral ysé en France les g r a n ds
caractères y est i nco n nu e. Le n at ur el y r è g ne l i b r e m e n t ; on
est délivré de celte per pétuelle c on t ra i n t e qui fini t par asservir

�les esprits les plus in d é p e n d a n ts : on se m o n tre tel q u 'o n est,
et on agit s u iv a n t son bon plaisir. L'op inion publique y a peu
de force, h eu re u s e m e n t, faute de g ra n d s centres qui im p o s e n t
la m ode et le ton. La p assion y n a ît v ig o u reu se ; ne tr o u v a n t
pas de lim ites à son ex pansio n, elle croît, elle e n v a h it to u t
l ’être ; elle d o n n e à la vie u n e a m p le u r qui la re n d d igne d'être
vécue. P a rm i les passions, l'a m o u r occupe la p re m iè re place,
co m m e il est juste. Tous les cœ urs italiens en so nt p le in s ; la
v e rtu consiste à aim e r p ro fo n d ém en t, non pas à cacher h y p o ­
c r ite m e n t q u ’on aim e. Cet a m o u r n ’est pas le passe-tem ps
d ’une société coquette, où ni les e n g a g e m e n ts , ni les ru p tu re s
n ’o n t d ’i m p o rta n c e ; la jalousie ne p a r d o n n e p a s ; elle tue.
F em m es belles et voluptueuses, h o m m e s qui n ’es tim e n t rien
ta n t que l’énergie, in dividu alités san s f r e in : quelle m atière
aux jo uissances poussées ju s q u 'a u p a ro x y sm e , au x haines
poussées ju s q u ’aux beaux crim es ! Et quelle psychologie faite
p o u r le b o n h e u r !
L’histoire l’explique. Divisée en u ne foule de petits Etats qui
o n t dû so u ten ir, p o u r subsister, les luttes les plus sa n g lan te s
que l’histoire co n naisse, l’Italie a to u jo u rs été le pays des
caractères fo rte m e n t trem p é s. Le dro it à l’existence se c o n ­
q u é ra it de h au te lutte; l'existence elle-m êm e d e v e n a n t ainsi
plus précieuse, on l’em p lissait do toutes les jouissances, celles
des lettres, celles des arts, celles des passions. Y eut-il jam ais
plus de villes e n n e m ie s, plus de s a n g versé p o ur a r riv e r au
po uvo ir, plus de crim es co m m is p our le g a r d e r q u ’au tem ps de
la R en aissan c e? Y eut-il ja m a is plus d ’artistes, et de plus
g ra n d s ; plus de princes cu ltivés; plus d ’é n e rg ie s ; une vie plus
in te n s e ? Certes, la civilisation a étouffé celte flamme. Elle a
réussi ii faire de l’existence un e cho se b ana le et terne , à a m e n e r
m êm e la décadence des arts. Mais les forces sau vages que son
travail néfaste a voulu discip liner é taie n t si p uissan tes en Italie,
q u ’elle ne les a pas e n tiè r e m e n t dom ptées. Elle n ’a p as pu a b o ­
lir tout le passé. Dans ce j a rd in lu x u rian t, la p lan te h om m e
co n tin u e à cro ître plus vivace q u ’en au cu n lieu du m onde.

�S eulem ent, cette im ag e colorée, qui vien t se sub stitu e r au
dessin u n peu te rn e de Corinne, co rrespon d-elle à la ré a lité ?
Avec S te n d h al, on se méfie to u jo u rs ; il paye la ra n ço n de son
iro n ie : le lecteur a p eu r d ’être mystifié, et ne lui fait crédit
q u ’à m oitié. A sa pré sen tatio n de l’Italie, on concède volontiers
des traits bien saisis, quelques touches é v id e m m e n t justes,
des m o rce au x qui ré v èlen t une acuité de vision sans égale. :—
Mais l’e n s e m b le ...... ?
Le g ra n d in té rê t du livre de Novali est de dissiper ces in q u ié­
tudes, et d 'é ta b lir les m érites de S te n d h al. Il y a d ’abo rd les
acq uisitio ns définitives, s u r lesquelles aucun doute n ’est
perm is. L’ob serv ateu r a bien vu ce que l’âm e italie n n e pouvait
av o ir de divers, les n uan c es m ultiples que la p ersistance de la
vie locale et ré g io n a le lui ap p o rte ; il n ’est pas tom bé dans
l’e r re u r, p o u rta n t c o m m u n e aux é tra n g e rs , de co nfon dre la
psychologie d ’un N apolitain, p a r exem ple, avec celle d ’un
Milanais. — Il a discerné avec une perspicacité s in g u liè re son
c o n te n u politique. Car on lui a re p ro ch é d ’avo ir lim ité ses
re m a rq u e s aux elïets de la d o m in a tio n n ap o léo n ie n n e qui était
déjà le passé, et d ’av o ir douté du R iso rg im en to, es tim a n t que le
peuple était très loin encore de co m p re n d re ce que pouvait
être la liberté, ou seu le m e n t la c o n s titu tio n . Or il a p p a ra ît de
plus en plus n e tte m e n t a u j o u r d ’hui q u ’en ejïet, le R iso rg i­
m en to , (et d ’une façon g én é rale to ute l’évolu tio n politique de
l ’Italie m oderne) sont dûs non pas à la m asse du peuple, m ais
à une élite très re strein te qui e n tra în e la foule presq ue m alg ré
elle, et l’oblige à faire ce qu elle ne c o m p re n d pas, voire m êm e
ce q u ’elle ne v eu t pas. S tend hal av ait vu clair; on lui doit s u r ce
p o in t u ne véritab le ré p a ra tio n . — 11 a bien m arq u é aussi le
rôle de l’Italie d an s la fo rm ation du ro m a n tis m e , du « r o m a n ­
tic ism e » c o m m e il disait : beaucoup des idées que lui-m êm e a
fait passer en France, il les av ail e m p ru n té e s aux cerveaux
m ilanais Attribuons-lui donc le m é rite d ’av o ir décou vert une
richesse encore inex plo rée de l'â m e italien ne. — Mais allons
aux points où il sem ble plus difficile de lui faire to u t à fait

�crédit. Que la p lante h o m m e naisse plus vivace en Italie
q u ’ailleurs, ce n ’est pas lui qui le dit, c’est Alfieri; aussi bien
ses ju g e m e n ts o u t ils so u v en t une ressem blance fra p p a n te avec
ceux des co n te m p o ra in s les plus auto risés. La passion s ’y
d o n n e plus libre cours q u ’en F ranc e : a s s u ré m e n t; et p o u r les
g r a n d s caractères, toute 1 h isto ire de la libéra tio n de l’Italie
n ’en montre-t-elle pas en a b o n d a n c e ? n ’a-t-elle pas eu ses
h é r o s ? ses m a r t y r s ? — Si l’on exag ère u n peu la conception
s te n d h a lie n n e de 1 Italie de la R enaissance, 011 a u r a quelque
chose c o m m e la .Lucrèce B orgia du th é â tre ro m a n tiq u e ; et ce
sera très fâcheux. Mais au m o in s a-t-il fait co n n a ître au g ra n d
/
%
p u b lic ce que cette histo ire a eu de tra g iq u e et de tro u b la n t;
en tre les R o m ain s et les Italiens m o d ern e s, il n y avait, p e n ­
sait-on que des o m b re s ; il y a rem is des h o m m e s , p o u rsu iv a n t
en v u lg a ris a te u r l’œ u v re q u 'a u m ôm e m o m e n t des esprits très
sûrs et très graves, c o m m e S ism on di, accom p lissa ie n t de leur
côté. Novati va m êm e si loin ici, qu'il v o u d ra it défendre la
Chartreuse de Parme d ’une critiq u e trad itio n n e lle : S ten dhal,
p our d ép eind re les m œ u rs italiennes d ’après 1815, s ’est servi
d une in trig u e trouvée dans irne c h ro n iq u e du xvi° siècle; et
de là vient l’im p ressio n d in c o h éren ce que le lecteur épro u v e
d ’un bo u t à l ’a u tre du ro m a n . Mais l’a n a c h ro n is m e est m o ins
flagran t q u ’il ne p araît, dit Novati, si on réfléchit que les c a r a c ­
tères, après tout, n ’av a ie n t pas te lle m e n t c h a n g é de l ’un e à
l'a u tre époque : beaucoup des tra its essentiels de la race o n t
défié le t e m p s ...... C’est peut-être tro p d ’in d u lg e n c e ; et nous
p ro testerio n s vo lo n tie rs. Mais n ’aurio n s-n o u s pas m a u v a is e
grâce, F ran çais que nous s o m m e s , à c o n tre d ire un Italien à
p rop os de l'â m e ita lie n n e ?
*

* *

Ce fut là son d e rn ie r livre ; ses am is lo re ç u re n t en m êm e
tem ps que la nouvelle de sa m o rt. Il av ait été heureux d ’en
faire un té m o ig n ag e public de l’in té rê t q u ’il p o rta it à la France,

�et il av ait m a n ife sté son s e n tim e n t dans u n e de ces belles
dédicaces à l'italien n e qui p ar leur h a r m o n ie ra p p e lle n t le vers,
p a r leur force l’in scrip tio n lapidaire, g rav ées p lu tô t q u ’écrites,
p resqu e imposables à tra d u ire : A d Henry Cochin — e e ttissima
tempra — d i scrittore di cittadino — con l'affetto antico —
fiammeggiante p ui v i v o — oggi che nell’ atroce duello — contro
l’eterno nemico — Francia e Italia — rinsaldano — la frater­
nità indefèttibile. Oui, elle b rû la it plus vive que ja m a is , cette
fla m m e d 'a ffection, tan dis que la France pacifique q u ’il av ait
c o n n u e d even ait la France g u e rriè re , et repo u ssa it l’e n v a h is­
seur. « Je suis très co n ten t de vos nouvelles », é c r i v a i t - e n
m a rs 1915 au m êm e am i, le confident de sa pensée, « v otre
pays m é rite n o tre a d m ira tio n . Son réveil a été con fo rm e
à tou tes ses g ra n d e s tra d itio n s ; on ne p eut que l ’estim er
et l’a im e r to u jo u rs d av a n ta g e ». — Une a u tre fois :
« Mon ch er A m i, veuille le Ciel nous é p a rg n e r les souffrances
qu e vous avez éprouvées! Vous qui m e connaissez, vous
savez le sujet de tristesse to u jo u rs plus g ra n d e que constitue
p o u r moi la to rtu re indicible à laquelle est soum ise une partie
de la « doulce F r a n c e ; » elle a to u jo u rs été, elle est tou jou rs
une des plus vives affections de m on cœ u r ». 11 ne d ésira it pas
la g u e r r e ; m ais lorsq u e v in t le jo u r où l’Italie, p a r une v olonté
do n t on ne dira ja m a is assez to ut le m érite, desc en d it d ans la
mêlée, voici en quels term e s il s’ex p rim a : « L’in c ertitu d e nous
e n lev a it toute tra n q u illité d'âm e, n o u s to rtu ra it. M aintenant
nous s o m m es sortis de celte an go isse et de ce doute. Nous
s om m es en tré s dans u n e période nouvelle, une période d ’a c t ion
qui ne p o u rr a se t e rm in e r san s la victoire du Bien, du Ju ste, de
l ’Honnête. J ’ai éprouv é u n e joie p rofon de à voir m on pays se
m e ttre à côté du vô tre L’idée q u ’elle pût un jo u r p re n d re les
arm e s c o n tre la F ran c e a tou jo u rs inspiré à l’Italie une r é p u ­
g n a n c e profonde. Cela s e m b lait m o n s tru e u x , e t à to ut le m ond e.
Mais il était m oins prob a b le q u ’elle pû t re n ouv eler, dans une
fra te rn ité intim e, dans u n e co m m u n io n parfaite d ’a sp ira tio n s
et de v œ ux, le pacte sacré d ’où est né, il y a c in q u a n te six ans,

�l'Italie m o d e rn e . Et voici que ce beau rêve s ’est réalisé! P o ur
celui qui, com m e m oi, s an s p o m p e, sans vain e osten tation
n ’a ja m a is cessé de p o rte r dans son c œ u r u n e affection
im m u a b le p o u r v o tre p ays, c’est là u n e g ra n d e consolation.
Et nous versero n s plus jo y e u s e m e n t n o tre sa n g si ce sacrifice,
en m êm e tem ps q u ’il d é liv re ra n o tre sol de n o tre étern el e n n e m i ,
l ’A utrich ie n , doit serv ir à vous d élivrer do v o tre en n e m i non
m o in s éternel, le P ru s s ie n ...... » L’é ru d it et le p a trio te se tr o u ­
v aient d ’accord en lui ; il v oyait d ans les faits ce duel d o n t il avait
si s o u v en t suivi les phases dans l’évo lu tio n des idées. 11 ra p p elait
avec co m plaisan c e que (' la ré p u g n a n c e ita lie n n e c o n tre les
alle m a n d s s’est m anifestée dès les p re m ie rs tem ps de la n atio n ;
au χ Γ siècle déjà, on en tro u v e des traces d an s l'h isto ire
et d ans la vie. Eternelle lutte entre le « f uror teutonicus » et la
« vertu » la tin e ! »
Ces d e rn ie rs m ots ré s u m e n t le m eille u r de son effort, et
ac h èv en t de m o n t r e r le sens de sa vie.
P

aul

/

\

H

azard

.

�L A COLLECTION ARMINGAUD
A

LA

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
(M anuscrits italiens 2242-2260.)

( s u i t e '. )

I (2242). O r ig in a u x (xv*-xviii° s.).
i° Fol. 1-66. Pièces originales, et principalem ent lettres adressées à
Francesco Sforza (144o -1453 ).
a0 Fol. 67-79. Dossier intitulé par Arm ingaud C a r te g g io g e n e r a le ,
Charte e le n c a te , et com prenant aussi principalem ent des lettres
originales adressées à Francesco Sforza (mai-août 14 52 ).
3 " Fol. 80- 121. Dépêches adressées de Rom e à Francesco Sforza par
« Nicodem us » [Nicodemo Tranchedini da Pontrem oli], soit seul,
' soit conjointem ent avec d'autres agents de ce prince (3 1 décem bre
145 1- 15 décem bre 1452) . — On a inséré dans ce dossier (fol. 111 )
une lettre datée de Gènes, 21 mai 1452 , adressée à Cicco Simonetta,
et où ¡1 est question de Nicodemo.
A" Fol. l a a - i ^ o . Huit dépêches chiffrées de René de « Lusinges »
[Lucinge ;, seigneur des Alimes, adressées de Paris et de Blois à
Charles- Emman uel 1. duc de Savoie (juin-décem bre 1588 ).
5 " Fol.
Court dossier, form é de pièces sans rapport avec les
séries précédentes et sans date, reçues par Arm ingaud « de M. Lan ­
dini, septem bre 188a » (xvii-xviii's .) .
145 feuillets.
II ( 2 2 4 3 ) . M ila n

1.

Fol. i - a b . Lettres de divers à Francesco Sforza, et autres pièces
(janvier-décembre 1442).
Fol. 21-37. Pièces diverses de l ’année 1443 .
Fol. 28 -39 . Lettres adressées
Francesco Sforza par Nicodemo Tran ­
chedini (décembre 1451 ).

1 , Voir çi dessus, p, 168.

�Fol. 40-207. Correspondance des am bassadeurs m ilanais à Florence,
et particulièrem ent de Nicodem o Tranchedini (17 aou t 14472 6 octobre 14 5 1 ).
Fol. 208-286. Correspondance des am bassadeurs m ilanais et autres,
ailleurs qu ’à Florence, et particulièrem ent de Nicodemo Tranchedini
(4 novem bre 1450-28 avril 1402).
F o l . 287-366. L e t t r e s d e N i c o d e m o T r a n c h e d i n i à F r a n c e s c o S fo rza,
d a t é e s d e R o m e (25 m a r s - 3 o d é c e m b r e i 452 ).

Fol. 367-370. Lettres adressées à Francesco Sforza, de Florence par
Nicodemo Tranchedini, et de R im ini par Francesco Gentili
(28 mai 1453).
Fol. 371-399. « Epistolae variorum a d Nicodem um Tranchedinum »;
analyse du m s. 834 de la bibliothèque Riccardienne, à Florence
(fol. 373-387); — Liste alphabétique des correspondants de
Nicodemo dont des lettres sont contenues dans ce m anuscrit
(fol. 388-392); — Extraits (fol. 393*399).
Fol. 4 0 0 - 4 0 9 . Docum ents émanés de Nicodemo Tranchedini ou le
concernant ( i 4 4 5 - i 4 8 i ) .
Fol. 410-428. Lettres diverses, adressées à Francesco Sforza et autres
( 14 5 1-1477)·
428 feuillets.

III (2244)· M ila n I I .

\

Fol. x-i 11. Lettres de Cosm e de Médicis et de quelques autres à
•Francesco Sforza, et de Francesco Sforza à Cosm e de Médicis et
autres, ces dernières d'après les m inutes ( i 4 5 i - i 4 6 5 ).
F o l. 112-128. L e t t r e s d e C o s m e d e M é d ic is e t a u t r e s m e m b r e s d e la
f a m i l l e d e M é d ic is à F r a n c e s c o S fo rza e t a u t r e s , tiré e s d e s a r c h i v e s
d e M i la n (14 52 -1 47 8).

Fol. 129-177. Correspondance de Cosm e de Médicis avec Francesco
Sforza et Bianca-Maria Visconti, sa fem m e; extraits du iiis. de
l ’Am broisienne Z. 247 inf. ( 1446- 1466).
1 Π feuillets.

I V (2245). Milan II I.

F o l . 1-241. N o m b r e u s e s l e t t r e s a d r e s s é e s , à F r a n c e s c o S fo rza p a r ses
a g e n t s e n d i v e r s e s v il le s i t a l i e n n e s , n o t a m m e n t à F l o r e n c e ( 14 5 114 5 2 '.
F o l. 242-255. T a b l e d e s « G r i d e ed o r d i n i in t e m p o d e ll a l i b e r t à d i
M i la n o » ( 1447 '·
F o l. 256-265. A r c h iv e s d e M ila n . C h iff re s e t c a t a l o g u e d e R e g is t r e s .
(Ce c a t a l o g u e e m b r a s s e les a n n é e s 1447-1471.)
F o l . a 66 - 3 o 4 · « E le n c o n o m i n a t i v o d e i L e t t e r a t i d i c u i si c o n s e r vano

�vano m em orie nella classe Autografi degli A rchivii di Stato in
Milano. »
Fol. 3o 5-3 2 i. Liste alphabétique d ’artistes, d ’après la m êm e source.
Fol. 322 · 4 ι 3 . Lettres tirées du m s. de l'A m broisienne Z. 2/17 inf. ;
i c Lettre d ’Ornanno di Rinaldi degli Albizzi à Francesco Sforza
( i 4 5 5 ) (fol. 323 ); — 20 Lettre^ d ’Angelo Acciaiuoli à Francesco
Sforza, « con m inute di m issive ducali al· m edesim o » ( i 4 5 i - i 4 6 6 )
(fol. 3 aA).
413 feuillets.

V (2246). F loren ce /. — « A rch ivio Mediceo innanzi il P rinci­
pato, — Carteggio^ di Cosim o de’ Medici, ecc. »
Fol. a-1 G. « Index général des lettres écrites à Cosim o di Giovanni, ou
à Cosim o et à Lorenzo di Giovanni. »
Fol. 17-55. « Liste chronologique des lettres écrites à ou par Cosm e
de Médicis seul ou en com m un avec Laurent, son frère» ( 14 111456 ).
Fol. 5 6 - 6 8 . « Index alphabétique... des correspondances d ’Averardo
de’ Medici et de Lorenzo di Giovanni B ic c i d e’ Medici. »
Fol. 69-1 i 5 . « Carteggio di Lorenzo il Magnifico. — Indice alfabetico
dei corrispondenti. » (Plusieurs séries.)
Fol. 116-127. « Indice delle lettere scritte da Lorenzo il Magnifico
per ordine di filze. »
Fol. 128-532. Copies et extraits des filze 1-IV (xve s.).
Fol. 129-139. Filza 1.
Fol. 140-200. Filza II.
Fol. 201-4 23 . Filza 111 (année 1431 principalem ent).
Foi. 424- 532 . Filza IV.
532 feuillets.

VI (2247). F l o r e n c e I I . — « archivio Mediceo innanzi il Prin­
cipato » (Suite). — Copies et extraits des filze V X (xv s0.).
Fol.
Fol.
Fol.
Fol.
Fol.
Fol.

1-98. Filza V.
99-174. Filza VI.
175-2O5. Filza VII.
26G-3o8. Filza V ili.
3o9-35a. Filza 1\ .
353-460. Filza X. 1
460 feuillets.

VII (2248). F loren ce 111. — « Archivio Mediceo innanzi il P rin­
cipato » (Suite). — Copies et extraits des filze XI, XII et XIV (xv° s.).

�F ol. 1-169. Fil/a XI.
Fol. 170-399. Filza XTIn — Fol. 339-899. « Carteggio di Tom m aso
Portinari con Piero de’ Medici. »
Fol. 4 00-517. Filza XIV. — Fol. 5o3-5i7· « Lettere a Piero di Lorenzo
de’ Medici » ; notam m ent lettres adressées de France par « Coxim o
Saxetti ».
517 feuillets.

V ili (2249)· F l o r e n c e I V . — « A rchivio Mediceo innanzi il
Principato » (Suite). — Copies et extraits des filze X VI, XVII, XX,
XLIV, XLVI, X L V II.L X V I etL X V lII (x V s .).
Fol. 1-91. Filza XVI.
Fol. 92-199. Filza XVII.
Fo^. 200-284. Filza XX.
Fol. 285-379. Filza XLIV.
Fol. 380-392. Filza XLVI et XLVII.
Fol. 393-399. Filza LXVI.
F o l. 4 ο ο - 4 5 5 . F i l z a L X V I I I .
455 feuillets.

IX (225 ο). F l o r e n c e V . — « Archivio Mediceo innanzi il Princi­
pato » (Suite). — Copies et extraits des filze LXXXI, LXXXII,
LXXXVI, LXXXVII, LXXXVI 1I, LXXX 1X, X CIV, X C V 1, XCVIII,
XCIX; CXXXVII ( x v s.).
Fol. i- 5 a. Filza LXXXI.
Fol. 53 - 15o. Filza LXXXII.
Fol. 1 5 1- 164· Filza LXXXVI.
F o l. 165-181. F ilz a L X X X V 1I.
Fol. 182-221. Filza L X X X V ili.
Fol. 222-2/|(i. Filza LXXXLX.
Fol. 247.381. Filza XCIV.
Fol. 28a 292. Filza XCVI.
Fol. 293-308. Filza XCVIII.
Fol. 309-349. Filza XCIX.
F ol. 35 o- 3 Gi. Filza CXXXVII ed ultim a.
Fol. 36a-382. « Filze diverse e carte Medicee sciolte. t&gt;
Fol. 383 -384 - Lettre de Marette F icin à Giovanni de’ Medici, tirée
de la filza XCVIII.
384 feuillets.

X (2251). F l o r e n c e V I . — « Archivio Mediceo innanzi il Prin­
cipato » (S u ite et fin). — Am bassades, etc
Fol. 1-208. Ambassades.
Fol. i- 4 o. « Legazioni diverse » (1426-1485).

�Fol. 4 1-117'. (( Lettere di Bernardo Rucel l a i a Lorenzo il Magnifico
dalla sua legazione di Napoli » (1486-1487).
Fol. 118-1 38 . « Gentile de’ Becchi, vescovo d ’Arezzo, e Piero So­
derini, am basciadori in Francia » (1493-1494)·
Fol. 139-170. « Francia. A m basciadoii diversi » (1494, et excep­
tionnellem ent 1 5 15 ).
Fol. 171-208. « Giovanni Lanfredini, Pier F ilipp o Pandolfini e
Piero Alam anni, oratori Fiorentini a Roma » (1489-1492).
Fol. 209-258. « A rchivio di Stato·di Firenze. — Carte Medicee delle
collezioni Guiducci » (fol. 210-248) « e Ginori » (fol. 2/19-258) (xv“
et exceptionnellem ent xvi” s.).
Fol. 259-262. « Archivio reale di Firenze. — A rchivio degli U ffìziali
di notte e dei m onasteri. »
Fol. 263-372. « Archivio di Stato di Firenze. — Libro di Statuti d cl­
l ’Arte del Cam bio del 13 14 colle addizioni posteriori » ( 1 3 14 - 1356 ).
Fol. 373-377. « Arte della Lana. »
377 feuillets,

X1 (2252). F l o r e n c e V I I . — Extraits de divers m anuscrits des
bibliothèques de Florence. — Docum ents divers*
Fol. 1-8. « Manoscritti storici del R. A rchivio di Stato ili Firenze. »
(Manuscrits 168-287.)
Fol. ()-3o. « Codice M agliabechiano, classe XXIII, n° 9. — Bonsi­
gniori. Istorie degli Im peratori, 1/178. »
Fol. 31-99. “ Tom m aso Forti. Foro fiorentino. Magiiabe,chiana,
classe XXV, cod. 385 . »
Fol. 100- 1 6 4 . « Diario di Goro di Giovanni ( i 4 i o - i / | 6 o ) . Manoscritto
Magliabechiano, classe XXV, n ° 5 i 8 . »
Fol. 165-173. Pièces diverses, notam m ent extrait du ms. 2499 de la
bibliothèque Riccardicnne (xy* s,).
Fol. 17/1-204. Pièces diverses du xv" siècle. (Dossier qui sem ble avoir
ótó reçu après'coup. de Florence, jan vier 1884.)
Fol. 2o 5- 3 10 Lettres de Marie de Médicis, tirées de PArchivio di
Sfato de Florence ( i 6 i 4 - i 63/ j ).
210 feuillets.

XII-XIII (2253- 2254 ). S a v o i e . — « Archivio di Stato di Torino
— Dépèches de René de Lucinge, seigneur des A lim es ». adressées
de France à Charles-Em m anuel 1, duc de Savoie ( 1 585-1689).
XII. Fol. 1 - 120. Année 1585 .
Fol. 121-226. Année 1586 .

�XIII. Fol. 1-208. Année 1587.
Fol. 209-338 . Année 1588 .
Fol. 339-39G. Année 1589.
Fol. 397-412. C lef du chi (Tre de la correspondance du seigneur
des A lim es, et déchiffrem ent.
226 et 412 feuillets.

XIV ( 2255). S a v o ie . M ilan . M an tou e. M odène. S ic ile . — In­
structions diplom atiques et pièces diverses.
Fol. i -4 1 - « Archivio regio d i Torino. Lettere M inistri. Francia. —
Lettere... del conte P o liti di Scarnafiggi a Madama Reale » [Clirestienn ede France, veuve de Victor-Am édée I, due de Savoie].
Fol. 42-107. Instructions aux am bassadeurs français en Savoie, et
autres pièces diplom atiques, tirées des Archives du Ministère des
Affaires étrangères (1 6 63-1798).
Fol. 108-112. Milan. « Relation de l'affaire des m arquis del Carretto »,
tirée des Archives du Ministère des Affaires étrangères (1669).
Fol. 113-178. Mantoue. « Archivio storico Gonzaga in Mantova. »
Pièces diverses ( 1447- 1461)·
Fol. 179-19Γ). « Mémoire pour servir d ’instruction au sr de Gergy,
allan t... auprès du duc de Mantoue », tiré des Archives d u M inis­
tère des A ffaires étrangères (1702).
Fol. 196-205. Mantoue. Pièces diverses, tirées des Archives du Minis­
tère des Affaires étrangères (1640-1G 81).
Fol. 200-307. L cttreau com te Mattioli, tirée des Archives du Ministère
des AfFaiçes étrangères ( 1(&gt;78).
Fol. 208-254. « Archivio ili Stato di Modena. » Pièces diverses (1S971467).
Fol. 255-268. Instructions diplom atiques. Mémoires à des ambassa­
deurs se rendant en Sicile, tirés des Archives du Ministère des
A flaires étrangères ( 1674-1714).
268 feuillets.

i

X V ( 2256 ). M ont ecuccoli. T raites il'art m ilita ire .

Fol 1-67. « Delle Battaglie. Ouvrage inédit de Monlecuccoli », tiré de
la Biblioteca Estense de Modène; figures coloriées, fol. 65-67.
Fol. 68 -368 . « Trattato della Guerra », autre ouvrage de Montecuccoli,
tiré de la meme bibliothèque.
Fol. 369-373. « Precetti m ilitari h a v u ti col mezo del Doit* Geminiano
Montanari dal sig " generai Montecuccoli da me provati »; avec
figures dans li; texte.
Fol. 374-378. Listes de « Documenti tratti d all’Archivio reale e dalla

�B ib l io t e c a E s t e n s e d i M o d e n a
M o n te c u c c o li.

»,

et n o tes d iv erses c o n c e rn a n t

378 feuillet!).

X V I-X V II (2257-2208). L e ttr e s d e P i e r C a n d i d o D ecem brio.
XVI (2257).
F o l. a - 13 6 . « P e t r i C a n d i d i e p i s t o l a r u m a d d i t a r u m l i b r i 11, e c o d ic e
&lt;pii e x tat a p u d m a r c h i o n e m A p o l l i n a r e m S a p o r i t i M e d i o l a n e n s e m . »
47 l e t t r e s , d o n t la lis te , a v e c l ’i n d i c a t i o n d e s in c i p it e t d e s i n i t , p a r
.1. Ar m i n g a u d . s e t r o u v e e n tète.
F o l. 137 15 o. 12 l e t t r e s , c o p ié e s p a r J . Ar m i n g a u d s u r le m a n u s c r i t
d e r A m b r o i s i e n n c .1. a 35 ini'.
F o l. 15 1- 2 05 . A u t r e s é r ie d e l e t t r e s , c o p ié e s p o u r J . A r m i n g a u d s u r
ce m ê m e m a n u s c r i t d e l ’A m b r o i s i e n n e J . a 35 inf.
F o l. 20 6 -3 oo. A u t r e s é r ie d e l e t t r e s , c o p ié e s p o u r J . A r m i n g a u d , v r a i ­
s e m b l a b l e m e n t s u r le m a n u s c r i t S a p o r i t i .

XVII ( 2 2 58 ; . I
F o l. 1-393. « P. C a n d i d i D e c e m b r i i e p i s t o l a r u m ( n o v i s s i m a r u m )
li b r i IX (ad S i m o n i n u m G i g l i n u m ). E c o d ic e R i c c a r d i a n o n u m .
8 2 7 . » — L es c a h i e r s 1, 2 e t 4 0 à 42 m a n q u e n t .
F o l. 3 93-404. L e tt r e s d e P ie r C a n d i d o D e c e m b r i o à N i c o d e m o T r a n ­
c h e d i n i , ti r é e s d u m a n u s c r i t 834 d e la b i b l i o t h è q u e R i c c a r d i e n n e .
à F l o r e n c e . — C f le t o m e 11 d e la p r é s e n t e c o l l e c t i o n , m s . it a l. 2243.
F o l. 405-687. « B ib l io t e c a u n i v e r s i t a r i a d i B o lo g n a , c o d . 2387. —
P. C a n d i d i D e c e m b r i i e p i s t o l a r u m l i b r i V I I I . »
300 et 387 feuillets.

X V III (2259). Venise (x v ic e t ' i x ' s.).
F o l. 1-4. L e tt r e d ' u n a m b a s s a d e u r v é n i t i e n e n F r a n c e [ P i e tr o D uodo?.j,
~ d a t é e d e P a r i s , 29 a v r i l 1.597; c o p ie , s a n s i n d i c a t i o n d e s o u r c e .
F o l. 5 -10 7. 11 P r o c e s s o d i -S. G io r g io » (1862). D eu x m é m o i r e s , d o n t
le s e c o n d c o m m e n c e a u f e u i l l e t 64.
F o l . i o 8 - i i 3. « B io g rafie d e l p e r s o n a l e d e ll a p o li z ia a u s t r i a c a n e l
V e n e to . »
F o l. 114-128. « B io g rafie. — I. B. l u o g o t e n e n z a i n V e n e z ia »
F o l. 129-137. P ièces d i v e r s e s , d o n t la p r e m i è r e (fo l. 129) se r a p p o r t e
à l ' o u v r a g e a n o n y m e (de J A r m i n g a u d ) , i n t i t u l é : « La V é n é tie
e n 1864. »
137 feuillets.

�XIX
(2260). M é l a n g e s . — Papiers de J. Arm ingaud, concernant
principalem ent sa m ission en Italie. Rapports, correspondance,
etc. (1863-1879.)
Fol. 1-19. « Mémoire à l'appui de la m ission historique demandée
par M. Arm ingaud » (a 5 novembre 1875). — La note m ise en
tète, et qui occupe le feuillet 3 , est peut-être de Jules Zeller.
Fol. ao-3 a. Second rapport, ou Com pte-rendu, par J. A rm ingaud, de
ses travaux en Italie, adressé au M inistre de l ’instruction publique
(Florence, 2 mai 1877).
Fol. 33- 5 a. « Appendice au [précédent] rapport du 2 mai 1877..., sur
la filza XIII* de l ’A rchivio Mediceo. — Copies de docum ents ori­
ginaux. » (Florence, i 5 ju in 1877.)
Fol. 53-89. (&lt; Rapport [n° III] adressé à S. E. Monsieur le Ministre
de l’instruction publique, par Jean A rm ingaud, Florence, 3 i ja n ­
vier 1878. » — En tôle (fol. 5 4 ), m inute d’une lettre de J. A rm in­
gaud au Ministre de l'instruction publique, de la môme dale.
Fol. 90-99. « Memento scientifique » ou « Journal » de J. Arm ingaud
(1878-1879).
Fol. 1^)0-122. Correspondance et docum ents divers. Un rem arque :
Note, de la m ain de J. Arm ingaud, sur l'E cole française d'Athènes
(fol. 101); — Note de «A . Daveluy » (fol. io 3 ); — Court mémoire,
signé u C[esar|e Foucard », su rd ivers fonds des archives de Venise,
adressé au « cav. Celestino Com betti », daté de Turin, 12 février
1864. et suivi d ’une note de« Com betti » [pour J. Arm ingaud] (fol.
10S); — Deux lettres de Giuseppe « Canestrini » à J. Arm ingaud,
5 novembre i 863 (fol. 107), et 24 février 1869 (fol. n 3 ); —
Lettre de « F. Coletti » à J. Arm ingaud, 1 " octobre 186 j (fol 1 iof;
— Notes de voyage de J. Arm ingaud, septem bre et octobre 1866,
et autres (fol. 116).
122 feuillets.

L. Auvr a y .

�V a r ié t é s

La date de la mort de Matteo Bandello
Les dates de la naissance et de la mort du célèbre conteur
lombard sont demeurées longtemps incertaines. Pour la pre­
m iè r e 1, la question est aujourd’hui nettement tranchée. Ûne
heureuse découverte faite par un savant critique5 nous a
fourni un document irréfutable : M. Bandello « de nobili genere
procreatus » est né à Castelnuovo Scrivia (ancienne Lombardie)
en 1485.
Mais quand est-il mort?
Abstraction faite des biographes anciens, les modernes sont
presque tous1 disposés à placer cette date en 1561 ou 1562.
Un seul parmi eux, sous forme d’ hypothèse, la considère pour­
tant comme « di non molto posteriore al settembre 1555 »* ; et
c’est à son avis que, en nous réservant d’étudier la question
sur place, nous avions cru devoir nous ranger il y a quelques
années’ , après avoir d’abord accepté la date 1562".
1. D. Morellini , , comme tous les biographes de Bandello, qui l'ont précédé,
écrivait encore eu 1900 : » Quando egli sia nato, esattamente non lo si sa »,
dans sou Matteo Bandello , novellatore lombardo (Sondrio, 1900, p. 18); et pour
eu fixer une, après de longs raisonnements, il concluait : « .... ue deriva
ch’egli sarebbe nato nel 1480 « (ibid ; p. 20) c’est-à-dire à la date acceptée
aussi par E. Musi, M. Bandella c la vita italiana in un novelliere del Cinquecento
(Bologna, 1900).
2. Carle Ita (A. Valeri), dans la Rivista d'Italia, Rome, 15 nov. 1900, p. 537.
3. Morellini, œuvre cit., p. 158. Voir aussi Certain tragical discourses o f Ban­
delto translated into english by Goffrale Kentou, 1567, with an introduction by
Robert Laogtoo Douglas ; London, by David Nutt, 1898. — ileiurich Meyer,
Matteo Bandello nacli seinen Widmungen , duns VArchiv filr das Studium der
neueren Spraclien und l.itteraluren, vol. CV1I1 et CIX.
4. G. Brognoligo, dans l'excellente édition qu'il a donnée de Novelle di
M. Bandello, 5 vol., Bari, 1910-1912, t. V, p. 332.
5. Nous uous permettons de renvoyer le lecteur, pour tous les détails de la
vie et de l'activité littéraire de Bandello eu France, à notre essai : I viaggi e la
dimora del Bandello in Francia, dans les Scritti d'erudizione ecc... in onore di
U. Renier, Torino, 1912 , p. 1150.
6. Quaranta novelle scelte di M . Bandello (Milan, 1911), p. 5.

I

�R appelons que n o tre a u te u r, après p lusieurs vo y ag e s en
F ran c e, a v a it fixé sa d em eu re en A q uitain e, où il p arta g e a
l’exil auquel s’était vouée C onstance R an g on e-F rego so , veuve
de son m a lh e u re u x p ro tec teu r, le ca p ita in e César F regoso,
assassiné p a r les sicaires de Charles-Quint le 31 ju illet 1541.
R andello fra n c h it p o u r la d e rn iè re fois les Alpes cette année-là,
ou au plus ta rd au d éb ut de 1542, et — ceci est h ors de doute —
il m o u ru t en A quitain e, sans plus re v o ir sa patrie.
Deux faits i m p o r t a n t s m a rq u e n t le lo n g séjou r de Randello
à Agen e t à Bazens : le recueil, en trois parties, de ses Nouvelles
fut publié à Lucques en m a rs-ju in 1554, et il re m p lit les fonc­
tions d ’évêque d ’Agen de 1550 à 1555; il ré sig n a en 1555 ces
fonctions, ainsi q u ’il était co n venu, en faveur de Giano
F re g o lo , fils de C onstance, p ro b a b le m e n t en sep tem bre.
Tous les r a is o n n e m e n ts que l’on p eu t édifier s u r ces dates et
s u r la p ublication p o sth u m e, en a v ril 1573, à Lyon, d ’une
q u a triè m e p artie des Nouvelles n ’ab o u tis s e n t à aucun ré su ltat
u t i l e 1 : Bandello a pu m o u rir peu a p rès la fin de 1555, m ais
rien ne p rouve q u ’il n ’ait pas vécu encore plusieurs an né es.
Au cours d ’un séjour que nous avo ns eu le p laisir de faire,
en ju illet 1913, à Agen, d ans ce coin d ’Italie tr a n s p l a n t é sur
les rives v e rd o y a n te s de la G aronne, nos re ch erch es no us o n t
p erm is de re cu eillir quelques d ocu m en ts, que nous p ub lierons
ailleu rs, relatifs à l ’ép iscop at de R andello. Q uant à sa m o rt,
nou s avons eu la s u rp ris e de co n state r q u ’elle ne constituait,
p o u r les éru dits agenais, u n p ro b lèm e ni q u a n t à la date ni
q u a n t au lieu de sép u ltu re. l’o u r eux, le c o n teu r est m o r t en
1561, non pas à Agen, m ais au château de Bazens, q u ’il ne
q u itta plus d u r a n t la d ern iè re période de sa vie, ou peut-être
au co u v e n t d om inicain du P o rt Sainte-M arie, et il fut in h u m é,
« c o n f o rm é m e n t
sa v olonté déclarée d an s son te s ta m e n t »,
dans l’église des frères p rê ch eu rs du F o rt S ainte-M arie, tout
près d ’Agen ; — sa dépouille m ortelle a u r a it été déposée au
pied du maître-autel*. Rien de plus n atu re l d ’ailleu rs que ce
1, Cette discussion a été faite très diligemment par notre ami et collaborateur
K. Picco ; étant donnée la conclusion négative à laquelle il arrivait, celui-ci a
cru pouvoir la supprimer ici. (Note de la rédaction).
2. L'hypothèse de la retraite chez les dominicain!) du Port-Sainte-M arie est de
AI. Mom m éja, qui a bien voulu noue la com m uniquer et noue autoriser à
nous eu servir. — L'allusion au testament n'est pas documentée. C’est M. Lauzun
qui nous en parle vaguement, en ajoutant à ce propos : « il a voulu dorm ir de son

�^

I

désir e x p rim é p ar un d om in ic ain : les m oines du P o rt SainteMarie ne p o u v aien t q u ’être h o n o ré s de la volonté form ulée par
leu r ancien évêque.
Le vieux couvent, dit des Jacobin s, du P ort Sainte-Marie, est
à p ré sen t dans un état pitoyable, il n ’en reste que quelques
vestiges, ou plus exactem ent, selon un e d e sc rip tio n récente,
q u ’ « u n e m a s u re en ru in es à p eu près carrée, percée au rez-dechaussée de deux arcades m u rée s et, au-dessus, de deux baies,
/dont le s o m m e t de l’arc brisé a tte in t la partie su p érie u re du
m u r s u r lequel était posée la c h a rp e n te
L’église d o m in icaine
a vait un ce rtain ca ra c tè re artistiq u e ; c o n stru ite vers le milieu
du X I V e siècle, elle a v a it trois nefs : « Un peu au delà de la
travée du c h œ u r et au m ilieu du s an c tu a ire, s ’élevait l ’autel,
au pied duquel v ou lut se faire e n te r r e r l’évêque M atthieu
Bandello, m o r t en 1501 ». On dev rait, donc, fouiller « à cinq
ou six m ètre s du m u r existant, et a u to u r d ’u n m u r m o d ern e
dernier som m eil

b o u s les dallés de la plue proche église de ses anciens frères,
dont il avait apprécié la haute valeur et avec lesquels il entretenait du reste les
meilleures relations » (Philippe Lauzun, Le couvent (les Jacobins du Po rt-S a in te M arie , Agen, 1905, p. 17). Tout cela se peut, mais les preuves fout défaut. Outre
cet ouvrage, nous signalerons ici les publications qui peuvent le plus nous
intéresser i
Tamizey de Larroque, Lettres inédites de Janus Fregose, évéque d ’A gen, dans
le Recueil des travaux de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts d’Agen,
deuxième série, t. III, Agen, 1873, pp. 68 et suivantes.
Jules de Bourrouse de Laffore, Jules-César de Lescale ( Scaliger) ibid, t. 1,
1860-61 p. 24.
Ad. Magen, Jules-César Scaliger et sa fa m ille . Vie de Jules-César, p a r Joseph
son fils, ibid, t. 111, 1873, pp. 161 et suiv.
J. Momméja, Un dom aine historique : V érone-Viv ès et le Scaliger dans la
R ev ue de l ’Agenais, 19U8, pp. 289 et suiv.
Ad. Magen, La Ligue au P ort-Sainte-M arie en 1591, ibid, 1882, p. 389.
E. de Dienne, Des rapports d e l ’A genais avec l’Ita lie a u x X V' et X VI« siècles ;
ibid, 1903, pp. 241,-52, et ensuite dans les A t ti del Congresso storico Inter­
nazionale d i Roma [1903], voi. I li, 1906.
M. et 1·’. Précis d ’un mémoire su r les écrivains de l’histoire de I’Λgênais, par
Labrunie, ibid, 1884, p. 148.
Fallières, Labrunie ( f 1807), sa vie pen d a n t la Révolution, sAs travaux, et ses
m anuscrits, Ibid, 1892, p. 357 et 480.
Voir encore : Recueil des travaux de la Société d ’A gricult ure, sciences et a rts
d ’Agen (1804-1913) et Revue de l'A genais et dès-anciennes provinces d u Sud-O uest,
historique, littéraire, scientifique et artistique, Agen 1873 et années suivantes ;
depuis 1879 sous la direction de la Société d’Agricuiture, Sciences et Arts
d’Agen.
I. Lauzun, o u v r.c ilé , p. 8:

�qui coupe au jo u rd 'h u i l’ancien san c tu a ire d ans tou te sa l a r ­
g e u r ...... — Nul doute, q u 'à l ’e n d ro it que no us in d iq u o n s on ne
découv re la tom be du p rélat, à m o in s que h u it ans après, en
1569, les ho rdes sauvages de M ong o m m ery ne l'aien t violée,
ou, p lu s ta rd en co re, les iconoclastes de 1793
Le vœ u, ainsi form ulé en 1905, p o ur q u e des fouilles fussen t
exécutées s u r le te rr a in si e x a ctem en t indiqué, n 'a v a it pas
encore été exaucé en 1913; et depuis, la g ra n d e g u e r re est
s u rv e n u e ! R en o uvelon s ici le so u h ait que ces fouilles so ien t
pratiq uées p a r les soins des érudits agenais, d o n t les Sociétés
S avantes so n t g ro u p é es a u to u r de leur très b eau Musée*. On
p o u rr a it m e ttre ainsi au jo u r les restes de n o tre évêque,
co m m e on a, en 1772, ex h u m é le crâ n e d’un a u tre illu stre
Italien, co n te m p o ra in et a m i de B andello, Ju les César Scaliger,
qui, lui aussi, a vécu, est m o r t et fut e n te rré à A gen (1558).
Son crân e et d au tre s parties de son squelette, « ossa sca lig e ra­
n a » , so n t conservés, depuis 1871, p a r la Société d ’A g ricultu re,
Sciences et Arts d ’A g e n 3.
P o u r en re v e n ir à la date de la m o rt de Bandello, nous
re g re tto n s v ivem ent de ne p o u v o ir pub lier de d o cu m en t
au th e n tiq u e , à l’appui de la d ate indiquée. Mais l ’accord en tre

t. Ibid, p. 12. Il fait allusion aux ravages des troupes de Mongommery, qui.
&lt;( se fortifia dans le vaste couvent des Jacobins; car situé à l'extrém ité occiden­
tale de la ville, près' des fossés et de la Garonne, il [ce couvent] ollrait uu abri très
sûr. Puis, quand l’ordre de vider les lieux et de marcher sur A geu et Toulouse
fut donné, cette troupe de baudits m it le feu au monastère, pilla ses richesses,
détruisit sou église de fond eu comble, et ne laissa qu'un monceau de ruines.
Trop pauvres désormais pour pouvoir réédiHer leur couvent, le » Krères Prê­
cheurs... de deux seules travées de la nef latérale, éparguéeà par le feu, tirent la
modeste chapelle, qui, jusqu’il la Révolution, servit à l’exercice de leur culte »
(p. f M 8 ). Eu 1791 les meubles et les effets des religieux de la ville du Port
furent mie eu vente et » le couvent des Jacobins fut divisé eu plusieurs lots
que se partagèrent les habitante du Port. Depuis, les haies vives ont remplacé les
murs de c lô tu re .., » (p. 21). ·
2.
La Société d'agriculture Sciences et Arts d’Agen, fondée eu 1784, dissoute
à la révo lu tion et reconstituée sous le Consulat, ut la Société Académique
d’Agen . — Sur le Musée d'A gen voir une brochure de ce titre par Jules Momm
éja dans la Revue de ΓAgenais, 1904, pp. 488-495; 57 2-579. M. Momm éja, ancien
Conservateur de ce Musée, a pris sa retraite en 1914. Il est fort attaché à l’Italie ;
très versé dan* l’histoire locale, c’est un grand admirateur des Nouvelles de
Bandello, nu sujet desquelles il nous a donné des renseignements fort précieux.
Nous lui exprimons toute notre affectueuse reconnaissance.
à. Ad. Magen, Jules César Scaliger, p. 161.

�les écriv ains an ciens *, les critiques m o d e rn e s et les érudits
locaux, no us p a raît d igne de la plus g ra n d e atte n tio n . On aura
beau dire q u ’ils ne se d é m e n te n t pas, u n iq u e m e n t parce q u ’ils
se co p ien t l’un l ’a u tre : il faut o bserver q u ’il y a p arm i eux des
s a v a n ts à l’esprit avisé, qui n ’ac cep ten t pas to u t les yeux
ferm és. Voici le père, p o u r ainsi dire, des érudits agenais,
Henri A rg e n to n (1723-1780), qui en 1744 e n tra à l’évéch é
d ’Agen c o m m e pro-secrétaire, et, depuis l'a n n é e 1749, y r e m ­
plit p e n d a n t tre n te an s les fon ctio ns de secrétaire en titre.
É ta n t ch a n o in e de Saint-Caprais d ’A gen, il « s’occ u p a avec
a r d e u r de re ch erch es et d ’études histo riq u es locales et r é u n it
s u r le passé de son pays des m a té ria u x n o m b reu x , q u ’il n ’eut
pas le tem ps de m e ttre fen œ u v re » 2. Ces papiers inédits,
« revus, co m m entés, parfois com plétés » p ar J o sep h L abru nie ,
ancien curé de M onb ran , auq uel il les a v a it légués, et qui les
légua à son to u r à F lo rim o n B oudon de S ain t-A m an s, ne co n s­
tituent-ils pas u n dossier d ’u ne v aleu r considérable, en raiso n
des sources d ’in fo rm a tio n d o n t ces deux sav a n ts pou v aien t dis­
p o s e r ? Or A rg e n to n , d ans une lo ngu e a n a ly se de faits et de
dates, qui n ’a pas à no us a r rê te r ici, parce q u ’elle se ra tta c h e
s e u lem e n t à l’épiscopat de Bandello, a écrit quelques lignes qui
in té re ss e n t n o tre en q uête, et qui nous r é v è l e n t en lui un critique
p r u d e n t : «... 11 p àraît, p a r ce que je viens de dire, que Josep h
S caliger s’est tro m p é en a s s u ra n t que Bandel n ’a été évêque
que p e n d a n t quelques mois, ainsi que M. Labenasie, qui a p ro lo n g é
son épiscopat ju s q u ’en 1570. Les au te u rs du Gallia citen t u n
c a rtu la ire de C lairac, en 15ü2, où il.est fait m e n tio n de Bandel.
Mais je vou d ra is v oir cette pièce, parce q u ’il est vrai que
Bandel n ’était plus évêque d ’A gen en 15G2... » \ Γ1 doute donc
d ’u n d o cu m en t q u ’il n ’a pas sous les y e u x ; il s’appu ie u n iq u e ­
m e n t s u r un f a it: le fait q u ’en 15G2 Bandello n ’était plus
évêque. 11 sait bien que B andello a d ém issio nné, com m e
é v ê q u e 4, en 1555. Et il repou sse la date de 15G2 parce qu'il sait
par ailleu rs q u ’il est décédé en 156 1.
1. Le* dates les p lu » accréditées sont 1561 et 1562. V oir M orellini, p. 158, et,
pour d'autres renvois, K. Picco, Q uaranta novelle, etc..., p. 25, note 1.
2. Bibliographie générale de t'A genais e tc ..., par J. An drieu, t. I, p. 21 et suiv.
(Paris, 1886). Ou lit également là que Bandello est « m ort à Barene près du PortSainte-Marie en 1561 » .
Φ
3. Manuscrit d’Henri Argenton aux Archives dé Lot-et-Garonne.
*. Il se trompe pourtant sur l'année de sa naissance. Il est amené à cette
supposition : « s'il [Bandel] vivait alors [1562] il devait avoir 88 ans', puisqu’il en

�S u r la foi d ’A rg e n to n cette date est considérée com m e
acquise p a r les histo rien s agenais. Ne p o u v a n t pas tous les
citer, nous n ’en ra p p ellero n s que quelques-uns.
L ’abbé B arrère *, dans sa g ra n d e Histoire religieuse et monu­
m entale du diocèse d ’A gen, etc. (1856), nou s raco n te toutes
les « infirm ités du p ré la t » Bandello, qui après l’épiscopat
« se re tira au ch â te au de Bazens où il m o u ru t en 1561 » ; et il
ajoute : « Son corps, d ’après M. A rgenton, fu t déposé d ans
l ’église, etc.., », que no us co nn a isso n s.
De nos jo u rs u n e note m a n u s c r i t e ' de M. T ho lin , qui fut
A rchiviste D é p artem ental à Agen, no us d écrit le « ch â te au de
Bazens habité et p eu t-être c o n s tru it en p a rtie p a r Mathieu
Bandel ». 11 nous d i t : « 11 s’adosse à l’église au n o rd . Il devait
c o m p re n d re trois corps de logis en fo rm e de T. Il n ’en reste
p lu s q u ’une aile, un e hau te to u r p oly g o n ale, etc... ». Lui aussi
accepte la date 1561.
Enfin, M. Lau zun , sec ré ta ire perpétuel de la Société A cadé­
m iq u e d ’Agen, d ans un essai d ’a r t et d ’archéo log ie s u r Le Cou­
vent des Jacobins du P ‘-Se-Mê 1, que n o u s avons déjà cité et mis
à profit ci-dessus, écrit à son to u r, eh 1905, sans la m o in d re
h ésitation : « .... M athieu B andello, évêque d’Agen, de 1550 à
1555, m o r t en 1561 en son ch â te au de Bazens, où il av ait établi
sa résidence, d e m a n d a par testam ent que son corps fût t r a n s ­
po rté dans l'église des F rères P rê c h e u rs du P ort. Au dire
d ’Argenton et de tous les annalistes A genais, cet o rd re fut
exécuté ».
Nous s o m m es donc en présen ce d ’une tra d itio n locale
an c ie n n e et solide, c o n c e rn a n t la date de la m o rt de Bandello et
le lieu de sa sép u ltu re. C om m e on n 'a p e rç o it au c une ra ison
valable p o u r la re jeter, il no us a p a ru in té re ss a n t de la faire
co n n a ître.
F r a n c e sc o

a v a it

77

en

1551

et q u e

d a n s ce tte fa u te , c a r

par

co n sé q u e n t

la v r a i e d a t e

il

é t a it

d e n a is s a n c e

né en
de

1474

B a n d e llo

P ic c o .

». R ie n

(1485)

détonnant
n e n o u e fu t

1900.
1. Histoire religieuse et m onum entale d u diocèse d'Agen, 1856, p. 216.
2. Archives départementales du Lot-et-Garonne, feuillet inséré dans le manus­
crit cité d’Argenton.
3. Voir ci-dessus la citation, p. 224 n. 2. Ajoutons que la restauration de L'édifice
est l’œuvre de Georges Robault de Fleury, parue daus son monumental ouvrage
la Gallia dom inicana avec texte du K. P . Chapotin.

r é v é l é e q u e p a r le d o c u m e n t c it é c i - d e s s u s , e u

�« Le U ltim e le tte r e di Jacop o O rtis » de F o sco lo
et la c e n su r e im p éria le.

Les h is to rien s de la litté ra tu re italie n n e sous la d o m in a tio n
française ne d e v ro n t pas d é d a ig n e r les p ap iers de la Direction
de la librairie, d on t quelques élém ents se tr o u v e n t aux A rchives
N ationales. Nous en d o n n e ro n s co m m e p re u ve l’in tére ssa n t
ra p p o rt, publié ci-dessous, s u r le livre fam eux de Foscolo, jdont
le censeur im p érial a ca ractérisé avec assez de justesse les t e n ­
dances m orales. Ce ra p p o rt, qui fait partie du B ulletin hebdo­
m adaire de la librairie du 15 d écem bre 1810, est t r a n s c r i t dans
le re g is tre F 1*, I 148* *.

éfb n .

« L'ouvrage dont le D irecteur général de la librairie a suspendu l'im ­
pression est la trad u ctio n d’un ouvrage italien in titu lé : d e r n i è r e s Lettres
de Jacques Ortis Dans le m êm e in stan t, et sous différents titres, deux tr a ­
ductions de ce livre o n t été soum ises
la censure. Deux censeurs diffé­
ren ts o n t été chargés de leu r exam en, et tous deux o n t conclu, sans s’ètre
concertés, q u ’il n ’était pas convenable d'en p erm ettre l’im pression. Les
lettres de Jacques O rtis sont une com position rom anesque qui offrent (sic)
la co n tr’épreuve des souffrances du je u n e W erther. Mais ici, au délire d ’un
am our m alheureux, se jo in t une sorte de frénésie politique. O rtis est un
je u n e Vénitien, élevé à l’Université de Padoue, qui ne veut survivre à l’in ­
dépendance de sa patrie que pour la venger ou la délivrer. Le tra ité de
Campo Form io excite sa rage; il ru g it de vengeance. Il est n o u rri dans son
fanatism e par u n ' vieillard fugitif encore plus forcené que lui. En u n m ot,
la partie rom anesque du livre est très propre à pervertir les im aginations
et la partie politique à faire des m écontents. Il ne tend à représenter la
dom ination française que nomme une insupportable tyrannie et ή exciter
tous les peuples qui y sont soum is au soulèvem ent et à la révolte. »
t. Une copie de ce rapport se trouve d a D s AF, IV, 1354.

�Questions UnïVersitaires

A g r é g a tio n e t

c e r t i f i c a t d ’a p t it u d e d ’i t a l i e n
J u ille t

1919.

R é s u m é d u R a p p o r t d u P r é s id e n t d u J u r y .

Le Jury nom m é pour exam iner, en 1919, les candidats à l ’A gréga ­
tion d ’italien et au certificat d ’aptitude a eu à ju g er, en ju ille t, quatre
catégories de candidats : i° d'anciens adm issibles aux concours
d’agrégation antérieurs à 1914, dispensés des épreuves écrites, in s­
crits au nom bre de cin q ; 2" des réform és de guerre pourvus d ’une
délégation depuis au m oins un an, inscrits au nom bre de trois:
3" huit jeunes filles, candidates aux deux places m ises pour elles au
concours; 4° vin gt et une jeunes filles candidates aux deux places
du Certificat.
Un seul candidat m asculin s’était inscrit en vue d ’obtenir la place
d ’agrégé m ise au concours dans les conditions norm ales; il ne s’est
pas présenté. Aucun n’a convoité la place m ise à la disposition des
hom m es au certificat.
Les résultats ont été les suivants :
Aucun des anciens adm issibles (deux ont renoncé à concourir) n ’a
atteint, pour les épreuves orales, le nom bre de points exigible pour
le succès définitif. Leur préparation a paru insuffisante; alors qu'ils
pouvaient bénéficier des m ê mes avantages en 1920, ils ont eu le tort
de vouloir courir la chance trop tôt, dans de m auvaises conditions.
Les trois réform és de guerre ont été déclarés dignes du titre
d ’agrégés, dans des conditions fort honorables.
Les deux places d’agrégées, m ises au concours pour les femmes,
ont été attribuées à deux candidates très m éritantes, qui rendront
l ’une et l ’autre, dont une rend déjà d ’excellents services dans l ’ensei­
gnem ent secondaire.
Pour le Certificat d ’aptitude, la m oyenne obtenue par les deux
candidates admises est sensiblem ent égale h celle des concours précé­
dents; m ais la physionom ie des épreuves a été toute différente. Les
com positions écrites ont m arqué un très grand progrès ; la can d idate

�QUESTIONS UNIVERS1TAIRES

date classée io ' (non adm issible) avait plus de points que les 4 ‘ et 5 *
(admissibles) de l'année dernière. Cette élévation du niveau est
im putable surtout a u theme et à la version, qui ont donné lieu à des
copies vraim ent bonnes (neuf copies notées de ia à 16 pour le thème,
sept notées de mème pour la version). En revanche huit candidates,
dont les épreuves ont été faibles, auraient bien fait de s’octroyer
une année de préparation supplém entaire. Les épreuves orales
n ’ont pas confirm é l'excellente im pression des com positions écrites;
plusieurs candidates ont fait preuve d ’une grande inexpérience et
quelques-unes d'une nervosité qui n e leur a perm is de re m p lir que la
m oitié, ou m ém e le tiers du tem ps accordé pour leurs diverses
épreuves. Il y a eu là un manque de sang-froid et de réflexion qui a
été fatal à quelques candidates; le ju ry aurait pu se trouver dans
l ’obligation de ne proposer qu ’uu noni au lieu de d e u x pour l ’adm is ­
sion definitive, si l ’avance obtenue à l'écrit n’avait com pensé le flé ­
chissem ent constate à l ’oral.
L e s sujets traités ont été les suivants.
A g r é g a t i o n . — com positions écrites : Thèm e, Lam artine. histoire
des Girondins 1. X X I,eh. xi-xii, « M arie-Antoinette le 10 aoùt 1793 «{La
reine qui suivait pas à pas le roi... élevaient l'enfant dans leurs bras
au-dessus de leur tòte) — Version, P. Aretino, Lettere , 1. I, 11” vi,
« A l l Im peratore Carlo Quinto per esortarlo a liberare Clem ente VII
dopo il sacco di Roma ». — Dissertation italienne : « L'anim a ita­
liana dal mese d'agósto 1914 al mese di m aggio 1915 ». — Dissertation
française : Défìnir Ics caractères de la poésie lyrique de Chiabrera».
Épreuves orales : Thèm es im provisés, Gérard d’Houville ; Le
Dernier fe u (Tu es assise sur le lapis en face de 1 a tre.... le charme
que les papillons morts et les fleurs desséchées ont pour nous par
certains jou rs d ’hiver). — Erckm ann Chatrian, Contes des bords du
R h in , M y r tille . (Tout au bout du villag e........En voyant ces choses,
avec l ’attendrissem ent convenable, vous pensez : Le Seigneur Dieu
est bon) ; — René Milan, Les vagabonds de In gloire : (Malte enfin ! Des
paysages qui ne bougent po in t...... La m aladie du m arin, c ’est le
départ).
Textes espagnols. D. Miguel Asin Palacios. La escatologia musul­
mana en la Divina Comedia, « Las ascenciones de Mahomay de Dante a
lo s cielos »; — « Recuerdos de tradiciones islàm icas en la Divina
Com edia » ; — « E 1 encuentro de Beatriz y Dante en el Paraiso ter­
restre ».
Explications préparées. Dante, P urg. \ X 1II, 16 -3 C; B. Cellini,
Vita, éd. 0 . Bacci, p. jo ì , ligne 12 i\ p. 1o 3 , 1. 1 ; Epist . ad Posteros,

�« In d e e tia m r e y e r su s ... e g e r im p er a n n o s » ; — P étra rq u e, so n . a ;6 ;
C ard u cci. Garibaldi in Francia : « Ma G. G a r ib a ld i...... c u lla d ella revo­
lu z io n e eu rop ea » ; lìp. ad Posteros, « S e n si s u p e r b ia m ...... m o rte s
fle a n t » ; — L éonard d e V in c i, Frammenti p. a 5 i- a 5 3 ; Canto dell’

Amore, se p t d e r n iè r e s s tr o p h e s; Ep. ad Posteros « H isto r ic is d e le c ­
ta tu s su m ».
Leço n s en ita lie n . « La c u r io sità in te lle ttu a le d i L eonardo da
V in ci » ; — « La G erm a n ia n e lla v ita d e ll’ Ita lia d a l 1870 al 1914 » :
— « La s in c e r ità d e l P etrarca ».
le ç o n s en F ran çais. « Le m é lo d r a m e c o n sid é r é c o m m e e x p r e ssio n
d e la c iv ilis a tio n ita lie n n e »; — « La S ecc h ia ra p ita » ; — « La
C ène d e L éon ard d e V in c i ».
c e r t i f i c a t d ’a p t it u d e . — Compositions ècrites : T h è m e , G. S an d ,
Lettres d'un voyageur, t. II, « V e n ise en 1834 » (La v ie e st en co re si
fa c ile à V e n is e ....... en se c o u c h a n t à c h a q u e p a s su r le s d a lle s
lis s e s et c h a u d e s d e s q u a is). — V er sio n , P. B e m b o , Lettere, éd .
S o n zo g n o . p . 2 65 , « M orte di G u id u b a ld o d u ca d 'U r b in o » (E rasi il
p o v ero sig n o r e r id o tto in u ltim a m a g re z z a ....... n o n si s e n tis s e d ella
p ie tà a c e r b is sim a m e n te v e n ir m e n o ) ; — C o m p o sitio n ita lie n n e :
« C om e si sv o lse il p e s s im is m o le o p a r d ia n o ? » ;

— C o m p o sitio n

fr a n ç a ise . « Si le m o i e st h a issa b le c o m m e le d it P a sca l, c o m m e n t
s ’e x p liq u e le su c c è s d u g e n r e a u to b io g r a p h iq u e ? P ren d re le s e x e m p le s
d a n s la litté r a tu r e ita lie n n e . »

Epreuve» orales. V e r sio n im p r o v isé e : I. N ie v o . Memorie di un
ottuagenario, c. 1 (La cu cin a d i F r a tta .......) ; — T h è m e im p r o v isé :
T a in e. Voyage cn Italie, t. I, p . 337*338 ; — L ectu re e x p liq u é e : Leo­
p ard i : A ll’ Italia, p r e m iè r e str o p h e ; — T ra d u c tio n et c o m m e n ta ir e
g r a m m a tic a l : D a n te. P urgat. X XIV, 64 -9 3 .
P rogbamme de questions et d ’auteurs pour i.e concour s et d ’agré­
GATION n ’iTALIEN EN 1920.
I.

h

i S T O IR E D E L A L I T T É R A T U R E E T D E I.A C IV IL IS A T IO N .

/ rc question L ’en fer d e D a n te : La m a tiè re (é lé m e n ts tr a d itio n n e ls,
h is to r iq u e s , p e r so n n e ls) et la fo rm e (c o m p o s itio n , s y m b o lis m e,
e x p r e ssio n ).
2 · question. La d é c o m p o s itio n d e la R en a issa n c e ita lie n n e , d e 15 27
à 1600 : é v o lu tio n p o litiq u e (le r é g im e d e sp o tiq u e ), r e lig ie u s e (le
C o n cile d e T ren te), litté r a ir e (la d o c tr in e c la s siq u e , le T a sse) e t a r tis­
tiq u e (M ich el./An g e , le s Vé n itie n s , le s B o lo n a is).
.?· question. Les in flu e n c e s é tr a n g ères en Ita lie , d e 1740 à 1789.

�I I . T extes

pour

l e s e x p l ic a t io Ns o r a l e s .

V ir g ile . Enéide, 1. V I, v . 29 5-336 et 4 1 7 -6 27·

Dante. Inferno, canti II, X, XXVI.
Michel-Ange, Poesie, n° VI, LXXXIII, CIX (a 5, 36 , 3 ; , 49. 77 » 82»
97, 101), CX, CX V 111, CXXVI, CLV, CLXIII (d’après les éditions
G. Frey, Berlin, 1897, ou G. Am endola, Lanciano, 1911).
Lorenzino dei Medici, A pologia: — Paolo Paruta, Orazione p e r i
nobili veneziani m orti a Lepanto (dans les Orazioni scelte del secolo
XVI, éd. G. Lisio, Florence, Sansoni, 1897, p. 1 59 - 18 5 et 290-316.
T. Tasso, Gerusalemme Liberata, chants XII, et XVI, st 31-67.
G. Baretti, Prefazione II“ alle tragedie di Pier Cornelio (dans
Baretti, Prefazioni e polemiche ·. Bari, 1911, p· 45 -55 ).
Metastasio, La Clemenza di Tito, acte III.
Goldoni, Pamela nubile.
G. Parini, Il Mattino, v. 1 8 4 - 6 2 8 (éd. G. Mazzoni, Florence Barbèra)
F. De Sanctis, chapitre X V I 1 (T. Tasso) de sa Storia della letteratura
italiana.
.
A11 concours s pécial réservé en 1920 aux candidats dém obilisés
depuis l ’arm istice ou réform és de guerre, les textes d ’explications
suivants sont supprim és : V irgile, Enéide, VI, 2g 5-336 ; Dante, Inferno,
eli. II; P. Paruta; G. Baretti; F. De Sanctis. Tout le rest,e du prò ­
gram m e dem eure applicable à ce concours.
P ROGRAMME p o u r l e C e r t i f i c a t d ’ a p t i t u d e d ’ i t a l i e n

e

N 192 0 .

Dante, Inferno, eh. II et X.
Lorenzino dei Medici, Apologia (dans Orazioni scelte del Secolo XVI,
Florence, Sansoni, p. i 5 6 - i 8 5 ).
Tasso, Gerusalemme liberata, chant XII.
Goldoni, Pamela nubile.
Parini, Il Mattino, v. 1 8 4 - 6 2 8 (éd. G. Mazzoni, Florence, Barbèra).
Fogazzaro, // Mistero del Poeta,

\
!
D

e cret

a u t o r isant

LE

TITRE

i. e s

DE

U

n iv e r sit é s

fr a n ca ises

a

décerner

D O C T E U R « H O N O R I S CAU SA » .

L'im possibilité où notre législation universitaire laissait nos u n i­
versités de décerner
des savants étrangers le titre de docteur
« honoris causa » était une lacune regrettable pour le développement
des relations scientifìques de la France avec les nations amies ou
alliées. Grace aux actives d ém arches du Directeur de l'office national

�des universités et écoles françaises, cette lacune vient d’ètre com blée
par un décret (20 Juin 1918) dont nous reproduisons les dispositions
essentielles.
Article 1°'. — Les Universités sont autorisées à décerner le titre de doc­
teur « honoris causa ». Ce titre nQ pourra conférer au titulaire aucun des droits
attribués au grade de docteur par les lois et règlements.
Art. 2. — Le titre de docteur « honoris causa » ne pourra e tre donné qu’à des
étrangers, en raison des services éminents rendus aux',Sciences, aux Lettres ou
aux Arts, à la France ou à l’Université qui décernera le titre.
Art. 3 — L’avis favorable de la Faculté compétente donné en Assemblée sera
nécessaire si le titre est proposé pour une personne dont les travaux ou l'action
rentrent dans le domaine propre d'une des Facultés. Cet avis ne sera valable que
si la moitié plus un des membres de l’assemblée est présente à la délìbération et
que si le nom proposé réunit les deux tiers des suffrages exprimès.
La décision est prise en Conseil de l’Université, la moitié plus un des membres
étant présente, et à la majorité des deux tiers des votants.
Art. 4. — Dans le cas où la proposition ne semblerait ètre du ressort spécial
d’aucune des Facultés, le Conseil de l'Université devra procèder à deux délibéra­
tions ; la seconde aura lieu au moins huit jours après la première.
Art. 5. — Le titre ne pourra ètre décerné qu’après approbation par le Ministre
de la délìbération du Conseil de l’Université.
Art. 6. — Le diplóme sera établi et signé par le Recteur au nom de l’ Université.
11 pourra, au gré des Universités, porter la mention de la Faculté qui aura été
consultée. Il sera remis au titulaire dans les formes que règleront les Universités
elles-mòmes.
Art. 7. — Ce diplòme, étant un titre honorifique et non un grade, ne donnera
lieu a la perception d’aucun droit.

L ’Université de Paris a décerné, en décembre 1919, le titre de doc­
teur « honoris causa» au g ra n d m athém aticien italien Vito Volterra,
doyen de la Faculté des Sciences de l'U niversité de Rome, sénateur
du royaum e d'Italie. — L’Université de Strasbourg vient de rendre le
mème honneur à l ’historien G, Ferrerò.

N os D

euil s .

Sous ce titre, lo B u ll e t in ita lie n de 1916, 1917 et 1918 a publié
quelques «notices consacrées aux maìtres de notre enseignement
public, professeurs de langue ilalienne, éludiants, futurs docteurs
é p r is d e la littérature et de la civilisation d ’Italie, qui ont fait don de
leur jeunesse dans là grande lutte engagée pour sauvegarder l a liberté
d e s peuples, ot en p articu lier pour la défense d o la civilisation la tine.
Nous rappellerons ici leurs nom s : René S t u r e l , professeur au lycée dii
Havre; André L a c o m b e , du lycée de M arseille; Robert M a r c h a l , élève
de l’École Normale Supérieure; Alphonse L a c h a u d , du collège de

I

�Cannes ; Jean G é r o n i m i , étudiant à la Sorbonne ; Victor P i n e t , du col­
lège de Cette ; Jean A n g e l i , du collège de Thonon ; Gabriel M à t t o n
du collège de M ontélim ar ; Pierre M u c k e n s t u r m , élève de ,1’Ecole
Normale Supérieure; Alfred-M ary J o b , du lycée de Tournon. A ces
notices s’en était ajoutée une, consacrée à Jacques R a m b a u d , m aitre
de conférences à la Faculté des Lettres de Bordeaux, et due à la
p l u m e de Μ . P . Sagnac.
La funèbre liste n’éta it pas d ose. D'autres italianisants nous étaient
signalés depuis longtem ps com m e « disparus », que nous espérions
toujours voir reparaitre. Les m ois ont passe, et ils m anquent obsti ­
nément à l ’appel! Sans vouloir condam ner com m e absurdes les der­
nières lueurs d ’espoir que peuvent encore conserver ceux qui leur
étaient le plus chers, nous croyons devoir donner ici leurs noms,
pour que nul ne puisse penser qu ’ils soni sortis de notre souvenir :
René B i l l a r d e t , professeur au lycée Am père, à Lyon ; Roland
B a r h a u d , élève de l’École Normale Supérieure, recu agrégé le i “r aoùt
191/1 ; Robert L a n c e a u , professeur au lycée de Troyes, titulaire d 'une
bourse de séjour en Italie en 1912-1913; A. B r o s s e - R a v a t , boursier
à l ’Université de Grenoble ; C. D u r a f f o u r , professeur au collège de
Bourgoin.
A cóté de ces héros, dont plusieurs ont succom bé dans des condi ­
tions (pie nous ne conuaitrons jam ais, il faudrait inscrire les nom s
des survivants, dont les exploits ont m érité les plus flatteuses dis ­
tinctions : tei de nos étudiants, tels professeurs-adjoints que j 'ai
revus après cinq ans, lors d ’une récente tournée d ’inspection, sont
revenus discrètem ent prendre leur place d ’autrefois, la boutonnière
ornée du ruban rouge. Je n o n veux nom m er aucun, pour deux rai ­
sons ; d'abord pour ne pas blesser leur modestie, qui est grande ; et
ensuite parce que, étant sòr de nè. pas avoir la liste com plète de tous
ceux que je d evrais citer, il me serait pénible de faire tort à un seul
d ’entre eux.
.
\·
Disons seulem ent que nous pouvons ótre fiers de notre petit groupe
d'italianisants
H en r i H a u v e t t e ,
L es

agrégés

d ’i t a l i e

N.

Avec la fin de la guerre ont repris les concours d ’agrégation, q u i
avaient été m aintenus seulem ent pour les fem m es depuis trois ans.
Nous croyons le m om ent propice pour donner ici les nom s de ceux
et do c e lle s q u i ont obtenu le titre d'agrégé d 'italien, depuis que ce

�concours a été inauguré en 1900. D ’année en année cette liste sera
com plétée par l ’adjonction des noms des nouveaux prom us. Nous fai­
sons précéder d'une croix los nom s de ceux qui sont m orts :

U

n p la id o y e r en f a v e u r d e l ’é t u d e d e l a

la n g u e ita lie n n e

a u x E ta ts -U n is .

M. Ernest H. W ilkins, de ¡'Université de Chicago, mène une active
campagne, dans le Bulletin o f the New England Modem Language
Association, en faveur d ’une plus la,rge diffusion de l’élude de l’italien
dans l’éducation de la jeunesse en Amérique.
D’après une statistique, dont il est lé prem ier à signaler le carac­
tère très approxim atif, il y aurait aux États-Unis, dans les écoles de
tous ordres, 376.000 élèves étudiant le français, 2oo.oo étudiant l’es­
pagnol, 3.000 étudiant l’italien. Il se réjouit des 275.000 étudiants de
français, et il espère voir leur nom bre s’accroître encore; il se plaint
de l’engouemen t dont bénéficie l’espagnol et il s'indigne de l ’indiffé­
rence témoignée à l’italien. Connaissant bien la langue et la civilisation

�à la fois tic l ’E spagne et de l ’Italie, M. W ilkin s estim e que la dis ­
proportion est choquante, q u a n d òn considère le benèfice qu'un A m é ­
ricain peut et doit tirer de l ’étude de l’Italie et de celle de l’Espagne.
Pour que la proportion redevienne juste, il voudrait la renverser, 011
peu s’en faut.
t
Son plaidoyer est chaleureux, abondant, convaincant; d ’après les
tém oignages q u ’il c ite, il sem ble avoir recueilli d ’im portantes adhé ­
sions (i). Le public Français pourrait en faire son profit ; indiquons
donc quels sont, en résumé, les titres de la langue ita lien n e à figurer
au p rogram m e de l ’enseignem ent am éricain : intérêt de la littérature
italienne, non-seulem ent pour charm er l ’Am érique, m ais pour
enrichir et stim uler sa création littéraire ; valeur speciale de l ’ita ­
lien com m e apprentissage lin guistique, com m e instrum ent d ’in itia ­
tion aux beaux-arts et notam m ent à la m usiqùe, et com m e moyen
indispensable pour suivre les travaux des Italien s dans de nombreuses
branches de la science; u tilité de l ’italien pour l’assim ilation des
nom breuses colonies italiennes dans les grandes villes d ’Am érique ;
im portance de l’italien pour établir des relations étroites avec
l'Italie.
Ainsi parie un professeur am éricain. Son discours pourrait, sans
inconvénient, s’adresser ìx des F ra nçais; il convient de souligner par ­
ticulièrem ent Ics deux derniers points, sans d ’ailleurs négliger les
autres. Avec leur esprit pratique, prom pt aux entreprises de large
envergure, nos collègues d ’Am érique vont-ils bientô t faire à l ’italien,
dans l ’éducation de la jeunesse, une place que la F rance h ésite encore
λ lui accorder ?
(1) Voir a u s s i u n article de M. Moore d a n s le M odem Language Journal, m a rs

1919.

�Bibliographie

Tutte le opere di Dante Alighieri nuovamente rivedute, con un copiosissimo indice
del contenuto di esse. Florence, Barbèra, 191!) ; in-16, de X-456-CLV1I pages
(12 lire 50).
La p r e m i è r e id é e d e r e n f e r m e r e n u n s e u l v o l u m e d e f o r m a t c o m m o d e
t o u t e s les œ u v r e s d e D a n te e st n é e e n A n g le t e r r e , o ù e lle a é té r é a lis é e e n
1894, à

O x fo r d ,

é d itio n fu t

p a r le s s o in s

trè s b ie n

du

c é lè b r e d a n t o l o g u e

E d. M oore

C e lte

a c c u e illie , e t e lle a e u p lu s ie u r s r é im p r e s s io n s . L a

l i b r a i r i e it a lie n n e , q u i a e x é c u t é t a n t d e t r a v a u x a d m ir a b le s p o u r la d if f u ­
s i o n d e l’œ u v r e d e D a n te , n e p o u v a it p a s r e s te r e n a r r iè r e , s u r c e p o in t ,
d e la l i b r a i r i e a n g la is e ; e t la c é lè b r e m a i s o n B a r b è r a d e F lo r e n c e a c o u r a ­
g e u s e m e n t e n tr e p r is d e

r iv a lis e r

a v e c l’ U n iv e r s it y

P re s s d 'O x f o r d . L es

c i r c o n s t a n c e s o n t g r a v e m e n t e n t r a v é et r e ta r d é l ’ a c h è v e m e n t d e c e t rè s
b e a u v o l u m e : le s o in

d e d ir ig e r

l 'é d i t i o n a v a it

é té

c o n fié

à

A r n a ld o

D e lla T o r r e , q u i se m i t à l ’œ u v r e a v e c s o n a c t iv it é c o u t u m i è r e ; la g u e r r e
s u r v in t , e t , c é d a n t a u x i m p u l s i o n s d e s o n g é n é r e u x p a t r io t i s m e , A . D ella
T o r r e se d é p e n s a s a n s c o m p t e r p o u r la p r o p a g a n d e e n fa v e u r d e la p a r t i­
c i p a t i o n d e l ’I t a lie ; p u is il m o u r u t . M. G . D e g li-A z z i, q u i r e p r it le t r a v a il,
f u t b i e n t ô t m o b i l i s é , e t c e f u t M . E . G . P a r o d i q u i , a v e c sa h a u t e c o m p é ­
te n c e , a s s u r a

l’a c h è v e m e n t d e la p u b l i c a t i o n .

C es v ic is s it u d e s n ’ o n t p a s

é té s a n s i n c o n v é n i e n t s , e t l’ é d i t e u r n e le s d is s im u l e p a s . A in s i l’ in d e x e n
C LVII

pages,

qui

est

la

grande

n ou v ea u té

du

v o l u m e , n 'a v a it

été

q u ’ é b a u c h é p a r D e lla T o r r e ; il c o n t i e n t , o u t r e le s n o m s p r o p r e s , q u a n ­
tité d e r e n v o is à d e s m o t s e t

d e s id é e s , q u i e n

fo n t u n r é p e r t o ir e p r é ­

c i e u x ; m a is q u e l s s o n t le s p r i n c i p e s , v i s i b le m e n t a ssez p e r s o n n e ls , d o n t
» ’ é t a it in s p ir é D e lla T o r r e i&gt; P u i s q u ’ o n y m e t t a it ta n t d e c h o s e s , p o u r q u o i
n 'y p a s m e t t r e e n c o r e u n
q u ’o n

peu

p lu s ? Le le c te u r

lu i d o n n e ; il a im e r a it s a v o ir p o u r q u o i o n

a u t r e c h o s e . 11 a im e r a it s a v o ir a u s s i s u r q u e ls
a d o p t é e p a r D e lla T o r r e , p o u r

n e se

p la in t p a s d e ce

lu i d o n n e c e la et n o n
t e x te s s 'a p p u ie la l e ç o n

le s d iv e r s e s œ u v r e s d e D a n te — c u r io s it é

lé g i t i m e , m a is q u i n e d i m i n u e e n r ie n l ’ u t ilit é d u v o l u m e .
U n e r a p id e i n s p e c t i o n

p e r m e t d ’ a p e r c e v o ir

q u e lq u e s

d iffé r e n c e s a v ec

l ’ é d it io n a n g la is e . Le f o r m a t e s t l é g è r e m e n t p l u s p e tit , m a is le liv r e est
é p a is , p a r c e q u 'i l c o n t i e n t p lu s d e c h o s e s . L e c a r a c t è r e e s t p lu s n e t , m a is
p lu s m e n u e t p lu s

m a i g r e (la D iv in e C o m é d ie t i e n t e n 146 p a g e s a u lie u

d e 153 ; 5 2 l i g n e s p a r c o l o n n e a u lie u d e 5 0 ). L e Canzoniere p r é s e n t e u n
c la s s e m e n t t o u t n o u v e a u , f o r t in t é r e s s a n t, m a is q u i p e u t c r é e r u n p e u d e
c o n f u s i o n p o u r le s r e n v o is et le s c it a t io n s ; o n y t r o u v e r a a u c o m p l e t le s

�correspondances poétiques de D ante avec divers rim e u rs de son tem ps.
Com me dans l’édition anglaise, les oeuvres d'au th en ticité douteuse sont
com prises dans le volum e (à l’exception p o u rta n t des S a lm i p e n ite n zia li
et de la P ro fessio n e d i f ede, que personne ne regrettera) ; c’est pourquoi,
o u tre la Q uaestio de a q u a et te r ra , l’édition italienne contient to u t le poèm e
in titu lé II F io re , do n t l’attrib u tio n à D ante reste douteuse, m ais q ui a été
défendue à l’aide d 'arg u m en ts im pressionnants. Aux E p isto la e ju sq u ’ici
enregistrées, l’édition nouvelle ajoute divers tém oignages relatifs à des
lettres perdues de D ante ; et ici encore on p o u rra reg retter que ces
intelligentes. additions altèren t le classem ent num ériq u e auquel on est
h ab itu é pour citer les lettres. Mais, cornine pour les poésies lyriques, cet
inconvénient ne sera que transitoire, car il est bien certain que, de plus
en plus, critiques et lecteurs de D ante ren v erro n t hab ituellem ent à cette
belle édition ; il serait à souhaiter q u ’elle devint l'édition-type, à laquelle
on se reportera. Elle en est digne à tous égards.
H en ri H a u v e t t b .

C arlo C urto. — Le tradizioni popolari nel M organte d i Luigi Pu lci. — C asale,
1918; 153 p;'t;es. |
11 est g én éralem en t adm is par tous les critiqu es qu e L u ig i Pu lci est
avant tou t un p oète pop u laire — p op u laire en ce sens que par tendance
natu relle autant qu e par la fo rm a tio n de son esprit, l ’a rt de ce p oète
apparait plus voisin de l'a rt p opulaire que de celui des p rin cipau x
écrivain s de son tem ps, un P o litic ien un Lau ren t le M agnifìqu e, un M arsile
F icin e tc... A u reste, P u lci lu i-m é m e s’est présente à nous com m e un
fe rven t de l ’àm e toute sim p le du peuple, dans la m esure où celle-ci se
révè le dans le lan gage, lorsq ue dans la p rem ière des lettres que nous
avons de luì * il s'écrie avec un accent de reg ret et de nostalgie : « E al
tu tto la m ia buona d ilige n tia , la m ia pòvera fatica in ricercare p er o g n i
parte vocab oli accom odali al b isogn o, per ritro va re l ’o rig in e vera, andando
personalm ente, ò perduta e cassa » . Lau ren t le M agn ifìqu e de son cóté
nous le m o n tre (dans la Caccia col F alcone *) m élé à une trou p e joyeu se
d e chasseurs et s'óloign a n t un m om en t de ses com p agn on s p ou r im p r o ­
viser des vers au m ilieu de la nature :

'

Egli so n'andò dianzi in quel boschetto,
Che q u a lc h e fan tasia ha p o r la m e n te :
V orrà fa n ta stic a r forse u n so n etto .

Il su fflrait de rap p eler é ga le m e n t, ou tre sa cu ltu re m ed iocre, le fait
q u 'il a recouru, p ou r la m atière du M organte, ì\ deux poèm es p u rem ent
populaires, l'O rlando et la S p a g n a , que par ses « stram b otti » il a m èle
sa voix h celle des poètes les plus v ra im en t populaires, et q u ’enfi n toutes

1. Lettere, ii cura &lt;li S. Boug i, Lucca. 1886 p. 21 . '
2. Poesie di Lorenzo de Medici, a c u ra d i Go su é C a rd u cci, F ire n ze, 1859, p . 279.

�ses com position s lyriqu es sont im p régn ées de l ’influen ce des écrivains
q u i em p ru n ten t au peuple leurs inspiration s et leurs form es.
A p rès cela, il apparait tou t naturel que, dans son oeuvre p rin cipale, il
ait accueilli la rg e m e n t les trad ition s populaires de son tem ps,
fo r m e variée

de légendes,

de récits,

sous la

d ’expressions, de proverbes, de

croyances, de p réjugés. G’est à to u t ce « folk lore » de P u lci qu e M. C arlo
C urto a récem m en t consacrò un ou vrag e special auquel, en rém iniscence
d ’ un liv re de notre plus rem arqu ab le « folk loriste » G. P itré *, il a donne
pour titre : « Les tradition s populaires dans le « M organ te » de L. Pulci » .
Et ce n ’est pas seulem ent p ou r 1* titre, m ais aussi p ou r la disposition des
m atières q u ’il s’est souvenu du liv re de P itré sur Dante.
Dans sa préface, l'au teu r nous expose ses idées d irectrices, d ’où procède
toute l ’étude. Et c’est ju stem en t dans ces idées gén érales — à notre avis
erronées en partie ou peu claires — que résident les défauts essentiels du
liv re . M. C urto p art de cette idée fon dam en tale, — et q u i lui sem ble à lu i
indiscutable, —

qu e Pulci en em p ru n tan t la m atière de son p oèm e fi

l ’ O rlando et à la S p a g n a se m on tra « m auvais poète rom anesque » tandis
q u ’il faisait v ra im e n t ueuvro de poète par la fo rm e d on t il revètait ce
sujet em p ru n té à autrui.
O r, par « fo rm e » M. C u rto entend non pas seulem ent la lan gu e, le ver»,
la strophe, m ais aussi l’allu re particu lière du récit grâce à laqu elle P u lci,
se lib éra n t de ses m od èles, don ne à tel ou tel épisode une s ign ifica tion et
une d estination prop re, ajoute une réflexion, su pprim e une observation ;
en un m ot elle est le tem péram en t m êm e du p oète, qu i est o r ig in a l, qu i
lu i appartient en prop re et lu i p erm et de tran sform er le sujet, de donnei·
au tableau déjà dessiné, sans

lu i faire subir d ’altérations essentielles,

d ’autres contours et des couleurs nouvelles et fraich es » .
Mais si l ’on don n e ce sens au m o t « fo rm e » et si ά propos de fo rm e on
parie non seulem ent de qualités extérieures, m ais « d ’o r ig in a lité d ’esp rit »
de l ’écrivain , c o m m e n t

peut-on a ffirm e r

M. C urto à la p. 0) que P u lc i «

ensuite

(ain si

que

le

fait

peut ótre com p aré à un p eintre qu i

m ettra it la couleur à un tableau déjà dessiné par un autre » ? C om m en t
a ffirm e r q u ’il subsiste dans le M organle une « in ég a lité p ro fo n d e # èntre
inatiòre et fo rm e , que la « p rem ière est restée chez Pu lci ce q u e lle était
che/, ses prédécesseurs » alors que la « seconde se tran sform ait, prenait
de la couleur, don n ait de la saveur et de la vie au poèm e » et con clu re
ensuite qu e P u lci occupe dans l'h is to ire de notre littératu re « un rang
très élevé ? »
De deux choses l ’une ; ou l ’on don ne à « form e » un sens p u rem ent
rh étoriqu e, et alors le m èrite de Pulci, à q u i o n dénie ainsi toute im a g i ­
nation créatrice, se réd u it ù celui d ’un collection n eu r de phrases et de m ots,
ou bien on entend par fo rm e qu elqu e chose de m oin s extérieur, de plus
in tim e, de plus vivan t (et c’est ainsi q u e M. C urto sem ble l’enten dre dans

1. G iu s ìp pe Pitré; ; Le tradizioni popolari nella Divina Commedia, Palermo, 1901.

�la phrase citée ci-dessus), et alors il n ’est plus possible de d ire

que

L'oeuvre de Pulci n’est in d ivid u elle « q u ’en p a rlie », et que son seul gran d
m erite est d ’a v o ir recu eilli en abondance dans le M o rgante les expressions
lin g u is tiq u es p ropres à son tem p s. En un m o t l ’ou vrage de M. C urto m e
paraît faussé par une erreu r th éoriq u e in itia le, q u i ne p erm et à l ’auteur
n i d ’en trevoir la ju ste valeu r de l ’ oeuvre q u ’il exam in e, ni de fìxer des
lim ite s

à son travail, p ou r donnei· tout leu r poids aux conclu sions de son

analyse.
A la suite de cette préface, M. C urto étudie en cinq chapitres tou t ce
qu e Pu lci a recu eilli, dans le M orga n te, en fait de trad ition s populaires :
1° Strophes, vers et m o tifs populaires ou d ’in ton a tion p o p u la ire ; 11° Nou ­
v elles, récits, légen d es, anecdotes com iq u es; 111° F orm u les, m ots, a r g o t;
I V 0 exp ression s spéciales, phrases proverb iales ou p roverbes ; V ° Jeux,
usages et m oeurs, croyances et p ré ju g é s ,

M. C urto réu n it en ces cin q

chapitres un ensem b le de m atériau x im p o rta n t. En m e m e tem ps il lu i
a rrive d 'exam in er parfois la fo rm e particu lière que certains m o tifs de la
trad ition on t re v etue du fait de l ’im a gin a tio n de P ulci, Mais cet exam en
aurait dù ótre plus com p let ; il au rait sans d o u te am ené à faire des observations
de détail intéressantes. L ’au leu r s’eat le plus souvent contente
de sign aler l ’o rig in e pop u laire d ’ un gran d n o m b re de m o lifs sans en tire r
Ics conclusions q u ’il aurait pu cn tirer. En clTcl p ou r nous, il était m oins
intéressant de savoir que l’im a gin a tio n de Pulci avait largem en t puisé
dans la science et la littératu re p op u laire de son tem ps (car, étan t donné
son te m p éram en t, cela devait fatalem en t a rriv e r plus ou m oin s), qu e de
v o ir c om m en t ces naives tradition s du peuple se son t transform ées dans
l im a gin a tio n fantasque du poète.

notons encore quelques points plus particuliers. M. C urto donne (p. 41)
com m e é ta n t de Luigi P ulci la n o u v e lle qui a p o u r sujet l’aven tu re du
Siennois qui fit si dròlem ent les ho n n eu rs de sa m aison à u n fam ilier de
Pie 11, cn offrant au pontife u n pic q u ’il p rit pou r u n perro q u et. Mais
après tout ce q u ’ont pu dire contre l’authenticité de ce tte com position
Vittorio Cian (1) et l'a u te u r do ces lignes (2), M. C urto a u ra it dii to u t au
m oins laisser soupço n n er que l'a u thenticité de la Nouvelle était douteuse.
On peut faire la m òme observation, et avec plus de r aison encore, à propos
do la v G iostra » que M. Curto attribue h a rd im e n t ii Pulci (p . 140), alors
q u ’il existe en ce qui concerne la p a te rn ité do cette oeuvre, toute une
littératu re (3) sérieuse et solide. En som m e, dans tou t l’ouvrage on relève
(1) Com pte-rendu du Q uattrocento de V. Rossi dans la Riv ist a s torica italiana,
t. XV (18U8) p. 331.
(2) Luigi Pulci, l’uomo e l'artista ; Pisa 1912 p. 82 et su iv ,
(3) C’est ainsi quo M. Curto accepte comme cer tain lo renseignement donné puf
Bernardo Tasso ( Lettere , Padova 1773, t. I■&gt; p. 325) q u i montre Pulci lisant lo
Morgante à la table du Magnifique. Mais le fait que II. Tasso est le seul éc rivain
ancien qui l’affirme, suffirait à nous mettre on garde contre la vérité de cette
affi rmation.

�en général la m èm e insuffisance d ’in fo rm atio n bibliographique (1). 11
néglige trop souvent des études recentes, où il au rait trouvé d ’utiles
observations. Pour ne citer q u ’u n exemple, il ne sem ble pas avoir eu
connaissance d u volume d ’Attilio Momigliano « L'indole e il riso di Luigi
P ulci (2) » ouvrage que l’on p o u rra discuter tan t q u ’on voudra, m ais qui
ne laisse pas de contenir beaucoup d’observations originales et fines.
Tout ce que nous venons de dire ne signifie pas que l’ouvrage de
M. C urto soit dépourvu de m érite. Il a celui d ’avoir réu n i un e q u an tité
de faits concernant l’origine des nom breuses trad itio n s populaires
recueillies dans le « Morgante » et leurs rap p o rts, ainsi que de nom breuses
observations sur la provenance, la signifìcation et la fo rtu n e d ’une q u a n ­
tité d ’expressions linguistiques. Par là il p o u rra servir très utilem en t de
guide pour com m enter l e poème de Pulci.
Carlo P e l l e g r i n i .
Em ile P icot. Les Italiens en France au X V I · sie d e.

Bordeaux, Gounouilhou !

3i)9 Pa!ios&gt; ·η·8“ 1901-1918 ( lix tra it d u R ulletin Italien).

E m ile P icot. La querelle des dam es de Paris, de Rouen, de M ilan et de Lyon,
au commencement du X V I 0 siècle, Paris, 1917; Co pages iu- 80. (lixtrait des
Alémoires de la Société de l ’Hisloire de Paris, t. X I. 1V).

Ces deux tirages à p a rt sont distribués près de six m ois après la m ori
du m aitre dont nous conservons ici le souvenir pieux, et de qui nous
espérons publier avant peu un frag m en t inédit, se rattach a n t à celle
longue serie de notices su r Ics Italiens en France, d oni il avait com m encé
la publication en 1901, à la naissance du Iiullelin ilalien de Bordeaux.
Après une in le rru p tio n de plus de douze ans, il l’avait reprise en 1917,
sans pouvoir la te rm in er : il a été im possible d’en relrouver la suite dans
ses notes, et nous tenions de lui-m èm e que, arrivé à ce poinl, il se Irouvait arrèté p ar de sérieuses difficultés. Telle q u ’elle est, cette co n trib u tio n
fondam entale à l'histoire de l’italianism e en France au XVI” siècle form e
u n tiragc à p a rt de 300 pages, divisé en six cbapilres, que Ics liisloriens
de notre civilisalion à l’époquc de la Renaissance ne p o u rro n t jam ais se
dispenser de consulter..
L’au tre étude, lirée des Mémoircs de la Société de l'histoire de Paris,
est une de ces curiosités historiques et bibliographiques dont limile
Picot possédait u n répertoire inépuisablc. Il s’agit de p eliti poèmes duns
lesquels les dam es de Paris, deU oucn, de Milan et de l.yon réclam ent tour
à to u r la palm e pour l’éclat q u ’elles avaient donné aux fètes de l’entrée
(1) A prnpos du « Contrasto della Bianca e della Bruna » (p. 20), on pcut signalor
aussi l’ótude d'Ilermann Varnhagen, La storia della Biancha e la Urumi, lirlangen,
Junge, 1894. Cette édition èst beaucoup plus complète et correcte ipie celle de
S. Ferrari citéa par M. Curto. Cf. aussi li. Picot dans la ii assegna bibl. d. le ll,
Hai., II, 117.
(2) Rocca San Casciano, 1907,

�d a ro i Louis X II dans chacune de ses « bonnes villes ». On trou vera
dans cette brochure, ap rès une substantielle in trodu ction , le texte des
poèm es, et la descrip tion b ib liog ra p h iq u e (avec fac-sim ilé) des éditions
qu i nous les on t conservés.

H.
J. R. Charbonnel : La pensée i talienne au X V I' sie d e et le courant libertin. Paris,
C h a m p io n , in - 8 d e 720 -j- L \\ \ 1V 4- CU p a g e s ; — L ’E th ique de Giordano Bruno
et le deuxième dialogue du Spaccio (tra d u ctio n avec n o t e s e t c ó m m e n ta ire ),
Contribution à l ’ét ude d es conception s morales de la Renaissance. P a ris, C h a m ­
p io n , 11)19, in-8 d e 340 p ag es.
M. Roger Charbonnel nous apporte en deux copieuses études Ics résultats
do

ses amples

recherches.

11

en

aurait singulièrem ent

accru

les réels

m érites, s’il eùt consenti à m ieux préciser son objet, à m ùrir davantage
sa pensée.
« Les sources italiennes du libertinage français » : tei est, évidemment,
l ’obje t

q u ’il

s’est

d ’abord

assigné. Le

butin

trouvé paraissant

notre auteur a étendu son effort et embrassé «

m aigre,

La pensée italienne du

X V I 0 siècle » . C ’était tom ber de Charybe en Scylla! Im possible de traite r
d ’après Ics sources un sujet aussi énorme . Force fut donc de réduire et
de rogner, comme tout à l ’heure d ’étoffer, et d 'étendre . De là un livre
pléthorique, peu cohérent, manquant de netteté, qui ne traite ù fond ni
la question des sources italiennes du libertinage français, ili l ’histoire de
la pensée italienne au X VI0, mais qui contribue, de façon souvent fort
i ntéressante, ù éclaicir et à vulgariser l ’une et l ’autre.

I
La

question

des

sources

italiennes du

libertinage

français

n ’est

pas

tirée au clair. Esprit plus ample que rigoureux, M. C .-n e sait ni poser ni
traite r le problème avec netteté. Au lieu de classer précisément, sous quel­
ques rubriques commodes — existence de Dieu, providence divine, d ivin i ­
té de Jesus, im m ortalité de l ’àmc, etc... — Ics textes des libertins français
du XV1I° qui se réfèrent form ellement ù des Italiens du X VI” , et de donner
ainsi au lecteur une idée distincte de l ’in fluence italienne sur la pensée
française anti-catholique, M. IL C. nous déballe pèle-m èle, (chapitre 1) en
un curieux désordre, les citations les plus disparates, Ies unes insignifiantes,
les autres d ’ unoe grande portée, celles-ci toutes courtes, celles-là fo r t éten ­
dues et s’espaçant sur plusieurs pages. La première fait intervenir le Car­
d in a l P oole , p. 12. Page 14 nous est présenté un... Portugais, Osorio, évé ­
q ue de Silves, et, page 16, voici Naigeon, à propos d ’A lb erico Gentili I Bon­
nement , j e m ’attendais à voir citer des Français du XVIe-X VII 0 siècle. Les
voici qui débouchent
T hou,

d ’Aubigné,

e n fili

: Cappe l, Gentillet , Henri Estienne, la Noue, de

Garasse, Mersenne et Gabriel Naudé, mèlés du reste à

Possevin, Bozio da Gubbio et à Ribadaneyral Page

90,

o4, 104, paraissent

�Morhof, Jean François Buddacus et J. F. Reimann !... Tout cola, certes, no
manque

pas

d ’intérèt. Mais cornine j ’eusse mieux aimé une a n a lyse, très

nette, de la pensée lib e rtin e italien ne tellee q u 'e lle apparaissait aux F rançais
qui l ’invoquent ou la combattent, — et m im e , si Μ. K. y tient, tel le q u ’elle
apparaissait
ime étude

à Buddacus,

Morhof

et Osorio ! Com m e j ’eusse mieux aimé

particulière sur L'introduction de Machiavel en France ! (M. R.

11110

cite l ’étude de W a ille à ce sujet. Qu’en pense-t-il ? Qu’ y ajoute-t-il ?),
autre

sur les traductions françaises

d ’auteurs libertins italiens, une autre

sur l ’histoire si curieuse — pour M. R ., capitale — de Gabriel Naudé

!

Le problèm e est confusément pose. Il n ’est pas mieux traite. Une fois dé­
finies

quant

à leur nature, les idées libertines d 'I talie q u ’apercevaient les

Français, restait à m esu rer l ’é te n d ue de leur action,

P robleme encore plus

délicat que le premier. Com ment essayer de le résoudre si l ’on

11’a

pas dé ­

terminé, d ’abord la tradition libertine proprement française, celle qui puise:
:i Montaigne

et à Rabelais,

à Commynes

et aux

légistes, à la littérature

amoureuse ou paillarde, à ces courants si puissants el si meles qui so heur ­
tent à 1’ université do Paris autour des doctrines officielles, à toutes les fo r­
mes d ’ hérésie que condam ne la grande Eglise, — el ensuite les traditions
libertines d ’Espagne, d ’ A n gleterre et d ’ A llemagne. Λ elucider ces ques­
tions, M. lì. ne tàche m im e pas. Tandis que M. Strowski nie toute influence
des lib ertin s

d'Italie sur les libertin s de France , M. R. affirme quo cette

influence s'est incontestablement e xercée (p.

71 .Ί),

« dans une certaine me ­

sure » : Ics Italiens « ont aidé le libertinage » français « à so condenser, à
se cristalliser si l ’on veut sous une forme précise » (p.

717 ).

— Ne pas so

duper ile m ots, voir clair, définir, classer, quel plus savoureux plaisir

! Et

pourquoi M. C. se l ’cst-il si souvent refusé ? ( 1 )
(1) La tu meme im p r é c i s i o n , le m è m e d e s o r d r e d é p a r e n t le c h a p i t r e vi (p. G li).
M. C. y pa sse e n r e v u e — p é le méle e t s a n se les d i s t i n g u e r — d e u x s o r t e s d ’idées :
Ics u n e s d é r i v e n t d e s t h é o r ie s dee L i b e r t i n s i ta lie n s, les a u t r e s n ’eu d é r i v e n t pas
m a i s c o ì n c i d e n t a v e c elles ! M. C. é n u m è r e alasi les a u t e u rs q u i c o n t i n u e n t soit
la p e n s é e de Mach iavel, s oit la p e n s é e de Galilée. — G ros effort ; m a is C o m m e le
r e s u l t a t e s t inégal A cò té d e p a g e s i n t é r e s s a n t e s , celles p a r e x e m p l e q u i c o n c e r ­
n e n t Bayle (613-688), c o m b i e n d ’a u t r e s o ù se r é v è l e n t les p l u s c u r i e u s e s ignorances
! E x e m p le : les p a s s a g e s c o n sa cré s à la t r a d itio n m a ch ia vélis te a t t e s t e n t
q u e M. C. uè s o u p ç o n n e pas l 'e x i s t e n c e d ’utie th éo r ie c b r é t i e n n e dii d r o i t de
r é v o l t e , laquelle a so n h is to ir e ! — M. C. c o n f i r m e en to u t ce ch ap itre la fa m e u s e
t héo r i e de S a i n t e - B e u v e et d e B r u n etière q u e les l i b e r t ins d u xvii» re lie n t par uii
c o u r a n t c o u t i n u t'A u ti-C a th o licism e du x v i · &amp; r A n t i -C a t h o l ic i s m e d u x v m · . Mais
c o m m e il e u t été p l u s o p p o r t u n de d isc e rn e r , et d e définir, e t de c o m p a r e r Ics
f o r m e s diverse* de l ' A n ti-C a th o lic ism e à l'u n e t l’a u t re m o m e u t !
E tait-il in u t i l e d ’e s s a y e r de d é fin ir le t e r m e « l i b e r t i n s »? — Ou p e u t l’a p p li ­
q u e r , ce s e m b l e , au x A n t i -C a th o liq u e s q u i ne s o n t p as P r o t e s ta n t s . Le p r o b l è m e
se p o se alors de sa vo ir la place dee S o c i n i e n s. J'in c lin e à v o i r eu e u x dee L ib e r ­
t i n s : q u o i q u 'i l s a v o u e n t la r é v é l a t i o n e t se r e c l a m e n t de l’E c ritu re , c ’e s t la m a i­
tris e de la se u le r a i s o n q u 'ils r e c o n n a i s s e n t e n fait, p u i s q u 'i l s n ie n t la d i v i n ité
d e Jés u s e t la T r i n ité de Dieu.

�II
M. C, ne veut pas analyser en elle-m eme L'histoire do la pensée italienne
an X V I 0 siècle : il entend l ’étudier en fonction d u m ouvement libertin. De
là, les quatre gros chapitres qui constituent le corps du livre et qui retra­
cent

les

origines de la pensée

libertine (eh. 11, p. ia5 ), le courant aver­

roiste padouan (eli. I l i , p. '.&gt;.·&gt;ο, Cremtìniui, Cardani et Vanini), le courant
positiviste Florentin

(eli. IV , p. 3 8 q , M aeliiaveì), le courant. panthéiste (eli.

V, p. /| 38, Vinci, Bruno, Galilée). Ton i de suite apparaisscnt d ’inexplieables
lacunes

: M. C. ne d ii ìt peu près ricn, ni d 'O cc h in o , lìlandrata, des Sozzini

et du courant unitaire, ni ile V e r m ig li , de Gentili et du courant protestant,
n: de P atrizzi et de Telesio (Λ pages seulement), les maîtres de Campanella,
ni de Paolo Sarpi qui a quelque droit à représenter le positivisme machia­
véliste, ni ile Tartaglia. Je

discerne,

non pas trois, mais h u it groupes de

penseurs dont Ics oeuvres favorisent ou redolent le libertinage : i. Telesio,
Patrizzi, Campanella, catholiques d ’intention, qui souvent ' interprètent le
thomisme de façon tré? singulière, mais qui finalement se soumettent ;

?.. Bruno leur

frfcrc,

dont les outrances refusent de se discipliner ; 3 . les

Padouans, de Pomponace à Cromonini ; fr. Ics sceptiques, tels quo Vanini ;

5 . les Unitaires et les protestants ; 0. les positivistes machiavélistes : Sarpi ;

7. les Physiciens et mathématiciens, de Léonard à Galilée en passant par
Tartaglia, en négligeant au besoin les m in o re s tels qu ’ un Benodotli ou un
del Monte ; 8. Ics Médecins, tels que Cardan. IV quel droit M. C. tronque­
t-il son sujet tei q u ’il l ’a lui-m eme défini ? ? Et si ce sujet lui paraìt déme­
surément am ple, par suite de quelle aberration va-t-il l ’élargir eneore en y
introduisant, sous couleur d ’ uno analyse dos origines do la pensée libertino,
une bistoire de la philosophie cocassement conçue : M. C. entreprend (cha­
pitre 11) de résumer la pensée de Platon, Aristote, Epicure , Zénon, P hilon,
P otin, Procìus, Simplicius, Averroés, S. Thomas, Ficin, P ic , la Cabbalo,
lo» Sciences occultes ! — MI qui tache à so placer à son point de vue so de­
mande , ioi e n e o r e , com ment il s ’y p r e n d pour exclure do so n volum e A vi­c e n n e et A v ice b r o n , Siger d e Br a b a n t et maitre Eckart, etc. . . ? ?
A p r e n d r e ce q u ’o n n o u s d o n n e : P o m p o n a c e et C r e m o n in i , C a r d a n , V a­
nini et B r u n o ,

G alilée

et C a m p a n e l l a , j e vo is b e a u c o u p d e c h o se s e x c e l ­

l e n t e s , d ’a u t r e s p eu t -e t r e m o i n s b o n n e s. Q uo p e n s e M. C. d u C re m o n in i do
M. Mab illea u ; e t q u e l l e s m od ifica i io ns p r o p o s e -t-il Λ l ' i m a g e q u i n o u s fui
p r é s e n t é e l&gt; p a r e i l l e m e n t

j ’a i m e r a is

à s a v o i r c o m m e n t il j u g e lo liv re de

D o u g l a s s u r P o m p o n a c e . M. D u h e m — j ’ai e u o c c a s i o n do le n o t e r ( i ) —
p e n s a i t q u e l ’o p i n i o n c o m m u n e t o u c h a n t P o m p o n a c e é t a i t i n e x a c t e et i n ­
j u s t e . M. C. é tudie l o n g u e m e n t . e t à d i v e r s e s r e p r i s e s , le f a m e u x p r o f e s s e u r
de Padoue ;
J ’i n s i s t e r a i

m ais

nulle

p a r i il no p r é s e n t e u n j u g e m e n t d ’e n s e m b l e . —

q u e l q u e p e u s u r G alilée e t B r u n o ·: G alilée, d o n t i l ’ m e se m b le

( t ) Voli· m o n h i s t o i r e dii Passé chrétien, t. VII
pag e 411, n ote.

(1 ”0 3 - I5 2 1 ) ,

quatrièm e é d itio n .

�q u e M . C.

n’a pas b ie n defini le ròle ; Bruno, dont il a trace un émouvant

p o r tr a it.
L ’idée que se fa''t

M. C. du mouvement padouan et du mouvement scien­

tifique italien au X V I 0 siècle est faussée par un m ythe et par mie ign o­
rance. Le m ythe, c ’cst l ’influence bienfaisante qu ’aurait exercée l ’ A ver­
roisme sur Ics origines de la S cien ce expérimentale : s’il y a &gt;me force qui
s’est opposée tenacemen t à l ’essor de celle-ci, c ’est l ’Aristotélisme, l ’ Aris­
totélisme

averroiste

aussi

bien que l ’ Aristotélisme alexandriste, ou th o­

miste. Cremonini n ’a jamais rien compris à Galilée. — i g n o r a n c e , c ’est
celle qui dérobe à M. C. la vue de L'oeuvre géniale accomplie par Ics maìtres
de l ’Université de Paris de

1277

à

1377.

Léonard et Galilee sont les disciples

géniaux — eux aussi — , com me copernic lui-mòrne, — de Buridan, d ’ A l­
bert de Saxe et de Nicole Oresme : mais ils sont disciples, et disciples des
P arisiens ( 1 ). Ce n ’est pas tout. En mème temps que l ’idée héliocentrique,
reparait en Italie, au X V I0, l ’idée que la dynamique céleste diffère de la dy­
namique

terrestre,

Et cette autre croyance reparait encore quo les hypo­

thèses astronomiques ont une portée objective. D u coup se déplace le centre

&lt;ìe g ra v ité des controverses scien tifiqu es. Hier c ’était le relativism e, c ’est
aujourd’hui le réalisme qui règne dans l ’esprit des physiciens. D ’où suit
que le Copernicanisme est discuté désormais du point de vue métaphysique
. Sur le terrain scientifìque, ses adversaires s’avouent vaincus : tant il
est clair qu ’il sauve mieux les apparences que l ’Aristotélisme ou le P tolé­
méisme ; Grégoire X III s ’appuie sur le système de Copernic pour opérer la
réform e du calendrier.

Mais, du point de vue métaphysique, le chanoine de

T horn est ardemment combattu. Beaucoup de ses disciples, du reste, accep­
tent ses incontestables tendances

réalistes : tel, Giordano Bruno. Les Lu ­

thériens ouvrent Io feu, et les jésuites leur em boitent le pas 1 Alors entre en
scène Galilée : son

but, c’est do venger Copernic et de remporter la victoire

, si j ’ose dire, sur le champ de bataille de la cosmologie et de la m éta­
physique, com m e

ses devanciers l ’ont déjà g agn ée dans le domaine de la

science pure. Sa mécanique tend à fonder son astronomie ; son genie m a­
thématique,

heureusement servi par la lunette qu’il a su construire pour

étudier Ics astres, retrouve plusieurs théories d ’Oresme , notamment la dé­
monstration du triangle ; par sos expériences sur les oscillations dii pen­
dule, il ouvre à la mécanique des perspectives nouvelles. Mais, toujours,
c ’est à prouver la vérité o b jec tiv e de la doctrine copernicaine que tend son
effort. Il s'im provise

théologien

pour convertir les consulteurs du saint

Office ; et oc grand gènie affiche une pauvreté surprenante pour établir lo
dogm e qui lui tient au coeur : il n 'y a et il n ’y aura ja m a is que deux h y ­

pothèses p ou r expliqu er les apparences astron om iqu es, celle, de P tole m ée et
celle de Copernic ; com m e Vexpérience établie par la prem ière est fausse,
il s'ensu it nécessairem ent que la seconde est vraie χχτά φύσιν .... Ou s’ex­
pliquc,

dans

ccs

conditions, que le saint Office nc condamne 1’héliocentrism
e

(t) V o ir l’oe u v r e h i s t o r i q u e de Du h e m .

�q u ’en tant quc Galilée lui attribue une valeur physique objective.
M. C.

a consacré

à Giordano Bruno une centaine de pages de sa thèse

principale — e ’est la m eilleure partie de son ouvrage — tandis qu ’il faisait
de l ’éthique dn grand Dominicain le sujet de sa thèse complémentaire ( i ) .
Esprit

curieux, nature

sensuelle, Bruno ne se propose pas seulement de

continuer copernic ; il entend uliliser encore Nicolas de Cues, et toute la
philosophie ancienne pour rénover le catholicisme, sans tomber dans l'e r­
reur protestante. Bruno retient beaucoup d ’éléments traditionnels et néo­
platoniciens ; Eckart appartieni à la tradition dominicaine autant que saint
Thomas. Et la distance est-elle si grande qui de S. Thomas séparé Eckart ?
S. Thomas

symbolise

aujourd’hui l ’orthodoxie catholique. Lcs historiens

n ’ont pas le droit d ’oublier les furieuses attaques auxquelles il fut en butte
de son vivant, et après sa mort ; les luttes que dut soutenir le généralat des
Frères Prècheurs pour imposer scs doctrines ìi l ’ordre ; les décrets d ’Orthez
et de Sisteron 1316-1329, du Puy et de Brives 1 344-46. Bruno r e tient l'idee
augustinienne que la Bible a uno portée non pas scientifique, mais reli­
gieuse, — encore qu ’il l ’oublie fâcheusement quand il étudie Copernic — ;
il garde la thèse tradilionnelle,

si

clairement mise en forme par Ics

()) Deux p a r t i e s d a ns cette tb è s e : t · Une tr a d u c ti o n fra n ç a is e d u d e u x i è m e
d ia lo g u e d e Γ E xpulsion de la Bete triom phante. Le j o u r de la s o u t e n a n c e
M. Ha u v e t t e a r e l e v é p l u s i e u r s f a u x - s e n s , t r a n s p o s i t i o n s , erreur* d iv e r s e s : ce tte
tra d u c ti o n n e p o u r r a è tr e c o n s u l té e q u ’avec p r é c a u t i o n p a r q u i v o u d r a i t connaître
l'exa cte p e n s é e d e B r u n o . Mais e n m e m e t e m p s M. H a u v e t t e a r e n d u h o m ­
m a g e à la fidélité du t r a d u c t e u r d a n s l ' e n s e m b l e : so n t r a v a i l se lit avec aisan ce
et plaisir ; il p e r m e t au l e c t e u r français d e p r e n d r e p e r s o n n e l l e m e n t et à p e u de
frais, c o n t a c t avec la p e n s é e de B r u n o ; 2“ Un c o m m e n t a i r e , q u e p r é p a r e n t la
tr a d u c ti o n et les n o t e s j o i n t e s , et q u i e x p o s e la m o r a le du gra n d D om in ica in . 11
p r é s e n t e les m è m e s q u a lité s et les m é m e s d é f a u t s q u e l’o u v r a g e p r in c ip a l :
l a u t e u r ne se d o u t e pas q u e so n office p r o p r e , sa tach e p r e m i è r e , c’e s t de
definir a v e c la plu s g r a n d e p ré cisio n p o ssib le le se n s de c h a q u e m o t du t e x t e
q u'il é t u d i e ; il d iss e rte , en r e v a n c h e, avec la m è m e a b o n d a n c e v e r b e u s e , c o m plai­
s a n t e e t diffuse à p r o p o s de Brun o e t d e Plo t i n , du n é o - p la to n i s m e e t de la
m o r a le .
Lee t r o is d ia log ues (1384-85) q u i p r ê c h e n t l’E x p u l s i o n d e la B ète T r i o m p h a n t e
ot l’É ta b l i e a e m e n t d u rè g u e d e la S a g es se, de la V é rité e t de la V e r t u r é llè te n t
c l a i r e m e n t la crise q u i éb r a n le au xvi» l ’É glise c h r é t i e o n e e t l’t i u m a u i t é : il fa u t
a rracher l’u n e et l’a u tre à la folie, à l'erreur, au p e s s i m i s m e q ui t u e l ’action (les
troie Vice* q u e la Bète s y m b o l U e ). — 11 f n u t o r g a n is e r l’action b ien faisa nte,
c'eat-à-dire l'action so c l a le m e n t ut ile, — car elle se u le est b l e n f a i s a n t e , '— et la
ré gler selon la Lui de Dieu. C liem in faisant, B r u n o c r i ti q u e le C atb olicism e qui,
p r è c h a a t la paix, a s o u v e u t s e m é la g u e r r e , et p lu s e n c o r e le P r o le e ta n tis u ie q u i
lu e, a v e c les ceuvres , le re ss o rl de l’a ctivité sociale, q u i r é p a u d l'auarcbie, etc...
Méfaits de la richess e, ìn sufflsan ce d e la p a u v r e t é . — Enliu B r u n o e x a m i n e u n
d o u t e : l’a ction est-elle v r a i tp e n t b i e n f a i s a n t e , ou b ien n e v a u t- il p a s m i e u x
s ’a b s t e n ir '1 Bru no écarte ce doute cornine u u e te u ta tio u e t c o p c l u t cn p rè ch a q t
I» r é f o p n e , l’effort, l'action v e r t u e u s e ,

�m istes, que deux voies differentes mais convergentes peuvent doaner accès
o
h
T
à Dieu ; il conserve un sentiment trfcs v if de la bienfaisance sociale du sys­
tème catholique ; il relient l'hostilité traditionnelle des mendiants pour Ia
propriété individuelle et leur attachement à l'id é e du

bonu m com m u n e ;

i! lève longtemps de rentier pacifiquement au soin de l ’ Eglise ; la réforme
qu ’ il médite n ’est-elle pas pfus proche de celle que prèchait Erasme que de
celle qu ’accomplit Luther? Il conserve un sentiment très aigu du mystère
divin. Mais

c ’est

ici que la coupure se fait. Les voies divergent que sui­

vent, pour explorer le mystère, chrétiens et non-chrétiens : le chrétien pro­
longe les lignes que tracent la foi évangélique et les formules dogmatiques ;
!c· bon-chrétien s’en écarte, et les brise. Ici continuité logique
gique, là,

contrarieté ,

011

supra-lo­

quand ce n ’est pas contradiction. Un fait est très

certain : c ’cst sur l ’ Eucharistie qu ’après six années d'efforts pou r a rriver &amp;
u n c e n te n te , Bruno et l ’ Eglise

ont

défìnitivement rompu. il y a un mys­

tère eucharistique. Quand il y plonge son il me, le croyant s’attache *ux for­
mules qui fixent
teurs, les

S.

la foi ; il ressaisit derrière elles Ics doctrines de ses doc­

Thomas et les S. Bonaventure , Ics S. Augustin et Ics S. Cy­

rille, S. Justin, et S. Jean, et S. Paul ; et les paroles de Jésus, telles que l&lt; s
rapportent les Synoptiques ; et puis, l ’ame ainsi nourrie, orientée, aimantée
, il lui ouvre toutes grandes les portes de la m éditation et de l ’amour.
Ce n ’est pas ainsi que procède l ’incroyant : quelle que puisse ètre sa doctrine
, c ’est toujours d ’une évidence q u ’il pari, évidence de L'erreur commise
par l ’Eglise et acceptée par les fideles ; de cette erreur il apporte uno expli­
cation plus ou moins benigne, selon que sa position personnelle s’ éloigne
plus ou moins des positions doctrinales du catholicisme. Ainsi Bruno : le
néo-platonisme l ’a détaché de la vieille foi séculaire. Gomme il retient beaucoup
de cette foi, com m e à tàter du protestantisme, de Marburg autant que
de W ittenberg, ou m im e de Helmstadt, il n ’a senti pour lui nul attrait, il
incline Λ donner' des explications presque satisfaisantes des croyances dont
il rejette le sens traditionnel. Philosophe, théologien, mystique, oAt-il pu
discourir autant q u ’il a fait sans éprouver les limites, les impuissances, Ics
déficiences du discours ? Il est pret i\ (donner des dogmes toutes les traductions
nécessaires ;

mais à condition que l ’ Eglise admette son évidence a

lui, savoir leur foncière inexactitude ; i\ condition qu ’on s’entende ponr de­
finir le role de Chiron (Jésus) et montrer dans le mystère des choses le pro­
grès m erveilleux d ’ une force divine immanente en ollos. —

M. C. a assez

b ien aperçu tout cela. Bruno lui a inspirò des pages vivantes et colorées
d ’où sa figure ressort avec force, où sa pensée est analysée avec finesse et
bonheur ( i ) !

Com m e je regrette — en songeant aux dons qui furent

(I) Je n e cro is p as q u e M. C. sii. d é t e r m i n é loa t e x t e s n ù B ru n o a p uisé so n
n é o - p l at o n i s m e ; ni r é u n i les cita tio n s d e n eo- p l a to n i c i e n s qu i se r e n c o n t r e n t en
s es oeuvres. T o u j o u r s M. C. s’é c h a p p e e t i n t r o d u i t Platon e t Plotin , e t Spi noza ,
si ce n ’es t Hegel. Mais il n e se ra it pas i n d i f f é r e n t de sa v o ir d ans q u e l l e m e s u r e
B r u n o p u i s e directement a u x N è o -P la to n icien s, d a n s q u e l l e m e s u r e c 'e s t

�p
é
dartis ù M. C. : intelligence philosophique, élévation d ’esprit, finesse, abon­
dance, émotion, puissance de travall, — com m e je regrette qu ’il en ait pareilem
ent
mésusé ! Que n ’en-a-t-il mieux réglé l ’emploi ! Que n ’a-t-il voulu
se montrer plus sévère pour lui-mème !
A lb e r t

D ufo urcq.

G iulio N atali. Gian Vincenzo Gravinà letterato, discorso letlo in Arcadia I' $ giu­
gno 19 /i, in ricordi del £ ' centenario dalla morte di G. Γ. G. — Roma, tip.
poliglotta vaticana, 1919. In-8 do 27 pages.
Un

m o r a lis t e

c o m p t a it
s ia s m e

de

pour

de

c h e rc h e r

a u p rè s

de

T h é o c rite

la

b e a u té

; un
m o t,

au

L ’a u t e u r

c la ir

lo in

pas

e n ve rs

G iu lio
so

et

qui

;

un

et

m a is

dans

d é lic a t

de

in c o m p r is e

;

fa v o ra b le

la

la

v o ie s

d ’e t r e

par

le s p 'u s
so u s

le

l ’a u t e u r d e

M o n t e s q u ie u
: te i n o u s

et

et

so rte

d o n n a it c o m m e
qui

d ’i n s t r u i r e

non

P in d a r o

; un

fe m m e s

; en

d ’i n d é p e n d a n c e
théoricien

ju d ic ie u x

r e p r o c h e d ’a v o i r
t ra g é d ie s

G r a v in a

françaises

t r a g é d ie

le s

et

dont
dédaigneux

p a t rio te
la

s e n t im e n t

c in q

p r e s c r iv a it

gre cq u e
de

de

la n g u e et à

s u iv ie s

e lle

D iv in e C om édie

ce tte

un

où

en th ou ­

son

l ’i d y l l e

je a n -J a c q u e s

a p p a r a it

la

r e b e lle

de

pays

de

le s o e u v r e s

une

n é c e s s it e

e n t ra ìn é

a c c a b le r

et

un

d é p it

l ’h i s t o i r e
a r c a d ie n

à

en

en

v o u lu

m o n stru e u se s

a u r a ie n t ,
dans

jo in d r e
;

s e m b le -t -il,

l ’é t u d e

que

lu i

N a t a li.

re co m m an d e

d a n s ses t ra v a u x

bon

des

tro p

q u e lq u e s d e tte s

co n sa cre M .

p re u ve

o r ig in a l,

q u i,

p in d a r iq u e

c o n s c ie n t d e

p ré ce p te

n o va te u r

co n tra cté

tro p
to u te

d ’o r g u e i l
fa u t

a s s id u !

c a s u is t iq u e ,

c u lt iv a it

ju r ist e

Sa n n a za r,

a lo r s

e s p r it

ne

de

la

c a rt é sìe n

l ’o d e

e n c o re

é d u c a te u r

exem pt

L 'e x e m p l e

et

de

le c t e u r

m ode

un

q u ’i l

un

; un

la

de

m o d è le s

r e s t a it

de

non

le s

à

; un

f r a n c a is ,

tra v a u x

C h ia b r e r a

do

un

ses

hostile il e

p a r tisa n s

le p h i l o s o p h e

à

fo n d e m e n t

r é so lu m e n t

chauds

se n s, s o u c i

sur

ic i

par

le s

m é r it e s

le S e t t e c o n t o

d ’é v i t e r

s o lid e s

dont

: r e n se ig n e m e n ts

il

a

d é jà

f a it

r ic h e s et p r é c is ,

t o u te e x a g é r a t i o n .
G a b r ie l

M a u g a in .

Suzanne G uge n h eim . La poésie de Lamartine en Italie [1820-185Ο).
S o u s co titre 1’ « Athenaeum » de Pavie (ju ill. 1918, oct. 1918, jan v.
1919) a p u b lié trois articles en français de la doctoresse Suzanne G u gen­
heim . C’est une revue ch ron olog iq u e et b ib liog rap h iqu e dos ju g em en ts de
la c ritiqu e italien n e sur Lam artin e, ainsi que dos traductions et des im i­
tations qui on t été faites de notre poète pendant cette période. L ’auteur
nous o ffre Ics notes et citations recueillies au cours do ses patientes

d
irectement qu’il en dépend. Cite-t-il la t héo logie d 'Aristote Dans quelle m esure
dépend-il de In tradìtion dominicaine ? Si Eckart a été condamne, Suso a été béatifié
par l’Église. Je regrette que, étudiant Bruno, M. C ne se soit pas davantage
souvenu d’Eckart, — qu’i l ne l’alt pas davantage rapproché de ses frères directs
Telesio, Patrizzi, Campanella, — et de son illustre ém ule allemand, Bo hme.

�rech erch es; elle apporte quelqu es utiles précisions sur « la fortu n e de
L am artin e » en Italie et ja lo n n e la rou te p ou r les cu rieu x q u i vou d ron t
aller plus loin.
La partie la plus p erson nelle de ces articles est celle q u i a trait aux
im itateu rs de Lam artin e. Il n’est pas tou jou rs facile de saisir nettem ent
à plus forte raison de d éterm in er l ’influen ce d ’un écrivain sur les autres.
On se laisse aisém ent trom p er par des ressem blances fortu ites ou par des
affin ités naturelles. I l ne su ffit pas q u ’ un poète ait célébré la fu ite des
jo u rs , la vanité de la g lo ir e , l ’élan de la fo i, la fra tern ité hum aine, la
nature confidente, p ou r q u ’on puisse a ffirm e r q u 'il a subi l’e m p re in te de
L am a rtin e . Ce sont là des thèm es que la poesie ly riq u e a traités dans tous
les tem ps et dans tous les pays ; de plus à certaines époques, toute la
p rod u ction poétiqu e porte la m arq u e d ’ une insp iration com m u n e. Ces
réserves faites, — et rarem en t indiqu ées par l ’auteur lu i-m èm e — on
trou ve dans la d ern ière partie de ce tr a v a il d ’ intéressants rapprochem ents,
qu i fon t

sentir la parente q u i

existe entre des poètes italiens com m e

C arrer, T om m aseo, P rati, A leard i et le poète français. MUo G u g en heim
relève certaines rencontres d ’expression, qu i ne sont pas de pures coin ci­
dences, ni m òm e de sim ples rém iniscences, m ais des tém oign ages pcu
contestables d 'im it ation. Il fau t la rem e rc ie r d ’avoir ap p orté, dans Ics
lim ites qu ’elle s'est tracées, sa con trib u tion à l ’étude des échanges litté­
raires

entre

rapports

de

les deux pays, tout en

souhaitant que

la question

des

L am artin e

soit

jo u r

son

avee l'Ita lie

traitée

un

dans

ensem ble,
A. V alentin.
M ario Chini. Tela di ragno, lto m a , l 'o r r a ig g i n i , 1018.

V oici un p oe m e fa m ilie r v ra im e n t reposant et d élicieux écrit dans une
lan gu e vive et colorée. Une id y lle charm ante s'y déroule dans le cadrò
pittoresque du « dolce M ugello ». Les personnages sont bien cam pés et
saisis sur le v i f : le pharm acien et sa d ign e ópouso, le « m aestro » , lo
vieu x serviteur Succiam polle, le m archand do cerises, l ’étudiant, la n iece
de Don Livo, et surtout Don L ivo. Ce d ern ier, vieu x curo de cam pagn e
qu i a fa illi ja d is ótre un dos com p agn on s de G a rib ald i, rappelle à la l'ois
Jocelyn, le vicaire savoyard et les vicaires écossais. Mais l'in sp ira tion
w o rd sw orthienne (d ’ailleu rs avouée par l ’auteu r) du p oèm e et des per­
sonnages est agréab lem en t tem pérée par uno gràce toute ita lie n n e . Lo
paysage est plein d 'oliviers, do vign es, do cóteaux surm ontés de « ch iesette »
oii l ’on enten d b ru ire los cigales sous le soleil. On ferm e le liv re avec
l ’im pression d 'a voir respirò à pleins poum on s l'air p ur de la cam pagne.
G’é tait ce que vou la it Io poète. Il y a réussi p le in e m e n t.
P . 11.

�Chronique

— On a constitué à Rome un Institut pour la propagande de la culture
italienne, sous la présidence honoraire du ministre de l’instruction publi­
que et la présidence effective de MM. F. Martini, V. Comandini et For­
miggini. Cet Institut doit publier des guides bibliographiques par matières
destinés à faire connaître l ’apport de l’Italie à la science moderne.
— Il Risorgimento italiano ( 1814- 1918) par Arrigo Solmi, fait partie
d'une « Collana rossa » dite Biblioteca di cultura popolare (Milan, Feder.
ital. délla Bibl. popolari, 1919 ; in-12 , 202 pages). Le plan de la collec­
tion est vaste et fort bien compris ; le volume que nous avons sous les
yeux donne une idée très avantageuse de l’entreprise. En huit leçons,
suivies même d’une note bibliographique, l’histoire du Risorgimcnto
est contée, jusqu’à l’armistice de novembre 1918 , avec précision et sobriété.
Il faut sincèrement féliciter la fédération italienne des Bibliothèques popu­
laires de réaliser de pareilles publications au milieu des difficultés du
moment : le prix du volume est relativement modique (2 fr. 5o), et, si
le papier est médiocre, il y a deux cartes en couleurs, bien réussies ; d’ail­
leurs l’essentiel est d’aboutir, au lieu d’attendre que le temps passe : l’édu­
cation populaire d’une nation dépend beaucoup d’initiatives désintéres­
sées comme celle-ci. C’est un exemple à suivre.
— Il vient de se constituer à Genève une Société d’études italiennes
sous l'impulsion de MM. E. Muret, professeur de littératures néo-latines
à l’Université et 11. Ziegler, critique renommé en matière de littérature
italienne.
— L'âme héroïque de la France contemporaine est le titre d’une confé­
rence faite devant les élèves de l’institut commercial de Bologne, par
leur professeur de français Mlle Y. Fagnani. La conférence remonte au
printemps de 1917 ; l’avant-propos porte la date de novembre 1918 , mais
la brochure ne nous est arrivée qu’à la fin de 1919 . Il n’est pas trop
tard pour dire l’émption que doit causer à des lecteurs français les. sentim
ents
d’admiration, d’affection, de fraternité qui sont exprimés dans
ces trente pages ; il convient d’en remercier le professeur, qui, dans
une dédicace touchante, a voulu associer à cet hommage rendu à la France
la mémoire de cinq de ses élèves tombés au champ d’honneur ; il faut
l'en remercier et la féliciter de la maîtrise qu’elle déploie dans l’usage
qu’elle fait de notre littérature moderne et de notre langue,

�— Signalons, dans la collection des Profili de l ’éditeur F orm iggin i, un
nouveau volume consacré à un écrivain français. Il est consacré à Flau­
bert, et est dù à la piume de Guido Muoni, qui avait déjà pilblié dans
la mème collection un Baudelaire fort apprécié. G. Muoni, enlevé à scs
études en pleine activité, avait laissé le volum e sur Flaubert entièrement
prèt, mais n ’en a pas surveillé lui-mème

la publication

; son am i,

F.

Picco, notre distingué collaborateur, s’est chargé de ce soin, avec la com ­
p étence q u 'il possèdè lui-mème en matière de littérature française.
—

M. Benedetto Croce consacre une plaquette de 42 pages, ornée de

cinq productions photographiques (Bari, Laterza, 1919), à la commune
de l ’ Abruzzo d'où sa fam ille est originaire : M on ten ero d o m o , storia &lt;ii u n

c o m m u n e e due fa m ig lie . Ces monographies d'histoire locale et de genea­
logie ont toujours quelque chose de touchant et on y peut faire d ’agréables
découvertes, encore que l ’histoire de Montenerodomo ( M ons n ig er in d o m o )
manque de relief. Les deux

familles

sont les familles De T homasis et

Croce, et c ’est un plaisir de faire connaissance avec quelques honorables
représentants de la noblesse abruzzaise et napolitaine do l ’ancien régim e ;
on remarquera surtout le portrait du conseiller Benedetto Croce, aieul
du philosophe, magistrat ‘intègre et réactionnaire , «

carattere orgoglioso

ed estuante » , qui n ’était pas commode à vivre. Il avait épousé une jeune
fille de Campobasso, dont

toutes le s sueurs étaient

mariées com m e elle

il des magistrats ; ces dames avaie nt acquis une telle réputation com m e
épouses modèles de conseillers, de presidents ou de procureurs, qu ’ un jour
un magistrat décidé à se marier alla trouver leur mère et lui demanda
une de ses filles : il n 'y en avait plus

! La bonne, dame lui répondit :

;&lt; Dovrà aspettare che io glie la faccia ! »
—

L ’Université de

Manchester

vient

d ’instituer

une

chaire

d ’éludes

italiennes, — la quatrieme en Angleterre, — et l ’a confiée à M. Gardner,
qui est actuellement attaché à l ’ Université de Londres et qui ne pourra,
pour celle raison, prendre posséssion intégrale de sa chaire avant octobre
1920.
Λ l 'ècole d ’été instituée à l ’Université de Cambridge par la « Modern
L anguages Association » , 150 auditeurs ont fréquenté Ics cours profes­
sés sur ia littérature , l’ histoire,
l'Italie ancienne et moderne.

la

musique, Ics arts et l ’économie

de

G. Bn.
— Lo i nr mai

1918

est m ort à R om e, à l ’àge do 74 ans, le professeur

Ernesto Monaci, une des gloires de la Science italienne, dans lo domaine
de la philologie romane. Nous avons sous Ics yeux le beau discours con­
sacré à sa m émoire par son ami et digne èmule , le professeur Pio Bajna,
discours prononcé à R ome le 2 juin 1918 (Archivio della lì. Soc. R o m . di

Storia patria, voi. X L I) : l ’ hommo, le savant, le professeur revivent 'dans

�ces pag es émues, avec une rare intensité ; un excellent portrait complète co
précieux souvenir du maitre de l'U n iv ersité romaine.
—

Notre maitre et am i Em i le Picot comptait de nombreuses amitiés

en Italie.

Notons que sa m ém oire a été solcnnelle ment commémorée

l ’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Padoue , le

16 février

à

1919,

par le professeur Antonio Medin.
— Voici deux discours académiques d ’allure patriotique, et qui ne nous
on sont pas moins chcrs. L ’ un a été prononcé par le professeur Michele
Scherillo ;i la séance solennelle de l ’Institut royal lombard de Sciences :'t

9 jan vier 1919 ; il a pour titre : La P atria con q u ista ta ; ricordi
e m o n iti. L ’autre, D alm azia italica, fu i prononcé à l ’ Université de Padoue
Lettres, le

par lo professeur Vincenzo Crcscini, le 11 mais, pour la reception d ’uno
délégation d'étudianls dalmates. Co sont deux remarquables manifesta ­
tions des sentiments qui agitent les coeurs italiens dans les sphères in tel­
lectuelles, et il est fo rt regrettable que le public français, dans son im m en­
se m ajorité, leste dans l ’ignorance de

la forco do ces sentiments, cliez

les maitres les plus autorisés de la jeunesse italienne.
—

Trois

substàntielles notes

de

littératurc

comparée

franco-italicnne

viennent d ’etre publiées par notre ami Ferdinando Neri. La plus ancienne,
paino dans les A ctes do l ’ Académie royale des Sciences do Tu rin (séance
du

2

février

1919),

in titulée L a leggenda di G argantua nella valle d 'A o sta ,

ost un eomplément suggestif à une com m unication de M. C. Portai insé­
rée au t. V de la R ev ue des E t udes R abelaisiennes. La seconde a paru dans

1919) : No le ai « R egrets » ; elle est "importante dans
sa brièveté pour co qui y est d ii de la fraternité poétique do Ronsard et de
ì'A th e n a e u m (ju illct

Du Bellay et polir l ’appréciation ?lu mélange savoureux d ’inspiration clas­
sique et d ’inspiration italienne. qui carac térise leur art. Enfin le Giornale

Storico d ella L e tte rat. ita l. (I. l. W I V , p. 5o) a inséré, du meme auteur,
uno « variété » sur La p r im a tragedia di E tie n n e Jodelle. Il s’agit de la
Cléopa tre captive et du m odele tres probable dont s’inspira le poete, la
C leopatra do Do Cesari.
Mentionnons encore uno intéressante dissertation que nous communique
lo mème F. Neri ; olle est l ’oeuvre d ’un do ses éleves, (j. A. Tasca, et traite
de U ue poesie in m o rte di N apoleone, celle de Manzoni et celle de Lamar ­
tine (Asti,

1919).

�Table des JN/latiènes

A r tic le s de fond. V a riété s.
A r d elet (P .). — F ra g m e n t d ’u n voyage de S ten d h al à N aples e n 1817.

.

A uvray (L ). — La co lle c tio n A rm in g au d « la Bib lio th è q u e n a tio n a le .

.

Page».
181

168,

215

BERtrand (J.). — Le p e ssim ism e de L eo p ard i...............................................................

91

B o uchaud (1*. d e ). — T o rq u a to T asso e t sa C om édie p a s to ra le « l'A m in ta » .

82

B o urgin (&lt;J.). — « Le u ltim e le tte r e di Jacopo O rtis » de Foscolo e

la c e n s u re
im p e r ia le ...................................................................................................................................229

Bouvv (E ). — T u rn er e t Pi r a n e s i ......................................................................................
C ocHin (IL). — « Les Ro m a in s so n t sots, Ics B avarois so n t fins

«.......................

Du rrie u (Cto P aul). — Les re la tio n s de L éo n ard de Vinci av e c Je an P e rré a l.

40
.

HauvEtt E (IL). — La Piave ou le P i a v e ? .....................................................................
—

— « lo dico se g u ita n d o »

88

............................. ..................................60,

152
43
129

B azar » (P.). — Un h isto rie n d u g én le l a t i n ............................................................... 196
M azzoni (G.). — N o te re lle c o n c e rn e n ti A. d e V i g n y ..............................................

18

Noi.hac (P. i&gt;k'. — C laude L o rra in e t le p a y sa ge r o m a i n ...................................

5

Picco (F r .). — L a d a te de la m o r t de Matteo B a n d elle.............................................223
Re,nauli· (Cu.). — Giovanni C e n a ......................................................................................

Q u estio n s u n iv e r sita ir e s.
C réatio n p u r les U n iv ersités ita lie n n e s d 'u n « d ip lô m e sp é c ia l » a c c e ssib le aux
é tra n g e rs..............................................................................................................................
Union intellectu elle fra n c o -ita lie n n e ...........................................................................
L' « A ssociazione ita lia n a p a r l'in te s a in te lle tu a le fra i paesi alle a ti e am ic i »
L 'étu d e de la la n g u e ita lie n n e e n F r a n c e ...............................................................
A grégation et certificat d 'aptitu d e d’i t a l i e n .........................................................
C onférences de p ro fe sseu rs italien s...............................................................................
A grégation e t certificat d 'aptitu d e d’italien ....................... ........................................
A grégation et certificat d ’ap titu d e d ’italien , ju ille t 1919 : résu m é du rapport
du p résid en t du ju r y .......................................................................................................

25

�P ages.

P ro g ra m m e d e q u estio n e e t d ’a u te u r s p o u r le c o n c o u rs de l ’a g ré g a tio n d ’ita ­
lien e n 1920..............................................................................................................................

232

P ro g ra m m e p o u r le ce rtific a i d ’a p titu d e ci’ita lie n e n 1920 ...................................

233

D écret a u to r is a n t le s U n iv ersités frane;,aises à d é c e r n e r le titr e de d o c te u r
« h o n o ris c a u s a » ................................................................................ .....

233

Nos d eu ils (H. Hauvette ) . ................................................................................. .....

234

L es ag ré g é s d ’i t a l i e n ............................. ..... .......................................................................... 23S
Un p laid o y er en fa v e u r de la lan g u e ila lie n n e a u x É ta ts -U n is .............................236

B ib lio g ra p h ie.
G. Al i o t TA. — La g u e r ra e te r n a ( J .'F . H e n a u ld )...................... .................................. 190
E . Bouvv. — A lfieri, Monti, Foscolo (H. H a u v e tte )....................................................114
G. BusTico. — B ibliografia di V . A lfieri; 11 p rim o « in to p p o a m o ro so » di
V. A lfieri (H. H a u v e tte )...........................................................................................

113

G. C appuccini. — V o cabolario (H. H a u v e t t e ) ...............................................................117
U. Cassuto. — Gli E b re i a F ire n ze (E. J o r d a n ) .........................................................

50

J .- I ì . Charbonnel. — L a p e n s é e ita lie n n e a u xvi· s i e d e ; L 'éth iq u e de
G. B ru n o (A. D ufourcq) ..................................................................................................243
M. C hini . — T ela di rag n o (P. Ro n z y ) .......................................................................... 250
11. Cochin. — S u r le « S ocrate » de P é tr a rq u e (H. H a u v e tte ) .............................187
C. C urto . — Le trad izio n i p o p o lari n e l M organte (C. P e l l e g r in i ) ....................... 239
Dante. — T u tte le o p e re (H . H a u v e tte )...........................................................................238
V. D elfolie , — D ictio nnair e m ilita ire (H. B e d arid a)...................................................119
11. F ocillon. — P ira n esi (E. B o u v y ) ................................................................................ 110
A. C aletti. — L a p o esia e l'a r te de G. Pascoli (A. V a l e n t i n ) .............................

51

1.. G ennari. — A. Fogazzaro ; Poesia di fe d e ; L. T onelli, Le sp irito fra n c e se
c o n te m p o ra n e o (H. H a u v e t t e ) ...................................................................................... 116
G. G bntile . — Le o rig in i d e lla filosofia c o n te m p o ra n e a (J. F. Ren au ld )

.

.

190

G. G iu sti. — Prose e poesie, é d . M arinoni (E. B o u v y ) ........................................ 115
Cu. H. G randgent . — D ante (H. H a u v e tte ).....................................................................185
S . G ugenheim . — L a poésie de la n a tu r e e n Italie (A. V a le n tin ) ....................... 249
E. L émonon. — L ’a p r è s - g u e r re (A. B o s a ) .....................................................................188
Les M ystiq u es ita lie n s (11. H au v ette)...........................................................................

.

186

G. N atali. — G. V. G ravina le tte ra to (G. M augain)....................................................249
Noi fu tu ris ti (A. G e i g e r ) .......................................................................................................

S6

E. P ico r. — Les Ita lie n s en F ra n ce ; La q u e re lle d es d a m e s de P a ris ...'
(H. H a u v e t t e ) ........................................................................................................................ 242
E . R omacinoli. — Nel re g n o di Dionisio (P. G i r a r d ) ...................................................
G. S aitta. — Il p e n s ie ro di V. G ioberti (J. F . Re n a u ld )......................................... 189

49

�P a Ro j.

M. S ceve . — D èlie, é d . P a r t u r ier ; L am artine , S au l, é d . Des Cogne t s (H. H au­
vette) ........................................ ............................................. ..... ..............................................109
A. S orre n t ino. — La poesia filosofica (H. H a u v e t t e ) .............................................. 114
G. T racconagi.ia . — I ta lia n ism e
x v i‘ siècle (E. P a rtu rie r)

: L ouise

L a b e ; La la n g u e fra n çaise au
.......................................................... 103

C h r o n iq u e s .......................................................... 61 , 122 , t9i,
251
R e v u e s d es R e v u e s .............................................................. 126
Table d es m a t i è r e s ............................................................................................ 254
P la n c h e s.
1. — Le Colisée e t l’Arc de C onstan tin d a n s la c a m p a g n e ro m a in e , détail
d 'u n ta b le a u de C lau d e L o r r a i n ...........................................................................

I

2. — Lo C am po V accino, re n v e rs e m e n t de l'e a u -fo rte d e C lau d e L o rrain

.

8

3. — P aysage de la vallèe du T ib re, co m p o sitio n in è d ite de CI. L o rra in .

.

10

•4. — Vue im a g in a ire d u n p o r t ro m a i n , e a u -fo rte de P ira n e si .......................

88

5. — A n c i e n t I t a l y , p e i n t u r e d e J. M. W . T u rn e r .

88

.

.

.

. · .......................

6, 1. — Je a n P e rré a l, m iniature, p e in te p o u r Ja c q u e s Le L i e u r ....................... 160
8 e t 9. — L a u re n t de Mèdici», p a r G h irlan d aio (F lo ren ce, S" T rin ità ). —
L a u re n t de M èdicis, p a r Bo tticelli (A d o ration des M a g e s ) ....................... 193
10. — L’a d o ra tio n des rois m ag es de Bo ttìc e lli (F lo re n c e , M usée d es Offi ces).

l.r Géranl :

K. G A U L T I E li.

195

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                    <text>����ÉTUDES ITALIEN N ES
2" ANN ÉE -

y

1920

�A KfìKRS. —

IMPIUM KHIE F .

GA U l T I R H .

�ÉTUDES ITALIENNES
PUBLIÉES PA R

L’UNION INTELLECTUELLE FRANCO-ITALIENNE

C o m ité

de

R

éd a c tio n

:

E. BOTJVY, H . H A U V E T T B , E . J O R D A N

DEUXIÈME A N N ÉE -

1920

/

034

210109

5

ÉDlTIOiNS ERNEST LEROUX
28, r u e

B onaparte,

P aris,

V Ie

��Notes sur M im e s artistique du « Songe île Polipliile »
Lettrés, ér udit s, h i s t o r i e n s d e l’Art, bi bliophiles, c o n n a i s s e n t
a u j o u r d ’hui ce livre s ing ul ie r écrit p a r u n d o mi n i c a i n de Trévise, Francesco Colonna, et i m p r i m é à Venise en 1499 pa r Aide
Manuce, qui lui. e m p r u n t e r a bientôt sa m a r q u e célèbre : le
d a u p h i n en r ou lé a u t o u r de l’ancre.
Je ne sais s’il en est dans la Renai ssanc e i tal ie nne de plus
a tt i ra nt , m a l g r é le fatras. Ce r o m a n d ’a m o u r , t ou t p én ét ré
d ’h e r mé t is me , récit d’un s on ge où passe et repasse l’al légo riq ue
Polia, est l’h y m n e d ’a d or a t i o n le plus fe rvent que le xv° siècle
ait dédié à la beauté et à l’a r t an ti ques . Un m o i n e ar chi tect e
ou a m a t e u r d’archi t ect ure , dévot à Vitruve, l ’a écrit. Ar ch ét yp es
de m o n u m e n t s , templ e, t h er me s, a m p h i t h é â t r e , p o rt e t r i o m ­
phale, t omb eaux , obélisque et p y r a m i d e ; objets d ’art, c o m m e
vases, t répie ls, chars, mos aï ques ; m œ u r s quot idi enn es , c o m m e
bains, festins o u « s y mpo si es », d él as s eme nt s a m o u r e u x dans
les j ar di ns de buis taillé et d ' o r a n g e r s ; cé r ém on ie s l iturgiques,
danses, t r i o m p h e s , sacrifices, so nt ressuscités avec u ne p u i s ­
s ance de vi si onnai re, que s ti mul e l’a m o u r d ' u n néop h yt e. L’un
et l’a u tr e s o n t d’ailleurs servis pa r l’ér udi ti on con si dér abl e de
F. Colonna. que n o tr e Renoît de Court a p pe l a i t dès 1533 « mul tiscius ». En dépit de l’i nsi st ance des descri pti ons, l ’an ti qu it é
n ’est pas celle d ’un a n t iq u ai re : elle est a n i m é e pa r l ’i m a g i n a ­
tion et la sensibilité d ’un poète. La d é f o r ma t i o n que lui infligent
le géni e s p o n t a n é et la crit ique enc ore insuffisante du Q u a t t r o ­
cento, a j o u t e n t à la s ave ur . C’est de l’a r ch éo log ie p as si onnée.
P a rt o u t on s ent une v ol upt é secrète, a m o u r e u s e de l’é p id er me
du m a r b r e et du n u fémi ni n. Elle échauffe la prose l ourde et
î

�2

études

it a l ie n n e s

l e n t e , e n c o m b r é e de science bourbeuse, mêlée d’italien vul gai re ,
de latin, de t e r me s forgés de toutes pièces en faveur de choses
inouïes, qui dé pa s se nt le l an ga ge c o m m u n . Un es th ét i sme
hyp er es thés ié, parfois frénét ique, exalte les formes, les c o u ­
leurs, les p ar f um s et les sons La sensuali té v én it i en ne s ' e m ­
p ar e ici des do nn ée s fou rni es p a r le sol et la l it tér at ur e
ant iques, pa r l’h u m a n i s m e et la vie c on t e m p o r a i n s , et en fait des
i m ag es é t o n n a m m e n t suggestives.
Aussi y a-t-il des i llust rati ons. S o u ve nt elles t ra h i s s e n t le
texte, que le g r a v e u r n ’a pas co mpr is . Mais ce son t d ’a dmi ra bl es
bois, au t r a it ferme, assez fort, c ha r g é d ’enc re mai s s ans bavures.
L’aléa du t irage et le g r e n u du pa pi er ancien a j o u t e n t à ce qii’il
a de g éné reux. P a r là, bien que très sobre d ’o m b r e et de modelé,
il re n d la vie II r e n d aussi m er ve i l l e u s e m e n t l'aspect usé, i n é ­
gal, des vieilles pi erres, la ru in e, qui t i en t t a n t de place dans
l’ouvra ge. C’est pre sque fruste, et t o u j o ur s pui ssant . La ver d eu r
de la taille égale celle de l’i n ve nt i on . Ces bois, qui c o m m e n t e n t
u n texte obscur, r e s te n t clairs et t ou j ou rs lisibles d ’aspect,
m ê m e q u a n d il s ’a gi t de r e n d r e l’épais seur de la forêt où Polip hi le s’égare.
Ce beau livre devait av oi r du succès en Franc e. 11 en eut dès
le t em ps de Louise de Savoie, p o u r qui u n e lettre sur la Vertu
fut ornée, un peu apr ès 1512, d ’e n l u m i n u r e s i nspirées de ses
bois. C’est d onc le m e i l le u r du succès : l ’influence. Celle-ci a
été étudiée p a r C l a u d i u s Popel in, puis p ar M. Léon D o r e z 1, dont
un bel article, enfin équitable, ose affirmer, n o n s e u l em e nt son
action i ncon tes tabl e s u r la pensée du x v i e siècle, s ur le r e to u r
à l’idée an t iq u e de cert ai ns esprits indécis, et s ur la re nai ss ance
des études h is tori ques , m ai s enc or e son influence « v r a i m e n t
ext r a o r d i na i r e s ur l 'ar t et la l itt ér at ure du x v i e siècle, p a r t i c u ­
l i è re me n t en F r an c e ». A ces pages, je voudrais s i m p l e m e n t
a j o u t e r quel ques not es et réflexions.
Rabelais, qui a senti son g o û t p o u r le « s y m bo l e pythago1. R evu e des B ibliothèques, t, VI, »896.

�L’ i N F L U E N C E A R T I S T I Q U E DU «

S ONGE DE P O L I P H I L E

»

3

ri que » se développer à la lecture du Poliphile, en a d m i r e les
hi érogl yphes. 11 fait plus : au ma gni fi que palais de Polia il
e m p r u n t e des détails p o u r en o r n e r son abba ye d e T h é l è m e 1.
Ces rémi ni scences, u n e fois si gnalées, o n t é m u chez n o u s ceux
qui v o ud ra ie n t au chef-d’œ u vr e na ti o na l des s ources s u r to u t
françaises, et ils ra pp el lent que Rabelais, po u r n ou s d o n n e r
l’idée des beautés de Thél ème , é voque les c hâ te au x ré cent s ou
en c ons truc ti on de Bonnivet, C h am b or d et Chantilly. Mais p r é ­
cisément, il dit Th él ème « cent fois plus magn ifi qu e ». Or, le
degr é de plus de magni fi cence d on t il dote son abbaye, c’est la
m es u re m ê m e de ce q u ’il e m p r u n t e à l’H ypnerotom achia : la
s o mp tuos it é du décor précieux, tout de cassidoine, de p o rp h y r e ,
de pierre n u mi d iq u e, de m a r b r e s er pe nt in ; la fo nt ai ne d ’alabastre s u r m o n t é e des Trois Grâces aux cor nes d ’a b on d an ce , et
qui j et t ent l’eau par les mamel les , bouches et oreilles, fo nt ai ne
décrite et g ra vée dans le S o n g e 1 ; les « beaux arcs d ’a nt i cqu e »
et les « belles galeries l on gu es et a mpl es ». Quoi qu’on en ait,
ces détails t é m o i g n e n t de la p r é é mi n en ce que m ê m e les esprits
les plus pénétr és de la tradi ti on française, a c c or de n t dès 1535
à l’a nt iqui té et à l’Italie.
Quant au c on t i n u a t eu r de Rabelais dans le V' livre de P a n t a ­
gruel, ses e m p r u n t s son t fort n o m b r e u x et confinent au plagiat.
Com me le livre cont e le voyage en L an te rn oi s vers 1 oracle de
la Dive Bouteille, la not e bachique y d om ine . L’a u t eu r , d ’une
verve plus grosse que celle des livres pré céde nts , a l ou rd i t de
mat ér ia li té les i nvent i on s du P oliphile, qui g a r d e n t j us que dans
la b ac chanale une cert ai ne g ra vi té noble, s ouv en ir de l’ant i qu e.
Beaucoup de ré mi ni sce nces du texte ou des g r a v u r e s o n t été
relevées p ar M L. Dorez avec une précision scr up ul eu se. Il y
faut a jou te r la m us i qu e du bal-joyeux, en for me de t o u rn o y ,
« serrée en la m e s u r e plus que de h émi ol e, en i n t o n a t i o n
P h r y g i e n n e e tb el l iqu e, c o m m e celle q u ’i n ve n t a jadis Marsias »,
et s u r t o u t « le Pri apu s plein de p ri ap is me » vo ul an t « priapi1. Gargantua Li». I, chap. LIII, LY.
2. Fol. f. e t f. V .

�4

É TUDE S

I TAL I E NNE S

F i g . 1. — P r i a p e ei Lotis (P oli p liile f° e 1)

�l ’i n f l u e n c e

ARTI STI QUE

DU «

S ONGE DE P O L I P H I L E

»

5

ser » la n y m p h e Lottis p e n d a n t s on s o m me i l *. C’est ici l ’é v o c a ­
tion de l ’a dm i r a b l e bois du P o l i p h i l e ’ : s u r le bas-relief d 'u ne
fo nt ai ne de m a r b r e , le chèvre pieds vi ent voiler ou dévoiler,
to ut d o uc e me n t, la n y m p h e qui dort, la j ou e s ur le coude, à
l’o m b r e d’un g r a n d r a m e a u . Dans ce ma gni fi que mot if p las ­
tique, qui associe en u n g r o u p e h a r m o n i e u x 'deux at ti tud es et
deux nus cont rastés, on r e c o n n a î t i’A ntiope et J u p iter de Titien,
et bien d’aut res œu vr es qui ne s o nt que des va ria tions . C’est
V fh/pnerotom achia qui, p o u r la p r e m i è r e fois en 1499, par aî t
avoi r d o n n é a u t h è me u n a mp l e d év el opp emen t.
Enfin l ’a u t e u r du Ve livre, qui se so uv ient du livre italien, lui
p re n d la concept ion v i t ru vi en ne de l’a r chi t ect ur e chiffrée. Dans
le t em pl e de la Dive-Bouteille, la belle f ont ai ne « f a nt as ti q ue »
est édifiée s ur des n o m b r e s et des p r o p o r t i o n s d o n t le c o m p u t
n ous est étalé. C’est le t r i o m p h e de la g éo m é t r i e et de la c o m p o ­
sition c a n o n i q u e 3. Or, elles r é g n a i e n t aussi dans l’ar ch it ect ure
de la Belle-Porte et du t empl e de Vénus Physizoé. S e u l em e n t
chez l’italien, disciple des anc ie ns et d ’Alberti, elles s’a c h è ve n t
en effet musi cal ; l’e u r y t h m i e est t o u j ou rs chez lui le bu t du
chiffre. On sait que c’est le P oliphile qui, à la Renai ss ance, a
le plus f or t e m e n t ex p ri mé le besoin de r e t r o u v e r dans l’a r c h i ­
tecture u n e m u s iq u e pétrifiée. De plus, le texte et la g r a v u r e
i t a l i e n s 1 o n t g a r dé , a u m o i ns u n e fois, la soupl esse des
c om bi n ai s on s chères à la Vénétie du x v e siècle. Le t e m pl e
r o n d de Vénus Physizoé, a beau être à l 'ant ique et p o r t e r une
coupol e : celle-ci repos e s ur des n e r vu re s, et ces der ni ères s o n t
con ten ue s p ar des arcs b o u t a n t s et des con tr ef or ts à arcades,
« p ou r r é d ui re l ’cpa is se ur des m u r s »! Ainsi, pa r la g râ c e de
Venise, quel ques t radi ti ons go th iques s’ass oc ie nt encore, en
1499, au x for me s r o m a i n e s (pi. 2). Le P a n t a g r u e l de 1564 est
bien plus classique : il oublie cet exempl e, et m ê m e celui de
1.
2.
3.
4.

L. V. Chap. XXV, XL.
Fol. e 1 ; pl. 1.
C h ap . XLII.
Fol. n VI.

'

�F ig. 2. — T e m p le de V én u s Physizoé ( P o lip h ile n iii).

�L ’ IN F L U E N C E A R T I S T I Q U E DU « S ONGE

DE P O L I P H I L E

))

7

1 abbaye d e T h élème, où dès 1535 Rabelais, à la fois français de

Fig. 3. -

T r i o m p h e de C u p id o (P u lip h ite f» y i v ’).

F ig . 4. — T r i o m p h e d ’Apollo ( C ham p F leu ry f1' V v»),

T ou r a in e et pèlerin de la vieille Rome, réalisait le m ê m e c o m ­
p rom is délicat.
Geoffroy Tory, i m p r i m e u r , libraire, des si nat eur , g ra ve ur ,

�8

ÉTUDES ITALIENNES

h u m a n i s t e , lui aussi fe rvent de R o m e et de l’ant iqui té, fut h a n t é
du P oliphile., On a si gnal é les s ouveni rs q u ’en g a r d e le s a v o u ­
r eux ou v ra g e le C ham p-F leury, publié en 1526, mais sans
insister assez, semble-t-il, s ur l’a na lo gi e de style e nt re le beau
bois qui r e pr és en t e le t r i o m p h e d ’A p o l l o 1 et les t r i o m p h e s
g ra v és dans le Poliphile. Les t r op hée s port és p a r les n y m p h e s
du C ham p-F leury s o n t dessinés c o m m e ceux du t r i o m p h e
de Cupido, parfois avec les m ê m e s é léme nt s (pl. 4); et le
Bacchus j eune, é n o r m e p o u p o n bouffi, qui ploie sous les liens
d er ri ère le c ha r d ’Apollo, est le frère de celui qui dans le
P oliphi'e, r e pr és ent e l’A u t o m n e vi neux. l)e plus, Cl. Popelin a
bien vu que Tory, qui veut i n s t a u r e r sur les r ui nes des caractères
g o t hi qu es la belle lettre italique ou classique, et en ch erch e la
beauté dans les p r o p o r t i o n s h u m ai n es , en e m p r u n t e au Püliphile
les mes ures . Mais ici encore on p e ut a tt i re r l ’a t t e n t i o n sur
l’allégorie de la lettre Z. Le t rophée, que lé petit g éni e t ient au
bout d une h a m p e , associe des é léme nt s no uv ea ux, le t o r e t et
la p lu me , e mb l è m e s du g ra v eu r - l i b r a i r e ; mai s le pr in ci pe de
la c om pos i ti on est le m ê m e que po u r les t r oph ée s soulevés dans
le P oliphile p ar les s u iv an tes du cortège de Danaé.
Petits dét ai ls? n on. 11 s' agit du zèle e nt ho us i as t e que les
h o m m e s de la Renaissance, qui r e n d a i e n t à la pensée u n culte
eni vré, o n t ap p or té à décorer son v ê t e m e n t ex tér i eur : le Li ?re.
Libraires et i m p r i m e u r s , s u r t o u t à Pari s et à Lyon, o n t vu
dans le P o lip h ile, n o n s e u l e m e n t l’acte le plus é cl at ant de leur
c o m m u n sacerdoce, mai s le chef-d’œu v r e de la c or po ra ti on, le
g r a n d mod èl e t y p o g r a p h i q u e , o b t e nu p a r u n e r e n c o n t r e
u ni q ue : Venise, a r d e n t foyer d ’h u m a n i s m e , u n g r a v e u r de
génie, les presses d ’u n Aide Manuce, et le m é c é n a t d’un
Lé on a rd o Crasso! Co mme Aide, ils on t voulu av oi r cha cun une
m a r q u e , où devise et s ymbol e, t ou t en p r é v e n a n t les c o n t r e ­
façons, recèl ent la confidence d ’un idéal, t out e u n e petite
phi losophie. C o mm e la m a r q u e aldine (le d au ph i n en rou lé
1. Pi. 3

�L’I NF LUE NCE ARTI STI QUE

DU «

S ONGE DE P O L I P H I L E

»

9

a u l o u r de l’ancre), celle de G. Tory, le célèbre P o t c a s s é 1, est
e m p r u n t é e à u n e g r a v u r e du S o n g e '. Cela, on le sait; et que
Tory a d m i r a i t a u t a n t que Rabelais les h i ér og l yp he s i nvent és
p ar F. Colonna. Mais je crois q u ’il en doit aussi le détail aux
g r a v u r e s i taliennes, s ans cesser d ’ai ll eurs d ’être ori gi nal . Au
dessus de l’urne, le soleil r a y o n n a n t , qui signifie l’i nspi rat ion,
est le s o u ve ni r des flammes qui r a y o n n e n t de J u p i t e r q u a n d il
visite Danaé. Le p e l i t e n f a n t q u i s ' e n v o l e v e r s l e s o l e i l , et qui est
peut-être l’â m e d' Agnès Tory, p ar aî t s ur les bas-reliefs qui, dans
le livre italien, o r n a i e n t le c ha r de la mort el le a im ée du dieu :
ici c ’est Cupido qui perce de sa flèche le ciel, d’où t om be la
pluie d ’or, ou qui s ’él ance vers J u p i te r aur éol é d éclairs. Les
feuillages qui d éc o re nt le Pot cassé s ur u n e des m a r q u e s de Tory,
d éc or en t dans le P oliphile l ’u r n e du c h a r de Bacchus et
l’a m p h o r e à p ar f um s du t r i o m p h e de l’A m o u r . Aux anses du
Po t cassé deux tillets s o n t sus pen du s, c o m m e deux pe nd a nt s
d ’oreilles, p o r t a n t l’i ns cri pt ion NON PLVS : c ’est le s o uv eni r
des n o m b r e u x tillets aux i ns cr ipt i on s à l’a nt ique, q u ’offrent les
g r a v u r e s du P oliphile. Ces mu lt ipl es et m e n ue s ré mi ni sce nces
s o nt i nt éress ant es , parce q u ’elles t r a h i s s e n t chez le plus i nt el ­
ligent, le plus artiste, et le plus h u m a n i s t e , de nos i m p r i m e u r s
de la Renai ssance, u n e vérit able obsession.
La signification m ê m e du h i é r o g l y p h e de Tor y s’i ns pi re de
celle de la g r a v u r e i talienne. Le Pot cassé percé d ’un toret, c’est,
selon les expl icati ons de T o r y 3 l ui -même, n o tr e corps fragile,
percé et brisé p ar le F a t u m . Et r e m a r q u o n s q u ’il p ar a ît p o u r la
p r e m i è r e fois en 1523 c o m m e sa m a r q u e t y p o g r a p h i q u e : c’est
très p r o b a b l e m e n t l’u r n e fu né rai re à l'ant ique, qui est censée
r e n f e r m e r les cendres de sa fille, m o r t e
u n e poésie latine de la m ê m e époque, il
fond de l’u r n e où r e p os en t ses restes,
m ê m e dessinée pi e u s e me n t et décorée
1. Aug. B e rn ard , G eoffroy ï o r y p. 11.
2. F o l. 9 V.
3. P. XLII1 ; v o ir pl. 6.

le 25 a oû t 1521. Dans
fait p ar le r la fillette du
et q u ’il dit avoi r luide g e m m e s . Ainsi, la

�10

ÉTUDES ITALIENNES

m a r q u e de l’i m p r i m e u r est le s ym bol e de la d oul eur paternelle.
En tous cas, la pensée de la m o r t est là, sous u n e belle for me
a nt ique. Or, voyez la g r a v u r e du P oliphile. C'est aussi u n e u rn e
fu né rai re r om ai ne . Polipliile et Polia, e r r a n t dans les ru ines du
P o l ya n dr i on , la h e u r t e n t
p a r m i des sépul cres brisés,
dans le s o u t er r a i n où r ô ­
dent la t er r e u r et les oiseaux
de nui t. Elle n ’a plus q u ’une
a n s e ; sa p an se est r o m p u e ;
et s ur la base u n e i n s c r i p ­
ti on en ma ju s cu l es romai-

Τ ΟΥΘ Α Ν Α Τ Ο Υ
ΒΕΒΑΙΟΤΕΡΟΝΟΥΑΕΝ

L

Fig. 5, — Urne antique (.Poliphile
f° 9 v.).

Pig. 6. — Pot cassé de Geoffroy Tory.

nés dit : T O T 0ANATOT BEBAIOTEPON OTAEN (( Rien n ’est
plus certain que la m o r t » (pl. 5).
G.
Tory, poète et m al h e u r e u x , a donc senti l’a r r i èr e - g o ût de
m él ancoli e qui se déga ge de l’H ypnerotom achia et qui d on n e
à ce rt ai nes pages u n c h a r m e p é n é t r a n t . Le s e n t i m e n t des ruines
est né s ur le sol italien, c o uv e r t enc or e en 1499 des vestiges

�l ’i n f l u e n c e

ARTI STI QUE

DU (( S ONGE DE P O L I P H I L E

»

11

de l ’anl i que Rome, et c’est dans le Sonye de P oliphile q u ’il a
t rouvé, m ê m e après P ét rar que, le Pogge, et Pie II, sa plus
forte expression. P o u r la p r e mi è r e fois, la r u i n e est idéalisée.
Les restes de la Relie Porte, de l’a m p h i t h é â t r e de l ’île de
Cythère, s ur to ut du P o l y a n d r i o n 1, so nt i m m e n s e s et colossaux.
La solitude les ent oure, ainsi que le silence, accent ué p ar la
chut e des petites pi err es que dépl acent les lézards. La vétusté
les a cassés, la v égétat ion s auv ag e les enlace. Ce s o nt précisé­
ment , et déjà, les trois aspects qui feront la rui ne pittoresque.
Voilà la t ra di ti on créée, pour la li tt ér at ure et p o u r l’art. De
plus, elles so nt é m o u v a n t e s p ar l’é mo t i o n m ê m e du pieux
pèlerin. Devant cet ef fo n dr em en t du passé le plus g ra n di os e , la
pensée, de F. Col onna est frappée de stupeur. Que de pareils
chefs d ’œuv re , ce t em pl e circulaire tout en m a r b r e august al ,
« le Très S ai n t Aphrodi se » ; que cette p y ra mi d e en m a r b r e de
Paros et syénite, de 3.000 pieds r o m a i n s ; que ce Pol ya ndri on
de pi err e persique, aux g r a n u l a t i o n s roses, tous co ns trui t s par
les divins archi tect es qui o n t fait do Rome la « s'iblime et
v a g a b o nd a I m pé r at ri ce », g is en t en morce aux, c’est le pire for­
fait du Destin. Ces m o rc e a u x eux-mêmes, si précieux parce
q u ’ils s o n t beaux et parce q u ’ils s o nt des reliques, corniches,
frises, ar chi traves , t a m b o u r s cannelés, c hapit eaux, il souffre
de s avoi r q u ’ils t o m b e r o n t en poussière. Des t ert res seuls m a r ­
q u e r o n t leur place, coitîés d ’e u p h or b es et de câpriers. Alors,
il s’a p p r o c h e ; son cœu r s ’arrête. Dans son h o r r e u r sacrée, il
t r ouv e s p o n t a n é m e n t des mo ts a na lo gu es à ceux de Dante
deva nt les spectacles i nouï s de l’au-delà. Puis, par ce q u ’il est
artiste, il se r e p r e n d , se penche, et pre nd des mes ure s. Le
disciple de Vitruve se hâte de fixer en chiffres le s ecret de
cette beauté !
Les g ra v u r e s aj o ut en t leur expression à celle du t ext e' . Deux
s ur tou t so nt fort belles, et réputées : la qu at ri è me , où Poliphile
1. Foi. p. VII v°.
2 . H uelsen a p r o u v é (H ib lio filia , F lo re nce, t. XII, p. 162) q u e ce so nt des s o u v e ­
n irs des a n t i q u i t é s r o m a i n e s , m ais poétisé s.

�12

É T UDE S

ITALIENNES

er re p a r m i les blocs sculptés, di spersés ent re les pl ant es s a u ­
vages, et r e n c o n t r e le familier des ruines, le l é z a r d ; puis la
g r a v u r e des r ui nes du P o lya ndr io n, que Poliphile et Polia

Fifj. 7. — R u in es de P ol ya n d r i o n P olip h ile f° p. VIII v")

d éc o uv re nt tout à coup, éblouis, à la lisière d ’u ne forêt. Celle-ci
est le chef d ’œ u vr e du livre. Elle n 'égal e pas la s u gg es t io n du
texte, où la ru in e, co uve rt e de criste m a r i n e , se dresse au

�l ’i n f l u e n c e

AKT1S T1 0 UE DU « SONÜE

DE P O L U ' H I L Ë

»

13

b or d de la m e r dans la caresse d e l à bri se; si é n or me , q u ’elle
s’enfonce dans le sol en cavernes, où d o r m e n t les t o m b e a u x sous
la fiente des chauves-souris. Elle est c e p e n d a n t bien expressive.

Fig. 8 . — R u i n es de Pol y an d rion ( T r a d u c t. J. M a rtin , p 83 v ).

Le trai t sai si ssant est l ' a m on ce l le me n t. Ici, le g r a v e u r a bien
t ra d u i t une des i m p r es s io ns qui r e v i e n n e n t s o u v e n t dans le
texte : é c ro u l e m e n t é n o r m e ,

a c c um u l at i o n, e n t a s s e m e n t de

�É T UDE S

ITALIENNES

^

pierres brisées. La r ui n e r e mp l it la page, qui en est c o m m e
oppressée. La végétation est m oi ns a b o n d a n t e que dans le texte,
mais un p a l mi er s'élance près de l'obélisque, des l entisques ou
m yr te s b u i s so nn en t d er r ièr e un fr ont on t ombé. Poli phi le et
Polia s o n t là, d ans un coin, t o u t petits d e v a nt ces colosses,
i mmobi les, silencieux (pl. 7).
Or, texte et g r a v u r e s o n t agi s ur n o t r e art. D’ab or d, la
g r a v u r e de la p re mi è re t ra du c ti on française (1546), qui est
peut-être de J ea n Goujon, r e p ro d ui t celle du Poliphile ; mai s
avec de curieuses différences. Le style est d ’un e aisance d i s t i n ­
guée, le trai t r ech er che plus vol ont iers la flexion; s u r t o u t l’ar t
se fait plus explicite. La rui ne, très travaillée, offre plus de
cassures et de folles végétat ions. L’artiste, p o u s s a n t plus loin
les leçons de son modèl e, r e n ch ér i t s ur l’effet pi ttor es que et
poét ique (pl. 8). — P a r m i les m a r q u e s de l ibraires i m p r i m e u r s 1,
plusi eurs c o m m e celle de J ean Barbé en tête du p r e m i e r et
second livres d' Ar c hi t ec tu re de Serlio, t radu it s p a r J ea n Martin
(1545), offrent à l’a r ri è r e - p l a n de beaux en t as s eme n ts de rui nes
ant iques, qui s o n t des r émi ni scences . Impos si bl e d ’i n v o qu er
l ’ex empl e des pei nt re s du Quatt rocent o, pas m ê m e le p o i g n a n t
Saint-Sébastien de Mant egna, lié à un s uper be port i que effondré,
c o m m e si la sol dat esque voulait ven g er par son m a r t y r e l’é c r o u ­
l em en t du m o n d e ant ique. L’œuvre , a pp or té e en France p e n ­
d a n t les g ue r r e s d’Italie par aî t être t ou j ou rs restée en Au ve rgne.
On ne s a u r a i t non plus al léguer l’influence directe des r ui nes
r o ma in e s : il s ’a gi t de r ui nes idéalisées, de c omp os i ti on s déjà
r o ma nt i qu es , toutes pén étr ées du s e n t i m e n t nouveau.
Du reste, il a r ri v ai t que le P oliphile, texte et g ra vur es ,
p r i m â t le s o u ve ni r des r ui nes réelles. Babelais, q ua n d il écrit
le Quart livre en 1548 ou 1552, était allé à Bome (1534, 1536,
1539-1542), il s ’était occupé de la t o po g r a p h i e ro ma in e , et avait
publié à Lyon (1534) la Topoqrafia de Marliani. Or, q u an d
il d i t ’ les vestiges qui gi s ent d an s l ’Isle des Macréons
1. Cf. S ilvestre, M arques ty p o g ra p h iq u e s, 1S33.
2. P a n t a g r u e l , ch ap . XXV d u L. IV.

�l' in flu en ce

ARTI STI QUE

DU «

SONGE DE P O L I P H I L E

))

15

(&lt; par la Forest u m b r a g e u s e et d é se r te — , plusieurs vieulx
Temples ruinez, plusieurs Obelisces, P yrami des , Monu ment s
et Sepul chres ant iques, avecques Inscri pti ons et Epitaphes
divers, les un s en lettres Iliéroglvphicques, les aul tres 211 languai ge lonicque, les aultres en l angue A r a b i cq ue — », il a dans
la m ém oi re , no n les restes a ut hen ti qu es de la ville des Césars,
mais la g r a v u r e du P oliphile, q u ’il m e n t i o n n e et exploite
ailleurs copi eu se men t. C’est que l’ar t exalte le réel. D ailleurs,
Rabelais m a n q u e a b s o l u m e n t de cette sensibilité poétique s p é ­
ciale, qui s ’exhale du Songe et a p énétr é l’à m e m o de r n e . Il é n u ­
mère les édifices écroulés, sans c he rche r à d o n n e r 1 i m p r e s ­
sion p rof onde de ce qui fut et n ’est plus. Le h ié ro g ly p he et
l’épi graphi e, d on t Epi st émon « feit cxtraict cu r ie u se me nt »,
p r i m e n t le m o rc e a u d ’a r t brisé. Ni frère J ean ni P a n u r g e n ont
la vision soudai ne, éblouie, des m ar b r e s spl endides, après
l’o m b re de la forêt, c o m m e l ’o n t Poliphile et Polia. Non . c est
une visite d er r ièr e un guide, « le vieil Macrobe », qui m o n t r e
(( ce qu'estoi t spectable et insigne. »!
Dès lors, la re pr és en t at io n des r ui nes est p a r to u t dans la
g r a v u r e française du x v , e. La preuve que 1’H y pnerotom arhia
y est p ou r quel qu e chose, c’^st que les hm blem ata d Alciat
(éd. 1548), où il y en a beaucoup, c o n t i e n n e n t d ’aut res r é m i ­
niscences précises, c o m m e 1 an cr e au d a u ph i n et les cornes
d’a b on da n ce croisées. Du Cerceau, qui a possédé un e x e m ­
plaire de l’o u v r a g e v it ruvi en, et les des si nat eur s qu il grave,
s’en son t s o uv enu s dans la série des « F r a g m e n t s ant iques » :
m ê m e r a p p r o c h e m e n t d édifices disparates, et a n o n y m e s
pu is qu’ils s o n t i m a g i n é s ; m ê m e façon d en dresser en 1 air la
vétusté ou d’en disperser à t erre les mo rce au x. Sans doute,
après 1550, la rui ne p r o p r e m e n t ro ma in e , a u t h e n t i q u e et
identifiée bien ou mal , s’i mp os er a à la g r a v u r e : c est celle
q u ’e xpl oi t er on t u n e l égion de g ra veur s ant iquai res, à la suite
d’Et ienne Dupérac. Mais à côté, il y a la ru in e composée, p r o ­
p r e m e n t pi tt or es qu e et poétique, où se p os en t la ronce et la
mél anc oli e. Le l y r i s m e de l’artiste y ajoute sou vent aux effets

�10

É T UDE S I T A L I E N N E S

c o m m u n s de la vétusté, de la bar bari e, et de la l uxuri anc e
végétale. Celle-ci t rouve sa place dans n o tr e a r t dès la R e n a i s ­
sance, mai s m o i ns g r a n d e q u ’en Italie. La g r a v u r e du Poliphile
c o m m e n c e la série qui a b ou t i r a aux f a nta sti que s Piranesi.
(.A suivre).

R. S c h n e i d e r .

�Pour et contre l’influence italienne en France
au XVIe siècle'.

A par ti r des de r ni èr es ann é es du xv" siècle, tous ceux qui
cultivaient les lettres, en F rance, t o u r n è r e n t les yeux vers
i
Notre r e g r e t t é tn î t r e et am i E m ile Picot a v a i t pu blié d a n s le B u lle tin
ita lie n de B o r d e a u x (1901-1904 e t 1917- 1918), six c h a p i t r e s d e sa m a g i s t r a l e
é t u d e h i s t o r i q u e s u r Le&lt; ' I ta lie n s en F ra n ce au A'V I' siè cle, d o n t le t i r a g e à p art
s’élève à 300 pages . — Peu de tem ps, a p r è s sa m o r t , Mm' P icot a b ien voulu
n o u s r e m e t t r e q u e l q u e s p a q u e t s de n o t e s , t r o u v é e s p a r m i ses pap iers, qui p a r a i s ­
sa ien t se r a p p o r t e r à ce tr a v a i l de l i n g u e h a l e i n e . Bon n o m b r e de c »8 n o t e s
é t a i e n t in u t i l is a b l e s p o u r t o u t a n t r e q u e p o u r l e u r a u t e u r : m ais en r e v a n c h e ,
il s y t r o u v a i t u n e s u i t e d e t r e n t e e t q u e l q u e s feuille ts e n t i è r e m e n t ré d ig é s,
n u m é r o t é s (ap r ès d i v e r s e s c o r re c tio n s ) de 342 à 374, et p o r t a n t ce t i t r e : V il. —
Influence de l'Ita lie s u r la la n q u e et. la litté r a tu r e d - s F ra n ça is. —- R éaction
contre l'in flu en ce ita lie n n e . Le ch ilfre VII p r o u v e q u e n o u s s o m m e s en p r é s e n c e
d J la p r e m i è r e é b a u c h e du c h a p i t r e q u i d e v a i t s u i v r e le d e r n i e r p u b l i é d a n s le
B u lle tin ita lie n (t. XVII XVIII). Mais à q u elle é p o q u e r e m o n t a i t c e tte é b a u c h e ?
D’a p r è s c e r t a i n s in d ices , n o u s c r o y o n s p o u v o i r a f fir m e r q u ’elle r e m o n t e à u u e
v ing taine d’a n n é e s . On t r o u v e r a d a u s la n o te s u i v a n t e la p r e u v e q u e le d é b u t de
ce c h a p itr e a é t é r é d ig é a v a n t la p u b lic a tio n de l’é t n d e c o n s a c r é e p a r VI. H. H au v ette, en 1903, a u x t r a d u c t i o n s d e Boccace p a r L a u r e n t d e P re m ie rf a it ; et b e a u ­
co u p d ’a u t r e s ind ices c o n c o r d a n t s p e u v e n t ê t r e r elev és ; d ’a u t r e p a r t ou t r o u v e des
r é f é r e n c e s à d es o u v r a g e s i m p r i m é s eu 189;), 1898. il es t é v i d e n t q u ’a p r è s a v o i r m is
s u r pied l’e n s e m b l e de son g r a n d t r a v a i l , E m . P icot en a r e p r i s les c h a p i t r e s un
à un , et les a e n r i c h i s d e t o u s les tr é s o r s de sou é r u i i t i o n , e n v u e de les p u b l i e r .
Le c h a p i t r e Vil es t r e s t é e n d e h o r s de c e t t e r é v i s i o n . Il e«t d o n c m o i n s Dour i
q u e les p r é c é d e n t s ; e t p u i s q u ’il a m o i n s d ’a m p l e u r , n o u s n ’a v o n s p a s cru d e v o i r
le p u b l i e r c o m m e u n e su ite, m ais p l u t ô t c o m m e uu c h a p i t r e iso lé, c o m m e u n e
simple é b a u c h e , q ui p r é s e n t e c e p e n d a n t u n vif i n t é r ê t . N o u s le p u b l i o n s tel
q u e l , c’e s t - à - d i r e s a n s e s s a y e r de le c o m p l é t e r p a r de n o u v e l l e s r e c h e r c h e s ou
p a r u u e b i b l i o g r i p h i e e n t i è r e m e n t m i s e à j o u r ; n o u s n a v o n s fait q u e le m i n i ­
m u m de r e t o u c h e s s t r i c t e m e n t i n d i s p e n s a b l e s , sa tis fails d ’a v o i r r e n d u ce d e r ­
n i e r té m o i g n a g e d'affection à un m aître q u i a g r a n d e m e n t h o u o r é les é t u d e s
f ra n c o -ita lie n n e s , e t d o n t n o u s c o n s e r v o n s p i e u s e m e n t le s o u v e n i r . N o tre a m i
M. L ucien A u v r a y a b ien voulu r e v o i r , s u r les o r i g in a u x , les tex tes et les r é f é ­
r e n c e s se r a p p o r t a i t au x m a n u s c r i t s u n fon ds fra n ç a is d e la B ib lio th èq u e
N ation ale. {N ote d e là R éd a ction.)
2

�18

ETUDE S I T A L I E N N E S

l’Italie. Ils r e ç u r e n t d ’abor d avec u n e mervei ll eus e a r d e u r les
leçons des g r a n d s h u m a n i s t e s qui, formés e ux - mê m es p ar les
d er n ie r s r e pr é s e n t a n t s de l 'hel léni sme, m e t t a i e n t à profil
l ’i m p r i m e r i e p our faire c on n a î t r e au m o n d e ent ier les chefsd ’œ u v r e de l’ant iqui té. Puis les lettres a nc i e n n e s ne suffirent
plus à nos poètes et à nos érudits. Ils se j e t èr e nt avec no n
m o i n s d ’a r d e u r s ur les o uv r a g e s écrits p a r les Italiens en
l an gu e vul gai re .
C’était là un fait t out n o u ve a u. On p e u t citer a v a n t la fin
du x v e siècle quel ques t ra d u c t i o n s françaises d ’œ uv re s v u l ­
gaires, p a r exe mp le la t r a d uc t i on de Dante d o n t le m a n u s c r i t
est cons ervé à Tur in ; mai s ce s o n t là des ex cep ti on s i nf in ime nt
r a r e s 1. La F r a nc e a va i t p r o p a g é p a r t ou te l’E ur ope ses c h a n ­
sons de g e s t e s ; il s embl e q u ’elle n ’ait con n u, pa r c ont re , que
les o uv ra ges écrits à l’é t r a n g e r en l an g u e latine. L’étude de
l’italien d evi nt al ors g é n é ra le chez t ous les h o m m e s i ns trui ts
ou qui as pi ra ie n t à le devenir .
Ce fut, à ce q u ’il sembl e, dans les d er ni ères an né es du r è g ne
de Louis XII que J e h a n Le Maire, qui ava it visité l’Italie, c o m ­
pos a Le Traictê in titu lé la concorde des d eu x langages, curieux
trai té dans lequel il m e t s ur le m ê m e pied le français et l ’italien,
et s ’a ppl i qu e à r e p r o d u i r e la f or me des tercets. D’apr ès lui, t out e
querelle doit cesser en tre les deux p ay s ; J e h a n de Meun, F roi ssart, Alain Chartier, Meschinot, les deux Gre ban, Jacques Millet,
Molinet, Georges Chaslelain et Gu il l au me Crétin v al en t Dante,
P ét r ar q ue , Boccace, P h il e lp he et S é r a p h i n ; u ne sorte d’u ni o n
l itt ér ai re doit s’ét abl ir en tre les deux pays et précéder l’e nt ent e
politique. Après avo ir dit que ses ami s l’o n t e n ga g é à écrire
1.
Ici Em . P icot a a j o u t é e u m a r g e , a u c r a y o n : « L o r s q u e L a u r e n t de Pre m i e r fa i t , a u c o m m e n c e m e n t d u x v 8 siècle, a v a i t v oulu t r a d u i r e le D é c a m é ro n de
Boc cace, il s’él a i t c o n t e n t é de m e t t r e e n f ra n ç a i s u n te x t e latin . » Cette a d d i t i o n
m ê m e s e m b le a n t é r i e u r e à la p u b l i c a t i o n de la t h è s e l atin e r a p p e l é e d a n s la
n o t e p r é c é d e n t e : De L ttu re n tio de P r im o fa to , etc., P aris, 1903. S u r d iv erses
t r a d u c t i o n s d ’œ u v r e s i t a l i e n n e s d e Boccace r e m o n t a n t au xv' siècle, s a u s i n t e r ­
m é d i a i r e latin , c o m . n e la F lla ilr a lo et la T eseide, voir B u lle tin ita lie n , t. VU,
298 et t. VIII, 189. (N ote d
a R ed.)

�suit

l ’i n f l u e n c e

I T A L I E N N E EN

FKaNCE

AU X V I e S I È CL E

19

cet opuscule, ¡1 aj out e : « Aucunes aut re s ra isons c o nc u rr e nt es
et non di scre pant es m e y o n t inci té; c est assavoir que, au
t em ps m od er ne , plusieurs nobles h o m m e s de F r a n c e f r e q u e n t ans les Itales se delectcnt et exerci tent audi t l ang age t oscan
à cause de sa magnificence, élégance et douceur, et, d aut re
part, les bons esprits italiques p r i se nt et h o n n o r e n t la l an gu e
françoise et se y d edui sent mi eux q u ’en la leur pr op re, à cause
de la r e s on an ce , de sa gentillesse et courtoisie h u m a i n e . Une
a ut re raison encores m lia à ce st imul é, c est de per su ad er,
a u t a n t q u ’en m o y peul t eslre, la paix et u n io n perpét uel le
ent re lesdites deux n at i ons et l angues, lesquelles s ont en partie
amies et co nc o rd an t es l’u n e à l ’aut re, mai s p o u r la pl us g r a n d
par t e n n e m i e s 1. »
L’idée d ’u n e sort e de c o m m u n a u t é l ittéraire en tre la France
et l ’Italie fut acceptée et p r op a gé e pa r n o m b r e d ’a ut e u r s f r a n ­
çais p e n d a n t la p r e m i è r e moi ti é du xvi ' siècle. La l angue
i talienne fut consi dérée c o m m e un trésor, dans lequel pui sèrent
les poètes, les cour ti sans, les h o m m e s de g u e r r e 8. L’influence
de l ’Italie est visible daus les œu v re s de Cl ément Marot et de
ses c o n t e m p o r a i n s : Mar gueri te d’A n g ou l êm e, B o n av en t ur e
Des Périers, Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève, J e a n Des
Gouttes, Ant oi ne Iléroët de la Maison Neufve, Claude Colet,
Gilles d ’A u r i g n y , Gui ll aume des Autels, Olivier de Magny,
Bére nger de La Tour, Gui l laume de la T ays s on ni èr e, etc. Celte
influence fut en c or e plus sensible chez les poètes de la
Pléiade, qui s’a pp l iq u è r e n t à r e p r o d u i re les for me s de la
poésie i tal ie nne et firent de n o m b r e u x e m p r u n t s à la l an g ue
de nos voisins d ’au-delà des Alpes. Ron s ar d et ses amis
s’a pp l i q u èr e n t à Li mit ati on des modèl es italiens a u t a n t q u ’à
celle des modèl es antiques.

1. Œ u v r e s d e Jea n L em a ire de B elg “s, p u b liées p a t J- ^ leLj ie r' ***’
.
2. Oue L illere in é d ite d , Vincen-.o B o rg h in i a C osido l
te lia n z a ira a lmg*n
fia n c e s * e la ita lia n a a f fírm a la né p r im i a n m del secolo A I / , b i r e u z e , 1874, m ,

publiées par P. Faufaui, à 15 exemplaire8*

�20

ÉTUDES ITALIENNES

P o n t u s de Ty ar d dit en tête de sa t ra du c ti on des Diaiogi d i
am ore de Leone Ebreo (1551) :
(( V o u s y t r o u v e r e z , s ç a y j e b i e n , n o n s e u l e m e n t u n g r a n d
m o ts, m ais a u s si q u e lq u e s

paroles entières,

n o s t r e l a n g u e , d e s q u e l l e s il m ’e s t f o r c e
d é c l a i r e r ce q u e l’i t a l i e n

p ren d du

nom bre

de

non a d o p té e s ou r e c e u e s

de

d 'u s e r p o u r ne p o u v o ir a u tre m e n t

l a t i n s o n p è r e m o t p o u r m o t . E t s ’e s t

t r o u v é l e f r a n ç o i s , n o n e n c o r e s o r n e d e m a i n t s v o c a b l e s d e la p h i l o s o p h i e ,
en c e s t e n d r o i t si p o v r e , q u e j ’a y e s t é c o n t r a i n t l u y d o n n a n t d u m i e n , e m p r u n ­
t e r d e l ’a u t r u y . C e q u e j ’ai b i e n v o u l u

v o u s f a i r e e n t e n d r e , à fin q u e si la

délicatesse

des p lu s m u sica le s h a rm o n ie s a u x ­

d e voz o r e i l l e s , r e m p l i e s

q u e lle s les m u s e s
aye plus

s e p o u r r o i e n t e x e r c e r , e n e s t a u c u n e m e n t o f f e n s é e , j ’en

f a c i l e m e n t p a r d o n , e t a u s s i q u e c o n g n o i s s i e z le d é s i r q u e j ’a y d e

m ' e m p l o y e r à v o u s d o n n e r p l a i s i r e s l r e si g r a n d , q u e j e p r é f è r e l ' a c c o m p l i s ,
s e m e n t d ’i c e l u y à la c r a i n t e q u e j e p o u r r o i s a v o i r d ’e s t r e r e p r i s p o u r t r o p
en tre p re n d re » .

L’Italie t ient u ne g r a n d e place dans les œ uv r e s et dans la
vie m ê m e de J o a c h i m du Bellay.
Parti p our Borne, vers 1552, avec son p a r e n t le cardi nal
J e a n du Bellay, J o a c h i m passa q u at r e a ns et demi en Italie.
Il pa r ut d ’abo rd ne pas se ré s ig ne r à l’é l o i g n e m e n t du sol natal,
et les Regrets q u ’il c o m p o s a s ur la t er r e é tr a n g è r e s o n t pleins
de t o u ch an t s s ouveni rs. Peu à peu c e pe nd an t , il s ’h ab i tu a à cette
vie nouvelle. La vieiJe C ourtisa/m e' p ro uv e s u r a b o n d a m m e n t
q u ’il p én é t r a tous les secrets de la ville éternelle, et qti il en
posséda la l angue. L’a m o u r de Faus ti ne, de celle belle q u ’il
a ch ant ée t a n t ô t sous son vrai n o m , t a nt ô t sous celui de
C ol umba ou Columbelle, ac heva de le séduire. Aussi, q ua nd il
revit l’Anj ou, fut-il s ur pr is de s ’y t ro u v e r isolé :
M ille s o u c i s m o r d a n s j e t r o u v e e n m a m a i s o n
Q u i m e r o u g e n t le c œ u r s a n s e s p o i r d ’a l l e g e a n c e .
A d i e u , d o n e q u e s , D o r â t , je s u i s e n c o r R o m a i n .

dit-il à J ea n Dorât dans u n de ses s o n n e t s 2.
11 c h e rc ha v a i n e m e n t la f o r tu ne à Paris : devenu s o u rd , privé
de tous ses p rot ect eurs , il se s ent it r o n g é pa r la tristesse. Le
t) E d . M a rty La veaux, II, 382.
2) Ed. M a rty L av eau x , II, p. 228.

V

�SUR

l ’i n f l u e n c e

I T A L I E N N E EN F R A N C E AU X V I e S I È C L E

21

d é c o u r a g e m e n t où il t o m b a ne fut c e r t a i n e m e n t pas é t r a n g e r
a sa m o r t a r r i vé e le l Br j a n v i e r 1560.
Un de ses d er ni ers ouvra ges , la t r a d uc t i o n amplifiée d’une
épître l atine de Turnèbe, c ont ient un passage qui pei nt à m e r ­
veille le c h a r l a t a n i s m e des Françai s italianisés qui se gli ssai ent
à la cour :
P r e m i e r , c o m m e u a m a r c h a n d , q u i p a r le n a v i g a g e
S ’e n va c h e r c h e r b i e n l o i n q u e l i t e e s t r a n g e r i v a g e
Afin d e „ t r a f i q u e r e t a r g e n t a m a s s e r ,
T u d o i s v e o i r l ’I t a l i e e t l e s A l p e s p a s s e r ,
C a r c ’e s t d e l à q u e v i e n t la line m a r c h a n d i s e
Q u ’en b ë a n t o n a d m i r e e t q u e si h a u l t on p r i s e ,
S i le r u s é m a r c h a n d e s t m e n t e u r a s s e u r é ,
E t s ’il s ç a i t p a l l i e r d ’u n f a r d b i e n c o l o i é
M i l l e b o u r d e s q u ’il a en F r a n c e r a p p o r t é e s ,
A ssez p o u r en c h a r g e r q u a lre g ra n d e s c h a rté e s ;
S 'i l s ç a i t , p a r l a n t d e R o m e , u n c h a c u n e s t o n n e r ;
Si d u n o m d e P a v i e il f a i t I q u t r e s o n n e r ;
Si d e s Y é n é t i e n s , q u e la m e r e n v i r o n n e ,
Si îles c h a m p s d e la P o u i l l e il d i s c o u r t e t r a i s o n n e ;
Si, v a n t e u r , il s ç a i t b i e n s o u a r t a u t l i o r i s e r ,
L o u e r les e s t r a n g e r s , le s F ra n ç o is m e s p r i s e r ,
Si d e s l e t t r e s l’h o n n e u r à l u y s e u l il r é s e r v e
E t d e s d a i g u e en c r a c h a n t la F r a n ç o i s e M i n e r v e * .

Vauquel in de la F res naye, Passerai, Bertaut, Des Port es
p ou ss en t parfois l’i mi ta ti on j us qu’au plagiat. P o u r ne par ler
que de Des Portes, il s embl e que tous les poètes italiens lui
ai ent été fami li ers; il a t radu it P ét rar que, S a n na z ar o, Gi rol amo
Muzio, Beinbo, Gi ov an ni Mozzarello, Guidiccioni, Coppetta,
Molza, Angi ol o di Costanzo, B e rn a rd i no T o m i t a n o An t on i o
Tebaldeo, Domenichi, Gi ovan Paolo A m an i o , B er n a r d i n o Bota,
Tansillo, Gi ro lamo Ang eri ani o, A n t o n i o Brocardo, Pietro
Aret ino, Lorenzo de ’ Medici, Michel-Ange, Tasse, etc, etc".
On peut c o n st at e r la m ê m e i m it a t i o n servile chez Gilles
Du ra n d de la Bergerie, chez Malherbe et chez M al hu ri n Bégni er.
L ’i n vas i on de la Fran ce p a r les Italiens, l'influence de leur
1. Ed Marty L a v a u x 1,469.
2, Voy. F. F l a m in i S tu d i d i sto r ia le tte r a r ia , L iv o u r u e , 1893; 346-368, 433-439

�22

ÉTUDES

ITALIENNES

l itt ér at ure s ur la n ô t r e fit que la c on na is s ance de leur l an gu e
se r é p a nd i t, n o n s e u l em e nt à la cour, mai s chez les h o m m e s
de g u er r e, chez les m a r i n s , chez les di pl omates. Nul ne pu t
se v ant er de posséder u n e é duc at ion soignée, s’il ne c o m p r e n a i t
et ne par la it l’i talien. Aussi vit-on des F r anç ai s s’exercer à
écrire dans la l ang ue de P é t r a r q u e et de Bembo.
B ra n t ô m e ne m a n q u e pas de co ns tat er cette
ex t ra o rd i na ir e de la l an g ue i tal ienne en Fr an ce :
k

diffusion

L e F ra n ç o is , » dit-il* « ne p r e n d g r a n d p l a i s i r avec u n e A lle m a n d e , une

S o u y ss e , u n e F la m a n d e , une A ngloise,

E sc o s so ise ou E sclav o n n e ou au tre

e s t r a n g e r e , e n c o r q u 'e l l e b a b i l l a s t le m i e u x d u m o n d e , s ’il n e l ’e n t e n d ;
t u a i s il s e p l a i s t g r a n d e m e n t av ec s a d im e f r a n ç o i s e , o u a v e c l’i t a l i e n n e ou
E s p a g n o l e , c a r c o u s t u m i e r e m e n t la p l u p a r t d e s F r a n ç o i s a u i o u r d ’h u y , a u
m o i n s c e u x q u i o n t u n p e u v e u , s ç a v e u t p a r l e r o u e u t e u d r e ce l a n g a g e ; e t
D i e u s ç a i t s ’il e s t a f fe tté e t p r o p r e p o u r l ’a m o u r ; c a r q u i c o n q u e a u r a

à

/ a i r e avec u n e d a m e f r a n ç o i s e , i t a l i e n n e , e s p a g n o l l e o u g r e c q u e , e t q u ’e lle
s o i t d i s e r t e , q u ’i l d i e h a r l i m e n t q u ' i l e s t p r i s e t v a i n c u . ».

Cette i m it a t i o n c on s ta nt e de l’Italie en t out e chose n ’é tai t
pas e x e mp t e de dang ers . La copie devi ent fa ci lement c a r i ­
cature.
L’i m pe r t i n e n c e des cou rt is an s i taliens d o n t s’e n t o u r è r e n t les
der ni er s Valois eut les c ons équence s les plus funestes. Il
d evi nt de bon t on à la cou r de p ar le r un j a r g o n moi ti é italien
moi ti é français. Henri Kstienne s t i gma ti s a cette m od e dans ses
Dialogues, du nouveau langage français ita'iani^é (1578) \
Les p e r s o n n a g e s mi s en scène par le g r a n d écri vai n, Cel1. Des D am es, éd. L a l a n n e , IX, 251.
2. Deux Dialogues || Du n o u v e a u l a n g a g e F r a o ç ¡s, l| italian izé, e t a u t r e m e n t
d es | | guizé, p r i n c i p a l e m e n t e n t r e || les c o u r t i s a n s de ce t e m p s : || De p l u s i e u r s
n o u v e a u t e z , q u i o n t || a c c o m p a g n é c e s t e n o u v e a u || té de l a u g a g e : || De q u e l q u e s
c o u r t i s a n i s m e s m o || d e r u e s , e t De q u e l q u e s si n g u |j lar itez c o u r t i s a n e s q u e s .
Le L 'u r e
Au le c te u r .
De m o ÿ a u r a s p ro ufit si t o st q u e m e li ra s :
Grâd p r o u fit, g r a n d p la isir q u a n d tu m e r e l i ra s .
S. /. n. d [Genève, 1538J, i n -8 d e 16 ff. l i m i n a i re s e t 6?3 pp.
L’o u v r a g e f u t r é i m p r i m é , s o u s la r u b r i q u e d ’A n v e r s e n 1579 et 1583, Uue n o u ­
velle é d itio n a été d o n n é e p a r le l i b r a i r e L is eu x, à Paris, e n 1883. (2 vol.
i n - 8).

�SUR

L ’i N F L U E N G E I T A L I E N N E EN F R A N C E AU

X VI e SIÈCLE

23

t oph ile et Phi la uso ne, pas se nt en revue, l’u n en les a t t aq ua n t,
l ’a u t re en les déf endant , les mot s et les t o u r nu r e s de phrases
que les i tal iani sant s i n t r o d u i s e n t cha que j o u r dans la l an gu e
française. L’inutilité de la p l u p a r t de ces e m p r u n t s est fla­
g ra nt e. Il ar ri ve parfois que les for mes nouvelles, qui pl ai sent
aux cou rt is an s et q u ’ils c o n si d èr e n t c o m m e a p p a r t e n a n t à
l ’Italie, s o n t t ou t à fait é t r a ng èr e s à la b o n n e l an g u e et ne sont
que des b ar b a r i s m e s dus à des i g n or an t s. Celtophile en fait la
r e m a r q u e à p ro po s des mo ts disgrazia et disgrâce.
P hilausone.

— M ais de q u e ls Ita lie n s p a r le z - v o u s ?

C

— D ’I t a l i e n s d e m e u r a n s e u la c o u r d e n o s t r e r o y d e F r a n c e

elt o ph il e .

o u p o u r le m o i n s , l e s q u e l s y h a n t e n t .
P

hilausone.

— C o m m e s i , q u a n d il e s t q u e s t i o n d e p a r l e r d u v r a y u s a g e

d e la l a n g u e
chapitre.
C

e lt o ph il e.

P

hilausone.

pas

que

le s

italien n e,

c 'e s to y e n t

ceux-là

qui

doivent

avoir

voix

au

— P o u rq u o y non ?
— V o u s s ç a v e z m i e u x q u e v o u s n e d i t e s , c a r v o u s n ’i g n o r e z
m ieux

parlans

y corrom pent

peu

à

peu

leu r langage

en

s 'a c c o m m o d a n t au fra n ç è s.
C e l t o p h il e , —

lan g ag e italien,

N otez

a u s s i q u ' i l n ’e s t

p a s ici q u e s tio n d u p u r

m a i s tel q u e c e u x d u p a y s le p a r l e n t , n o n

e t n aïf

s e u l e m e n t en

l e u r p a y s , m a i s a u s s i e s t a n s h o r s d ’i c e l u y , p r i n c i p a l e m e n t q u a n d i is s o n t e n
F r a n c e , s p é c i a l e m e n t e n c o r e q u a n d ils s o n t à la c o u r * .

P a r m i les m o t s bien ou mal for mé s a uxque ls Henri Est ienne
faisait la g u e r r e , il en est un assez g r a n d n o m b r e qui o n t s u r '
vécu, c o m m e : accort, accortem enf, assassin, bizarre, bouffon,
caporal, ch a rla ta n , estafilade, fa q u in , fo r fa n te r ie , nonce, p o l­
tronnerie, réussir, spadassin, à l’im proviste, etc D’aut re s, au
c ont ra ire, o n t di spar u, tels que : accouche, s’allegrer, amorevolesse, à baslanse, se hurler, capité, dism entiguer, disturbe, garbe,
garbê, s’im bater, etc. Les Italiens ou, si l’on veut, les i t al ia n i­
sant s p ar a is s en t avoi r c o nt r i b ué à i n tr o d u i r e la p r o n o n c i a ­
t ion è, ai, ou ei, p o u r oi, dans francès, a u j o u r d ’hui fra n ç a is,
p o u r fra n ço is ; reine, p o u r roine ; il estet, a u j o u r d ’hui était,
p o u r estoit, etc.
Il y a dans les Dialogues du langage françois ita lia n izé
i , E d it i o n Liseux, 1, p p . 151-152.

�24

ÉTUDES I TALIENNES

quelques traits un peu vifs, c o m m e l ’ane cdot e du p ourc eau
m o n t é s ur la pie, que l’a u t e u r a tt ri bu e au roi François Ier' ;
mai s ces traits s ont peu n o mb r e u x , et le livre de Henri Estienne
est, en s o m m e , un traité p hi lologi que fort curieux. Les façons
de p ar le r prêtées à P hi la u so ne ne s o n t g u èr e e xa g é r é e s ; elles
p a r ai s se nt p lu t ôt r es te r au-dessous de la vérité, si on les
c om p a r e à la l an g u e d on t se se r va ie nt alors les h o m m e s de
g uer re.
Ceux-ci affectaient p a r t i c u l i è r e m e n t les i talianismes, soit
q u ’ils eussent vécu p a r m i les Italiens, soit qu'ils v ou lu ss ent
faire croire q u ’ils av ai ent c o m b a t t u au delà des mont s.
Noël du Fail a d o n n é dans ses Contes d’E u tr a p e l2 un curieux
ex emp le des c h a n g e m e n t s de n o m s i mpos és à toutes les choses
mili tai res :
L u p o l d c , d i t - i l , e s t o i t a v a n t h i e r s u r l a lice d e R e n n e s . . . e t , v o y a n t un e
c o m p a g n i e d e g e n s d e p i e d a s s e z b i e n en o r d r e , d i t q u e c ’e s t o i e n t d e b e a u x
p i é t o n s e t a d v a n t u r i e r s ; m a i s il l u y f u t t o u t c o u r t r e s p o n d u q u e c ’c s t o i t u n e
b ra v e fa n te rie , a u q u e l fut de p a r e il in te r e s t ré p liq u é : fan tassin s ou in fa n ­
t e r i e . 11 c o n t i n u a , d i s a n t n ’a v o i r o n c v e u p l u s b e l l e s b a n d e s ; o ù il l u y fu t
d it q ue c 'e s lo ie u t e s c a d r e s et r e g i m e n s ; et, p o u r a v o ir e q u iv o q u é m e u t p r is
t e l s m o t s l ’u n p o u r l ' a u t r e , s a v o i r : e s c a r d e s e t r e i l l e m e n s , il f u t p r e s q u e
e n d a n g e r d ’e s t r e b i e n I r o t t é . J u g e a s e m b l a b l t m e n t q u e l ’u n d i c e u x a v o i t
u n e belle sa la d e , un c asq u e t, un b a s s in e t, un c a b a s se t s u r sa te ste ; à q u o y
p a r p l u s d e n e u f ( u t d i t : m o r i o n . P é c h a e n c o r e p l u s l o u r d e m e n t , c a r d ’un
heaum e
de teste .

luy

fut

ap p ris

uu a rm e t,

P o u r le p l u m a i l ,

luy lu t

u n e b o u r g u ig n o tte , un a c co u stre m e u t
reproché

pennaohe;

p o u r cap itain e,

q u e y t a i n e ’: c o ro n a l, collonel ou c o llu m e l; p o u r d iz e n ie r, c a p o r a l : cin q u a n t e n i e r . c a p d ’é s c o u a d e , et, en l ' e r r e u r , l a n s p e s s a d e r é u s s i r : g r a n c e , p o l i t e s s e ,
t r a g u e t , u n e a r m é e b i e n l e s t e e t a l t e s e a c c o u s t r é e d ’un f r é o n e t s u y v i e d ’u n
e s t r a m a ç o n , se t r o u v è r e n t a u s s i s u r l e s r a n g s .

Est ienne P as qui er écrit aussi : « Nous avons depuis t rent e ou
q u a r a n t e ans e m p r u n t é plusieurs mo ts d ’Italie, c o m m e contraste
p o u r contention, concert p o u r conférence, accort p o u r advisé,

1. É d itio n Liseux, II, p. 218.
2. Kiiûne?, 1585, i u - 8 , p. 190; — éd. Assé zat, II, (1814) 296-297; — r e p r o d u i t
p i r L. L a l a n n e d a n s le t o m e X (1881) de sou éditio n de B r a u t ô m e ( l u t r o d u c t i n
a u L exique).

�SUR

L ’I N F L U E N C E

I T A L I E N N E EN F RA N C E

AU

XVI5 SIÈCLE

25

en conche p o u r en ordre, garbe p o u r je ne sçay qu oy de bon ne
g r â c e 1 ».
Un a dv er sai re résolu de l ’influence i talienne, I n n o c e n t
Gentillet, trace ce tabl eau de l’e xt ens ion q u ’ava it prise en
Fr an c e l’usage de la l an g u e i m p o r t é e p a r les Italiens : « Il se
t rou ve bien a u j o u r d ’hui des machi avel is tes qui di sent tout
h a u t q u ’il ne s eroit qu e bon de chas ser les n at ur el s h a b it an s
de Franc e, du m o i ns de cert ai ns lieux et endr oit s, p ou r les p e u ­
pler de quel que b o n n e race, fidèle et loyale, c o m m e Italiens et
Lo mb ard s. Et, de fait, comb ien s’en faut il que la ville de Lyon
ne soit colonie i t a l ie n n e ? Car, o u tr e ce que bonne’ partie des
h ab it an s s o n t Italiens, les aut re s du pays se c o n f o r m e n t peu
à peu à leurs m œ u r s , façons de faire, m a n i è r e de vivre et
l an g a g e ; et à peine t rouver iez-vous dans ¡celle ville un m a l o t r u
a r ti s a n qui ne s ’a d o n n e à par le r le mes ser es que, parce que ces
m e s s e r s o n t cela qu'ils ne font bon visage et n ’o y e n t vol ont iers
s i no n ceux qui gaz oui ll ent avec eux l eur r a m a g e , t aschans
p a r c e m o y e n d a c q u é r i r vo gu e et crédit à eux et à l eur langage.
Et les villes de Paris, Marseille, Grenobl e et plusi eurs aut re s
de Fr an c e ne sont-elles pas ja plaines de m e s s e r s ? 5 »
La p l u p a r t des expr es si ons t o ur né e s en ridicule par Henri
Estienne, pa r Noël du Fail, et d ’au tre s encore, se r e n c o n t r e n t
sous la p l ume de B ra n t ô m e . L’h is t or ie n ne se b o rn e pas, il
est vrai, aux it al iani smes :il e m p r u n t e plus en co re à l’Espagne
q u ’à l ’Italie. Nous v oy o ns se m a ni fe st e r chez lui les t end an c es
nouvel les de n ot re l i t t é r at u re qui, à p ar t i r du r è g n e de
Henri IV, va c he r ch e r ses i ns pi rat i on s, n o n plus au-delà des
Alpes, mai s au-delà des Pyrénées.
Au fond, le j a r g o n f ranco italien se parlai t s u r t o u t à la cour
1. R e c h e r c h e s de la F r a n c ’, ' l i v r e VIII, c h a p . m ; Œ u v r e s choisie* d 'E tie n n e
P .v t q u ir , p a r L éon F e o g è r e , t. Il (1849), p. 110. — Cf. u u c u r i e u x p a s sa d e d e la
l e t t r e de H as q u ier à M. de Q u e r q u i d n e n ( l e t t r e X'I d u liv re 11), d a n s le r e c u e i l
p r é c i t é de L éou F e u g è r e , t. II, p. 231-232.
2. D iscours s w Les m o yen s d e bien g o u v e rn e r e t m a in te n ir en bonne p a ix un
ro y a u m e ou a n tre p r in c ip a u té ... co n tre N icolas M a ch ia vel F lo r e n tin ’, se c o n ie é d i­
tio n reveu e (S. I. [Genève], 1317, iu-16, p. 398).

�26

ÉTUDES ITALIENNES

et dans les a r m é e s ; le peupl e n ’av ai t pas à en souffrir, t andi s
q u ’il avait sans cesse à se p la in dr e des exact ions et de la
ra paci té des financiers florentins ou l o mb ar ds .
Quand on étudie l’histoire des d er ni ers Valois, que l’on voit
les exact ions i ncessantes auxquell es ces tristes princes d u r e n t
r e c o u r i r p o u r r e m p l i r des coffres t o uj our s v i d es ; q u a n d on
voi t les b anq ui er s italiens se faire les i n s t r u m e n t s dociles de
tous les caprices royaux, a v a n ce r à Charles IX, à Henri III ou
à leur m è r e des s o m m e s s o u ve nt empl oyées po u r l’orgi e ou
p ou r le crime, s o m m e s d o n t ils devaient , en fin de c ompt e, se
r e m b o u r s e r s ur t ous ceux qui p os s éda ie nt et qui t rav ai ll ai en t
en F rance, on ne c o m p r e n d que trop bien la h ai n e du peupl e
con tr e les i n s t r u m e n t s de sa mi sère. Les g r a n d e s richesses
qui a va ie n t été la cause de la g r a n d e u r des financiers italiens
et de leur influence f u r e nt la cause de leur ruine. Tous les
au t eu r s du t emps e xha le nt leurs pl ai nt es cont re leurs par ti s an s ;
ces pl ai nt es r e te n ti ss e nt dans toutes les assemblées.
Les au t eu r s sat iri ques ne m a n q u è r e n t pas de s t i g ma t i s er ces
financiers m au di t s. On p o u r r a i t c o m po s er u n v o l u me des
pièces lat ines ou françaises qui f u r e n t écrites c o nt r e eux. Nous
av o ns déjà cité q uel ques vers compos és c o nt r e S a r d i n i ' ; nous
ne p o uv ons résister à la t en t at i on de r e p r o d u i r e ici trois spéci­
m en s de ces at t aq ue s m a l h e u r e u s e m e n t t rop justifiées.
Voici d' abord u n q u at r a i n dirigé à la fois c ont re la reinem è r e et c o nt r e les financiers :
D e s I t a li e n s ( i 5t&gt;7).
Ita lie n s n o u r r i z eu F ra n c e
O n t m i s t o u t le p e u p l e e n s o u f f r a n c e ;
M a i s , s i la r o y u e a le b e c c l o s ,
E n le u r pay s se ro n t rencloz".

!. liu lle tin ita lie n , t. II, p, 138 139. C ette p h rase e s t u n e a d d itio n à la r é d a c ­
t i o n p r e m i è r e (N. de la R éd.).
2.
Bibl. Nat. Ms. f i a n ç . 22560, (Recueil dç R a sse Des N œ u x , t. I), 2« partiep. 250,

�SUR

L ’I N F L U E N C E I T A L I E N N E

EN F R A N C E AU X V I e S I È C L E

27

Voici m a i n t e n a n t u n s on net , s a v a m m e n t composé, qui peut
so lire soit p ar c ol onn e isolée, soit p a r l igne ent ièr e :
SONNET
Les g uerriers,

L es im p o sts,

L es affa ires de F r a n c e

Sont conduits,

S o n t le v e z .

Sont menez à noz yeux

P a r P é r o n i,

P a r G o n d y 2,

P a r B irra g u e odieux*,

S ans valeur,

Sans p itié,

S a n s la j u s t e b a l a n c e .

L a crainte,

L ’a v a r i c e ,

E t la l o u r d e i g n o r a n c e

Du couart,

Du p i l l a r t ,

D u v ieil s e d i t i e u x ,

Q u e l 'o n v o i d ,

Q u e l ’o n s e n t , Q u e l ’o n lit e u t o u s l i e u x ,
V iolence.
N ous ap p o rte m alheur, P au v reté,
E t vous, g en s de ju stic e ,

V ous, noblesse,

V ous, peuple,

D echassez,
C e p o ltro n ,

Saccagez,

E n v o y ez au s u p p lic e ,

Ce larron,

C e M ila n n o is s a n s loy,

E t vous qui

le r e p o s

D e ce r o y a u m e a y m ez,

D ecorez,

D esch aig ez,
L e peuple,

E t le c o n s e i l d u r » y .

La n o b lesse,

i

S ainctem ent reiïorm ez.

157 4 ‘

Les distiques latins qui s ui ven t s o n t à peu près du m ê m e
t emps.
D e l l a l o r u m in G a llia u s u r p a t io n e .
U ltra A lpes reg i q u id q u id F o r tu n a reliq u it
I t a l u s i d t o t u m p o s s i d e t a t q u e r é g i t 5.
C a s t r a e l i a m q u o t q u o t p r a e c i n g u n t Ii m i n a r e g n i
I t a l u s h a e c i t i d e m s u b d o l u s a r i e t e n e t 6.
C u m p a r sit G a llu s tr a c t a r e n e g o tia belli
C o n s u l t i , h a e c l u d i t I t a l u s i n s i p i d u s 7.
K e d d e re j u r a su a e c o n s u e ra t G allia g en ti,
I t a l u s h a e c p r a e s e s p y x i d e s c l a u s a t e n e t “.
C a e t e r a vis r e f e r a m ? M u l i e r , p a r s p e s s i m a , r e g n i .
I t a l a d e p a s c i t d e b i l i t a n t i s o p e s 8,
1.
A l b e r t o d e ’ Go nd i, d u c et m a r é c h a l d e R e tz Sou p è r e A n t o u i o é t a i t s e i ­
g n e u r d u P e r r o n . Voy. B u ll, il ., t. I, p. 125.
2 G irolam o d e ’ G on di, Ib id , p. 128.
3. Le c h a n c e li e r R e n a t o d a Birago.
4. Biblioth. N a t . , Ms. fr. 22561 (R ecu eil de R asse D s Naeiu, t, II), p, 40.
5. L u d o v ic u s e t Caro lus Biragi.
6 . La M ante p raefectu » c a s t r o L u g d u n e n e i ,
7. Strozza.
8. CancellariiiB Biragu s.
9. Medica?*.

�28

ÉTUDES ITALIENNES
Q u a s itidem ex ag u n t com ités G o n z ag a , P e ro n u s,
E t tecu m uedilicant q u i, U iacete, d o m o s.
I n d e n o v u m p o p u l o v e c t i g a l c r e s c i t in h o r a s ,
S o rd e sc it lu rp i foenore u b iq u e forum .
D esp era ta sa lu s p o p u li est, stan t concita scep tra,
O m n i a l a b e s c u n l c o n d i t i o n e n ov a.
A u t alio v e te re s g alti m ig ra te coloni,
A u t h a l o s f e r r o c o g i l e a b i r e ( o r a s 1.
1578 .

Les financiers italiens ne se b o r n è r e n t pas t o u j o u r s à p r e s ­
sure r le peuple, ce qui pouv ai t pa r aî t re e xc us abl e; il y en eut,
chose plus gra ve, qui o sèr en t s’e m p a r e r des deni er s du roi.
Battista Didato, re cev eu r g én é ra l des financ.es en No rm an d ie ,
s’enfuit de Rouen, en 1550, e m p o r t a n t avec lui plus de cent
mille livres. Il passa par Bâle et Soleure et crut t ro u v e r un
asile à Genève, où l’a m b a s s a d e u r de Franc e, Gu il laume Du
Plessis, sieur de Li an co ur t, t r o u v a m o y e n de le faire ar rêt er .
Le roi d e m a n d a l’ext ra di ti on du c oupable; les conseils de
Genève la refusèrent , p r é t e n d a n t a vo i r seuls le dr oi t d ’i ns ­
t rui re l ’affaire. Les négociat ions se p ro l o n g è r e n t p e n d a n t une
g r a n d e partie de l’a n n é e 1550 et m e n a ç a i e n t de s’éterniser,
q u a n d les p ar e nt s du t rés or ie r r é us s i r e n t à t r a n s i g e r avec le roi.
Cet a r r a n g e m e n t mi t lin à un i nci den t qui avait failli brouiller
le roi avec la r é p u b l i q u e 2.
Les exact ions des financiers, i n su p po r t a b l e s déjà sous
François 1er et sous Henri II, d ép a ss èr en t toutes les bornes
sous leurs successeurs. Sous ie r è g n e de Henri III, le mal
devi nt t el lement ai gu que les aut or it és const it uées d u r e n t sol ­
liciter du roi quel ques réformes.
Au mois de février 1584 on vil le l i eu t e n a n t civil se pr é se nt er
au n o m des P ari si ens dev a nt le Conseil r éuni à S ai nt -Ger ma in
et d e m a n d e r que le roi m î t fin à l ' i nt er ve n ti o n des é t r a ng er s
dans les affaires du r o y a u m e . 11 les trai ta de s angs ue s, qui
1. B.blioth. Nai., Ma. f.. 2 _563 (Recueil de liasse d e s N'cbjx, t. IV),
p. 6 i.
2.’ J e a u A n t o i n e G a u tie r , Ih s tu ir e de G enève, 111 (1898), pp. 393-401.

p a r tie ,

�SUR ^ I N F L U E N C E

I T A L I E N N E EN F R A N C E AU X V I e S I È C L E

29

s’engr a is s ai en t du s a n g du peuple, et dés ign a p ar leurs n o m s
Diaceto, Sar di ni , Rucellai, Gondi e t R a m e t t i 1. Un au tre jour,
Michel de Sèvre, c o m m a n d e u r de C h am p ag n e, s’écriait dev ant
le roi, en plein conseil, que, si l’on ava it besoin d ’a r g e nt , il
fallait en d em a n d e r aux gros financiers, à Gondi, à Vidiville, à
Rametti et no n au pau vr e peuple, qui n ’avait plus r i e n 2.
Le roi résistait et restait fidèle à la doct ri ne de ses p r é dé ­
cesseurs, qui se co ns i dé r ai en t aussi bien c o m m e pri nces italiens
que c o m m e pri nces français. B ra n t ô m e r a p p o r t e un m o t de
Henri III qui e xp r i m e n e t t e m e n t cette idée. « Aux p re mi e rs
estais à Blois, et en cor beaucoup a va nt , aucuns, voire plusieurs,
cr io ye nt q u ’il falloit c ha ss er les e s t r a n g e r s italiens de la
France, p a r m y lesquels y r a ng e o i e n t le... chancel li er et les
Biragues. Le roy, en devi sant avecques a uc un s en sa c ha mbr e,
dit : « Il faut doncqu es que je quicte m o n droi ct de-la duché
de Milan, qui est mon p a t r i mo i n e aussy bien que la duch é de
-Normandie, B ourgoi gne, la Gu ye n ne et autres d é m o n r o y a u m e ?
Que si ceux de Milan son t es tra ng ers , les aut res son t de mesmesVoylà p o u r qu oy ils ne le sont. Et dois a y m e r et ch éri r les
Milannois, les Biragues p a r cons éq uent , qui o n t quitté tous
leurs biens q u ’ils av oi en t dans Milan, p our d e m e u r e r en France
bons et l oyaux s er vi teur s de la c o u r o n n e de France® ».
Les g u er r e s civiles, les désor dres financiers de Cat heri ne de
Médicis r e n d a i e n t les Italiens de plus en plus i ndi spensabl es
La m o r t de la reine mère , s u r v e n u e le 5 j a n v i e r 1589, fut
p ou r eux un coup terrible. Non s e u l e m e n t ils lui a va ie n t prêté
des s o m m es immens es * q u ’ils ét ai ent c o n d a m n é s à perdre,
mai s n ’é t a n t plus s out enu s par elle, ils ét aient exposés à être
dépouillés et chassés du r o y a um e. La faiblesse de Henri III p e r ­
m e t t a i t toutes les en tre pri ses et tous les excès. A pei ne CalheI. Aboi D e s ja rd in s , N é g o cia tio n s d ip lo m a tiq u e s de. la F ru n ce avec la Toscane.
IV, p, 486.
i . Ib id , IV, p. 494.
3. B r a n t ô m e , Ed, M é rim ée e t L a c o u r, V, 13, éd . L-ilaune, IV, 102,
4, L’Estoile d it 800.000 éctis. (E d . J o u a u s t , 111, p. 231).

�30

ÉTUDES

ITALIENNES

r in e avait elle fermé les yeux, q u ’on vit par aî t re u n v i o le nt .
fa ct um a n n o n ç a n t la fuite des « i m p o st e ur s italiens » et leur
d é pa r t p o u r « les pays de B a r b a r i e 1. » L’a u t e u r de ce p a m p h l e t
fait le procès de ces é t r a ng er s d o n t la co nd ui te lui p ar a ît être
en tout e chose l’opposé de la co nd ui te des an ci ens R o m a i n s ;
puis il rappel le les faiblesses que le roi et la reine m è re o n t eues
p ou r eux :
D e p l e i n e a r r i v e e q u ' i l z e n t r e r e n t e n F r a n c e , le

m o i e n q u ’ilz c o n c e r n e n t

en c e l u y p a y s p o u r s e p r é v a l o i r , ce f u t d e d e s c o u v r i r l e s p l u s r i ; h e s c u i s i n e s
et o ù g is o ie n t les p lu s

g ra n d z t r é s o r s , et faire

t a n t p a r f u s e t p a r n e fa s

q u e d e s ’y h a b i t u e r , e t , q u e l q u e c h o s e q u ’i l y e u s t ,

s ’y f a i r e t o u s j o u r s les

p l u s g r a n d s , n o n o b e y r , m a i s t o u s j o u r s c o m m a n d e r , à l ’a p p é t i t s e r e n o m m e r
du p rin ce, et, p a r l e tesm o ig n ag e de
p o u r ce f a i r e , a s s f i u r o i e u t

tro is ou q u a tr e p a lle fre n ie rs atiltrez ,

q u ’u n g u e u x

de

leu r

pays

e sto it un

grand

g e n t i l h o m m e , l e q u e l a v a i t e s t é d e s t r u i c t p a r f o r t u n e d e g u e u l e — di j e d e
g uerre, et

m e tto ie n t en a d m ir a tio n si g r a n d e le s faictz

et g e s te s de telz

c o u a r d s , q u e p l u s i e u r s , c r o y a n s l a v é r i t é e s t r e t e l l e q u ’o n l e u r r a p p o r t o i t ,
e s t o i e n t p a r a u c u n s s u b i t e m e n t n o m m e z « m o n s i e u r ». L o r s ,

se s e n ta n s

h o n o re z si à c o u p de telz h o n n e u r s , e s to it p a r s u b ite p o u r s u y te enjo in ct à
l e u r s f a u x t é m o i n g s d e v e n i r d e f o i s à a u t r e p r o m p t e m e n t l e u r d i r e q u ’i lz
v i n s s e n t i n c o n t i n e n t p a r l e r à l a r o y n e , q u i e s t o i t u n s u j e t e n v e r s le p e u p l e d e
le s faire e n t r e r en c r é d i t , c a r d è s ceste h e u r e là, c o m m e n c è r e n t à faire de
cent solz q u a tre liv re s, et de q u a tr e livres rien , e n v ers ceux q u i le u r p r e s to ien t de le u r b ie n . E t eux, ne se
t r a n c e s q u ’on

s o u c ia n s p o in t d e s plainctifz et r e m o u s-

l e u r f a i s o i t , s’i n g e r e r e n t ,

c o n tr e - f a is a n s les h a b ile s , à p iu -

d a r i s e r s u r to u s les e s t a l z . e t m e s ti e r s de la F r a n c e . . .
D e p r e m i e r e a r r i v e e q u ’i lz e n t r e r e n t e n

F r a n c e , »’e s t a n t

faict re c e v o ir

en g r â c e e n v e r s la ro y n e m è r e q u i ne l e u r m a n q u o i t de rie n , se r u e r e n t s u r
les

plus

grands trésors

q u i f u ss e n t en

la F’r a n c e , o ù l e s d e n i e r s e s t o i e n t

t o u s c o m p t e z , s ç a c h a n t q u ’a y a n t c e u x - l à , i n c o n t i n e n t a u r o i e n t le s a u t r e s s a n s
d i s s i m u l a t i o n , e t q u ’a y a n t l e s c h e m i n s

o u v e rts à le u r vo lonté, fust p o u r

e n t r e r o u p o u r s o r t i r d e la F r a n c e , i l s n e p o u v o i e n t m a n q u e r d e m e t t r e e n
e x e c u t i o n t o u s l e u r s d e s s e i n s , e t e m p o r t e r d ' i c e l u y r o y a u m e t o u t ce q u ’ilz
a v a i e n t à s o u h a i t d ’e n l e v e r et d ' a v o i r . D o n t , à l e u r a r r i v e e , a y a n t d e s c o u v e r t

1. D isc o u rs || d e la f u y t e || d es i m p o s l t e u r s || Italie n s | | . Et des r e g r e t z q u ’ils
f o u t de q n i c t e r || la F r a n c e | | . Et de l e u r r o u t e vers les p a y s de || B a rb a r ie | | .
A P a r is , || P our Jacques G régoire I m p r im e u r J| M. D. LXXXIX. i n 8 de 15 pp.
(Ribiiotti. n a t ., Lb 34.631; n o t r e b i b l i o t h è q u e ) . DiâCuurs || de la f u y te || des
i'i&gt;po&gt;iteurs || It a l ie n s | | . E t d e s r e g r e t s q u ’ils fonct de q u i c t e r || la F r a n c e ||
to u x te la copie de Jacque G régoire || M. D. LXXXIX. i n -8 de 15 pp. (Biblioth.
d e -M. le b a r o n H e n r i de RottiscU dd, fon d s Pécard). R é im p r i m é p a r Ed. F o u r n i e r ,
V a riétés h isto riq u es e t litté r a ir e s VII (1837) p p . 261-270.

�Su r

l ’i n g l u e Nc e

it a l ie n n e

en

France

au

xvie

siè c l e

31

la p l u s b e l l e p r i n s e q u i f u s l e n la ville d e P a r i s , e s l a n t c o u d u i c t s p a r c e l u y
b a n q u i e r d e V e n i s e q u i f a i s o i t le s p r e m i e r e s

a d v a n c e s a u r o y , a p p u y e z de

la r o y n e m e r e , s ’a d v a n c e r e n t d ’u s u r p e r e t r a v i r le s t r o i s p a r t s d u r e v e n u d e
l’H o s t e l D i e u d e P a r i s , s a n s e x c e p t i o n d e ce q u e l e r e s t e p o u r r o i t d e v e n i r ,
c o m m e d i s a n t : « S i p o u r c e c o u p n o u s n ’e n a v o n s a s s e z , n o u s p r e n d r o n s
le r e s t e »

E t,

u v ec l e s

r e g i s t r e s c h a n g e z et le n u m é r o a u s s i , r e c h a n -

g e r e n t l e s d a t t e s p o u r a u t e m p s a d v e n i r n e s ’a p p e r c e v o i r d e l e u r s l a r r e c i n s ,
s a n s a v o i r a u c u n s o u c y d e la vie o u d e l a m o r t d e s p a u v r e s m a l a d e s q u i y
s u r v i e n n e n t t o u s l e s j o u r s , q u i , à f a u t e d ’e s l r e I r a i c t e z h u m a i n e m e n t , c e u x q u i
p o u r ro ie n t e s c h a p p e r y d e m e u r e n t et m e u r e n t, m ais non p a s d e s Ita lie n s, c a r
il

n e s ’en t r o u v e

p oint de

p a u v re s, sinon q ue

de F rançois

qui ont

été

a p p a u v r i s p a r l e p i l l a g e fa it p a r t e l z g o u l f a r i n s . . .

Ce viol ent réquisi toi re se t e r mi n e pa r le qu at ra in su iv an t :
Ils o n t p a r l e u r r u s e e t c a u t e l l e
D e c e u l ’a m e d e m a i n t f id e lle ,
P ip p é le r o y , t r o m p é le s p r in c e s
E t pillé t o u t e s les p ro v in c e s .

Le Discours n ’a tt aqu e en réalité que les fi nanci ers; il en est
a u t r e m e n t d' un factum, beaucoup plus développé, qui p a r u t l ’a n ­
née s u i v a n t e ' . L’a u t e u r y fait le procès des Italiens en géné ral ,
bien q u ’il dirige ses coups les plus acérés cont re les m an i e u r s
d ’a rgent .
Les b an qu ier s c o ns e rv èr e nt en g r a n d e partie leur influence
sous le r è g ne d ’Henri IV; mai s les t em ps étaient cha ngés , et,
q ua nd la paix fut rétablie en France, les Italiens c ont ri buè rent ,
il faut le dire à leur l ouange, k relever le crédit du pays.
Quelques uns j o u i r e n t de la faveur royale. Nous av on s dit
quel rôle i m p o r t a n t j oua, en tre tous les autres, le célèbre
Sebast iano Z a m e t t i 2. Cepend an t les Italiens cessèrent d ’être les
a ge nt s nécessaires de l ’a dm in i s t r a t i o n dans toutes ses branches .
Leur influence politique s ’é v a n o u i t peu à peu.
Leur influence littéraire, qui avait résisté au succès de cert ains g r a n d s o uv ra ges es pa gnols tels que la C lestina, les
i . T raité, d e la g r a n d e || p r u d e n c e e t s u b - [| tilité d es Italie ns, p a r la q u e lle ils
d o - | ) m i u e n t s u r p l u s i e u r s p e u p l e s de la Chre-1| s t i e u t é , &amp; s ç a u e u t dex^
t r e m e u t t i r e r la || q u i n t e e s s e n c e de le u r s b o u r s e s ; coin || m e n t ils se c o n s e r u e u t
en c e U , &amp; d es r e -1 | tnèdes c o n u e n a b l e s p o u r y o p p o s e r . || M, D. LXXXX. S. t . ,
i n -8 de 127 p p . (Catal. T a n d e a u de Marsac).
i . B u lle tin I t a l i e -’, t. II, p. 141-145.

�32

ETUDES

I TAL I E NNE S

o u v ra g es de frère Luis de Grenade, les r o m a n s de Diego de
San P ed ro et m ê m e au succès prod ig ieu x des A m adis, reçut
une g r a ve at tei nt e lors de la publ icat ion de la Diana de J or ge
de M on t e m ay o r (1558). Cet o uv r a g e qui obt int en F rance, dans
le d e r ni er q u a r t du xv ie siècle, une vogu e prodi gi euse, mi t à la
m ode chez nous le r o m a n past oral. Honoré d'Urfé, qui devait
t a n t à l’Italie, se lit l’i m i ta te u r des E s pa g no l s e t c om po s a L’A slrér.
La li tt ér at ure ital ienne se défendit encore, grâ ce au m a r i a g e de
Henri IV avec Marie de Médicis, p e n d a n t les p re mi ères ann é es
du x v n B siècle; puis la publ icat ion de Don Q uichotte (1605)
établit chez nous le r è gn e de la l it tér at ure espagnole. Telle est
la pui ssance d ’un chef-d’œ u vr e . La figure de Cervantès d om in e
ainsi t ou t no tre g r a n d siècle classique.
L’influence i tal ie nn e avait duré un peu plus d ’un s iècl e;
l ’influence es pa g no le se s ou ti nt p e n d a n t le m ê m e t emps . Elle
ne s’effaça que le j o u r où p a r u t H obinion Crusoe (1719-1720'.
Le chef-d’œ u v r e de Daniel Defoe, b ient ôt suivi du G ulliver de
Swi ft (1726), o u vr i t p our n o tr e l it té r at u re u n e ère nouvelle.
L’influence angl ai se se m a i n t i n t p ui s sa nt e chez n o us j u s q u ’à
l ’a pp a ri t io n de W erther (1774) Le r o m a n de Goethe fut i m m é ­
d i a t e m e n t t ra du i t en français par u n e demi -douzai ne d ’aut eur s
différents, et p e n d a n t près d ’un siècle les écrivains g e r m a ­
ni ques o n t joui chez nous d ’une faveur m ar qu é e.
M ai n t e n a nt no us vi vons plus vite. La m o d e passe avec une
ef frayante rapi di t é des Al l em an ds aux Japo na is , des J a po n ai s
au x Russes, des Russes aux S c an di nav es . A la vérité ces
influences ne s o nt que passagères, parce que les o uv ra g es que
les critiques m o d e r n e s r e c o m m a n d e n t à no t re a d m i r a t i o n nous
éc h ap p e n t le plus s o u ve nt pa r la t o u r n u r e d ’es pr it et l ' é du c a ­
tion de leurs aut eurs.
Nous ne p ou vo ns nous les as si mi ler que d ’une façon fort
i mparfai te, tandi s que nous p én é t r o n s a i s ém e nt les œ uv re s
dues au x éc ri vai ns des pa ys voisins. Ce qui a fait le succès des
au t eu r s italiens il y a plus de trois siècles, leur clarté, leur
élégance, leur souplesse c onv ient a d m i r a b l e m e n t à n o t r e géni e
nat i on al .

Em

il e

P

ic o t .

�La Société « Dante Alighieri. »

L’am it ié est g é n é ra t ri c e de suggest ions : il est nat ur el de
r e m a r q u e r les méri t es de ses ami s et s al ut ai re de les i m i t e r ou,
tout au m oi ns , d' en t i r er e n se i gn e me nt . Nos ami s d’Italie
peuvent a u j o u r d ’hui no us f o u r ni r quelques exempl es i n t é r e s ­
sants. L ’un des mei lleurs est celui d ’une inst it ut ion, qui a
P our tant été réalisée chez nous, dans u n esprit d’ailleurs diffé­
rent, u n peu plus tôt que chez eux, mai s qui a t é mo i gn é chez
eux d ’une vitalité, qui a pr ov o qu é des con co ur s d ’une a r d e u r
et qui a réussi à j o ue r un rôle d ’une i m p o r t a n c e susceptibles
de nous faire faire d ’utiles réflexions. Le succès de la Dante
A lig h ieri est un des pl us f r ap p an t s t é m o ig na ge s de l’i ntensité
et de l’i n t e l li g en ce du pa tr io t is me italien.
La Società n a ü o n a le Dante A lig h ieri, placée sous le vocable
du plus g r a n d poète de l ’Italie, est, en gros, l ’é qui val ent de not re
A lliance fra n ça ise, association nationale p our la propagation de la
langue française a u x colonies et d l’étranger. En g ro s seu leme nt ,
car il y a e n tr e les deux sociétés, out re des diversités d ’o r g a ­
nisation, une différence assez sensible d ’ori ent at ion , d o n t l’i né ­
galité relative de leur f or tun e n ’est peut-être q u ’u ne c ons é­
quence. h ’Alliance française est restée j us qu à la g u e r r e une
œu v r e de p r o p a g a n d e p u r e m e n t intellectuelle, qui g a r d a i t la
sér éni té des ent repri ses a c ad ém i qu es ; la Dante A lighieri est vite
devenue u n i n s t r u m e n t vi gou reux de défense et i n di r e c t e m e n t
de con qu êt e ; l’u ne t ravaille à la diffusion d ’u n e l an g u e et,
sans doute a u s s i , du m ê m e coup d ’une c u l t u r e , l ’a u t re
co mb at à la fois p o u r u n e l an gue et p e u r u n e idée nat i onal e.
Avec quel e n t ra i n, on va le voir.

�34

ETUDES ITALIENNES

I
La Dante A lig h ieri a été f o nd é e en 1889. Le 23 m a r s de cette
ann ée, douze p er s onn es , r éun ie s à Home, j e t è r e n t les pre mi ères
bases de l’as so cia ti on; le 29 m ai , u n e d eu xi ème r é u n i o n
c om pt ai t t r en t e et un p ar ti c ip a nt s, p a r m i lesquels Giosuè
Carducci ; d' accord s ur le n o m à d o n n e r à l eur e nt re pri se, ils
en d is cut èrent les st at ut s, et en j uillet p ar ai ss ai t un appel
si gné de cent c in q ua nt e -n eu f n om s , p a r m i lesquels on relevait
ceux des r e pr és e n t a n t s les pl us a ut ori sés des diverses fr actions
de l' opi ni on de la P é ni ns ul e. Cet appel aux It al iens affirmait la
nécessité de p r o té ge r la l an g u e et la c ul t ur e i tal ie nnes dans
le mo nd e, i n d i qu ai t les m o y e n s les plus efficaces p ou r y p a r ­
veni r et invi tait tous les ci toyens de b o n n e v ol o nt é à p rê te r
leur conc ours à cette n obl e tâche .
Depuis lors, le p r o g r a m m e de la D ante est resté le m ê m e ;
mai s la Société a g r a n d i ; elle est deve n ue p o p u l ai r e ; »lie a
recueilli des a d h é si on s s ans cesse pl us n o m b r e u s e s et les p e r ­
s o nn ag e s les plus illustres de l’Italie l itt ér ai re et pol iti que lui
o n t app or té , avec le p re sti ge de l eur n o m , u n appui s o uv en t
effectif, qui lui fut des plus précieux. Faut-il r a p p el e r que l or s­
que, en 1916, en pl ei ne g u er r e, on dut, apr ès la d émi ss ion du
ca binet S al an d ra , c he r c h e r c o m m e chef du n ou v e a u mi ni st èr e
u n h o m m e d o n t la p e r s on na l i t é a p p a r û t c o m me le symbo le de
l ’un io n de t ous les par ti s d an s le culte de la patrie c o m ­
m u n e , on choisit u n v iei llard, M. Boselli, et q u ’u n des
p ri n ci p au x titres de ce vieillard à la direct ion du g o u v e r n e m e n t
de so n pays fut d ’a vo i r été a pp el é à la présidence de la Dante
A lig h ieri ? Rien ne révèl e m i e ux que ce fait et la place q u ’a
prise la Société d a n s la vie p ub li que et l’i nt ér êt que lui p o rt en t
les d ir ige a nt s de la politique de l’Italie.
La pro g re ss i on du chiffre de ses m e m b r e s et de son bud get
est d ’ailleurs é loquent e. Les douze, pui s t rent e-et -un e, puis
ci nq uant e-neuf p e r s o n n e s des p r e m i e r s mois, dev en ues 5000

�L a S OCIÉT É

« DANTE A L t G H I E R I

))

35

a v a n t la fin de l’an n ée 1889, étaient, dix a ns après, 10.000 et
12.000 en 1900; leur n o m b r e s’élevait à 55 000 en 1910 et a tt ei ­
g n ai t 6 2. 00 0 à la veille de la g u e r re . Il ne p e ut pas être d on n é
avec exactitude p ou r le m o m e n t présent . Mais celui des
associés p er pét uel s, qui n ’était enc or e que de 20 en 1897, puis
faisait en trois ans u n r apide bond j u s q u ’à 137, m o n t a i t à 2760
en 1914 et à 3270 en 1918. La Société compt ai t, en 1906, 177
Comités, do n t 135 dans le R o y a u m e et 42 a u d e ho r s ; il y en
avait 317 au début de la g uer r e, d ont 238 en Italie et 79 à
l’ét ra n ge r. Quelques -uns o n t d is paru p e n d a n t la g u e r r e ; mai s
il s ’en est créé de n o u v e a u x ; la liste, peu consi dérabl e, de ces
g ai ns et de ces pertes n ’est pas encore établie.
Les recettes de la Société, qui, en 1896, avo is i na ie nt seule­
m e n t 25 000 lires, ava ie nt plus que décuplé en m o i ns de dix
ans : 268.000 en 1907, et on les voit a u g m e n t e r j u s q u ’aux e n v i ­
r o ns de 400 000 lires dans les exercices sui vant s. En 1913,
les v er s e m e n t s des Comités à la Société r e p r é s e n t e n t à peu près
180 000 lires et ceux des associés per pét uel s près de 35.000;
u n e s o us cr ip ti on n at i on al e d o n n e 45.000 lires. L ’a n n é e sui
v an t e, cette souscri pt ion p ro du is ai t tout près de 250.000 lires
( exact ement 247.612, 61), ce qui p e r m e t d ’évaluer le budg et
recettes de la Société, à la veille de l ’ent rée de l’Italie dans la
g u er r e, à pl us de 450.000 lires. Les chiffres les plus récent s
m a r q u e r a i e n t des a u g m e n t a t i o n s nouvelles. De la seule Caisse
d’é p a rg n e des provi nce s l omb ard es, la Dante AU ghieri recevait
en 1907 un e s o m m e de 200 000 lires, destinée aux œuv re s
d ’as sistance des terres irredente.
Des recettes ainsi encaissées, la Société avait consacré,
depuis sa f on da ti on j us qu' à la veille de la g u e r r e , 2 mi ll ions de
lires, en chiffres r onds , au x dépenses'nécessitées p o u r son objet.
Un mi ll ion e nvi ro n avait été prélevé en vue de la con st i tut io n
d’un fonds de ré serve i nal iénabl e. Le p a t r i m o i n e social, évalué
à près de 55.000 lires en 1903, l’était à plus de 1.200 000 en
1914.
La Société est const it uée pa r les divers comi tés locaux de

�36

ÉTUDES

ITALIENNES

l'Italie et de l ' é t ra n ge r et dirigée par un Conseil central, q u i *
siège à Home. Une localité doit c o m p r e n d r e au m o i n s v i n g t
m e m b r e s p ou r posséder un Comité. Mais ces Comités p e u v e n t
p r o v o qu e r la créat ion de sous -comi tés de dix m em b r e s . Des
sous-comités spéciaux, dits sottocom itati studentesc/ii, p eu ve nt
aussi être for mé s dans les villes qui r e n f e r m e n t au m oi ns
c in q u a n t e j eu nes g e n s faisant leurs études ; les m e m b r e s de
ces sous-comi tés ne son t a s t re in t s q u ’à u ne cotisation infé­
ri eu re à celle des m e m b r e s o r di n ai re s , mai s ils o n t le devoi r
de faire dans la p o pu l at i on scol ai re u n e p r o p a g a n d e parallèle
à celle des Comités dans la p o p u l a t i o n adulte.
Chaque an n ée la Société se r é u n i t en c on gr ès dans u n e ville
d Italie choisie à la r é u n i o n pr é cé de nt e : on y passe en r e vue
les é vé n e m e n t s de l’an écoulé, o n y co ns tat e les p r o gr è s ré a li ­
sés et l’on étudie les m o y e n s d’en o b t e n i r de nouvea ux .
Il suffit de p ar c o u r i r les r a p p o r t s ainsi lus a n n u e l l e m e n t dans
ces assembl ées g én é ra le s p o u r av oi r un ap e rç u de ce qu a été
l’action de la pui ss ant e as sociati on depuis t r en t e ans.

II
La Société na ti ona le Dante A lighieri, dit l’article 1er des
statuts, a p o u r o bj et de p r o té ge r et de r é p a n d r e la l an gu e et la
c ul ture i tal iennes ho rs du R o ya um e. P o u r a tt ei n dr e ce but, dit
l’article 2, la Société crée et s u b v e n t i o n n e des écoles, elle en
favorise la fr éq ue nt at i on et le r e n d e m e n t par des prix, elle
coopère à la fon da ti on de bi bl iot hèques popul ai res, elle r é p a n d
des livres et des b roc h ur es , elle o r g a n i s e des conf érences. Son
activité est d on c à la fois très diverse et très o rd on n ée .
Quel en est le c h a m p ? Il y en a eu j u s q u ’à la g u e r r e deux
p r i n c i p a u x : tous les pays de forte é m i g r a t i o n i tal ie nn e et les
terre irredente. Il s’agi ssai t a v a n t tout p o u r la Dante de p r o t é ­
ger la l an g ue nat i onal e, en en m a i n t e n a n t la conna is sa nce,
l ’usage, l ’a m o u r chez les Italiens qui o n t quitté leur patrie, et
d ’au tre p a r t d ’exalter, p a r u n e telle défense, la conscience

\

�LA S OCI ÉT É «

DANT E A L I G H I E R I

»

37

it al ienne chez ceux qui s oupi rai ent , sous u n e d o m in at io n
é t r a n g è r e et détestée, apr ès le j o u r où ils s er ai en t réunis à
leur vraie patrie
L’at t en t io n spéciale de la Dante A lig h ie r is’est donc portée et
se port e t ou jo urs s ur les pri nci pales « colonies » d’italiens
établies à l’ét ra n ge r. De là son très vif souci de t ou t ce qui
con cer ne l ’é mi g ra ti o n, ses créations ou ses s ub vent i on s de
scuole all’eslero, parfois mô me d ’i ns ti tut s d ’e n s e i g n e m e n t
s econdai re, c o m m e celui de San Paolo (Brésil). Le but p o u r ­
suivi par ces f onda ti ons n ’est pas s eu l em en t de s auv ega rd er
l’usage de la l an gu e na ti on al e p a r m i les ci toyens fixés audehors, mai s d ’e n t r e te ni r dans ces pays lointains des foyers
r a y o n n a n t s d 'ita lia n ità . Ainsi voit-on l’œ u vr e se po ur su i vr e
p a r t o u t où vi ven t des g r o u p e m e n t s c ompac ts d ’italiens sur
une t erre é t r a n gè r e , en Egypte et dans les Echelles du Levant,
à Tripoli a v a n t la conquête, que cette p r o p a g a n d e a préparée,
en Tunisie, aux États-Unis et dans les États de g r a n d e é m i g r a ­
tion i tal ienne de l’A m ér iq u e mér id i on al e, a v a nt tout l’A r g e n ­
t ine et le Brésil.
La D ante so uh ai t e n a t u r e l l e m e n t q u ’il ne par te pas d ’Italie
t rop d ' é m i g r a n t s illettrés, qui a u r a i en t plus vite fait d’oublier
l eur p ar le r ori gi nel . Aussi s ’intéresse-t-elle au p ro gr è s de
l’i n s t r uc t i on p r i m a i r e s ur le sol natal. P uis elle a c c o m ­
p ag ne les p a r t a n t s de sa sollicitude : p ar ses soins, ils peuve nt
se m u n i r au d épa rt d ’un Vade-mecum per 1‘em igrante ; ils
t r o u v e n t en rout e des bi bliothèques de bord. Les livres italiens
les s u i v r o n t à l ’a r r i v é e : s ur l’initiative du Conseil central, une
« Commi ss ion des Livres » a été inst it uée en 1903, laquelle
est cha r gé e d ’expédier des publ icat ions n at i onal es dans tous
les centr es de p op u la ti o n i tal ienne hors du r o y a u m e et d ’y
pro v oq u er , avec l ’aide des comi tés locaux, la f o r m a t i o n de
bi bl iot hèques circulantes, l ittéraires et scientifiques, la distri­
b ut ion de livres scolaires et des dons de livres de prix. Notons
que cette c o mm i ss io n renforce en o ut re l ’acti on d ’un o r ga n e
a d m i ni s tr a ti f q u ’il est i n t é r e ss a nt de faire c on n aî tr e en pas­

�38

ÉTUDES I TALIENNES

sant, l ’ins pect ion g é n é ra le des écoles i tal ie nnes à l’ét ra n ge r.
La di st ri bu ti on des livres a pris une a m p l e u r r e m a r q u a b l e : de
1903 à 1911, il en avait été expédié 115.000, ce qui c o r r e s p o n ­
dait à u n e dépense de près de 100.000 l i r e s ; mais les dons
s o n t n o m b r e u x et parfois consi dérabl es : un éditeur, le c o m ­
m a n d e u r Lozza, d onn e u n e fois 40.000 vol umes . La p l u pa rt
des éditeurs font du reste des co nd i ti o ns de f aveur à la
Société. En 1915, le Roi lui envoi e 20.000 lires.
Baignés, g râ c e à toutes les re ssou rces d o n t les fait profiter
la Dante A lig h ie ri, da ns un e a t m o s p h è r e d ’italianité, les e x p a ­
triés se s o uv i e n d r o n t de la p at ri e ; ils c o n t i n u e r o n t d’en par le r
le l an gage , ils n e p e r d r o n t pas le con tac t avec ses idées, ils
g a r d e r o n t en u n mot , tout en s 'a d ap t an t , d an s la m es ur e
nécessaire, à leur nouvel le vie civique, u n e conscience ita­
l ienne. Les gros ses colonies du Brésil et de l’A rg e nt in e , de
Tunisie et de l’Egypte, d e m e u r e n t ainsi des centres de vie i t a ­
l ienne dans les États où elles so nt fixées et, sans s’y t r a n s f o r ­
m e r en i n s t r u m e n t s de visées politiques p r o p r e m e n t dites, elles
y s er v en t c e p e n d a n t au m ieu x la cause de l’e xp a ns io n i t a ­
l i en ne à t ra ve r s le m o n de . Là où les buts son t f o r cé me nt plus
m odes tes , c o m m e aux États-Unis, la mi s si on de la Dante
A lig h ie ri est e nc o re d ’ai der les é mi g ré s à concilier le culte des
t ra di ti ons de la mère-pat ri e avec l ’a ss imi la ti on a u n ou v ea u
mi li eu ; ces Italiens, appelés à d e ve n ir de parfaits citoyens
amé r ic ai ns , p o u r r o n t , p o u r r e p r e n d r e les t e r me s d’un des
anc ie n s pré si de nt s de la société, s’as sure r, de p ar l eur droi t
m ê m e de cité amér icai ne, les m o y e n s légaux d ’exercer une
influence légi time qui profitera à l eur pays d ’origine, d o n t ils
p a r l e r o n t encore la l angue, à l’esprit duquel ils c o n se r v er o nt
leur foi, vis-à-vis duquel leur at ti tude sera t ouj ours de fidélité
spi ri tuel le et d ’i nt ér ie ur e s y mp at h i e .
III
Bien différente se pr és en tai t , hi er encore, la s it uat io n da ns
d ’aut re s contrées, où la Dante sui vai t les pro gr ès ou les reculs

�LA S OCI ÉTÉ

«

DANTE A L I G H I E K I

»

39

de la cul tu re ital ienne avec une a r d e n t e et inqui èt e sollicitude.
Dans les t err es i rr é di mé e s du T r e n t i n e t du Littoral Adriatique,
elle avait à faire à forte p a r t i e : no n que le Tr e nt in j u s q u ’à la
haut e vallée de l’Adige et le Lit toral j u s q u ’à Pola ne soient
s t ri ct em en t pays de l an gu e i talienne, mai s les maî t res poli­
t iques du pays a va ie n t o r g a ni sé c on tr e celle-ci, dans t oute la
m e su re où ils le po uv ai en t, u n e rud e conc urre nce. Des as so­
ciations ri ches et puissantes, ana logue s, mai s cont rai res à la
Dante A lig h ieri, Y A llgem einer Deutscher Verein, de Berlin, le
Deutscher Schu lverein, de Vienne, la Siïdmar/c, de Graz, le
Tiroler Volksbund, y faisaient, p ou r le g e r m a n i s m e , une p r o p a ­
g a n d e s ou t en u e p a r les m o y e n s les plus pui ssant s. La lutte
p r e n a i t les for me s les plus i mpr évu es. L’érection dans les
Dolomites d ’u n châlet de m o n t a g n e , sent inel le avancée du
Dentschtum ou de X ita lia n ità , y m a r q u a i t u ne défaite ou une
victoire de l’idée it al ienne. Des deux côtés on dépl oyai t une
ext rê me énergi e et l’on a fait preuve d ’une r e m a r q u a b l e persé­
vérance. Les associations g e r m a n i q u e s , il est vrai, y o n t eu
beaucoup m oi ns de mér it e : elles a va ie n t p o u r elles l’appui du
p ou vo ir pol iti que et t ous les a v a nt ag es qui en découlent. La
D ante A lig h ieri a u c on t r a i r e avait à l ut te r c on tr e son hostilité,
et elle dut plus d ’une fois voilevr son action, car les Rapport s
du Congrès an nu e l sont , en ce qui con cer ne les pays irredenti,
d ’une t onal i té plus discrète, qui ne doit pas, bien au cont rai re,
faire illusion. La m ei l le ur e bes ogne s o uv ent se fait s ans bruit,
et celle de la Dante A lig h ieri dans la r égion de Trieste et du
Tr en ti n ne pouvai t pas t ou jo urs se crier s u r les toits.
A u j o u r d ’hui la partie est gagnée, et la D ante A lighieri
t r i o m p h e avec 1 Italie t out entière. Elle v o u d ra it p o u r t a n t
que la vi ct oi re fût poussée plus loin e n c o r e : no n c on te nt e
du t r i o m p h e de la civilisation i tal ienne s ur la cul ture g e r m a ­
n ique dans les t err es libérées qui av ai ent été p romi ses à l ’Italie
et qui s ont bien siennes, elle souhai t era it que Vitaliauitd
affirmât ses droits en face du sl avi sme p a r la reven di cat i on
de la Dalmatie. Au l e n d e m a i n m ê m e de l ’armistice, dans

�41)

ÉTUDES

ITALIENNES

u n e r é u n i o n de la Société, t out e vi br ant e de l'allégresse de la
victoire, qui s ’est t enue à Ro me le 1er d éc e mb re (1918),
M. Boselli et d ’aut res o ra te urs o n t p r oc la mé no n s eu l em en t
F iu me et Zara, mais Spal at o villes it al iennes. Un ordr e du
j o u r a été voté, qui récl amai t la Dalmatie tout ent ièr e p o u r
l’Italie, et déclarait que l’un it é totale de celle-ci avait t o uj our s
été dans le p r o g r a m m e de la Dante A lig h ieri...

\

IV
La ü a n te A lig h ieri, on le voit, ne se c a n t o n n e pas, c o m m e
Y A lliance fra n ça ise, dans u n e tâche p u r e m e n t « culturelle »,
p o u r e m p l o y e r u ne expr essi on d eve n ue c ou r a n t e a u j o u r d ’hui.
Elle ne cr ai nt pas de s ’a v e n t u r e r s ur le t err ai n, m ê m e le plus
délicat, de la pol iti que i n te rn a ti o na le . Elle n ’a pas été ainsi
sans s oul ever cert ai nes critiques. On s’est parfois é mu en
Suisse de l’activité q u ’elle dépl oyai t dans le ca n to n du Tessin.
Celui-ci est t e l l em en t italien de l an g u e et de cul tu re que
l’œ u vr e de défense de la Société pou vai t n ’y pas s em bl er n éc es ­
saire ; encore est-il que, là aussi, le g e r m a n i s m e a quelquefois
poussé sa pointe, et il n ’est pas m a uv ai s q u ’il s’y soit h eur té à
des forces organisées. C’est ainsi q u ’à l’occasion d e l à hont eus e
c o n ve n ti o n du Go thar d, qui dépoui ll ai t la Confédérat ion helvé
tique au profit de l’A l le ma gn e d ’une par ti e de sa s ouver ai net é,
le XVII6 Congrès a n n u e l de la Dante vot a une m o t io n qui pri ai t
le g o u v e r n e m e n t fédéral de m ieu x p r o t ég e r les droits de l ’i t a ­
lien a u Tessin qu'il ne l’av ai t fait jusque-là.
Il
faut bien a v ou e r c e p e n d a n t q u ’e nt r a î n é e par sa passi on de
Y ita lianit'a, la Société a, en d ’aut re s ci rconstances, u n peu
ch a n g é le c arac tè re de sa mi ssi on et quitté, peut-être sans s’en
apercevoir, le t e r r a i n n at i on al po u r le t er r ai n politique. J u s t e ­
m e n t soucieuse du d év e lo p p e m e n t de l’i ns t ru ct i on dans le
peupl e italien, q u ’elle r o ug i t de voir c o m p t e r encore t a n t à ’analfa b ê ti, elle a mani fe st é quel que p ro p e n s i o n à ne pas c on na ît r e

�LA S OCI ÉTÉ « DANTE A L I G H I E R l »

41

d ’au tre i n s t r u m e n t de culture nat i onal e et de lutte cont re
l 'i gnoranc e que l’école d’Etat. * Certaines m en ac e s voilées
contre l’e n s e i g n e m e n t libre sont parfois parties de ses
Congrès.
Un peu d ’indi scrét ion à l’extérieur, un peu d ’i nt olérance au
dedans, voilà ce q u ’on a pu r e p r o c h e r à la Dante A lighieri.
Mais on ne s au r ai t q u ’a d m i r e r les rés ult at s q u ’elle a o bt en us
Pour la défense de la l an g ue et de l’idéal italiens p ar delà les
frontières politiques de l’Italie, dans les t erres n a gu è re irrédim é e s q u e le trai té de paix a r éunies à la mère-pat ri e, c o m me
dans les diverses r égions d é mi g ra ti o n i tal ienne des deux
mondes . Elle a, dans l’épr euve terrible de la g uer r e, multiplié
ses efforts gr â ce à des concours do n t il c on vi ent de saluer
l’i ntelligence et la générosité. Ent re 1 été de 1914 et 1 entrée
de l’Italie dans la g u e r re , elle or ga ni sa it une p r opa gand e,
orale et écrite, destinée à éclairer le pays s ur son devoir et ses
vrais intérêts. Elle l’a cont inuée, j u s q u ’à la fin de la guer re,
po u r s o u t en i r le m or al et le relever, q u a n d il fut a t t ei n t par le
défaitisme. Elle est venue en aide, a u t a n t que possible en leur
p r o c u r a n t du travail, aux réfugiés du Fri oul envahi. Dès 1915
et m ê m e 1914, elle s’était occupée des réfugiés v ol ont ai res de
Trieste et du Tr ent in , qui, p ré v o y a n t le s or t do n t ils ét aient
menacés s ’ils r es ta ie nt s ur le sol a ut ri c hi en , s ’ét ai ent hâtés de
passer en Italie. Le don magni fi que de 200.000 lires, versés
eu 1919 par la Caisse d ’é p a rg ne des provi nces l ombardes, lui
p e r m e t t a i t en 1917 de sub veni r aux frais d ’études de j eunes
gens de familles peu fortunées des pays irredenti.
L ’A lliance f rançaise, elle aussi, a, de 1914 à 1919, a da pt é son
action aux ci rconstances : fidèle à l’esprit qui l’a créée et qui
la régit, eile s’est efforcée a v a n t tout de défendre la justice de
la cause fr ançaise dev ant les au tre s nat ions. De m ê m e la Dante
A lig h ie ri s’est co nf o rm ée à son pro pr e p r o g r a m m e en t r ava il lant
surt out , p e n d a n t ces ann é es t rag iq ue s, à fortifier le s e n t i m e n t
n at i onal p a r mi tous ceux que la pat ri e i t a l i e n n e ’ peut r e v e n ­
diquer c o m m e ses enfants, s ur son sol ou s ur le sol ét ra nger.

�42

ÉTUDES

ITALIENNES

V
On voit t o u t ce que la Dante A lig h ie ri a déj à réalisé dans sa
carri èr e r e la t i v e m e n t brève : les g r o u p e m e n t s italiens du
deh or s suivis p ou r ainsi dire pas à pas d ans leur vie nouvelle,
la l an gu e et la c ul ture ital iennes é n e r g i q u e m e n t défendues
p a r mi eux, non s eu l em en t p o u r q u ’elles s’y m a i n t i e n n e n t , mai s
p o u r q u ’elles en r a y o n n e n t , l’idée n a ti o na le e nc ou ra gé e et
exaltée dans les provi nces que la victoire g é n é ra le de l'En tent e
vi ent enfin d ’a r r a c h e r à l ’ancien « e n n e m i et allié », le m o ra l
g u e r r i e r e n t r e t e n u et s o u te nu p e n d a n t la t err ibl e lutte qui
vi en t de m e n e r à cette victoire, et ses vi ct imes m o m e n t a n é e s
aidées m at ér i e l l e m e n t et m o r a l e m e n t , tel est le bilan de son
action.
Avec quels m o y e n s la Société est-elle ar ri vée à ces ré sul tat s?
Son g r a n d ressort, c’est le pa tr io t is me vi go ureux , disons m ê m e
i n t r a n s i g e a n t , d’u ne n a t i o n en co re j eun e et ambi t ie us e de
j o ue r dans le m o n d e le g r a n d rôle d o n t elle a conscience d ’être
digne. C’est ce p at ri o ti s me qui lui a d o n n é nai ssance, qui a
favorisé so n r e cr u t e m e n t , qui lui a at t iré les res sour ces m a t é ­
rielles sérieuses q u ’elle a i n t e l l i g e m m e n t utilisées. Il faut aussi
ne pas oubl ier que quelques-uns des h o m m e s les plus m a r q u a n t s
de l ’Italie pol iti que ou litt érai re o n t t ravaillé à sa fondati on,
se son t succédé à sa tête ou o n t t e n u u n e place i m p o r t a n t e
■ dans sa di rection : Carducci, Villari, Colajanni, Gi ovanni
Pascoli, et, n o m s m o i ns éclat ant s, mai s que les g o u v e r n e m e n t s
de g u e r r e de l’Italie no us o n t a ppr is à c o nn a ît r e, Boselli,
S t r i n g h e r , F r ad e le t t o; c’est u n e force p o u r u n e société telle
qu e la Dante A lighieri d’avo ir eu, p o u r la i e p r é s e n t e r ou la
condu ire , des p er s o n n a g e s j oui ssa nt de leur presti ge ou possé­
d a n t l eur influence. Mais la b o n n e volonté, l a c onvi ct ion et le
zèle de la ma ss e de ses m e m b r e s n ’o n t pas m o i n s c on tr ibu é à
son succès. Il suffit de lire quel ques pages de sa r evu e : A tti
délia Soçietà naziotiale Dante A lig h ieri (B ollettino semestrale),

�LA S OCI ÉT É « D ANT E A L I G H I E R I

43

»

et de l’a n n u e l l e R elazione del Consiglio centrale p o u r p er c e ­
voir ce q u ’est chez les sociétaires la f er veur de la p r o p a g a n d e
Pour l’idée it al ienne. Oi on s le dire, en faisant n a t u r e l l e ­
ment les a da p t a t i on s nécessaires : la D in te A lig h ieri nous
offre u n modèl e d o n t il y aurai t, enc ore u n e fois m n ta tis
M utandis, quelque profit à nous i ns pi rer. S al uon s ces efforts
énergi ques d ’u ne j eu n e n at i on ami e, louons les a u t a n t q u ’ils
le méri t en t, s ac hons , sans en r e do ut er trop j a l o u s e m e n t la
concurrence, voir les cas où ils p ou r r a i e n t être p ou r nous mêmes u n e r ais on de plus d ’accroître n o tr e p ro pr e activité en
faveur de no tre l an g ue et de n ot re culture, et donc et s u r t o u t
imitons-les.
Mars 1919.

Jacques

Z

e il l e r

.

�Bibliogpaphie

D. Mii ucl Asin Palacios. La E scatologia m u s u lm a n a en la D ivina C om edia. Discurso
i e i d o e n el acto d e recep ción e n la R. A cad em ia es pañola. M adrid. 1919; i n 4,
403 pages.

Le m ém o ire de M. A sín P alacios s u r les so u rces isla m iq u e s de la D ivine
C om édie n ’a p e u t-ê tre p as fait b e a u co u p de b r u it, m a is il a u ra u n lo n g
re te n tis s e m e n t. 1 1 fa lla it u n a ra b is a n t de p re m ie r o rd re p o u r classer,
ré s u m e r, citer, r é u n ir en u n faisceau solide e t im p o s a n t to u te s les lég en d es
issu es du C o ran , ju s q u ’a u x œ u v res d ’A b en arab i de M urcie (p re m iè re
m o itié d u x m e siècle), q u i p ré s e n te n t q u e lq u e a n a lo g ie avec le po èm e de
ü a n te co n sid éré d a n s son e n se m b le o u d a n s ses d étails. Le sa v a n t p ro fes­
se u r de l ’U n iv ersité de M adrid a re m p li son p ro g ra m m e avec u n e a m p le u r,
u n zèle, u n e rich esse d ’in fo rm a tio n s , u n e force de co n v ictio n q u i ne
p eu v e n t m a n q u e r de faire g ra n d e im p re ssio n s u r ses lecteu rs. P o u r q u i­
c o n q u e n ’est p as b ie n a u c o u ra n t de la litté r a tu r e a ra b e — j ’ose à p ein e
d ire que c’est la q u a si to ta lité des d an to lo g u e s ! — la p lu p a r t des ra p p ro c h e ­
m e n ts sig n alés p a r M. A sin Palacios so n t u n e ré v é la tio n . O n est u n p eu
a b a so u rd i et h u m ilié d ’a p p re n d re q u e , n o n se u le m e n t les visio n s d ’E n fe r
e t de P a ra d is, m ais la re n c o n tre m êm e de B éatrice a u p a ra d is te rre s tre , et
bien d ’a u tre s choses, se lisa ie n t déjà chez des é criv ain s m u s u lm a n s d o n t
o n ig n o ra it l ’ex isten ce! O n est d ’a b o rd te n té de s’affliger ; o n s’é to n n e to u t
a u m o in s ; q u e lq u e s -u n s p e u t-ê tre se ré jo u iro n t A la réflexion p o u rta n t
on s'a p e rç o it q u e , si l’é to n n e m e n t est n a tu r e l, il n ’y a n i à se ré jo u ir ni
à s’afflig e r de ce lo n g c h a p itre a jo u té à 1 h is to ire des p ré c u rs e u rs de D an te ;
c ar to u s ces ra p p ro c h e m e n ts si c u rie u x , so u v e n t in a tte n d u s , to u jo u rs
in s tru c tifs , so n t en ré a lité to ta le m e n t é tra n g e rs à la D ivine C om édie.
L’e r r e u r de M. A sin, o u p e u t-ê tre sa s u p rê m e h a b ile té , a été de p a rle r
to u t de su ite , avec u n e g ra n d e a u to rité , des « so u rce s » ara b e s de D ante
et de ses « m odèles », et a in si de fa ire e n tr e r pou à p eu , de page en page,
cette co n cep tio n d a n s l'e s p rit de son le c te u r, en lu i a ss é n a n t de m a in de
m a ître , sa n s lu i la isse r le lo isir de re s p ire r, to u te u n e volée d’a rg u m e n ts
q u i p le u v e n t d ru s et lo n g u e m e n t, e t q u ’il excelle à ré s u m e r (p 225-228)
avec u n e g ra n d e force. Si a p rès cela o n n ’est p as c o n v ain c u q u e D an te a
bien c o n n u to u te ce tte litté ra tu re , c’est q u ’en v érité o n y m e t b eau co u p
d ’e n tê te m e n t!
C e p e n d a n t p a rtir d u C o ran p o u r a rriv e r à A b en arab i, et re je te r d a n s
u n e d e rn iè re p a rtie l ’e x am e n de ce fo rm id a b le p ro b lè m e : c o m m e n t D ante

�BIBLI OGRAPHI E

45

a-t-il c o n n u to u s ces textes? c’est su iv re p ré c isé m e n t l'o rd re in v erse de
celui q u 'im p o s a it u n e sa in e m é th o d e . C ar a v a n t to u t ex am e n d u n e
légendè is la m iq u e q u elco n q u e , d a n s ses ra p p o rts avec l ’œ u v re de D an te,
se pose u n e q u e stio n p ré ju d icie lle : le poète flo re n tin n e sav ait p as 1 arab e
— pas p lu s q u e le grec o u l’h é b re u 1 ; p a r q u elle voie la litté ra tu re a ra b e
est-elle d o n c arriv ée ju s q u ’à lu i? T a n t q u ’o n n ’a pas c h e rc h é lo y a le m en t
à rép o n d re à cette q u e stio n , on p e u t b ie n se li v r j r a u p e tit je u , in fin im e n t
suggestif, des ra p p ro c h e m e n ts ; o n n ’a le d ro itd e p a rle r ni de so u rces, ni de
m odèles.
On n o u s d it : b e au co u p d idées a ra b es éta ie n t passées d a n s des o u m ages
rédigés, à l’u sage des c h ré lie n s d E sp ag n e, en la tin o u en castilla n .
Qu’on étab lisse d onc e n tre ces textes et la C o m m e/lia des ra p p ro c h e m e n ts
P ro u v an t q u e D an te les a c o n n u s et q u ’il s’en est in s p iré ; m ais q u ’on
n ’éditie pas u n ra is o n n e m e n t co m m e celui-ci : des idées et des d o c trin e s
arabes é ta ie n t co n n u e s d u clerg é esp ag n o l, en vue de les ré fu te r et m êm e
de le , parodier«, d o u e u n poète ita lie n p o u v a it c o n n a ître to u te la tr a d i­
tion des in te rp rè te s d u C o ran , des m y stiq u e s et des poètes a ra b e s! - On
n o u s d it en co re : m ais B ru n e tto L atin i e s t allé en E sp ag n e, co m m e
a m b assad eu r de F lorence a u p r è s d A lphonse le Sage, en 12GU, p u i^ q u il
fu t le « m a ître » de D an te (M. Asm p re n d ce m o t d a n s son sen s le
plus rig o u re u x ; m ais D ante ne p u t se m e ttre à 1 « école » de
B ru n etto q u e v in g t a n s p lu s ta rd , a u m o in s !), c’est lu i q u i co n ta to u tes
ces belles h isto ire s à so n élève. — O n su p p o se d o n c q u e B ru n e tto
L atini, a u co u rs de ce ra p id e voyage, s’éta it d u ra b le m e n t im b u de
poésie a ra b e ; m ais co m m e il e st ju s te m e n t le M o re n tin de sa g é n é ra ­
tion q u i a le p lu s é crit, o n d e v rait ap ercev o ir d a n s ses œ u v res des traces
im p o rta n te s de sa c u ltu re a ra b e ; q u o n n o u s cite d o n c les légendes isla­
m iques q u ’il av ait ra p p o rté e s d E sp ag n e, et q u o n laisse A benaya bi en
paixI O r M. A sin Palacios ne cite q u e des textes a rab es, san s d o u te parce
q'-i’il n 'e n c o n n a ît p as d ’a u tre s. P o u r m u p a ri, j a jo u te q u e les E spagnols
eux-m êm es m e p a ra is s e n t n ’av o ir tiré a u c u n p a rti des œ u v res d u poè.e de
Murcie, et en g é n é ra l de to u te s ces v isio n s de M ahom et
ce q u i est
d 'a ille u rs fo rt n a tu r e l de la p a rt de c h ré tie n s e n lu tte c o n sia n te avec les
M aures ! Paolo Savj-Lupez, q u i sav ait c h e rc h e r et tro u v e r, a c o m m u n iq u é
en 1897 a u Giornale dantesco u n e n o te in titu lé e : « P re c u rso ri sp a g n u o li di
D ante ». q u i est d ’u n e e x trê m e p a u v re té ; u n fra g m e n t d e là \ id a d e san ta
Oria de B erceo ra p p elle u n d é ta u do la v,sion d ‘ lu n d a l p a i u n e a llu sio n
au p a ra d is ; p u is u n passag e d u Lihro de A levaiidro, re la tif à 1 e n te r, est
e m p ru n té à V .ilexa n d reis, de G a u ü e r de C h atillo n ; et c est to u t. T rouvera-

1. 11 e s t é t r a n g e e t f â c h e u x q u e M. Asin d ise e t r é p è t e (p. 323 et 321) q u e le
N e m r o d de D a n te p a r l e h é b r e u , q u a n d le t e x t e du p o ète d it p r é c i s é m e n t q u e le
l aug ag e d e N e m r o d « n ’es t c o n u u de p e r s o n n e » (.luf. XXXI, 80-81), et cela p o u r
ta b o n u e r a i s o n q u ’à lui r e m o n t e la c o u f u sio n des la n g u e s !
2. « . .. a c o m p a ñ a d a s de c o m e n t a r i o s b u r l e s c o s » (p. 316),

�46

ÉTUDES

I TALIENNES

t-o n m ieu x ? Il a p p a rtie n t au x é ru d its d ’E sp ag n e de ré p o n d re . A tten d o n s.
E n a tte n d a n t, M A sin se re je tte s u r des g é n é ra lités : la civilisatio n
ara b e a occupé u n e g ra n d e place d a n s le b a ss in de la M éd iterran ée au
m oyen âge ; A vicenne, A verroès, A lferg an i, et p lu s ie u rs a u tre s, tr a d u its
en la lin , o n t été cités p a r D an te — m a is n o n p a r D an te to u t s e u l; — à
q u o i n u l n e c o n tre d it. Il se re je tte en co re s u r des h y p o th èses o u s u r de
sim p les p o ssib ilités ; p a r exem ple : rie n n e pro u v e q u e D an te ig n o r â t les
lin g u e s sém itiq u e s (p . 327) E v id e m m e n t; m a is il se ra it p lu s u tile de
p ro u v e r q u ’il les savait, e t ce se ra it a u ssi b eau co u p p lu s difficile.
S e n ta n t b ien q u e , co m m e ju s tific a tio n p réa la b le de son e n q u ê te , ces
a rg u m e n ts e u ss e n t été u n p eu faibles, l ’a u te u r les a sp iritu e lle m e n t
réservés p o u r la fin ; il a p en sé q u e le le c te u r éb lo u i, d o m in é, v ain cu p a r
u n étalag e in u s ité , et v ra im e n t a d m ira b le , de c ita tio n s, d ’an aly ses et de
ra p p ro c h e m e n ts, n e se ra it p lu s en é ta t de d is c u te r ; re m a rq u e s g én érales,
su p p o sitio n s p e u sû re s, to u t p re n d alo rs à ses yeux l’a p p aren ce de l’évi­
dence m êm e. P o u r sa p a r t c e p e n d a n t, M. A sin n ’a a u c u n e illu sio n s u r la
v a le u r p ro p re de ces c o n sid é ra tio n s h isto riq u e s ; il n e les a v isib le m e n t
faites q u e p a r con d escen d an ce p o u r c e rta in s p é d a n ts : to u t cela ne c o n d u it
à rie n , d it-il ; seules les an alo g ies c o n s titu e n t des p reu v es scien tifiq u es
(p. 323). Il e û t été b o n de p o se r ce p rin c ip e a u seu il d u v o lu m e ; o n a u ra it
su to u t de su ite à q u o i s’en te n ir.
T o u t en c o n d a m n a n t la m é th o d e te n d a n c ie u se et en re je ta n t les co n ­
clu sio n s abso lu es de ce livre, te l q u ’il est p ré se n té , je tie n s à d é c la re r
q u e je l’ai lu d ’u n b o u t à l’a u tr e avec b eau c o u p de cu rio sité , d ’in té rê t, de
profit, et q u e je conserve u n e sin cère re c o n n a issa n c e a u sa v a n t q u i m ’a
révélé cette lo n g u e série de légendes, d o n t j ’ig n o ra is à p eu p rè s to u t. Son
m ém o ire d o it ê tre lu et sé rie u se m e n t c o n sid éré p a r les c o m m e n ta te u rs
de D ante. F au te de co m p éten ce, n o u s accep to n s avec co n fian ce ses analyses
et ses tra d u c tio n s , sa u f re c tific a tio n s1, et sa n s tir e r a v a n ta g e c o n tre lu i
de sa co n n aissan ce in ég ale de D an te et de la litté ra tu re d a n te sq u e . Il
fallait q u e to u te s ces a n alo g ies fu s se n t relevées. Q u’en ré su lte -t-il?
Il e n ré s u lte q u e l’h u m a n ité v it s u r u n fo n d d ’idées en so m m e p eu
n o m b re u se s; q u e c e rta in s p ro b lè m e s, to u jo u rs les m êm es, la p ré o cc u p e n t
o b stin é m e n t, en p a rtic u lie r celui de n o tre d estin ée a p rè s la m o rt, et
q u ’elle est in ca p a b le d ’im a g in e r la félicité des é lu s et le c h â tim e n t des
rép ro u v és en d e h o rs d ’u n cercle fo rt r e s tre in t de co n cep tio n s m o ra le s et
de fo rm e s c o n c rè tes; q u e des re sse m b la n c es s u r ce p o in t e n tre deux civi­
lisatio n s e n n em ie s co m m e le c h ristia n is m e et l ’isla m ism e so n t d ’a u ta n t
m o in s su rp re n a n te s q u 'e n ré a lité l’isla m pro céd é p o u r u n e p a r t a p p ré ­
ciable d u ju d a ïsm e et d u c h ris tia n is m “, et q u e le d é v elo p p e m en t des

1. Il s e r a i t t r è s d é s i r a b l e q u e d e s a r a b i s a n t s v o u l u s s e n t b i e n p o u r c e la v e n i r d
n o t r e aide e t n o u s c o n f i r m e r q u e n o t r e cou tianse e s t b i e n placée. V o ir un a r ticle
e n t h o u s ia s t e d ’u n c é l è b r e o r i e n t a l i s t e i t a l i e n , l t a l o Pizzi, de 1 U n iv er sité de
T u r i n , d a n s le G iornale S to r. d e /la le tle r a t. i ta l., t. LXX1X, p. 99.

�Ê IBLI OGRAP HI Ë

47

deux civilisations a été p a ra llè le ; q u 'e n fin 1 étu d e d u folk-lore révèle des
analogies b ien a u tr e m e n t s u rp re n a n te s e n tre des civ ilisatio n s b ea u c o u p
plus éloignées d a n s l'espace et d a n s le te m p s.
T out cela est trè s ca p tiv a n t, trè s su g g e stif, trè s m y sté rie u x , e t n o u s
invite à de lo n g u e s réflexions. Mais, ju s q u 'à p reu v e d u c o n tra ire , ces
analogies n ’o b lig e n t pas, n ’a u to ris e n t m êm e pas à d ire : ceci est copié de
cela. O ù est le tr a it d ’u n io n ? Le p o in t de co n tac t?
H en ri I I a u v e t t e .
Rascolta V inclana
presso l’Archivio storico del c o m u n e di Milano, fa ic ic o lo X .
Nel q u a rto c e n ten a rio d e lta m o r te d i L eonardo da V inci. M aggin M G U X IX .
M ila n o .

Léonard de Vinci. A r tic le s ...... re cu eillis p a r M aurice M ignon, 2’ éd itio n . R om e,
aux éd ition s de la Nouvelle Revue d'Italie, 1919.
Francisco O restano L eo n a rdo do, Vinci. Edizioni « O p t i m a », Rom a, 1919, in-16.

« Le seul h o m m a g e q u i so it d ig n e d ’u n tel h o m m e est l’effort p o u r
le c o m p re n d re , p o u r le m o n tre r te l q u ’il f u t.... )) ( G . S éailles ).
Les div erses p u b lic a tio n s d o n t n o u s ra p p ro c h o n s ici les titre s so n t nées
d ’u n e m êm e pensée e t te n d e n t vers u n m êm e b u t : c élé b rer « scien tifi­
q u e m e n t » le q u a triè m e c e n te n a ire de la m o r t de L éo n ard , re n d re à 'sa
m ém o ire l ’h o m m a g e de re c h e rc h e s s u r sa p e rso n n e et s u r son œ u v re.
Science et philo so p h ie h isto ire et poésie, c ritiq u e litté ra ire et c ritiq u e
d ’a rt, to u te s les co m péten ces s’y d o n n e n t rendez-vous.
La Raccolta Vinciana. q u e p u b lie a n n u e lle m e n t (sa u f les in te rru p tio n s
dues à la g u e rre ) lA rc h iu io sto’ ico &lt;tel Comune d i Milano, e n est à son
dixièm e vo lu m e. Elle le rap p e lle avec u n lé g itim e o rg u e il, et fait m ieu x
encore en d o n n a n t l'in d e x d é tô llé de to u tes les m a tiè re s a y a n t fig u ré
d an s ses dix volum es. C et in d ex té m o ig n e de so n activité et fo u r n it u n
in v e n ta ire à p eu près co m p let de la litté ra tu re lé o n a rd e sq u e d a n s ces
q uin ze d e rn iè re s a n n é e s. Le p ré s e n t v o lu m e n ’est p o in t a b so lu m e n t ce
q u ’il a u ra it d û ê tre d a n s la p an sée de ses p ro m o te u rs : le co m p te re n d u
d étaillé d 'u n co n g rè s in te rn a tio n a l de sav an ts ré u n is p a c ifiq u e m e n t à
Milan en 1919 p o u r c o m m é m o re r le g ra n d a n n iv e rsa ire . Il dép asse cep en ­
d a n t en in té rê t e t e n im p o rta n c e ceux q u i l ’o n t précédé. U ne série de
tra v a u x o rig in a u x y fig u re , d u s a u x so m m ité s de l’é ru d itio n ita lie n n e en
m êm e te m p s q u ’à d ’é m in e n ts spécialistes é tra n g e rs . D an s l’espace lim ité
d o n t n o u s d isp o so n s ici, n o u s dev o n s n o u s b o rn e r à n ’e n re la te r q u e
les p lu s im p o rta n ts .
G.
C alvi. L’adorazione dei iia g i di L. da V. — E tu d e s u r le cé lè b re
tab leau des Offices, sa d e stin a tio n o rig in a ire , les d essin s p ré p a ra to ire s
a u ta b le a u , le ta b le a u lu i-m ê m e co n sid é ré d a n s le d é ta il de ses p e rs o n ­
nages et de ses accessoires, v u e t cara c té risé d ’e n se m b le, à la lu m iè re des
écrits et des a u tre s œ u v res d ’a r t de L éo n ard . Le n etto y a g e a u q u e l cette
p e in tu re a été so u m ise il y a q u e lq u e s a n n ées a p e rm is d ’en m ieu x

�48

ET ÜDE S I T A L I E N N E S

ob serv er les fo n d s, d ’en d é c o u v rir c e rta in s d étails ig n o ré s, e t a c o n d u it
l'a u te u r à é m e ttre des c o n jec tu res q u i p e u v e n t ê tre d iscu tées, m a is n ’en
so n t pas m o in s in té re ssa n te s et in g é n ie u se s. Tel p e rso n n a g e d u ta b le a u
(le je u n e h o m m e d e b o u t a u p re m ie r p la n à d ro ite ) re p ré s e n te ra it L éo n ard
lu i-m êm e ; tel a u tr e (le p re m ie r des d e u x cav aliers de g au ch e q u i to u r n e
la tête vers le g ro u p e c e n tra l) n e se ra it a u tr e q u e L a u re n t de M édicis.
Tel profil d ’an g e o u de roi m a g e offre u n e p a re n té fra p p a n te avec telle
tête d ’a p ô tre d u Cenacolo. Le p e rso n n a g e d e b o u t a u p re m ie r p la n à g au ch e
sem ble avoir fo u rn i à R aphaël le m odèle de l ’u n des p e rso n n a g e s cen ­
tra u x de l 'Ecole d ’Athènes. Le c o m b a t de cav aliers a u fo n d de la c o m p o ­
sitio n est co m m e l’éb au ch e de l ’épisode célèbre de la Bataille d ’Anghiari.
H.
d'O chenkow ski, La « Donna coll’E rm ellino » è una com^osizione di L.
da V. — P re n a n t n e tte m e n t p a rti d a n s les in n o m b ra b le s d iscu ssio n s
auxquelles a d o n n é lieu la Femme à l'herm ine d u Musée C zarto risk y de
Gracovie, l'é m in e n t c o n se rv a te u r de ce m u sé e m e t à les é c la irc ir, son
a m o u r-p ro p re , son sens a rtis tiq u e et son é ru d itio n . P o u r lu i, le tab leau
est b ien celui d o n t il est q u e stio n d a n s les le ttre s éch an g ées p a r Cecilia
G allerani et Isabelle d ’E ste. Le p e rso n n a g e re p ré se n té est Cecilia G alleran i
elle-m êm e, m a îtresse de L udovic le More. Le c ritiq u e a p p o rte à l’a p p u i de
cette th èse u n a rg u m e n t n o u v e a u , décisif selon lu i, q u ’il tire de la s ig n i­
fication d o u b le m e n t sy m b o liq u e d u p e tit a n im a l q u e la d a m e tie n t d a n s
ses m ain s. L’h e rm in e sy m b o lise to u t à la fois le d u c de M ilan, et la
ch asteté. D’a u tre s ra iso n s de cette id en tific a tio n so n t fo u rn ie s p a r le
ra p p ro c h e m e n t de cette fig u re avec d ’a u tre s en q u i l'a u te u r c ro it re c o n ­
n a ître le m êm e p e rso n n a g e : La Belle Ferronière d u L ouvre, le d essin p o u r
l’an g e de la Vierge a u x rochers d u Musée de T u rin , etc.
P lus d élicate e n co re est la q u e stio n de l’a ttrib u tio n de la p e in tu re
à L éo n ard . E n l’ab sen ce de to u t té m o ig n a g e p o sitif, elle n e p e u t se dég a­
ger q u e des c aractères de l'œ u v re elle-m êm e, ca ra c tère d ’u n e a p p ré c ia tio n
d 'a u ta n t p lu s m alaisée q u e l’œ u v re a su b i u n e série de re p e in ts et de
re s ta u ra tio n s . C o m m e n t y re tro u v e r la m a in de l'a rtis te , s u r to u t à u n e
ép oque p e u avancée de sa c a rriè re ? L 'opinion de M. d ’O. est q u e cette
p e in tu re n ’est q u ’en p a rtie de L éo n ard , q u ’u n e a u tr e m a in , celle d ’u n
c o lla b o ra te u r h a b itu e l de l'a rtis te , A m b ro g io de P ré d is, y a é g a le m e n t
travaillé. C ette co n clu sio n s'a p p u ie s u r 1 e x a m e n d a u tre s œ u v re s c o n te m ­
p o ra in e s de la p re m iè re o ù la te c h n iq u e d u m a ître e t celle de son c o lla ­
b o ra te u r p e u v e n t d is tin c te m e n t s’o b se rv e r: p lu s ie u rs d essin s de L éo n ard ,
Y Adoration des Mages, le Musicistu de l’A m b ro sien n e , le p o rtra it de l'e m ­
p e re u r M axim ilien de V ienne, ce d e rn ie r p o rta n t la s ig n a tu re d A m b ro g io .
Cette an aly se su b tile est p o u rs u iv ie p a r M d O . ju s q u e d a n s les m o in d re s
d étails de l’œ u v re, et q u e lq u e in c e rta in e s q u ’en re s te n t les co n clu sio n s,
jl est difficile de la p o u sser p lu s a v a n t.
E la rg issa n t le p ro b lè m e de la c o lla b o ra tio n dé L éo n ard et d ’A m b ro g io , le
c ritiq u e l'é te n d à l’in te rp ré ta tio n de d eu x œ u v res a y a n t fait l’o b je t d ’u n e
d iscu ssio n célè b re: les d eu x Vierges a u x rochers de L o n d res e t de P a ris : la

�BI BLI OGRAP HI E

49

p re m iè re m o in s p a rfa ite d ’ex éçu tio n , m a is p o ssé d a n t ses p ap iers en règle
et ses preu v es avérées d ’a u th e n tic ité ; la seconde d ’o rig in e in c o n n u e,
m ais tr a h is s a n t p a r sa p erfe ctio n m êm e, la m a in de L éo n ard . T outes
deux p o rte n t, à des deg rés d iffé ren ts, la trac e de la fa c tu re d ’A m brogio.
Cet exam en c o n d u it l’a u te u r à é ta b lir à n o u v eau la liste des œ u v res
o rig in ales d ’A m brogio de P réd is et de celles o ù se m a n ife ste sa collabo­
ra tio n avec L éonard.
G. F avaro, Leonardo e l’em br ologia degli uccelli; F. Bottazzi, Un esperimento di L. sul cuore e un passo dell'IUade. — D eux é tu d e s scien tifiq u es,
la p rem ière te n d a n t à d é m o n tre r q u e les o b serv atio n s de L. s u r l’œ u f de
la poule in c u b a tio n n a tu re lle et artificielle, p ro b lè m e des_sexes, c o n s titu ­
tion de l’œ uf), so n t p lu tô t des n o tes tiré e s de le c tu re s q u e le ré s u lta t
d ’en q u ête s p erso n n elle s ; la seconde in te rp ré ta n t à l ’in v erse d iv ers p a s­
sages de L éonard re la tifs a u x m o d ificatio n s d u c œ u r d u r a n t la saignée
des p orcs, co m m e le ré s u lta t de v éritab les exp érien ces p h y sio lo g iq u es,
et é ta b lis sa n t u n ra p p ro c h e m e n t in a tte n d u e n tre les o b serv atio n s de L.
et celles d 'IIo m ère.
A, F avaro, Passa’o présente e avvenire dette edizioni vinciane; G S arlo n .
Une encyclopédie léonardesque. — D eux artic le s d inégale im p o rta n c e s u r
u n e q u e stio n cap itale Nous n o u s c o n te n to n s de les c ite r ici, n o u s p ro p o ­
sa n t d ’en é tu d ie r de p lu s p rès les co n clu sio n s.
Le Léonard de Vinci d o n t l ’in itia tiv e re v ie n t à M. M aurice M ignon et la
p u b lic a tio n à la Nouvelle revue d'Italie, p ré se n te cette p a rtic u la rité q u e
to u s les a rticles q u i y fig u re n t so n t é c rits o u a u m o in s tr a d u its en fra n ç a is,
q u o iq u 'u n b o n n o m b re ém a n e d ’é ru d its italien s.
La c ritiq u e générale, s y n th é tiq u e , celle q u i s'efforce de re c o n s titu e r la
p e rso n n a lité de L. à l’aide des m a té ria u x d issém in és ^ans son œ u v re, est
la rg e m e n t re p résen tée d a n s ce v olum e.
G. Séailles, L’' génie de L. de V. — A nalyse son cara c tère, m o n ire le p a rfa it
éq u ilib re et l ’h a rm o n ie u x e n sem b le des d o n s q u i font, de lu i u n h o m m e
achevé.
F. O restan o , L de V. philosophe. — E x tra it de son œ u v re o ù ils se tro u v e n t
d isp ersés et à l’é ta t en q u e lq u e so rte e m b ry o n n a ire , e t o rg a n ise en u n
corps de d o c trin e les p rin c ip e s de sa m éth o d e (e m p irism e , ra tio n a lism e ,
concept de l'in fin i). A nalyse en m ê m e te m p s les p a rtic u la rité s de son
gén ie, (e s p rit encyclopéd iq u e, in s p ira tio n réfléchie, te n d a n c e à to u t r a tta ­
ch er à l ’a r t d u d essin , c o n tin u ité p sy ch o lo g iq u e, ré a c tio n créa ice,
stoicism ;) La su b sta n c e de ce tra v a il est re p ro d u ite sous u n e fo rm e u n
p eu d ifféren te d a n s u n p e tit v o lu m e : Léonard de Vinci (Rom e, éd itio n s
« O ptim a », 1919).
G. Calvi, Quelques aperçus de L sur la vie et le monde. — E tu d e p ro fo n d e ,
et fo rte m e n t d o c u m en tée s u r la co n cep tio n m o rale de la vie chez L éonard, sa
co n ception m éca n iq u e d u m o n d e, la co n n ex ité e x ista n t e n tre son expérience
scien tifiq u e des c h o 3es et son idéal a rtistiq u e .
^

�50'

ÉTUDES ITALIENNES

La c ritiq u e b io g ra p h iq u e est é g a le m e n t re p ré se n té e p ar q u e lq u e s b o n s
trav au x .
M. C erm e n a ti, L e roi qui voulait im porter en F r a n e la Cène, de f . ’onard —
Ce roi, d o n t P a u l Jove et V asari p a rle n t sa n s le n o m m e r, est n o n pas
I’ ranço is 1er, co m m e o n le c ro it c o m m u n é m e n t, m a is L ouis X ll.
L. D orez, L. de V. et Jean P erréal (Conjectures). — Soulève u n e q u e stio n
d e i p lu s cu rie u se s à p ro p o s d ’u n e m in ia tu re d ’u n m a n u s c rit de la B iblio­
th è q u e N ationale de P a ris. C ette m in ia tu re , re p ro d u ite d a n s le v o lu m e ,
c o n tie n t d eu x tête s q u i se m b le n t b ie n ê tre d eu x p o rtra its . O r l’u n e des
têtes p résen te avec les p o rtra its c o n n u s de L éo n ard u n e resse m b la n ce q u i,
p o u r n ’av o ir pas été sig n alée ju s q u ’ici, n ’en e s t p a s m o in s fra p p a n te Les
éc la ircisse m e n ts h is to riq u e s a p p o rté s p a r l ’a u te u r ta n t s u r le carac tè re
de P e rré al q u e s u r sa p a rtic ip a tio n a u x e x p éd itio n s des ro is de F ra n c e en
Ittlie , re n d e n t l ’id e n tific a tio n q u ’il p ro p o se to u t a fa it v ra ise m b la b le.
A V c n tu ri, L d e V .à la fin de la prem ière période flo ren tin t. — N ouvelle étu d e
q u i ne fait p o in t d o u b le em p lo i avec celle de G. Calvi d a n s la Raccolla Vinciana, s u r Y .4 ioration des Mages des Offices. E tu d ie ta n t à là lu m iè re des
té m o ig n a g es c o n te m p o ra in s q u ’à celle des éc rits de L é o n ard , la p ré p a r a ­
tio n d u fam e u x p a n n e a u . C h a c u n des d e ss in s s’y r a p p o r ta n t y est successiv e m e n tp a ssé en rev u e, et d a n s c h a c u n se tro u v e relevé ce q u i a passé d a n s
l ’œ u v re définitive.
A u to u r de ces é tu d es, s’en g ro u p e n t d 'a u tre s d ’u n c a ra c tè re p lu s spécial :
Quelques pensées pédagogiques de /,. de V. (L C re d aro ); L. et l’anatomie
(G. R om iti) ; L .e t la m usique (C. D elv in co u rt). .. Spécial, m ais n u lle m e n t h o rs
de p ro p o s. C ar L éo n ard e st to u t u n in o n d e , e t to u te science co m m e to u t
a r t tro u v e en lu i u n fe rv e n t e t u n in te rp rè te .
N ous c ito n s p o u r m é m o ire , n o u s ré s e rv a n t d ’y re v e n ir p lu s à lo isir, u n e
nouvelle é tu d e d u p ro fe sse u r G. F avaro ; Dijficultés d'une édition des
œuvres de L, de V , et n ’av o n s g a rd e d ’o u b lie r d e u x b o n s essais b ib lio ­
g ra p h iq u e s de D. P e trin i, l ’u n c o n c e rn a n t les p u b lic a tio n s d estin ées à
c o m m é m o re r le c e n te n a ire , l ’a u tr e , p lu s g é n éral, s u r les p rin c ip a le s
p u b lic a tio n s ita lie n n e s m o d e rn e s relativ es a u m a ître .
E u g . Bouvt .
F. Pieeo Lu gi Maria llezzi, maestro délia scuota ro'rana, (Biblioteca storica
p ia c a n tin a , vo l. V I); Piacenza, Del M aino, 1917; i n - 8”, 194 p ag es .

P eu n o m b re u x d o iv en t ê tre les é ru d its fra n ç a is, voire « ita lia n is a n ts »,
q u i o n t e n te n d u p a rle r de L uigi M aria Rezzi et de l’école ro m a in e . Rezzi
est u n p e rso n n a g e de second p la n ; c’e st u n de ces la b o rie u x ou v rier»
qui,' d a n s le d o m a in e d es le ttre s, se so n t voués â des tra v a u x h u m b le s et
m o d estes, m a is d o n t l’effo rt e st d ig n e de n e pas re s te r o u b lié. Q u a n t au
n o m d « école ro m a in e », il n 'a rie n de sy m b o liq u e et n ’est p o m p eu x
q u ’en a p p a re n ce ; il d é sig n e u n g ro u p e de poètes q u i fle u rire n t à R om e
de 1819 à 1870. Il y e u t à ce tte é p o q u e u n e école lo m b a rd e , é m ilie n n e ,
to scan e e tc ., et il y e u t u n e école ro m a in e , d o n t D o m enico G noli est le
m e ille u r poète, e t d o n t Rezzi fu t le m a ître , c ’est-à-d ire le p ro fesse u r.

�BI BL IOGRAP HI E

51

Né à P laisance en 1785, Rezzi passa la p lu s g ra n d e p a rtie de sa via à
R om e et y m o u r u t en 1857. Il l'ut abbé, p ro fe sse u r d ’élo q u en ce à l’A thénée
de R om e, b ib lio th écaire de la B a rb e rin ia n a , p u is de la C o rsin ian a , m e m b re
de p lu s ie u rs académ ies, e n tre a u tre s de la C rusca, co n seiller de la co m ­
m u n e de R om e e t a d jo in t à l ’in s tru c tio n p u b liq u e , so u s le p o n tific a t de
P ie IX (c h a p itre I). Scs œ u v res c o m p te n t p eu ; ce so n t des tra v a u x d ’éd i­
te u r, des c o m m e n ta ire s, des tra d u c tio n s d o n t la p lu s im p o rta n te est
celle des odes d 'H o race en vers ita lie n s. M aitre v én éré et écouté, il exerça
s u r to u t son a ctio n p a r l’e n se ig n e m e n t Ce fu t esse n tie lle m e n t u n é ru d it
et u n p u ris te . Il a p p a rtie n t à la p h a la n g e de ceux q u i, c o m m e M onti,
P e rtic a ri, G io rd an i, C esari, v eillèren t à p ré se rv e r la la n g u e ita lie n n e de
l’in flu en ce fran çaise. Il c o m b a ttit le ro m a n tism e . Il p rô n a de sa c h a ire et
d a n s ses éc rits le c u lte de l ’a n tiq u ité et le re to u r a u x classiq u es, au x
trecentisti, en so m m e , à la tra d itio n n a tio n a le (C h a p itre II).
Ses p récep tes o n t été m is en p ra tiq u e p a r ses élèves, les poètes de
l ’école ro m a in e . L’h is to ire de ce cénacle a été é crite p a r l’u n d ’eux.
(C astag n o la, Rassegna nazionale, F lo ren ce 1889-1893 XI-XV) ; le u rs œ u v res
o n t été ré u n ie s p a r D. G noli (/ Poeti della scuola rom ana 1850-70, B ari,
L aterza), lis o n t n o m : G ia m b a ttista et/ G iuseppe M accari, Paolo E m ilio
C astag n o la, F abio N an n arelli, A chille M onti, T eresa et D o m en ico G noli.
M. Picco les passe en re v u e (c h a p itr e 111), d o n n e des c itatio n s de le u rs
œ u v res, d o n t il dégag e les ca ra c tères essen tiels.
Celles-ci c o n siste n t s u r to u t en odes, b allad es et so n n e ts M, Picco
d is tin g u e en elles d e u x c o u ra n ts , l ’u n c lassiq u e, l’a u tre p o p u laire et n o te
l’im ita tio n de P é tra rq u e , de S acch etti, de P o litien et de L eopardi. Il
observe q u e l’ccole ro m a in e , s u r le ta r d , te n d la m a in a u x Am ici p edanti
de T oscane et co llab o re d a n s u n e c e rta in e m e s u re a u re n o u v ellem e n t
p o é tiq u e à la tè te d u q u e l se plaça C ard u cci. M. Picco s’a tta c h e s u r to u t
au m e ille u r de ses re p ré se n ta n ts, D. G noli, e t relève l ’in s p ira tio n p a trio ­
tiq u e de p lu s d ’u n e de ses poésies.
U n q u a triè m e c h a p itre est co n sacré a u x fr u its de l’e n se ig n e m e n t de
Rezzi, j» sa co rre sp o n d a n c e avec ses élèves, avec de je u n e s a rtiste s, ses
co m p a trio te s, d o n t il f u t le co n seiller éclairé. D an s u n d e rn ie r c h a p itre ,
M. l ’icco trace u n p ro fil d u m a ître d 'a p rè s u n de ses élèves, C u g n o n i, et
d ’ap rès D. G noli. Un ap p e n d ic e c o n te n a n t des fra g m e n ts in é d its de
Rezzi e t u n e b ib lio g ra p h ie trè s d o c u m e n té e te r m in e n t l’o u v ra g e . M Picco,
en e x h u m a n t ce p u riste , cet é ru d it p eu c o n n u a u jo u rd ’h u i, e t so u v en t
e n n u y e u x — c’est lu i q u e le d it — a su en faire u n e lig u re b ie n
vivante, a u m ilieu de ce p etit^ m o n d e litté ra ire d ’a u tre fo is, é p ris de d isc u s­
sio n s a c a d é m iq u e s; il n ’en a pas exagéré l’im p o rta n c e et a su lu i d o n n e r
la place et le re lie f q u i c o n v ie n n e n t d a n s le cad re de la R om e de P ie IX,
ag itée p a r le tu m u lte d u R iso rg im e n to .
P. Marcaggi,

�32

ÉTUDES ITALIENNES

E .T r o i lo . La C otiflagrazione; in d a g in i s u lla s to r ia d e llo s p i r i ’o co u tem p o ra n eo . —
R o me, F . o r m i g g i n i , 1 9 1 8 ; 3 5 3 p a g e s , 8 * .

Le livre de M. E. T roilo est u n e é tu d e s u r l ’h isto ire de l’e sp rit c o n te m ­
p o ra in , u n e e n q u ê te à la fois trè s la rg e et trè s d o c u m e n té e s u r les a tti­
tu d e s d ’e sp rit et le» d o c trin e s q u i, s im u lta n é m e n t o u su ccessiv em en t, o n t
d o m in é , a u c o u rs d u X IX' siècle. L’œ u v re de K an t re p ré se n te , en m êm e
te m p s q u e la c ritiq u e d ’u n e p a rtie de la pensée d u XVIII” siècle, la so m m e
et l’ach èv e m e n t de ce q u e cette p en sée a v a it dé p lu s c o h é re n t, de
p lu s g én é re u x et de p lu s solide. Ses su ccesseu rs, m ê m e q u a n d ils se p ré ­
s e n ta ie n t co m m e des disciples, o n t été ré e lle m e n t en ré a c tio n c o n tre son
e sp rit : F ich te p a r son in d iv id u a lism e ro m a n tiq u e e t p a ssio n n é , p a r la p a r­
tia lité , l’in é q u ité de son n a tio n a lism e ; H egel p a r son a m o ra lism e essen ­
tiel. L’in te rp ré ta tio n v u lg aire , e t la rg e m e n t c o n tra ire à l’e sp rit de son
fo n d a te u r, de la th é o rie d a rw in ie n n e , a fo u rn i des bases p seu d o -sc ie n ti­
fiques au x d o c trin e s de la g u e rre sa n s s c ru p u le , d o n t H egel av ait tra c é
le schèm e a b s tra it so i-d isa n t lo g iq u e . L’é v o lu tio n ism e de H. S pencer,
m a lg ré son lib é ra lism e , accepte en définitiv e la m ê m e m o rale o ù la lu tte
est a d m ise co m m e v a la n t p a r elle-m êm e. A ug. C om te av ait d o n n é les fo r­
m u le s d ’u n e m o ra le p lu s élevée, e t p lu s sc ie n tifiq u e m e n t c o n stru ite : m a is
son in flu en ce fu t faible en c o m p a ra iso n de celle de S pencer.
La conscience in d iv id u e lle e t sociale d e m e u re la so u rce de to u te m o ra ­
lité, c’est elle a u ssi q u i fonde et ju g e le d ro it, c’est elle q u i p o u rra édifier
le d ro it in te rn a tio n a l. Les p ro b lè m e s se d év elo p p en t et se c o m p liq u e n t,
m a is la ra iso n a le m ê m e u sa g e et s u it les m êm es p rin c ip e s. L ’A. espère
q u e le te rrib le sacrifice de l’h u m a n ité n e sera p as v ain et q u e les n a tio n s
q u i se so n t ré clam ées d u d ro it fo n d e ro n t, co m m e elles l’o n t p ro m is, u n e
p aix « ju s te et d u ra b le ».
J . F. R .
Gino S a v î o t t i . C harles B a u d e la ire c iilic o e la q u e s ’ione d e lt’umoi ism o ( C o l l a n a d i
o p u s c o l i c r i tic i) . — E n r i c o M a r i n o , e d i t o r e , C a s e r t a , 1919.

Voici le p re m ie r o p u scu le de la série de cette « C ollana » q u e l’é d ite u r
M arino e n tre p re n d de p u b lie r. D an s ces q u in z e p ag es — q u i ne ré p o n d e n t
q u ’im p a rfa ite m e n t à le u r titr e — l’a u te u r cite q u e lq u e s o p in io n s de B au­
d elaire s u r l’a rt, le rô le de l’im a g in a tio n , le p ro g rè s d a n s l’a rt, q u i a n n o n ­
c e n t déjà les th éo rie s de B. Croce, et il p ro fite de l ’occasion p o u r exposer
celles-ci. D an s u n e d eu x ièm e p a rtie il c o m p a re les idées de B au d elaire et
d e ... B. Croce s u r la n a tu r e d u co m iq u e. Est-ce de B. C roce o u de C harles
B au d elaire q u e M. G ino Saviotti a s u r to u t v o u lu n o u s p a rle r ?
A. Valentih .
A# Bertuccioli. t a G r a n le B leue, pages de l i t t é n t u r e

m a r itim e ; a v e c p r é f a c e d e

C h a r l e s L e G o i ï i c . M i l a n , T r ê v e s , 1 91 9 ; i n 16, X i v - 4 1 5 p a g e s . — La M r, lectu res

f r a i ç a i s t s suivies d 'e x c c i e e s d&lt;; n o m e n c la tu r e et de tr a d u c tio i. M i l a n , Trêves,

�BIBLIOGRAPHIE

53

1919 ; i n 16, xi 216 p a g e s . — P e tit d ic tia n n a v e de m a r in e , ita lie n -fr a n ç a is et
fr a n ç is -itu tie n ; L i v o u r n e , G i u s t i , 2° é d . , 1919; p e t i t i n 16 , xiv-233 p a g e s .

M. A. Bertuccioli, professeur de français à l ’Académie navale de Li­
vourne, ne se contente pas de savoir excellem m ent notre langue et d ’être
un grand am i de la Franco : il en donne des preuves éloquentes, et l ’acti­
vité q u ’il déploie par ses publications m érite d ’être connue et appréciée de
ce côté de la Méditerranée. Son P e tit d ic tio n n a ir e d e m a r in e , dont la p re­
mière édition avait p aru à Pesaro en 1 9 1 6 , est u n guide précieux po u r tout
ce qui concerne u n langage technique peu fam ilier aux simples « ter­
riens ». Cette seconde édition se recom m ande p ar des am éliorations fort
im portantes com parativem ent à la prem ière ; mais pourquoi la disposition
typographique est-elle .beaucoup plus compacte dans la p artie « françaisitalien » ? On est un peu surpris (p. 9 0 -96 ) de lire face à face, non les dési­
gnations italiennes et françaises des grades en usage dans la m arine, mais
les grades de l ’arm ée de terre (en italien) et ceux de l ’arm ée de m er (en
français). P. 97 ; je croyais que la sc ia b ic a , que j ’ai vu m anœ uvrer sur la
côte toscane, était un filet n o n pas « tra în a n t », m ais flottant, suspendu p ar
une longue file de m orceaux de liège ; et pourquoi le m ot est-il rangé à
l ’article p e sc a et non à sa place alphab étiq u e? P. 12 0 , à l ’article S c a lo , il
faut sans doute l're : L a n a v e ju r a scalo a L iv o r n o , et non si fe r m e r a , qui
est l ’équivalent. Quelques détails m atériels p o u rro n t encore être revus dans
une prochaine édition qui 11 e saurait tarder.
Les deux anthologies m aritim es sont excellentes ; l ’idée en est heureuse,
l ’exécution rem arquable. Le volum e L a M e r est plus spécialem ent destiné à
l ’enseignem ent ; L a G ra n d e B le u e doit intéresser le grand public, en France
comm e en Italie._C’est u n volum e à répandre chez nous ; il est tout indiqué
comm e lecture d ’été au bord de la m er, et o n devra songer à le m ettre
entre les m ains de la jeunesse, bien plutôt que tan t de livres insipides, si
souvent distribués com m e prix ! Les seuls titres des cinq parties donneront
une idée de la variété du recueil ; I. La m er vue du rivage ; II. Gens et cho­
ses de m er ; III. En pleine m er ; IV. Au-dessus et au-dessous de la m er ;
V. Histoires, contes, légendes. — M. Bertuccioli est extrêm em ent éclectique ;
il publie des pièces som ptueuses et colorées de_ Leconte de Lisle, Richepin,
Ilérédia, et dos poèmes infin im en t prosaïques de Coppée, d ’Esm énard et de
Delille ; la prose va de Buffon à Cl. Farrère, à R. B enjam in et à M arinetti.
L ’ensem ble est savoureux.
H.
G a e t &amp; n o I m bert. P e r la n a str a

sa n ta g u e r a \ ca n ti. Rome, G. B. P sr a v ia [1918] ’

in 16.
L u i g i S i c i l i a n i . Dea Roma, 1914 1918. — M i l a n , B e s t e t t i e T u m m i n e l l i , 1918 i n - 8 *.

Voici des so u v en irs de g u e rre et de victo ire e x p rim é s en vers g én ére u x ,
élo q u e n ts, d 'u n e in s p ira tio n v irile, d ’u n e belle h a rm o n ie . M G aetano
im b e rt, d o n t l'a r t délicat s’é ta it déjà fait a p p ré c ie r p a r d.-s pièces d ’u n
c a ractère in t im e (Intim ità, F lorence, 1914), m a is q u i s’é ta it essayé au g e n re

�54

ÉTUDE S I T A L I E N N E S

h é ro ïq u e , dès le ra id d a n s les D ard an elles (ju ille t 1912), ré u n it d a n s sa
p la q u e tte q u a tr e poésies q u i o n t été com posées d a n s u n b u t de p ro p a ­
g an d e, de m a i 1915 à n o v e m b re 1918; elles n ’en so n t pas m o in s fin e m e n t
ciselées p a r u n a rtiste e x ig ea n t p o u r lu i-m è m e . M. G. Im b e rt est p ro v ise u r
d u p lu s im p o rta n t lycée de R om e, et c’est à la je u a e s s e q u ’il s'e st adressé,
aux h e u re s décisives d u g ra n d c o n flit; il a d o n n é à ces je u n e s g en s u n e
d o u b le leçon, é g a le m e n t p ro fita b le , de p a trio tis m e et de belle élocu tio n .
Les n e u f poèm es de M. L uigl S icilian i o n t u n c a ra c tè re u n p e u diffé­
r e n t : tro is re m o n te n t à 1914, a v a n t l’e n tré e de l ’Italie en g u e rre ; u n
p o rte la d a te d ’av ril 1917, les cin q a u tre s d ’a v ril-n o v e m b re 1918. L’a u te u r
y a d onc é p a n ch é avec p lu s de lib e rté , et avec u n e g ra n d e fo u g u e, les
p a ssio n s q u i b o u illo n n a ie n t d a n s so n c œ u r. In te rv e n tiste a rd e n t,
M. L S icilian i a p ro c la m é , dès se p te m b re 1914, la n écessité p o u r l ’Italie
de secouer sa to r p e u r ; T r o p p o u b b id is ti e tr o p p o s o ffe r is ti — g io v a n e I 'a lia ,
p ie n a d ’u m i l t à ! L’ex p ressio n de l'a n g o isse causée p a r l’a tle n te m e p a ra ît
p a rtic u liè re m e n t h e u re u s e d a n s le c o u rt et fo rt C r e p u sc o lo , de d éc e m b re
1914. Il y a chez ce poète u n e v ig o u reu se in s p ira tio n irré d e n tis te , e t une
in s p ira tio n c h ré tie n n e trè s m a rq u é e ; u n e g ra n d e p ié té a n im e le C a n to
p e r le M a d r i , et il y a u n e colère q u i d ég én è re en invective v iru le n te d a n s
Per l'istrlone (cette pièce, d atée d u 15 sep t. 1918, n ’est pas san s ra p p e le r
l 'A p o s lr o fe d u poète a rg e n tin A lm a fu e rte, p u b lié e en 1916; m a is le poète
ita lie n a p lu s de m e s u re e t d ’h a rm o n ie ). C’est assez d ire l’e x trê m e v ariété
d u verbe rich e et so n o re de M. Sic lia n i. La d e rn iè re pièce, Al R e , d o n n e
à l’h e x a m è tre classiq u e ’(to u t en dactyles) u n éclat q u e p eu de poètes
m o d e rn e s o n t su a tte in d re ;
d e g n o è c h e i l v e r s o d ’A u g u s t o s i l e v i c o n a l a p o s s e n t e
e d al tu o capo re c in g a u n a g iu sta , im m o r la le co ro n a !

H e n r i H auvette.
Lucien Corpscho t. L e ttr e s s u r l i ja u n e Ita lie ( C o l l e c t i o n F r a n c e ) . B e r g e r L e v r a u l t ,
•

1919, 62 p a g e s in -1 6 .

Ces

lettres

sont

charm antes.

E lle s

ajo u ten t,

aux

nom breux

voyages

d ’It a l ie q u e n o u s p o s s é d o n s , u n e n o t e d ’é m o t i o n p e r s o n n e l l e q u i s é d u i t
« c h a q u e fois q u e j e r e v i e n s à R o m e ,
r e n t r a i s d a n s le j a r d i n

de m o n

coquet, u n p eu précieux

mon

e n fan ce...

cœ ur

s ’é m e u t

» Le t o u r

en

eom m e

:

si j e

es t p i t t o r e s q u e ,

: 1res a i m a b l e et f o r t c a p t i v a n t .

E lle s s o n t u t i l e s a u s si. C a r l e u r d e s s e i n n ’es t p a s de d é c r i r e , m a i s d ' a n a ­
l y se r l ’â m e i t a l i e n n e à u n e é p o q u e d écis iv e d e s o n h i s t o i r e
s é n s , elles c o n s t i t u e n t u n

docum ent.

; et d a n s ce

L ’a u t e u r est f r a p p é d e l ’a r d e u r ,

la p a s s i o n , d e la f o rc e q u ’il r e n c o n t r e p a r t o u t .

de

Si les F r a n ç a i s n e s ’o b s t i ­

n a i e n t à i g n o r e r si é t r a n g e m e n t les r é a l i t é s d ’a u - d e l à des A lp es , ils t r o u ­
v e r a i e n t là l ’i m a g e d e la v é r i t a b l e I t a l ie , à 1^ fin d e 1 9 x6 ; ils l ’y t r o u v e ­
r a i e n t m i e u x , telle q u ’elle a p p a r a î t e n c e tïe a n n é e 1 9 1 9 , t o u r m e n t é e et
frém issante.

« Je re tire de cette jo u r n é e

», é c r i t l ’a u t e u r ,

« l ’i m p r e s s i o n

�55

BIBLIOGRAPHIE
q u o l ’I t a l ie n ’es t p a s s e u l e m e n t g r a n d e p a r ses s o u v e n i r s ,

m a is p a r tout

ce q u i p a l p i t e , s ’a g i t e e n elle d e f o rce s j e u n e s , d ’e s p o i r et d e c o n f i a n c e ».
I 1 a beaucoup
sentatives

vu,

il a f a i t p a r l e r b e a u c o u p

; et il n o u s d o n n e

l ’i m p r e s s i o n

de p e rso n n a lité s , très r e p ré ­

d e la

v éritable

I t a l ie , . q u i

no

v e u t p l u s ê t r e , à a u c u n p r i x , « la s œ u r c a d e t t e », m a i s r e v e n d i q u e to u s
ses d r o i t s d e

grande

puissan ce

m oderne.

Q u ’il- es q u i s s e la

des p a r t i s , o u q u ’il n o t e le p r o d i g i e u x essor
ques

sont

to u jo u rs

pénétrantes

et j u s t e s .

physionom ie

i n d u s t r i e l d u p a y s , ses r e m a r ­
Ce s

p a g e s , si

littéraires,

p l e i n e s dje ré a lité .
I

P.

sont

H.

Gio vann i Marradi. Poesia d e lia R iscotsa. F i r e n z e , B a r b e r a 1 918 .

C’est u n recu eil de c in q p o èm es p a trio tiq u e s écrits d 'o c to b re à la m in o v em b re 1918 : l'Ora nostra, la B ufera, S a n ta F o r z a , M ula pianta, la
Vittoria. Des invectives c o n tre le K aiser, les H ab sb o u rg , la g lo rificatio n
des alliés et de la victoire la tin e , en c o n stitu e n t les m o tifs. Une n o te lim i­
naire, réserve le s d ro its de « recitazio n e » .C e so n t bien en effet des poèm es
de « recitazio n e », e t q u i o n t le d é fa u t d u g e n re : u n p e u de d écla m atio n .
Cette réserve faite, on y tro u v e ra de b e su x vers e t u n e p u issa n c e verbale
ra p p e la n t p arfo is la m a n iè re d u vieil E n o trio R om ano. Telle, d a n s la
« B ufera » l'évocatio n de la m a ré e italo-slave a ss a illa n t ce q u i fu t l'A u­
tric h e :
tro p p i ribelli : e ad im piccarli tu tti
m a n c h e ra n n o i ca rne fici e la c o rd a I

Le fi ci vuol corda assai » d u « Ça ira » é ta it m ieu x am en é . D ans
« S an ta F orza » la re p ré se n ta tio n de la F ra n ce en g u e rre n e m a n q u e pas
de g ra n d e u r :
A vanti, o F ra n c ia , in d o m ita
d e lla selva e u r o p e a rin n o v a tric e ,
c h e d ’o g n i v e c c h i o t r o n c o d i t i r a n n i d e
sc h ia n ta sti la ra d ic e ;
a v a n ti c o n tr o il r a b id o
f u r o r te d esco c h e g i a m m a i n o n la n g u e ,
t u c h e o g n i g io r n o d i te d esco s a n g u e
ti n g i i tu o i f iu m i, fin c h e rosso e p ie n o
d i gotici ca d a v e ri
l a s c in o i G oti il r i v a r c a t o R e n o I
P i e r r e Ro nzy .

G. Pre zzolini, T u tta la g u e rra . A n to lo g ia d e l P opolo ¡taìiano. F i r e n z e , B e m p o r a d .

On n e s a u ra it tro p re c o m m a n d e r au x ita lia n is a n ts fra n ç a is cette a n th o ­
logie ju d ic ie u s e m e n t étab lie, q u i n o u s fait c o n n a ître l ’Italie de la g u e rre .
Elle le u r serv ira à m o n tre r ce q u ’a été n o tre c a m a ra d e le so ld a t ita lie n
p e n d a n t ses tro is a n s et d e m i de b o n n e et u tile co llab o ralio n d a n s les
co m b ats. Les récits des « c o rre sp o n d a n ts de g u e rre » so n t en trè s p e tit

�56

ÉTUDES I TALIENNES

n o m b re , e t c’est u n bien. La place la p lu s c o n sid érab le de l’a n th o lo g ie est
co nsacrée a u x le ttre s o u ré c its des c o m b a tta n ts de to u tes les classes
sociales, d ep u is B a ttisti et M ussolini j u s q u ’a u « p ay san lu c q u o is ». On est
frap p é d u fait q u e le soldat italien resse m b le é tr a n g e m e n t a u « p o ilu »
de F ra n c e p a r sa façon de p e n se r. « L uigi Som acal » est l ’h u m b le et
g lo rieu x frè re de l’a n o n y m e « U n tel de l ’a rm é e fra n ç a ise », e t ce so n t eux
q u i, avec le u r solide sa n té m o rale , le u r fru s le b o n sens, le u r force a u ssi
o n t sauvé to u t ce q u i faisait v ra im e n t le p rix de la vie.
Q uelques d o c u m e n ts p o litiq u e s et d ip lo m a tiq u e s rela tifs à la T riple
A lliance e t à l ’e n tré e en g u e rre de l'Ita lie c o m p lè te n t cette a n th o lo g ie
p rép aré e a p rè s C ap o retto . M. P rezzo lin i e n . p ro m e t u n e a u tr e é d itio n .
S ans d o u te y tro u v e ro n s-n o u s q u e lq u e s p ag es de la a riscossa ». Nous
a im e rio n s au ssi y vo ir fig u re r q u e lq u e s p a g e s de c o m b a tta n ts ita lie n s q u i
n o u s so n t p lu s p a rtic u liè re m e n t c h e rs : ceux de l’A rg o n n e et ceux de
C h am p ag n e.
P. R.
P.

E. Guarncrïo. F o n o lo 'jia
M a n uali Ilo ep li.

ro m a n za ,

Iloepli, M ilano,

1918, pp.

XXIV-642

Ce v o lu m e, é c rit avec u n e p récisio n scien tifiq u e q u i n ’exclu t pas la
cla rté , est le fr u it des sav a n ts efforts d ’u n lin g u is te é m in e n t, q u i ti^ n t
co m p te d e s d e r n ie rs p ro g rè s de la science d a n s ce d o m a in e . Il sait re n d re
accessibles, m êm e au x n o n -sp éc ialiste s, les g ra n d tr a its de la p h o n é tiq u e
ro m a n e
Le su je t est tra ité en q u a tre p a rtie s, d o n t tro is fo n d a m e n ta le s : voyelles
to n iq u e s (pp. 91-296), voyelles a to n es (pp 297-377) et c o n so n n e s (p p 379612). La p re m iè re p a rtie (pp 1-88) p ré se n te u n a b ré g é sy n th é tiq u e des
n o tio n s p ré lim in a ire s in d isp e n sa b le s; celui q u i v eut s 'in itie r à ce g e n re
d ’étude« y tro u v e ra u n g u id e s û r, d 'u n e c o n su lta tio n p ra t'q u e . L 'h isto ire
c o m p a ré e des la n g u e s n éo -latin es y est ré su m é e d 'u n e m a n iè re claire,
sa n s d u re ste re n d r e in u tile l ’ex cellen t M anuel de G o rra, p a r u il y a bien
des an n ées d a n s la m êm e collection. M. G u a rn e rio y tra ite s u c c in c te m e n t
dû l’a lp h a b e t p h o n é tiq u e et d es p rin c ip a u x p h é n o m è n e s p h o n é tiq u e s.
Le v o lu m e e st co m p lété p a r u n e b ib lio g ra p h ie a b o n d a n te et soignée
(pp. IX XXII) q u i a u g m e n te la v ale u r de l’o u v rag e p o u r to u s les lecteu rs
soucieu x de p o u ss e r p lu s a v a n t le u rs rec h e rc h e s p e rs o n n e lle s; il m é rite
d o n c d 'è tre sig n alé.
Q u a n t à la m é th o d e , l'a u te u r s’en tie n t à l'c tu d e d e sc rip tiv e de l ’évo­
lu tio n h is to riq u e dos m o ts la tin s d a n s les la n g u e s ro m a n e s ; il ne
s’a b s tie n t p o u r ta n t p as e n tiè re m e n t de l ’étu d e e th n iq u e , q u a n d elle sert
à m ie u x d é te rm in e r la q u a n tité et la q u a lité des m o d ificatio n s su b ies p a r
le la tin en se tr a n s fo r m a n t en ita lie n en fra n ç a is, en p ro v e içal. elc.
(p 2 8 ).
O n s u it avec u n in té rê t spécial le c h a p itre q u i tra ite d u lud-n-, au tr a ­
vail m a g is tra l d ’Ascoli^ s u r ce su je t est v e n u ré c e m m e n t s 'a jo u te r

�BI BLI OGRAP HI E

57

l ’im p o rta n te étu d e d e Salvioni : L a d in 'a e I h l a (R en d ico n ti d e ll’is titu to
lo m b ard o , s. II, vol. L.) C om m e de ju s te , le m a n u e l de M G u arn c rio ,
est dédié à la m é m o ire d u p re m ie r lin g u is te d 'I td ie , G raziadio Isaia
Aseoli, de G orizia, et d a té d u 9 a o û t 1916, jo u r o ù p o u r la p re m iè re fois
flo ttait à G orizia délivrée le d ra p e a u tric o lo re .
F. Picco
Seb astia n* R u m ar. B ib li'ig ra fia ito r ic a d e lla c ittà e p ro v in c ia d i V ie n i za ;
Stabilimento S Guiseppe, Vicence, 1916 ; 8 ’, 816 pages.

M. S ebastiano R u m u r n o u s é ta it s u rto u t c o n n u com m e u n fa m ilie r
des d eux g ra n d s poètes v ice n tin s, G iacom o Z anella et A n to n io Fogaz­
zaro Il le u r avait co n sacré des étu d e s c ritiq u e s in sp iré e s p r u n e fidèle
affection, et s u r to u t des é tu d e s b io g ra p h iq u e s e t b ib lio g ra p h iq u e s d ’u n e
e x actitu d e re m a rq u a b le .
Les h a sa rd s de la g u e rre o n t a m e n é b eau co u p de F ra n ç a is à c o n n a ître
la c ité de P allad io et d e L u ig i da Porto-, de Scam ozzi e t d u T rissin , en
m ôm e te m p s q u e le c h a p e le t de villes e t de g ro s b o u rg s q u i s ’é te n d e n t
au p ied des P réalpes, de Schio et T h ien e à Ma ros tica e t à Bassano. Ils
o n t fa it c o n n a ître à ceux q u i o n t p u p rê te r q u e lq u e a tte n tio n à la vie
de ce pays, en l ’ab b é R u m o r, u n h is to rie n de Vicence éclairé e t actif.
M. R u m o r a p u b lié d e n o m b re u x o u v rag es o u a rticles s u r les in s ti tu ­
tio n s, les a rtis te s et les œ u v res d ’a rt de sa ville n atale. L ’h is to rie n de la
litté ra tu re ita lie n n e c o n su lte ra , p a r ex em p le, avec p ro fit les tro is volum es
q u ’il a consacrés, il y a q u e lq u e s an n ées, au x « S c ritto ri v ic e n tin i dei /
secoli d ecim o ttav o e d ec im o n o n o ».
V ice-conservateur d e la B iblioteca B erto lian a, M. R u m o r a e u à sa
d isp o sitio n u n m a té rie l c o n sid érab le. II a su en p ro fite r en b ib lio p h ile
sagace. E n 18 9 0 déjà, il d o n n a it u n e « B ibliografia della C ittà e P ro v in ­
cia di Vicenza » de p lu s de 700 pages où é ta ie n t cités p a r o rd re a lp h acia di Vicenza » d e p lu s de 700 pages o ù é ta ie n t cités p a r o rd re a lp h a ­
b é tiq u e les écrivains ita lie n s e t é tra n g e rs q u i avaien t p a rlé de Vicence
au p o in t de vue h is to riq u e , litté ra ire , a rtis tiq u e , scien tifiq u e e t écono­
m iq u e . Cet o u v rag e fo rm a it déjà u n to u t ; m a is il devait, d a n s la pensée
de son a u te u r, ê tre suivi d ’u n v o lu m e d e su p p lé m e n t q u i m e n tio n n e ­
ra it n o ta m m e n t les s ta tu ts des d iffé re n te s associations, a n c ie n n e s e t
m o d e rn e s, de la pro v in ce, et to u te s ces p ro d u c tio n s de circ o n sta n ce q u i
so n t si fré q u e n te s e n Ita lie : recu eils de poèm es, d isco u rs, co m p o sitio n s
diverses à l ’occasion des m aria g e s, des fu n é ra ille s, des cérém o n ies p o li­
tiq u e s e t religieuses.
Ce se c o n d • volum e, à « au se s u r to u t des a d d itio n s q u ’il y a v a it lie u de
faire au b o u t de v in g t-c in q a n s à la liste des o u v rag es co n sacrés à
V icence, m e n a ç a it d ’ê tre p lu s c o n sid é ra b le q u e le p re m ie r. M. R u m o r
s ’est réso lu alors à re fo n d re c o m p lè te m e n t son œ u v re et c ’e s t a in si q u ’en
pleine g u e rre il d o n n a it ré c e m m e n t u n e b ib lio g ra p h ie h is to riq u e de
V icence, telle q u ’o n en so u h a ite ra it u n e p o u r ch a c u n e des g ra n d e s villes
d ’Ita lie e t de F rance.

�ÉTUDES

58

I TALIENNES

L ’a u te u r n ’a pas su iv i l ’u sag e d es d ivisio n s p a r m a tiè re « q u i d o n n e n t
lie u à d e c o n tin u e lle s ré p é titio n s » e t q u i so n t so u v en t fo rt a rb itra ire s .
Il a suivi, co m m e d an s sa B ib lio g rap h ie p rim itiv e , l ’o rd re a lp h a b é tiq u e
des écriv ain s c ité s, e t, p o u r les p u b lic a tio n s d ’u n m ê m e écriv ain (livres,
op u scu les, articles), l ’o rd re ch ro n o lo g iq u e . U n in d e x de 90 pages sert
c e p e n d a n t de ta b le a n a ly tiq u e e t g u id e le le c te u r g râce aux n u m é ro s
d ’o rd re q u i c o rre sp o n d e n t à c h a c u n d es 8.00 0 o u v ra g e s ou d o c u m e n ts
sig n alés d a n s le corps d u livre.
La p a rtie la p lu s im p o rta n te d e l ’o u v ra g e e s t é v id e m m e n t c o n stitu é e
p a r celle q u e l ’auiteur in titu le : « M em orie p e r o rd in e alfab ético d ’Auto re ». Q uelquefois, a p rè s les in d ic a tio n s de lib ra irie , fig u re n t q u e lq u e s
re m a rq u e s ex plicatives e t m ê m e , p o u r c e rta in s o u v rag es, u n e a p p ré c ia ­
tio n s u r le u r v a le u r h is to riq u e .
V ie n n e n t e n s u ite les p u b lic a tio n s a n o n y m e s : les re c u e ils p o u r fu n é ­
railles, p o u r noces, p o u r e x am e n s de d o c to ra t, p o u r p rise s de voile,
p o u r in tro n is a tio n s d ’évêques o u in s ta lla tio n s d e c u ré s ; p o u r les d é p a rts
de P o d estats e t d e C ap itain es de V ioence ; les re c u e ils d ivers ; les jo u r ­
n a u x e t les p é rio d iq u e s de la p ro v in ce de Vioence ; les « n u m e r i u n ic i »
(a u tre u sag e trè s ita lie n : rev u e s o u jo u r n a u x d ’occasion n ’a y a n t eu
q u ’u n n u m é ro ) ; les s ta tu ts de sociétés ; u n e c a rto g ra p h ie so m m a ire de
V icence e t de son te rrito ire .
Telles so n t les d iv isio n s d u vaste o u v ra g e d e M. R u m o r. E lles m o n ­
tr e n t à elles seu les avec q u e lle p récisio n le tra v a il a é té exécuté. Il fa u t
se u le m e n t e x p rim e r u n re g r e t : q u e les c o n d itio n s difficiles fa ite s par
la g u e r r e 'a u trav ail d ’im p re ssio n et d ’é d itio n a ie n t laissé se g lisser d a n s
l ’o u v rag e q u e lq u e s in e x a c titu d e s ty p o g ra p h iq u e s, assez lâ c h e u se s d a n s
u n o u v ra g e de ce g e n re , et q u i p eu v en t re ta rd e r c e rta in e s re c h e rc h e s ( 1 ).
Tel q u e l, cet o u v ra g e e st u n in s tr u m e n t de tra v a il p récieu x . Il p e rm e t
de v o ir q u e de n o m b re u x F ra n ç a is d éjà se so n t in téressés, à d ifféren tes
époques, à la vie p o litiq u e , a u x le ttre s, au x a rts de l ’im p o rta n te p ro ­
vince de V énétie. S o u h a ito n s q u e p a rm i les h is to rie n s a u zèle d esq u els
M. R u m o r fa it appel d a n s sa préface, se tr o u v e n t d a n s u n p ro c h a in
a v e n ir d ’a u tre s F ran ç ais encore, de ce u x q u i a u r o n t ap p ris, a u co u rs
d ’u n sé jo u r in v o lo n taire , à c o n n a ître e t à a im e r l ’Italie.
H enri Bedarida.
( 1 ) S i g n a l o n s à l ’a u t e u r q u e l q u e s u n e s d e c e s c o n f u s i o n s :
A

la d e r n i è r e

l i g n e d e l a p a g e 6. il f a u t l i r e 718 a u l i e u

g é n é r a l , p a g e 786, a u
« 1 9 47 » e n

Comitni,

d e 7. D a n s

l'in d e x

p a ra g ra p h e L u ig i da P o rto , u n e seconde éd itio n co rrig era

1948 e t d e u x fo is « 3205 » e n 3305.

e lle c o r r i g e r a « 4833 » e n 4835.

A la fin d u

paragraphe

Selt*

�Chronique

—
A vant dd m o u r ir , P asq u ale Villa ri avait e x p rim é la v olonté qtif“ la
so m m e de 10.000 lire s recu eillie p a r so u sc rip tio n , à l’o c c a so n d u q u a tre vin g tièm e a n iv e rsa ire de l’illu s tre h is to rie n , flo re n tin d ’a d o p tio n m ais
N apolitain de n aissan ce , fu t con sacrée à u n p rix , le « P rem io A illa ri »,
•pii se ra it accordé a u m e ille u r trav a il p o rta n t s u r ce su je t : « M uovendo
dallo stu d io della e m ig ra z io n e nelle p ro v in ce m e rid io n a li d ’Italia e d alle
cause e conseguenze di q u e sto fi n o m e n o , si ' sa n iin i la q u e stio n e sociale
del M ezzogiorno in tu tti i suoi v ari asp e tti. »
La R. A ccadem ia dei G eorgofìli » de F lo ren ce a v a it re ç u p lu s ie u rs
m ém o ires s u r ce s u je t; u n d e ces m ém o ire s lu i a p i r u ré p o n d re excel­
le m m e n t aux in te n tio n s d u fo n d a te u r, p a r des q u a lité s de science, de
p é n é tra tio n , de c o m p o sitio n to u t à fait re m a rq u a b le s ; l ’a u te u r en est
n o tre a m i G ino A rias, p ro fe sse u r à l ’U n iv ersité de G ènes, q u e n o u s avons
a p p lau d i l’a n d e rn ie r à la F acu lté de d ro it de P aris. L’o u v rag e si im p o r­
ta n t de M G . A rias va ê tre im p rim é , et va je te r u n jo u r to u t n o u v eau s u r
les p ro b lèm es si com plexes q u e soulève ,1a vie éco n o m iq u e et sociale des
provinces m érid io n a le s d ’Italie.
—

N ous avons reçu l’a n n o n c e d ’u n e nouv elle rev u e : A r ie e V it i, R a s­

s e g n a l e t te r a r ia , q u i p a ra îtra à Rom e, sous la d ire ctio n de M. L uciano

G en n ari, d o n t n o u s av o n s déjà sig n a lé ici d iv erses p u b lic a tio n s (t. I,
P 416). Les ten d an c es de la rev u e A r ta e V ita so n t c la ire m e n t énoncées
d an s ces q u e lq u e s lig n es : « Le opere d 'a rie v e ra m e n te g ra n d i fu ro n o
sem p re p e n e tra te dal senso d e ll’un iv ersale e d e ll’e tern o . Cosi le tra g ed ie
g reche, i p o e m i di V irgilio, la D .vina C om m edia, i d ra m m i dello S h ak es­
peare, il ro m a n z o d el M anzoni, tra sse ro d a lla fede la loro bellezza im m o r­
tale Noi p u re cerc h ia m o n ^lla fede la via della bellezza. Ma n o n siam o u n
cenacolo « T u tto q u a n to è u m a n o è n o s tro » . C om e v o lg iam o l ’a n im o a tu tti
i g ra n d i a rtis ti, così facciam o appello a tu tti g li u o m in i d i b u o n a v o lo n tà ,
i q u a li rite n g a n o che la n o stra c o rre n te sia necessaria p e r l ’avv en ire della
le tte ra tu ra e d ell’a rte . »
Nous co n n a isso n s M. L G e n n a ri co m m e u n sin cè re a m i de la F ra n c e ;
n o u s sa lu o n s d onc avec u n e jo ie red o u b lée la n a issan c e de la revue
litté ra ire d o n t il e st le p ro m o te u r, et à la q u elle n o u s s o u h a ito n s u n e
b rilla n te c a rriè re .

�60

ÉTUDES

I TAL I E NNE S

— "Noire c o lla b o ra te u r et a m i P a u l lla z a rd a p u b lié d a n s la Minerve
fra n ça ise d u m o is de m a rs 1920 u n fo rt bel a rtic le in titu lé : La culture
française en Italie.
— D an s le d e rn ie r fascicule p a ru de la Revue d u xviii» siècle (ju illetdécem b re 1918), le trè s re g re tté G eorges C ucuel, enlevé si b ru s q u e m e n t à
la science et à l'affection des sien s, a p u b lié u n a tta c h a n t » rticle s u r La
vie de Société e t D iu hiné au X V lll’ s'Cecle. U n a m i italien d u je u n e sav an t
en a ex tra it, p o u r la R ivista d'Italia (ju illet 1919) u n im p o rta n t passag e,
sous le titr e Casanova nel Delfm ato.
S ig n alo n s à ce p ro p o s d e u x c o u rte s étu d e s p u b liées p a r M. Iticcard o
Z agaria, sous le titre Casanoviana (K n d ria , 1918) : &lt;&gt;C asanova in ted esc h e ria ».
e t « C asanova im ita to de E m ilio Zola ».
— D an s la R utsegna Naziona'e d u 16 o cto b re 1918, M. G u g lielm o Volpi
a p u b lié u n e in té re ss a n te é tu d e s u r la vie de l’A cadém ie de la C rusca, a u
te m p i de la d o m in a tio n Ira n ça ise en T oscane.
— D ans u n e leçon faite à l’U n iv crsité p o p u la ire de P alerm e, Mu” G razia
Maccone s'e st d e m a n d é « si A lfieri a v ra im e n t h a ï la F ra n c e ? » Elle
ré p o n d p a r l a nég ativ e. L’in te n tio n est trè s lo u a b le ; m ais la q u e stio n est
d a n g e re u s e ; elle est de celles q u ’il c o n v ie n t de ne p o se r q u e q u a n d on est
b ien s u r de p o u v o ir d é tr u ire à to u t ja m a is u n e e rr e u r fu n e ste . N ous
c ra ig n o n s q u e la d é m o n s tra tio n de M|le G razia M accone n e p a ra isse u n
p eu faible.
— Nous sig n a lo n s a u x p ro fe sse u rs de la n g u e ita lie n n e les p u b lic a tio n s
ci ap rè s, q u i n o u s o n t été ad ressées : G. P e trag lio n e a V Zocci, Vita,
n u o v a an ta lo g ia p e r le scuole m ed ie di p rim o g ra d o ; M essim a, P rin c i­
p a to , 3 voi. in-16 (à 2 fr. 50 ch aq u e). — D om en ico U rb an o , Scr.ltt scelti
ad uso d elle scu o le; N apoli, Soc, E d. D an te A ligh ieri, 1917; 1 voi in -16,
200 pages (2 fr. 25). D. U rb an o , p r ê tr e et é d u c a te u r, né à B ito n to en 1819,
m o r t à T ra n i e n 1882, est u n des b o n s p ro ia te u r s d a x ix ' siècle, b ien
q u ’il s’in s p ire d 'u n e ré lh o riq u c q u i p a ra it a u jo u r d 'h u i u n p e u s u r a n n é e . —
Rosa E rre ra , Come Jigliuole lib ro d i le ttu r a p e r la sesta classe e le m e n ta re
fe m m in ile , F lo ren ce, B e m p o ra d , 2 éd. Ce liv re n o u s p a ra it fo rt b ien
c o m p ris, a ttra y a n t et e n ric h i de leçons s u r l’h is to ire de la civ ilisatio n
ita lie n n e , avec des illu s tra tio n s , le to u t p'our u n p rix m o d iq u e .

�ReVue cíes ReVues

QUESTIONS ÉCONOMIQUES
SOCI ALES ET P É D A G O G I QU E S

P é r i o d i q u e s d é p o u i l lé s 1 :
Meo M arzocco, Florence (1918 19).
NA N u o va a n to lo g ra , Rome (id.).
NRI N o u velle R tv u e d 'Ita lie , Rome (1919).
RI. R iv ista d 'I ta lia , Milan (1918 19).
RNL R evue d es N a tio n s la tin e s , Florence (1919; a cessé de par aître).
RNs. R assegna N a zio n a le, Rome (1919).
HP R evue de P a ris. Paris (1918-19).

I. — QUESTIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
M. Ruini. Le a rm i econom iche e m o r a li d e lla n o str a g u e rra . RI, 28 février 1918.
A. Cabrini. La m o b ilita zio n e in d u s tr ia le n e l 1917 : i p ro b le m i d e l la vo ro . NA,
16 mars 1918.
Filippo Meda. Lo sv ilu p p o trib u ta r io in Ita lia d u r a n te i tre a n n i d i g u e r ra . NA,
'6 septembre 1918.
F. Meda. Le tasse s u g li a ffa r i in I ta lia . NA, 16 février 1918.
Leone VoIU m borg . E n tr a le e spese e ffe ttiv e d u r a n te la g u e r ra . NA, 16 septembre
1918.
Filippo Medda. Le im p o ste d ir e tte e la fin a n z a d i g u e r ra in I ta lia . NA, 16 ju il­
let 1918.
Filippo Meda. Il m o n o p o lio d e i tabacco in I ta lia . NA, 1*' octobre 191S.
E t t o r e P o n ti. A p ro p o sito d e l fu tu r o a ssetto doganale. NA, 16 mars 1918.
Giov. Indri. L 'esp o rta zio n e ita lia n a d e i p r o d o tti serici. NA, 16 mars 1918.
Luigi Luiggi. in te rc a m b i ita lo fra n c o b rita n n ic i. NA, 1" juin 1918.
1.
Les « Études italiennes » ne pouvant aborder ce genre de questions que d’uue façon
Purement occasionnelle, nous laissons aux revues spéciales, mieux outillées, le soin d e
dépouiller méthodiquement les périodiques qui s’occupent particulièrement de ces pro blêmes. Nous croyons cependant utile, à titre de simple renseignement, d ’enregistrer ici
los articles que nous avons relevés sur ces queslioas dans les revues générales.

�62

ÉTUDES

G P ra to . R assegna E conom ica

:

ITALIENNES

le coopérative dopo la y u rru . RI, 3 ! a o û t 1918*

P. Bertclini. A ssic u ra zio n i operaie e p ro v v id e n za socia/e? C ontributo a l o s tu d io
d e l Do, o -G u e rra . NA, i*r e t 16 m a i 1 9 1 8 .
A. GhisU ri. Sociologia ita lia n a : d i a lcu n e v e d u te fo n d a m e n ta li d i G. A R o m a ­
g n o li RI, août 1919.

A. Niceforo. R assegna d i sociologia e d i sta tis tic a RI. janvier, avril, juillet I91P.
M. F er rar is La crisi e la p o litic a d elle a b ita z io n i : p e r un a so lu zio n e n a zio n a le
d el p ro b le m a d e lle case. NA. 1" avril 1919.
R. Palm arocchi. P ro b lem i d el d o p o -g u e rr a : n o té s u lla q uestione stc ia le . RNz
août 1919. — F a tti e p ro b le m i socia i. RNz, septembre 1919.
E- Marchetti. B anques et in d u s tr ie s en I ta lie . RNL. 1" mars 1919.
P. P e r r o n e
1919

Le o tto ore di la vo ro e la p o ss ib ilità d i m a n te n e r le . NA, 16 dèe.

6 . Pro to. R assegna e c o n o m ic o -fin a n zia ria : d a i m o n o p o li fisc a li a lle esp ro ­
p r ia z io n i in te lle ttu a li. RI, 31 dèe. 1918.
R. A Masini. L’im p o sta g e n e ra le s u l r e d d ito . RNz, I er mai 1919.
F.
Meda. La r ifo r m a d r lla im p o sizio n e d ir e tta n e l d ise g n o d i U gge p re se n titili
a lla ca m era ita lia n a . NA, 16 avril 1919.
M. Vinelli. A ttu a lità econom iche: c a lm ie r i a n tic h i e re cen ti. RNz, 16 mai 1919.
E rn e s t L ém onon. L 'opinion ita lie n n e e t Vé m ig r a tio n . RP, '*" avril 1918.

6.

P ra to . R assegna econom ica : la m ,b i‘ita iio n e a g ra r ia . RI, 28 février 1918.

M a ggiorino Ferraris.
I er mai 1918.

T orniam o a lla

t e r r a ! L’a m m in is tr a z io n e

a g ra ria .

NA,

M. F erraris. T o rn ia m o a lla te r r à ! Il m om ento d i a g ire i NA, 16 mars 1919.
P. Manassei. L a r ifo r m a tr ib u ta r ia e l'a g ric o ltu r a . RNz, août 1919.
R. A. Masini.
1B sept. 1919.

P ro b lem i a g ra r i : l'im p o rta z io n e

dei f o s f a ti n ,in r a li.

RNz.

E Ciolfi. Un p ia n o o rganico p e r la re d e n zio n e d e ll'A g r o ro m a n o e p e r l i p ro s­
p e r ità d i R o m a . RI, dèe. 1919.
Gu U ep pe D e a b a te Un agronom o fi an tropo d e l sec. XVIII (Vincenzo Virginio, qu'
inlroduisit la pomme de terre dans le Piémont). NA, 1*' janvier 1918.
Giov. In dri. L a c o ltiva zio n e del tabacco in I ta lia . NA, 16 mai 1918.
Alberto Cencelli. I v illa g g i d i capanne d e l l ’ a g ro rom ano. NA, l t'r juin 19-8.
M. Ruini. L’is titu to ita lia n o p er il c o m m e r c i in te r n a z io n a le . NA, 16 oct. 1919.
A. Ma rghieri, La r e p r ù e de n tre m o u vem e n t co m m ercia l. NRI l« r avril 19:9.
M a ggiorino Ferrari*. Le fe rro v ie d e lla s t i l o e il m o vim en to d e i fo re stie ri. HA,
1" janvier 1918.
M. F erra r is. I l d isserv izio d e i p o r li in Ita lia NA, 16 février 1918.
M. Ferrari». L a lo tta c o n tro il d isse V’zio d e i p o r ti in Ita lia . NA, 16 mai 1918.
F.
Ca v en ag o P e r il p o rto d i G enova, im p ia n ti d i sc a rico e la v o r i fe r r o v ia r i.
NA, 1" février 1918.

�R evue

des

rev u es

63

M. Feroarls. I l p o rto d i G enova e la S v iz z e r a . NA l ,f févr. 1919.
V. S egré

T rieste e il suo p o rto . NA (•' mars 1919.

Vittorio Meneghalli. P er il p o - t ì d i V enezia. NA, 1" avril 1918.
F.
Grilli »ni. Il p o rlo d i V enezia e il Decréto lu o g o ten en zia le d el 26 lu g lio 19 IT.
NA, 16 mai 19 !8 .
E d e c o t t i La Q uestione d i N à p o li, RI 3 1 mars ‘9 18.
Giuse ppe Natale. L ’e c o n o n ia d e lla S ic ilia dopo g u e rra . NA, l " juin 1918.
R. Rinaldi Le fe r ro v ie d ello S ta to e d i p ro v v e d i nen l i p e r il dopo g u e rra . NA
1,1 janv. 1919.
H. Loria. I tu n n -1 a lp in i e la p o litic a fe r r o v ia r ia d eg li a l l e i t i RI dèe. 1918.
Ch. Loiseau. Les c o m m u n ic a lio n i u v e e ¡'0 rie ni p a r l'Ita lie . N HI 1«' février 1919.

II. — QUESTIONS D’ENSEIGNEMENT

-

G. Gentil*. La p e rso n a lità u m a n a e i l p ro b le m a ed u ca tivo . NA L" dés. 1919.
G.
P rezzolinl. P er la lib e r tà d ’iise g n a m e n lo . RNz, i ' r mars 1919 (Cf ibid.
Iti mars et 16 avril 1919;.
P a d a n o Manassei. Per la lib ertà d e liin s e g n a m e n to : lib tr ld d i coscienza e lib e rtà
d 'in se g n a m e n to . RNz, 16 mai 1919.
F. Crispolti. I l rin n o v a m e n to de l ’educazione. L ettere y e d a g ig ic h e . RNz, janvier,
niars, mai, juin, juillet, sept , décembre 1919.
*** S u lla r i o rm a u n i - e r s i ti r i a ., RNz août 1919.
A.
Ruspoli. La ré fo rm e u n iv e r s ita ir e et les cours de p e r fe c tiin n e m tn t. NRI,
juin 1919.
N. Zinga relli

L i lib ’.r ld negli stu d i u n iv ir s ita r i. RI, dèe, 1918.

G. March stini. L a so lu zio n e d e l p ro b le m a u n 'v e r s ila r io RI, avril 1919.
K B u o na iu ti. G li s tu d i re lig io si w Ila c u ltu r a su p e rio re . NA, 16 nov. 1919.
E Ro m ag n oli. L 'u n iv e rsità a r tis tic a

RI, juillet 1919.

G. Tarozzi. L a c a tte d ra d i e tic a nelle u n iv e r sità ita lia n e . NA, 16 d^c. 1919.
C F o r m i c a i . Lo s tu d io d e lla litle r a tu r a inglese m i te U niversità ita lia n e
6 juillet 1919.
Ignotus

M:o,

C a tted re d i filo lo g ia m oderna Meo, l ' r septembre 1918.

Fr. Picco. L ’in se g n a m en to d e lla lin g u a fra n c ese in Ita lia e d e lla lin g u a i'a lia n a
n Ile scu o le di F ra n c ia . NA, 16 avril 1918.
Aldo S o ra n i. C a tted re d 'ita lia n o in In g h ilte r ra . Meo, 28 sept. 1919.
0 Mereu. L'accord in le rsc o ta ire fra n c o ita lie n NRI, oct -nov. 1919.
F. Crispolti. Una ca H ed ra d a n te sc a a L ovanio. NA 16 juin 1913.
L. Rusca

La cen eren to la u n iv e r sita ria [la géographie], Meo, 3 août 1919.

�64
G.
1918.

É TUDE S

ITALIENNES

D alla Vedova. La G eografia n e lla v i la e n e lla scuola m o d ern a . NA, i " aoilt

G.
M anacorda, P&lt;.r la
janv. 1919.

fo n d a zio n e in

T rieste d i u n a

U niversilà d e l

M are. RI,

Mag giorino Fer rari» P er l'a lta c u ltu r a n a zio n a le n e l dopo -g u erra . L 'h l i l u ione
d ’un fo /ite c n ii o a G enova NA, t ’r août 1918.
P. Giaeosa. E sa m i u n iv e r s ita r ii s c r itti e o ra li. RI, dèe. 1919.
F. Piatei li. N em m en o m a c c a r o n ic o ! [Sur Ics examens], Meo, 30 nov. 1919
A P an zin i. R agio n ia m o se l i p w e l [même sujet], Meo, 3 août 1919.
S. S abbadini. P e r la se rietà d e lla scuola n e d ia . Meo, 18 mai 1919.
A. Alterocca. I p iù g ra v i m a li d e lla ¿cuoia m e d ia ita lia n a . RI, mars 19.9.
Giov. Calò, ¿ a R ifo rm a d e lla S cu o la N o rm a le. Meo, 24 mars 1918.
Ig no tus. D a lla scuola m e d ia a ll'U n iv e rs ità e a lla v it a , M a , 28 juillet 1918.
Alfredo S araz. I l p ro b le m a d e lla sc u o la n e ll'o ra p re sen te. NA, 16 aoftt 1918.
A. B ere nini L’a p rè s-g u e rr e sco la ire. NRI. 1" février 1919.
B. Barb ad oro

D ue scuole d 'ita lia n ità a F iren ze. Meo. 31 août 19:9.

* I l popolo so v ra n o e l'a lfa b e to . Meo. 7 sept. 1919.
E tt o r e F a b ietti. P e r un se rv izio A m b u la n te d i m a te r ia le d id a ttic o . NA, 1er se p ­
tembre 1918.
Luig i P ag lian i. U rg en ti r ifo r m e n e ll’ in se g n a m e n to d e ll' ed u ca zio n e fisica nelle
scu o le m a g is tr a li. NA, ! • ' juin 1918.

Le G éra n t : F. GAULTIER.
ANGERS.

—

IM P

F.

G A l'L T IE R

F.T A .

THÉBTRT,

R IE

GARNIR»,

4.

�Notes sur lMuence arlistipe flii &gt;&lt;Songe de PolipMle »'
En

so m m e, ce beau livre

a été, p o u r nos pères,

à la

fois la science et le ro m a n de l’an tiq u ité . Les tra d u c tio n s de
Vitruve, d ’Alberti, de Serlio, p u rs techn iciens de l’architectu re,
ne le p o u v a ie n t re m p la cer. Il leur ap p o rta it, n o n seu lem e n t
form es et m esu res de m o n u m e n ts , a r riè re g o û t d'a rch éo lo g ie et
d’épigra p hie, m ais aussi des tableaux, où 1 eiîet ro m a n tiq u e est
dem an dé aux p ierres écroulées, évoquées p ar un v o y an t
en d o rm i, p o u r nous p ro u v e r, selon le titre du livre, que toutes
choses h u m a in e s ne so n t que songe, c’est-à-dire vanité. Mais
ce s e n tim e n t de la caducité des œ uvres, m êm e les plus parfaites
que les h o m m es a ie n t créées, n ’est à cette époque d ’éne rg ie et
d’élan que superficiel. Ces restes, il les ra n im e à force de n o s ­
talgie. Son im a g in a tio n , d 'a u ta n t plus libre q u ’il rêve, m ais
ap puy ée s u r d ’én o rm e s lectures qui lui fo u rn isse n t u ne certaine
objectivité, lui re nd actuels les tem p s qui les o n t dressés. A u to u r
des m o n u m e n ts relevés ou de leurs débris, il suscite des c é ré ­
m on ies antiqu es, telles que la P rière à Cypris et les T riom phes,
qui so n t p énétrées d italia n ism e m o d ern e , et des scènes r o m a ­
nesques italiennes, b a ig n ad e de jeu n es filles p ar exem ple,
pleines de détails an tiques. Ce m élan g e a n a c h ro n iq u e est
s p o n tan é : on saisit dans le P oliphile, m ie u x que d an s to u t
au tre livre, l ’essence m êm e de l’H u m anism e. Quelle séduction
p our des h o m m e s co m m e Rabelais, G. T ory, Jea n Goujon
p ro b a b le m e n t, P h ilib e rt de Lorm e, Du Cerceau, et d ’au tre s ! Il
fortifiait en eux la certitude que l’a n tiq u ité n 'é ta it pas m o rte :
c om m e Colonna, ils la p o rta ie n t to u jo u rs v ivan te en etix,
parce q u ’ils l’av a ie n t ressuscitée à force d ’éru d itio n p a s ­
sionnée. La R enaissance c h a n te un perpétuel h o s a n n a h .
P o u r Jea n G oujon. M. P. D u p u y J a été co n d u it par l'étude des
registres des d élib ération s de la Ville de P aris à d ’in té re ss a n te s
1. Suite ; voir p. 1 de ce volume.
2. B u lle t, des A n tiq u a ir e s de F ra n ce, 1912.
5

�66

ÉTUDES ITALIENNES

probabilités, qui so n t très fortes. C’est qu'il a u r a it co llab o ré dès
1546 avec son am i l’h u m a n is te Jean-M artin, en d e s s in a n t les bois
gra v é s qui illu s tre n t la tra d u c tio n française du Poliphile. Ce sont
des im itatio n s, quelquefois assez libres, des g ra v u re s italien nes
de 1499. Bien que nous n ’ay on s pas les dessins o rig in a u x , m ais
se u lem e n t les bois taillés, qui p eut-être les i n t e rp rè te n t au lieu
de les suivre exactem ent, il est visible que l’a rtiste prête à ses
m odèles la d istinction aisée, un e souplesse fém in ine, qui sont
bien dans la m a n iè re du sc u lp te u r des n y m p h e s , influencé par
l’a r t élég a n t de F o n ta in e b le a u . Il les co m p lète après avo ir lu le
texte, il allège et fait flotter les dra p eries en d é c o u v ra n t b ea u ­
coup plus de nu, il so ig ne la re c titu d e du fro n t et du nez selon
le style du P rim atic e, ét d o n n e aux figures u n e m ob ilité plus
m o d ern e . Il les précise aussi de détails qui d o n n e n t la couleu r
en é n e rv a n t la force sug gestive, il p ro d u it p ar des tailles
savantes l’o m b r e 1, qui fait le m odelé, et pousse le p itto resq u e du
pay sag e et des « fabriques ». Bref, les bois vigo ureux de Venise
d e v ie n n e n t des « tableaux » à P a ris'. L’a u te u r p arle italien avec
un délicieux accen t français.
D’a u tre p art, M. P. D upuy est a m e n é p a r les m êm es d ocu ­
m en ts à p enser que J. G oujon, lors de l ’E ntrée de Henri 11 à
Paris en 1549, a d o n n é les dessins des m o n u m e n ts im ag in és p ar
J e a n M artin p o u r décorer les rues et places de Paris, et des
g ra v u re s qui o rn e n t la re la tio n d e l à cé rém onie. 11 sign ale avec
ra iso n des an a lo g ie s e n tre les im a g in a tio n s de l ’Entrée et
certain es g ra v u re s de la tra d u c tio n française du P oli//hile. En
a t te n d a n t q u ’il les précise co m m e il l’a p rom is, il c o n v ien t de
ra p p e le r que le rh in o c é ro s p o r t a n t u n obélisque, qui d écorait
l ’Entrée, est une sim p le m é ta m o rp h o s e du m y stérieu x é lé p h a n t
en- pierre noire, p o rta n t u n obélisque de vert an tiq ue, des
g ra v u re s du P oliphile et de sa tr a d u c tio n . Celui-ci re p a ra îtra
en 1571 à l’Entrée de Charles IX, p o u r laquelle Dorât et R o n ­
sard a s s u m è re n t « o rd o n n a n c e et devis de la perspective et
1. C o m p a r e r s u r t o u t l e s d e u x r u i n e s d u P o l y a n d r i o n .

�l ’i n f l u e n c e

A R T I S T I Q U E DU «

S ONGE DE P O L I P H I L E

»

67

paincture ». S ur un arc tr io m p h a n t de la Porte aux P ein tres,
en bas-relief sim ulé, il soutien t une des colonnes adossées aux
piédroits : sym bole d oub lem en t p u issan t de la R eligion et de sa
p érénnité. Il n 'e s t pas douteux q u ’il p ro v ie n t, avec le s y m b o ­
lisme de la durée, des illustra tio ns des « T rio m p h es » de
Pétrarque, et a passé dans le T rio m p h e de Jules César, de Manteg na; m ais c’est d ans le P oliphile que les artistes de la
R enaissance v o n t p re n d re ces robustes form es plastiques,
dont la m asse fra p p a it l e s im ag in atio n s. La preu ve en est dans
les m arq u e s des im p rim e u rs

parisiens,

F rançois et Barbe

Hegnault : l’é lé p h a n t c h a rg é d ’une tou r, ou ro n g é p ar des
fourm is. On sait par M. Léon Dorez la han tise exercée p ar le
livre italien sur la co rp o ra tio n . Le B ernin lui aussi l ’a conn u.
Son é lé p h a n t à l ’obélisque finira, s u r la noble place de la
Minerve, à R om e, l ’é tra n g e destinée com m encée d ans les
rêveries de F. Colonna.
Jea n Goujon (s’il est l ’a u te u r de ce rtain es g ra v u re s de 1546)
était il n o r m a n d ? Si oui, il av a it pu vivre, en N orm an die, a v a n t
son a rriv é e à P aris, d ans l’a tm o s p h è re du Sonye. Cette pro vin ce
est la pre m iè re à av o ir com p ris le style italien . Rouen est la cité
des d ’Am boise. et Caen le siège d ’une Université d ’où s’épan che
" la source ca balin e ». Les expéditions d ’ou tre-m on ts c o nd uisent
en 1509 nos pères d ans la Vénétié, presq ue aux lieux qui o n t vu
naître le P o lip h ile; c’est de là sans doute que v in t à F rançois 1er
son exem plaire, et, vers 1512, l ’in s p ira tio n des m in ia tu re s
qui o rn e n t le m a n u s c r it destiné à Louise de Savoie. Q uantité de
n o rm a n d s , d o n t J e a n M arot, n o rm a n d de Caen, no us co nte la
liesse, o n t visité en c o n q u é ra n ts éblouis cette « Italie galliqu e ».
L’un d ’eux a-t-il ra p p o rté à Caen un exem plaire du m y stérieux
ro m a n d ’a m o u r dédié à Polia c ’est-à-dire à l ’a n tiq u ité ? La
tra d u c tio n (1546) est encore à v e n ir; m ais toute la partie cul­
tivée de ces nobles cités se m e t à l ’italien. Et en tous cas il y a
les bois, lisibles à tous.
Le chevet de l’Eglise sain t-P ierre , à Caen (1518-1545), est
célèbre p o u r la lu x u rian te broderie de détails, arabesqu es on

�68

ÉTUDES

ITALIENNES

« dessins sy riaqu es », co m m e d isaient nos pères, qui déco ren t
ses parois. Tillets ou ca rto uch es, u rn e s g o d ro n n é e s , balustres,
ca n délabres p o r t a n t des vases, et posés s u r des sp h in x ailés ou
des griffons accroupis, s o n t des th èm es décoratifs qui a b o n d e n t
dans les g ra v u re s du P oliphile. La sirèn e est sortie de là p o u r
venir, n o n s e u lem e n t s u r le chevet de saint-P ierre, m ais s u r la
m a rq u e de l’i m p rim e u r caenn ais R ob inet Macé : elle y tien t
l’ancre, déjà e m p ru n té e au P oliphile par Aide Manuce. De là aussi
le d au p h in , au nez ca m a rd , aux fo rm es ond uleuses et grasses,
d ’un si bel effet d é c o ra tif; le m édaillo n à figure, et le chapeau
de trio m p h e . Aux b alustrad es, d’où v ie n n e n t donc ces é tra n g es
jeu n es fem m es, qui se j o ig n e n t p ar leurs bras étendus et leurs
jam bes en volutes, en a lte r n a n c e r y t h m i q u e ? Ce son t, dans le
texte et u n e g ra v u re du P o lip h ile, ces « pucelles m o n stru eu ses,
les cheveux liés à l’e n t o u r du fro n t et co u ro n n é s d’objets p r é ­
cieux. Du n o m b ril en bas, au lieu de jam bes, elles so n t départies
en an tiq u es feuillages d’a c a n th e qui se r e to u r n e n t vers leurs
flancs ». Certes, plu sieu rs de ces beaux m otifs av a ie n t déjà p a ru
au to m b eau de Georges d ’A m boise, à Rouen, et a n té r ie u re m e n t
encore au châ te au de Gaillon, ap p o rté s p a r les m a rb r ie rs ita ­
liens. La c h a rtre u s e de Pavie, qui a ébloui nos pères, en était
to u te fleurie. Les b o rd ures des missels et a u tre s livres publiés à
Venise o n t aussi pu serv ir d 'in te rm é d ia ire s . Mais d ans cette
p re m iè re m o itié du siècle, « les m a ître s de l ’œ u v re se c o n te n ­
taie n t, on p eu t l ’ad m e ttre , la p lu p a rt du tem ps, de p u iser à
pleines m a in s dans les ad m ira b le s com p o sitio n s du Songe de
P o lip h ile...... , vérita b le brév ia ire des con na issa nces a rc h ite c tu ­
rales de la R enaissance » '. C’est en effet u n véritable ré p e r­
toire de m otifs, qui se d o n n e im p lic ite m e n t p o u r tel et qui fut
p ris c o m m e tel, ainsi que l ’a lb u m de Villard de H onn e co u rt au
x i ü e siècle. R ap p elo n s-n o u s que des architectes co m m e P hili­
b ert de L o rm e, du Cerceau, l ’o n t co n n u ou possédé. A Caen

1. H. tlo u z o t t Philibert de Lorme.

��F i g . 9 . — L ' E n l è v e m e n t d ’E u r o p e ( Poliphile , f° k

iiii)

F i g . 10. — L ’E n l è v e m e n t d ’E u r o p e ( b a s r e l i e f d e l ’H ô t e l d ’E s c o v i l l e à C a e n . )

-

*«»

2« u » . .

�L ' i N F LÜ E NC E ARTI STI QUE

DU « S ONGE DE P O L I P H I L E

»

69

d’ailleurs,, tous ces m otifs se r e n c o n tr e n t ré u n is s u r un étroit
espace.
P o u r e n tra în e r la foi, l’a rc h ite c tu re civile C aennaise offre
d’au tre s ra p p ro c h e m e n ts . Nos bourgeois cultivés et leurs a r c h i ­
tectes, a v a ie n t la passion des devises ou in s c rip tio n s. E tienne
Duval, sieur de M ondrainville, époux d ’une M alherbe, a im a it
les in s c rip tio n s trilin g u e s, com m e F. Colonna. S u r le s oub as­
s em en t de la to urelle qui fait ressa u t à la façade de son hôtel,
il a fait g ra v e r COELVM NON SOLVM, qui se tro u v e à la fin
d ’u n s o n n e t italien en tête de l ’édition de G oh orry en 1561.
Plus fra p p a n t est l ’exem ple de l’hôtel d ’Escoville (1533-1541),
exquise d em eu re, do n t l ’in té rê t dépasse de beauco up les lim ites
de la cité ou de la ré g io n n o rm a n d e s . Nicolas Le Valois, qui
le fit co n s tru ire , était alchim iste : il dût être e n tra în é vers le
livre de celui que G oho rry , Beroalde, La M onnaye, o n t cru (à
tort) a v o ir c h e rch é la p ierre p h iloso ph ale, p ro b a b le m e n t parce
que ce sensu el p re n d à P lin e et a u Moyen Age to u t l ’écrin des
pierres et des m é ta u x précieux. En to u t cas, cet ad epte de l’h e r ­
m étism e cultivait le h ié ro g ly p h e : il av a it fait co n s tru ire dans
son m a n o ir, à la ca m p a g n e, u n e chapelle « ou tous les h ié ro ­
g ly p h es de l'OEuvre » étaient représen tés, dit des Yveteaux, et
à la ville u ne m aiso n « ou les h ié ro g ly p h e s ...... font foi de sa
science ». Celle-ci est l’hôtel d ’Escoville. Quel livre le po uvait
donc séduire plus que le Songe de P oliphile, où G. Tory, R abe­
lais, les im p rim e u rs -lib ra ire s , r e tr o u v a ie n t déjà la science
« h ié ro g ly p h iq u e » des « Saiges d’Egypte »?
S u r la paroi de l ’escalier est sculpté un h ié ro g ly p h e dans la
m a n iè re de ceux du P oliphile, m ais plus sim ple. On y retrouv e,
sous le m éd aillon iconique, 1 abeille travailleuse, l’u rn e allu ­
m ée qui signifie l’a m o u r. Au-dessous, la tête de bœuf, p o rta n t
s u spendu es aux cornes des petites herses, fait p en se r au b ucrane
qui, dans le Songe, po rte des petites bêches. N a tu rellem en t une
devise latin e a c co m p ag n e, com m e dans le S onge, to u s ces doctes
rébus.
Un p eu p lus loin, un bas*relief, qui est aussi à sa façon un

�70

É T UDE S I T A L I E N N E S

h ié ro g ly p h e , figure l'e n lèv e m en t d ’E urop e (pl. 9). Sa facture en
relief léger, un peu sèc h em en t enlevée aux c o n to u rs, nous
incline déjà à sup p o ser un m odèle g ra v é. Dès 1886, P alustre y
re co n n aissait l’in sp iratio n d’un des bois les plus p ittoresq ues du
S o n g e (pl. 10), la « jeu n e fille confiante, dit le texte italien,
assise s u r le blanc ta u re a u ap privo isé, qui lui faisait tra v e rs e r
la m e r tu m e s c e n te ». C om position g én é rale, répétitio n du
m êm e p e rs o n n a g e en deux phases successives de son histoire,
a ttitudes, so nt les m êm es, sauf que, dans n o tre bas-relief, des
po rtiq ues à l’italien ne re m p la c e n t, s u r le bord de la m e r, les
buissons du lido vénitien. Un peu plus loin encore, i’écusson
du se ig n e u r d’Escovüle, un h erm è s tricéph ale avec légère i n d i ­
cation de sexe, dit le passé, le p ré s e n t et l’av e n ir de la famille,
assurés p ar la g é n é ra tio n . Or l’h erm ès tricép hale, avec m êm e
sy m bo lism e, est p orté dans le S onge p ar les satyres qui a c co m ­
p a g n e n t le trio m p h e « del Divino A m o re » (texte et g ra vures).
Ceci nous a m è n e au d e rn ie r et plus curieux r a p p ro c h e m e n t.
Les sym boles m u s ic a u x so n t n o m b re u x dans la décoratio n
sculptée de l ’hôtel n o r m a n d : Muse jo u a n t de la m a n d o lin e ,
David avec la h a rp e à ses pieds, g u e r rie r te n a n t des h arpes
croisées, et s u rto u t joûte d ’Apollo et de M arsvas. Or, la m usique
a b o n d e d ans le Po/ip/ri/e. Des ondes d ’h a r m o n ie , écho des céré­
m on ies a n tiq u es et des giostrc de la R enaissance, ro u le n t dans
ce ro m a n h u m a n is te et païen. En p a rtic u lier, de véritab les c o n ­
certs, so u ten u s de m u ltip les in s tru m e n ts (dont ceux de n o tre
décoratio n n o rm a n d e ), a c c o m p a g n e n t les trio m p h e s d ’Europe,
de Léda, d e D a n a é , de l ’A m o u r, et le Sacrifice à P riap e. Et p ré ­
cisém en t, nous sav on s que dans le bal auqu el P o lip hile assiste,
enivré, chez la Reine, « les m usicien n es, p re s sa n t d a v a n ta g e la
m esure, p r e n n e n t l ’in to n a tio n de l’ex citant m ode p h ry g ie n ,
m ieux que ne l’eût fait Marsvas ». D u ra n t les m y stères triom "
p h a u x de l ’A m o u r, des n y m p h e s « jo u e n t d’u n e double flûte
d e v a n t laquelle faiblit l’in v en tio n de Marsyas ». Voici donc,
ex p re s s é m e n t évoqué deux fois d ans le Songe, le m y th e m u si­
cal qui figure deux fois d an s la d éco ratio n de l’Hôtel. Or ce

��*

F i g . 11. — C a m p a n i l e s d e l ' H o t e l d 'E s c o v i l l e , à C a e n .

�L’I NF LUE NCE ARTI STI QUE

DU

« S ONGE DE P O L I P H I L E

))

71

double texte est le seul, avec les M étam orphoses d ’Ovide il est
vrai, où les F ran ç ais de 1540 p o u v aien t en tro u v e r l’évocation.
Mais il y a m ieux. Tandis que, s u r le plus h a u t des c a m p a ­
niles de l’hôtel, Apollo se dresse avec sa lyre, Marsyas esquisse
d’en bas, s u r le plus petit, un geste de défi avec sa flûte. C’est
donc, ju sq u e d an s la différence dés niveaux, un « trio m p h e »
d’Apoilo. Un de plus d ans cette R enaissance ap o llin ie n n e !
Et ce qui est vain cu avec le Silène, ce n ’est pas s e u lem e n t la
m usiqu e ru stiq ue, ce so nt les bas instincts. Car, re g a rd o n s le
petit tem ple m o n o p tè re . Dans l’o m b re q u ’il capte se dresse un
P riape, le dieu des jard in s, en buste posé s u r u n e g a în e (pl. 11).
Sous sa p etite coupole, au-dessus des com bles, to u rn é ré solu­
m e n t vers le p o rtail et la rue, il sem ble veiller s u r le logis. C’est
bien le.dieu des v e rg ers : son g ro s nez, ses yeux sourcilleux,
sa barbe in culte et copieuse, disent son an im alité. Q uant au
socle, 0 1 1 m e d isp en sera d ’insister. Qu’il m e soit s im p le m e n t
perm is de n o te r la place, l’in te n tio n form elle de m e ttre en vue,
to ut le r y th m e de l’hôtel, arc h ite c tu re et décoratio n, qui sont
p our c o n d u ire les yeux là-haut, vers le tem p ietto où réside Iè
dieu. L’audace est pro dig ieuse. P o m p e ï ne l’a p o in t dépassée.
Or, o u v ro n s le Songe de P oliphile ; et après avoir re g a rd é la
g ra v u re, qui est au p o in t de vue artis tiq u e le plus beau bois du
livre et un des plus beaux du Q uattro c en to p ar la v e rd e u r de
l’in v e n tio n et l’allégresse de la « sain te féerie florale », lisons
le texte : « s u r la p late-form e de l’autel se d ressait le ru stiq u e
sim ulacre du dieu g ard ie n des ja rd in s, avec son a ttrib u t a p p r o ­
prié. Une coupole de v e rd u re, so u ten u e par des pieux fichés au
sol, o m b ra g e a it ce s a n c tu a ire m y s té rie u x » (pl. 12). C’est bien
cela. Si la v oû te de feuillage est devenue à Caen un tem p ietto
ro n d , p é rip tè re ionique, c’est p a r a d a p ta tio n n écessaire au
m o n u m e n t.
Je n ’ai vo ulu que ré d iger quelques notes sur l’influence du
P o lip h ile à la R enaissance. Il y a u r a it à y ajo uter. La v e rtu
p lastiq u e de ce p erpétuel bas-relief est inépuisable. On sait du
reste q u ’il a suivi plus ta rd sa fortu n e . P o ussin très probable-

�(F ig . 12. — S acrifice à P r i a p e

Poliphile ,

f ° m 6) .

�»

L 'iN K L U E N C E

A T IS T IQ U E

DU

«

SONGE

DE

P O L IPH IL E

■&gt;

73

m en t, Lesueur sans aucun doute, l ’o n t aim é, s’en son t inspirés.
Il faut sig n a le r B ouchardon, le p re m ie r s c u lp teu r v ra im e n t italian isan t de notre x v i i i ® siècle, qui dessine la scène « antiq u e »
des ébats des n y m p h es d ans le ru isseau bordé de glaieuls.
Au xix e siècle, sa destinée dans l’a r t est double. Avec Claudius
P o pelin, les h isto rien s de l’art, B. Fillon, u p h ru ssi, le prince
d’Essling, Miintz, l’ont co m p la is a m m e n t étudié, co m m e tous
ceux qui o n t su g a r d e r le g o û t de l’h u m a n is m e et l ’a p p é tit de
la beauté a n tiq u e, telle q u ’on la sen tait au x v e dans l ’e n to u ra g e
de M antegna. Même avec son fatras, le Poliphile est un songe
d’esthète, fictivem ent e n d o rm i sur la rive de la M éditerranée
en tre des m y rtes et des blocs de m a rb r e sculptés. Il y a,
en core u n e fois au m ilieu d ’u n e prolixité « plus que asiatique »,
co m m e dit J. M artin, dans u n e lang ue p é n ib lem en t forgée,
et avec d’in n o m b ra b le s restes de l’esp rit du m o yen âge, des
pages de lum iè re et de sensualité plastique qui fo nt penser à
d’A n nu nzio. A côté de cela, il a particip é à nos batailles artis­
tiques. R épertoire d ’arch itectu re et d’archéologie anciennes,
les classiques de 1800-1850 se ré c la m e n t de lui. P e n d a n t que
les « m aîtres d ’œ u vre » ro m a n tiq u e s , cond uits p a r Lassus,
b ra n d iss e n t l’album de Villard de H onnecourt, leur vénérable
an c être du x m e siècle, les architectes an tiq u isan ts, m enés p a r
L e g ra n d et Q u atrem ère de Quincy, le la n c e n t co n tre leurs
ad v e rsaire s. Mieux encore : il en tre dans l ’a r t m êm e, dans sa
vie profonde, p ar ses m agnifiques bois et sa ty p o g rap h ie .
Grâce à la séduction q u ’il a exercée sur B urne J o n es et W illiam
M orris, il a collaboré au m o u v e m e n t P ré ra p h aé litiq u e, qui a
ren o u v elé l’a r t anglais, et à la ré fo rm e de l ’a r t du Livre, de la
le ttrin e et de la vign ette, qui l’a suivi. De nos jo u rs encore,
Ch. Ricketts et S h a n n o n s’en so n t so uv enu s d ans leurs m a g n i ­
fiques bois de la série « D aphnis et Chloé ». W a lte r Crâne le
p ro c la m ait son m aître. Ce livre du passé n ’est pas un livre
m o rt.
R.

S C H N E ID E lî,

'

�G p azia IDelecida.

Lorsque Grazia Deledda publia ses p re m iè res Nouvelles (elle
a tteig n ait à peine sa v in g tiè m e année) les lecteurs fu re n t fra p ­
pés de son im a g in a tio n libre et ro buste, et de son style v i g o u ­
reux, o rigin al, plein de couleur. Ces dons, qui du p re m ie r
coup la c o n s a cra ie n t écrivain, o n t c o n tin u é de s'affirm er à
tra v e rs son œ uvre. Elle est, esse ntiellem en t, u ne n a tu re
artiste, possédée par le besoin de c r é e r ; elle a p p a rtie n t à cette
fam ille d’écrivains’ qui so n t des conteurs d’histoires, c o n s ta m ­
m e n t occupés de héros e m p ru n té s au réel ou lib re m e n t im a ­
ginés, qui d év e lo p p e n t su iv a n t leur n a tu re u n e vie où F auteur
ne se m êle p o in t ; to u t au plus y apparaîtra-t-il à la m a n iè re
do n t certains p ein tre s — eux aussi co n teu rs d’histoires —
Benozzo Gozzoli ou Carpaccio, p laçaient leur p o rtra it dans un
an g le de leurs tableaux, co m m e s ’ils eu ssent vou lu se divertir
aussi du spectacle q u ’ils d o n n a ie n t.
Mais cette ab o n d a n ce facile, et cette objectivité du récit, ont
tro p h ab itu é le lecteur à v oir d ans son œ u v re s e u lem e n t une
illu s tra tio n p ittoresqu e, u n peu m o n o to n e à la lo ngu e, du pays
sard e et des m œ u rs sardes ; la cou leur locale n ’est pas le seul
¡ntérêt, ni m ê m e le p rin cip a l in té rê t de ces histoires qui se
p o u rsu iv e n t d ’u n e allu re si s p o n tan ée , so u v en t u n peu inégale
et rêveuse ; il s’en dégage u n e vision de l’h o m m e et de l’u n i ­
vers, u n e in te rp ré ta tio n de la vie. Cette vision se form e
co m m e chez les esprits v ra im e n t sincères et attentifs à la vie,
jo u r ap rès jo u r, o b scu rém en t, p a r l’expérience q u ’ils p re n n e n t
du m o n d e e x térieu r et p a r les découvertes q u ’ils fo n t en euxm êm es. J a m a is no us ne tro u v o n s dans les ro m a n s de Grazia
Deledda u n s y stèm e d’idées préconçues, u ne thèse posée et
ré s o lu e ; le récit, à m esu re q u ’il se développe, in te rro g e la vie,
qu e s tio n n e la v a le u r et le sens de la vie.

�GRAZI A

DELEDDA

75

L’h e u re m e sem ble v en u e de faire un choix à tra v e rs cette
œ u v re tro p ab o n d a n te , de d iscerner les ro m a n s donf la beauté
a rtistiq u e et la v aleu r de pensée so n t tou t à fait o rig inales et
durables, et d ’en p é n é tre r les richesses q u ’u ne lecture superfi­
cielle n ’y s a u ra it pas découvrir.
*
* *
C’est la S a rd a ig n e qui a s u rto u t inspiré Grazia Deledda ; elle
ap p o rte à décrire ses paysages, ses hab itan ts, les m oin d res
détails de ses m œ u rs, cette intensité d ’expression, cette c h a ­
leur de coloris que g a r d e n t les souv enirs accum ulés p en d a n t
les an né es d ’enfance ; ce pen dan t, elle a ten té aussi de décrire
d’a u tre s pays et d’au tre s m ilieux sociaux, et ces tentatives
ré v èlen t chez la ro m a n c iè re des curiosités variées et neuves.
L ’Ombra del Passato a p o ur scène la vallée m o y e n n e du Pô ;
c’est l h isto ire d ’un en fan t, resté joyeux, affectueux et brave
sous le poids d ’une im m e n se in ju stic e ; le récit est captivant,
to u t im p ré g n é de poésie ; il évoque les vastes horizons de la
plaine lom bard e, avec ses g ra n d e s ro u tes bordées de peupliers,
p a r les jo u rs b ru m e u x d ’hiver ou sous l’a rd e u r des soleils de
ju i ll e t ; u n e sorte de buée rêveuse en velo pp e l ’âm e naïve du
petit héros, pareille à celle qui (lotte s u r le fleuve, et glisse
en tre les saules fluides de ses îlots sableux.
En quelques au tre s ro m a n s , co m m e en N ostalgie, elle s’est
essayée à décrire la bourgeoisie de R om e ; la jeu n e fe m m e qui
est ici le prin cip a l p e r s o n n a g e a u n e p h y s io n o m ie trè s réelle
et très p articularisée, et le ro m a n m é rite d’être lu, p o u r la s in ­
cérité h ard ie avec laquelle il pose un des aspects du pro blèm e
fém iniste ; m ais au s o rtir de l ’a tm o s p h è re étouffée de cette
h isto ire, nous c o m p re n o n s que Grazia Deledda soit allée
re tr o u v e r ses S ardes, ses tanças et ses ch am ps d ’oliviers.
Elle est faite p o u r les histoires ru stiqu es : m erveilleuse évo­
catrice de paysages, elle im m e rg e ses héros d ans la n a tu re , et
l’on ne p eu t citer un de ses livres sans que son sou ven ir
ap p o rte les

bouffées de p arfu m s sauvages du

m aqu is, ou

\

�76

ÉTUDES ITALIENNES

l ’horizon des vallées m o n tag n eu se s, des v erg ers et des v ig n e s
coupés de petits m u rs en p ierres sèches, ou la tristesse
n a v r a n te d’un pays de forêts, q u a n d la cognée aba t des arb re s ,
sous la lum ière te rn e des jo u rs de b ru m e . C’est là un des traits
caractéristiques de sa n a tu re d ’artiste, et le p re m ie r qui
s édu ira — ou e n n u ie r a — le lecte u r : car les h o m m e s, co m m e
les artistes, diffèrent p ro fo n d é m e n t p a r la place q u ’ils a c c o r­
dent, dans leur existence, au ciel, à l’atm o sp h ère , à la vie
des arb res et des eaux. Une pag e du ro m a n S ino al Confwe
nous d o n n e ra à la fois u n exem ple de ces év ocation s de la
n a tu re , et de leur influence pacificatrice s u r l’âm e d ’u n e jeun e
fem m e, l’h é ro ïn e du ro m a n , re v e n u e au pays natal ap rès un e
g ra n d e crise m o rale et u n e g ra v e m a la d ie :
« Dans l’après m idi, elle re s ta it de lo n g u es h eures à la
fen être de sa c h a m b r e ; le ja rd in , c o m m e vivifié p a r le v ent
du sud-ouest, était plein de fré m iss e m e n ts et de m u rm u re s ;
l’a m a n d ie r scin tilla it au soleil c o m m e u n a rb re de cristal ;
l ’yeuse, incline ; to u t en tière d ’un côté, p a ra is s a it u n e g ra n d e
flam m e d ’arg e n t. S u r les pentes lo in ta in e s des m o n ta g n e s ,
s’élevaient des n u ag e s de fum ée d’u n gris ro u s sâ tre , qui sem ­
b la ie n t les ex h alaison s m êm es des m o n ta g n e s : c’é taie n t les
b ru y è res incendiées p a r les p aysans, et le souffle chaud et
p a rfu m é de ces feux a r riv a it avec le vent, a p p o r ta n t u ne odeur
d ’encens. Plus h au t, s u r la b la n c h e u r des m o n ta g n e s calcaires,
de g ra n d e s o m b res bleues s’éten d a ien t, et sur la cim e du
G e n n a rg e n tu , co m m e s u r u n autel, re p o saien t de petits n uages
pareils à des cand élab res et à des calices d ’or. Le silence de
l’après-m idi était i n t e rro m p u seu le m e n t p a r le frisson des
feuilles, et p ar la ru m e u r m o n o to n e et m écan iq ue des ca rriers
qui tra v a illa ie n t au delà du ja rd in . Et puis, le soleil to m b ait,
et to u t le pay sa g e dev e n ait d ’u n ro u g e p o u rp ré ; le v en t se
taisait ; la lune m o n ta it, co m m e u n e flam m e solitaire, e n tre
deux roches de la m o n ta g n e ... G avina en te n d a it le m u r m u r e
lo in ta in du t o rre n t et, s u r l ’a c c o m p a g n e m e n t m o n o to n e de
cette n o te to u jo u rs pareille, le pic du ca rrie r qui trav a illait

�GRAZI A DELE DDA

71

encore au clair de lune lui sem blait a r ra c h e r u n g é m issem en t
au g r a n it ».
Dans cette vie ag reste où les pierres, les eaux, les an im au x
et les a rb res o n t g ard é leur h a r m o n ie libre et p rim itive,
l'h o m m e aussi sem ble encore eng a g é à dem i d ans la g an g u e
de la te rr e et du ro c h er, sem ble un p a re n t des d aim s de la
m o n ta g n e et des oliviers séculaires. Grazia Deledda aim e à
tra d u ire cette im p ressio n de la vie c h a m p ê tre, qui n 'a rien de
co m m u n avec les Bergeries d’autrefois, m ais ne ressem ble pas
n o n plus au ft vérism e » b ru tal de ce rtain s con teurs des m œ u rs
p aysann es. Et elle est plus vraie a in si; M aupassant a peut-être
décrit s u r le vif ses N o rm a n d s san g u in s, lo u rd e m e n t sensuels,
et dégradés par l ’alco o lism e; m ais le lab o u re u r berrich on et
le b û c h e ro n m o rv a n d e a u des M aîtres sonneurs ne so n t pas
faux; m ieu x encore que dans ces ro m a n s , George Sand a c a rac­
térisé dans Y Histoire de nia vie cette sorte de rêve indistinct,
en g o u rd i m ais co n tin u el, de certaines races paysannes, leurs
ten d an c es m ystiques, leur besoin de m erveilleux qui s ’alim ente
so u v en t d’h a llu cin atio n s. La vie p a y s a n n e est fo rcém en t
bru tale sous ce rtain s aspe cts; s u rto u t lo rs q u ’elle se consacre à
l’élevage d ’an im a u x , q u ’il faut n o u rr ir , q u ’il faut accoupler,
q u ’il faut égo rg er, elle p re n d u n e laid eu r re b u ta n te et presque
féroce; m ais elle est aussi en co n ta c t avec le m y stère con tinu
de la fé co ndation et de la m o rt, elle collabore à la vie u n iv e r­
selle qui s’a s s o u p it et se renouvelle au ry th m e des saisons.
C’est p ourq u o i la ligure de Zio S orighe, le p aysan-poète,
très païen, qui professe g a ie m e n t que « la vie est faite p o ur
boire, m a n g e r et se d iv ertir, tout le reste est péché m ortel »,
et qui p arle en couplets im provisés avec tou t le m o n d e, m êm e
avec les bêtes, n ’est pas une figure de fantaisie :
« Il n ’o b serv ait pas la n a tu re avec des yeux d ’a r t i s t e — dit
Grazia Deledda — m ais il la sentait com m e dev a ie n t la sen tir
les poètes prim itifs liés à la te rre p a r des liens récents et par
u ne p a re n té qui p eu à peu s’est affaiblie et d isp araît. Il était
incapable de faire m al à un insecte, et q u a n d il cou pait une

�ÉTUDES ITALIENNES

78

gro sse b ra n c h e il lui sem blait que l’a rb re d û t en s o u ffr ir.. . 1 »
Les g ra n d e s réjo uissances de cette société p a y s a n n e so nt
ap rès les récoltes : la m oisso n , la v e n d a n g e, la cueillette des
olives; on s’assied en cercle p a r te rr e d an s la cuisine, et les
fem m es ap p o rte n t les corbeilles ch a rgées de p ain et de v ian d e;
et puis le vin circule, et ceux des convives qui o n t le ta le n t de
1’ « im p ro v is a tio n &gt;r c o m m e n c e n t à é c h a n g e r des octaves c o u r ­
toises ou railleuses, com m e faisaient les b erg ers de T h éo c rite;
certains o n t un bagage poétiqu e plus considérab le : Zio S origh e
« av a it cha nté tous les g ra n d s év é n em en ts de la seconde
m oitié du xixe siècle; il avait com posé u n h y m n e à Pie IX, un
à V ictor-E m m anu el, u n a u tre au b a n d it G iovaqni Tolu et u n à
E leonora d ’A lborea ».
Plus im p o san tes so n t les fêtes patro n a les, où l ’o n m o n te en
lon gue procession vers le san c tu a ire du s a in t; les confréries
de p én iten ts défilent dans leurs é tra n g e s c o stu m e s; les h o m m e s
s o u tie n n e n t les fem m es assises en cro up e de leurs ch evaux;
es jeu n es g ens o n t s o ig n e u s e m e n t p eig n é, avec sy m é trie , leur
ch evelure im bibée d ’h u ile; les fem m es, parées de leurs bijoux,
o n t des airs d’idoles sous le h ié ra tiq u e costum e de cérém o nie
d o n t les jupes se tie n n e n t roides. Le d ébu t de E lia s Portolu
trace a d m ira b le m e n t le tab leau de cette p rocessio n des fidèles
qui g ra v iss e n t les sentiers p ie rre u x du s a n c tu a ire ; et ceci nous
re p o rte au lointain' des âges, et nous tra n s p o r te au lo in ta in des
h o rizo n s du m o n d e : ces pèlerins, nous les a u rio n s re n co n trés,
autrefois, s u r toutes les ro utes des s a n c tu a ire s païens de la
civilisation m é d ite rra n é e n n e , et no us les r e n c o n tre r io n s aussi
su r les routes des s a n c tu a ires h in d o u s et jap onais.
A près les offices religieux, le festin est u n e p a r t im p o rta n te
de la fête : on m a n g e beaucoup —- on m a n g e beaucoup de
vian d e — , et cette débauche de n o u rr itu re a quelque chose
aussi d ’u n caractère sacré : — « C’est la fête du saint, il faut
\ . S in o a l C o n fin e •
2.

Poeta estemporaneo.

�G RA ZI A DELE DDA

79

q u ’on m a n g e » ré p o n d avec g ra v ité un vieux pay san, c o m m is ­
saire de la fête, à une jeune fem m e qui s’éto n n e de cette avidité
presque féroce*. Est ce un s o u v en ir atav iq u e du festin sauvage
où l'on d é v o ra it les m em b re s de l’an im a l sacré à la trib u ?
Mais l ’accord n ’est pas to u jo u rs aussi aisé e n tre les antiques
su rv iv ances des relig io n s n atu ra listes, et les in s titu tio n s
sociales et m o ra le s app o rté es p a r l’évolutio n c h ré tie n n e c a th o ­
lique : deux ro m a n s de Grazia Deledda p ré s e n te n t la tra g iq u e
h istoire d ’un je u n e p rê tre sans vocation. P ria m u (dans Sino al
Confine) est u n jeune h o m m e in s tru it, co n scient de ce q u ’il
fait; il se p erd p a r c e q u e son cœ ur passio nné e s tm a l servi p a r une
volonté débile ; m ais Elias P o rto lu est un p rim itif, il ne sait pas
j u s q u ’à quel p o in t il a u rait eu le d roit de s ’o pposer à ce q u ’on a
voulu de lui, il sen t s u r lui le poids d ’u ne inexplicable et in s u r­
m o n ta b le fatalité. Un tel conflit, du rêve silencieux de l’àm e p a y ­
san ne, fait s u rg ir la p ensée; elle ém erg e confuse, fra g m e n ta ire ;
elle a la ra id e u r des idoles prim itives, des xoanoi de l ’a r t
m é d ite rra n é e n a rc h a ïq u e ; co m m e cet art, elle essaie de tra d u ire
ce qui lui p a ra ît l’essentiel, m ais en m êm e tem p s elle s’a ttard e
à quelques détails qui fra p p e n t p a r leu r bizarrerie, et p a r la
difficulté q u ’on épro u v e à en re n d re com pte. Cette pensée se
rép ète c o n tin u e lle m e n t elle-même, s’a ttac h e aux form ules
naïves, p é n ib le m e n t élaborées, com m e à des app uis q u ’il ne
faut plus p erdre. Mais la sensib ilité sp o n tan ée , les in stincts ne
so n t pas m atés p ar ce tte .s o p h is tiq u e in c e rta in e : au m o m e n t
où Elias cherch e à voir; d an s la m o rt de son petit enfant, la
co n s o m m a tio n de sa pénitence, la possibilité d’un re to u r à la
paix de l’âm e, il sen t du fond de son cœ ur s’élever u ne jalousie
atroce p o u r l’h o m m e q u i a le droit d ’être auprès de son en fa n t
m ort.
%
* *
Les in stitu tio n s sociales que nous app e lo n s civilisées font
s u rg ir d ’a u tre s conflits dans ces m entalités prim itiv e s, auxi

Dans

Y Edera.

�80

ÉTUDES

ITALIENNES

quelles elles p ré te n d e n t im p o ser des lois et des s an c tio n s c o n ­
traire s à leur coutu m e : le p aysan sard e a une h o rr e u r i r r a i ­
so n n ée du carabiniere (g en d arm e à cheval), qui p o u r lui ne
re p ré s e n te pas du to u t la justice, m ais la priso n . F aire de la
p riso n , c’est u n e « disgrazia », — u n m a lh e u r, p lu tô t q u ’u ne
ho n te, puisque cela p eu t a r riv e r à la fois à des voleurs de
m o u to n s que c o n d a m n e ra it la c o u tu m e, et au g a la n t’uom o qui
a ré p aré par la v en d e tta u n affro nt fait à sa fam ille. En s o m m e ,
d ev a n t le ca rab in ier la seule chose à faire c’est fuir, se ca ch er;
il faut to u c h e r le fo nd de la détresse h u m a in e p o u r en a r riv e r
à so u h a ite r au près de soi « u n être h u m a in , n ’im p o rte qui,
m êm e un c a ra b in ie r »*.
Le triste héros de II nostro Padrone a fait de la p riso n , et il
en est sorti à l’état de loque h u m a in e , désh ab itué de to u t travail,
de to ute in itia tiv e ; il a p o u rta n t des velléités de ré g é n é ra tio n ,
m ais elles s o m b re n t p é rio d iq u e m e n t d an s l’ivresse. Ce livre
pu is s a n t et la m e n ta b le est d 'a u ta n t plus sug gestif q u ’il n ’est
pas s y s té m a tiq u e ; l’a u te u r ne fo rm u le au c u n j u g e m e n t s u r ce
q u ’elle r a c o n te ; m ais nous y tro u v o n s tous les élém en ts de
désa g rég a tio n et de c o rru p tio n qui co n trib u e n t à r u in e r une
race et u n p ays : les m a ria g e s a r ra n g é s p a r la cupidité, à
l en c o n tre des lois natu re lle s, la d isp aritio n des sanctions
sociales trad itio n n elles, auxquelles d’a u tre s s an c tio n s n ’o n t
pas en co re été substituées, et s u rto u t le rôle jo u é p a r un
h o m m e d ’affaires, type ro bu ste, sans scrupule, qui fait a b a ttre
la forêt, a n é a n tit p o u r des g é n é ra tio n s les richesses n aturelles
du pays, et après avo ir m al payé ses ou vriers, les alcoolise à
la c a n tin e d o n t il tire bénéfice.
Quel est le sens du titre de ce liv re ? quel est ce « Maître »
qui d o m in e ra it et d irig e ra it ces m isérables existen ces? L’a tm o ­
sphère du récit reste é tra n g e m e n t m y stérieu se. Plus que tou t
au tre de ses ro m a n s , il révèle chez Grazia Deledda un e sorte
de fatalism e m élan c o liq u e, qui ab o u tit à co n sidérer toutes les
1. D a n s

Sino al Confine

(la m o r t d e Z i o S o r i g h e ) .

�GRAZI A

81

DE LE DDA

m anife sta tio n s de l’â m e h u m a in e avec la m êm e pitié désa­
busée : tous les h o m m e s é ta n t en som m e, m êm e lo rsq u ’ils se
croien t con scients et forts, des i m p u is s a n te et des aveugles,
qui se d o n n e n t beaucoup de m al et qui o p è re n t beaucoup de
niai p o u r a r riv e r tous à u ne sem blable défaite. C’est en ce
livre aussi que se m a rq u e de la m a n iè re la plus fra p p a n te
l’in tu itio n q u ’elle a des s e n tim e n ts élém e n ta ires, de la vie
psychique éparse, in te rro m p u e , que m è n e n t les en fan ts et les
prifhitifs, et dans laquelle re to m b e n t les âm es en g ou rd ies p a r
la m isère ou p a r l ’oisiveté, p a r la séq u e stratio n ou p ar l’alcoo­
lisme. Dans l ’Ombra d el Passato et dans Ccnere, elle a noté,
avec leu r fra îc h e u r puérile, les ém otio ns de A done et de
A n a n ia ; elle dit aussi les s o u v en irs in c o h éren ts, les désirs
gro tesq ues, les velléités dérisoires des vieux, des infirm es,
des d é g é n é ré s 1. Elle les dit avec la m êm e sy m p a th ie tranq uille,
a b s o lu m e n t é tra n g è re à toute espèce de m épris intellectuel ou
m oral.
De m êm e que IL nostro Padrone, le ro m a n de YE dera est
do m iné par u ne fatalité douloureuse : « Le destin s’ac com plit »,
répète a m è r e m e n t A nnessa, la prin cip ale h éroïne. Ici aussi nous
assistons à la d é sa g rég a tio n d ’un g ro u p e h u m a in , à la ru in e
d’un e noble fam ille sarde, déc h u e p ar une suite de m auvaises
chances, et s u rto u t par la vie oisive et d ésord on née q u ’o nt
m en ée les deux d e rn ie rs chefs de fam ille; les Dederchi illu stre n t
la décadence d ’une race trop en ferm ée en elle-m êm e, qui
s’ap p a u v rit de s a n g et d ’énergie, m ais g a rd e quelque chose de
g ra n d et de noble à trav e rs sa m isère et sa d ég rad atio n . Dans
la m aiso n autrefois élégante, an im ée, à p ré s e n t en ruines,
q u atre g é n é ra tio n s se tro u v e n t re p résen tées : le g r a n d père,
type a risto cratiq u e, qui a g ard é sa fierté et son sens de
l’hospitalité, la m ère Donna Rachel, sain te c réatu re alïectueuse
et ré sig n é e; Paulu, son fils, qui a co n so m m é la ruine, égoïste,
v olu ptu eux , affectueux, m é lan c o liq u e; et la petite Rose, sa
1. Z i o Z u a , d a n s l 'E dera ; l e n a i n d e

Sino a l Confine ,

etc.

S

�82

ÉTUDES

I TALIENNES

fille, idiote et difforme, « v iv a n t té m o ig n a g e de beaucoup de
fautes et d ’e rreu rs h u m ain es », d e rn ie r b o u rg e o n m a ls a in de
cette fam ille co n d a m n é e à m o rt. Á côté, a p p a ra is se n t des
figures de type p o pulaire, le c h a r m a n t et naif G antin e, et le
vieux curé Virdis, roug e, obèse, ridicule, colérique, b o rné
d’idées, sans éloquence, m ais d ’une g é n é ro s ité de c œ u r é v a n ­
g éliq u e; et enfin, A nnessa, l’é tra n g è re recueillie p a r charité,
san s ra cines sociales et sans racines m orales, isolée a u m ilieu
de cette fam ille à laquelle elle a a ttac h é son destin, slins
aide q u a n d un e lutte a tro c e éclate en son cœ u r plein d ’une
passion trag iq u e et désespérée p o u r Paulu.
Le livre s’ouv re s u r u n e situ a tio n a n g o is s a n te : on va m e ttre
en vente le peu qui reste des biens de la fam ille Dederchi, si
P au lu ne ré u ssit pas à t ro u v e r to u t de suite de l’a r g e n t ; le vieux
cousin infirm e h osp italisé p a r les Dederchi p o u r r a it fo u rn ir
l ’a rg en t, m ais il déteste P au lu , et celui-ci ne veut pas abaisser
son orgu eil à le prier en v a i n ; il p a rt à la re ch erch e de
q u e lq u ’un qui lui p rê te ra la so m m e ; s’il ne la tro u v e pas,
il se tu era . Tandis que les h eu res s’écoulent, le désespoir et
l’a m e r tu m e cro isse nt d an s l'àm e d ’A n n e ssa ; elle reçoit un
billet de P aulu, qui n ’a rien tro uvé ; l’idée de tu e r le vieux p a r a ­
lytiq ue av a re d evient u n e obsessioa à laquelle A nessa finit p ar
obéir avec h o rr e u r et p resqu e m a lg ré elle.
La c o n stru c tio n de ce ro m a n est m agnifiqu e de sim plicité
et d ’efficacité; l’angoisse su sp en d u e s u r la fiimille est a r tis ti­
q u e m e n t c o n ten u e p a r l’épisode p ittoresq ue, et d ’ailleurs utile
à l’action, du repas des m e n d i a n t s 1; l’expédition de P a u lu à
la re ch erch e de l’a r g e n t est l’occasion de m erveilleuses pages
descriptives et de p o rtra its h u m o ristiq u e s. Mais la v aleu r d ra ­
m a tiq u e du récit consiste s u rto u t en ce que la fatalité des évé­
n e m e n ts p ro v ie n t m o in s du h asard, que du ca ractère des héros :
A n n e ssa n ’a u r a it pas tué, si P au lu qui a fini p a r t ro u v e r de

i.

Chaque auoée

les D e d e r c h i d o u u e u t u u

la m a îtr e s s e d e m a i* o u s e rt de s e s p r o p r e s in a iu s.

re p a s a six p au v re» h o n te u x , q u e

�GRAZI A

DELE DDA

83

l’arg e n t, s’était préoccupé de lui en p o rte r im m é d ia te m e n t la
no uvelle; et si elle ne s’était pas, de son côté, enferm ée toujours
plus a m è r e m e n t dans sa détresse.
Cette v aleu r d ra m a tiq u e est si frappante, que l’a u te u r a été
tenté de p o rte r le su jet s u r le t h é â t r e ; m ais le d ra m e qui en a
été tiré reste très in férie u r au ro m a n , parce que des élém ents
a rtistiqu es de g ra n d e v aleu r en on t été élim inés : to u t le voyage
de P au lu, avec les figures épisodiques si pittoresq ues, avec
la sp len d id e desc rip tio n d’une vallée sauvage, creusée dans
le g ra n it, (leurie de lauriers-roses et dom inée p ar des m o n ­
tag nes azurées, avec cette belle pag e s u r la neuvaine, dans une
église de village, à laquelle P au lu se tro u v e assister :
« Un c h œ u r d ’une tristesse indicible et sauvage ré s o n n a it
dans la petite ég lise; il évo q u a it un ro u le m e n t loin ta in de
to n n e rre , tra v e rsé de tin te m e n ts de cloches m élancoliques, de
pleurs et de s a n g lo ts d ’en fan ts. Les h o m m e s , à g en o u x près
de l’autel, c h a n ta ie n t une cantilène p laintiv e et nostalgique,
à voix basses, égales, su p plian tes, qui p araissaien t a r riv e r de très
loin ; tan d is que les fem m es, assises p a r te rre au fond de l’é­
glise, ré p o n d a ie n t d ’une voix p ro fond e et m étalliq u e... On
a u ra it dit q u ’un peuple n o m a d e défilait au dehors, c h a n ta n t
un h y m n e n o stalg iq u e d ’adieu à la patrie perdue ».
A c e s récits d ’une m élancolie fataliste, s ’oppose de façon très
curieuse le ro m a n Sino al Confine : celui-ci est l’histo ire de la
libération d 'u n e â m e ; il pro c la m e la victoire de la vie, com prise
co m m e u n e activité de risque, de libre choix, d ’e n th o u siasm e
intellig e n t, s u r les tristes doctrines qui assim ile n t au péché
le fait m êm e de vivre. La figure de l’héroïne, G a rin a , est
avec celle d ’A nnessa, la plus étudiée des figures fé m inines
chez n o tre ro m a n c iè re ; cette adolescente orgueilleuse, toute
pénétrée d ’un idéal é tro ite m e n t austère, et qui lutte c o n tre les
asp ira tio n s a rd en tes de sa natu re , ju s q u ’à être la cause de
g ra n d s m a lh e u rs et presque de crim es, re p résen te un cas
extrêm e, m ais n o n pas isolé, de la p sychologie et de l ’édu ­
cation fém inine. En face d’elle, F rancesco, qui a rriv e à la

�84

ÉTUDES I TALIENNES

sauver, est un héros c o m p lè te m e n t s y m p a th iq u e , sans fadeur
et san s inv raisem b lanc es. F rancesco p araissait voué p a r sa
n aissan c e aux fatalités trag iq u e s de la v en d e tta et de la m isère ;
il y échappe p a r sa n a tu re joy eu se, et p a r la lucidité de sa
vision in tellectuelle; il pose d ’u n e façon concrète le p rob lèm e
de la responsabilité h u m a in e , p itoyable aux e r re u rs des égarés,
m ais sû r que nos a c tio n s s o n t en définitive des faits h u m ain s,
susceptibles d ’être modifiés et am élio ré s p a r les h o m m e s .
Malgré l’an goisse p o ig n a n te de c e rtain es pages, l ’a tm o sp h è re
de ce ro m a n est lu m in e u se, toute p arfu m é e de l’o d eur des
v erg ers et des v en d a n g es. P eut-être cette im p re s s io n ' vientelle s u rto u t de ce que l’a u te u r décrit ses héros dans leurs anné es
d’adolescence et de je u n esse , ces a n n é es p e n d a n t lesquelles
m ê m e la souffrance et le re p e n tir c o n se rv e n t u n e lu e u r d ’espoir,
la m o rt, u n r a y o n n e m e n t de beauté.
•

*
* *

Ces re m a rq u e s ne p ré te n d e n t pas épuiser le s u je t; elles ont
voulu s e u le m e n t d ég a g e r des qualités o rig in a le s , restées peutêtre confo ndu es p o u r beaucoup de lecteurs sous u n e v agu e
im p re s s io n de cou leu r locale exotique et d ra m a tiq u e . La v aleur
de l’œ u v re de Grazia Deledda est bien plus p ro fo n d e : elle est
faite de son s e n tim e n t p rim itif et p oétiqu e de la n a tu re , de
s a s y m p a th ie p o ur l ’â m e h u m a in e , à tra v e rs ses m an ife sta tio n s
les plus naïv es et les plus m isérables, de son in tu itio n des
conflits qui su rg is s e n t d an s les âm es et dans les sociétés en
a p p a ren c e les plus é lé m e n ta ire s ; enfin, elle est faite de la
franchise de ses procédés artistiq ues, qui s o n t tou jo u rs plutôt
un e p ré se n ta tio n q u ’une a n a ly se et m o in s u n e descrip tion
q u ’u ne s u g g estio n .
Charlotte U

enauld

�Ces manuscrits italiens de Copenhague1

Grâce aux soins des Danois qui s’in tére ssa ien t à recu eillir les
oeuvres de la litté ra tu re et de la science, ce d o n t les riches
biblioth èqu es privées des tem p s passés p o rte n t un tém o ig n a g e
suffisant, les bibliothèques danoises, et s u rto u t la g ra n d e
B ibliothèque Royale de C openhague, qui est la Bibliothèque
natio n ale du D anem ark, re n fe rm e n t beaucoup de curiosités
s o rta n t des collections dispersées des sav an ts et des bibliophiles
de l’Europe. Le cabinet des m an u sc rits de la Bibliothèque
Royale, d ont i 1 s’ag itic i, ne p résente pas s e u lem e n t de précieux
m a n u s c r its en latin, en g r e c 3 ou en lang ues orientales, m ais
aussi des m a n u s c rits en langues m od ernes, s u rto u t des m a n u ­
scrits en f r a n ç a is 3. P arm i les m a n u scrits italiens que possède
1. [M . P a u l H â g b e r g , b i b l i o t h é c a i r e à l a b i b l i o t h è q u e d e ¡’U n i v e r s i t é d ’U p s a i , a
b ie n

v oulu

m an u scrits
la

n o u s confier

le s o i n

de

p u b lier

ce tte im p o rta n te

i t a l i e n s d e C o p e n h a g n e , c o m m e il a v a i t

Revue Hispanique

(t. XXXVI) u n e

d escrip tio n

descrip tio n

des

publié a n té rie u re m e n t d an s

des m a n u sc rits espagnols

des

b i b l i o t h è q u e s d e S u è d e . N o u s l u i s o m m e s t r è s r e c o n n a i s s a n t s d e l ' h o n n e n r q u ’il
n o u s f a i t a i n s i . 11 n o u s é c r i v a i t :

«

J e v o u s s e ra is trè s o b lig é si v o u s v o u lie z b ie n

v o u s c h a r g e r d e la r é v i s i o n d e m o n
rer...

sty le q u i la isse p e u t - ê t r e b e a u c o u p

» C e t t e r é v i s i o n s ’e s t r é d u i t e à f o r t p e u

d e chose, m a is

n o tre

A uvray, to u t

s p é c ia le m e n t c o m p é te n t e n ces m a tiè r e s , a bien v o u lu

trè s

d escrip tio n s

p r è s les

m êm es

s i g n é e s c o m m e c e l l e - c i : A'oie

des m a n u sc rits

à d ési­

am i M.

L.

revoir de

et ajo u te r q u elq u es

n o te s,

de la Rédaction],
2 . C f . C h a r l e s G r a u x , Rapport sur les m anuscrits grecs de Copenhague d a n s
A rchives des Missions scientifiques et littéra ires , 3 e s é r i e , t . V I ( 1 8 8 0 ) , p . 1 3 3 - 2 4 2 .
— T i r a g e à p a r t d e X V I - 1 0 4 p., s o u s l e t i t r e : Notices som m aires des m anuscrits
grecs de la grande Bibliothèque royale de Copenhague ( P a r i s , 18 7 9 ) .
3. Cf . N . C. L. A b k a h a m s , Description des m anuscrits français d u m oyen-âge de
la Bibliothèque royale de Copenhagne, précédée d'une notice historique sur cette
bibliothèque ( C o p e n h a g u e 1 8 44 , i n - 4 ° ) . — P o u r l e s r e n s e i g n e m e n t s h i s t o r i q u e s , j e
r e n v o i e a u s s i à l ’o u v r a g e p r é c i t é d e G r a u x , e t à E . C. W e b l u u f f , H isloris/te
E fterrelninger om det store Icongelige B ibliothek i Kjobenhavn (2* é d i t . , C o p e n h a g n e .
1844).

�86

ÉTUDES ITALIENNES

la Bibliothèque, les exem plaires de Dante, de P é tra rq u e et de
Boccace so n t n a tu re lle m e n t les tréso rs de la collection. P o u r le
reste, ce so n t p ou r la p lu p a rt des d o cu m en ts historiq ues,
e n tre autre s u n g r a n d n o m b re de re la tio n s d ’am b assa d eu rs,
copies d’une v aleu r secondaire.
M. Erichsen, dans son A perçu de l ’ancien fo n d s r o y a l1, c o l­
lection qui co m p re n d tous les m a n u s c rits existant a v a n t l’ac­
quisition du sup erb e fonds de T hott, — fonds qui c o n tie n t aussi
des volu m es italiens m a n u scrits, et d o n t il existe u n catalogue
im p rim é ', — évalue le n o m b re des m a n u s c rits , rien que p o u r
cette a n c ie n n e collection, à 48 v o lu m es in-folio et à 38 volum es
in 4°, t r a ita n t de l’Italie, écrits soit en italien, soit en d ’au tre s
la n g u es; à savo ir : s u r l’Italie en g én é ral, 3 volum es in-folio et
5 in-4°; s u r les ra p p o rts en tre Venise et la Turquie, 16 volum es
in-folio et 5 in-4°, se com p o san t, p o u r la p lu p a rt, de relatio ns
d’a m b a s s a d e u rs ; 15 volum es in-folio et 18 in-4° c o n c e rn a n t les
États P ontificaux; enfin, s u r les au tre s États, y com pris la
Sicile et Naples, 14 v o lu m es in-folio et 10 in-4°.
La fo rm a tio n du dépôt de m a n u s c rits italien s ne re m o n te
pas à u n e lo in ta in e o rig in e ; m ais les m a n u sc rits o n t pris sou­
v en t, p o u r a r riv e r à la bibliothèque, les c h e m in s les plus
différents, que je n ’ai pas l’occasion de suivre ici, de collections
en collections. P arm i les p e rso n n a g e s danois qui se so n t trou v és
possesseurs de la p lu p a rt de ces volum es, il faut citer le com te
C hristian D anneskjold-Sam soe, qui av a it form é sa c o lle c tio n ’
s u rto u t en a c h e ta n t la spen did e biblio thèque de F rédéric
R o s t g a a r d \ d o n t les m a n u s c rits italiens fu r e n t acquis p e n d a n t
1. J o h n E i u s c h s e n , Udsigt over den garnie M a n u sc rip tS a m lin g i del store
Icorgelige Bibliothek ( C o p e n h a g u e 1 1 8 8 , i n - &lt;?*)
2
Catalogus bibliothecae T hottianae, t . V I I ( C o p e n h a g u e 1 7 9 5 ) . — L 'in d e x
librorum m anuscriptorum f o r m e l a s e c o n d e p a r t i e d e c e t o m e V ( l e t d e r n i ' e r , A
p a r t i r d e la p . 271.
3 Bib/iotheca Daneschioldiana, aen Catalogus lib ro ru m ... C hristiani, comitis
de Daneschiold in Samsoe ( C o p e n h a g u e , 1 7 3 2 ) . — L e c a t a l o g u e d e s m a n u s o r i t s
o c c u p e la d e r n i è r e p a r t i e d u v o l u m e , à p a r t i r d e l a p . 399.
4.

Bibliotheca R ostgardiana, in duas partes divisa

( C o p e n h a g u e 1726).

S î c o a d e p a r t i e c o m p r e n a n t l e s m a n u s c r i t s , c o m m e n c e à l a p . 44 3 d u v o l u m e .

— La

�LES M A N U S C R I T S

I TAL I E NS DE C O P E N H A G U E

87

•

un voyage de R ostgaard en Italie (1698-99); puis P. Scaveniu.«,
professeur de d roit et conseiller d ’État, qui a ra p p o rté quelques
m a n u scrits d ’Italie, et Chr. Reitzer (m o rt en 1736), professeur
de droit, de la bibliothèque duquel on t fait p a rtie la p lu p a rt
des rela tio n s d ’am b assa deu rs d o n t il a été fait m en tio n plus
haut.
I

M a n u sc r its ita lie n s d iv e rs
A vant de passer aux m an u s c rits les plus précieux qui se ro n t
1 objet de cette étude, je vais en sig n aler d ’abo rd quelques
au tre s d’après le catalogue.
1. Ancien fonds royal 1928, in-4°.
In stru c tio n donnée par Pietro Mocenigo, doge de Venise, p ou r
Daniele Barbadico(1474-75). iMs. en p a rc h e m in , orné, au prem ier
feuillet, d ’une in itiale P, en or, ento u ré e d ’entrelacs. Dans la
m a rg e inférie u re, des arm o irie s : u n e fasce d ’a z u r, avec trois
léopards issants s u r fond d ’arg e n t. S u r un feuillet de g a rd e :
« C om m issio magnifici et g e n e ro s i d o m ini Danielis Barbadici,
dig nissim i com itis J a d rae [Z a r a ] . » Ce m a n u s c r it p ro v ien t
de la b ibliothèque de P. S cavenius (m o rt en 1695)
2 . Ancien fonds royal 1929, in-4°.
In s tru c tio n , en latin, d o n née p a r le doge Lorenzo Priolo, en
1558, p o u r le c o m m a n d a n t vénitien A ngelo Micheli.
3. Ancien fonds royal 2057, in-4°.
Recueil de pièces diverses : A n n o ta tio n i so p ra i sonetti del
Rembo. Lettres de Fillippo Valentini « al ben costum ato e
d o ttrin a to g io u in e F iliberto R oncadelli g e n tilh u m o crem onese
suo cariss(im o) ». Piccola lettera di Nicola F ran c o scritta alla
lu cerna. — La zaffetta, etc.
I.

Cf. S u r c e M s . C h r .

kongelige Bibliolhek,

B roun,

A arskeretninger og M eddelelser fr a d et sto?'e

t . I l i ( 1 8 7 4 - 1 8 8 9 ) , p . 27 5 .

�E XUDES I T A L I E N N E S

4. Ancien fonds royal 2058, in-i°.
Il
so gno de Scipione, festa di ca m éra, e il Trionfo della
gloria, per P ietro Metastasio.
5. Ancien fonds ro yal 2202, in-4°.
J u n t a de Marcas de Cavallos de R eyno del Napoles, da
Miguel P onte Corvo (1617).
6. A ncien fonds roy al 2208, in-4°.
La g u e r ra di L o m b ard ia , con la bataglia di Grellasio (1524),
com p(osta) per G iro lam o G andolfìno A qvaviva da Cagli. — Msen lum iné.
7. Fonds de T h o tt 545, in-folio.
C onsiderazioni di T ra ja n o Boccalini so p ra la Vita di Julio
Agricola, scritta da Cajo Cornelio Tacito.
8 . Fond s de T h o tt 547, in-folio.
R accolta dell’o rig in e dell’in s e g n a de’duchi e delle p r e te n ­
sioni so p ra lo stato di Milano, p er J e r o n im o M agnocavalli,
1589.
9. F onds de T h o tt 551, in-folio.
R elatione della repu blica di Venezia, fatta dal con te F r a n ­
cesco della T orre, am b a s c ia to re di S. Maestà Cesarea.
1 0 . Fon ds de T hott 1085, in-4°.
L ettere italian e, x v n e siècle. — Ms. to u t en tie r du m êm e
copiste. — Cf. Bibliotheca R ostgardiana 992 : « Lettere ita­
liane, scritte nelli a n n i 1549-50-51-52 di diuersi luoghi d ’Italia,
Brescia, B ologna, M antova, V erona etc. » — A la fin, u n index
des p e rso n n e s auxquelles son t adressées les lettres.
1 1 . F onds de T h o tt 1162, in-4°.
T ra tta to dell’a r m e antich e . — Belle
xvi° siècle.

é c ritu re ; p a r c h e m i n ;

12. Fon ds de T h o tt 187, in-8°.

« R im e spirituali » du c o m m e n c e m e n t d u x v i 6 siècle.
1 3 . F onds de T h o tt 220, in-8°.

�LES MANUSCRITS

Discorso del

d o m in io

ITALIENS

spiritu ale

89

DE C O P E N H A G U E

e te m p o ra le del papa,

x v u e siècle.
1 4 . Fonds de T h o tt 250, in-8°.
F o rm u les m édicam entaires, en italien, les pre m iè res avec
cette ind ication : « S ecu n d u m A vicenna ». L’une de ces fo r­
mules p o rte le titre : «Electuario o p tim o al m al franzoso »;
une a u tre : « Rem edio al mal dal F rancho . » — Dans la m arg e
du p re m ie r feuillet la date 1465.
1 5 . N ouveau fonds royal 38, in-8°.
Livre d ’h eures en latin et italien, de 1500 e n v ir o n ; d ’origine
italienne.
1 6 . Fonds de T hott 548, in-folio.
C ronica de tu tte le casade della città di Venetia, con le arm i
di tutti li g e n tilh o m in i in essa città. P apier.

II

M a n u s c r i t s d e D a n te , P é t r a r q u e . B o c c a c e , etc.
/ . — Comedia d i D ante1.
Ce précieux m a n u s c r it fait partie du fonds de Thott, n° 411,
in-folio. 245 feuillets en p a rc h e m in ; écritu re g o th iq u e, de la
i. Ce m a n u s c rit a été sig n alé p a r C olom b de B a tin e s d a n s sa

tesca,

t.

Bibliografia dan­

I I ( P r a t o , 18 4 6 ) , p . 2 7 5 . — C h r . B r u u n l ’a t r a i t é e n d é t a i l , a u p o i n t d e

v u e d e l ’e n l u m i n u r e a r t i s t i q u e , d a n s l e t r o i s i è m e v o l u m e d e s e s R a p p o r t s a n n u e l s
et co m m u n icatio n s

s u r la B i b l i o t h è q u e

store kongelige Bibliolhek,
au ssi u n ex e m p laire de

( Aarsberetniger

l ’é d i l i o n o r i g i n a l e ( F o l i g n o 1 47 2 ) , d e l a

d e la s é r i e d e s I n c u n a b l e s d e la b i b l i o t h è q u e
bib lio th è q u e
qui peu t être

de

P.

R o stg aard

év alu é

[cf.

In d e x librorum saeculo
theca regia H afniensis d a n s C h r .

( 1 8 89 189 7) , C o p e n h a g u e 1 8 9 8 , P .
m an u sc rits

de

Comedia ,

u* 904

d e C o p e n h a g u e , q u i p r o v i e n t d e la

Bibliolheca Rostgardiana, p.

m a i n t e n a n t à 47 5 l i v r e s s t e r l i n g .

B ô llin g .

a n n o n c e tro is

og M eddelester fr a det

v o l. III [18 7 4 -1 8 8 9 ], p . 134. — L a B i b l i o t h è q u e p o s s è d e

—

54 , n “ 9 1 9 ] , e t

Cf. J ô r g e n

A ndresen

im pressorum , quorum exem pta possidel biblioB r u u n , A arsberetninger og M eddele/ser e t c , t . I V
1 1 5 . — B a r l o w , The A thenæ um , 1 8 6 1 , t . I I , p . 28 5 ,

xv-

D an te

pour

le D a n e m a r k ; la b i b l i o t h è q u e r o y a l e

n e p o s s è d e A m a c o n n a is s a n c e q u e les d e u x d o n t le s n o ti c e s s u iv e n t . — [B a rlo w ,
d an s cet article

de

V A thenæ um

du

31 a o û t

1 8 6 1, a r t i c l e i n t i t u l é

Codici o f the

�90

É T U D E S IT A L IE N N E S

fin du x v 8 siècle. Dans les m arg e s, et e n c a d ra n t le texte, se
tro u v e le co m m e n ta ire de Jacopo délia L ana, écrit p a r l e m êm e
copiste que le texte de Dante, m ais en caractères plus petits.
Les initiales de tous les cha n ts, à en ju g e r p a r quelques
exemples, devaient être sur fond o r ; m ais ce fond n ’a été ex é­
cuté que dans peu de cas. La décoratio n de ch aqu e initiale se
compose, d’un sujet, et d ’un e o rn e m e n ta tio n co n s is ta n t en
feuillets, fleurs et bra n ch ag e s. A u c o m m e n c e m e n t du p re m ie r
ch a n t de l’Inferno, l ’on voit Dante assis s u r u n to m b eau , sous
un arbre, et enfoncé dans ses p e n s é e s '; le plus so uvent Dante
figure en c o m p ag n ie de V irgile; m ais cette o r n e m e n ta tio n ,
ainsi que les sujets, est traitée à la plum e, sans couleurs. Il y a
ainsi 84 dessins dans Y E n fe r et le P urgatoire, tan d is que des
30 initiales que p ré sen te le P aradis, quelques u n es seu lem e n t
o n t été décorées, peut-être p a r u ne m ain récente. Une seule
fois, l’illu stra tio n occupe to u te la pag e ; c’est au feuillet 78
(chan t 34 de l ’Inferno), où est re p ré se n té Lucifer. D’après B ruun,
la d éco ratio n a rtistiq u e de ce m a n u s c r it résulte de la co llab o ­
ra tio n de p lusieurs e n lu m in e u rs .
Le texte co m m en c e (en rouge) p a r ces m ots :
I n n o m i n e p a t r i s e t filii e t s p i r i t u s s a n c t i . I n c o m i n c i a il p r i m o Canto d é l i a
p r i m a e a n t i c a d é l i a c o m e d i a d i D a n t e A l H g h i e r i d a F i r e n z e . La q u a l e e d e c t a
I a f e r n o , n e l q u a l e si p u n i s e o n o li p e c c a t o r i s e c o n d o c h e c h i a r o a p p a r e Del
t e x t o ».

P o u r in d iq u e r la place que p eu t p re n d re cet ex e m p la ire dans
la classification des m a n u s c rits de Y E n fe r, je relève, d an s le
D ivin a C o m m ed ia , i n d i q u e b i e n t r o i s m a n u s c r i t s de D a n te p o u r le D a n e m a r k ;
m a i s selon t o u t e v r a i s e m b l a n c e , l’u n de ce s t r o i s m a n u s c r i t s es t celui q u e C o lom b
d e B a tin es, R ib lio g ra fia d a n le sc a , t. II, p. 274, n° 532, e t p l u s t a r d B a rlo w lu im ê m e , C r itic a l h isio r ic a l a n d p h i/o so p h ica l C o n trib u tio n s to th e s t u d y o f the
D iv in a C o m m edia, 1864, p. 71, s i g n a le n t c o m m e se t r o u v a n t d a n s la b ib lio th è q u e
d u G y m n a s e d ’A lto na, à u n e é p o q u e o ù A l t o n a f aisait e n c o r e p a r t i e d u r o y a u m e
d e D a n e m a r k . — N. D. L. R.].
1.
[Cette in itia le , V N d u p r e m i e r m o t du' p r e m i e r v e r s , a été r e p r o d u i t e p a r
Chr. B ru u n à la p. (35 d u r a p p o r t m e n t i o n n é d a n s la n o t e p r é c é d e n t e . — Une
a u t r e m i n i a t u r e du m ê m e m a n u s c r i t , r e p r é s e n t a n t la r e n c o n t r e de D an te e t de
V irgile , es t r e p r o d u i t e à la p. 137 du m ê m e v o l u m e . — N. D. L. R.].

�L E S M A N U S C R IT S IT A L IE N S D E C O P E N H A G U E

91

tableau qui suit, les passages caractéristiques de cette partie
de la C omédie, d ’après le m odèle proposé par E rnesto M on aci1
et suivi p a r M. L. A uv ra y •
I. ! \. E t q u a n t o a d i r .
28. P o i che posato un pocho.
I I . fio. ( E t d u r e r a ) q u a n t o l m o t o l o n t a n a .
9 3. N e f i a m m a ( d e s t o ) .
I H , 5q. V i d i e t c o g n o b b i .
IV, 95. Di quel sig n o r.
V, 59. C he succedette.
83. C o l l a l e ( a l ç a t e ) .
V I , 18. — e t i n g o i a e t s q u a t r a .
V ili,

i o r . E t s e i p a s s a r ( p i ù o l t r e ce n e g a t o ) .

I X , 64- — — — s u c i d o n d e .
X, i36. — — — s p ic c ia r s u o leçço .
9 0 . L a d i u i n a i u s l i t i a (li m a r t e l l i ) .
9 1 . O sol che sani ogni u ista (tu rb a te ).
X I I , 123. Q u e l s a n g u e si c h e q u o c e ( p u r li p i e d i ) .
X I I I , 4 r . D a llu n dei capi (che dell a ltr o gem e).
X I V , 7 O. D i o i n d i s d e g n o ( e t p o c o p a r c h e l p r e g i ) .
X V ,_2 r. P o i s i r i u o l s e . . .
X V I , i 3 5 . A s c o g l i o Co a l t r o c h e n el m a r e e c h i u s o ) ,
X V II,

ii

5. E ll a s e u u a n o t a n d o l e n t a l e n t a .

X V I I I , i o \ . ( N e l l a l t r a b o l g i a e c h e) c o l m u s o sc u ff a .
X IX , 12. E t q u a n to g iu sta (tu a u ir tu coraparte).
X X I V , u g . O . p o t e n ç a di dio .
X X V , 1 4 4 . L a n o u i t a se f i o r la l i n g u a .
X X V I, 57. A lla u e n d ecta u a n n o .
X X IX , 120. D a (m )p n a m y n o s a cui fa lla r (n o n lecce).
X X X , 3 r. (E t laretin che) rim a se trem an d o .
X X X III, 75 . P o sc ia più chel d o lo r p o te i d ig iu n o .
X X I V , 8 2 . ( A t t i e n t i b e n c h e p e r ) co l a l i s c a l e .

Le c o m m e n ta ire de Jacopo della L an a écrit dans les m a rg e s ,
en petits caractères, c o rresp o n d esse n tiellem ent à l’édition de
S carabelli \ Je d o n n e ici quelques extraits du c o m m e n ta ire de
X Inferno :
t . fi. A c c a d e m ia d ei Lincei. R en d ico n ti, t. IV (1888), p. 228-237 (S u lla c la s sific a ­
zio n e dei m ss. d e lla D. C'., n o t a d e l s o c i o E. M o n a c i ) .
2. Lucien A u v r a y , Les M a n u scrits de D a n te d es bibliothèques de F ra n ce (P a ris ,
1892), p . (82 e t suiv.
3. C om edia d i D a n te d e g li A lla q h e r ii, col C om m ento d i Jacopo d e lla L a n n , ed .
L u c ia n o S c ar ab elli, 3 vol. in-8 (Bologue 1866-1867). Cette é d i t i o n f o rm e leB t o m e s

�92

É T U D E S IT A L IE N N E S

I n c ip iu n t g lo s e siu e e x p o s itio n e s s u p ( e r ) p (rim o ) c a p itu lo i(n )fern i. P r o hem ium g lo ss a ru m su p e r prim o c a p (itu )lo (.

Nel m ezzo del cam ino. A d i n t e l l i g e n t i a d e l l a p ( r e ) s e n t e c o m e d i a s i c o m e
u s a n o li e x p o s i t o r j n e l l e s c i e n t i e , h e d a n o t a r e I I I I . c o s e : la p ( r i ) m a , c h e

[pour c io è] l a m a t e r i a o v e r o s u b i e c t o d e l l a p ( r e ) s e n t e o p ( e r ) a ; la s e c u n d a , q u a l
è la f o r m a e d o n d e t o l s e t a l n o m e o u e r o t i t u l o d e l l i b r o , l a t e r z a c o s a q u a l e
è l a c a g i o n e e f fi c i e n t e e t c . (cf. é d . S c a r a b e l l i , t . I , p . i o 3 , P r o e m i o ) .

Inferno I , 5 a : A p r è s l e s d e r n i e r s m o t s d e la g l o s e c o r r e s p o n d a n t à ce
v e r s . « v i t a v i z i o s a », o n l i t , c o m m e d a n s l e m a n u s c r i t d e la R i c c c a r d i a n a :
(( E q u e s t o e t c . » (C f. O p . c i t ., p . i n , n ° 2 ).
I, 79 : p r o p r i o nel m o n d o , m a t u t t e v i c t u a l i e e f r u c t i e r a n o d i c i a s c u n o ,
s im ilm e n te v e s tim e n ta e c o s e , sic h e in q u e lla e ta d e e r a tu tta l a r g h e r à e
b e n i v o l e n c a (Cf. O p . c it ., p n 3 , n . 1, C o d . M a g l i a b . )
I I , 9 7 , t r a n s m u l t a ( n ) d o s i c o l l e u e s t e d e d o n e s a u si fé b e n e d i r e a d i s a a c ,
c r e d e ( n ) d o i s a a c c h e f o s s e e s a u . E s a u f u g g i il d e c t o i a c o b e a n d ò

a l a c as a

d i l a b a n (Cf. O p . c i t ., p . 124, n . i v ) .
I I , 127 : s i p i e g a n o e c h i u d o n s i ( O p . c it, p . 125 , n . 1).
I H , 29 : s p a u e n t o e p a u r o s o ( C f. O p . c i t . , p . i 3 o , n . 1.
I V , 34 : b a p t i s m o ' e p a r t e (C f. O p . c i t . , p . 1 3 9 , n . 1.)
I V , 85 : in q u e s t a c o m e d i a M e t h a m o r f o s e o s s i a a d i r e

i( a ) u u l g a r e

de

t r a ( n ) s m u t a t i o n e . L o q u a r t o f u e e t c . (Cf. O p . c i t . , p . 1 4 3 , n . 1).
I V , 1 0 6 : u n f i u m i c e l l o lo q u a l e h a ^ s i g n i f i c a r e la d i s p o s i z i o n e d e l l i n t e l l e c t o h u m a n o h a b i l e e d o t o a s c i ( e n z i ) a ( C f . O p. c i t ., p . i 4 4 i n. 1)'
V , 127 ¡ s u s p i c i o n e e o s c u r i t a d e d i m a l a o p ( e r ) a t i o n e c h e f o r s e e t c . (C f.
O p . c it. : p , 1 60, n . 1).
V,

i3 g : ch e ra n o q u ine p e r a m o re , ch elli u sc itte della m e m o ria e cad d e

e t c . (C f. O p . c i t., p . 1 6 0 , n . 2 ).
V I [ I n t r o d u c t i o n ] . . . S e c o n d o p o n e C e r b e r o in ' q u e l l u o g o f i e r a . Il q u a l
C e r b e r o fu u n o c a n e d e l R e d i m o l o s i a c h e b b e n o m e h o r c o , lo q u a l c e r b e r o
d i u o r a u a b e s t i e e h o m i n j e r a u n a f i e r a c o s a e t a n t o c a d i r e c e r b e r o in l i n g u a
g r e c a q u a n t o d e u o r a t o r e di « . i r n e ; s i c h e li p o e t i , u o l e n d o t r a c t a r e d e l p e c ­
c a t o d e l l a g o l a , lo q u a l p e c c a t o d e u o r a c i ò c h e n a s c e in t e r r a , in a q u a in a e r e ,
lo p o g n o n o f i g u r a t i u a m e n t e fe c h o i l n o m e d i

q u e s t o c a n e , s i p ( e r ) c h e fue

g r a n d e d e u o r a t o r e , e t si p (g r) la i n t e r p r e ta tio n e d e l s u o no m e che c e r b e r o
u i e n e a d i r e q (u a )n to d e u o r a t o r e di c a r n e , com e e d(i)c(t)o. O r si che la u c fo re
tenendo

q u esta fo rm a,

pone,

allu og o o u e

si

p unisce

tale uitio, q u esto

c e r b e r o , e p o n e l o c o n li o c c h i r o s s i a m o d o d i b r a g i a , s i c o m e a u i e n e a l i
g o l o s i , ai q u a l i e t c . ( C f . O p . c i t., p . 1 6 2 , n , I).
V II,
73 L e c o m m e n t a i r e d e c e c h a n t V I I f in it, d a n s n o t r e m a n u s c r i t , av ec
les m o ts : « l e

c o s e n a t u r a l i # ; c e t e x e m p l a i r e d i f f è r e d o n c d u m i . d e la

R i c c a r d i a n a (C f . O p . c i t . , p . 177).
38-40 de la C ollezione d i O pere in e d ite o r a r e p ub liée p a r la « C o m m is M o n e p e ’testi
di l i n g u a nelle p r o v in c ie dell’ Emilia. »
1. Leg a b b r é v i a t i o n s r é s o l u e s s o n t i n d i q u é e s e n t r e p a r e n t h è s e s .

�t

L È S M A N U S C R IT S IT A L IE N S t)E C O P E N H A G U E

93

X , i o o : q u a u t l o la c o s a . . . e l l a n o n p u ò co stitu ire t r i a n g u l o (C f Op, cit.,
P- 2 1 9 , n. 1).
X, n 5 , n o t r e m s .

c o n c o r d e a v e c le t e x t e d e S c a r a b e l l i , e t n o n a v e c le

Cod. L a u r, XC, 121.
f o l . 245.

« E x p lic it te r t ia et u ltim a c a n tic a c o m e d ie d a n tis A llig erij de

f l o r e n t i a . D (e)o g r ( a t i ) a s . F i n i t o l i b r o i s t o r e f e r a m u s g r a t i a s x p o . A m ( e n ) ».

2. C omedia d i Datile1.
Ancien fonds royal, n° 436, in-folio : 240 feuillets sur papier,
reliure en cu ir; initiales en lu m inées en rouge et ornées, m ais
sans m in ia tu re s ou dessins c o rre s p o n d a n t au texte. D'après
une note du feuillet de g arde, cette copie a été exécutée en 1474.
Ce v olu m e a fait partie de la bibliothèque de P. S c a v e n iu s 2.
Le texte co m m enc e ainsi :
I n c o m i n c i a il p r i m o c a n t o d e la p r i m a c a n t i c a d e l l a c o m e d i a d i

dante

a l i g h i e r i d a f i r e n * e , la q u a l e e d e t t a i n f e r n o . P r o e m i o a t u t t o l i b r o , p r i m o .

Je d o n n e ici le tableau des variantes d’après le m odèle de
Monaci (cf. n° 1),
I n fe r n o . I ,
II,

l\. E q u a n t o a d i r e q u a l .
2 8 . P o i ch e p o s a t o u m p o c o (el c o r p o la s s o ) .
60. (E t d u re ra ) q u a n to l m o(n)do lo n tan a.
g 3. N e f i a m ( m ) a ( d e s t o i n c e n d i o - ) .

Ili,

59. V id i et c h o n o b b i.

IV ,
V,

9 5 . Di quei signior.
5g. C h e s u c c e d e t t e .
8 3. C o n i a l i a l ç a t e .

V I,

1 8. ( G r a f f i a li s p i r t i et) i n g h o i a e d i s s q u a t r a .

V i l i , 101. E s e i p a s s a r e ( p iù o l t r e r e n e g a t o ) .
'

IX,

6 i . ( E t g i à u e n i a s u ) p ( e r ) le t o r b i d e o n d e .

X , i 3 6 . ( C h e n fin l a s s ù i a c e a ) s p a c c i a r s u o l e z o .
X I,

90. L a diuina u endetta.
9 t. O sol che sani og n i u isla (tu rb ata).

X I I , 125. Q u e l s a n g u e s i c h e c o c e a ( l o r li p i e d i ) .
X III,

4 i . D all u n de cap i (che dal a ltro g em e).

X IV ,

70. D io in d is d e g n o (et po co p a r c h e l p re g i).

X V , i 2 r . P o i si r i u o l s e .
1. Cf. C o lom b de B a tin e s , B ib lio g ra p h ia d a n te sc a , t. II. (1846), p . ¿75, u‘ 533.
2. Cfr. C a ta lo g u e d e la b ib lio th . de S c a v e n iu s (D esig natio l i b r o r u i u . . . Hafniae
1665) : Mas. iu-folio n* I (p. 308).

/

�É T U D E S IT A L IE N N E S

}

X V I , i3 5 . O sc o g lio .
X V II, I i 5 . E lla se n u a n o ta n d o (lenta len ta).
X V I I I , 104. (N ell a lt r a b o g lia et che) col m u s o schufla.
X IX ,

12. E t q u a n t o g i u s t a .

X X I V , 119. O p o t e n c i a d i d i o .
X X V , 144. L a n o u i t a s e f i o r l a p e n n a ( a b o r r a ) .
X X V I,

57. Alla u e n d e tta u a n n o (com m e allira ).

X X IX , rao. D a n n o m in u s a cui fa lla r (non lece).
XXX,

3 i. ( E t l a r e t i n c h e ) r i m a s e t r e m a n d o .

X X X III,

75. P o i che più chel d o lo r e p o te i d ig iu n o .

X X X IV ,

8 2 . (A ttie n ti b e n e c h e p e r ) co lali scale.

F o l . 2 'to V° : « E x p l i c i t l i b e r d a n t i s a 11i g h i e ri d e f l o r e n t i a ».

Le c o m m e n ta ire écrit d ans les m a rg e s , en italien, — à ce
qu ’il sem ble, p a r u n e a u tre m ain , p eut-être u n peu plus récente
— paraît être in c o m p le t; il se com pose de notes très isolées,
qui ne v o n t pas au delà du XXIVe c h a n t du P u rg a to ire .
A défaut d’éditions suffisantes des c o m m e n ta ire s de Dante,
je ne saurais réso u d re ici avec certitude la q u estio n de savoir
à qui doit être attrib u é ce co m m e n ta ire , ni dire s’il se
com pose ou n o n de p artie s différentes de co m m e n ta ire s
d iffé re n ts1; m ais, selon to ute a p p a ren c e, no us av on s ici
le c o m m e n ta ire dit « Falso Boccaccio », qui se re tro u v e
aussi dans le Cod. R iccardiano 1037 (Batines, II, p. 7 8 ’). Je

1. B a t i n ë s , H , 2 7 5 , d i t q u e c e c o m m e n t a i r e s e m b l e ê t r e i d e n t i q u e p a r t i e l l e m e n t
à celui

des

m a n u sc rits italien s in d iq u é s

dans

l e s S tu d i in e d iti sopra

D ante, —

q u e j e r e g r e t t e d e u ’a v o i r p a s à m a d i s p o s i t i o n , — so us l e s n u m é r o s XI11 e t XIV.

— M a l h e u r e u s e m e n t l’ex c e l l e n t tr a v a i l d e E d . M oo re n ’es t p a s n o n p l u s à m a
d i s p o s i t i o n . — [Dans s e s C o n tr ib u tio n s lo th e te x tu a l c ritic is m o f th è D ivina
Com m edia, C a m b r i d g e , 1889, p. 680, E d . M o o re n e fait de ce m a n u s c r i t q u ’une
s i m p l e m e n t i o n ; c e t e x e m p l a i r e es t d e c e u x q u ’il n ’a p u e x a m i n e r p a r l u i - m ê m e .
N.D.L.K.].
2. Cf. l 'e x t r a i t s u r le v e ltr o (I n f ., I, 100-105), r e p r o d u i t , d ’a p r è s ce m a n u s c r i t
d e la R i c c a r d i e n n e , d a n s l’é d i t i o n p r é c i t é e d e la Divine C o m é d ie , p ar Scarabelli,
t. 1 (Bologna, 1866), p. H4.
[Le c o m m e n t a i r e é c r i t d a n s le s m a r g e s de ce v o l u m e e s t b i e n celui q u e l’o n
e s t c o n v e n u de d é s i g n e r d u n o m de, F a lso B occaccio, et q u i a été p u b l i é , e n 1846,
p a r les s o i n s d e l o r d V e r n o n W a r r e n , s o u s le t i t r e d e Chiose so p ra D ante, Testo
in e d ito p e r la p r im a v o lta p u b b lic a lo (F ir e n z e , Piatti), — o u t o u t a u m o in s des
e x t r a i t s de ce c o m m e n t a i r e . De ce F also B occaccio il e x i s te a u m o i u s t r o is r é d a c ­
ti o n s d ifféren tes : 1* Celle q u i, r e p r é s e n t é e n o t a m m e n t p a r le ras. 1028 d e la
b i b l i o l h è q u e R icc ard i, à F lo ren ce, a se rv i de b a s e à l’é d i t i o u p r é c ité e d e lo r d

�L E S M A N U S C R IT S IT A L IE N S D E C O P E N H A G U E

Me b o rn e

à

95

n o te r ici les gloses du p re m ie r ch a n t de X E n f e r :

N el m e z zo d e l... —

N o stro

a u to r e d iu id e q (u est)o p r im o c a p ito lo della

c o m e d i a d ’i n f e r n o in - 4 p a r t e s . N e l l a p r i m a p a r t e l a u t o r e f in g e c h e , q u a n d o
c ( h e ) g li c h o m i n c i o q u e s t o l i b r o , c ( h e ) g l i si t r o u a s s e in u i s i o n e in d ( e c ) to
f (a) c( t)o , e
xpo

fu n e l l a n n o

d ( o m i) n i d e l l a n a t i u i t a d e l n ( o s t ) r o s i g n i o r y h u

i 3 o o ; e si fa e p o n e c h e l l i lo c h o m i ( n ) c i a s s e n e l m e z o d e l t e m p o d i

n o s t r a u i t a , c i o è c h e l i a u e a a (n )n i 33 q u a n d e l l c h o m i n c i o q u e s t o l i b r o , e
chosi scriu o n o
s (ecund)a p a r te

p(e)lli

più

ch e q u e llo e m e z o (d)el te m p o (n o stro ). N ella

di q(uest)o

cap(itol)o,

el

n (o st)ro

au to re

fìnge c h a llu y

a c c o r s e le 3 b e s t i e e s s e n d o lu j i n q ( u e s t ) a u i s i o n e e e x p o s i t i o n e in t u r b a t i o n e d e l u j . E l l a p ( r i ) m a c h e l i a p a r s s e , si fu l a l o n z a , c h e d e i n t e n d e r e
p ( e ) l l a l u s s u r i a . L a s ( e ) c ( o n d ) a b e s t i a c h e l i a p a r s s e , s i fu e l l e o n e j e p ( e r )
q ( u e s t ) a d e i n t e n d e r e la s u p ( e r ) b i a . L a t e r z a b e s t i a c h e l l u y a c o r s s e , fu la
l u p a , p ( e r) q (u e) d e i n te n d e r e l a u a r iz a . P e r q u e s ti t r e uitij p o n e la u to r e
c h e l l u y i ( m ) p e d i r o n o m o l t o t e m p o , e c h e i n ciò e r a s t a t o a s s a j u i t i o s o
p ( e r) li te m p i p a s s a t i . N e lla 3 p a r t e di q(est)o c ap (ito l)o l a u t o r e finge
com e

V i r g i l i o lo d a

conforto

a d o u e r e s e g u i r e si b e l l a o p ( e r ) a u i r t u o s a ,

c o m e fu d ( e t t ) o in q ( e s t ) a p ( r i ) m a p a r t e di q ( u e s t ) o c a p ( i t o l ) o ; el n ( o s t ) r o
a u t o r e finge si t r o u a s s e

in u isio n e a d o u e r e s e g u ire e farc i q(est)o l i b r o ,

e

s i fu n e l x3oo a n n j c h e l l i a u e a a l l o r a an n j 33 q u a n d o c h o m i n c i o , c h ô m e p a r e
c h e s i d i c e e p r u o v a c h e sia m e z a le t * d i n o s t r o t e m p o , c h ô m e m a n i l e s t a
el c o m i n c i a m e n t o d i q u e s t o p r i m o c a n t o .
I , l 3 . M a p o i . . . — D i c e l a u t o r e p e r q u e s t e p a r o l e q u a n d o fu i a p i e di
q u e s to colle g iu n to ,

cioè ch iò

a u e a t r a p a s s a t e p ( e r ) ta ( n ) t i t e m p i a d ' i j e t r o

p (er) q u e s t a a m a r i t u d in e e uitij d e b e n i m o n d a n j, al te m p o del s u o

richo-

n o s c i m e n t o , d e l c h e elj c h o m i n c i o a l e u a r e l i o c h i d e l l o i n t e l l e c t o v e r s s o il
m o n te d elle u i r tu , e chellj ch o m in c io a c h a c c ia re e uitij e p e c c a ti d i q u e s to

V e r n o n ; — 2" u n e r é d a c t i o n p l u s d é v e l o p p é e q u e la p r é c é d e n t e , c o n s e r v é e , p o u r
l'E n fe r s e u l e m e n t , d a n s le m s . 1037 de la m ê m e b i b l i o t h è q u e R i c c a r d i ; les a d d i ­
t i o n s f o u rn ies p a r c e t e x e m p l a i r e o n t é t é p o r t é e s en n o t e , d a n s l’é d itio n V e r u o n ,
so n s la r u b r i q u e S. C. ( S e co n do Codice) ; — 3’ enf in, d ’u n e t r o is i è m e r é d a c t i o n ,
p l u s d é v e l o p p é e en c o r e q u e la p r é c é d e n t e , d e u x c o p i e s a v a i e n t été j i i s q u ’a
p r é s e n t sig n a lé es ; l'une* c o n s e r v é e à la M a glia bech ian a, d e F lore nce, s o u s la
co t e XLVll, pl. 1, a é t é u ti l i s e e d a n s l ’é d i t i o n , m e n t i o n n é e c i - d e s s u s , de 1846 ;
les a d d i t i o n s o n t été i m p r i m é e s à la fin d u v olu m e, p. 7 1 9 -8 d 9 ; l 'a u t r e c o p i e se
t r o u v e d a n s le m s. i t a l i e n 75 d e la b i b l i o t h è q u e n a t i o n a l e d e P a r i s , e t a é té
dé c r ite p a r M. L. A u v r a y , d a n s se s M a n u scrits de D anle des bib lio th èq u es de
F ra n c e , p . 90-93. — A u t a n t q u ’o n p e u t l’a f l i rm e r d ’a p r è s les c o u r t s ex tr a its
d o n n é s ici, le m s. 436 d e la b ib l i o t h è q u e roy ale d e C o p e n h a g u e r e p r é s e n t e u n
n o u v e l e x e m p l a i r e de cette t r o is i è m e r é d a c t i o n , s a n s q u ’il so it a c t u e l l e m e n t
po ss ib le de d é t e r m i n e r d a n s q u e l s r a p p o r t s il se t r o u v e , p o u r le d étail du tex te,
soit a v e c le m s . de la M a g lia b ectiiaua, so it av ec le m s. d e P aris. R a p p e l o n s ,
d ailleu rs, q u e , d a n s ce d e r n i e r e x e m p l a i r e , le c o m m e n t a i r e e s t i n c o m p l e t du
d é b u t ; cf. L. A uvray , Les M a n u scrits d e D a n te, etc., p. 91. — N.D.L.R .].

�É T U D E S IT A L IE N N E S

96

m o n d o , a u o l e r e s e g u i r e le u i r t u ; e p ( e r ) o
p ( e r) q u e i r a g i alle u i r tu .

m ette e ir a g i del sole e n tra n d o

I, 2 8 . P o i ch e p o s a t o . — I n q u e s t a s ( e ) c ( o n d ) a p a r t e l a u t o r e f i n g e c h a l l u y
a c h o r e s s i le t r e b e s t i e p ( e r ) i m p e d i r l l o d e l s u o c h a m i n o , c i o è d e l b e n e f a r e ;
e si d e i n t e n d e r e p ( e ) l l o b a s s o p i e d e ( d i) d ( a ) n t e , c h i n t e n d e u a a n c h o r a alle
c h o s e t e r r e n e e u i t i o s e ; e d e l d e s t r o p i e d e e d e s i n i s t r o , d e i i n t e n d e r e la fecione delle u irtu .
I , 3 7 . T e m p o e r a ... — C i o è u o l d ( i ) r e l a u t o r e c h e , q u a n d o el l i c o m i n c i o a
a r e q u e s t a o p ( e r ) a , fu n e l s e g n i o c h e l s o l e e r a i n a r i e t e , d e 12 s e g n i l u n o
d e l c ie lo ; e dice che funel fa re del m a ttin o al te m p o di p r i m a v e r a .
I , 6 1 . M e n tr e c h io .. . — I n q u e s t a t e r z a p a r t e d i q u ( e s t ) o c a p ( i t o l ) o n ( o s t ) r o
a u t o r e fa e f in g e c h e a l l u i a p a r i s s e V i r g i l i o s o r a ( m ) o p o e t a i n n a i u t o d e l l a u t o r e , l u i e s s e n d o i( u ) q u e s t j t r a u a g l i e p e n s i e r e , e l c o n b a t t e a n o d e l n o e
d e l s i d i f a r e o d i s e g u i r e si b e l l a i n p r e s a c h e m e r a a f a r e q u e s t a . E p r o c e ­
d e n d o c h e l l i e r a r i p ( e r ) c h o s s o i ( n d i ) e t r o [?] d a q u e s t j t r e u i t i j , e V i r g i l i o
g li p a r i s s e cioè la s u a r a g i o n e c h e l u in s e c h e g li d o u e s s e
i ( m ) p r e s a ; i(m )p (er)cio che dicio egli

se g u ire q u esta

u e n e r e b b e a b u o n o fine, e c h o s i fa

e f ì n g ie c h e V i r g i l i o g l i m o s t r j e g l i i n s e g n i q u a l e l a u i a e m o d o d i d o u e r e
e n t r a r e in q u e s t o c a m i n o .
I,
1 0 0 . M o lti s o n g ti a n i m a l i . . . . —

I n q u e s t a q u a r t a e u l t i m a p a r t e di

q ( e 8t ) o c a p ( i t o l ) o l a u t o r e f i n g e c o m m e V i r g i l i o li d i e d e a i u t o

e conforto

a

d o u e re se g u ire si bella o p (er) a. E p(er) q(est)o u e llro che to ch a la u to re qui
tiene a s s a i im m a g in a tio n i e open io n i che ch i tiene u n a e ch i u n a a ltr a . Acci
c h i t i e n e c h e s a r a v n o i ( m ) p e r a d o r e , el q u a l e u e r r a a d a b i t a r e a R o m a , e p ( e r )
c o s tu i s a r a n n o sc h acialj i m a li p a s t o r i di s(an)c(t)a C h ie s a , in c h u i e p o s to
c h e r e g n i t u t t a a u a r i t i a , e c h e e g l i r i c h o n c i l i e r a la C h i e s a d i n u o u o d i b u o n i e
s(an)c(t)i p a s t o r i , e p (e r) q (est)o Ita lia se n e

r if a r a . A ltri aci che te n g o n o

o p e n i o n e c h e d ( i c e ) s s e d(i) aepo q u a n d o v e r r à n e l d i d e l z i d i c i o a d d a r e l a
finale e u ltim a se n te n z a ,

i(m )p (er)o

che allora

sara

schaciata

e l l a s u p ( e r ) b i a , e lla f u r i a * , c h o ( n ) t u t t i li a l t r i v i t i i e p e c h a t i ,
insiem e cho i p ecca to ri din ferno ,

lau aritia ,
e rem essi

A ci a n c h o r a c h i t i e n e o p e n i o n e c h e s a r a

u n o p a p a , e l q u a l e d e e s s e r e s i g i u s t o e si s ( a n ) c ( t ) o , c h e q u e s t i u i t i j
d a u a r itia e gli a ltri d is c h a c ie ra d a q u e stj p a s to r i d e s(an)c(t)a C h ie s a , e
c h e gli m o s te r r a n o b u o n a e s(an )c(t)a u ita . E in q ( e st)o m o d o finge la u to r e
ch e se g u i V irg ilio . E di q u e s to b a s ti.
1. [An lieu de « furia », il f a u t é v i d e i m n e u t « f u x u r i a ». — N.D .L .R .] .

(A suivre).

P.

Hogberg.

�Variétés

A propos de D uhem
e t d e la p u b li c a t i o n d e s œ u v r e s de L é o n a r d d e V in c i.
La m o r t du professeur P ierre Duhem, s u rv e n u e en sep­
tem bre 1916, n ’a pas été seu lem e n t une g ra n d e perte p our la
science et p our l’histoire des sciences : elle l’a été p o ur les
études léonardesques. Il ne p a raît pas in o p p o rtu n de le r a p p e ­
ler au len dem a in du c e n te n aire de L éo nard de Vinci, cen te­
n aire à l ’occasion duquel le n o m de l’ém in e n t physicien a été
plus d ’u n e fois p r o n o n c é 1, de le ra p peler tout p a rtic u lièrem en t
dans ces È tuiles italiennes, sœ urs cadettes du B ulletin italien,
auquel Duhem a, d u ra n t près de dix ans, collaboré de façon si
active et si personnelle.
Ce n ’est po in t par caprice 0 1 1 p ar fantaisie, ce n ’est p o in t en
littérateu r, en artiste ou en p hiloso phe que Duhem a to u rn é ses
regard s vers Léonard de Vinci. Il l ’a re n co n tré sur sa route,
c o m m e il a v a it re n c o n tré Roger Bacon, Nicole Oresme, Jean
B uridan et ta n t d ’autres, dans le long voyage in te rro m p u p ar
la m o rt q u ’il avait en tre p ris , son œ u v re th éo riq u e une fois
achevée, à trav e rs v in g t siècles d ’histoire de la pensée h um ain e.
Ce voyage, il en a v a it de bonne h eure conçu le plan. A chaque
étape nouvelle, il v oy ait s’en préciser les g ra n d e s lignes et s’en
co nfirm er la g ra n d e idée, à savoir que la science, pas plus que
la n a tu re , ne procède par bonds et par soubresauts, q u ’f 'l e
su it u n e m a rc h e progressive, les découvertes d ’un siècle s’en
c h a în a n t avec celles des siècles a n térieu rs, si bien que d ’Aris1 N o t a m m e n t d ans à. Kavaro, Pcissato, p ré se n te e a vv e n ire dalle e d iz io n i vin c ia n e ; G. S arto n , Une E n cyclo p éd ie léo n a rd esq u e {R a cco /ta V in cia n a , fasc. X,
Milan, 1919); A. F a v a r o , D iffic u lté s d 'u n e éd itio n des Œ u v r e s de L éo n a rd de
Vinci, (L éo n a rd de V inci, articles recueillis p a r M. Mignon, R o m e , N ouvelle re vu e
d 'I ta lie , 19191. — Cf. é g a l e m e n t les c o m p t e s r e n d u s des É tu d e s s u r L éo n a rd de
V in c i (fasc. III, V, VII e t IX de la P a cro tla V in c ia n a ) ; A. F av aro , Se e g n a le in ftu e n za a bbia L. d a V. e s e rc ita tn su G ntileo e s u l/a sc u o la g a lile ia n a (S c ie n tia ,
1916); enfin l'a rticle n é c r o l o g i q u e : P ierre D uhem , d a n s le B u lle tin italien, d'oct o b r e - d é c e m b r e 1916.
7

�98

E T U D E S IT A L IE N N E S

tote à Copernic, on peut suivre, à trav e rs la pensée des anciens
et ce-lle du m o y en âge, la genèse de n o tre conception m od ern e
d u sy stèm e du Monde.
L éo n a rd allait-il faire exception à la règle, c o n s titu e r une
a n o m alie d an s l’h isto ire des sciences, être son p ro p re au te u r
et sa p ro p r e fin à lui m êm e, i n v e n ta n t à n o u v ea u ce que le
m o y e n âge co n n aissait a v a n t lui, an tic ip a n t, p ar la puissance
de son génie, m ais n ’ex e rça n t au c une influence s u r les décou
vertes de l’a v e n i r ? La q uestion était capitale, ta n t au p o in t de
vue de la science et de son d é v e lo p p e m e n t h istoriqu e q u ’à
celui de la p e rs o n n a lité du g ra n d p en seu r italien. Duhem ne
s ’y est pas m épris. C’est s an s doute p ou r cela q u ’il lui a fait
un e place d ’h o n n e u r, et l’a co nstitué le p e rs o n n a g e ce ntral de
to u t un cycle d ’études. P ré te n d re , ou seu le m e n t in s in u e r, qu il
ait sacrifié un e sim ple parcelle de la vérité à la vaine g lo rio le
d’u n sy stèm e, c’est à la fois m é c o n n a ître son caractère, qui était
la sincérité^m êm e, et m al in t e r p r é t e r son œ uv re, q u ’il est plus
co m m o d e de tax er d ’obscurité que de bien co m p re n d re . Duhem
était un e s p r it tro p positif p o u r se p ay er de m ots, tro p m é th o ­
dique p o u r croire q u ’un e affirm ation répétée tie n t lieu de
preu ve, et s’il avait tro u v é u ne exception à ce qui se p ré s e n ta it
à lui c o m m e u n e règle, il n ’a u r a it pas hésité une m in u te à l’e n ­
re g istre r.
Ses débuts dans les recherch es histo riq u es, de m ê m e que ses
m éth odes de travail, ne so n t g uères con n u s. T out e n tie r à ses
études, il m e n a it u n e vie très re tirée, et ne se confiait pas au
p re m ie r v enu . On no us p e r m e ttr a d ’en évoquer ici le so u v e n ir.
D u ra n t sa période d ’activité scientifique, la curiosité de ce
pro fesseur lettré et ch rétien s’était fr é q u e m m e n t to u rn é e vers
les a u teu rs du m o y en âge. De sim ples sondages opérés de
droite et de g a u c h e l’av a ie n t averti que, dans l’im m e n s e p r o ­
duction litté ra ire de cette époque, to u te u ne partie, celle qui le
c o n c e rn a it plus sp écialem ent, é ta it restée inexplorée, ou
p re s q u e ; q u ’e n tre la science a n tiq u e et la science m o d e rn e ,
toutes deux connues, il avait existé u n e science m édiévale,
encore in c o n n u e ; que les re p ré s e n ta n ts de cette science avaient,
eux aussi, ag ité et réso lu en sens divers les pro b lèm e s g é n é ­
ra u x de la p h y siq u e et de la m écaniq ue. A b o rd a n t la science p ar
son côté histo riq u e, il s’était d o n n é m issio n de ré ta b lir en quel-

�V A R IÉ T É S

99

que sorte le « po n t » en tre l’an tiq u ité et les tem ps m od ern es,
en su iv a n t à trav e rs les siècles la destinée de toute u n e science,
ou d ’un p oint de science d éterm in é : la statiq ue d’abord, puis
la n otion de théorie physique. P o u r ces p rem iers essais, il
s’était co n ten té d utiliser les sources im prim ées, d’accès parfois
difficile, un bon n o m b re de textes n ’a y a n t été im p rim é s q u ’une
fois et é ta n t en fait à peu près intro uvab les. Bien que s’étan t
co nstitué une riche bibliothèque d ’incunables et de livres rares
relatifs à l’histoire des sciences, il av ait pu co nstater par expé­
rience l’insuflisanee d u n e sem blable d o cu m en ta tio n , et la
nécessité p our lui de re c o u rir aux sources m an u scrite s. De là
cette discipline d ’é c o lie rà laquelle il se so u m it d u ra n t plusieurs
m ois en vue de se r e n d re m a ître de la paléog rap hie. Il devint
peu à peu, en m atière de textes scientiiiques, un lecteur d’une
h abileté co nsom m ée.
Je le vois encore, installé s u r une table de la salle de lecture
de la Bibliothèque u n iv ersitaire de B ordeaux, où il passait de
longues heures à travailler. Il s’y sentait à l’aise, et préférait le
voisinage, un peu b ru y a n t parfois, d ’un public d ’étud ian ts
d o n t il ne s ’occupait point, aux co n versations perpétuelles qui
so n t pour quelques-uns P aîtrait, p o u r d ’au tres le fléau d ’une
salle de professeurs. Muni d ’une loupe, pen ché s u r un ou
deux m a n u s c rits o b lig e a m m e n t prêtés p a r la Bibliothèque N atio­
nale, il lisait, com parait, tran sc riv ait. De tem ps à autre , un
besoin d ’ex p ansio n le p ren ait. Il m ’e n tre te n a it de ses décou­
vertes — ces textes inédits de Roger Bacon et de Nicole Oresme
d ont l’existence avait échappé aux ré d acteurs du catalogue des
m a n u s c rits qui les re n fe rm a ie n t; de ses ob serv atio ns — le
rôle scientifique de l’Université de Paris au xiv® siècle; de ses
p ro jets — celui d ’une histoire g én é rale des doctrines c o s ­
m iques, son Oeuvre ca p ita le ; de l’im p uissan ce où il se se n ­
ta it d e m b ra sser dans les limites de sa vie, p o u r ta n t si rem plie,
to ute la m atière inédite q u ’il ju g eait nécessaire à u n historien
des sciences de conn aître. Il eût fallu plu sieu rs activités com m e
la sien n e p o u r ra ssem b ler un stock aussi con sidérable de m a ­
tériaux . Il eût fallu à ce professeur é m é r ite c e que P aris seul en
F ran c e était capable de fo u rn ir : un sé m in a ire d ’études, un
noy au de disciples se p ré p a ra n t sous sa direction à dev en ir des
m aîtres, un g ro u p e de futurs h istoriens des sciences se faisant
p e n d a n t quelques années ses collab orateu rs. P erdu dans une

�loo

É T U D E S IT A L IE N N E S

g r a n d e ville co m m e rç a n te , n ’a y a n t p o u r confidents de ses
découvertes que quelques-uns de ses collègues de l’Université
et d e l à Société des sciences phy siq ues et n a tu re lle s qui te n a ie n t
à h o n n e u r de v e n ir s'asseoir d ev a n t sa chaire, il s 'é ta it de
b on n e h eure co n c en tré dans son lab eur, et h abitué à ne rien
a tte n d r e que de lui m êm e. Dans la nécessité de lim ite r son
enquête, il ten ait, en bon e x p é rim e n ta te u r, à la faire p o rte r à
fo nd et sur un n o m b re suffisant de p o in ts essentiels p o u r l’a u ­
to riser à fo rm u le r des in d u c tio n s h o rs de conteste. La p e r s o n ­
n alité de L éo n a rd de Vinci se p ré se n ta it à lui to u t à la fois
co m m e un critère de p re m ie r o rd re et co m m e u n c h a m p d ex­
p lo ratio n de la plus g r a n d e variété. C’est dans cette pensée,
c’e st d ans de telles c o n d itio n s de travail et de vie q u 'o n t pris
naissance et se so nt succédé, dans ses leçons d ’abord, puis dans
le HuUetin ita lie n et dans quelques au tre s revues, l’im p o san te
série de m o n o g ra p h ie s ré u n ie s p a r lui en v o lu m es sous le titre
c o m m u n de : Hindi's sur Léo nord. de V inci, ceux q u ’ils a lus,
ceux qui t’ont lu (1906, 1909, 1913).
De ces études, la conclusion est c o n n u e : loin d ’éb ra n le r la
thèse de la co n tin u ité des p rocessus scientifiques, elle la
confirm e en tous p oints. L é o n a rd de Vinci, si p uissan t et si
perso n n el q u ’on supp ose son génie, n ’est pas « u n ra m e a u
isolé de l’a r b re de la science ». S ’il a été un in v e n te u r a d m i ­
rable, il n ’en a pas m o in s suivi des directions dans lesquelles
d au tre s l ’av a ie n t précédé. Il a o u v ert à d ’au tre s de m ultiples
voies nouvelles, et exercé u ne influence m anifeste s u r C ardan
et su r Galilée.
P o u r ab o u tir à cette conclu sio n, q u ’il n ’e n tre pas dans n otre
dessein de d iscu ter ni de défendre, il est clair q u ’une in itiation
p réalab le à la pensée du m a ître italien lui avait été nécessaire.
Or, d an s l’état de disp ersio n et de co n fusion où se tro u v e n t les
m a n u s c rits de Léonard, les ab o rd er d ire c te m e n t eût été pour lui
chose im praticable . Force lui fut donc de re c o u rir aux r e p r o ­
d uctio ns e x is ta n t à sa portée, c’est-à-dire aux p ublications de
K avaisson-M ollien, J.-P. Hichter, Govi (■Códice atlanti.cn) Heltra m i (Códice TrivuHo), S abachnik ofï et P iu m a ti (Volo d&lt; g H
ucce'H), Calvi ( Codice Leicester). C’est là q u ’il a pu, non po int
ad o p ter to u tes faites les leçons et les in te rp ré ta tio n s des autres,
m ais se faire à lu i-m ê m e ses p ro p re s leçons et ses p ropres
in te rp ré ta tio n s . Car, fam iliarisé c o m m e il l ’était avec les ques-

�V A R IÉ T É S

101

tions scientifiques agitées par Léonard, et de plus lisant avec
une aisan ce é to n n an te , sans l’aide d aucun m iro ir, son écriture
ren versée, p o u r lui le texte m a n u s c r it ou son fac-similé, c’està-dire la m a in de L éonard lui-m êm e, était to u t ou presque tout,
les re stitu tio n s et in terp ré tatio n s conjecturales des éditeurs et
des c o m m e n ta te u rs n ’étaien t que des m oyens subsidiaires de
contrôle, c’est à-dire presque rien.
Est-ce à dire q u ’il dédaignât de parti-pris tout travail de
seconde m a in , et q u ’il eût tenu p ou r non avenues les g ran des
pu blications d’ensem ble qui s’élaborent en ce m o m e n t ta n t en
A m ériq ue q u ’en Italie, publications d o n t la Hacco'ta Vinciauu
de 1919 nous fo u rnit, p ar la plum e de MM. Favaro et S arton ,
les a v a n ts-p ro jets d étaillés? N ullem ent. Mais ce qu il av ait
c o n staté d’e rre u rs chez les m eilleu rs « vincisanfs » co n nus de
lui, à co m m e n c e r par Ravaisson-M ollien, ce qu'il avait p a r sa
p ro p re expérience relevé d ’obscurités, d ’in certitud es, de sujets
d ’in te rp ré ta tio n co ntra d icto ire dans les m a n u scrits eux-m êm es
l ’avait péné tré de cette idée que l’œ u vre de L éonard n ’était pas
s u ffisam m ent m ise au po in t par son a u teu r p o ur que le texte
en fût susceptible d ’une édition v ra im e n t définitive. A quelques
com pétences m ultiples que l’on fasse appel, quelque soin que
ch a cu n e d ’elles a p p o rte dans l’exa m e n des o rig in a u x , il subsis­
tera to u jo u rs dans cette œ u v re un n o m b re co n sid érable de
points obscurs, de difficultés insolubles. Difficultés de lecture,
qui tie n n e n t aux h abitud es g ra p h iq u e s de Léonard, à son
écritu re re p résen ta tiv e des sons plutôt que de l’o rth o g ra p h e ,
aux m ots coupés ou soudés ensem ble, à u n e pon ctu atio n des
plus fan ta isistes; difficultés d ’origine, tel fra g m e n t po uv an t
n ’être q u ’une sim ple note prise dans quelque a u te u r sans in d i­
cation de source, tel a u tre é tan t au co n tra ire le résultat d ’une
o bservation ou d ’une réflexion p e rs o n n e lle ; difficultés de c h r o ­
n ologie : à quel m o m e n t de la vie de L éo n a rd , c’est-à-dire de
son histo ire intellectuelle, ra tta c h e r, en l ’absence d ’indication
positive, soit des textes distincts se ra p p o r t a n t à un m êm e
o rd re de q uestions, soit diverses parties d ’u n m êm e texte, les
unes ra tu rées, les autres fo rm a n t s u rc h a rg e ? Si L éo n a rd luim ê m e appelle ses œ uv res « un raccolto sen sa ord in e tra tto di
m o ite carte », qui peut p ré te n d re se su b s is tu e r à lui p o ur
« m e tte r le per ord in e alli lochi loro secondo le m ate rie di che
esse t r a t t e r a n n o » ? S ur ce point, l’o p in io n de Duhem était très

�102

É T U D E S IT A L IE N N E S

arrê té e : elle lui était dictée à la fois p ar le resp ect du m a ître
et par la très g ra n d e conscience q u ’il a p p o r ta it dans ses
recherches. Parm i les projets, ac tu e lle m e n t en voie d ’exécu­
tio n, de publication collective des œ uvres de L é o n a rd , il est
aisé de voir auxquels seraient allées ses préférences.
Au p re m ie r ran g, ce q u ’il avait le plus à cœ ur, et q u ’il ré cla­
m a it a v a n t tout, c’est u ne re p ro d u c tio n in tég ra le , o btenue par
les procédés p h o to g rap h iq u e s les plus parfaits, de la totalité
des œ uvres de la m ain du m aître, y com p ris ses dessins et ses
croquis, dans l ’o rd re m ê m e ou si l’on veu t dans le d éso rd re et
l ’état de dispersion où le h asard les a conservés : volu m e par
volum e, feuillet par feuillet, m êm e f rm a t, m ê m e aspect
d’ensem b le et de détail. C’était p o u r lui l’in s tr u m e n t de t r a ­
vail par excellence, et p o u r le posséder il eût fait bon m a rc h é
du reste.
Il
était tro p avisé d ’ailleurs p o u r d é d a ig n e r le secours d ’une
tra n s c rip tio n ty p o g ra p h iq u e bien faite, qui lui avait si s o u v e n t
m a n q u é . T ra n s c rip tio n adéquate (est-il besoin de le d ire ? ),
tra d u c tio n à l’aide n o n seu le m e n t de caractères alph abétiqu es,
m ais de to u t un e nse m ble de s ig n es'c o n v en tio n n e ls appro priés,
id entiques p o u r la totalité des œ u vres, de l'éc ritu re re p ro d u ite ,
avec tous ses accidents et ses m o in d re s p artic u la rité s : m ots
coupés, m ots a g g lu tin és, m ots barrés, m ots illisibles ou d o u ­
teux, p o n ctu atio n , différences d ’encre. T ra n s c rip tio n en regard
du texte, p e r m e tta n t, par un dispositif a p p r o p rié , d ’em b rasser
du m êm e coup d ’œil et de c o n fro n te r d ’aussi près que possible
la tra d u c tio n et l’o rig in al. La p l u p a r t d e s é d i t i o n s e n fac-similé,
déjà existantes ou s e u lem e n t projetées, c o m p o rte n t u n e seconde
t ra n s c rip tio n , p lutô t littéraire que littérale, m otiv é e par le
ca rac tè re insolite de l’écriture, de la réd action et de l’o r t h o ­
g ra p h e de L éonard, sorte de mise s u r pied et de d ég ro ssisse­
m e n t du tex te brut, d o n t certain s détails accessoires, élagués à
dessein, so n t reportés dans des notes s e rv a n t d ’éc la ircissem ent
au texte ra je u n i ; cette tra n s c rip tio n , destin ée s u rto u t aux lec­
teurs non archiv istes, en partic u lier aux h o m m e s de science,
est un a c h e m in e m e n t vers u n e édition p u re m e n t ty p o g ra p h iq u e .
Dans certain s cas, le texte su ffisa m m en t a rrêté, se p rête à une
a d a p ta tio n de ce g en re. Mais bien s o u v en t aussi, il y ré p ugn e,
et toutes les ten tatives f lites p o u r l’a m e n d e r ris q u e n t de le
d é n a tu re r. N’en est-il pas de m êm e des Pensées de n otre Pascal,

�V A R IE T É S

1Ô 3

dont les m ultiples mises en œ uvre, par leur dissem blance
m êm e, r e n d e n t et re n d ro n t c o n s ta m m e n t nécessaire le recours
¡i leur édition p h o to g ra p h iq u e ?
Une édition ty p o g rap h iq u e des Op°re com plète de Léonard,
an alo g u e à celle que l’iialie, par les soins du professeur Favaro,
a donnée des œ uvres de Galilée, est-elle désirable, est-elle pos­
sible? Je ne parle pas d ’une édition ch ro nolo giq ue, dont
l’im possibilité éclate aux yeux, ni d ’une édition alph abétiqu e,
qui ne s erait q u ’un nouveau chaos substitué à l’ancien, mais
d ’une édition systém atiq ue, dans laquelle, au lieu de se suivre
em p iriq u e m e n t au h asard des recueils factices qui les con ­
tien n en t, les textes seraien t disposés par o rd re de m atières,
de façon à p ré sen ter une synthèse de la pensée du m aître. On
s’éto n n e ra peut-être d ’e n ten d re fo rm u ler une sem blable q ues­
tion, alors que, sur deux points opposés du globe, dans
l’ancien et dans le nouveau continent, l’en treprise est d ’ores et
déjà non seu lem e n t décidée et ann oncée, m ais pourvu e d ’a b o n ­
dants ca pitaux , am o rcée par la création de puissants o rg a ­
nism es scientifiques et p ar d ’im m en ses tra v a u x pré para toire s.
La question m é rite cependant exam en, et se résout de façon
différente, selon le po int de vue auquel on l’envisage.
Classer les œ uvres d ’un au teu r, faire re n tr e r d an s des
ru b riq u e s a p p ro p riées toutes ses notes personnelles, si fra g ­
m en taire s et si dispersées q u ’on les suppose, sem ble au p re m ie r
ab ord une op ératio n facile. Mais, si l ’on y réfléchit, ce travail
de classem ent, en ce qui con cerne les œ uvres de Léonard, est
en réalité un trav ail de m ise en œ uvre, que le m aître sem ble
av o ir eu le dessein de faire et q u ’il n ’a pas fait, sauf en un ou
deux cas ex ceptionnels ; travail dans lequel le co m p ilateu r se
substitue à l ’au te u r et lui prête g ra tu ite m e n t ses conceptions
et son lang age, ceux de son tem ps et de son m ilieu. L éon ard ,
s ’il avait eu la vie assez long ue et la volonté assez tenace p our
p arach e v er son œ u vre, lui a u rait n atu re lle m e n t g a rd é la
p h y s io n o m ie de l’époque où il vivait. H om m e du xve siècle et
du d ébut du xvi°, ig n o r a n t tou t de n o tre n o m e n c la tu re et de
nos classifications scientifiques, il ne se re c o n n a îtra it point
dans son œ u v re sériée et m o dern isée par des sav a n ts du xx°.
P ré te n d re tire r d’une œ u vre aussi ru d im e n ta ire que celle q u ’il
a laissée, les élém en ts d ’u n e c o o rd in a tio n qui soit la sienne,
est u ne e n tre p rise ch im ériqu e. P o rter la m ain s u r cette œ u v re ,

�104

É T U D E S IT A L IE N N E S

parce q u ’elle est inachevée et in co h éren te, n ’est-ce pas de la
p a rt d ’une collectivité d j sav a n ts une sorte de p rofanation,
c o m m e c’en s erait une, de la p a r t d ’un g ro u p e de p ein tres, de
v o u lo ir t e rm in e r 1 A dora ion d/'.s \bn/ps! ou re m e ttre à neuf le
Cenacolo, à g ra n d re nfort d ’études préalables sur leur
techn iqu e, leurs dessins p ré p a ra to ire s et leurs co p ies?
Mais ce n ’est là q u ’un p re m ie r aspect de la q uestion, qui peut
être envisagée sous une tout a u tre face. Si l’on re n o n c e à une
édition sy stém atiq ue, la seule édition collective possible des
œ u v re s de L éonard, il fa u dra, ou bien s ’en te n ir à le u r édition
p h o to g ra p h iq u e , que son prix et ses difficultés de lecture
m e tte n t hors de portée du plus g ra n d n o m b re, ou bien n ’en
do n n e r que des im p ressio n s fra g m e n ta ire s, qui n’é ta n t pas
accom pag nées de fac-similés, offriront, elles aussi, des chances
d ’in te rp ré ta tio n erro n é e et des obscurités. Ne vaut-il pas m ieux,
dès lors, te n te r q u a n d m êm e l’en tre p rise, ada pte r, avec to u t le
respect possible, Léonard aux besoins d j ses lecteurs éventuels,
au risque de lui p rê te r de tem ps à au tre un la n g ag e qui
n ’a u ra it pas été le s ie n ? Après tout, une telle publication ,
m a lg ré ses défectuosités inévitables, reste en c o re u n m o n u ­
m e n t élevé à sa gloire, en m êm e tem p s q u ’un m o y en — le seul
m o y en — de v u lg ariser ses idées.
Les deux points de vue so nt défendables, et l’a v e n ir dira ce
q u ’il faut en penser. Mais, on peut dès à p ré sen t l’affirm er avec
certitude, la plus parfaite des éditions collectives ne devra
ja m a is être accueillie et consultée que sous toutes réserves,
sous le bénéfice d ’un reco u rs perpétuel aux o rig in a u x , seules
reliques a u th en tiq u es, m alg ré leur aspect fruste, de la pensée
de Léonard de Vinci. Or, ce secours n ’est possible q u ’à la
fav eur d ’une double com péten ce qui se r e n c o n tre bien r a r e ­
m e n t chez le m êm e h o m m e : c o m p éte n ce scientifique et c o m ­
pétence h isto riq u e. Ç’a été le g r a n d m érite et la g ra n d e su p é­
rio rité de D uhem de les posséder toutes deux. S ’il avait, m u n i
co m m e il l’était, disposé d u n e édition p h o to g ra p h iq u e com ­
plète, il a u ra it tiré peu de p arti d ’u ne édition sy n th é tiq u e . Cela
ne revient-il pas à dire que l’œ u v re de Léonard, d ans l’état où
elle nous est parv en u e, n ’est pas te lle m e n t faite p o u r être
v u lg arisée p a r l’im p ressio n ; q u ’im p rim é e , elle est p lutô t d a n ­
gereu se p o u r les uns, inu tile p o u r les a u t r e s ; que l’éditio n

�105

V A R IÉ T É S

essentielle, capitale, indispensable, définitive, reste et restera
tou jou rs, l’éditioii p h o to g rap h iq u e .
Mais, en dehors des éditions elles-m êm es, il y a les trav au x
p ré p a ra to ire s à ces éditions, il y a les in s tru m e n ts de travail et
les m a té ria u x accum ulés en vue de les réaliser. l o u t cela
re p résen te un effort considérable, to u t cela con stitue une m ine
de do cu m en ts s u r l’histoire des sciences, d o n t la mise a portee
du public peut re n d re d ’é m in en ts services. P lusieurs projets
de p ub licatio n so nt à l’étude. Nous ne savons au juste ce que
seron t les g ra n d e s co m p ilatio n s an noncées, Cornus I w cinnurn,
E ncyclopédie Léonardesqne, d ont les titres d ailleurs im p o rte n t
peu. Mais nous en tre v o y o n s l’im m ense intérêt, co m m e m oyen
de p é n é tra tio n dans la pensée de Léonard, d un g ra n d r é p e r ­
toire alp h ab é tiq u e , — il ne s'agit plus ici d une édition, —
s o rte de Thésaurus rerum leonardiarum analogu e au Dante dictio n a ry de P ag et Toynbee et à l’E ncyclopedia dantesca de
Scartazzini, m ais de p ro p o rtio n s beaucoup plus vastes ; r é p e r ­
to ire de tous les term e s d ’a r t ou de science, d histoire ou de
ph ilo sop hie qui se re n c o n tre n t dans les écrits du m aître. Chaque
te rm e serait acco m p ag n é d’extraits des textes qui le re n ferm e n t,
ch a q u e e x tra it d ’un renvoi aux o riginau x, et d un c o m m e n ­
taire. Cette form e du ré p erto ire alph abétiqu e a 1 av antage
d ’être très com m ode, et de n ’altérer en rien l’œ u v re a laquelle
elle se réfère san s se substitu e r à elle. Nous n e sa u rio n s m ieux
te rm in e r q u ’en e x p r im a n t le vœu de voir la lieale Comrwssione
Vinciana, qui a assum é la tâche ard ue de d o n n e r à 1 Italie
l’édition « n atio n ale » depuis long tem ps atten d u e , e n tre r dans
cette idée. L ’e n tre p rise est considérable, m i is le profit ne 1 est
pas m o ins, et il est assuré : o u v rir aux historiens des sciences
et plus g é n é ra le m e n t à q uiconque v eut ab o rd er Léonard, une
larg e voie d ’accès dans son œ uvre.
Mai 1920.

Eugène B o u v y .

�Questions Uni\/er»sitair&gt;es

A grégation et c e r t ific a t d ’a p t it u d e d ’it a l ie n .

Au certificat, com m e à ¡ ’Agrégation, un concours a été spéciale*
m ent réservé aux candidats dém obilisés en octobre 19 19 . Sur quatre
concurrents, un seul a été ad m issib le et définitivem ent adm is,
M. A. Stéfanini, répétiteur au collège de B onneville, nom m é aussitôt
professeur au collège de La Mure (Isère).
Un autre concours spécial de certificat a été ouvert, en a vril 1920,
pour les fem m es qui avaient été m obilisées d’ une autre m anière : il
s ’agit des licenciées qu i, ayant été chargées de délégations dans les
lycées et collèges de garçons pendant deux années scolaires, ne
peuvent obtenir de poste dans l ’enseignem ent fém in in que si elles
passent l ’exam en du certificat d ’aptitude. Sur quatre concurrentes,
trois ont été déclarées adm issib les, deux définitivem ent adm ises. Ce
sont M "e* C. Cladel, déléguée au Collège de Briançon, et V. M aurice,
déléguée au lycée de Digne.
Pour les concours de ju in -ju ille t 1920, le ju ry est com posé de la
m anière suivante : MM. H a u v e t t e , professeur à l ’U niversité de Paris,
p résid en t ; H azard , professeur à l ’U niversité de L y o n ; V a l en tin ,
professeur au lycée de Grenoble.
Le nom bre de places m ises au concours est de quatre, dont une
fem m e, pour l ’agrégation, de cinq, dont deux fem m es, pour le certi­
ficat (session norm ale).
Pour les sessions spéciales (dém obilisés, réform és, anciens ad m is­
sibles), qui auront lieu sim ultaném ent, les candidats seront classés
hors rang.

�Bibliographie

Ugo Fritelli. S i o u i « r in fa m a r » S a p in ? C h in ti d a n tesca . Sienne, ty po gr. Lazzeri,
1920 g r. i n 4 “ ; illu s t r a t i o n s de A. Viligiard i (tiré à 100 ex e m p la ir e s) ; 34 pages.
3 ta b leau x g én é a lo g iq u e s .
A n n u a l R e/'o rl o f the D a n te S o c ie ty (C am bridge. M ass.), 1917-1918. A cco m p a n yin g
P a p ers : P a g e t Toynbee, llia to ry o f ttie te tte rs o f D ante fro m / he XI Vth c e n tu r y
to th e p re se n t d a g Boston, 1919. .'0 p a g e s ' ; - Charles H. G r a n d g e n t, The
choire o f a Thèm e ; — E rn e s t H. VVilkins, « V c h i e i l q u a te » (Boston, 1920,
2G p a g e s ) .

C ette notice, q u e M. Ugo F ritte lli co nsacre à la sien n o ise Sapia, se p ré ­
sente sous la fo rm e d 'u n - p u b lic a tio n de luxe, en u n fascicule au x vastes
m arg es e t fo rt bien illu s tré , dédié au co m te G uido C h ig i-S aracin i, descen­
d a n t de l ’a n tiq u e fam ille d a n s laq u elle e n tra cette fem m e é n ig m a tiq u e .
D ante a fait de Sapia (Purq. M il, 100-129) le type accom pli de l’envieuse :
’I la m o n tre se ré jo u iss a n t in s o le m m e n t d ’u n e défaile infligée, en 1269, à
s s c o m p a trio te s p a r les guelfes de Florence, et q u i coûta la vie à son
neveu P rovenzano Salvani. G râce à de p a tie n te s rech erch es d a n s les arch iv es
de S icncd, .'1 U F ritelli a p u re c o n s titu e r, p o u r le xiit* s ècle, la généa­
logie de la fam ille Salvani, d ’où Sapia éta it issue, celle des S aracin i, à
laquelle elle a p p a rtin t p a r son m a ria g e avec G h in ib a ld o di Saracirio, et
encore celle des T olom ei. d a n s la q u e lle e n tra u n e de ses filles, R an iera . La
co n clu sio n de l’a u te u r est q u e Sapia n e fu t a u c u n e m e n t g uelfe, co m m e
l’o n t a d m i s tro p vite les c o m m e n ta te u rs de D an te; si elle e u t n o n de
l’e n v i m a i s de la h a in e c o n tre l ’o rg u eillejix P rovenzano Salvani (a u tre
p e i s o n n i g e dant es que), c ’est p arce q u e celui-ci a u ra it tr a h i les G ib elin s et
s i p a trie , d a n s cette b ata ille de Colle o û il p e rd it la vie. Ce re n s e ig n e m e n t
est fo u rn i p a r u n e c h ro n iq u e a n o n y m e , d o n t le m a n u s c rit est conservé à
S ien n e; m ais il fa u t avou er q u e les a ffirm a tio n s d e ce c h ro n iq u e u r ne sont
pas to u te s é g a le m e n t sû res Si o n a d m e t la version relative à la tra h is o n de
Provenzano, q u i n ’a d 'a ille u rs rie n d ’in v ra ise m b la b le , c’est d o n c q u e D ante
fut assez m al re n seig n é s u r ce sien n o is, a u q u e l il n ’im p u te a u c u n e tr a h i­
son, et da n s ce cas Sapia n ’eût pas péché p a r envie. Il se p e u t d o n c q u e
M. U. F ritte lli a it réu ssi à ré h a b ilite r Sapia. co m m e 1 a n n o n c e son titr e ;
m ais le bénéfice est m in ce s’il n o irc it P ro v en zan o en c o m p e n sa tio n I II est
v rai q u e ceci n ’im p o rte g u è re ; l ’e ssen tiel est d 'a rriv e r à je te r u n p e u de
lu m iè re s u r les actes et s u r les c arac tè re s des p e rso n n a g e s m is en scène
P îr D a n te ; et il est h o rs de d o u te q u e les d o n n ées précises et u tiles fo u r­

�108

É T U D E S IT A L IE N N E S

n ies p a r M. F ritte lli so n t de celles d o n t il fa u d ra te n ir co m p te d a n s le
c o m m e n ta ire d u P u rg a to ire.
Les no tices an n ex ées au x R a p p o rts a n n u e ls de la D ante Society de C am ­
b rid g e (É tats-U nis) so n t to u jo u rs fo rt in té re ss a n te s . Il fa u t sig n a le r crlle
q u e M. P ag et T oynbee co n sacre, d a n s le tr e n te sixièm e ra p p o r t (an n ée
1917, p u b lié en 1919) s u r l’h is to ire des le ttre s de D an te C’est u n expo é
e x trê m e m e n t p récis e t c o m p le t de to u te s les m e n tio n s q u i n o u s so n t p a r­
v en u es de la c o rre sp o n d a n c e d u poète, à c o m m e n ce r p a r l’allu sio n c o n ten u e
d a n s la Vita N ova (ch. XXX), ju s q u 'à la d éco u v erte des m a n u s c rits e t à la
série des éd itio n s. M. P ag et T oynbee a p ris lu i-m ê m e u n e p a r t tro p active
à la d isc u ssio n des difficiles p ro b lèm es q u e soulève celle p a rtie de l'œ u v re
de D ante p o u r q u ’on p u isse lu i c o n te s te r u n e co m p éten ce de to u t p re m ie r
o rd re d a n s ces m a tiè re s. L’é tu d e q u ’il co n sacre a u x le ttre s d u poète p o rte
à v in g t le total de celles d o n t n o u s c o n n a isso n s, soit le texte (13), soit
q u e lq u e fra g m e n t o u a u m o in s u n e an aly se (7) ; et ce to tal est en co re à
ré d u ire si o n rejette l ’a u th e n tic ité , to u jo u rs d é b a ttu e , de q u e lq u e s u n ité s.
O n re m a rq u e ra q u e d a n s la réc e n te éd itio n flo re n tin e des œ u v res de
D an te (voir E tudes lia i., t 1, p, 238-239), le re g re tté A rn ald o Délia T orre
av ait eu au ssi l ’idée de m e n tio n n e r à le u r ra n g , p a rm i les le ttre s c o n se r­
vées, les té m o ig n a g e s re la tifs à des le ttre s p e rd u e s ; m a is il n ’est a r r i v é
q u à dix -sep t ; p o u rq u o i n 'y a-t-il p as fait lig u re r c o m m e le v eu t avec raison
M. P ag et T oynbee d e u x im p o rta n ts té m o ig n a g e s de L eo n ard o B ru n i et
u n de Cecco d ’Ascoli? D ans la p a u v reté de n o s re n s e ig n e m e n ts positifs
s u r la vie de D an te, rie n ne d o it ê tre négligé.
D an s le tre n te -se p tiè m e ra p p o rt, M. Ch. II. G ra n d g e n t p u b lie u i e
élég a n te co n férence, d a n s laq u elle, à p ro p o s de l ’im p o rta n c e d u choix d 'u n
s u je t (affirm ée d a n s le De v u ly . E lo q ., à l’ex em p le d ’H orace), il é tu d ie le
d év elo p p e m en t de la poésie ly riq u e de D an te, p a r ra p p o r t a u x tra d itio n s
p o étiq u e s des x u '-xiii* siècles, et il in d iq u e s o m m a ire m e n t la gen èse de
l'in s p ir a tio n q u i a p ris co rp s d a n s la D ivine C om édie.
Une c o u rte n o te de M. E. II. W ilk in s, an n ex ée a u m ê m e ra p p o rt, précise
le sen s d es m o ts h il c h i e il q u a le » a u c h a n t I de l’E n fer (v. 17) en c ita n t
u n passag e d u De ihonarehia (II, 3,1. 35-iiO de l’éd. d ’O xford) : il c h i se r a p ­
p o rte ra it à la noblesse h é ré d ita ire d 'É n ée, il q uale à la nob lesse q u ’il devait
à ses q u a lité s p erso n n e lle s. Ce se ra it p a rfa it si l’em p lo i, to u t à fait in so lite,
de l’artic le d ev a n t c h i (et il n e p e u t a v o ir q u e la m ô m e v a le u r d e v a n t quale)
n ’in d iq u a it c la ire m e n t q u e D an te a e u en vue, n o n u n e p e rso n n e , m a is
u n e idée a b stra ite e m p ru n té e a u ra is o n n e m e n t sc o lastiq u e — q u id 'iita s et
qualitas. — ; c'est d e cette façon q u ’o n d it il p e rc h é e t il corne. A près cela,
il im p o rte assez p eu q u ’o n ra p p o rte il chi e il quale à É née o u à l 'alto effetto
d u v. 16, c a r É née n e p e u t ê tre en v isag é ici q u e co m m e l'a n c ê tre de R om e ;
ce n ’est p as sa n oblesse acq u ise q u i co m p te, c’est celle q u i découle de lu i.
H e n ri H auvette .

�B I BL I O G R A P H I E

109

Ramiro Ortiz. U m a n ità e m o d e r n ità d i D ante ; p r o lu sio n e a u n corso s u lla Divina
C o m m ed ia, letta a l l ’Univer sitá d i Buc ares t il 28 n o v e m b r e 1915. — R om a, Officina p o lig ra tica ita lia n a , 1918; i n - 8", 21 pages.

En d e h o rs des idées fo rt in té re ssa n te s s u r la p e rs o n n a lité d e D ante
que re n fe rm e c e tte leçon d ’o u v e rtu re , o n c o m p re n d q u e l ’in té rê t p r in ­
cipal en résid e d a n s les circo n sta n ce s tra g iq u e s q u 'a trav ersées la R ou­
m anie : M. R. O rtiz av ait accepté, d ep u is 1909, d ’in s titu e r à l ’U niversité
de B u carest, u n e n se ig n e m e n t de la n g u e et de litté r a tu r e ita lie n n e , et
Ü l a c o n tin u é ju s q u ’en 1916. Il est e n su ite re n tré en Italie, ap rès u n e
odyssée q u ’il d ev rait b ien n o u s ra c o n te r en d étail q u e lq u e j o u r . La
p résen te p u b lic a tio n est d on c p récieu se co m m e u n so u v e n ir et u n e
a tte sta tio n d es efforts q u ” il a faits p e n d a n t sep t ans, p o u r é ta b lir p a rm i
nos frères la iin s des C arp ath e s u n lien p lu s é tro it avec la civ ilisatio n occi­
d en tale, re p résen tée p a r la litté ra tu re italien n e , et q u il a re p ris a u jo u r ­
d’h u i avec u n e a rd e u r renouvelée.
H.
Henri Focillon. Les M usées d e Lyon', p e in tu re s. — Paris, L aure ns, s. d. (1918); in-16,
64 p ages (Collections p u b l i q u e s de Fra nce, M em oranda).

Ce p e tit liv re s ’adresse à to u s les a m a te u rs d ’a rt, e t n o ta m m e n t aux
ferv ents de l ’a r t ita lie n , c a r les m a ître s de l ’Italie d u xv«, d u xvie e t d u
xvne siècles o c c u p e n t u n e fo rt belle place au m u sé e de Lyon (p. 8 - 1 2 ).
On n e p o u rra re p ro c h e r à M. Focillon q u e l ’ex trê m e réserv e q u ’il s ’est
im posée en é c riv an t cette n o tic e : d ’un c o n n a isse u r au ssi c o m p eten t,
d ’u n c ritiq u e a u ssi b rilla n t q u e lu i, o n é ta it en d ro it d ’a tte n d re p lu s
que ces d ix -h u it pages de texte, s u r la belle collection d o n t il e st le
co n serv ateu r zélé ; d u m o in s ces d ix -h u it pages sont-elles excellentes,
ct com plétées p a r c in q u a n te -q u a tre p h o to g ra p h ie s p a rfa ite m e n t choisies
réu ssies. A. propos d u ta b le a u d ’H. F la n d rm , « le D an te au x E n fers »
(pp. 1 6 e t 5 1 ) j ’observe q u e l'a r tis te a re p ré se n té , en ré a lité , u n e scène
du P u rg a to ire , in sp iré e très d ire c te m e n t p a r le tex te des c h a n ts X1I-XIV.
°ù D an te a d é c rit la p é n iten c e inflig ée à ceux q u i, d a n s le u r vie, o n t
co m m is le péché d ’envie.
H.
Victor Basch. T itien . —- P aris, Lib rairie française, s. d. (1920; ; g r.
299 pages ; 25 p lan ch es h ors .texte.
^oiiis Hourticq

i n -8 ca rré,

La je u n e sse (if‘ T itien . — Paris, H achette, 1919; i n - 8 , xv-3i6 pag es .

La fin de la g u e rre n o u s v a u t cette ag ré a b le s u rp ris e : d eu x sav an ts
la n ç a is , é g a le m e n t ép ris de l’a rt italien de la R en aissan ce, et d o n t les
fecherches s u r l ’œ u v re de T itien re m o n te n t à d ’assez lo n g u e s an n ées,
P u b lient, p re s q u e à la m êm e d ate, le u rs v o lu m es s u r le g ra n d m a ître
yén itien , et e n ric h iss e n t a in si la b ib lio g ra p h ie d u su je t de d e u x o u v rag es

�110

E T U D E S IT A L IE N N E S

d o n t la c ritiq u e fran çaise p e u t se m o n tre r fière. Ils so n t d ’a ille u rs très
d iffére n ts l’u n d e l ’a u tr e , e t je n e les ra p p ro c h e ici q u e p arce q u e je les ai
lu s p re s q u e sim u lta n é m e n t. Je p a rle ra i d ’a b o rd d u v o lu m e de M. Bascb,
q u i e m b ra sse d a n s son e n se m b le l'œ u v re e n tiè re de T itien .
C est u n to u r de force d ’av o ir é tu d ié en m o in s de 300 p ages, pièce après
pièce, l’œ u v re im m e n se de ce p e in tre p ro d ig ie u x ; c a r M. B asch ne s ’e s t
pas b o rn é , p o u r c h a q u e p ério d e, et p o u r c h a q u e g e n re — su jets religieux,
m y th o lo g iq u e s o u allé g o riq u e s e t p o rtra its — à l ’an aly se d ’u n choix de
tab le a u x ca ra c té ristiq u e s : il a v o u lu v o ir p a r lu i-m è m e to u t ce q u ’il a pu
de l’œ u v re exécutée p a r so n a rtis te de p ré d ile c tio n , et il y a u n re g re t non
d issim u lé d a n s l ’aveu q u ’il n o u s fa it de c o n n a ître se u le m e n t p a r la p h o to ­
g ra p h ie telle p e in tu re d ’À ncône o u de L o n d re s, de B oston o u de Petrog ra d ; c a r il a u ra it so u h a ité n o u s a p p o rte r l’écho de son é m o tio n en p ré­
sence (Jes effets de c o u le u r e t de lu m iè re q u ’a u ra ie n t p u lu i révéler ces
to iles; il les a u ra it no tés avec a m o u r et se se ra it efforcé de n o u s en ex p ri­
m e r la m ag ie. Si o n a jo u te q u ’à cette an aly se m in u tie u se , p é n é tra n te ,
p erso n n e lle de q u e lq u e 120 ou 130 m o rc e a u x , p e tits ou g ra n d s , M B a s c h
» jo i n t u n ré s u m é trè s p o u ssé de la b io g ra p h ie du m a ître , p o u r nous
d o n n e r m ie u x q u ’u n e é b au ch e de sa p h y sio n o m ie d ’h o m m e , o n cro ira
sans pein e q u e l'im p re s sio n d o m in a n te q u i re ste d a n s l'e s p rit, le volum e
u n e fois re fe rm é , est celle de la p lé n itu d e . Q u a n d o n a lu ce liv re, on a
conscience de m ie u x c o n n a ître e t de m ieu x c o m p re n d re , d a n s leu r
en sem b le, l’œ u v re et l'a rtis te . M. Basch fa it ex ce lle m m e n t s e n tir, en p ar­
tic u lie r, q u e la c o u le u r et la lu m iè re n e so n t pas se u le m e n t des form es
de l’exp ressio n p ic tu ra le chez T itien , m ais b ien des é lé m e n ts essen tiels de
la c o m p o s itio n ; elles in te rv ie n n e n t d a n s la con cep tio n in tim e des œ uvres,
au m êm e titre q u e les co m b in a iso n s de lig n es, q u e « l’ara b e sq u e », d o n t
n o tre c ritiq u e tie n t si ju s te m e n t co m p te, e t c e rta in e m e n t p lu s q u e l’in te r ­
p ré ta tio n h is to riq u e ou p h ilo so p h iq u e d u su je t La te c h n iq u e de T itien,
a u x diverses époques de sa lo n g u e vie, fait é g a le m e n tl’o b je t d ’o b servations
trè s précises et su g g e stiv e s; et to u t cela est s in g u liè re m e n t in s tru c tif.
U ne seconde im p re ssio n , n o n m o in s n ette , q u i re s so rt de cette lecture,
c o n cern e le ta le n t év o cateu r de M. B asch P o u r m e ttre b o u t à b o u t u n
n o m b re au ssi re d o u ta b le d ’a n aly ses de tab le a u x , Tes u n e s brèv es, les
a u tre s fo rt développées il fa u t u n e v irtu o sité v erb ale, u n e facu lté d ’en­
th o u sia sm e , u n ly rism e d o n t p eu d e c ritiq u e s se se n tira ie n t capablesM . B asch est p o ète ; i l a te n u j u s q u ’a u b o u t cette g a g e u re , et ses d e r n i è r e s
analyses — S a in t L a u ren t à l’église des Jé su ite s (n o n G esuati) de Venise ;
le C ouronnem ent d ’épines de M unich, la Pietà à l’A cadém ie de Venise —
ne so n t pas m o in s a tta c h a n te s q u e celles q u ’il a consacrées à l'Assom ption,
à l 'A m o u r sacré et l’A m o u r p ro fa n e , o u à la M ise a u tom beau d u Louvre. Je
n 'a ffirm e ra i pas q u ’il a i t su c o m p lè te m e n t é v iter to u te m o n o to n ie : Ie3
m é ta p h o re s , m ê m e m u sicales, so n t en n o m b re lim ité ; on jo u ira peutê tre m ieu x de ces b rilla n te s d e sc rip tio n s, en ne les lis a n t pas to u te s d ’a f11'
l é e ; p rise s à doses m o d érées, elles so n t u n e jo ie p o u r l ’e s p rit et u n e évo­
c atio n p o u r les yeux.

�B IB L IO G R A P H IE

111

S i,j’avais q u e lq u e s objectio n s à faire à ces an aly ses ce sera it d ’ab o rd
que, to u te s les fois q u 'u n e illu s tra tio n m et les lig n e s d ’u n tab lea u sous
les yeux d u le c te u r, u n e p a rtie de l'effo rt v e rb a l nécessité p a r la d e scrip tio n
P u re a u ra it p u ê tre ép arg n ée, e t e n su ite q u e c e rta in es co m p o sitio n s ne
p a ra isse n t pas trè s exactem em in te rp ré té e s. Je m e b o rn e à u n p e tit n o m b re
d ’exem ples. P 130, le geste d u Saint Jean (V enise, A cadém ie) ne m e p a ra it
n u lle m e n t « o b sc u r » : c'est celui d u p ré c u rs e u r, q u i, à d em i re to u rn é ,
a n n o n ce « Celui q u i v ien t ap rè s lu i »; — p 209, la d escrip tio n de Diane
et Action (L o n d res, g alerie B rid g ew ater) ne fait pas d u to u t co m p re n d re
q ue D iane et ses n y m p h e s, su rp ris e s p a r le c h a sse u r, c h e rc h e n t ta n t b ien
que m al, p lu tô t m a l, à so u s tra ire le u rs c h a rm e s à sa vue, ce q u i explique
■a p lu p a r t de le u rs m o u v e m e n ts ; — p. 246. p a r u n e cu rie u se co n fu sio n
à p ro p o s de la Religion secourue p a r l’Espagne (M adrid), il est d it q u e la
fem m e n u e , h u m b le m e n t a g en o u illée, et les se rp e n ts q u i sifflent d e rriè re
elle re p ré s e n te n t l ’E spagn e et les h érésies q u i la d é c h ire n t (?), ta n d is q u e
1* M inerve suivie d ’u n e esco rte g u e rriè re fig u re la Iteligion ; c est m an ife s­
te m e n t le c o n tra ire q u ’il fa u t lire. — J ’ajo u te en co re q u e l’A rétin n ’est
pas m o r t « d a n s u n éclat de rire » (p. 180), m ais d ’u n e a tta q u e d ’apoPlexie, ce q u i est p lu s n a tu re l.
Le v o lu m e est p ré se n té avec u n e élégance pleine de g o u t; les 25 p h o to ­
g ra p h ies h o rs texte so n t trè s ré u ssie s; il y a en o u tre , à la fin de p lu sie u rs
c h a p itre s, des re p ro d u c tio n s bien choisies de d essin s au tr a it, et bon
n o m b re de m o tifs d éco ratifs e m p ru n té s à de vieilles éd itio n s ita lie n n e s. 11
est re g re tta b le q u e les co n d itio n s p ro b a b le m e n t difficiles d a n s lesq u elles
a été exécutée la p a rtie ty p o g ra p h iq u e n ’aie n t pas p e rm is d ’a tto in d re u n e
Plus, g ra n d e c o rre c tio n d a n s le texte, en p a rtic u lie r d a n s les c ita tio n s en
italien.
Le liv re de M H o u rticq ne fait pas d o u b le em ploi avec celui de M. Basch.
D 'abord il ne tr a ite q u e de la je u n e sse d e T itien, ou d u m o in s il n ’ab o rd e
q uelq u es ta b leau x de sa m a tu rité et de sa vieillesse q u e d an s la m e su re
° u ceux-ci re p re n n e n t les th è m e s favoris de sa jeu n e sse . La d e sc rip tio n et
l’effusion ly riq u e y cèd en t le p as à la d iscu ssio n , à la d é m o n s tra tio n :
M- H o u rticq s’ap p liq u e à p e rc er le m y stè re de cette je u n e s se vide, de ce
talent p ro d ig ieu x q u i ne s'a ffirm e g u ère av a n t la tre n tiè m e a n n é e ; il ose
s a tta q u e r à l'é n ig m e de G io rg io n e et de son style p ro p re , si so u v en t
c° n fo n d u avec celui de T itien , et il la d éb ro u ille d ’u n e m a n iè re to u t à fait
neuve et sé d u isa n te . Ce n ’est pas q u 'il révèle des d o c u m e n ts in é d its ; m ais,
° u tr e q u ’il tire u n excellen t p a rti de to u s ceux q u i o n t été p u b liés, il possede u n e c o n n aissan ce a p p ro fo n d ie des d o c u m en ts p u re m e n t g ra p h iq u e s,
O uvres a ttrib u é e s à G io rg io n e et à T itien ou à tel de le u rs c o n te m p o ra in s
et im ita te u rs , g ra v u re s, d e ssin s, sim p les esq u isses q u i p e u v e n t é c la irer la
genèse d ’u n tab leau célèbre, o u n o u s re n s e ig n e r s u r u n e œ u v re d isp a ru e ,
" a in te rro g é p a rtic u liè re m e n t et avec u n e sagacité v ra im e n t ex cep tio n nelle les fresq u es exécutées p a r T itien à P ad o u e en 1511, e t s u r to u t le

�112

É T U D E S IT A L IE N N E S

fam eu x Concert c h a m p être d u L ouvre q u 'il re s titu e à T itie n , co m m e il lu i
a ttrib u e u n e p a rt im p o rta n te d a n s l’ach è v em e n t de la Vénus en d o rm ie de
D resd e, Il s’a p p u ie s u r u j fait, d o n t il cite de n o m b re u x ex em p les; c’est
q u e T itien n ’a p as créé u n n o m b re élevé d ’a ttitu d e s , de fo rm es, de m o u ­
v e m e n ts : il a v o lo n tiers re p ris les m ê m es m o tifs. A p lu s de c in q u a n te ans
d ’in terv alle, on le voit re v e n ir, d a n s la p seu d o A n tio p e d u L ouvre, à l’a tti­
tu d e exacte de la V énus en d o rm ie q u e son p in c e a u av ait a m o u r e u s e m e n t
caressée ap rès la m o r t de G io rg io n e. Cette in té re ss a n te re m a rq u e in cite
M. H o u rticq à re c h e rc h e r l’o rig in e et le d é v elo p p e m en t de p lu s ie u rs m otifs
q u i a p p a ra isse n t d a n s les œ u v res de je u n e sse de T itien , et a u ssi à recon­
n a ître les m odèles q u i fig u re n t d a n s p lu s ie u rs tab le au x : c’est la f o r m a ­
tio n m ê m e d u ta le n t de ce m a ître q u i n o u s est a in si exposée. R ien n ’est
p lu s su g g e s tif; o n tro u v e ra ici, n o ta m m e n t, des in te rp ré ta tio n s e n tière ­
m e n t n eu v es de toiles célèbres c o m m e V A m o u r sucré et l'a m o u r p r o fa n e de
la g alerie B orghèse, la célèb re A llé g o rie d u L ouvre, V A n tio p e, e t bien
d ’a u tre s.
M. H o u rtic q r a je u n it de douze o u treize a n s cet a rtiste q u ’on a l’h a b itu d e
d 'im a g in e r p e ig n a n t ju s q u ’à sa c e n tiè m e a n n é e . Sa d é m o n s tra tio n , à ce
su jet, m e p a ra ît décisive. C’est s u r u n e le ttre de T itien à P h ilip p e II, en
d ate d 'a o û t 1571, o ù il s’o ctro ie q u a tre -v in g t-q u in z e a n s, q u e se fonde la
fixation de sa n a issa n c e en 1477. Mais d a n s cette su p p liq u e , l ’a rtiste , q u i
é ta it q u é m a n d e u r, a v a it to u t in té rê t à e x a g é re r: d ’aille u rs, à p a r tir d 'u n
c e rta in âge, il y a de la c o q u e tte rie à se v ieillir, et on fin it p a r s’e m b ro u ille r
d a n s les co m p tes. L o rsq u e Boccace a p p rit la m o r t de P é tra rq u e , en 1374,
il écrivit, d a n s u n e le ttre éplorée a u g e n d re d u g ra n d poète : « Je lu i
a p p a rte n a is d e p u is q u a ra n te a n s et p lu s » ; o r il est c e rta in q u e P é tra rq u e
et Boccace se re n c o n trè re n t p o u r la p rem iè re fois en 1350, v in g t-q u a tre
a n s p lu s tô t. C e p e n d an t Boccace ne c h e rc h a it à tr o m p e r p e rs o n n e ; il éta it
de b o n n e foi. Ces m ép rises n ’o n t rie n de trè s s u r p re n a n t,
N a tu re lle m e n t les d é m o n s tra tio n s de M. H o u rtic q , étayées s u r des ra p ­
p ro c h e m e n ts de lig n es, le c o n d u is e n t à fo rm u le r de trè s n o m b re u se s
h y p o th èses, p re sq u e to u te s fo rt séd u isa n te s, g é n é ra le m e n t solides, p arfo is
p o u r ta n t u n p eu frag iles Mais ce q u i in q u iè te s u r to u t c’est la te n d a n c e
n a tu re lle e t d a n g e re u se de l ’a u te u r à c o n sid érer co m m e des v érités p ro u ­
vées les h y p o th èses avec lesq u elles, p a r u n e lo n g u e m é d ita tio n , sa pensée
s’e st iden tifiée, e t à les p re n d re p o u r p o in t de d é p a rt de n o u velles hypo­
th èses ou de nouvelles a ffirm a tio n s. Cela p e u t m e n e r lo in . J ’en c ite ra i u n
exem ple ty p iq u e . Pages 215-216, M. H o u rticq n o u s p a rle de Cecilia, q u e
T itien épousa en 1527, et q u i m o u r u t en 1530, la issa n t son m a r i p ro fo n ­
d é m e n t affligé : C avalcaselle e t M olm enti o n t c ru p o u v o ir la re c o n n a ître
d a n s la c h a rm a n te sa in te C a th e rin e de la V ierg e au l&gt; pin\ à la v érité « de
cette Cecilia n o u s c o n n a isso n s peu de chose », n o ta m m e n t rien de ses
tra its . C e p en d an t M. H o u rticq , a p rè s av o ir an aly sé le c u rie u x d o c u m e n t
p u b lié p a r L udw ig s u r le m a ria g e d u p e in tre , c o n c lu t : « C’est donc Ceci­
lia, en 1530. ... q u ’il n o u s fa u t re c o n n a ître d a n s la sa in te C a th e rin e q u i

�bibliographie

113

s’in c lin e si g ra c ie u se m e n t en p o rta n t l’E n fa n t Jésu s. # D’a ille u rs il reco n ­
n a ît le m êm e m odèle d a n s b ien d ’a u tre s tab lea u x , d a n s l ’exquise églogue
de la g alerie B ridge w ater et s u r to u t d a n s 1’ t llégorie d u L ouvre, o ù la fig u re
d ’h o m m e cu ira ssé ne se ra it a u tre q u e T itien lu i-m êm e , et n o n A lphonse
d ’Avalos : la m y s té rie u s e p e in tu re a c q u e rra it a in si, o u tr e le c h a rm e péné­
t r a n t q u i s’en exhale, la v a le u r d ’u n d o c u m e n t se n tim e n ta l, o ù se se ra it
ép anchée la te n d re m élan co lie de l'a rtis te p riv é de sa délicieuse co m p a g n e .
S u r cette h y p o th èse trè s séd u isa n te , ¡VI. H o u rtic q re c o n s titu e to u te u n e
page de la vie in tim e de T itien ; c’est u n e c h a rm a n te évocation. P u is on
lit d a n s la co n c lu sio n : « . . Q u an d il (T itien) re p r it ses p in cea u x , la p e n ­
sée de la m o rte re s ta it p rése n te , et voici q u 'u n jo u r son im a g e v in t se fixer
d a n s u n e œ u v re im m o r te lle ... » Cette idée a cessé d ’ê tre u n e su p p o sitio n :
elle e st deven u e u n e a ffirm atio n . Un p e u s u rp ris , je re to u rn e à la page
215, e t je c o n state q u e n o u s n e savons rie n des tr a its de Cecilia, q u ’il
s’a g it d 'u n e sim p le h y p o th èse de C avalcaselle et de M olm enti, e t q u e
M. H o u rtic q l'a se u le m e n t a n im é e de son in c o n te sta b le ta le n t P o u r m a
p a rt j ’accepte b ien vo lo n tiers son in te rp ré ta tio n de l ’Allégorie d u Louvre,
e t au ssi celle de la « F o n ta in e d 'a m o u r » (A m our sacré et A m our p ro fa n e) ;
j ’y tro u v e de trè s suggestives occasions de rê v er d e v a n t d 'a u th e n tiq u e s
eh efs-d ’œ u v re ; m ais il ne p e u t ê tre q u e stio n de tir e r de là des m a té ria u x
p o u r a jo u te r des épisodes se n tim e n ta u x à la b io g ra p h ie de l ’a rtiste : ceci
e s t d u d o m a in e de l ’h y p o th èse, à p ro p o s d ’in te rp ré ta tio n s d ’œ u v res d ’a r t ;
n ’en so rto n s pas à la légère.
Le livre de M. H o u rticq est illu s tré d e d essin s au tr a it, d estin é s à p ré c i­
ser les n o m b re u x ra p p ro c h e m e n ts q u i fo rm e n t la tra m e de ses ch a p itre s ;
ce so n t des a rg u m e n ts et des d é m o n s tra tio n s , très exacts, trè s p ro b a n ts.
P o u r les m êm es ra iso n s san s d o u te q u e d a n s le livre de M B asch, la c o r ­
re c tio n d u texte ne rép o n d pas à ce q u ’o n a u ra it p u so u h a ite r, et les cita­
tio n s ita lie n n e s so n t assez m alm en ées (n o ta m m e n t p 2 1 2 n o te ; p o u r­
q u o i, co m m e M. B asch, M. H o u rticq fait-il a cco rd er, en français., au
m a s c u lin le nude, q u i so n t des fem m es n u es? C 'est a u ssi d ésag réab le q u e
de d ire (p ., 176) « des studio #). U n ex cellent c o m p lé m e n t d u v o lu m e est
l ’in d ex des a rtis te s e t des œ u v res, q u i p e rm e t de re tro u v e r vite les m e n ­
tio n s de ta b le a u x o u de d essin s et les in n o m b ra b le s d iscu ssio n s de d étail
abo rd ées c h e m in fa isa n t p a r l’a u te u r. En ré s u m é c’est u n liv re p lein de
faits et d ’idées, u n des p lu s n o u rr is et des p lu s n eu fs q u ’o n a it écrits
d e p u is lo n g te m p s s u r u n a rtiste italien .
H en ri II auvette .
Carlo P ellegrini. E d g a r Q u in et e V ita lia . Pisa, officina ar ti gra fiche, 1919, 132 p .
in-16.

B onne é tu d e , q u i révèle u n e sp rit trè s n e t et trè s p récis, so u cieu x de n e
rie n d o n n e r à la rh é to riq u e , et d ’alle r sa n s p h ra se s à l'essen tiel des fa its;
L’A su it ; 1, la je u n esse de Q u in et, e t ses p re m iè re s le c tu re s ita lie n n e s.

�114

É T U D E S IT A L IE N N E S

II, so n voyage en IU lie, q u i lui p e rm e t de c o m p re n d re n o n s e u l e m e n t
l’Italie des p ay sag es et de l’a rt, m ais les ré a lité s p o litiq u e s d u pay s;
III, l’Iialie d a n s les œ u v res de Q u in et (A h a sv é r u s , etc), ses leço n s a u Col­
lège de F ran ce, ju s q u 'à l ’ex il; IV les R évolutions d 'Ita lie ; V, Q u i n e t e t Mazz in i; VI, Q u in e t et le R iso rg im e n lo ; G a rib a ld i; V I; la fo rtu n e des R évo­
lutions en Italie.
C’est u n e c o n trib u tio n à l’h isto ire des re la tio n s in te lle c tu e lle s et p o li­
tiq u e s e n tre la F ra n c e et l’Italie q u i est u tile e t o p p o rtu n e ; q u a n d on
p arle de Q u in et, 011 p en se s u r to u t à son a ttitu d e vis-à-vis de l ’A llem agne,
q u i consiste en u n e ré a ctio n : on o u b lie son a ltitu d e vis-à-vis de l’Italie,
faite de sy m p a th ie et de d é sir d ’ac tio n . Tel de nos c ritiq u e s, re tra ç a n t les
d ifféren ts aspects de l’Italie vue p a r la F ran c e, o u b lia it p u r e m e n t cl sim ­
p le m e n t son n o m C ette fàeh eu se la c u n e est ici rép arée.
On p o u r r a it re p ro c h e r à l ’a u te u r u n c e rta in m a n q u e de p e rsp e c tiv e ;
on a im e ra it q u e lps m ilie u x , d o n t l’é tu d e p e rm e ttra it de faire re s s o rtir
p lu s rig o u re u se m e n t la p e rs o n n a lité d e Q u in e t, f u s s e n tp lu s a b o n d a m m e n t
sig n alés et p lu s a m p le m e n t tra ité s : le m ilie u ro m a n tiq u e p a r ex em p le;
les m ilieu x Italien s e n F ran c e, s u r lesq u e ls u n b o n tra v a il n o u s m a n q u e
to u jo u rs . D ans q u e lle m e s u re la p h ilo so p h ie a lle m a n d e e n tr e t-elle d a n s
la co n cep tio n q u e Q u in ç t s'ést faite de la litté r a tu r e Ita lie n n e ? A insi de
su ite . Ce livre, si n e t, d o n n e l’im p re ss io n d 'è tre u n p eu sec. Mais il se ra it
in ju s te d e d e m a n d e r à M, P e lle g iin i ce q u 'il n ’a p as v o u lu faire. Il a
v o u lu s’en te n ir à son p e rso n n a g e p rin c ip a l et l’a d essin é d ’u n tr a it
précis et s u r. Déjà c o n n u p a r d ’a u tr e s étu d e s s u r les ra p p o r ts e n tre la
pensée ita lie n n e e t la pensée fran çaise, il achève ici de se fa ire h o n n e u r.

I\ 11.

Suzanne G ujrenheim .Tl p ro p o s de C h a rles N o d ier el de C arlo G ozzi. liss a i de lilté r à tu r e co m p a rée fr a n c o -ita lie n n e . Milano, T ip o g rafia In d ip e n d e n z a , 1916,
24 pages in-16.

C h .N o d ie r e s là la m o d e ; o n n o u s ra p p e la it ré c e m m e n t(L e o n c e P in g a u d ,
Le M oi r o m a n tiq u e d e C h. N o d ie r d ’a p r è s [de r é c e n ts d o c u m e n ts . Rev. H ist.
litt de la F ra n c e , a v ril-ju in 1912) les tra v a u x q u ’il v ien i de su scite r. L’A.
analyse ici u n e a ffirm a tio n de P a u l de M usset, q u i sig n a le la d ette de
N odier en v ers C arlo Gozzi. L’é tu d e , b ien d o c u m en tée et m en ée su iv a n t
u n e m é th o d e rig o u re u se , c o n c lu t à la n ég ativ e. 11 n e sem b le p as q u ’il y
a it eu d ’e m p r u n t d ire c t de N odier à G ozzi; to u t a u p lu s p e u t-o n sig n a le r
e n tr e les d e u x a u te u r s u n e c e rta in e p a re n té de pensée, q u i ex p liq u e sa n s
la ju s tifie r, l’a ffirm a tio n de P a u l de M usset.

P. H.

�I
F ran cesco

C a s n a ti.

115

B IB L IO G R A P H IE

P aul Claudel e i suoi dravnmi Como, 1919, in 16. Préface de
Giuse ppe E ll c r o .

L’Italie est v o lo n tiers a tte n tiv e à n o tre p ro d u c tio n c o n te m p o ra in e ; n o u s
ne p o u v o n s q u e l ’en rem ercie r. A près les é tu d e s de M. G en n a ri s u r divers
aspects d e n o tre litté ra tu re actu elle, q u i c o n tie n n e n t d eux c h a p itre s s u r
C laudel, en voici u n e nouvelle p re u v e. J 'a i vu, d a n s les m ilieu x cultivés
de M ilan, des livres de C laudel d isc u té s et ap p réciés a v a n t q u e son n o m
ne lu t c o n n u en F ran ce. R ien d ’é to n n a n t à ce q u ’u n je u n e écrivain lu i
co n sacre u n liv re e n tie r p o u r ses d é b u ts .
Ce liv re té m o ig n e n o n se u le m e n t u n e b o n n e c o n n aissan ce d u poèted ra m a tu rg e , m a is d u g o û t e t de la p é n é tra tio n L’A. ép ro u v e d e v a n t la
p ro d u c tio n de C laudel u n e m b a rra s q u ’il ne d issim u le p a s; il essaie do la
ju g e r e n e lle -m ê m e , e t n o n p o u r des m o tifs e x té rie u rs à elle; cet effort
est m é rito ire . — C ertes, to u t n ’est pas p a rfa it d a n s l'o u v ra g e ; telle
réflexion p h ilo so p h iq u e , t e l l e a p o stro p h e à C laudel, se m b len t in o p p o rtu n e s;
l’h a rm o n ie p ro fo n d e de la fo rm e n est p as saisie; la b ib lio g rap h ie , p o u r
ce q u i est des œ u v res françaises, m a n q u e de p récisio n ; o n a im e ra it
en fin u n e vue d 'en sem b le en m a n iè re de c o n clu sio n : déjà tro p d ’an aly ses
(nécessaires p e u t-ê tre p o u r le g ra n d pu b lic) é m ie tte n t l’in té rê t. L 'ensem ble
n ’en té m o ig n e pas m o in s de q u a lité s de finesse et d ’in te llig e n c e c ritiq u e
d o n t o n s a u ra g ré à l ’a u te u r.
P . H.
André G eiger. Gabriele P'Annunzio. — Paris, Renaissance d u livre, s. d. (1918),
i n - 1 6 ; x i x - l ü 8 pages.

Nous so m m es trèa en re ta rd p o u r p a rle r de ce jo li v o lu m e, q u i a déjà
o b te n u u n succès m é rité ; m a is n o u s n o u s re p ro c h e rio n s d e n e p as d ire ,
à n o tre to u r, le p la isir q u e n o u s a cau sé son a p p a ritio n , et le cas q u e
n o u s faiso n s de so n a u te u r . C ar M. A ndré G eiger est u n ro m a n c ie r; il se
d éfen d d ’avoir e n tre p ris u n e é tu d e d u g ra n d poète e t ro m a n c ie r ita lie n à
la façon des h is to rie n s litté ra ire s. A ttiré p a r ce q u ’il appelle la « vie
v ivante », il se déclare in cap a b le de « d éco u p er l’existence e t les œ u v res
d ’u n a rtis te o u d ’u n écriv a in en tra n c h e s c h ro n o lo g iq u e s, en m o rceau x
d is tin c ts ... ». E t ce ro m a n c ie r, cet écriv ain d ’im a g in a tio n a p p o rte son
ta le n t, avec b e au co u p d ’a rd e u r et de sin c érité , à la g ra n d e tâch e d u ra p ­
p ro c h e m e n t in tellectu e l e n tre la F ra n c e et l’Italie. C o m m e n t n e lui
fe rio n s-n o u s pas u n accueil p a rtic u liè re m e n t co rd ial?
C o m m e n t M. A ndré G eiger a-t-il été am e n é à to u r n e r son a tte n tio n vers
l’Italie? S ans d o u te p a r l ’effet de c e rta in e s affin ités p erso n n elle s, p e u t-être
h é ré d ita ire s ; c e rta in e m e n t so u s l ’in flu en ce d irec te de M. Ilérelle, d o n t
l’a m itié a la rg e m e n t c o n trib u é à o rie n te r de ce côté le n o u v eau b io g ra p h e
de D’A n n u n zio . M. A n d ré G eiger a p u in s é re r d a n s son v o lu m e des m o r­
ceaux, en co re in é d its, de la tr a d u c tio n q u e M. H érelle a faite de la Laus
vilae, et il en a cité d ’a u tre s en co re en u n ré c e n t article p u b lié d a n s la

�116

É T U D E S IT A L IE N N E S

R e v u e h e b d o m a d a ire (17 ja n v ie r 1920, p. 320-321). Nous pouvons d o n c être

s û rs q u e les p re m iè re s in fo rm a tio n s de l ’a u te u r s u r son h é ro s o n t été
p u isées à la m e ille u re so u rc e ; ce q u e , p o u r son co m p te , il a p p o rte de n o u ­
v e a u , de p e rs o n n e l à sa tâc h e , c’est u n e a n im a tio n e t u n a g ré m e n t q u i ne
d o iv e n t rie n , en effet, à la m a n iè re des h is to rie n s litté ra ire s.
U n a u tr e m é r ite q u ’il tie n t de sa p o sitio n in d é p e n d a n te à l’é g a rd de la
litté r a tu r e ita lie n n e , e t q u ’il d o it à son a m o u r de la « vie vivante », est
d ’av o ir b ien c o m p ris q u e l ’Italie c o n te m p o ra in e v e u t ê tre étu d iée p o u r
elle-m êm e, et n o n p o u r so n g lo rie u x passé. Il d it, d a n s son a v an t-p ro p o s,
d ’excellen tes choses s u r le sen s v é rita b le et s u r la portée^du « fu tu ris m e »
ita lie n ; c 'est m ê m e e n ra iso n de cette in te llig e n c e d ’u n rp o u v e m e n t sou­
v en t m a l c o m p ris q u e n o u s lu i av o n s d e m a n d é de n o u s d o n n e r q u e lq u e s
p ag es s u r cet im p o rta n t su je t, p o u r le p re m ie r n u m é ro de n o s É tudes I t a ­
lien n es (I, p. 56-59), e t n o u s le re m e rc io n s de n e p as a v o ir d é d a ig n é n o tre
h o sp ita lité . D’aille u rs, q u e M A n d ré G eiger so it fo rt capable de s’in té re s ­
ser au x m e n u s p ro b lè m e s de l ’h is to ire litté ra ire e t d e la b io g ra p h ie , c’est
ce q u e p ro u v e n t les A ppendices, a u n o m b re d e tre n te , q u i su iv e n t ses
q u in ze c h a p itre s , et q u i s o n t des « e x c u rs u s » s u r q u e lq u e s p o in ts p a rti­
cu lie rs, so u v e n t c u rie u x Noiis ne re p ro c h e ro n s à M. A n d ré G eiger q u e de
s’y tro p re tra n c h e r d e rriè re l ’o p in io n d ’a u tr u i ; p o u rq u o i cette défiance de
so i-m êm e? Sa d is cu ssio n s u r le n o m : A n n u n z io , d ’A n n u n zio ou D ’Ann u n z io , p a r ex em ple, est e x trê m e m e n t ju d ic ie u se ; A n n u n z io est in a d m is ­
sib le ; il d ev ait o se r é c rire D’A n n u n z io , à l’ita lie n n e , p u is q u e p a r a ille u rs
il é crit, avec ra iso n , G abriele. — Le titr e des L a u d i n ’est u n e ré m in is c e n c e
n i d u c a n tiq u e de S ain t F ran ço is, n i d ’u n e tra d itio n sp é c ia le m e n t p ro p re
à l ’AbruzZe ; c’est le n o m g é n é riq u e so u s leq u el les Ita lie n s d u Moyen Age
et de la R en aissan c e d é sig n a ie n t les c h a n ts p ieu x .
M. A n d ré G eiger n 'a p as eu la p ré te n tio n d ’é c rire u n e é tu d e com p lète
s u r D’A n n u n zio ; il d écla re lu i-m ê m e q u il lu i re s te b e a u c o u p à d ire s u r
le poète, le ro m a n c ie r e t san s d o u te a u ssi le p a trio te . E n réa lité , m a lg ré
son titr e q u i n ’a n n o n c e a u c u n e lim ita tio n d u su je t, ce v o lu m e n ’e st q u ’u n e
a m o rc e — et n o u s n o u s en ré jo u isso n s. Les d iv ers c h a p itre s e n o n t
d 'a b o rd p a ru , à la fin de 1917, d a n s la R ev u e h e b d o m a d a ire , so u s le titre
p lu s exact de L a J eu n esse de D’A n n u n zio ; o n p e u t re g r e tte r q u ’il n e s’y
soit p as te n u , c a r b e a u c o u p de le c te u rs p ressés, q u i a u r o n t lu d ’u n seul
t r a it ce liv re a ttra y a n t s u r G. D 'A n n u n z io , a u r o n t p e u t-ê tre l’illu sio n
d ’avoir fa it le to u r d u p e rso n n a g e . Ils s e ro n t lo in d e co m p te. Q ue M, A n­
d ré G eiger n e n o u s fasse d o n c p as tro p a tte n d re de n o u v e a u x asp ects de
cette activ ité m u ltip le et p u is s a n te q u ’il fa u t a d m ire r chez le g ra n d poète
de l’Italie c o n te m p o ra in e .
H e n ri H auvette .

�B IB L IO G R A P H IE

117

A. Pellizzari e D. Guerri. Il libro dell’a rle : I — La l i n g u a e lo stile ; II — Teoría
e storia d ei c o m p o n i m e n t i letterari. — Messina, (îin seppe P rin c ip a to edi t. (2 vol.
à 2 l ire l 'u n ) .

Ces d eux v o lu m es s'a d re sse n t au x élèves de l ’e n se ig n e m e n t m oyen en
Italie. Le p re m ie r est u n tra ité de sty listiq u e ; il c o n tie n t les d éfin itio n s
h a b itu e lle s des procédés d ex p ressio n , des fig u re s de rh é to riq u e , des q u a ­
lités d ’un e b o n n e la n g u e , en m ê m e te m p s q u e des conseils p o u r l ’a c q u i­
sitio n d u v o cab u la ire e t p o u r la fo rm a tio n d u style, le to u t ap p u y é
d'exem ples et de cita tio n s e m p ru n té s a u x écriv ain s q u i se so n t p a rtic u liè ­
r e m e n t occupés de la q u e stio n de la la n g u e , L eopardi, M anzoni, T om aseo, De A m icis. Q uelle u tilité et q u elle v a leu r d id a c tiq u e p e u v e n t av o ir ces
exposés th é o riq u e s, ces classificatio n s a b stra ite s, ces d ém o n ta g e s de la p e n ­
sée et de l ’exp ressio n ? On y a re n o n cé en F ran ce o ù l’on p ré fè re é tu d ie r
ces faits, n o n en eu x-m êm es, en les iso la n t, m ais d a n s le corps et d a n s la
vie des textes d o n t ils so n t in sép a ra b le s. Mais c ’est là q u e stio n de p ro ­
g ra m m e s. Cet o u v ra g e a d u m o in s le m é rite d 'ê tre c la ir, b ien o rd o n n é ,
rich e de re n s e ig n e m e n ts et d ’u n e le c tu re ag réab le.
Le d eu x ièm e volum e offre u n h is to riq u e condensé, m a is assez co m p let,
des p rin c ip a u x g e n re s litté i aires d ep u is l'a n tiq u ité ju s q u ’à nos jo u r s et de
ra p id e s notices s u r les re p ré se n ta n ts de ces d ivers gen res. Les é tu d ia n ts
et les p ro fe sse u rs d ’ita lie n a u ro n t in té rê t à c o n su lte r ce p e tit o u v rag e
sans p ré te n tio n , q u i le u r fo u rn ix a ou p lu tô t le u r ra p p ellera q u a n tité de
n o tio n s u tiles.
Je le u r sig n ale sp écialem en t le c h a p itre s u r la m é triq u e . Les d iffé re n ts
types de vers, le u r c o n stitu tio n , la m a n iè re de les scan d er, le u r g ro u p e ­
m e n t e n stro p h e s y so n t p ré se n té s avec de n o m b re u x exem ples à l ’a p p u i.
Je ne ferai a u x a u te u r s q u ’u n e c ritiq u e . Ils o u b lie n t q u e le vers est chose
e sse n tie lle m e n t souple, d o n t les élé m e n ts se c o m b in e n t en ry th m e s trè s
variés, et q u ’il est im p ru d e n t de le ra m e n e r à des types tro p rig id e s et
tro p sim ples. Il est d it, p a r exem ple, (1-193) q u e l ’o c to n a ire p e u t être
accen tu é soit s u r la 3* et la 7" syllab'es, so it s u r la 1” , la 4' e t la 7-, e t l’on
cite, co m m e c o n te n a n t s u r to u t des vers d u d e rn ie r m odèle, La Tovaglia
de G iovanni Pascoli. O r voici tro is vers de cette pièce a c c e n tu é s to u t a u tre ­
m ent ;
r iposino ü n o a giorno,
cercand o fatti lo n tan i
col capo tra le d u e m a n i .

Il en est de m ô m e de l ’hendécasyllabe, q u i e st ra m e n é (1-189, 11-17) aux
tro is sch ém as su iv a n ts : a ccen ts s u r la 6 ’ et la 1 0 % o u s u r la 4% la 8 “ et
la 10°, ou s u r la 4”, la 7’ e t la 10“. Cette d e rn iè re fo rm e est d o n n ée co m m e
trè s fré q u e n te chez D an te. En voici u n e q u a tr iè m e q u i n e l ’est g u ère
m o in s, où les accents so n t placés d a n s u n a u tr e o rd re (4*, 6 e, 10’) :
Clie nel p e n s i e r rin n o v a la p a u r a . .. .
Diverse l i n g u e , o r rib ili fav elle...
Cou lieto volto o n d ’io mi confortai.

�118

É T U D E S IT A L IE N N E ^

E t si l’o n c h e rc h a it d a n s les p oètes m o d e rn e s, d a n s Foscolo p . e x ., q u e
de c o m b in a iso n s n o u v elles !
S calpitanti su g li e l m i a ’m o r i b o n d i . . (3, 6 , 10)
Il t e m p o con su e f red d e aie yi spazza \2, 7, 10)

Il y a u r a it d o n c lie u de c o rrig e r et de c o m p lé te r p arfo is cet exposé tro p
é lé m e n ta ire . Tel q u 'il est, il d o n n e , so m m e to u te , assez de d éta ils in té '
re s sa n ts s u r la te c h n iq u e d u vers ita lie n p o u r ê tre c o n su lté avec f r u it p a r
les ita lia n is a n ts .
A. Va l în tin .

1
Luigi Siciliani. I v o lti d e l nem ico, Milan, R. Q u in tie r i, 1918; in l(i, 237 p a g e s .

Les V isages de l’e n n em i so n t u n e série de p o rtra its et d ’é lu d es, la p lu ­
p a rt in sp iré s p a r la g u e rre . L 'a u te u r, M, S icilian i, n ’e st p as de ceux q u 1
v iven t ab so rb és d a n s le u r rê v e ; il se ra n g e p a rm i les poôtes-h o in m es
d 'a c tio n , d o n t la lig n ée est p a rtic u liè re m e n t ro b u s te e t vivace a u pays de
C ard u cci et de d ’A n n u n zio II s'est je té d a n s la m êlée avec la fo u g u e d ’u n e
âm e a rd e n te e t ju v é n ile , p o u r y d é fe n d re son idéal. M. S iciliani e st n a tio ­
n a liste Il a m is ses actes en h a rm o n ie avec ses idées. L’A u trich e et l ’A lle­
m a g n e , il les a c o m b a ttu e s p e n d a n t la n e u tra lité , p a r la p lu m e, et p e n d a n t
la g u e rre , p a r les a rm e s. M. S iciliani s'e st e n g ag é et a payé de sa p e rso n n e
s u r le fr o n t ita lie n .
« L 'e n n e m i », d a n s son ré c e n t o u v rag e, n 'e st p as celui q u i se p ré se n te à
visage découv r t, de l ’a u tr e côté de la fro n tiè re ; c’e st celui q u i g tte à l’i n ­
té rie u r, le n e u tra lis te , le g frm a n o p h ile , q u i fait so u v en t p ro fessio n de
p a trio tis m e ; c ’est celui q u i s’a tta q u e n o n a u x co rp s et au x b ie n s, m a is à
l ’e sp rit, à l a m e ; c'est l’in te llec tu e l re n é g a t q u i p rô n e la c u ltu re et la
m éth o d e g e rm a n iq u e s . Cet e n n e m i, M. S icilian i le d é m a sq u e e t le cin g le
ru d e .Tient a u visage. Il en é tu d ie les espèces et d o n n e à c h a c u n e d ’elles u n
n o m d ’un e iro n ie expressive. Voici q u e lq u e s fig u res de sa g a le rie ; « les
co u leu v res », c ’est-à-d ire ceux q u i d a n s to u s les d o m a in e s r a m p e n t au x
pieds d e l idole g e rm a n iq u e , les a d o ra te u rs de la force, les ro m a n tiq u e s
à l'e s p rit débile et servile, les a d m ira te u rs de la p h ilo so p h ie , de l ’a rt, de
la c r itiq u e .d e l'o rg a n is a tio n tu d e s q u e s; « les sa u te re lle s », o u les a rriv iste s
d é m a g o g u e s; « le pavot » o u l’é ru d it so p o rifiq u e, en tic h é de p h ilo lo g ie à
l’allem an d e . Mais « les Visages de l'e n n e m i » n e so n t pas q u ’u n h e rb ie r
ou q u ’u n b e stia ire p itto re sq u e , M, S icilian i a l'a d m ira tio n et l’e n th o u s ia sm e
a u ssi v ig o u re u x q u e la h a in e et le m é p ris.
A côté des p :rs o n n a g e s m a lfa isa n ts o u g ro te sq u e s, ra y o n n e n t d a n s son
livre, les belles fig u res de ceux q u i h o n o re n t le génie ita lie n . Voici d ’a b o rd
« u n h o m m e », d 'A n n u n z io . q u ’il d éfen d avec v éh ém en ce c o n tre ses d é tra c ­
te u rs et d o n t il exalte l ’œ u v re et l’a c tio n . Voici des p ro fe sse u rs q u i,
c o m m e Nicola Festa et E rn e sto M onaci, o n t su e n se ig n e r a u tr e chose q u e
la le ttre et q u i o n t eu le s e n tim e n t de ce q u i est c la ssiq u e : g rec, la tin ,
italien . Voici des p 3 iseu s q u i o n t b a ttu en b rèc h e le g e rm a n is m e : E, Lu-

�119

B IB L IO G R A P H IE

g aro , G. F raccaro li, E B om agnoli, u n ro m a n c ie r au c œ u r b ien ita lie n :
A. P a n z în i. Voici u n poète, G. Pascoli, q u e M. S icilian i appelle son
« m a ître » et a u q u e l il consacre d eu x c h a p itre s, l ’u n p o u r le d é fen d re
c o n tre c e rta in s ju g e m e n ts de M. G alletti (voir Études italiennes, I, p. 51),
l ’a u tre , p o u r p récise r sa d e rn iè re év o lu tio n p o étiq u e. A cetie occasion,
M. Siciliani s’éten d s u r les Poemi del Risorgimento, œ u v re p o sth u m e publiée
ré c e m m e n t p a r la sœ u r d u poète. Ce v o lu m e c o n tie n t les fra g m e n ts d 'u n
« cy,cle de poèm es » en l ’h o n n e u r de G aribaldi q u e P ascoli n ’a p u achever
e t q u i eux-m êm es d e v aien t se ra tta c h e r à u n e œ u v re b eau co u p p lu s vaste ;
cette œ u v re e û t été co m m e la Légende des si'e .les de 1 Italie. De cette
espèce de g ra n d io se épopée, il re ste ce rta in e s p a rtie s, a n té rie u re s au x
Poemi del Risorgimento les u n e s se ra p p o rte n t à l ’h is to ire ro m a in e , les
a u tre s à l ’Italie d u m o y en âge et des te m p s m o d e rn e s D eux idées d irec­
trices sc d é g a g e n t de ces p oèm es : la c o n tin u ité de la race et le p e rp é tu e l
so u v e n ir. Ces idées, M, Siciliani les re tro u v e d a n s les Poemi del Risorgi­
mento et en p a rtic u lie r d a n s la poésie, in titu lé e Napoleone q u ’il a n a ly se .
A insi Pascoli évolue vers u n ly rism e d o n t la p a trie est l in s p ira tio n esse n ­
tielle. C’est p o u rq u o i M. S icilian i voit en lu i u n p ré c u r s e u r d u n a tio n a ­
lism e ita lie n .
T rois a u tre s c h a p itre s o n t u n in té rê t p lu s litté ra ire q u e p o litiq u e . L’u n
co n cern e G oldoni, d o n t M. Siciliani ap p récie h s m é rite s p a r ra p p o r t à
M olière, les d eu x su iv a n ts, so n t consacrés à N. T o m m aseo et G. P ra ti. De
T o m m aseo , l ’a u te u r m e t en re lie f c e rta in e s in co h é ren c es : il a p p a ra ît
co m m e p a rta g é e n tre l ’idéal classiq u e et l ’idéal ro m a n tiq u e . M. S icilian i
relève en o u tre q u e l ’écriv ain d a lm a te rêve d 'u n e g ra n d e S erbie, am ie
de l ’Italie, (poésie : Alla Dalmazia).
D ans u n e d eu x ièm e p a rtie d u volum e, so n t ré u n is sep t a rticles en fav eu r
de l’in te rv e n tio n , p a ru s d a n s le jo u r n a l II Tricolore de M ilan, d u 21 fév rier
a u 2 m ai 1915.
P.

M

a r c a g g i,

�Chronique

— Sous la d ire c tio n d u sc u lp te u r ita lie n Raffaele Uccella, o n c o n s tru it à
Tokyo u n tem p le à D an te, c o m p o rta n t u n e b ib lio th è q u e d a n te s q u e et u n e
salle p o u r con féren ces. La base de l’édifice sera en g r a n it d u J a p o n , e t la
sta tu e de D an te d o m in e ra l’escalier d ’arriv ée .
G. Bn .
— Au m o m e n t o ù de to u te s p a rts , m a is to u t sp éciale m en t à R avenne,
o n se p ré p a re à célé b rer le sixièm e c e n te n a ire de la m o rt de D an te, o n a
re tro u v é d a n s l’église San F rancesco de R avenne, à q u e lq u e s pas d u m a u ­
solée d u poète, u n fr a g m e n t de fre sq u e d u x iv e siècle, q u i sem b le re p r o ­
d u ire les tr a its de D an te : c’est u n e fig u re assise d a n s u n e a ttitu d e
m éd itativ e, le m e n to n a p p u y é s u r la m a in gau ch e, le coude g a u ch e ap p u y é
s u r la m a in d ro ite . L’a ttitu d e e t le c o stu m e o ffre n t u n e a n alo g ie fra p p a n te
avec le b a s-relief exécuté en 1483 p a r P ie tro L o m b a rd i p o u r le m au so lée :
il sem b le q u e le sc u lp te u r a it eu p o u r m odèle le p e rso n n a g e de la fre sq u e
re m ise a u jo u r. V oir le p re n iie r v o lu m e des Studi danteschi p u b lié s p a r
M ichele B arbi (1920), p . 113.
— D an s le d e rn ie r fascicule p a r u de la Revue du X V I I I • siècle (ju illetd écem b re 1918), le trè s re g re tté G eorges C u cu el enlevé si b ru s q u e m e n t à
la science e t à l’affection des sien s, a p u b lié u n a tta c h a n t artic le s u r La
vie de Société en Dauphinè au XVIII" siècle. U n a m i ita lie n d u je u n e sa v a n t
en a ex tra it, p o u r la Rivista d'Italia (ju ille t 1919) u n im p o r ta n t p assag e,
so u s le titr e (Casanova nel Deljìnato.
S ig n alo n s à ce p ro p o s d e u x c o u rte s é tu d e s p u b liées p a r M. R iccardo
Z ag aria, so u s le titr e Casanoviana (A n d ria, 1918) : « C asanova in te d e s­
c h e ria », et « C asanova im ita to d a E m ilio Zola »,
— D an s la Rassegna Nazionale d u 16 o cto b re 1918, M. G u g lie lm o Volpi
a p u b lié u n e in té re ss a n te é tu d e s u r la vie de l’A cadém ie de la C ru sca au
te m p s de la d o m in a tio n fra n ç a ise en T oscane
— D ans u n e leçon faite à l’U n iv ersité p o p u la ire de P a lerm e, M"“ G razia
Maccone s’est d e m a n d é « si Alfieri a v ra im e n t h a ï la F ra n c e ? » Elle rép o n d
p a r la n ég ativ e. L 'in te n tio n est trè s lo u a b le , m ais la q u e stio n est d a n g e ­
re u s e ; elle e st de celles q u ’il co n v ie n t de n e p o ser q u e q u a n d o n e st b ien
s û r de p o u v o ir d é tru ire à to u t ja m a is u n e e r r e u r fu n e ste . N ous c ra ig n o n s
q u e la d é m o n s tra tio n de M "' G razia M accone n e p a ra isse u n p eu faible.

�121

C H R O N IQ U E

— On sera re c o n n a issa n t à M. R iccardo Bachi et à l’excellente re v u e « )ib ériste » la Rijorm a Sociale, d ’av o ir c o n tin u é la p u b lic a tio n de l’A n n u a ire
éco n o m iq u e ita lie n , q u i d é b u ta en 1909, m êm e p e n d a n t la g u e rre . L'Italia
economica nel 1918, q u i v ien t de p a ra ître (C ittà d i C astello, Lapi ; M ilano,
■Soc ed. D an te A ligh ieri, 1919, in-8, xv-352 p .), c o n tie n t u n e a b o n d a n te
m a tière, ré p a rtie d a n s les cadres q u e M. B achi a trè s h e u re u s e m e n t
adoptés, u n e b ib lio g ra p h ie m é th o d iq u e re m a rq u a b le , et u n e excellente
in tro d u c tio n , où so n t lu m in e u s e m e n t analysées les causes des m a u x éco­
n o m iq u e s q u i o n t p a rtic u liè re m e n t pesé s u r nos alliés p e n d a n t l’av an td e rn iè re a n n é e d u g ra n d conflit. — (j. B n.

✓

— M. le P ré sid e n t de la R ép u b liq u e v ien t de c o n férer la C roix d e Cheva­
lie r de la Légion d 'H o n n e u r à M. R ig n an o , l’é m in e n t p h ilo so p h e ita lie n .
M. R ignano, D irecte u r d e là R ev u e« S cien tia» , P ré sid e n t de n o m b re u se s
sociétés ita lie n n e s de h a u te c u ltu re et de c u ltu re p o p u la ire , est u n e des
p e rs o n n a lité s les p lu s en vue d u m o n d e in te lle c tu el a u delà des Alpes. Il
occupe à M ilan u n e s itu a tio n de to u t p re m ie r o rd re . Il s’est m o n tré
d e p u is p lu s ie u rs an n ée s et se m o n tre en co re a u jo u r d ’h u i u n a m i fe rv e n t
de l'in flu e n c e française. D an s la Revue q u ’il a fondée, q u ’il d irig e , et d o n t
la d iffusion est g ra n d e d a n s les m ilieu x sav an ts de to u s les pay s, il a p o u r ­
suivi u n e c a m p a g n e en fav eu r de l’ad o p tio n d u fra n ç a is co m m e la n g u e
scien tifiq u e in te rn a tio n a le . Cette g ra n d e Revue est la seu le p u b lic a tio n de
ce g e n re à l ’é tra n g e r q u i a it ad o p té co m m e p rin c ip e de p u b lie r la tra d u c ­
tio n fran çaise de to u s les a rtic les des sav an ts q u i y co lla b o re n t.
—
N ous avons reçu le p re m ie r n u m é ro de rev u e Arte e vHa d irig é e p a r
M. L ucien G e rm a n i, d o n t n o u s a n n o n c io n s n a g u è re (p 59) la p u b lic a tio n .
Le fascicule g ra n d in-8° c a rré de 48 p ag es c o n tie n t les a rticles q u e voici :
P. M isciatelli, Fede e amore ; G iosue B orsi, Confessioni a Giulia ; D om enico
G iu lio tti, Fatterelli ; G. S alvadori, Il dramma del Manzoni nei Promessi
Sposi; F . C hiesa, L'ebbrezza minore ; G iulio B ucciolini, Il paradiso intrave­
dalo, novella : E rm a n n o P o n ti, Cronache ; L. G e rm a n i, Noi e la vita del
paese. — U n fascicule d o it p a ra ître c h a q u e m ois. Nous ren o u v e lo n s nos
m e ille u rs vœ ux de bon succès à l ’e n tre p rise de M. L. G e rm a n i.

�ReVue des

ReVues

----------

/

P é r io d iq u e s d ép o u illés :
ANNÉE

1919

(L ’année n’est indiquée que pour quelques références se rapportant à la fin de 1918 et
non comprises au t. I, p 125-128).
Corr. Le Correspondant. Paris.
Cr. La Critica. Naples.
GSLI. Giornale storico della letteratura italiana. Turin.
AFH. Archivum francescanum hisloricum. Quaraechi Florence),
El. Etudes ita'iennes. Paris.
Meo. Il Marzocco. Florence.
MP. Modem Philology. Chicago.
NA. Nuova Antologia. Rom.
NRI. Nouvelle revue d’Italie. Rome.
RA. Itivista abbruzzese. Teramo.
Rass. La Rassegna Klorence-Naples.
Rcont. Revue contempo) aine. Paris.
Rer. Rassegna etilica della letteratura italiana. Naples.
RELV. Revue de l’ Enseignement des Langues vivantes Paris.
RDM. Revue des Deux-Mondes. Paris.
RI. Rivista d’Italia. Milan.
RNL. Revue des Nations latines. Florence.
RNz. Rassegna Nazionale. Rome.
RP. Revue de Paris. Paris.
RR. Romanie Review. New-York.
RU. Revue Universitaire. Paris.

LITTÉRATURE

ITALIENNE

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E.
R om agnoli. Perché la letteratura italiana non è popolare in Italia. RI, jan­
vier.
G. Saitta. Orig nalilà della filosofia italiana. NA, juil.-sept.
A. Sorani L’azione intellettuale dell'Italia all'estero. Meo. 16 nov.
R G allenga. Les relations intellectuelles entre la France et l'Italie. NRI février.
J. Luchaire. L’oiganisation des relations intellectuelles. RNL, 16 avril.
M. Serre. La cultura italiana in' Lione. NA, 16 nov.
E. Gojjjjio. The dawn of italian Culture in America. RR, t. X, p. 250.
F. Flam ini. Erudition italienne et méthode française. NRI, mars.
E.
Portai Une ressemblance littéraire siculo-provençale. [Le contrasto de Ciullo
d'Alcamo et la chanson de Magali]. NRI, juillet.
Stendhal. Rome, Naples et Florence (inédits). RP, 1 " juillet.

�REV U E DES REV U ES

123

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G, Bertoni. Guitlone d'Arezzo e il cosi detto « Lai Tristan ». GSLI t. LXXUI,
p. 203.
A Pcllizzari V estetica di Dante. Rass, p. 85.
I Del Lungo. All'esilio di Dante. I. All'esilio errabondo. II. All'esilio d'Ollrap-

pennino. GSLI. t. LXXUI, p. 137.
Cl. V. Morini S u U a d a ta d e lla V ita N u wa. [Place l'achèvement et la publication
de la V. N. après 1300]. RNz, 16 octobre.
D. Guerri. Chiosa ai versi
d illa canzone « Donne che avete... ». GSLI,
t. LXXIV, p. 112.
■ Pio Rajna. Il nuovo Codice de! De Vulgiri Eloqutntia ». GSLI. t. LXXUI, p. 44.
Lod Frati. N jterella dantesca [Inf. V, 14-15]. GSLI, t. LXXIV, p . 174.
H. H auvette. « lo dico seguitando .. ». El, t. I. p. 60, 129.
I
Del Lungo. Le vedette di Stige e per una lessicoqrafin dantesca [Inf. Vili]. NA,
1er janvier. — Bianchi e Seri in un episodio di Malebolge [Vanni Fucei], NA,
16 décembre.
Ant S an ti. La « burella » e il « cieco fiume » [Inf. XXXIV, v. 97-139; Purgat. *
I, 40]. Rass. 1919, p. 279.
John S. P. Tatlock. Purgai. XI, 23 and Parad. XIV, SO. RR, t. X, p 271.
Ad. F aggi Sota dantesca [Parad. X. 34 37]. GSLI, t. LXXIII, p. 112.
G. Zuccante. L ’ultimo canto del Paradiso : tu preghiera alla Vergine e la su­

prema visione. PI, octobre.
Pio Rajna. In prossimità di un grande centenario [■•elui de Dante, à propos du
volume de G. Livi : Danle, suoi primi cultori in BUogna]. NA, 16 janvier.
Fr Picco. D mie, Leonardo, Michelangelo [à propos du volume de A. Farinelli,
Michelangelo e Dante], RNz, 16 mai.
V. Piccoli. Il mito di Dante nell t ideologia gioberliana. Rass, p. 136.

C. XIV» SIÈCLE
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E.
Masini. Maestro Paolo dell'Abbaco dei Ficozzi, erroneamente creduto dei

Dragornari. RNz, août.
A. Albertazzi. L'amoroso messer Cino [à propos du livre de G. Zaccagnini], Meo,
6 avril, voir aussi 13 avril.
G. Zaccagnini. Gherardo da Casle/fiorentino. Notizie intorno alla sua vita e ad

una sua ballata. GSLI, LXXIU, p. 207.
H. Cochin. Comment il faut ¿ire Pétrarque. RDM, 15 mars.
H.
Cochin. Les « Epislolae metricae » de Pétrarque ; recherches sur le texte et la
chronologie. GSLI. LXXIV, p. 1.
A F oresti. Per la storia del carteggio di F. Petrarca con gli amici fiorentini.
GSLI. I.XXIV, p. 243. — Postille di cronologia petrarchesca. Rass, p. 108.
H. H auvette. Pétrarque à la chartreuse de Monlrieux. NRI, mai.
E.
Levi. Maestro Antonio da Ferrara, rimatore del secolo XIV. RNz, 16 fév.13 avril.
E H. W ilkins The yenealog / o f thè éditions o f thè Genealogu Deorum. MP,
décembre.
E Filippini. Per la « Musa » del Prezzi. R ass. p. 283.

�124

É T U D E S IT A L IE N N E S

D

RENAISSANCE

P. S. Tosti. Di alcuni codici dulie prediche di S. Bernardino da Siena , con un
saggio di quelle inedite. AFH. XII, p. 187-261.
A. Pellizzari. Filippo Brwielleschi scrittore. Rass, p. 292.
V. Zabughin. Una fonte ignota dell'IIypnerotomachia Polipliili. GSLI, LX X IV ,
p. 41.
P. Verrua. Le consolazioni di una vedova e delle sue figliuole nella Firenze del
quattrocento. RA, X X ÌÌIV , p. 453.
G. Bertoni. La m'trte di Antonio Cornttzzann [1484]. GSLI, LXXIV , p. 176.
G. Fatini Leonardo Montagna scrittore veronese del secolo X P . GSLI, LX X IV ,
p. 209.

Il
IV Centenario di Leon trdo da Vinci. Numero special du Marzocco, 4 mai. —
Voir aussi un numéro spécial de la revue Conferenze e prolusioni, Kome, juillet, ren­
fermant la plupart des discours prononcés à Kome et à Vinci en mai.
A. Anile. La Scienza di L. da V. RI, mai.
L. Beltrami. Di alcune pretese rettifiche alle trascrizioni viadane di Edm
Solmi. Meo, 10 août.
Em. Bodrero. La posizione spirituale di Leonardo. RI, avril.
G. Calvi. Quelques aperçus de Léonard sur la vie et le monde. NRI, mai.
M. Cerm enati. Leonardo a Roma net periodo leoniano. NA, 16 mai — Leonardo
a Roma. NA, octobre.
G. de Lorenzo. II. pessimismo di Leonardo e di Michelangelo. RI, avril. — Article
traduit en français dans NRI, mai.
P. Durrieu. Las Relations de Léonard avec Jean Perréal. El. p. 152.
A. Favaro. Difficultés que présente une édition des œuvres de Léonard de Vinci.
NRI mai.
C. Gamba. Leonardo e un’interpretazione di E. Schuré. Meo, 11 mai [voir RDM,
avril-mai],
G. G entile Leonardo filosofo. NA, 1 " juin.
G. Lesca. Brevi note vinciane [sur Léonard au théâtre, et sur le portrait de femme
de l’AmbrosienneJ. Meo 28 sept.
F.
Melzi d’Eril. Léonard de Vinci et son élève favori [P. Jlelzi]. R Cont., 25 oc­
tobre.
M. Mignon. Notes sur le style de Léonard. NRI, mai. — Un pèlerinage à Vinci.
NRI, juillet.
A.
Ottolini Leonardo e le conche [à propos des travaux du canal de Milan], RI,
décembre.
A. Pératé. Léonard de Vinci. Corr, 25 avril.
F. Picco. Dante, Leonardo, Michelangelo [à propos du volume de A. Farinelli]. RNz,
16 mai.
F. Salvador!. Dans la vie et dans l’art ; à propos du centenaire de Léonard de
Vinci. NRI, juin.
Ed. Schuré. Léonard de Vinci. A propos de son quatrième centenaire. RDM,
15 avril-1or mai [Voir ci-dessus G. Gamba],
N. Tarchiani Bibliografia leonardesca. Mc.o, 24 août.
S. De Sim one Leonardo pessimista. Meo, 10 août [voir ci-dessus G. De Lorenzo].
G. N. Ferrara nel Furioso e Mantova nel Baldus [à propos des volumes de G. tiertoni et de Cl. Cestaro]. Meo, 21 décembre.

�R ÈV Ü Ë DÈS R E V Ü E S

125

✓
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Fernanda Gentili. Il misticismo di Michelangelo. RNz, l®' juillet 1919.
I. Del Lungo. Il Guicciardini nella nuova autentica edizione della Storia d'Ita­
lia. NA, 1er mars.
Ant Panella. La nuova edizione della Storia d'Italia del Guicciardini. Meo,
20 juillet.
F. Picco. La date de la mort deM. Bandello. El, I, p. 223.
G. A. Cesareo. Gaspara Slampa donna e poetessa. Rass, octobre 1918, puis 1919,
P

1. 121.

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el 159.
F. Neri. I,a prima tragedia di E. Jodclle [intéresse la Cleopatra de De Cesari].
GSLI, LXXIV. p. 50.
A. Bergam ino. La dimora di T. Tasso in Bisaccia. Rcr, XX IV , p. 164.
P. de Bouchaud. T. Tasso et sa comédie pastorale /'Aminta. El, I, p. 82.
L. F. B enedetto, Il Montaigne a Sant'Anna (sur sa visite au Tasse], GSLI, L X X III,
p. 213.
R. Cristiani. Una postilla al Tassò [Ger. Lib. IV, 9], Rass. p. 328 (avec une addi­
tion de A. Pellizzari, p. 330).
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B. Croce. Nuove ricerche sulla vita e le opere del Vico e sul Vìchianismo. Cr,
E stève, Vico, Michelet et Vigny. RU, mars-avril.
B. Croce, Shakespeare, Napoli e la commedia napoletana dell'arie. Cr. X V II,
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Corrado Ricci. « Ottavio » [Le comédien G. A. CavazzoniZanotti, qui joua à Paris de
1656, à 1684]. RI février.
U. V alente. Una pagina inedita della biografia di Carlo Denina [Denina francmaçon ]. RNz.
Lucia P agano. Il sentimento della natura nel Parini. RNz, 1er septembre.
L. Berrà. L'abate P. D. Soresi da Mondovi collega ed amico di G. Parini. GSLI,
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C. Levi. Studi goldoniani [article bibliographique], Meo, 31 août 1919.
A. Zardo. / due Gozzi e il Goldoni. NA, 1 " mai.
C Levi. Dalmati sulle scene [La Dalmatina de Goldoni; l’Eroe dalmata de Giov.
Greppi, 1793 ; la Danae o i Dalmati de F. Dall’Ongaro. 1853], Meo, 11 mai.
G. Ziccardi. La « Marfisa bizzarra « di Carlo Gozzi. RCr, XXIV, p. 1, 73 et 145.
Aldo Aruch. Fr. Algarotti colle spoglie di 0. M. Manni. Rass, p. 29.
C.
Antona-Tra versi. Alcune lettere d'ippolito Pindemonte ad Isabella TeotochiAlbrizzi RNz, juin, août 1919.
G. Cucuel. Casanova nel Delfinalo. RI, mai (extrait et trad. de la Revue du
XVIII • siècle).
F. XIX' SIÈCLE

«

U. Da Como. Una dedica di Ugo Foscolo. Ricordi Bresciani. RI, janvier.
V. Cian. U. Foscolo a Londra nei ricordi di S. Santarosa GSLI, S-XXIII, 66.
G. B ourgin Les « Ultime lettere di J. Ortis » et la censure imperiale. El, t I,
p. 229.
A- O ttolini. Foscolo e Manzoni; consensi e dissensi. Rass, p. 216.

�É T U D E S IT A L IE N N E S
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lorenese (1814-1824). RNz, 16 dèe.
P. Arbelet. Fragment d'un voyage de Stendhal à Naples en 18 117. EI, t. I, p. 181.
V. Cian. Il primo centenario del romanzo storico italiano A Cesare Balbo roman­
ziere. NA, 1 " octobre. — II. S Santarosa romanziere. NA, l ' r novembre.
V. Cian. S. S a n ta ro sa ro m a n z ie re e G io v ila S a lv in i su o c r it ic o . GSLI, LXXIV,
p. 261.
F. Meda. I raffronti tra le due edizioni dei Promessi Sposi. HI, décembre.
F.
De P isis. N o tiz ia le lle t a r ia : « S u lle o rm e d i R en zo » d i C a rlo L u n a ti RNz,
l " 1 décembre.
E. Saccbi, M a n zo n i e Goethe. NA, 16 octobre.
M. Gerini. I l M a n zo n ism o d i G . B. B a zz o n i. RNz, 1" novembre.
6. B. Pellizzaro Lineamenti e atteggiamenti manzoniani in G. Ruffini. Rass. p. 18.
M. Sappa. Nola manzoniana [« sul capo al naufrago », dans le Cinque Maggio].
GSLI, LXXIII, p. 317.
F. M attei. I l p rim o v ia g g io d i G. L e o p a rd i e l'o r ig in e d e l su o p e ssim ism o . Meo,
2 novembre.
F. A. De B enedetti. I l d ia lo g o n e l L e o p a rd i. RNz 1" novembre.
G. Rensi Lo scetticismo estetico del Leopardi. RI, juillet.
J u liette Bertrand. Le p e s s im is m i de L e o p a rd i. EI, 1, p. 91.
V. Piccoli. Leopardi e Baudelaire. RNz, 16 mars.
A. F aggi. Una nuova edizione delle operette morali di G. Leopardi [Par G. Gen­
tile]. Meo, 2 février.
A. F aggi. Sdiate Beuve et Leopardi. Meo, 23 novembre.
G.
M azzoni, Noterelle concernenti A . de Vigny [sources et im ititions italiennes
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A. De Rubertis. Prime raccolte fiorentine di canti patriottici [en 1831, 1836,
1847], Meo, 23 novembre.
Giov. Jannone. Per una raccolta delle poesie di A. Poerio. RNz, l er décembre.
L. P iccioni. Il giornalismo italiano. La letteratura italiana nella Gazzetta Pie­
montese del secolo scorso [1835-38]. RNz, 16 octobre. — Index des journaux, journalistes,
etc... cités sous la rubrique II giornalismo italiano dans les années 1918-19 de la
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A. De Rubertis. L'Ettore Fieramosca di M. D'Azeglio e la censura toscana. Meo
12 octobre.
B. Croce. Le. lezioni di letteratura di F. De Sanclis dal 1839 al 1848 \ c. Vili
le lezioni sulla poesia drammatica, sullo Shakespeare. Cr, XVII, p. 34, 106, 223.
U. Fresco. Intenzioni e intuizioni di artisti nella critica di F. De Sanclis. GSLI,
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B.
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nostri ; c. XI (La crisi del -1848) — c. XII (La nuova filologia). Cr, XVII, p. 11, 76,
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Alice Galimberti. G. Mazzini nel pensiero inglese. NA, l*r juillet.
A. D e Rubertis. Onoranze funebri e monumento a G. B. Niccolini. RNz, 16 septembre.
A. P anella Il centenario d'un cenacolo di patriolti [la fondation du cabinet Vieusseux &amp; Florence], Meo, 27 avril.
0.
Pierimi. Una lettera di V. Gioberti per un'edizione ravennate della Divina
Commedia. Rass, p. 332.
A. F. B ib lio g ra fia g io b e r tia n a . Meo, 3 aoflt.

�ftÈ V Ü E D E S R E V U E S
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P. Molmenti. Niccold Tommaseo e Gino Capponi. NA, 16 novembre 1918.
G. Brognoligo. Il cùrato di Monlalcino. Episodio dell attività giornalistica di C. Canili.
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E. Mancini. Un epigrammatista toscano del Risorgimento [V. SalvagnoliJ. Meo,
5 janvier; voir aussi 12 janvier.
A. De Poli. Il pensiero religioso nella poesia di Giacomo Zanella. RNz, Ier mai.
G G entile Appunti per la storia della cultura in Italia nella seconda metà del
secolo XIX. Ch. IV ; la cultura toscana. Cr. XVII, p. 22, 92, 295 et 348.
C. L evi. Commedie che non si stampano [Pour une édition du théâtre de G. Gallina],
Meo, 12 et IH octobre
A G andiglio. Remniscetiz/: aleardiane nelle poesie del Carducci ? Rass, oct. 1918.
A A gnelli. Victor Hugo e Giosuè Carducci XRI, t ' r avril.
F. Picco. Il C a rd u cci e la F ra n cia . NA, 16 oct. 1918.
Luisa Giulio Benso. Gli amici di G. C. Abba : Alfredo Oriani. RNz, 1 " mars,
16 mai, 16 juin.
J. Luchaire P a sq u a le V illa r i. RNL, l ’r février.
G. Calò. f . Villari e la nuova scuola italim a. NA, 1 " juillet.
Laura Orvieto. Non c'è donna senza amore [sur le dernier livre de Neera : Una
giovinezza del secolo XIX], Meo, 28 juillet.

G. LITTÉRATURE CONTEMPORAINE
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zaro, le Démon de midi de P. Bourget, Robert Elsmere de Mrs Humphry Ward], RNz,
16 septembre.
F. Boffi. Ebbe G. Pascoli una fede politicai RNz, 18t avril.
P. Micheli. Due madrigali dimenticali del Pascoli. Rass, octobre 1918.
B. Croce. Rileggendo il Pascoli; — le impressioni del rileggere ; — le ragioni
d ‘lla fortuna del Pascoli. Cr, XVII, p. 321. — A proposito del Pascoli. Ibid.,
p. 392.
G. S Gargano. Da filosofo a grammatico [Sur B. Croce critique de Pascoli]. Meo,
ò octobre.
G.
S. Gargano, E P istelli. Rendiamo onore a Pascoli; — Pascoli in croce, etc...
[Polémique avec B. Croce]. Rass, p. 396.
C. Pellegrini Baudelaire e Pascoli. RNz, 1" septembre.
F. Flam ini. L'esprit latin et les poètes lyriques de l'Italie contemporaine [Sur
Carducci, Pascoli, d’Annunzio]. NRI, oct.-décembre].
A. G andiglio. Discussioni intorno all'Egloga XI di G. Pascoli. [Ovis peculiaris].
Rass, p. 316.
P . Micheli. Rassegna pascoliana. Rass, p. 40.
A. Farinelli. Egidio Gorra. NA, t*r février.
C. P itollet. Mori d'Egidio Gorra. RELV, février.
G. Manacorda. P. Savj.-Lopez. RI, ju in .

�É T U D E S IT A L IE N N E S

128

C.
Levi. E rm e te N o v e lli. Meo, 2 février et NA, 16 novem bre. — S a b a tin o Lopez,
NA. r c octobre.
B.
C ostantini. D 'A n n u n z io , A lt o b e lli ile. « d isco rs o d e lla .■•ii-pe » P a g in e d i s to ria
e le tto ra le [sur l’élection de d'Annunzio. député en 1897. RA, XXXIV.
G. Rocchi. B a rb a r ie [Parie de Più che l’Amore de d’Annunzio] RNz, 1" juin.
E. Cecchi, G li u o m in i d e ll'It a lia o d ie rn a : B. C ro ce . RI, août.
G. R ensi. C roce, Ja m e s e B erg son . R tiL , 16 avril.
L. S iciliani. It. C ro ce e i l suo Goethe. Meo, 10 août.
Charlotte Rcnauld. S a lv a to re d i G ia co m o RNI, m a r s .,— G io v a n ili C ena, El, t 1,
p. 25.
R. Sacchetti IJn cong ed o im m o rta le : E le o n o ra D use. RI, mars.
F. Sapori. G ra z ia D e le d d a . RI, mai.
G. Fanciulli. G li u o m in i d e ll'It a lia o d ie rn a : R. F u c in i. RI, juillet.
M argherita G. Sarfatti. G li n o m in i d e ll’ It a lia o d ie rn a : A lfr e d o P a n z in i RI,
janvier.
E. G. Parodi. I l via g g io d i u n p o v e ro le tte ra to [de A. Panzini). Meo, 29 juin.
G. P rezzolini. Rassegna le t t e ra ria : f a n z in i RI, avril.
0 . V ergani L u ig i P ira n d e llo . RI, février.
E. P ossen ti. G li u o m in i d e ll'It a lia o d ie rn a : M a rco P ra g a . RI, avril.
E. Rota G u g lie lm o F e rr e rò . RI, décem bre.
G. Lazzeri. A r lu r o F a r in e lli. RI, septem bre.
E. Bodrero. E tto re R o m a g n o li. RI, m ars.
A. G ustarelli. G. A . Cesareo. RI, juin.
R. Fondi. G io v a n n i P a p in i. RI, novembre.
G. S. Gargano. « I l lib r o d i M a ra » [d’Ada Negri]. Meo, 10 août.
G. Prezzolini. Ra ssegna le t t e ra ria [parie de Corrado Covoni], RI, novembre.
A. G ustarelli. R o m a n z i d i V ir g ilio B ro c c h i. NA, l ,r janvier.
M. Formont. G u id o da V ero n a . RP, 15 février.
L. Tonelli. Note d ra m m a tich e : i l caso N icco d e m i. RNz, 1" novembre.
L. D Ambra. R a sseg n a d ra m m a tic a : « G la u co » d i E . L . M o rs e lli', « A c id a lia »
d i D. N icco d e m i. NA, 16 juin.
Marc Sauzay. C h ro n iq u e d ra m a tiq u e « G lauco » de E . L . M o rs e lli. NRI, juillet.
L. T onelli. N ote d ra m m a tich e [Glauco di E. L. Morselli], RNz, août.

Le G éra n t : F. GAULTIER.
ANGERS. —

IMF. F. GAULTIER ET A. THÉBERT, RUE GARK1ER, 4 .

�L’intsrprétation du « Roland furieux »
et de la « Jérusalem délivrée » dans les arts plastiques.

Les deux g ra n d s poèm es italiens du xvi® siècle o n t été deux
des plus im p o rta n te s sources d ’in s p ira tio n p o u r l'a r t m o d e rn e
en Italie et en Europe. Je m e propose, n o n de dresser un i n v e n ­
taire de toutes les œ uv res qui re p ré s e n te n t des sujets tirés de
ces deux épopées, m ais p lu tô t de m o n tre r quelle a été, su iv a n t
les époques, la vogue de l’Arioste et du Tasse chez les artistes
et c o m m e n t ils o n t été co m pris, su iv an t le m o m e n t et s u iv a n t
le g én ie p ro p r e à ch aq ue école.
I
L e R o la n d f u r ie u x
Je n ’ai pas besoin de ra p p eler la fam euse octave du Roland
fu r ie u x où l ’A rioste célèbre, à côté de M a n te g n a e t de G iovanni
Bellini, ses c o n te m p o ra in s : Vinci, Michel-Ange, Titien, S ebastian o del P iom bo, R aphaël et les deux Dossi. C’est avec Titien
et les deux Dossi q u ’il eut le plus d ’affinités. Les ra p p o rts de
l’A rioste avec Titien, aussi bien dans la ré alité q u ’au p o in t de
vue m o ral, o n t été étudiés p a r M. G r u y e r 1. Dans son C inqne.
cento, M. F lam ini établit égale m en t un parallèle in gén ieu x, m ais
qui n ’est pas, n o n plus, très conv a in c an t, l’o u r les Dossi, l’a n a ­
logie a p p a ra ît d av a n ta g e : la Circé de la Galerie B orghèse est
bien la sœ u r d ’Alcine. G iovanni Dosso tra ita d’ailleurs des sujets
du Roland : Roger attiré p a r Alcine dans son palais ; le combat de
1. A r t fe r r a r a is , II, 1897, p. 315.
9

�13Ô

É T U D E S IT A L IE N N E S

R o la n d avec Rodomonte-, A stolfo avec la tète du géa n t Orrilo.
Quelle est, si je puis m ’e x p rim e r ainsi, la m atiè re plastique
du Roland f u r i e u x ? Quels m otifs d ’in s p ira tio n ofïre ce p o èm e?
Il p résente, sous ce ra p p o rt, u n e v aleu r m o ins g ra n d e q u ’on ne
l ’im a g in e ra it d ’abord. Nous c o n s ta te ro n s , au cours de notre
étude, qu'il a beaucoup m o in s ten té les artistes que la Jérusa­
lem. S auf de ra res exceptions, les épisodes que tra ite n t les
pein tre s ou les sculpteurs, se ré d u is e n t à deux : la Délivrance
d’A ngélique, doublée p ar la Délivrance d’O lim pia, et les Am ours
à’A n gélique et Médor. Et encore la p re m iè re de ces scènes n ’estelle, réalisée p la stiq u em en t, q u 'u n calque des épisodes m y t h o ­
logiques de Persée et A ndrom ède et à’Hercule et Hésione, sans
p arle r du sujet c h rétien de S aint Georges tuant le dragon.
On peu t être su rp ris que le R oland dont, p e n d a n t près de
trois siècles, l’Europe cultivée a fait ses délices, n ’a it pas
d a v a n ta g e in sp iré les artistes. Quelle est la ra iso n de leur
tiéd eu r en m ê m e tem p s que de leur g o û t plus vif p o u r la
Jérusalem que le Roland égale p a r la beauté litté ra ire et s u r ­
passe p a r l a richesse de l’i n v e n t i o n ?
C’est ju s te m e n t l ’a b o n d a n ce de la fantaisie et de la création
poétique qui a peut-être d éro u té les artistes. Ils se so n t perdus
dans cet e n c h e v ê tre m e n t d'épisodeS, p arm i ce peuple de
p e rso n n ag es divers. Le Roland fu r ie u x fait p enser à un défilé
de nu ages poussés p ar le v ent. Ils p ré s e n te n t les tableau x les
plus divers. Dans leurs volutes, l’œil re tro u v e des pay sages
p a r m i lesquels des a n im a u x et des figures h u m a in e s se d e s ­
sin en t. Mais le vent e m p o rte si ra p id e m e n t ces figures que l’on
ne les saisit pas e n tiè r e m e n t ; à pein e les a-t-on aperçu es q u ’elles
d isp ara isse n t dans les v ap e u rs nacrées et déjà lo in ta in e s ; on
ne voit plus q u ’une p artie de le u r corps ou u n détail de leur
costum e, le pli d ’u n m a n te a u que gonfle la brise.
Le R oland a co nserv é ce rta in s caractères des ro m a n s de
c hevalerie q u ’il parodie, et n o ta m m e n t l’ac tion touffue et c o n ti­
n u e lle m e n t in te rro m p u e . Or, l ’artiste m o d e rn e , tel q u ’il sort
d e l à R enaissance, n a plus l’im a g in a tio n de ses prédécesseurs.

��i'hot. A linari.

GUIDE ^Le)
B radam an te et Fio r d is pina.
(Florence, Musée des offices).

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« R O L A N D F U R IE U X

» D A N S L E S A R T S P L A S T IQ U E S

131

F o rm é p a r la discipline des académ ies, il cherche des sujets n e t­
te m e n t indiqués, des d escriptions précises, de façon à n ’avoir
d ’a u tre s soucis que la m ise en place de ses p erso n n a g e s et à
p en se r u n iq u e m e n t à la form e et à la couleur.
Ce n ’est pas p ré cisém en t le caractère su rn a tu re l du Roland
qui a re b u té les artistes. Dante a inspiré d ’in n o m b ra b le s œ u v re s ;
chez l ’A rio ste m ôm e, c’est un épisode fantastique, la Déli­
vrance d ’A ngélique, qui a été le plus so uv ent traité, plus que des
scènes d'une n a tu re plus réelle, \&amp;Mort de Zerbino 0 1 1 VAbandon
d ’O lim pia, p ar exemple. Ce qui plutôt a d éto u rn é de l’Arioste
les artistes en quête de sujets, c’est l’im précisio n de ses
po rtraits. Je pren ds, en tre autres, celui d ’Alcine au x stances
11-15 du c h a n t VII. Je tro u v e des traits concrets ra res et qui se
b o rn e n t à la g é n é ra lité : « D i persona ben fo r m a ta ... bionda
chioma lunga ed a n n o d a ta ... g u a n cia delicat'a... duo negri
o cch i... bel collo... collo tondo... petto colmo e largo ». Ou bien,
l’A rioste décrit son héro ïne p a r com paraiso n s poétiques : la
rose et la fleur du troën e p o ur les joues, les soleils p o u r les
yeux ; les perles p o u r les dents, etc... Ce son t là de faibles in d i­
catio ns; aussi, je crois que si, à son app a ritio n , la Jérusalem a
s u p p lan té le Roland dans la faveur des artistes, c’est que le
Tasse a un sens pictural plus accentué que l’Arioste.
En d eho rs des Dossi, le poète n ’eut, pas d ’action directe
s u r les artistes du x v i e siècle. La trad u c tio n de son œ uv re par
le dessin, no us devons la c h e rch e r dans les éditions avec
figures, qui fu re n t assez nom breuses.
Venise en a eu la spécialité. Voici d 'a b o rd celle de 1543 chez
Gabriel Giolito de F errari, qui eut un g r a n d succès, prouvé par
les tirag es postérieu rs. C’est un in -q u arto im p rim é su r deux
colonnes. Chaque c h a n t c o m p re n d une v ign ette ainsi q u ’une
m aju scu le o rnée. Les com positions so nt agréables bien q u ’embrouillées, plusieurs épisodes y é tan t juxtaposés. Il y a de
l ’a n im a tio n . Dans un espace m inuscule, le g ra v e u r a su faire
te n ir de vastes tableaux (le Siège de Paris, Y A rrivée de Roger à
l’île d’A lcine). Les p erso n n a g e s vêtus, ta n tô t à l’an tiqu e, tan tô t

�132

ÉTU DES

IT A L IE N I n ES

su iv a n t le g o û t co n te m p o ra in , o n t u ne allu re p laisan te. Avec
de gro sses jam b es que t e rm in e n t de petits pieds, ils rap p ellen t
les figurines que l’on v o it s u r nos livres fran ça is de cette
époque.
Le c o n c u rre n t de Giolito de F e rra ri, Valgrisi lança en 1556
u ne a u tre édition du R oland fu r ie u x , qui eut n o n m o in s de
succès. A peu près sem blable à la p ré cédente com m e ty p o ­
g ra p h ie , elle c o m p re n d p a r c h a n t, en plus d 'u n e m ajuscule
ornée, u n titre. Les figures plus g ra n d e s s o n t en pleine page.
Le dessin de ces p lan ch e s a été a ttrib u é à Dosso Dossi, m ais
sans preu ve et m ê m e sans v ra ise m b la n ce. L 'a rtiste s’est donné
un m al e x trê m e p o u r faire te n ir d ans ch aq ue e stam p e la subs­
tan ce du c h a n t q u ’elle a c co m p ag n e. Les divers épisodes, ou
m ieux les phases successives d u n m ê m e épisode, se m êlent.
P a r u n e p ré c a u tio n utile, les p e rs o n n a g e s so n t désignés par
l’a b ré v iatio n de leu r n o m . C om m e le cavalier de i'hip p o g ritle ,
nou s volons au dessus de pays entiers. Ces e stam pes d e v ien n e n t
de véritables cartes g éo g ra p h iq u e s , des sché m a s : u ne tour,
un e m osquée in d iq u e n t u n e ville. Elles so n t peuplées de petites
figures travesties à l ’an tiq u e, qui m a n ife s te n t une g ra n d e a g i­
tation .
Nous conn a isso n s p ar le titr e le n o m de l ’artiste qui illustra
l’éd itio n p aru e en 1584, to u jo u rs à Venise, chez F rancesco de
F ran ceschi : c’est G iro lam o P o rro de P adoue. Un beau fr o n tis ­
pice o u v re le v o lu m e. Le buste de l ’A rioste est placé entre
deux R en o m m ées. Au-dessous, un g u e r rie r (R oland?) fait p e n ­
d a n t à u n e fem m e m i-n u e (A ngéliq ue?), a c co m p ag n ée d ’un
A m our. Plus bas, la Paix s u rg it e n tre deux bas-reliefs re p ré ­
s e n ta n t, l’u n u n com bat, l’a u tre deux am o u re u x . Dans ses
estam pes, P o rro a ad o p té certaines dispositions du Roland de
Valgrisi. Dans u n décor qui se ra p p o rte à l ’u ne des actions
rep résentées, les scènes s’e n tr e c r o is e n t; u ne d ’elles est mise
plus en valeur que les au tres, m ais ce n ’est pas to u jo u rs l ’épi­
sode ou l’un des épisodes essentiels : ainsi, au c h a n t X, la Déli­
vrance a’A ngélique est reléguée au fond de la co m p o sitio n au

�MOR EAU LE JEUNE
Mélisse et b r a d a m an te a u t o m b eau d e Merlin.

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COCHIN (C. N.)
Ro g e r d an s l ile d A lcine

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(( R O L A N D F U R IE U X

» D A N S L E S A R T S P L A S T IQ U E S

133

profit de Y A bandon d O lim pia. Les plan ches de cette édition,
finem ent exécutées, o n t un aspect p laisant : on y voit to u t un
m o n d e en ré duction , des villes fortifiées, des cam ps avec leurs
tentes, des trou p es en ligne déployée d on t les lances m e n ac en t
le ciel, la m e r qui agite de p ittoresques caravelles.
Au xvn® siècle, l’A rioste est resté s u rto u t en faveur auprès des
Bolonais. Le Guide m o n tre sa conn aissance du p oèm e en choississan t un épisode de second plan, la Rencontre de Bradam ante
et de Fiordispina (chant xxv. st. 27 et 28), q u ’il a traité d ’u ne
façon un peu lourde et sans beaucoup d’expression (Musée des
Offices). Ce so nt s u rto u t les am o u rs d ’A ngélique et de Médor
qui o n t séduit les autres Bolonais : l’A lbane (Rome, Gai. Pallavicini), le D om iniquin (Musée de Lyon), le G uerchin et Cantarin i (su ivant Malvasja : Fe/sina p ittrice, éd. Bologne, 1844,
II, p. 265, 267, 376), et enfin Tiarini dans un tableau assez
c o n n u du Musée de Dresde.
Dans les p e in tu re s q u ’ils faisaient exécuter, les Este de
M odène n ’a v a ie n t g a rd e d’ou blier le p oèm e qui glorifiait leur
fam ille. A la villa, de Sassuolo que le duc F rançois p re m ie r fit
a g r a n d ir et b âtir en partie, se tro u v a it un « a p p a rta m e n to
d ’O rlando » où, d ans une p re m iè re cham bre, é taie n t retracées
les ex tra v ag an c es de Roland. Les nouvelles co nstru c tio n s, t e r ­
m inées en 1641, fu re n t décorées dans le g ra n d style décoratif
bolonais p ar A gostino Metelli et Michel-Ange Colonna. C’est
un français c o m p lètem en t italianisé, Jea n B o u langer de Troyes,
qui exécuta les com positions- Dans la série des pièces de S as­
suolo d o nt chacune avait un nom , une « ca m éra délia m a g ia »
ou « dell’ in can to » fut prévue. Des scènes du Roland fu r ie u x ,
s u rto u t celles qui co n c e rn a ie n t les Este, devaient y être
évoquées. C ourtisans, lettrés et pédants de Modène d o n n a ie n t
des conseils à B o ulang er et le duc lui-m êm e o rd o n n a à son
pein tre de re p ré s e n te r Mélisse faisant défiler la fam ille d ’Este
dev a n t Bradamante*. En dehors de l’école bolonaise, je ne vois
1. A. \ c u t u r i , A ffre s c h i n e lla d e liiia estense di S a ssuolo, L ’Arte, 31 m ag g io 1917-

�134

É T U D E S IT A L IE N N E S

g u è re à citer q u ’un Roger et B radam ante de F ederigo Zuccaro
et un e A ngélique de B aglione d o n t le Cavalier M arino nous a
conservé le so u v e n ir'.
Au x v m e siècle, le Roland fu r ie u x in sp ire u n très g r a n d
a r tiste . A la villa V a lm a ra n a à Vicence, Jean-B aptiste Tiepolo
décore u n e c h a m b re avec des épisodes de l ’A rioste : la Déli­
vrance a’A ngélique p a r /loger et tro is scènes des A m ours d’A n ­
gélique et M édor : A ngélique soignant Médor : leurs noces : les
d eu x a m o u reu x gravant leurs noms sur les arbres de la fo rêt.
En Fran ce, aux xvie et xvn® siècles, l’A rioste fut plus en
vogue auprès des lettrés ou d ans les cercles a ris to cratiq u es que
chez les artistes.
La p re m iè re édition du R oland avec figures que je connaisse,
est la tra d u c tio n de Chappuis p a ru e chez P ierre R igaud à Lyon
en 1577. Elle co n tie n t des petites g ra v u re s s u r bois assez sem ­
blables à celle de l ’édition vén itien n e de 1543.
En 1615, le lib raire p arisien R obert Fouet lança une autre
tra d u c tio n , celle de F. de Rosset avec les figures de L. Gaultier.
Un frontispice offre les bustes de l’A rioste et de son tra d u c teu r
et, au-dessous, d’un côté, Roland et R o ger costum és à l’an tique,
de l’au tre; Marfisa et B ra d a m a n te en hab it de cour. En p r i n ­
cipe, il y a u ne ligure p a r deux c h a n ts, m ais les plan ches so nt
m al ré p arties et il a rriv e que la m êm e repara isse plu sieurs fois.
L eu r au te u r aim e s u rto u t les tableaux g u e rrie rs. Il sem ble, en
o utre, avo ir une passion p our l’Antiquité,; il tra v e stit to u t à la
ro m ain e .
Au cours du x v n 0 siècle, le Roland fu r ie u x a peu in sp iré nos
artistes. Je ne vois g u ère que les plan ches d’Israël S ilvestre
c o m m é m o ra n t les Plaisirs de l’ile enchantée (fêtes de Ver­
sailles en m ai 1664). L’île en c h antée, c’est l’île d ’Alcine.
Trois de ces planch es se ra p p o r t e n t plus p a rtic u liè re m e n t au
po èm e de l’A rioste : d ans l’une, on voit R oger q u ’in c a rn a it
La g a le r ia del C a v a lie r M a rin o , V e a e tia 1635, p. 16-17.

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« R O L A N D F U R IE U X

»

D A N S L E S A R T S P L A S T IQ U E S

135

Louis XIV, p én é trer, à la tête d ’un cortège, dans les dom aines
de la m agicien ne ; les deux autres m o n tre n t l’île d ’Alcine re p ré ­
sentée au m ilieu du g ra n d éta n g de Versailles et le feu d ’a r ti­
fice q u ’on y tira. L ’épisode de TA rioste n ’est que prétexte à
carrousels et à illu m in atio n s, et nous som m es loin du v éri­
table Roland fu r ie u x . La m êm e im pression se dégage du fr o n ­
tispice com posé p ar B errin p o u r le R oland de Quinault, avec
ses p ers o n n a g e s en hab it de cour.
En so m m e, c’est à trav e rs le th éâtre que les artistes v o ien t
le p oèm e italien. Il en sera de m êm e au début du x v i i i 0 siècle.
Dans la série des « fra g m e n ts d ’o péra » destinés à être r e p r o ­
duits en tapisserie, Charles Coypel fait au Roland fu r ie u x une
place petite en com paraison de celle q u ’il réserve à la Jérusa­
lem délivrée. S u r q u atre des sujets de la série, trois sont tirés
du Tasse; u n seul ra p p e lle T A rio s te et encore de loin : Roland
tom be au m ilieu des fêtes du m aria g e d’A ngélique et de Médor,
m ais tro p tard p o u r re tro u v e r l’infidèle déjà p a rtie ; il confie sa
peine à la b erg ère Bélise, un p e rso n n a g e qui n 'ex iste pas chez
l ’Arioste.
A ngé liqu e et Médor étaient p artic u liè re m e n t s y m p ath iq u es à
nos artistes du x v m e siècle. Les effusions des am o u re u x d o n ­
n a ie n t prétexte à des œ uvres d ’un éro tism e délicat Boucher
ne m a n q u a pas de s ’en in sp ire r p o ur un des deux petits
tableaux ovales q u ’il exécuta p o ur le cabinet de B ergeret. A
sa suite, P asquier, Raoux et Julien p e ig n ire n t ou dessinèrent
cet épisode qui ten ta aussi le scu lp teu r Nicolas-Sébastien Adam.
Quant à F ra g o n a rd , il connaissait bien le R oland fu r ie u x , puis­
q u ’il choisit un sujet m o ins rebattu , l ’E rm ite se fa isa n t enlever
pa r des démons pour courir après A ngélique (Ch. VIII. St. 32-33).
Vers la fin du siècle, u ne belle édition du Roland (Trad. par
d’Ussieux, Paris, B runet, 1775-83, 4 vol. in-8°) rappelle l’a tte n ­
tion sur J’Arioste. L’illustration est conçue d ’une façon s in g u ­
lière; il y a, p o u r chaque ch a n t, deux figures qui, parfois,
re p ré s e n te n t la m êm e scène. Ch. N. Cochin est le g ra n d m et­
te u r en œ uvre. 11 exécute la série 1 des p la n ch e s; la seconde

�136

ÉTU DES

IT A L IE N N E S

s é r i e est due p rin c ip a le m e n t à M oreau le jeu n e et à Cipriani, et,

d ans u n e p ro p o rtio n plus réd uite, à Eisen, à Greuze et à
C. Monne. Je ne m ’a ttard erai pas à ces trois d ern ie rs artistes
d o n t la c o n trib u tio n est trop m odeste, ni à C ipriani qui, avec
sa m an ière so m b re et dure, exécrable, disons le m ot, d étonne
à côté de Cochin et de Moreau.
Leurs figurés m o n t r e n t d 'u n e façon assez n ette les qualités
et, je ne dirai pas les défauts, m ais p lu tô t les im p u issa n ces des
illu stra te u rs du x v n i6 siècle. Le côté fém in in et v olu p tu eu x est
a d m ira b le m e n t re n d u . C ertaines p lanches : Roger et Alcine,
Joconde et le roi achetant F ia m m ette à son père (Cochin), Fiamm ette avouant sa supercherie a u x d e u x am is (Moreau le jeune),
peu v e n t riv aliser avec ce que la g ra v u re du x v u i 0 siècle nous
a laissé de plus acco m pli. Mais to u t ce qui réclam e de l'accent
ou de l’én e rgie, est m al tra d u it. Dans les épisodes h éroïques
ou fa n tastiq ues, Cochin su rto u t, — car M oreau le je u n e m o n tre
plus de ressources, — t r a h it u n visible em barras. Ses p e rs o n ­
nag e s o n t u ne p h y s io n o m ie et u n e expressio n d ’en fa n t qui
d o n n e n t à des scènes c o m m e la Délivrance d ’A ngélique une
allu re bouffonne.
La R évo lutio n ne fut pas favo rable à cette vogue re n a is s a n te
de l’A rio ste; mais, au xix® siècle, il devait avo ir au p rès des
artistes français u n succès q u ’il n ’avait pas enco re con nu. Ce
so n t to u jo u rs les a m o u rs d’A ngélique et de Médor qui les in té ­
ressen t le plus. Sous l’E m pire et la R estau ra tio n , ce sujet n ’est
plus traité d ans la m a n iè re de B oucher et de R aoux, m ais
d ’u ne façon plus décente. La vo lu pté s’y voile de s e n tim e n t; le
public cherch e d an s les œ u v re s d’a r t u n e excitation n o n plus
au plaisir m ais aux larm e s et à l’ém o tio n . A n géliqu e s o ig n a n t
Médor et ces a m a n ts g ra v a n t leurs no m s s u r les arbres, to u ­
c h e n t l’ho n n ête v isite u r du salon. Il ne se lasse pas de les
r e v o i r 1. En 1810 et en 1814, à chaque salon, il y a tro is A ngé­
lique et Médor.
I . F leury, 1806. — L esag e, 1807.— “B e rth o n , Paul e t Ansi a u x , 1810. — B e rth o n ,
Gudin et Ducq, 1814. — F r a n q u e , 1817 et 1822. — M11“ F o n t a i n e , 1822.

�R OL A N D F U R IE U X

1NGR E S (J . A .)
R o g e r d é liv r a n t A n g é liq u e .
(Musée d u Louvre.)

//lo i. A lin a ri

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« RO LAND

F U R IE U X

» D A N S L E S A R T S P L A S T fQ U E S

137

Les artistes ne se c o n ten te n t pas de ce sujet. Ils sem blent
co n n a ître la vie de l’Arioste a u t a n t que son poèm e. Mauzaisse
(1817) et R uh ierre (1827 1 le m o n tre n t p arm i les b rigands. Au
cours d e s s a lo n s , nous voyons défiler X A pparition d’A rgalia à
Ferraù (Hippolyte Garnier, 1824), la Caverne de M erlin
(R am eau,

1814), la Délivrance ri'Angélique

(Ingres,

1819;

Robert-Lefèvre, 1822; Raoult, 1824), XAbandon d ’O lim pia
(Latil, 1824; Revelli [italien], 1810), la Fureur de Roland (Gaudat de L averdine, 1817), la Mort de Zerbmo (Mme R um illy,
1808) et le Combat de Roland et de Rodom ont (Petit, 1827).
S u r l’e n se m b le de ces œ uvres, une se détache. C’est la Déli­
vrance d!A ngélique par Ingres. On peut dire que ce sujet obséda
l’esp rit du p e in tre ', car il en d o n n a plusieurs répliques au cours
de son existence, en 1831, en 1841 et en 1859: la plus c o m ­
plète de ces répétitio ns se trouv e au Musée de M ontauban. Le
tableau o rig in al avait été p réparé avec le plus g r a n d soin,
ainsi que les dessins de M ontauban p e rm e tte n t de s ’en ren d re
com pte. On peut dire que In g res a tra d u it l’Arioste avec
in telligen ce. L’épisode q u ’il a choisi est difficile à rend re,
car la re p ré s e n ta tio n de m o n stres com m e l'h ippogriffe et
l’o rq u e est scabreuse, et il est facile de to m b e r dans le ridicule.
Le p e rs o n n a g e de Roger réalise le type d ’élégance et de
noblesse ch evaleresque q u ’a conçu le poète italien. A ngélique,
elle, est un peu déparée par le m o u v e m e n t disgracieux du cou.
R epro d u it de toutes m an ières, ce tableau co n trib u a à m a in te ­
n ir v iv a n t p o ur le public le sou v en ir de l’Arioste.
Nous l’avons vu, en France, plus peu t-ê tre que dans sa
patrie, l ’A rioste avait tro u v é des in terp rè tes. Il avait laissé
indifférentes les écoles des pays du Nord. Les artistes h o lla n ­
dais et flam ands qui se sont inspirés du Roland, so nt rares.
R ub ens s’est diverti à m o n t r e r un erm ite ca ricatura l qui
m a n g e des yeux une A ngélique grasse, surveillé par un d ia b lo ­
tin g rim a ç a n t.
1. Y. L apauze, In g res, P aris, 1911, p . 198.

�138

É T U D E S IT A L IE N N E S

9

L 'A llem a g n e n ’av a it encore rien d o n n é. Mais en m êm e
tem ps que In g res p ré p a ra it sa Délivrance d’A ngélique, un
je u n e artiste a llem an d , élève à R om e d ’Overbeck et des Naza­
réens, m é d itait un cycle de fresques a y a n t tra it au p o èm e de
l’Arioste. Le m a rq u is Massimi avait confié la d écoratio n de sa
villa près du L atran à C ornélius, à Overbeck et, s u r leur re c o m ­
m a n d a tio n , à S c h n o rr de C arolsfeld; ils devaient, c o m m e en
u ne sorte de P a n th é o n , glorifier les trois poètes : Dante,
l’A rioste et le Tasse *. La salle co n sacrée à l’A rioste est r e c t a n ­
g u laire . Un des côtés allo ngés fo r m a n t loggia, l’artiste p o u ­
vait disposer de trois p a n n e a u x et du plafon d. S u r les m urs,
S c h n o rr re p ré s e n ta des Scènes du siège de Paria, les Am ours
d!A ngélique et M édor et la F ureur de Roland, puis Mélisse
m ontrant à B ra d a m a n te les princes de la m aison d ’E ste et le
B aptêm e de Roger ; la Victoire de C harlem agne est le sujet du
plafond ; les lu n ettes offrent les p rin c ip a u x p ers o n n a g e s du
poèm e, et les re to m b é es de la voûte m o n t r e n t R enaud chassant
les païens de France, R oland tu a n t A g ra m a n t, D udnn anéan­
tissant la flotte ennemie et Y Assaut de B izerte \ En outre,
S c h n o rr av a it p ré p a ré des ca rto n s p o u r d ’a u tre s sujets q u ’il ne
pu t p ein d re à la villa Massimi.
Toutes ces co m p o sitio n s s o n t d ’u n dessin à la fois lo u rd et
sec, m al distribuées, chargées de p e rs o n n a g e s , ch a rg ées d’i n ­
ten tio n s. S c h n o rr a ch erch é quelle p o u v ait être l’essence du
Roland. Il ne conçoit pas que ce p oèm e soit u n e çeuvre d ’im a­
g in a tio n et de fantaisie. Il faut p o u r lui que le Roland ait un
sens caché aux lecteurs frivoles et q u ’un e n s e ig n e m e n t s’en
dégage. Il y voit la re p ré s e n ta tio n du trio m p h e du C hristia­
n ism e sur les Infidèles.
S c h n o rr sem ble avo ir été seul p a rm i les A llem ands à s’occu­
per de l’Arioste. En F rance, il en fut a u tre m e n t. Bien que
Dante et m êm e le Tasse so ien t préférés des artistes, m alg ré ,
1. V. H. W . S i n g e r . J u lia s - S c h n o r r von C a r o lsfe ld . Bielefeld, 1911.
2. Les c a r t o n s de ce s p e i n t u r e s se t r o u v e n t à la g a l e r i e de K a r l s r u h e e t des
messins a u M usée m u n i c i p a l de Leipzig.

�ROLAN D

F U R IE U X

1 E L A C R 01X (E u g è n e ).

R oger d é liv ra n t Angrólique.
(M u s e o d u

L o u v r e .)

P h o t . Bru u n.

��LE « RO LAND

F U R IE U X

» D A N S L E S A R T S P L A S T IQ U E S

139

avec le m o u v e m e n t ro m an tiq u e, l'im p o rta n c e g ra n d is s a n te de
S h akespeare ainsi que de Goethe et des A llem ands, l ’Arioste
est co n n u dans les ateliers. Le choix de certaines scènes
p ro u v e q u ’on le lit. Il a ses fidèles co m m e le s ta tu aire Dn
S eig n eu r qui, de 1831 à 1866, exhibera à trois reprises son
R oland fu r ie u x , com m e Bertin qui peint le m êm e épisode
et celui de la Fuite d ’A ngélique, com m e, plus tard, u n élève
d ’In g res et de Delaroche, Cambon qui de 1857 à 1880 ex p o ­
s era A n g éliq u e et Sacripant, Roger dans les ja rd in s d’A lcine,
la Délivrance d’O lim pia. Delacroix, m a lg ré un e prédilection
évidente p o u r le Tasse, est attiré par l’Arioste. Une toile, la D éli­
vrance d ’A n g élique, no us le prouve ainsi que des dessins en vue
d’un ¡\oger enlevant A ngélique, une esquisse A’A ngélique et
M édor, enfin u ne com position re p ré s e n ta n t Marftsa et Doralice.
E n tre 1830 et 1920, le Roland fu r ie u x a fourni le thèm e
d ’une q u a ra n ta in e d ’œ uvres d ont l ’é n u m ératio n est donnée en
n o t e 1. A ucune n ’a laissé un bien g ra n d so uvenir. C’est aussi le
cas de celles exposées p ar des étra n g e rs , des Italiens princi1. P = p e i n t r e ; s c . = s c u l p te u r . Les d a te s s o n t celles d e s sa lo n s.
CHANT I. P ay sa g e , scèn« ¿tirée d e l’Arioste. ch. I, H u et, p ., 1848 — La fu ite
d 'A n g é liq u e : B ertin , p. 1833 — B ra d a m a n te : F r e s n a y e , s c . , 1883.
CHANT IV. A tla n te su r l'h ip p o g riffe : L eullier, p . , 1842.
CHANT VII. R o g er d e v a n t A Ic in e , Zier, p , 1887.
CHANT X. L 'A b a n d o n d 'O lim pia -. S ieu rac, p., 1853 : E te x , sc ., 1842. —
A n g é liq u e a u ro ch er : P e i n t r e s : B u rth e, 1852: M achar d 1869 ; M a n g e a n t, 1884 —
S c u l p t e u r s : T r u p h è m e , Exp. 1855; Carrier-Belleuse, 1866 ; Millet de Marcilly,
1874 ; S e r re s , 1876 ; D u b o is (Eugène) , (881 ; J o u n i e a u , 1893. — R oger e t A n g éliq u e •
P e i u t r e s : P é r i g n o n , 1841; Delacroix, 1847 ; Achet, Salon des r e f u s é s , 1863 ;
L epec. 1865 ; C h a rt r a n , 1875; Blanc, 1876; G ervais. 1886; D ar ric au , 1894; W eis z,
1894. S c u l p t e u r : F e r r a r y (1885). — R ooer e n le v a n t A n g é liq u e s u r l'h ip p o g riffe ;
P e i n t r e s : D elacro ix ( n “ 1406 de so n œ u v r e catal., p a r Che sneau ) ; Lévy, 1869:
Mic heliu , 1886,
CHANT XII. R o la n d délivre Isa b elle. C o u p in , p . , 1833.
CHANT XIX. A n g éliq u e e t M édor. P ein tre s : B o u t e r w e k et N a is sa n t, 1849 ;
D elacro ix, 1850.
CHANT XXIII. La F o lie de R o la n d . P e i n t r e s : B e rtin, 1842 ; R o b i n , 1869. —
S c u l p t e u r : Du S eig n e u r , 1831.
CHANT XXIV. La M ort de Z erbino. Gide, p., 1849.
CHANT XXV. R ic cia rd etto d é liv r a n t une n y m p h e p o u rs u iv ie p a r u n fa u n e .
G a u d e f r o y . p., 1878.
CHANT XXVI. M arfisa e t D o ia lice. D elacroix (Exp ositio n des œ u v r e s d e D.
à l’É cole des B e au x -A rts e u 1885).

�140

ET UDE S I T A L I E N N E S

p a ie m e n t qui a d h é rè re n t à nos salon s et aux Expositions u n i­
verselles de 18"&gt;5 et de 1867. En 1836, M assimo d ’Azeglio, plus
célèbre com m e h o m m e politique et c o m m e écriv ain que c o m m e
p ein tre , ap p o rta it u n Combat de B radam ante contre A lla n te.
Magni (1855) et Turini (1867) s’atta c h a ie n t à la figure d’A n g é­
lique. Storelli (1840) re p ré s e n ta it 1’Ario*te récitant son poèm e
au cardinal d ’Esle.
Deux éditions illustrées o n t con trib u é , au cours du xix° siècle,
à re n d re l ’A rioste p opulaire. La p re m iè re est la trad u c tio n de
P h ilip p o n de la Madeleine (Paris, 1844) avec 25 planches
et de n o m b reu se s v ig n ettes p ar Tony J o h a n n o t, B aron, F r a n ­
çais et Gélestin N anteuil. Les vig n ettes so n t p a rtic u liè re m e n t
re m a rq u a b le s p ar l’élégance et la souplesse de l’exécution.
De g ra n d e s co m po sition s tie n n e n t dans u n to u t petit espace.
Les p lan ch e s so n t m oins in tére ssa n tes, car le ta le n t c h a r­
m a n t e t spiritu el des illu s tra te u rs m a n q u e so u v e n t de force
et d ’é m o tio n . Ainsi le R oland du C hant XXIII p a r C. N an­
teuil resse m b le tro p à un ra p in e x tra v a g a n t. Déjà se m a n i ­
feste aussi ce g o û t p o u r les figures g rim a ç a n te s qui s’ex a­
g é re ra avec Gustave Doré.
Le Itolan7 fu r ie u x , illu stré p ar cet artiste, et qui eut un e
vog ue p eut-être excessive, a fait oub lier in ju s te m e n t l ’édition
ro m a n tiq u e . Doré n ’a pas la fantaisie ailée q u ’exige l ’Arioste.
Il a u ne im a g in a tio n s e p ten trio n a le . Très à son aise q u a n d il
m o n tre les p ro fo n d eu rs de la forêt, ou encore les villes et les
ch âteaux du m o y en âge, il est, h o rs de là, g ên é et m alad ro it.
Il a pris des leçons d’exo tism e et d ’a rc h itectu re orien ta le à
1 Opéra. Ses c o n s tru c tio n s so n t p lantées com m e des décors de
th éâtre. Il n ’a pas n o n plus le sens de la beauté fém in ine.
Ainsi, les suiv antes d’Alcine (p. 59) son t m assées c o m m e en
u n e figure de ballet, d ans un style qui ra p pelle les décoratio ns
de cafés du second em p ire. Enfin, ce qui est s u rto u t déplai­
s a n t chez Doré, c’est l’abus des tro g n e s g rim a ç a n te s et g ro ­
tesques. Il re n d hid eux le fantastiq ue de l’Arioste.
(A suivre.)
Gabriel R o u c h è s .

�La source de la « Nouvelle »
de Lui£i Alan?ai?i?i

C’est p rin c ip a le m e n t p ar ses poésies que le n o m de Luigi
A la m a n n i est si bien co n n u de tous ceux qui o n t fait de la
R enaissance italie nne le sujet d ’une étude spéciale. Quant aux
œ uvres en prose de l’écrivain florentin, elles ne jo u e n t q u ’un
rôle second aire, ne consistan t q u ’en un conte, un discours et
la p artie de sa c o rre sp o n d an c e qui est venue ju s q u ’à n o u s 1.
Or, ce co nte m érite notre a tte n tio n p o u r des ra iso n s p a r ti c u ­
lières, en ce q u ’il se pré sen te dans l ’histoire de la n ou velle ita ­
lien n e c o m m e un des p re m ie rs exem ples où un conte de fée
sert de base à une n o uv elle littéraire. A la m a n n i, il est vrai, est
co n te m p o ra in de S tra p a ro la qui, à p r o p r e m e n t p a rle r, fut le
p re m ie r à in tro d u ire le conte de fée dans la litté ra tu re ita ­
lie n n e ; m ais la date du conte d ’A la m a n n i est bien an té rie u re
à celle de la p re m iè re édition des Piacevoli N o tti, qui ne fu ren t
publiées q u ’en 1550*.
Q uant à la date de l’œ u v re d 'A la m a n n i, seuls les re n s e ig n e ­
m en ts fournis par l’a u te u r dans le p ré am b u le de la nouvelle
nous en in stru ise n t. M. Henri H a u v e tte J a m o n tré que la ré d a c ­
tion de la n ouvelle ne peu t être p ostérieu re à 1530 et que, p r o ­
bab lem e n t, il faut la placer en tre 1524 et 1527, période q u ’Alam a n n i passa en Provence, d ans la c o m p a g n ie de B atina
L a rc a ra S pinola.
1. Voy. H e n r i H a u v e tte , l u i g i A la m a n n i. P a r i s , H a c h e tte , 1903, p. 401.
2. Voy. Th. F. G rane, I ta lia n l'o p u la r T aies. B o ston a u d ¿New-York, H o u g h t o n ,
Mifflin &amp; Co., 1885, p. 10.
3 . Op. c it., p p . , 401-2.

�142

ÉTUDES ITALIENNES

Dans le pré am b u le de la no uvelle l ’a u te u r n o u s in fo rm e que
ce fut cette d am e qui lui ra c o n ta l’histoire do n t il se décida à
faire le sujet de son conte. Vers la fin de la nouvelle, il fait
allusion à quelques ch ro n iq u e s où le co nte se tro u v erait, encore
q u ’il n e dise rien de plus positif à ce sujet. On ne sa u ra it donc
dire si l’h istoire est v en ue à la conteuse p ar tra n s m is s io n orale
ou s ’il faut en che rch e r la .source d ans u n e œ u v re écrite, p r o ­
bab lem e n t en latin.
Le conte, d ont plusieurs au teu rs o n t d o n n é des résum és assez
p r é c i s 1, a p p a rtie n t à un cycle de contes de fée ré p a n d u p ar
toute l’Europe*, et g é n é ra le m e n t c o n n u sous le n o m de la
D édaigneuse p unie. Nous savo ns q u ’il en existait en F ran c e
vers 1300 u ne ré d a c tio n en vers latins a u jo u rd ’hui p erdu e,
m ais d o n t le co n te n u nous a été préserv é g râ c e à la tra d u c tio n
ooroise de l’évêque islandais Jôn Halldôrsson, m o r t en 1 3 3 9 3. Il
est prob a b le q u ’au c o m m e n c e m e n t du x v ie siècle ce p oèm e
était encore existant, et rie n n ’em pêche d ’a d m e ttre la possibi­
lité q u ’A lam an n i, ou son in fo rm a tric e , ait co n n u e n tiè r e m e n t
ou en partie ce poèm e. P o u r en a r r iv e r à des co nclu sio ns plus
nettes, il fau d ra faire u n e c o m p a ra is o n exacte e n tre la nouvelle
d ’A la m a n n i et la Clarussaga is la n d a is e 4.
A p re m iè re vue, il p a ra ît que les deux versio ns, l’italie n n e et
l’islandaise o n t assez de traits ca rac téristiqu es c o m m u n s ; d ans
les deux, il s’ag it d ’u ne prin ce sse h a u ta in e qui se m oqu e de
ceux qui v ie n n e n t la d e m a n d e r en m aria g e, d ’u n père faible qui
n ’ose rien e n tre p re n d r e co n tre le g ré de sa fille, d ’u n e in sulte
1. D u n n , R o m a n cero g é n é r a l, t. I. xVladrid, R i v a d e u e y r a , 1817; B iblioteca de
a u to re s esp a fio les, t. X, p. 174; H en ri H a u v e t t e , op. c it., pp. 402-4; J o h a u n e s
Boite u n d G e o r g FolW ka, A n m e rk u n g e n z u df.n K in d e r-u n d U a u sm d rch en d er
B r ü d e r G rim m , t i r s t e r B a n d , Leipzig, D ieterich , 1913, p p . 44S-6.
2 . P o u r c e tte é t u d e , j e m e s e r s d e l’é d i t i o n d u Tesoro dei N o v e llie ri I la lia n i
acelti dal se co lo d e c im o te r z o al d e c i r o o n o n o , e p u b tio ati p e r c u r a d i G i u s e p p e
Z ir a r iiu i, Par igi, 1847, II, p p . 510-22.
3. Voyez J o h a n n e s Boite u n d G eo rg Polivka, op. c it., p p . 447-9.
4. C la rus S aga, ed . Cedersch io ld. L u n d , 1879. Voy. a u s s i : S. B u gg e , S tu d ie r
over d e nordislce G ude-og H eltesagns O prindelse. C h r istia n ia , Baud 1, 1881-9,
p. 136, e t W a /h a /la , VIII, 1912, p . 1.

�LA S OURC E

DE LA

(î N O U V E L L E

)) DE L UI GI A L A M A N N l

143

faite p a r cette d ernière au fils d ’un roi p u is s a n t à l'occasion
d'un b anq uet. Dans les deux, le p rin ce se venge, en re v e n a n t
déguisé et en s éduisant la princesse m o y e n n a n t tro is objets p ré ­
cieux. Dans les deux, l’h é ro ïn e doit subir un e période de
souffrances et d ’h u m iliatio n s p o u r se voir enfin dédo m m ag é e,
devenue m eille u re q u ’elle ne l’avait été d’ab ord . Dans les deux
encore nous r e m a rq u o n s le rôle joué p ar u n e d u èg ne qui aide
les p rojets du p rin ce de façon assez singulière.
T out en re le v an t ces sim ilitudes, nous ne pou von s nous
em p êc h er de re m a rq u e r q u ’il y a aussi bon n o m b re de diffé­
rences, assez im p o rta n te s du reste, co m m e nous aHons voir
D’ab ord, com m e il est n atu re l, les n o m s diffèrent. Dans
la saga, le je u n e h o m m e est fils d ’un e m p e re u r de Saxe,
la princesse fille d’un roi de F ra n c e ; dans le conte d’A lam an n i,
il s ’ag it du fils du com te de B arcelone et de la fille du com te de
T oulouse. Dans le récit n o rois existe le p e rs o n n a g e de Pérus,
péd ag ogu e du prince, qui m et l’action en m o u v e m e n t, en
r a c o n ta n t à son élève l’h istoire de la p rin cesse h au tain e , et qui
a m èn e le d é n o u e m e n t en fo r m a n t le p ro je t de la re vanch e .
A la m a n n i excuse la faiblesse du vieux com te en n a r r a n t to u t
au lo n g la pro m esse solennelle d o nn ée p a r lui à sa fe m m e
m o uran te - Rien de to u t cela d ans le texte islandais. Dans
ce d e rn ie r la princesse re p ro ch e au p rin ce sa m a la d r e s s e ; chez
A la m a n n i son avarice. Le p rin ce Clarus in s tru it son père et son
p édago gue de ses projets de v e n g e a n c e ; le co m te de Barcelone
ne confie ses p lan s q u ’à deux de ses m eille urs am is. Les
objets précieux, si im p o rta n ts p o ur le d é n o u e m e n t, so n t trois
p a v illo n s m erve illeu x dans la saga, trois p ierres précieuses
dans le conte italien. Le prince se présen te à la princesse
c o m m e fils du roi d ’Éthiopie, le com te catalan c o m m e bijo utier
a m b u la n t. Cette différence en e n tra în e d au tre s : chez Jdn
H alldórsson, l’h éro ïn e stipule, a v a n t de céder, q u ’il l’épousera,
et, vu la hau te naissan c e du prince, ni la p rincesse ni son père
ne font d ’objection au m ariage, qui, par co nséqu ent, est célé­
bré quelques j o u rs après. La désillusion de la princesse a rriv e

�144

ÉTUDES, I T A L I E N N È S

donc plus tard. Chez A lam an n i elle s’e n fu it avec le b ijoutier à
l’insu de son père, après avoir déc o u v ert q u ’elle est enceinte.
Dans le texte n orois nou s tro u v o n s en ou tre le m otif de
la potion so m nifère, m otif bien co n n u et r é p a n d u dans l a l i t t é .
ra tu r e du folklore. Afin de m e ttre à exécution soin p rojet
de vengeance, le héros de la saga cède sa place près de la p r i n ­
cesse à Férus, qui se ch a rg e de sa co rrec tio n . Chez le conteur
florentin, c’est le p rin ce lui-m êm e qui inflige son ch â tim e n t
à sa fem m e. Ces h u m ilia tio n s q u ’elle doit su b ir so n t loin d ’être
les m êm es dans les deux version s. Dans le récit islandais
la princesse est forcée de p o rte r son p ré te n d u m a ri s u r le dos
et de d e m a n d e r l’a u m ô n e à la po rte de l’église. Dans la nouvelle
italie n n e il lui faut voler à trois re prises et se voir prise s u r le
fait. P ar contre, dans la saga le p rin ce Clarus lui a p p a ra ît trois
fois d ans toute sa s p len d eu r, la re g a rd a n t au m ilieu de
sa m isère et la souffletant. Enfin, dans la C larussaga, la r é h a ­
b ilitation de la m alh e u re u s e se fait d ’u n e m a n iè r e plus com ­
pliqu ée que chez l’a u te u r italien.
De toutes ces différences, il en est sans doute plusieurs q u ’on
p o u r r a it ais é m e n t a ttrib u e r au co n te u r italien, p a r exem ple les
n o m s du héros et de l'h éro ïn e , le m o tif du c a rac tè re faible du
vieux p rince, etc... Mais il y en a qui so n t p a r tro p g ra n d e s
p o u r q u ’on puisse so n g e r à les exp liqu er p a r l ’a r t individuel et
réfléchi d’A lam an n i. Il s’ensu it donc que nous nous tro u v o n s
en face de deux versions in d é p e n d a n te s l ’une de l ’a u tre et que
le m odèle latin de la saga n ’a pas été la so urce du con te itaitalien.
Aussi le p ro b lèm e des sources de Luigi A la m a n n i reste-t-il à
ré so u d re. A p a r t u n poèm e m o y en h a u t - a l l e m a n d 1 et qui est
assez différent des récits de Jô n H alldôrsson et de L uigi Ala­
m a n n i, il n ’y a p o in t d ’a u tre o u v ra g e m éd iév al écrit sur
le m êm e m otif e t qui soit v enu ju s q u ’à nous. Il est pro bab le que

1.
Die h a lb e B i m v o n K o n r a d v o n W ü r z b u r g , d a n s H. F. v o n d e r H a g e n ,
(ie s a m m ta b e n te u e r, E r s t e r Band. S t u t t g a r t u. T ü b i n g e n , C otta, 1850, p. 207.

�LA S O U R C E DE

LA « N O U V E L L E )) DE L UI GI

AL AMANN I

145

le poèm e latin , o rig in al de la tra d u c tio n islandaise, n ’a pas’ été
le seul m o n u m e n t littéraire existant sur ce sujet. En a-t-il
existé d 'a u tr e s ? Nous n ’en savons rien : ils s o n t irré m é d ia b le ­
m ent perd us. Tout ce qui nous reste du conte, c’est, outre la
C / a r i t s s a g a et le poèm e m o y en h a u t-a lle m a n d , des versions
m odernes recueillies ou au tem ps de la R en aissan c e ou de nos
j o u r s 1.
D’après ce que nous savons de la vie de Luigi A la m a n u i, il
est assez ce rtain q u ’il n ’est venu en con tact q u ’avec les fol­
klores italiens, français ou pro ven çau x et ibériques, c’est-àdire, catalans, castillans et p o rtu g a is '. Il sera donc suffisant de
c o m p a re r le conte italien avec les v ersion s recueillies d ans les
p ays m en tio n n é s .
En su iv a n t cette m étho de, il faut éviter u n sérieux d an ger.
Qui nous assu re, en effet, que ces versions, rédigées trois
siècles et demi plus tard, so n t v ra im e n t trad itio n n e lle s, et
existent de nos jo u rs dans ces pays telles q u ’elles y existaient
au tem ps des h u m an istes italiens ? N’y a-t il pas lieu de crain d re
que le conte d’A la m a n n i n ’ait été recueilli par des m a rc h a n d s
de g o û t littéraire, ré p a n d u p arm i le m e n u peuple, m atelots,
paysans, curés de village, n ’ait ém ig ré d’Italie, en v a h is s a n t la
P rovence, la C atalogne et m êm e le P o rtu g al, se m odifiant
d iv erse m e n t, s 'e n ric h is s a n t de tra its n o u vea u x pris dans
d ’au tre s cycles, se ra je u n iss a n t to u jo u rs et ne vieillissant
jam ais ? — Il y a plusieurs co nsidérations p o u rta n t qui re n d e n t
cette objection inadm issible. Le conte d ’A lam an n i n ’était guère
i c p a n d u ni m ê m e co n n u au tem p s de l’a u t e u r 3. Il ne fut
im p rim é que vers la fin du x v in 0 siècle f, et cette édition n ’était
1. Voy. J o b a u n e s Botte u n d G eo rg P o liv k a, op. c it,, pp. 44 6-9; E m il Gigas, E t
E v e n ly r s V a n d rin g e r, d a n s L itte r a tu r og H istorié S tu d ie r og E ssa y s, 111. Sam ling , Kjoeb en hav n, 1902.
2. Voy. l ’o u v r a g e d e M. H. ll a u v e t t e d éjà oilé.
3. Voy. H eu ri H a u v e tte , op. c it., p. 402.
4. A n t o n - M a r i a B o r r o m e o , N o tizia de' N o v e llie ri ita lia n i. B assa n o , 1794, p. 65.
A u tre é d itio n : lla cco lta d i N o velle d a ll' o rig in e d é lia lin g u a ila lia n a fino a l 1700,
t. 11. ll i i a u o , 1804, p. 227.
10

i

�146

É T UDE S

ITALIENNES

g u è re c o n n u e en dehors de la P éninsule. Aussi est-il bien invrai­
sem blable que les versions populaires françaises et espagnoles
so ien t dues à des influences littéraires. Il est m êm e im probable
que les contes pop ulaires recueillis de nos jo u rs d ans le propre
pays de l’au te u r soient à a ttrib u e r à u ne dilîusion du conte
d’A lam ann i.
Donc, rien ne nous em pêc he de c o m p a re r la nouvelle ita­
lienne avec les contes p o p u laire s recueillis plus ta rd en France,
en Espagne et en Italie, afin de tro u v e r la source du con teu r
italien. E xam in o n s d ’ab o rd les version s françaises et p ro v e n ­
çales; il y en a cinq : u n e lo rra in e : C 1, deux b re to n n e s : H* et
S !, une lim o u sin e : L ‘, et u n e g a sc o n n e : E s.
H diffère to u t à fait du co nte italien et de toutes les autres
v ersions françaises et provençales : elle se ra tta ch e à un autre
cycley co n n u par le cinq uièm e conte de la p re m iè re jo u rn ée
du Pentatn/'ron de G iam b attista Basile; en o u tre, la princesse
n ’y est pas du to u t hau tain e , et on ne voit pas au juste p o u r­
quoi son m ari lui inflige une série d ’h u m ilia tio n s cruelles. Il
n ’y a donc rien de c o m m u n e n tre cette v ersion et celle d’Alam a n n i. Les q u a tre au tre s ress&lt; m b le n t fort peu ég a le m e n t à la
no uvelle du F lo ren tin , en co re q u ’elles a ie n t force traits co m ­
m u n s e n tre elles. Dans C, L et E le p rin ce se déguise en p e r ru ­
qu ier qui séduit la princesse p ar ses c h a rm e s p e rso n n els, sans
avoir re c o u r s à au cun objet m erveilleux. Dans toutes les quatre,
la princesse se voit forcée p ar son m ari de se faire m a rc h a n d e
et de d écro tter les bottes du prince, par-dessus le m arch é.
Dans toutes les q u atre il l ’oblige à se re n d re au palais royal
9

1. E. CosquiQ, C ontes p o p u la ire s lo r r a in s, 44, d a n s R o m a n ia , VIII, 1879, p . 552
2. M a ri e - E d m é e V a u g e o is , Contes e t légendes de la H aute B reta g n e, 71, d a n s
R evue des tra d itio n s p o p u la ire s, XXII, 1907. p. 114.
3. P aul S éb illot, Contas p o p u la ire s de la H aute-B relagne. Paris, C h a r p e n t i e r ,
880, 23. I, 156.
4. J o a n n è s Plan tad ig, Contes p o p u la ire s d u L im o u sin , 4, d a n s R evue des tr a d i­
tio n s p o p u la ire s, XII, 1897, p. 538.
5. A n th o lo g ie p o p u la ire de l ’A lb r e l p a r l’a b b é L é op old Dardy, t. II. Agen, JMichel et M é d an , 1891. 67, 257.

�La

source

de la

«nouvelle

»

de

luigi

alam anni

147

avec des poches attachées à son tablier p our voler de la sauce,
et l’expose au ridicule et à la honte. Rien de to u t cela dans le
conte italien. P ar con tre, il y a bien des traits dans ce d ern ie r
que nous c h e rc h e rio n s en vain dans au c u n des récits français,
Par exem ple l’épisode de la g re n a d e et des deux vols, traits
caractéristiques de la nouvelle. Il p arait donc h ors de doute
qu’aucune des v ersions françaises ne p eut être la source directe
ou in directe du c o n teu r italien.
T o u rn o n s-n o u s m a in te n a n t vers les versions ibériques, au
nom bre de trois, deux castillanes et une po rtug aise que nous
appellerons D 1, F \ et M 3. D est d’un in té rê t particulier, vu
q u ’elle est re p résentée par u ne série de ro m an c es que D uran
crut a p p a rte n ir au x n e ou au x m e siècle, d on t la form e o rig i­
nale est irré m é d ia b le m e n t perdue, mais qui a été re c o n stru ite
par l’é ru d it espagnol*. M. F e rd in an d W o l f 5 et, après lui,
M. ü m i l G i g a s 6 o n t e x p rim é de g raves doutes q u a n t à la ju s ­
tesse de cette date, et il ne paraît g u ère p rob ab le que ces
ro m ances soient an té rie u re s au xvi° siècle. Mais cette dernière
supp osition re p o rte ra it cette version au tem p s m êm e de Luigi
A lam ann i, ce qui lui do n n e une v aleur que les au tre s ne pos­
sèdent pas. En la c o m p a r a n t avec la nouvelle italienne, nous
ne p o uv ons nous em p êc h er de co n s ta te r e n tre les deux u ne
re ssem b lance qui n ’est peut-être pas tout-à-fait fortuite. Dans
l’une et l’a u tre il s’ag it d ’une m aladresse co m m ise p ar le prince,
et qui sert de prétexte à la princesse h a u ta in e p o ur se d é b a r­
rasser de lui. Dans l’un e et l’au tre la duègne de l ’h éro ïn e joue
un rôle peu en accord avec son poste. Dans l ’u ne et l a u tre le

1. D u r a n , op. c it., p p , 163-73; r o m a n c e s a 0. 308-16.
2. P a lr a n a s o r S p artisk S to rie s L eg en d a ry a n d T r a d ilio n a l, b y R. H. B u i k .
L o a d o u , Griffith e t K a r ra n , (870, p. 303.
3. F. A d o lp h o Coelho, Contos P o p u la res P o rlu g u ezes. L is b o a, P. P l a a t i e r , 1879,
43, p. 100.
4. Op. c il., p. 174.
5. S tu d ie n z u r G esch ichte d e r sp a n isc h e n n n d p o rtu g ie sisc h e n N a tio n a l-lite r a t u r Berliu, A sh er, 1839, p. 513.
6. op. c il, p . 6250

�148

É TUDE S I T A L I E N N E S

p rin c e ré u ssit g râ ce à trois objets m erve illeux, ce qui entraîne
les conséquences co nnu es. D’un a u t r e côté il y a m ain tes diiTéren ces en tre le conte espagn ol et l’italie n . Dans les rom ances
le héro s est le fils du roi de H o ngrie, et l’h é ro ïn e u n e princesse
de France. Le prince ne se déguise pas en b ijo utier, m ais en
berg er qui e n tre au service du roi de France c o m m e ja rd in ie r ;
rie n n ’est dit des vols c o m m is p a r la p r i n c e s s e s u r l ’o rd re de
son m ari. Enfin, et voici la différence la plus im p o rta n te , nous
y tro u v o n s u n e ex plication assez s in g u liè re du ca rac tè re de la
princesse : elle a été m a u d ite p ar u ne fée à son b erceau ; et
cette m êm e fée su g gère au p rince son p lan de vengeance, et
l’aide à le m e n e r à bo n n e fin, g râ ce à un a n n e a u m agique
q u ’elle lui d o n n e.
Il n ’est sans doute pas tro p difficile de su p p o ser que les élé­
m e n ts féeriques o n t été su p p rim é s p a r l’écrivain italien ou son
i n fo rm a tric e , ¡étant d o n n é l’esprit réaliste de la nouvelle ita­
l i e n n e 1. Mais alors il faut ré p o n d re à cette question : où le
co n te u r italien a-t-il pris l'épisode des v o ls ? cette difficulté
enlève, à m o n avis, la possibilité que le cycle de ro m an c es ait
été la source directe ou in d irec te du conte d ’A lam an n i.
La version F, recueillie de nos jo u rs par u n e A nglaise, est
basée presque e n tiè r e m e n t s u r les ro m an c es. Il n ’y a que trois
différences qui sép a re n t ce conte des ro m an c es et le ra p p ro c h e n t
de l’œ u v re du F lo ren tin : c ’est un n o y au de g re n a d e qui cause
la disgrâce du héros, c’est son av a rice q u ’elle lui re p ro ch e , et
enfin, — et voilà u ne resse m b la n ce bien f r a p p a n te — , il est
fils du com te de Barcelone, la princesse est fille du co m te de
Toulouse, et s’appelle Blanche. Nous v erro n s plus ta rd cè q u ’il
faut con clu re de cette circo nstance.
La version M, m o d e rn e elle aussi, ressem b le au conte italien
en ce que c’est un n o y a u de g re n a d e qui cause to u t le m a lh e u r
1.
Uu p a s s a g e d u t e x t e italien p o u r r a i t se p ê l e r à im e telle h y p o t h è s e ; ou y
lit : La n o v e l l a sp o s a , o ch e i f a t i a ciò la sforzu asin o, o che p u r l ’atto in se le
fu sse p a r u t o a p e r s o u a p r i u c i p a l e m al co u v e n i e n t e , m ollo n e l su o c u o r e fu
t u r b a t a . . . p. 512.

�LA S O U R C E

DE LA « N O U V E L L E )) DE L UI GI A L AMANN I

149

et que l’h é r o ïn e est forcée p ar son m ari de voler, à trois
reprises. D’a u tre part, il n ’y est rien dit des trois objets m e r­
veilleux, la princesse é ta n t éprise des c h a rm es p ers o n n e ls
du jard in ie r. 11 résulte donc de n otre exa m e n q u ’en Ibérie il y
a des versio n s qui se co m p lèten t l’une l’au tre et qui, si elles
se tro u v a ie n t ré u n ie s en un seul récit, a u r a ie n t pu être la
source du conte italien. C ependant le fait m êm e q u ’on n ’a pas
tro uvé ju s q u ’ici u n e seule version com plète, m ais seulem en t
des frag m en ts, m e p a ra ît p ro u v e r que le sujet n ’a p p a rtie n t pas
a« vieux fonds du folklore espagnol : il y a été in tro d u it d’un
autre pays, s ’ac clim a ta n t peu à peu dans la P éninsu le ibérique,
mais se d é s in té g ra n t et se disso lv a n t en plusieurs fra g m e n ts
E x am in o n s m a in te n a n t les versions italiennes, au n o m b re
de neuf, n o m b re qui excède de beaucoup celui des v ersions de
tout a u tre p ays ro m a n . De ces récits il en est un qui m é rite p a r ­
dessus to ut notre atte n tio n : le conte du P entam éron de Giambattista B asile1, a u te u r du x v n e siècle. En le c o m p a r a n t avec la
nouvelle d ’A lam an n i nous no us ap ercevo ns que dans l’une et
l’a u tre versio n nou s tro u v o n s les m êm es traits avec des diffé­
rences de peu d ’im p o rtan ce . Dans le conte du P entam éron, par
exemple, ce n ’est pas une seule duèg ne qui aide les plans du
héros, m ais plu sieu rs; ce ne sont pas trois pierres précieuses
qui excitent la convoitise de la princesse, m ais trois v êtem ents
et un c o llie r: enfin le prince ne lui d em an d e pas la d ernière
réco m pense tout d ’abord, m ais ces d em andes son t p ro g re s ­
sives'. Nous r e m a rq u o n s de plus que l’h éro ïn e est obligée de
v o l e r a trois reprises, le p re m ie r jo u r un pain, le deuxièm e du
linge et le troisièm e u n e pièce de brocard. Les différences p r i n ­
cipales so n t d ’abo rd que rien n ’est dit de la g re n a d e et de

1. D er P en ta m e ro n e o d e r d a s M árchen a lle r M archen v o n G i a m b a t t i s t a Basile.
Aus d a m N e a p o l i t a n i s c h e n ü b e r t r a g e n v o n Félix L ie b re c b t . B res lau , 1846,
Band 11, p. 135; T a g . IV, M á rc h e n 10.
2. De to u te s le s v e r s i o n s n é o - l a t i n e s q u i p a r l e n t d e s o b j e t s p r é c i e u x , la n o u v e lle
d’A l a m a a n i es t la se ule q u i n e c o n t i e n n e p a s le m o t i f f o l k lo r i q u e de l’a c tio n p r o ­
gressive.

�ÉTUDES

ITALIENNES

l ’avarice du héros, et ensuite que ce d e rn ie r se déguise en jardinier.
Cette g ra n d e sim ilitude do n n e au conte du Pentam éron une
valeur singulière. Mais il est d ’u n e im p o rta n c e de prem ier
o rd re à un a u tre p oint de vue. Il est s û r que Basile ne se ser­
vit pas de sources écrites q u ’il puisa d an s le folklore de son
p ay s; p ar con sé q u en t nous y avo n s la preuv e que le conte
existe d ans le folklore italien et q u ’il n ’a pas été in tro d u it par
des influences littéraires.
P arm i les autre s v ersions italiennes il y en a q u atre tos­
canes : N 1, V ', K \ et R ‘, une corse : Q 5, une é m ilie n n e : 0 ‘ et
deux siciliennes : G 7 et P 8. N et V o n t ceci de c o m m u n avec la
nouvelle q u ’elles m e n tio n n e n t deux vols, de pain et de linge,
com m is p ar l’h éro ïne sur l’o rd re de son m ari. K rep résen te une
versio n bien affaiblie, o m e tta n t beaucoup de détails caractéris­
tiques. R lie le m o tif de la Dédaigneuse punie, à u n au tre, bien
co n n u dans les pays anglo-sa xo ns p a r l’histo ire de Dick
W h itlin g to n . L’a m a n t se déguise en c h a rb o n n ie r, la duègne
aide ses efforts, les concessions de la d am e so n t progressives,
rien n ’est dit de la g re n a d e . Le d én o u e m e n t est tout-à-fait
différent de celui des a u tre s v ersions : l’h éroïne est sur le
p o in t d’épou ser un autre, lorsque l’a m a n t d énon ce son carac­
tère douteux à son époux le jo u r de ses noces, ce qui a pour

1. G h e r a r d o Ner ucoi, S e s sa n ta n o velle p o p o la ri m o n ta te s i. F ire n ze, Le Mou­
n i e r , 1891. 22, p. 211.
2. La V ig ilia d i P asqua d i Ceppo. Otto no velle di T e m is to c le G radi col
l’a g l u n t a di d u e r a c c o n ti. T o rin o , V a c c a rin o , 1870, p. 97.
3. Hermann Knust, lta lie n isc h e M ùrchen, 9, dan &lt;J a h r h u c h f. ro m . u. engl. U t ,
VII, 1S66, p. 394.
4. G h e r a r d o Nerucci, o p . c it., 50, p. 415.
* Julie Filippi, C onles de Cile de Corse, in, d a n s R evue d -s tr a d itio n s p o p u ­
la ire s, XXII, 1907. p. 394.
6 . Th. F. C râne, op. c it., 29, p p. 110 e t 316.
7. S 'c itia n isc lie MOrclien. Aus d e m V olk em u n d g e s a m m e l t vou L a u r a Gonzenb a c h Mit A n m e r k u n g e n R e iu h old K ô hlers u n d e i n e r E in l e i t u u g h e r a u s g e g e b e n
v o n Otto H artw ig. Leipzig, E n g e l m a n n , 1870, 18, Teil I, p. 118, Teil 11, p. 216.
8. G iu se p p e Pitrè, F iabe, N ovelle e R a cco n ti p o p o la ri s ic ilia n i, t. II. P a l e r m o ,
L . P. L au riel, 1875, 105, p. 374.

�LA S O U R C E

DE LA « N O U V E L L E )) DE

L UI GI

AL A MA N N l

151

conséquence la dissolution du m ariage. L’ém ilie n n e m e n tio n n e
les vols de pâte et de linge, dans 1 ordre inverse de celui q u ’a
suivi le c o n teu r florentin. A u tre m e n t les ressem blan ces ne
sont pas bien g ra n d es. La version G, sicilienne, re m place le
noy au de g re n a d e par u ne go u tte de sauce, la princesse ne
re p ro ch e à son a m a n t que sa m alad resse; le vieux roi ind ig né
de sa co ndu ite, la m et à la porte, au ssitôt ap rès le b a n q u e t
fatal; la duègn e lui persuade d ’épouser le p rin ce déguisé en
m a rc h a n d am b u la n t. Rien n ’est dit du vol de pain.
La v e r s io n qui m o n tre le plus de re ssem blan ce avec
l’o u v ra g e d ’A lam an n i est sans doute la deuxièm e des deux
siciliennes : P. Les seules différences de quelque im p o rtan ce
ex istan t entre elle et la nouvelle, c’est que le héros se déguise en
ja rd in ie r et que les concessions de la princesse so n t p ro g r e s ­
sives.
Nous avo n s d onc vu q u ’en tre toutes les v ersion s recueillies
d ans les pays néo-latins celle du Pentam éron et la sicilienne de
M P itrè ne diffèrent g u ère de la nouvelle du F lo ren tin . La con ­
clusion qui se dégage n e tte m e n t de n o tre ex a m e n est que le
m otif, d ans la form e choisie par Luigi A lam an n i p o ur sa n o u ­
velle, fait p artie du folklore italien, et que B atina L arcara Spino la s’est sou venu e d’u n conte de son p ro p re pays, q u ’elle a
tra n s m is à son poète.
Il n ’y a q u ’u n e o bjection qui s’oppose à cette théo rie. Com­
m e n t se fait-il q u ’une versio n p opu laire espagno le m o d e rn e ait
préservé le n o m de la princesse, ceux de son pays et de son
a m a n t, nom s que no us n ’avons tro u v é dans au c une des autres
version s sauf celle du c o n teu r ita lie n ? P o u r expliqu er cette
difficulté je propose l’h y pothèse suiv an te ;
M. Henri Hauvette a r e m a r q u é 1 que, dans le conte italien, on
ne flatte ni les Catalans ni les P rovençaux, ce qui est une raison
de sup p o ser q u ’il n ’est o rig in a ire ni de C atalogne ni de P ro ­
vence, m ais d ’Italie, et q u ’il a ém ig ré en E spagne au cours
1. Op. c it., p. 405.

�152

ÉT UDE S

ITALIENNES

du X V I e siècle, ainsi que le croit M. F e rd in a n d W o l f 1. Mais,
d ira t-on, po urq uoi un co n te u r italien a u r a it il choisi le fils
d’un com te de Barcelone et la fille d ’un com te de Toulouse?
Je p o u rrais ré p o n d re : p our la m êm e ra iso n qui a fait choisir à
l’a u te u r des rom an c es espagnoles un p rince de H on grie et une
princesse de F ranc e Mais il y a plus. L’avarice des Catalans
était bien co nn ue et p resqu e p roverbiale au tem ps des tro u b a­
dours. Je ne ra pp elle ici q u ’un sirventes de B ern a rd d’A u ria c 2,
écrit vers 1282. On c o n n a ît l’influence exercée p ar les poètes
p ro v e n çau x sur la litté ra tu re italie n n e, s u rto u t la sicilienne.
On conçoit donc que le co n te u r italien ait choisi un prince
catalan à cause du m otif d 'avarice qui se tro u v a it dans la forme
la plus vieille et la plus p o p u la ire de la nouvelle. Que le conte
ait été recueilli p ar des Ibériens non -c atalan s, cela est naturel
et ne d em an d e pas d’explication spéciale. Une difficulté seule
résiste en q u e lq u e sorte à cette h y p o th èse : c’est q u ’aucun e
versio n italie n n e n ’est v en u e ju s q u ’à nous, — sauf celle de la
no uvelle littéraire —, où le héros soit co m te de B arcelone et
l’h é ro ïn e com tesse de Toulouse. Je ne sa u rais d o n n e r aucun e
explication de cette circon stance, si ce n ’est q u ’en g é n é ral il y
a bien peu de stabilité dans les n o m s p ro p re s des contes p o p u ­
laires.
P o u r en v en ir aux conclusions de cette étude, no u s p o u rr o n s
dire que :
1. L’o rig in al latin de la C larussaga islandaise n ’a pas été la
source directe ou in directe de Luigi A lam an n i.
2. Il n ’y a au c u n e v ersio n française ou provençale existante
q u ’on puisse re g a rd e r co m m e source de la nouvelle, en sorte
q u ’il est bien im p ro b ab le que le m o tif soit venu au co n te u r par
cette route, à m oins q u ’on ne veuille su pp oser l’existence d ’une
telle source qui a disparu depuis, sans laisser de traces, ou
qui n ’a pas été recueillie p ar les folkloristes.
1. O p. c it., p. 513.
2. Voy. F r i e d r i c h Diez, Die Poesie dur T ro u b a d o u rs, Zweite A uflage von Karl
Barts ch. Leipzig, J. A. Barth, 1883, p. 156.

�LA S O U R C E

DE LA

« N O U V E L L E )) DE L UI GI

AL AMANN I

153

3. La v ersio n de Luigi A la m a n n i a p p a rtie n t au folklore ita­
lien, é ta n t préservée en g ra n d e p artie d ans le Petiiam /ron de
G iam battista Basile, et presque e n tiè re m e n t d ans un conte sici­
lien
4.
on t
xv ie

recueilli p ar M. P itrè.
Les v ersions ibériques so n t dues à l'influence italie nn e et
p ro b a b le m e n t été intro d u ite s en E spagne au cours du
siècle. Il est in v raisem blable q u ’au c u n e d’elles soit la

source directe du F lorentin.
11 ne m e reste que le devoir agréable d ’ex p rim e r m es r e m e r ­
ciem ents à Mlle E. W olf, bibliothécaire de ¡’Université, et d ont
les services o n t co n trib u é plus q u ’au cu ne a u tre chose à la ré u s ­
site de celte étude.
A

H a g g e r t y Iv
IudiHiia U u iversity .

lexander

rappe

.

�Ces manuscrits italiens de Copenhague
(Suite1.)

3

— Petrarca, Canzoniere e Trionfi.

Fonds de Thott, n° 10B2, in-4°, m a n u s c rit en p arc h e m in , relié
en cuir rouge, copié en 1430, à Padoue, d’après cette note
finale : « Iscritj per m a n o di me, 1} (ar) to lom io de F igozotto da
L ig n aro , negli anj dom ini n ostri ih u xpi JVT'CCCCXXX, die
XXIIII0 n o u em b ris, Padue, Laus deo ». S u r un feuillet de
g a rd e , on lit : « Mi (?) sor ch a ta rin a , m o n a c h a in S an to (sic)
Maria de P ad ua Iste liber sc(r)iuo »; et, au-dessous, d ans une
note très difficile à déchiffrer, on lit encore : « m o n a c h a in
S anto Maria de Padua ».
Les p re m ie rs feuillets c o n tie n n e n t u ne table alp h abétiq ue
des s trop hes, c o m m e n ç a n t par : « Appiè », etc., et finissant p a r :
« V ergine bella », etc., co rre s p o n d a n t à celle du m s. a u t o ­
graphe*, re p ro d u it par M. E. M odigliani. Le texte des Canzoni
c o m m en c e ainsi :
V o j . chj a s c o l t a t e in r i m e s p a r s e il s o n o
D e i q u e i s o s p i r i o n d i o n u d r i u a il c o r e
In su l m io p r im o g io u a u ile e r r o r e
Q u a n d e r a in p a r t e a l t r u o n d a q u e l c h i s o n o
D e l u a r i o i s t i l e in c h i o p i a n g o e t r a g i o n o . . . .

Cette leçon sem ble, a u t a n t que p e rm e t de le co n s ta te r un
ex a m e n so m m a ire , s’accorder très bien avec ladite édition
M odigliani. Le texte finit avec le d e rn ie r vers de la canzone
Vergine b e lia ... :
1. Voir p. 96.
Vatican, lat.

3 1 9 5 . — C f. I l C anzoniere d i F rancesco P e tra rc a , ripro­
d o tto le tte r a lm e n te d a l Cod. V at. la t. S19ò, a cura d i Ettore M o d i g l i a n i , Hoaia,
1 9 0 4 (publication d e la S o cietà filo lo g ica ro m a n a ), p. 3 - 1 4 .
2. C o d .

�L E S MA NUS C R I T S

I TALI ENS DE C O P E N H A G U E

155

C h a c c o l g a l m i o s p i r t o u l t i m o im p ace» .
F in iti tu tti i s o n e tti e can zo n e de m is(er) fra n c e s c o p e t r a r c h a , p o e ta firent i n o . A d i o fu g r a t i a . A m e n .

S uiv e n t les T rio n i. Ce texte diffère de celui du m s. 1083
in-4° du m êm e tond de T h o tt ex am iné plus loin, et se ra n g e
dans l’a u tre des deux principales classes que constate M. Appel
dans son é d i t i o n 1; elle s’accorde, en g én é ral, avec le Cod.
Gasano ternis et son c o m p lém en t le Cod. P a n n em is (P r.). L’o rdre
des chapitres est aussi to ut a u t r e 3.
I, I . ( L ) a n o t t e c h e s e g h u i l o r i b e l c a s o *.
c h e s p e n s e il s o l e a n z i l r i p u o s e in c i e l o , e i e .
114. C h i n o l a i t a sii c o n o s c h o a s e g n i
124

Di p o c h a f e d e . O r i o si n oi s a p e s s i

1^ 9 . S o l i j t u o d e t t i t e p r e s e n t e a c o l s i
li,

i. N el c o r p ien d a m a r is s im a dolzezza»
P o i alla fine v id i i i r t u e e t c h a r l o .

H I,

1. ( S ) t a n c h o g i à d i m i r a r n o n s a z i o a n c h o r a «
6 . P a s s a u a n d o lciem ente la g rim a n d o
1 7 . In n an zi a chi tu s s e che cosi b e n e ,
E b e n c h e f o s s e o n d e m i d o l s e e dole,*
1 86. V i d i c h a n t a r p e r l u n a e l a l t r a r i u a

I V , I . A l t e m p o c h e r i n o u a , e t c . 8.
4.

Q u a n d o l s o l t o c h a l u n a e l o l t r o c o r n o ,g

6 . C o r r e a g i e l a t a al s u o a n t i c h o s o g i o r n o
5o. S c o u e rse r q u e l chel uiso n a s c o n d e a “
1 2 8 . C h e d i l l u i si l a m e ( n | t a e q u e l g i a s o n e
V , 1. ( E ) r a si p i e n o , e t c , ”

v
É d. M o d i g l i a n i , p . 160, n* 366 e t d e r n i e r .
2. Die T riu m p h e Francesco P e tr a r c a s , in k iitisc lie m T e x te herausgegeben
Cari A p p r l (Halle 1901).
3. Cf. l ’é d itio n p r é c i t é e de C. A p p e l . p . 97.
4. Cf. A p p e l , op. c it., p . 301.
5. Cf. A p p b l , op. c it., p. 310.
6. Ib id . p. 281'; Mestica, p. 561.
7. Cf. Cod. Casan. 610 (C 7); A p p e l , p. 283.
8. Cf. Cod. C a san . e t P a r m . , A p p e l , p . 44.
9. Cf. A p p e l , 178.
10. Cf. Cod. C asan. A p p e l p. 13.
l t . Ib id . p . 16.
1.

12 . A p p e l , p . 192.

von

�156

ÉTUDE S

I TALIENNES

23. C h e l l a c h a s t a r a o g l i e r a a s p e t t a e p r e g a *
3 i . L o l t r o e p o r z i a c h e l f e r r o al fo cco a f f i n a 2
1,5 9 . C o m e s a n c o r p o s e n z a l e b b r e l a u g h u e
l^.S. C o s i p r e s o m i t r o u o e t e l l a a s c i o l t a 3
l6 5 . N ulla s e n tir di q u el chio u e g g io et o d o 1
V I , 1. P o s c i a c h e m ia f o r t u u a , e t c . 5
i 5 . C o l l a l i n g u a g i à I r e d a la r i c h i a m a
2y. E a u e a u n s u o s t i l l e g g i a d r o e r a r o
G ien te che sol d a m o r gien r a g io n a n d o

3e.

4 2 . A n c h o r fa h o n o r col p u ò d i r c h i a r o e b e l l o
i43. [L a rim e e s t : dan n o ]
VII

1. t Q ) u a n d o u i ^ i in u n t e m p o e in u n l o c h o “
3.

E li o r g o g l i o d e g l u o i n e n i a un g o c h o

g/j. l u i b e n m i l l e g l o r i o l e s a l i n e
107. I s b i g o t t i t o . E d u o l s i o c h u l l o in n a t t o 7
i 3 4 . A u i e n s p e z z a t i e lla p h a r e t r a a l l a t o
[ F in it p a r le v e r s ig3 : g iu s e p p e ] .
V i l i , 1. ( Q ) u a n t i g i à n e l l e t à m a t u r a e a e r a ' “
IX .

(Q )v esta leg g iad ra e g lo rio sa d o n n a ”

X , 1.

D )a p o i c h e m o r t e , e t c . "

i 3 . c o s i v e n i a e io d i q u a l e s c a l e "
8 8 . A p p io c h o n o b b i agli o cch i suoi che g r a u i “
■ 113. Di q u e l g r a n n i d o c h a t u l l o i n q u i e t o
126. C h e b u o n o al m e n o a n a tu r a i d e s io
X I , 1. ( P ) i e n d i n t ì n i t a e t c . 13
7 7 . R im ir a n d o o u e occhio o ltre non v a rc h a
7 8 . V i d i il g i u s t o e z a c h i a e s e n s o u g u a s t o
C h e col bel u iso e con larm ata chom a

I l3 .
i

5

i

.

Q u e l di so ria se g u iv a

el

saladino

X I I , [. (Io ) n o n s a p e a da t a l u i s t a l e u a r m e “

1. Cf. Cod. P ar m . ; A pfel, p, 2 0 .
2 . Cf. Cod. P a r u i. ; Appel, p. 24.

3. Cf. Cod. L au ren z . ; A p p e l , p. 27.
4 . Cf. Cod. Casan. e t P a r m . ; A p f e i , p. 29.
5. A p p el, p. 208.

6. Ib id ., p. 224.
7. Ibid., p. 53.
8.

A ppel,

p . 30 0.

9. Il/id., p. 236.
10. Ib id ., p. 243.
1 t . Ib id ., p. 62.
12. Ibid., p. 64.
13. Ib id ., p. 250.
14. I b i d ., p . 258.

�L E S MA NUS C R I T S

I T AL I E NS DE C O P E N H A G U E

157

a5. V n g ra n lo lg o re parea tutto d i fo co *

2 6 . E s c h in e il dicha chel potea sentire
4 l . V n che g g ia glie b b e in v id ia il vide torto

1 1 9 . L a su o tela gie ntile o r d ir in c h a r t e '
1 2 0 . ( F in it p a r : C h e ttira il u e r la u a gh e op in io n e .
X III, 1 . (D ) e ìl a ure o a lb e rg o coll a u ro ra in a n z i 3
23. Sic ch a l mie uo lo lira d o p p i e van ni
X I V , 1 . (D ) a p p oi che sottol, etc.*
3. M i u o ls i a me e d is s i in che te lidi.

26 . V id i in n u n pe con quel che rpai non stette
70 . Q u a s i sp ian ati drie to ennanzi e p o g g i
7 2 . V o s t r o sap e re e rim e m b ra r s a p p o g g i
1 2 1 . Q u e s ti t riu m p h i ciu que in terra g iu só .

Explicit : « F in itj i triu m fi de m is(er) F ra n c e sc o Pe tra rc lia poeta lio r e n tino A d io fu g ra tia . A m e n ».

4 — Petrarca, Trionfi.
Fonds de T hott, n" 1083, in-4°. C’est un beau m a n u s c r it
du x v c siècle, en p a r c h e m in ; écritu re en g o th iq u e récente.
Le p re m ie r feuillet est o rn é d ’une m in ia tu r e et d ’un en c a d re ­
m e n t en or, vert, rou ge et bleu ; re liu re en cuir, du c o m m e n ­
cem ent du x v ie siècle, et d’o rigine italienne. L’in té rie u r du plat
porte l’ex-libris de F oucault : « Ex bibliotheca Nicolai Jo seph
de F oucault, com itis co n sistoriani », et s u r le feuillet de g ard e
se lit la n ote su iv an te : « Ce P étra rq u e m ’a été d o n n é par
m ad(am e) H otm an (? ), le 31 m ars 1704 : F ou cault ». P ro b a­
b le m e n t ce m a n u s c rit a u r a passé plus ta rd dans là bibliothèque
du professeur allem an d J. P. L u d e w ig 5, et a u r a été acheté à sa
1. Ibid., p. 75.
Ìì.

Ibid.,

p . 264.

3. ¡b ld ., p. 265.
i . Ib id ., p. 272.
5.
Il es t à n o t e r to u tefo is q u e ce p r é c i e u x v o l u m e n e fig ure p a s d an s le C ata­
logua bibliothecae Lwlew tgianae m anuscriptae, q ui, a v e c u n e p a g i n a t i o n spéciale,
e s t relié, selon les e x e m p l a i r e s , soit en t ê te de l’Index auctorum , soit à la s u ite
de la q u a t r i è m e et d e r n i è r e p a r tie d u Catulogus prestantissim i thesauri librorum
typis vutgatorum et m anuscri/itorum Johannis P étri de Ludewig (Halle, 17&gt;5).__
[S u r les co llection s d e N icolas-Jo sep ti F o u cau lt, i n t e n d a n t et co n s eille r d ’E ta t,
m o r t e n 1721, et s u r leu r d is p e rs io n , cf. L. D e i . i s l e , L - C abinet des M a n u scrits de
la B ib lio th èq u e N a tio n a le, p r i n c i p a l e m e n t t. I, p. 374-379. M. Delisle no te (p. 379).

�108

ÉTUDES

ITALIENNES

ven te par le com te de T hott, m o r t en 1785. On y tro u v e aussi
les no m s : « E rniph us francisci », et plus bas : « D aron ».
avec la date : 1646, ces notes in d iq u a n t les possesseurs a n t é ­
rieurs.
In c ip it : « F r a n c i s c i P e t r a r c a e T r i u m p h o r u m s e x l i b e r v n i c u s f é l i c i t e r
i n c i p i t : e t in p r i m i s t r i u m p h u s a m o r i s . ».
I. i . N e l te m p o che rin o v a i m ei so sp iri&lt;
P e r la d o l c e m e m o r i a d i q u e l g i o r n o
C h e fu p r i n c i p i o a si l u n g h i m a r t y r i ,
G i à il s o l e al t h a u r o l u n o : e t l a l t r o c o r n o 1
S c h a ld a u a : et la fan ciu lla di ty to n e
C o r r e a g e l a t a al s u o u s a t o s o g g i o r n o 3
A m o r e g l i s d e g n i : il p i a n t o : e t la s t a g i o n e
R ic o n d o tto m a u ie n o al c h iu s o loco
Q u e o g n i f a s c i o il c o r l a s s o r i p o n e
l u i f r a l e r b e g i à d e l p i a n g i e r fioco
V incto dal so m n o u id i u na g r a m luce
E t d e n t r o a s s a i d o l o r e c o n b r e u e i o c o , etc.i
5 0. S c o u e r s e r q u e l c h e l u i s o m i c e l a u a 4
12 7 . Q u e l l a l t r o e d e m o p h o n t e : e t q u e l l a e p h y l l e
128. Q u e l l o e i a s o n : e t q u e l l a a l t r a e m e d e a 5
I I . 1 . E r a si p i e n o , e t c .
23. C h e la casta m o g lie ra aspecta e p rie g a *
3 i . L a l t r a e p o r t i a c h e l f e r r o a l fo co aifìna
i / |5 . C o s i p r e s o m i t r u o u o e t ella s c i o lt a
i 5 g . C o m e s e n z a l a n g u i r si m o r e e t l a n g u e
I &lt;55. V i v e r s e n d o d a l c o r l a l m a d i u i s a

[L e m s . p r é s e n t e la v e r s io n p lu s l o n g u e ) et p l u s a n c ie n n e

à p a rtir du

v e r s 187 (c f. A p p e l , p . 2 0 6 ) :]
E t so c o s t u m i e l o r s o s p i r i e c a u t o
E l p a r l a r r o t t o el s u b i t o s i l e n t i o

q u 'u n assez gran d nom bre des m anuscrits de Foucault ont passé^dans la biblio­
thèque de J. P. L u d e w ig et figurent dans le catalogue qui e n ’ a été im prim é
(V oir ci-dessus). M. Delisle signale en outre (p. 379, note 11) quelques articles^du
catalogue cité plus haut d’Abrahani9, qui proviennent.égalem ent de F o u c a u lt._
N. D. L. R.].
1. Cf. Les variantes dans Appel, op. c it., p. 179.
2. Ce vers correspond donc à la version de Lau re nz (L.) et de Parm . (P r ),
Appel, p. 13.
‘
3. Cfr. Laurenz, et Parm., Appel, p. 15.
i . Cf. L a u r e n z , Appel, p. 16.
5 . Cf. Laurenz et Parm., op. c it., p. 17.
6. Cf. Cod. Laurenz. Appel, p. 20.

�L E S MA NUS C R I T S

I TAL I E NS

DE C O P E N H A G U E

El b r e u i s s i m o r i s o e l u n g h i p i a n l i
E t q u a l e e il m a l e t e m p e r a t o c o l l o a s s e n t i o .
H i . i . P o s c h i a c h e m ia f o r t u n a , e t c .
i5* C o l l a l i n g u a g i à f r e d d a a n c o r la c h i a m a .
2 7 . E t au e a un s u o stilo le g g ia d r o et r a r o
3o.
/ |2.

P u r d a m o r uolgarm ente ra g io n a n d o 1
A m o r fa h o n o r e q o I s u o d i r s t r a n o e t bel!®.

i43. E t d a n n o so g u a d a g n io &amp; util danno
i 4 5 . S t a n c o r i p o s o e t r i p o s a t o af fa n n o
F in it te r t ia p a r s a m o r is incipit q u a r ta .
I V . S t a n c o g i à di m i r a r , e t c .
6.

P a s s a u a n dolciem ente lacrim an d o

\-j. I n n a n z i c h i t u se c h e c o s i b e n e *
'|(j. E t b e n c h e el l e s s e q u e l m i d o l s e e t d u o l e
186. V id i c a n t a r p ( e r ) l u n a e t l a l t r a r i u a .
V.

1

Q u a n d o a d u n g i o g o &amp; in u n t e m p o q ( u i ) u i 5

9 ^. M i l l e e m i l l e f a m o s e e t c a r e s a l m e 4
1 07. C h e s b i g o t t i s c e &amp; d u o l s i o c c u l t o in a c t o 8
i 3 4 . G l i a u i e n s p e z a t i &amp; la p h a r e t r a a l l a t o
[finit p a r le v e r s ig 3 ; i o s e p p e j .
VI.

1. Q u a n t i già nella età m a t u r a et aera
Q u e lla p e r ch u i b en fare p r im a mi p ia cq u e.

V II.

1. Q u e s t a l e g g i a d r a , e t c . . .
V ir tù m o r ta e belleza et le g g ia d r ia

VII.I.

1. L a n o t t e , e t c .
1 1 2 . C h i o u i d i g l i o c c h i t u o i t a l o r si p r e g n i
113. Di l a g r i m e c h i o d i s s e q u e s t o e c o r s o
n 4 . A m o rte non latan d o e ueggio i s e g n i6
1 2 4 . D i p o c a t e d e e r a io s i o n o i s a p e s s i
i 'i g . S u g l i t u o i d e c t i te p r e s e n t e a c c o l s i 7

IX.

Nel co r, etc.
P o i a l l a fine u i d i a r t h u r o e k a r l o

X.

1 . D a p o i c h e m o r te " e t c .
i 3 . C o s i u e n i a : &amp; io di q u a l i s c h o l e
88. A p p io c o n o b b i agliocchi suoi che g ra u i
i i 3 . Di q u el g ra n nido &amp; c a th u lo in q u ie to

1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.

Cod. Lau re uz. et P a r m , ' Appel, p. 38.
Cf. C asan ., 610 (C. 7), A pp el, p. 283, 285.
Cod. L a u re n z , e t P a r m . { Appel, p . 51*
Cod. L a u re u z ., op. c it., p. 52.
Cf. Appel, p. 232 (C&lt;&gt;5).
Cf. A ppel, p, 305 (C 7).
Cfr. la 4 ° lecon ch ez Appel, p. 60.

159

�160

É T UDE S

ITALIENNES

126. C h e b b o n o a d m e n o il n a t u r a i d e s i o
X I.

1. P i e u d ’i n ü n i t a etc.
7 8 . V i d i il g i u s t o e z e c c h i a e t s a n s o n g u a s t o
11 3. C h e col b e l u i s o &amp; co l l a a r m a t a c o m a
5 i . Q u e l d i l u n a s e g u i u a al s a l a d i o o 1

i

X II.

1 . Io n o n s a p e a , etc.
25. Y n g r a n f u l g u r p a r e a t u t t o d i f o co
2 6 . E s c h i n e il d i c a * c h e l p o t e s e n t i r e
4 i.

E t c h i 3 g i à g l i e b b e i n u i d i a &amp; u i d e il t o r t o

119. L a s u a t e l a g e n t i l e o r d i r c l e a n t e *
1 21. Q ui l a s c i o e t p i ù d i i o r : n o n d i c o a u a n t e *
X III.

1 . Nel t h a u r e o a l b e r g o c o l l a a u r o r a i n a n z i
23. S i c c h é a l m i o u o l o g l i r a d o p p i e u a n n i

X IV .

Da poi che s o lto , etc.
3. Mi u o l s i a d m e e t d i s s i in c h e ti lìdi
2 b. Y i d i i n u n p e c o n q u e l c h e m a i n o n s t e t t e
70 . Q u a s i s p i a n a t i d r i e t o e n n a n z i e p o g g i
72. N o stro sa p ere &amp; rim e m b ra r sa p p o g g i
121 Q u e s t i t r i u m p h i c i n q u e in t e r r a g i u s o .

E x p lic it

’•

k

F rancisci P e tr a rc a e T r iu m p h o r u m

sex se x tu s

et vltim us

t r i u m p h u s d iv in ita tis, felicite r explicit. »

5. — P etrarca, Trionfi. — Dante, Poésies.
A ncien fonds royal, n° 2054, in-4°, p a r c h e m in ; x v ie siècle.
Ce m a n u s c r it a fait partie de la b ib lioth èqu e de P. S c a v e n iu s s.
En h a u t du feuillet 1 r°, se lit, éc rit d ’une m ain plus récente,
ce titre : « Le rim e di F rancisco P e tra rc a ». Ce so nt en réalité
les Trionfi, qui fo r m e n t la p re m iè re partie du m a n u s c rit. Je
note ici les passages caractéristiques, d ’après l’édition d ’Appel :
I.

i. N e l t e m p o c h e r i u u o v a “ i m i e s o s p i r e
!

4. S c h a l d a u a l s o l e g i à l u o o e t l a l t r o c o r n o 1
6 . C o r r e a g e l a t o al u s a t o s o g g i o r n o

5 o. S c h o p e r s o n q u e l c h e l u i s o m i c e l a u a

1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.

Cf. C 7, Btt 6 , 7, Co 5, A p pel, p. 257.
Cette léçou ne se t r o u v e q u e d a n s C7 e t Pr*; cf. Appel, p. 259,
Cf. C7, Appel, p. 260.
Cf. C7, P r, Appel, p. 264.
Vov. le c a t a l o g u e de la b bl. de Scav eniu s, Mss. i n - f o l i o , n ° 9.
Cf; Beccadelli e t Cr , A ppel, p. 320.
Voilà d o u e le 3“ e x e m p l e d ’u n m s. d o n n a n t ce tte l e ç o a ; A ppel, p. 13.

�L E S MA N U S C R I T S I TA L I E N S

161

DE C O P E N H A G U E

127. Q u e l a ltr o e d e m o p h o o n gl a ltr e p h y lle
128. Q u e lle iason e ‘ g la ltra et m e d e a
( E ) r a si p i e n o il c o r , etc.
23 . c h e la s u o c a s t a * d o n n a a s p e c t a e p r e g h a
3 i.

L a l t r e p o r t i a c h e l f e r r o al f o c o af fina

i4 5 . C o si p r e s o m i tr u o u o e e lla sc iolta
i 5 g . C o m e Js a n f a m o r i r si [ m u o r e e l a n g u e
165. Y i u e r s e n d o d a l c h o r l a l m a ' d i u i s a
H I.

i . P o s c h ia c h e m ia f o r tu n a , etc.
i 5 . C o n la l i n g u a g i à s t a n c h a l a r i c h i a m a
2 7 . Et- h a u e a u n s u o s t i l o l e g g i a n d r o e r a r o
3o. G e n t e c h e d a m o r g i u a n o r a g i o n a n d o
42.

A u c h o r fa h o n o r c o n s u o d i r n u o u o e b e l l o

i4 3 . E t d a p n o s o g u ad a g n o e util d ap n o
IV .

1

(S )tau ch o g io di m i r a r , etc.

6 . P a s s a u a n dolcem en te la c h ry m a n d o
17.

C h i t u s e i n a n z i d a p o c h e si b e n e 3

49. E t b e n chil fesse onde mi d o lse et d u o le
186
V.

x

V i d i c a n t a r f r a * lu n a e t l a l t r a r i u a
(Q )u a n d o ad un loco &amp; ad un te m p o qu iu i

g4- Q u i u i m i l l e f a m o s e e c h i a r e s a l m e
T o g l i e r li u i d i e c a s c a r g l i di m a n o
1 0 7 . C h e s b i g o t t i s c e e t d u o l s i o c o l t o in a c t o
i34
V I.

E t l a r c o e la p h a r e t r a h a u i e n s p e g a t o

1, ( Q ) u a n t i g i à n e l l e t a , e t c .
Q u elle p e r cui b en far p rim a mi p iacq u e

L e texte co ntinue im m é d ia te m e n t avec le v ers 4 de :
V I I. [Q uella le g g ia d r a , e tc .]
4- T o r n a n d o c o n h o n o r d a l l a s u a g u e r r a
5 . A l l e g r a h a u e n d o u i n t o il g r a n n e m i c o
1 72.......................... n e l s u o b e l u i s o .
V III.

1. (L)a n o c t e c h e se g u i lo rib il C aso
n 4 . Se no n s a e tta chil co n o sco a segni*
1 2 4 . D i p o c a f e d e h o r io s e n o i s a p e s s i
i4 g . S u g li tu o d e tti te p r e s e n t e acolsi

IX.

1. ( N )e l c h o r p ie n , etc.

v
1. Appel p. 17 n e d o n n e p as ce tte v a r i a n t e .
2. Cf. Appel, p. 20.
3. Gf. La lecon 6a d a n s Appel, p. 43.
4. Cf. P 7 , R B a 2 , A p p e l , p . 46.
5. Cf Cod. FL21, P7, A p pel, p. 53.
6 . Les troi&gt; m ss . de. C o p e n h a g u e dea T rionfi r e p r é s e n t e n t d o u c les troia lefious
de ce v e r s q u e c o n s t a t e A pp el (p. 59).
11

�162

E TUDE S
X.

ITALIENNES

i . (D )a p o i c h e m o r t e , e t c .
i3 .

C o s i u e n i a &amp; io di q u a l e s c h o l e

8 8 . A ppio c o n o b b i a g li ochi su o che g r a u i
n 3 . Di q uel g ra n nido e t g a ru lo in q u ie to
1 2 6 . C h e b b e n n o n m e n o il n a t u r a i d i s i o
X I.

1. ( P ) i e u d i n f ì n i t a , e t c .
77. R im ira n d o o ue lochio o ltre no n u a r c a
7 8 . V i d i il g i u s t o e z e c h i a &amp; s a n s o u v a s t o .
113. C h e s u o b e l u i s o &amp; la f e r r a t a c o m a
i

5 i . [N otre m s.

X II.

s a u te les vers

i

5 i - i 53] .

1. ( I ) o n o n s a p e a , e t c .
25. V u g r a n f u l g u r p a r e a t u t t o d i loco
2 6 . S eco e ra E sc h in e chel p otè se n tire
4 i . Vn che gli e b b e in u id ia &amp; uidel to r to
1 1 9 . L a s u o t e l a g e n t i l e o r d i r in c a r t e
1 2 1 . E t p o i r i u o l s i g l i o c h i in a l t r e p a r t e

X III.

1. ( D )el a u r e o a l b e r g o c o n l a u r o r a i n a n z i
23. E t c h ( e ) l m i e u o l o l o r a d o p p i i d a n n j

X IV .

1 . ( D ) a p o i c h e s o t t o , e tc .
3. A m e m i u o l s i &amp; d i s s i in ch ( e ) t i fidi
26.

V id i in u n p i e c o l u i c h ( e ) m a i n o ( n ) s t e t t e

7 0 . Q u a s i s p i a n a t i in n a n z i e d r i t t o i p o g g i
7 2 . N o stro s p e r a r e r im e m b r a r sa poggi
1 2 1 . Q u e s t i c i n q u e t r i o m p h i in t e r r a c h i u s o .

La deuxièm e partie du m a n u sc rit c o n tie n t des poésies de
Dante, extraites de la Vita nuova, du De vu lya ri eloquentia et
du Convivio. Cette ju x tap o sitio n des Trionfi de P é tra rq u e et de
poésies diverses de Dante n ’est pas e x tra o rd in aire .
Ces poésies so n t les s uivan tes :
i. (D )onne c h a u e te iu tellecto d a m o r e . . .
R a c c o m a n d a m i a lui c o m e tu d e i * .
2

( A ) m o r el c o r g e n t i l s o n o u n a c o s a . . .
E t s i m i l face in d o n n a h o m o v a l e n t e * .

3. ( N ) e g l i o c h i p o r t a la m ie d o n n a a m o r e . . .
S i e n u o u o m i r a c u l o &amp; g e n t i l e 3.

1. Canzone I. La Vita nuova , per cura di Michele B a r b i , Milano, Hoepli, 490*7
(Società d a n t e s c a italiau a. O p e r e m i n o r i di D ante A ligh ieri, e d iz io n e critica)»
p , 44-4 8.

2. S o u u e t X. É d i t
3.

Sounet

XI. É dit.

Baubt, p. 50.
B a rb i, p .

51.

�Lfcs

M anuscrjts

italiens

de

COPENHAGUE

163

4. ( V )o i c h e p o r t a t e l a s e m b i a n z a h u m i l e . . .
c h e l c o r m i t r i e m a d i u e d e r n e t a n t o 1.
5. (S )e t u c o l u i c h e h a i t r a t t a t o s o v e n t e . , .
S a r ia d in a n z i alei c a d u ta m o r t a “ .
6. (D )onna pratosa &amp; di uo u ella a e ta te . . .
vo i m i c h i a m a s t i a l h o r n o s t r a m e r c e d e 3.
7 . ( G )l i o c h i d o l e n t i p e r p i e t a d e l c o r e . .
V a n n e d i s c o n s o l a t a a s t a r c on e l l e * .
8 . ( Q lu a n tu m q u e uolte la s so m i r im e m b r a 5. . .
F a c ie m a r a u ig lia r sine g en tile .
9. (E )ra u e n u ta nella m ente m ia ...
H o g g i fa l a n n o c h e in ciel s a l i s t i * .
10. ( V )id d e n o g lio c h i m ie q u a n ta p ie ta te ...
L o q u a l m i f a c e a n d a r c o s i p i a n g e n d o ".
11. ( C ) o l o r d a m o r e &amp; d i p i e t à s e m b i a n t i ...
M a l a c h r y m a r d i n a n z i a u o i no(n ) s a n n o ' .
12. ( L ) a m a r o l a c h r y m a r c h e u o i f a c e s t e . . .
C o s i d i c e el m i e c o r e &amp; p o i s o s p i r a ».
13. ( G ) e n t i l p e n s i e r o C c h e ' p a r l a di u o i . . .
c h e s i t u r b a u a d e n o s t r i m a r t i r i 10.
14. ( L ) a s s o p e r f o r z a d i m o l t i s o s p i r i ..
E t d e l l a m o r t e s u o (!) m o l t e p a r o l e 11.
|5 . (D )e p e r e g r in ch e p e n s o s i a n d a te ...
H a n n o u i r t u di f a r p i a n g e r e a l t r u i 11.
16. (O )ltr e la s p e r a che p iù la r g ita g i r a . . .
s i c h i o l o i n t e n d o b e n d o n n e m ie c a r e *3.

L S o u n e t XU. Édit. B a r b i , p. 54-55.
2. S o u a e t XIII. E d it. B a r b i , p . 55. — [ B i r b i note, p. 55, q u e la leqon c a d a la
m o r ta n e se t r o u v e q u e d a n s les mss. d u g r o u p e b.]
3. Canzone II. B a r b i , p . 59-63.
4. Canzone 111. B a r b i , p. 79-83.
5. Canzone IV. B i b b i , p. 87.
6. S o n n e t XVIII. B a r b i p. 89.
7 SoDnet XIX. B a r b i , p . 90.
8 . S o n n e t XX. . B a b b i , p. 91.
9. S o n n e t XXI. B a r b i , p . 93.
10. S o n n e t XXII. B a r b i , p. 95.
11. S o n n e t XXIII. B a r b i , p. 98.
12. S o n n e t XXIV. B a r b i , p . 100.
13. S o n n e t XXV. B a b b i , p . 103.

�164

É T U D E S I T A L IE N N E S
17. ( C ) o s i n e l m i e p a r l a r u o g l i o e s s e r a s p r o . . .
C h e b e l l o h o n o r s a c q u i s t a in f a r v e n d e t t a *.
18. ( U ) o i c h e n t e n d e n d o il t e r z o c ie l m o u e t e . . .
P o n e t e m ( e n ) t e a l m e n c o m e io s o n b e l l a
1 9. ( A ) m p r c h e n e l l a m e n t e m i r a g i o n a . . .
Io p a r l a r o p e r uoi in ognj lato * .
2 0. ( L ) e d o l c i r i m e d a m o r c h i s o l e a . . .
I o u h o (!) p a r l a n d o d e l l a m i c a v o s t r a 4.

1 1 . (A )m or che m u o u i tu o u i r tu dal cielo...
S o u r a la m e n t e d o g ( n ) b u m c h e l a g u a t a 5.
2 2 . ( l ) o s e n t o si d a m o r la g r a ( n ) p o s s a n z a . . .
l n f i n o a l t e m p o c h e l l a s i r a q u i s t a *.
2 3. C a n z o n a a t r e m e n r e i d i n o ( s t ) r a t e r r a . . .
P e r c h e f u g g e n d o l u n l a l t r o s i c u r a 7.
2 4 . (A)l p o c o g i o r n o e a l g r a n c e r c h i o d o m b r a . . .
G l i fa s p a r e (!) c o m e p i e t r a s o t t o h e r b a ' .
25. (A )m or tu u e d i b eu che q u e s ta d o n n a ...
c h e m a i n o n fu p e n s a t a in a l c u n t e m p o ”.
2 6 . ( J ) o s o n u e n u t o al p u n t o d e l l a r o t a . . .
S e in p a r g o l e t t a lia p e r c h u o r ( u )n m a r m o 10.
2 7 . ( E ) m i n c r e s c e d i m e si m a l a m e n t e . . .
c h e m e n a c o l p a e n o n fu m a i p i e t o s a " .
28. (P)oscia cliam or del tutto m ha la s c ia to ...
c o lh o r che uiu o n fanno tu tti c o n tra
2 9 . (L)a d isp ie ta ta m ente che p u r m ira ...
P u o t e h a u e r l u o g h o q u e l p e r c h e t u v h a i 13.

t.
2.
3.
4.
5.

Gauz. XII. O p e r e di D a n te . E d it . M o o r e , O tf o rd 1904, p. 163.
Couvivio. Canz. I. E d it . M o o h e , p . 25 1 .
Couvivio. Gauz. II. E dit. M o o h e , p. 270
Convivio. Gauz. III. Edit. M o o h e , p. 293.
Cauz. IX. E dit. M o o r e , p. 157. — Le c o m m i a t o m a u q u e , voy. c i - d e s s o u s , n. 7.
6 . Canz. X I V . Edit. M o o r e , p . 1 6 5 .
7 . C o m m iato de la C a uzon e. IX. Gfr. n° 21.
8 . Sest. 1. E d it. M o o r e , p . 160.
9 . S est. II. fidit. M o o h e , p . 160 .
10. Cauz. XV. Edit. M o o h e , p. 166.
11. Canz. XIII. E dit. M o o k e , p . 164.
12. Gauz. XIX. E d it. M o o h e , p 169
1 1 . Canz. XVI. E d it. M o o r e , p . 167.

�L E S M A N U S C R IT S I T A L IE N S DE C O P E N H A G U E

165

30. ( T ) r e d o n n e i n t o r n o al c h o r m i s o ( n ) u e n u t e . . .
F a d is ia r e negli a m o r o s i cuori*.
31 . ( D ) o g l i a m i r e c h a n e l l o c h o r e a r d i r e . . .
O c re d e a m o r fu o r d o rto di rag io n e* .
32. ( A ) m o r d a c h e c o n u i e n p u r c h i o m i d o g l i a . . .
D i c e r i n u ia u e d r a i m o r i r c o s t u i 3.
3 3. ( O ) u o i c h e p e r l a u i a d a m o r p a s s a t e . . .
E t d e D t r o d a l l o c h o r m i s t r u g g o e p l o r o 4.
34. ( A ) c i a s c u n a a l m a p r e s a &amp; g e n t i l c h o r e . . ,
A p ( r e ) s s o g i r l o n e l v e d e a p i a n g e n d o 5.
35 . ( P ) i a n g e n t e (!) a m a n t i p o i c h e p i a n g e a m o r e . . .
c h e d o n n a fu d i si g a i a j s e m b i a n z a 6.
36. M o rte uillana &amp; di pietà n i m i c a . . .
N o n s p e r i m a i d a u e r s u a c o m p a g n i a 7.
37. (C)avalcando la ltrie r p e r un cam in o ...
c h e g l i d i s p a r u e e n o n m acco l's i c o m e * .
38. ( B ) a l l a t a io u o c h e t u r i t r u o u i a m o r e . . .
M u o u i i n q u e l p u n t o c h e t u n a g g i h o n o r e 9.
3 9 . (T ) u tti g li m ie p e n s ie r p a r la n d a m o r e . . .
M a d o n n a la p ie tà che m i difenda
4 0. ( C ) o n l a l t r e d o n n e m i a u i s t a g a b b a t e . . .
gli g u a i d e g li s d ia c c ia ti t o r m e n t o s i " .

Canz. XX. É d it. M o o r b , p. 170.
2. Canz. X. É dit. M o o r e , p . 158. — Le c o m m i a t o m a n q u e .
3. Cauz. XI. Édit. M o o k e , p. 162. — La f i a m a n q u e ( p lu s de d e u x st. e t le c o m miato).
4. Vita n u o v a , S o n n e t 11, E d it. B a u b i , p. 15.
5. Id. S o n n e t I. É dit. B a b b i , p. 10.
6. S o n n e t III. Edit. B a r b i , p. 17-19.
7. S o n n e t IV. É d it. B a r b i , p. 20-21.
8. S o n n e t V. É dit. B a r b i , p. 23.
9. Ba llade 1. É dit. B a r b i , p. 28-30.
10. S o n n e t VI. É dit. B a r b i , p. 32.
11. S o n n e t VII. É dit. B a r b i , p. 35.
[Les n u m é r o s affectés, d a n s les n o tes q u i p r é c è d e n t, à c h a c u n e d e ces p i è c e s ’
n o u n u m é r o t é e s d a n s l’édition B arb i, s o n t ceux q u ’elles o n t r e ç u d a n s d i v e r ses
é d itio n s, p a r ex em p le, d a n s l'O x fo r d D ante de M. Moore T u tte le Opere d i D a n te
A lig h ie r i, H* édit. 1904). — De l’é a u m é r a t i o n ci-d ess u s, il r é s u l t e q u e , si le rns
205ì de C o p e n h a g u e r e p r o d u i t les q u a t r e c a u z o u i et l’u n i q u e ballad e i n s é r é e
d a u s la V ila N u o v a , ou n ’y t r o u v e q u e 19 s o n n e t s s u r les v i n g t -c in q q u e f o u r
Dirait u n tex te c o m p l e t ; les six s o u n e t s m a n q u a n t so n t c e u x q u i p o r t e n t d a n
les éd itio n s, les n u m é r o s V l I f ^ l X e t XIV à XVII ]

�166

É TUDE S

ITALIENNES

S u iven t, après un espace vide, trois pièces sans aucun ra p ­
p o rt avec ce qui précède, et qui c o m m e n c e n t et finissent ainsi .
D i q u e s t o g l o b o il c e n t r o &amp; la m o n t a g n a . . .
Mi p in se e n id i lalta c o rte m a g n a .
(iS)anza c u r a m o n d a n a u i u e o g n i s e r a . . .
p e r l u i s a r e b b e i n g i u s t o il s e m p r e g i u s t o .
( I) n c o n s o r t i o f elice u n i t i &amp; l i e t i . . .
L u n a d etta d ig r a tia &amp; laltra el so n o .
Finis.

6

. — Petrarca, C anzoni e sonetti.

Ancien fonds royal 2055, in-4°. Titre au dos : « Canzoni di
P etrarca. » Le m a n u s c rit, ainsi que la re liu re en cuir qui le
recouv re, est de la fin du xv® siècle; p a r c h e m in ; écriture
go th iq u e de la R enaissance, en petits caractères. Le p rem ier
feuillet est o rn é d’un e n c a d re m e n t com posé de long ues tiges,
avec des fleurs en or et en couleurs, et dans l’in itiale en lum inée
(U de Uoi) se trou ve un e m in ia tu r e re p ré s e n ta n t un c y g n e 1. Le
m a n u s c r it a fait p a rtie de la splendide b ibliothèque de F. Rostg a a r d “; il av ait été acquis p ar celui-ci p e n d a n t u n séjou r en
Italie (1698-99); il a passé plus ta rd dans celle du com te Chris­
tian D anneskjold S a m s ô e 3, et acheté à sa v en te p a r la Biblio­
th èq u e royale.
Cet exem plaire des C anzoni s ’accorde aussi très bien avec
l'éd itio n, m e n tio n n é e ci-dessus, de M. M od ig lia n i4. Ce texte
co m m enc e p a r ;
V o i c h a s c o l t a t e in r i m e s p a r s e il s u o n o . . .

li se te rm in e par le d ern ie r vers du s o n n e t : Io vo piangendo
i m ei passati tem p i :
T u s a i b e n c h e n a l t r u i n o n o s p e r a n z a 5.

1. Cf. Bku dn , A a r.ih eretn in g e r , e t c . , t. III, p . 274.
2. Cf. B ib /io th eca R o stg a rd ia n a , n ° 998
3. Cf. B ib lio lk e c a D a n esch io ld ia n a , u" 1 0 i.
4 . V o i r p l u s h a u t la 3* n o t i c e
5. É d . M odiglia ni , p . 156, u " 361.

�LES MANUSCRITS

7

I TAL I E NS

DE C O P E N H A G U E

167

— Boccaccio, Fiam etla.

A ncien fonds royal 2056, in-4°; belle écriture, sur papier,
du x v e siècle; les initiales n ’on t pas été exécutées. S u r un
feuillet de g ard e, ce titre : « Della fiam etta a m o ro s a del
Bocaccio. » Au bas du feuillet 1 r°, on lit : « Fridericus Rostg aard
Hafnia 1718 » ; sur la p ro v e n an ce du m a n u s c r it, n o u s
tro u v o n s cette a u tre indication dans la note s uivan te, écrite sur
un feuillet de g ard e : Ex dono nobilissim i Dom ini C hristiani
R eitzeri, S R. M. Consiliari]' justitiae &amp; u triu s q u e juris P ro ­
fe s so n s P. possidet Fredericus R ostgaard. Hafniae a. d. 1 2febr.
1718 ». Reitzer, m ort en 1736, fut professeur de dro it à l’ü n iv ersité de C openhague, et posséda une très riche bibliothèque,
qui fut achetée plus tard p ar la Bibliothèque royale.
F o l . 1 r ° : I n c o m i n c i a il

lib ro c h ia m a to elegia

d;iìej a l e d o n ( n ) e i u a m o r a t e m a n d a t o

di m a d o n ( n ) a f ì a m e t t a ,

P r o l o g o (en r o u g e ) .

( S ) u o l e a m i s e r i c r e s e c r e di d o l e r s i u a g h e ç a q u a ( n ) d o d i s e d i s c e r n o n o o
s e n t o n o in a l c u n o c o m p a s i o u e . . . e t c .
L es d e r n iè re s lignes du c h a p itr e 9

m a n q u e n t , e t le m à n u s c r i t f in it p a r :

C o n s id e r a n d o che dal una p a r te a m o r e et d al a ltr a gelo sia co(n) u a r ie tr a ­
f itte e c o ( n ) t i n u a b a t t a g l i a t e n g o n o il d o l e n t e a ( n ) i m o e t i n n o u i l o s o t ( e m ) p o
f a u o r e g i a n d o l i la c o ( n ) t r a r i a l o r t u n a . F i n i s .

g — B occaccio, De casibus viro ru m illu striu m .
Ancien fonds rovai 472, in-folio ; 108 feuillets en p a rc h e m in .
Ce sp len d id e m an u s c rit du x v e siècle a fait p artie de la biblio­
th èq u e de F. R ostgaard, qui l’a acquis en Italie, d ’après la note
suivan te, écrite sur le feuillet de g ard e : « F ridericus R ostgaard
em it Florentiae 1 6 9 9 ’ ; il fut acheté plus tard p a r le com te
1. Cf. B ib /icth eca R o stg a rd ia n a , n* 1000 e t R ib lio th eca D an esch in ld ia n a , n° 107.
— Je t r o u v a e n c o r e d a n s le c a t a l o g u e de K o s tg a a rd (n° 999) : « L’a m o r o s a
cisio ue e t la caccia di M esser G io vann i Bocchacci d a F ire n ze », n&gt;s. In-folio en
p a p i e r , où m a n q u e n t le» six p r e m i è r e s p a g e 9 ; ce m a n u s c r i t n ’e x is te p a s d a n s
la b i b l i o t h è q u e r o y a l e de C o p e n h a g u e .
2. B ib liotheca R o stg a rd ia n a , n° 251. — Ce m a n u s c r i t d a n s le c a t a l o g u e d e la
i b l i o t h è q u e de B o s tg a a r d de « n i t i d i s s im u s , m u ltis p i c tu r is s p l e n d i d u s ».

�ÉTUDES

1 6 8

D annesk jold

I TALIENNES

qui l a fait relier en m a ro q u in

ro u g e

et orner

de ses arm e s, à savo ir un cygne.
Dans les initiales, qui n ’o n t pas tou tes été exécutées, on trouve
des m in ia tu re s d’un a r t très m édiocre. Je d o n n e ici u ne liste
de ces o r n e m e n t s ’ :
Fol. 1 r° Dans l’initiale 0 : p e in tu re re p ré s e n ta n t un écusson
avec u n lion d’azu r su r un fond d ’or, et au-dessus de l’écusson,
les lettres S. P. Q. R. L ’initiale est en c ad ré e d ’or et com binée
avec des b ranches entrelacées et ornées de p lantes et d’ani­
m aux.
Fol. 1 v°. — Dans l’initiale E : Boccace avec un livre à la main
droite et s’e n tre te n a n t avec un chevalier qui ne doit être autre
que le « M agh in ard u s de C avalcantibus p reclarus Begni Sicilie
M arescallus », à qui est dédié ce livre.
Fol. 2 r°. — Dans l’in itiale 1/ : A d am et Eve, nus et cou vrant
leur nu dité avec des feuilles de figuier.
Fol. 3 r°. — Dans l’initiale F ; le g u e r rie r N ebroth debout à
côté de la to u r q u ’il a fait élever.
Fol. 4 r». — Dans l’in itiale S : Cadmus.
Fol. 5 v ’. — Dans l’in itiale E : Jocaste, qui s’est jetée sur
un e épée, laquelle lui a percé le corps.
Fol. 6 v°. — Dans l’initiale S : duel e n tre Atrée et Thyeste.
Fol. 7 r°. — Dans l’initiale A : le roi Thésée.
Fol 8 r°. — Dans l’initiale 0 : P ria m roi de Troie, sur son
trône.
Fol. 9 r». Dans l’initiale P : S am son em b ra s s a n t u n e colonne.
Fol. 10 r° — Dans l’in itiale F : Sam uel, avec un livre à la
m a in ; et, plus bas, d ans l’initiale E : Saiil, qui s’est jeté sur
son épée.
On trouv e aussi quelques pein tu re s dans les m arges.
Le texte co m m en c e ainsi :

\ . B ib lio th eca D an esch io ld ia n a , u ” 106 ; « Codex n i t i d i a s i m u s , uiulti» picturi»
jusigui» ».

2. Cf

Bbuun, Op. c i t., p . 267.

�L E S MA NUS C R I T S I TA L I E N S

DE C O P E N H A G U E

169

G e n e r o s o m i l i ti d o m i n o M a g h i n a r d o d e c a u a l c a n t i b u s d e f l o r e n c i a , p r e c l a r o P .egni S i c i l i e M a r e s c a l l o

J o h a n n e s B o c c a c iu s d e C e r ta ld o , etc.

[ L i v r e I], ü x q u i r e n t i m i h i q u i d ex l a b o r e s t u d i o r ( u m ) m e o r ^ u m ) p o s s e ( t )
f o r s a n r e i p u b l i c a e u t i l i t a t i s a d f e r r e , e tc .

Les

11

d ern ières pages son t occupées p ar les « Gesta im piis-

sim i viri n o m in e T h o m o rlen c h ».
9. Boccaccio, De claris muUeribus
et De m ontibus, etc.
Ancien fonds royal 2092, in-4°; 1 ! 8 feuillets de p a rch em in ; très
belle écritu re du xve siècle. En m arg e on tro uve les a n n o ta tio n s
d ’A n to n iu s S alvinus. 11 sem ble que les deux parties du m a n u s ­
crit soient de m ain s différentes. Dans le h au t et dans le bas du
feuillet 1 r°, ce n o m : « L ucantonij R odulphy » ; au feuillet 180,
le copiste a écrit cette date : « MCCCCI februarij X, Ticini perfeci. h o ra XXiij. Deo laudes sanctisq ue o m n ib u s ». Ce m a n u s ­
crit a fait partie de la bibliothèque de F. R ostgaard, co m m e
l’ind iqu e cette note du feuillet de g arde : « F ridericus Fiostgaard
em it F lo ren tiae 1699' » ; plus tard il a passé d ans celle du com te
D ann esk jold ', qui l’a fait relier en m aro q u in ro u g e et o rn e r de
ses arm es, à savo ir un c y g n e 2.
Le p re m ie r feuillet c o n tien t un in d ex ; au feuillet 2 c o m ­
m en ce le texte de la P re m iè re partie :
J o h (a n n e ) s b o c c ^ tiu s de c e r ta ld o M ulieri c la r is s im e A n d ré e de A cciaiolis
de florentia A lteuille co m itisse. C ap(itulo) p rim o . P r id ie m u lie ru m egreg ia
p a u l u l u ( m ) a b i n e r t i u u l g o s e m o t u a e t a c e t e r i s f e r e s o l u t u s c u r i s in e x i m i a m m u l i e b r i s s e x u s l a u d e m , etc.

Cette pre m iè re partie du m a n u sc rit se term in e (fol. 60) par :
« depereat ». — Suit la deuxièm e partie : « De m o n tib u s et
flum inis, etc. ».
Ce m a n u s c rit se disting ue p a r sa d écoratio n artistiq ue. Au
c o m m e n c e m e n t du texte, l’in itiale P, jo lim e n t exécutée, en
). B ib lio th rc a R o s tg a r d ia n a , n» 249 « Codex... m u l t i n i t o r i a ».
2. B ib /io th eca D a n e sc h iu ld ia n a , n ° (05 « Codpx... n i t i d i s s im u s ».
3. Cf. e n c o r e s u r ce m a n u s c r i t , Chr. B r o u n , Op. c it., p. 281-282.

�ÉTUDES

170

I TALIENNES

bleu, rou g e , v e rt et blanc, avec u n fond quadrillé, ro u g e et or.
De cette lettre so rte n t des entrelacs de plan tes, fo rm a n t
diverses co m b in aisons qui s’en ro u le n t a u to u r du texte, dans
toutes les m arg e s. Dans ces entrelacs son t peintes de c h a r ­
m an tes petites vig nettes où nous voyons re p résentés un copiste
à son pupitre, un h o m m e nu à gen o u x qui p a raît être un fa u ­
co nnier, un pêcheur, deux fem m es près d’une source, un
h o m m e et u ne fem m e assis sur u n ban c sous u n a rb re, etc.
Fol. 1 v°. — L’initiale S enlum in ée, et deux p eintures, re p ré ­
sen tan t, l’une u n h o m m e à cheval avec u n faucon à la m ain,
l’autre deux singes jo u a n t.
La deuxièm e p artie du m a n u sc rit, occupée p ar le De montibus, p résente é g a le m e n t des initiales en lu m inées. Au c o m ­
m e n c e m e n t du texte, .le feuillet 61 r° est aussi encad ré d ’une
g u irla n d e de fleurs et de fe uillages; çà et là, d ans les m arges
de ce feuillet on tro u v e de ces petites p ein tu re s, re p ré s e n ta n t
des objets divers, qui so n t d’u n e m ain plus récente et d ’un art
m édiocre.

10. Boccaccio, De claris mulieribus.
Fonds de Tliott

1204.

in -4 °;

134 feuillets

sur

p ap ier;

xv e siècle; re liu re en cuir. Les initiales n ’o n t pas été exécutées.
Au feuillet 1 v°, en h a u t, d ’u n e m a in récente : « Io a n n is Boccatius de h isto ria ro m a n a in sig nis libellus (voy. plus bas) perqu am elegans » ; et au-dessous : « Jo a n n is Bocatij in sig n e de
claris m ulie rib u s opus ». T h o tt a acquis ce m a n u s c r it à la ven te
de la b ibliothèque du pro fesseur a llem an d J. P. L u d e w ig 1.
La table des no m s de p erso n n es est placée au c o m m e n c e m e n t
du v o lu m e, et le texte co m m en c e par :
(P )ridie

m ulierum

e g r e g ia r u m p a u lu ln (m ) ab in erti

u u lg o s e m o tu s et a

c e t e r i s f e r e s o l u t u s c u r i s in e x i m i a r a m u î i e b r i s s e x u s l a u d e m , e t c . — D e r ­
n i e r m o t : « d e p e r e a t 2 ».

\ . Cf. C a ta lo g u s... J o a n n is P é tri de L u d e w ig , m s. 602 Halle 4745).
2. Cf. p a r e x e m p l e , l'é d itio n de L o uv aio , 1487.

�L E S MA NUS C R I T S I TA L I E N S

DE C O P E N H A G U E

171

Au feuillet 119 r® com m ence un C om pendium rom anae bisto­
rta e, ^faussem ent attrib u é à B occace 1 ».
1 1 . L u cius Annasila Seneca., A d M artia [et : ad E lb ia ]
della consolatione del fig liu o lo 2.
Ancien fonds royal 1908, in-4° : Belle écriture sur p archem in,
xv* siècle. Au bas du p rem ier feuillet cette n ote : « Fridericus R ostgaard em it Venetijs, 1G9911 » ; à la vente de la b ib lio ­
thèque de R ostgaard, ce m s. fut acheté p ar le com te Danneskjold*. L’in itiale du p re m ie r feuillet 5 (Si) est exécutée en
o r; dans la m arg e inférieu re de cette m êm e page feuillet 1 r"),
dans un o rn e m e n t du m êm e style, se re m a rq u e un m édaillon
e n to u ré d ’une co u ro n n e de la u rie r; dans ce m édaillon étaient
jadis peintes des arm oiries, m a in te n a n t effacées5.
I n c i p i t : (fol. i r “) : « L u t i o A n n e o S e n e c a a d m a r t i a

della co n so latio n e

d e l figliuolo. — Si non s a p e s s i, m a r tia , le ta n to e s s e r e aliena d a l l a i n s t a b i ­
l i t à d e l l a n i m o m u l i e b r e q u a n t o d a g l i a l t r i u itij, e t i t u o i

costum i e ssere

r a g u a r d a t i c o m e u n a n o b i l e e t a n tic a r a p p r e s e n t a t i o n e , n o n a r d i r e i s o c c o r ­
r e r e ad d o lo re t u o , alq u a le u o le n tie ri e tia D d io g l u o m i n i excellenti sta n o et
« o p r a s t a n o , ne a r e i p r e s o s p e r a n z a d i p o t e r e f a r e in s i c a t t i u o t e m p o , s o t t o
si i n i m i c o g i u d i c e e t in si i n u i d i o s a c a u s a , c h e l a s c i a s s i a n d a r e la t u a f o r ­
t u n a , e t c . ».
E x p l i c i t : « A l l o r a e g l i r i g u a r d a ciò c h e t r a i ci e l o e t la t e r r a g i a c e p i e n o
di p a u r a , c i o è q u e s t o s p a t i o c o n t a n t o r o r n o r e e t i m p e t o p e t u o n i e t s a e t t e
et p e soffiam enti de u en ti, et pel c a lc a r e d e ll’ a c q u a et della n e u e et d ella
gran d in e.

A llora

considerate

q u e s t e c o s e b a s s e , e g l i s e n e u a a q u e l l e in

a n i m a , e t q u i u i r i c o r d e u o l e d e l l a s u a e t e r n i t à q u a n d o r a g u a r d a le b e l l i s s i m e
c o s e d i u i n e , e t u e d e o g n i c o s a c h e m a i fu e t c h e m a i s e r a in t u c t i s e c o l i ».
« F i n i s c e e l i b r o di L u c i o A n n e o S e n e c a d e l l a c o n s o l a t i o n e a d E l b i a

su a

m a d r e ».

P. H ogberg .
1. Cf. l’éd itio n de T h e o h a ld S p en g el, i n t i t u lé e : « J o a n n i s Bocatij C o m p e n d i u m
r o m a n a e h isto r ia e », Cologne 1534.
2. Cf. V olg arizzam ento i n e d i t o della co n s o lazio n e ad Elvia ed a Marcia. Testo
di l i n g u a t r a t t o da u n codice V aticano, p u h l . da G. Spezi, Roma 1868 ( Z a m b r i n i ,
Opere, v o lg a ri a sta m p a dei secoli X I I I « e t X I V e, 4« éd it. (1878), 931).
3. R ib lìo th eca R o ^tg a rd ia n a , n° 988 •&lt; C hara ct»re n i t i d i s s im o ».
4. R ib lio th eca D a n esch io ld ia n a , n* 109.
5. S u r ce w s . , on p e u t v o ir e n c o r e Çh r. B r o u n , Op. c it., t. III, p . 273.

�Vapiétés.

« A l c u n o » in th e s e n s e of « n e s s u n o » in D a n t e an d
other m ed ie a v a l w r ite r s.
T here are two passages in the D ivina C om m edia w h e re it
has been claim ed th a t alcuno, w ith o u t a negative particle, is
used in the sense of nessuno, in the sam e w ay as the F rench
a u cu n , n am ely In fern o III. 42, an d XII 9.
In the fo rm e r passage, Virgil tells Dante th a t the souls of
those w ho lived on ea rth « Senza infam ia e senza lodo » are
rejected from Hell proper,
« C h e a l c u n a g l o r i a i r e i a v r e b b e r d ’el l i ».

In th e second passage, Dante com p ares th e p re cipitous des­
ce nt by w hich he and Virgil ap p ro a c h the sev e n th circle of
Hell, to a rock so s h attere d fro m top to b o tto m ,
(( Ch* a l c u n a via d a r e b b e a c h i s u f o s s e )).

I
do n o t p ro pose to recapitu late the a r g u m e n ts of the c o m ­
m e n ta to rs for a n d ag a in s t this in te rp re ta tio n of alcuno in the
n egativ e sense in these tw o passages, b ut m ere ly to deal w ith
one a r g u m e n t a g a in st it w hich was p u t fo rw a rd by Blanc, and
su b seq uently adop ted by S carta^zini. Blanc says in his Voca­
bolario Dantesco : « ju s q u ’ici on n ’a tro u v é au cu n exem ple sûr
à ’alcuno pris dans le sens français A’au cu n , k einer ». Scartazzini goes fu rth e r an d w ith ch arac te ristic v ehem ence asserts
in his note on I n f. XII. 9 in his Commento Lipsiense (Leipzig,
1874), « a lm tio non si usa m ai nè poi m ai per nessuno »,' — an
asse rtio n w hich is repeated in his Commento Milanese (Milano,
1893), but is modified in the second edition of the form e r
(Leipzig, 1900 , as well as in his Enc&gt;clo/&gt;ed&gt;a Dantesca (Milano,
1896). 1
But as long ago as 1644 the g r a m m a r i a n M arcantonio Mambelli, w h o w ro te u n d e r the p s e u d o n y m of Cinonio, in his Osser­
v a zio n i it ella L ingua Ita lia n a , Parte Seconda, in cui si tratta
delle P articelle, published at F e rr a ra in th a t year, d re w a t t e n ­

�V AR I É T É S

173

tion to tw o passages in the Convivio of Dante, in w h ic h alcuno
is used in this negative sense; n am ely : « alcuna sensibile in
tutto il m ondo è più degno di farci esem pio di Dio, che il sole »
(« no object of sense in the whole w o rld is m o re w o rth y to be
m ade a type of God th an the Sun », Co&gt;io. III. 12, 11 52 -4 )’ ;
and « il desiderio è difettiva cosa, che alcuno desidera quello
che ha, m a quello che non ha » (« desire is s o m e th in g defective,
for no one desires th a t w h ich he has, but th a t w h ich he has
not », Cono.-III. 1511 31-3). Not all the texts, it is true, read
alcuno in these passages. The k 'tn io princeps for in stance (Flo­
rence, 1490 : « Im presso in Firenze p er ser F rancesco bonaccorsi Nel a n n o mille qu attro c en to n o u a n ta A di. XX. di septem b re »), and the second edition (Venice, 1521 : « S ta m p a ta
in venetia per Zuane A ntonio : et I' radelli da Sabio : Ad in s ta n tia
de Nicolo e Dom inico dal lesus fradelli. Nel A nno del S ign ore.
M.D.XXI. Del iMese di O ttubrio »), an d a p p a re n tly all m o d ern
editions, read nullo. But the third (Venice 1529 : « Im presso
in Vinegia per Nicolo di Aristotele detto Zoppino nell Anno
di n o stra salute R eg nante 1 Inclito P rin cip e A n d re a Gritti.
MDXXIX ») a n d fou rth Edition (Venice, 1531 : « Im presso in
V i n e g i a p e r M archio Sessa nell A nno di nostra salute re g n a n te
l’inclito P rincipe A n d re a Gritti. MDXXXI »), w h ich pre sum a b ly
follow a m a n u scrip t trad itio n , give the passages w ith aicuno,
as quoted by M ambelli.
This circum stance led me to ex am in e th e text of the Convivio
t h ro u g h o u t in these two editions, w h ich it sho u ld be noted,
th o u g h issued by different p rin ters, are not in d ep en d e n t, the
text of Marchio Sessa being obviously based, w ith occasional
divergences in the m a tte r of o rth o g ra p h y , upon th a t of his
im m e d ia te predecessor. The resu lt of m y -ex am ination was the
discovery in this text of n u m ero u s o th er instances of the n eg a­
tive use of alcuno in passages w h ere the o th e r editions read
uul/o or nessuno. The follow ing are som e of the m ost s trik in g
of these passages :
Conv. I. 4, 11. 6 6-8 : « È da sap ere che l’huomo è da più p a rti m acolato,
E t come dice A ugustino, a lc u n o (E dd. i49°»
: n u llo ) e sanza m acola »
(« i t m u s t b e r e c o g n i z e d t h a t m a n is in m a n y r e s p e c t s b l e m i s h e d , a n d , a s
A u g u s t i n e s a y s , n o o n e is w i t h o u t b l e m i s h ) ».

. T h e line refereuCe9 are to t h e text of t h e

Dante.

Convivio as p r i n t e d in t h e Oxford

�174

ETUDES

ITALIENNES

Conv. I. 7 , 11. 91 -5 : « S a p p ia c ia sc u n o che alcuna (E d d . 1 ^ 90 , 1 0 2 1 *
nulla) cosa p e r legam e m u sa ic o arm on izzata s i p u ò dalla sua loq u e la in
a ltra tram m utare sanza ro m p e re tutta su a dolcezza et a rm on ia » (« no th in g
w h ich is w ritten io the h a rm o n y of m etre can be tran slated fro m its ow n tongue
into anothe r w ithou t its ch a rm and m u sic b e in g a lto g e th e r d e s tro y e d »).

Conv. I. 9 , 11. 4 i -2 : alcuna ( E d d . 1 490 , i 5 2 i : nulla) cosa è utile, se
non in q uan to è usata » (« n o th in g is use fu l except in so far as it is m ade
u se o f »).

Conv. I. 1 0 , 11. 48-5o : « alcuna (E d d . 1 ^ 9 0 ,

52i :

i

nulla ) gran d e zza può

lo h u om o bavere m a g g io re , che que lla della v e rtu o sa o peration e » ( &lt;( a man
cannot have a n y g re a tn e ss h ig h e r than that of v ir tu o u s action »).

Conv. I I . 5, 11. 98-9 : « alcuno ( E d d .

1490 , i 5 2 i : nullo) effetto è m a g ­

g io re d ella ca gion e » (&lt;c no effect is g re a te r thau its cause »).

Conv. I I . 9 , 11. 75-7 : « C ia s c u n o è certo che la na tura hu m ana è perfet­
tis s im a d i tutte T altre nature d i qua g iù . et q ue sto alcuno (E d d . 1 /190 , 1621 *

nullo ) lo n ie g a » (« everyone is con vin ce d that h u m a n nature is the m ost
perfect o f all n a tu re s here b e lo w ; and th is n o b o d y d en ies »).

Conv. I l l , 6 , 1. 77 ^ « alcuna altra delettatione (E d d . 1490 , i 5 2 i : nulla
delettatione) è s ì g ra n d e » (« no o th e r p le a su re is so g re a t »).

Conv. 111. 1 1 , 11. 1 2 6 - 7 : « alcuno ( E d d . 1 4 9 0 , i 5 2 i : nessuno ; O xf. :
nullo) su o p e n sie ro ad altre cose la scia d iste n d e re » (« sh e d oe s not allow
a n y o f h is th o u g h t s to be diverted to o th e r t h in g s »).

Conv. I Y . 3, 11. 16-17 • (( alcuno (E d d . 1 490 , i 5 2 i : nessuno ; O xf. : nullo)
si m e ra v ig li se per molte d iv is io n i s i p ro cede » (« let no one be s u r p r is e d
if m a n y s u b d iv is io n s are m ade as we proceed »).

Conv. I V . 4&gt; 1* 5 : « alcuno ( E d d . 1 490 , i 5 2 i : nessuno ; O xf. : nullo) per
sè è sufficiente 0 (« no one b y h im se lf is able »).

Conv. I V . 6 , 11. 89-90 : « di alcuna cosa m o strare ( E d d . 1 490 » i 5 2 i : di
nulla m o stra re ) d o lo re , d i alcuna altra m o stra re (E d d . 1490 . i 5 2 i : d i nulla
m o stra re ) a lle g re zza » (« not to sh o w

so rro w

fo r any cause, not to sh o w

jo y fo r a n y cause »).

These n u m e ro u s exem ples, w h e th e r th ey be due to Dante
him self, or to the scribe of the m a n u s c r ip t fro m w h ich the
text of the edition s of 1529 an d 1531 was derived, a t a n y rate
p rov e t h a t th e n eg ative use of alcuno was by no m ean s n o n ­
existent as was im p lied by Blanc a n d asserted by Scartazzini.
Nor a re these isolated instances, for I find th e follow in g from
w rite rs c o n te m p o ra ry w ith Dante reg istered in th e Vocabolario
of T ra m a te r (1826); nam ely, in the V olgarizzam ento de’ Dia­
loghi, d i San Gregorio by Dom enico Cavalca (c. 1270-1342) :
« In t u t t a la c itta d e n e llo s t u d i o d e lle l e t t e r e a j p e r s o n a

alcuna f u s e c o n d o ».

^ « b e w a s s e c o n d t o n o n e i n t h e w h o l e c i t y i n h i s z e a l f o r l e t t e r s #).

�VARIÉTÉS

175

A nd from the sam e.
« N o n poteva ottenere d i a ndarvi, perchè il

p o p o lo

Rom ano

p e r cosa

alcuna voleva con sentire » (cc he w as unable to go becau se the H o m a n people
w o u ld on no account give th e ir co n se n t »).

F ro m th e Cento Novelle A m iche (th irte e n th ce ntury) :
(( M e n tre che il m edico diceva queste parole, co m in c iò il gio v a n e s ì d iro t ­
tamente a p ia n ge re , che ritenere in alcuno m odo s i poteva » (« w h ile the
p h y sic ia n w a s th u s sp e a k in g , the y o u th

be g an to weep so vio len tly, that in

no w ise cou ld he be re stra in e d »).

A n o th e r in stan ce is quoted by T o r r a c a ', in his n ote on I n f .
XII. 51, in the fou rth edition of his c o m m e n ta r y on the Com­
m edia, from Cecco A ngiolieri of S iena (c. 1250-1313) :
« E tanto p ia n g o che tutto m ’im m ollo,
C’alcuna cosa m ’a le gg ia d o lo re ».
(« I weep so so re that I am bathed

in tears, fo r there is n o u g h t that can

a lla y m y g rie f ».)

To these m ay be added tw o later instan ce s g iv en in the last
edition (Firenze, 1803) of the Vocabolario della Crusca. The
first is fro m the Rim e of Boccaccio (son. I) :
« Alcun le g n o con vela, o con vogare
Sc am p a ti ci ha da p e r ig li im m in en ti
F ra d u ri s c o g li e le secche latenti.
M a sol C o lu i che ciò che vu o l p u ò fare ».
(« N o b a rk w ith sail o r o a r h a s saved u s fro m the p e rils th re a te n in g from
ro c k y coa st and h id d e n sh o a ls, b ut H e alone w ho h a s

the p o w e r to do

that w h ic h H e w ills »).

The o th e r is from the Cronica (1412-1430) of B uonaccorso
P itti :
« C h ’i o g l i p r o m e t t e s s i c h e
eg li

non

ne

fo sse avvisato

alcuna o f f e s a s i f a r e b b e a l d e t t o , s e i n p r i m a
» (« T h a t I c o u ld p r o m i s e h im

th a t no h a rm

s h o u l d b e d o n e t o t h e s a i l i n d i v i d u a l w i t h o u t h i s f i r s t b e i n g a p p r i s e d o f i t ))].

P ec. at T o y n b e e .
1. T o r r a c a , I m a y o b s e r v e , is o n e o f t h e few. i f n o t t h e o n l y o n e , o f t h e m o r e
r e c e n t c o m m e n ta t o r s , w ho a d o p ts th e n e g a t iv e in t e r p r e t a t i o n of « a lc u n a via »
i n Inf. XII 9.

�Q uestions UrriVer»sïtair»es

A g r é g a t io n

d ’i t a l i e n

et

C e r tific a t d ’a p t i t u d e .

E xtra it du rapport du Président du ju r y sur les concours
de ju ille t 19'2U.
Com m e pour tous les concours de cette année, la tâche du ju ry
chargé d ’exam iner les candidats à l ’agrégation et au certificat d’apti­
tude d’italien 1 a été particulièrem ent laborieuse. Ces candidats, en
vertu des décisions prises en 19 19 -19 2 0 , se répartissaient en
plusieurs groupes : A g r é g a t i o n , candidats dém obilisés après l ’a rm is­
tice ou réform és (coacours spécial), sept in scrits; candidats non
m obilisés (concours norm al, n eu f in scrits, dont sept fem m es;
adm issib les des concours antérieurs, huits in scrits, dont quatre
étaient d ’anciens m o b ilisés; — C e r t i f i c a t , concours spécial, quatre
in scrits ; concours norm al, vin gt-six in scrits dont un hom m e. Au
total : seize candidats d ’écrit à l ’agrégation, plu s huit déjà déclarés
adm issib les et trente candidats d’écrit au certificat.
E n réalité, p lu sieu rs in scrits ont renoncé à se présenter — un au
concours spécial d ’agrégation et un ancien a d m issib le, cinq au con­
cours norm al du certificat
, et deux se sont retirés au cours des
épreuves d ’agrégation — un, le second jo u r des épreuves écrites,
^concours norm al), et un, à sa seconde épreuve orale (ancien ad m is­
sible) ; au certificat (concours spécial), un concurrent s’est retiré le
second jo u r des épreuves écrites.
Le nom bre des candidats à recevoir n’était lim ité que pour les con­
cours norm aux : Agrégation, trois hom m es, une fem m e : Certificat,
1. Le j u r y é t a i t c o m p o s é d e MM. H . H a u v e t t e , p r o f e s s e u r à 1 U n i v e r s i t é
d e P a r i s , p r é s i d e n t , P . H a z a r d , p r o f e s s e u r à ¡’U n i v e r s i t é d e L y o n , c h a r g é d e c o u r s
à

l ’U n i v e r s i t é

de

Paris, e t

A.

V alentin,

professeur

au

ly c é e

de

G renoble.

P a r s u i t e d ’u n e m a l a d i e s u b i t e , s u r v e n u e a p r è s q u ’il a v a i t a c h e v é la c o r r e c t i o n d e
ses c o p ie s , M V a l e n t i n a d û r e n o n c e r à p a r t i c i p e r a u x é p r e u v e s o r a l e s , a u x vifs
r e g r e t s d e ses c o l l è g u e s . 11 a é t é r e m p l a c é a v e c b e a u c o u p d e c o m p é t e n c e
p a r M P . R o n z y , a g r é g é d ’i t a l i e n , m a î t r e d e c o n f é r e n c e s
à l ’U n i v e r s i t é d e
Gre n o b le.

�Q UE S T I ONS

U N I V E R S I T A I RE S

177

trois hom m es, deux fem m es. Le nom bre était indéterm iné et laissé à
l ’appréciation du ju ry pour les concours spéciaux et pour les
anciens ad m issib les, c’est-à-dire qu ’il était subordonné à la valeur
des épreuves. Des instructions en date du 16 ju ille t 19 19 portaient
que les anciens adm issib les ne pourraient être définitivem ent reçus
que s’ils obtenaient une moyenne au m oins égale à la m oyenne
générale des notes obtenues à l ’oral par les candidats adm is aux
quatre concours antérieurs à 1914- Le ju r y s’est in spiré d e là m êm e
règle pour toutes les catégories de candidats, et il n’a proposé pour
l ’adm ission définitive aucun concurrent inférieur au niveau général
des concours précédents; il a seulem ent noté avec une nuance de
bienveillance marquée ceux q u io n t e u i supporter les lourdes fatigues
et les dures épreuves de la grande guerre.

A g r é g a t io n .

Au concours norm al, deux candidats m asculins ont obtenu des
notes élevées tant à l ’écrit qu'à l ’oral, l ’un des deux surtout, avec
deux leçons brillantes et une excellente prononciation italienne. Une
des candidates s ’est égalem ent distinguée par quelques épreuves qui
tém oignent d ’un ju gem en t solide et d ’une bonne disciplin e intellec­
tuelle.
Au concours spécial, bien que les concurrents aient eu visiblem ent
plus de peine à soutenir ju s q u ’au bout le gros elîort exigé par ces
d ifficiles épreuves, deux d ’entre eux ont surm onté victorieusem ent
tous les obstacles, l'u n et l ’autre avec des épreuves distinguées, où
se révèlent de bons esprits, bien préparés.
Parm i les anciens adm issib les, un seul a fait preuve de qualités de
ju gem en t, de goût, de m esure, avec une inform ation précise et une
belle prononciation, qui lui ont perm is de se classer en très bon
rang, pour les épreuves orales, parm i les candidats ad m is de cette
session. Le ju ry a confiance que ces six nouveaux agrégés feront hon­
neur à l ’enseignem ent de l ’italien dans nos lycées.
V oici les sujets q u ’ils ont eu à traiter.
C om positions écrites. — Concours norm al. Thèm e, A. de V ign y, La
m ort d ’un poète (Slello ) : « Il était à dem i-couché... Ce n’était plus
G ilbert, car il ne put en dire davantage ». — Version, F. Sacchetti, Can­
zone ai Signori di Firenze, 1378 (66 vers). — D issertation en italien :
« Siccom e m i pajon ridicoli tanti Italiani ed In glesi, che tutto voglion
francese, e spregian le cose patrie, cosî parm i ridicolo chi spregia
tutto il francese, vuol solo il patrio. lu vece di criticarsi perpetua-

�178

ÉTUDE S I T A L I E N N E S

mente l’un l ’allro, e dispregiare l ’altru i, perchè m ai, ditem i perche
non si fa una lega piuttosto tra le provincie d ’Italia, anzi tra i regni
d ’Europa? Siam o pur ingegnosi per ristrin gere il circolo della vita e
del piacere, e piuttosto siam o pur pazzi per m arcire nella nostra
superba m iseria ! V i son delle cose proprie alle nazioni, leggi, cos­
tu m i, religioni ; ve ne sono che dipendon dal clim a, dalla s itu a z io u
del govern o; bastino queste a distinguere g li uni d agli altri. Ma
nelle cose che ponilo ch iam arsi un fondo un iversale della natura
com une a tutti, perchè non godiam o dei beni altru i, e non li fac­
ciali! nostri proprj ? » (S. B e t t i n e l l i , Lettere sopra varj a rg o m e n ti

di Letteratura scritte da un Inglese ad un Veneziano). — D is s e rta tio n
française : « Les caractères de fem m es dans la Jéru salem délivrée ».
— Concours spécial : Thèm e, G. Flau bert, Passage d u Macar
(Salammbô, chap. VIII) : « Au coucher du soleil l ’arm ée ^ortit de Car­
tilage... la phalange venait e n s u ite ». — Version, Bindo di Cione da
Siena, Canzone di R om a, i 355 (fragm ent de 66 vers) — Dissertation
italienne : Lo s p i r it o nazionale italiano e le influenze s t r a n ie r e nel
Settecento. — D issertation française : T. Tasso a-t-il réussi à faire
de la Jérusalem délivrée un poèm e épique?
Épreuves orales. — Pour ces épreuves, les candidats ont été répartis
en quatre gro u p es; dans chaque groupe, deux ou trois candidats
consécutifs ont traité le m êm e sujet.
Thèm es. — R . Bazin, Les Oberlé, II, p. 68-69 : « Par le chem in
qui m ontait. . on apercevait les pentes d ’un toit ». — Th. Gautier.
Le rom an de la momie, ch. V III : « De la m u raille du ja rd in ... par
les nouveaux paniers qu ’on y versait ». — Anatole France, Sylvestre
B onnard, ch I : « J ’avais chaussé mes pan toufles.., q u ’ il était m al­
séant de déclam er ainsi ». — G Flau bert, S dammbô, eli. X III : « Il
n ’avait ja m a is p en sé... referm a la porte derrière lu i. »
E xplications préparées. — Enéide , V I, 535- 543 ; Lorenzino d e ’
M edici, p. 170 , ligne 8 à 17 1 ligne 8 ; P arin i, Mattino, v. 583- 5 g 8 . —E n é i l *, V I, 6 16-624; Lorenzino, p. 182, 1. 18 à i 83 (entière); Métas­
tase, Clemenza di Tito, atto III, se. 1 1 . — Enéide V I, 575-584 ; Geru­
salemme liberata, X V I, 47-00; Goldoni, Pamela, atto I, se. 17 . —
Enéide, V I, 548 -5 5 6 ; D ante, Inferno. X , 7 3-g 3; ¡‘amela, atto 11,
se. i 4 - — Eneide, V I, 4 i 7-4 23; M ichel-Ange, Rime, C IX, 36 et 77 ;
De Sanctis. t. II, p. i4 2 -i4 3 . — Le com m entaire du texte m oderne a
été fait en italien, et le ju r y a indiqué quand il estim ait que la tra­
duction en français pouvait être o m ise ; cette façon de procéder a
donné de bons résu ltats; elle sera m aintenue.
Leçons. — Condizioni politiche d ell'Italia dopo il i 53 o ; Il canto

�OÜES TI OMS

UNI VERSITAI RES

179

décim o d e ll’In fern o ; Il personaggio d i V irg ilio nelFInfern o; F. De
Sanctis critico del T a sso ; M etastasio e le rególe délia traged ia; la
personalità di Lorenzino dei Medici quale si rispecchia nelI’Apologia. — Style et versification de Métastase dans la Clemenza di Tito;
Style et versification de Parini dans le Mallino ; Que fau t-il entendre
par le lyrism e de M ichel-Ange quand on parle de ses œ uvres de pein­
ture et de sculpture? Place de l’école vénitienne (de Titien au Tintoret) dans l ’art de la Renaissance italienne ; La sensibilité de Goldoni ;
La résistance de l ’ Italie à la R éform e; Le chant X X V I de l ’Enfer.
Espagnol. — Revista de Archivos y bibliotecas, t. 38 (19 18 ), p. 424 3 ; t. 39, p. 3 0 7 ; t. 4 o, p. 207-208 et p. 554- 555 .
C

e r t if ic a t

.

Le concours norm al a donné d ’excellents résu ltats; si une troisièm e
place avait été accordée aux fem m es, elle aurait récom pensé une
candidate fort m éritante, qui se trouve ainsi payer cher quelque
in égalité dans ses épreuves orales. Les cinq adm issibles avaient
atteint, pour les épreuves écrites, un niveau sensiblem ent égal
à celui de leurs devancières de l’année précédente, m ais les
épreuves orales ont été très supérieures : deux lectures expliquées
ont paru excellentes, et ont révélé un m aniem ent rem arquable de la
langue italien n e; une épreuve de com m entaire gram m atical n’a pas
été m oins bonne. Les deux concurrentes classées en tète de liste et le
candidat m asculin, qui se range im m édiatem ent après elles,
possèdent des connaissances solides et beaucoup d ’autorité. Il
convient d’ajouter que plu sieu rs épreuves écrites ont été ju gées
faibles : treize concurrentes sont restées au-dessous de la moyenne,
et parfois fort b as; tr o is d ’entre elles ont obtenu des notes de français
élim in atoires. A l ’oral, une des adm issibles a fait preuve d ’une inex­
périence et d ’une tim idité qui lu i ont été fatales, bien q u ’elle sem ble
bien posséder la langue italienne.
Le concours spécial a été d ’une faiblesse surprenante : le seul can ­
didat qui eût fait un thème correct s’est retiré après cette épreuve;
les trois autres ont eu de 12 a i4 points au-dessous de la moyenne.
Les sujets traités ont été les suivants : .
C om positions écrites. — Concours norm al : Thèm e, Th. G autier ;
.« La tem pête augm en tait...... des lueurs vitrées passaient sur le
globe de l ’œ il » (Capitaine F racasse , t. I, ch. IV ); — Version,
G. B N iccolini, monologue, d ’Arnaldo da Brescia (atto III, sc. 1);
« L ’onda del vo lgo .,. La liberta del v o lo a i suoi pcnsieri » ; Com po­
sition en langue italienne : Si suol dire che nei suoi personaggi

�180

ÉTUDES ITALIENNES

Dante ha ritratto m olta parte di sé stesso. C hiarite tale giudizio, com ­
mentando qualche episodio a voi ben noto ;
Com position française :
E st-il ju ste d ’appeler Goldoni le M olière italien? — Concours spécial,
Thèm e : Balzac. Paysage du D auphiné (Le médecin de village, ch. I) :
« Çà et là des ch aum ières...... où le soleil enflam m e le ciel pu r » ; —"
L. B. A lberti, Della fam iglia : » Qual più incerto e d u b b ioso...... e
da qualcuno degli a ltri non saputo » ; — Com position en italien :
Per quali caratteri specifici il poem a cavalleresco si contrappose, nel
secolo X V I, a ll’epopea di stam po classico? — Com position française :
Dans quelle m esure le Giorno de P arin i appartient-il au genre didac­
tique? A quels autres genres peut-on le rattacher?
E/jreuves orales. Thèm e : E d. Bod, (dans Des Granges, Morceaux
choisis : « Beprésentez-vous un petit la c...... sa gravitation particu­
lière » ; — Version im provisée, G. Verga, Mastro don Gesualdo. « L ’aia
era vasta quanto una piazza...... un cappellaccio di paglia in testa » ;
— Lecture expliquée, Dante, Inferno, X, 52-78, et Tasso, Gerus.
lib , X II. 67-70; — traduction e t com m entaire gram m atical. L o re n z in o
dei M edici, Apologia, p. 160, 1. i 3 à p. 162, 1. 2 ; et P arin i, Mattino

475 - 498 .
Le ju r y tient à exprim er son désir de vo ir s’am éliorer l ’épreuve de
thèm e oral, tant à l ’agrégation q u ’au certificat. P lusieu rs candidats
savent traduire le texte proposé, après cinq m inutes de réflexion,
avec aisance et sûreté; m ais ceux-là m êm es renoncent trop facile­
m ent à revenir sur leur traduction pour la com pléter, l ’am éliorer ou
sim plem en t la com m enter; c’est là cependant q u ’apparaîtrait leur
aptitude à rendre cet exercice profitable pour des élèves. Pendant les
cinq m inutes préparatoires, et au cours de la traduction, le candidat
peut noter su r un papier les points su r lesquels il se réserve de reve­
n ir; s i ce n’est pas pour^se corriger, ce peut être pour faire d ’utiles
rem arques de vocabulaire. Un des textes traduits p a r les candidats
à l ’agrégation' B . Bazinj contenait par exem ple l ’expression « la
pointe d ’un clocher », qu i a été traduite successivem ent p a i punta,
cuspide, guglia; ces m ots sont-ils synonym es? Lequel convient le
m ieux ici? Il y était encore question de corneilles « qui volaient
aidées par le vent du nord », ce qui a été traduit tour à tour par
spin te, sostenute, aiutate, secondate, il fau d rait savoir reconnaître la
traduction la plus ju ste L’ expression « depuis sa petite enfance »
perm ettait d’observer que le m ot in fa n zia , à lu i seul, traduit cette
idée, par opposition à puerizia, m ais q u ’on d irait p lu s s i m p l e m e n t
encore fin da bambino « Je t’aim e, Alsace », s’écrie le personnage de
B B azin ; l ’un traduit par lo t umu, l'au tre par ti voglio bene ; c’est

�Q U E S T IO N S

U N IV ER SIT A IRES

181

l ’occasion de définir l ’em ploi très sensiblem ent différent de ces deux
locutions
et encore de celle-ci : m i p ia c i - , et de ch oisir en consé­
quence. La syntaxe m êm e trouve naturellem ent sa place dans ces
rem arques; dans la phrase « des perches réunies et form ant des fais­
ceaux »; dira-t-on fo r m a n d o , f o r m a n t i , che f o r m a n o ? Il n’est pas
nécessaire que ces observations soient très nom breu ses; m ais il
n ’y a pas de texte qui ne puisse en suggérer trois ou quatre. Le
m érite d ’un professeur consiste à les apercevoir et à en tirer un bon
parti. Mais c ’est un exercice auquel il faut s'en traîn er...

P r o g r a m m e d es co n co u rs de 1921.
*
A g r é g a t io n

d ’I t a l i e * .

1 . Histoire de la littérature et de la civilisation.
i re Question.
2e Question.
3 ° Question.
x v ic siècle.
4 ’ Question.

— Le Purgatoire de Dante.
— L’art à Florence de i 4 oo à i 466 .
— Le problèm e de la langue italienne du x iv s au
— L'Italie de 1789 à i 83 o.

II. A uteurs pour les explications orales.
V irg ile. — E néide, V I, 628-755.
Dante. — Purgatorio, III, X et XXXI ; — De vulgari eloquentia,
1. 1, c. 16 et 17 .
Boccaccio. — Decamerone, Giornata X, nov. 4 , 5 , 7, 9.
L. B A lberti. — Della P ittu ra , 1. II et III.
Prose filologiche (La questione della lingua)-, p. 1-86 ; éd .F . Fòffano ; Florence, Sansoni.
P. Aretino. — L'Orazia.
U. Foscolo. — 1 Sepolcri.
G. Bérchet. — Lettera semiseria di Grisostomo.
D'Ancona e Bacci. — Manuale della lett. ita!., t. V : extraits de
V. C u o c o (p i 32- i 38) et de P. Colletta (p. 16 5-173).
A. Manzoni. — L conte di Carmagnola.
Leopardi. A ll'Ita lia ; B ruto minore-, la Sera del dì di festn ; il Pen­
siero dominante ; Amore e Morte ; A sé stesso.

�I

B ib lio g r a p h ie

Ch. Fr. Crâne. Ilalian social cvsioms o f tke sixteenlh. Ctnlury, and their influence
on the literatures o f Europe. New Haven, Yale University press, 1920, in - 8 , xv-

689 pages.

Nous ne pouvons qu’annoncer très sommairem'ent ce beau volume, dans
lequel un admirateur de la civilisation italienne et française des xvi6
et x v i i 6 siècle, un infatigable chercheur, a recueilli et soigneusement olassé
Ps trésors d ’érudition amassés par lui au cours de trente ans de lectures
assidues. Discuter une seule partie de ce travail considérable nous entraîne­
rait beaucoup trop loin : il nous suffit de dire que l ’historien de la vie de
Société en Europe y trouvera réunis des matériaux considérables. Avec une
modestie et une bonne grâce parfaites, l’auteur indique lui-même les
défauts de son œuvre : plusieurs fois interrompu et repris, écrit dès 1897
dans sa majeure partie, l’ouvrage se ressent de cette exécution fragmen­
taire; malgré un soin très méritoire pour signaler les travaux les plus
récents, certaines parties révèlent une information un peu démodée. Par
exemple, en' ce qui concerne le rayonnement de l’œuvre de Boccace en
Europe, l’auteur en est encore, pour la France, à La Croix du Maine et à
Birch-IIirschfeld; pour l’Espagne, il ne paraît pas connaître les publicalions de Sanvisenti et de Farinelli. Ces inconvénients ne ressortent que de
la considération de la date inscrite sur le titre; rappelons-nous que le livre
remonte en réalité à une. vingtaine d ’années, et nous n’aurons plus aucune
difficulté ù en proclamer la haute valeur, à louer la richesse, la variété et
l ’ampleur de l’information. Les chapitres IX-XIII (plus de 200 pages) trai­
tent de l’influence de l’Italie sur la vie de société en France, en Angleterre,
eri Allemagne, en Espagne, avec une abondance que l’on ne trouvera égalée
nulle part. Le défaut principal de l’ouvrage (et ces brèves observations le
font assez ressortir) est qu’il embrasse trop de choses : de là le retard de sa
publication et de ilà aussi les inégalités qu’on y peut relever. L’effort de
synthèse tenté par M. Th. F. Crâne est trop vaste, et entravé par trop d ’ana­
lyses, par trop de renseignements particuliers; il y a là la matière de plu­
sieurs volumes, capables de stimuler l’ardeur de plusieurs spécialistes. Il
reste au savant professeur américain l’incontestable mérite d ’avoir affronté
cé grand et beau sujet, d’en avoir aperçu tous les aspects principaux, et
d’avoir mis courageusement entre nos mains les précieux résultats de scs
enquêtes, sans se dissimuler les lacunes qu’y remarqueront, par la force des
choses, ceux qui en tireront le plus de profit,
Henri H a u v e t t e .

�BI BLI OGRAP HI E

183

I

Gabriel Rouchès. Le Caravage.

(Collection A rt et esthétique). Paris, Alcan, 1920,
128 p , 24 planches.

Si le nom du Caravage est bien connu en France, sa personne et son
œuvre le sont beaucoup moins. Il appartient à une époque de l’art italien
depuis ilongtemps tombée en discrédit. M. Gabriel Rouchès, auteur d’un
excellent livre sur les Carrache et l’école bolonaise, consacre aujourd’hui
à leur contemporain et émule une fort intéressante monographie.
Michelangelo Merisi, dit « il Caravaggio », est un artiste remuant et
batailleur de la trempe des Bcnvenuto Cellini et des Salvator Rosa. Que
n ’a-t-il comme eux laissé des lettres ou des mémoires ? On y verrait un
peu pJus clair dans sa biographie. Lombard de naissance, vénitien d ’édu­
cation, il est tout à fait méridional de tempérament et de caractère. C’est
à Rome, à Naples, en Sicile, à Malte, qu’il a promené son existence et
disséminé ses œuvres. M. Rouchès le suit pas à pas, de résidence en rési­
dence, d ’aventure en aventure, d’entreprise en entreprise, recherchant,
sans toujours les trouver, les causes de ses pérégrinations et de scs déboires.
Ces causes, oi; le devine, ne sont pas précisément à l’honneur du bouillant
artiste. S’il eut de zélés protecteurs, il eut aussi des ennemis implacâbles.
S: -sa fortune fut rapide, ii fut malheureux toute sa vie par sa faute, et
mourut misérablement.
Les orages de son Existence, que reflètent les traits ravagés de son por­
trait des Offices, ne laissent, par bonheur, aucune trace dans son oeuvre.
Aux heures les plus tragiques, l’art et l’activité du Caravage demeurent
intacts. Pour en aborder l’étude, M. Rouchès ne s’est point contenté d’ uti­
liser les travaux les plus récents de la critique italienne : il a lui-même
examiné sur place la majeure partie des peintures dont il parle. Ces pein­
tures peuvent se ranger en trois groupes, correspondant aux trois manières
successives de l’artiste. Dans sa jeunesse, le Caravage, disciple des Vénitiens,
est avant tout coloriste. Plus tard il néglige la couleur pour la lumière,
recherche les effets d ’opposition et se crée un procédé factice, quoique très
personnel, de clair obscur. Dans ses dernières années, il renonce aux
contrastes violents et noie ses compositions dans les tonalités grises. Mais
la couleur n’est point seule à considérer chez lui. A côté du peintre, il y
a le dessinateur, qui est de premier ordre. Telle étude de mains (celles du
jo u e u r de T h éo rb e), telle anatomie d ’homme (le Christ de la Mise au to m ­
beau) ou d ’enfant (le S a in t J ea n ), tel corps d ’animal (le cheval de la Voca­
tio n de saint P aul), sont des morceaux d’une science consommée et d’une
pureté de lignes irréprochables. C’est ce qu’il y a de plus parfait dans le
Caravage. On comprend, en présence d’une telle maîtrise, combien vivaces
étaient restées les traditions classiques dans le nord de l’Italie, et l’on s’ex­
plique leur rayonnement prolongé en France et ailleurs.
A côté de l’exécution, il y a le choix des sujets, la façon de les com­
prendre et de les interpréter. A scs débuts, quand il cherchait sa voie et
était maître de choisir, l’artiste marquait sa préférence pour les sujets de

�184

ÉTUDES

ITALIENNES

demi-caractère, scènes profanes d ’un réalisme modéré, joueurs, musiciens,
mendiants, diseuses de bonne aventure... IV le s traitait à mi-corps, en gran­
deur nature, selon la formule vénitienne, avec aisance et brio,sans tomber
dans la brutalité comme certains de ses imitateurs. Il est fâcheux pour le
développement de son talent, que les commandes, affluant de bonne heure
aient presque toutes consisté pour lui en tableaux d’église. Il s’y trouve
mal à l’aise, quand il ne s’y fourvoie point complètement. Le Caravage ne
se
contente pas, en effet, selon l’usage général dans toutes -les a n c i e n n e s
écoles de peinture, d ’habiller .les personnages sacrés à la mode de son
temps. C’est le fond même du sujet qu’il travestit et modernise, la foi
inspiratrice lui faisant absolument défaut.
Certaines de ses compositions, Sa in t M athieu , écriva n t sous la dictée de
fa n g e , la V ierge à la c o u leu vre, sont plus que des anachronismes : c’est
la négation même de toute peinture religieuse. On ne s’étonne point qu’en
présenee de telles incongruités, leurs destinataires scandalisés aient refuse
de les recevoir. D’autres n’ont également de religieux que leur titre, mais
comme tableaux réalistes, soit de nu, soit de moeurs, restent des œuvres
pleines de saveur. Appelez le S a in t Jean de la galerie Doria « iPEnfant au
bélier », la Vierge et Sainte A n n e la « Leçon de dentelle », le R e n i e m e n t
de sa in t Pierre un « Vieillard conversant avec une fille d ’auberge », les
P èlerins d ’E m m a iis un « Repas de paysans » ; sous ces dénominations
appropriées à leur caractère, ces œuvres peuvent compter parmi les meil­
leures du Caravage. Quand, intéressé par un sujet sacré, il s’efforce d’ en
pénétrer l ’esprit et cherche l’inspiration religieuse, il s’enfle, se guindé,
¡aboutit à Ja pose et à l’effet théâtral. C’est le cas de la célèbre Mise au
to m b e a u , œuvre puissante et d’une belle facture, mais où, comme l’observe
tiès justement M. Rouchès, l’expression, absente des yeux et des pbysionomies* réside tout entière dans les gestes et dans les attitudes. Une seule
catégorie de sujets religieux lui convient, ceux qui comme la M ort de la
Vierge, ou la D écollation de S a in t Jea n , sont des scènes réalistes par nature
ou, comme la Vierge au rosaire et son groupe de suppliants, contiennent
des motifs de développements réalistes. Là, le Caravage se retrouve dans
son élément, et pour peu que l ’inspiration le soutienne, il atteint la per­
fection.
Les portraits dus à son pinceau sont peu nombreux et d ’inégale valeui'.
Le plus remarquable, celui du grand-maître de l’ordre de Malte Alof de
Vignancourt et de son jeune page, que possède le Musée du Louvre, montre
qu’il avait tout ce qu’il faut pour réussir dans, un genre où triomphent
sans efforts les grands dessinateurs. Je ne suis pas éloigné de croire que
certains tableaux pittoresques, tels le J o u e u r de T h é o r ie et le beau type de
Napolitaine improprement qualifié A llégorie de V a rc h ite ctu re , aient été
peints d’après nature. Ils présentent en tout cas l’intérêt de véritables
portraits.
'
: j ’&gt;*8
Résumant dans une appréciation d ’ensemble sur le talent du Caravage

�B I BL I O G R A P H I E

185

!ps divers jugem ents q u ’il a portés su r ses oeuvres, M. Rouchès m arque
sa place dans ,l ’a rt italien en le rattach an t aux artistes d o n t il a le plus
fortem ent subi l'influence, le T intoret, Domenico Campi, et à ceux qui,
sans être ses disciples, fu ren t en Italie ses im itateurs plus ou morns
directs, le Spada, le G uerchin, Guido Reni et autres. Il relève enfin, dans
les écoles étrangères, les nom s des' m aîtres, Ribera en Espagne, Ilondthorst
en Hollande, Vien, V ignon et le Valentin en France, qui p articip en t de son
réalism e ou de son clair obscur.
Eugène R o u v y .
B. Croce. Giostie fa r d u c c i, slu itio r r itir n N u n va ed izin n e , Bari Laterza, 1920;
in - 1 2 dp 153 p. 'B iblioteca di c u l t u r a m o d e r n a , n" 95).

On sera heureux de pouvoir se pro cu rer dans ce volum e, élégant et de
prix abordable, une étude qui n ’est pas seulem ent une des plus complètes
ci des plus profondes qui aient été consacrées à l ’œ uvre de Carducci, m;iis
aussi l ’une des plus représentatives du vigoureux talent du crifîrjue napolitin. Dans la partie centrale (ch. III, Lo svolqim ento délia poesia carduccmna) les diverses phases p a r oii a passé l ’a rt du poète, les diverses in flu e n ­
ces qui les o n t conditionnées sont décrifes ou analysées avec une rare péné­
tration , et les jugem en ts de détail exprimés en form ules saisissantes, dont
beaucoup m éritent de rester. Mais dans cet article réside, h vrai dire, pres­
que toute la subsfanee de ce petit, livre : ceux qui précèdent ou suivent n ’v
ajo u ten t pas g ra n d ’chose et on n ’y retrouve pas, soit la m êm e objectivité,
soit la m êm e clarté. Le chapitre II (Le varie tendenze e fe arm onie e disarm onie de, G. C.) est une construction fort laborieuse ; de la p o 'itiq u e, de
la morale, de la culture « historico littéraire » de Carducci. étudiées au
reste avec beaucoup de finesse, M. C. prétend extraire « trois possibilités de
poésie, accom pagnées d ’au tan t de possibilités de perversion poétique »
(p. fi5 \ Peu s ’en est fallu, il nous l ’avoue, q u ’il n ’en ferm ât dans ce cadre
ri aride sa dém onstration principale et o u ’il ne ch erchât à « p résen ter ces
six m om ents comme consécutifs dans le tem ps et à donner, d ’après eux.
une division p ar périodes, de la poésie carduccienne, à peu près dans cet
ordre ; période littéraire, pratique, autobiographique, politico-épique, storico-épique, érudite n (p. 6q.) Une. heureuse inspiration — ou u n exam en
a tten tif des faits — l ’en a gardé; mais alors on ne voit plus l’u tilité des
pages qui précèdent. Le chapitre IV (Il Carducci pensotore e critico) est
trop dom iné p ar la préoccupation de venger De Sanctis des dédains affectés
rie Carducci et de m ontrer que, to u t en le persiflant, celui-ci lui e m p ru n ­
tait. beaucoup; mais ici encore un excès de dogm atism e gâte à nos yeux
1. L’é t u d e p r o p r e m e n t d ite avait dé jà p a r u d ans la C r itirn en 1919 et d ans le
to m e II de la l.e U -ra lu r a d é lia S u n v a lla li" (1914); l’ap pen d ice ( s u r les r ap p o rts
p erso n n els e n t r e Card ucci et l ’a u t e u r ) d a n s la C ritina e n 1917 et d a n s la tro is ièm e
p a r t i e des P agine s p a r te 1(1920), i n t i t u l é « Dalle M em o rie d i u n critico », il n ’a
q u 'u n intérêt p u r e m e n t biographique.

�186

ÉTUDES

I TAL I E NNE S

d excellentes observations : ce qu i constitue l'in fério rité de Carducci cri­
tique, d it M. C., c ’est « le m anque d ’une solide doctrine esthétique, d ’une
philosophie de l ’a rt » (p. 1 2 0 ); aussi « d ’aucun de ses travaux historiques
o n ne p eu t dégager des séries de concepts propres à con stitu er u n riche
et robuste organism e m ental ». (p. n 5 .)
Je ne com prends pas très bien e t m ’y résigne. Loin de m oi en effet la
pensée d ’engager une discussion su r des questions abstraites q u i ne m ’in ­
téressent aucunem ent. Je m e perm ets seulem ent de rem arq u er ceci : nous
avons eu des critiques qui se targ u aien t de posséder une esthétique, une
philosophie de l ’art; ils s ’appelaient Nisiard e t Taine; nous en avons eu
d ’autres qui se p iquaient de n ’en pas avoir; ils se nom m aien t Sainte-Beuve,
Jules Lemaître, Emile Faguet. De la supériorité des u n s su r les autres, je
ne. sais ce q u ’on pense à Naples; q u an t à nous, Français, n o tre opinion
e t t . faite et les plus beaux raisonnem ents d u m onde n ’y ch angeront rie n !
A.

Jeankoy.

T o m m aso G allarati Scotti. L a V ita d i A n to n io F oqazzaro. Milano Baldini e Cas­
to ld i, 1920, xv-560 p. in -16.

On atten d ait depuis longtem ps cet ouvrage, conçu et presque entière­
m e n t écrit dès avant la guerre : il ne déçoit po in t. D ’abord, il m et en
œ uvre u n très riche m atériel inédit : une correspondance in tim e de Fo­
gazzaro; les lettres échangées de i S g 3 à 1911 avec Mgr. Bonomelli; d ’a u ­
tres encore, q u i p roviennent des hom m es les p lus représentatifs de l ’épo­
que. Ensuite, la profonde am itié qui liait M. Gallarati Scotti 1 l ’au teu r du
Santo lu i p erm et de nous d o n n er autre chose q u ’une_ biographie sèche et
m orte. ITs ont caressé 'les m êm es espoirs généreux, participé aux mêmes
crises, connu les mêmes angoisses; ils o n t fini p a r la m êm e acceptation.
I! ne s’agit donc pas d ’u n critique q u i exam ine une oeuvre q u ’il sentira
toujours, m algré son effort, hors de lui-m êm e : il s ’agit d ’u n am i qui
accom plit une tâche pieuse, où le plus intim e de son être est intéressé.
Croyons-en Fogazzaro lui-m êm e, q uand il lui écrivait : &lt;c Tu sei l ’uomo
più adatto a scrivere di me dopo la m ia m o rte... »
De là résultent non seulem ent la richesse de ,l 'ouvrage, qui se prodigue
A c h iq u e pajrc, m ais sa vérité e t sa profondeur. Cette histoire d ’une vie
d ’artiste est l ’histoire d ’une belle âme ardente et passionnée, qui se disci­
pline elle-m ême. Une n ature exceptionnellem ent vigoureuse, portée vers
les jouissances de la vie; et en m êm e tem ps, u n h a u t sentim ent du devoir,
1 Dans l ’article de d é b u t (A n /'c a r d u r c ia n is m o postnm ri) M C é t u d i e o r c l q u e
d é m o liss e u r s, anciens o u récen ts, d e C ard ucci e t n o t a m m e n t M. E n rico Thovez.
d o n t le livre 'Il v a s /a re , il
p la 2a m p a q n n ) est d e 1910 (de là ce ti t re ) ; à
ce livre souvent p r o fo n d sous u n e fo rm e alerte et sé d uisante il r ep ro c h e s u r t o u t
son im p r e s s io n n i s m e ; m a i s au fon d il est s u r bien des p o in ts d'acco rd avec l u i et
il r e c o n n a î t q u e « p l u s i e u r s des o b se rv atio n s de M .[T ho vez l u i et i t servi « (p. 40).

�BI BLI OGRAP HI E

Une volonté courageuse s ’ap pliquant à refrén er l ’im agination et les sens,
à les faire servir au bien : ainsi apparaît Fogazzaro. La crise q u i a éclaté
en lui au m om ent où il a été condam né p a r l ’église, a été en réalité celle
de toute sa vie. Il y a toujours eu chez lui aspiration, lu tte, et victoire sur
soi-mêm e. En p én étran t à la suite de M. Gaîlarati-Scotti dans cette très
belle âm e, on l ’estime et on l ’aime davantage; Ies_ p u rs artistes intéressent
m oins, après tout, que les âmes généreuses, qui to u t au long de leu r vie
o nt éprouvé l ’angoisse d u problèm e de la destinée. Sobre, Join de toute
déclam ation inutile, efficace, le livre de M. Gallarati-Scotti est une des
plus belles biographies que j ’aie jam ais ilues.
P. II.
G. A. Borgfese. S to ria de,lln. rriti.cn rnm anti.cn in ît.nlin. con u n a m iov a prefazione.
Milan, Trêves, 1920; in- 16, X I . - 3 5 7 p a g e s .

La prem ière édition de ce livre rem onle à igo5; le succès en a été grand
et m érité : rarem ent essai de jeunesse a fondé plus solidem ent la ren o m ­
mée d ’un critique débutant. Depuis longtem ps épuisé, il reparaît a u jo u r­
d 'h u i tel quel, sans aucune modification. Dans une préface nouvelle, très
vivante, qui ajoute u n in térêt de plus au volum e, M. Borgese, explique
pourquoi il a beaucoup tardé à réim p rim er ce livre et pourquoi, s ’y étant
décidé, il n ’a voulu e t p u y faire aucune retouche. Même s ’il n e corres­
pond plus exactem ent à ce q u ’était la pensée d u critique en igo5, le vo­
lum e reste d ’une im portance capitale.
H. H.
Corpus s c rip lo ru m

la lin o r v m v a r n r in n u m . m o d é r a n te Carolo P a se a l. — T u r i n
Para via, 19 vol. p e t . in - 8 .

La collection des écrivains latins à laquelle l ’im prim eur-éditeur Paravia,
de T urin, a attaché son nom , et que dirige avec autorité le professeur
C. Pascal, est visiblem ent destinée à supplanter, dans le m onde des érudits,
une autre collection depuis longtem ps célèbre. Même form at, m êm e dis­
position typographique, m êm e bas prix relatif. Un avantage m atériel
appréciable : au lieu d ’un brochage des plus som m aires, les petits volumes
du Corpus Paravianuriï. se présentent sous u n cartonnage léger et résistant.
Les ju g e r q u an t au fond sort de notre dom aine. Disons sim plem ent que
les auteurs des notes, p u rem en t critiques, placées à la fin de chaque
volum e sont suffisam m ent nourris de culture latine p o u r n ’aller point
chercher oltre A lpi leur docum entation sobre et précise. Le C. S. L. P.
comm encé vers iqiG , compte déjà un nom bre respectable de volumes,
tous consacrés à des écrivains de l ’an tiq u ité classique. Nous serait ;'
perm is à ce propos d ’exprim er u n vœu ? C’est que cette collection ne se
lim ite p o in t aux textes latin s anciens. Il y a, dans l ’im m ense production
latine du m oyen âge, des textes littéraires im portants. Il \ a ¡'grlem ent

�188

ÉTUDES

ITALIENNES

l ’œ uvre si intéressante et si m al connue, faute d ’être accessible, des écri­
vains latinisants de la Renaissance. L ’Italie serait p articu i.n'enient dans
son r'ôie en m ettan t à la portée des éru d its to u t u n ensem ble de textes
dont il n ’existe encore que des éditions anciennes, rares et d ’u n prix
élevé. Le Corpus scriptorum lutinorum paravianum ainsi com pris et élargi
justifierait à merveille son titre. Il constituerait le grand répertoire, encore
à créer, de la latinité ancienne et m oderne. Ce serait u.i h o n n eu r po u r un
éditeur d ’en avoir pris l ’initiative, e t p o u r les,savants d ’i n pays de l’irvoir
réalisé.
Eugène B o u v y .

�ReVue des ReVues

BEAUX-AHTS
P ério diq u e s dépouillés
ANNÉE 1919 ET COMMENCEMENT DE 1920
Arte. L 'a rte. Rome.
Ar ts. Les A r ts . Paris.
BdA. tto tle 'tin o d ’A ' le d e l M inistero d e lla p u b b lic a is tr u z io n e . Rome,
lì Mag. B u rlin g to n m a g a z in e . Londres.
Cr. La C ritica . Naples.
Emp. E m p o riu m . Bergame
GB A. G a zette des B e a u x -A r ts . Paris.
Meo. I l M arzocco Florence
NA. N u o v a A n to lo g ia Home.
NR1. N ouvelle revu e d 'Ita lie . Borne.
RA. R evu e d e l ’a rt a n cien e t m o d ern e. Paris.
RdA. R assegna d 'A rte Home
RDM. Revue des d e u r M ondes Paris.
RI. R iv is ta d 'I ta lia . Milan
RNz. R assegna n a z ijn a te . Rome.
S t. The S tu d io Londres.

Arts

plastiques
GÉNÉRALITÉS

G. F ranmeschini. S e n tim e n to e e m o tiv ità n ella o/iere d 'a rte . RI, août 1919.
B.
Croce. La c r itic a e sto r ia d e lle a r ti fig u ra tiv e e le su e c o n d izio n i p re sen ti
Cr. t. XVII 1919), p. 265
* S. E. l ’A r te [sur la création d’un Ministère des Beaux-Arts], Meo, 21 sept. 1919.
Luigi Dam i. Arie., note, bre vi [&gt;ur le remaniement du Musée des offices]. Meo,
30 novembre I9 t9.
Antonin Muùoz. L'Istituto d ’archeologìa e storia dell’Arte. Meo, 16 novembre
1919.
A. F oratti. / caratteri della figura da Giotto a Raffaello. RI, sept. 1919 (Cfr, Meo,
14 d ci mbre 1919).
N ello Tarehiani Cose d 'a r te : R om a n e l rin a s c im e n to . RNaz, 16 décembre 1919.
André B ellessort. La jo ie d - Sien n e RDM, 15 sept 1919.
N. T. A rte e te rre m o ti in M u g ell ■ [sur les dommages causés à quelques œuvres d ’art
de l’école fiorentine] Meo, ¡3 juillet 1919.

�190

ÉTUDES ITALIENNES

M. Salmi. A p in in li p e r la s to r ia d e lla p ittu r a in P u q lia . Arte, décembre 1913.
A r t .-J a h n Rusconi. Choses d 'Ita lie : D a lm a tie , I s tr ie , Vénétie [énumération et
description d’oe'ivres italiennes existant dans ces provinces]. Arts, n° 114, 1919.
È va Tea. La m o stra delle opere d ’a r te to rn a te d a V ienna. Arte, juin, 1919.
A rt.-Jah n Rusconi Les ta b le a u x ita lie n s revendiqués en A u tr ic h e [reproduction
des principaux] Arts, n“ 1*8. 1919.
R. de La S izeranne. Le dém em b rem en t d u S a lo n carré. RDM, 15 octobre 1919.
G. Fogolori. Opere d ’a r te che rito r n a n o d a Vienna. E m p avril 1919.
Luigi Dami. A r te : n o te brevi [à pro po s du c la ss em ent des m us ée s , e t d es Offices en
particulie r] Meo, 7 m a rs *920.
Carlo Gam ba. 1 q u a d r i n elle chiese [sur la nécessité de remettre, à cert i ines condi­
tions, les tableaux aux places auxquelles les artistes les ont destinés], Meo, 13 juillet
1919.
Nello Tarehiani. D i fu r io in fu r to [sur les vols d’œuvres d'art]. Meo, 7 décembre 1919.
C. G am ba. I q u a d r i e g li a r a z z i r e s titu iti d a ll'A u s tr ia : i q u a d r i r e s titu iti da
V ienna. Meo, 2 mars 1919.
A. Munoz. Uno sto rico d e ll’a r c h ite ttu r a . Meo, 23 mars 1919.
XII X I V SIÈCLES
L. Gielly Les fre sq u es de la b a siliq u e de S a in t-F ra n ç o is à A ssise. Arts, n" 182,
1920.
Oswald S ire n. A q re a t c o n te m p o r a ry o f G iotto [11 s'agit de Buonamico Buffalmaco].
BMag., décembre 1919-janvier 1920.
S ir Claude Philipps. F io ren tin e p a in tin q b efore 1500 [reproductions de peintures
exposées a Florence de F r. Pesellino, F ra Angelico, Paolo Uccello, Sogliani, Masaccio].'
BMag., juin 1919.
Maria Krasce n inn ik o va . C atalogo dei d ise g n i d e l P isa n e llo n e l codice V a llu r d i
d e l L o u v re , Arte, j a n v -avril 192i’.
Luig i Dami. L 'A n g e lic o a S. M arco. Meo, 2~i mai, 22 juin 1919.
A n d ré P é r a té . La c o n s tru c tio n de la Tour de B abel, dessin italien de la collection
Manzi, Arts, n° 179, 1919.
E m ile Mâle, L 'ico n o g ra p h ie fr a n ç a is e e t l'a r t ita lie n a u X I Ve siècle et a u d é b u t
d u X V". RA, janvier, février, mars 1920.

X V SIÈCLE
Ad. V en tu ri. In ta r s i m a r m o re i d i L .-B . A lb e r ti. Arte, janvier, avril 1919.
Giacomo Vesco. L .- B . A lb e r ti e la c r itic a d 'a r te in su l p r in c ip io d el R in a s c i­
m en to Arte, janvier-avril, décembre 1919.
Gius. Piocco. A n d re a d e l C astagno a V enezia. Meo, 28 mars 1920.
Luig i Dam i, D omenico B ecca fu m i. BdA, janvier-avril 1919.
T a n e re d Bor enins, Bono d a F e rra ra . BMag, novembre 1919.
A n to n ia Calderara- Broschi, A m b ro g io B orgognone e t les p e in tre s p r im itifs de
L o m b a rd ie. RA, janvier-février 1920.
P o m p eo Molmenti In to rn o a G a tta m e la ta . Meo, 25 mai, 22 juin 1919.
Adolfo Venturi, P er L eo n a rd o da V inci [La « V ergine d e lle Rocce »). Arte, janvieravril 1919.
P . D'Anc ona. La L ^da d i Leonardo d a Vinci in u n a ig n o ta r id u z io n e fia m m in g a .
Arte, janvier-avril 1920.

�191

R E V U E DES R E V U E S

Luca B eltram i. Un’a ltr a « M adonna Cecilia »? L a d a m a co ll'erm ellin o d e l M usen
d i C racovia [de l’école de Léonard] Meo, 6 juillet 1919.
Ad. Venturi. L eonardo p itto r e NA, 16 juin 1919.
J e a n Alazar d. La Vierge a u x R o ch crs de L éo n a rd de V inci, à propos d’un livre
récent [la V ila .d i L eo n a rd o d a V inci de G. Vasari publiée par Giovanni l'oggi]. HA,
niars 1920.
Nello Tarchiani. Cose d ’a i le [traite du portrait de femme de profil de l'école de
Léonard, à l’Ambrosienne]. RNz, 16 septembre 19'9.
P ierre Gau thiez. L é o n a r t de Vinci en Fi ance. GBA, 1919, p. 113.
Oswald Sire n. Lorenzo d i N icco lo , BMag, février 1920.
A. Z azzetta. S u lla d a ta d e lla n a s c ita d i R a /fa e llo . Arte, janvier-avril 1920.
R u fas G. Mather. M uovi d o c u m e n ti R o b b ia m {2* et 3"sèrie). Arte, janvier et décembre
1919.
Giacomo di Nicolo. A re c e n tly discovered m a d o n n a by Luca d e lla R obbia. BMag,
août 19 19.
M. M ara ngoni, O sserva zio n i su ll « A cuto » d i P aolo U ccello. Arte, janvier avril
19 ' 9.
T ancre d Bor enius, 7 wo lo n d o s by Piero d i Cosimo in S w e d fn . BMag, mars 1920.
G. Zippel. Piero d e lla F rancesca a R um a, RdA, mars-avril 1919.
Ad. Ventu ri, Rom olo e Rem o d i A . P o lla ju o lo n e lla lu p a c a p ito lin a . Arte, dèe.
1919.
Ad. V en tu ri. A /fr e s c h i in e d iti d i Luca S ig n o re /li. Arte, jauvier-avril 1919.
Ad. V enturi. U n a n c o n e tta ig nota d e l Correggio. Arte, décembre 1919.
Lionello V enturi. Un’opera sco n o sciu ta d e l Greco. Arte, janvier-avril 1920.
Ad. Ventu ri, La v o lta d e lla S is tin a . Arte, juin 1919.
XVI- SIÈCLE
Raffaello d a Urbino Numéro spécial de Meo, 4 avril 1920 ; articles de C. Gamba,
G. Tubini, L. Dami, F. Mal»guzzi-Valeri, N. Tarchiani, T. Sorbelli, A. Muñoz, D. Angeli,
C. Lorenzetli, C. Levi.
G. Fiocco. Jacopo R ip a n d a . Arte, janvier-avril 1920.
Luca B eltram i L 'enii/m a d i A n d re a S a la i risolto [l'élève de Léonard conuu sous le
nom d’Andrea Salaino] Meo, 7 sept. 1919.
Eva Tea, Il c ro m a tism o d i P aolo Veronese. Arte, janvier-avril 1920.
J e a n Babelon. U n p i n t r e ita lie n de P hilippe 11 : F ederico Z uccaro à l ’E s c u r ia t.
RA, mai 1920.
E. Brunetti. Un q u a d ro sa r d o n e lla g a lle r ia d i B irm in g h a m . Arte, décembre 1919
Giov. Nas cimbeni. Jeun G oujon in I ta lia . Meo, 10 août 1919.
XVII -XVIII SIÈCLES
Diego Angeli. Roma barocca [à propos1du livre de Ant. Muñoz], Meo, 28 mars 1920.
P. de Nolhac R om a &gt;d u c a lric e d eg li a r t i s t i fr a n c e s i : C laude L o rra in NA, 1" dé­
cembre 1919,
Arnold Goffin. La F la n d re en P a lie : R ubens. NRI, décembre 1919.
Florence I n g e iso li- S m o u s e La sc u lp tu re flo re n tin e à la fin du X V I I' ñ e c le . GBA
m a rs avril I 9 2 O.

Francis de Miomandre, E x p o sitio n s
X V iti» siè cle. A rts, n» 175, 1919.

d a P e tit

p a la is ,

II, Les

V én itien s du,

�192

ÉTUDES

ITALIENNES

George A. Siraonson. G u a rd i ’.s p ictu res o f the P a p a l b én éd ictio n in Venire (1782).
BMag. f é v r ie r 19^0.
E. D. Le n o u vea u G u a rd i d u L ouvre. RA, avril 192*1.
T an cre d Boren ius A Tiepolo fo r O x fo r d Les Is raélites recueil a n t la ma nne) BMag,
mai

920.

G. Ortolani. Un m e' c w ite incisore ai tempi dei Goldoni [A. M Zanetti à propos du
livre de G. Lorenzetti] Meo, 21 mars 1920.
XIX -XX- SIÈCLES
Gino Dam erini. I! e n tre si p r e p a r a la X II ' B ie n n a le [l’e xposition de Venise en 1920].
Meo, i i d é ce m b r e 19 9.
Gius Ortolani. \ e d a b o le g a d i A C anova. Meo, -iO juillet 919
V. Pica. Un g r a v e u r i al ¿en : B envenuto D isertori. St, oct. 19 19; .

A r t m usical
Giacomo Orefice. Come si fa a ll'e ste r o la sto r ia d e lla n o str a m usica [à propos du
troisième volume — posthume —■ de l’Hist. de la musique de Combarieu]. Meo, 28 mars
et 4 avril 1920.
G. Orefice. R assegna m u sic a le . RI, janvier avril 1919.
G. Ro ncag lia. P er il « U op o -g u erra « m u sic a le. RI, avril 1919.
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1 dicem bre 1919.
Cesare Levi. L’opera ita lia n a e d b a llo fra n c e se dei p rim i se co li [A propos des
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Carlo Cordara. R iv e n d ic a zio n i P a le strin ia n e . Meo, 21 mars 1920.
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Carlo Cordara. Il « tr ìttic o » a i G. P u ccin i [11 Tabarro, Gianui Schicchi, Suor An­
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G. N. 1 Tonache b ib lio g ra fich e : Boito, M ascagni, P iz z ' t t i Meo, 5 août 1919.
XXX. La ¡-aison a u C o s tu m i : L’a m ore dei tre R e, de Sam Benelli, musique de
M Montemezzi. NRI, juillet 1919.

Le G éra n t : F. GAULTIER.
ANQERS. —

IMF. F. GAULTIER ET A. THÉBERT, BUE GARK1ER, 4 .

�L'interprétation du • Roland furieux »
et de la « Jérusalem délivrée » dans les arts plastiques
(Suite'.)

II
L a Jérusalem délivrée.

i

Les ra isons p o u r lesquelles, dès son ap p a ritio n , la Jérusalem
délivrée o b tin t au près des artistes un succès que n ’av ait pas
co n n u le Roland fu r ie u x , so n t p rin c ip a le m e n t d’o rd re g é n é ral
et s ’exp liq u en t ais é m e n t. Le Roland fu r ie u x , destiné à divertir
une élite co m m e celle des petites cours italie n n es du x v ie siècle,
n ’av a it ja m a is été p o p u laire au vrai sens du m ot. Après 1550,
il ne co rre s p o n d it plus à l’esprit qui ré g n a en Italie et dans les
pays latins. Au contra ire, la Jérusalem trad u isit à m erveille
les s e n tim en ts co n tra d icto ires des c o n te m p o r a in s : d ’u ne
part, les a sp ira tio n s religieuses sincères q u ’avait développées
la C on tre-R éform e; de l’au tre , le g o û t ind éra cin ab le p our la
Beauté et la Volupté, que m a in te n a ie n t l’éducation classique et
les académ ies.
En outre, je l’ai déjà signalé, les artistes tro u v a ie n t dans la
Jéru sa le m d élivrée des sujets plus n o m b re u x et plus n e tte m e n t
indiqués. C’est peut-être u n e im p ressio n p ersonn elle, m ais, en
r a p p ro c h a n t deux épisodes parallèles pris chez l’A rioste et chez
le Tasse, je m e re p résen te m ieux la scène décrite p a r le Tasse.
De son v ivant, le Tasse a pu voir la p re m iè re édition de la
1. V. p. 129.
13

�194

ÉTUDES

I TAL I E NNE S

Jérusalem avec figures, celles de B e rn a rd o Castello (chez Bartoli à Gênes, 1590) qui était d e ses am is. Elle fu re n t gravées
p a r A ugustin C arrache et p ar G irolam o F ran c o . Il y a une
estam p e p ar ch a n t sans c o m p te r un fro n tisp ice. Ce so n t de
g ra n d e s co m p ositions hors-texte, assez p laisan tes, p e u p l é e s
de perso n n ag es, avec de n o m b re u x détails, des perspectives de
villes, des esc ad ro n s qui défilent, m ais d épo urv ues de variété.
Les p e rso n n ag es o n t des corps a llo n g és à l’excès, avec des
ex tré m ités tro p fines. Ils s o n t v êtu s à l’a n tiq u e , m ê m e les
Infidèles. Leurs attitudes o n t un ca rac tè re th é â tra l : les co m ­
b attan ts évo luen t co m m e des figurants d'opéra.
Castello a vu u n iq u e m e n t le côté g u e r rie r et religieux du
poèm e.

11

a déd a ig n é to u t ce q u ’il y a de v o lu p tu eu x ou de

te n d re chez le Tasse.
Ses estam pes fu re n t très appréciées, m ê m e h ors d ’Italie. On
les re tro u v e ra copiées d ans des éditions italie n n es p ostérieures,
co m m e celle de Venise (1760-61, chez A n to n io Groppo), do n t
nou s a u r o n s à re p a rle r, dans des éditions é tra n g ère s (Paris,
chez Nicolas et Jea n de la Coste, 1648, in-4°, avec des figures de
Michel L asne qui so n t des c o n tre fa ç o n s ; L o n d re s, chez Tonson et W a tts en 1724, édition où Van G ucht s ’est c o n te n té de
re cop ier les o rig in a u x de Castello).
Castello a d o n n é deux au tre s séries : l’u n e p o u r le volu m e
à petit fo rm a t im p rim é p ar Giuseppe P avoni à Gênes en 1604;
ce s o n t de m in uscules estam pes avec des p ers o n n a g e s in e x p re s­
sifs, — il ne conv ien t pas de s’y a tta r d e r — ; l’a u tre p o u r une
édition petit in -f° q u e le m ê m e P avoni lança en 1617. Castello
a essayé de se re n o u v eler. Ses co m positions, u ne par ch a n t,
gra v ées p a r Camillo Congio, so n t enferm ées d an s u n e n c ad re­
m e n t à fron ton . Il a c h a n g é de sujets : p a r exem ple, au II» ch ant,
le supplice d ’Olindo et de S o fro n ia au lieu de l’e n tre tie n
d ’Ism en o avec Aladin.
Le type des p erso n n ag es, to u jo u rs travestis à l’an tiq ue, s’est
modifié, m o in s étiré, plus m assif. L’esthétiq ue du xvn° siècle
ap paraît. Le caractère didactiq ue et édifiant de ces illustrations

��JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

C 0 C H IN (C. N .)
H e r m i n i e r e v ê t a n t l ' a r m u r e d e Cl o r i n d e .

�JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

CA S T E L L O ( B e r n a r d o )
G o d e f r o y d e B o u i l l o n e n c o u r a g e le s C ro is é s .

�LA (( J É R U S A L E M

DÉLIVRÉE

»

DANS L E S

ART S P L A S T I Q U E S

195

s’accentue. Les ang es ne sont plus en a r riè re com m e dans les
g ra v u re s de la p rem ière série, m ais v ie n n e n t au p re m ie r plan,
R enaud ne courtise plus A rm ide, m ais est e n tra în é par ses
deux c o m p ag n o n s. Dans l’ensem ble, l’exécution est lo u rd e,
elle accuse d av a n ta g e le poncif. Nous to m b o n s d ans un g e n re
p assab lem ent enn uyeux .
Castello, a v a n t de m o u rir en 1029, devait voir s u rg ir un
rival plus h e u re u s e m e n t inspiré, A ntonio T em pesta. A v a n t de
p arle r de cet artiste, je dois m e n tio n n e r un e a u tre édition
p arue à Venise, en 1599, chez Gio. B attista Ciotti : un petit livre
c h a rm a n t, avec de m inuscules bois, plein de fra îc h e u r et de
naïveté, dans la m an ière des vieux im ag iers. Les p erso nnages
vêtus ta n tô t à l’an tiq ue, ta n tô t à la m o d ern e , o n t un e b o n ­
h o m ie c h a rm a n te . Dans la re p ré s e n ta tio n des m aisons, des
palm iers, il y a un essai de couleur locale.
Tem pesta, co m m e Castello, a laissé trois séries d ’estam pes.
La p re m iè re ac com pagne un to u t petit livre, p a r u à Rom e
chez Gio. Angel Ruffinelli en 1621; dans ch a cu ne des m in u s ­
cules figures, l’a rtiste a tracé deux ou trois p ers o n n a g e s avec
u ne sûreté, une aisance et u n a g r é m e n t qui font p e n s e r à nos
petits m aîtres du x v i i i ' siècle. Les suites 2 et 3 ne s em b len t pas
a v o ir été gravées en vue d ’u n e édition, m ais publiées à part.
Elles sont très réussies, la deuxièm e s u rto u t, et préférables aux
estam pes de Castello. Tem pesta a un sens s u p é rie u r de la c o m ­
position : dans un espace re stre in t, il sait faire évoluer de n o m ­
breux perso n n ag es et des chevaux, p e n d a n t q u ’à 1 arrière-plan
on voit des tro u p es c h a rg e r ou t e n te r l ’escalade de villes do n t
les hab itan ts se défendent. Le tou t san s confusion, avec un
esprit, une verve et des détails pitto resques qui ra p p e lle n t Callot et Délia Bella.
Tem pesta n ’habille à l’antiq u e que les p rincipaux p erso n ­
n a g e s ; le c o m m u n est vêtu à la m o d e co n tem p o rain e. Il re p ré ­
sente des soldats qu il a v u s; aussi ont-ils u n e allu re exacte­
m e n t rend ue. S u rtou t, il excelle com m e an im a lie r. Il a para ite m e n t étudié le cheval, ce qui est ra re à son é p o q u e ; où

�196

É T UDE S

ITALIENNES

T em p esta a p p a ra ît plus faible, c’est d ans les c o m p o s i t i o n s
m o in s peuplées et m o ins anim ées. Les visages de ses héros
so n t quelquefois inexpressifs et figés.
Les Bolonais qui, plus que tou te a u tre école d’Italie, subirent
des influences littéraires et qui ava ie n t fait u ne assez large place
à l'A rioste dans leurs œ uv res, s’in s p irè re n t beaucoup plus
du Tasse. P r é c é d e m m e n t 1, j ’ai essayé de m o n t r e r les affinités
qui existent e n tre ce poète et les C arrache. R e n a u d et A r m id e
d’A nn ib al C arrache (Musée de Naples) qui fut exécuté p o u r le
cardinal F arnèse, c'est-à-dire e n tre 1595 et 1600, est peut-être
le p re m ie r tableau qui ait tr a d u it le Tasse. Au m usée de
Bologne, il y a bien des F u n é ra ille s de C lorinde mises sous le
n o m de Nicolò dell’ Abbate, (Catalogue p ar A. G uad agn ini,
Bologne, 1907, p. 105), m ais cette attrib u tio n p a r a ît in v ra i­
sem blable, la m o r t de Nicolò a y a n t précédé l ’a p p a ritio n de la
J e ru sa tem . Citons aussi, p a r m i les p re m iè res p e in tu re s inspirées

p a r le Tasse, 1’H e rm in ie chez les bergers de B artolom eo S chedoni
m o r t en 1615 (Musée de Naples).
Après les C arrache, leurs disciples té m o ig n è re n t du m êm e
g o û t p o u r les héros du Tasse. Dans son R e n a u d et A rm id e du
Louvre, le D o m iniqu in m o n tre des ré m iniscen ces de la figure
du c h a n t XVI dans la p re m iè re série de Castello, n o n p o in t ta n t
en ce qui con c ern e la pose des p erso n n a g e s , co n fo rm e aux
ind ication s du Tasse lui-m êm e, que le g ra n d b â tim e n t de
l’a rrière -p lan , copié s u r le Colisée. Le D om iniquin a don né
aussi une H erm in ie ch ez les bergers (Louvre et N ational
Gallery).
On cro ira it que l’A lbane a voulu rivaliser avec le D o m in i­
quin, car il a traité les deux m êm es th èm es : R e n a u d et A rm id e
(Bome, Coll, privée du p rince F allav icin i); H e rm in ie a ccu eillie
p a r les bergers, P a ysa g e avec H e rm in ie (Bome, Gal. Colonna).
L ’âm e ro m a n e s q u e du G uerch in était faite p o ur co m p re n d re

I . L a p e in tu re bolonaise à la fin d u x v i ° siècle, / S 75-1610
1913, p. 8 et 9.

les C arrache, Paris

��JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

Phot. Hanfstacngl.

POUSSIN (N ic ola s) .
H e rm in ie secourant Tancrède
(Erm itage, P etrograd^.

�LA

« JÉRUSALEM

D É L I V R É E )) DANS L E S AR T S

PLASTIQUES

197

le Tasse. Au Palais Costaguti, à Rom e, il peignit Y E nlèvem ent
de Renaud p a r A rm ide. La Galerie Doria possède de lui un
Tancrède blessé secouru par H erm inie. Pietro Francesco Mola
sem ble av o ir été aussi un fervent du Tasse. II évoque H erm inie
m e n a n t u n e vie p astora le ou s o ig n a n t Tancrède. Tiarini a
laissé u n Renaud et A rm ide (Galerie Borghèse).
Les autres écoles du Nord de l'Italie té m o ig n e n t d ’une g ra n d e
indifférence à l’égard du Tasse. Chez les F lo ren tin s, Allori a
laissé un p o rtra it du poète (Offices), F urini un Renaud dans la
fo r ê t en c h a n té e; chez les Vénitiens, le P ad ou an a p e in t un
R enaud et Arm ide-, enfin, p arm i les Génois, Domenico Frasella
de S arz an a re p ré se n ta la célèbre scène d’a m o u r à la voûte d’une
ch a m b re du Palais Im periali à Savone.
Les écoles m érid io n ales font preu ve d ’u ne ferveur égale à
celle des Bolonais. Les R o m ains nous d o n n e n t la tra d itio n n elle
H erm inie chez les bergers (R om anelli, Galerie D oria; P iètre
de C ortone, id.) ou des scènes des a m o u rs de R enaud et
d ’A rm ide (Piètre de C ortone, P e tro g ra d et Stockholm ) ; mais ils
ne p e u v e n t rivaliser avec les N apolitains. Mattia P reti, au te u r
de trois Olindo et Sofronia, et Cavallino so nt attirés p ar la
douce H erm inie. Luca G iordano et S olim ène la re p ré s e n te n t
a rriv a n t chez les bergers (P rado, Madrid) ; ils c h e rc h e n t aussi
des épisodes m o in s reb attu s (La prem ière entrevue de Tancrède
et de C loritideel Renaud dans la forêt enchantée, p ar G iordano,
P rado; G odefroy blessé, p ar S olim ène, Besançon).
Au x v i i i * siècle, le Tasse n ’est à peu près en faveur que
chez les Vénitiens, g râ ce à Jean-B aptiste Tiepolo et aux édi­
teurs de livres à figures. A cette m êm e villa V alm eran a do n t
j ’ai déjà parlé, Tiepolo associa dans ses in s p ira tio n s le Tasse à
l’Arioste, et aussi à H om ère et à Virgile. Il décora u n e ch am b re,
co ntig üe à celle de l’Arioste, avec q u atre p a n n e au x : R enaud
enlevé sur le char d!Armide-, Renaud et A r m id e ; R enaud
vo y a n t dans le m iroir sa vie passée ; R enaud abandonnant
A rm ide. On p eu t dire que Tiepolo a été ten té p ar la Jérusalem

�198

ÉTUDES

ITALIENNES

délivrép. M. M olm enti
o u tre deux p a n n e a u x au palais épis copal de W ü rz b o u rg , cite trois petits dessus de p orte chez
le s c u lp teu r Saint-M arceaux à P aris, et q u a tre toiles dans
la collection C artier à Gênés. A en ju g e r p ar les r e p ro d u c ­
tions que d o n n e M. M olm enti, il a ra iso n de tro u v e r ces
c o m po sitio ns s u p érie u res aux fresques de la V a lm e ra n a et aux
tableaux de W ü rz b o u rg . Dans ces œuvres-là, Tiepolo n ’a pas
p é n é tré la pensée du T asse;, son A rm id e n ’est q u 'u n e vieille
c o u rtisan e im p u d e n te aup rès de R enaud, héros de th é â tre
assez froid. Dans les tab leaux de la collection Cartier, c’est
l’am a n te qui souffre et le d ra m e in té rie u r est p a rfa ite m e n t
ren d u .
Venise a co n trib u e aussi à m a in te n ir la vo gue du Tasse au
xvm ° siècle p ar deux re m a rq u a b le s éditions, l’une chez Albrizzi
en 1745, l’a u tre chez Groppo en 1760. La p re m iè re co m p re n d
des figures de Piazzetta. Les planch es ho rs texte (une p ar chant)
s o n t d ’u n e exécution très habile, m ais d’u n dessin m o u ; les
p ers o n n a g e s m a n q u e n t d’ex pression. P a r contre, les lettres
ornées, les v ig n ettes et le§ culs-de-lam pe m o n tr e n t une h e u ­
reuse fantaisie, et Piazzetta p eu t riv aliser avec les F ran çais c o n ­
te m p o ra in s . Je citerai c o m m e u n chef-d’œ u v re le cul-de-lampe
qui ferm e le c h a n t IX, où l’on v oit u n e m a n iè re de p a n d o u r
jo u e r du ta m b o u r au g r a n d en nu i d ’u n e fe m m e qui bou che ses
oreilles.
Novelli, qui illu stra la seconde de ces éditions, n ’est pas
in fé rie u r à Piazzetta. Il n ’a pas com posé de g ra n d e s figures, et
le lib raire s’est co n te n té d’in terc aler les p lan ch e s de Castello
troisièm e m a n i è r e ; m ais Novelli a disposé, dans le texte de
ch a q u e ch a n t, un e m aju scu le o rnée, u n e n c a d re m e n t p o u r l’a r ­
g u m e n t, deux ou trois v ign ettes et u n cul-de-lam pe. Novelli,
e n fa n t de Venise, raffole de tu rq u erie s. Ses vign ettes m o n tr e n t
des costum es pittoresqu es, des tentes ou des co nstru c tio n s
d ’une fantaisie rococo. La grâce de Venise au x v i i i 6 siècle s’ex1. Tiepolo, Te. française, P aris, 1911, p. 188, 189, 197.

�LA « J É R U S A L E M

DÉLI VRÉE

»

DANS

LES

ART S P L A S T I Q U E S

199

haie de ce volum e. T out est s o u rire ; les com bats s em blent
des jo utes et les conseils des ré u n io n s a im ab les; d ans les scènes
édifiantes, les p e rso n n ag es fo n t leur possible p o u r m anife ste r
u n e dév otion qui ne les absorbe pas lo n g te m p s . Le b u rin du
g r a v e u r L eo n a rd is a re n d u la légèreté, l’élégance et l’aisance
des dessins de Novelli.
Malgré la beauté de l ’im p ressio n , la Jérusalem , sortie des
presses de M arenigh à F lo ren ce en 1820, ( est loin de ces
splendeurs. Rien n ’est plus plat, plus lourd, plus froid et m êm e
plus niais que les figures de Sabatelli et de M artinelli exécutées
sous la direction de M orghen.
Au xix° siècle, les artistes italien s o n t in te rp ré té le Tasse
m ais m o d é ré m e n t. La vie, ou p lu tô t la légende de ce poète, a
ten té quelqu es-uns d ’e n tre eux. Au salon de 1833, Rigo m o n tre
la Vierge a p p a ra is s a n t au Tasse q u e l l e g u érit. Busi (Expos.
1867) fait co n v e rser le ca rdinal Cinzio A ldo brandin i et son
p rotégé. La Galerie d’a r t m o d e rn e à R om e possède un Tasse
à B isaccia p a r B ern a rd o C elentano et u n Tasse et E /éonore d 'E ste
de Domenico Morelli. L’effigie seule du poète a été
Mercuri (salon de 1844) et Balbi (1864 ; au Museo
S aint-O nup hre) et p ar les sculp teu rs De F abris
tombeau du Tasse à S aint-O nu phre, 1857), A n to n in i

re n d u e par
T assiano à
(statue du
(Exp. P aris

1867) et Torelli (Exp. L ondres, 1872).
Quelques artistes s’in s p ire n t de la Jérusalem . Ils nous font
voir H erm inie, soit d ans sa fuite (De Francesco, Salon 1848),
soit g a r d a n t les tro u p ea u x (Bezzuoli, L ondres 1848), soit
penchée sur le corps de T ancrède blessé (Luchini, 1831). Les
scu lp teu rs Bottinelli et Bianchi (Exp. u niv. 1855 et 1867), font
jaillir du m a rb r e la figure d A r m i d e , p e n d a n t que les peintres
re tra c e n t ses a m o u rs (Alberi, Bologne, 1836), puis son ab a n d o n .
(Peschiera, Exp. P aris, 1855).
En F rance, c’est au ch âteau de F o n ta in eb leau que nous
v o y o n s re p ré s e n te r p o u r la p re m iè re fois des scènes de la
Jérusalem délivrée d an s une d ép end ance des A p p a rte m e n ts de

�200

ÉTUDES

I TALIENNES

la Reine, qui reçut le n o m de Cabinet de Clorinde. Le F la m an d
A m b roise Dubois retraça h u it épisodes où figurait l’h é r o ïn e 1 :
La naissance de Clorinde — A rgante et Clorinde devant la tour
de bois — Clorinde et So lim a n — Tancrede à l’assaut de Jéru­
salem — Tancrede au cam p — Tancrede contem plant Clorinde
— Le combot entre Tancrede et Clorinde — Le baptêm e de
C lorinde.
De cet ensem b le il reste trois tableau x : le Baptêm e de Clo­
rinde, a c tu e lle m e n t au Louvre, et deux au tre s : la Naissance de
C lorinde et Clorinde devant Solim an, restés à F o n ta inebleau ,
m ais placés dans la c h a m b re de S aint-Louis. Ce so n t d ’agréables
pein tu re s sans rie n qui m érite de nou s retenir.
Elles ne se m b le n t pas av o ir p ro d u it s u r les c o n te m p o ra in s
u n e im p ressio n aussi vive que la série exécutée en 1630 par
S im on V o u e tp o u r l’hôtel de Bullion. M. D e m o n t s a é c r i t s u r cette
décoration qui a p p a rtie n t à M. G uyot de Villeneuve, u ne étude
im p o rta n te p o u r l’h is to ire d e n o tre a rt au début du x v n e s iè c le 2.
Vouet re v e n a it d’Italie avec u n e fo rm a tio n éclectique, c o n ­
n a is s a n t n o n seu le m e n t l’a r t m ais la litté ra tu re de l’Italie.
L’A rioste et le Tasse lui é taie n t fam iliers. Il était qualifié pour
t r a ite r u n sujet tel que les A m o u rs de R enaud et d’A rm id e.
C’est u n e illu stra tio n com plète de l’h istoire d’A rm ide depuis
ses in c a n ta tio n s au C han t X ju s q u ’à sa ten tativ e p o u r se d o n n e r
la m o r t (Chant XX). Le côté décoratif a préoccupé Vouet a v a n t
tout, m ais il a in te rp ré té la Jérusalem co m m e un Italien
n ’a u r a it pas m ieux fait. Il a bien saisi le caractère de lan g u e u r
passio n n ée — j ’em ploie u ne ex pression de F énelo n d ans Télém aque, qui c o n v ien t au Tasse — p ro p re aux épisodes a m o u ­
reux de la Jérusalem .
Le succès q u ’o b tin re n t ces p eintu res, est p ro u v é p a r les copies
et p a r les tapisseries qui les re p ro d u is ire n t, avec quelques
v aria n tes s u rto u t d ans le type des perso n n ag es.
1. Le P ère Dan, T résor des m erveilles de F o n ta in eb lea u , 1642, p. 145-146. —
D im ier , F re n c h P a in tin q in the X V I c e n tu r y , L o n d o n , 1904, p. 209.
2. B u lle tin de la S o ciété de l'h isto ire de l'a r t fra n ç a is , a n n é e 1913, p. 58-78.

■

��JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

P h o t. U u n fila e n l*

P O U SSIN (Nicolas).
A r m id e , v o u l a n t p o ig n a r d e r R e n a u d , e s t d é s a r m é e p a r VA m o u r.
(Galerie de Dul wich').

�JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

P hot. :Veurdein.

VAN DYCK ( a t t r i b u é à). — R e n a u d et A rm id e.
(musée d u L ouv re )

��LA (( J É R U S A L E M

DÉLIVRÉE

»

DANS L E S A R T S P L A S T IQ U E S

201

Poussin aussi a été a ttiré p ar le Tasse d o n t le p oèm e lui était
fam ilier. On possède de sa m ain cinq tableaux d’après la
Jérusalem : A rm id e voulant poignarder R enaud dont elle devient
am oureuse (Dulwich); A rm ide enlevant R enaud (Berlin); Iienaud
et A rm id e (P etro g rad ); H enaud présentant à A rm ide son bou­
clier com m e u n m iroir (Coll. de Lord Scorsdale à KeddlestonH all); Tancrède et H erm inie (Erm itage). Ces in te rp ré ta tio n s sont
différentes su iv an t l’époque à laquelle elles o n t été exécutées.
P a r exem ple si H erm inie retrouvant le corps de Tancrède offre
u ne scène élégiaque d ’une délicate beauté, Y A rm id e q u i veut
poignarder R en a u d a un caractère de force presque b ru tale :
R enaud e n d o rm i n ’est q u ’un robuste soldat,, et l’A m o u r a u nez
re tro u ssé a une p h y s io n o m ie vulgaire.
C’est s u rto u t la g é n é ra tio n de Vouet et de P oussin qui s’ins­
pira du Tasse. Ensuite, la vo gue de la Jérusalem auprès des
artistes subit un a r rê t ju sq u ’au x v i i i 3 siècle. Il est curieux de
co n state r que Le B run et son école n ’e m p r u n tè r e n t pas de
sujets à ce poèm e. Je ne vois à citer que trois co m po sitions,
tirées p a r Jacques Rousseau de l’histoire d ’A rm ide, qui
o rn a ie n t une ch a m b re des T u ile rie s1.
Les Hollandais c o n te m p o ra in s se s oucièren t peu des héros
du Tasse. En F landre, ce poète a in sp iré deux m aîtres différents
p a r leurs tend an c es : Van Dyck e t T é n ie r s le jeune. On voit
que le sujet de Renaud et A rm ide a préoccupé Van Dyck ou
du m oins son atelier, s’il est exact que le tableau du Louvre,
avec deux perso n n ag es assez d éclam atoires et conto rsio n n és,
et celui du Musée de B ordeaux ne so n t pas de lui. En A n gleterre,
to u jo u rs sur le m êm e sujet, se tr o u v e n t deux p e in tu re s dans
les collections Fitz-W illiam et du duc de Newcastle, u ne g r i ­
saille chez lady Eastlake, et u ne esquisse à l’huile s u r papier à la
N ational Gallery. A Téniers le je u n e on a attrib u é, — leur
au th en ticité a été m ise en doute, — douze petits tableaux

1.

p. 387.

Bailly, In v e n ta ire d es ta b le a u x d u R o y ... p u b l . p a r F. E n g e r a t i d , P a r i s , 1899,

�202

É TUDE S

IT A L IE N N E S

(Madrid, P rado) où les av e n tu re s d ’A rm ide so n t retracées.
Le Tasse re tro u v a, m ais peu à peu, sa p o p u la rité dans les
ateliers français au début du x viii 0 siècle. Au salon de 1699,
P aillet expose « deux sujets de R enau d et d ’A rm ide » ; en 1704,
F av a n n e s Tancrède tu a n t Clorinde sans la connaître. Ce m êm e
salon de 1704 est significatif : A ntoin e Coypel et Louis de
B oulogne c o n c u rre m m e n t m o n t r e n t Renaud et A rm ide dans les
plaisirs. Les p e in tre s de cette g é n é ra tio n s’a p p liq u e n t à re p ré ­
sen te r Tancrède rendant les armes à Clorinde (Le Moyne, Musée
de B esançon), Renaud et A rm ide (J. B. Van Loo, Musée d ’Angers)
H rm u n ie chez les Brryers (Restout, Palais de F o n ta in eb leau , et
Dorigny, Maison L om bardi à Vérone*).
C om m e le fait re m a r q u e r M. P ie rre M arcel2, c’est à tra v e rs
la m y th o lo g ie que les artistes vo ient les a m a n ts du Tasse.
R enaud et A rm id e so n t escortés de trito n s , de n aïad es et
d ’a m o u rs. C’est aussi à tra v e rs le j th é â tre q u ’a p p a ra ît la
Jérusalem délivrée. Gillot d o n n e ses scènes d ’o p éras g alants,
do n t A rm ide. La série des fra g m e n ts d’o p éra com posée p ar
Charles Coypel en vue de la tapisserie, co m p re n d , s u r q u atre
épisodes, trois qui so n t tirés de la Jérusalem et in spirés p a r le
liv re t d’A rm id e : Y Évanouissem ent d’A rm id e, la Destruction du
palais d ’A rm ide et le S om m eil de R enaud. Ces trois p e in tu re s
s o n t p artagées e n tre le L ouvre (Réserve) et les Musées de Nancy
et de N antes. Elles o n t été trad u ites à p lu sieu rs re p rises par 1M
m a n u fa c tu re des G ob e lin s’. L eu r succès fut tel que le ca rdinal
de F le u ry d o n n a en 1737 au m ê m e Coypel la co m m an d e , qui ne
fut jam ais exécutée, d’u n e série plus com plète de l’histoire
d ’A rm id e en h u it tableaux*. Le Tasse est à la m ode. En 1747,
1. S u i v a n t D u s sieu x, Les A r tis te s fr a n ç a is à l ’é tr a n g e r P a r i s et Ly on , 1876
p. 522.
2. La p e in tu r e fr a n ç a is e , de la m o r t de Le B ru n d la m o r t de W a tte a u (16901721) P a r is, 1906, p. 189.
3. V. Kenaille, E ta t g é n éra l des ta p isse rie s de la m a n u fa c tu r e d es G ohelins
d ep u is son o rig in e j u s q u 'à nos jo u r s (1600-1900) t. II, P aris, 1904, p. 323 e t suiv.
V.
Eng»ran(i (F.) I n v e n ta ir e des T a b le a u x co m m a n d és e t a ch e té s p a r la
d ire c tio n d es B â tim e n ts d u lioi (1709-1792). P aris, 1900, p. 119.

�LA

«

JÉRUSALEM

DÉLIVRÉE

»

DANS L ES AR T S P L A S T I Q U E S

203

p a rm i les onze tablëaux, o rd o n n é s e x tra o rd in a ire m e n t p o u r le
Roi aux p rin cip a u x officiers de l’A cadém ie p a r le d irecteur g é n é ­
ra l d es B âtim e n ts, figure u n e Arm irte vou la n t a’ô ter la vie.
En 1751, c’est Roucher qui exécute p o u r la M anufacture de
Reauvais et p ropo se p o u r les Gobelins u n e suite de m odèles sur
les m êm es t h è m e s 1 ; R oucher c o n n a issa it les œ u vres du Tasse,
et pas s e u lem e n t la Jérusalem p u is q u ’il nous a laissé deux
p e in tu re s inspirées p a r Y A m in ta (Paris, B an que de F rance, et
Musée de Tours), sans co m p ter trois dessins (G ravures par
L e m p e reu r au salon de 1779) : S ylvie g u é rit P hi/is de la p iq û re
d ’une abeille-, Y A m o u r ranim e A m in ta dans les bras île S ylvie :
S y lv ie f u i t le loup q u ’elle a blessé. Il av ait d’ailleurs affirm é sa
pré dile ction p o u r le Tasse en p r e n a n t Renaud et A rm ide co m m e
sujet de son tableau de ré ceptio n à l’A cadém ie de p ein tu re .
C’est la toile du Louvre p our laquelle la je u n e M adame B oucher
a servi de m odèle.
A la suite de Coypel et de Boucher, les artistes se p iq u en t
d ’ém u latio n . Chacun v eu t avo ir figuré le couple célèbre*. Le
th é â tre d’ailleurs co n tin u a à s'in te rp o s e r e n tre l’artiste et le
p oèm e : en 1751, Leclerc expose des E nfants jo u a n t une scène
de l'opéra d 'A rm ide.
Les sculpteu rs, a u ta n t que les pein tre s, se p laisent à re p ré ­
sen te r les p ers o n n a g e s de la Jérusalem , S im o n Challes, le frère de
M ichel-A ngeC halles, avec u n e te rr e cuite d ’Olinde et Sophronie
et le p iém o n tais francisé Ladatte avec u n g ro u p e en bronze,
R enaud et A rm ide.
Certains artistes se spécialisent presq ue dans l’exécution de
scènes de la Jérusalem . Corrège, de l’académ ie de S aint-L uc, exé­
cuta successivem ent un Renaud et A rm ide et une A rm ide q u i veut
tu er R en a u d (Salons 1753 et 1764), sans c o m p te r des esquisses
1. F e n a i l l e , o u v . cité, t. Il, p. 238.
2. Boisot, 1740 : R e n a u d q u ille A r m id e — F a v a n n e (de), 1747': Armide d ésarm ée
p a r l'a m o u r — Arnau d, 1765 : T ancrède p a n sé p a r Ile rm é n ie (sic) e t R e n a u ld et
A rm id e — B r ia r d , H erm ine se r é fu g ia n t chez u n p a y s a n , R é c e p t i o n à l ’A cad é m ie
de. p e i n t u r e , 1768.

�204

ÉT UDE S

I TAL I E NNE S

p o u r u ne D estruction du palais d’A rm id e (Salon de Bordeaux,
1771). Mais L ag ren ée l ’aîné fut p a rtic u liè re m e n t en thou siaste.
De 1757 à 1798, p e n d a n t un e pério de de plus de q u a ra n te ans,
il donn e la Rencontre d ’H erm inie et de Tancré de, R enaud et
A rm ide, A rm id e voulant se fr a p p e r , Ubaldo et le chevalier danois
rencontrant les n ym phes, enfin, en 1798, un e no uvelle édition
de la ten tativ e de suicide d ’A rm id e. Il c o m m u n iq u e son g o û t
à son frère cadet qui, en 1785, envoie au salon u n e A rm ide
abandonnée.
De vastes ensem b les fu re n t aussi exécutés. Au Palais royal
de T u rin , Carie Van Loo d écora un cab inet avec, d an s les
pilastres et dans les dessus de p orte, onze petits tableaux tirés
de la Jé ru sa le m l. P ie rre qui s’était exercé avec u ne A rm id e
p rête à se fra p p e r (1747) et u n e H erm inie cachée sous les arm es de
Clorinde (g rav. p a r Fessard au Salon de 1753), te r m i n a en 1769
au palais de Saint-C loud (salon du duc de C hartres), un g ra n d
p lafo nd où figurait les cinq épisodes s u iv a n t : R enaud et A rm id e
— Ubalde et le chevalier danois — R en a u d dans les ja rd in s
enchantés d!A rm ide — le D épart d ’A rm id e — A rm id e détruisant
son palais.
Le c h a n g e m e n t de g o û t qui se m an ifesta à la fin du rè g n e de
Louis XV et sous Louis XVI, n ’a m o in d rit pas le p restige du
Tasse. Les Français de cette époque l u re n t le poète d’u ne a u tre
façon et y c h e rc h è re n t ce d o n t se souciait fort peu la g é n é ­
ra tio n de Louis XV et de Boucher. L ts a v e n tu res d ’H erm inie
retracées p a r B ardin (1779), Suvée (1779) et D uram eau (1783)
satisfon t leu r sensibilité déb o rd an te et leur a m o u r de la
n a tu re . En 1789, T aillasson présen te H erm inie devenue bergère,
g ravant sur les arbres ses aventures m alheureuses et le nom de
Tancrède. R enaud et A rm id e ne sont pas délaissés (Vien, 1767 ;
1. Ç o c h m .V o ya q es d 'I ta lie , t. IV, p. 14. Voici les s u j e ts : Clorinde d é l i v r a n t Olinde
et S o p h r o n i e — R e n a u d ac cueilli p a r A r m i d e — L es d e u x g u e r r i e r s qu i e m m è ­
n e n t R e n a u d d u j a r d i n d ’A r m i d e — R e n a u d q u i e m p ê c h e A r m i d e d e se t u e r ,
— H e r m i n i e q u i p a r l e av ec u n b e r g e r — T a n c r è d e c o m b a t t a n t a v e c Clorinde,
— Ba ptê m e d e C lo r in d e — T a n c r è d e a u t o m b e a u de Clo rinde — H e r m i n i e
r e g a r d a n t T a n c r è d e b lessé — H e r m i n i e s o i g n a n t T ancrè d e.

��JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

BOUCHER (F ran ço is). — R e n a u d e t Axm ide
(Musée d u I-ou\re.)

�LA « J É R U S A L E M D É L I V R É E

)) DANS LES

ART S P L A S T IQ U E S

205

P asq uier, 1771; Biaise scu lp t., bas-reliefs de l’Hôtel de Cata­
lan, L y o n .e x p . en 1779), m ais on d o n n e d a v a n ta g e de larm es à
l’ab a n d o n et au désespoir de l’a m a n te in fo rtu n ée (Vincent, 1787),
et les p artis a n s de la v ertu ap p ré c ie n t la m o rale que l’a c ad ém i­
cien J o llain t'ire de la passion coupable du héros p o u r la
m a g i c i e n n e 1. F rago, lui, s’am u se à cro q u er Clorinde à cheval,
arm é e de sa lance (Musée de Besançon).
En 1786, no uvelle preuve de ce g o û t p o u r la poésie du Tasse,
le roi offre à son beau-frère, le duc de Saxe-Teschen, u n e table
avec des sujets de p orcelaine de Sèvres où est représen té e
l’h istoire d’A rm ide.
A la fin du siècle, chez les p ein tres de l ’A cadém ie royale à
Londres, on sen t un e pareille s y m p a th ie p o u r le Tasse. Le
co n ta c t avec n o tre pays est p rou vé p a r les artistes fran çais qui
ex po sen t à cette académ ie. L o u th e rb o u rg (1773) y exhibe une
Clorinde, et, en 1792, Barbier se plaît à o ublier le tem ps p ré sen t
en é v o q u a n t l'île ench an tée où A rm id e et R enaud co nn a isse n t
le bo n h eu r.
Au cours des x v ii 0 et x v in 6 siècles, il y eut p lusieurs séries
d’estam p es p a r des artistes français. Au x v n e siècle, F rançois
C hauveau conçut une suite q u ’on tro u v e g é n é ra le m e n t intercalée
dans la Jérusalem délivrée en italien p aru e en 1644 à Paris, avec
frontispice p a r Stella. Elle se com p ose de cinq p lanches ; la
m an ière de Chauveau est u n peu plate, lo urd e, ap pliquée et
assez ennu yeuse. Il traite les épisodes q u ’il a choisis dans le
poèm e, à la m an ière de tableaux d ’église. Chauveau a aussi
exécuté u n e g alerie de beautés fém in in es créées p a r divers
au teu rs. Il fait u ne p a rt égale à l’Arioste et au Tasse; d ’un côté
Marphise, B rad a m a n te et Angélique, de l ’a u tre H erm inie,
S o p h ro n ie et Clorinde. Il les a rep résen té es avec de bons
1.
L es c h e v a lie rs a lla n t c h e rc h e r R e n a u d so n t a r rê té s p a r d eu x n y m p h e s q u i
s’effo rcen t d e les s é d u ire — R e n au d r o m p t le c h a r m e de la fo rê t e n c h a n té e
m a lg ré le p r e s tig e d e s n y m p h e s — R e n au d q u i tt a n t A rm id e p o u r s u iv r e la
g lo ire . (L iv rets des s a lo n s de 1777 à 1779.)

�206

ÉTUDES

I T A L IE N N E S

visages ro n d s m ais p assa b le m e n t dénués de grâce. Dans son
œ u v re se tro u v e une estam pe de form e circulaire qui re p ro d u it
s ans doute un plafond. T oujours dans le m ôm e style n aïvem ent
lo urd , elle m o n tre Tancrède s’é v a n o u is s a n t devant le corps de
Cloriude exposé sous une ten te, et le to m b eau que Godefroy de
Bouillon fait ériger en l’h o n n e u r de l ’h éro ïne.
Bien plus s édu isant est S ébastien Le Clerc do n t les figures
o n t eu u n g r a n d succès p u is q u ’on les re tro u v e dans des
éditions p o stérieures et publiées à l’étra n g e r, com m e celle qui
p a r u t chez Foulis à Glasgow en 1763. On y voit des p e r s o n ­
nages h auts d ’un m illim ètre, de la m in e la plus spirituelle, des
escadro ns de « b o n s h o m m e s » m icroscopiques. La tech niq ue
est habile : des dégradés dans les a rb res et des effets de clairobscur so n t très réussis.
La détestable tra d u c tio n en vers de S ablon (Paris, 1671), se
reflète d ans des im ag es n on m o in s m auvaises, où rè g n e un
m élan g e de p latitu d e et de péd an tism e.
Le x v u r siècle a laissé deux belles éditions de la Jérusalem .
Celle, p aru e chez Didot (1784), offre p ar c h a n t deux p lanches
de C. N. Cochin. L’exécution est très réussie, m ais to u te biblio­
philie m ise à p art, on doit co n s ta te r les défauts déjà notés
lorsque nous exa m in io n s YO rlando, Cochin est incapable de
re n d re l’énergie ou m ê m e to ute expression profonde. T oujours
cette p h y sio n o m ie de bébé q u ’ont, ses p e rso n n ag es. Quand ils
veu len t être d ra m a tiq u e s, ils so n t ridicules ou am p o u lés : Clorin d e p résen te le profil au g u s te de Louis XVI et Godefroy
devien t u ne so rte d’ecclésiastique chauve. Au fond, ces
héroïques ou pieuses g en s e n n u ie n t Cochin. Ce qui l’am use, ce
s o n t les costum es. 11 y a d ’ad orables tu rq u erie s et le g o th iq u e
tro u b a d o u r fait son a p p a ritio n . S u rto u t il s ’attac he aux a i ­
m ables fem m es qui so n t l’a g r é m e n t de la Jérusalem . Le d ésh a­
billé d’tlerm in ie qui revêt l’a r m u r e de Clorinde, est p iquant,
m ais est surpassé p a r celui d’A rm id e, les bras voilés et la g o rg e
nue. Le palais d ’A rm ide est devenu un e petite m aison.
Ce que je dis de Cochin peut s’ap p liq u er aux figures que

�JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

r h o t. A l m a ri

COYPEL (C harles)
I/a b a n d o n d ’A rm id e, T ap isserie des G obelins.
(Musée du Louvre).

\

��LA (( J É R U S A L E M D É L I V R É E » DANS L E S A R T S

PLA STIQ U ES

207

G ravelot d essina p o u r l'édition publiée chez Deialain en 1771.
Mais Gravelot, plus adroit, évite le ridicule. Sa m o rt de S ueno
n e nous to u ch e pas, m ais elle ne nous fait pas rire. P o u r ce qui
est élégance et v olupté, il est to u jo u rs le G ravelo t du Boccace,
du La F o n ta in e. En outre, des frontispices, des vig nettes et des
culs-de-lampe offrent un a g r é m e n t qui m a n q u e à la Jérusalem
de D idot1.
On s’im a g in e ra it que la R évolution a m is fin au succès de la
Jérusalem d o n t l ’esp rit religieux devait déplaire aux h o m m e s
d ’alors, san s c o m p te r les passages v olu ptu eux qui pou v aien t
c h o q u e r les rigoristes. P eu t-ê tre en fut-il ainsi de J 789 à 1794.
Mais, en 1795, q u a n d on re sp ira plus lib rem en t, on vit re p a ­
ra ître les su jets aim és des ci-devant. Le salon de 1795 n ’offrit
pas m o in s de six œ uvres inspirées p ar la Jérusalem délivrée,
celui de 1796 c i n q 2.
Sous l’E m p ire et la R estauratio n, la Jérusalem délivrée eut u n
succès auquel to u t c o n trib u a : la re naissan ce du se n tim e n t reli.
gieux. la sensibilité ou l’affectation de sensibilité du public, la
cu riosité à l ’ég ard du m o y en âge, ca ractérisée p a r l ’e n g o u e ­
m e n t pour le g o th iq u e tro u b ad o u r. Ce s o n t de nou veaux no m s
q u 'o n lit au bas des tableaux év o q u a n t le Tasse, p a rm i lesquels
quelques anciens, c o m m e celui de L àg ren ée le jeune, qui
re lie n t le p ré s e n t au passé.
Le Tasse com p te, p a rm i ces n o u vea u x venus, des a d m ira ­
teurs p assio nnés co m m e P e y ra n n e ou T au n a y qui, à plu sieurs
reprises, s’in s p ire n t de lui. 1 1 est in té re ss a n t d ’in d iq u er les
sujets qui o n t le plus de succès auprès des artistes ou du
public. La to u c h a n te H e rm in ie est leur favorite. On la voit
1
V p a r e x ... la v ig n e tte q u i te rm in e le c h a n t II, où l’o n v o it d e s e n f a n ts
d ég u isés eu tu r c s , so n s u u e te u te fo rm ée de d r a p e r ie s a tta c h é e s a des a rb re s .
2.
Herminie chez les bergers, L e th iè re , p ., 1195; D e m a ru e s , p ., 1796. — Le com­
bat de Tancrède et de Clorinde : G en so u l, D e sfo u ts, p ., 1796. — Herminie écrivant
le nom de Tancr'ede, T a iü a s s o n , p ., 1 7 9 6 — At-r^ide et Renaud : J u lie n ; sc ., l*J98.
R e ^ u a u lt p . , 1785) C h a n c o u rto is , p . , 1796 — Les adieux de Renaud à Armide,
J u l i e n s c 1795 _la bataille et la défaite d ’Armide et des Infidèles : R a v a u lt, p . ,
1795 • R obin, p ., 1798 — A rm id e essaie d e se d o n n e r la m ort, L e ro y , p .,1795 e t 1796.

�208

É T U D E S I T A L IE N N E S

éc riv a n t le n o m de T ancrède s u r les arb res (Mlle Bouliard, 1802;
Cadeau, 1824), v iv a n t p a rm i les b erg ers (Taunay, 1810; Déla­
vai, 1822), et s u rto u t sec o u ra n t T an c rèd e (D eléclu ze etQ u in ier,
1812; L agrénée, 1814; A dam fils, 1819; D esm oulins, 1822).
A rm id e a conservé sa séduction. Elle est re p ré s e n té e en lev a n t
R enaud (B erthon, 1824), au p rès de son a m a n t (Broc, 1810; Berth o n , 1814; A nsiaux, 1817; un a n o n y m e 1817; R ergeret, 1819)
ou a tt e n t a n t à ses jo u rs (M^e F o restier, 1819). Clorinde est plus
oubliée. C ependant, elle nou s est m o n tré e d é liv ra n t Olindo et
S ofronia, (P ey ran n e, 1819), en tête-à-tête avec Tancrède (Bertin, 1810) ou m o u r a n t (Desoria, 1814; Mauzaine, 1817).
Certains artistes ne se c o n te n te n t pas de ces sujets rebattus.
B u rgu et (1808) évoque Godefroy faisant tire r au so rt les futurs
d éfenseurs d ’A rm ide, et T au n a y (1806) le fidèle Vafrino se
g lis sa n t au c a m p des infidèles. P e y ra n n e s’intéresse spéciale­
m e n t à S olim an qui voit Ism ène en songe (1814) ou qui s’enfuit
(1812).
L’œ u v re à la fois la plus m e n u e et la plus belle q u ’a prod u ite
cette époque, n ’a pas été inspirée p ar la Jérusalem , m ais par
Y A m in ta . C’est le petit dessin exécuté p ar P r u d ’hon p o u r l’édi­
tion publiée en 1800 chez R en ouard . Silvia, nue, attac h ée à
un a r b re , est m enacée des en tre p rises du sa ty re que Dafné
re tie n t p a r la tête. Cette m êm e scène fut traitée p a r le p ein tre
A lbrier (1822).
C’est p e n d a n t cette m êm e période, plus ex a ctem en t en 1818,
que Overbeck c o n c o u ru t à la d éco ratio n du casino Massimi à
Rome, d o n t j ’ai parlé au sujet de l’Arioste et des fresques de
S c h n o rr de Carolsfeld. La c h a m b re consacrée à la Jérusalem
délivrée av a it des dim en sio n s re strein tes. L’ensem ble devait
co m p re n d re onze c o m p o s itio n s ; m ais Overbeck, m alade, ne
p u t en exécuter que h u it et passa la m ain à son am i Jo seph
F ü h rich . Trois sujets d o m in e n t les a u tre s : au plafond, une
allégorie de Jé ru sa le m s u r u n trô n e , en tre deux anges qui
pla n e n t, avec, dans leurs m ain s, les ch aînes d o n t elle est déli­
vrée ; sur les m u rs , le Supplice d'O lindo et de Sofronia et

�LA « JÉ R U S A L E M

D ÉLIVRÉE

)) DANS L E S A R T S P L A S T I Q U E S

209

l ’E n tretien de G odefroy avec Pierre L'ermite. O verberk ne s est
intéressé q u ’au côté religieux du poèm e. Il a traité son sujet
avec un m é la n g e d ’in g én u ité et de p é d a n tis m e sans origin alité.
Il a fait u n p astiche du Q uattrocento, ce qui est le plus g ra n d
des contre-sens. C ornélius a laissé aussi six esquisses d’après
la Jérusalem qui o n t été re p ro d u ite s en lith o g ra p h ie (Berlin,
1843).
Les artistes allem and s n ’eu re n t pas d ’influence s u r les nôtres.
Il n ’en fut p a s de m êm e des écrivains. A m esu re que nous
a v a n ço n s d ans le x ix e siècle, la vogue de la Jérusalem p arm i
nos artistes d im in u e ra , en p a rtie à cause de l’im p o rta n c e
q u ’après 1830, la litté ra tu re a llem an d e pre n d co m m e in s p ira ­
trice de sujets, Les R o m an tiq u e s v o n t p uiser chez Goethe,
s u rto u t dans Faust, chez La Motte-Fouquet, r e m o n t e r o n t m êm e
au m o y en âge et a b o r d e ro n t les M innesinger. En o u tre, Y His­
toire des Croisades p a r Michaud, p a ru e de 1811 à 1822, fera,
si l’on peu t dire, c o n c u rre n c e à la Jérusalem . P o u r p ein dre
avec plus de p récisio n les lieux saints et les com bats co n tre les
Infidèles, les artistes soucieux de d o c u m e n ta tio n p e n se n t
tro u v e r des in fo rm a tio n s plus exactes dans le livre de Michaud.
Enfin la s y m p a th ie et la curiosité des artistes se p o rta sur le
Tasse lu i-m êm e : « ¡N’est-ce pas que cette vie du Tasse est
bien i n té re s s a n te ? Que cet h o m m e a été m a lh e u r e u x ! Qu on
est rem pli d’in d ig n a tio n c o n tre les in d ig n es p ro te c te u rs qui
l’o p p rim a ie n t sous le prétexte de le g a r a n t i r co n tre ses e n n e ­
m is et qui le p riv a ie n t de ses chers m a n u s c r it s ........ » Delacroix
s ’exp rim e ainsi d ans u ne lettre de 1819 *, in té re ssa n te parce
q u ’elle tra d u it le s e n tim e n t de la g é n é ra tio n p ré sen te et de
celles qui s u iv ro n t. P e n d a n t plus de q u a r a n te ans; c’est, aux
salons, un e suite in in te r r o m p u e d’œ uvres re tr a ç a n t les souf­
frances du m a lh eu reu x poète. Il prov oq ue u n e crise d ’iconom a n ie en to u t g e n re et en toute m atière, allan t ju s q u ’à la pein1. lettres de Eugène Delacroix (1St5 à 18(1$) recueillies et publiées par
Ph. Burty, Paris 1878, p. 41.
14

�210

É T U D E S IT A L IE N N E S

tu re s u r porcelaine, et telle q u ’on en vit r a r e m e n t au sujet d'un
éc riv ain L’o rigin e de cet e n th o u siasm e doit être ch erchée dans
la tra d itio n p o p u laire italie n n e telle q u ’elle a cours encore
actuellem ent*. Cette tra d itio n fut fortifiée p ar le d ra m e de
G oethe, et s u rto u t p a r les L am en ta tio n s d u Tasse, de B yron.
L’élégie du poète anglais (1817) avait san s doute fait u ne vive
im p ressio n sur Delacroix to u t jeu n e. C’est en 1823 q u ’il d o n n a
le Tasse dans la m aison des fo u s et le Tasse en prison. L’in f o r ­
tu n e du poète le h a n ta it te lle m e n t que, les an nées suivantes,
ju s q u ’en 1827, il r e v in t à ces sujets, les t r a ita n t de to ute façon,
par la p e in tu re ou s im p le m e n t p a r le dessin. Il av ait p o ur lui
u n tel culte que, plus ta rd , en 1844, il le re p ré s e n ta à la
b ib liothèq ue du P alais-B ourbon, à côté de Tite-Live, de Virgile
et de Dante.
Delacroix a v a it été précédé p a r Ducis qui, dès 1812, d o n n a it
des co m p o sitio n s a tte n d ris sa n te s que le b u rin de P a u q u e t fils a
popu larisées. On p o u rr a it c o n s titu e r un a lb u m p la is a n t en
ré u n is s a n t les im ag es, le plus so u v e n t naïves, où a p p a ra ît le
Tasse. On le voit à la cou r de F e rra re (Ender, 1864), puis à la
co u r de F ran ce, p ré sen té à la re in e par R o n sard et B ran tô m e
(Deveria, 1838), au roi p a r l e ca rd in al d’Este (Navier, 1864). Il
trav a ille dans les ja rd in s de F e rr a re (W e rn e r, 1848) et consulte
son am i le P ère Grillo (G ranet, 1845). A y a n t achevé son
poèm e, il le lit aux divers m e m b re s de la fam ille d’fiste, à
Éléonore seule (Ducis, 1814 ; P a u q u e t père 1824 ; Mlle S o m m é,
1831), à É léonore et au duc de F e rr a re (A lexandre F ra g û n a rd ,
1831), à É léon ore et au ca rd in a l d’Este, ce qui nous c o n d u it à
Tivoli (Jadin, 1838). É léonore tro u v e ces vers te lle m e n t beaux
q u ’elle les relit seule (MUe L a u re n t, 1831). Duo d ’a m o u r
t . D an s le N u o vissim o M elzi, p e tite e n c y c lo p é d ie tr è s r é p a n d u e e u Ita lie , o n
p e u t lire a u s u je t d u T a ss e , : « In v ita to a lla c o rte d a A lfonso II, d u c a di F e r­
r a r a , lu o g g eto d e lla c o s tu i am icizia ; m a, p o sc ia , p e r d è la g ra z ia d i q u e l
s o v r a n o , p o ic h é g u a rd a v a , v u o isi, c o n occh io tr o p p o te n e r o , le so re lle di lu i,
E le o n o ra e L u c re z ia . P e r o rd in e d e l d u c a , T asso fu c o s tr e tto a n o u u s c ire dalle
s u e s ta n z e , ed e g li a c c o ro s se n e ta n to , d a a v e r n e il c e rv e lo sc o n v o lto . » S u it
le r é c it d e s m a lh e u r s du p o è te .

�LA

« JÉ RU SA L EM

D ÉLIV RÉE

)) DANS L E S A R T S P L A S T I Q U E S

211

(P ro v o st:D um archais 1842) qui finit m a l. Le Tasse, arrêté,
s 'enfuit d ’ab o rd chez les b erg ers (Lobin, 1843), puis à S o rren te.
Voici la m aiso n patern elle (Menjaud, 1824) avec la fidèle Cornelia (Ducis, 1812 ; Alfred de C urzon, 1859). Le Tasse rev ie n t
à F e rr a re et nous a rriv o n s à l’épisode le plus p a th étiq u e : le
poète est in te rn é (Delacroix, 1823, 1824, 1825, 1826, 1827 ;
Deveria, 1825; Narcisse, 1843; Mm“ de L ern ay , 1837 ; Mme Bi­
g a m e , 1848). Sa d éten tio n est adoucie p a r des rêves qui le
co nso len t (Menjaud, 1824 ; P é rig n o n , 1849), puis par les visites
q u ’il reçoit de la prin cesse Éléonore (Aimé M arquet, 1850),
d ’Expilly (Hébert, 1839) et s u rto u t de M ontaigne. Cette visite
de M ontaigne fut u n su jet inépuisable. S an s doute, le s e n t i ­
m e n t n a tio n a l se d o n n a c a rriè r e : il fallait m o n t r e r q u ’un des
n ô tres av ait été bon pour le p a u v re T o rq u a to (R ichard, 1822 ;
C lérian, 1835; Gellait, 1837 ; Van Parys, 1846; Housez, 1853).
Nous assistons au d e rn ie r acte du d ra m e : les ca rd in a u x Aldob ra n d in i v o n t re cev oir le Tasse aux portes de R om e (P erig n o n ,
1819). Il est au co u v e n t de S aint-O nuphre (R obert F leury,
1827 ; Larivière, 1831) où il m e u rt (Ducis, 1819 ; Lacaze, 1838).
Sa fin a em pêché son c o u ro n n e m e n t, ce d on t le p e in tre Men­
jau d ne p eut p re n d re son parti ; d ’office, il le c o u ro n n e (1819).
Q uant à la Jérusalem , de 1830 à 1920, elle a insp iré de
n o m b reu se s œ uvres dont, p o u r éviter u n e é n u m é r a tio n fasti­
dieuse, je d o n n e en n ote un e liste aussi co m p lète que p o s ­
s ib le 1. Cette liste p e rm e t de se re n d re co m p te que la Jérusalem
\
I.
FIG U RES ISO LÉ ES : Armide : B a rré , sc ., 1873 e t 1875; M"* G o b e rt (ém ail),
1884; R im b ez, sc ., 1884; G erv ais, p ., 1885 ; V allet, s c ., 1894. C lorinde : le C o iu te,
sc ., 189i ; D ela u u a y , p . R oyal a c a d e m y , 1882; C laudia, p ., 1887.
CHANT II. Olindo et Sofronia sur le bâcher D elacro ix : 1845; Clorinde deman­
dant la grâce d'Olindo et de Sofronia : L e sa g e , p ., 1838.
CHANT III. Obsèques de Dudone, H e rm e , p ., 1846.
CHANT VI. Herminie revêt les armes de Clorinde : B o u c o iran , p ., 1840.
CHANT VII. Herminie et les bergers : D e la c ro ix , 1859.
CHANT V lll. La mort de Sueno, L acaze, p ., 1839.
CHANT X III. ¿ e s croisés dans le désert, S c h u le r, p ., 1845.
CHANT XIV. La nymphe apparaît à Renaud, H ivaud, p ., 1850 — Renaud pri­
sonnier d'Armide, F ro u llé -V a ru ie r, g r a v . s u r ca m é e , 1878.
C H A N T X V . Nymphe des jardins d'Armide, B ia rd , p . , 1850 — Carlo et Vbaldo

�212

ÉTUDES

IT A L IE N N E S

n est pas to u t à fait oubliée de nos artistes, m ais que, plus on
avance, m o in s ils lui e m p ru n te n t de sujets, et m o ins variés
sont ces sujets. Le public ne lit plus la Jéru sa lem . Au XXe siècle,
les artistes français ne c o n n a isse n t plus que p a r tr a d itio n les
épisodes de ce poèm e, et su rto u t le plus célèbre, celui de R enaud
et A rm ide.
Doré avait, à la fin du x ix e siècle, rapp elé l’atte n tio n s u r le
R oland f u rieu x. La Jérusalem délivrée n ’eut pas cette, bon n e
fo rtun e. Nous en som m es restés aux éditions publiées dans la
p re m iè re m oitié du xix° siècle : celle qui co n tie n t la tra d u c tio n
en vers de B a o u r-L o rm ian avec figures exécutées p a r Colin
sous la direction d ’A m bro ise T ardieu, insignifiantes, m é c a ­
niques et n ’év ita n t pas to u jo u rs le ridicule, et s u rto u t celle
q u ’illu strè re n t B aron et C. N anteuil p o u r ac c o m p a g n e r la t r a ­
duction de P h ilip p o n de la M adeleine Outre v in g t planches,
elle offre de n o m b reu se s vig n ettes dans le texte. Toutes ces
figures o n t u n accent très ro m a n tiq u e . Le m oy en-âge, l’Orient,
quel th è m e p o ur des dessin ateu rs de cette époque ! L’Orient
les a s u rto u t séduits, u n Orient qui procède de Decam ps (par
exem ple la p lan ch e du C hant II où Clorinde et A ladin so nt
en to u ré s de farouches giaours). P ar ailleurs, u n ro m a n tis m e
th é â tra l dom in e. Tan crèd e s’agite sur le corps de Clorinde
m o rte, co m m e T rib ou let s u r le corps de sa fille, et Pierre l’e r­
m ite b énit B enaud co m m e on b énissait et c o m m e on bénit
encore à l’Opéra.
Gabriel
vont ch e rc h e r R e n a u d :

B o u ch és.

Boulanger, p., 1833 ; Jo liv a rd , p., 1868 ; C oëssin d e la

F o ss e , p., 1904.
CHANT XVI. te s jardins dArmide : P e in tre s : M a ric h a t, 18 3 9 ; T a s s a e rt, 18 5 0 ;
Mlie M o reau , 1 8 1 8 . — Renaud et Armide. P e io tre s : D elacro ix , 1845 ; B iro tb e a u ,
1847 ; C a m b o n , 1 8 5 5 ; D e le s tre , 1 8 5 9 . S c u lp t e u r : H eb ert (Th.), 1 8 5 9 . P e in tre s :
Mile M o n n e h ay , 1 8 8 2 ; M ottez, 1883 ; Z ie r, 1 9 0 2 ; A n q u e tin , 1 9 0 * . — Renaud aban­
d o n n a n t A r m id e : S c u lp te u r s : D ie u d o n n é , 1 8 3 4 ; M ulot, 1 8 9 0 . P e in tr e : Ja c q u e t
18 87.

�C©n?n?ept et pourquoi F- De Sap ctis
cctt?posa sop Essai Critique sur Pétrarque

L'Essai critique sur P étrarque est le p re m ie r o u v ra g e o rg a ­
nique publié par F rançois De Sanctis. Ce n ’est p o u r ta n t pas ce
q u ’on p eu t ap peler un ouv ra g e de jeun esse : né en 1817,
De S anctis le com posa en 1858, et le fit im p rim e r dix ans plus
tard . Il est vrai que De Sanctis fut je u n e de cœ u r et v igo ureu x
de pensée ju s q u ’aux d ern ie rs jo u rs ...
Il utilisa cette étude lo rs q u ’il e u t à co m p o s e r son Histoire de
la littéra tu re ; il ab rég ea et re m a n ia dans ce g r a n d o u v ra g e ce
q u ’il av a it écrit d ’abord, sans c h a n g e r le fonds ni m ê m e cer­
tains détails assez caractéristiq ues.
En som m e, ce n ’est pas t r a h i r no tre a u te u r, qu essayer de le
j u g e r to u t e n tie r à ses débuts, dans ce p rélud e à son œ uv re.
T out au m o ins p o u rro n s-n o u s, en é tu d ia n t les causes et les cir­
constances de la p ublication de Y Essai, nous p ré p a re r à ju g e r
to ute la critiq ue de De Sanctis.
Ses disciples n e s ’en s o n t d ’ailleu rs pas privés. Bien m ieux,
ils le lo u en t de s’être m o n tr é dès le p re m ie r jo u r ce q u ’il a to u ­
jo u rs été. Ils re n c h é ris se n t m êm e s u r 1’ « a d m ira tio n en bloc »
d o n t p a rla it Victor Hugo à p rop os d’un a u te u r plus p u issant
m ais n o n m o ins inégal que De S anctis : ils vo ien t dans la
« m o n ta g n e » de son œ u v re u n e co n stru c tio n systém atiq u e,
d o n t toutes les pièces, an cien nes ou nouvelles, se son t ord o n n é es
su iv a n t u n p lan co nstan t.
Est-ce m a n q u e r de respect à De Sanctis et à M. Benedetto
Croce, que de tro u v e r bien a m u s a n te cette p ré te n tio n ? Sans
doute De Sanctis s’est plu bien des fois à justifier ses co m ­
m e n ta ire s im pro visés, ses in s p ira tio n s critiques et lyriques,

�É T U D E S IT A L IE N N E S

voire ses boutades, à g r a n d re n fo rt de théo rie s m étaphy siques,
so u v en t h égéliennes, et to u jo u rs a s s o m m a n te s ; p a r la suite, il
a dégagé de ses essais ce rtain es règles ab straites et vastes, ou
bien ses disciples les o n t dégagées p o u r lui (car il est parfois
tro p b o n h o m m e p o u r s’y a p p liq u e r); et de ces règles on a fait
un code, et l’on a dit que le code existait en e n tie r a v a n t les
œ uvres de De Sanctis, lesquelles s’y c o n f o rm e n t avec soin.
Mais s’il nous faut accepter cette thèse u n p eu audacieuse, il
est en elle d’au tres caractères qui n o u s fra p p e n t dav a n ta g e ;
ce so n t les procédés co n sta n ts de la critiq u e de De S anctis, on
p o u rr a it presque dire les caprices fa m iliers de sa Muse, u ne
m use qui se m o q u e bien des règles de l’esth étiqu e g e r m a n iq u e et
danse à sa guise h o rs des larges av en u es rectilig n es et arides.
Les im p ressio n s perso n n elle s de De S anctis, n ap o lita in
a rd e n t, ses ju g e m e n ts de v aleu r p ro n o n c é s au g ré d ’u ne é m o ­
tion p assagère ou m ê m e durable, m ais rebelle à l’a n a ly se rais onnée, ses excla m atio n s atte n d rie s ou enth o u siastes qui
re m p la c e n t so u v e n t la sage et froide analy se, vo ilà ce qui nous
sem ble o rig in a l chez De S anctis, voilà ce qui ca ractérise son
g o û t critique, bien plus que les r a is o n n e m e n ts scolastiques où
il s'em pêtre, les distinctions q u ’il puise chez les ph ilo sop hes
a llem an d s, la p h ra séo lo g ie où se h e u r te n t et ré s o n n e n t en vain
Idéal, Réel, F o rm e et Fond.
S ’il y a quelque u n ité d ans l’œ u v re de De S anctis, c’est l’u n ité
que lui im pose c o n s ta m m e n t le t e m p é r a m e n t de l'a u te u r : v o lo n ­
tiers m élan coliqu e et d ’h u m e u r sauvage ou m ê m e b o u r r u e 1,
d’une im a g in a tio n « fantasque et se n tim e n ta le »% doué d ’une
m é m o ire si vive q u ’il n é g lig e a it so uv ent de c o n trô le r ses s o u ­
v e n irs d ans les livres et « d éballait » un peu pêle m êle des
faits plus ou m o in s assurés*; g r a n d b o u rre a u de travail, m ais
tra v a illa n t volo n tie rs « de chic » ; et p ro m p t à la p aro le, ne p a r ­

1. P . V illa r i, Jeunesse de F. De
2 . I b id , p . 8 e t p . 3 3 .
3. Ib id , n . 13.

S., p p . 3 à H .

�F.

DE S A N CT IS ET SO N E S S A I C R IT I Q U E S U R

PÉTRARQUE

215

la n t que p o u r s’e n th o u s i a s m e r 1; en n e m i des ju ristes et des lo g i­
ciens en littératu re, e n n e m i des ré a c tio n n a ire s en politique
(car il fut d ’un « lib éralism e » ard en t). Tel quel, il co m p re n a it
la critiqu e d’u ne façon bien p erso n n e lle : « La lecture suffisait,
dit-il dans ses m ém o ires, à éveiller en n o u s l ’en th o u sia s m e :
m ais je le préparais d ’h abitu d e en c o m b la n t les lacunes de la
« situ atio n », en n o t a n t les idées accessoires qui fe rm e n ta ie n t
dans le cerveau du poète, condensées en s y n th èses grosses de
s e n s ; critique dangereuse \ m ais j ’y réussissais parce que, te l
u n bon acteur, je m ’oubliais d ans la « situation » et je n ’y
a jo utais rien de m i e n 2. »
Il avoue p o u r t a n t av o ir fait dans sa jeunesse u n e h is to ire un
peu tro p im a g in a ire des a m o u rs de P étra rq u e , d ’après leC anzoniere, « en c h e rc h a n t la succession et la g ra d a tio n des s e n ti­
m e n ts et en t r o u v a n t ainsi u n « d ’ab o rd » et u n « ensuite »
dans ses poésies... Cela eut beaucoup de succès, m ais plus tard
je n ’y vis plus q u 'u n r o m a n 3. »
P a r co ntraste, son Essai critique sur P é tra rq u e a dû lui
p a ra ître d’une rig u e u r scientifique parfaite. Et p o u rta n t, v oyons
si ses p ré o ccu pa tions intellectuelles ou s e n tim en tales et
les év é n e m e n ts im p rév u s de sa vie n ’o n t pas g ra n d e m e n t
d é te rm in é la n a tu re de ses écrits ou n ’o n t pas été la cause de la
n aissan ce m êm e de ces écrits, en l’espèce les douze études qui
c o m p o sen t Y Essai.
Ces ch apitres, d o n t les titres se succèden t et s’as s e m b le n t avec
u n ce rtain i m p r é v u 4, r e p ro d u is e n t avec peu de c h a n g e m e n ts
un e série de leçons faites en 1858 au P o ly te c h n ik u m de Zurich,
où De Sanctis fut pro fesseu r de 1856 à 1860. Cet exil d ’u n Napoi

1 . « D a n s le r é c i t q u ’il n o u s f a it d e s o n a d o l e s c e n c e , t r o i s m o ts ¡ r e v ie n n e n t
s a n s c e s s e : f iè v r e , f o u g u e , f u r ie . » F . T o r r a c a .

2. Mémoires, p. 274.
3. ld., p. 276.
4. « P é tra rq u e — L e P é tra rq u is m e — Le M o n d e d e P é tra rq u e — P é tra rq u e e t
L a a r e — F o r m e p è t r a r q u e s q u e — U s a g e e t a b u s d e la r é f le x io n — C h a l e u r
d ’i m a g i n a t i o n — M é la n c o lie — M o rt d e L a u r e — T r a n s f i g u r a t i o n d e L a u r e —
D is s o lu tio n d e L a u r e — C o n c lu s io n . »

�216
litain

É T U D E S IT A L IE N N E S

en

Suisse av ait des ra iso n s

politiques. F acilem en t

enflam m é p a r l a lecture des jo u rn a u x et les discussions de cafés
(il l’avoue lui-m êm e), il m a n ife sta tro p b r u y a m m e n t son libé­
ralism e lors de la révo lution de 1848 à Naples; il fut arrêté
deux fois et incarcéré u n an. B anni, il vécut dans u n e certain e
gêne en P ié m o n t, puis se ré fu gia en Suisse, où il accepta, p o u r
vivre, un cours à l’École supérieure.
Im m é d ia te m e n t, sa façon d ’en s e ig n e r fit u n e petite ré v o lu ­
tio n . On n ’était g u ère h abitu é d ans cette ville, déjà s e p te n trio ­
nale, à ta n t de fougue. « D’o rd in a ire , écrivait-il, le professeur
d ans sa chaire ne s’a n im e jam ais, il ne fait pas de gestes, il ne
f a i t pas voir ses m a in s, c’est u n e m a c h in e qui p a r l e 1 ».
De Sanctis m a n q u a d ’ab ord de se laisser g eler p a r son a u d i­
toire, com posé de dix élèves, d o n t u n polonais et deux italiens :
« J ’ai co m m enc é le n te m e n t, fro id e m e n t, puis je m e suis an im é.
Je sens que j ’ai fait u n e m agnifique leçon. Les élèves on t
d’ab o rd écrit s u r leurs cahiers, puis ils se sont oubliés eux aussi,
et so n t d em eurés là, la p lu m e e n tre les doigts, le visage stu pé­
fait. »
Bientôt il co n q u ie rt u n e foule d ’au d ite u rs et s’en réjou it
n a ïv em e n t. — P o u rq u o i accourez-vous chez De S anctis en si
g ra n d n o m b r e ? d e m a n d a it un p ro fesseur à qui il ne re sta it
plus que tro is élèves. — P arce qu il nou s fait rire et nous
divertit, lui ré p o n d a i t - o n 2.
Quand De S anctis co m m en c e son cours s u r P étrarq u e, la
ré v o lu tio n est achevée. Il écrit, en déc em b re 1858 : « Ce qui
frap p e le plus, ce so n t m es gestes, et m a c la rté ; il y a chez
eux ta n t de sim plicité que Vischer [professeur d ’esthétique]
m ’a d e m an d é c o m m e n t je faisais, et si je pouvais lui a p p r e n d re ...
... Vischer m e loue à sons de tro m p e , il dit que l ’Italie est la
terre de l’en th o u s ia sm e et de l’éloquence*. »
Un ton aussi chaud, u n débit aussi v é h é m e n t, s e m b le n t bien
1. L e t t r e à D io m e d e M a r v a s io , 23 a v r il 1856.
2. L e t t r e à D io m e d e M a r v a s io , 6 m a i 1856.
3 . L e ttr e à D io m e d e M a v a r s io , 31 d é c . 1858,

�F.

DE SANCTIS E T SON E S S A I C R IT I Q U E S U R

PÉTRARQUE

217

peu ap p ro p rié s à l’étude de P étra rq u e , le p re m ie r poète de la
m élancolie am o u re u se.
Mais l’e n tra in de De Sanctis n ’est ja m a is la g ro sse joie facile
de certains h o m m es e x u b é ran ts : c’est p lu tô t la satisfaction
profo n d e de celui qui se d o n n e to u t en tie r à sa tâche, qui jo u it
de p o u v o ir si bien trav a iller, la joie du créateur, la joie de
l’artiste. « Je finissais p a r d o n n e r à m es a u d iteu rs le suc m êm e
de m o n cerveau » d i s a i t - i l 1.
Et ta n tô t il oublie dans son trav a il ses c h a g rin s p ersonn els,
co m m e un désespéré qui se g ris e r a it d 'a c tio n ; ta n tô t il fait
p asser dans son étude littéraire toute l’ém o tio n , toute la m é la n ­
colie, toute la d ou leu r q u ’il reçoit de l’existence. Car en deho rs
de ses c h a g rin s politiques et p a trio tiq u es, il av a it aussi de
g ra n d e s d ou leu rs in tim es qui e x p liq u en t peut-être p o u rq uoi il
s e n tit si v iv em en t la m élancolie p étra rq u esq u e . Au début m êm e
de son s é jo u r à Zurich, le 30 avril 185G, il écrit à son am ie litté­
ra ire, Sophie de S assernô « Vous avez ra ison M ademoiselle, il
y a des d ouleurs qui b risen t l’âm e. J ’ai perd u m a m è re et m a
s œ u r... Et m es m aîtres, et ta n t de m es am is, de m es élèves, où
so nt-ils? Lorsque je p lon ge m es re g a rd s dans le passé, m on
horizon s’e n to u re de m o rts. » Cette tristesse s ’étend à toute
sa vie, c o m m e nous le voyons d ans u ne a u tre lettre, du
15 d é c em b re 1856, adressée à Virginia Basco. « Il y a au d edans
de nou s-m êm es u n e source in ép uisable de tristesse, quelque
chose qui veut to u jo u rs p le u re r m ê m e q u a n d nous n ’avo n s à
no us l a m e n te r de rien. C est ce qui t ’arriv e, et tu l’as bien dit :
Je sais m o i-m êm e que c’est m oi q u i fa is m on m a lh eu r, et p o u r'
ta n t je ne p e u x fa ire autrem ent. Mais console-toi, V irginie, ces
tristes dispositions, ce je ne sais quoi de v ague et d’inassouvi
qui parfois t ’a sso m b rit m o n tre que tu n as pas u ne âm e
v u lg a ire ... C’est dans les âm es nobles que se révèle u n je ne
sais quoi d'infini vers lequel elles co u re n t san s cesse, avec une

1. P a r o le c ité e p a r V illa ri d a n s la p r é f a c e a u x M é m o ire s d e D e S a n c tis ,

�218

É T U D E S IT A L IE N N E S

passion inflexible; et la vie se passe à a im e r et à p ein er :
c’est là ce qui fait sa g r a n d e u r et son m a lh e u r. »
Quelques m ois a v a n t de c o m m e n c e r son cours s u r P étrarqu e,
De S anctis é p ro u v a une g ra n d e d o u leu r d ’a m o u r. Nous savons
peu de chose de cette p assion q u ’il eut p o u r la fille de ses am is
de T urin, Thérèse de Am icis. Il évitait d’y faire allusion dans
ses le ttres; u n e seule fois, (le 2 avril 1856 après son d é p a rt
d ’Italie) il p a rle de « son pâle visage, de ses yeux gonflés, de
son d e rn ie r adieu si triste ». Nous n ’av o n s d ’elle que cette
im ag e m élancoliq ue.
De Sanctis fit e n tre le 4 m a rs et le l 6r m ai 1858 u n voyag e à
T urin. C’est à ce m o m e n t que son rêve s’écroula. Sa p re m iè re
leçon, au re to u r, fut le c o m m e n ta ire d ’u n e élégie « à la v io ­
lette » écrite p a r u n e en fa n t de quinze ans, quelques jo u rs
a v a n t sa m o rt. Voici les d ô rniers m ots de cette petite pièce en
vers to u t m e n u s :
«

Et que d e s v i o l e t t e s p o u s s e n t — s u r m a t o m b e ».

Cette poésie très sim p le é m u t d’u ne façon in cro y a b le le pauv re
De S anctis qui écrit deux h eu res après : « J ’ai v u essuyer plus
d ’une la rm e ».
Les leçons s u r P é tra r q u e c o m m e n c e n t l’a u to m n e suiv an t. Leur
a u te u r avait encore le c œ u r plein de pensées d’a m o u r, car d ans
un e seule et m ê m e lettre, il p arle de son cours et de ses p ré o c­
cu pation s s e n tim en tales : « Je lis en ce m o m e n t u n g racieu x
o u v ra g e de Michelet, appelé L’A m o u r. C’est la fe m m e m ise s u r
u n piédestal fo rm é p ar l ’h o m m e (sic). . Cette a n n é e, je fais
u n cours public (sur P é trarq u e) fréq u en té s u rto u t par les
d a m e s ... » '
Cette m élan colie s e n tim e n ta le et p lato n iq u e n ’est pas
n ou velle chez De S an ctis. Encore adolescent, a p p r e n a n t de
façon assez é tra n g e la m o r t de sa s œ u r Geneviève, u n an après
l’é v é n em en t, il e n v o y a it à son père u n e le ttre où la p erte de
cette s œ u r te n d r e m e n t ché rie lui a r ra c h a it des cris de d o u leu r
rétro sp ectiv e en tre m ê lé s de ré m in isce n ces de Y oung! Et il

�F.

DE S A N CT IS

ET SON

E SS A I C R IT I Q U E S U R

PÉTRARQUE

219

disait plus ta rd : « Geneviève fut m a p re m iè re fem m e vue de
loin (sic) à tra v e rs les livres, à tra v e rs Virginie. Cette chère
petite m o rte m e re v e n a it sans cesse à l’esprit q u a n d m ’a p p a ­
ra issa it quelque nouvelle figure poétique de je u n e fille. Je
vis et com p ris Béatrice à trav e rs Geneviève. » A v in g t ans,
il nous parle é g a le m en t de ses s e n tim e n ts in tim es « vêtus
d ’u ne poésie d o n t l’écho ré s o n n a it en Béatrice et en Lau re », et
encore de son « culte littéraire » p ou r la fem m e.
Il serait peut-être b on de se s o u v en ir de to u t cela en lisan t
ce q u ’il écrit de Laure, vivante, m orte, et tran sfig u rée dans la
vision artistiq u e de P étrarq ue.
Son état sen tim e n ta l ne suffit sans doute pas à ex pliquer
po urq uoi il a choisi P é tra rq u e en 1858 p o u r l’étudier. Il y a
à ce choix des raiso ns plus précises, des ra iso n s à la fois litté­
ra ires et patriotiq ues.
De S anctis avait re n c o n tré en Suisse n o n s e u lem e n t des
h o m m es au t e m p é r a m e n t opposé au sien, et q u ’il se p laisait à
secouer u n peu p o u r sa satisfaction p e rs o n n e lle ; il av ait affaire
à des intelligences qui se m o n t r a i e n t réfractaires au gén ie ita ­
lien — à m o in s qu’elles ne p rissen t le p a rti d ’ig n o re r to u t à fait
l’Italie; « les A llem ands, d it De S anctis, n o u s re g a rd a ie n t avec
de ces airs su p érie u rs et p rotec teu rs qui faisaient m al. Nous
autres, nous étions les W elsches, les occidentaux, et n o tre rôle
était fini ; le m o n d e leur a p p a rte n a it à e u x . .. » Vischer lui-même,
le collègue de De Sanctis, ne v oyait d ans P é tra rq u e que le
poète p lato n iq u e et ab s tra it de la trad itio n , plein de m auv ais
g o û t ; et d ans les Italiens, q u ’un peuple de so n nettistes.
C’est en e n te n d a n t m a lm e n e r son « p a u v re P é tra r q u e » que
De Sanctis p rit la ré solu tion de faire un e série de conférences
sur le C anzoniere. Il ne son g ea it pas encore à dire que tout
P é tra rq u e était dans le C anzoniere.
Il savait tout le Canzoniere p a r cœ ur, et n ’av ait q u ’à puiser
dans sa m é m o ire de beaux exem ples p o u r m o n t r e r que
P é tra rq u e n ’était pas un « p latonicien de m au v ais g oû t ». Les
œ u v res latines, poétiques, fam ilières et m o rales, n ’étaien t pas

�220

ÉTUDES

I T A L IE N N E S

utiles p o u r cela, et d’ailleurs De S anctis ne les co n n a is s a it pas
aussi s û re m e n t; deux ra isons p o u r défen dre to u t P é tra rq u e
d ans les seules Rime.
Il e n tre p re n d donc u n e œ u v re de ré actio n , presqu e de cir­
co n stan c e dans le m ilieu r e s tr e in t où il p eu t a g ir. Quand il
im p rov ise, sa v erve ré chauffe, le g rise u n peu « d ’u n e volupté
toute spiritu elle » et électrise son auditoire.
« Les disciples v i n re n t en foule : étu d ian ts, professeurs,
d a m e s ... b eaucoup, les y eux s u r le texte. Ils a tte n d a ie n t que
je leur expliquasse so n n e ts et canzoni, et m e d e m a n d a ie n t
parfois quelle page j ’allais i l lu s t r e r 1... Je m ’appliq uai à faire
en te n d re et g o û te r les poésies qui m ’en s e m b laien t le plus
d ig n es. A la fin ils faisaient cercle a u to u r de m oi et vou laient
t ire r leurs doutes au cla ir... Beaucoup se d e m a n d a ie n t avec
é t o n n e m e n t c o m m e n t on av ait pu co n fo n d re P é trarq u ism e et
P é tra rq u e , et dans P é tra r q u e m êm e le défectueux et l’excellent ».
Ces leçons, im p rovisées p o u r la form e, et do n t le fond luim ê m e n a issait à m esu re que le dictait l’in sp iratio n , n ’on t pas
été recueillies d ire c te m e n t; le len d em a in de chaque conférence,
u n élève de De S anctis, Y ittorio Im b ria n i, a lla it chez le m a ître à
la p re m iè re h eu re, et De S anctis refaisait p o u r q u ’il l e n o tâ t le
discours du soir p récédent.
P eut-être certains passages ont-ils été plus ta rd re m a n ié s ;
d ’au tre s, ajo u té s ; d ’u ne façon générale, le style, avec ses p ro ­
cédés, sent encore l’im p ro v is a tio n o ra le ; et u n ce rtain n o m b re
de défauts de la n g u e ou de fautes de g o û t que De S anctis avait
p ro m is de c o rrig er, m ais q u ’il a laissé subsister, suffisent à m o n ­
t r e r q u ’il n ’a pas dû t r a n s f o rm e r p ro fo n d é m e n t ses leçons,
p o u r en faire l’Essai actuel : d’ailleu rs, tel que nous co n n a is­
sons De Sanctis, p rim e s a u tie r, fougueux et brusque, il n ’était
pas h o m m e à re tra v a ille r lo n g u e m e n t son ouv rag e.
Voici dans quelles circo nstances il le publia. En 1867 fut
I . C’e a t c e q u i e x p liq u e le s c o p ie u s e s c ita tio n s

e t le s a n a l y s e s

q u ’o u r e t r o u v e d a n s c e t t e s o r t e d e « L e c tu r a P e t r a r c æ »,

m in u tie u s e s

�F.

DE SANCTIS ET SON E S S A I C R IT I Q U E S U R P É T R A R Q U E

221

éditée à Paris u n e étude d’A. Mézières, in titu lée Pétrarque
d ’après de n o u vea u x docum ents1. De S anctis lut l’o u v ra g e et
c ru t y tro u v e r n o n plus « u ne im ag e altérée et ravalée » de
P étra rq u e , com m e chez les A llem ands, m ais un P étra rq u e
« exagéré, vu s u p e rficiellem en t» .
De Sanctis qui, on l’a vu, co nn a issa it bien m ieu x le C an­
zoniere que les Lettres, les Dialogues, Y A frica, fut u n peu
choqué de voir que dans l’ouv ra g e n o uv eau les a m o u rs de
P é tra rq u e re m p lissaien t deux ch a p itres à peine s u r huit. La
p ro p o rtio n lui p a ru t encore plus absu rde q u a n d il lu t dans
l’in tro d u c tio n : « Le vrai P étra rq u e n ’est p o in t s e u le m e n t un
faiseur de so nnets et de c h a n s o n s ; c est la plus g ra n d e figure
du xiv° siècle, le re p ré s e n ta n t des idées politiques les plus h a r ­
dies qui s’y so ient agitées, aussi bien que le r e s ta u ra te u r des
lettres et le chef a d m iré d’une g é n é ra tio n de poètes, de la ti­
nistes, de savants. »
Le P étra rq u e du Canzoniere, le seul co n n u du vu lg aire , ne
s erait donc p o ur Mézières q u ’une to u te petite p artie du g r a n d
P étrarq u e. P o u r De Sanctis, au co n tra ire, c’est le vu lg aire qui
a raison : le ju g e m e n t du vulgaire, c’est-à-dire le ju g e m e n t des
siècles, fait un travail de purification et d ’é lim in a tio n ; et c’est à
bon droit. Le c rité riu m , p o u r De S anctis, est ici : S u p p rim ez
le C anzoniere, et Pétrarque n ’aurait pas été P étrarque. Donc
Mézières pose m al la q uestion du v rai P étrarq ue.
Ensuite Mézières, qu an d il d aigne p a rle r du Canzoniere, s ’en
sert p our résoudre quelques p oints d’h isto ire : nouvelle e r re u r
aux y eu x de De S a n c tis ; l’histoire, les m en u s faits, nous
im p o rte n t peu, et la notice qui précède toute édition du Can­
zoniere nous sufùt bien. Ce qui est in tére ssa n t, c'est l’àm e du
poète, telle q u ’elle p araît d ans la poésie; et cela, p a r quel
m oy en le c o n n a îtr o n s - n o u s ?
Eh bien, ré p o n d De Sanctis, ce ne sera ni par la « critique
1 . C es d o c u m e n ts s o n t le s F ra n cisci P e lra rc a e E p isto tæ de rebus fa m ilia r ib u s e l
v a r ia e , p u b lié e s d e 18S9 à 1863 à F lo r e n c e p a r G . F r a c a s s e t t i .

�ÉTUDES

I T A L IE N N E S

élé m e n ta ire » d’in te rp ré ta tio n , ni p a r la « critiq u e ex tern e ou
form elle » (rhétorique), ni p a r l a « critique p sy ch ologiqu e » ni
p a r la « critique h istoriq ue » les q u atre m é th o d es (plus ou
m o in s bien caractérisées) q u ’il faut reje ter c o m m e insuffisantes.
Ce qui im p o rte c’est de « d é te rm in e r ce qui est v iv an t et ce
qui est m o rt ». Or on s'a p erce v ra, dit-il, que, chez P étra rq u e ,
est m o r t « tout ce qui est im ité et im itable, le double p é tra r
q uism e rh é to riq u e et p lato n iq u e ». Cela m êm e qui fait sa gloire
p o u r les idéalistes fut en réalité u ne faiblesse.
Cette ré po nse assez détaillée de De S anctis au livre de
Mézières est c o n ten u e dans u n article de la N uova A ntologia
qui p a r u t en sep te m b re 1868. Et à ce m o m e n t-là n o tre critique
s’en c o n te n ta it sans so n g e r à éditer son an c ie n cours de Zurich.
Mais des am is qui l’e n to u ra ie n t lui d e m a n d è re n t à ce p ropo s :
« P ou rq u o i ne publiez-vous pas votre P é tr a r q u e ? » — Alors,
dit-il, je jetai les yeux su r les p ap ie rs que m ’avait laissés
lm b ria n i, et l’Essai s u r P é tra rq u e en sortit. »
S eu lem en t, au lieu d’écrire u ne in tro d u c tio n p o u r cet
ouv ra g e, il tro u v a co m m od e de re p ro d u ire en tête l’article de
la N uova A ntologia.
Voilà donc u n ou vrage, fait p o u r m o n t r e r aux Suisses et aux
allem an d s que P é tra rq u e est autre chose q u ’u n auteur de
sonnets; on se so u v ien t de lui et on le tro u v e sous la m a in , à
p ré s e n t q u ’on a besoin de m o n tr e r aux F ran ç ais que P étra rq u e
est a vant tout L’au teu r des sonnets et canzoni du Canzoniere.
C’est-à-dire q u ’u n seul o u v ra g e sert à c o m b a ttre successive­
m e n t deux thèses qui ne s o n t p eut-être pas aussi opposées
q u ’elles en on t P air, m ais qui du m o in s n o n t rien de c o n ­
co rd an t. S ’il faut en croire De S anctis, l’Essai a en c o re une
troisièm e fin, puisque l’in tro d u c tio n à l ’éd itio n de 1869. re cti­
fiée en 1883, re n fe rm e u n e critique assez vive de tou t le
systèm e d éducation alors en usage, et atta q u e les p réjugés qui
étaie n t à la base de ce sy stèm e : a m o u r d’un idéal rh é to riq u e ,
confus et creu x ; crain te et ig n o ra n c e de la réalité, de la vie;
m aladie des âm es incapables d action, perdues dans le rêve.

�É.

DE S A N CT IS ET SO N E S S A I C R IT I Q U E S U R

PÉTRARQUE

223

P é tra rq u e s e ra it l’u n e des p re m iè res victim es — et m alheus e m e n t l’un des p re m ie rs m o d è l e s — de cette infirm ité m o rale.
De so rte que l’Essai a p o ur bu t s u p p lé m e n ta ire de nous
m e ttre en g arde c o n tre l’influence de P é tra r q u e ap rès avoir
vou lu p a r deux fois le g a r d e r lui-m êm e de ses ad versaires.
Nous n ’in siste ro n s pas s u r u ne a u tre p ré te n tio n de De Sanctis
et de ses disciples, p ré te n tio n que nou s a v o n s signalée au début
de cette étude : re m a r q u a n t ça et là ce rtain s én oncés fo rt a b s ­
traits de p rincipes esthétiques, ils o n t voulu faire p asser un
o u v ra g e plein d ’im p ro v is a tio n s so u v e n t c h a rm a n te s p o u r la
m ise en œ u v re d ’u ne m éth o d e lo n g u e m e n t réfléchie. Sans discu­
ter l’ensem ble des théories’ esthétiques de De Sanctis, il suffirait,
p our ré d uire ces p ré te n tio n s à leur ju ste v aleu r, de relever
quelques c o n tra d ictio n s flagrantes en tre les définitions élé m e n ­
taires q u ’il don n e du réel et de l'idéal, du fo n d et de la fo r m e ,
dans l’o u v ra g e de 1858, d an s l ’article de 1868 ou dans la notice
de 1883.
Cela n ’est d’ailleurs pas fo rt in té re ss a n t, m ais on y voit assez
que l’œ u v re de De S anctis, m ê m e au cours d ’u ne période fort
brève de sa vie, ne se p ré s e n te pas co m m e urî en sem ble th é o ri­
q u e m e n t c o n stru it, c o m m e un to u t in variab le.
Nous nous c o n te n te ro n s d ’a v o ir m o n tr é ici, à propos de
l ’Essai s u r P étrarqu e, que les circ o nsta nces, bien plus que des
p rincipes préétablis, o n t d é te rm in é la fo rm e et la fin du p re ­
m ier o uvra g e de De S anctis. Faut-il s’en p la in d re ? P o ur nous
l’in térê t de ses œ u v re s est dû bien m oins aux théories h é g é ­
liennes q u ’il se fatigue à p o u rsu iv re , qu à l ’e n tra in de sa
parole, à la p é n é tra tio n de son esprit, à la délicatesse de son
s e n tim e n t esthétique, bref au c h a rm e et à la vivacité de ses
tableaux critiques.
A n dré P é z a r d .

�La participation de l’Italie aux progrès de l’électricité1
La g u e r re effroyable qui vient de se te rm in e r, laissan t parm i
n o u s t a n t de deuils irré m é d iab les, a dû a m e n e r beaucoup des
e s p rits français les plus avertis à u n do u lo u reu x m eâ culpâ.
L’élite intellectuelle de n o tre pays s ’était p éné trée des m éth od es
et de la culture g e rm a n iq u e s à tel p o in t que les A llem ands
p o u v aien t se d e m a n d e r si la pensée av a it co n servé chez nous
encore quelque a u to n o m ie . Aux-yeux de la p lu p a rt de nos u n i ­
versitaires, il n ’existait d’a u tre n a tio n que l’A llem ag n e , I A l l e ­
m ag n e de M om m sen et de Meyer-Lübke, et il n ’était pas un
é tu d ian t en licence qui eût le d ro it de s’a s sim ile r la fleur
an tiq u e du g én ie latin a u t r e m e n t q u ’à tra v e rs les éditions
savantes sorties de chez T e u b n e r à Leipzig !
Nous tr o u v a n t d ’u n e docilité si servile, les B arbares s’i m a g i ­
n è re n t vite que l’âm e française av a it p e rd u son originalité,
c’est-à-dire sa g r a n d e u r et sa force vitale, et, nous cro y a n t
d égénérés, ils n ’h és itè re n t pas à n o u s a tta q u e r. P a r contre,
ta n d is que no us p ro d ig u io n s ces coups d’e n c en so ir serviles à la
« K u ltur », un e ig n o ra n c e d ép lorable nou s faisait m é c o n n a ître
les tra v a u x e x trê m e m e n t re m a rq u a b le s dûs à nos frères latins
d ’Italie. L’Italie est enco re, à l’h e u re actuelle, restée d ans
l’esp rit de bien des F ran ç ais ce vaste m usée, cette te rre où
sont ensevelis les g ra n d s so u v e n irs du passé, et qui n ’était,

1. Q u e n o s l e c t e u r s n e s ’é t o n n e n t p a s d e v o ir f ig u r e r ic i u n a r t i c l e d e v u l g a r i ­
s a ti o n s c ie n tif iq u e . N o tr e b u t e s t d e f a i r e c o n u a î t r e e t a p p r é c i e r l’e ffo r t in t e l l e c ­
t u e l d e l’I ta lie d a a s t o u s le s d o m a i n e » ; o r , d a n s l e d o m a in e d e s s c ie n c e s p h y ­
s i q u e s e t c h im iq u e s , e n t r e a u t r e » , c e t e f f o r t e s t d e p r e m i e r o r d r e . T o u t e s le s
fo is q u e n o u s t r o u v e r o n s u n h o m m e c o m p é t e n t p o u r n o u s a i d e r à r e n s e i g n e r
n o s l e c t e u r s s u r le d é v e l o p p e m e n t d e la s c ie n c e i t a l i e n n e , n o u s a c c u e ille r o n s sa
c o lla b o r a tio n a v e c j o i e . N o u s r e m e r c io n s d o n c ic i d e s o n c o n c o u r s M . A . G iv e le t, i n g é n i e u r E . S . E . e t lic e n c ié è s - le ttr e s ( ita lie n ) [N o te d e la R é d a c tio n j.

i

�l ’i t a l i e

et

les

progrès

de

l ’è l e c t r i c i t e

225

p ou r Lam artine, q u ’un pays de « poussière h u m a in e » — ce qui
lui valut u ne si c in g lan te et si ju ste ré pliq ue de. Giuseppe
Giusti. Combien de Giusti ne fa u drait-il pas a u jo u rd ’hui pour
d o n n er, sous u ne form e suggestive, à nos c o m p atrio tes m al
éclairés, u n e idée s e u lem e n t a p p ro x im a tiv e de ce « Risorgim e n to » fo rm id able de la P én in su le dans les do m ain es tech ­
nique, écon o m iq u e et scientifique !
Les p rogrès accom plis so nt tels q u ’il fa u d ra it to u te u ne biblio­
thèque p o u r les décrire m êm e su c c in c te m e n t. R é s ig n o n s-n o u s
donc à n ’ab o rd er a u jo u rd ’hui q u ’un seul aspect de la question
et tâch o n s de d o n n e r une idée de la c o n trib u tio n de l’Italie à
une b ra n c h e de la Science d o n t les ap p licatio ns o n t to u t envahi
a u j o u r d ’hui, qui tra n s fo rm e j u s q u ’aux co nd itio ns m êm es de la
vie écon o m iq u e d ’un pays : l’électricité.
C hron o lo g iq u em en t, parm i les in n o m b ra b le s savants, in g é ­
nieurs, in v e n te u rs de toutes sortes qui, en Italie, illu strè ren t
l’Électricité, deux n o m s célèbres se p ré s e n te n t d ’abord à n otre
m ém o ire, ceux de Galvani et de Volta. Le professeur alle m a n d
Ostwald lui-même, re n d h o m m a g e à Galvani et considère ses
tra v a u x co m m e e x trê m e m e n t re m a rq u ab les.
L’im agerie populaire, d ’ailleurs, en re p ré s e n ta n t les g re ­
nouilles susp endu es au balcon de cet illustre professeur de
l ’Universite de Bologne, a v u lg arisé cette d éc o uverte capitale,
de telle sorte q u ’il est inu tile d ’en re tra c e r une fois de plus
l’histoire détaillée. Galvani r e m a rq u a en partic ulier q u ’un arc
m étallique co ndu cteur, ré u n is s a n t par ses deux extré m ités les
nerfs d ’une g re n o u ille écorchée, p ro v o q u a it chez cet a n im al
des c o n tra ctio n s m usculaires et que les c o n tra ctio n s se m a n i ­
festaient avec beaucoup plus de force dans le cas d’un arc
constitué p a r deux m étau x différents.
Ces résu ltats, ainsi que diverses théo rie s où la g ren ouille est
re p résentée co m m e jo u a n t le rôle d ’un e bouteille de Leyde se
d é c h a rg e a n t dans l ’arc m étallique, p a r u re n t en 1791 dans un
m é m o ire latin qui fit beaucoup de b ru it à cette époque.
Le m érite de leur a u te u r était en effet très g r a n d ; so ng eo n s
15

�226

ÉTUDES ITALIENNES

donc au fait insig nifiant qui lui serv it tout d ’abo rd de p oint de
dép a rt : des c o n tra ctio n s observées dans un e g re n o u ille d écor­
tiquée placée au voisinage d ’une m a c h in e électrique On con
naissait déjà depuis bien des a n n é es les secousses m u scu laires
provo quées p a r 1 électricité (puisque c’est à une secousse de ce
g en re que l'o n doit la bouteille de Leyde). Le p h é n o m è n e ne
p ré s e n ta it donc rien d’ab s o lu m e n t n o u v e a u , et il faut bien m al
co n n a ître les in v en teu rs et les ch e rc h e u rs p ou r ne pas
se re n d re com pte com bien leur e n th o u s ia s m e initial tom be
ra p id e m e n t sitôt que la voie où ils v ien n en t de s’e n g a g e r leur
a p p a ra ît com m e déjà b attue!
Galvani doit être considéré com m e un esp rit de prem ier
o rd re p ou r avoir su tirer, d un fait aussi banal et aussi con n u ,
cette conclusion e x trê m e m e n t re m a rq u a b le q u ’un arc b im é ­
tallique prod uisait des con tra ctio n s plus fortes que celui c o m ­
posé d ’un seul m étal
Cette co n stata tio n fut le p oin t de d é p a rt de l’in v en tio n de la
pile électrique due à l ’illu stre Professeur de l’Université
de Pise, A lessandro Volta. Alors que le m é m o ire de Galvani
p a ru t en 1791, l’in v en tio n de la pile date s e u lem e n t de 1800
Volta m it neuf ans à l’élaborer. Dans 1 intervalle, il s’a d o n n a à
ses trav a u x relatifs au con tact des m é ta u x ; é m ettan t, en parti
culier, cette idée que la g re n o u ille préparée se comporLe
co m m e un électroscope d ’une g ra n d e sensibilité et q u ’elle sert
à déceler l’électricité p ro d u ite p ar le contact de deux m étau x
C'était une n o u v ea u té puisque, selon Galvani, l’électricité p r o ­
v ena it de la gren o u ille. A présent, nous co n n aissons la
vraie cause du p h é n o m è n e qui réside dans la différence
des actions chim iques, exercées sur deux m étau x , p ar la
g re n o u ille plus ou m oins im p ré g n é e de ses liquides o rg a n iq u e s.
Volta, d ’ailleurs, dit e x p ressém en t q u ’il a lo n g tem p s penché
à croire que la p ro d u c tio n de 1 électricité avait p ou r cause
p rincipa le le contact des m étaux avec un c o n d u c te u r hum id e.
Cette idée re n ferm e en g e rm e la découverte de la pile, l’une des
plus im p o rta n te s qui a ien t jam ais été faites dans le d o m ain e de

1

�l ’i t a l i e

et

les

progrès

de

l ’é l e c t r i c i t é

227

l’électricité. Nous avons trop te n d an c e à l’oublier, m a in te n a n t
que la pile a été rem p la cée à peu près p a r to u t p a r des g é n é ra ­
teu rs in fin im e n t plus p u issants et plus économ iques. Songe-t-on
que sans elle la p lupart des au tre s d écouvertes n ’au ra ie n t
jam ais été accom plies p ar les au tre s é le c tricien s? En partic ulier
celles relatives à l’é le c tro ch im ieet à l’éle c tro m a g n é tis m e , car la
m a c h in e électrostatique, seule capable alors de fo u r n ir de
l’électricité, d o n n a it sans doute des te n sio n s élevées, m ais ne
po uvait p ra tiq u e m e n t débiter aucun co u ran t.
•^ussi est-ce un titre de gloire p ou r N apoléon d ’avo ir co m pris
le m é rite e x tra o rd in a ire du p hysicien italien qui fut le p re m ie r
à re cev oir le g ra n d prix institué p a r l’E m p e re u r p o u r ré c o m ­
pe n s e r les plus beaux trav a u x relatifs à l’électricité. Il c o n v ien t
d’ailleurs de faire o bserv er que Volta n ’in v en ta pas s e u lem e n t
l’é lém e n t de pile u niqu e, le couple élé m e n ta ire cuivre-eau
acidulée-zinc, m ais q u ’il tro u v a de plus le m oyen d ’associer ces
deux élém en ts de façon que leurs actions s’ajo u ten t, c’est à-dire,
po u r p a rle r la langue des électriciens, le m o y en de les coup ler
en tension. Ce fait était a b s o lu m e n t nouv eau , et, en a u g m e n ­
ta n t ainsi les effets p rod uits par la pile, il les re n d a it infini­
m e n t plus sensibles, c’est ce qui c o n trib u a beaucoup à son
succès.
En définitive, le n o m de Volta reste l’u n des plus g ra n d s de
la Science électrique. De bon ne heure, il est devenu légendairè,
Victor Hugo le place au ra n g de ces m ages qui co n d u is e n t les
destinées h u m ain es et, dans ses C o ntem p lations, il se l’im a ­
g in e jo u a n t avec le fluide m ystérieu x, co m m e un dieu avec le
feu du ciel :
S u rg is. V olta! D o m p te en to n aire
Les F luides, n o ir P h lé g é th o n I ..

Mais, si flatteur que soit p ou r le s a v a n t l’h o m m a g e q ue lui
rend le poète, je lui préfère de beaucoup cet h o m m a g e q u o ti­
dien, bien q u ’inconscient, qui lui vient du plus h u m b le o u v rier
électricien chaque fois q u ’il pro n o n c e ce m o t : volt!
Après la pile, parlo n s de la d y n a m o . Celle-ci aussi est ita ­

�228

ÉTUDES ITALIENNES

lienne. De m êm e que l’in v en tio n de la pile, ou p lu tô t que le
p h é n o m è n e observé à propos des g re n o u illes qui en fut le p oint
de départ, d o n n a lieu à une lo ngu e c o n tro v e rse, ainsi l’in v e n ­
tion de la d y n am o a-t-elle soulevé u n e vive discussion. On l ’a
attrib u ée à G ram m e. Aussi, d ans tous les ouv rag es classiques
n ’est-il question que de l’a n n e a u de G ra m m e . On ne parle,
par contre, ja m a is de l’a n n e a u de P acin o tti, bien que cet
in v e n te u r eût tro uvé le p rincipe de l ’e n ro u le m e n t fe rm é sur
lui-m êm e dès l’an n é e J 860, c’est-à-dire treize ans a v a n t celui
qui se l’est en suite ap p ro p rié. La descrip tion de cette m achine
p a ru t dans le « Nuovo C im ento » — fascicule de juin 1864.
— Elle avait été c o n stru ite p o ur le cabinet de physiqu e de l’Université de Pise, selon les in d icatio n s du d octeu r P acin o tti.
Là encore il s ’agit d ’un pro g rès capital, aussi convient-il
d ’insiste r un peu s u r son im p o rta n c e et d ’in d iq u e r en quoi réside
son intérêt.
A vant P acinotti, les m ach in e s électriques fo n c tio n n a n t par
in d u ctio n éle c tro m a g n é tiq u e étaien t des in s tru m e n ts fort g r o s ­
siers. En p artic u lier elles ne prod u isaien t, par leur n a tu re m êm e,
que du co u ra n t altern atif. Pour avo ir du c o u ra n t c o n tin u , a n a ­
logue à celui fourni par la pile, il était nécessaire de les m u n ir
d ’un c o m m u ta te u r t o u r n a n t à deux lam es qui inversa it b ru s q u e ­
m e n t le sens du c o u r a n t à chaque demi révo lutio n. Le co u ra n t
était donc coupé b r u t a l e m e n t; or tout le m o n d e sait ce qui se
passe en pareille occurence, ne serait-ce que pour avoir vu s au ter
la perche d ’un tram w a y . C’est u ne étincelle, un arc qui s’am o rc e
et qui volatilise les surfaces m étalliques d'où il part. Il était
donc im possible de d e m a n d e r à ces m ach in es un co u ra n t quelque
peu in tense sans les d é tério rer ra p id e m e n t. De plus, le c o u ra n t
p ro d u it n était pas co ntin u, il était constitué par les deux demialtern an ce s d ’un c o u ra n t alte rn a tif dont la seconde était
redressée. C’était donc quelque chose d ’in te rm é d ia ire entre le
co n tin u et l’altern atif, ce que nous ap p e lle rio n s m a in te n a n t
du c o u ra n t ondulé, qui ne c o n v ien t g u ère dans bien des cas et
présen te de m ultiples in co n v én ie n ts.

�l ’i t a l i e

et

les

progrès

de

l ’é l e c t r i c i t é

229

P acin otti, le p rem ier, tro u v a le m o y en de faire d é b iter'p ar les
m ach in e s à in d u ctio n é le c tro m ag n étiq u e du co u ra n t v érita b le­
m e n t co n tin u . Il re m plaça l’e n r o u le m e n t o uv ert de l’in d u it des
an c ie n n es m ach ines par un e n r o u le m e n t ferm é sur lui-même,
s u p p o rté par un a n n e a u en fer to u rn a n t e n tre les pôles des
ind ucteurs. De plus, le c o m m u ta te u r à deux lam es était r e m ­
placé p ar un c o m m u ta te u r à lam es m ultiples d ont chacun e
était reliée à des points éq uid istants de l'e n ro u le m e n t. Il en
ré su ltait ce fait très re m a rq u a b le que le co u ran t, au lieu d ’être
re n versé b ru sq u e m e n t, com m e dans les m achines précédentes,
était p ro g ressiv em en t co m m u té et que le circuit extérieu r rece­
vait de la m achin e du co u ra n t p ra tiq u e m e n t continu.
A u jo u r d ’hui, l’e n r o u le m e n t en a n n e a u ne se pratique plus
guère, on l'a rem placé par l ’e n r o u le m e n t en ta m b o u r plus
facile à ré a lise r; peu im po rte, car son p rincipe est ex actem en t
le m êm e. En tous cas, le c o m m u ta te u r à lam es m ultiples de
Pacinotti a conquis une place im m e n se dans l’in d u strie élec­
trique. Son c h a m p d ’ap p lication s’est étend u bien en dehors
des limites des m ach in es à c o u ra n t c o n tin u et, com m e le faisait
re m a rq u e r M. le professeur L and ry de l ’Université de Lau­
san n e , c’est lui qui a sauvé le c o u ra n t alte rn a tif d’un bien
m auvais pas, puisque le m oteur alte rn a tif à collecteur est le
seul qui p erm e tte l’ap p licatio n du c o u ra n t a lte r n a tif m o n o ­
phasé à la trac tio n des c h e m in s de fer, systèm e qui s’est c o n s i­
d éra b le m e n t développé.
Il faut bien se p é n é tre r de cette idée que sa m a c h in e était la
p rem ière qui put ren d re p ratiques toutes les ap p lications g r a n ­
dioses de l’Électricité : l’éclairage et s u rto u t le tra n s p o r t de
l’énergie, p u isq u ’elle fo n c tio n n a it à la fois com m e m o te u r et
c om m e g én é rateu r. Le tra n s p o r t de l’énergie à distance p erm e t,
c o m m e nous le verro n s plus loin, l’utilisatio n des forces i l li ­
m itées de la N ature et bouleverse les con ditions de la vie Sans
doute a u jo u rd ’hui, ces tra n s p o rts n ’u tilisen t plus d ’une façon
g én érale, sauf dans quelques applica tio n s dues à M. T h u ry , la
m ach in e à c o u ra n t c o n tin u d o n t le p ro to ty p e est dû à Paci-

�230

E TU D ES IT A L IE N N E S
✓

notti. M a in ten a n t l’a lte r n a te u r envoie sur les lignes de cuivre,
lignes triphasées d’habitude, le c o u r a n t à haute tension qui,
silen cieu se m e n t, véh icu le au dessus des vallées solitaires et
des go rg e s ab ru p te s des m o n ta g n e s des puissances de plusieurs
m illiers de chevaux. Dans l’obscurité, les fils a p p a raissen t
en to u ré s d’une lueur diffuse due à l’effluve qui ionise et t r a n s ­
fo rm e en ozone l’air a m b ia n t. Spectacle fa nta stiq ue de la foudre
dom estiq uée et as tre in te à re ste r d ans un fil ! Si la m entalité
qui poussait Grecs ou G e rm ains à personnifier les forces de la
N atu re et à en faire a u ta n t de dieux, re d ev en a it un jo u r celle
de nos descen dants, quel dieu ne feraient-ils pas, dans le recul
des siècles, de cet in v e n te u r qui offrit pour la p re m iè re fois
une pareille p o s s ib ilité ?
*
* *
Nous v en o n s de faire allu sio n , en p a r la n t des tra n s p o r ts de
force, aux g ra n d e s applica tio n s du c o u ra n t alternatif. Celui-ci
a re m p la cé presq ue p a rto u t le c o u r a n t co n tin u , parce q u ’il se
tra n s fo rm e fa cilem en t d ans des a p p a reils in erte s n ’a y a n t aucun
o rg a n e en m o u v e m e n t — les tra n s f o rm a tio n s statiques — et
parce q u ’il p e rm e t ais é m e n t l’em ploi de tensions très élevées.
P a rm i les diverses fo rm es de c o u r a n t alte rn a tif, la plus ré p a n ­
due et la plus a v a n ta g e u s e est la form e polyph asée, c est-à-dire
com p osée de c o u ran ts d o n t ch a cun p re n d n aissan ce avec un
re ta rd bien d é te rm in é s u r le précédent.
On sa it à p ré sen t que l ’utilisation de l ’électricité co m m e
force m otrice p o u r la traction , les usines, l ’a g ric u ltu re , est
beau cou p plus im p o rta n te que son utilisation co m m e m oyen
d éclairage.C 'est ce qui fait re s so rtir l’in té rê t capital du m o te u r
électrique, s p éc ia lem en t du m o te u r à co u ran ts polyphasés,
diphasés ou trip h asés. Eh bien ! ce m o te u r que l’on re n c o n tre
p arto u t, dans tous les pays du globe, est encore dû à un Italien,
Galileo F e rr a ris qui l in v e n ta en 1885.
On m o n tre à T u rin les a p p a reils qui lui s e r v ir e n t p o ur

�l'ita lie

et

les

progrès

de

l ’é l e c t r i c i t é

231

étab lir le p rin cip e de son p re m ie r m o teu r et en faire la d é m o n s ­
tratio n . La postérité, du m o ins la postérité italien ne, lui a
re n d u justice, puisque son no m a été do n n é à u n e association
d ’ingénieurs-électriciens : L’Associazione Galileo F erraris.
Je ne ch e rch erai pas à faire co m p re n d re le p rin cip e de ce
m o teu r, il est trop co n n u des techniciens. Q uant à vouloir en
expliquer la fo n c tio n n e m e n t aux profanes, ce s e rait peut-être
une ten tative un peu risquée. Disons seu le m e n t q u ’il to u rn e
parce que les cham p s m ag nétiqu es, p ro du its dans les e n r o u le ­
m en ts fixes du sta to r », se co m p o sen t pour d o n n e r un cham p
ré s u lta n t qui to u rn e à une vitesse co n stan te et que la partie
m obile du m oteur, l ’induit ou « ro to r », est en tra în é p a r c e cham p
et to u rn e égalem ent à une vitesse presque constante, très voisine
de celle du cham p. C’est en so m m e la m ach in e c o n n u e p a r­
to ut sous le n o m de m o te u r a s y n c h ro n e ou m o te u r d ’induction
qui, perfectionnée par Tesla, Dolivo Dobrolsky, B rown, etc , a
été mise au p oint in d u strielle m en t p a r un tech nicien français
des plus illustres, M. Boucherot.
Ainsi avec la pile électrique, la d y n a m o à co u ra n t co ntinu, le
m o teu r asy n c h ro n e , l ’Italie a u ra it déjà ap p o rté une c o n t r i b u ­
tion im m e n se aux progrès de l ’électricité. Mais son rôle ne
s’est pas borné là. Elle a pénétré d an s un d o m ain e plus élevé
encore, avec un succès in c o m p arab le lo rs q u ’elle a abo rdé
l’étude de la télégraphie sans fil et cherché à en p erfe c tio n n e r
les débuts encore in certain s.
Ici, un nom dom ine tous les autres, celui de M Marconi.
Certes, la télégraph ie sans lil n ’e-t pas sortie de toutes pièces
du cerveau de cet inv en teu r, com m e Minerve to u t arm é e du
cerveau de Zeus.
II a profité des trav a u x de ses devanciers, de ceux de Hertz,
de Lodge, de M Branly sur les contacts im p arfa its, en p a r ti ­
culier sur les limailles. En passant, disons que déjà un au tre
Italien, Calzecchi Onesti avait pressenti la décou verte de
M. B ranly; n éa n m o in s, le g ra n d sav a nt français a poussé les
tra v a u x relatifs à cette question beaucoup plus loin q u ’au cu n

�232

É TUDE S I T A L I E N N E S

au tre et 1 h o n n e u r de ces belles re ch erch es ne saurait, en
au c u n e façon, lui être disputé.
Mais, en ce qui con cern e la m ise en p ratique des trav aux
relatifs à la pro duction des ondes et à leur détection, aucun
e x p é rim e n ta te u r ne peut être c o m p a ré à M. Marconi. Un ém i­
n e n t in g é n ie u r an glais, M. Erskine M urray a écrit dans son
o u v ra g e bien co n n u que M. Marconi av ait to u jo u rs devancé les
au tre s dans les tran s m is s io n s à lo ng ue distance.
En 1896, il réalisait le p re m ie r u n e c o m m u n ic a tio n radioté lég rap h iq u e en re lia n t B o u rn e m o u th à l’île de W ig h t. En
1899, il ré ussit à tra v e rs e r le Pas-de-Calais, ce qui a ttira l’a tte n ­
tion du public sur ce n o u vea u m ode de com m u n icatio n . En
1901, il co m m e n ç a it ses essais en tre la statio n de P o ldhu , en
C ornouailles, et celle de Poole en Irla n d e. A la fin de cette
m êm e année, il p a rv in t à recevoir à Terre-Neuve, c’est-à-dire à
trav e rs l’A tlantique les s ig n au x émis p ar P old hu, résu ltat
m agnifique, puisque ses p re m ie rs essais n ’av a ie n t débuté que
cinq ans a u p a ra v a n t.
En 1902, il d écou vrait la différence e n tre l ’in ten sité des
sign aux ém is le jo u r et de ceux ém is la nu it, ces d ern ie rs étant
plus intenses.
En 1907, il in a u g u ra it un service ré g u lie r au-dessus de
l’A tlantique, en tre Clifden, en Europe etG Iace-B ay au Cap-Breton. Enfin en 1910, il recevait à Buenos Ayres, les m essages de
Clifden et de Glace-Bay. (S ongeons que la distance m in im a
en tre ces statio ns a tte in t 11.000 kilom ètres!).
Com m e la p lu p a rt de ceux à qui la fo rtu n e et le succès
so u rien t, M. Marconi a été e x trê m e m e n t discuté. Il est évident,
par exem ple, que le b re v et de Tesla déposé en A m érique en
septem b re 1897, et délivré le 20 m ars 1900 con stitue u n e a n t é ­
riorité au fam eux brevet de M. Marconi pris le 3 n ov em b re de
la m êm e an née, en ce sens que l ’on y tro u v e indiquée fort clai­
r e m e n t la s y n to n ie ou l'accord e n tre les circuits d ’ém ission et
de réception, grâ ce aux v a ria tio n s convenables d e l à self i n d u c ­
tion et de la capacité. En 1898, le brevet B raun, en A lle m a g n e

�L 'iT A L IE

ET LTfS P R O G R È S

DE L ’É L E C T R IC IT É

233

avait décrit un tra n s m e tte u r do n t M. M arconi a u ra it pu s’i n s ­
pirer. En France, Ducretet avait déjà présenté des systèm es et
des ap pareils qui c o m p re n a ie n t à l’ém ission deux circuits
accordés par l’em ploi d ’u n tra n s f o rm a te u r d o n t le p rim a ire
a p p a rte n a it à l’un des circuits et le secondaire à l’autre.
On a fait re m a rq u e r que le brevet a llem an d de M. M arconi,
déposé deux jo u rs s e u lem e n t après le brevet français, se p ré­
sente sous une form e définitive tout à fait différente en raison
des o bjectio ns soulevées p ar l’e x a m in a te u r du P a ten tam t.
Celui-ci s ’était refusé à accorder le brevet en la n t que limité à
la seule règle d ’accord en tre les circuits, règle form ulée dans le
brevet français, qui ap p a raissait à ses yeux c o m m e nécessai­
re m e n t c o n n u e e t n o n co m m e su s c e p tib le de c o n stitu e r un droit
privatif. M. Marconi se serait alors ingénié, a-t-on dit, en p ro ­
fitant des trav aux effectués depuis la date du dépôt de son b r e ­
vet français à in tro d u ire dans son brevet allem an d des
co n sid ératio n s relatives aux co n dition s de v aria tio n des selfs
et des capacités, et ce s e rait dans ces conditions que le brevet
a lle m a n d lui au ra it été délivré.
[1 est évid en t que M. Marconi, com m e je l ’ai déjà dit, a su
tire r un p arti fort habile des trav au x de beaucoup d ’au tres
sav ants, de ceux de Lodüie en particulier, qui le 1er juin 1894
a vait fait à « The Royal Institution » u n e d é m o n s tra tio n avec
un co h é re u r et un g a lv a n o m è tr e dans le circuit récepteur.
11 était donc bien co n n u à l'époque où M. M arconi prit ses
brevets que le circuit ré c e p te u r devait être accordé avec le
circuit t r a n s m e tte u r et que I on p ouvait env o y e r des sign aux
sans fil à tra v e rs l’espace.
Son m érite est-il m o in d re p ou r cela? Je ne le pense pas.
Il a sorti la T élégraphie sans fil du d o m ain e des lab ora toires
pour lui faire en quelques a n n é es fran ch ir, à pas de géa n t,
l ’A tlantique. Il a doté d ’in n o m b rab les n avires de postes ra d io té lé g ra p h iq u e s puissants et d ’un m a n ie m e n t sûr. Bien des
g ens n ’ont échap pé que grâce à ses app areils au n au frag e et
au t o r p illa g e ; et, dans les pays de langu e anglaise, le radioté-

�234

ÉTUDES

I T A L IE N N E S

lé g ra p h iste en service à bord d ’un p aqu eb ot s appelle c o u r a m ­
m e n t « le m arco ni ».
Mais, en plus du m érite d ’avoir c o m m u n iq u é une vigoureuse
im p u lsio n à la Télégraphie sans fil, il faut lui re c o n n a ître celui
de plusieurs in v en tio n s très p erso nn elles : l’in v e n tio n des
détecteu rs m ag n étiq u es fondée sur la v ariation d ’hystérésis
q u ’éprouve, sous l ’action des ondes h ertziennes, un fil de fer
ou d ’acier se d éplaç an t d ans un c h a m p m a g n é tiq u e ; l’in v e n ­
tion d ’un éc lateu r con stitué p ar un disque to u r n a n t à une
vitesse vertig in eu se e n tre deux disques p erp en d icu laire s à son
p lan et an im és de vitesses m o in d re s ; enfin, l’in v e n tio n de
l’a n te n n e dirigée qui p e rm e t de r a y o n n e r des ondes avec plus
d’in ten sité d ans u n e direction déterm in ée. Cette d ern ière, à
elle seule, a u r a it suffi à p ré serv er de l’oubli le nom de M. Mar
coni Son no m , e n tré dès m a in te n a n t dans la gloire, a sa place
bien m arq u é e dans l’histoire de ces g ra n d e s découvertes qui
so n t co m m e les degrés de l’escalier de Jacob, p a r lesquels le
génie h u m a in s ’élève indéfinim ent.
(A su ivre.)

A rm a n d

G iv e le t.

l u g é n ie u r Ë. S. E.

�Vapiétés.

S a in te C a te r in e d e G ên es, 1 O ra to ire d u D iv in A m p u r
e t l ’o r ig in e d u m o u v e m e n t r é fo r m a te u r c a th o liq u e
it a lie n a u X V P s iè c le .
v

Cette petite note s ’adresse à nos am is d ’Italie. Elle vise à
o b te n ir d eux quelques rectifications ou in dicatio ns q u ’il leur
est sans doute plus aisé de tro u v e r q u ’à leurs am is de France.
Et sa brièveté s era son excuse...
La découverte p ar le R. P. Tacchi Venturi du ms. B. I. 39 de
la B ibliothèque de l’U niversité de Gênes sem ble jete r une
lum iè re n ouvelle s u r les orig in es du m o u v e m e n t ré fo rm a te u r
ca th oliqu e italien. L’O ratoire du Divin A m o u r qui a p p a ra ît en
1517 à R om e, à S. Dorothée-du-Trastevere, n ’est pas une
œ u v re p u re m e n t ro m a in e ; c’est un e créatio n dont les in s p ira ­
teu rs so n t des G énois; c’est la fille d ’une m ère née à Gênes le
26 décem b re 1497.
IJOratoire de Gênes est doue une oeuvre de sainte Caterine.
Ettore Vernaccia, fo n d a te u r de celui-là, est le plus in tim e dis­
ciple de celle-ci. Le Divin A m o u r qui g ro u p e les m em b re s de
celui-là est le th èm e habituel des p réd ication s de celle-ci.
Celle-ci r é u n it u n e tro u p e de disciples do n t elle parle fo rm e l­
le m e n t en ses Dialogues (III, 2). Depuis ving t ans, en 1497,
elle occupe à Gênes une g ra n d e place; c’est aux a len to u rs de
1497, précisém en t, q u ’elle cesse de dirig er la M iséricorde, sa
san té ne lui en laissant plus la force. Une nouvelle phase de
sa vie co m m en c e alors [cf. von Hügel], Qui sait s’il n ’y a pas
un ra p p o rt e n tre cette tra n s f o rm a tio n de son activité et la n ais­
sance de l ’O ratoire?
L ’Oratoire du Divin A m our est une confrérie secrète : « sia
o b ligato o gni uno delli fratelli ten ire secreto li fratelli, l’opere
e m odi délia fra te rn ita ». Le petit n o m b re des confrères [40]
est fonction du secret dont ils se couvrent. Noter que ce secret
fut bien g ard é : la fille de Vernaccia, la très pieuse D onna
Battista, ig n o ra it l ’œ u v re créée par son père! — Et ce secret
s explique : Vernaccia, S alvaigo, G rim aldi, L om ellino so n t des

�236

E XUDES I T A L I E N N E S

la ïq u e s ; et la h iéra rch ie cath olique s’in c a rn e alors en..A lexandre VI Borgia ! Son a v è n e m e n t suffit à d éc h aîn er la
révolte dans les couvents de fem m es de Gênes. — Mais, dès
lors, n ’est-on pas en d ro it de ch e rc h e r quelle peut avoir été
l’action de cette confrérie s e c rè te ? S aint Gaétan de Tiène et
Gian Pietro Carafîa en font partie, p u is q u ’ils l’im p la n te n t à
Home. Mais Gaétan et Carafîa ne son t pas des isolés; ils
a p p a rtie n n e n t à u n grou pe, ils nous c o n d u isen t à Sadolet, le
cousin du saint de Tiène et au cardinal Olivier, l’oncle du futur
Paul IV, et à l’excellent F regoso, à L ip o m an i, à Giberti, à
C ontarini, à Barozzi, aux deux G uistiniani de Nebbio et de
Venise, à Aléandre, à Gilles de Viterbe et à G irolam o A m a d e i...
Quels so nt ceux qui o n t été mis dans le secret ? Quelles sont les
œ u vres que leu r a insp irées le « Divin A m o u r ? » La Sociétés
A lboritm , de Naples, est-elle l’une d ’elles? Et les confréries du
S. Sacrem ent, qui to ut d’un coup, à p a rtir de 1480 ou !)0, p u llu le n t
en Italie (les confrères de l’O ratoire do iv ent une a d o ratio n par
jo u r)? Et la co u tu m e des Q uarante heures qui sem ble naître
au S. S epulcre de M i l a n en 1527 ? Et les confréries c o n s a c r é e s
à sain t J é rô m e (ainsi que l’O ra to ire )? Le confesseur d eD . Bat
tista lui a fait en te n d re que les am is de son père s’o ccup aien t
des Incurab les, des « Joseffîne », des « C onvertite ». Il est peu
probable, d ’a u tre part, q u ’ils se soient désintéressés de la Misé­
ricorde. Le bref de Léon X, qui est inséré d an s les statuts,
déclare que la confrérie existe, no n seu lem e n t à Gênes, m ais
encore « in p lu rib us Italiae civitatibus » : quelles son t ces
« civitates 1 » ?
L’O ratoire du Divin A m o u r a-t-il fait une œ u v re co m p arab le
à celle q u ’ac com plit en F ran ce la C om pagnie du S a in t-S a c re ­
m en t?
A lbert D u f o u r c q .
I. B e rn a rd in de F e ltre a é té , à G êne?, p r ê c h e r l’A v rn t en 1489 e t le C arêm e en
1490 ; il y a r é fo r m é h u it m o n a s tè re s du re lig ie u s e s (île c o n c e rt av e c la c o m m iesio n q u e p ré s id a it l’é v ê q u e de V iu tim ille) e t fo n d é u n e c o n fré rie du S ain t-S ac re­
m e n t — N’e s t-il p a s a lo rs e n tré e u r a p p o r ts av ec s a in te C a te r in e ? L o rs q u ’il
r e v ie n t à G ênes en 1492, c ’e s t à s a in te C a te rin e q u 'il fa it c o n d u ir e la j e u n e ju iv e
q u i v e u t se c o n v e r tir, afin q u e la s a iu te l'in s tr u is e d e la d o c trin e c a th o liq u e . —
Le la m e n ta b le m a ri de C a te rin e a fini p a r p re n d re l’h a h it de te r tia ir e fra n c is c a in .
Le p r e m ie r te s ta m e n t de s a in te C ife rin e lé g u a it so n c o rp s à u n c o u v e n t f r a n c is c a in
L es F ra n c is c a in s a p p a r a is s e n t s o u v e n t co m m e les p r o p a g a te u r s d e s c o n fré rie s
d u S a in t-S a c re m e n t. — L es re lig ie u s e s am ie s d« L au ra M ignani é ta ie n t-e lle s en
r a p p o r t av ec le c o u v e n t de T o m m a s in a K ieschi, ou a v e c s a in te C a te rin e e lle m ê m e ? — Q ue f u r e n t les r a p p o r ts de s a in t G aëtau e t de sa in te C a te rin e ?

�Questions UniVepsitaipes

P r o g r a m m e d e s c o n c o u r s de 1 9 2 1 .
(S u ile ) 1.

C e r t if ic a t d ’a p t it u d e a l ’enseignement de l ' i t a l i e n .

Dan le. — P u rgatorio, c. III el \ X X I .
Boccaccio. — D ecam erone, Giornata X , nov. 4 , 5, 7 et 9.
P. Aretino — L ’O razia.
Prose filologich e — [La questione della lingua), p 1- 8 1 ; é d .
F. Fôftano, Florence, Sansoni.
U. Foscolo. — I Sepolcri.
G. Carducci — Di alcuni giu d izi su A lessan dro Manzoni.
*

R é s u lta t s d e s c o n c o u r s de ju ille t 1 9 2 0 .
A g r é g a t io n .

Concours norm al (Hommes) : 1 . M. A r r i g h i , élève de l ’ École Nor­
m ale Supérieure; 2 . M. M a i l l a n , chargé d e cours au lycéede Toulon.
— (Fem m es) ; MUt L a i g n e l . étudiante à la Sorbonne.
Concours spécial (Dém obilisés, réform és) : 1 M. R o g e t , élève de
l'É cole Norm ale Su p érieu re; 2. M. A n t o n i o t t i , répétiteur au lycée
de Grenoble. — (Anciens adm issibles) i M. P a o l a n t o n a c c i , p ro fe s ­
seur au Collège de Thonon-les-Bains
C e r t if ic a t » ’A p t i t u d e .

«

chargée de cours au collège de D reu x;
étudiante a la Sorbonne; — M . A r n a u d , pro fesseu rà
l ’École prim aire supérieure de Grenoble.
1.

M 'le M a n i c a c c i ,

2 . M lle G i a c o b b i ,

1. V o ir le ,n ° p ré c é d e n t, p . 181.

�Bibliographie

Giuseppe Zippel. Od»/« e il T r e n tin o ; co n fe r e n za le tta n e lla S a la d i D ante in
O rsanm ichele, S g e n n a io 1920. — F lo re n ce, S an so n i (1920) i in - 8 . 43 p a g e s.

Le titre fait prévoir.une lecture de caractère patriotique, et il ne trompe
pas. Cependant l’auteur ne se départ pas un moment de la précision et
dr la rigueur scientifiques les plus sévères dans l’examen de tous les faits.
On trouvera notamment ici un choix très séduisant entre les diverses inter­
prétations, si souvent discutées, de « quella ruina che nel fianco, Di qua
da Trento l’Adice percosse » (In f. XII, 4 et suiv., à noter qu’au v. 9, M. G.
Zippel interprete a lcuna via comme M. Paget Tonybee, ci-dcssus, p. 172), de
« l’Aipe che serra Lamagna Sopra Tira Ili » (In f. XX, 61, et suiv.), et de
l’endroit où les évêques de Trente, de Rrescia et de Vérone avaient un droit
égal à officier (ibid. v. 67-69). La tradition d’un séjour du poète à Trente
est envisagée avec une grande prudence, et c ’est seulement l’étude du
culte dont Trente et la région voisine ont entouré la mémoire de Dante
et son oeuvre qui amène des développements un peu plus chaleureux, d’ail­
leurs parfaitement justifiés et très attachants.
H. H.
M. M achiavelli. O perette sa tiric h e ( B e lfa g o r. L 'A sino d'oro. I C apitoli). In tro d u zio n e
e co m m en to d i L uigi Foscolo B e n ed etto , con d u e (tavole — T u rin , U nione tip .
e d it. to rin e se , s. d. ( 1020; ; in -12, 186 p a g e s .

C’est une heureuse idée d’avoir réimprimé à part, avec une introduc­
tion et un commentaire, ces œuvres légères de Machiavel dans une collec­
tion de classiques italiens; avec ia Mandragore — difficile à mettre entre
les mains de la jeunesse — elles présentent le talent du célèbre Secrétaire
florentin sous un aspect très particulier, tfès intéressant, et ce sont d ’admi­
rables te s ti d i lin g u a . Il n’y a que des compliments à adresser à M. L .F.
Benedetto qui, sans doute par manière de délassement au milieu de tra­
vaux de plus longue haleine, a rédigé l’introduction et le commentaire.
Mais je ne puis me dispenser de protester contre certaines mauvaises
habitudes des éditeurs, d’abord celle de ne donner, ni au commencement
ni à la fin, .une table des matières du contenu du volume, ce qui oblige à
parcourir les feuillets un à un pour voir ce qui y est contenu, dans quel
ordre, etc... En outre, ce volume est le 36e d’une collection de classiques
italiens; que renferment les 35 premiers ? Il pourrait être commode de le
savoir. Enfin il y a des fautes d’impression qui sont un peu burlesques; la
pl. I reproduit un portrait de Machiavel sous la forme d ’une « Terracotta
del XV secolo ». C’est tout de même un peu tôt ! D’autant plus qu’il
n ’y a aucune apparence que ce buste reproduise les traits d ’un homme
n ’ay an t pas atteint la trentaine.
H. H.

�BIBLI OGRAPHI E

239

P ro f. A ntonio Buono. I l M a c h ia v e lli nel concetto d e l F ichte, con in appendice l i
tra d u z io n e d e l S a g g io fic h tia n o su M achiavelli sc r itto r e . — P o rto g ru a ro , 1920,
7 6 -x l ii p . i n 8 .

Fichte, réfugié à Königsberg pour éviter de rencontrer Napoléon, s’oc
cupa de littérature italienne et s’intéressa tout spécialement à Macliiavc:.
De là un court essai sur l’auteur du Prince, qui parut le i or juin 1807 dans
'a Revue Vesta. M. Buoso nous en donne le commentaire et la tradactiou.
C’est une inutile contribution à l’influence européenne de Machiavel si l’on
songe que les D iscours à la n a tio n allem ande (1807-1808) qui marquent
une date capitale dans l’histoire de ¡a Prusse et de l’Allemagne, reflètent
à quelque degré sa pensée et même sa forme littéraire. On regrette cepen­
dant que M. Buoso n’ait pas fait d’abord l’inventaire exact des idées d&lt;-,
Fichte, avant d ’aborder l’étude du P rince : seule, une étude de ce gence
eût permis de mesurer avec une précision suffisante l’étendue et la pro­
fondeur de l’apport.
P. H.
P au l V aléry. In tr o d u c tio n à la m éthode de L éo n a rd de
re v u e fran ç aise, 1919; in 8 .

V inci. P a ris, N ouvelle

On ne trouvera pas d’érudition proprement dite dans ce livre de M.
Valéry, mais bien plutôt ie fruit d’une érudition extrêmement étendue,
riche de toutes soi'tes de matériaux enipruntés à tous les domaines, sciences,
lettres et arts, et dominée par une puissance de généralisation peu com­
mune.
Il n’y sera donc point parlé de dates ni de faits précis se rapportant à
la vie du grand Léonard, mais il y sera traité de mille problèmes philo­
sophiques, tous plus hauts les uns que les autres, de mille hypothèses scientiliques, conséquences de cette philosophie, et tout cela sur un ton telle­
ment altier, qu’il faudra s’efforcer pour en suivre l’exposition et les déve­
loppements impitoyables. Léonard ne sera qu’un prétexte.
Mais venons-en au livre. Une de scs grandes originalités est de se trouver
fait et refait par l’auteur à 25 ans de distance. Car ii sc compose de deux
parties; le vrai livre qui répond au litre et qui fut écrit en 189/1, et la
préface, intitulée « Note et digressions » qui justifie, en 1919, l’œuvre
de jeunesse. La préface ne le cède en rien en importance à l’ouvrage pro­
prement dit; bien au contraire à certains égards elle semble le dépasser en
puissance d’analyse et de généralisation. L’auteur, il est vrai, a vieilli; avec
ie temps, il s’est fortifié en ses opinions, et bien loin de renier son œuvre
de jeunesse il l’étaie de raisons plus solides, mais en môme temps, et par
dessus tout, il nous éclaire sur la genèse de (Mitte œuvre en lui-même.
C’est là surtout ie but de cette longue préface qui nous fait assister à la
pénétrante analyse d ’un esprit qui cherche en soi les propres formes
de son esprit, et l’on ne peut porter plus loin les limites de la conscience,
ni mieux en connaître l’essence et les principes. Il y aurait là matière à
tout un traité.

\

�240

ÉTUDES

ITALIENNES

J’étais, dit-il, alors que j ’écrivis mon livre, épris avant tout de clarté,
de lucidité. Il aurait fallu pour me plaire quelque héros intellectuel enne­
mi et vainqueur de toutes chimères, moi-même j ’aspirais à l’explication
de tout; le mystère, dans tous les domaines, n’était qu’un problème à
résoudre et que l ’on pourrait résoudre tôt ou tard; mais je me trouvais
en même temps si pauvre de matériaux personnels, si peu formé encore,
que je n’aboutissais qu’à l’impuissance.
L’analyse dépassait la matière. A un tel degré de déséquilibre et d ’inquié­
tude, il me fallait un frère d’agitation, mais plus puissant, qui me donnât
ce qui me manquait. Je me trouvai ainsi naturellement orienté vers une
époque riche en vastes intelligences, en esprits à la fois universels, pro­
ductifs, et inlassablement chercheurs, je veux dire vers la Renaissance, et
Vinci comme le plus frappant devait me retenir. Je i’étudiai avec enthou­
siasme et je lui posai, à lui, les questions que je in’étais posées à moimême; je cherchai à fouiller ses trésors pour y trouver mes propres se­
crets. C’est ainsi que j ’évoquai Léonard, non point celui de l ’his­
toire, avec ses anecdotes, mais le personnage spirituel, celui qui, perdu
en ses réflexions, cherchait inlassablement entre tous les domaines des
rapports propres à éclairer enlln le vrai système des mondes, et j ’écrivis
•&lt; l’Inti'oduction à la méthode de Léonard de Vinci » , tentative d ’éclaircis­
sement sur tout ce qui m’inquiétait.
De fait le livre répond exactement à son titre, et c’est un rare mérite.
Il vous introduit en un monde de recherches, vous ouvre des voies; on
\ avance vers une vérité qui se dérobe et qu’il faut découvrir avec peine.
C’est une suite de lumière et d’éclaircissements, mais dont le faisceau est
puissant. L’auteur d’ailleurs apporte en son travail ardu une- conscience et
une dialectique telles, qu’aucun argument n’est abordé avant qu’on y soit
conduit par l’enchaînement strict des idées précédentes, ni abandonné avant
qu’il ait conduit à quelque idée voisine riche elle-même de quelqu’autre
conclusion inéluctable.
Ainsi Léonard est-il analysé comme en sa formation spirituelle. Nous assis­
tons au drame intérieur de scs pensées. Le voilà allant de l’une à l’autre,
libre et docile à sa propre volonté, parcourant de bout en bout l’univers de
ses idées, et trouvant, entre toutes ces filles de son esprit si diverses, des traits
de ressemblance. Mais devant son univers se dresse celui du monde et tout
l’intéresse; il voit, il regarde, il rêve, il imagine, il réfléchit, coordonne,
enfin il construit. Et de tant de matériaux étrangers les uns aux autres, il
ne peut tirer que des réalisations sinon parfaites, tout au moins s’appro­
chant de la perfection; car, dit M. Valéry, plus les matériaux sont nombreux
et différents plus l’oeuvre est riche, et si l’esprit qui les réunit sait les faire
obéir à une loi d’ensemble supérieure, et c’est le cas de Léonard, on ne
peut aboutir qu’à des chefs d’oeuvre : tels sont les projets de ces cathédrales,
restés hélas ! à l’état de projet, de cette basilique de Rome « qui fait regret­
ter celle de Michel Ange ».
Mais Vinci ne construit point que dans le domaine de l’art, ses observa-

�241

BIBLIOGRAPHIE

tíons constantes'le mènent à d’antres lois; il construit aussi dans l’espaee et
dans le temps; ces généralités se concrétisent pour lui, et l’imagination aidant
!e voilà devançant des siècles de recherches, énonçant des principes scienti­
fiques qui aujourd’hui encore font rêver les chercheurs. Ainsi notre Léonard
disséqué, généralisé est finalement refait lui-même. Le long dédale d’idées
qu’il nous a fallu parcourir se dénoue enfin. M. Valéry comme guide nous
arrête et. s’excuse.
Il ne faut chercher en mon livre, dit-il, aucun jugement, esthétique; le
sourire de la .ïoeonde, je le laisse aux arlistes incompris, aux littérateurs fa­
ciles. Léonard est trop grand, trop complet; tout en lui se groupe en force;
ses observations, sa puissance de déduction, son imagination, en faisaient
plus qu’un artiste, plus qu’un savant, une espèce de monde, de système, se
suffisant à lui seul.
Nous voilà loin de toutes nos pauvres émotions de promeneurs au mus«
du Louvre. M. Valéry a raison.
Y. Lenoih.
Léon B lanchet, p ro fe sse u r ag rég é de p h ilo so p h ie a u lycée de M arseille. C am panella
P a r is ,'A lean, 1920, in 8 de 587 pages. - Les a n técéd en ts h isto riq u e s d u « J e
pense, D onc j e su is n. P aris, A lean, 1920, i n -8 de 325 p ages.

Le 23 décembre 1919 est mort M. Léon Blanchet, professeur au lycée de
Marseille. Il était à la veille de soutenir ses thèses de doctorat; ses maî­
tres, M. Brunschvicg, M. Bréhier, se réjouissaient de saluer publiquement
« en lui un écrivain, un historien, un penseur de tout premier ordre »•
brutalement, une attaque de grippe l’en.'ova. .— Il avait 35 ans.
L’étendüe et l’extrême conscience des recherches, la vigueur et la pré­
cision de la pensée, la générosité d ’âme qui transparaît si souvent au
cours des analyses dont le livre est plein, l’attrait que le problème reli­
gieux exerçait sur l’auteur, l’importance des conclusions, tout concourt
à rehausser le prix, des thèses de M. Blanchet, — et à accroître les regrets
causés par sa mort. -— Je voudrais ici, en manière d’hommage, dire deux
mots touchant Campanella en particulier, la philosophie de la Renaissance
eu général. En étudiant celui-là, c’est celle-ci qu’il tentait aussi de dé­
finir.
I
M. Bfenchet a eu le mérite de ne pas se laisser rebuter par les bizarre­
ries de Campanella : sous la gangue, il a su dégager le diamant. Même je
nie demande s’il n-’eût pas été meilleur de pousser plus hardiment en ce
sens. Aux six parties qu’on nous propose (1), peut-être en eusse-je préféré
1. P re m iè re p a rtie . L 'hom m e, p 15-122. 1. La je u n e s se (1568 99,. — 2 Le c o m ­
p lo t de C alab re (1599). — 3. La p riso n de N aples (1599-1626). - 4. C a m p a n ella à
R o m e (1626 34) e t à P aris (1634 39). — 5. La v e rita b le p h y sio n o m ie de C (est
celle d ’u n m o d e rn iste ) — 6 Le caractère de C ; ses poésies.
D eu x ièm e p a rtie La physique et la psychologie, p , 123-186. — 1. Les ten d an ces

16

�242

ÉTUDES

ITALIENNES
♦

trois : la première retraçant la vie; la seconde la genèse historique du
système et l’analyse des œuvres; la troisième les idées fécondes.
Etrange vie, en vérité, que celle de ce compatriote du cardinal Sirlet !
Dominicain à i 4 ans, i 58 2 , il a tôt fait de rejeter la foi; trompé par un
astrologue il se croit appelé à rénover le monde; il organise une cons­
piration qui échoue (1699); vingt-sept années de prison (1599-1626), tantôt
très dures, tantôt assez douces, lui font expier sa révolte; après cinq ans
passés dans la liberté à Rome même (1629-1634), où il jouit un moment de
la faveur du pape, il doit fuir en France, et il meurt tranquillement le
21 mai 1639 chez les Dominicains de la rue de Saint-Honoré, »à Paris, dans
une chambre tendue de draperies blanches, ornée de plantes vertes, asperd o m in a n te s de la p h ilo so p h ie de la R enaissance. — 2 In flu e n c e de T elesio s u r G
— 3. La c ritiq u e de l’idée a risto té lic ie n n e de n a tu r e p a r T el. e t C. — h. Le p a n p s y ­
ch ism e de C. — 5. La c r itiq u e de la p sy c h o lo g ie sc o lastiq u e : u n ité et m a té ria lité de
l’am e 'T e l. e t G ) . - 6 . T h é o rie e m p iris te de la co n n aissan ce de T el. e t C am p.
T ro is iè m e p a rtie . L a conception ae la science e t de l 'a r t , p. 187 262. — 1. La
lo g iq u e et la m é th o d e . — 2. L’in flu e n c e de la p h ilo so p h ie o c c u lte (P aracelse,
A g rip p a , d e lla P o rta ) s u r C. — 3. La m a g ie n a tu r e lle , le m ira c le e t la science
o ccu lte. — 4. Le rô le assig n é à i a science de G alilée. — 5. L’e s th é tiq u e de C a m p a ­
n e lla .
Q u a triè m e p a r tie . La m é ta p h y s iq u e , p . 263-328. — 1. La seconde th é o rie de 1
co n n aissan ce de C a m p a n e lla : p r im a u té de la connaissance de soi et id e n tité d e
l ’ê tre e t d u c o n n a ître ; la v a le u r o bjective d u sa v o ir : in n é ism e , th é o rie des Idées»
visio n e n D ieu. — 2. Im m o rta lité de l am e e t ex iste n ce de D ieu. — 3. D ieu et
la cré a tio n . — 4. La lib e rté d iv in e e t la lib e rté h u m a in e . — 5. Le p ro b lè m e d u
m al.
C in q u iè m e p a rtie . La m o ra le et la re lig io n , p. 329-488. — 1. R a p p o rts de la
science et de la r e lig io n se.on C. — 2. C. c o n tre la R éfo rm e. — 3. La croyance à
la b o n té de la n a tu r e et l’é m a n c ip a tio n de la m o ra le . — 4. La tra n sfo rm a tio n d u
s e n tim e n t r e lig ie u x p a r la p h ilo so p h ie de la R en aissan ce. — 5. La re lig io n n a t u ­
re lle d an s la p h ilo so p h ie de la R enaissance av a n t C. — 0. La p h ilo so p h ie re lig ie u se
d e C.
S ixièm e p a rtie . Les co n c e p tio n s’so cia les e t p o litiq u e s , p. 489 522. — 1. La m o n a r ­
ch ie d u M essie e t la Cité d u S oleil : r e lig io n e t p o litiq u e , so cialism e e t p éd a g o g ie
— 2. La m o n a rc h ie u n iv e rse lle e t les m éth o d es de la p o litiq u e th é o c ra tiq u e .
C on clu sion. L 'in flu e n ce de C a m p a n ella e t le b ila n de la p h ilo so p h ie de la R en a is­
sa n ce, p . 523-556. — 1. P o u rq u o i G. n ’a-t il pas fa it écoleP — 2. In flu en ce s p a rtie lle s
exercées p a r G. — 3. La lu tte c o n tre la p h y s iq u e sc o la stiq u e . — 4. R eligion n a t u ­
re lle e t p a n th é is m e : C. e t S pinoza. — 5. P a n p sy c h ism e : C. e t L eibnitz. — 6 . Id é a ­
lism e : G. e t D escartes.
A ppendice b ib lio g ra p h iq u e, p. 559 588
Le liv re d o it ê tre co m p lété p a r la seconde th èse de M. B., q u i vise à é lu c id e r
les an té c é d e n ts d u Cogito. — P re m iè re p a rtie .
A u g u stin e t la tr a d itio n a u g u s‘
t i n itn n e , p. 23-168. — S econde p a r tie . C a m p a n e lla . — 1. La co m p araiso n des idées :
différen ces et ressem b lan ces. — 2. La c o m p a ra iso n des b u ts . — 3. La q u e s tio n de
fait. — 4. In flu en ce de G. s u r D escartes : n ég a tiv e (c ritiq u e de la th é o rie sc o las­
tiq u e de la co n n aissan ce ], p o sitiv e (T innéism e). C onclusion.

�243

bibliographie

g é e d e v in a ig r e île ro s e , e m b a u m é e d e la u r ie r s e t d e m y r t e s ..., les d e u x
fla m b e a u x e t le s c in q to r c h e s q u i ¡ ’é c la ir a ie n t r e p r é s e n t a n t le s s e p t p la n è te s .
I l a t i r é l ’h o ro s c o p e d e L o u is X IV . Il c r o it t o u j o u r s à la v e n u e p r o c h a in e
d e l ’A n t é c h r i s t ... M a lg ré la s y m p a th ie q u ’il a fin i p a r in s p i r e r à s o n b io ­
g r a p h e , il f a u t b ie n q u e c e lu i-c i n o te q u e lq u e p a r t : « L ’e s p r it c r itiq u e ,
ie b o n s e n s e t le ju g e m e n t s o n t les q u a lité s q u i lu i m a n q u e n t le p lu s , »
(p . 101) e t il a jo u t e (p. 112) : « il f a u t b ie n l ’a v o u e r ,

C a m p a n e lla a d û

m e n t i r ».
L es m e n s o n g e s , j e v e u x d ir e : le m e n s o n g e d e C a m p a n e lla m e r é p u g n e .
T o u te sa v ie , p e u t- o n d ir e , C a m p a n e lla a f e in t d ’a p p a r t e n ir à l ’E g lise a lo rs
q u e , d a n s le f o n d d e s o n coeur, il e n a v a it a b j u r é la fo i. A la s u ite d e
M. K v a c a la , à l ’c n c o n tr e d e M . D e jo b ,

M.

B la n c h e t d é m o n tr e

d e fa ç o n

p é r e m p to ir e q u e C a m p a n e lla m e n ta i t q u a n d il se d is a it c a th o liq u e : la c h r o ­
n iq u e a n o n y m e d u C odex U r b in ia n u s 8 1 8 , q u i a é té r é d ig é e a v a n t la fin
d e 1 0 9 9 , e t q u i r e p r o d u it le s d é c la r a tio n s m e s s ia n is te s

d u j e u n e m o in e à

C a rlo S p in e lli, n e la iss e a u c u n d o u te à c e t é g a r d , n o n p lu s q u e sa c o n fe s­
sio n d e 1 6 1 8 , r e p r o d u ite p a r la p r iè r e d u R em iniscentur. « I l e s t fa c ile de
d é t e r m i n e r le c o n te n u d e s a v e u x d e C a m p a n e lla . Il s ’e s t liv ré , s p o n ta n é ­
m e n t v a in c u , à l ’e n n e m i d e l ’h o m m e ,

le d é m o n , c o m m e à u n

a m i, e t

il est d e v e n u l ’esclav e d es d é s ir s o r g u e ille u x e t d e s p lu s im p u r e s v o lu p té s »
(p . 9 0 -9 1 ) . « Confiteor libi... quod abiecto clypeo protectionis Im e, et gladio
verbi tui, m e hosti ignoto, tam quam am ico, nescio quom odo victu m sponte
dedi, nihitque antiquius m ih i videbatur quam tum idis servire desideriis et
de voluptatibus im purissim is ei congratulari. » [K v acala : Ferd. p. 3 3 ] .
M a lg ré q u o i, C a ta p a n e îla c o n t in u a it d e se p r é s e n t e r c o m m e l ’e n f a n t d e
D ie u e t le p r ê t r e d u C h r i s t .... C a m p a n e lla a t e n d u to u t so n e f fo r t p o u r
tr a n s f o r m e r l ’essen ce d u C h r is tia n is m e tr a d itio n n e l; p o u r e n é l im i n e r , n o n
s e u le m e n t la t r in i t é d e D ie u e t la d iv in ité d e J é s u s , m a is e n c o r e l ’i n t u it io n
m ê m e d ’o ù il p ro c è d e , j e v e u x d ir e le th é is m e e t le tr a n s c e n d a n ta lis m e .
« Il est m anifeste que la philosophie de C am panella, écrit M. B. p . 11,...

est l ’effort le plus intéressant tenté p o u r in tég rer à la religion, conçue
comme une religion naturelle..., les tendances, les aspirations et les op i­
nions morales les plus caractéristiques de la nouvelle civilisation : la bonté
de la nature e t de l ’hom m e, l ’in tu itio n et le culte d ’une divinité in té ­
rieure à l ’U nivers et à l ’âm e h u m ain e,... l ’identité m êm e de la n atu re et
de la révélation, voilà les idées que Campanella s ’efforçait de faire trio m ­
p her, » tout en se préten d an t inspiré p a r la p lus pure orthodoxie. M. B lan­
chet rapproche son attitude de celle des m odernistes, et il tente de l ’ex­
p liquer : pareille m éthode, dit-il, était peut-être « le seul moyen efficace
à em ployer pour m ain ten ir contre la libre pensée, au trem en t que p ar de
ruineuses et parfois im m orales concessions, ou p ar une intransigeance qui
retranchait le christianism e hors de la civiiisation d u tem ps, la vertu, le
prestige et la forcé bienfaisanle de l ’idée religieuse, sans se résigner pour­
tan t à la religion p urem ent intérieure et individuelle du déisme » (p. 7 ).
Le m e n s o n g e p e u t- il f o n d e r q u e lq u e c h o se d e d u r a b le

? Le c h r is tia n is m e

�É TU D E S 1T Â LIEN N É S

244

? Sdns le culté

e s t-il m o r t p o u r a v o ir r e je té le m e s s ia n is m e C a m p a n e llie n

d e la lo y a u té , q u e d e v ie n n e n t les r a p p o r ts q u i u n is s e n t les h o m m e s e n tr e
e u x , q u e d e v ie n t la v ie so c iale ? Q u ’cst-c e q u e la p e n s é e s a n s la c la r té ? e t,
s a n s lo y a u té , la p e n s é e c la ire est-e lle p o ss ib le ? M.

B la n c h e ! a

s e u le m e n t

v o u lu e x p liq u e r . J ’ose c o n d a m n e r . Deux non eget m endaciis nostris, e s t-il
é c r it a u liv re d e J o b . — E t ce n ’est p a s S t. A u g u s tin q u i d i r a le c o n t r a ir e ( i ) .
A u tr e c h o se m e c h if fo n n e d a n s le c o n s p ir a te u r d e S tilo : sa th é o r ie d e la
sc ie n c e e t d e la c o n n a is s a n c e . Il ju x ta p o s e à u n a n im is m e assez g ro s s ie r,
tr è s c o m m u n a lo rs — et q u i lu i fa it a p e r c e v o ir , e n to u t o b je t, d e la c o n s ­
c ie n c e e t de la vie — u n e s o r te 1 d e m é c a n is m e , in s p ir é p a r C o p e r n ic ! M ais
011 v o it m a l c o m m e n t les d e u x th é o r ie s se r a c c o r d e n t; o u p lu t ô t , o n v o it
tr è s b ie n

c o m m e n t e lle s h u r l e n t d ’ê tr e a c c o u p lé e s : l ’esp a c e d e v ie n t u n e

s u b s ta n c e m a té r ie lle , — a u s si b ie n q u e la c h a l e u r e t le f r o id , — a v id e d ’ê tre
in f o r m é e , —

e t j e c ro is y r e c o n n a î t r e , so u s u n d é g u is e m e n t tr a n s p a r e n t ,

c e tte m a tiè r e p r e m iè r e c h è re à t a n t d e S c o la s tiq u e s . A u -d e ss u s d e la p h y ­
s iq u e

C o p e rn ic a in e ,

C a m p a n e lla

v o it d a n s la n a t u r e
l ’i n d u c tio n

p la c e

la p h y s iq u e

a n im is te

(p .

le j e u d ’u n e p e r p é tu e lle m é ta m o r p h o s e ; cl

a n a lo g iq u e

p o u r accéder a u v ra i

des

a ttr a c tio n s

m u tu e lle s

des

ê tre s

240) ;

il

c ’e s t s u r

q u ’il

c o m p te

1 J a m a is il , n ’a sa isi l ’o p p o s itio n d e ces r ê v e rie s d e

sa u v a g e s à la m é th o d e d e C o p e rn ic e t de G a lilé e ; à la tin d e sa vie e n c o re ,
en

i6 3 8 , d a n s l ’e x tr a o r d in a ir e p o è m e

la ti n o ù il c é lè b re la n a is s a n c e de

c e lu i q u i se ra L o u is XIV, « il a f fir m e q u e le j o u r m ê m e d e c e t é v é n e m e n t
le so leil s ’e s t a p p r o c h é de la te r r e j u s q u ’à u n e d is ta n c e de 5 5 .o o o lieues,
s ig n e c e r ta in d e la v é r ité d e ses p r o p h é tie s

! » (p. 253 -2 5 4 ). — L ’in c o n é -

r e n c e de la p h y s iq u e c a m p a n e llie n n e m a n if e s te e n
co h éren ce d e

sa th é o r ie d e la c o n n a is s a n c e e n

un

g é n é r a l.

p o in t p r é c is i ’i n ­
C a r c e lu i q u i a

d é b u té p a r la c r itiq u e d ’A ris to te , r e je té p a r c e q u e d u a lis te , a fin i (a p rè s
iG o3) p a r p r o fe s s e r u n d u a lis m e c o m p le t; sa p s y c h o lo g ie est a u s s i d u a lis te
q u e sa th é o lo g ie . L ’â m e e s t d o u b le , m a té r ie lle e t im m a té r ie lle , e t d o u b le
la c o n n a is s a n c e ; e t ces d e u x sa v o irs , l ’u n e m p i r iq u e e t d is c u rs if, im p r im é
p a r l ’o b j e t d a n s le spiritus vilalis, l ’a u t r e i n t u i t if e t i n n é , a p e r ç u p a r la

m ens, re p lié e s u r s o i o u fixée s u r D ie u — se d é v e lo p p e n t s a n s a v o ir q u a s i
a u c u n e a c tio n l ’u n

s u r l ’a u tr e ,

q u e d a n s le s y s tè m e

ni aucun

r a p p o r t l ’u n

« l ’u n iv e r s e lle in te r a c tio n

est

av e c l ’a u tr e ,

c o n s id é ré e

a lo r s

com m e

la

1. Q u e si l ’effray ait le so rt de B ru n o , q u e n e p a r ta it- il p o u r la B ologne, où ta n t
de ses c o m p a trio te s l'a v a ie n t p récéd é ; o ù six g ra n d e s É g lises v iv aien t côte à côte :
c a th o liq u e , lu th é r ie n n e , calv in iste, ln issite , so c in ie n n e et a n a b a p tis te , sans p a r le r
des o rth o d o x es ; — o ù p u llu la ie n t les L ib e rtin s — sans p a r le r des J u ifs , q u i y
p o rta ie n t l epée. A L u b lin , le 21 j u i n 1565, j o u r de la F ête D ieu, O tw inow ski arra c h a
l ’o ste n so ir d es m a in s d u p r ê tre , et fo u le au x pieds l ’h o stie consacrée : il passe en
ju g e m e n t, e t il est a c q u itté (1566) En ces p a ra g e s, C a m p a n e lla p o u v ait, sans
ris q u e r sa tête, r e s te r loyal. Q u a n d à p ré te n d re d é fe n d re u n e re lig io n q u ’il re je ta it,
c’est u n g ro te sq u e sc an d ale. De q u e l d ro it im p o se r à a u tr u i l’e r r e u r d o n t il se
lib é r a it lu i m ê m e ?

�BI BLI OGRAP HI E

245

loi d u m o n d e p h y s iq u e e t d u m o n d e m e n ta l. » O n se d e m a n d e p a r fo is si
lu r a is o n d e C a m p a n c lla e s t p iu s v ig o u r e u s e q u e sa lo y a u té .
M. B la n c h e t n e s ’est p a r a r r ê té à ces in c o h é r e n c e s : il a e u r a is o n . Il n e
f a u t p a s j u g e r les h o m m e s s u r le u rs s o ttis e s o u le u r s fa ib le ss e s; ils c o m p ­
t e n t p a r le b ie n q u ’ils f o n t, la v é r ité q u ’il d is e n t. 11 e s t a r riv é q u e C a m p a n e lla s ’est a p p r o c h é p a r fo is d e la v é r ité . 1V là l ’in f lu e n c e d o n t il fa u t
lu i f a ire h o n n e u r .
E n 1G22, C a m p a n c lla a d é f e n d u G alilée. J ’ai &lt;'u o c c a s io n , ici m ê m e ( i ) ,
d e n o t e r so u s q u e l a s p e c t le C o p e rn ic a n is m e é t a it a lo r s c o m b a ttu

: M. B.

p a r le d e c e tte a ffa ire av ec e x a c titu d e . M ais il m e p a r a ît d iffic ile de p e n s e r
a v e c lu i q u e C a m p a n c lla a i t u n e p a r t s é rie u s e d a n s la v ic to ire f in a le m e n t
r e m p o r té e

par

le c h a n o in e - d e T h o r n

: les é tr a n g e té s q u i d é p a r a ie n t sa

p r o p r e d o c tr in e r is q u a ie n t p l u t ô t de c o m p r o m e ttr e

c e lu i-c i e t G alilée. M.

B. n e les c o n te s te ‘ p a s . M ais il a s s u re q u e la p h y s iq u e n e se p o u v a it é la ­
b o rer

q u ’à

l ’im m a n e n c e

deux
des

c o n d itio n s

: l ’é lim in a tio n

lo is n a tu r e lle s ; e t il

du

p r é te n d

m ir a c le ,
que

l ’a f f ir m a tio n

l ’a n im is m e

de

de

G. a

c o n c o u r r a à é li m i n e r le m ira c le et à r é p a n d r e la c ro y a n c e e n l ’im m a n e n c e
d e s lo is p h y s iq u e s . —
h

I n g é n ie u s e th é o r ie , e t d o n t o n

s o u h a ite r a it, p o u r

g lo ir e d e C ., q u ’e lle f û t v ra ie . M ais j ’a i d e s d o u te s . L o in d e r e n v e r s e r

l ’id é e d e lo i, l ’id é e d e m ira c le la p o s tu le , c o n n u e l ’e x c e p tio n

p o s tu le

la

r è " ! e : u n seu l m o y e n ra d ic a l d e d é t r u i r e le m ira c le , d é t r u ir e la lo i. E t
p u is , il e s t d a n g e r e u x d e r e c o n s tr u ir e l'h i s to i r e . La p r e u v e q u e le « s u c c è s &gt;&gt;
d e s d é c o u v e rte s e t d es m é th o d e s

s c ie n tifiq u e s

c o n d itio n s les d e u x f a its q u ’i m a g in e M.
ce s m é th o d e s o n t p o u r a u te u r s

B .,

n o u v e lle s

n ’a v a it p a s

pour

c ’est q u e ces d é c o u v e r te s e t

d e s c a th o liq u e s n o to ire s

: Jean

B u r id a n

et. A lb e r t d e S ax e q u i m o u r u r e n t c u r é s , N icole O rc sm e é v ê q u e d e L is ie u x ,
C o p e rn ic c h a n o in e de T h o r n , D e sc a rte s, le d ir ig é d u c a r d in a l d e B é ru lle etle p è le r in d e N o tre ' D a m c -d e -L o re lte . Ils a d m e tta ie n t to u s , s a n s h é s ita tio n ,
li. c r é a tio n e t le m ira c le . Ce q u i n e les a p a s e m p ê c h é s d ’i n v e n t e r le sy s ­
tè m e d u

m o n d e q u i p o r te

le u r n o m , e t , q u a n t a u d e r n i e r , de f o r m u l e r

le m é c a n is m e . J ’a jo u te q u e la science moderne s ’est définie, n o n p a s c o n lr c
l ’id ée c h r é t i e n n e d e m ira c le , m a is contre Vidée païenne, te lle q u e la s o u ­
t e n a it A ris to te , de la duplicité du m onde : d ’u n c ô té , le s s p h è re s , d e l ’a u t r e ,
l i t e r r e , ce lle -c i é ta n t sé p a ré e d e celles-là p a r l ’o rb e lu n a ir e . Pi'est-cc pas

l'idée chrétienne île création qui a suggéré le postulat de l'u n ité des lois
dynam iques et de l’unité du m onde ( i ) :' E v id e m m e n t, ces fa its d é r a n g e n t
c e r ta in e s th é o rie s . M ais je c ro is q u e ce so n t d e s la its . T a n t p is p o u r le
p a u v r e C a m p a n c lla , e t sa p h y s iq u e d e l lo lt e n to t !
Q u a n t à l ’id é e q u i a p p a r a ît e n ses o u v r a g e s , e t q u i m o n tr e d a n s la s c ie n c e
u n pouvoir, p a r o ù l ’h o m m e se r e n d r a m a îtr e e t p o ss e s se u r d e la n a tu r e ,
j ’h é s ite à lu i e n s a v o ir g r a n d

g ré

: e lle t r a î n e p a r to u t e n

1. Etudes italiennes, I (1919), n» 4, p. 246.
2 Veir Albert de Saxe et Kepler.

ce m o m e n t,

�ÉTUDES

246

ITALIENNES

n o n s e u le m e n t ch e z B a c o n et ch e z D e s c a rte s q u i lu i d o n n e n t le r e lie f q u e
c h a c u n s a it, m a is ch ez b e a u c o u p d e p e n s e u rs d e p u is p lu s ie u r s siè c le s : si
le f a it n ’e s t p a s c o n n u d a v a n ta g e ,

c ’e s t q u e

c e lte id é e s ’e n v e lo p p e

dans

ce q u e P ic d e la M ira n d o le , p a r e x e m p le , a p p e lle la m a g ie n a tu re lle .
Il

e s t c u r ie u x d e r e m a r q u e r l ’h o s tilité v io le n te , q u e C a m p a n e lla m a n i

fe ste à l ’e n d r o i t d u P r o te s ta n tis m e , a u s si b ie n

q u e G io rd a n o B r u n o .

Ces

d e u x a n ti- c h r é tie n s n o to ire s s o n t re sté s p r o f o n d é m e n t c a th o liq u e s e n

c e r­

t a i n s p o in ts : le C h r is tia n is m e social e n g é n é r a l e t le m o n a c h is m e e n
p a r t i c u l ie r g a r d e n t le u r s s y m p a th ie s , o u l e u r a d m ir a tio n . O n s ’e x p liq u e
t r è s b ie n l e u r c r it iq u e d e L u th e r . M. B la n c h e t a u r a it a is é m e n t tr o u v é , e n
b e a u c o u p d e liv re s l u t h é r ie n s d u X V Ie, d e s te x te s s a v o u re u x ( i ) p o u r S'é­
c la ir e r e t

la

c o n f irm e r .

L e g r a n d h o n n e u r d e C a m p a n e lla c ’e s t q u ’il a e x e rc é u n e in f lu e n c e c e r ­
t a in e s u r L e ib n iz , s u r S p in o z a , s u r D e sc a rte s.
« L e ib n iz c o n n a î t e t c ite le D e r e n s u r e r u m e t m a g ia . I l a lu la C iv ita s
S o lis, la M o n a rc h ia M essiae, le d e M o n a r c h ia h is p a n ic a d is c u r s u s . Il p o ssè d e
u n e c o n n a is s a n c e

p r é c is e d e ï 'A t h e i s m u s

t r iu m p h a t u s

».

Il e m p ru n te

n o tr e p h ilo s o p h e sa d o c tr in e d è s tr o is « p r im a lité s » d iv in e s ,

à

« la r e p r o ­

d u i t d a n s sa T h é o d ic é e e t a d m e t av ec ( lu i) q u e la p u is s a n c e p ré c è d e

la

sa g esse e t l ’a m o u r ». Il a p p r é c ie tr è s h a u t sa v a le u r , p u i s q u ’il l ’élèv e a u d e s su s d e D e s c a rte s. I l se r a p p r o c h e d e lu i, n o n s e u le m e n t e n se s th é o r ie s
d e la lib e r té e t d e l ’o p tim is m e , m a is e n c o r e d a n s sa d o c tr in e d e s m o n a d e s
e lle - m ê m e . I l c ite u n e p h r a s e d u

de s e n s u

reru m

e t m a g ia , o ù C a m p a ­

n e lla in v o q u e la p e r f e c tio n de D ie u p o u r p r o u v e r q u ’il a a c c o rd é à to u s les
ê tr e s d e la n a t u r e , m ê m e a u x c o r p s m a té r ie ls , les fo rc e s p s y c h iq u e s n é c e s ­
s a ire s à le u r c o n s e rv a tio n . L u i- m ê m e se s e r t d e c e t a r g u m e n t p o u r d o n n e r
à s o n p a n p s y c h is m e u n f o n d e m e n t m é ta p h y s iq u e ...» (p. 5 5 i - 5 5 2 ) « O n n e
« a u r a it d o n c c o n s id é r e r c o m m e

une

c o ïn c id e n c e

f o r tu ite

la re s s e m b la n c e

e n t r e la p h ilo s o p h ie d u d e se n s u r e r u m ... e t le s y s tè m e d e s m o n a d e s , o ù
s o n t a c c o rd é s à to u s les ê tr e s la p e r c e p tio n , l ’a p p é titio n e t u n c e r ta in d e g ré
d e c o n s c ie n c e ... q u i se c o n fo n d av ec le p r in c ip e im m é d ia t d e le u r v ie , de
l e u r a c tiv ité e t d e l e u r c o n n a is s a n c e ».
C a m p a n e lla a fa v o ris é , p lu s e n c o re q u e

le M o n a d is m e , le s p r o g r è s

du

l ib e r tin a g e e n g é n é r a l e t d u p a n th é is m e e n p a r t ic u lie r . Il s ’e s t lié d ’a m itié
av e c N a u d é , b ib lio th é c a ir e d u n o n c e G u id i d i B a g n o , ch ez R e n é M a resco t,
s e c ré ta ir e à l ’a m b a s s a d e de F r a n c e , v e rs

i

6 3 i ; il s ’e s t o u v e r t e n t iè r e m e n t

à lu i, e t lu i a c o n fié , e n v u e d e l ’im p r e s s io n , s o n S y n t a g m a de l i b n s p ro p r i i s .... P a r N a u d é , s a n s d o u te c o n n u t- il G u i P a t in , P ie r r e B o u rd e lo t, E lie
D io d a ti e t L a M o th e le V a y e r. Ce q u i e s t s û r , c ’e s t q u e D io d a ti e t P e ire s c
le m e t t e n t e n

r a p p o r t a v e c H e r b e r t de C h e r b u r y

a d re s s e la se c o n d e é d itio n d u d e V e rita te .

: en

i633,

c e lu i-c i lu i

M. C a ssire r a n o té , e t M. B la n -

1. La T u rp itu d o o m n iu m tu rp is sim a e t n o c e n tissim n , d ’O tto C asm an, r e c te u r de
S tad e, p a r ex e m p le , 1607 — o u la m e th o d u s iu ris c iv i/is, de N icolas V igel, le p r o ­
fe sse u r de M a rb u rg , 1561.

�B I BL I O G R A P H I E

247

c h e t s ig n a le a u r è s lu i, c e r ta in e s c o ïn c id e n c e s p ré c is e s e n tr e C a m p a n e llis m e
et

S p in o s is m e .

L ’o c c a s io n n a lis m e

l a te n t

dans

la

th é o r ie

p a r a llé lis te

des

d e u x sav o ii’s, d is c u rs if e t i n t u i t i f , q u e d é v e lo p p e C a m p a n e lla , r a p p e lle l ’o ccas io n n a lis m e p a t e n t d a n s la d o c tr in e d e s p a s s io n s d u

sa g e d 'A m s te r d a m .

M êm e c o n c e p tio n , ic i e t là , d é l ’ê tr e e t d u n o n - è tr e , oie D ie u e t d e s ê tr e s
in d iv id u e ls

: pour

les d e u x

p e n s e u rs ,

to u te

d é t e r m in a tio n

est

n é g a tio n

lo g iq u e . E t m ê m e d ia le c tiq u e ch ez to u s d e u x d é d u it d e ces p r in c ip e s la
c o n s c ie n c e d e .soi ë t la c o n s c ie n c e d e D ie u , l ’a m o u r d e soi e t l ’a m o u r d e
D ie u : to u s d e u x r a tt a c h e n t a u x p r im a lité s d e l ’E tre in f in i to u te s les m a n i­
fe s ta tio n s , e n a p p a r e n c e c o n tin g e n te s , d e l ’e x is te n c e d e s ê tr e s fin is . M êm e
th é o r ie ,

e n fin , ch ez l ’u n e t l ’a u t r e , d e la lib e rtu d iv in e e t h u m a in e

p re m iè re ,

ic i

et

là,

e s t a s s im ilé e

à

une

n é c e s sité d ’e s se n c e , la

: la

se c o n d e

r a m e n é e à l ’in d é p e n d a n c e v is-à -v is d e s c h o se s.
M. B la n c h e t m o n tr e e n f in

q u e C a m p a n e lla a e x e rc é s u r D e s c a rte s u n e

a c tio n s a lu ta ir e : D e s c a rte s e n a v a it lu e n 1G29 la d e s e n s u r e r a m e t s a n s
d o u te la lie a lis p h ilo s o p h ia . C a m p a n e lla a v u « d a n s la c o n n a is s a n c e in n é e
d e l ’â m e p a r e lle - m ê m e e t d a n s l ’a c tiv ité a u to n o m e d e

la c o n s c ie n c e le

p r i n c i p e d e to u te e x is te n c e e t la s o u rc e de t o u t s a v o ir ». I l a , m a lg r é se s
é tr a n g e té s , e n g a g é le p h ilo s o p h e f ra n ç a is d a n s la v o ie d e l 'id é a lis m e p a r
s o n m o n a d is m e a n im is te : « d ’u n e p a r t , (e n e ffe t, c e tte th é o r ie ) a f f ir m a it
l ’im m a n e n c e d u

s a v o ir e n

s u p p r i m a n t to u te d u a lité e n tr e le s e n sib le e t

l ’in te llig ib le ; d ’a u tr e p a r t , e lle a t t r ib u a it à l ’â m e u n e a c tiv ité e t u n e s p o n ­
t a n é ité p r o p r e s , e n c o re q u ’e lle les c o n ç u t c o m m e p u r e m e n t p h y s iq u e s r&gt;u
c o r p o re lle s ». E n fin , C a m p a n e lla a su a p p r o f o n d ir c e s n o tio n s , s o u s tra ire
la p e n s é e a u j o u g d e l ’o b j e t e x té r ie u r , é b a u c h e r a in s i la c o n c e p tio n d e l ’id é a ­
lis m e c a rté s ie n .
T o u t ce la e s t e x tr ê m e m e n t in té r e s s a n t,

e t im p o r ta n t.

Je

me

dem ande,

s e u le m e n t, s i, p a r fo is , M. B. n ’a p a s ' fa it tr o p b e lle la p a r t d e s o n h é ro s .
S p in o z a n e le c ite p a s u n e fo is; e t d e s r e n s e ig n e m e n ts —

in c o m p le ts , j e

n e l ’o u b lie p a s — q u e n o u s a v o n s s u r sa b ib lio th è q u e , n u l n e d i t q u ’il
a i t p o ss é d é a u c u n d e se s v o lu m e s . Ni le lib e r tin a g e n i le p a n th é is m e n ’o n t
é té

créés

par

C a m p a n e lla ;

ce

so n t

des

m o u v e m e n ts

tr è s

a m p le s ,

dont

n o u s c o m m e n ç o n s s e u le m e n t d ’a p e r c e v o ir la c o m p le x ité . Le C o g ito d e D e s­
c a r te s v ie n t d e S t. A u g u s tin ; o ù S t. A u g u s tin n e l ’a -t-il p a s f a it c i r c u l e r ?
IJ u n

Scot ne

l ’ig n o r a i t p a s p l u s q u e

P ic d e la

M irá n d o le . L a m é th o d e

« s p é c u la tiv e » d e D e s c a rte s n e lu i a -t-e lle p a s é té , e n p a r ti e , s u g g é ré e p a r
la m é th o d e s p ir itu e lle d e ses m a îtr e s ? L es c o llo q u e s o ù l ’â m e s ’a f fr o n te
a v e c D ie u d a n s l ’e f f o n d r e m e n t d e to u t le c r é é n ’o n t- iis p u l ’in d u ir e à ces
m é d ita tio n s o ù ,

f a is a n t a b s tr a c tio n

du

m onde,

il

ne

v o it q u e s a c o n s ­

c ie n c e e t D ie u ? L o r s q u e les c ita tio n s p o s itiv e s m a n q u e n t , il est i m p r u d e n t
d e s p é c ifie r, a u v u d e s s e u le s c o ïn c id e n c e s d o c tr in a le s ,
d 'o ù

la s o u rc e effe c tiv e

c o u le l ’e m p r u n t . L ’a n im is m e v ila iis te e s t r é p a n d u p a r to u t

: je r a p ­

p e lle les &lt;( a r c h é e s » d e P a ra c e ls é e t d e V an I le lm o n t. L ’o r ig in a lité d e C a m ­
p a n e lla n e s e ra d é f in ie , e t so n in f lu e n c e p r o p r e s û r e m e n t d é te r m in é e , q u e

�248

ÉTUDES

ITALIENNES

lo r s q u e n o u s s a is iro n s d a n s la p le in e lu m iè r e la p h y s io n o m ie d e to u s ses
c o n te m p o r a in s e t p ré d é c e s s e u rs .
E t d ’a u tr e p a r t , j e n e c r o is p a s q u e le n o m d ’E c k a rt a i t é té p r o n o n c é
u n e s e u le fois p a r M. B. O r; E e k a i't é ta it d o m in ic a in , c o m m e G. B r u n o
c o m m e l ’a u t e u r d u de se n su

r e r u m ; T h o m a s d ’A q u in a é té c o m b a ttu :1e

so n v iv a n t e t a p rè s sa m o r t. N ’y a -t-il e n to u t c e la q u e d es c o ïn c id e n c e s ? Le
T h o m is m e u tilis e la r g e m e n t l ’A ris to té lis m e . L ’éx ég èse d e s A lcx an d rist.es n e
te n d a it-e lle - p a s

à

c o m b le r

l ’in te r v a lle

qui

le

s é p a re

du

p a n th é is m e ?

C a m p a n e lla n e d é p e n d - il p a s d ’u n e tr a d i ti o n d o m in ic a in e — p e u t- ê tr e p u r e ­
m e n t o r a le — q u i fa v o ris a it l 'i m m a n e n c e ? N o te r G io rd a n o B r u n o , d o n s le
m ê m e o r d r e , à la m ê m e d a te ! — J e r e g r e tte u n p e u q u e M. B. n e n o u s
a it p a s d o n n é u n e c o m p a r a is o n s y s té m a tiq u e , tr è s s e rr é e , d es d e u x s y s tè ­
m e s d e C a m p a n e lla e t de B r u n o : les f r a g m e n ts , s a n s d o u te s ’e n t r o u v e n t
ic i e t là . N ’y a u r a it- il p a s e u a v a n ta g e à le s g r o u p e r , e t à é c la ir e r les d e u ï
p e n s é e s f r a te r n e lle s l ’u n e p a r l ’a u t r e ? P ic d e la M ira n d o le , l ’a n c ie n , n ’a u r a it- il p a s a u s s i e x e rc é s u r le p h ilo s o p h e

c a la b r a is

une

f o rte

in f lu e n c e ?

N ’e st-c e p a s à c e lu i-là q u e c e lu i-c i a e m p r u n té sa th é o r ie d e la m a g ie n a t u ­
re lle e t d u s e n s u s a b d itu s ( l'in te llig e r a a b d ilu m ) ?
E t la K a b b a le ? M. B. n o u s p a r l e d ’A g r ip p a d e N e tte s h e im e t d e P a r a celse d e H o h e n h e im . J e n e s o n g e p a s à m ’e n p la in d r e . M ais
se -t-il, d e si b o n n e h e u r e , A b r a h a m

p o u r q u o i la is ­

le j u i f , q u e C a m p a n e lla a r e n c o n tr é

à C o senza v e rs i5 8 8 ? N o tre d o m in ic a in a v i n g t a n s ; la p ré c o c ité d e so n
e s p r it l ’a d é jà f a it c o n n a îtr e ch ez ses c o n f rè re s ; il e s t d a n s la f e rv e u r de
l ’e n th o u s ia s m e , e t d e la f u r e u r , o ù l ’o n t je t é la d é c o u v e rte d e la d o c tr in e ,
e t la n o u v e lle d e la m o r t de T e le sio . Q u i s a it si, c o m m e M. B. le s o u p ­
ç o n n e e n q u e lq u e e n d r o it , A b r a h a m n ’a u r a i t p a s e x e rc é u n e in ilu e n o e d é c i­
siv e s u r le j e u n e r e lig ie u x ? U n h o ro s c o p e n ’e s t-il p a s à l ’o r ig in e

de sa

v o c a tio n m e s s ia n iq u e ? I l f a u t b ie n q u ’e lle so rte d e q u e lq u e p a r t. L e liv re
d e P is to r iu s a p a r u e n 1 5 8 7 , e t il a p p o r te le te x te d u S e p h e r le z ir a h ; u n e
é d itio n e n a v a it d é jà é té p u b lié e à M a n to u e e n

1 6 6 2 , e t P o s ta l, d è s 1 6 0 2 ,

e n a v a it d o n n é u n e tr a d u c tio n . D e p u is i5 5 8 , d ’a u tr e p a r t, la Z o h a r c ir c u ­
l a it d a n s le s é d itio n s d e M a n to u e e t d e C ré m o n e . L ’h is to ir e d e L é o n i ’H é b re u ,
le su c c è s d e s o n œ u v r e , a tte s te n t p o u r u n e é p o q u e u n p e u a n té r i e u r e l ’a c ­
ti o n d e la p e n s é e ju iv e s u r la p e n s é e c h r é t i e n n e d a n s le N a p o lita in . Q u i
s a it s i , p a r A b r a h a m o u p a r d ’a u tr e s , C a m p a n e lla , e t B ru n o , n ’e n a u r a ie n t
p;ts s u b i l ’a c tio n ( 1) ?
U n d e r n i e r m o t to u c h a n t la m é th o d e d ’e x p o s itio n ;

J e r e g r e tt e q u e les

1. C a m p a n ella ne d é p e n d -il pas d ’A b u lm azar q u a n t à sa th é o rie a s tro lo g iq u e de
la d u ré e des re lig io n s ? O ù a t - i l a p p ris à le c o n n a ître ?
Q u a n d il p a rle d es d e u x livres q u i r é v è le n t D ieu, d é p en d -il de R a im o n d de
S eb o o d e ? d a n s q u e lle m e s u re ? p a r q u e ls in te rm é d ia ire s ?
Ne d o it-il rie n au x P ro te sta n ts e t a u x S o cin ien s ita lie n s ? Je r a p p e lle le m o u v e ­
m e n t v ald ésien à N aples, V e rm ig li e t O chino, A lciati, B la n d ra ta , G en tili...

�B I BLI OGRAP HI E

249

te x te s n e so ie n t p a s c ité s p lu ? a b o n d a m m e n t — et s u r d e u x c o lo n n e s , q u a n d
u n e c o m p a r a is o n s ’im p o s e — ; il n ’est p a s t o u j o u r s fa c ile d ’a c c é d e r à ces
v ie u x liv re s. E t c ’e s t u n e jo ie si d o u c e q u e d e v é rifie r

! M ais j e m e r a p ­

p e lle le p r ix d u p a p ie r ; e t j e n ’in s is te p a s ... ! — M. B. s ’e s t p r o p o s é d ’é tu d ic r , m o in s la p e n s é e de C a m p a n e lla e n e lle - m ê m e , q u e la p h ilo s o p h ie d e
la R e n a iss a n c e à tr a v e r s la p e n s é e de C a m p a n e lla . D e q u o i j e lu i sais g r a n d
g r é . M ais il f a u t b ie n q u e j ’a v o u e , a u s si, q u e C a m p a n e lla y p e r d : o n n e
s u i t p a s t o u j o u r s av e c a u t a n t d e n e tte té q u ’o n v o u d r a it le m o u v e m e n t q u i
a f a it p r o g r e s s e r c e lu i-c i d e l ’a n in is m e in f o r m e d e T elesio ù l ’id é a lis m e dtf
P ic l ’A n c ie n , e t d e D e sc a rtc s.

II
L ’id ée q u e se fa it M. 1S., a p rè s F io r e n tin o e t G e n tile , de la p h ilo s o p h ie
d e la R e n a is s a n c e m e p a r a î t a p p e le r q u e lq u e s ré se rv e s . J e d ir a i le s q u e lle s,
a p r è s a v o ir r é s u m é la th é o r ie de M. li.
L e m o u v e m e n t ita lie n , tel q u ’il l ’e n v is a g e , a p o u r in it i a te u r N ico las d e
C u c s, e t il s ’é p a n o u it d a n s le s y s tè m e de C a m p a n e E a . M a rsile F ic in , P ic
d e la M ira n d o le e t P o m p o n a e e , C a rd a n , T e le sio et B r u n o s o n t les m a ître s
du

ch œ u r.

D e le u r e ffo rt n a ît u n e d o c tr in e

p a n th é is te

: e lle c o m b a t La

r e lig io n ré v é lé e et. f o rm u le la r e lig io n n a tu r e ll e ; e lle m o n t r e e n D ieu , n o n
p a s le C r é a te u r d u m o n d e e t le P è re d e s h o m m e s , m a is la fo rc e im m a ­
n e n te à l ’u n iv e r s ; e lle m o n tr e e n l ’u n iv e r s le d é v e lo p p e m e n t, o u

l ’e x p li-

c i t a t i o n , d e D ie u , c h a q u e v ie p h é n o m é n a le m a n if e s ta n t la p e n s é e d iv in e q u i
« p o u s s e ; e lle r é d u it l ’â m e à la p e n s é e re p lié e s u r so i e t s ’a p e r c e v a n t d ir e c ­
te m e n t e n soi. C ’e s t m ê m e d e ce m o d e d e c o n n a is s a n c e , c o n ç u c o m m e se u l
v a la b le , p a rc e q u ’e n lu i seu l s ’o p è r e l ’a d é q u a tio 'n d e l ’o b j e t a u s u je t,
q u e j a i l l i t l ’i n t u i t io n d ’o ù p ro c è d e to u t le sy s tè m e . U n e fo i a r d e n te l ’a n i ­
m e : la fo i e n la g r a n d e u r de l ’h o m m e , v ra i ro i, v r a i d ie u c o n s c ie n t d e l ’u n i ­
v ers.
Il

y a e u u n m o u v e m e n t p a n th é is te e n Ita lie , q u i a b o u tit à B r u n o e t à

C a m p a n e lla : le f a it est c la ir. E t il est p o s s ib le , il e s t p r o b a b le m ô m e , q u e
se s a d h é r e n ts o n t été in f lu e n c é s p a r te lle ou te lle p a g e d e P o m p o n a e e o u
d e P ic l ’A n c ie n , d u g r a n d p la to n ic ie n de F lo re n c e e t d u C a rd in a l A lle ­
m a n d . — M ais f a u t-il a lle r p lu s lo in ? e t r a n g e r d a n s la m ô m e éco le d es
c a th o liq u e s f e rv e n ts e t d es e n n e m is de l ’E g lis e ? N icolas d e C u c s é ta it c a r ­
d i n a l ; il f u t p lu s ie u r s fois lé g a t, asso cié c o m m e te l à l ’œ u v r e r é f o r m a tr ic e
d e la p a p a u t é , c o m b a ttu

e t c h a s sé c o m m e

te l p a r ses e n n e m is .

M arsile

F ic in , p r ê tr e p ie u x , d é v o t à la V ie rg e , s ’est c o n s titu é l ’a p o lo g is te d u C h r is ­
tia n is m e t r a d i ti o n n e l, 011 sa it av e c q u e l é c la t. P ic d e la M ira n d o le , q u a n d
il e s t m o r t, a lla it se fa ire d o m in ic a in . S i ces h o m m e s - là n e s o n t p a s de
p a u v r e s s o ts — o u d e s m e n te u r s e n c o r e p lu s la m e n ta b le s q u e C a m p a n e lla — ,
c o m m e n t e st-il p o ss ib le d e le s r a p p r o c h e r d e c e lu i-c i, d e les r é u n i r to u s
e n s e m b le e n

u n e m ê m e école ? N ’est-c e p a s d é f ig u r e r l e u r p e n sé e , e n e n

is o la n t c e r ta in s a s p e c ts ?

U ne p e n s é e c ’e s t u n sy s tè m e . Il n ’e s t q u e d e le

�250

É T UDE S

I TAL I E NNE S

m o r c e le r p o u r la d é tr u ir e . D u q u e l d es d o c te u r s d e l ’E g iis e e s t-il d iffic ile ,
e n m o r c e la n t s o n

s y s tè m e , d e t i r e r d e s f r a g m e n t s d ’h é ré s ie ? —

On me

d ir a q u e ce s o n t d e s p la to n ic ie n s . S t A u g u s tin , e t S. B o n a v e n tu re ,
c a r d in a l d e B é ru lle , e t T h o m a s s in

ne

e t le

s o n t-ils p a s d e s p l a t o n i c i e n s ? D e ­

v r o n t- ils a lle r r e j o i n d r e , e u x a u s s i, le s p h ilo s o p h e s d e S tilo e t d e N oie ?
E t p u is , n e s e r a it- il p a s te m p s d e v o ir la s o lid a r ité d u . C h r is tia n is m e e t d u
N é o - P la to n is m e , la d é p e n d a n c e d e c e lu i-c i p a r r a p p o r t à c e lu i-là , e t q u e
l 'e f f o r t de P ïo tin est d ir ig é .c o n tr e O r ig i n e ? J e n e v e u x p a s n i e r q u e les
P la to n ic ie n s c h r é ti e n s a ie n t e x e rc é u n e
lie n s.

M ais j e

a c tio n

c h e r c h e le s s o u rc e s p r e m iè re s

su r
du

le s

p a n th é is te s

c o u ran t

ita ­

im m a n e n tis te

d ’I ta lie d a n s la t r a d itio n a r is to té lic ie n n e , m ê lé e d e t a n t d ’id ées n é o - p la to ­
n ic ie n n e s f a u s s e m e n t a ttr ib u é e s a u f o n d a te u r d u L y c é e — j e s u i s le p r e ­
m i e r à le r e c o n n a îtr e . —
p r è te s

C e tte tr a d itio n , a v e c ses tr o is f a m ille s d ’in t e r ­

: th o m is te s , a v e r r o ïs te s , a le x a n d r is te s , j e n e p u is c r o ire q u ’e lle se

s o it m a in te n u e e t p ro p a g é e a u c o u r s d e s x iv e e t xve siè c le s, s a n s s u s c ite r ça
e t là, se lo n les c irc o n s ta n c e s e t s e lo n les â m e s , u n e re n a is s a n c e d e l ’im m a ­
n e n c e . D es in flu e n c e s s to ïc ie n n e s —- j e so n g e a u x d é c o u v e rte s d e l ’h u m a ­
n is m e — ; d e s in f lu e n c e s g e r m a n iq u e s —

je

so n g e

aux

r a p p o r ts

écono­

m iq u e s , 'e c c lé sia s tiq u e s, p o litiq u e s q u i u n is s a ie n t le S t E m p ir e à l ’I ta lie —r
ont pu

la fa v o ris e r. L ’h is to ir e

d u p a n th é is m e e n

I ta lie ,

l ’h is to ir e d e ses

o r ig in e s n o ta m m e n t, m e p a r a ît b e a u c o u p p lu s c o m p le x e q u e n e l ’in d iq u e
M. B.
E st-il p o s s ib le , d ’a u tr e p a r t , d e

r é d u ir e à c e tte

h is to ir e la p h ilo s o p h ie

ita lie n n e d e ia R e n a iss a n c e ? J e re s p e c te b e a u c o u p

la r e lig io n d e l ’i m m a ­

n e n c e . N ’est-c e p a s , p o u r t a n t , u n p o i n t d e v u e tr o p é tr o it, e t tr o p d o g m a ­
t i q u e , q u e c e lu i q u i s u p p r im e ce q u i l u i re s te e x té r i e u r ? I l y a p e u t- ê tr e
in c o n v é n ie n t à t r a n s p o r t e r a u x

e n v ir o n s d e l ’a n

i5 o o

le s p r é o c c u p a tio n s

q u i n o u s a s s iè g e n t a u x e n v ir o n s d e 1900. A u x d e u x é p o q u e s le s p r o b lè m e s
n e se p o s e n t p a s d e la m ê m e f a ç o n . A u x e n v ir o n s d e l ’a n i5 o o , la p e n s é e
c h r é t i e n n e se tr o u v e e n fa c e d e d e u x p r o b lè m e s : c o m m e n t c o r r ig e r A risto te ?

C o m m e n t c o r r ig e r S t A u g u s t i n ?

C ’e s t-à - d ire : c o m m e n t c o n c e v o ir le

m o n d e ? C o m m e n t c o n c e v o ir D ie u ? C o m m e n t c o n c e v o ir l ’â m e e n f o n c tio n
d u m o n d e e t d e D ie u ? V oilà d e tix siè c le s q u e

ces

q u e s tio n s

ob sèd en t :

a p r è s a v o i r r e tr o u v é , e t i n t é g r é , les d e u x m a ître s , les « M o d e rn e s » d é c o u ­
v r e n t le u r s in s u f f is a n c e s e t le u r s la c u n e s ; ils s ’a t t a c h e n t à le s r é p a r e r e t
à les c o m b le r . M ais, a p r è s u n p r e m i e r e f f o r t, — q u i
p r o d u i s it u n e c r itiq u e tr è s ra d ic a le

(au x iv e)

;— ,

la

fu t

tr è s

p ensée

ru d e,

et

c h r é tie n n e

a v a c illé , in c e r ta in e : les a n tin o m ie s o ù e lle se h e u r te , l ’ig n o r a n c e d e l ’a l ­
g è b r e , la d é c a p ita tio n

de l ’U n iv c rs ité d e P a r is e t l ’a f fo lle m e n t d e s â m e s

lo rs d u g r a n d s c h is m e , la f e r v e u r d e d o g m a tis m e q u i f a it d é l ir e r le s p r e ­
m ie r s

h u m a n is te s ,

l ’a n ti - c h r i s t ia n is m e

d é b r id é

de

beaucoup

d ’e n tr e

eux,

t o u t c o n c o u r t à la tr o u b le r e t à l ’a r r ê te r : ¡ ’A u g u s tin is m e e t l ’A ris to té lis m e
re tro u v e n t u n e

v i g u e u r in a t te n d u e , e n

q u e j ’ai d ite s , o n v o it s o u r d r e e t

m ê m e te m p s q u e , d e s in flu e n c e s

g r o s s ir u n

c o u r a n t p a n th é is te .

L ’h is -

to i r d e la p h ilo s o p h ie ita lie n n e a u xve siè çle, c e la v e u t d ir e , à m o n s e n s ;

�251

BI BLI OGRAP HI E
i°

l ’h is to ir e d e la t r a d itio n

r e fo u lé e p a r la

tr a d itio n

a r is to té lic ie n n e

p a r is ie n n e

: clans q u e lle m e s u re

d e s B u r id a n , d es

e st-e lle

A lb e rt d e S a x e e t

d es N icole O re sm e ;
2° l ’h is to ir e d e la t r a d itio n a u g u s tir iie n n e : d a n s q u e lle m e s u re e s t- e l'r
r e fo u lé e p a r la tr a d itio n o c k a m is tc ;
3° l ’h is to ir e d e l ’h u m a n is m e ( c h ré tie n e t a n ti - c h r é t ie n ) , n é à F lo re n c e ,
g ag n an t peu à p o i

l ’I ta lie ,

fa is a n t c o n n a îtr e d ’a b o r d ,

—

fa is a n t im it e r

e n s u ite , — les c h e f s d ’œ u v r e d ’I s r a ë l, d e la G rèce e t d e B o rn e. C a r te lle
e s t l ’a m p l e u r d e l ’h u m a n is m e p r im i t if : c o m m e il tr o u v a les m a n u s c r its
d e T e r tu llic n ,

N icolas V P a r c n lu c c lli f a is a it r e c h e r c h e r les m a n u s c r i ts de

S a in t M a tth ie u ;
4 ° l ’h is to ir e d e s d o c tr in e s m o r a le s e t so c iales.
A in si s ’é c la ir e n t les œ u v r e s d e B iaise d e P a r m e e t d e P a u l d e V en ise, de
N ifo e t d e P o m p o n a c e , e t de L é o n a rd d e V in c i; —

c e lle s d e S. A n to n in ,

d e T h o m a s d e F e rm o e t de B a n d e lli, de S ilv e s tre d e F e r ra r e e t d u c a r d in a l
C a ë ta n , s a n s o u b lie r T r o m b e tta ; — celles de T ra v e r s a ri, B io n d o , V eg io , Man e t l i , M affci, B e ssa rio n et F ic in , F ie de la M ira n d o le e t G illes d e V ite rb e ;
— c e lle s d u P o g g e , d e V alla, d e L oto, de P lé tlio n e t d es th é o r ic ie n s a n tic h r é tie n s d e to u te c o u le u r ; — c e lle de N ico las T e d e sc h i o u d e S. B e r n a r ­
d i n d e S ie n n e e t c e lle d e M a c h ia v e l.
V o ilà l ’id ée q u e j e m e fais d e l ’h is to ir e d e la s p é c u la tio n i t a lie n n e a u
te m p s d e la

R e n a iss a n c e , e t j u s q u ’a u x c o u p s d e t o n n e r r e d e

1517- 1 5 2 7 ,

la révolte, d e L u t h e r e t le sac tic R o m e . Ces d e u x fa its m e t t e n t f i n a u rê ve
o à s 'e n d o r m a it l'I ta lie , av ec la p a p a u té . L ’a t t it u d e d e la c u r i e e s t t r a n s ­
f o rm é e : d ’u n lib é r a lis m e e x tr e m e e lle p a sse à u n e r i g u e u r e x tr a o r d in a ir e .
A p p a r a is s e n t d e n o u v e a u x p r o b lè m e s p o sé s p a r les L u th e r e t les C a lv in ,
les O c c h in o e t le s V e r m ig li,
S a r p i ...

S i l ’o n

les S o zzin i e t le s A lc ia ti, le s G e n tili e t les

p o u ss e j u s q u ’a p r è s

1600 la « p h ilo s o p h ie d e la

R e n a is ­

s a n c e », j e n e v o is v r a im e n t p a s le m o y e n d ’ig n o r e r to u t c e g r o u p e , n o n
p lu s q u e M a c h ia v e l e t L é o n a rd ,

B iaise d e P a r m e o u P a u l d e V en ise. S ’il

est c l a i r q u e la c o n c e p tio n i m m a n e n tis te e s t f o n c tio n de l ’id é e r e lig ie u s e ,
il m e p a r a î t n o n m o in s c la ir q u e c e tte id é e d é p e n d d e s c o n c e p tio n s th é o ­
lo g iq u e s , a in s i q u ç de l ’é v o lu tio n m o r a le et so c iale. S u p p r im e r ces d e r n ie r s
p o i n t s d e v u e p o u r ‘se r e s tr e in d r e à c e lu i- là , n ’e s t-c e p a s e x a g é r e r la té m é ­
r ité ? D a n s le tr è s b e a u liv re d e M. B. il n e fa u t c h e r c h e r — av e c u n e a d m i ­
ra b le a n a ly s e d e C a m p a n e lla — q u ’u n e é tu d e d e l ’id ée d e l ’im m a n e n c e e n
Ita lie (i4 5 o -iG 3 g ) fa ite d u p o in t d e v u e d e l ’im m a n e n c e ( 1).
A lb e r t

D

u i -o u b c q

.

1.
J ’a jo u te q u e lq u e s re m a rq u e s, llic n s u r V anini. T o u c h a n t P o m p o n ace, je
ré itè re les réserv es q u e je fo rm u la is l’an d e r n ie r ic i m êm e. M. P. p a ra ît ig n o re r
l ’éco n o m ie in te rn e d u T h o m ism e, e n p a r tic u lie r la r ig u e u r avec la q u e lle il d is tin g u e
le p o in t d e vue n a tu r e l du p o in t de vue s u r n a tu r e l. D éclarer q u ’u n e v é rité de foi
est ra tio n n e lle m e n t in d é m o n tra b le , cela n ’est pas to u jo u rs le fa it d ’u n in c ro y a n t :
je cro is q u e la le c tu re d u c a rd in a l C aiétan, in te r p rè te o ffic ie l de s a in t T hom as,

�ÉTUDE S

252

ITALIENNES

R S e rra Le L ettere ; ris ta m p a , con U aggiunta dei fr a m m e n li in e d iti d e l secondo
i otu m e e d i un in d ic e o n o m a stico ( Opere d i II S e r r a , vol III) La Voce, R om a,
1920; in-16, 231 p a g e s.
C et a p e r ç u

tr è s

p e r s o n n e l,

c u r ie u x ,

l ’é ta t d e la l itté r a tu r e ita lie n n e e n

p ro fo n d ,

s p ir itu e l,

p a r a d o x a l,

sur

1910, p u b lié e n 1 9 1 4 , à la v e ille de la

g u e r r e q u i c o û ta la v ie à S e rra , a j a d is f o r te m e n t a ttir é l ’a tt e n ti o n s u r ce
je u n e c r itiq u e ,
sa

d o n t la v o ix , g ra v e et m a lic ie u s e à la fo is, p a r v e n a it d e

s ile n c ie u s e r e tr a i te d e

G esen a.

Son

essa i n ’a

r ie n

p erd u

d e s q u a lité s

q u i a tte s ta ie n t, il y a six a n s , la p é n é tr a tio n c r itiq u e d e so n e s p r it; m a is
l ’i n t é r ê t n ’e n e s t p l u s lie s a c tu e l

: d ’a u tr e s 'p r é o c c u p a t io n s s o llic ite n t l ’a c ­

tiv ité d e

in é d its

l ’I ta lie .

L es f r a g m e n ts

d ’u n

se c o n d

v o lu m e ,

qui

n ’e s t

r e s té q u ’à l ’é ta t d e p r o j e t , n ’a j o u t e n t p a s g r a n d c h o s e à l ’a tt r a i t d u v o lu ­
m e ... N o u s a tte n d o n s p lu s de la c o r re s p o n d a n c e d e S e r r a , d o n t la p u b l i ­
c a tio n

e s t e x tr ê m e m e n t d é s ira b le .
II. 11.

d o c to r co m m u n U , e u t b e a u c o u p s u rp ris M. B. J e m e d e m a n d e si M. B. ne v o y ait
pas s u r to u t, d a n s le C h ristia n ism e , u n p essim ism e e t u n fidéism e : c’e s t to u jo u rs
à tra v e rs Pascal q u e b e a u c o u p ap erço iv en t la d o c trin e de l ’É g lise. Les P ères grecs,
les F ran ciscain s, les H u m a n iste s so n t des c h ré tie n s d ’u n a u tre sty le, c h ré tie n s trè s
a u th e n tiq u e s . T o u c h a n t P ostel. j e re n o u v e lle les réserves q u e je fo rm u la is to u c h a n t
Nicolas d e C ues : sa lo y a u té in te lle c tu e lle e t re lig ie u s e m êlée p e u t ê tre d ’u n p eu
de folie. 11e fait pas d o u te et ne p e rm e t g u è re d e le ra p p ro c h e r de C a m p a n e lla .—
Le p ro b lè m e de l’âm e , u n e ou m u ltip le , m o rte lle ou im m o rte lle , ne d a te n u lle ­
m e n t d e P om ponace e t de son livre. Il est lié , in tim e m e n t e t n é c e ssa ire m e n t, à
l’h isto ire de la g ra n d e c o n tro v erse a risto té lic ie n n e d e p u is 1277. Q ui donc la re tra
cera ? Il se ra it g r a n d besoin, p a re ille m e n t, d ’av o ir de bons livres s u r P om ponace,
s u r Pic, s u r C aiétan , s u r N audé, s u r M ersenn e E t q u i, m ie u x q u e M. B.. e û t été
capable d e n o u s les d o n n e r!1— La th éo lo g ie des F ra n ciscain s e t d es Jé su ite s nie à
l ’e n c o n tre des A u g u s tin ie n s stric ts, q u e . de p ar la c h u te , l ’iio m m e a it été blessé et
d im in u é en ses facu ltés p u r e m e n t e t e s se n tie lle m e n t n a tu re lle s —Y a-t-il eu ra p p o rts
e n tre C am p a n ella e t S arpi ? Q u ’a t il c o n n u des th éo ries p o litiq u e s de V itto ria de
S u arez et de B ellarm in ? o u d E m . C ru c é P e tc .. de celles des p a n th é iste s a lle m a n d s 3
C o m m e n t l’a n im ism e g ro ssie r (ty p e T elesio) s’est il m u é a u m o n a d ism e de
B ru n o et de C a m p an ella ? P ar le se u l beso in d ’é c h a p p e r au sc ep ticism e, de sa u v er
le s u je t, de fo n d er la v a le u r de la science ? La th é o rie sem b le s’a p p liq u e r à Cam
p a n e lla ; s’a p p liq u e t elle au ssi à B ru n o ?

�Chronique
—

Au

le n d e m a in d e

la

m o r t de J .

de

C rozals,

p r o fe s s e u r

d ’h is to ir e ,

d o y e n h o n o r a ir e d e la fa c u lté d e s L e ttre s d e G re n o b le ( j a n v i e r i g i 5 ) , u n
C o m ité se f o r m a , p a r m i ¡es a n c ie n s é tu d ia n ts ita lie n s d e c e lle fa c u lté , p o u r
é le v e r

un

m onum ent

à

la

m é m o ire

du

g n a g e d e l e u r r e c o n n a is s a n c e . C ro z a ls e n

p r o fe s s e u r

d is p a ru ,

effet s ’é ta it c o n s a c ré

en

té m o i ­

av e c u n e

g r a n d e a r d e u r a u x c o u r s d ’é tr a n g e r s de G re n o b le , c ’e s t-à -d ire s u r to u t a u x
I ta lie n s , d o n t il d ir ig e a it, av e c a m o u r e t av ec so n g o û t d e lin
e x e rc ic e s d e

tr a d u c tio n

d ’u n

te x te

ita lie n

en

f ra n ç a is .

Le

le ttr é , les

C o m ité ,

p ré ­

sid é p a r M. A m e r ig o B e rtu c c io li, p r o fe s s e u r d e f ra n ç a is à P A c a d é m ie n a ­
v a le d e L iv o u r n e , r e c u e illit d e tr è s n o m b r e u s e s a d h é s io n s , e t le m o n u m n t,
u n e g r a n d e p la q u e d e m a r b r e p o r ta n t

au

c e n tr e , d a n s u n

m é d a illo n ,

le

p ro fil d u m a ître , e n h a u t les a r m e s d e F ra n c e et d ’I ta lie , e t e n b a s une
b e lle in s c r i p t i o n , r é d ig é e p a r le p r o f.

G u id o M e n o sci, f u t e x é c u té .

A p rè s

q u e lq u e s r e ta r d s in d é p e n d a n ts de la v o lo n té d e s p r o m o te u r s , l ’in a u g u r a t i o n
d e c et h o m m a g e ita lie n à l ’e n s e ig n e m e n t d ’u n e u n iv e r s ité f ra n ç a is e a e u
lie u le 22 a o û t d e r n i e r , d a n s l ’a m p h i té â tr e d e la f a c u lté d e s le ttr e s d e
G re n o b le . Ce g e s te , d ’u n e s p o n ta n é ité to u c h a n te , a r e m p li «le jo ie to n s
c e u x q u i o n t tra v a illé a u r a p p r o c h e m e n t d e s d e u x p e u p le s ; c ’e s t u n té m o i­
g n a g e é lo q u e n t d e c e tte v é r ité tr o p m é c o n n u e q u e , e n d é p it d e to u te s les
f a u te s d e la p o litiq u e , su b s ite d a n s les d e u x n a tio n s u n d é s ir p r o fo n d d ’e n ­
te n te , q u e

l ’o n p e u t f a ire ta ir e ,

q u ’à ê tr e ré v e illé ,

m a is n o n d é t r u ir a , e t q u i n e d e m a n d e

e n c o u r a g é , d é v e lo p p é . L e jo li g e s te d es a n c ie n s élèv es

ita lie n s d e l ’U n iv e rsité d e G re n o b le e t d e l e u r p o r te - p a r o lè , le p r o f . B e r­
tu c c io li, a p r o v o q u é d e tr è s b o n s e t b e a u x d is c o u rs le 22 a o û t; il n o u s
m o n tr e d e q u o i est c a p a b le le c œ u r d u p e u p le ita lie n , d a n s sa p a r tie la
p lu s in te l l i g e n t e e t la p lu s s a in e . R e te n o n s c e lle le ç o n ; et a p p liq u o n s - n o u s
à s a n c tio n n e r les d is c o u rs p a r d e s a c te s .

H . H.
î

—

M. R . S c h n e id e r , m a îtr e d e c o n fé re n c e s d ’H is to ire d e l ’a r t à la S o rb o n n e ,

a d é c o u v e r t d a n s le ciel d e « Lu S a g esse V ic to rie u se d e s V ices », ta b le a u de
M a n te g n a a u L o u v re , c in q c u rie u s e s fig u re s e n v e lo p p é e s d a n s les n u a g e s . Il
les r a p p r o c h e d e c e r ta in e s fo rm e s r e m a r q u é e s d a n s d ’a u tr e s œ u v re s , e t p a r ­
tic u liè r e m e n t d u C a v a lie r b ie n c o n n u q u i p a sse d a n s les n u é e s a u -d e ss u s d u
S t S é b a s tie n d u M usé.' I m p é r ia l de V ie n n e . Il t ir e d e sa d é c o u v e rte d e s i n ­
d u c tio n s s u r l ’in te n s e s y m b o lis m e d u M a ître , e t s u r u n a s p e c t assez n o u v e a u
d e so n a r t , a r t d e d u r p la s tic ie n q u i s ’essaie ic i à l ’a é r ie n e t a u m o elleu x . E lle
a fa it l ’o b je t d ’u n e c o m m u n ic a tio n à la S o c ié té d ’I Iis to ir e de l ’A rt f ra n ç a is
d a n s la sé an ce d u k j u i n 1930.

�T A B L E D ES M A T I È R E S

A r tic le s de fond. V a r ié té s .
Pages.

(E.). — A p ro p o s de D u h era e t de la p u b lic a tio n des œ u v re s de
91
L éo n ard de Vinci
..............................................................................................................
D u f o u r c o ( A . ) . — S a in te C a te rin e de G ènes,
l’o ra to ire d u Divin A m o u r e t
235
l'o rig in e d u m o u v e m e n t ré fo r m a te u r c a th o liq u e ita lie n a u xvi» siè cle . .
224
Givki.bt (A.). — L a p a rtic ip a tio n de l ’Ita lie a u x p ro g rè s de l’é le c tric ité . . .
5, 154
H ô g b e r g (P .). — L es m a n u s c rits ita lie n s de C o p e n h a g u e .............................. 8
141
K k a p p e (A. H). — La so u rc e d e la « N ouvelle » de Luigi A lam an n i.
. . .
P é z m i d (A.). — C o m m en t e t p o u rq u o i F . De S an ctis co m p o sa so n essai cri­
213
tiq u e s u r P é t r a r q u e ......................................................... .............................................
17
P ic u r (E ... P o u r e t c o n tre l ’in flu e n ce ita lie n n e e n F ra n c e a u xvie siècle . .
74
R enaui,d (Ch .). — Grazia D e le d d a .......................................................................................
R o i i c h è s (G.). — L’in te rp ré ta tio n du « R o la n d fu rie u x » e t de la » Jé ru s a le m
9, 193
d é liv ré e » d a n s les a r ts p la s tiq u e s ..................................................................... 12'
S c h n e i d e r (R.). — N otes s u r l ’in flu e n ce a rtis tiq u e du « S onge de P o lip h ile ». 1, 65
T o y n b e e ( P a g i ï t ) . — « A lcuno » in th è se n se of « n e ssu n o » in D ante a n d
172
. o th e r m ed iev al w r ite rs ........................................................................................................
B o iv y

Z eille*

(J.). — La S ociété &lt;&gt; D ante A lighieri »

..........................................................

Q u e stio n s u n iv e r s it a ir e s .
A grégation e t ce rtific a t d ’a p titu d e d ’i t a l i e n ...............................................................
A g rég atio n e t ce rtific a t d ’a p tilu d e : e x tra its d u r a p p o rt d u P ré sid e n t du
Ju ry s u r les c o n c o u rs de ju ille t 1920............................................................... . .
P ro g ra m m e d es c o n c o u rs de 1921 : a g ré g a tio n d ’ita lie n ........................................
P ro g ra m m e des c o n c o u rs de 1921 : c e rtific a t d ’a p titu d e à l'e n s e ig n e m e n t
de l’i t a l i e n ...............................................................................................................................
R é su lta t des c o n c o u rs de ju ille t 1 9 2 1 ...........................................................................

106
177
181
217
337

B ib lio g r a p h ie .
T itie n ; H o i R t i c q , La je u n e s s e de T itien (II. H a u v e t t e ) .......................
L a g ra n d e b le u e , e tc . (H.)...........................................................................
B i . a n c h k t , C a m p a n ella ; A n té c é d e n ts h is to riq u e s du « Je p e n s e , donc je su is »
(A. D u lo u r c q ) .........................................................................................................................
B o r g e s e , S to ria d ella critic a ro m a n tic a (H. H . ) .........................................................
B uoso, Il M achiavelli n e l co n cetto d el F ic h te (P. H .) ..............................................
C assati, P a u l Claudel e i su o i d ra m m i (P. H . ) ..........................................................

B asch,

B b r t ijc c io u ,

109
42
241
187

239
115

�T A B L E DES M A T I ÈR E S

255
Pages.

Corpechot, Lettres sur la je u n e Italie (P. H . ) ..........................................................
54
Corpus scriptorura latinorum paravianum (E. B o u v y ) ........................................ 187
C rane, Italian social cu stom s of the 16th century (H. H a u v e t t e ) ....................... 182
Cuoce, Giosue Carducci (A. Jeanroy'................................................................................ 185
F o c illo n , Les m u sées de Lyon (H.) .................................................................................109
F ritelli, Si può « rinfam ar » Sapia; T oynbee, History of the letters of
D ante; Grandgent, Choice of a them e; W ilkins, « I! chi e il qu ale »
(II. H a u v e t te ) ........................................................................................................................ 107
Gallarati. Vita di A. Fogazzaro (D. H .).................................. ..... ..................................186
Gkiger, Gabriel D’Annunzio (H. H a u v e tte )..................................................................... H 3
Guarnerio, Fonologia romanza (F. P ic e o i.....................................................................
36
Guuknheim, A propos de Ch. Nodier et de Carlo Guzz (P. H . j .............................t l 4
lansRT, Per la nostra santa guerra; S iciliani, Dea Roma (H. H auvette;. . .
53
Machiavelli, Operette satiriche, introd. Benedetto (H. H.) . . . . . . .
.
238
Marradi, Poesia d ella riscossa (P. K o n z y ).....................................................................
53
109
O rtiz, Um aniià e m odernità di Dante ( H .) ............................................................... .
P a la c io s, La escatologia m usulm ana en la Divina com m edia (H. H auvette).
44
Pellegrini, Edgar Quinet et l’Italie (P. H ) ........................................................................
- P ellizzari-G uerri, Il libro d e ll’arte (A. V a l e n t i n ) ....................................................i n
P icco, L. M. Rezzi (P. M a r c a g g i)......................................................................................
50
Prbzzolini, Tutta la guerra ( t \ R . ) .................................................................................
55
Raccolta Vinci^ua, fase. X, etc. (E. Bouvy)....................................................................
45
R ouchès, Le Carìhsige (E. Bouvy)...................................................................................... ........
Kumor, Bibliogratia storica della città ... di Vicenza (H. Bedarida).......................
57
S a v io tti, Ch. Baudelaire (A. V a le n tin )..................................................................... .....
52
R. Serra, Le lettere, ristam pa (H. H .) . . . . 1....................................................252
S iciliani, I vo lti del n em ico (P. M arcaggi)..................................................................... 118
I r o ilo , La conflagrazione (J. F. B ) ....................................... .................................. .....
52
Valéry, Introduction à la m éthode de L. de Vinci (G. L e n o ir ).............................239
Zippel , Dante e il Trentino (H. H . ) ................................................................................ 238
C h r o n i q u e s ................................................................................................. 59 , 120 ,

253

R e v u e s d e s R e v u e s ...........................................................................6 i, 122 ,

189

T a b le

d e s m a t i è r e s ........................................................................................... 254

P la n c h e s .
1. — P ria p e e t Lotis (P o lip h ile , f» e 1 ) ..................................
, . ,
2. — T em p le de V énus p h y siq u e (P o lip h ile , f° n iii)....................... .....
3- 4. — T rio m p h e de Cupido (P o lip h ile , f» y i v°). — T rio m p h e d ’Auôtlo
(iChamp F le u ry , f« V v ° ) ............................................................... _
r
5-6. — U rn e a n tiq u e ( / ’o lip h ile f q v). — P o t cassé de Geoffroy T ory .
7. — B u in es d u P o lv an d rio n (P o lip h ile, f° p . VIII v » ) .............................
8 . —B u in e s d u P o ly an d rio n ( T r a d jJ . M a rtin , p. 83 v»j .............................
9-10. — L’e n lè v e m e n t d ’K urope (P o lip h ile, f" K iiii). — L’en lè v e m e n t
d 'E u ro p e (B as-reliet de 1 H ôtel d ’E scovilie de C a e n j ..................................
11. — C a m p a n ile de I H ôtel d ’E scoville à C a e n ..................................
12. — S acrifice à P ria p e (P o ltp liile, f° m . 6 ) ..............................................

4
6
^
10
13
69
-jl
^

�256

E T UDE S

I TALIENNES
Pageé.

13. — Le Guide, B ra d a m a n te e tF o r d is p in a (F lo ren ce, Musée d es Offices). .
130
14-15. — I U o r e a i j l r j e u n e , M élisse e t B ra d a m a n te au to m b e a u de M erün. —
C o c i i i n (C.-N ), R oger d a n s l’île d ’A l c i u e ..........................................................132
16. — I n g r e s (J.-A .), Iîo g e r d é liv ra n t A n g éliq u e (Musée du L ouvre) . . .
136
11. — D e l a c r o i x ( E u g è n e ) , Iîoger d é liv ran t A n g é liq u e (Musée du L ouvre). '.
138
1S. — C o c i i i n (C. N.), H erm inie re v ê ta n t 1 a r m u r e de C loriude. — C a s t e l l o ( B e r n a h d . i ) , Godefroy de B ouillon e n c o u ra g e les Croisés.
. . .
194
19. — P o u s s i n ( N i c o l a s ) , H erm in ie s e c o u ra n t T a n c rè d e (E rm ita g e, l't-tro g rad .
196
20. — P o u s s i n ( N i c o l a s ) , A rm id e, v o u la n t p o ig n a rd e r B e n a u d , est d é s a rm é e
p a r l’A m o u r (G alerie de D u l w i c h ) .....................................................................200
21. — V a n D y c k (at t ri bué à), Be n a ud et Ar mi d e (Musée du Louvre) . . . .
200
22. — B o u c h e r ( F r a n ç o i s , , B e n au d e t.A rm id e (M usée du L o u v e ) . . . .
204
23. — C oypül (Charles), L ’a b a n d o n d ’A rm id e, ta p iss e rie des G obelins
(Musée du L o u v re )........................................................................................................206

\

Le G érant : F. GAULTIER.
ANGERS. —

I«P.

f.

GVULT1ER ET A. THÈBERT, RUE GARN1ER,

4.

��.

'

���</text>
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          <description>Le(s) sujet(s) abordés par un document, exprimés à l'aide de mots-clefs définis par l'équipe de FonteGaia. (Pour l'indexation à l'aide des vedettes matières de RAMEAU utiliser le champ "Sujet du Dublin Core".</description>
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                <text>Etudes italiennes : publiées par l'Union intellectuelle franco-italienne / dir. Henri Hauvette</text>
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        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                <text>Études sur la Divine Comédie : la composition du poème et son rayonnement / Henri Hauvette</text>
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                <text>Collection : Bibliothèque littéraire de la Renaissance ; 12</text>
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                <text>Dante Alighieri (1265-1321). La divina commedia</text>
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                    <text>����E X T R A IT S
DE

B O CCA CE

�BOCCACE
d ’a PRÈS

UNE PEINTURE d ’ANDREA DEL CASTAGNO (X V “ SIÈCLE)

���AVERTISSEMENT

L a p la c e o c c u p é e p a r l'i ta l ie n d a n s le m o n d e do L'enseignem
ent
s’e s t s i n g u l i è r e m e n t a c c r u e d e p u is q u e lq u e s
a n n é e s : il figu re a u j o u r d ’h u i a u x p r o g r a m m e s des d iv e r s
b a c c a l a u r é a t s , dit b re v e t s u p é r i e u r , du c e rtific a t d ’a p ti­
tu d e e t de l’a g r é g a t i o n des j e u n e s filles, d e s c o n c o u r s
d 'a d m i s s i o n à l ’E co le P o l y t e c h n i q u e , a u x E c o le s do
S a i n t - C y r , S è v re s , F o n t e n a y , a u p ro f e s s o r a t d a n s les
é c o le s n o r m a l e s p r i m a i r e s e t p r i m a i r e s s u p é r i e u r e s .
O u tr e la li c e n c e a v e c m e n t io n sp é c ia le , tro is e x a m e n s
lui s o n t c o n s a c r é s : les d e u x c e rtific ats , l ’un p o u r r e n ­
s e i g n e m e n t s e c o n d a i r e , l’a u t r e p o u r l'e n s e i g n e m e n t p r i­
m a i r e , e t l’a g r é g a t i o n q u ’on v ie n t d e fo nd er.
L a m a is o n G a r n i e r a d o n c e s t im é q u e le m o m e n t é ta it
v e n u de r e n d r e à l ’ita lie n le s e r v ic e q u ’elle r e n d à l’e s ­
p a g n o l p a r la r e m a r q u a b l e co lle c tio n sc o la ire que d ir ig e
p o u r e l l e le s a v a n t p r o f e s s e u r do la F a c u l t é do T o u lo u s e ,
M. E r n e s t M é r i m é e . C h a r g é do d i r i g e r un e collectio n
do c la s s iq u e s ita lie n s , j ’ai e u la b o n n e f o r tu n e d ’o b t e n i r
p o u r les tr o is p r e m i e r s v o lu m e s le c o n c o u r s de tro is p r o ­
f e s s e u r s qui e n s e i g n e n t la l i t t é r a t u r e i t a li e n n e d a n s no s
F a c u l t é s du M idi : M. E u g è n e B ouvy, de B o r d e a u x , n o u s
d o n n e u n D a n te ; M. H e n r i H a u v e tte , do G re n o b le , u n
B o c cace ; M. R a y m o n d B o n a fo u s , d ’Aix, u n A rio ste . C’e s t

�d ir e q u e , si n o u s l’a v io n s voulu, n o u s a u r i o n s pu v is e r
à fa ire d es é d itio n s s a v a n t e s . N o u s n o u s on s o m m e s
g a r d é s . O n s ’a p e r c e v r a d u r e s te , à tel r a p p r o c h e m e n t ,
à tel r e n v o i, d e l’é t e n d u e d e s c o n n a i s s a n c e s de n os
a n n o t a t e u r s ; on s’en a p e r c e v r a s u r t o u t à le u r s p réface s
où l’on tr o u v e r a la s u b s ta n c e do to ute la s c i e n c e c o n t e m ­
p o r a i n e , qu e lq u efo is fo rt élo ig n é e , d a n s ses c o n c lu s io n s ,
d e la s c i e n c e d’h ie r . M ais, si l ’o n n ’e s t j a m a i s tro p
s a v a n t p o u r fa ire u n e b o n n e é d itio n c la s s iq u e , c’est
à co n d itio n do n e m o n t r e r q u ’à, d e m i son s a v o i r et
d ’i n d i q u e r s e u l e m e n t le s r o u t e s a u b o u t d e s q u e l le s on
e s t s o i - m ê m e allô. T e l e st le p r i n c ip e ad o p té p o u r n o tr e
co llection . N o u s e s s a y o n s de n o u s r e p r é s e n t e r les besoins
d e s éc o lie rs e t d ’y sa tis f a ire . L a t â c h e est e n c o r e su f fis a m ­
m e n t c o m p liq u é e . Il no suffit p as, on effet, d ’e x p li q u e r
le s p a ss a g e s m a l a i s é s ; il fa u t i n c i d e m m e n t fa c ilite r à
l’é lève l’in t e ll ig e n c e g é n é r a l e de l'ita lie n d’a u tr e fo is , la
po ss essio n de l’ita lie n c o n t e m p o r a i n ; c a r l’e x p lic a tio n
d ’un te x te d e l a n g u e v iv a n te n e doit p a s ê t r e e n t e n d u e
c o m m e c elle d ’un te x te de l a n g u e m o r t e ; il f a u t q u e lu
p r a t iq u e de nos éd itio n s a id e à. m i e u x e n t e n d r e d ’a u t r e s
a u t e u r s , à m i e u x p a r l e r , à m i e u x é c r i r e d a n s le s ty le
d ’à p r é s e n t. E n s u it e , il im p o r t e do n e j a m a i s p e r d r e d e
v u e q u ’u n r h é t o r i c i e n m ô m e , e t u n r h é t o r i c i e n in te lli­
g e n t, s 'a v ise difficilem en t do la p l u p a r t d e s b e a u té s q u ’on
lui m e t so us les y e u x ; ce n 'e s t p a s e n c o r e t a n t de c o m ­
m e n t a i r e s h is to r i q u e s q u ’il a beso in ; il f a u t en pou d e
m o ts l’a v e r t i r do li r e m o in s vite, do r é f lé c h i r , lui s i g n a ­
l e r les b o n s e n d r o i t s e t lui s u g g é r e r les ré flex io n s qui
s ’o f f rir a ie n t d ’elles-m e m e s à u n l e c t e u r p lu s m û r . Ces
n o te s s o n t to ut a u ss i n é c e s s a ir e s p o u r d e s a u t o u r s d e
l a n g u e v iv a n te q u e p o u r n os c la s s iq u e s ou p o u r les
te x te s a n c i e n s ; c a r n os é lè v e s n e d o iv e n t p as s e u l e m e n t
é tu d i e r la l i t t é r a t u r e it a l i e n n e p o u r c o n n a î t r e u n e la n g u e
de plu s , m a is p o u r c o n n a î t r e un p e u p le d e plu s , e t l'on
1 1 0 c o n n a ît u n p e u p le q u e q u a n d on a d m i r e so n g é n i e .

�c ’est-à-dire q u a n d o n s a i s it so n to u r d’esp rit, so n g o û t,
so n â m e .
L ’a p p lic a tio n d e c e s p r i n c ip e s v a ri e n a t u r e l l e m e n t d’u n
te x t e à u n a u tr e . Des génies d 'é p o q u e s, de c a r a c t è r e s tr è s
d ifféren ts, n ’a p p e l l e n t p as e x a c t e m e n t le m ô m e c o m ­
m e n t a i r e , m a is d a n s la v a rié té d e l’e x é c u tio n o n r e c o n ­
n a î t r a l'u n ité de n os v u es.
N o u s oson s d ’a il le u r s e s p é r e r q u e n o t r e m o d e s te col­
le ctio n n ’a u r a p as s e u l e m e n t p o u r l e c t e u r s les é c o lie rs
à. qui elle s ’a d r e s s e to u t d’a b o rd . C e r t a i n s in d ices
a n n o n c e n t q ue les g e n s d u m o n d e , les le ttr é s , s e r a i e n t
d isp o sés à r e v e n i r , p o u r l e u r a g r é m e n t , à u n e l i t t é r a t u r e
&lt;|ui a ta n t c h a r m é c h e z n o u s le g r a n d p u b lic d u r a n t
tr o is s iè c le s ; et, d ’a u t r e p a r t , les p r o f e s s e u r s d e nos
ly c é e s c h e r c h e n t a ssez s o u v e n t , d e p u is u n e d iz a in e
d ’a n n é e s , la m a t i è r e do le u r s th è s e s d a n s les c la s s iq u e s
it a li e n s . L es u n s e t les a u t r e s t r o u v e r o n t, je cro is,
p la i s i r ot prolit d a n s nos é ditio n s. U n c o m m e n t a i r e j u d i ­
c i e u x d e s difficultés fait e n t r e r bien plus a v a n t d a n s
l ’in t e ll ig e n c e d ’u n id io m e q u ’u n e tr a d u c ti o n m ê m e s o i­
g n é e ; c a r le t r a d u c t e u r r é s o u t les difficultés, ta n d is q u e
le c o m m e n t a t e u r e n s e i g n e à les r é s o u d r e . A jou tez quo
n os c o m m e n t a t e u r s n e s o n t pas s e u l e m e n t fa m ilie rs
a v e c les g r a n d s a u t e u r s d e l’Ita lie ¡ils p a r l e n t s a la n g u e ,
ils l’o n t s o u v e n t v isitée e t y r e t o u r n e n t à tous l e u r s
m o m e n t s de lo i s i r : il s e r a i t bien s u r p r e n a n t q u ’on 1 1 0
.s’e n a p e r ç û t pas.
C h a r le s

D e jo b .

��EXTRAITS DE BOCCACE

INTRODUCTION

§ I. — VIE DE BOCCACE
Giovanni Boccacci, q ue les Italien s a p p e ll e n t plus h a b i­
tu e l le m e n t il Boccaccio', est né en 1313 à P aris. Son père,
Boccaccio di Ch ellino, o rig ina ire de Certaldo , en T oscane,
é tait c o m m e rç a n t , et ses a ffa ire s l'av aien t c o n d u it p o u r
qu elqu es a n n é e s s u r les b o rd s de la Seine. De sa m è r e , q ui
fu t selon to ute a p p a re n c e u n e F ra n ç a ise , n o u s ne savons
rien de positif, sin o n qu e le m a r c h a n d florentin n e la r d a
pas à l’a b a n d o n n e r et r a m e n a e n T oscane le p etit Giovanni,
en co re en bas â ge.
L’en fa n c e de Boccace n e fu t pas de s plus h e u r e u s e s :
élevé p a r u n p è re q u ’il a p lus d’u n e fois accusé de d u re té
e t d ’avarice, e t p a r u n e belle-m è re qui n 'av ait p o u r lui
a u c u n e te n d r e s s e , il no p u t, à c e t âge où les e n fa n ts
1. Les formes de nom s propres en o, form es de sin g u lier, éta ien t ja d is
régu lièrem en t em ployées en Toscane quand on p a rla it d'un in d ivid u
d éterm in é; on d isa it il Boccaccioy il M achiavello%etc. ; la form e du p luriel
en i servait à d ésign er la fam ille dans son en sem b le, tous ceux qui po r­
taien t le m êm e nom (de là le p lu rie l): Giovanni Boccacci veu t donc dire
exactem en t: le Giovanni qu i a p p a rtien t à la fam ille Boccacci. C ette d is ­
tinction ne s'est pas m ain ten ue, et tandis que l’on continue à dire il
Boccaccio (et m ôm e Giovanni Boccaccio), on d it il M achiavclli, il Guic ­
ciardini, il Guarini, etc. — On sait que l'usage est, en italien, de join dre
1‘article aux nom s de fam ille, m ais non au x prén om s; on d ira donc
Dante (sans article) ou VA lighieri ; M ichelangelo ou il B u on arroti;
Franccsco P etrarca, Torquato Tasso ou il P etra rca , il Tasso, etc.
1

�o b se rv e n t d é jà (ant île choses en silence, a p p r e n d r e &amp;a i m e r
la vie de fam ille; so n œ uvre, c om m e sa vie, devait p o r t e r la
trace de ces p re m iè r e s im pre ssio ns.
Son p è re , qui le destin ait au c o m m e rc e , le m i t de b o n n e
h e u r e e n app ren tissag e, à F lo re n c e d ’ab o rd , et, p e u d ’a n ­
né e s ap rè s, à Naples : il avait alors dix -sep t ans.
C.e p r e m ie r sé jo u r de Doccace à Naples d u r a u n e dizain e
d 'a n n é e s, dix a n n é e s décisives p o u r la form ation de son
c a ra c tè re et de son tale n t. P o u r la p re m iè r e fois il se s e n ­
ta it libre, et il atta c h a it à celte liberté d 'a u t a n t plus de p rix
q u ’il en avait été plus privé j u s q u ’alors. I.a c a rr iè r e d u
c o m m e rc e où son p è re p r é t e n d a it l’en g a g e r p re s q u e de
force n e lui in s p ira it qu e d é d a in et d é g o û t; aussi s’a b a n ­
donnait-il de plus en plus à ses in c lin a tio n s n a tu r e lle s .
N aples lui fit voir la vie sous u n j o u r to ut n ou veau : d a n s
u n des sites les plu s e n c h a n t e u r s qu e les poêles a ie n t célé­
b rés , vivait a u t o u r d u roi R o bert d ’Anjou 1 u n e c o u r b ril­
lan te cl vo lu p tueu se, qui d issim u la it à p eine, sous l’éclat
tr o m p e u r de son élégance et d ’u n sin c ère a m o u r p o u r les
jo u issa n c e s de l’esprit, u n e c o rru p tio n p ro fo nd e et u n e
in c u r a b le frivolité. A rd ent au plaisir, doué d ’u n e im a g in a ­
tion e t d ’u n e sensibilité très vives, on devine qu e le j e u n e
lloccace se livra sans résistan ce à ta n t de sédu ctio ns n o u ­
velles p o u r lui. C’est à N aples q u ’il e u t la rév élatio n de la
n a t u r e d a n s ce q u ’elle a de plus e n iv ran t, de l’a m o u r avec
to us ses t r a n s p o rt s et ses d o u le u r s , de la gloire litté ra ire
enfin, vers la quelle il se sen ta it irré sistib le m e n t attiré. A la
c o u r de Naples, il r e n c o n t r a d es savants, des lettrés, à qui
le u r ta l e n t valait u n accueil flatteu r au p rès du roi, voire
m ê m e des h o n n e u r s et des ch arg es enviables : l’e x e m p le de
l e u r s succès et de le u r f o r tu n e e n lla m m a le zèle du jeun e
floren tin, en m ê m e te m p s q u e leu rs conseils dirig eaie nt ses
p r e m ie r s pas d a n s la voie des étu d es classiques. Non loin
de Naples, au pied d u P au silip p e, se voyait le t o m b e a u
v é n é ré où l ’on cro y a it q ue les c e n d re s de Virgile av aie n t
été d é po sé es; lîoccace y vint so uv ent rêv er et co n su lte r,
1 . R o t île 1300 à 1313 .

�c o m me u n oracle, l’o m b re du g ra n d p o è te; e t la voix q u ’il
cro yait e n te n d r e lui e n se ig n a it q u e seule la poésie pro d u it
la vraie gloire, seule elle accorde l’im m ortalité à ses ad epte s.
Boccace n e résista pas à ces conseils : il se fit rom an cier,
poète, c o n te u r , p o u r les d iv e rtisse m e n ts de la c o u r de
Naples, et s u r to u t de la noble d a m e q u ’il a aim ée et ch an té e
sous le n o m de F iam m etta . L’on n ’ex ag ère d o n c rie n en
d is a n t qu e Naples, avec sa n a tu r e , ses souvenirs, sa bril­
lante co ur, a e x e rcé s u r le génie de Boccace u n e in fluence
profon de et décisive.
Après b ie n des résistances, Boccaccio di Ch ellino finit
p a r p e rm e ttre à son fils de r e n o n c e r a u co m m e rc e — pe utêtre s’était-il convaincu qu e le j e u n e h o m m e n ’avait rien
de ce q u ’il faut p o u r y réu s sir, — m ais à con dition q u ’il é tu ­
d iât le droit c a n o n ' : il y avait alo rs d a n s celte c a rr iè re de
beaux bénéfices à réaliser. Mais Boccace ne po u ssa pas loin
ses é tu d e s ju r id i q u e s , p r é f é r a n t ré s e rv e r to ut son te m p s à
la composition d ’œuvres assez c o n sid é rab le s en prose et en
vers.
C e p e n d a n t son p è re, d even u veuf, le r é c la m a it a u p rè s de
lui, et Boccace re v in t à F lo r e n c e en 1341, sans a u c u n
e n th o u s iasm e. Cette ré p u b liq u e de m a r c h a n d s partagés
e n tre le souci du gain e t les passions politiques re s se m b la it
si p e u à l'in so u cian te co u r de N aples! Aussi ne s’y fixa-t-il
j a m a is définitive m en t : q u a n d son p ère se fut rem arié, il
voyagea : en 1346 n o u s le tr o u v o n s à Ravenne, à Forll
en 1347, et de nouveau à Naples en 13482. I.a m o r t de son
p ère , qui lui laissa la tutelle d ’u n j e u n e fr è re avec la ges­
tion de le u r m od este p a tr im o in e , le ra p p ela e n c o re u n e
fois à F lo r e n c e ; et ce fut alo rs, de 1330 à 1333 environ,,
q u ’il co m p o sa son c h e f- d ’œ uvre, le Décam éron.
1. On appelle ainsi le d ro it ecclésiastiqu e fondé sur les canons de
l’E glise, c'est-à-dire su r les décision s des conciles en m atière de foi e t de
d isciplin e.
Boccace n ’é ta it pas à F lorence lors de la peste qui ravagea cette
v ille en 1348, e t dont il a tracé, en tète du Décaméron, un tableau
célèbre (V oir ci-a p rès, e x tra it 1 du Décaméron) ; c’est lu i-m êm e qui nous
le d it dans un passage de son Comento sopra la Divina Commetlia ».
lezion e 24 (Ed. M ilanesi, t. II, p. 1!)).

�A p a rtir de ce m o m e n t, la p h y sion om ie de Boccace se
modifia le n t e m e n t : les a r d e u r s de la j e u n e s s e s o n t p as­
sées ; la q u a r a n t a in e a rriv e, e t ses cheveux b lan ch issan ts
n e le lui la isse n t pas ig n o r e r ; le frivole c o n te u r d ev ie n t ou
s’efforce de d e v e n ir u n h o m m e g rav e; il j o u e à F lorence
u n c e rta in rôle, no n pas d a n s la politique p r o p r e m e n t dite
p o u r laq u elle il n ’a a u c u n goût, mais co m m e a m b a s s a d e u r ;
il e st envoyé n o t a m m e n t a u p rè s des papes I n n o c e n t VI et
U rbain V à Avignon, en 1354 et en 1365, puis à Rome
en 1307 p o u r féliciter ce m ê m e Urbain V de son re t o u r
d a n s la Ville É t e r n e l l e R e n o n ç a n t a u x œ uvres d 'im a g in a ­
tion en italien, il se t o u r n e e x clu s iv em en t vers l'érudition*
l ’é tu d e de la poésie c lassiqu e, latin e et g re c q u e , et de l’his­
to i r e ; il n 'é c rit p lus g u è re q u ’en latin. En m ê m e tem p s sa
p e n sé e évolue d a n s u n e d irectio n fo rt in a tte n d u e : le scep ­
tique, l’irré v é re n c ie u x a u te u r du Décaméron se co nvertit
e t dev ient dévot. La tr a n sfo rm a tio n est com plète à p a rt ir
de 1362.
P a rm i les influences diverses q ui, p e n d a n t cette p ério de,
s ’e x e r c è r e n t s u r l’e s p r it de Boccace, il c o n v ie n t de r a p p e ­
le r en p rem ière ligne l’a m itié de P é tr a r q u e avec le quel il
était e n tr é en rela tion s d ep u is 1350.
P é t r a r q u e , arrivé alo rs à l’apogée de sa gloire, était
l ’h o m m e le plu s célèbre de son siècle : son c o u r o n n e m e n t
so le n n e l au Capitole, en 1341, avait viv em en t frapp é les
esp rits : avec lui la poésie de Virgile, la prose de Cicéron
et de Tite-Live se m b la ie n t ap p e lé es à r e n a î tr e , c a r c’est à
ses œ uvres latines, bien plus q u ’à son Ca nzoniere, q u ’il d u t
to u t d ’a b o rd sa ré p u ta tio n . L’esp r it de l’an tiq u ité revivait
d a n s ses œ uvres e t j u s q u e d a n s ses lettres, d ’où se d ég a­
geait u n e co ncep tio n toute nouvelle de la poésie, de l’a r t ,
de l’h o m m e. Tout était p ro p r e à s u r p r e n d r e e ^ à p laire en
lui, dep uis sa vie e r r a n te , sa passion p o u r les voyages, son
1.
P a rm i les m issions m oin s im portantes qui fu rent confiées à Boc ­
cace, notons encore celle-ci, qui intéresse tou t p a rticu lièrem en t l’his­
toire littéra ire. A la fin de 1350, Boccace fu t chargé de porter un cadeau
•de cinquan te écus d ’or ii une fille de Dante, B éatrice, q u i é ta it religieu se
.à R a venne, dans le m onastère de S. Stefano d e ir Ul i va.

�cosm opolitism e en u n m o t, j u s q u ’a u c h a rm e r a r e qui devait
r a y o n n e r p o u r ainsi dire de toute sa p e rs o n n e , si l’on en
j u g e p a r les a m itiés et les a d m ira tio n s n o m b r e u se s et
fidèles q u ’il a insp irées.
l ’eu de ces am itiés f u r e n t plus sin c è re s,p lu s passio nn ées
q u e celle de Boccace : avec to u te l’a r d e u r de sa n a tu r e
g é n é re u s e et p rim e sa u tiè r e , n o tr e a u te u r , plus j e u n e de
n e u f a n s, se d o n n a to u t e n ti e r à celui qu'il ap p e la it son
m a îtr e , et qui l’était en effet, to ut en r e s t a n t so n am i.
P é tr a r q u e afferm it d ’ab o rd Boccace d a n s son culte de l’a n ­
ti q u it é ; il fit de lui son au x ilia ire le p lu s a c tif e t le p lus
in te llig e n t d a n s c ette initiation de l’esp rit m o d e r n e p a r
l’é tu d e des ch efs-d’œ uvre a n tiq u e s , à la quelle 0 1 1 a d o n n é
le n o m d 'hum anism e. S a n s d ou te 0 11 est s o u v e n t ten té de
r e g r e tt e r q ue Boccace ait été e n tr a în é p a r P é tr a r q u e à
d é d a ig n e r la lan gu e ita lien ne c o m m e m oins noble q ue le
l a t in ; m ais, si légitime q u e soit ce re g r e t, il 1 1 e doit pas
n o u s faire o u b lie r les services r e n d u s p a r l’h u m a n is m e à la
cause de la R en aissanc e d o n t Boccace fut, avec P é tr a r q u e ,
u n des plus a u th e n t iq u e s p ro m o te u rs . Boccace fit m êm e
plus e t m ie u x q ue d e suivre P é tr a r q u e d a n s la voie que
celui-ci avait o uverte ; il le d e v a n ç a s u r u n p o in t : le p r e ­
m ie r p a rm i les é ru d its d ’Occident, il étu dia le g rec et fit
faire sous ses y e u x u n e tr a d u c tio n in tég rale de I l i a d e et
de O d y ss é e .
P é tr a r q u e 1 1 e b o r n a p as là son in fluen ce. L’a m a n t de
L aure, co m m e le c o n te u r d u Décaméron, avait eu u n e
je u n e s s e dissipée; mais, A m e - s i n c è r e m e n t religieuse,
P é tr a r q u e é tait p a rv e n u , p a r u n s u p r ê m e effort d e sa
volonté, à s ’a r r a c h e r au x sé du ctio ns d u plaisir. 11 avait,
q u a n d Boccace le c o n n u t, rec o n q u is le calm e de sa c on s­
cience lo n g te m p s tro u b lé e e t professa it u n e piété à la fois
sin cère et large d o n t il 1 1 e se d é p a rtit pas j u s q u ’à sa m ort.
Boccace n ’e n é tait pas là : s u j e t e n c o re à des e rr e u r s , à
d es faiblesses re g r e tta b le s ,il se n ta it q u e l’h e u re é t a i t v e n u e
p o u r lui de se r a n g e r , m a is il lui m a n q u a i t la force n é c e s ­
saire p o u r m e ttr e ses b o n n e s r é s o lu tio n s en p ratiq u e.

�P é t r a r q u e l’y aida p a r ses am icale s cl p re s sa n te s e x h o rt a ­
tions, mais seul u n in c id e n t sin g u lie r pré cip ita p o u r ainsi
dire sa conversion. En 1362, u n m o in e n o m m é Gioacchino
Ciani vint trou v er Boccace p o u r lui c o m m u n iq u e r les révé­
lations q u ’avait eues à son s u je t u n s ain t p erso n n ag e, le
b ie n h e u r e u x P ie tro P e tr o n i, m o r t r é c e m m e n t : Boccace
devait r e n o n c e r au plu s tôt à to ute p en sée p ro fa n e et en
p artic u lie r à l’étud e trop a im ée des éc riv ain s païens, p o u r
se c o n s a c r e r to ut e n ti e r à la p én ite n c e en vue d ’u n e
m o r t im m in e n te . Ces r e c o m m a n d a t io n s e t cette m e n a c e
p ro d u is ir e n t u n e im p ress io n profo nd e s u r l’esp r it de
Boccace ; il fut s u r le p o in t de b r û l e r tous ses livres,
e t sa n s doute il l'e û t fait s’il n ’avait eu d ’abord l’h eu reu se
idée de c o n s u lte r P é tr a r q u e . Celui-ci c alm a les t e r r e u r s de
son ami d a n s u n e fort belle lettre, c u rieu se s u r to u t en ce
q u ’on y trouve la p re m iè r e te ntative de conciliation e n tr e
la raiso n et la foi, e n tr e u n e piété sin cère et le culte des
a n c ie n s, tentative q u e d evaient r e n o u v e le r tous les h u m a ­
nistes, to us les g ra n d s h o m m es de la R enaissance, Boccace
suivit les sages conseils de son am i et p o u rsu ivit ses tra ­
vaux avec calm a, en se p ré o c c u p a n t dav anta ge de son
salut, en d é p lo r a n t les e r r e u r s de sa je u n e s s e , e n r e n i a n t
m ê m e son c h e f-d ’œ uvre.
La vieillesse du c o n te u r fut assom brie p a r des infirm ités
p réc o c es e t s u r to u t p a r la pau vreté : m o d e ste et in d é p e n ­
d an t, il n ’avait pas e u , c o m m e P é tr a r q u e , le t a le n t de s’a ss u ­
r e r p o u r ses vieux j o u r s u n e aisance qui le m it à l’ab ri du
besoin. Il ne voulut ja m a is rien devoir à p e rs o n n e , pas
m ê m e à son m e ille u r am i. Il faut d ire q u ’en 1302 il avait
fait u n e assez pén ible e x p é rie n c e : ten té p a r les belles p ro ­
m esses d ’u n F lo r e n ti n , d even u g ra n d - sé n é c h a l d e l à reine
J e a n n e de Naples, Niccolô Acciaiuoli, il s ’é tait décidé à se
fixer d éfin itivem ent au pied d u Vésuve; m ais l ’accueil q u ’il
r e ç u t lui p ro u v a dès les p re m ie r s j o u r s q u ’il lui fa u d r a it
r e n o n c e r à sa liberté, à sa dignité m êm e. Sa légitime fierté
en fut vivem ent b lessée, et il se p ro m it bien q u ’on 1 1 e l’y
p r e n d r a i t plus. 11 véc ut d onc s im p le m e n t, p a u v r e m e n t

�m e m e, ta n t ô t à F lo re n c e , ta n t ô t à C ertaldo, dan s la m odeste
m a iso n p a te r n e lle 4.
Au mois d ’octo bre 1373, il fut chargé p a r la S eig n e u rie
d e F lo ren ce de c o m m e n t e r p u b li q u e m e n t la Divine Comédie
d e Dante, m o y e n n a n t u n m o d iq u e salaire. Les le ctu re s , qui
■avaient lieu to us les .jours, sa u f les j o u r s f é r i é s 2, c e ss è re n t
d è s le mois de ja n v i e r suivant : Boccace était m alade et,
d e plus, aigri p a r c e rta in e s critiq ues m alveillantes d o n t son
e n s e i g n e m e n t avait été l’objet. 11 se r e tira d o n c à C e r taldo
q u ’il ne q u itta plus, (&gt;t c’est là q u ’il m o u r u t le 21 d é ­
c e m b r e 1375; il y avait e x a c t e m e n t dix-sept m ois que
P é tr a r q u e é tait m o r t, et ce deuil a chev a d ’a ttriste r.le soir
d ’u n e vie d o n t le m atin avait été si b ri ll a n t et si joyeux.
On n e p e u t se d éfen dre d ’u n e vive sy m p a th ie p o u r le
■caractère de Boccace ; n ’oublions pas qu e la lég èreté et la
c o rr u p tio n d o n t uni* p a rtie de son œ uvre po rte la trace
n ’atte ig n ire n t ja m a is son c œ u r : il fu t bon, dévoué, s e n ­
sible j u s q u ’à la susceptib ilité peut-être, m o deste, d é sin té ­
ressé, fr a n c , capable, il est vrai, de vivacité et m ôm e d’e m ­
p o r t e m e n t , m ais n o n de r a n c u n e ni de malveillance. En
so m m e, u n c h a r m a n t co m pa gn on p e n d a n t sa je u n e s s e , u n
a m i s û r et dévoué d a n s son Age m û r .

§ II.

L ’ŒUVRE DE BOCCACE

Boccace a laissé u n e œuvre b eau co u p plus vaste et plu s
v ariée q u ’on ne le croit c o m m u n é m e n t ; s'il res te p a r excel­
len ce l’a u t e u r d u Décaméron, l ’on n e doit p o u r t a n t pas
ig n o r e r q u ’il a attaché son n o m à d ’au tr e s ouvrages très
dif férents de celui-là. Essayons de d o n n e r b rièv em en t u n e
idée exacte de ce que fut son activité littéraire.
1. Cette maison existe encore dans la partie haute du villa g e de C er ­
tatdo, su r la rive droite de l'Eisa, au nord de Sienne. Il n'y reste aucun
au tre sou ven ir de Boccace que les m u rs m êm es.
2. Les leçons a va ien t lieu dans une église, S. Stefano di Radia,
aujou rd'h ui disparu e, et que l'on confond parfois, à to rt, avec un autre
S . Stefano qui se trouve à peu de distance du Ponte-V ecchio.

�Ses écrits p e u v e n t ê tr e classés sous trois r u b r iq u e s dis­
tinctes :
1° ( oeuvres d ’im ag in a tio n , en it a li e n ; 2° (œuvres d 'é r u ­
d itio n , en italien ; 3° oeuvres d ’é ru d itio n , en latin.
t° o e u v re s d ’im agination, en italien :
Ce s o n t les p lu s n o m b r e u s e s . C h ro n o lo g iq u e m e n t, elles
a p p a r t i e n n e n t à la p r e m iè r e partie; de la vio d e Boccace,
de I338 1355 e n v iro n , c’e s t-à -d ire à la pério d e de passions
juv éniles, de h a rd iesse in telle ctu elle e t m o rale. On peu t
les diviser en d eu x g ro u p e s : les œ uv res de j e u n e s s e p r o ­
p r e m e n t dite, et celles de la m atu rité .
I.es œ uv res de je u n e s s e , c o m m e n c é e s p o u r la p lu p a r t ou,
to u t au m o in s, c o n ç u e s à Naples, e t ach evées à F lo ren ce,
s o n t a u n o m b r e de sept.
Il Filocolo ', lon g ro m a n en prose, n 'e s t g u è r e q u e le
re m a n ie m e n t d ’u n ro m an fran çais, fort célè b re au m oyen
Age, l'histoire de F lo ire et de B lan chefleu r. Ce fut le p r e ­
m ie r essai de Boccace, e t l'on s’en a p e rç o it s a n s pein e ;
l'a b u s de la m y thologie et île l’é ru d itio n classiq ue, qui
d é p a re presq u e tous ses écrits a p p a r t e n a n t i\ cette pério de,
s ’y fait s e n t i r d 'u n e façon p a rt ic u l iè r e m e n t désagréable. On
y r e n c o n t r e p o u r t a n t d es pages a im ab les , orig inales m ê m e ;
tel e st l’épisode où, p a r u n a n a c h ro n i s m e hard i, Boccace
fait a b o r d e r so n héros, Florio, s u r la côte do Naples; l 'a m a n t
in f o rtu n é de B ian coflo re y re n c o n t r e u n e é léga nte société
a u milieu d e laq u elle b rille F ia m m e tta , la no ble d a m e
a im ée d e Boccace; e t celui-ci saisit ce p ré te x te p o u r tr a c e r
de la vie et d e s passe-tem ps de la société nap olita ine , à
laquelle il fut si é tr o it e m e n t m êlé, u n tab leau qu i p e u t ê tre
c o n sid éré c o m m e u n e p re m iè r e e sq u isse d u Décaméron.
1.
Ce titre, pédantesquem ent forgé au moyen de doux mots grecs,
devait signifier, dans la pensée do l'aute ur: fatigues, peine« d'am our;
c'est le nom sous lequel se cache le héros, dans le roman de Boccace,
lorsqu'il parcourt h* monde, h la recherche de sa bien-année. En réalité,
Filocolo (prononce/. Filôcolo) ne veut rien dire de cela. Quelques éditeurs
ont propose d'écrire Filocop o , titre que portent certaines éditions. Le mot
serait peut-être m ieux formé a in si, mal« c'est bien Filocolo que Boccace
a voulu écrire.

�11 Filostrato ', p o èm e en o c ta v e s 3, r e t ra c e le ro m a n d ’u n
(ils de P ria n t, Troïle, e t de Chryséis (Griseida), d o n n é e ici
p o u r fille de Calch as. Le su jet, dérivé des lég end es relatives
il la g u e r r e de Troie, avait été ra c o n t é e n français, au
xit“ siècle, p a r u n écrivain distin gu é, Benoit de S a in te Maure. Boccace l’a r é d u i t a u x p ro p o r tio n s d ’u n e sim ple
histoire d ' a m o u r ; to ute la p artie h é ro ï q u e d u su je t a dis­
p a ru p o u r faire place a u ré c i t d ’u n e s éd u ctio n et d ’u n e
tr a h iso n a m o u r e u s e ; m a is ce ré c it est, d a n s son g e n re , u n
chef-d'œ uvre d ’analy se à la fois p é n é t r a n t e et m alicieuse,
s u r t o u t d a n s le p e rs o n n a g e de G riseida ; c’est d é jà du m eil­
le u r Boccace.
Lu Fiammetta, c o u rt ro m a n e n pro se , est e n c o re , m algré
u n certain abu s île ré m in is c e n c e s classiques, u n chefd ’œ uvre d ’analy se psychologique, s u r t o u t d a n s la p e in t u r e
d ’u ne p assio n a rd e n te , et e n q u e lq u e so rte fatale. L’a u te u r
y a r a c o n té l'histoire de ses p ro p r e s a m o u r s et de la t r a ­
hison d o n t il fut v ictim e; il s’est b o rn é à in te rv e r tir les r ô le s ;
Panlilo (Boccace) est l'infidèle d a n s le r o m a n , et c ’est Fia m ­
m e tta q ue l'a b a n d o n de son a m a n t laisse in consolable.
Il N in fa le d'A m eto, en prose avec des parties rim é es, est
u n e églogue allég o riq u e p lu s é tra n g e q ue v r a i m e n t in té­
ressan te. Dans le g e n re idyllique Boccace fut in fin im e n t
m ieu x in spiré lo r s q u ’il écrivit il N in fa le Fiesolano, petit
poèm e en o c ta v e s; 0 11 a p u d ire avec raiso n d e ce d e r n i e r
ouvrage, q ue, si Boccace n ’avait ja m a is é crit a u tr e chose,
cela e û t suffi p o u r sa u v e r son n om de l'oubli et lui a s s u r e r
u n r a n g d is tin g u é d a n s l'h isto ire de la poésie ita lien n e* .
1. E ncore un titre p réten tieu x que Boccace e x p liq u a it : celui qui est
abattu pur l'am our. Si cette qualification c o n vien t bien en effet au per­
sonnage île T roilo, le m ot F ilostrato e st encore bien m a la d roitem en t
forme.
2. A propos de celle strophe de huit ver* (offrira rima), don t lu fortune
fut grande par lu nulle daim la poésie italienn e, avec le Po litie n ,
l’A r ioste et le Tanne, on fait so u ven t honneur il Boccace de mm Invention.
R'oat une erreu r : l'octave é ta it déjii en usage dans la poésie populaire,
m ais le m érite de Boccace est de l'avoir, le prem ier, em p lo yée dans lu
poésie sa va n te, dan» la littéra tu re proprem en t ilile. On trou vera ci-aprè»,
il la suite des e x tra its du N in fale F ieaolano q u elq u es ren seignem ents sur
la stru ctu re de l'octave, et du vers italien en gén éral
3. Ou en trouvera cl-oprè» une analyse cl des ex tra its.
1*

�Les deu x p oèm es qui c o m p lè te n t ce p re m ie r groupe
d ’œ u vres ju v é n ile s a tt e s t e n t de la p a rt de l’a u t e u r u n e
g r a n d e activité et le d é s ir louable de s’essay er d a n s les
g e n re s les plus d iv e rs; m a is 0 11 ne s a u r a it d ire q u ’il y ait
p l e i n e m e n t réu ssi : la Teseide (en octaves) est u n e curieuse
te ntative d'épopée (m ais Boccace n ’avait pas la tète épique !);
i'Am orosa visione (en terza rima) voudrait être u u poème
allé go riq ue et d id actiq u e, à la façon de la Divine Comédie;
m a is l’a u t e u r s’est lui-m êm e in téressé si p eu à son su je t
q u ’il s’est é garé d a n s d ’in te rm in a b le s dig ressio ns m y th o ­
logiques et a te rm in é b ru s q u e m e n t son œ uvre san s aller
j u s q u ’a u bou t du plan q u ’il avait a n n o n c é en co m m e n ç a n t.
P o s t é rie u r d e q u e lq u e s a n n é e s est le seco n d groupe
d ’œ uv res où le ta l e n t de Boccace s ’a ffirm e d a n s toute sa
p lé n itu d e ; no us y trouvons le Décaméron, suivi d ’assez p rè s
p a r le Corbaccio 1.
Lorsque l’on e x a m in e les essais de sa j e u n e s s e , 0 11 s 'a p e r ­
çoit que Boccace n'y avait pas e n c o re trouvé sa véritable
voie; les œ u v res de longue h aleine n ’éta ie n t pas son fait :
inhabile à s o u t e n ir l’i n t é r ê t d ’un ro m a n d ’av entu res, d 'u n
p o èm e h é ro ïqu e ou allég o riq u e, il y tom bait f r é q u e m m e n t
d a n s u n d é fau t grave, la prolixité. Au c o n tra ire , il réussis­
sait avec u n ra r e b o n h e u r les scèn es d 'u n c a ra c tè re in tim e,
les tableau x de d im e n sio n s re s tre in te s , où les do ns d ’o b­
servation et d ’an aly se q u ’il possédait à u n h a u t d egré
tro u v aie n t le u r emploi n a tu re l. Dans ces conditions, il (it
bien de r e n o n c e r a u ro m a n p ro p r e m e n t dit p o u r se consa­
c r e r à un g e n re plus m o deste, m ais d a n s lequel il devait
s'im m o r ta lise r , le con te, ou, com m e l’a p p e lè re n t les Italiens,
la nouvelle.
Le m oy en âge possédait u n g ra n d n o m b r e de ces co ntes;
il suflit de ra p p e le r ici les fa b lia u x français d u xui° siècle,
et, en Italie, le re c u e il célèb re in titulé Novellino ou Cento
Novelle antiche, com pilé u n demi-siècle en viron a v an t le
Décaméron. Dans ces compositions, de lo n g u e u r variable,
1. Su r le* titres de ce« deux ouvrages,’ voir, ci-après, les e x tra its qne
nous un donnons.

�•nais g é n é r a l e m e n t assez courtes, était c o n te n u le ré cit de
q u e lq u e a v e n tu re , u n e a nec do te, m o ins q ue cela m êm e, u n
p ortrait, u n e silhouette, u n b on m ot, p ré s e n té s avec l'in ­
ten tio n de faire r ire aux d ép ens de q u e l q u ’u n ou de q u e lq u e
c h o s e ; le r ire y est d on c m o q u erie, c’est-à-dire q u ’il co n ­
tie n t, to ut au m o in s en g erm e, u n e in te n tio n satiriq u e .
C ’est u n com ique réaliste, te r re à te r re , s o u v e n t vulgaire.
Boccace a élargi le ca d re de la nouvelle p a r l’a m p l e u r
q u ’il a d o n n é e à c e rta in s récits, p a r l’im p o rta n c e accordée
à l’an aly se des s e n tim e n ts, à la p e in t u r e des ca ractères, p a r
le soin m in u tie u x avec lequel il a rec o n s titu é le lieu de la
s c è n e et le m ilieu où év o lu en t ses p e r s o n n a g e s ,p a r u n sen s
tr è s vif de la réalité, g râce a u q u el il a s u tr a n s f o r m e r en
ta bleaux achevés les éb au ch es g é n é ra l e m e n t so m m a ire s de
ses p ré d é c e s se u rs, p a r la m alice enfin e t p a r la verve rail­
le use qui a c c e n t u e n t f o r te m e n t la po rtée satiriqu e des
récits. Mais, q u a n t à la co n stitu tio n m ê m e de la nouvelle,
Boccace n ’y a p re s q u e rien chan gé.
Ce qui lui a p p a r t ie n t en p ro p r e , c’est l'a r t; \a m atière d u
Décaméron est p e u originale. 11 ne s’y trouve p ro b a b le m e n t
pas u n e seule nouvelle q u e l 'a u t e u r ait inventée de toutes
pièces, et l’idée m ê m e d ’e n c h â s s e r ses co n te s d a n s u n récit
plu s vaste, qui é t a b l it e n tr e eux un lien c o n tin u , qui en forme
le c ad re et c on stitue l’u n ité d u livre ', n ’é tait pas neuve :
u n des re c u e ils de co ntes les plus lus a u m oy en Age, le
Livre des sept sages de Rome, en fo urnissait déjà u n exem p le.
Quelle est d o n c l’origine de toutes les h istoires qu e Boc­
cace a recueillies d a n s le Décaméron ? Où les a-t-il prises?
— On a p r é t e n d u qu'il avait pillé les fabliaux français, avec
q u e l q u e s - u n s desq u els p lu sieurs de ses n o u v e lle s offrent en
effet des res sem b lan ce s fr a p p a n te s . Mais rien ne prouve
q u e Boccace les ait co n n u s, et n u l ne p o u r r a it affirm er que
ceux-ci fu s se n t e u x -m ê m e s o rig in au x . Fabliaux et nouvelles
s e m b le n t p lu tô t r e m o n t e r a u n e so u rc e c o m m u n e , la tradi­
tion orale. E n u n tem p s où les livres é ta ie n t r a r e s et coû­
teu x, et le n o m b r e de c eux qui savaient lire fort r e s tre in t,
m ais o ù l’on a d o ra it c e p e n d a n t les histoires, les récits se
1. On trouvera plus loin un résum é île ce cadre du Decameron.

�t r a n s m e t ta i e n t de b o u c h e en bo u ch e, se p ro p a g e a ie n t à de
g ra n d e s d is tan ces avec u n e é to n n a n t e ra p id ité , g râ ce a u x
v oyageurs, c o m m e r ç a n t s o u é tu d i a n ts (les u n iv ersités de
P aris, M ontpellier, Bologne a ttir a ie n t la je u n e s s e de tous
les pays civilisés), e t à la fav eu r des C roisades qui m i r e n t
l'E u ro p e latine en c o n ta c t avec l’O rien t. A cette tradition
orale, d ’u n c a ra c t è re n o n s e u l e m e n t im p e rso n n e l, m ais in ­
te rn a tio n a l et m ê m e u niv erse l, Boccace a fait de larges e m ­
p r u n t s ; il n ’en a pas m o in s fait au x tr a d itio n s locales, ita­
liennes, nap olitaine s, génoises, ro m a g n o le s et s u r to u t
flo ren tin es. Nous re tro u v o n s d a n s le Décaméron l’écho des
co n v ersatio n s, l’on p o u r r a it p r e s q u e d ire des co m m é ra g e s , de
F loren ce, de S ien n e ou d e Naples. Q uelques nouvelles co n­
ti e n n e n t c e r t a i n e m e n t u n fond de vérité et m e t te n t en
scèn e «les p e rs o n n a g e s h is to riq u e s, tels (¡uido Cavalcanti, le
p oète am i de Dante, Giotto, le r é n o v a t e u r de la p e in t u r e ita­
lien n e, et bien d 'a u tr e s e n c o r e 1.
De tous ces é lé m e n ts h a b ile m e n t mis en œ u vre, Boccace
a com posé u n recueil e x tr ê m e m e n t varié et vivant : varié,
parc e q u e tous les g e n re s y s o n t re p r é s e n té s , d e p u is le sim ple
bo n m ot, la farce d ’a telie r, l'épaisse gaieté p op ulaire ou
villageoise, ju s q u 'a u x récits les plus ro m a n e s q u e s , les plus
to u c h a n ts, les plus tra g iq u e s; — vivant, c a r to ute l’Italie d u
xiv° siècle, avec ses m œ u r s , ses p réju g és, ses vices, ses p as­
sions, y défile sou s nos y eux , toutes les classes de l a société
y s o n t re p r é s e n té e s , c a racté risé es d ’u n tr a it j u s te e t frap­
pan t.
A ces m é r ite s on a c o u tu m e d 'o p p o se r l'im m oralité bien
c o n n u e d u Décaméron, tr o p c o n n u e m ôm e, et q u e l’on ne
d oit pas e s s a y e r de d is sim u le r. A la lin de sa vie, Boccace
assagi p a r l'Age a d o n n é le p r e m i e r l’e x e m p le de l a sévérité
la plus rigo ure use d a n s l'ap préciation m o rale do son œ uvre.
Il est in co n testa b le qu e le Décaméron esl un livre d 'in s p iration
I.
Oii verra c i-a pres» que doux personnages de la n o u v elle IX Ven­
geance d'un para site) non* nont égalem ent connu* par divers» passages
il»; la d ivin e Comédie, — Au début do la nÔuvelle du Faucon (Kxlr. VIII
du Décamér o n Boccace indique avec soin le nom de la personne do
laquelle il tenait co récit.

�ratio n frivole, et l’a u t e u r l’avait in g é n u m e n t d éc la ré dès
les p re m iè r e s pages. Deux re m a r q u e s s’im p o sen t à ce sujet.
I.a p re m iè r e est que l'im m o ra lité , la grossièreté m êm e de
c e rta in s co n tes, si fâch euse s q u ’elles p u is s e n t n o u s p a ra ître
a u j o u r d ’hui, n e d é p a ss a ie n t p a s c o q u e to lé ra it alors le goût
p u b lic ; on tr o u v e ra it l’équivalent, ou m êm e pis, chez les p r é ­
d écesseu rs, les c o n te m p o ra in s ou les su cce sse urs de Boccace,
ta n t en F r a n c e q u ’en Italie. En seco n d lieu, l’o n n e do it pas
o u b lie r q u ’il y a des parties p a rf a ite m e n t saines d a n s ce
chef-d’œ uvre. P é tr a rq u e , qu i n e le c o n n u t qu e to u t à la fin de
sa vie, é c riv it alors à Boccace q u ’il y av ait r e m a r q u é b eau co u p
de p en sées « pieuses et graves ». Ce ju g e m e n t tém oigne d ’u ne
in d u lg en ce excessive; il est à r e t e n ir c e p e n d a n t : ceux qui
n e c h e r c h e n t q u e le scan d ale d a n s le Décaméron n ’ont pas
de peine à l ’y tro uv er ; mais les le c te u rs réfléchis et sérieux
p e u v e n t tou jo urs, c om m e P é tr a r q u e , y d é c o u v rir b o n n o m b re
de n ouvelles a b s o lu m e n t h o n n ê te s , d o n t q u e lq u e s -u n e s
e x p r i m e n t m ê m e u n idéal m o r a l d’u n e réelle élévation.
Aussi n ’est-il pas m alaisé de p u b lie r des e x traits d u Déca­
méron destinés à fam iliariser la j e u n e s s e avec l’a r t et le
style de Boccace, sa n s p o u r t a n t m a n q u e r au pré cep te de
Juvénal : « Máxima d e b e tu r puoro r e v e re n tia . »
Le Corbaccio n ’a pas la h au te v a le u r du Décaméron.
Cette invective p a ss io n n é e c o n tre les fem m es est dép arée,
elle aussi, p a r des grossièretés i n e x c u s a b le s ; m ais il s ’y
attach e u n d o u b le i n t é r ê t : au p o in t do vue littéra ire, le
style de Boccace y a p p a ra ît plus dégagé, plus populaire,
m o in s étu d ié et m o in s p o m p e u x q ue d a n s le Décaméron; en
o u tr e , ce p e tit livre j e t te u n e vive lu m iè r e s u r l ’état d ’esp r it
de so n a u te u r , au m o m e n t où s’acco m p lissait e n lui cette
évolution in telle ctu elle et m o r a le d o n t il a été q uestion cidessus. Le Corbaccio e n est u n des sy m p tô m e s les plus
c u rie u x : l’invective, à la bien p r e n d r e , s’ad re sse to u t a u t a n t
à Boccace lu i -m ê m e q u ’a u x fe m m e s : les violences de son
langage s’e x p li q u e n t p a r le s e n t im e n t de h o n te et de dépit
q u ’il é prou vait à la p e n sé e de ses d é so r d re s et de son
in c u r a b le légèreté.
Le Corbaccio (1355) est le d e r n i e r ouvrage qu e Boccace

�ait é c rit on italien « p o u r e x c ite r les a p p la u d isse m e n ts du
vulgaire ». A p a r t ir de c ette d a te, il se c o n sa c r a tout
e n ti e r à ses trav au x d ’é ru d itio n .
A joutons en c o re , p o u r ê tr e com p let, q u e Boccace a
com posé, au x é p o q u e s les plus d iverses de sa vie, un cerlain n o m b r e de poésies d éta c h é e s, s o n n e t s e t canzoni, d o n t
la réu n io n form e u n Canzoniere, fo rt in f é rie u r a s s u r é m e n t
à celui do P é t r a r q u e , c a r Boccace n ’avait pas l'ex qu ise
sensibilité de son illustre a m i, m ais q ui n ’est c e p e n d a n t pas
s a n s valeur.
2° Œ u v r e s d 'é ru d itio n en italien :
Ces œ u v res, a u n o m b r e de d eu x , se r a p p o r t e n t la p e r ­
s o n n e et a u p o è m e do Dante. Ce s o n t : lu Vita d i Dante, et
le Comen to sopra la Commed ia d i Dante.
Dès sa je u n e s s e , Boccace professa p o u r lia n te u n e a d m i­
ration p rofon de q ui n e se d é m e n t it ja m a is ; d a n s l’Amorosa
visione, d a n s l’.tmc/o et j u s q u e d a n s le Corbaccio, l'on relè­
verait m ain tes ten tativ es d ’im itatio n d a n te s q u e . Ces te n ­
tatives ne son t pas h e u re u s e s ; Boccace n 'é ta it pas fait
p o u r s’assim ile r la p e n sé e et l'a r t d e D ante, ni m êm e p o u r
les b i e n c o m p r e n d r e ; m ais il sen ta it tou te la g r a n d e u r do
ce génie, et cela lui fait h o n n e u r . Avec sa c o u ra g e u s e fran­
chise, il osa re p r o c h e r à P é tr a r q u e la fr o id e u r qu e celui-ci
affectait il l’ég ard de la Divine Comédie; et, co m m e l'in te l­
ligence de ce g ra n d poèm e d e v e n a it de j o u r en j o u r plus
rare et plus difficile, Boccace lit de louables efforts p o u r
e n t r e t e n i r à F loren ce le cu lte de Dante.
I.a V ita di Dante, écrite selon tou te a p p a r e n c e peu a p rè s
le Corbaccio, n 'a pas u n e très g ra n d e v a leu r h is to riq u e ;
Boccace ne possédait q u e peu de d o n n é e s positives s u r la
p e rs o n n e et su r la vie de Dante. Celui-ci avait q u itté Flo­
r e n c e en 1302 p o u r n ’y plus re v e n i r ; aussi Boccace ne
pouvait-il g uère, a u x e n v iro n s do 1360, c o n s u lte r de tém oins
a y a n t c o n n u p e r s o n n e lle m e n t le poète. T rop so uv ent il a
rem p lacé les r e n s e ig n e m e n ts précis qui lui m a n q u a i e n t pa r
des tradition s p eu sû re s, accueillies trop a is é m e n t, ou
e n c o re p a r d e s c o n sid é ra tio n s d 'o rd re m o ral plus p ro p r e s

�i/ œ u v r e

de

hoccack

îr»

n o u s in s tru ire d es id ées et d es se n tim e n ts de Hoccace qu e
&lt;le c e u x de Dante. La V ila n ’e s t p o u r t a n t pas d ép ou rvu e
d 'in t é r ê t : l’on y retro uv e l ’écrivain adroit, le c o n te u r
a g ré a b le , et l’o n y voit p o in d r e un n o u v e a u Hoccace,
q u 'a n n o n ç a it s e u l e m e n t le Corbuccio : le m oraliste. Celui-ci
«’affirm era peu a p rès d a n s la Let tera consolatoria a Messer
P ino de' Rossi (1364) e t d a n s ses œ uvres latines.
Le Comento» e s t u n fidèle reflet des leçons d a n s lesquelles
Hoccace e x p liq u a p u b l i q u e m e n t /« Divine Comédie à la fin de sa
vie. (le c o m m e n ta ire s’a r r ê te b r u s q u e m e n t à la so ix a n te d ix iè m e leçon, au c ha n t XVII de l'E nfer; o n a vu q u ’e n effet
le p ro fesseu r avait s u s p e n d u son c o u rs au b o u t de m oin s de
trois mois. Cette in te rru p tio n est des plus re g retta b le s, c a r
le c o m m e n ta i re de Boccace est u n des m e ille u rs q u e nous
a it légués le xiv* siècle ; si le sens et la p o rté e véritables
de la pensée et de l’a r t de Dante lui é c h a p p e n t p a r m o m e n t,
d u m o in s a-t-il fait u n effort co nsciencieux p o u r en r e n d r e
c o m p te , et d a n s ses d igressions, parfois 1111 peu lo ng ues A.
n o tr e gré, il a fait e n t r e r u n e foule d ’idées et de notio ns
h is to riq u e s «il litté ra ire s; parm i ses c o n te m p o r a i n s , bien
peu sa n s doute e u s s e n t été cap ables d ’é ta le r u n savoir
au ssi é te n d u e t varié.
.‘I" Œ u v r e s d 'é ru d itio n en la tin :
C’est e n tr e 1337 e t 1300 qu e Hoccace com po sa so n p r e ­
m i e r ouvrage latin intitulé : De casibus virorum illustrium ,
e n n e u f livres. Il y passe en revue tous les p e rson nag es
illustres qui, a p rè s av oir c o n n u la p rosp érité , la puissance
o u la richesse, o n t fait l’e x p é rie n c e du m a lh e u r, depuis
Adam ju s q u 'a u roi de F ra n c e Jean le Hou, alo rs p riso n n ie r
«les Anglais A la suife d e là fun este bataille de Poitiers(13.’&gt;6).
Tous ces in fo rtu n é s fam eu x s o n t c en sés c o m p a r a ître
«levant l 'a u t e u r p o u r lui faire co n n a ître le u r h is to i r e ; c’est
u n défilé m o n o to n e , to t a le m e n t d é p o u rv u d ’a g ré m e n t. Le
livre o b tin t p o u r t a n t u n g ra n d succès. En 1111 tem p s où il
n 'e x is ta it pas de d ictio n n a ire s histo riq ues e t bio graph iqu es,
le lie canibns fut u n ouvrage de vu lgarisation fort u tile ; en
o u tr e , c’élait u n véritable traité de m o rale, et celte façon

�d ’en v isag e r l'histoire é tait assez, nouvelle p o u r c o n stitu e r
a lo rs u n a ttra it. A c e rta in s m o m e n ts en e ffet, Boccace
cesse d 'ê tr e u n tém o in im passible des m isères h u m a i n e s ;
il s’érige en ju g e des m a l h e u r e u x qui n ’o n t pas su éviter
les pièges de l’in c o n s ta n te fo r tu n e , et les leçons q u ’il tire
de l ’histoire s o n t e m p r e in te s d u plus p u r esp r it ascétiqu e.
Le tra ité p lu s c o u r t in titu lé De claris Mulieribus est en
q u elq u e so rte le c o m p l é m e n t du p ré c é d e n t. En ra c o n t a n t
la vie d ’u n e c e n ta in e de fe m m e s illu s tre s , d epu is Eve j u s ­
q u ’à la r e i n e J e a n n e de Naples, Boccace re tro u v e q u elq ue su n e s de ses q u alités de c o n te u r , mais en m ê m e tem p s
l’a u sté rité d e sa m o rale s ’a c c e n tu e de plus en plus.
A côté de ces traités b io g r a p h iq u e s et m o r a u x , Boccace
c o n sa c r a j u s q u 'à sa m o r t le m e ille u r de so n te m p s et de
ses p e in e s à u n e vaste ency clo pédie m y tho log iq ue, en
quinze livres, d a n s laqu elle il a classé m é t h o d iq u e m e n t
tous les p e rs o n n a g e s fabu leu x d o n t la poésie classique a
con serv é le souvenir, en r é s u m a n t toutes les lég en de s qui
se ra t ta c h e n t à c h a cu n d ’eux . Cet ouvrage, d o n t le titre
est : De Genealog iis deorum g entilium , re p r é s e n te un effort
co n sid érab le et fait le plu s g ra n d h o n n e u r à l’é ru d itio n
de B occace. Loin d ’ê tre u n e c om pilation indigeste et im ­
p e rs o n n e lle , le De genealogiis révèle chez, son a u t e u r des
qualités p réc ieu se s : de la m é th o d e e t u n e c e rta in e critique,
la volonté d ’é p u is e r a u t a n t q u e possible son su je t, avec d es
tentatives très h ard ies et trè s c u rie u s e s p o u r i n t e r p r é t e r
les m y th e s d ’u n e m a n iè re r a t io n n e l le ; en o u tre, les d eu x
d e rn ie rs livres c o n t i e n n e n t l ’exposé des idées p erso nn elle s
de l ’a u t e u r s u r la poésie, son essence et son b u t, et s u r le
rôle q u e la fable est ap p e lé e à y jo u e r . A u c u n ouvrage ne
n o u s p e r m e t m i e u x d’a p p ré c ie r à sa ju s te v aleu r la p a rt
qui rev ie n t à n o tr e a u t e u r d a n s la re n a i s s a n c e des étud es
classiques : celle p a r t est c o n sid érab le. Sans d o u te Boccace
n e m a n ia j a m a is la la n g u e la tin e avec l ’élé gance de
P é tr a r q u e et s u r to u t des h u m a n i s t e s p o s té rie u r s ; il n ’as­
p ira j a m a is à être u n é m u le de C icéron, e n c o re m o in s de
Virgile ; il n e fut q u ’u n m o d este e t c o n sc ie n c ie u x vulgari­
sa te u r, et la science m o d e r n e est v olon tiers in ju ste p o u r

�la vulgarisation. Mais, à u n e é p o q u e où il y avait to u t à
faire d a n s le d o m a in e de la philologie classique, pouvait-on
e n t r e p r e n d r e u n e œ uvre plus utile q u e celle q ui m etta it
e n t r e les m a in s d u pub lic u n e foule d e re n s e ig n e m e n ts ,
a lo r s difficilem e nt acc essible s, b ien classés et so ig n euse­
m e n t c o n t r ô lé s ? D’a ille u r s , en d e h o rs m ê m e de son utilité
m o m e n ta n é e , le De genealogiis a s s u re à Boccace u n e
place trè s d is tin g u é e p a rm i les é ru d i ts qui o n t fait u n e
é lu d e spéciale de la mythologie c lassiqu e.
Boccace a e n c o r e d o n n é u n e p reu ve d u soin avec leq uel,
a u c o u r s d e ses lec tu res, il re c u e illa it et classait to us les
faits d o n t la co n n a is sa n c e p ouvait a i d e r à m ieu x c o m ­
p r e n d r e les œ u v re s des a n c ie n s, lo rsqu'il com pila un
a u tr e o uvrage in titu lé : De m ont ibus, silvis, fo n tib us, flu m in i­
bus, stagnis seu p a lu d ibus, de nom inibus maris, véritable dic­
tio nn aire géo g rap h iq u e, où tous les n o m s de m o n ta g n e s,
de fleuves, etc ..., s o n t ra n g é s d a n s l’o rd r e a lp h a b é tiq u e et
a c c o m p a g n é s de q u e lq u e s mots trè s b refs eu i n d i q u a n t la
situ atio n .
T e r m i n o n s c ette ra p id e é n u m é r a ti o n des œ uv res latines
d e Boccace, e n ra p p e l a n t q u ’il a com posé seize églogues
a llég o riq u es, en vers, e t q ue p lu s ie u rs lettres de lui, en
la tin n o u s o n t été conservées.

§ III. — IMPORTANCE DE L ’ŒUVRE DE BOCCACE
DANS LA LITTÉRATURE DE LA RENAISSANCE
I.e n o m de Boccace co m p lè te , avec c e u x de D ante el de
P é t r a r q u e , la glorieuse triad e p a r laq u elle, a p r è s u n e
périod e d e tâ t o n n e m e n t s , s’ouvre d éfin itiv em en t l'histoire
de la li tt é ra t u re ita lie n n e . I.e voisinage r e d o u ta b le de ces
deux g ra n d s p o ê le s d e v a n t lesq uels Boccace s 'in c lin a it
m o d e s te m e n t, a l l a n t se r a n g e r de lui-m ôm e à la troisièm e
place, n e l'e m p ê c h e p as do c o n s e r v e r u n e p h y sio n o m ie
bien p e rs o n n elle , originale, ca ra c té ristiq u e . Il a e x ercé s u r
la li tt é ra t u re de la R enaissan ce u n e influence con sidérab le,

�égale p o u r le m o in s à celle de P é t r a r q u e ; c a r l ’a d m irab le
Canzoniere du poêle de L aure ro m p a it m o in s b r u y a m m e n t
avec le passé. Le Décaméron était u n livre rév o lu tio n n a ire :
on y voyait, se rév éle r b r u s q u e m e n t, avec u n e h ard ie sse qui
va parfois .jusqu'à l’im p e rtin e n c e , le nouvel é ta t d ’e sp r it
qui a llait s’a ffirm e r d a n s tous les do m ain es de l ’art, et d o n t
l ’œ uvre de Boccace res tait l’e x p re s sio n la plus parfaite*.
C’est d ’a b o rd p a r sa conception de la vie et de l'h o m m e
que Boccace i n a u g u r e u n e ère nouvelle. Le m o y e n âge,
avec sa foi m y stiq ue et sa m o ra le ascétiq ue , plaçait son
idéal a u - d e l à d e celte vie, h o r s des atteintes d u d é m o n d o n t
la te r re passait p o u r ê tre le do m ain e , et qu e l’on s’im agi­
n a it tapi, p o u r n ou s te n d r e des pièges, d e rr iè re to u t ce qui
no us sé d u it e t n ou s plaît ici-bas. La R en aissance, au c on ­
traire, professe qu e la n a tu r e est ess e n tie lle m e n t b o n n e,
qu e to us ses b iens s o n t d o n n é s à l'h o m m e p o u r q u i l en
use, et qu e le plus habile, le plus h e u re u x , — les Italiens
allaien t m ôm e j u s q u ’à dire le plus virtuoso2, — est celui qui
sait en t i r e r la p lus g ra n d e so m m e de jo u issan ce. Dans ces
conditions, l’h o m m e , d o n t la p e rs o n n a lité se dégageait à
p eine, d u r a n t les siècles a n té r ie u r s , de l’u n ifo rm ité q u ’im ­
p osait l’organ isation sociale, — féodalité, h ié r a rc h ie ecclé­
siastique, co rp o ratio n s — se révèle b r u s q u e m e n t: il réclam e
son in d é p e n d a n c e et aspire à u n e existence in div idu elle ;
il m e t a u -d e s s u s de to u t la satisfaction de ses m o in d re s
désirs, et n e co m p te qu e s u r lu i -m ê m e p o u r l’a ss u re r.
A s s u ré m e n t ce nouvel idéal n e m a r q u a i t pas un prog rès en
toutes c h o s e s : la R e n a iss an ce italien n e , a u m o m e n t de son
plus m agnifique éclat, était s o u r d e m e n t m in é e p a r l’a n a r ­
chie m o r a le q u ’elle avait d éch aîné e. Mais n ’o ublions pas
que ce culte de la beauté, de la fo rm e, de l’én erg ie indivi­
duelle et de la raiso n lu t lu c o n d itio n m ê m e du progrès
1. Il va sans d ire q u ’il ne s'agit ici que de l’œ u vre italienne de Boccace
: son œ u vre latine, très différente, a été suffisam m ent appréciée dans
le paragraphe précéden t.
2. Le m ot virtiï a v a it alors, en italien, un sens bien différent de notre
m ot vertu : il désign ait tout l’ensem ble de qualités grâce au xqu elles un
hom m e é ta it capable d'agir, e t surtout de réu ssir, dans toutes ses e n tre ­
prises ; c ’est ii la fois la force e t l'adresse.

�a rt is t iq u e et p oé tiqu e, d o n t le Dccamèron est, au xivc siècle,
la p re m iè r e m an ifestatio n.
L’idée q u e l'h o m m e de la R enaissance se fait de l’a r t
n ’est pas m oins en c o n trad ictio n avec celle q u ’av a ie n t eue
les g é n é r a t io n s a n té r ie u r e s . Il ne s’agit plus d ’in s tru ire ,
■d'édifier les Ames, de les co n d u ir e a u salut, m ais u n iq u e ­
m e n t de re n d r e la vie p ré s e n te aussi douce, aussi aim able
•et aussi facile qu e possible; l’a r t n 'a d ’a u tr e mission que
■d’em b ellir l’ex isten ce et de p r o c u r e r aux esprits délicats
■des j o u issa n c e s d ’u n e q u a lité s u p é r ie u re . Mais l'a rt ainsi
c o m p r is, sans a u tr e fin qu e lui-m êm e, a b o u tit f a ta le m e n t à
la fam euse théorie de « l ’a r t p o u r l’a r t » ; la chose n ’est pas
n ou velle, si le n o m est ré c e n t. Le g ra n d poète, en qui se
re flè te n t le plus fidèlem ent l’e sp r it e ll e s goûts de la R enais­
s a n c e ita lien ne, l ’Arioste, n ’a j a m a is eu d ’a u tr e b u t q u e de
d iv e r ti r et de c h a r m e r . Boccace l'avait p ré c é d é d a n s celte
voie. V a in e m e n t le c o n te u r vieilli s o u t e n a it q u e la poésie
n ’est q u e le voile sous le quel se c a c h e n t de graves ensei­
g n e m e n t s : ni le Décaméron, ni le Filostrato, ni le Ninfale
Fiesolano n ’o n t ja m a is i n s tr u i t p e r s o n n e ; ces œ uvres n ’en
■ont pas m o in s a tt e in t l e u r b u t, qui é tait d ’a m u s e r et de
plaire.
Le succès d u Décaméron fut tel q ue tous les con teu rs
d e v in r e n t p ar la suite les im ita te u rs de Boccace, et travail­
l è r e n t, avec u n su ccès inégal, à s ’a p p ro p r ie r so n to u r d e
p e n sé e et ses p ro c é d é s de style. Le style de Boccace, voilà
p e u t- ê tr e ce qui, d a n s son œ uvre, a ex ercé l’in fluence la
p lu s d u rab le. Si Dante avait créé la poésie p hilosophique et
P é tr a r q u e la poésie lyriqu e e t s u r to u t a m o u r e u s e en italien,
Boccace p e u t ê tr e considéré co m m e le père de la prose ita ­
lie n n e . Avant lui la prose était trop u n if o r m é m e n t raide,
tro p scolastique, avec D ante p a r ex e m p le ; ou tro p s èche,
tro p n u e , capable de malice à l’occasion, m ais n o n d ’a n a ­
lyses p é n é tr a n te s , avec les c om p ilateurs des Novelle antiche
o u les a u te u r s de c h ro n iq u e s. Boccace, le pre m ie r , sut d o n ­
n e r à la période italienn e, u n e m ajesté et u n e a m p l e u r qui
n ’excluaient, ni la sou plesse ni la libre allu re d ’u n e p h ra s e
to u te p o p u laire. E n tre tou s les aspects de l’œ uvre d u

�tonceu r, ce style savant, com p lex e, où les é lé m e n ts les p lu s
d isparate s se f o n d e n t h a r m o n ie u s e m e n t, est p e u t-ê tre le
plu s original, le plus p ers o n n e l, le plus artistique. On n e
lui m a r c h a n d a pas l’a d m ira tio n à laqu elle il avait d r o i t;
mais cette ad m ira tio n , co m m e celle q u ’insp irait la poésie de
P é tr a rq u e , n ’était pas sa n s d a n g e r : elle c on du isait tout
d ro it à l’im itatio n, et l’im itation ne ta r d a it pas à e x a g é re r
ce q u ’il y avait de factice e t de c o n v en tio n n el d a n s le
periodo boccaccesco, to u t c o m m e d a n s u n s o n n e t p é tr a r ­
quiste. La p h ra s e ita lien ne s’est re s se n tie lo n g tem p s de
cette im itation in inte llig ente , et à cet égard ou n e sa u r a it
dire q u e i n f l u e n c e de Boccace ait été e n t i è r e m e n t h e u ­
r e u s e ; d u m oins, doit-on voir d a n s ce fait u n e p reu ve de la
h a u te estim e d o n t l ’a u t e u r d u Décaméron n ’a pas cessé
d ’ê tre l’o b jet en Italie.
Il n ’o b tin t g u ère m o in s de succès a u p rè s des é tra n g e rs.
Après P é t r a r q u e , a u c u n a u t e u r italien ne fut plu s lu et
im ité h o rs d ’Italie, et s u r to u t en F ra n c e . Dès le d é b u t d u
xvc siècle, d eux de ses œ u vres latines, le De casibus et le
De d a vis m ulieribus éta ie n t tra d u ite s e n français, e t elles
e u r e n t , p e n d a n t d eu x siècles, u n e vogue (pie n o u s avons
qu elq u e peine à n o u s e x p li q u e r ; elles é ta i e n t ég a le m e n t
trad u ites e n espagnol, en anglais, en a lle m a n d . Le Dèca­
m èron fut t r a d u it en fran çais dès 1414, d 'u n e façon fort
m alad ro ite, p a r u n c e rta in L a u r e n t de P r e m i e r fait qui, ne
sa c h a n t pas l’italien, d u t se serv ir d 'u n e versio n laline de
l’œ uvre de Boccace ! Celle-ci ob tin t d ’a b o rd u n m o in d re
s u c c è s ; m ais, à p a r t ir d u xvi" siècle, q u a n d la co n n a is sa n c e
de l’italien se r é p a n d i t en F ra n c e et lo r s q u ’u n e excellente
tr a d u c ti o n , celle d ’A nto ine Le Maçon (1545) l’e u t vulgarisé,
le Décaméron devint u n e des le c tu re s favorites des F r a n ­
çais. Nos c o n te u r s se m i r e n t à l’école de Boccace, et, p o u r
n ’en c iter q u ’u n ex em p le fam eu x e n tr e tous, la s œ u r de
F ra nço is I,r, la célèb re M arguerite de N avarre, a com posé
des co n tes où l’influence d u Décaméron se fait s e n tir
p r e s q u e à c h a q u e page.
En A n gleterre, l ’œ uvre d e. Boccace n ’était p as m o in s
goûtée. Dès la fin du xiv° siècle, C h au cer avait im ité le

�Décaméron d a n s ses Canterburi/ Tales, et ti ré d u Filostrato
son po èm e Troylus and Cressida, d o n t S h a k e s p e a r e r e p r i t le
su je t d a n s le d r a m e &lt;[ui p o rt e le m ê m e t i t r e ; S h a k e sp e a re
doit e n c o re à u n con te d u Décaméron (II, 9) sa belle c o m é ­
die in titu lée Cymbelin e
S a n s insister plus l o n g u e m e n t s u r ces c o n sid ératio n s
h is to riq u e s ', c o n c l u o n s a u p lu s vite q u e Boccace a fait de la
nouvelle en p rose u n d e s g e n re s qui o b ti n r e n t le plus de
su c c è s à l’ép o q u e d e la R e n aiss a n c e, d a n s les d iv ers pays
d ’E u ro p e , et q u ’il est re s té j u s q u ’à nos j o u r s le ty pe le
plus acco m p li du p arfait c o n te u r .

§ IV. — OBSERVATIONS SUR LES PRÉSENTS EXTRAITS

E n ré u n i s s a n t ces e x tr a its des œ uvres de Boccace à
l'usage des j e u n e s gens qu i é tu d i e n t la lan g u e italien n e ,
n o tr e b u t a été de faire c o n n a ît r e , d ’u n e façon aussi c o m ­
plète q u e possible, les diverses faces d u ta l e n t de Boccace.
I.es œ u v re s de je u n e s s e d u c o n t e u r d e v a ie n t d o n c y ê tre
r e p r é s e n té e s , et n o u s av o n s fixé n o tr e choix s u r q u e lq u e s
passages du N infale Fiesolano, qui fe r o n t c o n n a ît r e , d a n s
so n e n s e m b le , le s u j e t d e ce gracieux p o è m e ; on y t r o u ­
v e ra aussi l’occasion, tr o p ra r e , d 'a p p ré c ie r le ta le n t souple
e t facile de Boccace poète. I.e Décaméron fo u rn it, co m m e
il e s t ju s te , les plus n o m b r e u x e x tr a it s ; ceu x-ci p e r m e t­
tr o n t au le c te u r de se faire u n e c e rta in e idée du cad re
aussi bien qu e d u c o n te n u varié de ce livre, Nouvelles s e n ­
tim e n ta le s , d r a m a ti q u e s ou sim p le m e n t bouffonnes, scè n e s
de la vie p o pu laire , ta b le a u x de m œ u rs , s a n s ou b lier
q u e lq u e s - u n e s des ag réab les pièces d e vers q u e Boccace a
mêlées à ses co n tes. Le Corbaccio figure avec u n c o u r t
passage d estin é à d o n n e r u n e idée du style plu s vif et plus
I.
Dans une note pincée ci-après, en tê te de la n o u velle du F aucon
l'on tro u v en t un ex em p le «le* m u ltip le s im ita tio n s qui o n t éii! faites des
n ou velles de B occace.

�dégagé de l’a u t e u r d a n s ce cu rie u x ouvrage. Enfin, les
traités d a n te s q u e s , la Vita et le Comento, so n t r e p r é s e n té s
p a r q u e lq u e s pages.
Ainsi se su c c è d e n t, d a n s l’o rd re c h ro n o lo g iq u e , unevingtaine d ’extraits, aussi c ara c té ristiq u e s q u e possible,
qui r é s u m e n t tr e n te a n s et plus de l’activité littéraire d e
Boccace.
Le texte des extraits qu e n o u s d o n n o n s «lu N infale Fieso­
lano et d u Corbaccio diffère assez s e n s ib le m e n t de celui qu e
p r é s e n te n t h;s é d itio n s ; n o u s y avons accueilli q u e lq u e s
v arian tes relevées p a r no us, il y a p lu s ie u rs a n n é e s , d a n s
les m a n u s c rits de ces œ uvres co nserv és
F lo re n c e. Les
d e u x e x tra its de la V i t a di Dante r e p r o d u i s e n t le te x te
to u t r é c e m m e n t publié p a r M. E. Rostagno (Bologne,
1809). Le passage d u Comento est e m p r u n té à l'édition
Milanesi (Florence, 1803). Q u an t a u Décaméron, n o u s avo ns
pris p o u r base l'édition P . F a n fa n i (Floren ce, 1856), t o u t
en la c o n tr ô la n t à l ’aide de la belle édition de 15 27. Nous
avons c r u devoir, en co n sid ératio n du public spécial au q u e l
s ’ad re s se n o tre volum e, in tro d u ire çà et là q u e lq u e s lég ers
ch a n g e m e n ts et p ra tiq u e r q u e lq u e s c o u p u re s qui n ’a l t è r e n t
en r i e n le c a ra c tè re d es m o rc e a u x p ubliés.
Q uan t au x an n o ta tio n s , le b u t q u e n o u s n o u s s o m m e s
pro p o sé p e u t se r é s u m e r ainsi : n e pas a id e r s e u le m e n t
les élèves à c o m p r e n d r e u n texte parfois assez, difficile,
mais e n c o re le u r f o u r n ir c e rta in s r e n s e ig n e m e n ts , soit, d e
lan g u e usu elle, soit de g r a m m a i r e h is to riq u e, soit d ’his­
toire litté raire, q u e la l e c t u re de tel ou tel passage fo u rn is­
sait l’occasion de l e u r sig n ale r. En infime te m p s n o u s ne
n o u s s o m m e s pas in te rd it des ap p ré cia tio n s p u r e m e n t lit­
téraires, d e stin ée s à év eiller le se n s critiqu e de nos j e u n e s
le c te u rs et à fo r m e r l e u r ju g e m e n t.
Henri HAUVETTE.

�Vue générale de Fiesole.

IL N IN FA LE FIESOLANO 1

Ce g rac ieu x p oèm e p ro c è d e du g e n re illustré p a r Ovide
d a n s les Métamorphoses. Affrico et Mensola s o n t d eu x ruis­
seaux qui d e s c e n d e n t des collines voisines de Fiesole et se
j e t t e n t d a n s l'Arno, h p e u de d istance l’u n de l ’a u t r e , eu
a m o n t de Florence. Boccace a su p p o sé qu e d eu x j e u n e s
gens, deux a m o u r e u x , av aien t d o n n é le u r s n o m s à ces
1.
Il faut sous-en tendre un su b sta n tif com m e poeme avec les deux
adjectifs don t se com pose ce titre : le prem ier, d érivé de ninfa, indique
la qualité des principaux personnages qui figurent dans le poèm e; le
second désign e le lieu de la scène. Fiesole, du haut de ses riantes col­
lines, dom ine F lorence au nord; c ’est la v ie ille v ille étru sq u e à l'histoire
de laqu elle se ra ttachent de nom breuses légendes. A l’époque fabuleuse
où nous reporte B occace, Florence n’e x ista it pas encore.

�m o d este s c o u rs d 'eau . Son réc it no us r e p o r te a u x te m p s
fabuleux où les h a u t e u r s de Fiesole é ta ie n t p eu p lée s de
N y m p h e s vouées a u culte de la c h aste Diane; l’u n e d ’elles,
Mensola, excite u n e vive passion d a n s le c œ u r d u b e rg e r
Affrico. Les d e u x j e u n e s g e n s s ’a i m e n t ; m ais a ussitôt Men­
sola, prise de re m o r d s , évite p a r t o u t son b ie n - a im é qu i se
tue de d éses p o ir et m èle son s a n g aux Ilots d u to r r e n t qui
po rte a u jo u r d 'h u i so n n o m . Q u a n t à la N ym phe, poursuivie
p a r le c o u rr o u x de Diane, elle d is p a ra ît d a n s les eaux du
r u isse a u qui a gardé le n o m de M enso la'. Nous d o n n o n s
ci-après q u e lq u e s ép isod es d e ce joli ro m a n m yth ologique,
où l’on app récie to u t p a r t ic u l iè r e m e n t la vérité d e s s e n t i­
m e n ts et la sim plicité de l’e xpression.
I.e j e u n e Affrico a été to ute la j o u r n é e loin «le la ca b a n e
p a te r n e lle : il n ’a so n g é, d ep u is le m atin , q u 'à p o ursuiv re
les N y m p h e s; il en a oublié l’h e u re du repas, e t ses paren ts
a n x ie u x l’a t t e n d e n t e n c o re , q u e d é jà la n u it est venue
(Deuxième p artie, st. I et suiv.).

Il Solo era già corso in O ccidente
E si nascoso che più non lucea ;
E già le stelle e la luna lucente
N ell’a ria cilestrin a - si vedea;
E l'u sig n u o l c a n ta r più non si sente,
Ma cantan quo’ 3 clic ’1 giorno nascondea,
1. L'application do la m yth ologie h l'histoire e t h la géographie locale»
* 4 un des tra its cui so reconn aît, dans l'oeuv re do Boccace, la m a n ifesta­
tion la m oins é q u ivo q u e de l’e sp rit de la R en a issa n ce ; a v a n t Ini, Ics
oeuvre s d ’un caractère local ne m anqu aient c erte s pas (un peut c ite r les
célèbres Leggende F ietosane), m ais e lles n'avaient aucun caractère cla s­
sique. Le N infale' Fiesolano a fait éco le; et, au xv* siècle, le célèbre
Laurent de Mèdici», poêle en m êm e tem ps que politiqu e, s’en inspira dans
un poèm e en o ctaves, Ambra, se rapportan t à la situation de sa belle
villa de P o g g io a Calano. On tro u vera ci-après, à la su ite des e x tra its du
N infale Fiesolano, une note sur la m étriq u e de l’o cta ve et du vers italien
en gén éral.
2. C ile s tr in a : eeles tina, celeste ; si v e d e a accordé seu lem en t avec le
dern ier sujet {la luna) su iv a n t une habitude a ssez fréq u en te.
3. Q uo’ : sous-entende/, uccelli.

�P e r lo r n atu ra, c scuopregli la notte.
Affrico g iunse a casa a cotal’ o tte *.
A lla q u al giu n to , l ’a sp e tta n te p adre
C on g ran letizia ricevette il figlio,
Siccom e quel che tonica clic le lad re
F ie re dato non gli avessin J di p ig lio ;
li la piatosa 3 e p ian g en te su a m adre
L 'abbracciava dicendo : « 0 fresco giglio !
« Dove se' stato , caro mio figliuolo,
« Che tu ci hai dato ta n ta pena e duolo ? »
E sim ilm ente il p ad re dom andava
Dove stato e ra il dì senza m angiare.
Affrico so p ra se 1 alquanto stava
P e r leg ittim a scusa a ciò tro v are,
La quale A m ore tosto g l'in seg n av a,
Com e far suol 5 le m en ti asso ttig lia re
Do’ veri am an ti, ed al p ad re rispose,
li una b u g ia colai s ì g li dispose :

1.
A ffric o : l accent tonique osi sur In vo yelle in itia le ; o t t o : dans la
langue ancienne on trou ve fréq u em m en t le m o t o tte em p lo yé dans le
m êm e sen s que ora, ainsi q u e da n s le m ot com posé allotta e t dans de
nom breuse* locutions.
-• A v e s s in : la d ésin en ce d e l'im p a rfa it du su b jo n ctif en estero, qui
a aujourd'hui prévalu« a ltern e fréq u em m en t d a n s les vieux écriva in s avec
les d é s in e n c e s — ensino e t — essano. I/e x p re ssio n d a r d i p ig lio très p it­
toresque« e st encore co u ra m m en t em p lo yée.
Ü. P ia to s a : p ie tosa^ com m e 011 trouve p ia tà et p ia ta n za pour p ie tà ,
pietanza.
4.
S ta r s o p r a sò ou s o p ra d i sù : indique une idée de r e c u e ille m e n t;
»1 s'agit ici du silen ce que garde Affrico, em barrassé pa r les q uestions de
Mes paren ts : il se tait e t réfléchit.
ô. C om o fa r s u o l ... 1 /infinitif assottigliare qu i su it d o it être ex p liq u é
com m e une sorte d'apposition à fa r : com m e l'am our a coutum e de faire,
c'est-à-dire d ’aiguiser... Il y a là une redondance fréqu en te dans le style
d e Boccace.
G. SI : a ici un sens p u rem en t affirm atif, a ssez voisin du latin sic d'où
/ il vien t.

0

�« P ad re mio caro, egli è g ra n pezzo ch’io
In q uesti poggi vidi una cerb ietta 1,
La qual tanto bell’ era, al p a re r mio,
Che mai non credo che una sì diletta
Se ne vedesse, e veram ente Iddio
Colle sue m an’ la fé’ sì leg g ia d re tta ;
Fi nell’ an d ar com e g ru '2 e ra leve,
Fi bianca tu tta come p u ra neve.
« Sì n’in v a g h ii3 ch’io la seguii g ran pezza
« Di bosco in bosco, credendo p ig lia rla ;
« Ma ella tosto de’ m onti l'altezza
« P rese, p e rc h ’io di più p e rse g u ita rla
« Sì mi rim a s i4 con m olta gram ezza;
« E in cuor mi posi d ’ancor ritrovarla
« li con più agio seg u irla a ltra volta.
« Cosi a casa tornandom i d iò s volta.
« Io mi levai s tam ane; a dire il vero,
« V eggendo il tempo bel, m i ricordai
« Della cerb ietta, e vennemi in pensiero
« Di lei cercare, e m i d e lib e ra i6.
« Così mi m isi su p er un sentiero
« C h e 7 non m ’accorsi c h ’io mi ritro v ai

«
«
«
«
«
«
«

1. C o r b io tta : d im in u tif de cerbia pour cerva, uno biche.
‘2. C ette com paraison avec une grue, qui nous paraît peu gracieuse, n’a
d ’autre but que d ’ex p rim er la légèreté de la biche.
3. N ’in v a g h ii : il faudrait dire aujourd'hui inc ne invaghii.
4. Le sens e st : rinunz ia i a inseguirla. Su r le sens de ai, voir ci-dessu s
la note au vers 24. — G ra m e z z a : chagrin ; l’a d jectif g ramo est encore
em ployé dans le style poétique.
5. D iò : diedi. D a r v o l t a : voltarsi.
G. M i d e lib e ra i : il faut sous-entendre d i lei cercare.
7.
La syn ta x e a ici q u elq u e chose de lâche qui n’est pas rare chez
Boccace: les propositions sont juxtaposées au moyen de che, sans que le
rapport des idées so it cla irem en t indiqué. Le sens n'est d'ailleurs pas
douteux : Affrico s'engage dans un sen tier sans penser à l’heure ; quand
il est à m i-còte de la m ontagne, il s’aperçoit qu’il est m idi.

�« A mezzo il poggio, quando di già era
« A mezzo il ciel colla lucente sp era 1.
« Q uando sentii e vidi m enar foglie
« Di freschi q uerciolet ti, o nd’io più p re sso
« Mi feci a lq u a n to 2, dietro alcune sc o g lie 3
« T acitam ente p er veder fui m esso 1 :
« Vidi tre cerb ie 3 g ir con p ari voglie,
« l/e r b e p ascendo; perchè fra me stesso
« A vvisando p ig liarn e una, pian piano
« V er lor n ’andai con un po’ d ’erba in m a n o 0.
« Ma com ’elle mi v id o n 7, si fuggirò
« S u s o 8 al monte senza punto a sp e tta rm i;
« Ed io di questo alquanto me n'ad iro ,
« V eggendo quivi beffato la sc ia rm is ;
« E cosi dietro loro un pezzo m iro,
« Poi a seg u irle* 0, senza avere a ltr'a rm i
« Che o ra non m ’abbia, infin che di veduta
« Non me le tolse la notte venuta.
« O r sai della mia s ta n z a " la cagione,
« O caro p ad re, e di questo sii certo. »
1. S p e r a : form e ancienne e t po étiq u e pour afera.
2. La proposition and' io più pre/tuo mi feci alquanto doit être expliqu ée
com m e une sorte de paren thèse, rattachée à la phrase par la conjonction
e x p lic a tiv e onde.
3. S c o g lie : rochers.
4. F u i m o sso : mi mis i.
5. C e r b io : voir ci-dessus, v .2 6 e t la note.
lî. Détail naïf e t plein de grâce.
7. V id o n : videro ; de m êm e, on verra p lu t d ’une fois, chez les auteurs
anciens, mison, diedon, fecion, arson, e tc ..., pour miscrò, diedero, fecero,
arsero.
8. S u so com m e g iu s o dans la langue ancienne, pour au, giù.
ü. Ce vers a quelque chose de redon dant; ou com prendrait bien î
vedendomi quivi beffato, ou bien : quivi lasc iat o. Boccace a réuni les deux
idées, au risqu e d e faire une phrase peu correcte.
10. P o i a seg u irle --. Il m anque un v erb e: après les a vo ir su ivie» s im ­
plem ent des yeu x, A ffrico se met à la poursu ite des b ich es; m ais le m ou ­
vem en t de la phrase e st parfaitem ent clair en d ép it de cette om ission.
11. S ta n z a est ici pris dans son sens étym o lo g iq u e : substantif dérivé

�11 p ad re, ch ’avea nom e G ira ffone,
G li parvo in te n d e r 1 quel p a rla r coperto,
li ben s’avvide e tenne opinione,
Siccom e savio e di tu’ s co se sp erto ,
Che ninfe stato dovieno esser q u e lle 3
Che dicea ch ’eran cerb ie tan to belle.
Ma p e r non farlo di ciò m entitore,
E non p a re sse * che se ne accorgesse,
E per non crescerg li il disio m ag g io ro
Di più seg u irle, ed an co r se potesse
F a r che; lasciasse da sè questo am ore,
li, senza p a le sa rg li 3, giù '1 ponesse,
Ciò che ha d etto fa v ista di c re d irg li5 ;
Poi com inciò in cotal guisa a d irg li:
« C aro figliuolo o dolce mio diletto,
« P e r Dio li p rego ti sappi g u a rd a re
« Da quello cerb ie che lu hai o r d etto,
« Ed in m a l’ ora 7 via le lascia an d are !
d e stare, il veu t d ire a rrêt et, par su ite, reta rd . C'est aussi dans ce sens
d 'arret, station que le m ot stanza ffr. stance) a été a p p liq u é à la poésie.
Au contraire, il &lt;*st a rriv é ii signifier chambre en p a rla n t d ’un a u tr e point
de v u e : c ’e st l’e n d ro it où l’on se tien t.
1. Il y a ici une anacoluthe ou changem ent de co n stru ctio n : le v erb e
de vra it a vo ir pour su jet il padre : au contraire, Boccace em ploie un
verbe im person n el, e t rappelle le su je t réel par le pro nom au d a tif gli.
2. T a ’ : Tai , tu li. — S p e r t o : esperto.
3. R em a rq u ez l'inversion : che quelle che dicea dovieno essere s ta le
n nfe. Dovieno est une form e ancienne de l’im p a rfa it de l'in d ica tif pour
dovevano; Dante e t les a u tres a uteurs du xiv* siècle eu présen ten t d'assez
nom breux ex em p les.
4. E n o n p a r e s s e : ce su b jo n ctif au m ilieu de cette série d 'in finitifs est
inatten du : il faudrait rég u liè re m e n t : e per non lasciar vedere...
5.S o n z a p a lo s a r g li : en ten d ez : et que A ffrico ren onçat à c e t a m ou r sans
Ia révéler à son père. T o u te cette octa ve e st des plus cu rieu ses pour
l’analyse dos sen tim e n ts tentée pa r Boccace ; il y a beaucoup do finesse
dans Ir portrait do ce péri* in d u lg en t ; m ais l'expression e st em barrassée ;
Boccace n'est pas encore m a ître de son style, c o m m e il le sera une d iza in e
d'années p lu s tard.
&lt;». G r a d ir g li : erodergli.
7. In m a l'o r a : fo rm u le d'im précation com parable h lu locution v u l­
gaire : e n v o ye r au d ia b le .

�« Chè, so p ra la mia fedo, i’ 1 li p rom etto
« Clic di D iana sono ; a d ip o rtare
« Si vari pascendo su per questi m onti,
« L’acqua bevendo delle fresche fonti.
« D iana le più volte va con esse,
« Con le saetto c l'arco m icidiale ;
« lì se por ¡sciagura s ’avvedesse
« Che tu lo seg u itassi, collo strale
« M orte ti donereb b e, com e spesso
« Volto ell'h a fatto a ohi vuol far lo r m ale ;
« Senza o l i 2 ’eli’ è g ra n d issim a nim ica
« Di noi e di n o stra sc h ia tta a n tic a ! »
GiralTone r a c o n te alo rs à so n lils c o m m e n t son p è re
M u gn on e (c’est e n c o re lo n o m d ’u n t o r r e n t qui coulc à
l’est do Fiesole et se je t t e d a n s l’A rno a u -d e s so u s de Flo­
rence) fut t r a n s p e rc é d 'u n e Dèche p a r Diano qui l’avait
s u r p ris avec u n e de ses n y m p h e s . Mais Affrico p a ra it peu
disposé h p rofiler do la leçon [Ibiil., st. 24 el suiv.).

P osto avca fine al suo ragionam ento
11 vecchio GiralTone lacrim ando.
Affrico ad ascoltarlo molto atten to
Istava, bone ogni cosa notando ;
E come clic 3 alquanto di pavento
Avesse di quel dir, p u r fermo stando
In sua opinion al p ad re disse :
« Non tem er che cotesto m ’avvenisse!
« Da o ra innanzi io le lascerò an d are,
« S ’ogli avv id i d i ' io più le trovi giam m ai.
1. I* : abréviation fréquente du pronom personnel io.
2. S e n za ch o : sa ns co m p ter q u e...
3. C om o cho ou C o m o cch ó : sebbene, quantunque.

�«
«
«
«
«
«

A ndianci 1 adunque ornai a riposare,
C h’io sono stanco, sì m 'affaticai
O g g i p e r questi m onti, por to rn are
Di di a casa, clic mai non fin a iJ,
C h'io son qui g iu n to con m olta fatica:
Si ch'io ti prego che tu p ifù non dica. »
G iti a d o rm ir, non fu sì tosto giorno
C h ’Affrico si levava p restam en te,
li nelli usati poggi fé’ ritorno,
Dove sem pre tenea '1 core e la m en te;
S em pre m irando davanti e d intorno,
Se M ensola3 vedeva ponea m ente,
li come piacque a A m o r,giunse ad un varco
D ov'ella gli era p resso ad un tra r d ’arco.
E lla lo vide prim a eh ’ egli lei4,
Perchè a fu g g ir si die quanto potea.
Affrico la sentì g rid a re : « O m e ir’ ! »
E poi g u ard an d o fu g g ir la vedea,
E fra sé disse : « P e r certo costei
« E M ensola », e poi d ietro le correa ;
« E sì la p re g a e p e r nom e la chiam a,
D icendo: « A sp etta quel che tan to t 'am a!
« D eli! o bella fanciulla, non fu g g ire
« Colui che t'am a sop ra ogni altra cosa.
« Io son colui che p er le g ra n m a rtire
« Sento di e notte senza aver mai posa ;
1. A n d ia n c i. Jusq u*au x v r sièc le on trouve che* le* é c r iv a in * Florentin
dea prem ière» personnes* du pluriel en — iàno, a u lieu de — iamo.
?. F in a l : le vieil italien possédait un verb e finare i\ coté de finire,
exactem en t com m e l ancien français* p résente d e nom breux exemples» du
verbe finer, uuquel finir a été prefére depu is le xvi* siècle.
3. M en s o la : ce nom , co m m e colui d A ffrico, eat sdrucciolo. — P o n ca
m o n to : Stara atten to, guard ara attentam ente uè Mensola ai lasciava vedere.
4. P r im a c h 'e g li redesse le i.
5. O m oi : ex clam ation syn o n ym e de oimè.

�«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

«
«
«
u

Io non li seg n o p er farti m orire,
Nè p er far cosa che li sia gravosa :
¡Ma solo A m or m i ti fa seg u itare,
Non n im istà ' nè m al eli i’ voglia fare.
« Io non ti seguo conio falcon fa c e 2
La volante pernice cattivella *,
Nè ancora com e fa lupo rapace
La m isera e dolente p eco rella;
« Mu sì come colei che più mi piace
S o p r’ogni cosa, o sia quanto vuol b e lla 4.
T u se ’ la mia speranza e'1 mio disio,
li se tu a v e s s i8 m al, sì l'arei io.
■&lt; Se tu m ’asp etti “, o M ensola mia bella,
« lo t i 7 pro m etto o giuro p er gli Dei
C h' io ti to rrò p er m ia sposa novella,
E d am erotti si come colei.
Che se ’8 tu tto '1 mio bene, e com e quella
C h'hai “ in balia lutti i sensi miei.

1. N im i s t à : nemici zia.
!2. F ace : ancienne conjugaison «le fa re (fàcere): faccio, faci, face...
Dan» cotte phrase, contine II arriv e so u ven t cn Italien et en francais ,
fare prend ex a ctem en t lo sen s e t la fonction du v erb ee q u ’il rem place
(lc i segue). C om pare z avec la phrase de Boccace, co ver» «le C orneille
(llorace) :
IH je te traiterais counno j ’ui fait mon frère
3. C a ttiv e l la : nmlheurou»e
4. K s la q u a n to v u o l b o lla : S ia bella qaanto ni vuole, /ter quanto sià
bella. I.o verbo volere entro e ncore do la nn'me facon dan» la co m position
dii pronom indéterm iné qualsiroglia, qui signifie qualunque.
5. Le» poè tes fl o ren tin s, Jusq u a u xvi* siec le, ont ain»i conjug ué le fu tur
e t lo conditionnel do avere : arti, arei : le o disparai ssait
aussi fré q u e m ­
m en t au p a rticip e passé: auto.
U. La syn tax e régu lière ex ig e ra it te tu m'a tp ettera i ; m ais le verbo ta fi
prom etto, au pré se n t, qui m asque eu q u elq u e so rte le fu tu r io ti torni,
attenne l’Irrégu la rité.
7. A m o r o tti: ti ameni l'usago n'adm ot plus c e tte facon d’accoler lo
proonom au verbe , sa u f à l’im pératif, h l'in fin itif e t au geron dif.
8 . S ò : s e i.

1). C h 'h a i : on est o b ligé do d ire en francai» : tu e t celle qui a, e t non
Celle qui as .

�« T u se’ colei che s o l 1 mi guidi e re g g i,
« T u s o la la mia v ita s ig n o re g g i2! »
Sans é c o u te r les a r d e n t e s p r i è r e s d u j e u n e h o m m e ,
Mensola fuit to u jo u rs (I b i d st. 38 et suiv.).

E nella d estra man tenea un dardo,
Il q u a l3, q u a n d ’ella un pezzo fu fu g g ita,
Si volse indietro con rig id o sg u ard o ,
G ià divenuta p er p au ra a rd ita ;
E quel lanciò col buon braccio g ag liard o
P e r dare ad Affrico m ortai ferita ;
E ben l ’avrebbe m orto 1 se non fosse
Che in una q uercia, innanzi a lui, percosse.
Q uand’ella il dardo volare vedea
Zufolando p er l’aria , e poi nel viso
G uardò del suo am ante, che p area
V eram ente form ato in p aradiso :i,
Di quel lanciare forte si p e n te a 0,
P erch é di vita l ’avrebbe diviso,
1. S o l pour so lo : invariable dans le sens de solamente.
2. Ce discou rs d ’A ffrico est rem arquable p a rla sin cèrité d'accent com m e
pur la sim p licité e t m êm e l'in gén uité de l'expression. B occace, poète, ne
possède pas encore l'art souverain avec lequel un A rioste saura faire
v iv r e les création s de son im a g in a tio n ; m ais, à d é fa u t de force, il a
l’aisance e t le n atu rel.
3. On o b serve ici une anacoluthe g ra ve : après il quai, s’ouvre une
sorte «le parenthèse q ui va ju sq u ’à la fin du v . 4, puis le poète, oubliant
le su jet qu'il a v a it annoncé, reprend a u tre m e n t sa phrase au vers 5.
4 . M o r to : rem arquez l’em ploi littéraire, m ais encore a ssez fréquent, de
morire com m e verbe actif, su rto u t aux tem p s com posés, dans le sens
de tuer.
5.
Idée qui revien t so u ven t chez les poètes du xiv® siècle. P étrarqu e a
d it de Laure:
Cosici per fermo nacque in paradiso.
G. S i p o n te a : im p a rfa it du verb e pea tersi, devenu p en tirsi.

�E grid ò fo rte : « O m è! giovane, g u a r ti1,
Ch'io non potrei di questo colpo a t a r l i 2 ! »
11 fe rro 3 era quad rato e affusolato,
E la forza fu g ran d e ; onde si caccia
E n tro la quercia, e tu tt’ o lir’ è passato,
Come se dato avesse in una ghiaccia ;
E li’ era 4 g ro ssa sì che ag g av ig n ato
Un uomo non l’avrebbe colle braccia.
Ella s ’ap erse, e l’asta d entro entroe s,
E più che mezza p er forza passoe.
M ensola allor lu lieta di quel tra tto ,
Che non avea il giovine ferito ;
(P erch è A m ore l’a v e a 0 di cor tratto
O gni crudel pensiero, è già u d ito ")
Non p e rò 8 ch ’ella asp e tta rlo a niun p atto
Punto volesse, e pig liasse p artito
D ’esser con lu i; m a 9 lieta saria sta ta
Di non esser da lui più seg u itala.
1. G u a r ti : syncope do f/uàrdati.
2. A t a r t i : « to w p o u r aitare, form e qui n'e st pas sans de grandes res­
sem blances avec le français a id er;o n d it aujou rd’hui p lu s com m un ém ent
aiutare.
3. Il y a dans ces trois v e rs de bru squ es changem ents de tem ps qui
peu ven t su rpren dre, m ais ne sont pas illogiqu es : d’abord l'im parfait il
ferro era..., il «Hait carré de sa nature ; c’est un é ta t qui d u re ; puis le
passé défini : la fo rza fu ... c’e st une action instantanée qui ne se renou­
velle pas; enfin le passé indéfini: ò passato, on n ’a pas eu le tem ps de le
v o ir pén étrer dans l’arbre ; il y e st déjà fiché de pa rt en part.
\ . E lla : la quercia. — A g g a v ig n a to : ce m ot s'em ployait au sens propre
en parlan t de deux hom m es qui se p ren nent à bras le corps.
5.
E n tr o e , p a s so e : anciennes form es pour entrò, passò ; de m êm e on
trou ve fréqu em m en t fue pour fu, e t aussi piue, Gcsue, par analogie, pour
più, Gesù.
G. L ’a v e a : le est au d a tif. Il faudrait le avesse.
7. É g ià u d it o : on a déjà vu po u r quel m o tif... Le revirem en t de
M ensola passant de la haine à l’am our est in d iq u é trop brusqu em en t.
8. N o n p o rò ... : ce n'est pas à dire q u ’elle v o u lu t le m oins du
m onde, etc.
9. M a: au contraire, elle n’aurait p lu s voulu ê tre p o u rsu ivie. —

�E poi da capo a fu g g ir com inciava
V elocissim am ente, poiché vide
C he’l giovinetto p u r la seguitava
Con r a t t i 1 passi, e con p re g h i e con gride.
P e rc h ’ella innanzi a lui si dileguava,
E g ro tte e balzi passando r i d d e 2.
In sul g ra n collo 3 del m onte pervenne,
Dove sicura ancor non vi si tenne,
Ma di là * passò molto tostam ente
Dove la p ia g g ia !i d ’alberi era più spessa,
E si di frondi folta che niente
V isi scorgeva d e n tro ; p e rc h é 0 m essa
Si fu la ninfa là tacitam en te,
E , come fosse u c c e l7 cosi rim essa
Nel folto bosco fu, tra verdi fronde
Di be’ querciol, elio8 lei cuopre e nasconde.
P e n d a n t de longs j o u r s Affrico ré u s sit aussi peu à re join dre
ou s e u le m e n t à voir Mensola. E nfin, g râ ce à l’appui de
Vénus et à la faveur d 'u n d é g u is e m e n t, il p a rv ie n t à se glis­
se r p arm i les N y m p h e s ,s a n s éveiller de so up çon s, et se fait
a im e r de Mensola. Mais les r e m o r d s qu e celle-ci éprouve
p o u r avoir trah i les vœ ux q u e Diane im pose à ses Nymphes,
S a r ia = ’ Sarel/be: on verra sou ven t dans la langue ancienne d«» ce«
con dition n els en /«.-c'est une désin en ce a n cien n e d ’im p a r fa it (ffpia.= «m?,
vìncili — vincea, etc., chez Dante) que l’on retrou ve dans la conjugaison
espagnole.
1. R a t t i : rapidi.
2. R ic id e : reeide, au sens propre, elle coupe; elle abrège sa route en
franchissan t...
3. C o llo : la ligne de faite de la m ontagne.
4. D i là : al di là, oltre.
5. P ia g g ia : ne pas confondre avec *piaggia (plage). Piaggia désigne
toujours un terrain en p ente.
(i. P o rc h ô : c ’e st pourquoi (¿» cause de cette im p én étra b ilité de la forftt
aux regard»).
7. C om o sr fosso u c c o l.
8. C h e : avec le verb e au singulier, représen te bosco et non i querdoli.

�l'empêchent de revoir Affrico : elle se tient obstinément
cachée: Affrico en conçoit une violente douleur (6° partie,
st. 27 et suiv.).
P erch e già s e n d o 1 un mese o più passato
Che non potè mai M ensola vedere,
E ssendogli pel g ran dolor m ancalo
Si la n atu ra e la forza e’1 potere
Che un anim ai p area g ià diventato
Nel viso e nel p a rla re e nel tacere*,
E ’1 capo biondo sm orto era v e n u to 3,
Senza p a rla re e’stava q u a s i1 m ulo.
E ssendo un giorno a g u a rd a re 8 il suo arm ento,
In d o lire 0 appiè del m onte, come spesso
E gli era usato, gli venne talento
Di gire al luogo là dove prom esso
Da M ensola gli fu con sa ra m e n to 7
Di rito rn a re a lui, e fu ss i8 m esso
(Lasciando delle bestie il grande stuolo)
Sol con un dardo in m an pel cam m in s o lo 9.
E pervenuto all’acqua del vallone,
Dove M ensola sua sorpresa avea,
1. S o n d o : on rencontre fréq u em m en t chez les poètes anciens cette
form e tronquée du géron dif de essere: e lle est ii rapprocher du participe
passé ancien suto, que statu, em p ru n té au verbe stare, a d éfin itivem en t
rem placé.
2. Affrico e st m éconnaissable : on d ira it une béte d ép o u rvu e de
raison.
3. V e n u to : divenuto.
4. Q u asi : come.
5. G u a r d a re : on d ira it plu tôt aujourd'hui custodire ou badare.
ti. I n d o l t r e : II intorno.
7. S a r a m e n to : form e ancienne pour sacramento ; on trou ve aussi
sagramento.
8. F u sai m o sso : si mise.
0.
Le prem ier *ol doit ê tre in terp rété com m e un a dverbe : il n ’a à la
main qu'un javelot ; solo i\ la lin du vers e st a d je c tif et se rapporte à
Affrico.

�Quivi m irandosi intorno il g a rz o n e 1 :
« 0 M ensola! » infra sè stesso dicea,
« Io non credetti mai tal trad ig io n e*
« Della tu a fé, che p ro m essa m ’avea
« Di rito rn a r con sa ra m e n ti e g iu r i3 !
« P a r che poco d ’iddio o di me ti cu ri !
« Non li ricordi quando colle m ani
« Insiem i1 in questo luogo ci pigliam m o
« E coi tuoi saram en t i falsi e vani
« D icesti'1 tli to rn a r? P oi ci g uardam m o
« N egli occhi, che ora stan n o sì lontani,
« Ed in tal luogo poi ci p a rtiv a m o 3.
« Non li ricordi quanti testim oni
« A g g iu g n esti allo lue prom essïo n i? »
^
Io non potrei mai d ir quanti lam enti
Affrico fece il dì quivi p ian g en d o ;
E p er crescer m ag g io ri i suoi to rm en ti,
Giva quivi ogni cosa riv o lg e n d o 0,
D e’ suoi am ori ciascuni a c c id e n ti7,
Buoni e cattiv i; e p er questo crescendo
La doglia sua o g n o r m ollo m ag g io re,
D iliberò d ’ u scir di tal dolore.
1. G a rz o n e : dans ce sens Irèa voisin du français, n'est plus em ployé
qu ’on poésie; dans l’usage m oderne, garzone (fém . garxonu) ne s'em ploie
plu s que pour désign er un garçon, une fil le de ferm e, ou l'aide q u ’em ploie
dans sa bo u tiq u e un cordon nier, un coiffeur, etc.
2. T r a d iz io n e : tradimento.
3. G iu r i : giuramenti. Le m ot giuro é la it p rim itiv e m en t la prem ière
personne du verb e giurare, em p lo yée dans les fo rm u les de serm en ts ;
puis on en a fa it un su b sta n tif. Cf. en français le vèto.
4. D ic o s ti d i to r n a r : che .saresti tornala.
5. La rim e est im p a rfa ite : ce sont des traces de précipitation qui
ne m anqu en t pas dans les œ u v re s de la jeu n esse de Boccace.
fi. G iv a : on d ira it a u jo u rd ’hui : andava rivolgendo.
7. A c c id e n ti : il évoqu e dans sa m ém oire les m oin dres in ciden ts de
son rom an.

�E so p ra l'acq u a 1 del fossato gito,
I/a g u to dardo si recava in m ano,
Al petto si ponea ’1 ferro p u lito 4
E in te rra l’asta, dicendo : « O villano
« Am or, che m ' hai condotto a tal p artito
« C h’io m ora in questo modo tan to stran o !
« E p u r e 8 innanzi ch ’io voglia più sta re
« In cotal vita, mi vo’ d is p e ra re 4 !
« O pad re, o m adre, fatevi con D io 8 !
« lo me ne vo nello ’nferno angoscioso.
« E tu, fium e, ritieni il nom e mio,
« E m anifesterai il doloroso
« Caso ch ’ò corso °, si crudele e rio :
« Ed a chi ti vedrà si sanguinoso
« C o rrere, o lasso ! del mio san g u e tin to ,
« P aleserai dov ’ 7 A m or m ’ ha sospinto! »
E detto questo, M ensola chiam ando,
11 fèrro tutto nel [lètto si rhi^o,
11 quale, al cor to stam en te passando,
Il giovinetto di subito uccise.
P erch è m orto nell’ acqua allor cascando,
I/a n im a da quel corpo si diviso,
E l’acqua che c o rrea p e r la g ran fossa,
Del san g u e tin ta venne tu tta ro ssa.

f&gt;‘&gt;

1. S o p r a l'a o q u a : ati boni de 1’cau, Affrico ho penebe a u-dessu s d u
torre n t.
2. P u lito : em p lo yé fri dan* lo sons du francai» poli.
:i. E p u ro ... K t cep cn d a n t (bicn quo co parti so it cru ci ol la m ort
a ffreu se), pIutAt quo vivrò ainai plus lon gtom ps...
4. D is p e r a r s i : so porlor à de* rósolu tious d ésesp éréea : euphém ism e
pour déslgn or lo su icid e .
5. F a t e v i c o n D io : fo rm u le d'adie u.
0. C o rso : on dira il p lu tei occorso.
7. D o v e : indique non lo lie u où so tro u ve Affrico, m a is Io parti qu ii
a pris.

�F acea quel liumo, siccom e fa ancora,
Di sè due p a rti, alq u an to giù b asso ;
E quella p a rte che fa m inor g o r a 1
P resso alla casa del giovane la s s o a
C orreva san g u in o sa. E ssendo allora
G ¡radon fuori, e’ vide il fiume g ra sso
Di s a n g u e ; p erch è subito nel core
(ili viene annunzio di fu tu r dolore.
P e r il che subito, senza d ir niente,
Ne gì dove s e n tì3 ch ’era il suo a rm e n to ;
Affrico non trovando, im m antinente
Su p e r lo fiume, non con passo lento
T e n n e 4 p er tro v are onde p rim am ente
Di quel san g u e venia ’1 com inciam ento,
E di chi fosse, e chi n ’ era cagione,
E g iunse al luogo dove A ffrico trovòne*.
Q uando vide il fìgliuol m orto g iacere
Col dardo fitto nel giovanil petto,
A ppena in piè si potè sostenere,
T an to fu quivi dal dolor c o s tre tto 6;
E p er l ’un braccio con g ra n dispiacere
11 prese e disse : « O im é! qual m aledetto
« B raccio fu quel che ti diè tal ferita ?
« 0 figliuol mio, chi li tolse la v ita ? »

83

1. G o ra : »e d it p ro p rem en t d'un canal généralem ent artificie l, au
m oyen duquel on d é riv e l'eau d'un fleuve ou d ’un torren t (pur ex em ple,
pour m ettre en m o u vem en t un m oulin, une usine); ici, B occace désigne
sim p le m en t le bras du torren t où il y a le moins d ’eau.
2. L a s s o : infelice. C om parez le français v ie illi las pour h e la s
3. S e n t i : ou peut su p p o ser que les troupeaux d A ffrico a va ien t des
clochettes qui p e rm e tta ie n t d ’en ten d re où ils étaient.
'i. T e n n e : il faut so u s-en ten d re un m ot com m e s tra d a ; il se dirigea
le long du ruisseau.
.f&gt;, T r o v ô n e : si ce ne e n c litiq u e n’e st pu« p urem en t ex p lé tif, il rap­
pelle les m ots catji*m\ cominciamento qui précèdent.
G. C os t r o t t o a ici un sens Irò« fo rt : étre in t p a r la douleur.

�E g li ’1 tra sse d e ll’acq u a; in sulla riva
I,o pose lag rim an d o il p ad re vecchio 1,
E con dolor quel giorno m aladiva
D icendo : « 0 figlio, del tuo p ad re specch io 2,
« O r che farà la tu a m adre c a ttiv a 3,
« Che non avrà giam m ai un tuo p a re c c h io 1?
« Che farem noi tapini e pien di duoli,
« Poiché rim a s i siam di to si soli? »
E ’I fitto 0 dardo gli cavò del core,
E il ferro rim irava con tristizia,
Poi diceva con pianto e con dolore :
« Chi tei lanciò con si crudel nequizia
« Nel petto, figliuol mio, con tal furore
« C h’io n ’ho perduto ogni bene e letizia ?
« C redo che fu D iana disp ietata
« Che del mio san g u e an co r non è saziata ! »
Ma poi ch ’egli ha quel dardo rim irato
Più e più volte, conobbe c h ’egli era
Q uel ch e'l figliuolo sem pre avea p o rta to ;
P erch è con tris ta e lag rim o sa cera
D isse : « 0 tapin figliuolo sv en tu rato !

« Qual fu quella cagion cotanto fe ra 7
1. Il p a d r e v e c c h io ... T ou te c e tte description resp ire une douceur,
un e sim p lic ité , 011 d ira it presque une bonhom ie, qui c o n stitu en t le
c h arm e p articu lier de ce N infale Fiesolana.
2. S p e c c h io : nous disons de m êm e qu'un fils e st le p o rtra it v iv a n t de
son père.
8.
C a ttiv a e st p ris ici dans son sens étym ologiqu e : m alh eu reux,
p r iv é de tou t com m e un c a p tif ; le français ch étif a v a it an cien n em en t le
m ém e sens.
4.
P a ro c c h io : sim ile. P ou r la form e , parecchio correspond très exacte­
m e n t au français p a re il, com m e vecchio à vieil, occhio à œil, etc.
5. R im a s i: cette form e du p a rticip e de rimanere (pour rimasto) n’e st plus
e m p lo y ée qu ’en poésie. — D i to s i s o li : soli est ici e m p lo y é dans le sens
d e orbi, privi.
ü. F i t t o e st ici le participe passé de figgere.
7. F era : fiera.

�« Che ti condusse qui a sì ria sorte,
« 0 chi li diè col tuo dardo la m o rte? »
Poi dopo molto doloroso pianto,
Giraffone il fìgliuol si g ittò in collo ;
E , con quel dard o d o lo ro so 4 tan to ,
Alla casetta su a così portollo ;
Ed alla m adre il fatto tu tto quanto
Quivi pian g en d o tu tta v ia 2 contollo;
E ’1 dardo le m ostrava, e sì diceva
Come del petto tra tto gliel ’aveva.
Se la m adre fe’ :l quivi g ra n lam ento,
Non ne dom andi p ersona n e ssu n a ;
Che d ir non si p o treb b e a com pim ento 4
Le g rid a e’1 p ianto che quivi s ’a d u n a 8,
E q u an ta doglia sentì coti torm ento,
B estem m iando g l’ Iddii e la fo rtu n a;
E ’1 viso stre tto con quel del figliuolo
T enea p iangendo c m enando g ran d u o lo 0.
P u re alla fine, siccom ’era usanza
A quel tem po di f a r 7 de’ corpi m orti,

1. La répétition du m ot doloro*) à deux v ers de distance e st un nou vel
in dice d e co caractère d’ébauche (pii a déjà été relevé. Le s ty le de ce
poèm e ne pro d u it pas l’im pression de perfection définitive qui d istin g u e
les v ra is c h e fs-d ’oeuv re ; m a is que d e fraîcheur et d ’ém otion sincère
da n s cette descrip tio n du v ie u x G iraffone !
2. T u t t a v i a : indique que G iraff o ne raconte toute l’histoire sans cesser
de pleurer. — Contollo; l’en clitiq u e rép ète, pa r un pléonasm e fa m ilier à
Boccace, le co m p lém en t déjà e x p rim é : il fntto tutto quanto.
3. F e * : fece.
4. A c o m p im e n to : compiutamente.
5. S ’a d u n a : p ro p rem en t se réu nissent, se confondent, se m êlent. Le
verb e au sin g u lier avec plusieurs su jets n’e st pas rare dans les énum éra­
tion s ; l'accord se fa it a vec le d ern ier term e.
0. M en a r g r a n d u o lo : dimostrando gran dolore. C om parez l'e x p res­
sion française mener grand bruit.
7. F ar : c ’é ta it l’habitude d ’agir ainsi à l’égard des m orts.

�Così allor dopo g ran lam entanza
Ed urli e p ian ti durissim i e forti,
A rs o n 1 quel corpo con g ran abbondanza
Dì lag rim e e dolor senza conforti,
Com e color eli ’altro ben non av ié n o 2,
11 qual si v eg g o n o r venuto meno.
li poi r icolson la polver d ell’ossa
Del lo r figliuolo, e al fiume se n'andaro ,
Là dove l’acqua ancor co rreva rossa
Del p ro p io 8 san g u e del lor figliuol c a ro ;
E in su la riva feciono una fossa
E d en tro quella poi vel sotterraro ,
Acciocché ’1 nome suo non si speg n esse,

Ma sempre il fiume seco ’1 ritenesse.
Da poi in qua q uel fiume dalla gente
Affrico fu chiam ato, e ancor si chiam a.
Quelque temps après, Mensola est à son tour transfor ­
mée en ruisseau par Diane prompte ù punir la faute de la
nymphe.

NOTE POUR AIDER A SCANDER LES VERS ITALIENS
I,’octave, ou ottava rim a, dont les poèmes de Boccace
offrent un des premiers exemples dans la littérature
italienne, est une strophe de huit vers égaux, dont les six
premiers rim ent sur doux sons alternés (AB AB AB ), les
1. A rso n : e t plu« loin, v. 137, ricolson et, v . 141, feciono. V oir page 27
note un v . 57.
2. A v ien o . V oir page 28, note au vers 71.
3. P r o p lo : cette prononciation d u m ot proprio est encore aujourd'hui
courante. Ce m ot a ici pour b u t d 'in sister su r ce détail douloureux que
c’était bien le sang de leur en fa n t qui rougissait l'eau du torrent.

�deux d e r n i e r s r i m a n t e n se m b le (CC); on sait, e n ou tre, q u e ­
j a m a is il n ’est te n u c om p te e n italien de la d istinction des
rim e s fém inines e t masculines.
Le vers em p lo yé p a r Boccace est l’hend écasy llab e, ou
vers de onze syllabes : la o n zièm e syllabe é ta n t a to n e , le
d e rn i e r a c c e n t d u vers e s t to u j o u r s s u r la d ix iè m e ; u n
a u tr e a c c e n t se trouve vers le m ilieu d u vers, e n g é n é ra l
s u r la sixièm e syllabe, parfois s u r la q u a tr iè m e .
P o u r c o m p te r les syllabes d 'u n vers italien, il faut savoir
qu e d e u x voyelles con sécutives se p r o n o n c e n t c o m m e u n e
seule syllabe, p a r u n effet d ’élision ou p lu tô t de c o n tractio n
pro pre à l’italien : a u c u n e des d e u x voyelles n e d is p arait
t o u t à fait d a n s la p ro n o n c ia tio n , 0 1 1 doit les faire e n te n d r e
tou tes d e u x d a n s u n e seule ém issio n . P a r exem ple aria
co m p te p o u r d e u x syllabes; il sole e r a en fo rm e q u a tr e , etc...
11 y a c e p e n d a n t à cette règle q u e lq u e s exceptions : u n e
voyelle finale a c c e n t u é e , co m m e s ï, p iù , ou u n e di­
ph to n g u e fin a le ,c o m m e mai, poi, etc., p e u t 1 1 e pas s ’é lid e r
d e v a n t u n e a u tr e voyelle; il y a en ce cas hiatus. D 'autres
fois d e u x voyelles consécutives, m ê m e d a n s l’in t é r i e u r d ’u n
mot, s o n t d é tac h ées l'u n e île l'au tre (en ce cas 0 11 a l'h abi­
tud e de m a r q u e r celle p a rtic u la rité p a r u n trém a) :
opin'ione, Diana, sâetta , etc.; c’est ce q u ’0 1 1 appelle la
diérèse.

�IL DECÀMERONE

P e n d a n t la terrible peste qui sévit à F lo ren ce en 1318,
u n e jo y e u s e com p a g n ie , se p t j e u n e s fem m es e t trois j e u n e s
gen s, v o u la n t fuir les spectacles d o u lo u r e u x qu e la ville
offre à leu rs yeux, et da ns l’esp o ir d ’é c h a p p e r à la co ntagio n,
va c h e r c h e r u n asile d a n s u n e des gracieuses villas qui
s’é ta g e n t a u n o rd de F lo r e n c e , a u pied de Fiesole. Ces
j e u n e s é p ic u r ie n s a r r a n g e n t le u r vie, d a n s ce sé jo u r
e n c h a n t e u r , de m a n iè re à ou b lier tou tes les m isè re s de
l'h e u r e p ré s e n te ,e t, p a rm i les d is tra c tio n s variées a u x q u e lle s
p ré sid e un roi ou u n e re in e , la p re m iè r e place a p p a r t ie n t
a u x nouvelles q u e ch a c u n des p e rs o n n a g e s, au n o m b r e de
dix, r a c o n te c h a q u e j o u r , p e n d a n t dix jo u r n é e s , ce qui
fait u n total d e c e n t nouvelles*.
Le Décaméron n ’est do nc pas u n recueil de nouvelles
d é tac h ée s co m m e celles q u e c o n tie n n e n t d ’a u tr e s recueils
italiens célèbres, le Cento Novelle antiche p a r exe m p le, ou
les c o n te s de F ra n co Sacchetti. Le c a d re lu i-m ê m e , qui
s e r t de lien au x récits de Boccace, p ré s e n te u n certain
1.
Aussi le livre e st-il so u ven t désign é sous ce titre : il Centonovellc.
Quant au m ot Decamerone, form é assez m a la d ro item en t de deux m ots
grecs, il indique la division du livre en dix journées.

�in té rê t, d ep u is la descriptio n fa m e u se de la peste, p a r
la q u elle s’ouvre le livre, j u s q u ’au x c h a r m a n te s poésies qui
s o n t c h a n té e s à la lin de c h a q u e j o u r n é e p o u r a c c o m p a g n e r
les d a n s e s .
Q u an t a u x c o n te s e u x -m ê m e s , ils r o u l e n t s u r les sujets
les plus variés : c ’e st u n e succession in i n te r r o m p u e de
scènes b ou ffon nes, é m o u v a n t e s ou m ê m e s tragiques, u n
défilé de types ta n tô t esq u issés avec u n e verve e x u b é r a n t e ,
sin o n to u jo u rs édifiante, ta n tô t a n im és de passions violentes.
T oute la vie ita lien n e d u xiv° siècle, d e p u is la caban e d u
p auv re villageois j u s q u ’au x co u rs p r in c iè r e s , passe sous nos
yeux, avec ses idées, scs m œ u rs , ses p réju g és, ses v ertu s et
ses vices, m ais s u r to u t, il fau t b ien le d ire, avec ses peti­
tesses, ses rid icu les, son c y n is m e e t sa frivolité, Boccace a
déployé u n a r t m erv eille u x d a n s le n a tu r e l et l'aisance avec
Lesquels se d é r o u l e n t ses ré cits, d a n s le soin q u ’il a pris
de m e t tr e e n relief, q u a n d il le faut, les m o i n d r e s cir­
co nstan ces, d a n s la v érité, la finesse la malice, d o n t il a fait
preuve p o u r l'a n a ly se des c a r a c t è r e s ; il a su p r ê t e r à ses
p e r s o n n a g e s u n e a ttitu d e , des gestes, u n e physio no m ie, un
langage si expressifs et si ju s te s q ue l e u r so u v e n ir et le u r
silh ou ette se g ra v e n t d a n s l ’esp r it d u le c te u r aussi n e tte ­
m e n t qu e si on les avait r e n c o n t r é s e t q u e si l'on avait
causé avec eux .
Les e x tr a its q u e l’on t r o u v e r a ci-après d u chef-d’œ uvre
de Boccace o n t p o u r b u t de m o n t r e r so us ses d ifférents
aspects le ta le n t si souple du c o n te u r florentin.

�I. — LA PESTE DE FLORENCE1 (Introduzione)

Già erano gli anni della fru ttife ra 2 incarnazione del
F igliuolo di Dio al num ero p ervenuti di m ille trecento
q u a ra n t’olto, quando nella e g re g ia c ittà di F io re n z a 3,
o ltre ad ogni a ltra italica b e llissim a 1, pervenne la
m ortifera pestilenza, la quale, p er operazion de’ corpi
1. Cello descrip tio n de la p este de F lorence en 1348 e st un des m orceaux
les plus célèbres de la littéra tu re italienn e. C’e st un su jet qui a été traité
par un grand nom bre d'auteu rs, en p a rticu lier par les chroniqueurs (Voir,
par e xem p le, V illani, L. XI, c. 113, su r une é p id ém ie qui eu t lieu en
1340), car le fléau lit do fréquentes appa ritio n s en Italie au x iv #, au xv*
e t au xvi* siècle. M ais l'épidém ie de 1348 a p o u r ainsi dire éclipsé toutes
les autres à cause de la céléb rité m êm e du tableau q u ’en a tracé Boccace.
A vouons que la valeur de ce m orceau a été q u elq u e peu s u r f a ite ;on n’y
rem arqu e pas la sobriété et la précision toute scientifique, et, en tin de
com pte, plus ém ou van te que l'historien grec T h u cyd id e a m ontrées en une
description analogu e; le r éc it de Boccace a quelque chose d'artificiel
(V oir ci-après note 6 de la page 58), m a is il fa u t reconnaître que, pour
l'époque, l’effort fait par B occace pour donn er à la prose ita lien n e de
l’am pleur e t de la m a jesté e st des plus rem arquables. — P arm i les d es­
cription s de peste que l’on d e vra com parer avec celle-ci, il est im possible
d e ne pas m ention ner celle que M anzoni a in trodu ite aux ch a p itres x x x ix x x iv des Promu sai Sposi.
2. F r u ttif o r a : .salutifera.
3. F io r e n z a : tel é ta it anciennem ent le nom de F lorence en ita lien ;
on sait que l’on d it aujourd'hui Firenze.
\ . O ltr e ... b e l l is s im a : ce su p e rla tif jo in t à oltre form e un pléonasm e
com m e l'on en rem arquera un bon nom bre dans le style redon dant de
Boccace.
3*

�s u p e rio ri1 o p e rle n o stre iniquo op ere, da g iu sta ira di
Dio a n o stra correzione m andata sopra i m o rtali,
alquanti anni davanti nelle p a rti orientali incom inciata,
quelle d 'innum erabile q u an tità di viventi avendo priv ale,
senza r is ta r e 2, d ’un luogo in un altro co n tin u an d o si3,
verso l’O ccidente m iserabilm ente s’era am pliata. E t 1
in quella non valendo alcuno senno nè um ano provve­
d im e n to 5 p er lo quale fu da m olte imm ondizie p u rg a ta
la città da uficiali sopra ciò o rd in ati, e vietato l ’en trarvi
dentro a ciascuno inferm o, e m olti consigli dati a con­
servazion della sa n ità ; nè ancora® um ili supplicazioni,
non una volta m a m olte, et in processioni ordin ate e t
in a ltre guise a Dio fatte dalle divote p erso n e; quasi
nel principio della p rim avera d ell’anno pred etto o rri­
bilm ente com inciò i suoi dolorosi effetti, et in m iraco­
losa m aniera, a d im o s tra re 7. E non come in O riente
aveva fatto, dove a chiunque usciva il sangue del naso
era m anifesto segno d ’inevitabile m o rte, m a nasce­
v a n o 8 nel com inciam ento d ’essa, a ’ m aschi et alle
1. L'auteur indique ici les d eu x p rin cip a les causes a u x q u elles on a ttr i­
bu ait le fléau : il y a d’abord une cause physique ou , pour m ieux dire»
astrologique : la conjonction fâcheuse de certain s a stres {per o p é ra tio n
de corpi superiori)-, puis une cause m orale: les péchés des hom m es q u e
D ieu v o u la it pun ir.
2. R i s t a r e : il ne fa u t pas confondre ce v erb e , com posé «le ri e t d e
stare (conju guez ri stri, rista i, ristà , etc.) avec le verb e régu lier restare*
Il signifie s'arrêter, e t sou ven t aussi s'abstenir de.
3. C o n tin u a n d o s i : propagandos i.
4. E t : on rencontrera fréq u em m en t cetle orthographe em p ru n tée au
latin d e va n t les m ots co m m en ça n t par une v o y e lle , au lieu de ed ; il ne
faut en aucun cas fa ire sen tir un t dans la prononciation .
5. In q u e lla ... p r o v v e d im e n to . — In quella = pestilenza ; dans le
tra ite m en t de cette peste, en vu e de la co m battre. Senno = consiglio ; les
ressources de l’intelligen ce hu m aine e t les m esu res décrites dans les.
proposition s su iva n tes, n’y peu ven t rien.
6. N é a n c o r a : sous-en tendez valendo.
7. C o m in c iò ... a d im o s tr a r e . Le s u je t de la proposition est la peste-.
8. M a n a s c e v a n o : anacoluthe : la phrase a v a it com m encé a vec la
peste pour su jet [non come aveva fatto) ; ici le su jet change.

�f e m in e 1 p a r i m e n t e , c e r t e e n f i a t u r e d e ll e q u a l i a l c u n e
crescevano com e u n a c o m u n a l2 m ela, a ltre com e un
u o v o , e t a l c u n e p i ù e t a l c u n ’ a l t r e m e n o , le q u a l i i v o l­
g a r i n o m i n a v a n g a v ò c c i o l i 3. E d a q u e s t o a p p r e s s o
s ’i n c o m i n c i ò la q u a l i t à d e l l a p r e d e t t a i n f e r m i t à a p e r ­
m u t a r e in m a c c h i e n e r e o liv id e , le q u a li n e ll e b r a c c i a
e p e r le c o s c ie , e t in c i a s c u n a a l t r a p a r t e d e l c o r p o ,
a p p a r i v a n o a m o l ti , a c u i 1 g r a n d i e r a d e , e t a c u i
m i n u t e e s p e s s e . li c o m e il g a v ò c c i o lo p r i m i e r a m e n t e
e r a s t a t o e t a n c o r a e r a c e r t i s s i m o in d i z io di f u t u r a
m o r t e , c o s ì e r a n o q u e s t e a c i a s c u n o a c u i v e n i e n o 5.
A c u r a d e ll e q u a l i i n f e r m i t à n è c o n s i g l i o d i m e d i c o ,
n è v i r t ù d i m e d i c i n a a l c u n a p a r e v a c h e v a l e s s e o fa c e s s e
p r o f i t t o : a n z i , o c h e la n a t u r a d e l m a l o r e n o i p a t i s s e , o
c h e la i g n o r a n z a d e ’ m e d i c a n t i ( d e ’ q u a li , o l t r e al
n u m e r o d e g l i s c i e n z i a t i , co si d i f e m in e c o m e d ’u o m i n i ,
senza av ere a lc u n a d o ttrin a di m ed icin a av u ta g ia m m a i,
e r a il n u m e r o d i v e n u t o g r a n d i s s i m o 8) n o n c o n o s c e s s e
d a c h e si m o v e s s e 7, e, p e r c o n s e g u e n t e d e b i t o a r g o ­
m e n t o 8 n o n vi p r e n d e s s e , n o n s o l a m e n t e p o c h i n e
g u a r i v a n o , a n z i q u a s i t u t t i i n f r a ’1 te r z o g i o r n o d a l l a
a p p a r i z i o n e d e ’ s o p r a d e t t i s e g n i , c h i p iù to s t o e c h i
1. F e m in e ; la tin ism e aujourd'hui in a d m issib le : d onne.
2. C o m u n a l : comune, ordinaria.
3. G a v o c c io li: Ics bubons. La précaution que Boccacce pren d de nous
dire que c ’e st lo p e u p lc (i volt/ari) qui donnait ce noni aux tum eu rs
peut fai re p en ser que le m ot com m enda seu lem en t alors ù p asser dans
l'usage.
4. A c u i... a c u i : aux u n s... aux autres.
b. V e n ie no : form e archaìque de l'im parfai t de l’in d ica tif : venivano.
0.
R em arqu ez l'in version ; la co n stru ctio n e st : il num ero dei quali
(m edici), oltre agli scien za ti, era d iven u to gran dissim o, cosi di fem ine
com e d'uom ini, sen za avere (se n za che a vessero ) giam m ai a vu ta
alcuna dottrin a di m edicina.
7. D a cho si m o v o sso ; su jet : il malore.
8. A r g o m e n to est ici em ployé dans le sens de rem ède, aujourd'hui
in u sité.

�m e n o , e t i p i ù s e n z a a l c u n a f e b b r e o a l tr o a c c i d e n t e ,
m o r i v a n o . E fu q u e s t a p e s t i l e n z a d i m a g g i o r f o r z a p e r
c iò c h e e s s a d a g l ’i n f e r m i d i q u e l l a 1 p e r lo c o m m u n i c a r e i n s i e m e s ’a v v e n t a v a a ’ s a n i , n o n a l tr a m e n t i clic
fa c c i a il fu o c o a ll e c o s e s e c c h e o u n t e ( p i a n d o m o l t o
g li s o n o a v v ic i n a to . E p i ù a v a n t i a n c o r a e b b e d i m a l e 2 ;
c h è n o n s o l a m e n t e il p a r l a r e e l ’u s a r e c o n g l ’ in f e r m i
d a v a a ’ s a n i i n f e r m i t à o c a g i o n e di c o m u n e m o r t e , m a
a n c o r a il t o c c a r e i p a n n i , o q u a l u n q u e a l t r a c o s a d a
q u e g li in fe rm i s ta ta t o c c a 3 o a d o p e ra ta , p a re v a seco
q u e l l a c o la l e i n f e r m i t à n e l t o c c a t o r t r a s p o r t a r e . M a r a ­
v i g l i o s a c o s a è a d u d i r e q u e l l o c h e io d e b b o d i r e ; il
c h e , s e d a g l i o c c h i d i m o l t i e d a ’ m i e i n o n fo s se s t a t o
v e d u t o \ a p p e n a c h e 5 io a r d i s s i di c r e d e r l o , n o n c h e d i
s c r i v e r l o , q u a n t u n q u e d a f e d e d e g n o c u d i t o l ’a v e s s i.
D i c o c h e d i t a n t a e ffic a c ia fi; la q u a l i t à d e l l a p e s t i ­
l e n z a n a r r a t a n e ll o a p p i c c a r s i d a u n o a d a l t r o , c h e
n o n s o l a m e n t e l ’u o m o a l l ' u o m o , m a q u e s t o , c h e è m o l t o
p i ù , a s s a i v o lt e v i s i b i l m e n t e f e c e 7, c io è c h e la c o s a
d e l l ’ u o m o i n f e r m o s t a t o , o m o r t o d i (a le i n f e r m i t à ,
t o c c a d a u n a l t ro a n i m a l e f u o r i d e l l a s p e z i e d e l l ’ u o m o ,
n o n s o l a m e n t e d e l l a i n f e r m i t à il c o n t a m i n a s s e , m a
q u e l l o i n f r a b r e v i s s i m o s p a z i o u c c i d e s s e 8. Di c h e g li
1. G l'In fe rm i d i q u e l la : ccu x qui cn é ta ien t a tteints.
2. I.e m al ne t'a rrèta pus là ; c n te n d e z : il v a v a it bien d'autres causes
ile contagion.
3. T o c c a : toccata.
4. Ce» mot» p o n rra ien t fairc c ro ire quo B occaco ¿tali à F lorence au
m om en t d e la p e ste : il n'en e st rien p ou rtan t, com m e nous le tenons de
lu i-m im e (V oir Introd action).
5. A p p o n a c h o ... c'est ¡\ pei ne si j o sera is non sen lem en t I'écrire, mai»
le c ro ire .
6. F e d e d e g n o : persona degna ili fede.
7. C elle phrase e sl encore asse* irrégu liè rc : non solam ente l'uomo
(contam ina va) l'uomo, m a (il c o n tagio) fece questo, che k m olto più,
cioè, etc.
8. Ces su bjon ctìfs d ép en d en t de fece che.

�o c c h i m i e i (s i c o m e p o c o d a v a n t i è d e t t o ) p r e s e r o t r a
l ’a l t r e v o lt e u n di c o s i f a t t a e s p e r i e n z a , c h e 1, e s s e n d o
g l i s t r a c c i d ’u n p o v e r o u o m o , d a t a l e i n f e r m i t à m o r t o ,
g i t t a t i n e l l a v ia p u b b l i c a , e t a v v e n e n d o s i 2 a d e s s i d u e
p o r c i , e q u e g l i , s e c o n d o il l o r c o s t u m e , p r i m a m o l t o
co l g r i f o e p o i c o ’d e n t i p r e s i g l i e s c o s s i g l i s i a ll e g u a n ­
c ie , i n p i c c o l a o r a a p p r e s s o , d o p o a l c u n o a v v o l g i m e n t o 3
c o m e s e v e le n o a v e s s e r p r e s o , a m e n d u n i 1 s o p r a g li
m a l t i r a t i s t r a c c i 5 m o r t i c a d d e r o in t e r r a .
D alle q u a li cose e da ass a i a ltre a q u e s te sim ig liatiti
o m a g g i o r i , n a c q u e r o d iv e rse p a u r e et im m a g in a z io n i
in q u e g l i c h e r i m a n e v a n o viv i ; e t u t t i q u a s i a d u n fine
t i r a v a n o 6 a s s a i c r u d e l e , c iò e r a d i s c h i f a r e e d i f u g g i r e
g l ’i n f e r m i e le l o r c o s e ; e co si f a c e n d o , si c r e d e v a c i a s ­
c u n o a sò m e d e s i m o s a l u t e a c q u i s t a r e . E t e r a n o a lc u n i
li q u a l i a v v i s a v a n o c h e il v iv e r e m o d e r a t a m e n t e , e t il
g u a r d a r s i d a o g n i s u p e r f l u i t à , a v e s s e m o l to a c o si fatto
a c c i d e n t e r e s i s t e r e 7 : e, f a t t a l o r b r i g a t a 8, d a o g n i
a l t r o s e p a r a t i v i v e a n o ; e t in q u e l l e c a s e r i c o g l i c n d o s i
e r i n c h i u d e n d o s i d o v e n i u n o i n f e r m o fo s se , e t a v iv e r
m e g l i o d i l i c a t i s s i m i c ib i e t o t t i m i vini t e m p e r a t i s s i m a ­
m ente u sando et ogni lu ssu ria fu g g en d o , senza la s­
c i a r s i p a r l a r e a d a l c u n o 9, o v o le r e di fu o r i d i m o r t e o
d ’i n f e r m i a l c u n a n o v e ll a s e n t i r e , c o n s u o n i ,ft e co n q u e lli
p i a c e r i c h e a v e r p o t e v a n o si d i m o r a v a n o . A l t r i , in
I. C o si f a tta c h o : l'exe m p le , la p reu ve su iva n te, à sa vo ir que.
*2. A v v o n o n d o s i : abbattendosi.
3. Ils tournent s u r eux-m ém es, co m m e p ris de vertig e.
k. A m e n d u n i : am bedue.
5. S opra gli stracci scossi da loro per loro sven tu ra.
0. Quasi tu tti m iravano a uno scopo unico e assai cru dele, etc.
7. P otesse m olto per resistere a...
8. A vec leurs fa m illes e t leurs serviteu rs.
i). A d a lc u n o : sen za p e rm e tte re che alcun parlasse loro.
10. C on s u o n i : au poh de la m u siqu e.

�c o n t r a r i a o p i n i o n t r a t t i , a f f e r m a v a n o il b e r e a s s a i e t il
g o d e r e , e l ’a n d a r c a n t a n d o a t t o r n o e s o l l a z z a n d o 1 e t il
s o d d i s f a r e d ’o g n i c o s a a llo a p p e t i t o c h e p o t e s s e 2, e di
ciò c h e a v v e n iv a r i d e r s i e b e ff a rs i , e s s e r e m e d i c i n a c e r ­
t i s s i m a a t a n t o m a l e ; e co sì c o m e il d i c e v a n o il m e t t e ­
v a n o in o p e r a a l o r p o t e r e , il g i o r n o e la n o t t e o r a a
q u e l l a t a v e r n a , o r a a q u e l l ’a l t r a a n d a n d o , b e v e n d o
s e n z a m o d o e s e n z a m i s u r a , e m o l lo p iù ciò p e r l’a l t r u i
c a s e f a c c e n d o , s o l a m e n t e c h e 3 c o s e vi s e n t i s s e r o c h e
l o r o v e n i s s e r o a g r a d o o in p i a c e r e . E ciò p o t e v a n f a r e
di l e g g i e r e 4, p e r ciò c h e c i a s c u n ( q u a s i n o n p iù v i v e r
d o v e s s e ) a v e v a , sì c o m e s è , le s u e c o s e m e s s e in a b b a n ­
d o n o 5 ; di c h e 6 le p i ù d e ll e c a s e e r a n o d i v e n u t e c o ­
m u n i , e cosi l ’u s a v a lo s t r a n i e r e , p u r e c h e a d esse
s ’a v v e n i s s e , c o m e l ’a v r e b b e il p r o p r i o s i g n o r e u s a l e :
e c o n t u t t o q u e s t o p r o p o n i m e n t o b e s t i a l e 7, s e m p r e
g l ' i n f e r m i f u g g i v a n o a l o r p o t e r e . E t in t a n t a afflizione
e m i s e r i a d e l l a n o s t r a c i t t à , e r a la r e v e r e n d a a u t o r i t à
d e ll e l e g g i , c o sì d iv i n e c o m e u m a n e , q u a s i c a d u t a e
d i s s o l u t a t u t t a 8, p e r li m i n i s t r i e t e s e c u t o r i d i q u e ll e ,
li q u a l i , sì c o m e g li a l t r i u o m i n i , e r a n o t u l l i o m o r t i o
i n f e r m i o sì d i f a m i g l i r i m a s i s t r e m i 9, c h e ufficio
t . L ’a n d a r c a n ta n d o a tto r n o ... : de parcou rir la ville en chantan t et
en se div e rtissa n t.
2. Ne rien r e fu se r à leur a p p étit de ce qu'ils po u va ien t lui accorder.
3. S o la m e n te c h e : purché sapessero di tro va rvi cosec he...
i\. D i le g g le r e : Boccace em ploie fréq u em m en t c ette expression , ou
encore leggiermente, dans le sens de facilmente.
5. On ne pren ait plus soin de rien, ni de soi-m êm e ni de ses biens.
6. DI c h e ... C ’e st pourquoi...
7. Ici Boccace re v ie n t aux personnages qui ch erch en t le sa lu t dans
l'ivresse ou to u t au tre p la isir ; c'est ce qu'il a p p elle un proponimento
bestiale.
8. C a d u ta e d is s o lu ta : il fa u t rapprocher ces participes du verbe
era, deux lig nes plus haut.
il.
S i d i fa m ig li r im a s i s tr o m i : rim asti sen za servito ri. On dit
encore d a n s un sens très sem b la b le: stre n ito di fo rze, à bout de forces.

�alcuno non potean fare : p e r la qu al cosa era a ciascuno
licito q uanto a g ra do gli era d ’a d o p e r a r e 1. Molli altri
servavano, tra questi due di sopra delti, una mezzana
via, non s tr ig n e n d o s i2 nelle vivande quanto i primi,
nè nel bere e nell’altre dissoluzioni allargandosi quanto
i secondi; ma a sofficienza, secondo gli appetiti, le cose
usavano, e senza rinchiudersi andavano attorno, por­
tando nelle mani chi fiori, chi erbe odorifere, e chi
diverse maniere di spezierie 3, quelle al naso ponendosi
spesso, estimando essere ottima cosa il cerebro* con
colali odori confortare ; con ciò fosse cosa c h e 5 l'aere
tutto paresse dal puzzo de’ morti corpi e delle infermità
e delle medicine, compreso e puzzolente®. Alcuni
erano di più crudel sentimento (come che per avven­
tu ra più fosse sicuro), dicendo niun ’altra medicina
essere contro alle pestilenze migliore nè cosi buona
come il fuggire loro davanti : e da questo argom ento
mossi, non curando d’alcuna cosa se non d isè , assai et
uomini e donne abbandonarono la p ro p iia città, le
proprie case, i lor luoghi, et i lor parenti e le lor cose,
cercarono l'a l t r u i 7 o almeno il lor contado, quasi l’ira
di Dioa punire la iniquità degli uomini con quella pesti­
lenza non dove fossero p rocedesse8, ma solamente a
1. Ciascuno poteva fare ciò elio gli piaceva.
2. S t r ig n e n d o s i. D ans la langue ancienne on trouve rég u lièrem en t
écrit s trignere, piagnere, regno, tegno, etc., pour s tr ingene, piangere,
vengo, tengo. Ici, le sens de strigliersi e s t: se restrein dre, se m ettre à la
ration.
3. S p e z ie r i e : des arom ates.
4. C e r e b r o : cervello .
5. C on c iò fo sso c o sa c h e : ces cinq m ots (parfois sia au lieu de fosse),
écrits sou ven t «mi un Seul m ot, fo rm en t une conjonction don t l'usage e st
d epu is longtem ps abandonné, e t qui signifie : atten du que, puisque.
G. D al p u z z o ... c o m p ro s o o p u z z o le n t e : l’air é ta it pénétré e t em pesté
des m iasm es que dégageaien t les c a d a vres, les m alades e t les rem èdes.
7. L ’a l t r u i case, luoghi, etc. — Cercarono a ici le sens de : gagnèrent.
8. P r o c e d e s s e : il faut join dre ce verbe a punire, qui en dépen d; e t

�coloro opprim ere li quali d entro alle m u ra della lor
città si trovassero, comm ossa intendesse : o quasi
avvisando ninna p ersona in q u e lla 1 dover rim anere, e
la sua ultim a ora esser venuta*.
un peu plus bas : m a com m ossa (l’ira di Dio) inten desse solam ente a
opprim ere coloro...
1. In q u e lla : su p p léez c ittà ; et, dans la proposition su iva n te, la sua
ultim a ora doit s’entendre : l ’ultim a ora della città .
2. C ette célèbre d escrip tio n de la peste, pa r la q u elle s’o u vre le Dèca ­
méron, doit en grande partie sa réputation à la noblesse, à la g ra vité, au
t ou r oratoire «lu style, que Boccace s’est efforcé d ’é le ver à la hauteur de
ce su jet tragique. T o u t en ren dan t ju stic e à lu force de c ette p eintu re,
il faut bien avouer que B occace possède d ’autres qu a lités qui lui sont
p lu s personnelles, qu ’il d éploie avec plus de naturel e t p lu s d'aisance, et
d o n t on pourra se fa ire une idée p lu s exacte en lisa n t les N ou velles
•cllcs-m em es.

�II. — LES INTERLOCUTEURS ( I b i d . )

Stando in questi termini la n o stra città, d'abitatori
quasi v o l a 1, addivenne (si come io poi da persona
de g n a di fede sentii) che nella venerabile chiesa di
Santa Maria N ovella2, un martedì m attina, non essen­
dovi (piasi alcuna a ltra persona, uditi gli divini ufficj
in abito lu gubre, quale a si fatta stagione si richiedea,
si ritro v a ro n o 3 sette giovani donne, tulle l’una all’altra
o per am istà o p e r vicinanza o per parentado con­
giunte, delle quali niuna il ventottesimo anno p a s­
sato avea, nò era minor di diciot t o 4, savia ciascuna
odi sangue nobile, e bella di forma et ornata di costumi,
c di leggiadrìa o n e s t a 9. Li nomi delle quali io in
1. V o t a : on e crit plus généralem e nt vuota.
2. S ituée sur hi rive
l’A rn o , dati» la p a r tie ou est tic Florence,
c elle église, uno don p lu s fam euses de la R en aissan ce, ho tro u v a it alors
presqu e hors d e la v ille ; elle n’a v a it pas encore l’aspect que lui donne
au jou rd’hui la facade en m arbré* po lych ro m es co n stru ite à la fin du
xv* siec le.
3. U d iti... s i r itr o v a r o n o : la p ro p o sition absolue au participe
(uditi i divini nffìcj) se rapporte au s u je t de si ritrovarono : apròs a voir
e n ten d u ... o le... s e p t jeu n es dam e* se rcncont rè ren t .
4. E n ten d ez : c niuna era minor d i...
;u Les trois term es forma, costumi, leggiadria o n t uno slgnification bien
d istin c te les una des autres : le prem ier se rapporto u n iq u em en t à la,
beauté, le second d esig n e les qu a lités in telle c tu e lles e t m urales; le t r o i ­
sièm e vout «lire la bonne grace, lo ch a rm e des manière#.

�rpo ria forma racconterei se giusta cagione da dirlo non
mi togliesse, la quale è questa : che io non voglio che,
p e r le raccontate cose da loro che seguono e per l ’ascol­
tate ', nel tempo avvenire alcuna di loro possa prender
vergogna, essendo o ggi alquanto le leggi ristrette al
piacere, che allora, p e r le cagioni di sopra m ostrate,
erano, non che alla loro età, ma a tr o p p o 2 più m atura,
la rg h issim e ; nè ancora d a r materia agl'invidiosi3,
presti a m ordere ogni laudevole vita, di diminuire in
ninno alto l’onestà delle valorose donne con isconci
p a r l a r i 4. E perciò, acciò che quello che ciascuna
dicesse senza confusione si possa co m p re n d e re appresso,
per nomi alla qualità di ciascuna convenienti o in tutto
o in p a r t e 5 intendo di nominarle. Delle quali la prima,
e quella che di più età era, Pam pinea chiameremo, e
la seconda Fiam m etta, Filomena la terza, e la q uarta
Emilia ; et appresso Lauretta diremo alla quinta, et alla
sesta N eifile, e l ’ultim a Elisa non senza cagione nom e­
remo. Le qu ali, non già da alcuno proponimento tirate,
ma per caso in una delle parti della chiesa adunatesi,
quasi in cerchio a seder póstesi, dopo più sospiri,
1. Ces dam es on effet, dans le Decaméron, écou ten t ou m ôm e débiten t
parfois des N ouvelles a ssez lestes; l’e xcuse que fait v a lo ir Boccace, dans
la phrase su iva n te, c’est q u ’alors, au m o m en t de l’ép id ém ie, les règles de
la bienséance s’éta ien t un peu relâchées.
2. L’em ploi de troppo pour molto é ta it assez fré q u e n t au x iv e et au
xv* siècle.
3. N ò a n c o r a ... S u p p léez: voglio.
4. Boccace ne v eu t pas que les en vieu x a ien t l’occasion de rabaisser en
quoi que ce so it la vertu de ces dam es, en tenant sur leur com pte dos
propos in ju rieu x. P arlari est le plu riel, aujou rd’hui inu sité, de p a r la r e ,
em ployé com m e substantif.
5. L es nom s de fantaisie que Boccace leu r donne désign en t p lu s ou
m oins des traits do leu r ca ra ctère; plus loin, à la tin de rén u m ération ,
Boccace répète que la dern ière sera appelée E lisa « non sans m o tif ». Il
serait va in de vo u lo ir pén étrer les in ten tio n s qui p eu ven t a vo ir guidé
Boccace dans le choix de ces nom s; peut-être n'était-ce q u ’une façon plus
sûre de dérou ter la cu riosité de ses contem porains.

�lasciato stare il d ir de’ p a te rn o s tri1 seco della q u alità
del tem po m olte e varie cose com inciarono a rag io n are ;

Église S anta Maria Novella.

e dopo alcuno spazio, tacendo l’altro, così Pam pinea
cominciò a p a rla re :
« Donno mie cari1, voi p otete, cosi com e io, m olte
1. L a s c ia to s ta r e ... Sign alons, une fois pour tou tes, c e t em ploi du par­
tic ip e absolu, qui suppose un a u x ilia ire sous-en tendu : a vendo la s c ia to ...
C om parez avec patern ostri le français patenôtres.

�volte avere udito elio a niuna persona fa ingiuria ehi
onestam ente usa la sua ragione. N aturai ragione è di
ciascuno che ci nasce
la sua vita (pianto può aiutare
e conservare e difendere. O gni ora che io vengo ben
r a g g u a rd a n d o alli n ostri m o d i2 di questa mattina, et
ancora a quelli di più altre passate, e pensando c lie n ti3
e quali li nostri ragionam enti sieno, io comprendo, e
voi sim ilmente il potete comprendere, ciascuna di noi
di sè medesima d u b it a r e 4. Noi dimoriamo qui, al parer
mio, non altrimenti che se esser volessimo o dovessimo
te s tim o n e 8 di quanti corpi morti ci sieno alla sepoltura
recali o d’ascoltare se i frati di qua e n t r o 6, de’ quali il
num ero è quasi venuto al niente, alle debite ore cantino
il loro uficio, o addim ostrare a chiunque ci apparisce,
ne’ nostri abiti, la qualità e la quantità delle nostre
miserie. Che facciam noi q u i ? che atten diam o? che
s o g n ia m o 7 ? perchè più pigre e lente alla nostra salute
che tutto il rim anente de’ cittadini siamo ? re pu tian ci8
noi men c a r e 9 che tutte l ’altre ? o crediam la nostra
vita con più forte catena esser legata al nostro corpo
che quella degli altri sia, e così di niuna cosa cu ra r
1. C h e c i n a sc e • ci e st e x p lé tif; il ne fau t pas essa yer de le traduire.
2. E lle veu t dire : à rem p lo i que nous avons fait de la m atin ée.
3. C h e n te , plur. c h o n ti, e st une ancienne form e du pronom relatif
e t in terrogatif; il se trouve su rto u t em ployé dans cette locution diente e
quale, où il est difficile de d istin g u er e t su rto u t de ren dre la nuance de
sen s entre les deux pronom s.
A vo ir des doutes, dos crain tes pour sa santé.
5. P lu riel irré g u lier; il n'y a pas de form e fém inine.
G. Il y a v a it ja d is à S a in te-M arie-N ou velle un co u ven t de D om in icain s.
— D ’a s c o lta r o dépend g ra m m a tica lem en t de testim one; il eû t été plus
rég u lier d'om ettre di e t de faire dépen dre cet infinitif ile volessimo e
dovessimo, com m e l'au teu r l'a fait pour addim ostrare (pii v ie n t en su ite.
7. A quoi rêvon s-n ou s?
8. S u r c ette form e en iàno de la prem ière personne pluriel du présent
de l'in dicatif, v o ir ci-d essu s, p. 30, note 1.
0. M en ca ro : m eno preziose.

�dobbiamo la quale abbia forza d ’ offenderla ? Noi
erriamo, noi siamo ingannate : che bestialità è la nos­
tr a se così crediamo ? quante volte noi ci vorrem ricor­
dare clienti e quali sieno stati i giovani e le donne
vinte da q uesta crudel pestilenza, noi ne vedremo
apertissimo argom ento
E perciò, acciò che noi, per
¡schifiltà o p e r tr a c e u t a g g in e 2, non cadessimo in
quello 3 di che noi per avventura per alcuna m aniera,
volendo, potrem m o scam pare (non so se a voi quello se
ne p a rrà che a me ne parrebbe), io giudicherei ottim a­
mente fatto che noi, si come noi siamo ’, come molti
innanzi a noi hanno fatto e fanno, di questa t e r r a 3 uscis­
simo ; e fuggendo come la m orte i disonesti esempli
degli altri, onestam ente a ’ nostri luoghi in c o n ta d o 6,
de' quali a ciascuna di noi è g ra n copia, ce ne a n da s­
simo a stare, e quivi quella festa, quella allegrezza,
q u e llo 7 piacere che noi potessimo, senza tra p a ssa re
in alcuno atto il segno della ragione, p re n d e ssim o 8.
Quivi s’ odono gli uccelletti cantare, v e g g io n v is i9
v e rd e g g ia re i colli e le pianure, et i campi pieni di
biade non altram ente o n deg giare che il mare, e d ’ alberi
ben mille maniere, et il cielo più a p e r ta m e n te 10, il
1. A r g o m e n to : uno p reu ve que nous nous trom pons.
2. T r a c c u ta gg in e : trascuraggine, tra scu ra tezza .
3. Q u e llo : ce d é m o n stra tif désign e ce que ne v e u t pas n om m er
P a m p in ea : la peste, la m ort.
4. S i corno n o i s ia m o : telles que nous vo ici, sur-le-cham p; il s’agit
de prendre un parti im m éd ia t, qui ne souffre aucun délai.
5. T e rra, dans la langue ancienne, e st h a b itu ellem en t syn onym e de
c ittà ; m ais on ne le d isa it que des v ille s entourées de m urs.
0. P ropriétés, m aisons do cam pagne.
7. Q u o lla ... q u o llo ... Ces d ém o n stra tifs n’onl guère que la v a leu r d e
l'article.
8. P r o n d e s s im o . Ce su b jo n ctif dépen d toujours do giudicherei ottim a­
mente fatto che....
9. V e g g io n v is i : vi si vedon o.
10. Il fa u d ra it répéter ici : si vede.

�quale, ancora che crucciato n e 1 sia, non perciò le sue
bellezze eterne ne nega, le quali molto più belle sono
« rig u a rd a re che le m ura vuote della nostra città. E t
è v v i2 oltre a questo l'aere assai più fresco, e di quelle
cose che alla vita b iso g n a n o 3 in questi tempi, v’ è la
copia m a g g i o r e 4, e minore il numero delle noie. P er
ciò che, quantunque quivi cosi muioano i lavoratori
com e qui fanno i cittadini, v ’ è tanto minore il dispia­
c e re (pianto vi sono, più che nella città, rade le case e
g li abitanti. E qui d ’ altra parte, se io ben veggio, noi
non abbandoniam persona, anzi ne possiamo con
verità dire'1 molto più tosto a b b a n d o n ate ; per ciò che
ì nostri °, o m orendo o da morte fuggendo quasi non
fossimo loro, sole in tanta afflizione n ’ hanno lasciate.
Ninna riprensione adunque può c a d e r e 7 in colai consi­
glio se g u ir e : dolore e noia e forse morte, non seguen­
dolo, potrebbe avvenire. E p e r c iò , quando vi p a i a 8,
1. N e e tl parfois uno forine atone «lu pronom personnel, syn o n ym e do
c i; il sem ble qu'il fa ille l'in terp réter ici en ce sen s: le ciel courroucé
contre noua (contro le genre hum ain), co m m e dans la phrase su iv a n te :
n o n ...n e nega (il ne nous refuse pas).
2. E v v i : c o n str u is e z : Y a cre vi è a n sa i p iù fr e s c o ...
3. Il fa u d ra it d ir e aujou rd'h ui occorrono, bisogna ne s'em ployant p lu s
gu ère que d e va n t un verb e, sans aucun su jet.
\ . E n ten d ez : le cose c h e ... ci sono in m aggior copia, e il num ero
•delle noie vi è m inore.
5.
No p o s s i a m o - E ncore ici (vo ir ci-d essu s note 1), ne veu t dire
nous : c ’est p lu to t nous qui som m es abandonnées.
U. I n o s tr i : nos parents so n t m o rts ou o n t pris la fuite. Il e st quelque,
peu in vra isem b la b le que ces sep t dam es soien t aussi c o m p lètem en t iso ­
dées; m ais il faut avouer q u e ce détail répond bien à l'idée que Boccace
a voulu donner du désarroi où la pe ste a v a it jeté Florence. L’on a vu
d é jà (p. 48, note 4) que l'auteur n 'était pas présent à F lorence a ce m om ent
lo tableau qu'il a tracé est donc tout do fan taisie ; à côté do c ertain es
•exagérations, on y rem arque un tour oratoire dont lo d isco u rs de P a m ­
pin ea, un d isco u rs com m e ceux que T ite-L iv e a m is dans la bouche de
ses héros, fou rn it un ex em p le typ iq u e.
7. C a d e r e : m ot A m ot ; ne peut to m b e r su r l'adoption do ce parti ; c’està -d ir e eu pren ant ce parti, nous no donnons lieu à aucun reproche.
8. Q u a n d o v l p a ja : p urche ci p ia c c ia .

�prendendo le nostre fanti, e con le cose opportune
facc endoci seguitare, oggi in questo luogo e domane
in q u e l lo 1, quella allegrezza e festa prendendo che
questo tempo può porgere, credo che sia ben fallo a
dover fare; e tanto d im o r a r e 2 in tal guisa, che noi veg­
giamo (se prima da m orte non siamo sopraggiunte) che
line il cielo riserbi a queste c o s e 3, li ricordovi che egli
non si d isd ic e 4 più a noi 1’ onestamente andare, che
faccia a g ran parte dell’ altro lo s ta r disonestamente. »
^ Mentre tra le donne erano cosi fatti ragionamenti, et
ecco e n tra r nella chiesa tre giovani, non per ciò t a n to
che meno di venticinque anni fosse 1' (‘là di colui che
più giovane era di loro, no’ quali nè perversità di
tempo, nè perdila d amici o di parenti, nè p a u ra di sè
medesimi avea potuto a m o r 6, non che spegnere, m a
raffreddare. De’ quali, l ’uno era chiamato Panfilo, e
Filo st rato il secondo, e l’ultimo D ion eo7, assai pia­
c e v o le e costumato ciascuno; et andavano cercando per
loro som m a consolazione, in tanta turbazione di cose,
di vedere le lor d o n n e 8, le quali, per ventura, lutto e
tre erano tra le predelle sette, come c h e 9 de ll’altre
1. In q u e s t o . . . In q u e llo : dans un lie u , dans un a u tre .
‘2. Col infinitif e st am ené par la phrase p récéd en te: credo che s ia ben
f a t to ...

a. C h e fin e ... a q u e s to coso : qual lin e... ; com e la va d a a finire.
4. N on s i d is d ic o p iù ... Il n’e st pas p lu s déplacé...
à. N on ta n t o c h e ... S u p p léez: non ta n to giovani che...
0. A m o r ont co m p lém en t direct d es v erb es spegnere, raffreddare.
7. D io n e o, le plus badin des trois, com m e on le v o it par la nature
des N ouvelles qu’il raconte, rep ro d u it certain s tra its du caractère de
Boccace lui-m êm e.
8. D o n n e : il faut pren dre ici ce m ot dans son sens étym o lo g iq u e de
d a m e s ; ils cherchent à rencontrer les dam es d e leurs pensées. Ou a vu
(¡ue B occace, pour d ire fem m e, em ploie le m ot fe m in a .
!&gt;. C o m e c h e : le« jeu n es gens trou ven t précisém en t le urs am ies
parm i ces sept da m es; m ais cela 11e v e u t pa s dire q u ’ils fu ssen t des
étran gers pour les qu atre autres, puisqu'ils leu r éta ien t liés par des liens
de parenté. Com e c h e , qui signifie quo ique, suppose tout ce raisonnem ent.

�alcuno no fossero congiunte parenti d'alcuni di loro.
Nè prim a esse agli ocelli corsero 1 di costoro, che
costoro furono da esso veduti ; per che P am pinea allor
cominciò sorridendo : « Ecco che la fortuna a'no stri
cominciamenti è favorevole, et h acci davanti posti 2
discreti giovani e valorosi, li quali volentieri e guida
e servidor’ ne saranno, se di prendergli a questo officio
non schiferemo. » P e r che senza più parole Pam pinea,
levatasi in piè, la quale ad alcuno di loro per s a n g u i n i t i 3
era congiunta, verso loro, elio fermi stavano a r i g u a r ­
darle, si fece, e con lieto viso salutatigli, loro la loro
disposiziono fe’manifesta, e pregògli p e r parte di tutte
che con puro e fratellevole animo a tenere loro com­
pagnia si dovessero disporre. 1 giovani si credettero
prim ieram ente esser beffati ; ma poiché videro che da
dovero 1 parlava la donna, risposero lietamente se
esser apparecchiati ; e senza dare alcuno indugio
all’opera, anzi che quindi si partissimo, diedono ordine
a ciò clic fare a v e sso n o 3 in sul partire. E t o rd in ata­
mente fatta ogni cosa opportuna apparecchiare, o
prim a mandato là dove intendevan d ’a n dare, la seguente
mattina, cioè il mercoledì, in su lo schiarir del giorno,
le donne con alquante delle lor fanti, e i tre giovani
con tre lor familiari usciti della città, si misero in via;
nè oltre a due piccole miglia si dilungarono da essa che
ossi pervennero al luogo da loro p rim ieram ente ord i­
nato. E ra il detto luogo 8 sopra una piccola m ontagueta
1.
V.
3.
4.
5.
(ì.
que

A g li o c c h i c o r s e ro : parurent, «e p resentèren t ù leurs yeu x.
H a c c i d a v a n ti p o s t i : ha m esso sulla nostra via .
S a n g u i n i t i : consan gu in ita .
D a d o v e r o : d a vvero , sul serio.
A c iò ch o faro a v o s s o n o : a ciò che avessero (a veva n o ) da fine.
U ne tradit io n , qui ne parait a v o ir aucun fon dem eu t solide, v e u t
la v illa où Ics in terlo cu teu rs &lt;lu Décaméron tin ren t leurs réu n ion s,

�da ogni p a rte lontana alquanto alle nostre
strade, di vari albuscelli e piante tutte di verdi fronde
ripieno piacevoli a rig u a rd a r e . In sul colmo 1 della
quale era un palagio con bello e g ra n cortile nel
mezzo, e con loggie, e con sale, e con cam ere, tutte
ciascuna verso di si; b e llissim a 2, e di liete d ipinture
ragguardevole e t o rnata, con pratelli dattorno, e con
giardini maravigliosi, e con pozzi d ’acque freschissime,
e con vòlte 3 di preziosi vini : cose più atte a curiosi
bevitori, che a sobrie et oneste donne. Il quale tu tto
spazzato, e nelle camere i letti fatti, et ogni cosa di
fiori, quali nella stagione si potevano avere, piena, e di
giunchi g i u n c a ta 4, la vegnente b r ig a ta t r o v ò con
suo non poco piacere.
soit c elle don t occu pe aujourd'hui la place la v illa P a lm ieri, au bord du
Mugnone, sur l&lt;*s p rem ières p en tes de la m ontagne de F iesole; la v illa ,
rela tive m e n t récente, est entourée d'un parc su perbe. Il e st certain que
l'endroit où e lle s’élève répond a ssez b ie n aux descrip tio n s du Decameron ;
m ais, com m e très p robablem en t toute cette histoire osi de p u re in v e ntion
, il ne faut pas accepter la tradition sans réserves.
1. In s u l c o lm o : in su lla cim a.
2. B o llis s im a : rem a rq u ez l'em ploi cò te à còlo d e tutte e t d e ciascuna;
c'est un de ces pléonasm es fa m iliers à B occace, déjà p lu sieu rs fois
signalés. V e r s o d i sè : prise en e lle -m ê m e , par opposition à l’ensem ble
de la constru ction.
3. V o lto : ca n tin e .
\ . On rapprochera ce m ot du français joncher.
T». Cà* verbo a pour co m p lém en ts d ir e c ts : il q u a le tu tto , i le tti , og n i
cosa qui précèden t.

4

�III. — LES TROIS ANNEAUX (I, 3)
Il S a la d in o 1, il valore del qual fu tanto che non sola­
mente di piccolo uomo il fe’ 2 di Babilonia Solchino, ma
ancora molte vittorie sopra li Re saracini e cristiani
gli fece avere, avendo in diverse g u e rre et in g ra n d is­
sime sue magnificenze speso tutto il suo tesoro, e, per
alcuno accidente sopravvenutogli, b isog nan do gli3 una
buona quan tità di danari, nè veggendo donde così
prestam en te come gli bisognavano aver gli potesse,
gli venne a memoria ' un ricco G iudeo, il cui nome era
Melchisedech, il quale prestava ad usura in Alessandria,
e p e n so ssi1"’ costui avere da poterlo servire q u ando®
1. Ce personnage, célèbre da n s l'histoire des C roisades, su rtou t par
ne» lu ttes a vec R ichard C œ ur-de-L ion , occu pe une large placo dans la
littéra tu re du m oyen Age ; D ante l’a placé dans le Lim be {Inf., IV , v. 129),
et les conteurs o n t recueilli plus d'une anecdote où il Joue, en général, un
rôle qui u’a rien d ’odieux ; on trouvera dans le /Décam éron m êm e (X , U)
un ex em p le de la c o u rto isie que l’on se plaidait /» lui reco n n a ître; dans
»on commentaire sur la D ivine Comédie, Boccace parle en ces term es de
Saladin : « Fu in donare magnifico, e d elle sue m agnificenze ne ne rac ­
contano assai ; fu pietoso signore« e m aravigliosam ente am ò e t onorò i
va len ti uom ini. » C 'est a ssu rém en t à ces libéralités, si appréciées des
poètes et des conteurs du m oyen Age, que Saladin doit une bonne part de
»a répu tation.
2. Il fo ’ : lo fece; le su jet de cette proposition est il valore,
3. B is o g n a n d o g li : c e t em ploi de b iso g n a re n ’e st plus h recom m an der :
bisogna s'em ploie su rto u t d eva n t un infinitif, m ais quand il y a un su jet
exprim é, on a recours de préférence à occorrere ; on dira» don c: bisogna
p a r tir e , m ais m i occorrono ce n ti lir e p r im a d i p a r tir e .
4. G li v o n n o a m e m o r ia ... A nacoluthe : le su jet J l S a la d in o , su ivi des
nom breux géron difs que Boccace y a rattachés, ferait a tten d re nu verbe
com m e: ti rico rd ò d 'u n ricco G iu d eo ...
5. P e n s o s sl : p e n s ò ; si a ici le sens e x p lé tif qu'il a sou ven t en italien s
pensa d p a r t so i.
&gt;
6. Q u a n d o , su iv i du su bjon ctif, a so u ven t com m e d o v e em ployé de la
m êm e façon, le sens de : à condition qu e, à supposer que

•

�volesse : ma si era avaro che di sua volontà non l'avrebbe
mai fatto, e forza non gli voleva f a r e 1 : per che, strin ­
gendolo il bisogno, rivoltosi tutto a dover trovar modo
come il Giudeo il servisse, s’avvisò di fargli una forza
da alcuna ragion colorala2. lì f a t t o l s i chiamare, e
familiarmente ricevutolo, seco il fece sedere, et ap­
presso gli disse : « Valente uomo, io ho da più persone
inteso che tu s e ’ savissimo, e nelle cose di Dio s e n t i 1
molto avanti ; e p e r ciò io saprei volontieri da te, quale
delle tre l e g g i tu reputi la verace, o la giudaica, o la
saracina, o la cristiana. » 11 Giudeo, il quale veramente
era savio uomo, s’avvisò troppo bene che il Saladino
guardava di p ig lia rlo 3 nelle parole per dovergli muo­
vere alcuna q u istio n c 6, e pensò non potere alcuna di
queste Ire più l’una che l’altra lodare, che il Saladino
non avesse la sua intenzione7. P er che, come colui il
q u al pareva d ’aver bisogno 8 di risposta per la quale
preso non potesse essere, aguzzato lo ’ngegno, gli
venne prestam ente avanti quello che dir dovesse, e
disse : « Sign or mio, la quistione la qual voi mi fate
1. Il y a un changem ent «le su je t d a n s celle ph rase; c'est M elchisédec
qui est su jet Uc era a r a r o ; p uis il fa u t sous-entendre Saladin d eva n t
non i/li r a in a fa r e .
'2. Sala d in a recours à la ru se ; il s'agit d e d issim u ler l'extorsion (forza )
sous quelque p rétex te acceptable (ila a lc u n a r a y ion colorala).

3. F a tto ls i : fattoselo, aven dolo fatto chiam are a s/».
Boccace donne so u ven t au v e r b e Mentire le sons «le sa vo ir, con­
naître, com p ren d re; il d it a illeu rs (V I, .fi) en p a rla n t d ’un ju risco n su lte:
f u d i ta n to sen tim e n to n elle le i/i/i... Aujourd'hui, on »lit encore, en parlant
d'un cheval in tellig en t et plein de feu : una b e stia che ha m o lto sen tim e n to .
5. G u a r d a v a d i p ig lia r lo : m ira va a. avea per scopo di p igliarlo.
0. P ou r lui fa ire q u elq u e querelle, pour lui chercher noise.
7. E ntendez i non rayt/iunf/etM e il tu o scopo ; car, si le J u if donne le
prem ier rang fi sa propre religion, Saladin le m e ttra ii l'am ende pour
m épriser la loi «h? M ahom et ; et, s'il p arait sacrifier sa religion, on pourra
lui reprocher a vec raison de ne pas l'abandonner im m édiatem ent.
H. P a r e v a d ’a v o r b is o g n o ne v eu t pas dire : il a v a it l'air d'avoir besoin«
m a is: il a v a it m anifestem ent besoin.

«

�è bella, et a volervene dire ciò clic io ne sento, mi vi
convien dire una novelletta, qual* voi udirete. Se io
non erro, io mi ricordo aver molte volte udito dire
che un g rand e uomo e ricco fu già, il quale, intra
l'a ltre gioie più care che nel suo tesoro avesse, era
uno anello bellissimo e prezioso2 ; al quale p e r lo suo
valore e per la sua bellezza volendo fare onore, et in
perpetuo lasciarlo n e ’ suoi discendenti, ordinò che
colui do suoi figliuoli appo il quale, si come lasciatogli
da l u i 3, fosse questo anello trovato, che colui s ’inten­
desse essere il suo erede, e dovesse da tutti gli altri
essere, come m ag giore, onorato e reverito. Colui al
quale da costui fu lasciato, tenne simigliante ordino
ne’ suoi discendenti, e così fece come fallo uvea il suo
predecessore : et in brieve * andò questo anello di
mano in mano a molti successori; et ultimamente per­
venne alle mani ad uno, il quale avea tre figliuoli belli
o virtuosi o mollo al padre loro obedienti ; per la qual
cosa tutti e tre parim ente g l i :i amava. Kt i giovani, li
quali la consuetudine dello anello sapevano, si come
vaghi ciascuno d’essere il più onorato tra ' suoi, cias­
cuno per sé, come meglio sapeva, pregava il padre il
quale era già vecchio, che, quando a morto venisse,
a lui quello anello lasciasse. 11 valente uomo che p a ­
rimente tutti gli amava, nò sapeva esso medesimo
1.
I/o m ission «li* l'arlicle d eva n t lo pronom quale n ’c*t pan rare chez le*
é crlv a in s dii xiv* au xvi* s iecle.
ì . N ouvel oxem ple d'an acolu th e; il quale. eal le aujet, «lana la pensée
de l'a u teu r juaqu'a avente; à ce m o m en t la con st ruction chance ; il aurait
fallii com m en cer par al quale.
3. Apre* Ha inori, un de aea lila »orail Iro u v é e n posse ssion de 1‘anneau,
parce quo non pére le lui a u ra it la issé.
4. In b r le v e : non paa : en peu «le teinps ; inaia : pour le d ire en peli
de m oU , com m a on d ii encore : p er fa rla breve, e t en fra n ca is : bref.
b. G li : ven a ni apre» tu tti e tre e st e x p lé tif.

�eleggere a qual più tosto lasciar lo volesse, pensò,
avendolo a ciascun prom esso, di volergli tulli e tre
soddisfare ; e s eg relam en te ad uno buono m a e s t r o 1
no fece faro due altri, li (piali si furono simiglianti al
primiero, che esso medesimo che f a t t i g l i avea fare,
appena conosceva qual si fosse il vero, li venendo a
morto, segretam en te diede il suo a ciascun d e ’ figliuo­
li, li quali, dopo la morto del padre, volendo ciascuno
la eredità e l’onore occupare, e l’uno negandolo a ll’
altro, in testimonianza di dover ciò ragionevolmente
fare- ciascuno produsse fuori il suo anello3, li trovatisi
gli anelli sì simili l’uno all’altro clic qual fosse il vero
non si sapeva conoscere, si rimase la q u isti o n e 1 qual
fosse il vero crede del padre in pendente, et ancor
pende, li cosi vi dico, sig no r mio, delle tre Leggi alti
tre popoli date da Dio P adre, dello quali la qu istion
proponeste : ciascuna la sua eredità, la sua vera Legge
et i suoi comandamenti si crede avere a fare; ma chi
se l’abbia, come degli anelli, ancora ne pende la quis­
tione. » 11 Saladino conobbe, costui ottim am ente essere
saputo u s c i r e 5 del laccio il quale davanti a ’ piedi teso
gli aveva : e per ciò dispose d ’aprirg li il suo bisogno,
e vedere so servirò il volesse ; e cosi fece, aprendo­
1. M a e s tr o : un a rtiste, un o rfèvre . On n'em p lo ie plus ce m ot en ce
sen s que pour les m usiciens.
2. CIÒ... fa ro , c'esl-A-dirc : la ered ità r l'onore occupare.
3. C ia sc u n o p r o d u ss o ... N o u vclle anacolulhc pa r ra p p o rt à li t/u a lì qui
para issa it d evo ir étre nujet du v erb e.
4. S i r im a s e la q u is tio n e : t i e st e x p lé lif; le diff erend ne p en i ótre
tra n ché*. Il f.uit ra ttache r a rim ane les inots in p en d e n te.
E sso ro s a p u to u s c ir e : le verbe c a p e re e st icl a ccid en tcllein cn l
conju^ué a vee la u x ilia iro e s te re , h cause du verb e neutre u scire qui s a it
im m éd iatem ent ; les verbe* neutre» se co n juguan t toujours avee estere
il ne produit une sorte d'at t raction, qui e s t un des phéuom ène s les plus
c u rieu x de la gram m aire itallenne. 11 ne faut se faire aucun scrupule
d;ius la langu e m odern e e t fa m ilière , de d ire : ho sa p u to u scire d ì p e r ic o lo ,

�gli ciò che in animo avesse avuto di lare, se così dis­
cretam ente come fatto avea non gli avesse risposto.
11 Giudeo liberam ente d'ogni quan tità che il Saladino
richiese il servì ; et il Saladino poi interam ente il sod­
d is fe c e 1, et oltre a ciò gli donò grandissim i doni, e
sem pre per suo amico l’ebbe, et in g ra n d e et onore­
vole sluto appresso di sò il mantenne.
1.
C'osl à -dire quo S a lad in , plu* tard, acquitta sa d e tte ; il no ni aucun
tort au ju if com m e il se l'était proposé d'abord. L es deux héros do la
N ouvelle agissent a vec une é^ale courtoisie, le J u if on donnant do plein
gré litera ni t'aie) ce qu'on a v a it essayé do lui arrach er; S aladin, on
récom pen san t l'intelligence e t la libéralité d e M elchisédec. — Le co n te
dos T ro is Anneaux a été u tilisé par un dram aturgo allem and, Leasing,
dans sa com édie in titu lé e N athan le Sage; v o ir p a rtic u liè re m e n t les
scènes v , v i e t v u de l a cte III de celle com édie.

�IV. — BERGAMINO (I, 7)
Sì come chiarissim a fama quasi per tulio il mondo
suona, m esser Cane della Scala 1, al quale in assai cose
fu favorevole la fortuna, fu uno de’ più nolabili e de’
più magnifici signori che dallo imperadore Fed erig o
se c o n d o 2 in qua, si sapesse in Italia. 11 quale, avendo
disposto di fare u n a notabile e m aravigliosa festa in
Verona, e t a quella molte genti e di vario parli fossero
v e n u te 3, e m assim am ente uomini di corte* d ’ ogni
1. C an G ra n d o d o lla S c a la (1201-1320), seigneur «lo V érone, est célèbre
dan s l'histoire de Ia littéra tu re ita lien n e p a r l'h ospitalité qu ’il accorda à
Dante ex ilé.
2. I / e m pereur Frédéric II, petit-fi ls do Barberousse, né en 1104, m ort
en 1250, a p rès avoir passé tonte sa vie dans l'Italie m éridionale e t en
S icile, où il présida à réclu sio n d ’une civilisa tio n brillan te, a produit
une im pression profonde sur ses contem porains : tandis que les uns
voyaien t presque en lui une figure de l'A ntéchrist, d'autres ne cessaien t
de célébrer sa grandeur, sa m agnificence e t sa courtoisie. C’est ii cette
dern ière m anière de vo ir que se sont rangés les conteurs qui nous ont
tran sm is un très grand nom bre d'anecdotes où ce prince joue toujours
un rôle répondant au type idéal que l’on se faisait alors du m onarque
parfait. V oici en quels term es parle de lui l'auteur anonym e du N o vellino
(an térieur au Decameron de près d ’un d e m i-siè c le .« La g ente che
ayea bontade venia a lui da tu tte le pa rti, perchè l'uomo donava v o le n ­
tie ri, e m ostra va belli sem bianti a chi avesse alcuna speciale bontà
(entendez : q u elq u e talent). A lui v en ie no sonatori, trovatori e belli
favellatori, uom ini d'arti, giostratori, sch erm itori, d'ogni m aniera gente.»
Dante l'a placé parm i les h érétiques au VI* ch an t d e L'Enfer. P arm i le s
auteurs m odernes qui on t retracé la physionom ie à la fois m ystérieu se e t
attachan te d e ce personnage, il co n vien t d e signaler M. li. G ebhart,
/.'Italie mystique, ch. I V .
3. F o sse ro v e n u te : ce su b jo n ctif continue la proposition ex p lica tive
com m encée par un géron dif (a vendo disposto)', pour ju stifier ce change­
m ent de c o n stru ctio n , il fau drait sous-en tendre une conjonction : et
essendo che a quella molte penti... fossero venute . — E d i v a r io p a r ti : 0 di
v a rie regioni.
4. U o m in i d i c o r t e : sous ce nom, les conteurs ita lien s du x iiie e t du

�m aniera, su b ito (qual che la cagion fosse) da ciò si
ritra sse , et in p a rte p r o v e d e tle 1 coloro che venuti
v’erano, e lice nziolli. Solo uno, chiam ato Bergam ino,
olire al credere di chi non lo udì presto p arlatore et
ornato, senza essere d ’ alcuna cosa preveduto o licenzia
datagli, si rim ase, sperando che non sanza sua futura
utilità ciò dovesse essere stato fa tto 2. Ma nel pensiero
di m esser Cane era caduto, ogni cosa che gli si donasse,
vie p eg gio esser p e rd u ta che se nel fuoco fosso stata
g i t t a t a 3 : nè di ciò gli dicea o facea dire alcuna cosa.
B ergam ino dopo alquanti di, non veggendosi nò chia­
m a re nò richiedere a cosa che a suo mestici a p p a rte ­
nesse ', et oltre a ciò consumarsi nello albergo co’ suoi
cavalli e co’ suoi fanti, incominciò a pre nd e r malinco­
nìa; ma pure aspettava, non parendogli ben far &lt;1i p a r­
tirsi. Et avendo se c o portale Ire b e lle e ricche r o b e -1,
che donate gli erano stale da altri signori, per compa­
rire o rrev o le 6 alla festa, volendo il suo oste esser
pagalo, prim ieram ente gli diede l ’u n a , et appresso,
soprastando ancora molto più, convenne, si; più volle
col suo o s te t o r n a r e 7, gli desso la seconda; e cominciò
xvi* siècle d ésignenl tona ceu x qui v iv a ie n t ii la c o u f dea grands c l de
lem-» fa v e u rs , poéles, jo n g leurs e t q ue lquefois s im p les bouff o n s ; Be rga ­
m ino e st bien t y p e d e l'uomo ili corte.
1. P r o v e d e t t e : il pou r v u t a le u rs dépen ses ; il letir donna nue com­
p en satio n . I.a form e à em p lo y er aujourd'hui uni p ro vvide.
2. Il capere, d'im e facon oti d une a u tre , o bte n ir quetque c hoseII. N e l p e n s ie r o d i M esso r Ca n e e ra c a d u to : II s'et a i t m is en téle
q u e ... — V ie p ieg g o , com m e vie p iù : molto p eg g io.
4. A p p a r te n e ss e : oli no lai! appel à aucun dea ta len ts qu ii possed e,
et do n i il espère; tirer pa rt i ; et, pour co m b le de m alh eu r, l 'e n tretien ile
s e a chevau x e t d e ses gens, non propre séjo u r à l'hò tel é p uisent aea res­
so u rces .
5. R o b o , dalia le aeua francais : v e te m ent s .
li. O r r e v o le : co n tra ctio n de onorevole.
7. T o rn a ro eat pai-fola e m p lo yé par lea ancie ns éc r i v a in s toscans
duna le sena de sta re , albergare.

�ciò sopra la terza a m angiare, disposto di tanto stare a
vedere quanto quella durasse, e poi partirsi. O ra men­
tre che egli sopra la terza roba mangiava, avvenne
che egli si trovò un giorno, desinando m esser Cane,
davanti da l u i 1 assai nella vista malinconoso. 11 qual
m esser Can veggendo, più per istraziarlo che per diletto
pigliare d ’alcun suo d e tto 2, disse : « Bergam ino, che
hai tu ? tu stai cosi malinconoso; dinne alcuna cosa! »
B ergam ino allora, senza punto pensare, quasi molto
tempo pensato avesse, subitam ente in acconcio de’ fatti
suoi disse questa novella.
* « S ign or mio, voi dovete sapere che P rim a sso fu un
g ra n valente uomo in g r a m a tic a 3, e fu oltre ad o g n ’altro
g rand e e presto versificatore; le quali cose il renderono
tanto ra gg ua rde v ole e sì famoso che, ancora che p e r
vista in ogni parte conosciuto non fosse, per nome e
per fama (piasi ninno era che non sapesse chi fosse P ri­
masso. O ra avvenne che trovandosi egli una volta a
P a rig i in povero stalo, sì come egli il più del tempo
dimorava, per la virtù che poco era gradita da coloro
che possono assai ', udì ragionare dello abate di Cligni
il
quale si crede che sia il più ricco prelato di sue

1. D a v a n ti d a lu i : cn p résen ce de Cane qui é la it A tab le.
2. P o r is tr a z ia r lo : pour se m oquer de lui, pour le taqu in er, plus qu e
pour lui faire d ire quelque bon m ot. Il résulte d e 1A que le talen t habi­
tuel de B ergam ino était de faire rire par scs saillies.
3. Ce P rim asso parait être un certain P rim as de Cologne, connu pour
a voir été un de ces étu dian ts e t poète» errants, en général fort bon»
v iv a n ts, (pii co m p o sa ien t «mi latin des chansons bachiques ou satiriqu es,
et &lt;|ui sont connus d a n s l'h istoire de la litté ra tu re du m oyen Age sous le
nom de G oliardi. — Valente in gram atica (telle e st l'orthographe em p loyée
fau tivem en t dans le latin du m oyen Age) v eu t dire qu'il sa va it le la tin
e t é criv a it dans c e tte langue.
4. On rem arquera ici un tra it sa tiriq u e A l’a dresse d e M esser C ane; la
v ir ta , c'est le talen t ; ceux «pii possono a s sa i , ce «ont les riches.
5. D éform ation du m ot français C luny.

�entrato che abbia la Chiesa di Dio, dal P a p a in fuori ;
e «li lui udì dire maravigliose e magnifiche cose, in ten er
sem pre corte*, e non e sser mai ad alcuno che andasse
là dove egli fosse, negato nè m an giare nò bere, solo
c h e 2 quando l'abate m angiasse il domandasse. La qua*
cosa Prim asso udendo, si come uomo che si dilettava
di vedere i valenti uomini e signori, diliberò di volere
andare a vedere la magnificenza di questo abate, e
domandò quanto egli allora dim orasse presso a P a r i g i :l.
A che gli fu risposto che forse a sei m iglia ad un suo
l u o g o 1; al quale Prim asso pensò di potervi essere,
movendosi la m attina a buona ora, ad ora di m angiare.
F attasi adunque la via insegnare, non trovando alcun
che v'andasse, tem ette non* p&lt;&gt;r isciagura gli venisse
sm a rrita , e quinci potere andare 6 in parte dove così
tosto non troveria da m ang iare : per che, se ciò avve­
nisse, acciò che di m ang iare non patisse disagio, seco
pensò ili portare tre pani, avvisando che dell'acqua
(come che ella gli piacesse poco) troverebbe in ogni
parte. E q u e g l i 7 messisi in seno, prese il suo cammino,
1. In te n e r Bempre c o r te : ici com m ence l'é n um é r ation «leu m érites
il»? l abbé «ir C luny que Prim as entend vanter.
2. S o lo c h e : u la seu le con dition que...
3. Q u a n to ... p r e sso à P a r ig i: à quello distan ce de P aris. A dire
vrai, l'ab baye de Cluny n'était pas située près de Paris, mai« à quelques
kilomètre» au nord-ouest de Macon ; m ais l'abbé résidait dans le voisinage
de Paris, com m e le dit la phrase su iv a n te: * in un suo luogo. » L'abbaye
de Cluny, de l'Ordre des B énédictins, était une de» plus célèbres et des
plus puissantes du moyen Âge; l'abbé en portait le titre d'archi-abbé. Kn
1770 encore, plus de 600 bénéfices et de 2.000 m aisons dans toute l'E urope
dépendaient de l'abbaye de Cluny.
4. U n su o lu o g o : un château, une terre qui lui appartenait.
5. T e m e t te n o n ... On rem arquera l'em ploi de temere avec non sans
autre conjonction, pour dire: craindre d e... C'est la tournure latine
timere ne...
(i. E t q u in c i p o te r e a n d a ro : Changem ent de construction : du sub­
jonctif, Boccace passe à l'in finitif ; ou attendrait: e quinci p a te n e ..,
7. E q u e g li: sous-ent. pani.

�e vennegli sì ben fatto, che avanti ora di m angiare
pervenne là dove l'abate era. lit entrato dentro, andò
rigu ardan do per tutto, e veduta la g ra n moltitudine
delle tavole messe, e t il g ran de apparecchio della cucina,
e l’altre cose per lo desinare apprestate, fra se m ede­
sim o disse : « Veramente è questi così magnifico còme
n o n i 1 dice.» E stando alquanto intorno a queste coso
attento, il siniscalco2 dello abate (per ciò che ora era
•di m angiare) comandò che l'acqua si desse alle m ani;
o, data l’a c q u a 3, mise ogni uomo a tavola, li p e r avven­
tu ra avvenne che Prim asso fu messo a sedere appunto
dirim petto all' uscio della camera, donde l'abate dovea
uscire, per venire nella sala a mangiare'*, lira in quella
corte questa usanza, che in su le tavole vino nè pane nè
a ltre cose da m angiare o da bere si p o n e a r&gt; giammai,
se prim a l’abate non venia a sedere alla tavola. Avendo
a du nq ue il siniscalco le tavole messe, fece dire all'abate
che, qualora gli piacesse, il m angiare era presto.
L’abate fece a p rir la cam era per venire nella sala, e
venendo si guardò innanzi; e per ventura il primo
uomo che agli occhi gli corse fu P rim asso, il quale
assai male era in a r n e s e 6, e cui egli per veduta non co­
noscea; e come veduto l'ebbe, incontanente gli corse
nello animo un pensier cattivo e mai più7 non statovi, e
1. C om o u o m d ic e : on reconnaitra lei la tournure d even u e sì co u ­
ran te pii francai* : co m m e on d ii; uom cn italien n’n pan eu pourtant en
Ita lie la fortune du francais on.
2. Il s in is c a lc o : il m aggiordom o.
3. I /o pération consistai t à donner à c hacun «le quoi »e la v e r les m ains
é ta it eu quelque sorto lo sign al de He m e ttre h tab le.
4. S a la a m a n g ia r e : gallicism o co m m e il s’en rencontre beaucoup
«lana l ancienne langue ita lie n n e; on d ii aojourd'hui S o la da p r a n z o .
5. L'om ission de non d e va n l si po n ea s'ex p liq u e par la présence de nò
d a n s la phrase .
li. A ss a i m a lo In a r n o s e , e x a ctem e nt : mal équipi*, m al vètu .
7.
M ai p iù pour m ai, sans a n em ie idée de reno u ve lle m en t u lté rie u r
«le l'actlon.

�disse seco : «Vedi a cui io do m ang iare il m i o 1!» li
tornandosi addietro, comandò clic la cam era fosse s e r ­
rala, e dom andò coloro clic appresso lui erano, se
alcuno conoscesse quel ribaldo che a rim p e tto all'uscio
della sua cam era sedeva alle tavole. Ciascuno rispose
del n o 3. Prim asso il quale aveva talento di m a n g i a r e 3,
come colui che camminalo avea et uso non ora di di­
giunare, avendo alquanto aspettato e ve gg endo (die lo
ab ate non veniva, si trasse di seno l'un de’ tre pani li
quali p o r tati avea, e cominciò a m angiare. L’abate,
poiché alquanto fu stato, comandò ad uno ile’ suoi
famigliari, che rig u a rd a sse so partito si fosse questo
Prim asso. 11 famigliare rispose : « Messer no, anzi
m ang ia pane, il quale 1 m ostra che egli seco recasse.»
Disse allora l'abate : « O r m ang i del suo, se egli n’ha,
che del nostro non m an g e rà egli o g g i.» Avrebbe voluto
l ’abate che Prim asso da sè stesso si fosse partilo, per
ciò che accomiatarlo non gli pareva far bone. Primasso,
avendo l’un pane m angiato, e l’abate non vegnendo,
cominciò a m an giare il secondo; il che similmente a l l i ­
bate fu detto, che fatto avea g u a rd a re se partito si
fosse. Ultimam ente, non venendo l’abate, Prim asso,
mangiato il secondo, cominciò a m ang iare il terzo ; il
che ancora fu allo abate dello, il quale seco stesso
cominciò a pensare et a dire : « Deh questa che
novità è og gi che nell’a nima m ’ò venula? che avarizia?
cliente s d e g n o ’1? e per cui? io ho dato m ang iare il mio,
1. V ed i a c u i : a ohi ; do m a n g la r e : do a m angiare ; 11 m io : li* mie
sostan ze, il m io bene.
2. D e l n o : on &lt;lit aujourdhui : di no.
3. T a le n to d i m a n g la r o ; voglia di mangiare.
4. Il ne fa n l pas rapporter il qua le à p ane ; c'ent un neutre: et cria
p r o n te i/ut’...

5. C h o n te s d e g n o : sur !&lt;• sen s de ce pronom, voir ci-dc»&gt;us, p. ¿'»0,
n oie 3).

�già è molt'anni, a chiunque m angiare n’ha voluto, senza
guardare se gentil uomo è o villano, povero o ricco, o
m ercatante o b arattie re' stalo sia, et ad infiniti ribaldi
con l’occhio ine l’ho veduto straziare, nò mai nello ani­
mo m’entrò questo pensiero che per costui mi c’è en­
trato ; fermamente avarizia non mi dee avere assalilo
per uomo di picciolo affare: qualche gran fatto dee es­
sere costui che ribaldo mi pare, poscia che cosi mi s'ò
rintuzzato8 l’animo d’onorario. » li cosi detto, volle
sapere chi fosse e trovalo ch’era Prim asso, quivi ve­
nuto a vedere della sua magnificenza quello che n’aveva
udito, il quale avendo l’abate per fama mollo tempo
davante per valente uom conosciuto, si vergogno ; e,
vago di fare l’ammenda, in molte m aniere s'ingegnò
d ’onorario. Kt appresso m angiare, secondo che alla
sufficienza®, di Prim asso si conveniva, il fé’ nobilmente
vestire, e, donatigli denari c pallafreno, nel suo arbitrio
rimise l’andare e lo stare ; di che Prim asso contento,
rendutegli quelle grazie le quali potè m aggiori, a P arigi,
donde a piò partito s’era, ritornò a cavallo. »
M esser Cane, il quale intendente signore era, senza
altra dimostrazione alcuna ottim am ente inteso ciò che
dir volea Bergamino, e sorridendo gli disse : « P erga­
mino, assai acconciamente hai m ostrali i danni tuoi, la
tua virtù e la mia avarizia, e quel che ila ino disideri :
e veramente mai più che'' ora per ti\ da avarizia assalito
1.
B a r a t t i e re cal ici e m p lo yé dan« le «ens «le rivendugliolo; il
«Ics gens qui fo n t un p e tit co m m erce achetant qu olqu es m archan d ise s
qu'ils re ven d en t aunsilòt.
!?. R in tu z z a r e sig n ifie proprem en t rabattre (l'orgu eil, par e x e m ple/,
refouler. Ici le se ns Oit tlonc : moli coeur h'chI retiré , »'est refusé à lui
faire honneur.
:t. S u ffic ie n z a : capacità, m erito.
4. M ai p iù ch e : che a ici le sen» do fuorché.

�non fui; ma io la caccerò con quel bastone che tu
medesimo hai divisato1. » E fatto pagare l’oste di B e r ­
gamino, e lui nobilissimamente d ’una sua roba vestito,
datigli denari et un pallafreno, nel suo piacere p e r
quella volta rim ise l’andare e lo stare.
1.
Celte N ouvelle, com m e le conte précédent, le« Troia Anneaux, mm mi
scène un de« genre« d 'aventure» que b o ca cce, &lt;*l certainem ent ho* con­
te mporains avec lui, affectionnaient d’uno façon toute particulière : on y
voit com m ent un personnage, ho trouvant dan» une situation e mbarras­
sante ou désagréable, réussit, au moyen d'une pronta rispoata et de cer­
tain* m otti a rg u ti, h h o tirer d’affaire ot h confondre ceux dont il avait &amp;k o
plaindre. Ce talent, qui consiste à trouver prosque instantaném ent le
propos lo plus piquant dont on a besoin, ont un de ceu x que Boccace
exalte lo plus v o lo n tiers On rem arquera, on outre, ce détail de» m œ urs
du moyen Age : le* grand» seigneur» qui so piquaient de libéralité
tenaient table ouverte fi tout venant ot distribuaient leur garde-robe à
leurs favoris, pour leur marquer leur bienveillance.

�V. — BALLADE (Fin de la l r" journée)
Appressandosi l'ora della cena, verso il palagio tor­
n a te s i1, con diletto cenarono. Dopo la qual cena, fatti
venir gli strum enti, comandò la reina che una danza
fosso presa, e quella menando la Lauretta, Emilia
cantasse una canzone, dal lento di Dioneo aiu tata2. Per
lo qual comandamento Lauretta prestam ente prese una
danza, e quella menò, cantando Emilia la seguente can­
zone amorosamente :
•
lo son sì vaga della m ia bellezza®,
Che d 'a ltro a m o r g iam m ai
N on c u re rò , nè c re d o av e r v ag h ezza4,
lo veggio in q u e lla , o g n ’o ra c h ’io m i sp ecch io ,
Quel ben che fu co n te n to lo ’n te lle tto ,
Nè a c c id e n te nuovo o p e n sie r vecchio
Mi può p riv a r di si ca ro d iletto .
Qual a ltro d u n q u e piacevole oggetto
P o tre i v e d e r g iam m ai,
Che mi m e ttesse in c u o r n uo v a v ag hezza?

1. Le su je t omI: les dames*.
2. Il y a donc un jo u eur di* luth (la tto : liuto) qui accom pagne un
chant d estin é lui-mAmo à faire danse r (rem arqu er le sens «In m o t b a lla ta
nu ca n zo n e d a ballo) ; pili* (|uol&lt;|u'un e st, cn oulro, citargli de c o n d itile In
d&amp;nsc (In q u a le m enando la L a u r e tta ...)
3. l*e thèm e développt4 dans celle liallade o*l celili de la coquclte qui
ne h o com piali que dans la coiileiuplation de na pi-opre beante.
4. V a g h o z z a Slgnlfic ici dcair, am our, cornine d a n s le verbo invaghirei.

�Non fugge q u esto b e n , q u alo r disio
Di rim ira rlo in m ia consolazione* ;
Anzi si fa in c o n tro al p ia c e r m io.
T an to soave a s e n tir, clic se rm o n e *
D ir noi p o rla , n è p r e n d e r in te n z io n e 3
D 'alcun m o rtai g iam m ai,
Che n on a rd e s se di colai vaghezza.
Et io, che c ia s c u n ’ o ra p iù in ’a c c e n d o ,
Q uanto p iù Uso ten g o gli occhi in e s s o ',
T u tta m i d o n o a lui, tu tta m i re n d o ,
(in stan d o già di ciò ch 'el m ’h a p ro m esso ,
12 m ag g io r gioia sp e ro p iù d a p r e s s o 5
SI fatta, ch e g iam m ai
Sim il non si s e n ti q u i di vaghezza8.
1. In m ia c o n s o la z io n e : per m ia.
2. S e rm o n o : Ir langage.
li. P r e n d e r in to n z io n e : e n tende z : e non po treb b e com prendere l'in­
ten zion e (il pensiero) d ’alcun m ortale ch e...
4. In o sso : in questo ben (ta propre beante1).
i&gt;. P iù d a p r e s s o : par la su ite.
(J. .Non si p r o v a giammai simil gioia d i vaghezza (la jo ie d 'e tre
am oureux).

�VI. — ANDREUCCIO DE PÉROUSE (II, 5;

F u, secondo chi' io giù intesi, in Perugia un gio­
vane il cui nomo era Andreuccio di Pietro, cozzone*
di cavalli, il quale avendo inteso che a Napoli era
buon mercato di quelli, mossisi in borsa cinquecento
fiorini d'oro, non essendo mai più fuor di casa stato, con
altri m ercatanti là se n’andò ; dove giunto una dome­
nica sera in sul vespro, dall’oste suo informato, la
seguente m attina fu in sul mercato, e molti ne vide et
assai ne gli piacquero et di più mercato ten n e2 ; nè di
ninno potendosi accordare, per m ostrare che per com­
perar fosso, sì come rozzo e poco cauto, più volte in
presenza di chi andava e di chi veniva trasse fuori
questa sua borsa de fiorini che aveva 3. I'!t in questi
trattati stando, avendo esso la sua borsa m ostrata,
avvenne che una giovane ciciliana4 bellissim a, senza
vederla egli, passò appresso di lui e la sua borsa vide,
&lt;• subito seco d isse: « Chi starebbe m e g lio di me so
7.
C o zza n o : on d it aujourd'hui sensale pour d ésig n er colui (pii. duus
u n e affaire, seri d ’in term é d ia ire ; a p p liq u é au co m m erce des ch evau x,
le m ot Hi* rend en francai* par maquignon.
2.

E ntrò in trattatica.

3. Pour bien com prendre la su ite »le l'histoire, il e st nécessaire de
bien reten ir certain* d é ta ils que Boccace a soigneusem ent rela tés dès
le* prem ier* m ots du conte. A ndreuccio o*t un naïf qui ne sa it rien du
m o n d e ; il n ’a Jamais q u itté Pérouse, sa v ille natale, e t il a la so ttise, se
trou van t au m ilieu d ’une foule inconnue, d é fa ir e s o n n e r ie s écu s, com m e
si cela d e va it le faire con sidérer e t respecter.
4. C ic ilia n a ; et plus loin : C ic ilia , orthographe ancienne pour .Sicilia.

�quegli denari fosser m ie i? » e passò oltre. E ra con
questa giovane una vecchia similmente ciciliana, in
quale, come vide Andreuccio, lasciata oltre la giovane
andare, affettuosamente corse ad abbracciarlo; il che la
giovane veggendo, senza dire alcuna cosa, da una
delle p arti 1 la cominciò ad attendere. Andreuccio,
alla vecchia rivoltosi e conosciutala, le fece gran
festa, e prom ettendogli essa di venire a lui allo
albergo, senza quivi tenere troppo lungo sermone, si
partì, et Andreuccio si tornò a m ercatare, ma niente
comperò la m attina. La giovane, che prim a la borsa
d’Andreuccio, poi la contezza3 della sua vecchia con
lui aveva veduta, per tentare so modo alcuno trovar
potesse a dovere avere quelli denari o tutti o parte,
cautam ente cominciò a dom andare chi colui fosse, o
donde, e che quivi facesse, e come il conoscesse. La
quale ogni cosa così particularm ente de’fatti d’An ­
dreuccio le disse, come avrebbe per poco detto egli
stesso, si come colei che lungam ente in Cicilia col
padre di lui, e poi a Perugia dim orata era ; e simil­
mente le contò dove to rn assea e per che venuto fosse.
La giovane, pienamente informata e del parentado di
lui e de'nomi, al suo appetito fo rn ire4 con una sottil
malizia, sopra questo fondò la sua intenzione: et a
casa tornata, mise la vecchia in faccenda per tutto il
giorno, acciò che ad Andreuccio non potesse to rn are;
e presa una suu fanciulla11, la quale essa assai bene a
1. D a u n a d e lle p a r t i : stando in disparte.
2. C o n t e z z a : conoscenza, fam iliarità. La racine de ce m o t (lai*
eof/nituM) se reiro u ve dai»* le. francai» accointance.
8. D o v e to r n a s s e : où il habitait ; vo ir le conte précéden t, p. OH,
note 7.
4.
A l su o a p p e t i t o fo r n ir e : a soddisfare il suo desiderio, ad attu are il
suo d iseg n o .
b. F a n c iu lla est em p lo yé ici dans le sens de fanticelta.

&gt;

�così fatti servigi aveva am m aestrata, in sul vespro la
mandò allo albergo dove Andreuccio tornava. La qual
ivi venuta, per ven tura' lui medesino e solo trovò in
sulla porta, e di lui stesso il domandò. Alla quale
dicendo egli che era desso, essa tiratolo da parte
disse: « Messer, una gentil donna di questa t e r r a 2,
quando vi piacesse, vi parlería volentieri. » Il quale
udendola, tutto postosi mente e parendogli essere un
bel fante della persona3, s’avvisò questa donna dover
essere di lui innam orata, quasi altro bel giovane che
egli non si trovasse allora in Napoli ; e prestam ente
rispose ch’era apparecchiato, e domandolla dove e
quando questa donna parlar gli volesse. A cui la fan ­
ticella rispose : « M esser, quando di venir vi piaccia,
ella v’altendo in casa sua. » Andreuccio presto, senza
alcuna cosa dire nell’albergo *, disse : « O r via méttiti
avanti, io t i 3 verrò appresso. » Laonde la fanticella a
casa di costei il condusse; la quale dimorava in una
contrada chiam ata M alpertugio", la quale quanto sia
onesta contrada7 il nome medesimo il dimostra. Ma esso
niente di ciò sappiendo nè suspicando, credendosi in un
1. P e r v e n tu r a : co m m e en fra n ca is p a r a venture, c'est-à -d ire par
hasard, et aussi par bonheur, car, si la serva n te de la S icilien n e a v a it eu
affaire à l'aubergiste, celui-ci eû t sans doute recom m andé à A n d reu c­
cio de se ten ir su r ses gardes.
2. D i q u e s ta to r r a : d e cette ville. Terra a ce sens dans les anciens
a uteurs ; F rançoise de R im in i désign e ainsi, dans la Divine Comédie, la
ville où elle est née: Siede la terra dure nata fu i...
3. V oici un nouveau tra it «lu caractère d'A ndreuccio : il est fat et
vaniteux ; il e st convaincu qu'il a fait la con qu ête de quelque noble
n apolitaine.
4. N ouvelle im p ru d en ce.
î». E ncore aujourd'hui on tutoie g én éra lem en t les dom estiques en Italie.
C 'est un nom q u i a u ra it fa it réfléchir un m oin s naïf qu'A n­
dreu ccio.
7.
C o n tr a d a ; dans la langue courante, signifie encore : rue, m ais on
ne l'appliqu e guère qu'aux vo ie s spacieuses e t bien percées.

i

�onestissimo luogo andare, liberam ente4, andata la
fanticella avanti, se n'entrò nella sua casa ; e salendo
su per le scale, avendo la fanticella già la sua donna
chiam ata e detto Ecco Andreuccio, la vide in capo
della scala farsi ad aspettarlo, lillà era ancora assai
giovane, di persona grande e con bellissimo viso, ves­
tita et ornata assai orrevolmente-. Alla (piale corno
Andreuccio fu presso, essa incontrogli 3 da tre gradi
discese con lo braccia aperte, et avvinghiatogli il collo,
alquanto stette senza alcuna cosa dire, quasi da soper­
chia 1 tenerezza impedita : poi lag rimando gli baciò la
fronte, e con voce alquanto rotta d isse: « 0 Andreuc­
cio mio, tu sii il benvenuto! » e ss o , maravigliandosi
di cosi tenere carezze, tutto stupefallo rispose :
« Madonna, voi sialo la bon trovata! » Essa appresso,
per la mano presolo, su so 3 nella sua sala il menò, e di
quella, senza altra cosa parlare con lui, nella sua
camera so n'entrò, la quale di rose, di fiori d'aranci
e d’altri odori tu tta oliva °, là dove egli un bellissimo
letto incortinato, o molto robe 7 su por lo stanghe,
secondo il costume di là, et altri assai bolli e ricchi
arnesi vide; per lo quali coso, si come nuovo8, fermam
ente
1. L i b e r a m e n t e : d e bon gré, san« a vo ir besoin qu ’on l'y obligeAt.
2. O rr e v o lm e n t e (onorevolm ente) : elegantemente. Lu S icilien n e. a
m is sa plus b elle to ile tte , e t A ndreuccio contin ue
se croire chez une
grande dam e.
3. I n c o n tr o g ll-.. d ls c e s e : gli discese incontro. C’e s t un 1res rare
e xem ple d e ces pronom s e n clitiq u es jo in ts ù un adverbe.
4. S o p o r c h ia : soverchia. A près le portrait d'A ndreuccio, naïf e t fat,
Boccace trace d e m ain de m aitre le p o rtra it d e là S icilien n e ro u ée: c’est
toute une com édie sa va m m en t préparée q u ’elle v a Jouer.
5. S u so
«n, so p ra : ou trouvera de m êm e plus loin g iuso p o u r q IA,
6. O liv a : du verbe poétique ancien nlire
odorare : en poésie, »»n
tro u ve encore l’a d jectif olente e t le verb e, d érivé d e lu m ém o racine,
olezzare.
7. R o b e : voir ci-dessus, page 08, note !».
8. N u o v o : naïf, ignorant du m onde.

i

�credette, lei dovere essere non men che gran
donna; e posti s i a sedere insieme sopra una cassa che
a piè del suo letto era, cosi gli cominciò a parlare :
« Andreuccio, io sono molte certa che tu li maravigli
e dello carezze le (piali io ti fo, e delle mie lagrim e, sì
come colui che non mi conosci, e per avventura mai
ricordar non mi udisti ; ma tu udirai tosto cosa la qual
più li farà forse m aravigliare, sì come è che io sia tua
sorella. E dicoti che, poi che Iddio m’ha fatta tanta
grazia che io anzi la mia m orte ho veduto alcuno de
miei fratelli (come che io disideri di vedervi t utti), io
non morrò a q u ella1 ora, che io consolata non m uoia;
e se tu forse questo mai più non udisti, io le ’1 vo’
d ire 3. Pietro, mio padre e tuo, come io credo che tu
abbi potuto sapere, dimorò lungam ente in Palermo, e
per la sua bontà e piacevolezza vi fu et è ancora da
quegli che il conobbero am ato assai; ma tra gli altri
che mollo l'am arono, mia madre, che gentil donna
fu et allora era vedova, fu quella che più l'amò : tanto
che io no nacqui, c sonno qual tu mi vedi3. Poi, soprav­
venuta cagione a Pietro di partirsi di Palermo e tor­
nare in Perugia, me colla mia m adre piccola fanciulla
lasciò, nò mai, per quello clic io sentissi più di me nè
di lei si ricordò, di clic io, se mio padre stato non fosse,
forte il riprenderei. Ma che? le cose mal falle e di gran
tempo passalo sono troppo più agevoli a riprendere che
I.
Q u e lla : Ir.;» d ifférent de questa ; e lle no v e u t pas d ir e : jo p u is
m o u rir m aiu to n im i, mai» bici» : à collo h e u re -là (chi la m o ri vio n d ra mi!
preudro), J&lt;* m o u rra i contente .
•«?. Polir li* cas où lu no connaîtrais pax Ionio l'histoire (il y a en
d i c i appare nce (|uaA ndreuccio ig n o r e ), Je vai« ti* la d ire. C oni ioni un
roman quo lu s ic ilie n n e d é b ite au m alh eu reux A u dre uccio òbahi.
3.
S o n n o quA l t u m i v ed l : telle quo tu ino voi*, jo huìs 'e n fa n t don t
Jo te parlo; wr ajoule1 à tono indique ici la d escendance.

i

�ad emendare : la cosa andò pur così. Egli mi lasciò
piccola fanciulla in Palerm o, dove cresciuta quasi
coni' io mi sono, mia madre, che ricca donna era, mi
diedo per moglie ad uno da G e rg en ti1, gentile uomo e
da bene, il quale, per am or di mia m adre e di me,
tornò a stare in Palerm o; e quivi, come colui che è
molto guelfo2, cominciò ad avere alcuno trattato col
nostro Re Carlo, il q u a le 3 sentito dal re Federigo
prim a che dare gli si potesse effetto, fu cagione di
farci fuggire di Cicilia quando io aspettava essere la
m aggior cavaleressa ! che mai in quella isola fosse ;
donde, prese quelle poche cose che prender potemmo
(poche dico per rispetto alle molte le quali avavam o5),
lasciate le terre e li palazzi, in questa terra ne rifug­
gimmo, dove il Re Carlo verso di noi trovammo sì
grato che, ristorati in parte li danni li quali per
lui ricevuti avavamo, e possessioni e case ci ha date, e
dà continuamente al mio m arito, e tuo cognato che è,
buona provisione#, sì come tu potrai ancor vedere; et
1. G ir (/enti, l'a n d rim i' A grigente .
2. A vec uno grande h abileté, la S icilien n e «ait m êler l'histoire la più*
auth en tique à »es invention». Les G uelfes éta ien t, m in in e on sait, le*
partisan s du pape, e t le» G ibelins tenaient pour l’em p ereu r ; le roi
C harles II d'Anjou, qui régnait à Naples, é ta it le principal représentan t
du parti guelfe dans l'Italie m érid io n a le; or, la S icile a va it échappé à
l'influence française, et G uelfe, après les fam euses V êpres sicilien nes ( i‘i#2);
le m ari de notre a ven tu rière, est censé a v o ir dû q u itter la S icile à ca u se
des in tellig en ces qu'il a v a it avec le roi de Naples.
3. I l q u a lo , s .-eut. tra tta to : il s'agit de quelque conspiration.
4. C a v a le re s s a : fém inin in u sité de cava liere; si la conspiration a vait
réu ssi, son m ari a u ra it eu q u elq u e brilla n te situation , e t elle etU été la
prem ière grande dam e de S icile.
5. A v a v a m o : avemmo. Il n'est pas im possible que cette pronon­
c ia tion ,étra n g ère à la Toscane et répétée trois lignes plus bas, soit ici un
trait d'observation ; Boccace, qui a va it vécu lon gtem ps à N aples, repro­
du it certain s détails de la prononciation m éridionale (vo ir ci-dessus»
(ìe rg e h11, cav a leressa ).
G. P r o v is io n e : une pension, un traitem en t.

I

�in questa maniera son qui, dove io, la buona mercé
d ’iddio e non tua, fratel mio dolce, li veggio. » li cosi
detto, da capo il rabbraccio , el ancora teneram ente
lagrim ando gli baciò la fronte. «*•
Andreuccio, udendo questa favola così ordinata ­
mente, così compostamente delta da costei, alla (piale
in niuno atto moriva la parola tra'dent i, nè balbettava
la lin g u a 1, e ricordandosi esser vero che il padre era
stalo in Palermo, e veggendo le tenere lagrim e, gli
abbracciar i e gli onesti basci, ebbe ciò che ella diceva
più che per vero : e poscia che ella tacque, le rispose :
«M adonna, egli non vi dee parer gran cosa2 se io mi
maraviglio, per ciò che nel vero, o che mio padre, per
che egli se’l facesse, di vostra madre e di voi non
ragionasse giammai, o che, se egli ne ragionò, a mia
notizia venuto non sia, io per me ninna conoscenza
aveva di voi, se non come se non foste; et èm m i'3 tanto
più caro l’avervi qui mia sorella trovata, quanto io ci
sono più solo, e meno questo sperava. E nel vero io
non conosco uomo di si alto a ffare al quale voi non
doveste esser cara, non che a me che un picciol m er­
catante sono. Ma d’una cosa vi priego mi facciate
chiaro ' : come sapeste voi che io qui fossi ?» Al quale
ella rispose : « Questa mattina mc’l fé’ sapere una
povera femina la quale meco molto si ritiene 3, per ciò
che con nostro padre (per quello che ella mi dica)
1. e xpresslon p la isan te pour dire que la S ic ilie nne ne tarissait pas
e t n e tail jatunis em barrass é e ; nou» d irio n sd a n s le iném e sens : elle a v a it
tu langue bien pendue.
2. G ra n c o sa : qu elq u e elione d ’e x tr ao rdin aire.
:i. E m m l ini i».
t*. MI fa c c ia te c h ia r o : que vou* m 'in form iez, qnc vous m'e xpliq u le z.
— T on i n i é ta n t naif, A ndreuccio pose une q u estion ju d ic ie us e ; m ais il a
affaire li pliiM m alin que lui.
5. Sta m ollo in casa m ia.

�lungam ente et in Palermo et in Perugia stette ; c se
non fosse che più onesta cosa mi pare che tu a me
venissi in casa t ua 1 che io a te nell’altrui, egli è gran
pezza che a le venuta sarei. » Appresso queste parole
ella cominciò distintam ente a dom andare di tutti i
suoi parenti nominatam ente, alla quale di tutti An­
dreuccio rispose; per questo ancora più credendo
quello che meno di credere gli bisognava2. Essendo
stati i ragionam enti lunghi et il caldo grande, ella fece
venir g re co 3 e confetti, e fu’ dar bere 1 ad Andreuccio,
il quale dopo questo p artir volendosi, perciò che ora
di cena era, in ninna guisa il sostenne3, ma, sem ­
biante fatto di forte turbarsi °, abbracciando! d isse:
« Ahi lassa me, che assai chiaro conosco come io li sia
poco cara ! che è a pensare che tu sii con una tua
sorella, mai più da te non veduta, et in casa sua, dove
qui venendo, smontato esser dovresti, e vogli7 di
quella uscire per andare a cenare all’albergo ! Di vero
tu cenerai con esso m eco8 ; e p erch è9 mio marito
non ci sia, di che forte mi grava, io ti saprò bene,
I.O n attendrait incinta m ia; m ais la Sicilienn e insiste sur cette idee
que »a m aison est à Andreuccio.
2.
Q u e llo ch o ... b is o g n a v a : ce q u ii avait le m oins besoin ile croire,
ce qu'il n'aurait jam ais d u croire.
:t. G reco : v in o g r ec o , tin vin fait avec des raisins importés de
Grèce. Confetti, des sucreries, des gâteaux.
4. D a r b ere : on a vu plus haut (p. 72, note I): tlar mang ia re.
5. Il s o s te n n e : le sujet est la S icilien n e: elle uc le sou tin t pas.
C. T u r b a r si est généralem ent em ployé par Boccace dans le sens de
se fâcher.
7. V o g li : seconde personne du subjonctif dépendant de clic t) n y/e/r
ta re cUr... com m e ou dirait en français: penser que tu es chez la soeur...
et que lu v e u x ... C'est une façon d'exprim er l'étonnem ent, l'indignation.
8. C on e ss o m e c o : con meco, con geco t-e trouve assez fréquem m ent
chez les anciens auteurs ; l'ad d ition de «■**" n'a d'autre effet que «le ren­
forcer encore l'expression déjà renforcée par con Joint à mcco. Aujour­
il hui, on est revenu à l'expression sim ple meco.
t'. P e r c h e : est em ployé ici pour benché, quantunque.

I

�secondo d o n n a fare un poco d’onore. » Alla (piale
Andreuccio no n sappiendo altro che rispondersi, disse:
« lo v’ho cara (pianto sorella si dee avere; ma se io
non ne vado, io sarò tutta sera aspettato a cena, e
farò villania *. » E t ella allora disse : « Lodalo sia
Iddio, se io non ho 3 in casa per cui mandare a dire
che tu non sii aspettato; benché tu faresti assiti
m aggior cortesia e tuo dovere, mandare a dire a’tuoi
compagni che qui venissero a cenare, e poi, se puri?
andar to ne volessi, ve ne potreste tutti andare di bri­
gata. » Andreuccio rispose che de'suoi compagni non
volea quella sera; ma poi che pure a grado l’era, di
lui facesse il piacer suo. Ella allora fo’vista di mandare
a dire allo albergo che egli non fosse atteso a cena ; e
poi, dopo molti altri ragionam enti, postisi a cernì e
splendidamente di più vivando serviti, astutam ente
quella 4 menò per lunga infino alla notte oscura ; et
essendo da tavola levati, et Andreuccio partir volen­
dosi, ella disse che ciò in ninna guisa sofferrebbe 8,
perciò che Napoli non era terra da andarvi per entro
di notte, e massimamente un forestiere 0; che come
che egli a cena non fosse atteso aveva mandato a dire,
co sì7 aveva dello albergo 8 fatto il sim igliante. Egli,
1. S e c o n d o d o n n a : a u la n t qu'im o fem m e peni lo Taire.
Sf. F a rò v illa n ia : je m e rem im i coupable d'im polit esse.
3.
L o d a to s ia I d d io : eu p h ém ism e tcn a n t lieti &lt;l'mi blasphcm e,
cornine on d ii : q u el b en e d etto u onio, alors quo l'on penso m a led e tto . lei le
sena e st: « O r Ace A D leu, j'ai des uens, eie. «•
ft. Q u e lla :entendez: In cena. — M en ò p o r lu n g a : elle prolongea le repas.
5. Soffe r r e b b e : soffrirebbe, p erm ettereb b e.
1». Ce tra it e st dii m eillcu r co m lq u e : la S icilien n e représente à
A n dreu ccio tous le » d a ng ers q u i, ft N aples, m en a c e n t L'étranger nouveau
v e nu dans la ville»!
7. C om o o h o ... c o si : construisiez : com e aveva m andalo a d ire che
culi non fosse alleno a cena, cosi a v ev a fallo (m a n d a to a dire) il sim lfila n te ...
8. D o lio a lb o rifo : e lle a v .iit (soi-disnnt) fa ll d ire q u ’on ne l'atlon dit pan
plm« polir la nuit que putir le din er.

�questo credendo, stello. Furono adunque dopo cena i
ragionam enti molti e lunghi non senza cagione tenuti ;
et essendo della notte una parte passala, ella, lasciato
Andreuccio a dorm ir nella sua camera con un piccol
fanciullo che gli m ostrasse se egli volesse nulla, con le
sue femine in un'altra camera se n'andò.
E ra il caldo grande 1 : per la qual cosa Andreuccio,
veggendosi solo rimaso, subitam ente si spogliò in
farsetto 2, e trassesi i panni di gam ba, et al capo del
letto gli si pose; e richiedendo il naturale uso di dover
deporre il superfluo peso del ventre, dove ciò si facesse
domandò quel fanciullo, il quale nell'uno de’canti, della
camera gli mostrò un uscio, e disse : « Andate là entro. »
Andreuccio dentro sicuramente passato, gli venne per
ventura posto il p iè3 sopra una tavola, la (piale dalla
contrapposta parie sconfitta dal travicello, con lui
insieme se n’andò quindi g iu so 4 : e di tanto l’amò Iddio
che ninno male si fece nella caduta, quantunque alquanto
cadesse da alto ; ma tutto della bruttura, della quale il
luogo ero pieno, s’im brattò. 11 qual luogo, acciò che
meglio intendiate e quello che è dette e ciò che segue,
come stessi; vi m o sterròs. Egli era in un chiassetto
stretto (come spesso tra due case veggiamo) sopra duo
travicelli I r a l’una casa o l'altra posti, alcune tavolo
confitte0 et il luogo da seder posto; delle quali tavole
1. lei com m ence le second a cte «lo la v érlta b le com édie don i A ndreu c­
cio est le héros m alh eu reu x. Le p rem ier e»t c erta in em en t le p lu s finement
com pose au point de vu e den caractères ; le second tom be dumt la b o u f­
fonnerie.
2. In f a r s o t to : cc m ot désign e un v ètem e n t de d essou s ; lei, é v id e m ­
m ent I éq u iv a le n t de la c he m ise. — 1 p a n n i d i g a m b a : 1 calzon i.
3. O li v e n n e p o s to 11 p iò : pose per cano il p iè ...
4. G iu so : vo ir ci-d essu s, p. 27, noie H.
b. M o s te r r ò : form e florentine pour mostrerò.
G. E g li o ra ... a lc u n o ta v o lo : co rreclem en t il fau drall erano; ou lnen

�&lt;(ut“lla clic con lui cadde era l'una. Ritrovandosi adunque
là giù nel ehiassetto, Andreuccio, dolente del caso,
cominciò a chiam are il fanciullo ; ma il fanciullo, come
sentito l’ebbe cadere, così corse a dirlo atta donna; la
quale, corsa alla sua cam era, prestam ente cercò se i
suoi panni v’erano; e trovati i panni e con essi i denari,
li quali, esso non fidandosi, m attam ente sem pre por­
tava addosso, avendo quello a che ella di Palerm o,
sirocchia 1 d ’un Perugino facendosi, aveva teso il lac­
ciuolo, più di lui non curandosi prestam ente andò a
chiuder l’uscio del quale egli era uscito quando cadde.
Andreuccio, non rispondendogli il fanciullo, cominciò
più forte a chiamare : ma ciò era niente. Per che egli,
già sospettando, e lardi dello inganno cominciandosi
ad accorgere, salito sopra un m uretto elio quel chiasso ­
lino dalla strada chiudeva, e nella via disceso, all’uscio
della casa, il quale egli molto ben conobbe, se n'andò;
e quivi in vano lungam ente chiamò, e molto il dimenò
e percosse. Di che egli piagnendo, come colui che
chiara vedea la sua disavventura, cominciò a dire :
« Oimè lasso, in come piccol tempo ho io perduti cin­
quecento florini, et una sorella ! » E dopo molte altre
parole, da capo cominciò a batter l’uscio et a g rid are;
o tanto fece così, che molti de’ circostanti vicini desti,
non potendo la noia sofferire, si levarono ; et una delle
servigiali della donna, in vista tutta sonnacchiosa1,
fattasi alla finestra proverbiosamente* disse : « Chi
eg li e™ o»l e m p loyé co m m e un verbie im p e rsonn el, nu b ien p lu tot Boc­

cace , i m i com m en çant «n ph rase, n'avnit pus duna l'esp rit In s uje t p l uriel
q u ii n M a m e né e nsu ite ii é crire ; Il no pensa it «un» doulc qu'à il luogo
ila Mrtlt'n’.

1. S lr o c c h la : sn rella .
2. Fa isa n t se m b la n t d'Olrc e n d o rm ie.
3. P r o v a r b lo v a m o n to : ciuelipic» «klilcurn Interprèlen t : ca n zo n a n d o lo ,

�picchia là giù? » — « 0 , disse Andreuccio, o non mi
conosci tu ? io sono Andreuccio, fratello di madonna
Fiordaliso. » Al quale ella rispose : « Buono uomo, so
tu hai troppo bevuto, va, dormi o tornerai dom attina :
io non so che Andreuccio nè che ciance son quelle che
tu di’; va in buona ora, e lasciaci dorm ire soli piace. »
— « Como! disse Andreuccio, non sai che io mi dico?
certo si sai ; ma se pur son cosi fatti i parentadi di
C icilia, che in si piccol term ine si dimentichino, ren­
dimi almeno i panni miei, li quali lasciali v’ho, et io
m’andrò volentieri con Dio. » Al quale ella, quasi
ridendo, disso : « Buono uomo, e’mi par clic tu sogni. »
Kl il dir questo, et il tornarsi dentro, e chiuderla fines­
tra, fu una cosa 1. Di che Andreuccio, già certissimo
de’suoi danni, quasi per doglia fu presso a convertire in
rabbia la sua grande ira, e per in g iu ria a propose di
rivoler quello che per parole riavere non potea; por che
da capo presa una gran pietra, con troppi m aggior
colpi 3 che’n prima, fieramente cominciò a percuotere
la porta. La qual cosa molti de’vicini avanti destisi e
levatisi, credendo lui essere alcuno spiacevole'', il
quale questo parole fingesse per noiare quella buona
fem ina, recatosi a noia ¡1 picchiare 11il quale egli faceva,
con aria ili beffa, ce qui ne puniti pan v raisem blable ; danx qu elques
textes ancien*, le mot proverbiato se tronve annui uvee le *en* de injurieux
, qui convient m ieux ic l; elle lui parie sur un tou irrite.
1. On remarti nera com b in i le «style de B occace, aux longues périodes«
embarrassées* et ch a rgee* d'innombrable» incidente* dami la narration,
devien t v if et naturel dan t le dialogue.
2. P o r In g iu r ia : par la force e tlu violence.
:t. T ro p p i m a g g io r c o lp i ; troppo maggiori serait pjua correct, car
troppo est icl adverbe ; m ais c'ext une liberté que prenaient toujour* le*
an cien s auteurs, et qui dii reat«* ne choque pus outre me sure en Italien.
A lc u n o ep ia c o v o lo : quelque im portun, quelque ivrogne ; le voisinage
com m ence à prendre parti contre Andreuccio.
6.
R o c a to si a n o ia il p ic c h ia r o : le» coup* qu ii donne à la porte
ennuient, ge nent lo u t Icn v o isin s.

�fattisi alle finestre, non altramente che ad un cane
forestiere lutti quelli della contrada abbaiano addosso,
cominciarono a diro : « Questa è una gran villania a
venire a quest’ora a casa le buone femine 1 a dire queste
ciance : deh va con Dio, buono uomo; lasciaci dormire,
so li piace ; e se tu hai nulla a fare* con lei, tornerà1
domane, e non ci dar questa seccaggine stanotte. » Dalle
quali parole forse assicurat o uno che dentro dalla casa
era, il quale nè veduto nè sentito avea '•*, si fece alla
finestra e con una boco * grossa, orribile e fiera disse :
« ('.hi è laggiù ? » Andreuccio, a quella boce levata la
testa, vide uno il quale, per quel poco che com prender
potè, m ostrava di dover essere un gran bacalare ', con
una barba nera e folta al volto, e come se del letto o d a
alto sonno si levasse, sbadigliava e stropicciavasi gli
occhi. A cui egli, non senza paura, rispose : « lo sono
un fratello della donna di là entro. » Ma colui non aspettò
che Andreuccio finisse la risposta, anzi, più rigido assai
che prima, disse : « Io non so a che io mi legno che io
n o n v e g lia laggiù, e dent i 5 tante bastonate quante io
li veggia m uovere0, asino fastidioso et ebriaco che In
1.
A ca sa 10 b u o n o fe m ln e .• pour a casa d e lle ... T ou r fréquent choz
lo» anciens e t cncoro usili1 uvee lo* nom s propre» : ci f u //ra n d e fe s ta a
casa S t r o z z i ; com pnroz lo francai*» la FtHo-Dieu, riI»Mol-l)iou, Marly-Iolin i, ole. Ce soni (lo* resto* «In gi'iiiiif Ititin qui no co m p o rta li anelino
própn*ilion.
'«?. I l q u a lo ... a v o a : il q uale osi lo regim o; le sn je l osi A ndreuccio.
3.
B oco : loca ; di; colto prononciutiou ancienne il resto un souven ir
diiu» li! verbo b aciare , d’un u»ago vulgairc pour diro : tWovor la voix,
pa rler fori, crier.
B a c a la re : (Hymologiquoinont, co m o t eorrespoud au m ot francai*
b a cb c lier ; il v o u td ir e iei (piolqu un doni la senio pre*laneo Indiquo uno
grande autoriUS et il eoinporte uno nuance d'ironie. Androueclo com menco à com prondro qu ii 11*0*1 più* tem p* do plaÌHanl&lt;*r.
fi. D u a l i : li dea, ti dia.
(». Aussl l&lt;ingtom|»h quo jo lo vorrai» liougor, c ‘o»t-n-diro Jusqu’à eo
quo In ni! bougo» più».

�dèi essere, che questa notte 110 11 ci lascerai dormire. »
E tornatosi dentro, serrò la finestra. Alcuni de’ vicini
che' meglio conoscevano la condizion di colui, umil­
mente 1 parlando ad Andreuccio dissero : « P e r Dio,
buono uomo, vatti con Dio ; non volere stanotte essere
ucciso costì : vattene per lo tuo migliore. » Laonde
Andreuccio, spaventato dalla voce di colui e dalla vista,
e sospinto d a ’ conforti di coloro, li (piali gli pareva
che da carità mossi parlassero, doloroso quanto mai
alcuno altro, e de'suoi denari disperato, verso quella
parte onde il dì aveva la fanticella seguita, senza sapere
dove s’andasse, prese la via per tornarsi allo albergo.
E t a sé medesimo dispiacendo per lo puzzo che a
lui di lui veniva, disideroso di volgersi al m are per
lavarsi, si torse a man sinistra, e su p e r una via chia­
mata la R u g a 2 catalana si mise ; e verso l’alto della
città andando, per ventura davanti si vide due che
verso di lui con una lanterna in mano venieno, li qu ali
temendo non fosser della famiglia della c o rte 11, o altri
uomini a mal far disposti, p e r fug girgli in un c aso lare4
il qu a l e si vide vicino pianam ente ricoverò. Ma costoro
quasi come a quello proprio luogo inviati andassero®,
in quello medesimo casolare se n ’entraron o; e quivi
l’un di loro, scaricati certi ferram enti che in collo avea,

1. U m ilm o n te : ii v o ix basse ; il s’a g it de faire com prendre h An­
dreu ccio que le m ieux pour lui ext de ne pax in sister.
2. R u g a signifie p ro p rem en t ride, pui» sillon, p u is rue d'une ville (le
m o t m e a précisé m en t la m énte é tym o lo g ie) ; en ce sens, le m ot ruga
n'est p lu s einployé en italien.
3. On verrà più* loln dans le m énte sens : tu fam ìglia della signoria,
c'est-à-dire Ics serviteurs* de l'autorité, Ics gens de la p o lic e .
C a so la r e : une m aison abandonnée en ruines.
5.
I n v ia ti a n d a sso ro : com m e s i l s ho d irig ea ien t, s'ils a v a ie n t pour
de stin a tio n .

�coll’altro insieme g l ’incominciò a guardare*, varie cose­
sopra ([»egli ragionando. E m entre parlavano, disse­
l’u n o : « Che vuol dir qu esto? io sento il m a g g io r
puzzo che mai mi paresse sentire. » li questo detto,
alzata alquanto la lanterna, ebber veduto il cattivel
d ’Andreuccio, estu p efa t t i dom andàr : « Chi è là ? » An­
dreuccio taceva; ma essi avvicinatiglisi col lume, il
domandarono che quivi così b r u t t o 2 facesse. Alli
quali Andreuccio ciò che avvenuto gli era na rrò inte­
ram ente. Costoro im m aginando dove ciò gli potesse
essere avvenuto, dissero fra sè : « V eram ente in casa
lo
Scarabone Buttafuoco3 flia stato questo. » Ri a lui
rivolto disse l'uno : « Buono uomo, come che tu abbi
perduti i tuoi denari, tu hai molto a lodare Iddio c h e
quel caso ti venne clic tu cadesti, né potesti poi iu casa
rie n tra re ; per ciò che, se caduto non fossi, vivi sicuro
che, come prim a addorm entato ti fossi, saresti stato
ammazzato, e co’ denari avresti la persona perduta.
Ma che giova oggim ai di p ia g n e re ? tu ne potresti
così riavere un denaio, come4 avere delle stelle del cielo :
ucciso ne potrai tu bene esseri!, se colui sente che tu
mai ne facci parola. » E dello questo, consigliatisi
alquanto, gli dissero : « Vedi, a noi è presa com pas­
sion di te; e perciò, dove3 tu vogli con noi essere a
1. G l’ln c o m ln c iò a g u a r d a r e .- entendez ¡ferram enti.
2. C oai b r u t t o : a u sti m alpropre. Dante a em p lo yé ce m ot duns le
m e m e se n s.
lì. C en t le n om de l'hom m e ù la barbe nuire, auquel A ndreu ccio a ou
affaire en dern ier lieu ; s o m n om est des p lu s su ggestifs. Scarabone e s t
syn on ym e ile S carafaggio e t B uttafuoco s'expliqu e de lu i-m im e .
4. d o s i... corn o: Il te sera it aussi fa cile d'en ra vo ir un sou q u e d e ... —
D o n a lo , form e fiorentin e (cotnp. fo r n a io , G ennaio, e tc .), con tre la q u elle
la form e plus m eridionale denaro a prévalu ; le m èm e phénom ène s e s t
produ it pour notaro .
5. D o v e : uvee le snbjonctif [vogli u'est pas m is ici pour vu o i, m ai»

�fare alcuna cosa clic a fare andiam o, egli ci pare essere
mollo certi che in parte ti toccherà il valore di troppo
più clic perduto non hai. » Andreuccio, si come dis­
perato, rispose c h’era presto. Era quel di seppellito
uno Arcivescovo di Napoli, chiam ato m esser Filippo
Minutolo, et era stato seppellito con ricchissimi orna­
menti, e con un rubino in dito, il quale valeva oltre
a cinquecento fiorili d'oro, il quale 1 costoro volevano
a n d a re a sp og liare; c cosi ad Andreuccio fecer veduto
l’avviso l o r o 3. Laonde Andreuccio, più cupido che
consigliato, con loro si mise in via ; e t andando verso
la chiesa m aggiore, et Andreuccio putendo forte, disse
l’uno : « Non potremo noi tro v a r modo che costui
si lavasse un poco dove che s i a 3, che egli non putisse
cosi fieramente? » Disso l'altro : « Si, noi siam q u i
presso ad un pozzo, al quale suole essere la carrucola
e t un g ra n secchione; andianne là e laveremlo spac­
c i a t a m e l e . » G iunti a q uesto pozzo, trovarono clic la
fune v* era, ma il secchione n'era stato levato : per
che insieme diliberarono di legarlo alla fimo, e di
«oliarlo* nel pozzo, el egli là giù si lavasse, e come
pour vo f/lìa ) a so u ven t le sen s d e t i , p o u rvu q u e ; q u a n d o s'em ploie aussi
d e la m êm e façon.
1. L e second il q uale désign e l'archevêque ; le p rem ier se rapporte à
r anneau.
2. Ils le m e tte n t au cou ran t de le u r plan, e t A ndreu ccio, plus dési­
reu x de rép a rer la perte qu'il a subie, que sage, accepte. Le voilà donc
associé à des voleu rs, e t c'est encore plus par sottise, par irréflexion,
que par m alhonnêteté réelle qu'A ndre uccio se tro u ve engagé dans une
n ou velle aven ture.
D o v e o h e s la : n ’im porte où.
4.
A n d i a n n e là : c'ent-à-dire a n d ia m o n e : on a déjà vu que la form e de
la prem ière personne du p lu riel du p résen t de l’in d ica tif é ta it fréqu em ­
m e n t en ianu pour m m o ch ez les an cien s é criv a in s toscans.
&amp;.
C o lla r lo : le m ot colla (sans le m oindre rapport ici avec le français
co lle) désig n a it la corde don t on se s erv a it pour p u n ir c erta in es fautes,
d'où les expression s anciennes: d a r la co lla , m e tte r e a lla c o lli, pour d ésigner

�lavato fosse crollasse la fune, et essi il tirereb ber
su s o ; e così fecero.
Avvenne che, avendol costor nel pozzo collato, alcuni
della famiglia della sig noria 1, li quali, e p e r lo caldo
e perché corsi erano dietro ad alcuno, avendo sete, a
quel pozzo venieno a bere. Li (piali come color d u e 3
videro, incontanente cominciarono a fuggire, li fami­
gliar!’, che quivi venivano a bere, non avendoli veduti.
E ssendo già nel fondo del pozzo Andreuccio lavato,
dimenò la fune. Costoro assetati posti giù lor tavolacci
e loro ormi e loro g o n nelle3 cominciarono la fune a
tirare, credendo a quella il secch ion pien d'acqua
essere appiccalo. Come Andreuccio si vide alla sponda
del pozzo vicino'', così lasciata la fune, con le mani si
gittò sopra quella. La quid cosa costor vedendo, da
subita p a u ra presi, senza altro diro lasciam m o la fune,
e cominciarono quanto più poterono a fu g g ire ; di che
Andreuccio si maravigliò forte, e se egli non si fosse ben
attenuto, egli sarrebbe infin nel fondo caduto, forse non
senza suo gran danno e morte ; ma pure uscitone, e queste
armi trovate, le quali egli sapeva che i suoi compagni
non avean portate, ancora più s ’incominciò a maravi­
gliare. Ma, dubitando e non sappiendo c h e 5, della sua
ce genre «le torture. Collare signifie (Ione a tta ch er à im e corde pour
fai re descendre (cornine c'eat lei le cas) ou p o u r faire m onter.
1. A lc u n i d rIla fa m ii/lia d e lla xiijnoria e t p lu s bas li fa m ig lia r ! : i b ir r i;
v o ir ci-dessu s, p. DO, note 3.
2. Les vo leu rs qui o n t descendu A ndreu ccio dnns le p u its; li q u a li qui
com m ence la phrase e st co m p lém en t d irect de videro.
T a v o la c c i : espèces de p e tlts bou cliers don i ils é ta il a rm és ; g o n ­
n elle, la pa rtie dii costu m e des hom m es de g uerre q u ’on ap p ela it plus
so u ven t so p ra v veste , espècc de m anteau am ple «¡ni reco u vra it tonte» les
arm es.
c o n stru ise z : ni rid e vieino alla sponda d el p o z z o .
5. D u b ita n d o ..., e tc . T o u t cela parait su sp ect k A n d reu ccio ; il com­
m ence à avoli* peur (sens de d u b ita re ), m ais il ne s lit pa s a:i ju ste de
quoi.

�fortuna dolendosi, senza alcuna cosa toccare, quindi
diliberò di p artirsi, et andava senza sa p e r dove, d o si
a n da n do , si venne scontrato in que’ due suoi com pa­
gni, li quali a trarlo del pozzo venivano : e come il
■videro, maravigliandosi forte, il domandarono chi del
pozzo l'avesse tratto. Andreuccio rispose che noi
•sapea, e loro ordinatam ente disse come era avvenuto
■o quello che trovato aveva fuori del pozzo. Di che cos­
toro, avvisatisi come stato era, ridendo gli contarono
perchè s ’eran fuggiti, e chi stati eran coloro che su
l'avean tirato. E senza più parole fare, essendo già
mezza notte, n’andarono alla chiesa m aggiore, et in
■quella assai leggerm en te entrarono, e furono all’a r c a 1
la quale era di m arm o e molto g rande, e con loro ferro
il coperchio, il i|uale era gravissim o, sollevaron tanto
(pianto un uomo vi potesse en trare e puntellaronlo. E
fatto questo, cominciò l'uno a d ire : « Chi e n t e r r a 3 den­
tro'!'» A cui l'altro rispose : « Non io ». — « Nè io » disse
•colui3; ma entrivi Andreuccio ». — « Questo non farò io,
•disse Andreuccio », verso il quale am enduni * costoro
rivolti dissero : « Come non v’e nterrai ? In fe di Dio, se tu
non v’entri, noi ti darem ta n te 8 d ’un di questi pali di ferro

1.
L 'a rc a : lo sép u lcre «lo l'arch evèqu e; il « a g it d ’un de co* sarco­
phage* com m e l’a rt du x iii* el du xiv* siècle non* en a laissé beaucoup
•de spécim en*, très v a ste s e t ferm és p a r 1111 co u vercle co n vex e, très
pesan t e t g én éralem en t décoré de scu lp tu res; les v o leu rs so u lèven t
cou vercle d'un côté et l'éta yen t (/m nteiiaronto) au m oyen d'un m orceau
•de bois ou de fer solide, m ais facile ren verser.
V. E n te r r é =* e n tr o r à : cf. ci-dessus, p. 80, note 5.
3. On rem arquera que ces vo leu rs, qui ne craign en t pas de d ép ou iller
tin m ort, on t peur de ne tro u ver face à face avec le c a d a vre ; c'est é v i­
dem m en t pour so rtir d'em barras qu'il* on t associé A ndreuccio h leur
en treprise, e t q u ’il» m o n tra ien t tant de so llic itu d e pour le tirer du puits
où ih l’avaient laissé.
4. A m e n d u n i : corru ption de ambedue.
5. T a n te : sous-entendez basse, percosse, battiture.

�sopra la testa, che noi ti farciti cader morto. » An­
dreuccio tem endo v’entrò, et entrandovi pensò seco :
« Costoro mi ci fanno entrare per ingannarm i, per ciò
che come io avrò loro ogni cosa dato, m entre che io
penerò ad uscir dell’ arca, egli se n'andranno pe’ fatti
loro, et io rim arrò senza cosa a l c u n a 1. » li perciò s ’av­
visò di farsi innanzi t r a t t o 2 la parte sua; e ricordatosi
del c a r o 3 anello che aveva loro udito dire, come fu giù
disceso, cosi di dito il trasse all’ Arcivescovo e miselo
a sè, e poi dato il pastorale e la mitra et i guanti, e
spogliatolo inlino a l l a 1 camiscia, ogni cosa diò loro,
dicendo che più niente v’avea. Costoro, affermando
«•he esser vi dovea l’anello, gli dissero che cercasse per
tutto ; ma esso rispondendo che noi trovava e sem ­
biante facendo di cercarne, alquanto gli tenne in as­
pettare. Costoro, che d'altra p arte erano si come lui
maliziosi, dicendo p u r ché ben cercasse, preso t e m p o 5,
tiraron via il puntello che il coperchio dell'arca sostenea,
e fuggendosi, lui dentro dell’arca lasciaron racchiuso.
I.a qual cosa sentendo Andreuccio, quale egli allora
divenisse ciascun sei può pensare. li gli tentò più volte,
e col capo e t colle spalle, se alzare potesse il coper­
chio, 11111 in vano si faticava ; p e r che da grave dolor
vinto, venendo meno, cadde sopra il morto corpo dell’
Arcivescovo; o chi allora veduti gli a vesse, m alage­
volmente avrebbe conosciuto chi più si fosse morto o
t. Andreuccio com m en ce k iMre molli« na i f Il n npprlH h w » d épen»
qu ii ne itoli pii» nvolr lino confiance illim itée dnn« lo» co n naissances que
l'un fall h N a p le s ; Il » profité* ilo leur* leç o n s :
U h a p p r e t t i ! ù h u r l e r, tilt l ' t u l r e ,

aver

le « l o u p s !

Innanzi t r a t t o ; lo cu tio n qui équivaut li prima ili tutto.
:i. Caro : prezi oso.
4. lutino alla : fino itila.
ii. 11« choisissent u h m o m e n t oii Andreuccio leur lourne le dos.
ì.

�l’Arcivescovo o egli. Ma poi che in se fu rito rn a to,
dirottissim am ente cominciò a p ia g n ere , veggendosi
quivi senza dubbio all'uno de’ due lini dover perve­
nire, o in quella arca, non venendovi alcuni più ad
aprirla, di fame e di puzzo tr a ’ vermini del morto corpo
convenirli m orire; o, vegnendovi alcuni, e trovandovi
lui dentro, sì come ladro dovere essere appiccato.
E t in così fatti pensieri e doloroso mollo stando,
senti per la chiesa andar genti, e p a rla r molte p e r ­
sone, le quali, sì come egli avvisava, quello andavano
a fare che esso co’ suoi com pagni avoa già fatto : d i che
la pau ra gli crebbe forte. Ma poiché costoro ebbero
l’arca ape rta e puntellata, in quistion caddero, chi vi
dovesse e ntrare, e niuno il voleva fare ; pur, dopo
lunga te n d o n e 1 uno disse : « Che p a u ra avete voi?
credete voi che egli vi manticlli *? Li morti non m an­
giano gli uomini ; io v’enterrò dentro io. » E, così
detto, posto il petto so pra l’orlo dell’arca, volse il capo
in fuori, e dentro mandò le gam be per doversi giù
c a la re 3. Andreuccio, questo vedendo, in piè levatosi,
il preso p e r l’una delle gam be, o fe sem biante di vo­
lerlo giù tirare. La qual cosa sentendo l’altro mise uno
strido grandissim o, e presto dell’arca si g itto fuori.
Della qual cosa tutti gli altri spaventati, lasciata l’arca
aperta, non oltrementi a fuggir cominciarono d io se
da cento mila diavoli fosser perseguitati. La qual cosa
1. T o n c io n e : te n zo n e , d iscus8ÌOn . ha scèn e qui nY-tait passée enlre
A ndreuccio e t ne* compagnons* ne ren ou velle le i; toti* ce* d éta ils cons ti ­
tu en t uno satire te rrib le contre le* Napolitains*.
2. M a n u c h i
m a n g i. Gotte form e arch aique rappello «le fori prò*
I et vino logie m a n d u ca re.
:t. r e m a r q u e r a vec q u elle précision le m o u vem en t e st d éerit. I/h om m e
Me m et à plat ven tre nur le bord ile la tom be et, im p r im a it il hoii corp*
un m o u vem en t d e co té , il fait p asser aes jambes» dans i n t é r i e u r . All ­
d reu ccio profite de c elle circonstance pour lui faire un bon tour.

�v e r g e n d o Andreuccio lieto oltre a quello che sperava,
subito si gittò fuori, e per quella via ondo era venuto
se n ’uscì della chiesa, lì già avvicinandosi al giorno
con quello anello in dito andando alla ventura, p e r­
venne alla m arina, e quindi al suo albergo si r a b b a ttè ',
dove gli suoi compagni e lo alberg atore trovò tuli a la
notte stati in sollecitudine d e ’ fatti suoi. A ’ quali ciò elio
avvenuto gli era raccontato, parvo p e r lo consiglio
dell’oste loro elio costui incontanente si dovesse di
Napoli partire. I.a (piai cosa egli feco prestam ente, ot
a Perug ia tornossi, avendo il suo- investito in uno
anello, dove p e r com perare cavalli era andato*.
1. Capitò por ca so

2. Il su o : non l&gt;icn,na fortune. — I n v e s t i to : proprement : di*po»d dana
un anneau, con»i»lnnt on uno bague. — D o v o : laudi» que.
3. l.o dénouem ent tic co conte noni rien inolila quo moral : c'est par
un voi, ol un voi »sacrilège qu'An d reuccio répare la porte «In son argent,
Mai» in t e n tio n do Boccace n’o»l assu rém enl pan «1&lt;* propo se r Andreuccio
c o mm e un modele ; I la prin c ipalem ent voulu donner un tableau piquant
di* la vie di.'H bas-fonds do N aples, et il y a réussi avoc un rare bonheur.
Qua ni
non héros, co n i ava n i toni un »ol ; il no laisse conduire 'm r lo*
é vè nem ents , au lieu do le» diriger, et ne réfléchit jamais» aux conséquences
» de ce qu'il fa it ; ce n'exl qu'à la Un qu'il com m ence à devenir
ainod rouè que ceux doni il a été la victim e, d‘où il r«;»ulte quo l'im pres­
sion qui ne dégage de ce conte onl conform e à notro adage : « Le» mauvaises
» com pagnie» corrompent le» bonnes moeurs », »urtout quand on
n ’a ni caractère, ni intelligence co mme Andreuccio.

�VII. — SIMONE1 (IV, 7)

Fu, non ò g r a n tempo, in Firenze una giovane assai
bella e le g g ia d ra secondo la sua condizione, e di
povero padre figliuola, la quale ebbe nome Sim ona;
e quantunque 1»; convenisse collo proprio braccia il pan
che m a n g ia r volea g ua d a g n a re , e filando lana sua vita
re g g e sse , non fu p e r ciò ili si povero animo che ella
non ardisse a ricevere Amore nella sua mente*, il
quale con gli atti e collo parole piacevoli d ’un giovi­
netto di non m a g g io r p e s o 3 di lei, che dando andava
per un suo maestro lanaiuolo lana a filare, buona
pezza m ostrato aveva di volervi e n t r a r e 4. Ricevutolo
adunque in sè col piacevole aspetto del giovane che
l'amava, il cui nome era Pasquino, ad o g n i passo di
lana filata che al fuso avvolgea, mille sospiri più
cocenti che fuoco gittava, di colui ricordandosi che a
1. Il sera bon de com parer uvee le conte de Boccace l’adaptation en
ver«, tròs fide le, qu’en a faite A. de M usset, sous le m em e titre.
2. I /a m our est ici consideri1 co m m e un sen tim en t ex clu sivem en t n oble
san* rien de co m m u n a vec les passions vu lg a ires; c esi cn ce sen s que
D ante a v a it d ii :
Amor « cor gentil Mono unu cosa.
Or, Sim one nV tant (ju’une pauvre fille d ii peuple, Boccace fa it observer
q u e lle a v a it accueilli dans son coeur un sen tim en t su p érieu r cu qiiclqiio
so rte h sa condition .
3. DI n o n m a g g io r p o so : della stessa condizione.
•'*. C on stru isez : il q u a le (Amore) a veva m ostrato buona p e zz a d i volervi
e n tra re (nella m ente di S im o n a ron gli ulti e co lle parole (per m ezzo
de^li ulti...), etc.

�filar gliel' aveva data. Quegli dall’altra parte mollo
sollecito divenuto che bon si filasse la lana del suo
m aestro, quasi quella sola che la Sim ona filava, e non
alcuna altra, tu tta la tela dovesse compiere, più spesso
che l’alt re era sollicitata
Avvenne un giorno che Pasquino disse alla Simona
che del tutto egli voleva che ella trovasse modo di
po te r venire ad un giardino, là dove egli m e n a r la
voleva. La S imona disse che le piaceva; e con una
sua com pagna chiam ata la Lagina al giardino statole
da P a squ in o insegnalo se n ’andò. Dove lui insieme
con un suo com pagno, che Puccino avea nome, ma
era chiamato lo S t r a m b a 2, trovò; e quivi essi in una
parte del giardin si raccolsero, e lo S tram ba e la
L agina lasciarono in una altra. E ra in quella parte del
giardino dove Pasquino e la S im ona andati so ne
erano, un grandissim o e bel cesto di salvia, a piè
1. L e débu t «In In période fera it a tten d re une au tre conclusion, par
exem ple : Iti più s/&gt;c««u d i t ot/ni ultra to lticita va ; c ’e st un e x em p le de
plu» d e ces anacoluthes, qui ne coutent du reste rien à la cla rté de l'idée«
dont le s ty le «le Boccace offre tant d ’exem ple«. — Il y a q u elq u e chose
de charm ant dam» les trait» don t le conteur h'chI servi pour m arqu er
l’am our de» deux jeunes gens : c'est dans leur» occupation» quotidienne»
et terre à terre que »0 m anifeste leur m u tu elle inclin ation. V oilà un
ex em p le en tre c en t a u tres du réalism e e x ce lle n t que B occace a été le
prem ier à in tro d u ire dan» la littéra tu re n a rra tive.
‘2. S tra m b a : ce «sobriquet e»t le nom d ’une plante avec la q u elle on fait
des cordages, «le» câble» et autres ouvrages en sparte r ie; il psi probable
que. dan» l’inten tion d e l'auteur, ce nom désigne la ru desse, la grossie­
r e té du personnage, don t on va voir en effet le rôle d éplaisant à la fin
d e la N ouvelle. A. «le M usset a fa it ici un sin g u lier contresens e n é c ri­
vant :
. . . U n v o is in s u r n o m m é lu S tr a m b o ,
Co q u i v o u t d ir e p r o p r e m e n t ,
in*, s a n s b o i t e r p r é c i s é m e n t ,
Il lo u c h a it un p o u d ’u n e j a m b e .

1 /e x p lica tion serait bonne »i le personnage a v a it été appelé lo Stràm bo ;
mais, »i le surnom a v a it été un a d jectif, pourquoi B occace l aurail-il m is
au fém inin ?

�della quale postisi a sedere, e mollo avendo rag io n a to
d ’ una m erend a clic in quello orto intendevan di fare,
Pasq uino al g ra n cesto della salvia rivolto, di quella
colse una foglia, e con essa s'incominciò a stropicciare
i denti e le g e n g ì e 1, dicendo che la salvia molto bene
gli nettava d ’ogni cosa che so p r’essi rimasa fosse dopo
l’aver m angiato, li poi che cosi alquanto fre g a ti gli
ebbe, ritornò in sul ragionam ento della merenda,
della qual prim a diceva. Nè guari di spazio persegui
ragionando, che egli s’incominciò tutto nel viso a
cambiare, et a ppresso il cambiam ento non istette guari
che egli perde la vista e la parola, et in brieve egli si
morì. Le quali cose la Simona veggendo, cominciò a
piagnere et a grid a re et a ch iam ar lo S tra m b a e la
Lagina. Li quali prestam ente là corsi, e veggendo
Pasquino non solamente morto, ma già tutto enfiato e
pieno d'oscure macchie p e r lo viso e p e r Io corpo
divenuto*, subitam ente gridò lo S tram b a : « Ahi mal­
vagia femina, tu l’hai avvelenato » ; e fatto il rom or
grand e, fu da molti che vicini al giardino abitavano
sentilo. Li quali corsi al romoro, e trovando costui
morto et enfiato, et udendo lo S tram ba dolersi et accu­
sare la Simona che con inganno avvelenato 1’ avesse,
et ella, per lo dolore del subito accidente che il suo
am ante tolto avesse, quasi di se uscita non sappiendosi
scusare, fu reputato da t utti che così fosse come lo
Stram ba diceva. P e r la q u al cosa p r e s a la 3, piangendo

1. O o n g lo : g eng iv e. La c hute d'iiii v a celle p la ce n'enl* pan huiih
e x e m ple ; com parez natio (nativo), rettìo (fr. rétif).
2. Constru isez : ma gi&amp; d iv e n u to (u lto enfiato e pieno, eie.
il.
P r o s a la : e n ten dez: avendola presa. Mal« quel e*t le su je t »le celle
proposition au gèrondif.* E vid em m en t Stram ba, e t pout-«'lre q ue lq u es un» de ceu x qui p riren t pa rti pour lui contre S im o n e.

�ella sem pre forte al palagio del podestà* ne fu menala.
Quivi pronta n d o 2 lo S tram b a e l’Atticciato e'1 Mala­
g ev o le3, compagni di Pasquino che sopravenuti erano,
un giudice, senza dare indugio alla cosa, si mise ad
esam inarla del f a t t o 1; e non potendo comprendere
costei in questa cosa avere operata malizia nè® esser
colpevole, volle, lei presente, vedere ¡1 m o rto corpo et
il luogo (*'1 modo da lei racconta togli, per ciò che per
le parole di lei noi comprendeva assai bene. F attala
adunque senza alcuno tu m ult o colà m enare dove ancora
il
corpo di Pasquino giaceva gonfiato come una botte,
et egli appresso andatovi, maravigliatosi del morto,
lei domandò come s ta to era. Costei al cesto della
salvia accostatasi, et ogni precedente istoria avendo
raccontata, per pienamente darli ad intendere il caso
sopravenuto, così fece come Pasquino aveva fatto, una
di quelle foglie di salvia fregatasi a'denti. Le quali
cose mentre d i e per lo S tra m b a e per lo Atticciato e
per® gli altri amici e com pagni di Pasquino, sì come
frivole e vane, in presenza del giudice erano schernite,
e con più istanza la sua malvagità accusata, niu na
1. P o d e s ta . c.e m a g istra t, Investi de pouvoir» tré« éten d u s dnn» Ics
com m unes italien n es au x ii * siecle, n'uvail più», au xiv*, que dea a t tr i ­
b u tion s pu rem en t ju d iciaires ; on a p p e la it génér a l e m ent un étr a n g e r à
rem p lir ce» fonctions (au d eb u t de la N ouvelle 6 do la iiie journée.
Boccace parie d ’un Toscan qui va com m e p odestat à M ilan); on esp é rait
qu'il n acquit terait de »on m an dat avee plus i m p a r t i a l i t é , mai», en fait»
il n'é ta it pas toujours respecté (on peut v o ir dans la N ouvelle 5 de la
V IIIe Journée, lo m a u va is tour que font quelque» jeunes» F lorentins à un
Jue origin a ire do» M arches).
2. P r o n ta n d o : in sìste n d o . Le» com pagnon» do P asquin o font de»
instances» pour que la m ort de le u r am i so li a u s sitò t ven gée.
II. Co» nou veaux personnages» p o rten t de» »sobriquets» e x p ressifs : A lti ­
cinto v eu t diro gros, tra p u ; .Malagecole s'explique de soi-inèm e.
E nte ndez. : a in te r ro g a r e S im o n a in to rn o a l f a t t o.
!&gt;. N è poni pn'l*r à uno confusion ; cela v eu t d ire : e non p o te n d o
co m p ren lere cos te i essere colpevole.
0. Col em ploi de p e r n’eal plus au to risé1 ; il fau drait da.

�altra cosa per lor domandandosi se non che il fuoco
fosse di cosi fatta malvagità punitore, la cattivella ',
che dal dolore del perdu to am ante e dalla p aura della
dim andata pena dallo S tra m b a ristre tta s la v a 3, e per
l'aversi la salvia fregata a ’denti, in quel medesimo
accidente cadde c h e 3 prim a caduto era Pasquino, non
senza g r a n m araviglia «li quanti eran p r e s e n ti 1.
0 felici anime, alle quali in un medesimo dì addi­
venne il fervente amore e la m ortai vita term inare ! e
più felici, se insieme ad un medesimo luogo n’a n d a ste !
e felicissime, se nell’altra vita s ’am a, e voi v’am ate
c o m e d i qua faceste! Ma molto più felice l’anima della
Simona innanzi t r a t t o 5, quanto è al nostro giudicio
che vivi dietro a lei rimasi s ia m o “, la cui innocenza
non pati la fo rtu n a 7 che sotto la testimonianza cadesse
dello S tram ba e dell'Atticciato e del Malagevole, forse
s c a r d a s s ic i o più vili uomini, più onesta via trovandole
con pari sorte di morte al suo am ante a svilupparsi
dalla loro infamia", et a se g u ita r l’anim a tanto da lei
am ata del suo Pasquino.
Il
giudice, quasi tutto stupefatto dello accidente
insieme con quanti ve n ’erano, non sappiendo che dirsi
1. O n d ira it au jou rd'h u i: Ia p o verina .

V. R ist r etta stava : stava raccolta in sé; eIle est immobile &lt;*t muette.
3. Ce rA e d o it «'ire ru lla ci^ li medesimo accidente.
\ . Il ne faut pas croire que Sim one hi* »oli vo lo n ta irem en t donné la
m o rt : e lle a voulu in g énum en t ex p liq u er au Juge com m ent le« choses
s'étaien t passées ; e t elle a trouvé i n s t i n c t le m oyen le plu s tou ch an t d e
s e d iscu lp e r.
fi. I n n a n z i t r a t t o : locution déjà rencontr é e , p. 95, n ote ‘2.
(ì. C ho v i v i r im a s i s la m o : l'an técédenl do che e*l le pronom n o i,
conte n u im p lic ite m e n t dans n o s tr o ; c ’e*i m ie constru ction la tin e ; Horace
a d it d a ns un v ers cèlebre de son A r t p o é tiq u e :
Sumite mate r ia m res tr is , q u i sc r ib it is, aequam
Viribus.
7. N on p a ti la fo r tu n a c h e ; construisez : la fo rtu na non p a ti che la
sua innocenza cadesse...
8. c o n stru ise z : trovan dole più onesta via a s v ilu pp a rsi dalla loro
infam ia (dallo loro infam i accuse )c o n pari so rte.

�lung am ente sop rastet t e ; poi in m iglior senno rivenuto
disse : «&lt; Mostra 1 che questa salvia sia velenosa, ¡1 che
della salvia non suole avvenire. Ma acciò che ella
alcuno altro offender non possa in simil modo, taglisi
infino alle radici e mettasi nel fuoco. » La qual cosa
colui che del giardino era guardiano in presenza del
giudice facendo, non prim a abbattuto ebbe il gran
cesto in terra, che la cagione della m orte d e ’ duo miseri
amanti apparve. E ra sotto il cesio di quella salvia una
botta di maravigliosa grandezza, dal cui venenifero
fiato avvisarono quella salvia esser velenosa divenuta*.
Alla q ua l botta non avendo alcuno ardire d ’appressarsi,
fattale d'intorno una stip a3 grandissim a, quivi insieme
colla salvia l’arsero, e fu finito il processo di messer lo
giudice sopra la morte di Pasquino cattivello. Il quale
insieme con la sua Simona così enfiati come erano,
dallo S tram ba e dallo At t icciato e da G uccio I m b r a tta 1
o dal Malagevole furono nella chiesa di San Paolo
seppelliti, della quale p e r avventura eran popolani ",
1. M o str a : em ployé Im personnellem ent pour p a r e .
V. Jusqu'A «|uel point est-il vra isem b la b le quo
sauge a it été rendue
vén én eu se par la présence d ’un crapau d, m êm e énorm e, »ou* s e t racine» ?
c’eut ce que nou» n’a vo n s pas à e x a m in er Ici; c o n sta to ns seu lem en t que
Boccace n’a pa» dû Inventer ce d éta il, qui d o it d é riv e r de qu elq u e
croyance populaire.
:t. U n a s tip a : un am as de b o ls; une sorte &lt;lc b ûcher.
G u c c lo I m b r a t t a : autre person nage qui n 'avait pa* été nom m é
ju»qu'ulor» ; son nom est p a rticu lièrem en t répugnant, le sens du verbe
im brattar*- é ta n t so u iller.
5.
P o p o la n i : paroissien». On d isa it to ujo u rs à F lorence : nel popolo
d i N iccolò, d i S . L ucia d e' M ag noli, etc., pour d ire »in le te rrito ire «le telle
ou telle paroisse.
C ette N ouvelle m é rita it «le trouver place dan» ce recueil, en dehors d e
»es autre» m érite», com m e »pécim eu de la q u a trièm e Journée du Deca­
méron dont elle fait p a rtie. C elte IV* jou rn ée a u u caractère e x trêm em en t
p a rticu lier: à deux exception s près, elle ne c o n tien t que des N ouvelles
tragique», bien differente» de ce pie I on cro it être com m un ém ent les
coule» de B occace. Dans celle funèbre sèrie , l'histoire de Sim one e s t une
de» m oins violente» et de» plu» attendrie». C‘e»l un de» aspe c ts «lu talent
d e Boccace qui e»t trop peu connu.

�VIII. — LE FAUCON 1 (V, 0)

Dovete sapere che Coppo «li Borghese Domenichi -,
il quale fu nella nostra città, e forse ancora è uomo ili
reverenda e di grande autorità ne’ dì nostri, e per cos­
tumi (* per virtù, molto più che per nobiltà di sangue,
chiarissimo e degno d ’eterna fama, essendo già d ’anni
pieno, spesse volte delle cose passate, co'suoi vicini e
con altri si dilettava di ra g io n a re ; la qual cosa egli
meglio c con più ordine e con m a g g io r memoria et
ornato parlare c h e altro uom seppe fare. F ra usalo di
dire tra l'altro sue belle c o s e ’, che in Firenze fu già un
giovane chiam ato Federigo di m esser Filippo Albe­
1. V oici un des p lus beaux co n tes e t don più* ju ste m e n t célèbres dii
D ec am eron. Sa fortune a été im m ense, si l’ou son ge au nom bre d 'im ita ­
tions e t d ’adaptation s qui eu ont étti fa ites dans presq u e toutes les langue* ;
citons très so m m a irem en t les nom s des g rands p o êtes qui se sont ins ­
pires de Boccace :on Espagne, Lope de V e ga (/■,'/ balcon de F ed e r ig o ,
com édie); en A llem agne, Hans Sachs [ fie r K d e l f a l k , poèm e); en A n gle­
terre, T e n uyson [T he f a l co n , com édie en vers, 187(1) ; en A m ériqu e
Lo n g felllow ( T h e fa lc o n o f F e d e r igo, poèm e, 1863) ; en France, La Fon­
taine (le F a u co n , poèm e), et, d'après lui, nom bre d'auteu rs qui on t tra n s­
porté à la scène ce su jet sous form e de co m éd ies, de va u d evilles e t d ’opéras
com iqu es (le d ern ier en d a te e st la C olom be, 1803, par Jules B arbier et
M ichel C arré, m usique de &lt;i. G ounod).
2. (io personnage est nom m é dans plu sieu rs lettres do B occace, co m m e
v iv a n t encore en 1347, e t com m e m o rt depuis qu elq u e tem ps en 1353) ;
peut-être é ta it il m ort pendant la peste de 1318, ce q u i ex p liq u e ra it les m ots
e forte ancora é d e la seconde lign e; le n arrateu r, se trou van t dans la
retraite de F iesole avec scs com pagnons, n'est pas censé sa voir que
Coppo (corruption florentine de Jacopo) est m ort.
Dans ce conte, B occace indique avec précision , ce q u ’il ne fait pas
ailleu rs, de qui il tenait le récit recu eilli par lui ; on d o it ad m ettre que,
d ’une façon générale, il a puisé, com m e ici, la m atière de ses contes dans
la traditio n orale.

�righi ', in opera d’a r m e et in cortesia pregiato sopra
Ogn'altro d o n z e l3 di Toscana. Il quale, sì come il più 3
•le’ gentili u omini avviene, d'nna gentil donna chiamata
monna Giovanna s ’ innamorò, ne’ suoi tempi tenuta
delle più h "Ile c delle più leggiadre che in Firenze fos­
sero; el acciò che egli l’a mor di lei acq uistar potesse,
giostrava, arm egg iav a, faceva feste e donava *, et il suo
senza alcuno ritegno s p e n d e v a 8. .Ma ella, non meno
onesta che bella, niente di quelle cose per lei fatte, nè
di colui si curava che le faceva. Spendendo adunque
Federigo oltre ad ogni suo potere molto, e niente acquis­
tando, si come di leggiere avviene, le ricchezze manca­
rono et esso rim ase povero, senza altra cosa che un suo
poderetto piccolo essergli r im a s a 0, delle rendite del
qu ale s trettissim amente vivea, ed oltre a questo un suo
falcone de’ migliori del in o n d o 7. P e r che, am ando più
1.
On rem arquera lu stru ctu re de ces nom s propres (com m e, plu» haut,
Coppo ili B o rg h ese D om enechi). D i sert à rattacher le prénom d'un p e r­
sonnage au nom co m p let de son pere. L es F loren tin s, en désign ant ainsi
un personnage, pouvuient donn er en q u elq u e sorte un résume1 d e sa
généalogie, et d istin g u a ien t l'un de l’au tre deux in d ivid u s de la m êm e
fa m ille, porta n t le m êm e prénom : ainsi, L au rent de M édicis m o rt en
140?) s’appela it Lorenzo di Piero di C osim o de' M edici ; au Contraire,
son petit fils (m ort en 1519, père de C atherine de M édicis e t im m ortalisé
par la statu e de M ichel Ange, il P e nsieroso), é ta it Lorenzo di P iero di
Lorenzo de* M edici. — Au con traire, d a dans les nom s p ro p res désign e le
lieu d'origine : Leonardo da V inci (Vinci est un village situé en tre E m ­
poli e t Pistoia), s . C aterin a da Siena, etc.
îî. D o n zo l : dans le sen s de jeune hom m e de noble naissance ; les
m ots in opera d ’anni' r in cortesia m ontrent qu ’il possédait les qu alités
ph ysiqu es et m orale« qui fa isa ien t le p a rfa it c h eva lier.
.‘i. 11 p iu est ici un neutre adverbial : per lo più.
4.
D o n a v a : il faisait des largesses. Il ni* fa u d ra it pas entendre qu'il
faisait «les cadeaux a Monna Giovan u a; mai» il dépen sait avec profusion
sous ses yeu x, pour tém oigner île sa g énérosité e t de son désintéressement
, qu alités essen tielles d'un vrai chevalier.
i». S p o n d o v a ... 11 su o : expression fréqu en te pour dire il s u o bene, le
su e tsos t a n z e.
t). R i m uasa (rim asta) s'accorde avec a lc u n a cosa.
7. C'est le s e u l o b jet de lu x e que F ederigo ait co n servé dans son
dénuem ent, dernier so u ven ir de sa splen deu r passée.

�clic mal, nò parendogli più potere esser cittadino '
come desiderava, a’ c a m p i 1, là dove il suo poderetto
e ra, si; n ’andò a stare. Quivi, quando poteva, uccellando
e senza alcuna persona richiedere®, pazientemente la
sua povertà comportava.
O ra avvenne un dì che, essendo cosi Federigo dive­
nuto all’ estremo, che 1 il marito di monna Giovanna
infermò, e, v e rg e n d o si alla morte venire, fece testa­
mento; et essendo richissimo, in quello lasciò suo erede
un suo figliuolo già grandicello; et appresso questo,
avendo mollo a m ata monna Giovanna, lei, se avvenisse
che il figliuolo senza erede legittimo morisse, suo erede *
sostituì, e m o r i s s i“, R imasa adunque vedova monna
Giovanna, corno usanza è delle nostre donne, l’anno «li
s t a t e 7 con questo suo figliuolo se n'andava in contado
ad una sua possessione assai vicina a quella di Fede­
rigo. P er che avvenne che questo garzoncello s ’ inco­
minciò a dimenticare con questo Federigo et a dilettarsi
d'uccelli e di cani; et avendo veduto molte volte il fal­
cone di Federigo volare, istranam ente piacendogli,
forte desiderava d ’ averlo, ma pure non s ’attentava di
dom andarlo, voggendolo a lui esser cotanto caro. K
così stando la cosa, avvenne che il garzoncello infermò :
di che la madre dolorosa m olto, come colei che più non
1. E ss e re c itta d in o : stare in città .
2. Le» é d itio n s moderne* porte n t a C am pì; C am pi est un v illa ge peti
eloigné &lt;le Florence, i'i l’oues t. Mai* telle n'eal p a n ia lecon correcte :
Boccace o p pose la cam pagne (i ca m pi) à ia v ille où F ederigo ne peut più»
v iv re .
3. Dana »a pauvrelé Federigo res te fie r : il ne ,ve u t rien d evo ir à p er­
so nne.
lt. Cu second che etti de trop.
5. L o l... m io e r e d e : com e suo ered e.
(i. M oristi : si m ori.
7.
L ’a n n o d l s t a t o : ogni anno di s tate; c h a q u e a n n é e elle a lla it
passer l'été.

�avea ' e lui am ava quanto più si poteva, tutto '1 dì stan ­
dogli dintorno, non ristava di confortad o ,e sposso volte
il domandava se alcuna cosa era la quale egli deside­
rasse, pregandolo glielo dicesse*, che per certo, so pos­
sibile fosse ad avere, procaccerebbe come l’a v e s se 3. Il
giovane, udite molte volte queste profferte, disse :
« Madre mia, se voi fato che io abbia il falcone di F e­
derig o, io mi credo prestam ente guerire. » La donna,
udendo questo, alquanto sopra sè s tette, e cominciò a
pensar quello che far dovesse, E lla sapeva che Fede­
rigo lungam ente 1' aveva am ata, nò mai da lei una sola
g u a ta tu r a 4 aveva a v u ta ; per che ella diceva : « Come
manderò io o andrò a d om andargli questo falcone, che
è, per quel che io oda, il migliore che mai volasse, e
oltre a ciò il m ain t ien nel m o n d o 3? e come sarò io sì
sconoscente' che ad un gentil uomo, al quale ninno altro
diletto è più rim aso , io questo gli voglia t ó r r e 4? Ir Et
in cosi fatto pensiero impacciata, conio che ella fosse
certissima d ’ averlo se '1 domandasse, senza saper che
dovere dire, non rispondeva al figliuolo, ma si s t a v a 7.
Ultimamente lauto la vinse 1' a mor del figliuolo, che e l l a
seco disposo per contentarlo, che che esser ne dovesse *,
di non mandare, ma d' andare olla medesima per osso,
J. P iù non a v e a : non aveva a ltro f i g lio che questo.
“2. P r e g a n d o lo g lie lo d lc e sse : o mission de che a ssez frequente dans
l.i longue ancienne, e t enco re au xvi* siècle.
3. Co m e l ’a v e ss e : elle tro u vera it un m o ye n pour l'avoir.
4. G u a t a t u r a (d é ri vé du verbe guatare, francais guetter) : un seul
regard.
a. Parco que c ’eat son seul p la isir, sa seu le consolation .
II.
Il e s t à reinarquer q u 'lc i la N o u v e lle d e Boccace n o u s prèse n te un
c o n flit de se n tim e n ts v ra is, no b les et fi n em e n t a n a ly sé s, d o n i la d esc rip ­
tio n fa it penser a u X m e illeurt'a o eu vres cla ssiq u es.
7.
S 1 s ta v a : elle restait im m obile , ina c tiv e, sans pren d re de résolu ­
tions et a u ssi sa n s rie n d ire à so n fils.
H. Q u a tu n q u e cosa d o v esse a v v e n irn e .

�di recarglielo, c risposagli : « Figliuol mio, conlòrtali
e pensa di guerire di forza d i e io li prom etto che la
prim a cosa che io farò dom attina 2, io andrò per esso
e si il li recherò. » Di che il fanciullo lieto, il dì mede­
simo m ostrò alcun m iglioram ento.
La donna la mattina seguente, presa un'altra donna
in com pagnia, per modo di d ip o r to 3 se n'andò alla pic­
cola casella di Federigo e fecelo a d d im a ndare. E gli, per
ciò che non era tempo, nè era stato a quei dì, d ’ uccel­
l a r e ', era in un suo o rto e faceva certi suoi lavorietti
acconciare.)01 quale udendo che monna Giovanna il
domandava alla p o r ta, maravigliandosi forte, lie t o 5 là
corse. La q uale vedendol venire, con una donnesca
piacevolezza levataglisi incontro, avendola già Federigo
re verentem ente sa lu ta ta, disse : « Bene stea Federigo »,
e seguitò : « lo son venuta a r isto ra rti di*' danni liq u a li
tu hai già avuti per me, amandomi più che stalo non li
sarebbe bisogno; et il ristoro è cotale, che io intendo
con questa mia compagna insieme desinar teco d im es­
ticamente s ta m a n e 0. » Alla qual Fed erig o umilmente
risp ose : « Madonna, niun danno mi ricorda mai aver
ricevuto per voi, ma tanto di bene che, se io mai alcuna
cosa valsi, per lo vostro valore e per l’am ore c h e 7 p
I. D i fo rza : »minge-Ini polir guérlr A Ioni |irlx.
L a p rim a 'colia oho : pmponition nb»olue, »mi» verbo, cornine «'Il y
a vall : p er prim a cm a ... io anilrn dom attina.
3. P o r m od o d i d ip o r t o : »ou» prélexte itene proludici-, ile «e diilrairo.

4. Oli nViali pii» il la aai*nn de la cimine au faticon.
5. L ie to : ceci osi un Irati de caraclère. Federino alme toujour» Monna
(II oviiiiiih : Il uà guidò mietine illuminine contro elle; ceti un inodóle ile
« condolilo ■ ot il va blen le prouver.
II. Inni» no» iiuour». In cinn|ionMtlon qnc Monna (¡iovannn vieni offrir
A Federigo et le »Blu-facon uvee lecpiel elio ruppella In mine «In Jeune
taoninie ne ■eraienl pili* iidiul»&gt;lblc». Sochon», du molli», reconiuiiliv
ipie (¡invanita ».• lire uvee lionne grilce d une dòninrche de» pini deli­
cate».
Valore : c'c»l un ite» inol» qui rev lci........I le più» »olivelli iluli» le

�otprato v’ho avvenne. li per certo questa vostra liberale
venuta ni' è troppo più cara che non sarebbe 1 se da
capo mi fosse dato da spendere quanto p e r addietro ho
già speso, come che a povero oste* siate venuta. » li
così detto, vergognosam ente dentro alla sua casa la
ricevette, o d i quella nel suo giardino la condusse; e
quivi non avendo a cui farlo tener c om pagnia ad a l t r u i 3
disse : « Madonna, poi che altri non e'è, questa buona
donna, moglie di questo lavoratore, vi terrà compagnia,
ta n t o ché io vada a far metter la tavola. E gli, con lutto
elle la sua povertà fosse strem a, non s’era ancor tanto
avveduto quanto bisogno gli facea 1 c he egli avesse
fuor d'ordine spese le sue ricchezze. Ma questa mattina
ninna cosa trovandosi di che potere onorar* la donna,
per am ore della quale egli già infiniti uomini o n o ra t i
uvea, il fé' ravvedere; et oltre modo angoscioso, seco
stesso maladicendo la sua fortuna, come uomo c he
fuor di sì* fosse, or qua et or là trascorrendo, né denari
nè p e g n o 0 trovandosi,essendo l'ora ta rd a et il disidèro
g rand e di pure onorare d ’alcuna cosa la gentil donna,
e non volendo, non c he altrui, ma il lavorator suo
stesso richiedere, gli corse agli occhi il suo buon fal­
cone il quale nella sua saletta vide sopra la stang a. Per
che non avendo a che altro ricorrere, presolo e trovatolo
Jargon am oureux &lt;I«»m troubado ur* provencaux &lt;*l «!»•* ancien» poètes
lyrique» italien»; I«* *011* en »era bici» ren da par ménte.
I. C ho n o n s a re b b e : n'a pan pour »ujel v o stra ve n u ta mai« inule la
p r o p o sitio n su iv a n te : qu ii ne ine »erait «lo posséder He n ou veau ... »
*«Ì. O sto : ospite, o ste nc »'em ploie più» quo pour d és ign er celili qu
lle n l im e osteria»
3. A d a ltr u i : régu lièrem en t , il faiulrail : non avendo n itri n cui...
\. Q u a n to b is o g n o g li fa cea : rap p o rtez ce* m ots 1» co q u i precède,
unii 11 ce qui »ull : il no »V iali pan « licore apercu au tim l qu ii im rail «IO.
r». O n o ra r, el i'i la llg n e su iv a n te , onorat i, sont pri» dan» le sen s de
tra ttu re , accogliere a buona mensa.
r». Nò p e g n o : rien à m ettre en gage.
7

�grasso, pensò lui esser d eg na vivanda di colai
donna. E però senza più pensare, tiratogli il collo, ad
una sua fanticella il fé1 prestam ente, pelato et acconcio,
m ettere in uno schid o n e et a r ro stir diligentemente;, e
m essa la tavola con tovaglie bianchissime, delle quali
alcuna ancora avea, con lieto viso ritornò alla donna
nel suo giardino, et il desinare che p e r lui far si potea ' ,
disse essere apparecch iato. Laonde la donna colla sua
co m pagna levatasi andarono a tavola, e senza sapere
c h e 2 si m angiassero, insieme con Federigo, che con
som m a fede le se rv iv a 3, m angiarono il buon falcone.
E levate da tavola, et alquanto con piacevoli ragio­
namenti con lui dimorate, parendo alla donna tempo di
dire quello per che andata era, cosi benignam ente verso
F e d e rig o cominciò a pa rlare : « Federigo, ricordandoti
tu della tua preterita vita e della mia onestà, la quale
pe r avventura tu hai re p uta ta durezza e crudeltà, io
non dubito punto che tu non ti debbi m aravigliare della
mia presunzione, sentendo quello per che principalmente
qui venuta sono ; ma se figliuoli avessi o avessi avuti,
p e r li quali potessi conoscere di quan ta forza sia l’am or
che lor si p o r t a ', mi parrebbe esser certa che in parte
m ’avresti per iscusata. Ma, come che tu non n'abbia",
io che n’ho uno, non posso però le leggi comuni dell’altre
m adri fug gire; le cui forze se gu ir convenendomi, mi
1. Que ses m o yen s lui p erm e tta ie n t d'offrir.
2. C h e est ici pron o m : che cona.
». C on so m m a fe d e lo s e r v i v a ; F ederigo e st lo fidèle c h eva lier d e
M onna G io va n n a ; servire in d iq u e l'em pressem ent qu ’il m e t à p r e v e n ir ne*
d e sirs . A u XVIIIe siècle, on d isa it servire &gt;/i braccio polir offrir le bras.
4. A ndrom aque d ira, dan* Racine, » Herm io ne :
M i n » il i u o r e a l e u n fils» : v o u i » « u r e i q u e l q u e j o u r ,
m a d a m e , p o u r u n NI « j i m q u ' o ù v a n o t r e a m o u r ( I I I ,

4 ).

’ J&gt;. C o m e c h e t u n o n n 'a b b la : le raison nem en t e st celu i-c i : bien quo
tu n'a ies pu» d'enfunts ei no p u isses sa voir com b ien on leu aim e . Je n ’en
sui» pas m oin s assuje ttie aux lois de l'am our m a ternel.

�novc iene, olt re a l 1piacer mio et olire ad ogni convenevolezza
e dovere, chiederli un dono il quale io so che som m a­
mente t ’è caro (el è ragione, per ciò chi? n iuno altro
diletto, niu no altro diporto, n iuna consolazione lasciata
t’ha la tua strem a fortuna); e questo dono è il falcon
tuo, del quale il fanciul mio è si forte invaghito che, so
io non glielo porto, io temo che egli non ag grav i tanto
nella infermità la quale ha, che poi ne segua cosa per
la quale io il perda*. E per ciò io ti priego, non per lo
amore che tu mi porti, al quale tu di niente se' tenuto,,
ma per la tua nobiltà, la quale in usar cortesìa s’ ò m a g ­
giore che in alcuno altro m o stra ta, che li debbia piacere
di donarlomi, acciò che io per questo dono possa dire
d’avere ritenuto in vita il mio figliuolo, e per quello­
averloti sem pre obbligato. » Fed erigo , udendo ciò che la
donna addom andava, e sentendo che servir non la potea
per ciò che m angiare glielo avea dato, cominciò in pre­
senza di lei a piagnere, anzi che alcuna parola risp on der
potesse. 11 qual pianto la donna prim a credette clic da
dolore di dover da se dipartire il buon falcon divenisse,
più chi? da altro, e quasi fu per dire che noi volesse; ma
pu r so ste n u ta si3, aspettò dopo il pianto la risposta di
Federigo, il quale così disse : « Madonna, poscia che a
Dio piacque che io in voi ponessi il mio amore, in assai
cose in’ ho reputata la fortuna contraria e sonmi di lei
doluto; ma tutte sono state leggieri a rispetto di quello
che ella mi fa al presente, di che io mai pace con lei aver
1. O ltr o v e u t d ire ici contrairement.
2. On rem arquera q u ii n’y a aucune coquette rie duna le langage d e
Giovan na ; elle fait passer co q u i i y a «le sin g u lier daus sa dem ande à
force «le d ignité «; e t nu'ine d ' émotion.
3. S os t e n u ta s i : con ten u tasi, a sten en d o si dal d irlo . — I)ans lou* le»
déta ils dii ré cit on v o it co m b ie n Boccace s’a ttache à pein d re lo* sentiments
avee vra isem b la n ce el avoc sin cérité.

�non debbo, pensando c he voi qui alla mia povera casa
venuta siete, dove, m entre che ricca fu, venir non
degnaste, e da me un picciol don vogliate, et ella abbia
si fatto che io d onar noi vi possa; e perchè questo esser
non possa vi dirò brievemente. Com e io udii che voi, la
vostra mercè, meco desinar volevate, avendo riguardo
alla vostra eccellenza et al vostro valore, reputai degna
e convenevole cosa che con più cara vivanda secondo
la mia possibilità io vi dovessi onorare, che con quelle
che generalm ente p e r l'altre persone s ’usano; per che
ricordandomi del falcon che mi dom andate e della sua
bontà, degno cibo d a ' voi il reputai, e questa m attina
a r ro stito l'avete avuto in sul ta g lie re 3, il q u ale io per
ottimamente allogato a v e a 3 ; ma vedendo ora c he in altra
maniera il disideravate, m ’ ò sì g r a n duolo che servir
non ve ne posso, che mai pace non me ne credo dare. »
E questo detto, le penne et i piedi e ’1 becco le fe’, in
testimonianza di ciò, g i ttare avanti. La quale cosa la
donna vedendo et udendo, prim a il biasimò d'aver, per
d a r m angiare ad una femina, ucciso un tal falcone; e
poi la grandezza dello animo suo, la quale la povertà
non avea potuto nè potea rintuzzare, molto seco mede­
sima commendò. Poi, rim asa fuor della speranza
d ’avere il falcone, o per quello della salute del figliuolo
en tra ta in f o r s e ', tutta malinconosa si d isp a rti o lor­
nossi al figliuolo. Il quale, o per malinconia c h e il
1. D e g n o d a v o i : il fau d ra it d ire: ilei/no ili n i ; m n lt c c t e m p loi ili! ila
p»l ju stifié pur 1« sen s q n ’il » sou von t (virere ila principe.)
tì. T a g lie r e :
(iti1 tagliare), t'o b jet »ur lequel mi découpe In viande.
Co m ot n’PHl pili» em p loyé cu oe kob», inni» seu lem en t polir d ésigner
In planchoe»ur laq u elle on hache In v ia n d e.
3. Con stru isez : il quale in nvon por (io r itenea ) o ttim a m en te allegato
(im p ieg a to).
4. E n tr a ta In fo rs e : e n tra la in dubbio, in sospetto.

�acfl ono aver non polca, o per l a 'n fe rm ità elio puro a ciò il
dovesse aver condotto, non t r a p a s s à r 1 molti giorni che
egli, con grandissim o dolor della m adre, di questa vita
passò. La quale, poi che piena di la g rim e e d ’ a m a ritu ­
dini! fu stala alquanto, essendo rim asa ricchissima et an­
cora giovane, più volte fu d a ’ fratelli c o s tr e tta 2 a rim a ­
ritarsi. La quale, come che voluto non avesse, p u r
veggendosi infestare, ricordatasi del valore di F e d e­
rigo, della sua magnificenza ultima, cioè d ’avere uc­
ciso un cosi fatto falcone p e r onorarla, disse a ’ fratelli :
lo volentieri, quando vi piacesse, mi s t a r e i3; m a
se a voi pu r piace che io marito p renda, per certo
io non ne prenderò mai alcuno altro, so io non ho
Fe d e rig o degli Alberigli!'1. » Alla quale i fratelli, fac­
cendosi beffe di lei, dissero : « Sciocca, che e ciò che
tu di’? comm e vuoi tu lui che non ha cosa del
m ondo? » A’ quali eIla rispose ; « Fratelli miei, io
so bene che cosi è come voi dite; ma io voglio avanti
uomo che abbia bisogno di ricchezza elio ricchezza che
abbia bisogno d'un omo. » Li fratelli, udendo l’animo di
l e i 11, o conoscendo Federigo da m o lto 0, quantunque
povero fosse, si come ella volle, lei con tutte le sue
ricchezze gli donarono. Il quale cosi fatta donna e cui
egli cotanto a m a ta avea per moglie vedendosi, et oltre
a ciò ricchissimo, in letizia con lei, m iglior m assaio 7
fatto, terminò gli anni suoi.
1. T r a p a s s ar* : tr a p a la r o n o .
2. C o s t r e t t a : sti m o la ta , s o lle c ita ta . U n
e m p lo y é d a n s u n e a c c e p t ion id e n tiq u e.

p e u p iù » b a s , infestare e s t

.*1. MI s t a r ei : re ste rei com e nono, vedova.
4.
i n é b r a n l a b l e ‘ fid é lité e t la c o u r to is ie p a r fa ite «le F e d e rig o o n t d o n c
lini p a r to u c h e r lo c ta u r do U io v n u n a : ('III; a Iou Jou ih ól«; p a r fa ite in c n t
h o n n e te, Ja m a is c o q u e tte ni Ins e n s i b l e ; e lle s era d ig n e do s on e p o u x .
j . L ’a n im o d i l e i : nei» d is pos i t io n s , s a res o lu tio n .
0. D a m o l t o : au p o ln t do v u e d u c a rac tè r e c o m m e do la n a is s a n c e .

7. M as s aio : d e venu p lus économ e. M assaia »&lt;■ d ii de la fe m m e qui
d irig e ha b ilem ent so n m énage .

�IX. — LE MALIN CUISINIER (VI, 4)
C urrado Gianfìgliazzi sem pre della nostra città ò
stato nobile cittadino, liberale e magnifico, e vita caval­
leresca tenendo, continuam ente in cani et in uccelli s ’c
dilettato, le sui' opere m aggiori al presente lasciando
s ta re 1. 11 quale con un suo falcone avendo un dì presso
a P e r e to la 2 una g ru ammazzata, trovandola g ra ssa o
giovane, quella mandò ad un suo buon cuoco, il quale
e ra chiamato Chichibio* et era viniziano, e si gli mandò
dicendo che a cena l’arrostisse o governassel a bene.
Chichibio, il quale come nuovo bergolo* era, cosi
pareva, acconcia la gru, la mise a fuoco e con sollicitu­
•iline a cuocerla cominciò. La quale essendo già p res­
soché cotta, e grandissim o odor venendone, avvenne
che una femminella della contrada, la qual B runetta
era chiamata, c di cui Chichibio era forte innam orato,
entrò nella cucina; e sentendo l’odor della g ru e veg­
g endola, pregò caramente® Chichibio che no le desse
1. L a n cia n d o s ta r o : pour no rien diro lei do ho« a u tres mérites*.
42. P e re to la : v illa g e situ é to u t p rès do Florence, da n s Ia p lain e.
3. A ccen tu ez : C hichibio.
\. G o v o r n a s s e la : l'acconciasse* la cucinasse d llig o n tem e nte . Rigover ­
n are i p ia tti, v e ut d ire fa ire la v a lsse lle,
5.
N uovo^ be r g o lo : nuoro a so u ven t, c he z I«*h conteurs d u xiv* s ièc le ,
lo sens de n i a i s , so l ot a u ssi do p la isa n t, bergolo osi é q u iv alent do
s ciocco, semplicione. B occace, dans p lu sieu rs n o u velles, a ex p rim é sur
los V én itie n s, l'opinion la m oin s avantageuse ; il a d ii m é m e : essi sono
la t t i bergoli (IV , 2).
G. C a r a m e n t e : con a tti amorosi.

�una coscia. Chichibio le rispose cantando e disse :
« V o i n o n l'a v r ì d a m i, d o n n a B r u n e tta , v o i n o n l'a v r i
d a m i 1 ! » Di che donna B ru netta essendo tu r b a ta 1, gli
disse : « In fe ili Dio, se tu non la ini dai, tu non avrai
mai da ine cosa che ti piaccia. » E t in brieve le parole
furon m olte. Alla fine Chichibio, per non crucciar la
s u a donna, spiccata l'una delle coscie alla g ru , gliela
diede. Essendo poi davanti a C urrado et a alcun suo
fo re stie re 3 messa l a g ru senza coscia, e C urrado m ara­
vigliandosene, fece chiam are Chichibio, e domandollo
che ; fosse divenuta l’altra coscia della gru. Al quale il
Vinizian bugiardo subitamente rispose : « Signor, le gru
non hanno se non un a coscia el una ga m ba . » C urrado
allora tu r b a to disse : « Come diavol non hanno che una
coscia el una g a m b a ? non vid'io mai più gru che
q u e s ta ? » C hich ibio seguitò : « ligli è, messer, com ’io
vi dico, e quando vi piaccia, io il vi farò veder ne’vivi *. »
C urrado , per am o r dei forestieri che seco aveva, non
volle dietro alle parole andare, ma disse : « Poi che tu
d i ’ di farmelo vedere ne’ vivi, cosa che io mai più non
vidi nè udii dir che fosse, et io il voglio veder do m at­
tina c sarò contento; ma io li giuro in sul corpo di
C risto, che so altram e nti sarà, c h e :i io ti farò conciare
in maniera che tu con tuo danno li ricorderai, sem pre
che tu ci viverai, del nome mio". »
Finite adunque per quella sera le parole, la mattina

1. N o n l'a vr e te da m e : B o ccace fait chanter A Chichibio un refrain
en vénitien; mais, quand il parlera sans chanter, lo cuisinier s'exprimera
« n to s c a n .

?. T u r b a ta : fachée.
3. q u e l q u e s in v ité s.
N o’ v i v i : negli uccelli v iv i.
Ì&gt;. H c p é lilio n v ie ta tis i' «l'un che.
&lt;». O n d it d ans* le m ê m e s e n s co n c ia r p e l d i d elle f e ste .

�seguente come il giorno apparve, Currado a cui non
e ra per lo dorm ire l'ira cessata, lutto ancor go nfiato 1
si levò, e comandò che i cavalli gli fosser m enati; e
fatto m o ntar Chich ibio sopra un ronzino, verso una fiu­
mana, alla riv ie ra 2 della q uale sem pre soleva in sul far
del dì vedersi delle gru, nel menò dicendo : « Tosto
vedrem o c h i avrà iersera mentito o tu o io. » Chichibio,
v e gg e nd o che ancora durava l’ira di Currado, e che far
gli convenia pruova della sua bugìa, non sappiendo
come poterlasi fare, cavalcava appresso a C urrado con
la m a g g io r paura del mondo, e volentieri, se potuto
avesse, si sarebbe fu g g ito ; ma non potendo, ora manzi
el ora addietro e da lato si riguardava, e ciò che vedeva
credeva che g ru fossero che stessero in due piedi. Ma
già vicini al fiume pervenuti, gli venner prim a che ad
a lc ú n 3 vedute sopra la l'iva di quello ben dodici g ru , le
quali tutte in un piò dimoravano, si come quando dor­
mono soglion fare. P e r che egli prestam ente m ostra­
tele a C urrado, disse : « Assai bene potete, messer,
vedere che iersera vi dissi il vero, c he le g ru non hanno
se non una coscia et un pie, se voi rig u a rd a te a quelle
che colà stanno. » C urrado vedendole disse : « Aspet­
tati che io li m osterrò 1 che elle n ’hanno due » ; e fat­
tosi alquanto più a quelle vicino gridò : « h o h o ! »
p e r lo qual grido lo g ru , mandato l'altro piò giù, tutte
dopo alquanti passi cominciarono a fuggire. Laonde
C u rra do rivolto a Chichibio disse : « Che ti par g h io t­
t o n e 5? parti c h ’elle n ’abbin due?» Chichibio quasi
1. G o n flato , per In s tizza ; arrabbiat o .

?. R i v ie ra : Ir* bords dii cours d'eau.
3. E ntendez : eg li vid e prim a d ogn i altro.
4. F orm e a ssez frequ en te chez, le» autcur.« floren tins pouir mostrero.
b. G h i o t t o n e : birban te

�ibgs otlito, non sappiendo egli stesso donde si v e n iss e 1,
rispose : « M esser si, ma voi non g rid aste ho h o a
quella di ie rsera ; cliò se così gridato aveste, ella
avrebbe cosi l’altra coscia e l’altro piò fuor m a n d a ta,
come hanno fallo queste. » A C urrado piacque tanto
questa risposta, che tutta la sua ira si convertì in festa
o riso, e disse : « Chichibio, tu hai ragione, ben lo
dovea fare. » Cosi adunque con la sua pro nta e sollaz­
zevol risposta Chichibio cessò la m a la 2 ven tu ra, o
paceficossi col suo sig n o r o 3.
1. D on d o s i v o n lsso ; il funi cntondro : &lt;/o)if/&lt;? gli renitur
ivpom l presque sana savolr cc qu ii &lt;111; c ’est re (pii donno
plus ile piqunnl.
2. C essò : schivò.
:i. C elle \o u v e llo pOul «'In» considerile cornine I«* modòle
risposte qui form eul uno p«&gt;rlion nolable (1«*h N ouvelles
x i v siòcle.

In risposta. 11
à sa róplique

«lo &lt;’ps p r o n te
iUillenno» du

�IX. — CALANDRINO
CHERCHEUR DE PIERRES PRÉCIEUSES ( V III, 3)

Nella nostra città, la qual sem pre di varie maniere
e di n u o ve' genti ò stata abbondevole, fu ancora non è
g r a n tempo, un dipintore chiamato Calandrino, noni
semplice e di nuovi costumi, il quale il più del tempo
con due altri dipintori usava, chiamati l’uno Bruno e
l’altro Buffalmacco, uomini sollazzevoli molto, ma per
a ltro avveduti e sagaci, li quali con Calandrino usavan
p e r ciò che do’ modi suoi e della sua simplicità sovente
g ra n festa p re n d e v a n o 3, lira similm ente allora in Firenze
u n giovane di m aravigliosa piacevolezza in ciascuna
cosa che far voleva, astuto et avvenevole3, chiamato
Maso del S a g g io ; il quale, udendo alcune cose della
simplicità di Calandrino, propose di voler pren der
diletto d e’fatti suoi col fargli alcuna beffa, o fargli c re ­
dere alcuna nuova c o s a 4. K por avventura trovandolo
1. N u o v o : v o ir note 5 «le la pago U t ; un peti plus loin, on va vuir dì
nuovi costumi, c 'e stù -d ire ètran ges, b iza rres, rid ic u le s.
2 . I.e# trolls personnages p rin cip a ux d e ce conte *ont dono de» pein tre s
e t la farce qui va ótre racoutée a p p a rtien t an genre cher m ix a rtistes, la
farce d'atelier. De ce* troia peintrea, le »eul d o n to n v o le en co ro quelque»
tablea ux dans le* galerie« de Florence e*t Buff ulm acco B uonam ico; m ais
ce pe rso nnage e»t »tirimi! cèlebre par «e» fanta isies d rolatiq u es , d e v enu es*
p ro verbia les com m e la so ttise de sa v lc tim e habituelle, C alandrino.
Boccace a mi» clnq fo is en scène ce m y stificateur ; un au tre conteur.
S acch etti, s ix fois ; et V asari, le biog raphe dea p e in tre s , raconte1 aussi
un nom bre considé rable de fa céties que l'un p ré ta it h l'inèpuisa b le verve
d e Buffalm acco.
8. A v v e ne v o le : a stu to , d es tro, valente.
4. A lc u n a n u o v a c o sa : q u elq u e bourd e ; v o ir ci-dessus , note t.

�un dì nella chiesa di San Giovanni, e vedendolo stare
a tten to a r ig u a rd a r le dipinture a g l’i n t a g l i 1 del ta b e r­
nacolo il quale è sopra l’altare della detta chiesa, e non
molto tempo davanti postovi2, pensò essergli dato luogo
&lt;&gt; tempo alla sua intenzione : et informato uu suo c o m ­
pagn o di ciò che fare intendeva, insieme s’accostarono
là dove Calandrino solo si sedeva, e faccendo vista di
non vederlo, insieme cominciarono a ragionare delle
virtù di diverse pietre, delle quali Maso cosi efficace­
mente parlava come se stato fosso un solenne e g ran
la p id a rio 3. A ’ quali ragionam enti Calandrino posto
orecchie ', e dopo alquanto levatosi in piè, sentendo ohe
non era c redenza5, si congiunse con loro; il che forte
piacque a Maso, il quale, seguendo le sue parole* fu da
Calandriti dom andato dove queste pietre così virtuose
si truovassero. Maso rispose che le più si trovavano in
Berlinzone, te rra de’ Baschi, in una contrada che si
chiam ava B e n g ò d i15, nella quale si legano le vigne con
lo salsicce, et avevasi un'oca a denajo et un papero
g iu n ta 7 ; et eravi una m ontagna tu tta di formaggio p a r ­
migiano g ra ttu g ia to , sopra la q uale s t avan genti che
niu na altra cosa facevan che far maccheroni e raviuoli,
« cuocerli in brodo di capponi, e poi gli gittavan
1. Le» scu ltu res .
42. Il n'y av a it pan longtem p» quo ce tabe rnacle nvait t!Ul min cn p lace .
‘J . L a p id a r lo : ou vrier, a rt isan pii p ie rres pré c ie u se s ; ati m oyen Age ,
m i at trib u a it aux d iv erses e spe ces il«* pierre» di*« v e rtu s p a rticu lie res,
do n i la connaissancc form ait unc e spèce de scie nce ; le* traité s où é taie n t
e xposées ce» v ertu s n'appe laient précisém ent de» lapidaire*.
h. P o n to o r ec c h ie : hoii»*ciiI. »vendo.
5. C re d e n z a : segreto. Leu deux hom m es parle n t de» propriété s de»
p ie rres, com m t' de choses qui n‘on t rien de m y sté r ieu x.
0.
Le» lo ca lités d ésignées par Maso »«»ni de pure fa n ta isie ; la d er­
n iè re , Bengodi, a un sens fa cile à co m p ren d re, el «pii répond bien aux
r enseignem e n ts «pii su iven t. &lt;)n tom be lei dau» la ca ricatu re la p lus
folle.
7, E ntendez : Un'oca per un denaro, e per g iu n ta un papero.

�quindi giù, e chi più ne pigliava piu se n'aveva: et ivi
presso correva un fiumicel di v e rn a c c ia ',d e lla migliore
c he mai si bevve, senza avervi entro gocciol d’acqua.
«&lt;), disse Calandrino, cotesto è buon paese; ma dimmi,
c h e s i f a d e ’ capponi che cuocon coloro y » R ispuose
Maso : « Mangianseli i Baschi tu tti.» Disse allora (Calan­
drino : &gt;«P o stiv i2 lu mai V» A cui Maso risposo: &lt;.Di’ tu
se io vi fu' m ai? si vi sono s ta to cosi una volta come
m ille 3. » Disse allora Calandrino: « lì quante m i g l i a ci
lia?» Maso rispose : « Hacce ne più di millanta, che tutta
no tte canta *. » Disse Calandrino : « Dunque dee egli
essere più là che A b ru z z i*.»— «Si bene, rispuosc Maso,
si è cavelle®. » Calandrino semplice, ve ggendo Maso d ir
queste parole con un viso fermo e senza ridere, quella
fedo vi dava che d a r si può a qualunque verità è più
manifesta, e cosi l’aveva p e r vere, o disse : « T rop po ci
è di lungi a’ fat t i m ie i7; ma se più presso ci fosse, ben
ti dico che io vi verrei una volta con esso teco, p u r p e r
veder fare il to m o 8 a quei maccheroni, e tormene una
1. V o rn a c c ia : vin blanc fort estim é. Ces largesses, de la nature e t
de« hom m es, laissaien t bien loin, on le v o it, les d istrib u tio n s de v ic ­
tuailles &lt;{iie les g ou vern em en ts faisaient encore, eu certain es c ircon s­
tan ces, il n'y a pas cen t ans .
2. P o s t i v i : on sait que le verb e esser e , A certain* tem ps, est e m ployé dan s
le sens d'aller: il en e«t de m êm e en français e t en espagnol.
H.
R épon se é q u iv o que q u e C alandrino in terp rète : • J’&gt; ai «;té très sou­
v e n t », tandis que Maso d it réellem en t : « ja m a is ».
h. Ceci n'a aucun sens, el la dern ière partie «I«* la phrase e st là u n i­
qu em en t pour rim er avec m illanta. M illanta est un d érivé d e mille, qui
in d iq u e une q u a n tité Indéterm in ée; m illantars i v eu t d ire se v a n te r de
choses Im possibles.
5.
C alandrino, dan« «on ignorance, cro it ind iq u e r ainsi uno d is tance
extraordin a ire, presque le« confin s «lu m onde connu.
ti. C a v e l l e o u C o v e lle : un peu, un r ien ; réponse ironique, toujours à
double entente.
7. C’e st trop loin pour m oi, d it C alandrino a vec reg ret; réponse d'un
ex ce lle n t com ique.
8. F aro 11 to m o : fare un capitom bolo, rotolar giù.

�s a t o l l a '. Ma dimmi, che lieto sie t u 2, in queste con­
t r a d e 3 non si truova niuna di queste pietre così
virtuose?» A cui Maso risp o s e : « S i, due m aniere di
pietre ci si truovano di grandissim a virtù: l'una sono
i macigni da L ettig n a n o e da.Montisci, per virtù de'quali,
quando sono macine fatti, se ne fa la farina 1; e per
Ciò si dico egli in quegli paesi di l à 8, che da Dio ven­
gono le grazie; o da Montisci le macine ; ma ècci di
questi macigni si gran quantità, che appo noi è poco
prezzata, come appo loro gli smeraldi, de’ quali v’ha
m a g g io r m on tag ne che monto Morello® che rilucon di
mezza notte vatti con D io 7. li sappi che chi facesse le
macine bolle e fatte legare in anell a 8, prim a che elle
si forassero, e p o r tassele al S oldano, n’avrebbe ciò che
volesse9. L’altra si ò una pietra, la quale noi altri lapi­
darj appelliamo E lit r o p i a l0, pietra di troppo gran
1. Satollo c*l mi a d jectif cjtil signifie ra ssa sié : lei ilc x t em p lo yé com m e
s u b sta n tif; cii ce sen s, oh d ira it aujo u rd ’hui : fa rn e una scorpacciata.
2. F orm ule de priè re p la isante.
a. In q u e s to c o n tr a d e : rem a rq u ez. le sens de queste : danti notre
p a y s, h F lorence.
4.
Il n ’y a rion de p lus com m un qne lo in n i; / no de S ettig n ano (v il­
lage au nord-est de Florence), e l l’usage qne M aio en indique n ’a rien do
m iracu leu x, m ais Calandrino èco u te Ioni cela com m e de m erv e ille uses
ré v élation s. M o n tisc i «»ni uno prononc ia tion popula ire pour M o n tic i; de
nu'ine ou trouve che/. Boccace cani ¡scia polir camicia.
ò. In q u o i paesi d i là : d a n i CC* poy* lo in ta in s d o n i M uro a parie
d ’ahord, el c ’enl aux hab ita n ts de ce* pays im a g in a ires q u e »0 rapporto
appo laro, qu elq u e* lignei* plu s bas.
U. M o n te M o ro llo : la pluM hau te m ontagne de l’horlzon im m ed ia t
do Florence au nord-ou est ; elle s'eleve à 034 m ètri”« d 'a ltitu d e.
7.
in te r je c tio n d é p o u rvu e ici de »en*, que C alandrino d o it p r e n d re pour
un serm en t par iequel M uto a p p u ie »e* dire*.
H. A n e lla : plu riel ancien de a n e llo ; ce* pluriel* en a e taien t p lus
n om breux dau* l ancienne langue qu aujourd'h u i. Q uant au *en*, il cui
in u tile d essa yer de l’ex p liq u er : Maso d é b ite à C alandrino line série do
coq-a-l'Ane miuh q u eu e ni lète.
!l. V olesse : «ni d ira it a u jo u r d 'h ui vorrebbe.
10.
E l i tr o p ia : nom d ’uno pierre prec ie use, espece de Jaspe vert avec
de* v e ines rouge*.

�virtù, per ciò che qualunque persona la porta sopra di
sè, m entre la tiene, non è da alcuna a ltra persona
veduto, dove non è » Allora Calandrili disse : « G ran
virtù son questo ; ma questa seconda dove si truova ? »
A cui Muso rispose, c he nel M ugnonea se ne solevan
trovare, Disse Calandrino : &gt;&lt;Di che grossezza è questa
pie tra ? o che colore ò il suo? » Rispose Maso : t Ella'è
di varie grossezze, che alcuna n’e più et alcuna m e n o 3,
ma tutte son di colore quasi come nero.»
Calandrino, avendo tutte queste coso seco notate,
fatto sembiante d'avere altro a fare, si partì da Maso,
e seco propose di volèr cercare di questa pietra; ma
diliberò di non volerlo fare senza saputa di Bruno e di
B u ffalmacco, li quali spezialissimamento amava. Diessi
a d u n q u e a cercar di costoro, acciò che senza indugio,
e prim a che alcuno altro, n’andassero a corcare; e tutto
il rim anente di quella m attina consumò in cercargli.
Ultimamente, essendo già l’ora della n o n a 1 passata,
ricordandosi egli che essi lavoravano nel monistero
delle donne di Faenza 5, quantunque il caldo fosso g r a n ­
dissimo, lasciata ogni altra sua faccenda, q u asi cor­
rendo n'andò a costoro, e chiamatigli, così disse loro:
«Com pagni, quando vogliate credermi, noi possiamo
divenire i più ricchi uomini di Firenze, per ciò che io
ho inteso da uomo degno di fede, elio in Maglione si
truova una pietra, la qual chi la porta sopra" non è
veduto da niun'altra p ersona; per che a me parrebbe
1. N o u v e a u
é v i de n te .

n o n -s e n s ; M aso d o n n e

com m e un

m ira c le

uno v é rité

2. Lo Mugnnno *e Je tle don* l’Arno a u-des s u s «le Florence ; voir cl*
d e ssu s, e x traits «In N infale Fiesolanou, p. 20.
3. Houa-ent. : grossa.
4. L ’o ra d e lla n o n a :e n tr e d e u x e t tr o is h e u r e s «le l'apres-m id l.
fi. C ouve nt do fem m es situ é dun« la V ia Faenza.
t&gt;. Chi la porta addosso.

�ch e noi senza alcuno indugio, prim a che altra persona
v’andasse, v’andassimo a cercare. Noi la troverem o per
certo, per ciò che io la conosco; e trovata che noi
l ’avremo, che avrem noi a fare altro, se non mettercela
nella scarsella e t an dare allo tavole de’cambiatori, le
quali sapete che stanno sem pre cariche di grossi e di
fiorini1, e torcene quanti noi no v o rre m o ? niu no ci
vedrà : e cosi potremo arricchire subitam ente, senza
■avere tu tto’l dì a schiccherare* lo m u ra a modo che fa
la lumaca.» Bruno o Buffalmacco, udendo costui, fra
sò medesimi cominciarono a ridere, o guatando l’un
verso l’altro fecer sembianti di m aravigliarsi forte,
e lodarono il consiglio di C alandrino; ma domandò
Buffalmacco, come questa pietra avesse nome. A Calan­
drino, che era di groSsa p a s t a 3, era già il nome uscito
&lt;li mente, per che egli rispose : «Che abbiam noi a far
&lt;lol nome, poi che noi sappiam la v irtù ? a me parrebbe
che noi andassimo a cercar senza star più. » — « O r ben,
disse Bruno, come è ella fatta ? » Calandrin disse : « E gli
ne son d ’ogni fatta ', ma tu tte son quasi n e re : per che
me pare che noi abbiam o a ricogliere tutte quello che
noi vederem nere, tanto che noi ci abbattiamo ad essa;
&lt;j per ciò non perdiamo tem po ,an diam o! » A cui Bruno
disse : « O r t'aspetta ! » K vólto a Buffalmacco disse : « A
ine p a r o d i e Calandrino dica bene; m a non mi p a r o d ie
qu e s ta sia ora da ciò che il sole è allo e dà per lo
1. G ro s s i o fio rin i : ancienne* m on n aies fiorentine*; lo fiorin «levait
non nom a la fleu r e m ble me il»* Flore nce don i la c a thédra le s'appelle
S a n ta -Ma ria del Fiore) qui y é ta it représ e n té e ; c e tte fle u r est un lys
o u v e rt, rouge «tir le* a rm o ir ies co lo riées.
2. S c h ic c h e rar e : scarabocchiare, im b ra tta re; il e*l |plaisa n t «le v o ir
qu c lli’N im ages flatte uses em piuie C alandrino polir désigner Ka rt «le la
pein tu re .
3. D i gro s s a p a s ta : balordo. sc im unito.
• 4. Ce n’òd'ognl m aniera.

�uM
g n o ne e n tr o ' et ha tu tte le pietre ra sc iu tte , per che tali
paj on testé* bianche dello pietre che vi sono, c h e la m at­
tina, anzi che il sole l a b b ia ra sciutte, pajon nere : et
oltre a ciò molta g e n te per diverse cagioni è og gi, che
è dì di lavorare, per lo Mu g none, li q u a l i 3 vedendoci si
potrebbono indovinare quello che noi andassimo facendo,
e forse farlo essi a ltressi ; e potrebbe venire alle mani
a loro, e noi avremmo perduto il tro tto per l'am biadura *.
A me pare, se pare 11 voi, che questa sia opera da dover
faro da m attina, che si conoscon meglio le nere dalle
bianche, et in di di festa che non vi sarà persona che ci
vegga. » Buffalmacco lodò il consiglio di Bruno, o
Calandrino vi s ’accordò, et ordinarono che la domenica
mattina veg nente tulli 0 Ire fossero insieme a cercar di
questa pietra; ma sopra o g n ’a ltra cosa gli pregò
Calandrino che essi non dovesser questa cosa con per­
sona del mondo ragionare, p e r ciò che a lui era stata
posta in c re d e n z a 3. E ragionato questo, disse loro ciò
che udito avea della contrada di Bengodi, con s a ra ­
m en ti 0 affermando che cosi era.
P a rtito Calandrino da loro, essi quello che intorno a
questo avessero a faro ordinarono fra sò medesimi.
Calandrino con disidéro aspettò la domenica m attina;
la qual venuta, in sul far del dì si levò, e chiamati i
I.

DA p o r lo M u g n o n e e n tr o : le soleil frappe de »ex rayons le lit du

Mugnone.
T e s t e = ora, ade s s o
li. L I q u a l i : p luriel qu'e x p liq u e a sse z le sens c o llec tif de g e n te .

E x p ression figurée e m p ru ntée à l'é q u ita tion : on vou lan t fa ire a ller
lo c h e v a l ù l'am ble , on d éplacant sim u lta n ém en t le* ja m b es d'uii im'me
cóté , non» perdirion* le tro t, c'o*l-&amp;*diro : non» gAte rions to u t on voulun l
trop bie n fa ir e .
5. V olr c l-d e ssu s, nolo 5 de la pago HO.
0.
S a r a m e n t l : S a r a m e n tl C alandrino, avoc uno n a iv e té fam iliè re
aux m ystifiés, *e po rte lui*nu&gt;mo g a rant de* bou rdes &lt;111*011 lui a co n té e s

�com pagni, per la p o r ta di San Gallo usciti o nel
M ugnon discesi, cominciarono ad an dare in giù,
della pietra cercando^ Calandrino andava, come più
volonteroso, avanti ; u pre sta m e n te or qua et or là
saltando, dovunque alcuna pietra nera vedeva, kì
g i ttava, e quella ricogliendo si metteva in s e n o '. 1
com pagni andavano appresso, e quando una e quando
un'altra ne ricoglievano ; ma Calandrino non fu guari
di via andato, che egli il seno se n'ebbe pieno ; per
che alzandosi i gheroni - della gonnella, e faccendo di
quegli ampio grem bo, bene avendogli alla c o r r e g g ia 11
attaccati d ’ogni parte, non dopo molto gli empiè, e
similmente, dopo alquanto spazio, fatto del mantello
grem bo, quello di pietre empiè. Per ch e, veggendo
Buffalmacco e Bruno che Calandrino era carico e l’ora
del m angiare s ’avvicinava, secondo l’ordine da sò
p o s t o ', disse B ru no a Buffalmacco: « Calandrino dove
è? » Buffalmacco, che ivi presso sei vedeva, volgendosi
intorno, et or qua el or là rig uardan do , rispose : « Io
non so, ma egli era pu r poco fa q u i dinanzi d a noi. »
Disse Bruno : &lt;■Ben che fa poco“, a me p a r egli esser
certo che egli è o ra a casa a disinare, e noi ha lasciali
nel farnetico ", d ’an d a r cercando le pietre nere giù per lo
1. La verve com ique de Boccace éclaire «lini» c elle description si v iv e ,
«il chaque détail e»l pittoresqu e e t pri» nur le v ii. S ì m etterà in seno : il
Ics glisse daiiH st?s v etem en ts qui fe rm e n t co m me uno poche »ur «tu poitrine.
2. I K h o ro n l : le* coluti, le bord do la p e lile Jupe qui dtlpa*sail la
tu re (le# Fiorentini! porlnicnt alor* de* vèlentenU ampio» e l lon^i») ; en
Ics relevan l. C alandrino form o dova n i Ini uno norie de grande poche
(f/rrnilio) qu ii va rem p lir «le picrici«.
;i. C orroKKla : courroln ; icl, celnlure.
D a sò : /In loro, •u lv iin l le pimi qu ’iln a v a ie n l fait ensem ble.
5.
Le R etinoti: tu as beau d ire,« il u y a pas lon^tem ps. » il e li teinps
d ’aller mongoi*.
fl. Ci ho lanciali ìirll’iinpicch : a\*CC l’idée «pie noti* somme* dei» folli»
de la voi r cru.

�t 20

nOCCACE

Magnolie. » — « Deli come egli ha ben fatto, disse allora
Buffalmacco, d'averci beffati e lasciati qui, poscia che
noi fummo sì sciocchi che noi gli credem m o! S a p p i1!
chi sarebbe stato sì stolto che avesse cred uto altri clic in
M ugnone si dovesse trovare una cosi virtuosa pietra,
altri che n o i2? »Calandrino queste parole udendo, irnaginò che quella pietra alle mani gli fosse venuta, e che
per la virtù d ’essa coloro, ancor clic lor fosse presente,
noi vedessero8. Lieto adunque oltre modo di tal ventura,
senza dir loro alcuna cosa, pensò di tornarsi a casa;
e vólti i passi indietro se ih * cominciò a venire. Vedendo
ciò Buffalmacco, disse à Bruno : « Noi che farem o? che
non ce ne andiam n o i? » A cui Bruno r isp o s e : « Andianne; m a io giuro a Dio che inai Calandrino non
me no farà più n iu n a 4; e se io gli fossi presso, come
stato sono tu tta mattina, io gli darei t a le “ di questo
c io tto 0 nelle calcagna, che egli si ricorderebbe forse
un mese ili questa beffa. » Et il dir le parole e l’a p r ir s i7
e ’1 d a r del ciotto nel calcagno a Calandrino fu tutto uno.
Calandrino, sentendo il duolo, si levò alto il piò e
cominciò a soffiare, m a p u r si tacque et andò oltre.
Buffalmacco recatosi in mano uno do’ ciottoli che rac­
colti avoa, disse a B r u n o : « Deh! vedi bel ciottolo:
così g iug nesse e g l i ” testé nelle reni a Calandrino» ; e
1. Sappi :"vcdl un |)ó !
2. A ltr i c h e n o i : Joignc* ce» mot» il chi tarebbe alata ni atollo.
3. Calandrino« pi uh «lupe que ja m a it, ckI convaincu qu ii e*t devenu
luvinihle; »a Jole e»t tnicoro ici d’un c x cellen t com iquo.
4. N lu n a : fn iiin ln que Con peut expliquer par un mot nouncntcndui
COmine b u r la , beffa.
T a le Bit lei adverbe, com m a dans la locution la id a 1.
II. C io tto : cio tto lo , » a tto .

7. L ’aprlrf*l : te d ila g a r do »fi» vétem ent», ¿carter non manteau pour
lancer la plerre avec force.
8. C obI glugnoHHo e g li: formule de VOBU : pu U te-t-ll a Ufi mi re.

�lascialo andare, gli diè con esso nelle reni una gran
percossa. E t in brieve in colai guisa, or con una parola
•et or con una altra su per lo Mugnone infino alla porta
a San (¡allo il vennero lapidando*. Quindi, in terra
gittate le pietre che ricolle aveano, alquanto con le
g u a rd ie de' gabellieri si ristettero, le quali prim a da
loro in fo rm ate4, faccendo vista di non vedere, lascia­
rono an d a r Calandrino colle m a g g io r risa del mondo. Il
quale senza a rre sta rsi se ne venne a casa sua, la quale
e r a vicina al Canto alla M acin a; et in tanto fu la for­
tu n a piacevole alla bella, che, m entre Calandrino per
lo fiume ne venne e poi per la città, ninna persona gli
fece motto, come che pochi ne s c o n tr a s s e 3, per ciò elio
qu a si a desinare era ciascuno. Entrossene adunque
C alandrino cosi carico in casa sua.
E ra per avventura la moglie di lui, la quale ebbe
nom e m onna T essa, bella o valente donna, in capo della
s c a l a 4 ; e t alquanto tu rb a ta della sua lunga dim ora,
veggendol venire, cominciò proverbiando* a d i r e :
« Mai, frale #, il diavol ti ci reca : ogni gente ha già
desinato (pianilo tu torni a desinare. » 11 che udendo
1. I.o pluinir di' myalifier rcnd brillai.
2. S a n a d a n t e le m u tili, q tiu n d iI h é l a ic n t « orti» d e la v ille .
C o m o c h o , (p ii H i^nllle b a b i lu c l le m e n t qnoiquc, » ig n ifle ici : il fa u t
« lire a i m i q u i i r e n e o i it r a p e n d e m o n d e .
In capo d o lla »cala : ou liuti! «le l’e t c a l i c r ; e lle a l te n d »on m u ri *u r
le p a l ie r , d é ta il p a r f a ile m o n t p r o p r e à m a r q u e r l im p a lie n o o d e m o n n a
T e s» a.
5.
P r o v e r b ia n d o : cn »c m o q m in l d e lu i a v e c im e c c r l a ln e c o l t r o ; o n
4i vii d u i)'' la N o u v c lle d ’A n d ro u c c io le m o t jiroocrhio*am cntc e m p lo y é eu
•ce «Oli». p. K7, n . 3.
0.
F r a t o : fo ^o n m o q u e iim j d ’I n le r p c lle r C a la n d r in o . — I l i/invol t i r i
r e c a : c ' c i t l e d i a b le q u i l a m è l le , c'e» » t-/id lrc : le v o li A e n i l n l L e m o l inni
q u i c o m m e n c e la p h r a t o p o u r r a i l Taire co n i p re m i re : tu n 'a rr iv o » J a m a ia !
Ma Ih n 'o u b lio n s pan q u o m a i, »aii« u n ir e n d g a tio n , n e tti jia» p ro p re m o n l
n ó ^ a t i f ; q iiu n d o n d ii : qu a n d o m a i, dove m a i, c h i m a i, e ie ., le koiih de
tn a i e» t una vo lta , qu a lc h e volta. Il y a d o n c lieti d ’lnl* ilc r e n t r o lo» fimiX
iu l c r p r e la lio n » .

�1 2S

IIOCCACK

Calandrino, e veggendo clic veduto ora, pieno di
cruccio o di dolore cominciò a dire : « Oimò, mal­
vagia femina, o eri tu costi? tu m ’hai d i s e r t o 1 : ma
in fé di Dio io te no pagherò !» li salito in una sua
satolla, e quivi scaricato le mollo pietre che recale
avea, niquiloso 3 corse verso la moglie, e prosala por li;
treccie la si giti«'» a ’piedi, o quivi, quanto egli potò
m e n a r lo braccia e’piedi, tanto le diè per tutta la per­
sona pug na e calci, senza lasciarle in capo capello o
osso addosso che m a c e ro 3 non fosse, ninna cosa valen­
dole il chieder mercè con le mani in croce. Buffalmacco
el Bruno, poi che c o'guardiani della porla ebbero al­
quanto riso, con lento passo cominciarono alquanto
lontani a s eg u ita r Calandrino, e giunti a piè dell'uscio
di lui, sentirono la fiera battitura la qualo alla moglie
dava, e [accendo vista di g iu ng ere pure alloro, il chia­
marono. Calandrino tulio sudalo, rosso et affannalo si
fece alla finestra, e prcgògli che suso a lui dovessero
andare, l'-ssi, m ostrandosi alquanto turbali, andaron
suso o videro la sola piena di pietre, e nell’un de’
cauli la donna scapigliala, stracciala, lulla livida e
rolla nel viso, dolorosam ente p iag nere, o d’altra parto
Calandrino seinto, et ansando a guisa d ’uom lasso,
sedersi '. Dove , conio alquanto ebbero riguardato ,
dissero : « Che è questo, Calandrino ? vuoi tu m urare,
elio noi voggiamo qui tanlc pietre ? » Kt olire a questo
1. Tu m'hai cllsorto : tu m'Iuti rovinato.
li. N lq u lto a o (dérlv.i do iniquo) : Infuriato.
3. M acoro, rompu, brine. Calandrino n*a pan minioHongv Ua'cn prondro
à ne* oliera amIh Urtino ol Buffalm acco «pii I o n i assillili à coup» do
pierrem. m ais il malm eno ha foinmo «pii n'ont pour rlon «Ihiih li; innovai*
tour «pi'on lui a Joitó; o‘e*l un nouvoaii trait do caraolòro, bion vrai dan*
moii oxa^óration, e l «pii noun cm pèche «In Irop plalndro le mystfllé.

4. Kncore un tableau, uno scòlio «pn* lioocuoo a tu digerire on peu de
Ugno», avoo uno v«;rit«; pioino «lo malico.

�C A L A N D R IN O , C IIÉ R C IIE U R

DK

P I Kit II KS

P R É C IE L S E S

129

sog giunsero : « li monna T essa clic lia ? e’p a r elie tu
l’abbi b a ttu ta ; d ie novelle 1 son queste ? » Calandrino,
faticato dal peso delle pietre e dalla rabbia con la quale
la donna aveva battuta, e dal doloro dalla v e n tu r a 2 la
(piale perduta gli pareva avere, non poteva raccogliere
lo s p i r ito 3 a formare intera la parola alla risposta.
P e r clic soprastando, Buffalmacco rincominciò : « C a­
landrino, se tu avevi altra i r a 1, tu non ci dovevi però
straziare come fatto bai ; cliè, p o i :i condotti ci avesti
a cercar leco della pietra preziosa, senza dirci a Dio
nè a diavolo, a g uisa di duo b o c c o n i 11 nel M ugnon ci
lasciasti, e venistitene, il clic noi abbiamo forte per
m ale; ma p e r certo q u esta lia la sezzaia 7 che tu ci
farai mai. » A queste parole Calandrino sforzandosi
risp o se : « Com pagni, non vi turbale, l’opera sta altramcnti che voi non pensate, lo, sventurato ! avea quella
pietra tr o v a la ; e volete udire se io dico il v e r o ?
«piando voi p rim ieram ente di me dom andaste l’un
l'altro, io vi era presso a mon di diece braccia; e veggendo che voi vo no venivate e non mi vedevate, v
e n t r a i B innanzi, o continuam ente poco innanzi a voi
ino no son venuto. » I'!, cominciandosi dall’un dui

1. N o v o llo : &lt;|iiollo» aotlUen, quelle* folio* f

‘2. Ventura: la fortune qu ii eroynil nvolr trombe danaio Mugnono et
qne aa fciumc, pcnaalt-il, lui itvnilfuit perdi«*, puiaquopour elle il nVlait
pii* Invigililo.
3.
Raccòglierò lo aplrlto : il est e«aouffl«v, incapàble do reprondro
lialeino et de prononeer un mot.
Altra Ira: quelque inottf d«* rotóre Contro d'antro* que nona; cela,
«lit IIn Ila Imacco, nVtalt paau ne rainon aufllHaiilo pour le umquer de nona

(•/crisinri*).
Poi : poiché.
(». Bocconi : nciorrbi;

ci bui lin cia li rnmr due Italie.
7. S a s sa ia : derive do **•:;&lt;» qui v«»ul dire dernier; lei cnoore, il faut
*oua&lt;cntendrc un aubatantiffòm inin : burla ou brffa.

N. V'ontral : ontODdoz inumisi a voi.

�MOCCACK

Ciipi1 infino la fine, raccontò loro ciò clic essi fatto e
detto aveaiio, e m ostrò loro il dosso e lo calcagna
come i ciotti conci gliol’avessero 2, e poi seguitò : « E
dicovi che e ntrando alla porta con tutte queste pietre
in seno clic voi vedete qui, niuna cosa mi fu detta,
che sapete quanto esser sogliano spiacevoli e noiosi
que'g uardian i a volere ogni cosa vedere; et oltre a
questo ho trovati per la via più miei compari et amici,
li quali sem pre mi soglion far motto et invitarmi
a bere, nò alcun fu clic parola mi dicesse nò mezza*
si come quegli che non mi vedeano. Alla line, giunto
&lt;pii a casa, questo diavolo di questa l'emina m aladetta
mi si parò dinanzi et ebbemi veduto, per ciò clic,
come voi sapete, le femine fanno perder la virtù ad
ogni c o s a 1; di che io, che mi poteva dire il più
avventurato uom di Firenze, sono rimaso il più sven­
turato ; e per questo l'ho tanto battuta q u a n t’io hi»
potuto m enar le mani, e non so a quello che io mi
t e n g o 5, che io non le sego le v e n i0 ; che m aladetta
sia l’ora che io p rim a la vidi, e quandVlla mi venne iu
questa casa! » E raccesosi nell'ira, si voleva levare
per torn are a batterla da capo. Muffalmacco e B ru no
queste cose udendo, facevan vista di m aravigliarsi
1. Dall’un del capi : de,min le comiucncement.
Cnnstruiftez : come i ciotti glieli avessero conci (conciati.)
3. Nò m o zza : nò anche una mezza parola.
t». Kxpreaalon proverbiale Hans doute ; lo» proverbei de tou» genre#
contro leu fonimeli nVtaienl pan raivn au moyen ftge; l'on ruppelail *an*
cchhc le péché d’Kve. doni on croyait retrouver palloni la traco, et quo
l'on Honpvonnait Ionie» le» femine» de renouvcler cliaquo Jonr ; la femine
pu»»aUalnni ponr »'Ire le meilleur anxiliaire dn diable. Boccacc, qui rlait
ioin de partuger en toni ce prt'Jugó, l a plaisamment Incarni dant lo
personnap' ridicnle de Calandrino.
j. Non so a quollo che lo mi ton^o : non io perché mi tengo, non «&lt;&gt;
'2.

clic

comii

mi tiene.

lì. Lo vonl : le vene, piurici archaiquc.

�C A L A N D R IN O ,

C IIE R C 1 IE U R

DE

P IE R R É S

m É C IE U S E S

131

forte, c spesso affermavano quello clic Calandrino
diceva, e t avevano sì g ra n voglia di ridere che quasi
scoppiavano; ma vedendol furioso levare per battere
u n'altra volta la moglie, levatiglisi allo ’ncontro il
ritennero, dicendo di queste cose niuna colpa aver la
donna ma e g l i 1, che sapeva che le femine facevano
perdere le virtù alle cose, e non le aveva detto che ella
si g u ardasse d ’apparirg li innanzi quel giorno : il quale
avvedimento Iddio gli aveva tolto o p e r ciò che la ven­
tura non doveva esser sua, o pe rc h ’egli aveva in animo
d ’ingannare i suoi com pagni, a ’ quali, come s ’avvedeva
d ’averla trovata, il doveva palesare. E dopo molte
parole, non senza gran fatica la dolente donna ricon­
ciliala con esso Ini, e lasciandol malinconoso con la
casa piena di pietre, si partirono.
1.
ICnlondez que ce n'Alnlt pai li» fatile de »a remine, m ais In »¡enne A
lu i... Il ne m aiuiuait plus que ce dernier Irult putir cunfondrc lem a llieu reux Calandrimi! Ce persommue rrprésenle (le la favuli la plus piallante
r éten ie lle dupe qui ne s'apercoll Jamiii» q u e llo e il dupòe. I.a peiiilure
e ilc e r la in e m e n t churgée, mai» dalia celle charme iiiòiue la véritó ne perd
pas luti» leu druil*.

�XI. — VENGEANCE D’UN PIQUE-ASSIETTE (IX, 8)

lissondoin Firenze uno da tulli chiamato Ciacco,uomo
ghiottissimo (pianto alcun altro fosse g ia m m a i1, e non
possendo la sua p o ssibilità 8 sostenere le spese che la
sua ghioltornia richiedeva, essendo per altro assai cos­
tum alo e lutto pieno di belli e di piacevoli molli, si
diede ad essere, non del tutto uom di c o r te 3, ma m or­
ditore, et ad usa re con coloro che ricchi orano, c di
m ang iare delle buone cose si dilettavano; o con quesli
a desinare et a cena, ancor che chiamato non fosse
ogni volta, andava assai sovente. E r a similmente in
quei tempi in Firenze uno, il quale era chiamato
Biondello, piccoletto della persona, leg giadro 1 molto
e più pulito che una mosca, con sua cuffia8 in capo,
1. Co Ciacco est un personnnge qui a rttellem enl e x iité , cornino ceux
«In conto priW dent; Dante le fuit paraltre au chant VI «le L 'B n f t r , avec
le* gotirm ands :
Voi cittudini ini cliiainuxto Ciacco
Per la donnona colpa della gola.
Ciacco est en olTet un surnom slgnltlcalif, xyuonyine de porco.
2. L a su a p o s s ib ilit à : se« inoyen*. P on en do (polendo) est lire »le la
forino latine de r iu lin ilif ile co verbo ponte, qui a disparii en italioti; la
languc moderno n’a conservò que ponto, ponnono, p o n ia m o el le suhjonctif
prèsotit, où se retrouve co radicai.
3. U om o d i c o r to : la N o u v cllcd o B ergam ino (V oir cl-dcssu t, p. 05* n. 4)
explique co qu'il faut entendro par ces m ots. Ciacco est un parasite qui
paio son tfcot sous forme de bon* mots, de trails m ailclou x, enpablea
dogayor la com pagn ie; ausai ost-il accu cilli volontiers.
L eg g ia d r o : él&lt;lgunt, coqitel ; lliotidello est un petil bommo proprot,
tirò ù quatto épingles ; le porlrait est charm ant. Homarqucz que la coinparaisoli d’un parafilo avec uno m onche osi particuliòrcnieul Juste.
5.
C u t ì l a : bonnel. Sous ce bonnet, sa chevelure est soignousem eut
peignée (p e r p u n to ), sans un chcvcu qui solt d é r a n ^ .

�VENGEANCE D’UN

I’IQUK-ASSIETTE

133

con una zazzerina bionda e p e r punto, senza un capei
torto avervi, il quale quel medesimo mestiere usava
che Ciacco. 11 quale essendo una m attina di quaresim a
andato là dove il pesce si vende, e comperando due
grossissim e lam prede per m esser Vieri de’ C e r c h i', fu
veduto da Ciacco ; il (pialo2 avvicinatosi a Biondello,
disse: « Che vuol dir questo ?» A cui Biondello rispose :
« Iersora ne furon m andale tre altre troppo più bolle
che queste non sono, et uno storione a m esser Corso
D o n a ti3, lo quali non bastandogli per voler dar m an­
giare a certi gentili uomini, m ’ha fatte comperare
q u est'altre duo ; non vi verrai t u ? » Rispose Ciacco:
« Ben sai ohe io vi verrò » li quando tempo gli parve,
a casa m esser Corso® se n ’andò, e trovollo con alcuni
suoi vicini che ancora non era andato a desinare
Al
quale egli, essendo da lui domandato olio andasse rac­
cendo, rispose: « Messere, io vengo a desinar con voi
e con la vostra brigala. » A cui m esser Corso disse:
« T u sic ’I ben venuto, e per ciò che egli è tempo, andianuc. » Postisi dunque a tavola, prim ieram ente
ebbero del ecco e della surra, et appresso del pesce
d ’Arno fritto, senza più 7. Ciacco accortosi dollo’nganno
1. Co pQFftommgc a jout1 un nMe im portuni daint lhintoiro lourmenltta
«lo F lorence uu x u r » lò d e ; il élait à la tiHe «le ce qu'on uppelait in parie
bui ncn.
2. Il q u alo celle fola se rapporto n C iacco; ju ique-lft, U iondello élait
le» uujet.
:i. C orso D o n a ti ; nutre Florontin, égnlem ent tròn connu, el clicf «lu
parti conlraire i'i colui ile.-« Cerchi (In p a rie nera) ; Uiondello «e inoquo
ile C iaccocn lui donnaut un faux renseiguenient.
B on Hai oho... : Sicuro che...
,t. A ca sa mos.sor C orno: un adéjii vu clangla N oavelle d‘A ndreuccio :
« a caia le buone fontine » (V oir p. Si), n. 1).
(ì. Il le rcnconlre donc dun* la m e.
7.
h o menu ent dea plus ninigrcft; cece : de» pois ciucile» ; to rra : du
llion sali1, et de la friture !
8

�134

JIOCCAC.E

di Biondello, et in sè non poco turbatosene 4, propose
di dovernel pa ga re ; nò passilr molli di che egli in lui
si s c o n trò s, il qual già molti aveva fatti ridere di
questa beffa. Hioudello, vedutolo, il salutò e ridendo
il domandò clienti 3 fossero siati! le lam prede di mess e r C o rso ; a cui Ciacco rispondendo d isse: «A vanti
che olio giorni passino tu il saprai mollo meglio dir
di me. »
li senza m ettere indugio al fatto, partitosi da Bion­
dello, con un saccente b a r a t tie r e 4 si convenne del
prezzo, e datogli un bottaccio8 di vetro, il menò
vicino della loggia de’ Cavicciuli ®, e m ostrògli in
quella un cavaliere chiam ala m esser Filippo Argenti,
uomo grande e nerbulo e forte, sdegnoso, iracundo e
b iz z a rro ’ più che altro, e dissogli: « T u lo ne andrai
a lui con questo liasco in inano, e d ira ’gli cosi: Mes­
sere, a voi m i m anda M ondello, e m andavi prezzando
che v i piaccia d'arrubinar g l i 8 i/ueslo fianco del vostro
1. Tlirbatosono : ennemione, adegnalo, irato.
2. In lu i Bi sc o n tr ò : rincontrò.
•
8.
C h o n ti : quali ; uvee ridde de qualité : com m ent étaient ces
fam euse» lam proies ?
A. Sacconto barattioro : aucun de ces deux mots n’est pris ici dans
son «cnn actuel. Saccente = habile, adroit, rimi1 (m êm e origine que
aapiente), »ignifle aujourd'hui pédant, qui veut faire la leçon h tout le
m onde. B a ra ttiere =* celui qui fait des échangea (barattare), revendeur;
prohublement ici : marchand am bulant ; aujourd'hui, h* mot im plique
l'idée de tromperie, de fraude, sens que lui donnait déjà D ante. Cf. le
mot français baraterie (fraude crim inelle com m ise sur mer).
5.
Bottaccio : bouteille û large ventre; môme sens que fianco que l'on
trouvera plu» bas.
II. Loggia do’ Cavicciuli : lu loggia est une aorte de portique couvert,
dont les arcades »’ouvrent directem ent sur la rue; celle-ci était sans
doute attenante au palais Cuvicciuli et en fainait partie.
7. Ce nouveau personnage est encore historique et figure com m e
C iacco dan» la /tirin e t'omiUlir, purini les violent» et les colère»; Dante
le désigne, presque com m e Hoccace, pur leu mots : spirito b izza rro , ce
dernier adjectif ayant un sons très fort (Inferno, ch. V III).
N. A rru b in a r g li : fa rg li roano, del color del rubino, incitandovi d'un buon
vino.

�VENGEANCE 1)’UN P IQ U E -AS S IETTE

133

b u o n v in v e r m ig lio , ch è s i v u o le a lq u a n to s o l l a z z a r co n
suoi za n z e ri
e sta bene accorto ch e egli non ti

ponesse le mani addosso, p e r ciò ch e egli li darebbe il
mal d ì 2, et avresti guasti i fatti miei. » Disse il barat­
tiere: « Ho io a dire a ltr o ? » Disse Ciacco: « N o ; va
p u r e ; e come tu hai questo detto, torna qui a me col
fiasco, et io ti pagherò. » Mossosi adunque il b arat­
tiere, fece a m esser Filippo l’ambasciata. Messer Fi­
lippo, udito costui, come colui che piccola levatura
avea :l, avvisando che Biondello, il quale egli conos­
ceva, si facesse beffe di lui, tulio tinto * nel viso,
dicendo: « Che arrubinatem i e che zanzeri son questi?
che nel mal anno m etta Iddio te e lui », si levò in piò
e distese il braccio per pigliar con la mano il barat­
tiere; ma il barattiere, come colui che allento slava, fu
presto e fuggi via, e per altra p a r te ritornò a Ciacco
il (piale ogni cosa veduta avea, e dissegli ciò che mes­
ser Filippo aveva detto. Ciacco contento pagò il barat­
tiere , e non riposò mai c h ’e g l i 3 ebbe ritrovato Bion­
dello, al quale egli disse : « Fostù a questa pe z z a 6
dalla loggia de’ Cavicciuli?» Rispose Biondello:
« Mai n o; perchè me ne domandi tu ? » Disse Ciacco.
« P e r ciò che io li so dire che m esser Filippo li fa
c e r c a re ; non so quel ch ’e’ si v uole.» Disse allora
1. Z à n ze rl : t o t com pagnons de débauché, nvec lesqu els il v e u t faire
uno rip a ille . T o utes co» ex p ressions sont d e stin ées à m e t t r e cn fu reur
F ilippo A rgenti.
2 . Il m a l d i : la m ata v e n tu r a ; l i t i peu plus loin, on vorrà m alann o
duna lo m ê m e sen s.
3. P ic c o la l e v a tu r a a v e a : II fallait pon do chose pour lo m e t r e on
colère, p o u r lo m e ttre hors d es gon d s.

4. Tinto : rouge de colère.
fi. N o n ebbe posa fin c h é ...

li. F os t u a q u uesta p e z z a d a lla
o r a , da poco in qua.

lo g g ia : fo tti tu (sei s tato)

�Biondello; &lt;* Bene, io vo verso là, io gli farò motto'.™
P artitosi Biondello, Ciacco gli andò appresso, per
vedere corno il fatto andasse. Messer Filippo, non
avendo potuto g iu gn ere il barattiere, ora rim aso fiera­
m ente turbato e tutto in sè medesimo si r o d e a a, non
potendo dalle parole delle dal barattiere cosa del
mondo tra rre , se non d i e Biondello, ad instanza di
chi che sia, si facesse beffe di lui. E t in questo che egli
così si rodeva, o Biondel v e n n e 3. Il quale come egli
vide, fattoglisi incontro, gli diè nel viso un gran pu n ­
zone '. « Oimè! messer, disso Biondel, che è questo? »
Messer Filippo, presolo per li capelli e stracciatagli la
cuffia in capo e gittato il cappucio per te rra e dando­
gli tuttavia forte, diceva : « T ra d itore , tu il vedrai
bene ciò che questo è : clic a r r u b in a te m i e che z a n z e r i
mi mandi tu dicendo a m e ? paio t’io fanciullo da dovere
essere uccellato ? » li cosi dicendo, con le pugna, le
q u ali aveva che parevan di ferro, tutto il viso gli
ruppe, nè gli lasciò in capo capello che ben gli v o lesse3,
e convòltolo per lo fango, tulli i panni in dosso gli
stracciò; e si a questo fatto si studiava", che pure
u n a volta, dalla prima innanzi, non gli potè Biondello
dire una parola, nè dom an dar perchè questo gli fa­
cesse. Aveva egli bene inteso dello a r r u b in a te m i e
1. G li fa r ò m o t t o : gli p a rle rò ; en ce se n s, motto n 'est plu s cn usage.
2. Dan te d ii a u ssi dii m e m e p ersonnage a u x e n fe r s :
In no medesimo mi rodea co* denti.
li.
Usage fr e q u e n t d e e d an s le style de B o c c a c c e cela éq u iv a u t ù :
e cco cenir B iondello.
\. P u n z o n e : forte pugno.
h. C h e b o n g li v o le sse : che volesse star bene. On se rappelle q ue
B iondello n 'a v a it ja m a is un c h e ve u qui n e fUt b ien à »a p lace.
ti. S i s t u d av a ; c o m m e n o us d iso n s : II y a lla it de to u t so n c oeur.
Stndiarsì , d a n s non sen s é ty m o logique, v e u t dire faire q u e lq u e c h o se
avec ze le, avec e m p re ss e m e n t, a vec passion.

�do’ z a n z e r i , m a non sapeva ciò che si volesse dire.
Alla fine, avendol m esser Filippo ben battuto, et essen­
dogli molti dintorno, allo m a g g io r fatica del mondo
glielo tr a s s e r di mano cosi rabbuffato e mal concio
come era ; c dissergli perchè m esser Filippo questo
avea fatto, riprendendolo di ciò che m andato gli avea
dicendo 1 ; e dicendogli c h’egli doveva bene oggimai
cognoscer m esser Filippo, e che egli non era uomo da
m o tte g g ia r con lui, Biondello piangendo si scusava, e
diceva che mai a m esser Filippo non aveva mandato
per vino. Ma poi che un poco si fu rimesso in assetto,
tristo e dolente so ne tornò a casa, avvisando questa
essere stata opera di Ciacco. K poi che dopo molti dì,
partiti i lividori del viso, cominciò di casa ad uscire,
avvenne che Ciacco il trovò, e ridendo il domandò :
« Biondello, cliente li parve il vino di m esser Filippo? »
R ispose Biondello : « Tali fosser paru t e a te le lam ­
prede di m esser Corso ! » Allora disse Ciacco : « A te
sta oramai - ; qualora tu mi vuogli cosi ben d a re d a
m a n gia r come facesti, et io darò a lo cosi ben da bere
come avesti.» Biondello, che conoscea che contro a
Ciacco egli poteva più aver mala voglia che opera
p re g ò Iddio della pace sua, e da indi innanzi si guardò
di mai più non beffarlo.
1. M a n d a to ... d ic e n d o : mandato a d ir e.
2. A to s t a : c e la dépend di* toi.
3. Il pou rrait bie n lui vou loir dii m a l, m a is non lui cn faire.

�XII. — LE ROI PIERRE D'ARAGON 1 (X, 7)
Nel tempo che i Franceschi di Cicilia furon cac­
c ia t i2, era in Palermo un nostro fiorentino speziale,
chiamato B ernardo Puccini, ricchissimo uomo, il quale
senza più aveva una figliuola3 bellissima e già d a
marito : &lt;:t essendo il R e Pietro di R aona 1 signor della
isola divenuto, faceva '' in Palermo maravigliosa festa
co’ suoi baroni. Nella q u al festa arm egg iand o egli alla
catalana, avvenne che la figliuola di Bernardo, il cui
nome era Lisa, da una finestra dove ella era con altro
donne il vide, correndo e g l i c, e si maravigliosamente
le piacque , che , una volta et a ltra poi riguardandolo,
di lui ferventemente s'in n a m o rò ; e cessata la festa, et
ella in casa del padre standosi, a niun’ altra cosa poteva
pensare se non a questo suo magnifico et a l t o ’ amore.
1. Cette n o u ve lle osi tirée «lo la d ix iè m è Journée dii Decamèrony où
lo» narra teurs o n t ì\ t r a i t e r de* su jets h o rapportant à cette donnée générale
: /W chi liberalmente ovvero magnificamente olcuna cosa operasse intorno
u fa tti d'amore o d'altra cosa. Dans cette journée n o lisen t q u e lq ues-unes
dea p lùs b elles h isto ires , ol aussi dea plus lon g u es, d u Décaméron; ce lle
do Messer T o rello par e x e m p le , c e lle do G rise lid is . Ne p o u va n t en
donn er plusieu rs s pècim e n s, nous nous som m es a rre té s a ce c o n te où
l'on trou ve ra un tableau do moeurs finem ent d essiné, dea sen tim en ts
nonnetes, délica tem en t a n a lysés , ol, dana lea é v e ne m en ts , uno c ertaine
vraisem b la n ce don t Boccace s'écarte t rop so u ven t quand il aborde les
su jets rom anesqu es. A. do Musset on a tiré aa co m éd ie in titulée Carmo ­
s ine.
2. V o lr à co anjel la n o u v e lle d'A ndre u ccio, p. 82, n. 2.
3. C'es t-à d ire : a veva non più d ’una figliuola.
4. DI R a o n a : déform ation populaire do d*Aragona.
I». F ace v a : f ece: e m ploi assez rare de l'im p a r fa it
6. C o rr e n d o e g li : il »’a g li d ’un tournoi.
7. Magnifin c o o t a lto : à cause de la personne qui en es t l’o b je t.

�K quello che intorno a ciò più l’oft endeva, era il co gnos­
cimen to della sua infima condizione, il quale niuna
speranza appena le lasciava pigliare di lieto line; ma
non per tanto da a m a re il Re indietro si voleva tirare,
e p e r pau ra di m a g g io r noia a manifestar non l'ardiva.
11 R e ; di questa cosa non s ’ era accorto nè si cu rava;
di che ella, oltre a quello che si potesse estimare, por­
tava intollerabil dolore. P e r la qual cosa avvenne che,
crescendo in lei amore continuamente, et una malin­
conìa so p r’altra a g g iu g uendosi, la bella giovane più non
potendo infermò, et evidentemente di giorno iu giorno,
come neve al sole, si consumava. 11 padre di lei e la
madre, dolorosi di questo accidente, con conforti con­
tinui e con medici e con medicine in ciò che si poteva
l'a t a v a n o ma niente e r a 2, p er ciò che ella, sì come
del suo amore disperata, aveva eletto di più non volere
vivere.
O ra avvenne che, offerendole il padre di lei ogni suo
piacere, lo venne iu pensiero, se acconciam ente3
potesse, di volere il suo amore et il suo proponimento \
prima che morisse, fare al Re se n tire ; e per ciò un dì
il pregò® che egli le facesse venire Minuccio d’Arezzo.
E ra in que’ tempi Minuccio tenuto un finissimo canta­
tore e sonatore, e volentieri dal re Pietro veduto, il
quale B ernardo av v isò 0 che la Lisa volesse per udirlo
alquanto e sonare e cantare : per che, fattoglielo dire,
egli, che piacevole uomo era, incontanente a lei venne;
1. À ta v a n o : aiutavano.
2. M a n le n t e ora : ma nulla g iovava.
M. A c c o n c la m e n t e : d'uno facon conven uble e t cn m é me te m ps
adr o ite
4. P r o p o n im o n to : ente n d ez d i morire.
b. Il p r e g ò : L isa pria son pére.
0. B e r n a rd o a v v is ò : le pére «‘im agina que Lisa d ésira it l’entendre.

�o poi che alquanto con amorevoli parole confortata
l ’ebbe, con una sua v iv u o la 1 dolcemente sonò alcuna
sta m p ita 3 e cantò appresso alcuna canzone; le quali
allo am or della giovane erano fuoco e fiamma, la dove
egli la credea consolare. A ppresso questo disse la
giovane che a lui solo alquante parole voleva d ir e ; per
che, p a rtitosi ciascun a ltro, ella gli disse : « Minuccio,
io ho d e l lo te p e r fidissimo g u ardatore d ’un mio
segreto, sperando prim ieram ente d ie tu quello a ninna
persona, so non a colui clic io li dirò, debbi manifestar
giammai ; ut appresso, che in quello che p e r te si possa
lu mi debbi a i u ta r e : cosi li priego. D è i 3 adunque
sapere, Minuccio mio, che il giorno che il nostro signor
re Pietro fece la g ra n festa della sua esaltazione, mel
venne, a rm eggiando egli, in si forte punto veduto'1,
che dello am or di lui mi s’accese un fuoco nell’anima,
che al partito m ’ha recata che tu mi vedi ; e conoscendo
io quanto male il mio amore ad un Re si convenga, e
non potendolo non che cacciare m a diminuire, et egli
essendomi oltre modo grave a com portare, ho p e r minor
doglia eletto di dover morire, e cosi farò, li il vero che
io fieramente n ’andrei sconsolata, se prim a egli noi
sapesse ; e non sappiendo per cui potergli questa mia
disposizion fargli sentire più acconciamento che per te,
a te commettere la voglio, e p riegoti che non r i tiuli di
farlo, e q uando fatto l’avrai, a ssap er e mel facci, acciò
1. V iv u o la : viola.
2. S ta m p i t a : co m ot a commence»'* par signifier un c hant accom pagné
do dan se ; aujourd'hui, on no L'emploie p lu s que pour désign er un discours
long e t e n n u yeu x . Dans notre passage il se m b le em p lo yé s im p le­
me n t pour dire : un m orceau de m u siq u e, un air.
.'i. Dòl : devi.
4.
E nten dez : e gli m i ven n e vedu to, m en tre a r m e g g ia v a in pun to
si fo rte ... F orte punto sert à d ésig n er lo m om ent où L isa a'es t sen tie
&amp; la foia assaillie e t vaincue par l'am our.

�che io consolala m orendo m i sviluppi da queste pene. »
E questo d etto piagnendo, si tacque. Maravigliossi
Minuccio d e ll’altezza dello animo di costei e del suo
fiero proponimento, et incrébbenegli forte, e subita­
mente nello animo corsogli come onestam ente la poteva
servire, le disse : « Lisa, ioxt’ obbligo la mia fede, della
quale vivi sicura che mai ingann ata non li tr o v e r r a i';
et appresso commendandoti ili sì alla impresa, come è
aver l'animo posto a così g ra n R e, t’offero il mio aiuto,
col qu ale io spero, dove tu confortar li vog li-, si ado­
perare che, avanti che passi il terzo giorno, li credo
re c a r novelle che sommam ente li saran care ; e per non
p e rd er tempo, voglio and are a cominciare. » La Lisa,
di ciò da capo pregatol molto e promessogli di confor­
tarsi, disse che s ’andasse con Dio.
Minuccio partitosi, ritrovò un Mico da Siena assai
buon dicitore in rima a quei t e m p i 3, e con prieghi lo
strinse a far la canzonetta che segue.
Muoviti, A m ore, c vaiten e a M e s s e r e 1,
E contagli le p e n e c h ’io s o s te g n o ;
Digli ch ’a m o r te veglio,
Celando p e r te m e n z a il mio volere.

1. T r o v o r r a l: form e freq u en te chez Ics v ieu x a uteurs.
2. A condition que tu rep ren n es courage.
3. C ertains critiq u es o n t cru q u e co M ico d a S ien a é ta it un poète de
ce tem ps, auqu el Boccace a v a it em p ru n té une ba lla d e pour l'insérer
d an s sa N ou velle. 11 n’en e st rien : ce M ico e s t probablem en t un p erso n ­
nage im agin aire, e t la ballade e st bien d e Boccace lui-m êm e ; c ’est une
sœ u r ju m elle d e c elles «¡ni serv en t d'in term èdes aux d iv e rses journées
du D eca mèron, e t e lle ne le cède h aucune pour la grAce du sen tim en t
e t du style ; il est, du reste, v isib le que Boccace a essayé de donner h la
poésie un certain ca ra ctère arch aïque.
4. La ballade e st écrite au nom d e L isa: elle s’adresse donc ii Messere,
à son Seigneur, com m e les poésies é crites au nom d'un hom m e sont
a dressées à Madonna.

�Merzedfe, A m ore, a m a n g iu n to ti ch ia m o
Ch’a Mess er vadi là dove dim o ra .
Di’ che sovente lui disio e t am o,
Sì d o lc e m e n te lo cor m ' i n n a m o r a ;
E p or lo foco, on d'io tu tta m 'i nfiam m o,
Temo m o r ire , e già n on sa c c io 2 l’o ra
Ch i’ p a rt a da sì grave p e n a d u ra ,
I.a q ual sostegno p or lui disiando,
T e m e n d o e v erg og nand o.
D eh! il mal mio, p e r Dio, fagli assape r e .
Poi che di lui, Amor, fu ' i n n a m o r à ta,
Non mi don asti a r d i r q u a n to te m e n z a
Che io potessi sola u n a fiata
Lo mio voler d im o stra re in p a r v e n z a 3
A quegli che mi tien tan to affa n n a ta ;
Così m o r e n d o il m o r ir m ’è gravenza.
Forse ch e no n gli s a r la spiacenza,
So ’I sapesse q u a n ta p e n a ¡’sen to,
S’a m e dato a r d i m e n t o
Avesse in fargli mio stato sa p e re .
Poi c h e'n p iacere n o n ti fu, A m ore,
Ch’a m e donassi ta n t a sicu ran za,
Ch'a Mess e r fa r savessi lo mio c ore,
l.asso, p e r messo mai, o p e r s e m b ia n z a 4,
Mercè li c h e r o 3, dolce mio signore,
Che vadi a lui, e do nag li m e m b r a n z a 0
Del gio rno ch'io il vidi a sc u d o e lanza
Con altri cavalieri a r m e p o rta re ;
P resilo a r i g u a rd a re
I n n a m o r a t a si ch e ’l mio cor p é r e 7.
1. M e r z e d e t l c h ia m o : je le d e m ande d i grAce d e...
2. S ac c io : *» : form e n a p o lita in e.
,'l. D im o s tr a r e in p a r v e n za : p u le ta r e , m a u ife ila r e .
4. O p o r s e m b ia n za : I H 1p er l'esprensione del m io vo lto , o per cenni.
5. C h e ro .- form e archaiquc tré» vo isin e du la tin (q u e r o ) ; aujourd'hui
il d ii chiedo.
6. D o n a g li m e m b r a n z a : riducigli a memoria.
". P e r e : de p e rir e ; la form e perisce a p rév a lu .

�Le quali parole Minuccio prestam ente in to n ò 1 d ’un
suono soave e pietoso, si come la materia di quelle
richiedeva, e t il terzo dì 2 se n'andò a corte essendo
ancora il re Pietro a m a n g ia re ; dal quale gli fu detto
che egli alcuna cosa cantasse con la sua viuola. Laonde
egli cominciò sì dolcemente sonando a c an tar questo
suono, che quanti nella r e a l sala n ’erano parevano
uomini a d o m b r a ti3, sì tutti stavano taciti e sospesi ad

Fragment d'uno fresque du Campo Santo de Pìse, retraçant uno scène comparable
à celle« dii Décaméron.

ascoltare, et il Re per p o c o ' più che gli altri. Et
avendo Minuccio il suo canto fornito, il R e il domandò
donde questo venisse che mai più non glielo pareva
avere udito. « Monsignore, rispose Minuccio, e’non
sono ancora tre giorni che le parole si fecero e ’1suono. »
11 q u a le 8, avendo il R e dom andato per cui, rispose :
1. I n to n ò : m it on m usique.
2. Il t e r zo d i : tre giorni dopo. C’c st cc que M inuccio n pro m is à
Lisa! Aranti che punsi il terzo giorno, .
3. A d o m b r a ti : stupefalt t e malinconici.
U. P o r p o c o : quasi.
I. I l q u a le : e n ten d ez M inuccio.

�« Io non l’oso scovrir so non a voi. » Il R e, disideroso
d ’udirlo, levate lo tavole, nella cam era sei le’ venire,
dove Minuccio o rd inatam ente ogni cosa udita gli rac­
contò. Di che il R e fece g ra n fe s t a ' , e com m endò la
giovane assai, e disse che di si valorosa giovane si
voleva aver com passione; e p er ciò a n d a s s e “ da sua
parte a lei e la confortasse, e le dicesse che senza fallo
quel giorno in sul vespro la verrebbe a visitare. Minuc­
cio, lietissimo di portare cosi piacevole novella alla
giovane, senza ristare, con la sua viuola n'andò, e con
lei sola parlando, ogni cosa stata raccontò, e poi la
canzon cantò con la sua viuola. Di questo fu la giovane
tanto lieta e tanto contenta, che evidentemente senza
alcuno indugio a p p a rv e r segni grandissim i della sua
san ità; e con disidèro, senza sapere o presum ere alcun
della casa che ciò si fo sse3, cominciò ad aspettare il
vespro, nel quale il suo sig no r veder dovea.
Il
R e, il quale liberale e benigno sig no re era, avendo
poi più volte pensato alle cose udite da Minuccio, e
conoscendo ottim am ente la giovane e la sua bellezza
divenne ancora più che non e ra pietoso, et in sull’ora
dell v e s p r o 4 montato a cavallo, se m b ia n te facce ndo
d ’andare a suo diporto, pervenne là dov’era la casa
dello speziale; e quivi fatto dom andare che a perto gli
fosse un bellissimo giardino il quale lo speziale a vea,
iu quello smontò, e dopo alquanto domandò Bernardo
che fosse della figliuola5, se egli ancora m aritata
l’avesse, dispose B ernardo : « M onsignore, ella non è
1. C ello histoire n a tu rellem en t am use beaucoup le roi, el en mòma
tempM elle lo touche.
2. A n d a s se : il funi su ppléer : disse n Minuceio d ir andasse.
3. Senza che a lcu no nella c asa sapesse o p resu m esse che cosa cl fos s e
4. In s u l l ’o r a d o l v e s p r o : en tre cinq e t six heures.
5. Domandò a B ernardo n o tizie d ella figliuola.

�m aritata, anzi è sta ta et ancora è l'orto malata : è il vero
che da nona in qua ella ò m aravigliosam ente miglio­
rata. » Il Re intese prestam ente quello che questo
m iglioram ento voleva d ire, e disse : « In buona fé
danno sarebbe che a n c o r a 1 fosse tolta al mondo si
bella cosa : noi la vogliamo venire a visitare. » E con
duo com pagni solamente e con B ernardo nella cam era
di lei poco appresso se n ’andò, e come là entro fu,
s ’accostò al letto dove la giovane alquanto sollevata
con disio l’aspettava, e lei per la m an prese dicendo :
« Madonna, che vuol dir qu esto? voi siete giovane e
dovreste l’a ltre confortare, e voi vi lasciate aver male ?
noi vi vogliam p re g a re che vi piaccia, p e r a m o r di noi,
di confortarvi in maniera che voi siate tosto g u e rita. »
La giovane, sentendosi toccare alle mani di colui il
quale ella sopra tutte le cose amava, come clic ella
alquanto si vergognasse, p u r sentiva tanto piacere nell’
animo, quanto so sta ta fosse in P a ra d iso ; e, come potè,
gli rispose : « S ig n o r mio, il volere io le mie poche
forze sottoporre a gravissimi pesi, m’è di questa infer­
mità stala cagione, dalla quale voi, v o s tr a buona mercè,
tosto libera mi vedrete.» Solo il R e intendeva il coperto
p a rla re della g io v a n e 3, e da più o g n'ora la reputava*,
o
più volte seco stesso m aladisse la fortuna, che di
tale uomo l’aveva fatta figliuola; e poi che alquanto fu
con lei dim orato e più ancora confortatala, si partì.
Q uesta um anità del Re fu comm endata assai, et in
grande onor fu a ttrib u ita allo speziale et alla figliuola, la
I. A n c o ra , duns lo Se ns étym o lo g iq u e : « questa ora.
Ì2. Co coperto pa rla re e st bien in tellig ib le : le mie poche forze &lt;*hI uno
a llusion h la m odeste n a issance, à la s ituation m ed io cre do L isa, ot Ics
gravissimi peni désig n en t s«»n a m ou r qui c*l d isp ro p o rtionné pour e lle .
M. Son e stim e , non in té re t g ra n d it
9

�q u a l e t a n t a c o n t e n t a r i m a s e , q u a n t a 4 a l t r a d o n n a di s u o
a m a n te foss e g ia m m a i ; e d a m ig lio re s p e r a n z a a iu t a ta,
in p o c h i g i o r n i g u e r i t a , p i ù b e l l a d i v e n t ò c h e m a i fo sse.

Ma poi che g uerita fu, avendo il Re con la R eina
diliberato qual m e rito 2 di tanto am ore le volesse ren­
dere, montato un di a cavallo con molti d e ’ suoi baroni,
a casa dello speziai se ne andò, e nel giardino entrato­
sene, fece lo speziai chiam are e la sua figliuola; et in
q u e s to 3 venuta la R eina con molte donne, e la giovane
tra lor ricevuta, cominciarono m aravigliosa festa, li
dopo alquanto il Re insieme con la Reina, chiamata la
Lisa, lo disse il R e : « Valorosa giovane, il grande
am or che portato n ’avete, v’ ha g ra n d e onore da noi
impetrato, del quale noi vogliamo che per am or di noi
siate contenta : o l’onore è questo, che, con ciò sia
cosa c h e 4 voi da marito siate, vogliamo che colui
prendiate per marito che noi vi daremo, intendendo
sem pre, non ostante questo, vostro cavaliere appel­
la r c i 8, senza più di tanto am or voler da voi che un sol
bascio. » Il Re fece chiam are il padre della giovane e la
m adre,e sentendogli contenti di ciò che fare intendeva,
si fece chiam are un giovane, il quale era gentile uomo
ma povero, c h ’avea nome Perdicone, e postegli certe
anella in mano, a lui, non recusante di farlo, fece spo­
sare la Lisa.
1. T a n ta ... q u a n ta : aujourd'hui l’on *orait o b ligé de «lire tanto... quanto,
ccm m o ts faisa n t ici fonction d 'a d ve rbe»; mai* l'accord, tm'mo d a n » c e ca»
cut fréqu en t chcz le» auteur* ancien». V oir cl-apre», Corbaeeio, note 2
de la p. 153.
2. M e r ito a ici le sena de : récom pense.
3. S u r ce* entrefaites».
4. C on c iò «la c o sa ch o : on écrit souven t co» clnq mot» en un
s e u l c'o*t on olTot uno vérita b le conjonction. doni lo non» e st : p u isq u e .
5. N otre in ten tio n , d it le rol» e*t quo, m algré ce m a ria g e, vou» nous
a p peliez toujours» votre c h e v a lie r ; et, pour consacrer ce titre qu'il veu t
pren dre, lo roi dem ande un baiser (Aaicio, prononciation populaire pour
bacio).

�IL CORBAGGIO '

Le cadre do celte violente satire, dirigée contre les
femmes, est em prunté à Dante : comme le poète de la
D iv in e C o m é d ie , Boccace rêve q u ’il s’est ég aré dans la
s e lv a o sc u ra des plaisirs; un E sp rit vient à son secours
e t l’aide à en s o r tir ; ce n’est pas Virgile, mais l’om bre
de celui qui, de son vivant, avait été le mari de certaine
dam e florentine dont Boccace p araît s’être épris vers
l'âge do quarante-deux ans. P ou r g u é rir le conteur de
ce m alheureux caprice, l ’E sp rit lui fait un portrait à la
fois bu rlesque et odieux de celle qui fut su femme, et
q u i représente ici visiblement, dans l’esprit de Boccace
, le sexe féminin tout entier.
La prima notizia di questa femmina, di cui noi par­
liamo (la q uale molto p iu dirittam ente d rago potrei
c hia m a re ) mi diedero le nozze s u e ; perciocché essendo
4.
Le sens de ce titre a donné fort à faire au x c ritiq u e s, car le m ot
c orbaccio n 'est pas u su el, c l il ni1 p arait pas une seule fois dans to u t le
p e tit liv re que B occace a ainsi in titu lé. La pensée q u i se présen te tout
•d'abord à l'esprit, c'est d'y vo ir un péjoratif du m ot corbo pour corvo.
M ais (pii e sl ce v ila in corbeau? K st-ce la fem m e dont il a voulu se v en ­
ger que Boccace d é sig n e ainsi, ou cst-ce le liv re , in stru m en t de s i ven ­
geance? il est probable que Boccace a eu une in ten tio n particu lière en
in titu lan t a insi son liv re , m ais il a co m p lètem en t négligé de nous la faire
connaître, e l nous en som m es rédu its aux hypothèses. L 'obscurité d e ce
titre a été cause qu'on a donné d e bonne heure au traité de Boccace un
sou s-titre, tiré des circo n sta n ces qui co n stitu e n t le cadre du récit : il
L aborinto d'Amore, e t c ’ent sous ce litre, que Boccace ne lui a v a it jam ais
donné, que le livre a presqu e toujours été im p rim é et tra d u it.

�io p e r morto abbandonato da que lla che prim a a me
era venula*, e di cui io molto meno mi potea sconten­
tare che di questa (non so se per lo mio peccato, o per
celeste forza che ’1 si facesse), avvenne che, essendo e
volere e piacere de’ miei amici e parenti, a costei, m a l2
da mo conosciuta, fui ricongiunto. La qu ale già d ’al­
tro m arito essendo stata moglie, e assai bene l'arte
dello ’n g a n n a re avendo appresa, in guisa d ’una m a n ­
sueta e semplice colomba entrò nelle case mie. li accioc­
ché io ogni particolarità raccontando non vada, ella
non vide p rim a tempo all' occulte insidie, e forse
lungam ente serbate, poter d is c o p rire 3, ch'ella di co­
lomba subitam ente divenne un serpente : di che ' io
m'avvidi la mia m ansuetudine, troppo rim essam ente
usata, essere d ’ogni mio malo certissim a cagione. Io
dirò il v e ro ; io tentai alquanto di voler por freno a
questo indomito a n im a le 8, ma pe rd u ta era ogni fatica;
già tanto s’ era il mal radicato, che più tosto sostenere
che medicar si potea. Perchè avveggendom i che ogni
cosa che intorno a ciò facea, non era altro c he a g g i u ­
gnere l e g n e 0 al fuoco o olio gittare sopra le fiamme,
piegai le spalle, nella fortuna e ¡11 Dio mo e le mie cose
rimettendo. Costei adunque con romori e con minacce
1. Colle que j'av a is é pousée d ’abord.
?. M al : pour moti m alh eu r.
3.
A ll’o c c u lto ... d l sc o p r lr e : en ten d ez : a p o te r disco p rire lo oc cu lte
insidie.
DI ch o : perché.
5.
I n d o m ito a n im a lo . C o s i a in si quo lo vieu x Caton qualifie la
f e m e daini non d iscours *pour le m ain tien de* lois som ptuaires (T ite -L i v e
liv . X X X I V , eli. n-iv).
0.
I.os diverso* form es do co ino! so n i in teressa ntes(oh a o b server; legno,
fa ll ré gu lièrem en t au p lu rie l legni ; m a is dati* lo sens d o : bois con sidere
com m e m atière (pour c o n stru ire, pour b rû le r), il a le p luriel neu tre
legna ; celu i-ci a ótc conf ond u uvee un sin g u lier fem inin : In lagna, d o ti
un nouveau pluricl le leg ue , signifiant Ics m orceaux de b o is quo l'on m e t
dall» le feu .

�c con battere alcuna volta la mia fa m ig lia 1, corsa la
casa mia p e r s u a 2, e in quella fiera tiranna divenuta
(quantunque assai le g g ie r dote recata v'avesse) co m e 3
10 non pienamente a sua gu isa alcuna cosa fatta o non
falla avessi, soprabb on dan te nel pa rla re e magnifica
d i m o s t r a t e s i , come so io stalo fossi da Capalle, ed
ella della casa di So a v e 4, così la nobiltà o la magnifi­
cenza do' suoi m ’incominciò a rim proverare, (piasi
corno so a me non fosse noto chi essi furono, o sieno
pure ora al presente!
Costei ad unque donna divenuta del tutto e di me e
delle mio cose, p rim a nel modo del vivere c u c ila q uan­
t i t à 3 suo ordine pose, e il simigliante fece ne’ suoi vesti­
menti, non quelli c h’io lo facea, m a quelli clic le pia­
cevano facendosi. Ed a q u a lu n q u e 0 d ’alcuna mia pos­
sessione avea il governo essa convenia che la ragione
rivedesse e i f r u tti7 prendesse e distribuisse secondo
11 pare r su o ; e in som m a ingiuria recandosi perchè io,
così tosto come ella avrebbe voluto, d'alcuna quantità
di danari c h ’io avea mia tesoriera e guardiana non la
f \ . Dan» le sens la tin : me* serviteu rs. V oir d a m la N o u velle d ’A n ­
dreu ccio un em ploi sem blable.
2. Elle s’e st m ise à parcou rir la m aison co m m e h » elle é ta it ù elle.
3. C om o : quando, ogniqu alvolta.
D a C a p a lle , d e lla ca sa d i S o a v e : Capai le e st sans doute lo nom
do quoique villa g e ou ham eau obscur, serv a n t à indiquer l'absence do
to u te n oblesse; au co n tra ire, la m a iso n do S ouabe é ta it la prem ière
noblesse d o n t on piU se v a n te r; l'em pereur F rédéric II a va it su rtou t
donn é à cette maison uno renom m ée particu lière on Italie.
5.
N oi m o d o , n o lla q u a n tità : elle v e u t tout régenter, ol d'abord la
n ou rritu re, qualité (m od o) et q u a n tité ( q u a n tità ). I)o nos jours, l ion no
paraît p lus natu rel qu'une m a itresse do m aison rég la n t ces d é ta ils; m ais,
au x iv # siècle, il ne fau t pas ou blier que la fem m e é ta it dans une situ a ­
tion in férieu re, e t rien ne p arait plus in su p p o rta b le a l'indépendant Bo c
cace que la seule idée d e cette tyran n ie féminin»». Dans la proposition
suivante! il contosto m êm e à la fem m e le d ro it d e s'habiller à son goût!
li. Q u a lu n q u o : chiun que.
7. L a ra g io n o ; Ion c o m p te s; i f r u t t i : los revenus.

�feci, mille volle me essere uomo senza fede, e m assi­
mamente verso di lei, mi rimproverò, inlino a tantoché
a quel pervenne e h’ ella volea, sè d ’altra parte di lealtà
sopra F a b b riz io ', e qualunque altro leale uomo stalo,
commendando, li a non volere ogni cosa disting uere e
narrare*, in cose infinite mi si pose al co n tra rio ; nò
mai in lai battaglia, se non vincitrice, pose giù l’a r m i;
ed io misero, e male in ciò avveduto, credendomi sofferendo diminuir l'angoscia e l'affanno, più tie p id o 3 che
l'u s a to divenuto, seguiva il suo volere...
Se grosso cappone si trovava, de’ quali ella molli con
g ra n diligenza faceva nutricare, conveniva che innanzi
cotto lo v e n isse 4, e i e p a p p a rd e lle 3 col form aggio p a r ­
migiano similmenle ; le (piali non in ¡scodella ma in un
catino, a guisa del porco, cosi bram osam ente m an gia­
va come se puro allora per lungo digiuno fosse della
T o rre della fame fu g g ita si6. Lo vitelle di latto, le starno,
i fagiani, i tordi grassi, le tortole, le zuppe lombarde 7,
le frittellone s a m b u c a te 8, i migliacci b ia n c h i0, i b ra 1. F abriciu s, le célèbre héros rom ain, tan t va n té pour «a sim p lic ité e t
in tég rité.
2. D is tin g u e r e o n a rra re : d istin ta m en te, m in u ta m en te narrare.
II. T i e p id o : a p pliqu é Ici it la volonté, au caractère : plu« m ou.
't. I n n a n z i c o t t o lo v e n isse : il fallait qu'il frtt servi A sa table, d e v a n t
elle.
5.
P a p p a r d el l e : s o rte de pAte* » h .h o /. sem b la b les ii celles que l’on
appelle lasagne, assaisonnées eu général avec du ju s de viande ou de
gibier.
(i. So p u ro a llo ra ... fu g g ita s i : com m e ni elle v en a it de »e sa u ver. I.a
Torre della fame esl un sou ven ir «le l'épisode d'U golin dans l'E nfer d e
Dante.
7. Z u p p o lo m b a r d e , soupe au bouilbm de veau ou de vo laille, avec
du from age e t de» épices.
8. F r l t t e l l e t t e sa m b u c a t e : sortes de crêpes de farine ou d e riz avec
des fleurs de sureau,
îl. M ig lia c c i b ia n c h i : le migliaccio est, en général, un gateau d e
farine de cha taignes, m ais alors il ont d'une cou leu r brun fon cé; il doit
donc s ’ag ir ici d'un ga teau analogue, m ais fa it avec d'autres in grédien ts.
hou

�mangieri ' , d e ’ quali ella faceva non altre c o rp a cc iate 2
che facciano di fichi, di ciriege o di poponi i villani
quando ad essi s’avvengono, non curo di d ir ti3. Le
gelatine, la carne e ogni altra cosa acetosa o a g ra , p e r ­
chè si dice che rasciug an o ', erano sue nemiche m or­
tali. Son certo che s’io li dicessi come ell’era solenne
bevitrice e investigatrice del buon vili cott o “, della
vernaccia da Corniglia, del g r e c o 0 o di qualunque
altro vino morbido e ac c ostan te 7, tu noi mi crederesti.
Nè era la mia cara donna contenta d ’aver carne a s s a is
solamente, ma la volea lucente e chiara come se una
giovinetta di p re g io 11 fosso, alla quale, essendo per
m aritarsi, convenisse con la bellezza supplire la poca
dote. La qu a l cosa acciocché avvenisse*0, appresso la
c ura del ben m angiare e del ben bere e del vestire,
som m am ente a distillare, a fare unzioni, a trovar
s u g n e " di diversi animali ed erbe e simili c o se ,s ’inten­
deva. E senza che la casa mia era piena di fornelli e di
lim b ic c h i12 e di pentolini e d ’ampolle et d 'a lb e r e lli'3 e
1. B ra m a n g ie ri, co rru p tion &lt;lu m ot francais, blanc-manger, sorte de»
cròm o uvee dii sucre et dos am ande s .
2. C o rp a c o ia io : scorpacciate.
3. N o n c u r o d i d i r t i : e'esl la proposition principale, d'où dépend
ton i ce (pii précède.
R asc i Ug an o : d essèchent, font maig r ir .
5. V in c o t t o : du vin chaud.
(&gt;. G re c o : vino greco, fait a vec des raisins grecs .
7. A c c o s ta n te : fo rtifia n t; 011 Iti d ii dii vin et de certain s m e ts.
8. C arno a ssa i : d'ótre bien grasse. A p ivs le ch a p itre de la table, Bo c ­
cace abordo colui do la to ile tte et donne ici l'un le* tableaux des plus
c om plets que uous ayons sur ce cò té «le la vie fém in ine au xiv* siecle ;
in u tile de dire que le.tableau est uno ca rica tu re.
9. P r o z io d o it s'entendro ici des avantages* p h ysiq u es, ce qu i, d a n i la
bouche de celui (pii parlo, e st uno am ère ironie &amp; l ad resse de celle qui
fu i sa fém me.
10. e n te n d e z : aver carne lucente e chiara, le te int lisse et clair.
11. S ugn o : gra is s e
12. L im b ic c h i : alam bics.
13. P e tit vase eu terre o u en verre pour m ettre lo* m éd ica m en ts ; on dii
p lutot aujourd'hui baràttolo.

�(li bòssoli \ io non avea in Firenze speziale alcuno vicino,
nò in contado alcuno ortolano che infaccendato non
fosse, quale a fare ariento s o lim a to 2, a p u r g a r verde­
r a m e 3, a far mille lavature, e quale ad andare cavando
e corcando radici salvatiche e erbe mai piò non udite
ricordare, se non a lei, e senza che insino a ’ fornaciai
a cuocere guscia d 'u o v a ', g ro m m a di vino3, marz a­
co tto 0, o altre mille coso nuovo n ’orano impacciati.
Delle quali confezioni ungendosi o dipignendosi, comò
so a vendersi dovesse an dare, spesse volte avvenne che,
non gu ardandom ene io, e baciandola, tutte lo labbra
m ’invescai7.
O s'io ti dicessi di quante m aniere di r a n n i8 il suo a u ri­
come capo si lavava, e di quante ceneri fatti, e alcuno più
fresco e alcuno mono, tu t i m araviglieresti, e vieppiù so io
ti disegnassi quante e quali solennità si servavano nell’
andare allo stufe n, e come spesso ! Dalle quali io credea
lei lavata dover tornare, ed ella più u nta ne venia che
non v’era ila. Erano somm o suo disiderio e ricreazione
grand issim a certo femminette, delle quali per la nostra
città sono assai, che fanno gli scorticatoi10 alle femmine,
1. b o sso li : p ro p rem en t bu is , d'où : boites en b u is.
2. A r le n to so li m a to : argen to s ublim ato ; du su b lim e.
:J. P u rg a r v e r d e r a m e : san« d o ute, p rép a rer qu e lque sel tic cu ivre,
servan t ù quclquc pom m adc ou ten itu re.
G u a d a d 'u o v a : pour gusci d'uova.
.*&gt;. G ro m m a : le ta rtre que le v in dépose d ans le« fu ts
G. M a r z a c o tto . Ce m o t «e tro u v e em p lo yé pour dés igne r im e sorte
d'end u it don i le« pot iers« foni usage pour v o m ir !&lt;•« va««*«; ici c'eut, ».lv id em m en l par m é taphore, q u e lque en d u it pour la figure .
7. M 'in vo a ca i : m 'in vischiai.
K. D i r a n n i d i q u a n to m a n lo ro . R anno v eu t dire proprem ent : lessiv e ;
ici : eau se rva nt aux la v a g e s
1). A llo s t u f e : «oli au bain , «oil d a ns de« é tu v e s pour seche r toni» co«
enduit« !
10.
S c o r tic a to lo veu l «lire proprem en t iim lrum ont pour écorchor !••«
an im aux à l'abatto ir; ici, dati« le acni* figure q u 'cx p liq ue suffisa m m en t la
s u ite de la phrase, il »'agii de* o pération s va riées quo l’on p eut falre
pour assou plir e t adoucir la peau.

�e pelando le ciglia e le fronti, e col vetro sottile radendo
le gole, e del collo assottigliando la b u c c ia 1, e ceri*
peluzzi levandone; nè era mai che due o tre con lei
non se ne fossero a stretto consiglio trovate.
Egli non si verrebbe a capo in otto dì di raccontare
tutte le cose ch’ella a così fatto fine operava, tanta
gloria di quella sua artificiata bellezza, anzi spiacevo­
lezza, pigliava; a conservazion della quale tr o p p a 3
m ag g io re industria s’adoperava. Perciocché il sole,
l’aere, il dì, la notte, il sereno, e’1 nuvolo, se molto non
ven ieno3 a suo modo, fieramente l'offendeano ; la pol­
vere, il vento, il fumo uvea ella in odio a spada t r a t t a '.
E quando i lavamenti erano finiti, se per ¡sciagura le si
ponea una mosca in sul viso, questo era sì grande
scandalezzo3 e sì grande turbazione clic a rispetto®,
fu a’eristiani perdere A c ri7 un diletto; e dirottene
una pazzia forse mai simile non udita. Egli avvenne,
fra l’altro volte che u n a m osca sopra il viso invetriato
lo s i 8 ponesse, che avendo ella una nuova m aniera di
liscio11 adoperata, una vi sene pose; la quale essa n era­
mente tu rb a ta più volle s'in geg nò di ferire con mano;
1. B u c cia , iin p ro p re.a e &lt;&gt;il do l'e n v o lo p p e ex té rieure de ce rta ins fru its .
2. T r o p p a , accordi! potir troppo in va rla b le ; v o ir ci dessu s, dana la
N ouvelle du roi P ierre d ’Aragon, p. liU,. n. t.
3. So m o lto n o n v e n ie n o... : a ll» ne ae p ro d u isaien t pas ex a ctem en t
à su gu ise.
V A s p a d a t r a t t a : e x p re s s ion pla isan te quand il s'agit d’ad v e r saires
com m e la poussie re ou le v e n t C oat d ’a illeu rs line locution tonte faite,
e t encore en usage, pour dire : »le tou tes aea forces.
5. S c a n d a le z z o : scandalo : substan tif tiré de scanda le zsa re (polir scan
d a liz z a rre).
li. R is p e tto : on co m p a ra is o n
7. P e r d e r e A c r i : S.iiut-Jean d'A cre tom ba nn p o u vo lr dea C roisés
en 1191, et, cent ans plus tard, leu r échappa all grand d ésespoir de a
c hrétie nté.
8. L a s i p on esse : co subjonctlf d é p e n d de fra l’a ltre rot'e che e t
form e line proposition in c id e n t e
il. L is c io : b elletto .

�ma quella presta si levava, come tu sai c h’elle fanno, e
ritornava. Perché, non potendo, tutta accesa d ’ira, presa
una g ra n ata e per tu tta la casa, o r qua or là discor­
rendo, per ucciderla l’andò s eg u ita n d o ; e porto ferma
opinione che se alla fine uccisa non l’avesse, o quella
o un'altra la q u ale avesse creduto esser quella, ella
sarebbe di stizza e di v elen o 1 scoppiata, li che p iù ?
questo avveniva il dì, che si poteva con meno noia sos­
tenere'; ma se per forte disavventura una zanzara si
fosse per la casa sentita, che che ora si fosse di notte,
convenia che il fante e la fante e tutta l’altra famiglia*
si levasse, e co’lumi in mano si m ettessero all’inchiesta
della malvagia e perfida zanzara, turbatrice del riposo
e del buono e pacifico stalo della lisciala donna; o
avanti che a dorm ir ritornassero, convenia che morta
o presa la presentassero a colei che lei diceva ¡11 suo
dispetto a n d a r sufolando, e appostando * di g u a sta re il
suo bel viso amoroso
1. V e le n o : le poison de sa propre colere, In bile, com m e on d it fam i­
lièrem en t.
2. F a m ig lia : vo ir ci-dessus, p. 1V.I, n. 1.
3. A p p o s ta n d o : n'ayant d ’an tre b u t que, faisant e x p rès de.
4. Une com paraison, m êm e rapide, entre ce m orceau e t le» e x tra its du
Décamèron, p erm et de rem a rq u er des différences sen sib les entre les deux
œ u vres, au point de vue du style. Non seu lem en t ici les expression s
fam ilières, populaires sont en plus grand nom bre, m ais la phrase a
quelque chose de plus spontané, de plus libre, de m oins sa va m m en t
com passé; m algré quelques p ériodes encore un peu longues e t e m barras­
sées, le Carbaccio nous offre une im age assez fidèle «le ce qu 'était la
langue p a rlee à F lorence a u x iv * siècle, la langue du Décamèron é ta n t hi
plus souven t une langue écrite. C ette p a rticu la rité, Jointe aux nom breux
traits de moeurs qui y sont contenus, co nstitue l'in térêt p rincipal du
Corbaecio.

�LA VITA DI DANTE
I. — BEATRICE

E r a usanza nella nostra città e degli uomini e delle
donne, come il dolce tem po della prim avera ne veniva,
nelle loro c o n tr a d e 1 ciascuno per distinte compagnie
fe ste g g ia re 2. P er la qual cosa infra gli altri Folco Por­
tinari, onorevole cittadino, avea il prim o dì di Maggio
i suoi vicini nella p ropria casa raccolti a festeggiare,
infra’ q u ali era il sopradetto Alighieri-1; e lui, sì come
fare sog lion o4 i piccioli figliuoli i loro padri, e m assi­
m am ente alle feste, seguito avea il nostro Dante'1, la
cui età non a g giugneva ancora all’ anno nono ; il quale
con gli altri della sua età che nella casa erano, pue­
rilmente si diede a trastullare. E ra tra gli altri una
figliuola del detto Folco, chiam ata B ic e 0, la quale di
tempo non passava l’anno ottavo, le g gia dre tta assai e
ne ’ suoi costumi piacevole e g e n tile sc a 7, bella nel viso,
1. C o n tr a d e : rues.
2. F e s t e g g ia re : em p lo yé sans com plém en t pour fa r festa. Il n’agit de
la féte du printem ps, d'origine païenne, e t (pii était encore fort en hon­
neur à l'époque de la R en aissance, sous le nom de Calendimaggio (lut.
K aled a e M aii).
3. Le père du poète.
F aro so g lio n o : fare rem place ici seguirc, ex p rim é plus bas.
,r&gt;. Il n o s tr o D a n te e st su jet de la phrase, le com plém en t de seguito
arra e st lui, ex p rim é au début.
fi, B ic e : abréviation fam ilière de Béatrice.
7. Ses gestes, ses m anières a va len t quelque chose de gracieux e t de
noble.

�e nelle sue parole con più gravezza 1 che la sua piccola
età non ric hie de va 2. L a quale, rigu ardan do Dante et
una et altra volta, con tanta affezione (ancora che fan­
ciullo fosse) piacendogli, la ricevette n e ll'a n im o 3,
che 1mai altro sopravvegnente piacere la bella imagine
di lei spegnere non potè nè cacciare. E lasciando stare
de’ puerili accidenti il r a g i o n a r e 3, non solamente con­
tinuandosi ma crescendo di giorno in giorno l’amore,
non avendo niuno altro desiderio m aggiore nè conso­
lazione, so non di vedere costei, gli fu in più provetta
e t à 0 e di cocentissimi sospiri e d ’am are lagrim e assai
spesso dolorosa cagione, si come egli in parte nella
sua V ita n u o v a 7 dim ostra. Ma quello che rade volto
suole negli altri così fatti amori intervenire, in questo
essendo avvenuto, non è senza dirlo da tr a p a s s a r e ”.
F u questo am ore di D ante onestissimo, qual che delle
parti®, o forse am endue, fosse di ciò cagion e; e
qu antunque, almeno dalla p a rte di Dante, a rd entis­
simo fosse, niuno s gu ard o, niuna parola, niuno cenno,
niuno sem biante altro che laudevole por alcuno se ne
vide g ia m m a i,0. Che p iù ? dal viso di questa giovane
donna (la quale non Bice, ma del suo prim itivo11 sempre
I. G r a v e z z a : g ra vità , «dig n ita.
R ic h ie d e v a : che non co n ven iva alia «uà piccola e ta.
:i. L a r ic e v e t t e n e ll'a n im o : v o ir im e e x p re ssion analogue au d é bu t
tlu conte «le S im o n e.
4. C ho a ici le aena de tanto che.
5. K lasciando... «li ragionare : e t, sans racon ter leu m en u s Incid e n ts
e n fant ins.
0.
P r o v e t t o , qui s ig n ifie aujou rd'h ui: d'age m ù r, v e ut sim plem ent
dire ici : d a ns un age m oins tendre , d a ns sa j e unesse.
7. T e l e.nl le titre dii liv re, mèle1 de v e r s e t do prose, où D ante a raconité
Khis tolre de ce t am our.
8 . N on 6 ... d a tr a p a s s a r e ; Je ne pui* passe r aoua »sile n c e c e dé ta il
!). Q ual oho d o lio p a r ti : qualu nque del du e.
H). Non fu m ai vedu to da alcuno.
II. V o ir p . cl-d e ss u s, n. 0.

�chiamò Beatrice) fu prim ieram ente desto nel petto suo
lo’ngogno al dovere parole rim ate c o m p orre; delle
quali, si come manifestamente appare, in s o n e tt i1,
b a lla te 2, c a n z o n i3 et altri stili, m o lle ' in laude di
questa donna eccellentissimamente compose, e tal
maestro., sospignendolo amore, ne divenne, che tolta
di g r a n lu n g a la fama a ’ dicitori passali, mise in opi­
nione molti che niuno nel futuro essere ne dovesse che
lui in ciò potesse avanzare.
Gravi erano s ta ti i sospiri e le lagrim e, mossi assai
sovente dal non potere aver veduto, quanto il concu­
piscibile a p p e tito 8 disiderava, il grazioso viso della
sua d o nn a; ma troppo più p o n d e ro si ® glieli serbava
quella estrem a et inevitabile s o r te che, mentre vivere
dovesse, ne'l doveva privare. Avvenne adunque che,
essendo quasi nel fine del suo vigesimo quarto anno
la bellissima Beatrice, piacque a colui che lutto p u o te 7
ili tra rla delle te m p o r a li8 angoscio e chiam arla alla
sua eterna gloria. L a partita della qualo tanto impa­
zientemente sostenne il nostro Dante, d i e oltre a
sospiri e t a pianti c o n tin u i9, assai de ’ suoi amici lui
1.
Lo so n n et, em p lo yé aussi par Ics poetes franca is, a ro«;u eri Ita lie ,,
su rtou l «lo D ante e t de P étra rqu e, sa form e definitive.
•2. La ba lla d e é to it uno poósie d estin ée p rim itiv e m en t à accom pagner
la d anse ; on «mi trouvera denx ex em p les don« lo* e x tr a its «In Décameron
qu i précèden t, e x tra its V e t X II.
3.
La canzone dia il la co m p o sitio n ly riq u e la plus longue «los ita lie n s ,
c om posée d«‘ p lu sieu rs stances» to u tes se m bla b le s, «Ioni chacune co m p tait
p a rfo is2 0 ou21 v e r s .
\ . M o lto : r a p p r o c h e z m ot «1«* delle quali.
5. Il c o n o u p is c lb llo a p p e t i t o : sos dósir* a m o u reu x .
0. P o n d e r o s i : gravi, m o lesti.
7. P u o te (Int. potei!), forino frequente ehez l«*s vieux auteurs p&lt;mr può.
K. T e m p o r a li : m o rta li, te rre stri; par opposition à l'eterna gloria.
0.
O ltr o a... : N on seu lem en t il ne cessa it «le pleurer e t «lo pousser
«ics soupirs, m a is en co re...

�quelli senza morto non dover finire estim arono*.
L unghe furono e molte le sue lagrim e, e per lungo
spazio ad ogni conforto datogli tenne gli orecchi
se rr a li; ma p u r poi, in processo di tempo m a tu ra ta s i2
alquanto l'acerbità del dolore, e facendo alquanto la
passiono luogo alla ragione, cominciò senza pianto a
potersi ricordare che morta fosso la donna sua, e per
conseguente ad aprire gli orecchi a ’ conforti ; et
essendo lungam ente s t a t o 3 rinchiuso, incominciò ad
a p p a rire in pubblico tra le genti.
t. C onstru lsez : estim aron o lui non d o v er finire q u e lli (sospiri e pianti)
senza m orte (prim a di m orire).
2. M a tu r a ta s i : s'e tant adoucie. I.e m o t acerbo signifi a n t, au propre ,
Apre; en pa rla n t d’un fru it v e r t, le v e rbe maturare e st lei parfa ite m ent
em ployé.
3. E sse n d o s t a t o : dopo essere stato.

�II. — P O R T R A IT DE D A N T E

Fu il nostro Poeta di mediocre sta tu ra, ed ebbe il
volto lungo et il naso aquilino, le mascelle grand i, et
il labbro di sotto proteso tanto che alquanto quel di
sopra avanzava; nelle spalle alquanto curvo, et gli occhi
anzi grossi che piccioli, et il colore bruno, et i capelli e
la barba spessi, crespi o neri, e sem pre nel viso
malinconico e pensoso*. P e r la qual cosa avvenne un
giorno in Verona (essendo già divulgata per tutto la
fama delle sue opere, et esso conosciuto da molti et
uomini e donne), che passando egli davanti ad una
porla dove più donne sedevano, una di quelle pia­
namente 2, non però tanto che bene da lui e da chi
con lui era non fosse udita, disse alle altre donne :
« Vedete colui c he va in Inferno, e torna quando gli
piace, e quassù reca novelle di coloro che là giù sono. »
Alla quale semplicemente una dell’altre rispose : « In
verità egli dee così essere ; non vedi tu come egli h a la
barba crespa et il colore bruno per lo caldo e per lo
fumo che è là giù ? » Di che Dante, perchè da pura
1. Qu'on se sou vie nne que Boccace n’a ja m a is vu D ante, el quo peutè lre il no p u t a vo ir &amp; F lorence auc un ren seignem ent précis sur la per­
sonne du poe te qui a va it q u itté ile» 1302 sa ville natale (ceci fu t é crit plus
d e c inquante ans plus tard) ; o r p o rtra it, don i parais sen t a'i'lre inspirés
bien de» a rtistes d e p u is lui» (nota m m e nt R aphae l), e*l dulie de pure

fantaisie
2. P la n a m e n te : so tto voce.

�credenza 1 venir lo sentia, sorridendo passò avanti. I
suoi vestimenti sem pre onestissimi furono, e l’a b ito 2
conveniente alla m aturità, et il suo an da re grave e
mansueto, c ne’domestici costumi c ne’pubblici m ira­
bilmente fu c o m p o sto 3 e civile. Nel cibo e nel poto 1
fu m od estissim o5 ; nè fu alcuno più vigilante di lui e
negli s tudii et in qualunque altra so llec itu d in e 11 il
p u g n e sse. Rode volle, so non domandato, parlava,
quan tu nqu e eloquentissimo fosse. S om m am ente si
dilettò in s u o n i7 et in canti nella sua giovanezza, e,
pe r vaghezza di quegli, quasi di tutti i cantatori e
sonatori famosi suoi contemporanei fu dimestico s.
Quanto ferventem ente esso fosso d'am ore passionato,
assai è dim ostrato di sopra. Solitario fu molto e di
pochi dimestico, o negli studii quel t e m p o 9 che lor
poteva concedere, fu assiduo molto. F u ancora Dante
di maravigliosa c a p a c i tà 10 o di memoria fermissima,
come più volte nelle d e p u ta z io n i in P a r i g i " ot altrove
I. P u r a c ro d o n za : une croyance n a ive; D ante com prend que con
femmesor no m e tte nt aucune m a lveilla n ce clan« lem » propos.
!2. L ’a b i t o : il portam ento.
,'J. C o m p o s to in d iq u e la pleine possession do so i-m ém e ; la parfaite
con ven a n ce dans le» d iscu ssio n s relatives» m ix intterets p u b lic s, aussi
bien que d a n s la v ie de fa m ille .
4. N oi p o to : nel bere.
5. M o d e s tis s im o : tre s re te n u
(&gt;. S o lle c i tu d ln o : o ccu pazion e. Pugnerò (pungere) signifie e x c ite r ,
s tim u ler : quello «pio flit 1’o ccu pation à la q u elle il »o consac rait, il y
apportait to u t non zèie.
7. S u o n i : a irs de m u siq u e; tandi» que canti design e le» parole», le»
poesies chantée s .
8. F u d lm e s t ico : ebbe d im e stich ezza , fam ilia rità. V oir, pa r e x e m p le ,
dans la Divine Com edie, ponr B runetto L atini, G uido C avalcan ti,
C asella.
1). Q u e l t e m p o : in quel tem p o ...: au tan t du m oins q u ’il p o u va it y con ­
sacrer dc tem p s
10. C a p a c ità : in tellig en za , facoltà di ragionare.
II. Le voyage de D a n t e P a ris , a dm is par to us le» anciens biographes,
n'est p lùs aujourd'hui co n sid ere com m e a ussl certa in. Boccace vout

�am
pr ostrò. Fu sim ilmente d ’intelletto perspicacissimo e
di sublime in ge g no 1 e, secondo che le sue opere
dim ostrano, furono le sue invenzioni mirabili e pelle­
grine 3 assai.
V aghissim o fu e d'onore e di pompa, per a ven­
tu ra più che non appartiene a savio uomo. Ma
q ual vita ò tanto umile che dalla vaghezza della
gloria non sia tocca ? Q uesta vaghezza credo che ca­
gione gli fosse d ’am are so p ra ogni altro studio quello
della poesia, acciò che p e r lei al pomposo et inusitato
onore della coronazione pervenisse. Il quale senza
fallo, sì come degno n'era, avrebbe ricevuto, se fer­
mato nell’animo non avesse di quello non prendere in
altra parte, che nella sua patria e sopra il fonte nel
quale il battesimo avea ricevuto; m a dallo esilio impe­
dito e dalla morte prevenuto, nol fece :t.
l«*i* ile« d is c u s s io n s p hllo so ph iq ues quo D ante a u r a i t s o u t e n u e s
célèbre u n iv e r sité de P aris, qu i, au m oyen Ago, a ttira dea m a itre s e t d e l
é lè v e s de tuua l&lt;»s points de L'Europe.
1. I n g e g n o diff ère d e in telletto , on ce q u e le m ot ingegno suppose une
certain e faculté crea trice.
•«?. P e lle g r in o , ou peregrino, signifie : d une q u a lité rare, d u n e beauté1
e x q u ise .
:j. Ce* dé ta ils sur le dé sir d'honneurs e t « ir le couronnem ent de
Dante appartien n en t encore ù la lé gende p lu tò t qu a l'h istoire.

�COMMENTO
Sopra la C om edia di D an te A lig h ieri
LE COMMERCE ET LA POÉSIE '

Empiono la borsa o la cassa l’arti m eccaniche2, le
m erc a la n zie, le leggi civili e le can on iche3 ; ma queste,
semplicemente al guad ag no adoperate, non posson
prolungare, nè prolungano un dì la vita al g u a d a g n a ­
tore, siccome quelle che dietro a so non lasciano
alcuna ricordanza o fam a laudevole del g u ad agn atore.
R icerch insi l'antiche istorie, ispieghinsi le moderne,
scuotansi le m e m o rie 4 degli uomini, e veggasi quello
che* di colui il quale ha atteso ad empiere a r c h e 0
1.
C e s t là un su jet quo Boccace h traité A plu sieu rs reprises, en prose,
eu vers, eu latin et en italien ; ou sa it, que dans mi jeu n esse, son père
l'avait engage dans le com m erce, e t que h* Jeune con teu r d u t lu tter
lon gtem ps pour o b te n ir qu'on lui laissât su ivre une autre carrière
(voir Introd .) ; il garda toujours rancune au com m erce des années qu'il
y a v a it perdues au lieu d 'étudier com m e il l'aurait v o u lu ; de là, le
m épris el l'espèce de colère qui perce dans ces pages écrites pourtant
dans sa vieillesse. C’e st h propos de la rencontre de Dante avec Brunetto
L atin i, au ch an t X V de V E n fe r , que Boccace a in tro d u it cette dig res­
sion dans son Commentaire,
'2. L o a r ti m e c c a n ic h e : ce sont les m étiers où l'on n'exerce que ses
m u scles et non l'in telligence.
3. On a vu IIntrod.) qu'après avoir obtenu de renoncer au co m m erce
Boccace du t étudier le d ro it canon pendant quelques ann ées.
4. S c u o ta n s l la m e m o r ie : expression cu rieu se qui s'expliqu e par
le fait qu'il fau t rem u er (scuotere), fe u illete r beaucoup de livres et de
docum ents p our faire rev iv re le passé, pour le tirer de l'ou bli.
5. Q u o llo c h o : neutre, cui clic.
G. L'arche : leurs caisses; sens aujourd'hui d isp a ru de l'usage.

�d ’oro e d ’arg ento, si trova : trovasi di Mida 1 re di
F rigia, con grandissim o suo vituperio; trovasi di Serse
re di Parsia, con molta sua ign om inia; trovasi di
Marco C r a s s o 4, con perpetuo vituperio del nome su o ;
e questo basti aver detto deU’a n tic h e 3. Delle più
recenti non so che si trovi. Stali sono, p er quel che si
crede, nella nostra città, di g ra n r ic c h i4 uo m ini;
ritrovisi, se egli si può, il nome d'alcuno che, già è
cento anni, fosse ricco ; egli non ci se ne troverà alcuno ;
e se pure alcun se ne trovasse, o in ve rg o g n a di lui si
troverà, come degli antichi, o lui per le richezze non
esser principalm ente ricordato* : per la qual cosa
app are questi cotali avere acquistala cosa che insieme
col corpo e col nome loro s'ò m orta, e convertita in
fumo, quasi non fosso stata.
Ma a vedere resta quello che della poesia si g u a ­
dagni, la q uale essi dicono non essere lucrativa, cre­
dendosi con questo vituperarla e farla in perpetuo
abominevole. La poesia, la qual solamente a ’ nobili
ingegni sé stessa concede, poiché con vigilante studio
è appresa, non dirizza l'appetito ad alcuna richezza,
anzi quelle siccome pericoloso c disonesto peso fugge
e r ifiuta; c prestando diligente opera alle celestiali
1. T ro va si di Mida : on trouve quelque chose concernant Midas ; on
parle bien de Midas, m ais, eie.
2. Midas» el X e rx es so n i assez connus dans In fab le ou dans r his to ire;
M arcus C rassu s form a 1« p rem ier triu m vira t avec P om pée el Cesa r ; il
é ta it célèbre par »e* im m enses rich esses.
.*1. Sou s-enl. storie.

Gran ric ch i : form e de superlatif fam ilier, assez u sitée encore; on
d it bien par exem ple : un gran buon signore.
5.
Kn effet, il pourrait èlio connu polir l'em ploi qu ’ii en a u ra it fai t !
Boccace osi ici évid em m en t in ju ste , el L'histoire de la R enaissance cite
Ioh nom s de uom breux bourgeois florentins en rich is, qui uni com m andé
aux a rtistes di* leur lem ps quelques-une« do leu rs plus b elles oeuvres et
n i on l supporlé li'rt fra is. a jo u to n s que cela s’e sl vu su rto u t ii p a rtir du
x v f sie c le .

�invenzioni e esquisitc composizioni, in quelle con ogni
s u a potenza (che 1 l’ha grandissima) si sforza di fare
eterno il nome del suo divoto com ponitore; e se eterno
far noi puote, gli dà almeno per prem io della sua
fatica quella vita, della qual di sop ra dicemmo, lu n g a
per molti secoli, rendendolo celebre e splendido appo
i valorosi uomini, siccome noi possiamo manifestissi­
m am ente vedere, e negli antichi e ancor ne' m o d e rn i2.
E son passati oltre a ¡2600 anni, che Museo, Lino e
O r f e o 3 vissero famosi poeti, e quantunque la lunghezza
del tempo e la negligenza degli uomini abbiano le loro
composizioni lasciate perire, non hanno potuto p e r
tutto ciò i loro nomi occultare nè fare incogniti ; anzi
in quella gloriosa chiarezza ' perseverano, che essi
mentre corporalmente vivean, faceano. Omero, pove­
rissim o uomo c di n az io n e 3 umilissima, fu da questa
in tanta sublimità elevato, ed è sem pre poi stato, che
le più notabili città di G recia ebbero della sua origine
q u is tio n e 0 : i re, g l’imperadori, e’ sommi principi
1. Gc che a un se ns ex p lica tif : or elle en a uno grande.
2. Ce d évelo p p em en t d ’un lieu com m un , qui paraît aujou rd’hui bien
rebattu , a va it son in térêt e t son a c tu a lité au m om ent où B occace r é c r i­
v it; dans cette v ille de m archands q u 'éta it encore F lorence, il im portait
de faire pén étrer dans les esp rits et dans les cœ urs, c e t am our de la
gloire, qui d eva it être un des sen tim en ts les p lu s féconds e t les p lu s
caractéristiq u es de l’a rt et de la littéra tu re, à l’époque de la R en a is­
sance. Boccace, en tenant ce langage, é ta it d'ailleurs d une absolue sin ­
cérité e t p a rfa item en t d'accord a vec lu i-m em e ; car, s'il eu t q u elqu e
souci de la gloire (m oins cepen dan t que P étra rq u e), il é ta it absolum ent
désin téressé, e t il m ourut pauvre. Son seul to rt é ta it de ne pas vo ir que
le com m erce, pour les peuples, répond à 1111 besoin encore plus im périeux
que la poésie.
3. Ces poètes, dont les nom s seu ls ont été co nservés, appartiennent p lu .
ù la légende m ythologiqu e qu'à l’histoire.
\. C hiarezza est ici syn o n ym e do gloria , fa m a : ils co n tin u en t à briller
d ’un certain éclat.
5. N a zio n e a ici le sons de stirpe, nascità.
C. A llusion à la légende qui représentait la riva lité de sep t v ille s de
G rèce, qui se d isp u ta ien t l'honneur de l’a vo ir vu naitre.

�mondani hanno sem pre il suo nome quasi quello d ’una
deità onorato, e infino a ’ nostri di persevera, con non
piccola ammirazione di chi vede e legge i suoi v o lu m i',
la gloria della sua fama.
Io
lascerò stare i fulgidi nomi d ’Euripide, d ’Eschilo,
di Simonide, di Sofocle2 o degli altri che fecero nello
loro invenzioni tu tta G recia m aravigliare, e ancor
fanno; e similmente Ennio Brundisino, Plauto S arsi­
nate, Nevio, Terenzio, Orazio F la c c o 3, e gli altri
latini poeti, i quali ancora nelle nostre m emorie con
laudevole ricordazion vivono ; p e r non dire del divin
poeta Virgilio, il cui ingegno fu di tanta eccellenza,
che essendo egli figliuolo d'un lutifigolo ®, con pari
consentimento di tutto il senato di Roma, il quale
allora alle cose mondane soprastava, fu di quella m e­
desima laurea onorato, che Ottaviano Cesare di tutto
il
mondo im p erado re; e di tanta eccellenza furono e
sono le opere da lui scritte, che non solamente ad
ammirazion di sé, e in favore della sua fama, i p rin ­
cipi del suo secolo trassero ®, ma esse hanno con seco
insieme infino ne’ di nostri fatta non solamente venera­
bile Mantova sua patria, m a un piccol campicello, il
quale i Mantovani affermano che fu suo, e una villetta

1. On sait que Boccace fu t un dea p rem iers, au so rtir du m oyen Age,
qui aient pu lire in tég ra lem en t I liade e t YO dyssêe (V oir Introd.).
2. S im on ide de Céos est un poète ly riq u e ; les tro is autres sont la gloire
de la tragédie athénienne.
3. E nnius, né à B rindes, poète épique e t d ra m a tiq u e ; P lante, né à
Sarsina, poète co m iq u e; N aeviu s e st le p lu s ancien poète latin qui ait
com posé une épopée; T éren ce e st le poète com ique bien connu, et
H orace, l'auteur des satires, des é p ttre s, des odes.
\ . L u t i fi g o lo : vasellaio, vasaio.
5.
T r a s s e r o : ce verb e a pour su jet le opere da lui scritte, dont il est
question dans la proposition p récéd en te, et, pour com plém en t d irec t,
i principi.

�ch iam ata Pietola ', nella quale dicon che nacque, fatta
d eg n a di tan ta reverenza, che pochi in te n d e n ti2 uomini
sono che a Mantova vadano, che quella quasi un sa n ­
tuario non visitino e onorino.
li
acciochè io a nostri tempi divenga, non lia il
nostro carissimo cittadino e venerabile uomo, e mio
m aestro e padre, m esser Francesco P e t r a r c a 3, con la
dottrina poetica riem piuta ogni parte
dove la lettera
l a t i n a 1-' è conosciuta, della sua maravigliosa e splen­
d id a fama, e messo il nome suo nelle bocche, non
dico d e ’ principi cristiani, li quali più sono oggi idioti“,
ma d e ’ sommi pontefici, de' g ran m aestri, e di qua­
lunque altro eccellente uomo in ¡scienza? Non il pre­
sente nostro a u to r e 7, la luce del cui valore per alquanto
tempo sta la nascosa sotto la caligine del volgar m a­
terno ", è cominciato da g randissim i letterati ad
1.
P ietola occu p era it l'em placem en t de l’ancienne Andes, lu localité où
é tait né V irg ile.
I n te n d e n t i : h*« gens in tellig en ts e t in stru its. P en dan t le* guerres
de la R évo lu tio n , les généraux français, à Man to ue et à N aples, tirent
rendre des honneurs solen nels à V irgile.
3. Sans donn er ici une notice biographique sur P étra rq u e, il suffit de
rappeler qu'il jo u it, au m ilieu du x iv e siècle, d’une renom m ée e x tra o rd i­
naire, dont il pren ait d ’a ille u rs le plus grand soin : ses ouvrages écrits
en latin et ses le ttres (égalem ent en latin) é ta ie n t peut-être alors plus lus
qu e ses p oésies ita lien n es; en 1341, il a v a it été solen nellem en t couronné
an C apitole. Sur ses relations avec Boccace, et sur l’adm iration pleine de
d éférence que le conteur professait pour lui, voir YIntroduct ion.
4. Ogni p a rto : ogni regione, paese.
o. L a le tte r a la tin a : la lingua latin a.
0.
Sono oggi Id io ti : c’e st un g rief que Boccace a plus d’une fois
e x p rim é : il tro u va it que les princes do son tem ps étaient indifférents au
grand m ou vem en t litté ra ire qui se d e ssin a it alors e t m anqu aient à tous
lo irs devo irs en ne l'encourageant pas. — Più sono d o it s'en ten d re: sono
piuttosto idioti (chr principi).
7. Dante A lighieri.
8. On le v o it, Boccace, à la fin de sa vie, pa rta g ea it lo préjugé de
P étrarq u e, su iva n t lequel la v ra ie gloire ne peut ven ir «les oeuvre* com ­
posées en langue v u lg a ire, m ais seu lem en t de c elles qui so n t é crites en
latin. C ette opinion, en ce qui concerne P étra rq u e, Boccace e t bien
d'autres, n'a pas été ratifiée par la postérité.

�essere desiderato e ad aver c a ro ? E quanti secoli cre­
diam noi che l’opere di costoro serbili loro 1 nel futuro?
(o spero che allora perirà il nome loro, quando tutto
l'altre cose mortali periranno. Che dunque diranno
questi nostri, che solamente a ttaccan o2 il denaio? Di­
ranno che la poesia non sia lucrativa, la quale dà per
guad agn o cotanti secoli a coloro che a lei con sincero
ingegno s ’accostano, o diranno che pur F arti mecca­
niche sien quelle delle quali si g u a d a g n a ? Ve r g o g ­
ninsi questi cotali di p o r la b o c c a 8 alle cose celestiali
da lor non conosciute, e intorno a quelle s ’avvolgh ino,
le q uali appena dalla bassezza del loro ingegno son da
loro conosciute.
1. S e r b ln lo ro : d o iv e n t le» co nserver v iv a n ts , dun&gt; la mémoire ile»
hom m es.
2. A llo c c a n o : m o t rare e t obscur ; on l'in terprète com m e adocchiano,
guatano solam ente all(interesse.
3. P o r la b o c c a : de *'y a tta q u er.

��T A B LE DES MATIÈRES

P agi» .

I n t r o d u c t io n ................................................................................................ ......... 1

E x tra it &lt;lu N i n f a l e F i e s o l a .n o :
I)e la d e u x iè m e p a rtie...........................................
24
De la six ièm e p a r t i e ..............................................
35
E x tra it d u Décaméron :
I . — La peste de F lo r e n c e ( I n t r o d u c t io n ) .........
4!&gt;
II. — Les in te r l o c u te u r s (I n tro d u c tio n )...............
!‘&gt;3
lit. — Les trois a n n e a u x (I, 3)................................... 62 —
IV. — B ergam ino (1, 7 ) ................................................
67
V. — Ballade de la prem iè ro j o u r n é e ....................
73
VI. — A n dreuc cio d a P e ru g i a (II, 5)........................
77
VII. — S im o n e (IV, 7 )..................................................... ‘J 8 VIII. — Le F au con (V, 9) ................................................ 104'
1N. — l.e Malin cu is in ie r (VI, 4 ) . ............................. 114
X. — Cala m irino, c h e r c h e u r d e pie rres p réc ieu se s
(VIII, 3)............................................................ 118
XI. — V eng eance d ’un p iq u e - a ssie tte (IX, 8)........ 132
XII. — Le Boi P ie r re d ’Aragon (X, 7). .................. 138
E x tra it d u Cordaccio............................................................. 147
E x tra it de la V i t a d i D a n t e :
I. B e a tr i c e ................................................................ 153
II. P o r t r a it de D a n te ............................................. ISO
E x tra it d u ( ' o m e n t o S o p r a l a C o m k d i a d i D a n t e :
Le c o m m e rc e et la p o é s i e ................................... 102

"

U N I V I .* * :»

-

��TOI IIS

i mp ni mi; mie d e s u s

p r ê iie s

r&gt;, rue Gam betta, i!

������</text>
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                    <text>B.U. D E G R E N O B L E D-L

����TRAGEDIA,
DI GABRIELE
ANNVNZIO

����___________ __

--------------------------

__

TR A G ED IA
DI GABRIELlE
DANNVNZIO

^ U O T Hèp0
C:tm r-mi r
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Vl/£ « S IT M ^

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�PRO PRIETÀ LE TTE R A R IA ED A R TISTIC A .

I diritti di riproduzione e di traduzione sono riservati per
tutti i paesi, compresi la Svezia, la Norvegia e l‘ Olanda.
C opyright by Gabriele d’A nnunzio, A p rii 10th, 1909.

M ilan o - Tip. Treves.

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ICON L'ARCO FEBJT L'ARCO ?
«*V*

���P E R S O N A F A B V L AE.
Fedra,
Ippolito.
Teseo.
Etra.
Il messo e l'aedo.
L a nutrice Gorgo.
L a schiava tebana.
Il pirata fenicio.
L e supplici.
G li efebi.
L e fanti.
G li aurighi.
I cavalcatori.
I canattieri.

��i l Θ Α Ν Α Τ Ε Π ΑΙΑΝ.
Æ s c h . P h ilo c t .

»

�REZENE è il luogo, “ ve­
stibolo della terra di Pe
lope „.
E appare, nel palagio
di Pitteo, il grande e nu
do lineamento di un atrio
che gli occhi non abbrac
ciano intero, sembrando il
vano e la pietra spaziare
piò oltre da ogni parte,
con sublimi colonne, con
profonde muraglie, con
larghi aditi aperti fra alte ante. Per alcuno degli aditi
non si scorge se non l'ignota ombra interna; ma l’ar
dente luce occidua e il soffio salmastro entrano per alcun
altro che guarda la pianura febea di Limna, il porto si'
nuoso di Celènderi, la faccia raggiante del Mare Sarò
nico e la cerula Calàuria sacra all'ippico Re Poseidone.
Rami d’ ulivo involuti in liste di candida lana son
deposti su l’altare dedicato all'Erceo proteggitore delle
sedi; innanzi a cui s’apre la fossa circolare dei sacrifizii.
Accolte son quivi le Madri dei sette Eroi atterrati su le
sette porte di Tebe. E poggiata al lungo scettro eburno
la vedova di Egeo, la madre veneranda di Tèseo, Etra
del sangue di Pelope, quivi è con le Supplici dalla
chioma tonduta e dal bruno peplo, fra la luce e l'ombra.

' 7*

�F E D R A

ETRA.

A lza te il capo, alzate il capo, o donne
misere. Il D io dei sùpplici v'esaude;
che il suo favore è alterno.
L a volontà del D io splendere vidi
nella tenebra, splendermi il presagio
sul cuore affaticato
da tante sorti. Contenete il gemito,
scotetevi la cenere dal crine
raso, madri incolpabili dei Sette
10
uomini Eroi, toglietevi dal volto
il nero lembo.
LE SUPPLICI

- O e tra , messaggera
sei del D io giusto?
" O Etra, per i sùpplici
rami d'olivo involti nella bianca
lana che ti stendem m o ad implorarti,
qual m ai nova parola
è questa che ci rechi ?
" Ebbe pietà
dei nostri m ali il D io giusto?
" C h e sai?
C h e sai della lontana guerra?
" Tèseo
torna?
*8 *

Atto I

�Atto I

&amp;

F E D R A

Il tuo figlio ha vinto, per la Legge
20 santa di tutta l'E llade?
A hi, giustizia
del D io, vittoria dell'Eroe, che mai
potrem o noi, che m ai potremo noi
se non rinnovellare il pianto?
ETR A .

_

Donne,

una nave trezènia
del navilio di Tèseo
nel porto è giunta, con le vele nere.
LE SUPPLICI.

- Ricordati, ricordati,
o vedova d'Egeo!
" L e nere vele
ti furono fatali un’altra volta,
3o sopra il M are nom ato dal tuo lutto.
L 'istesso lino infausto,
o vedova, traeva
il tributo di carne al m ostruoso
fratello di colei ch’è la tua nuora.
S'ode giungere per l'ombra degli aditi la voce ansiosa e
voce di Gorgo che chiama la Cretese.
LA VOCE DI GORGO.

Fedra! Fedra!

�F E D R A

j*

Atto I

LE SUPPLICI.

L e vergini e gli efebi
incolumi raddusse ai focolari,
sette e sette, il re Tèseo.
" A h i destinato numero possente
alla vita e alla m orte!
40 - A noi ricondurrà le spoglie esangui,
spenti i floridi figli ed insepolti,
spenti i figli terribili
che si precipitarono con chiuse
pugna, fra tante grida, su dal nostro
dolore, fuor del nostro
dilacerato grembo!
A h perché m
noi conoscem m o il talam o
ed invocam m o Ilìtia?
O Guerra, e per le tue
5o fauci li generam m o,
o Ferro, e pel tuo doppio taglio!
ETRA.

Donne,

rattenete il lam ento, soffocate
il gem ito; ché T àn ato non ode,
non ode il buio dèmone,
m a per lui solo tra gli Eterni è vana
la persuasione,

�Atto I

j»

F E D R A

e la preghiera è vana,
ed è vana l’offerta; né le lacrime
del più puro e profondo occhio m ortale
60 m ai varranno a raccendere una goccia
di sangue nel più caro volto estinto.
U N A DELLE SUPPLICI.

Etra, né la saggezza
giova a dom ar la cieca
doglia che morde. G li insepolti figli
attendiamo, che s’abbiano da noi
la lor parte di fuoco,
i nudi corpi dati
dalla forza tebana
ai lupi del Teumesso,
70 e tu r Eroe vendicatore attendi !
U N 'A L T R A .

M a il tuo volto è nell’ombra, senza lampi.
U N 'A L T R A .

Consoli il pianto, e sembri inconsolabile.
U N 'A L T R A .

C h i vien dal M are? Il M are t’è funesto,
o Etra.
E TR A .

Il fato è un mare senza lidi
- 11 -

�F E D R A

Atto I

o v ’ E tra sta come una rupe bianca.
N o n invidia di m e vi tocchi, o Sùpplici.
M a i aratore infaticato arò
sua terra come Tèseo
travaglia questo cor mio palpitante;
80 che partorii gemelli
avvinti per un fianco il Rischio e Tèseo.
E nelle chiome d’ogni sua vittoria
fischiano i serpi.
Si rinnova per le ambagi della reggia il nome nomato
nel grido di Gorgo ; e vi si accompagna un fragore su­
bitaneo di bronzo percosso, e il clamore confuso delle
fanti sbigottite.
LA VOCE DI GORGO.

Fedra! Fedra!
LE VOCI DELLE FA N TI.

- A ffoca
il m irto! A ffoca il mirto!
"Percoti il bronzo!
- Esaudì! Esaudì!
"L ib a
tre volte!
L A VOCE DI GORGO.

Fedra! Fedra!
- J2 o

�Atto I

.*

F E D R A

Al rimbombo e al clamore indistinto sobbalzano le madri
in sùbita costernazione che di parola in parola cieca­
mente s’accresce.
LE SUPPLICI.

" O d i grido! O di grido!
" C h i percote
il bronzo?
" Q ual terrore
si spande nelle case, o Etra?
" Invocano
90 la Cretese. O d i il nome!
" Percotono lo scudo
del Coribante.
" O di il nome!
" L e fanti
gridano.
" G iunto è il messo di sciagura,
o Etra, e tu non sai!
-T 'in g a n n a v a il presagio!
" Cercano la tua nuora.
" L a chiamano, la chiamano.
" L e vele nere, o Etra, un'altra volta!
Io lo dissi.
" E tu taci !
100 " Venne messaggio dalla nave fùnebre?
" Tutto è perduto? Il D io ci schiaccia?
. 13"

�A tto I

F E D R A

-T e
anche tiene il terrore, Etra!
&lt; O d i i cani,
odi i cani d’ Ippolito, laggiù,
che latrano alla m orte!
" L e cagne di sotterra!
Ecàte!
" E m orto Tèseo!
" N o n riavrem o gli insepolti figli!
- E vero? E dunque vero? A nch’ egli, anch’ egli
cadde alle Sette Porte?
110 " Tebe ha vinto due volte?
Etra si muove, silenziosa e intenta, contro al chiarore
che raggia dall’occaso. La veggono le Supplici allonta
narsi verso il propileo.

- D o v e vai?
- Sem pre per nave a te vennero i mali,
ahi vedova d’ Egeo!
- Tantàlide, e le lacrime di N ìob e
sono su te!
A te la segue. Udite,
udite il passo discorde e l’anelito
stridulo.
In una breve pausa le Supplici ascoltano, trà ombra e
luce, ancora alzate ; poi, scomparsa la Pitteide, s’ abban
donano al cordoglio.

- 14 -

�Atto I

F E D R A

" A terra! A terra!
Tutto è perduto. Làcerati il peplo,
e percotiti il petto,
e copriti di cenere,
120 e ricomincia l'ululo!
&lt; G li Iddii
non odono.
" Sciagura, onta, spavento
sopra noi si precipitano.
- S 'è partita una Erinni dalle case
di Edipo contra noi. V edete rossa
luce delle sue fiaccole!
- L'oracolo
di Lòssia!
"A drasto! A drasto!
" Figli, o figli
maceri !
"A rg o deserta!
" È m orto T èseo !
Le madri si prostrano, con Ia faccia a terra, sotto i foschi
manti, gemebonde. Ed ecco, fuor dall'ombra dell'adito
andatamente irrompe la Minoide. Ode l’ inatteso an
nunzio; s'arresta contra il prono ingombro; e sta in si'
lenzio, lampeggiandole sul pallore l’animo represso.
FEDRA.

O T àn ato, la luce è ne'tuoi occhi!
- Ì5 &lt;*

�Prono ai piedi della invocatrice l'ingombro si tace fre
nando i singulti sotto le pieghe lugubri.

T ’offro le bende splendide e il crinale
130 e la rete e la m itra e il velo.
Si china verso le dogliose, ancora anelante. La nutrice
Gorgo è dietro lei, nell'ombra.

Donne
ospiti, sollevate
la bocca e rispondete a Fedra. Donne
ospiti, rispondetemi; C h i primo
recò questa parola,
questa parola della m orte?
Sollevano il volto le Supplici, ma rimangono accosciate,
taluna poggiandosi alle mani, taluna ai cubiti, attonite.
U N A DELLE SUPPLICI.

C he
chiedi, ospite regina ? C he ci chiedi ?
FEDRA.

Vedeste e udiste il messo? E tra l’accolse?
L A SUPPLICE.

N o n tu, non tu lo vedesti e l’udisti
là, nelle tue dimore, o chiaro sangue
140 di Elio?
FEDRA.

L e vostre grida,
le vostre grida udii, fem m ine argee.

�FEDRA

Atto I

LA SUPPLICE.

N o n il m esso navale? L e tue fanti
nel clangore del bronzo t’ invocavano.
FEDRA.

L e vostre grida.
L A SUPPLICE.

Il
di terrore nom ato era. D i sùbito
sobbalzam m o.

nom e tuo con voce

FEDRA.

Le vostre grida, femmine

folli!
LA SUPPLICE.

Perché t’ adiri contra noi,
Titànide?
FEDRA.

D o v ’era
Etra? dov’era?
L A SUPPLICE.

Q u i era, Titànide.
FEDRA.

150 E che disse?
L A SUPPLICE.

Restò muta.
- 1 7-

3

�F E D R A

FEDRA.

Atto I

_

E dov’è
ella ora?
L A SUPPLICE.

Escita è dalle case.
FEDRA.

V a,

G orgo, e guarda.
La nutrice s'avvia verso il propileo.

V o i dunque
sol dal suono del bronzo e dal mio nom e
nom ato divinaste,
o Sùpplici, l'evento lacrimevole?
M asticare solete voi l’am ara
foglia del lauro delfico?
L A SUPPLICE.

Regina
ospite, m oglie cara al grande Egide,
Fedra indimenticabile,
160 se il trem ito del cor fievole oppresso
da tanto fato c’ ingannò...
La voce della nutrice riapparita interrompe quella che
implora.
GORGO.

S i fa

- 18-

�Atto I

F E D R A

incontro al m esso E tra; che sopraggiunge,
coronato con segno di vittoria.
FEDRA.

O gridatrici forsennate, udiste?
Torm a tonduta che per giorni e notti
em piste di lam ento queste case
e m e d'angoscia, non farete amm enda?
Im m ortale im m ortale è il grande Egide;
e voi l'avete pianto!
170 N o n muore, no, egli non m uore; e voi
gem uto avete il nom e suo col fiato
su la pietra ospitale!
A h non l'aiutatore
di M eleagro ha la sua forza avvinta
al tizzo consumabile, che possa
di sùbito rimetterlo nel fuoco
una m an cruda; né prodotto ha il seme
di C adm o chi gli infranga col nodoso
rovere l'osso delle tem pie duro,
180 com 'egli a Bianòre nel convito.
N o . S'egli varchi m ai le sorde porte
del Buio, non sarà per render l'anim o
m a per forzar Persèfone.
. ; LA SUPPLICE.

Regina
- 19-

�V

F E D R A

Atto I

ospite, è bello che tu paragoni
il tuo sposo m agnanim o
a un dio non perituro.
M a perché, scegli ha vinto e se ti torna,
perché t'adiri nel tuo cuore senza
gioia? e perché la tua bocca è terribile
190 come gli archi curvati nella tua
Cnosso, o Minòide?
FEDRA.

Li conosci tu

i grandi archi cretesi? T u che parli
con la parola a doppio taglio ascosa
nella guaina pallida,
non sei la madre tu d'Ippom edonte
ch'ebro m andasti di com battim ento
e urlante com e T ìad e alla Porta
Onca?
L A SUPPLICE.

Son quella.
FEDRA.

T e l'uccise l'asta

cadmèa di bronzo.
La madre dell'Eroe s'accascia sopra sé, celando il Volto.
Fedra s'inchina verso la dogliosa.

Anch'egli, anch'egli, è vero?
20

�Atto I

200

210

F E D R A

madre, avea caro più degli occhi suoi
Tarco e più venerabile d’un dio,
anch’egli non am ava
se non cavalli di belle criniere,
cani sagaci, carri ben connessi,
e battere le selve,
uccidere le fiere,
accumular le prede,
tessere per A rtèm ide implacabile
la corona sul prato non calpesto...
A h piangi?
La madre dell’ucciso piange dentro le sue palme velate
dal lembo.

Tu puoi piangere
ancóra! T u puoi bevere le tue
lacrime!
GORGO.

O creatura!
FEDRA.

-p

-

T u sei paga,
madre d’ Ippomedonte,
paga nella tua doglia. Tu darai
al tuo figlio la parte sua d’unguenti,
la sua parte di fiam m a,
e le vittim e, e il canto, e l’alto tum ulo;
e parlerai con l’O m bra,
- 21 -

�F E D R A

j»

e udrai l’aedo celebrar quell’uno
220 dei Sette contra Tebe, di te nato;
e vivrai la vecchiezza
tu conforme la legge degli Iddìi;
e il tuo cibo e il tuo sonno e il tuo silenzio
avrai, l’acqua per dissetarti, l’ombra
per tem perar l’arsura,
e nella tua m em oria i di felici,
e il tuo dolore dentro le tue m ani
come un’urna che reggi, che soppesi,
che conosci, che poni nel tuo grembo
23o quasi a nutrir di te un’ altra volta
il tuo caro; e non tem i
che ne balzino serpi, che n’esalino
veleni, che ne sorga
la pestilenza occulta e ti s’apprenda
e ti corrompa e ti consumi.
GORGO.

O mia

creatura!

FEDRA.

N e l'anima tua stride

penata in ogni stilla del tuo sangue;
né il vento, che rinfresca l’erba, strazia
il tuo corpo deserto; né la notte
240 affannata s'affanna del tuo soffio;

22

Atto I

�Atto I

F E D R A

né ti vincola il giorno alla sua ruota
crudele; né tu odi, né tu odi,
irta d'orrore, né tu odi dentro
di te mugghiare il mostro
fraterno...
GORGO.

N o n dir più!
N o n l’udite!
Smorta come la cenere, Fedra ha negli occhi divini l'imagine vergognosa del labirinto dedàleo. La rattiene e la
sostiene la natrice sgomenta.
FEDRA.

M a Fedra,
Fedra indimenticabile...
GORGO.

N o n l’udite! L ’ insania la rapisce.
M adre d’ Ippomedonte, ha vaneggiato,
25o ha vaneggiato. Donne ospiti, è inferma.
N o n la vedete? N o n ha più colore
il triste sangue. L ’àgita,
fatto il vespro, un’angoscia
calda come il delirio. E parla in vano.
Sorge dal coro delle Supplici la madre d'Ippomedonte,
con deterse le gote, con raffermate le labbra, voce per
tutte eloquente come un solo dolore sette volte esperto.

- 23 -

&lt;

�F E D R A

Atto I

LA SUPPLICE.

O G orgot ognuno dei m ortali parla
in vano, e in vano piange,
e in vano si rallegra; che l'evento
lo trasm uta e la colpa lo scolora;
e nessuno dirà m ai ch’egli vide,
260 e nessuno dirà m ai ch’egli seppe,
che su tutte le fronti è diadema
la cecità, né m ai son certi i segni;
e gli Im m ortali foggian per ognuno
un dolor novo e un novo fallo e un novo
supplizio, né si crollano nell’opra.
O nutrice, e il mio cor tem e che un m ale
ti cresca in queste case,
un catello deforme con obliquo
dente ed occhio irretorto.
270 O nde asciugo le lacrime pensando
che il nostro par m en truce,
m en misera la prole s’erri illese
O m b re su gli asfodèli;
ché forse all’uom o il meglio
è non essere nato m a, se nato,
varcar quanto più presto all’ Invisibile.
Compiata la trenodìa pacata su la sorte deill' Efimero,
subitamente si rischiara animosa la voce della Supplice
a riscuotere le Argive ancor prone.

-24-

�Atto I

F E D R A

Asciugate le lagrime, o nel lutto
eguali. Sollevatevi.
E scolpite il dolore con m an ferma
280 perché sorregga il peso della gloria.
E tra conduce il m esso coronato.
Da Etra condotto sopraggiunge il messo navale, cinto
con Ia fronda del pioppo cara all'Alcide e all'Egide.
IL MESSO.

O Titànide figlia del R e d'isole.
M adri dei Sette Eroi rivendicati,
grande novella reco:
la vittoria di Tèseo!
LA SUPPLICE.

C h e la santa corona ti verdeggi
sempre su la pienezza de' tuoi giorni,
o Annunciatore!
IL MESSO.

lo sono Eurito d' I laco,
il conduttor del carro
290 di Capanèo percosso dalla folgore
del Dio. Prigione fui,
or son libero. N o n m i riconosci,
A stìnom e di T àlao?
M i desti i nuovi pettorali d'oro.
E ornai sacro il tuo sangue, genitrice.
25

�F E D R A

Atto I

Gli si accosta trepida Astinome e, sollevando il lembo,
lo guata pel chiarore.
LA SUPPLICE.

Sei tu? Sei salvo! T i conosco ai neri
capelli e all'occhio glauco. N o n ti colse
favilla? E gli eri allato?
Cantar solevi, Eurìto,
3oo presso ì cavalli che pascean la spelta;
e cantavi quel giorno
aggiogando il leardo e il sauro al carro.
M i sovviene di te. Cadde di schianto?
N o n gittò grido? non chiamò sua madre?
D im m i, oh dim m i almen l'ultim o suo fiato!
IL MESSO.

Io ti dirò. E ra alla Porta Elettra.
N o n sul carro: disceso era. Forato
egli avea già col frassino la gola
a Polifonte. E tutte
310 le torri erano un solo ululo d'uomini
su l'eversore. E le trombe sonarono
alla scalata. E superò gli squilli
la sua voce di bronzo.
E simile era fatto
egli al T itan o impresso
nell'orbe del suo scudo,
26-

�A tto I

F E D R A

che su l'om ero leva la C ittà
diradicata dalle fondamenta.
?
E disse alla C ittà
320 la sua voce di bronzo:
“ Tebe di sette porte,
cinta di belle mura,
io ti diroccherò,
se pur debba combattere gli Iddìi;
né, se il fuoco del cielo m i percota,
sarai tu salva. „
Fin dal cominciamento del racconto Fedra s'avanza verso
Eurito come bevendo a una a una le parole eroiche. Dai
precordii le erompe il grido primo. Ed ella ora, grande,
palpitante, è come la Musa che giubila all'inizio del­
l'inno, con tutto il viso che ascolta, con tutto il soffio
che inspira, quasi rattenendo l'impazienza di accelerare
con l'urto del piede il numero.
FEDRA.

A h , tu m i s a z ii !

IL MESSO.

E tolse

e gittò lungi il casco.
FEDRA.

M i sazii! C osi disse?
Q uesto, questo giurò contra gli Iddìi,
33o uom o d'Argo? Sfidò con la sua fronte
l'ira degli Implacabili egli solo?
- 27-

�IL MESSO.

Ancor l'odo, Titànide.
FEDRA.

E non ebbe

se non la sua criniera sul suo capo?
IL MESSO.

Inerm e il capo.
FEDRA.

E la squasso tre volte

il leone?
IL MESSO.

N e l vento e nell'azzurro
gli rosseggiava alzata
come una vam pa indomabile.
FEDRA.

E i dardi

non lo toccavano?
IL MESSO.

A ppariva santo,

che lo sguardo del Dio
340 era già fiso a lui.
FEDRA.
IL MESSO.

E ra silenzioso.

Non più gridava ?

�Atto I

FEDRA

FEDRA.

N o n rinnovò la sfida?
IL MESSO.

E ra certo che il D io l'aveva udito.
FEDRA.

Egli e il D io soli nel com battim ento
furono, allora, e gli uomini non valsero?
IL MESSO.

Egli e il D io soli.
FEDRA.

E la luce con essi?

IL MESSO.

Era il meriggio.
FEDRA.

O m b ra non v' era alcuna?

IL MESSO.
Q uella del curvo scudo sopra lui;
che coperto saliva
35o su per la scala apposta alla muraglia.
Saliva senza crollo
sotto le pietre dei difenditori.
E crosciava la grandine sul ferro
e crosciava sul cubito intronato,
-29

�F E D R A

Atto I

che non cedette. S i cedette il cuore
tebano; che su la muraglia sgombra,
giunto in som m o, balzò 1' Eroe tremendo.
E stette. E si scoperse.
E fu luce e silenzio di prodigio.
36o E allor s’udi tre volte strider l'aquila
dall'E tere sublime. E l'eversore
allo strido levò la faccia ardente
d'inum ana virtù, simile a un nume.
E la voce di bronzo
tonò: “ A dem pio il giuro. Espugno Tebe.,,
E la destra scagliò l'asta am entata
contra l ' Etere.
Col gesto irrefrenabile e con le papille alzate Eurito
compie l’ imagine dell'atto temerario. Ma subito si smar
risce e ondeggia. Gli rende il soffio l'ardente inspira
trice, che è china verso la trasfigurazione della Madre.

Segui! Segui! U om o,
non tremare! N o n perdere il respiro!
O r tu devi cantar come l'aedo,
370 come quando aggiogavi i due sonanti
cavalli. Il cuor terribile è rinato
entro il petto materno. Il rombo vince
la tua parola. Versagli la gloria!
C om e tendi le redini del carro,
FEDRA.

■*30 -

�Atto I

F E D R A

sogna che tendi i nervi delia cetera.
A lz a la voce!
IL MESSO.

L' asta non ricadde.
E quel dispregiatore dei Celesti
sorrise come non sorride l'uom o.
S i chinava egli già, pronto a balzare
38o oltre la Porta. Il fuoco inevitabile
lo percosse nel vertice del capo.
Fulgida di fervore, piegato un ginocchio a terra, Fedra
abbraccia l'esausto fianco d'Astinome come il tronco
d’ una quercia che tentenni.
FEDRA.

Madre, madre, ti cerchio con le braccia.
N o n ti tocca la folgore. Grandeggi.
Piena ti sento d'un' im m ensa vita.
O di l'aedo! O di l'aedo! C om e
urtò la terra il Folgorato?
Nel soffio che lo suscita, il conduttore di carri sotto la
corona di pioppo è nobile come un cantore di parole
alate. Un ansito occulto gli scuote la voce ma non gliela
rompe. Ed egli è fiso al gruppo sublime; che la Titanide
regge ancóra tra le sue braccia la quercia palpitante.
IL MESSO.

L ' animo,

l'anim o cementò tutte le m embra
* 3i *

�F E D R A

contra lo schianto, sì che la percossa
non le divelse, e pur lo scudo al cubito
390 rimase giunto e l’altra arme sul tronco;
m a tutta la criniera divampò,
s’ involò pel nemico Etere. E l’animo
con uno squasso fece
riverso il corpo si che indietro cadde
dalla muraglia: in dietro
cadde, non sopra il ventre, non con l’onta
d’aver morduto il fango sanguinoso,
riverso cadde: di m etallo e d’ossa,
fum igante compagine rotò;
400 urtò la terra; risonò; supino,
in un cerchio d’orrore e di silenzio,
giacque con la non cancellata audacia
su la sua fronte nera. E parea sacro.
E fum igava come se la terra
giusta gli fosse rogo.
Balza in piedi la Titanide e raggia, come la Musa ra
pita nell'oro turbinoso delle foglie apollinee, come la
Menade riscossa dal timpano cavo e dall'estro ineffabile.
FEDRA.

V ittoria ignita! Giubila,
A stìnom e! Q u a l rogo,
qual rogo avrà da noi
l’ Em pio! O r io ti comando che tu canti,
-3 2

�Atto I

F E D R A

410 conduttore del carro,
che per questa vittoria
appari coronato, e non per l'altra.
Io ti comando che tu canti. D o ve
sono i flauti? L a folgore del Dio
senza baleno come clava o pungolo
fu; m a qual s'ebbe l'anim o baleno
in quel sorriso che non era d'uomo!
C h 'io l'abbia! C h e dai miei
m ali io l'esprima, e dalla m ia bellezza!
420 V oglio condurre sino al M are il coro
fùnebre per colui che scagliò l'asta
contra l ' Ètere som m o e poi sorrise.
E TR A .

Fedra vertiginosa,
divenuta sei tu dispregiatile
degli Iddìi ?
FEDRA.

Fuorché d uno,
o madre irreprensibile di Tèseo,
fuorché del solo che non ami i doni
né l'ara né il libarne né il peàne ;
fuorché di quell'un solo.
ETRA.

Q u al m alvagia
- 33 -

5

�F E D R A

Atto I

43o erba fu mescolata nel tuo sorso,
0 nuora, che m i parli
queste parole d'onta?
FEDRA.

D alla supplice udii
che ognuno dei m ortali parla in vano.
U na legge è pei vivi,
una legge è pei morti.
M a chi parla entro me
non può esser placato con offerte.
Prepara il vino e l'olio e il miele in copia
440 pel rogo, o veneranda;
e dona tutti i balsam i che serbi
nell'arche. Io taglierò tutti i miei mirti.
C h e la scure sia luce
alla m ia notte insonne!
Ella si volge al messo e, come placata d’ improvviso ogni
turbolenza, gli parla con accenti di melodiosa tristezza.

U om o, guida le Supplici alla nave
degli insepolti, prim a che la lacrima
d'Esperò sgorghi sul dolor del M are.
IL MESSO.

Titànide, già furono consunti
i roghi.

�Atto I

F E D R A

Sembra che il vento del lutto riàgiti le pieghe dei neri
pepli.

N o , non fate
45o lamento, o madri. Alcuna
di voi sofferto non avrebbe l'orrida
vista degli insepolti.
LE SUPPLICI.

- A h tu non sai,
giovine, tu non sai
la forza dell'infinito dolore!
" E m ai più dunque toccare potremo
le creature esangui?
- L a v a ti furono i corpi con tiepida
acqua?
A v v o lti nel lino?
"U n ti di balsamo?
C h i li portò sui letti ?
- C h i costrusse
460 i roghi ?
IL MESSO.

L i costrusse nella valle
del Citerone il Re, sotto la Rupe
Eleutèride. E attesto
che m an di servo non toccò veruno
dei cadaveri. Tèseo
- 35

�F E D R A

Atto I

compì gli offici e vigilò sinché
non furon arsi i corpi; e poi trascelse
il bianco ossam e e sceverò le ceneri.
U N A DELLE SUPPLICI.

O norato egli sia da tutti gli uomini
sinché duri tra gli uomini la Legge
470 santa dell’ E llade!
Fedra in silenzio, addossata alla colonna lunga, respira
verso il Mare. E i pensieri indicibili fanno il suo volto
come il volto del pilota, sfolgorante d’tin segreto di stelle.
IL MESSO.

O ra m ’ odi, A stìnom e
che di m e ti rammenti.
E tu dal volto inebriato e chiuso,
che più non taglierai tutti i tuoi mirti,
odimi, cuor profondo. Io ti dirò,
Fedra, se m ’odi, un’altra bella morte.
D ue di pino costrusse alte cataste
l’ Egìde. Sopra l’una consumò
in fila i C api; m a in disparte l’altra
diede alla santità del Folgorato,
480 diede l’altra in disparte
all’eletto del Fulm ine.
L a Rupe era imminente.
- 36 *

�Intorno eran le lunghe ombre dell’aste.
E le fiam m e ruggirono
con un rosso furor di leonesse.
Scolpiti sono nell’alto silenzio tatti i dolori in ascolto. E
Fedra col passo musicale s'avanza.

O dim i, cuor profondo. Io ti dirò,
Fedra, se m ’ odi, un'altra bella morte.
Ruggivano le fiam m e furiando
allo sforzo dell' A u stro; e m isto al m olto
490 miele, sotto il cadavere, crosciava
l’adipe delle vittim e scuoiate.
E quivi eran nel fuoco i due cavalli,
o Astinom e, che il fuoco
spirato avean dalle narici a tergo
d’uomini vinti. Ed ecco, su la Rupe,
nel turbine dei pepli
e dell’oro gioioso e degli sparti
capelli, quasi in fremito di piume,
nuvola d’ali al termine del volo,
5oo apparve...
Erompe dal cuore presago di Astinome il grido, verso
l’apparizione volante.
LA SUPPLICE.

Evadne! Evadne!

�!

\

F E D R A

Atto I

A h i, sogno mio verace! O nde venuta?
C om e? R im asta era nell*alta casa
presso il fanciullo Stènelo.
IL MESSO.

Veduta

fu sopra un carro ad Aliarto, sola
con due schiave e l'auriga,
in veste nuziale
e coronata, per la via di Tebe.
L A SUPPLICE.

C on lei non era il vecchio Ifi?
IL MESSO.

Era sola.

FEDRA.

E ra sola, era sola e coronata,
510 più bella che al telaio, o grande Astinom e.
N o n la vedesti in sogno irta di lauri?
Lascia splendere il rogo! Parla, uomo.
Aedo, canta. Su la Rupe apparve.
Novamente ella è come la Musa che, mentre accoglie,
dona. Ella segue e conduce i segni dell'azione magna
nima. La guarda come per interrogarla il rivelato aedo.
Nel rispondere, ella dimanda. Riceve il fuoco e lo sparge.
IL MESSO.

C om e la videro entro le faville
- 38 -

�Atto I

F E D R A

innumerabili alta sul vento e tutta
ali, gli Ateniesi
brandirono le lunghe aste credendo
apparita la Vergine
cara a Pallade Atena. M a gli Argei
520 riconobbero Evadne; e la nomarono.
E d ella, sul ruggito delle fiam m e,
gridò: “ Evadne sono
m a la V ittoria è meco. E m e con essa
pronta vedete al volo che va oltre. „
E si m eravigliò la moltitudine
dei guerrieri; e in tum ulto s’accalcò
sotto la Rupe; e stette intenta. E d ella,
avvolta di faville innumerabili,
gridò: “ Salute, o Luce!
530 Im m ensa face nuziale è accesa
a novissim e nozze.
U na cenere sola
innanzi l’alba Evadne
sia con l’ Eroe ch’ Evadne
ama, alle Porte del Buio una sola
Om bra, per l’ Ellade una sola gloria!,,
E si precipitò dentro le fiam m e.
LA SUPPLICE.

A h i, ahi, Stènelo, Stènelo!
- 39 &lt;■

�F E D R A

A tto I

Veramente Fedra è percossa dal riverbero del rogo e
mossa dall’ impeto dell’azione. Ella risuscita e celebra in
sé il glorioso olocausto.
FEDRA.

O do. E non più ruggirono le fiam m e,
540 m a levarono un sonito di cetere.
E i guerrieri sentirono dal ferro
dei caschi ergersi il lauro,
tutti assunti nel giubilo dell’ inno.
IL MESSO.

G uardavano il prodigio,
frementi come quando com battevano.
FEDRA.

Vedo. E d ella s’alzò,
nel rossore volubile, per farsi
più presso, ancor più presso al corpo ardente.
IL MESSO.

Scorgem m o le sue braccia
55o alte, come le faci di Persèfone.
FEDRA.

Senza cintura. E sola, o A m ore!, sola
la nudità del fuoco
era su lei, sul desiderio eterno.
- 40 -

�Atto I

F E D R A

IL MESSO.

E i guerrieri intonarono il peàne,
sommessi, in cerchio.
FEDRA.

O nozze!
E d ella si curvò come si curva
il labbro della fiam m a
per nutrirsi e gioire. S'agguagliò
alla spoglia combusta,
560 come il labbro vorace
che si nutre e gioisce,
che consuma e rifulge,
e non cessa il suo canto. O nozze, nozze
d 'E vadne! O freddo L ete su l'arsura!
O rugiade sul rogo,
m uto pianto dell'alba su la cenere!
A bolito è il servaggio degli Iddìi?
U om o, attesta che non col nero vino
estinta fu la bragia
570 m a con tutte le lacrime dell'alba:
nessun fiore fu rorido in quel giorno.
ETRA.

Fedra, perché deliri ?
FEDRA.

E chi raccolse

6

�F E D R A

la cenere e l'ossam e, o testimone?
Il re Adrasto dalla dolce voce?
IL MESSO.

Titànide, il re Tèseo.
FEDRA.

O mirabile fato!
O r chi più degno ? chi
ebbe mani più monde
di spergiuro e d’ insidia?
58o C h i scernere poteva
la portentosa cenere
se non quegli che trasse
a forza su la nave
attica dalla nera
vela le due sorelle
figlie di Pasifàe
per l’una, la più docile, Ariadne
di belle trecce, abbandonar sul lido
selvaggio e all’altra imporre il giogo duro?
Torva, con la bocca riarsa dall'odio, ella si tace. Alla
rampogna di Etra, si trae in disparte e s’appoggia
contra l’òmero della nutrice chiudendo le palpebre.
ETR A .

590 Fedra, Fedra, deliri come Tìade

Atto I

�A tto I

F E D R A

notturna! U n acre morbo
t’abita nei precordii,
e tu non sai. Conducila,
o Gorgo, alia dimora. O spiti donne,
e voi meco venite
eh’ io compia il vóto, poi che non in vano
recaste i rami sùpplici d’olivo
nella terra ove T èseo
imberbe tolse i sandali e la spada
600 di sotto il masso, e il fato suo mirabile.
E a voi nel nom e del vendicatore,
Madri, io darò le sette urne di bronzo.
Seguono Etra le Supplici in silenzio. E s'allontana la
torma dolorosa lasciando l’ombra dietro sé più grave.
Riapre gli occhi Fedra e si volge. E la figlia del Talas­
sòcrate respira verso il Mare con una meravigliosa tri­
stezza. Di nuovo i pensieri le fanno il volto simile al
volto del pilota per istrane sirti, sfolgorante d'un se­
greto di stelle. Trasognato il messo la guarda, come
quegli che dal repentino volo è ridisceso al suo viaggio
pedestre.
FEDRA.

U o m o d’A rgo, un bel dono io ti farò
prim a che tu ti parta.
A te che presso i grandi tuoi cavalli
am avi il canto, o conduttor del carro
di Capanèo, la figlia del R e d'isole
-43-

�F E D R A

Fedra di Pasifàe nata dal Sole
donar vuole una cetera
610 eburna, opra di Dedalo, che anch'ella
è fornita di giogo, e d'oro è il giogo
vocale. E te la dona
perché d'auriga tu diventi aedo
or che son arsi i grandi tuoi cavalli
e servire non puoi altro signore.
IL MESSO.

Fedra regina, tu m i fai tal dono
che maggior non potevi né più santo:
una cetera bella, ben costrutta,
d'artefice famoso,
620 e con sópravi d'oro il giogo! Possa
io, partendomi, im batterm i nel coro
delle sorelle Aònidi,
come Tam iri il Trace,
per un luogo deserto, presso un fonte,
e m i sémini in cuore le canzoni
quella che come te porta le chiome
a guisa d'un elm etto rosseggiante
e volto ha verso il tem po
troppo desiderabile i respiri.
FEDRA.
63o

E quale, aedo, è il tem po
» 44 '

Atto I

�FEDRA

Atto I

troppo desiderabile? il passato,
forse? il futuro? D im m i.
IL MESSO.

Q uello che fu, donna, ritornerà.
FEDRA.

C o m e ritorna la materna colpa?
Lenta ha parlato, e torva. La donatrice della cetera si
riprofonda nell'ombra procellosa. Il fermento dell'em­
pietà si risolleva nella figlia di Pasifae contro la ne
quizia degli Iddìi. Torva ella tace per alcuni attimi,
con non insolito ‘ gesto premendo su la bocca il dorso
della mano come su piaga incotta.

V a. M a non t'accostare all’ Elicònide.
Bada che non t'accechi
com e accecò Tamiri, e non ti storpii.
A nche la M usa, come gli altri numi,
vende il suo bene a prezzo d'infiniti
640 mali. A scolta il tuo cuore e apprendi l’arte
dalla tua più profonda libertà.
“ Cuore, narrami l'u om o,,
sia nel cominciamento d'ogni tuo
canto. " N arram i l'uom o che scagliò
contra l 'E tere l'asta e poi sorrise.
N arram i la m ortale che sdegnò
Apòlline e del rogo fece il talamo.
,45-

�F E D R A

N arram i il fuoco e il sangue, e la bellezza
creata dalla folgore. „
IL MESSO.
65o

T ’obbedirò, Titànide.
FEDRA.

E non dimenticare ne’ tuoi canti,
se la fam a ti giunga dell’evento,
quella che ti donò l’opra dedàlea,
onde già le lodasti la sua chioma
che per elm etto dalle cinque giàspidi
ha la branca implacabile dall’unghie
fulgide avvolta là dove dolora
la radice infernale dei capelli.
L a scorge ella nell’orbe del suo specchio
660 e squassata vacilla,
sotto una nube d’ ira,
tra la colpa e la morte.
Rimane ella intenta alla figura del suo fato; poi si
riscuote.
IL MESSO.

O h potess’ io donarti,
Fedra, una veste eterna!
» 46 «

Atto I

�FEDRA

FE D R A.

V a , uom o d'Argo. Il miele t'addolcisca
il m io vino ospitale.
IL MESSO.

Ancor da compiere, ospite regina,
ho il mio messaggio. O v e sarà ch'io trovi
il figlio primogenito di Tèseo,
670 il domatore di cavalli Ippolito?
Di nuovo ella è come brace che subitamente s’ inceneri.
Con soffocata voce ripete il nome tremendo.
FE D R A.

Ippolito!
Quasi irosa interroga.

C h e vuoi
dal figlio dell'Am àzone?
IL MESSO.

Tre doni gli offre il re Adrasto.
Forsennata ella si muove qua e là come se la punga
l'assillo impatibile.
O
G
orgo,

FE D R A .

non udisti il latrato dei suoi cani ?

- 47 -

�F E D R A

A tto I

GORGO.

N o n udii.
Come inferma si ostina la Cretese, con le mani verso le
tempie, con un penoso battito delle palpebre, e concitata
e languente.

FEDRA.

bi, si, sempre s' ode, ovunque
s’ode, ovunque. N ’è sorda
l’aria, n’ è rauco il vento. Sem pre s’ ode.
N o n anche torna il figlio dell’A m àzon e?
GORGO.

Caccia il cinghiale nelle selve sotto
680 M etàna, traversato l’ istm o. Torna
a gran notte, con tutta la sua muta,
al lum e delle fiaccole di pino,
al suon dei corni. Ben l'udrai, o messo.
Fedra si riavvicina all'uomo d'Argo, contenendo il tumalto, parlandogli con una voce che le resta e le riluce
nella chiostra dei denti.

FEDRA.

Q uali doni gli manda Adrasto? Q uali
doni?
IL MESSO.

Arione, o Fedra,
il nerazzurro cavallo di stirpe
- 48 -

�Atto I

FEDRA

divina, velocissimo, dall'unghia
sonora come crotalo di bronzo,
dal vasto petto che un fumido cuore
690 nasconde. L'ebbe Adrasto dal Tirìntio,
dopo l'eccidio di Cicno. C on esso
vinse ai giochi N em èi; per esso fu
salvo dinanzi a Tebe
dove caddero gli altri
sette Capi di genti. Il savio re
or l'offre al figlio di colui che in Tebe
riscattò gli insepolti.
C o m 'è bello, o Titànide!
FEDRA.

E dim m i: l'altro dono?
IL MESSO.

700 U n cratère d'argento,
a doppia ansa, capace
di sei misure, con intorno espressa
dal m etallo una caccia di leoni,
opera d'un artefice sidonio,
recato al porto argolico
da mercanti fenicii.
Più bel vaso non vidi mai, Titànide.
FEDRA.

E d im m i: il terzo dono?

'

49

*

7

�FEDRA

IL MESSO.

U na schiava altocinta, una Tebana
710 dai sandali vermigli,
fior delle prede, vergine regale,
creata d'una delle cinque genti
che pel seme di C adm o ebbero nome
Sparti alla fonte Aréia.
Dicesi che una notte dalla madre
lasciata per oblio
fosse nel tempio dell'Ism ènio A pollo
e n'escisse al m attino
piena d'ansia fatidica il suo petto
720 e cerchiata d'un serpe
le sue chiome. O Titànide, è bellissima.
Ricevuto sotto la mammella il colpo, ella balza sma­
niosa, quasi nell’odore del suo proprio sangue.
FEDRA.

V oglio vederla! V oglio
vederla! D o ve l'hai?
G iù nella nave nera?
IL MESSO.

F u già condotta nelle case e data
alle fanti che apprestino il lavacro.
- 50 -

Atto I

�A tto I

F E D R A

FEDRA.

V a, uomo, va. Ristorati. V a. M angia,
bevi, dormi. V a!
Senza ritegno ella s'abbandona alla sua frenesia, mo&lt;
vendo verso il propileo d’onde entrano il vento marino
e l’ ultima luce.

Gorgo,
voglio vederla. S ’ode
73o il latrato? Ritorna? Ascolta, ascolta!
GORGO.

N o , no, non s'ode.
FEDRA.

T 'inganni, t' inganni.
L o scalpitio dei cavalli, il clamore...
GORGO.

N o , creatura. Il rombo hai dentro te
come la conca marina.
FEDRA.

_

Conosci

il rito? Quando Ròdia
percoteva lo scudo
del Coribante, apparsa era la dea
tra le due porte, alzata;
e torva m i guatava. “ Fedra! Fedra!,,
740 M a era la tua voce?
* 51 -

�FEDRA
E piangevano Tèseo
le Supplici! U na vittim a, una vittim a,
o Gorgo, non per quella
m a per l'altra nemica, per Ecàte
che sale di sotterra
e chiede il sangue puro della gola.
Conosci il rito?
GORGO.

Placa
l'angoscia, placa l'angoscia! Sordi
del tuo tum ulto sono
75o i tuoi pensieri infermi.
Tutto il vi so ti pulsa
entro i capegli come il cor scoppiante
del corritore. E non potrò lenirti,
creatura, il tuo male!
FEDRA.

A h , nutrice, la fiera ch'ei colpisce,
ecco, si volge e lambe
profondamente la sua piaga e allevia
il suo dolore. Prendimi,
ponimi sopra un carro, e sferza, e portami
760 verso M etàna, portam i
al frangente del flutto,
per la marina di Lim na, ch'io beva
- 52-

Atto I

�Atto I

FEDRA

il vento, ch'io respiri
la schiuma, ch’ io m i bagni!
D o v'è quella Tebana? nel lavacro?
V oglio vederla, voglio
vederla. V a , va, cercala. C h ’ io l’abbia
nelle m ie m ani! Annotta.
Prendi la face, prendi
770 l'acqua lustrale, e il salso orzo, e il canestro,
e le corone. Tu conosci il rito.
Ella sospinge Gorgo, che s'allontana in silenzio. Con gli
occhi torbidi la segue verso il propileo, per ove penetra
nell'atrio oscurato il lume violaceo del crepuscolo. Sta
in ascolto, protesa, respirando il vento con la bocca ane­
lante. Di subito sobbalza e si volge come se udisse no
mato il suo nome; e vede riapparire la grande Afrodite
seguace, nell'ombra della lunga colonna. Cammina verso
l'apparizione, curvandosi innanzi con aspetto ferino,
quasi che le branche pieghevoli e tacite della pantera
portino in sogno la sua sete e la sua rabbia. Parla da
prima soffocatamente, acre d'empietà, con un incerto
gesto della mano che sembra tergere dalla bocca una
schiuma penosa e poi alzarsi verso la nube dei capelli
come a tentar l'ago crinale che la traversa.

Dea, che vuoi tu dunque da Fedra? Dura
belva, con la tua bassa
fronte sotto il pesante oro scolpita,
predatrice famelica di me,
con la tua bocca sul tuo m ento invitto
- 53-

�FEDRA
calda come la bava di quel mare
che ti gettò negli uomini,
o mille volte adultera del Cielo,
780 con l’azzurro letèo che ti vapora
intorno al losco fascino degli occhi,
o
druda dell’ Imberbe,
con la macchia del bacio
sopra il tuo collo forte come il collo
della cavalla tessala, e rempiuta
di sangue come di vino, e involuta
di carne come d’ incendio, sì, onta
d’ Efèsto, se m i guardi
ti guardo, se t’appressi
790 m ’appresso, disperata di combattere.

Atto I

v

Con la mano minacciosa fa Tatto di trarre il lungo ago
crinale.

M ’ irridi? Se nemica
m i sei, ti son nemica.
A rm i non hai se non
le tue micidiali m ani molli.
T i potessi trafiggere
a vena a vena come nel travaglio
della m ia notte orrenda
con quest’ ago trafiggo a foglia a foglia
il mirto sacro!
-54-

�Atto I

FEDRA

Eira, di sacrilegio fa l'atto di scagliarsi; ma s'arresta di
sùbito, quasi che il suo impeto si tronchi per il mezzo a
guisa della verga di frassino sforzata dalla corda. E
s'affioca, pallida come la cenere, lasciando cadere l'ago
imbelle.

N o . T i cedo. Invitta,
800 invitta sei. M i snodi le ginocchia,
m i dirompi la spina
sol con lo sguardo. Sei come la morte,
e morire non fai.
E vengo meno con tutta la mente,
resoluta con tutte le midolle;
e t’ imploro, pel figlio
di Mirra, per l’ insanguinato Adonis,
pel nato dalla voglia
nefanda, per l’ im berbe
810 tuo caro che ti piangono
le fem m ine di Frigia
sul giaciglio selvaggio!
Dea, t’ imploro» Perché
m i perséguiti ?
Invano attende la divina risposta. Le risorge l'orgoglio,
vinto il languore supplichevole; e lampeggia da tutto
il volto.

Parlam i!
Io posso udirti. H o l’animo possente.
Io sono una Titànide. M ia madre
- 55 -

�FEDRA
nacque dal Sole e dall’ Oceanina;
e per ciò sono anch’ io piena di raggi
e di flutti, son piena di chiarori
820 e di gorghi. Ardo. Ondeggio.
E nutrire di m e dovevi, o dea,
un amore più bello
un amore più grande
che l’amore di Evadne.
A h , perché m i perséguiti? D i che
ti vendichi sul sangue
d’ Elio? N o n saziata
sei di quell’altra preda?
L'orrore della materna infamia la riafferra, l'orrore del
congiungimento bestiale. E il bianco toro condotto dal
boaro alla falsa giovenca ella vede, e la lussuria ne'
fanda, e il generato mostro bovino e umano, e il labi'
rinto vorace, in baleni di delirio.

A h i, ahi, madre, mia madre miseranda!
83o A h i schiuma della frode sopra me!
A h i falsato furore
che in eterno, in eterno muggirà
contra la stirpe inulta!
Bocca anelante, nari acri, occhio im m oto,
pallida faccia come il secco strame,
corrosa dai sudori tetri... A h i madre,
quale effigie tremenda
' 56 '

Atto I

�Atto I

j»

FEDRA

chiedesti all'arte del mortale, senza
tremarne! Ecco, ecco, il toro si precipita
840 all'inganno, ansa, sbuffa
dall'orribili froge, fiuta, lambe,
lorda... Figlia del Sole,
figlia del Sole, fatta
come l'arm ento, sottom essa all'urto
obbrobrioso, piena
-d e l m ostro im m ondo! Labirinto cieco
ove si sazia di cruento pascolo
L il mio fratello, il mio fratello informe!
C "Freme e sussulta ella in tutta la sua carne, come sen­
tendo nelle sue ossa la calda midolla della colpa. Chiama
la sorella delusa, con la voce che s'arroca nell'odio del­
l’ospite perfido.

Ariadne, Ariadne, e tu sorridi
85o al rubatore Tèseo.
Con l'astuzia cretese egli lo coglie,
con la spada cretese egli lo scanna.
Tratto lo veggo per le mille vie,
carname ambiguo...
Rabbrividisce ella, senza più parola, intenta; poi si
scaglia.

N o n l'amore, dea
ferale, generasti m a la morte
in A m atun ta piena di metalli.
-57-

8

�FEDRA

Atto I

E perché dunque vivere
m i lasci, se t’ impreco e ti disfido?
C on le sue mani ancor d’eccidio calde
860 m ’avesse egli sospinta dalla nave
non sul lito deserto m a nel flutto,
m a nell’ im o silenzio,
m a nell’ultim o gelo,
e rem ota m i fossi dagli Iddìi
ed im m une m i fossi dal servaggio,
e sola l’ infinita
onda su le mie labbra e su le mie
pàlpebre avessi, e solo sopra m e
e intorno a m e non vinta
870 l’ invincibile M are!
Si curva ella a raccogliere l'ago; e,come vede su la pietra
rosseggiare il repentino sprazzo della face recata dalla
sopraggiunta Gorgo, sobbalza e si volge nel fremito.
GORGO.

Fedra!
FEDRA.

Sei G orgo o sei l’ Erinni?
La nutrice porta il canestro e la face conducendo la
schiava tebana tutta avviluppata nel velo oblungo e
coperta le gambe dalle pieghe del chitone cadente oltre
l’apice del sandalo.

- 58-

�Atto I

FEDRA

GORGO.

F edra,
è questa la Tebana
che Adrasto dona al figlio dell'Am àzone.
Ma l'inferma è tuttavia agitata dalla divina visione.
FEDRA.

L ’ hai tu veduta contra la colonna?
E dileguata!
GORGO.

F edra,
ho veduto laggiù nella pianura
di Lim na, alla palude
Sarònide, la caccia che ritorna.

Ma l'inferma ondeggia ancóra nel suo delirio crepu
scolare.
FEDRA.

E la cerva persegue la sua brama
880 fin che dinanzi a sé non trovi il fosco
uccisore di lupi e dietro a sé
la palude mortifera.
La nutrice la chiama più forte. Ed ella si riscuote. E
guarda la preda ravvolta, avanzandosi verso di lei col
suo passo di lunga pantera ma più leggermente.
GORGO.

O dim i, Fedra. E piena di presagi
- 59-

�FEDRA

Atto I

la sera. A rde gran fuoco su l’Acròpoli
presso il tempio di Pallade Stenìade.
E la carena che portò le sette
urne è data alle fiam m e dì su l’àncore,
olocausto navale del re Tèseo.
L ’Africo soffia da Calàuria, ed eccita
890 gli incendii sacri.
La prigioniera è immobile e tacita. Chinandosi verso di
lei, Fedra ha nel bianco degli occhi una scintilla che
sembra di sorriso.
FEDRA.

V ergine

di Tebe, sei divinatrice?
La prigioniera non risponde né si crof,a.

Voce
non hai? Forse la perde chi s’abbevera
alla fonte di Dirce?
alla fonte che sa
di supplizio?
La guarda più da presso. Mescola alla parola un dubbio
miele.

Conosci bene l’arte
d’avvolgerti. Celata
sei nelle m ille pieghe,
tacita, come un fior chiuso di mille
- 60-

�s

Atto I

FEDRA

petali. Accosta, Gorgo,
900 la face.
La nutrice pone la vampa di fronte al viso della schiava,
su cui pende Torlo ombrante.

V eggo Toro
lucere dentro i tuoi occhi notturni.
Apriti. N o n tremare. T i sarò
dolce.
Preso un dei lembi, con un rapido gesto la disviluppa
dal càlimma color di croco. E la vergine appare nel suo
lungo chitone di lino altocinta, coi capelli in corimbi
fasciati dalla benda di cuoio simile alla staffa della
frombola.

Sei bella!
Subitamente inanimita la prigioniera rende la lode, con
un lieve tremito nella voce melodiosa.
LA SCHIAVA T EBAN A.

C o m e bella, come
grande sei tu, Regina
d'isole!
FEDRA.

Parli. Sim ile hai la bocca
alla parola, il fiato
simile al fiore della spicanardi.
Il tuo nome?

�FEDRA
L A SCHIAVA T E B A N A .

Ipponòe.
FEDRA.

A nche nel nom e è il giogo.
LA SCHIAVA T E B A N A .

910 A Ippolito sarà data Ipponòe?
FEDRA.

Prigioniera, il cipresso orna il giardino,
il cavallo tessalico orna il carro,
e la schiava orna il letto dell'eroe.
LA SCHIAVA TE B A N A .

Sarà duro il suo giogo?
FEDRA.

Sei fragile. L a rondine fugace
e l'anèm one lieve
si piacquero di te: O r come dunque
resistere potrebbero le tue
/ ossa alla prim a stretta
920 del cacciatore?
L A SCH IAVA T E B A N A .

Fragile
si, m a come Tornello che fa Tasta
vibrante.
*62

Atto I

�Atto I

F E D R A

FEDRA.

Dici che sei forte?
Ribalena l'ardimento nella creatura nata della stirpe
pugnace che sorse dalla semenza di Cadmo. Illusa dai
modi ambigui della Cretese, l ' incauta di parola in pa­
rola cresce nel vanto. Illumina il dialogo la lampadèfora
silenziosa.
L A S C H IA V A T E B A N A .

In riva
ai due fium i gemelli
con le vergini eguali
correvo a gara.
FE D R A .

.

Dici

che sei veloce?
L A S C H IA V A T E B A N A .

So gettar la palla.
FE D R A.

N o n la spola?
L A S C H IA V A T E B A N A .

S o volgere il palèo.
FE D R A .

N o n il fuso?
L A S C H IA V A T E B A N A .

A ltri giochi

- 63-

�FEDRA
io so, men puerili:
93o scagliare con l'am ento
la m ezza lancia, con la fionda il ciottolo.
FEDRA.

Cogliere il segno?
L A SCHIAVA T E B A N A .

Etèocle
m i lodò.
FEDRA.

C o m e guerriera?
LA SCHIAVA T E B A N A .

D i tutte
le vergini tebane
sola non piansi, quando irto di bronzo
era l'E tere e sordo
per lo stridor dei carri e per lo scroscio
delle selci su' clipei e pel rauco
alalà degli astati
940 contra le Sette Porte.
FEDRA.

Sei magnanima.
LA SCHIAVA T EBAN A.

Son la figlia d'Astaco.
'6 4 '

Atto I

�Atto I

FEDRA

FEDRA.

Vergine regia.
L A SCHIAVA T EBAN A.

Sono degli Sparti,
d’una di quelle cinque genti arm ate
che C adm o seminò.
FEDRA.

N o n tem i il sa

LA SCHIAVA T E B A N A .

Son la minor sorella
di M elanippo; ch'era alla difesa
della Porta Proètide.
FEDRA.

E quale uccise degli assediato«?
LA SCHIAVA T EBAN A.

Il genero di Adrasto
95o che m i fa schiava: Tideo.
FEDRA.

Uccise il figlio d’ Èneo?
L A SCHIAVA TE B A N A .

M a cadde egli per l’asta d’Anfiarào.
E io vidi con questi occhi notturni
sotto la porta Tideo, squarciato
9

�t

FEDRA

Atto I

il fegato feroce,
rodere il m ozzo capo
del fratei mio, recatogli in pastura
fùnebre.
FEDRA.

E non piangesti ?
LA SCH IAVA T EBAN A.

L o vendicai.
FEDRA.

Sul cadavere?
LA SCHIAVA TEBAN A.

Usci
960 da’ miei precordii l’ululo
profetico; e Leàde,
il fratei mio secondo, l’avverò.
FEDRA.

Per che modo ?
L A SCHIAVA T EBAN A.

Atterrando Ippomedonte.
FEDRA.

Due dei S ette dom ò la forza d’Astaco.
L A SCHIAVA T EBAN A.

Tre dei Sette, o regina
- 66 -

�Atto I

FEDRA

d’ isole; che dal m io
Anfidico fu spento
Eteòclo l'Ifiade,
con la spada a due tagli.
FEDRA.

970 C on la spada che avesti
per nutrice, o Cadm èa.
Rallégrati, rallegrati!
L A SCH IAVA TE B A N A .

E per ciò, dopo i roghi, m i prescelse
fra tutte le Tebane
il re d'A rgo; e m i pose con le ceneri
dentro la nave nera.
FEDRA.

M a rallegrati, o fiore degli Sparti,
A lala, prim a nata della Guerra,
che prelude alla strage!
980 A la la è il nom e tuo.
LA SCHIAVA T E B A N A .

Sono una schiava.
FEDRA.

N o n la schiava sarai; sarai la sposa
d'Ippolito. Sei degna
che il figlio faretrato dell'A m àzone
' 67

\

�teco partisca il talam o coperto
coi velli dei leoni.
E prim a delle nozze
Fedra ti condurrà
sino all'isola Sferia,
che tu nel tem pio dedichi la zona
990 a Pallade Fallace.
L A S C H IA V A T E B A N A .

M 'accogli nella tua grazia, Regina
d'isole, e m i proteggi?
Pari a un'iddia tu splendi.
M a persuaderai quegli che porta,
com 'è fam a, sul capo
il teschio irto del lupo?
FEDRA.

Il teschio irto del lupo
sul crine di viola opimo come
i grappoli dell'uva che nereggia
1000 nelle vigne cidònie o v 'io li colsi
caldi con queste dita; e tu le tue
v'im m ergerai stillanti di profumi,
Ipponòe.
L A S C H IA V A T E B A N A .

S o l'arte dell'erbe, so
le virtù degli odori.

�Atto I

FEDRA

Un bagliore come d'incendio entra pel propileo, dalla
parte del Mare; vince la face, agita le ombre, percote
le mura e le colonne; irradia il volto della Titanide
vertiginosa.
FEDRA.

.

Senti, senti

com'è forte l'odore
dei terebinti! E sotto l'om bra maschia
il suo viso è tagliato
nella pietra di Sparta
color di farro, e più s'inàura quanto
1010 più gli ridono li occhi leonini.
E una bocca v 'è, chiusa dal disdegno
e gonfia, che di sempre
fresco sangue par tinta come i dardi
avulsi, dolce a chi
non tem e di baciarla, v
Ipponòe.
LA SCHIAVA T EBAN A.

C o m e t'accendi; Regina
d'isole, pari a un'iddia che si mostri
dentro una nube d'occaso!
FEDRA.

E la sua
forza, come la cetera deliaca,
1020 varia i m odi; che tutti li conosce:
- 69 -

�FEDRA

1030

Atto I

il modo onde gli A rgei
dalle reni pieghevoli si curvano
verso terra o s'abbattono intrecciando
le gambe, e il modo del pugilatore
dalle pugna fasciate
di cesto, e l'arte del lanciare il disco
nel vento con un lungo
sonito. O corritrice,
e correrai tu per la selva al fianco
del coturnato, e balzerai di là
dai torrenti pontando l'asta, e senza
ànsito inseguirai la fiera. E come
la V ittoria starai dritta sul cocchio,
con la m ano alla sbarra
lunata, dietro Ippolito proteso
a flagellare gli èneti poliedri
per le sabbie di Lim na. E tu m edesim a
dell'olio e della polvere e del grumo
lo monderai con lo strigile d'oro.
Sotto lo sguardo crudele e divorante, la vergine co
mincia a irrigidirsi nella immobilità del terrore. La di'
vinazione gonfia il suo petto. La sua voce si muta.
Soffocato è il suo primo grido di veggente.
L A SCHIAVA T EBAN A.

1040 A h ! A h ! V eggo il suo sangue sopra lui.
* 70 '

�Atto I

FEDRA

FEDRA.

Per tutto il corpo gli balza e gli s'agita
il suo sangue, dal pollice del piede
certo alla fronte ostinata. G li danza
e gli canta e gli svam pa
la giovinezza per tutte le m em bra
come su' m onti di Tebe la rossa
Bassàride, Ipponòe.
Accesa dal desiderio folle più che dal crescente rossore
dell'incendio è la figlia di Pasifae. Ella impone alla
schiava atterrita l'imagine notturna di sé palpitante
nell'aspettazione.
LA SCHIAVA T E B A N A .

O Regina, Regina, sopra te
intorno a te cresce il fuoco!
FEDRA.

_

sta n o tte
1050 come l'O rsa declini all'Occidente
e dal m ar sorga il grande
òmero d'Orione, o figlia d'Astaco,
sino alle labbra ti rimbalzerà
il cuore udendo il suono del suo passo;
e sarai tutta gelo
sino al fiore diviso del tuo petto,
e tutta del colore della notte
- 71-

�I

FEDRA

Atto I

come la nube che si scioglie, senza
le tue midolle, senza le tue vene;
1060 che spenta avrai la face;
che m en terribile è fìsare il volto
di T à n a to che il suo
volto nudo, Ipponòe.
LA SCHIAVA T E B A N A .

E dietro a te T àn ato! E dietro a te,
Fedra, il fanciullo nero! Tutto intorno
arde.
Più le si appressa Fedra col viso contra il viso, ponen­
dole so gli òmeri le mani violente. Tatto l’atrio ros­
seggia di volubili riverberi.
FEDRA

T i prenderà
fra le sue braccia ferree;
t’abbatterà, ti premerà su i velli
dei leoni; perduta
1070 ti squasserà, ti schianterà...
LA SCHIAVA T E B A N A .

Perduta
sei nel fuoco! L a reggia è in fiam m e! Tutto
arde!

�Ora dal pieno petto grida la veggente, invasa dalla
grande angoscia apollinea. Anela e geme; e poi sembra
esanime; e poi riprende il clamore, come il vento che
cade e risorge. Abbagliata dai riverberi, Fedra si scosta
e indietreggia.
GORGO.

E l'incendio della nave fùnebre.
E l'olocausto nautico.
Il riverbero passa pei propilei,
L 'A frico soffia turbini
di faville.
FEDRA.

Rovescia
la face! Spegni la face, se T àn ato
è dietro a me.
La lampadèfora inverte la face e la spegne sa la pietra.
LA SCHIAVA T E B A N A .

Adrasto, Adrasto, a chi
fui data! O fonte di Dirce! O m ia Tebe
1080 di Sette Porte! D o ve m i trascini,
Ismènio? O Lòssia, che farai di me?
FEDRA.

Tu gridi verso il dio
che non am a il lamento,

�F E D R A

con la tua gola alzata
com e la gola della
colomba. T i corono, figlia d’ Astaco.
L A SCH IAVA T E B A N A

1090

O fonte dove Edipo si lavò,
dove io colsi i narcissi a coronarmi !
Fonte non v ’è, non fiume, non ocèano
per quella, non divina non umana,
che ricevuto ha in tutte
Tossa la tabe ardente.
FEDRA.

G o la piena di fato,
so da qual vena trarre
per m e Tonda lustrale.
LA SCHIAVA T E B A N A .

A h , come corre il toro
schiumoso trascinando la giogaia
orribile!
FEDRA

1100

M ia madre
m ia madre scopri tu
nei pascoli? T ’appare il simulacro?
Taci! Taci!
- 74 -

Atto I

�A tto I

F E D R A

LA SCHIAVA T EBAN A.

O supplizio
dircèo rinnovellato
su l’ imberbe! Il cavallo
gènito dallo stupro dell’ Erinni
ringhiava all’ombra della vela nera
con un fato nel torvo occhio materno.
Tu non lo placherai con l’orzo, né
con la spelta.
Supera Fedra il terrore. E il suo volto si fa più inesora­
bile ciré quel della predatrice famelica dal mento invitto.
FEDRA.

M a come

l
placherò?
o
Si falsa il vaticinio
m o nella 10
g ola servile. Cessa! Cessa!
Bocca di schiava masticar non può
il lauro pitio. Cessa, per gli Iddìi
inferni !
LA SCHIAVA T E B A N A .

O Lòssia, che farai di me?
dove m i traggi?
FEDRA.

o n d i verso il dio
che non am a il lamento.

75

�FEDRA

Atto I

LA SCHIAVA T EBAN A.

N e i turbini del fuoco?
nel furore d'Efèsto?
I riverberi per l'atrio hanno un battito incessante, quasi
vampe vivaci, mentre la Cretese trascina verso l'altare
la, figlia d’Astaco che si lagna e repugna.
FEDRA.

Vieni all'ara!
Gorgo, reca il canestro.
LA SCHIAVA TEBAN A.

C on artigli
m i ghermisci.
FEDRA.

N o n sei dunque tu forte
1120 come Torno, sorella
di Melanippo? Vieni!
LA SCHIAVA TEBAN A.

Irresistibile,
irresistibile, or che fai di me?
N o n sei più quella che m i prom etteva
le nozze? O mio fratello!
FEDRA

T 'ode, certo, se m e odano gli Inferi.
O Gorgo, arde la reggia? Gorgo, tutta
-76-

�Atto I

j-

FEDRA

la sete dell'Argolide s'infiam m a?
Tutto il suolo di Pelope
è un olocausto?
L'ardore d’una smisurata fucina sembra soffiare nel pa­
lagio di Pitteo. S’ode a quando a quando il rugghio
confuso dell’ incendio e il fischio del vento libico. Posato
il canestro, Gorgo veloce s’allontana per l’adito. Fedra
e Ipponoe sono presso la fossa dei sacrifizii.
LA SCHIAVA T EBAN A.
113o

. F u ggi,
fuggi. L 'E rin n i brucia
col tizzo le tue case.

FEDRA.

✓

D alle case di Edipo
teco venne la cagna stigia? O schiava,
odimi. Q uella che il figlio di Laio
osò guatar negli occhi spaventosi,
quella fiera che striscia balza vola
parla, bacia le bocche moribonde,
aquila, serpe, leonessa, fem m ina
d'uomo, alata, squam mata,
1140 con branche atroci e floride m am m elle,
M usa dei M orti, in me
rivive.
LA SCHIAVA TEBAN A,

Sei la Sfinge?

-77-

�FEDRA

Atto I

FEDRA.

S ono reara.
V ittim a, e ti corono di papaveri;
che la terra di Pelope
è fertile in papaveri letèi.

Ella prende dal canestro la ghirlanda purpurea e ne
cinge il capo della Tebana che prostrata volge il la­
mento melodioso.
L A SCHIAVA T E B A N A .

O pari a un'iddia, Fedra, o folgorante,
10 piego ai tuoi ginocchi
come un supplice ramo
11 mio corpo di vergine incorrotto,
n 5o onde l’alito spira
(da te l’udii, da te, non ti sovviene?)
simile al fiore della spicanardi.
D eh, per quel fiore nella tua parola,
non m ’uccidere innanzi tem po, non
m i volgere alle Porte
del Buio; che dolce è veder la luce,
e assai non bevvi alle m ie chiare fonti.
FEDRA.

Se bevesti alla fonte Edipodèia,
Tebana, sciogli l’enigma di Fedra.
L'abbranca ella, inesorabile; e, non umana non divina,
si curva su lei nello splendore misterioso.

' 78 *•

�F E D R A

A tto I

LA SCHIAVA T EBAN A.

n6o A h i, tu m 'adugni! Sanguino.
Sono come la rondine,
sono come l'anèmone.
- D a te l'udii. Perché m i struggi?
FEDRA.

S ciogli

per la divinità profonda, sciogli
il nodo inestricabile.
L A SCHIAVA TE B A N A .

Son bianca.
N e ra vittim a chiedono
gli Inferi.
FEDRA.

Ecàte è pallida.
LA SCHIAVA T EBAN A.

M estorci.
N o n son tua. Sono un dono d'altri. C om e
il cavallo e il cratère,
1170 sono il dono di Adrasto
al figlio dell'A m àzone. D 'Ippolito
sono. T i chiederà di me, se torna,
il faretrato. E tu
perché m i togli a lui ?
- 79 -

�i

FEDRA
FEDRA.

«s»

Atto I

Sciogli l'enigm a!

L A SCH IAVA T EBAN A.

A h , m i laceri. Sànguino.
T 'od o. Interroga.
Abbrancata e riversa la tiene Fedra, con gli occhi negli
occhi, con l'alito nell’alito, simile veramente alla fiera
nata d’ Echidna.
FEDRA.

_

, .

O r chi,

dim m i, dom ò col fuoco il fuoco? O r chi
spense la face con la face? O r chi
con l'arco feri l'arco?
L A SCHIAVA T E B A N A .

L'am ore.
0
18
FEDRA.

N o.

LA SCHIAVA TEBAN A.

L a morte.
FEDRA.

N o.

Fulminea si toglie dalle trecce l’ago crinale e trafigge
la vittima ponendole su la bocca la sinistra mano e ro­
vesciandola nella fossa a piè dell'ara solenne. Breve­
mente quella si dibatte e geme.

Ricevi,
-80-

�Atto I

FEDRA

divinità profonda, il sangue puro
di questa gola, e scendi al sacrifizio.
S'ode la voce affannosa di Gorgo che accorre come in­
seguita dai turbini del fumo e delle faville.
GORGO.

O Fedra, tutto il porto di Celènderi
è in fiam m e. D alla nave
nera s'è propagato il fuoco a tutto
il navilio su l'àncore ed in secco,
per lo sforzo dell'Africo che spinge.
E l'incendio divam pa, irreparabile.
E tutto il golfo è rosso, fino all* istmo.
1190 E turbini di fum o e di faville
passano su Trezène e su l'Acropoli.
O d i l'ululo e il rugghio. Senti l'afa
della pece, che soffoca.
La sacrificatrice leva in alto le mani cruente e invoca.
FEDRA.

O furore
d 'E festo divorante, sia la notte
ultim a! Evadne, Evadne,
una cenere sola innanzi l'alba!
GORGO.

Purifica, purifica,
- 81 -

II

�FEDRA
o sacrificatrice, le tue mani.
Ecco le M adri supplici dei Sette
1200 uomini Eroi, con l'urne
di bronzo.
China presso il canestro, la nutrice le versa l’acqua
lustrale e la terge, mentre le Supplici dai neri pepli en
trano l’una dopo l'altra con lento passo in silenzio por
tando su le braccia le urne delle ceneri eroiche.
FEDRA.

M adri degli Eroi (te sopra
tutte, che serri contra il vasto petto
l'urna delle due ceneri sublimi,
te sopra tutte onoro) udite, Madri.
Q uesta schiava tebana,
cui pose Adrasto nella nave nera,
fu della stirpe d'Àstaco,
ond'esci l'uccisore
d'Ippom edonte, e l'uccisor di Tideo,
1210 e quello dell'Ifìade
Eteòclo. SÌ schiantano tre cuori
contra il bronzo funereo ?
Presso l'altare ingombro
dei vostri rami sùpplici im m olata
l'ha, nella sacra luce
dell'olocausto nautico, alle Forze
*

82

-

Atto I

�Atto I

FEDRA

profonde e alle severe O m bre e al superstite
Dolore
La grande chiara voce cala, s'intenebra, nella pausa
contratta.

e alla M ania
insonne, su l'entrare della N o tte ,
1220 Fedra indimenticabile.

���O. © A N A T E IIA IA N .

�IPIN TO a liste a rosette a
meandri di color variato
appare il peristilio che
precede la dimora delle
donne; intorno a coi per
l’alto ricorre il fregio d’a­
labastro incrostato di quel
vetro che i Fenicii colo
rano con la gruma ce
rulea generata dal rame
immerso nella feccia del
vino o con l'ocra azzurra
di Cipro. Si scopre nel lato orientale fra due ante lo
splendore del Mare Sarònico per mezzo alla selva degli
antichi cipressi. Un mirto sacro sorge di tra le lastre del
pavimento, ornato di bende con nodi singolari} e al
tronco pendono zòani, simulacri dedàlei di Afrodite
tagliati nel legno; e v'è la colonnetta e v’ è l’altare; e
sonvi su l'altare alcuni vasi d'unguenti, due colombe
d'oro, e d'oro una bene attorta serpe fatta a ornare i
malleoli del piede. Quasi al limitar dell'ombra prodotta
dai cipressi è un lungo giaciglio che tutto ricoprono le
pardàlidi, stellati velli di pantere.
Poco discosto è l'alto telaio verticale formato da due
puntelli di piede aguzzo congiunti in sommo da una

'8 7 '

�FEDRA

Atto II

traversa ove infissa è una specie di cavicchie come nel
giogo della lira; e, piò sotto, a un'altra traversa è av
volta la parte dell’opra già fornita e vi si mostra per il
largo una banda intessuta di figure d’uomini e d'ani­
mali a imagine di caccia; e ne pendono i fili innumerevoli dell'ordito tenduti dalle forate pietruzze che pe­
sano ai capi.
Sedata al telaio è la nutrice; che, a sé traendo alter­
namente il calamo annesso con cappii ai fili dispari del­
l'ordito e quello annesso ai fili pari, getta nell' intervallo
con la spola il filo della trama e con la spate il tessuto
rado serra.
Distesa è sul giaciglio Fedra coi piedi senza sandali,
consunta dal male insonne, poggiata il cubito su i velli
ferini e nella palma la gota smorta. Sospeso alla colonna
sul suo capo è il rotondo scudo sonoro del Coribante dic
teo. Di contro, sopra uno sgabello, è l'uomo d'Argo con­
duttore di carri divenuto aedo, in lunga tunica violetta.
Costui ha disgiunta dalla tracolla di cuoio la cetera
d'avorio ben costrutta; e, sovrapposta l'una coscia al­
l'altra, tiene sul ginocchio la cassa e tra le mani i due
bracci ricurvi. Come la tessitrice davanti ai fili dell'or­
dito, egli ha il volto davanti alle corde e guarda per gli
intervalli fisamente la Titanide.
Sotto il portico, presso l'adito che conduce alle sedi
recondite, due fanti filano in silenzio, avendo ai piedi i
canestri l'un colmo di lana bianca, l’altro di lana nera.
La terza, Ròdia, accosciata presso il lebete argenteo pre­
para coi semplici il beveraggio. La quarta e la quinta
inginocchiate fanno il gioco degli astragali cautamente,
ora gettando col bossolo i quattro ossicini, ora gettan­
done in alto tutti insieme cinque per riceverli poi sul
dorso della mano. Compone la sesta una ghirlanda di
dittamo eretico. La settima profuma la colomba diletta.
- 88 «

�Atto II

FEDRA

FEDRA.

E tu dunque non vai
per la via polverosa alla pianura
nutrice di cavalli, verso l'Inaco
arido, o uomo? né ti cerchi nave
che ti tragitti a un'isola ferace,
com'usano gli erranti aedi ?
L,AED°Soffri
ch'io m'indugi, Regina, poi che T èseo
m i trarrà seco a Sparta.
Soffrim i se non lungi
1230 dal tem pio che ad Artèm ide Licèa
eresse il distruttor di lupi Ippolito
trovai la cella e il bosco
consecrati alle M use dall'antico
Ardalo. U n sacerdote dell'antica
stirpe, di nom e anch'egli
Ardalo, è quivi.
FEDRA.

T

Lasci
la cetera di Dedalo pel flauto
ardàlide fasciandoti di cuoio
le gote gonfie? Stirpe
1240 d'auleti è quella, che non sa le corde
e il plettro.
89

12

�Atto II

FEDRA
L'AEDO.

M a non Ardalo
m 'am m aestra, non Ardalo. N ell'om b ra
dei lauri sacri è meco
quella che come te porta le chiome
a guisa d'un elm etto rosseggiante.
È meco sempre.
FEDRA.

Alunno
sei della dea, che t'insegnò la lunga
arte sì brevemente.
L'AEDO.

N o n di quella

dea.
FEDRA.

C h i è teco sempre?
L'AEDO.

M eco è sempre,
1250 m a sono solo.
FEDRA.

N o n la vedi?
L'AEDO.

Dentro
il m io cuore.

- 90 *

�Atto II

FEDRA

FEDRA.

T i parla?
L'AEDO.

N e l mio cuore
l'ascolto.
FEDRA.

M a, se non ti m ostra l'arte,
come regoli i còllabi all'accordo
sul giogo?
L'AEDO.

N o n so come.
FEDRA,

Com e trovi
i modi ?
L'AEDO.

N o n so come.
FEDRA.

N o n trattasti
mai le corde sonore ma le redini
e le sferze fischianti.

L'AEDO,

Ben è vero

quel che dici.
FEDRA.

L a mano

�A tto II

usa a frenare è dura e grave. O r come
1260 t'obbedisce?
L'AEDO.

N o n so.
FEDRA.

C o m e accompagni
il canto già, senza fallir le tempre?
L'AEDO.

N o n so, Regina.
FEDRA.

In sogno?
L'AEDO.

In sogno.
FEDRA.

Sei

beato.
L'AEDO.

Posso bearti.
FEDRA.

N o n v ’è
canto che m i consoli. M a sei tu
beato.
92

�Atto II

FEDRA

L'AEDO.

Sono oltre la vita mia
angusta, pronto al v o lo che va oltre,
com ’ Evadne, o Titànide.
FEDRA.

Ebro di fiam m a?
L’AEDO.

Ebro del mio segreto.

FEDRA.

D ’un segreto di suoni ?
L'AEDO.

D un segreto

1270 silente che da te
m 'ebbi col tuo dedàleo
dono, Fedra.
FEDRA.

L e corde,
aedo, non m i celano il tuo capo
non coronato; e l'ansia
tua fa tremar le corde.
L'AEDO.

Alcuna fronda

non cinse il capo mio
da che fu m orta quella
-93 -

�Atto

FEDRA
ond'era cinto il m esso,
di bianco pioppo, cara
1280 all1Alcìde e all'Egide; né d'alcuna
m i cingerò se non d'una che attendo
dall'ignota che sola a m e par dea.
FEDRA.

A lz i un altare novo? un tempio?
L'AEDO.

Aereo

tem pio è l'in no.
FEDRA.

C antavi
il rapimento di M arpessa e il folle
saettam ento d'Idas contro Apòlline.
Escludi il Delio e provochi il suo cruccio?
L'AEDO.

Io ti promisi d'obbedirti.
FEDRA.

i 1*
Escludi

T"*

gli Im m ortali?
L'AEDO.

D a te
1290 m 'ebbi il cominciamento d'ogni mio
' 94 *

�Atto II

FEDRA

canto, se ti sovviene.
u Cuore, narrami l'U o m o .,,
FEDRA.

O r ferve nel tuo cuore quel levarne
che la folgore ingiusta non distrusse.
L'AEDO.

L a bellezza creata dalla folgore
tu vuoi ch'io canti. Io t'obbedisco. Ben
d'una scheggia dell'asta
di Capanèo feci il mio plettro.
FEDRA.

i3oo

_

O r anche

tu divenuto sei dispregiatore
degli Iddìi ?
L'AEDO.

“ Fuorché d'uno,,
tu rispondesti ad E tra irreprensibile.
Fuorché d'una ti dico «* fuorché d'una
sola che scintillò su le mie sorti
p iu bella che la stella
Esperò sul dolor del mare, e prese
con un sùbito grido
tra le m ani indicibili il m io cuore
come la coppa del convito eterno,

* 95 *

�FEDRA
e l'alzò nella luce
fatta dagli invisibili sepolcri,
e traboccar ne fece
il vino e il miele, il balsam o e il levarne,
i sogni e le speranze.
E il dolore si terse le sue lacrime
e divenne la gioia,
e la m orte s’ imporporò di sangue
e divenne la vita.
E di sùbito fui com e il crepuscolo
pieno d’astri di nuvole di fiam m e,
i3ao e tutto risonai del m io peàne;
e le parole alate
rombarono com ’aquile nel vento;
e non m i riconobbi. A lle tue m ense
ricche di pani e carni,
o Titànide, non si riconobbe
il conduttor del carro
di Capanèo.
1310

Ardentemente a traverso le corde egli la guarda, strina
gendo l'avorio fra le dita tremanti, in sé contratto come
un che si celi.

M ’ intendi? fuorché d’una,
fuorché di quella sola.
Con lentezza di sogno ella parla, come remota, senza
guardarlo.

'96 '

Atto II

�—

------------

A tto II

F E D R A

FEDRA.
i33o

D ea non è quella; e pure è consanguinea
di Eterni. N o n divina non umana.
Salso è il suo sangue, e la sua carne splende
m a pesa. Può fìsare il Sole e non
perdere gli occhi. E , quando senza sandali
incede lungo il M are, ella il suo pianto
ode nel pianto delle Oceanine.
E per ciò sembra inferma
di sé, delle sue vene mescolate.
E per ciò sembra che deliri. M a
dea non è quella.
Subitamente ella gli si volge.

,

Aedo,
1340 tu parlavi di Fedra.
Si volge al fascinato con una crudele dolcezza.

T u sai dunque l'am ore.
Tu sai l'am ore disperato e solo.
L e corde non m i celano il tuo volto.
A traverso le corde
veggo una sm orta bragia. Tu non speri.
N o n troverai M arpessa che fra te
e un dio scelga te uomo.
Tu non speri se non la tua corona.
97

13

�FEDRA

i35o

Atto II

10 ti coronerò prim a che tu
canti il mio canto.
Chiama una delle due schiave che giocano con gli
astragali.

Eunòa,
tessim i una corona di cipresso.
Q u al fu l'ultim o getto degli astràgali?
LA FANTE.
11

getto d'Afrodite.

FEDRA.

E innanzi?
LA FAN TE.

Il getto
del Cane.
Fedra si volge alla natrice, ripresa dall'inqaietadine sma
niosa; mentre la schiava esce e recide il ramo per la co­
rona da un de' cipressi.
FEDRA.

O di, nutrice? V a . Conducimi
quel mercante fenicio, che m i porti
l'erbe ch'egli ha d 'E g itto contra il m ale
insonne.
Si parte Gorgo dal telaio, e va. Senza riposo, l 'inferma
si agita.

A ed o, e che farai per me?
« 98 '

�Atto II

FEDRA

Faville dà la smorta bragia, dietro le corde.
L'AEDO.

I 0 posso quello che non può l'am ore.
FEDRA.

Attingere dal fium e di sotterra
i 36o un po' d'acqua sonnifera, ch'io chiuda
quest'occhi e dorma? Eludere tu puoi
11 C ane stigio? U dii già d'un aedo
che l'incantò col suono della lira,
per l'am or suo. D 'un altro
udii che l'assopiva con un'offa
intrisa di papavero e di miele,
per l'am or suo. N o n puoi tu dare un sorso
del nero fium e a m e che sono il tuo
amore?
1
L'AEDO.

Si, ti porterò quel sorso,
*370 Titànide.
FEDRA.

N o n lungi
dal bosco delle M use
è l'ara dedicata dall'istesso
Ardalo al Sonno. A lm en o va, e prega,

,

99 *
UHt N3 LL
Wc * Slf

�FEDRA

j»

e concilia con l'inno il taciturno,
e sacrifica.
L'AEDO.

redra,
stanotte dormirai.

FEDRA.

A h , s'ei premesse
con le sue dita lievi come il fiore
della smilace il frutto della m orte
su' miei denti!

L'AEDO.

Stanotte dormirai.
FEDRA.

1380 S 'e i’m i prendesse tutta nel silenzio
del suo petto notturno e m i celasse,
e gli orecchi dolenti m i chiudesse
con la sua m olle cera!
L'AEDO.

Dorm irai.
FEDRA.

E il latrato del C ane di sotterra
quello che sempre s'ode, sempre s'ode?
A gave, Stilbe, avete udito?
Si levano le fanti e tendono l'orecchio.

Ì00

Atto II

�Atto II

^

FEDRA

LE FA N TI.

- Latrano
i m olossi d'Ippolito
sotto la Rupe.
Il figlio dell'A m àzone
ancóra insegue il cavallo d'Adrasto,
139o che fugge il laccio.
Si fanno al limitare, verso i cipressi, e ascoltano.

- S'ode
clamore dietro^il tem pio della Sòspite.
" Qualcuno chiama.
Eunòa reca alla Regina la composta corona. Colei la
prende, e si leva, e la pone sul capo chino d'Eurìto; ma
vacilla, già avendo riconosciuto la voce di colui che
chiama.
FEDRA.

Fedra
dà il cipresso all'amore. T i corona,
aedo, per quel canto e per quel sorso!
Tu trem i ?
L'AEDO.

A nche tu tremi.
LA VOCE D'IPPOLITO.

Eurito! Eurìto!
* ÌOt *

�F E D R A

A tto II

Fedra è come l'avida polvere che i venti alzano e ag'
girano nel piano argolico. Sembra che tatto intorno per
lei vanisca, e che sola quella voce risuoni su la sua vertigine. N on distoglie da lei gli occhi il coronato.
L'AEDO.

Ippolito m i chiama.
Le fanti son tutte al limitare, loquaci e sbigottite.
LE FA N TI.

« U o m o d'Argo, uom o d'Argo, l'A m azòn io
cerca di te.
« E Ippolito.
«*Ecco, viene
l'uccisore di lupi.
1400 - Viene pel cipresseto.
- H a dietro sé
A rpalo coi m olossi!
**Dorce, Dorce, la cagna irsuta, quella
color di ruggine!
- Entrerà con lui ?
-L a tremenda!
-E in guinzaglio.
-Arpalo, férm ati!
- Arpalo, sta lontano!
Con uno scoppio di sibilante collera Fedra le scaccia di
sùbito rompendo il suo cerchio d'angoscia, simile al
vortice di polvere che si rovescia e si sparpaglia.

Ì02 -

�Atto II

^

FEDRA

FEDRA.

Tacete, strigi! V ia! C h 'io non vi veda
più, ch'io non v'oda più! V ia! V ia!
Trattiene Ia schiava che nel Iebete mescola l'erbe.

Rim ani,
Ròdia.
Della saa ira investe anche l'aedo.

Perché m i guardi cosi, uomo?
Insensato tu sei?
L A VOCE D'IPPOLITO.
I4I°

Eurìto! Eurìto d'Ìlaco!
Di fra i tronchi dei cipressi il figlio d'Antìope irrompe,
giubilante, raggiante, nel corto chitone di lino, sol della
sàgari amazonia armato; che dietro i lombi gli pende.

L’AEDO.

.

_

O Tesèide,

eccomi.
IPPOLITO.

H o preso al laccio
il cavallo d'Adrasto, e l'h o infrenato.
L 'h o vinto.
L'AEDO.

.

Invitto sei,
figlio del domatore di Centauri.

" t03 *

�FEDRA
IPPOLITO.

Tra Ia Palude e il M are, a ll'O leastro
d'Eràcle, preso io l'ho.
FEDRA.

C h i t'h a ferito?

U na m ano ti sànguina.
IPPOLITO.

C o m e pallida sei! N o n sbigottire.
Per im m orsarlo, poi che contra i denti
1420 aveva il ferro e li serrava duri
più d'ogni ferro, ah con che rabbia!, messo
gli ho dentro la mascella, su la barra,
il m io pollice a forza; e ho fatto sangue.
FEDRA.

T i laverò.
IPPOLITO.

N o n gronda. Auriga, un aspro
m orso con le rotelle grandi e grevi
e con l'im boccatura acuta e lunghe
le guarde, e con negli assi snodature
difficili; che m 'h a battuto a freddo
un fabbro di M etana
1430 ammirabile, Sostrato d'Euforbo;
m a nei voltoi le campanelle d'oro.

*104

Atto II

�Atto II

FEDRA

Sentito ho una potenza di tem pesta
pulsare entro quel petto ampio e profondo
com e il petto d'un dio.
L'AEDO.

Divino egli è,
ingenerato d'un congiungimento
ineffabile. O Ippolito, non giova
lottar con lui. Blandiscilo.
IPPOLITO.

Perché

m i resiste, se docile
Adrasto l’ebbe?
L'AEDO.

Forse alcuna grazia
1440 egli ha nel M are.
IPPOLITO.

N o n ti disse Adrasto
il segno dell'origine?
L'AEDO.

N o n disse.
M a tutta notte nella nave nera
il cavallo annitriva, e percoteva
l'albero. E vegliavam o su la tolda,
ché fugavano il sonno i lunghi ringhii.
- Ì05

14

�FEDRA
FEDRA.

O dim i, odimi, Ippolito.
Guàrdati dal cavallo bieco! H o fatto
un sogno, ho fatto un sogno di terrore.
Ringhiava all'om bra della vela nera.
1450 E una voce gridò,
in un'afa d'incendio, sopra il M are:
“ T u non lo placherai con l'orzo, né
con la spelta. „ Rim andalo al re d'A rgo.
S e ti è fuggito, se per sette giorni
tu l'h ai perseguitato in vano, è segno
che t'è nemico e che repugna al tuo
freno e che ti prepara un grande male.
G ià conosce il sapore del tuo sangue.
Ippolito, io ti prego. O dim i. Rendilo
1460 al donatore.
IPPOLITO.

C h e m ai dici, madre?
M i parli come a timido fanciullo.
E m 'am m onisci ch'io m i copra d'onta
al conspetto dell'E liade
or che i Corintii son per celebrare
gli Istm ii e m i turba i sonni la corona
di p i n o l o voglio vincere il corsiere,
e pel corsiere vincere nei Giuochi,
' 106-

Atto II

�Atto II

FEDRA

non con la spelta né con fo rzo m a
con l'anim o. ^
FEDRAGuardasti
1470 tu dentro gli occhi torvi?
IPPOLITO.

L i copersi
con le mie mani, poi che messo gli ebbi
il m orso; e gli soffiai nelle narici
fumide il mio respiro
d'uom o, ché questo m 'insegnava un Tessalo
di Fere ad amm ansire
i poliedri. E m i parve m en nemico.
E si lasciò condurre per la briglia.
O r dove? L o sai tu,
guidatore di carro?
1480 Portatore di cetra, lo sai tu?
M i canterai un canto per la gloria,
s'io te lo dica?
L'AEDO.

U n canto per la gloria
ti canterò.
IPPOLITO.

Conosci tu l'im presa
i07*

�FEDRA

j*

del nipote di Sisifo, e il cavallo
nato dal sangue di M edusa?
L'AEDO.

E fam a

tra gli uomini.
IPPOLITO.

M a Pallade
venne in soccorso dell'E roe corintio,
al fonte. Io non avea se non il morso
congegnato dal fabbro di M etana.
1490 Io non avea se non la m ia lacciaia
e i miei due polsi ignudi. O dim i, auriga.
O dim i, aedo. E ra il settim o giorno
della caccia alla belva solidunga,
al N erazzurro come l'ippocam po.
G ià cacciato io l'avea traverso i m onti
verso Erm ione, con la torm a; giùntolo
agli Ilei, circa il tem pio di D em ètra;
poi ricacciato giù nella marina
al promontorio dove il flutto espulse
i5oo la figlia del re N iso che il tuo padre
gittò dall'alta nave, o Cressa; e quindi
inseguito di piaggia in piaggia, insino
a Genètlio e di là dal Crisorròe
insino al tem pio d 'E rm e. O ra in catena

108*

Atto II

�A tto II

j»

F E D R A

con la m ia torm a io lo respingo verso
la Palude Sarònide, lo serro
tra la Palude e il M are. E senza scampo.
S'interrompe come se gli risorga dai precordii il grande
anelito. E sembra che la prodezza gli tenda novamente
i muscoli infaticabili.

U dii forse il mio cuore? o il cuor suo fumido?
0 il croscio del frangente? Il m ezzo di
i 5io avea raccolte l'om bre delle cose;
e l'altissim o Sole erami giudice.
1 cavalieri chiusero l'angustia
dietro di me. Apparecchiai la forza.
A ttanagliai con la m ia forza il sauro,
e m 'avanzai girando sul m io capo
il cappio come frombola. G uizzavano
tra i miei ginocchi i muscoli del sauro
agile con la cauta arte del pardo.
E la vita m i fu non so qual dèmone
1520 pronto a scoccare l'attim o del getto.
“ Arione! A rio n e!,, Era al frangente.
E ra una schiumeggiante onda crinita,
con lo sguardo di un dio crudele; un'onda
d'un negrore di gorgo, con un ansito
e con un ringhio di cavallo; un'onda
gonfia d'un'ira belluina, avversa
all'uom o avverso. E sùbito su l'anche
*109*

�F E D R A

j»

Atto II

si rizzò, balenò nella falcata,
percosse con gli zoccoli di bronzo
i 53o il vento, s'abbatté, si dibattè
col m uso nelle sabbie, con la groppa
contra il Sole, saltando com 'arìete
folle. Il cappio scorrevole scagliato
dall'acerrimo dèmone stringeva
forte tra la cervice e la mascella
il
prigioniero. Ben congiunti agli òmeri
m 'ebbi i nessi dei tendini se alcuno
di quegli squassi non m e li divelse.
“ Arione, sei m io!,, N e g li atti come
1540 per entro a un velo fiam m eo di sogno
io era. C on fulminea destrezza
com piuta era la presa. G ià nel pugno
chiuse m 'eran le redini infrangibili.
E più non vidi se non una grande
nube di fum igante oro e nell'oro
im pennata una vam pa procellosa
che trasparìa per una mira form a
fatta di vene, di crini, di schiuma,
di bava e forse d'ali; ché nell'oro
155o fum igante e nell'ètere senz'om bra
l'im pennata ebbe l'im peto del volo.
" O fratello di Pègaso, anche m e
porta agli astri ! „ gridai alto su i piedi,

�Atto II

F E D R A

alto nel mio sudore e nel m io sangue.
E rispose all'anelito di gloria
un clangore di buccine sul mare.
Rapita è in lui la Cretese; né trattiene il grido d'amore.
FEDRA.

Bello sei, bello come il più bel dio!
IP P O L IT O .

1560

O r m'odi, portatore
di cetra. Presso il bosco
di Apòlline Teario
è una fonte nom ata
Ippocrène, del nom e
di quella che sgorgò tra gli oleandri
dell'E licona all'urto dello zoccolo
di Pègaso.
L 'A E D O .

Tu dici meraviglia
ignota a me.
IP P O L IT O .

L a fonte equina è occulta
agli uomini stranieri,
se non per espiarli delle colpe.

' III -

�FEDRA

«st

L 'A E D O .

E com 'hanno i Trezenii questa fonte?
IP P O L IT O .

1570 Q uando 1' Eroe corintio fu bandito,
venne in Trezene col cavallo alato
per chiedere a Pittèo le nozze d 'E tra.
L 'A E D O .

E sgorga dalla rupe?
IP P O L IT O .

S o tto l'om bra dei platani,
quasi notturna. Q u ivi
10 condussi Arione. E , com'entrò
sotto l'om bra, annitrì verso il silenzio
sacro. E l'abbeverai,
tenendogli la m ano sul garrese,
i 58o vigile, attento al sibilo del sorso.
Poi lo lavam m o delle schiume tutto,
e tutto lo nettam m o con gli strìgili.
E grande riluceva
il nerazzurro com e l'ippocam po.
M a, non più erto nella nube d'oro,
più non aveva l'ali della gloria!
A edo, aedo, e che m i canterai ?
A te novo, che già guidasti il carro
' Ii2 -

Atto II

�Atto II

FEDRA

del com battente, un eroe novo è pronto.
1590 E sazio ornai di saettare i cervi,
sazio d'essere principe
in numero di cani e di cavalli
Ippolito Tesèide.
FEDRA.

C h e vuoi ?
C h e vuoi?
IP P O L IT O .

L a guerra. Vincere
uomini vuole Ippolito
nato dell'Argonauta e dell'A m àzone;
poi che il suo padre, sopra tutti gli uomini
Elleni oggi ammirabile, nel fiore
degli anni avea già tolto
1600 la clava a Perifète,
discisso il curvator di pini Sinnide,
franto Scirone su gli scogli, m ozzo
Procuste, dom o il Toro maratonio,
com piuto lo sterminio dei Pallàntidi,
francato A ten e dal tributo erètico,
navigato alla Cólchide pel V ello,
alzato sé più grande nell'aurora
che dal rogo d'E ràcle rosseggiava
sul M on te dell'ellèboro e su l'Ellade.
* JJ3 *

J5

�J

FEDRA

j»

FEDRA.

1610 Figlio dell'Argonauta, vuoi tu m ille
navi?
IP P O L IT O .

Ben voglio.
FEDRA.

M ille navi curve,
di rossa prora, fornite di tolda,
irte di rem i e d'aste come d'ali,
piene di rematori e di guerrieri?
IP P O L IT O .

D o v e sono?
FEDRA.

.

V u oi tu regnare un regno
d'isole? dominare tutti i mari?
essere il Talassòcrate scettrato
dell'asta di tre punte?
IP P O L IT O .

Tu deliri,
inferma.
FE D R A .

N o n deliro.
1620

Offro.

ti4 *

Atto II

�A tto II

IP P O L IT O .

I tuoi sogni ?
FE D R A .

I miei fati.
IP P O L IT O .

M a quando?
FE D R A .

Q uando sarà converso
il vento Euro nel Tracio.
IP P O L IT O .

Q uesto è l'oracolo?
FE D R A .

E forse l'oracolo,
Ippolito.
IP P O L IT O .

M i giova forse il Tracio
per navigare verso la M alèa,
e l'E u ro per doppiarla.
FE D R A .

N o n ti giova.
IP P O L IT O .

N o n sai tu che il m io padre
alfine m i conduce ad un'im presa
non di fiere m a d'uomini?
- ii5 -

�Atto II

FEDRA
FEDRA.

O fanciullo!
IP P O L IT O .
i63o

V estirm i ornai di bronzo m i conviene,
non di foglie.
FEDRA.

O fanciullo inconsapevole!
IP P O L IT O .

Sarò com pagno dell'Issionìde
che fece il tagliam ento dei Biform i
su le sue mense quando primo T èseo
schiacciò sotto il m etallo del cratère
l'offensor primo, come udrai dagli emuli
cantori, o A rgivo.
FE D R A .

D ell'I s sionide?
IP P O L IT O .

D i lui, del grande Tessalo. Tu l'odii ?
FE D R A .

Il forsennato disegnò l'impresa?
IP P O L IT O .

1640 N o n egli m a il m io padre infaticabile.
* i 16

�Atto II

FEDRA

FEDRA.

Pur ora tom a da Tebe di Sette
Porte.
IP P O L IT O .

Più pronto varia
i suoi disegni che non tu le pieghe
dei tuoi pepli.
FEDRA.

M a qual disegno? E i va
da Tindaro di Sparta.
IP P O L IT O .

A l rapimento.
FEDRA.

A rapire il delubro
d'A res im pastoiato?
IP P O L IT O .

L a Tebana
tu m i togliesti, contra il rito, Cressa.
L a guardai su la fossa
1650 dei sacrifizii, al lum e delle tede,
coronata di grum i e di papaveri,
ah come bella! E le segrete cose
dei fati eran ne'grandi occhi non chiusi.

�Atto II

FEDRA
FEDRA.

C h e veduto t'aveano
senza mirarti.
IP P O L IT O .

Oscura,
m i sei matrigna. E lam entai la vittim a.
E il mio padre m i disse: “ Io ti darò
la figlia d'un iddio. N o n ti dolere.,,
L a figlia d'un iddio, non ancor nubile,
1660 vive in A m icle su l'E u rota pieno
di cigni, bella im m ortalm ente.
FEDRA.

C hi

la vide? chi la vide?
IP P O L IT O .

Corre fam a

già per tutta la terra
di Pelope. M a Chèlubo,
quell'ospite fenicio
C apo di nave, ci narrò d'averla
veduta in Lacedèm one danzare
intorno l'ara d’A rtèm ide O rtìa,
senza le vesti. Tu l'udivi, Eurìto.
1670 E fu deliberato il rapimento.
E avrem con noi cantore e mercatore
per ordinar l'inganno.
- i 18

�Atto II

*

FEDRA

FE D R A .

N o n andrai, non andrai!
T 'è m aestro d'insidie e di perfidie
il padre.
IP P O L IT O .

U sar l'inganno con prodezza
è degli Elleni.
FEDRA.

N o n andrai.
IP P O L IT O .

M atrigna
m i sei sempre. Tu m'odii,
Cressa.
FE D R A .

A m ato re della rettitudine
e tem ente gli Iddìi
1680 e alunno della Vergine succinta
ti dici tu, m entre t'appresti a frode
e a ingiuria! N o n traligni.
IP P O L IT O .

Troverò
laggiù sul Taigeto
la Vergine spedita e i grandi cervi
e i cani della specie più furente.
- 1 1 9 -

t

�FEDRA

Atto II

FEDRA.

E non cigni soltanto su l'E urota
m a un'acre specie in arme.
IP P O L IT O .

Com batterem o a piedi
e dal carro, da lungi
1690 e a fronte. E voglio tondermi i capelli
davanti per non porgere la presa
nello scontro di spada corta, al modo
tesèio.
Entra Ia nutrice conducendo il Capo di nave; che è se'
guìto da ano schiavo carico d'ima balla ben legata.
FE D R A .

Gorgo, m i conduci l'uom o
straniero ?
Si avanza il mercante fenicio, asciutto e adusto, audace
e scaltro; che porta la berretta dalle gronde pendule e la
bruna esòmide dei marinai.

F atti innanzi,
ospite. Rechi maraviglie? Rechi
il farm aco d 'E gitto,
il nepente che dà l'oblio dei m ali ?
IL P IR A T A FENICIO.

L 'o ro e l'am bra, l'avorio e il vetro, il bisso
- 120 «

�Atto II

j»

FEDRA

e la porpora, il legno
1700 balsamico e la pietra
medica, e alcuna cosa non veduta
m ai nell' E llade, reco,
Ànassa.
FE D R A .

F a che lo schiavo deponga
il peso, e poi vedrò. M a dim m i: vieni
di Lacònia?
IL P I R A T A FEN ICIO.

D a Psàm ato, dal Porto
delle Quaglie, di sotto
il Tènaro.
FEDRA.

A nche a m e ora, anche a m e
narra la maraviglia.
E vero che vedesti in Lacedèm one
1710 la figlia d’un iddio?
IL P I R A T A FEN ICIO.

Ben la vidi con questi occhi m ortali.
FEDRA.

Bella?

*m

'

16

�F E D R A

IL P IR A T A FEN ICIO .

C h e ti dirò? C o m e la luce
onde vivranno e moriranno gli uomini.
FE D R A .

E giovinetta?
IL P I R A T A FEN ICIO.

Appena pubescente.
FEDRA.

D a qual dio nata?
IL P I R A T A FEN ICIO.

Proferire il nom e
non è lecito a me.
FEDRA.

D a quale donna?

IL P I R A T A FEN ICIO.

D alla donna di Tindaro.
FE D R A .

E d è vero

che la vedesti ignuda ?
IL P I R A T A FEN ICIO.

Intorno all ara
deir O rtìa sanguinaria. Q uesta O rtìa,
Ì22

Atto II

�Atto II

FEDRA

1720 dicono, è il simulacro della dea
di Tàuride che vuole
essere abbeverata nelle vene
umane. E quei che l'ebbero e recarono
dal Chersonèso, dicono, il delirio
li consumò. E quivi le sacrificano
efebi scelti dalla sorte. E d era
tutta rossa degli sgozzati efebi
l'ara in quel giorno; e vi danzava in tondo
la giovinetta ignuda
i73o al suono di due flauti,
più candida che il cigno dell'Eurota,
pari alla luce, dalla fronte al piede:
solo era tinto il pollice.
FEDRA.

E si chiama?

IL P I R A T A FEN ICIO.

Èlena.
E Fedra e Ippolito per alcuni attimi restano nel silenzio
assorti; e anche l'aedo sogna. Curvo dinanzi alla R e
gina d'isole distesa su le pardàlidi stellate, il Fenicio
discopre il suo diverso tesoro.
IP P O L IT O .

D im m i, ospite; quanto mare
navigherem o noi
per giungere alla bocca dell'E urota?
- J23 o

�FEDRA
IL P I R A T A FENICIO.

C on vento buono, quattro giorni e quattro
notti. M a la M alèa
è perigliosa per chi vuol passare
1740 dall'Arcipèlago al M a r d'Occidente.
IP P O L IT O .

È buono il vento Tracio?
IL P I R A T A FEN ICIO.

O ttim o per andare a Creta.
Egli mostra un monile egizio alla Cretese.

Guarda
questa collana delle pietre verdi
co' due ferm agli a testa di sparviero,
Anassa. N o n la vale
quella che ad A m atu n ta sta nel tem pio
di Adonis.
Prende Fedra il monile fra le sue mani estenuate.

N a v iga sti m ai, Tesèide?
IP P O L IT O .

A d Egina, ad Elèusi.
IL P I R A T A FEN ICIO .

T u am i i carri.

- 124 &lt;•

Atto II

�Offre alla donna un altro monile.

Guarda
1750 questa collana tutt'oro costrutta
di fiori a quattro petali, d'antilopi,
di leoni, di vipere
alate, d'av oltoi.
E si rivolge al giovinetto cacciatore che inclina verso di
lui il suo cuor selvaggio ove già si sveglia l'aura dell'av
entura d'oltremare.

P ur belli i carri dei navigatori,
efebo, dalle rosse ali di lino
tinte col fior del germogliante leccio,
rapidi sopra il mare!
IP P O L IT O .

E sempre navighi ?

IL P I R A T A FEN ICIO.

Sinché le gru non suonino le trom be
nelle nubi, e le Plèiadi non fuggano
1760 la spada d'O rione; ché il m io padre
a m e non m i lasciò bovi aratori
e né bestie con lane.
N iun 'altra cosa m i lasciò che Tacque,
e un segreto di stelle.
Porge alla Minoide una verga d'ebano.

Ecco uno scettro.

�FEDRA

jt

Atto II

M a per te, A m azonio,
ho nella stiva un giaco lavorato
da que' S àrm ati ch'usano il cavallo
a guerra, a mensa, a sacrifizio, a tutto,
un di que'giachi nèssili
1770 fatto d'ugne ridotte in squam m e e giunte
con nervi equini, a m o' di chiusa pigna,
che non l ' intacca zanna n i saetta.
IP P O L IT O .

M a i non ne vidi.
IL P I R A T A FEN ICIO.

T e lo porterò.
Continua ad allettare la Regina trasognata, con le sue
cose ricche e strane.

Guarda. In questo alabastro
è un collirio con l'ago suo di legno
per ispargerlo agli orli delle pàlpebre
com e fanno le fem m ine di M em fì,
Anassa.
IP P O L IT O .

F osti sino a M em fì, Chèlubo?
IL P I R A T A FEN ICIO.

C h e m ai è M em fì ? Q uasi una città
1780 di Fenicii. V 'abbiam o noi un tem pio
- J26 -

\

�Atto II

F EDRA

nostro, il tem pio d'A starte
ch'è la nostra Afrodite, e m olti zòani
come quelli sospesi al m irto sacro.
(N 'h a n n o i Tebani di Beozia, fatti
col vecchio legno delle prue di C adm o
nostro.)
Spiega egli un peplo splendido.

N on mi
Anassa, questo a
scirelpeplo istoriato,
portento di Sidòne, da riporre
nell'arca più segreta.
IP P O L IT O .

E ogni anno vai
1790 alla terra d'E gitto?
IL P I R A T A FEN ICIO.

E che farem m o
se tra le sabbie sirie
e le scogliere libiche non fosse
il D elta? Grasso, im m enso; d'ogni specie
frutti; pecore, b o vi; ricche genti;
cumuli enormi di m etalli; vasi,
coppe, canestri, cuoi,
letti di legni rari, ottim e schiave.
A h , le belle rapine ch'io vi feci!

-127*

�FEDRA
Guarda questo pugnale con sul manico
1800 quattro teste di donna in foglia d'oro
battuta sopra il legno.
Guarda la lam a, col leone e il toro.
L o presi a Faro, nella scorreria,
non senza sangue.
IP P O L IT O .

F ai la guerra?

IL P I R A T A FEN ICIO.

Sem pre
a corsa e a guerra, a sforzo e a guasto siamo.
T u parlaci di navi ben 'spalmate
e di lance ben lisce.
E l'anim o più forte ch'ogni lancia
conviene avere, e buona lingua, e ancor
1810 migliore la m an dritta che la lingua;
e, negli sbarchi, a volte
essere nudi com e alla palestra,
bene unti d'olio com e te che lotti,
noi per sfuggire ad ogni presa. E usiamo
non i cesti sul carpo delle m ani
m a certe correggiuole di corame
bovino crudo, incrocicchiate al modo
antico sotto il cavo delle palm e
si che n'abbiam o fuori i diti nudi
t

28*

Atto

�Atto II

FEDRA

1820 per dare un certo colpo
sotto la plèura con drizzate l’unghie,
che rado falla.
Come il navigatore ha il ginocchio a terra e si curva su
le sue robe, con puerile allegrezza gli salta addosso il
giovinetto atleta e ne prova la forza stringendolo tra le
mani indurite.
IP P O L IT O .

Sodo,
per il dio E rm e, sodo
tu sei, uom o straniero, e levigato
quanto ginocchio di buon remo attrito
contra lo scalino. Sei
ammirabile. Accostati,
Eurito, e palpa. E com e un palestrite,
m a degli acerrimi. A h , m i piacerebbe
183o lottar con te, ben unto.
Si accosta il conduttor di carri.
IL P I R A T A FEN ICIO.

M a ti so
invitto, figlio dell’ Egide. Pure
non cangerei la tua palestra fulva
con la mia, cerula e nera.
Scorge egli sul fianco dell'aedo appesa alla tracolla la
cetra, e volubile la loda.

- i29 -

17

�FEDRA

Atto II

A h che bella
cetra tu hai, cantore!
A lza verso Ia Regina tino specchio egizio.

G uàrdati in questo specchio, Ànassa, bronzeo
col manico d'avorio
simile a stei di loto.
Si volge, tocca la cetra e la considera attento.

A nche è d'avorio
libico questa. N o n ne vidi alcuna
si ben costrutta.
L 'A E D O .

E di m ano di Dedalo
1840 dono della Titànide
Fedra.
IL P I R A T A FEN ICIO .

M a t'accadrà che i pezzi all'alido
si disgiungano. U n olio ti darò
usato nella Fòcide per ungere
i simulacri eburni. Q u el d'Asclepio
sta su l'orlo d'un pozzo, in Epidauro;
. e credono cosi che non risecchì.
IP P O L IT O .

T u tto sai.
* Ì30 '

�Atto II

FEDRA

IL P I R A T A FEN ICIO.

185o

T u sospendila
sopra i fonti, che dicono i Bistonii
essere am ica d'acque
com m osse. E credo ch'io la vidi, sotto
l ' Ebro, nel m ar di Tracia,
a proravia, già fatto il vespro, quella
dell'aedo che fu tra gli Argonauti
col tuo padre, o Tesèide.
IP P O L IT O .

C o m e fai

tu per tutto conoscere,
uom o?
L 'A E D O .

Tu dunque dici che vedesti
mareggiare la cetera d'O rfeo?
IL P I R A T A FEN ICIO.

A p p ar talvolta ai naviganti, sotto
l'E bro.
L 'A E D O .

Sul giogo il teschio esangue?
IL P I R A T A FEN ICIO.

- I3i -

Il teschio

�FEDRA

Atto II

1860 involto nella sua capellatura
fam osa, come un gran viluppo d'alghe
lunghe erratiche sopra una ceppaia
divelta già per forza di correnti.
E fu dilacerato dalle fem m ine
dei Ciconi. E per ciò tante vendette
noi facciamo su i Ciconi, che meglio
piaggia non v'è da rapinare in tutto
il M are Egeo. Taso con le miniere
d'oro; nascondimenti per le navi
1870 nello stretto; e, di contro, il lido basso
di Tracia, con le belle vigne d'Ìsm aro,
col dolce vin di M aronèa, con ogni
bene; e il delta del N e sto sul m ar libero,
bonissim o all'approdo. E ci trovam m o,
Anassa, i tuoi Cretesi occupatori
dell'aurea T aso; che dovunque è terra
o confinata o attorneata d'acque
ivi im pone tributo il re di Creta,
l'Agenorìde di fenicia stirpe.
Distoglie la Regina d'isole dallo specchio lo sguardo tor­
bido, e superbamente si solleva. Scaltro la seconda il
navigatore.
FEDRA.

1880 Digli, digli, straniero. Odilo, Ippolito,

132*

�_____

A tto II

FEDRA

U om o, annovera l'isole regnate
dalla forza cretese.
IL P I R A T A FENICIO.

Innumerevoli.
G ià dissi Taso, l'isola dell'O ro;
e l'E u b èa dico, l'isola dei Buoi;
dico Sìchino, l'isola del V ino;
l'isola della Porpora, Citèra;
e l'isola del M arm o, Paro; e N asso
ritonda, e tutto il coro delle Cìcladi
che conduce la sacra D eio; e tutti
1890 i porti su la via
marina che da Rodi sale al Bòsforo.
FEDRA.

Digli, C apo di nave. L'odi, Ippolito?
IL P I R A T A FEN ICIO.

E di tutti gli agguati
pei predatori l'ottim o,
S am o sul passo angusto! C h e per noi
il piano di Cilicia è sabbie, greti,
barre, secche, lagune,
e le coste di Siria
sono piene di torri e di vedette.

133

�FEDRA

Atto II

1900 M a S am o sta sul traffico di tutto
l'Arcipelago, e piglia quel che vuole.
FEDRA.

O d i i miei sogni, Ippolito? O d i i miei
sogni?
Intento è il figlio dell’Argonauta all'uomo straniero
esperto di tutte le acque, di tutti i perigli, di tutte le
violenze, di tutte le frodi. E sente il fascino dell'ignoto
ondeggiare immenso intorno alla breve isola della sua
propria vita,
IL P I R A T A FEN ICIO .

S e il cuore hai fertile di sogni,
non separarti m ai da questo specchio.
E magico. L o presi
in Tebe egizia dalle C ento Porte.
S e tu lo miri a lungo,
vedi apparire gli in d o v in a m e li
de' tuoi sogni di dietro al viso tuo
1910 trasfigurato.
IP P O L IT O .

Interprete di sogni
anche tu sei, Chèlubo?
IL P I R A T A FEN ICIO.

N o n in ogni
luna. N o n sempre è lecito.

-134-

�Atto II

F E D R A

IP P O L IT O .

Interpretam i questo,
che m 'è nel cuore.
IL P I R A T A FE N ICI O

Anassa, m entre ei dice,
tu spia l'om bre nell'orbe dello specchio.
Sobbalza a un tratto l'efebo; e si volge dalla parte del
cipresseto, e tende l'orecchio.
IP P O L IT O .

N o n odi, Eurìto? A scolta, ascolta. È il ringhio
d'Arione.
L 'A E D O .

M i sembra udire.
IP P O L IT O ,

Chèlubo,

tendi l'orecchio.
IL P I R A T A FEN ICIO.

S'ode
un cavallo nitrire, dalla parte
1920 dell'àgora.
IP P O L IT O .

Arione.
*35

�FEDRA

Atto II

IL P I R A T A FEN ICIO.

Q u el corsiero
del colore di ciano ?
L 'h o veduto nell’àgora, dianzi,
condotto a m ano dai cavalcatori;
e v ’era intorno calca di Trezenii
a guatarlo. C h e reni
e che groppa! Può sostenere Eràcle
corazzato di rame.
Una improvvisa ansietà incalza il domatore di cavalli.
Oblia egli l’avventura d'oltremare e la potenza del
Talassòcrate cnossio, solo impaziente della sua impresa
equestre.
IP P O L IT O .

Auriga, va.
E di'che sia condotto nell’ ippòdrom o
di L im n a e che gli sia cinghiato il vello
1930 del leone. E con te
prendi A rpalo che chiami
il sacrificatore.
P o i ch’ebbi abbeverato all’ Ippocrène
il cavallo e riméssolo ai famigli,
cedetti sotto i platani a un sopore
breve; e m i visitarono due sogni.
E nel prim o m ’apparve la m ia grande
A rtem ide, e m i disse:
- J36 «*

�Atto II

1940

FEDRA

“ Tu ti riposi, Ippolito.
Consacra al dom atore Ennosigèo
l'aspro m orso, e sacrificagli
un toro bianco, prima
che tu balzi sul vello del leone. „
FE D R A .

Tu non lo placherai.
IP P O L IT O .

Infausta, infausta! N o n io già sottraggo
il toro bianco al dio, Pasifaèia.
Dell'arm ento regale
il più bianco e tl più grande io gli sacrifico.
FE D R A .

Perché m i mordi? N o n ti dissi io già
1950 l'udita voce e il sógno di terrore?
N o n ti pregai? O dim i.
IP P O L IT O .

Udir m i giova

la parola divina.
FE D R A .

Spesso è fallace.
IP P O L IT O .

Chèlubo, si i giudice
,*37*

i

18

�FEDRA
tu che tutto co nosci. Ebbi il corsiero
dal re Adrasto. M i fuggi. L o presi.
Intrattabile sembra.
Vincerlo deve Ippolito, o pur rendere
il dono?
IL P I R A T A FEN ICIO.

S e quel re te lo donò
dopo la rappresaglia sopra Tebe,
1960 certo sei che non abbia fatto sosta,
valicato l'A sò p o
presso il bosco di Pòtnia,
all'abbeveratoio del furore
ove bevvero un giorno le cavalle
pom ellate che presero co' denti
ad isbranare Glauco?
S e m ai corresti negli Istm ii, vedesti
presso l'arginam ento dell'ippòdrom o
il Tarassippo. Guàrdati dall'om bra!
IP P O L IT O .

1970 N o n hai risposto, o cauto
che tutto sai. M a dal m io padre appresi
che il presagio sinistro
è mirra nella coppa dell'Eroe.
E più forte è l'ebrezza quanto più
amaro è il vino. E sotto elm o di bronzo
- 138*

Atto II

�Atto II

FEDRA

o teschio irto di lupo
o cerchio d'oleastro
la miglior fronte è quella che rassembra
la fronte dell'ariete caparbio.
1980 Q uante cose vedesti, quante ancóra
e facesti e patisti pel selvaggio
M are, ospite facondo!
A n ch 'io tutto conoscere vorrò,
se m i sien lunghi gli anni.
M a vidi intanto a Figalìa, su l'àgora,
antico segno di fam oso atleta,
un sasso fatto come quegli zòani,
non disgiunte le gam be tra di loro
né disgiunte dai femori le braccia.
1990 Dicono che colui, chiunque fosse,
m entre per l'oleastro com batteva
contra l'antagonista ultimo, questi
10 cinse a un tratto co' due piedi e insieme
con le due m ani lo ghermì pel collo.
Ricevendo le forze dalla m orte
colui gli poté frangere i mallèoli,
m a finì strangolato. E per lo spasimo
11 vivo cadde prim a dell'esanime
giù nell'arena. A llora gli E lèi tutti
2000 vincitore gridarono il cadavere
e poi lo coronarono ancor caldo.
139*

�FEDRA
V ivere voglio, o uom o di tempeste,
per una m orte coronata.
Una volontà indomabile sta tra ciglio e ciglio al Tesèide.
La stia statura sembra inalzata dalla fierezza. Si volge
al conduttor del carro di Capaneo, che lo guarda.

Va,
auriga che ben sai com e si spinga
il carro con un ululo fra i primi.
E non lasciar la cetra
che con l'inno accompagni il sacrifìcio.
L'A rgivo pone gli occhi ardenti su Fedra che cupa
medita.
L 'A E D O .

C antar non posso l'inno all' Im m ortale
presso l'ara, o Tesèide.
IP P O L IT O .

2010 O r veggo che sei cinto di cipresso.
Alcuno di tuo sangue andò nell'A de
e ne fai lutto?
L'AEDO.

Alcuno di mio sangue

andò n ell'A de per tornar novello.
IP P O L IT O .

O r anche tu fai nodo di parole.

140 -

Atto II

�A tto II

F E D R A

L 'A E D O .

Te, non il dio, cantar posso, o Tesèide.
IP P O L IT O .

Togliti dai capelli quella fronda.
L 'A E D O .

V oglio piuttosto come quell'atleta
giacer con essa.
IP P O L IT O .

C h i te la donò?
L 'A E D O .

U n dèmone ineffabile.
IP P O L IT O .

Tu veneri
2020 ignoti numi?
L ’A E D O .

U n solo nume.
IP P O L IT O .

T àn ato?
L 'A E D O .

C h i di T àn ato fece la m ia luce.
IP P O L IT O .

N o n può f aedo renunciare il lauro
e nell’ inno tacer gli Iddìi di sopra.
- 141 -

�FEDRA

Atto II

L 'A E D O .

Io son colui 'I qual porta le parole
che traggono più presto il pianto agli uomini
m a rempiono Gorgoglio il cuor nascosto
e consacrano l'ultim a speranza.
IP P O L IT O .

Iniziato dalla M u sa ignota,
or va. Ben so il tuo luogo. E ra nel sogno.
2o3o In Lim na, sul confino dell'ippòdrom o,
non lungi dalla via dei carri, dietro
11 bosco sacro alla saronia Dea,
presso il sasso di Tèseo,
è un'ara senza nome, vetustissim a,
nera pel fuoco degli im m em orabili
olocausti, fra ceneri impietrate.
N iu n o più vi sacrifica. M a forse
oggi vi troverai chiome virginee
recise, quali nel secondo sogno
2040 erano. Q u iv i attendimi. Verrò.
Quasi offuscato dalla nube dei sogni presaghi e op
presso dalla stanchezza, egli si lascia cadere su lo sga
bello; e alla colonna lignea fasciata di metalliche làmine
poggia il capo riverso; e socchiude le palpebre come per
assopirsi.
L 'A E D O .

O Titànide, e tu che m i comandi?
-

1 42 -

�Atto II

FEDRA

Fedra l'accomiata con un sol gesto. E, come quegli triste
s’allontana per l'ombra del nero bosco, ella si china
verso il Fenicio e sommessa e rapida gli' parla, vigilando
con l'occhio inquieto il sopore d'Ippolito.
FEDRA.

U o m o , e il nepente? e l'acònito?
Il Fenicio le dà due vaselli misteriosi.
IL P I R A T A FEN ICIO.

T

In questa
olpa è il nepente, in quest’altra l’acònito.
Vèrsali a goccia a goccia.

FEDRA.

D am m i e partiti.
Q u i lascia il tutto. G orgo
ti conduce. Bisogno
m 'è della nave rapida e del vento
Tracio. A lla figlia dell'Agenorìde
sèrbati, Chèlubo. O ra va.
Spedito si parte Chèlubo, condotto dalla nutrice pru
dente che col cenno allontana anche Ròdia. Ippolito è
immobile, socchiuso le labbra, lene respirante, poggiato
la chioma alla lucida colonna. Gli s'avvicina Fedra col
suo passo di lunga pantera; e tutto in lei è più lieve
dell'ombra, fuorché il terribile cuore gravato di morte,
che lei piega verso la terra,
FEDRA.

Ippolito,

' Ì43 '

�Atto II

FEDRA
2o5o dove sei col tuo cuore?
A ssorto in qualche grande ombra di gloria?
o dom ato da peso
di sùbita stanchezza? O dormi, infante,
dism em orato con tutte le vene?
Con infinita levità ella osa levare verso lui le nude
braccia, e prendere tra le sue mani il bellissimo capo, e
verso l'alito spirare il suo alito.
IP P O L IT O .

N o n so, non so qual grande om bra m i tiene,
madre.
Velata come da una interna lontananza è la voce del
sognante, soave come un canto sommesso.
FEDRA.

T i prem e le pàlpebre, come
il sonno?
IP P O L IT O .

Tra la vita e il sonno è un breve
istm o che forse non conosci, o uom o
straniero, ove i papaveri son rosei
2060 come le rose. Q u iv i ora ho veduto
Èlena.
FEDRA.

D onde sale questa voce
- 1 44 -

|

v

�Atto II

FEDRA

alle tue labbra che abbandona il tuo
crudele sangue effuso verso il vano
amore?
IP P O L IT O .

O nauta, verso
l' O ccaso dove il m are è senza rive
navigherem o noi per rivederla.
E v'è non so che fauce sotto il Tènaro,
ah tu lo sai, e v'è sul lim itare
una che m i fa cenno m a non è
2070 Èlena.
FEDRA.

O
voce! O labbra
per la dolcezza, o ciglia
per il pianto! N o n sono le mie mani
vive queste che reggono il tuo capo,
m a son le m ani senza vene e senza
tendini che nel cavo delle palm e
hanno alfine quel sorso
dell'acqua di sotterra, il sorso attinto
al nero fium e, che im plorai pel mio
amore.
IP P O L IT O .

Poni nella nave il bisso
-145*

J9

�F E D R A
II
2080 la porpora e la bianca lana e tutte
le belle vesti, e il m iele e il nardo e tutto
quel che odora, e i canestri
i vasi i serti e tutto quel che splende,
o Chèlubo, perché raddolcir voglio
coi doni quella che rapita avrò
giovinetta divina con la m ia
forza, l'innuba dea che a Sparta ha nom e
Èlena.
FE D R A .

O nudo volto che languisci
riverso com e il volto del fanciullo
2090 T à n a to quand'ei dorme nelle braccia
della N o tte col lieve suo germano,
e tanto sei soave
tu che m 'eri tremendo,
e m ai m i fosti prossim o al respiro
cosi com e m i pesi
coi grappoli profondi ov'è nascosta
l'aspide ond'io m i muoio,
baciarti non m'ardisco perché tem o
che la m ia bocca ti devasti e non
2100 si sazii. M a non te bacio, non te,
per l'onta nata dall'istessa madre
onde l'am ore nacque,
-146 -

A tto

�Atto II

FEDRA

non te bacio, non te. B evo lo Stige,
bevo il sorso che solo è dato al mio
amore.
Ancor più s'inclina verso l'efebo Fedra vertiginosa. E,
tenendogli tuttavia tra le sue palme il capo riverso, pro­
fondate le dita nei riccioli di viola distese dalla nuca alle
tempie, con tutta la sete che le fa dura la bocca pesan­
temente in bocca lo bacia come chi prema e franga e
mescoli nella morte il frutto di due vite. Sussulta Ippo­
lito scotendo da sé il torpore del fatidico sogno ; sembra
per alcuni attimi dibattersi ancor nella caligine soffo­
cato. Apre gli occhi, squassa il capo; afferra pei due
polsi la donna, la disgiunge, da sé la strappa, la respinge
col gesto del lottatore sopraffatto. Si leva in piedi, la
guarda; poi guarda intorno, attonito di non veder più
alcuno: né Gorgo né le fanti né l'uomo straniero.
Una luce d'oro s'aduna nel silenzio, incupita dal bronzo
dei cipressi che la rallenta, simile forse a quella che fu­
m igava intorno al corsiero schiumante e impennato
tra la Palude e il Mare. Ma dentro v 'è il fremito e
l'anelito della Cretese “ involuta di carne come d'in­
cendio „ . Respinta, ella è presso il mirto sacro onde pen­
dono gli zòani dedàlei di Afrodite. E le brillano ai piedi,
sul pavimento sparse, le ricchezze del predatore maritimo, il bisso la porpora l'avorio il vetro il metallo, con
le imagini delle terre sconosciute, dei golfi e delle foci.
IP P O L IT O .

D o ve fui? Q uale m ai sogno
prem eva la m ia vita? Sola sei
con m e solo! E da quando?

- Ì47 -

�FE D R A

j*

Atto II

Ancor trasognato, egli si tocca le palpebre, poi le labbra
impresse dal bacio terribile. Gli si riaccosta col suo passo
di pantera, so i piedi senza sandali, la Cretese piegan­
dosi come per strisciargli contro le ginocchia. Con un
misto d’audacia e di spavento, gli parla in atto di cir­
convenirlo, calda e roca.
FE D R A .

Gelide sono le tue labbra. D o ve
fluì tutto il tuo sangue
2110 crudele?
IP P O L IT O .

C on che bocca soffocato
m ’hai? D i che onta infetto m ’hai, o Cressa?
N o n fu bacio di madre il tuo.
FEDRA.
'
N o n io
ti sono madre. N o n m i sei tu figlio,
no. M escolato di sangue non sei
con Fedra. M a il tuo sangue è contra il mio,
nemico, vena contra vena. A h no,
non d’am ore m aterno t’ amo. Inferma,
f sono inferm a di te,
sono insonne di te,
2120 disperata di te che vivi mentre
io non vivo né muoio,
né ho tregua nel sonno,

- Ì48-

�Atto II

FEDRA

né ho tregua nel pianto,
né ho bevanda alcuna che m 'abbeveri,
né ho farmaco alcuno che m i plachi,
m a tutta m e consumo in ogni lacrima,
tutta l'anim a spiro in ogni anelito ;
e m i rinnovo com e una im m ortale
nel m io supplizio io sola,
213o io che non sono dea m a consanguinea
degli Implacabili, o tu che non m 'am i,
tu pari a un num e Ippolito !
IP P O L IT O .

L 'o n ta hai nell'occhio, il morbo
nefando su la gota,
figlia di Pasifàe.
Te anche dissennò la m ostruosa
Cipride, avvelenò de' suoi veleni
te anche, flagellò de' suoi flagelli.
N o n t'accostare a m e tu che ti strisci
2140 obliqua com e la pantera dom a
che può mordere.
FEDRA.

C o m e la pantera
fascinata ai ginocchi di Dioniso
m i piego, ché selvaggio
tu sei come quel dio
- Ì49 -

�ì

r

F E D R A

e com e lui chiom ato
e imberbe, e con la bocca dell'ebrezza
pugnace, e con la fronte dell'ariete,
e con negli occhi il fascino ferino,
e con l'orgia che in cuor ti dorme; e più
2150 profondam ente m aculata io sono
della belva odorante,
m aculata di macchie,
costellata di stelle
indelebili, o tu che sei si terso;
perché dentro m i stanno, più antiche
di m e, la colpa e la divinità,
l'onta e la gloria. E , se tu batti il tuo
piede com e quel dio, m i levo e splendo
e trasfiguro, e sono la Titànide
2160 e son l'Oceanina,
tutta raggi le pieghe de' miei pepli,
tutta gorghi le vene del m io petto.
G uardam i, guarda com e sono!
IP P O L IT O .

Lasciam i.
Lascia ch'io parta, ch'io non oda più
il tuo grido insensato,
che più non m i contamini del tuo
alito, o inferma.
- J5Q -

Atto II

�Atto II

F E D R A

FEDRA.

N o,
no, non ti lascerò, se non adopri
la mannaia lunata dell'A m àzone,
2170 se non m 'abbatti sul tuo passo. Prendi
la sàgari d'A ntiope ed abbattimi.
Io già da te bevuto ho il prim o sorso
del nero fium e. Pronta, eccomi, all'A d e;
che non nell'A de, non nelle tenarie
fauci sono i castighi più crudeli,
m a l'infinito cuore è solo il luogo
dell'infinito strazio.
Fasciam i il viso con i miei capelli
se tu lo tem i, e chinati una volta
2180 e baciami per entro l'intrecciato
fuoco. A h sii dolce, poi che dolce sei.
T 'h o veduto. P oi fendimi con tutta
la tua forza, poi trattam i qual fiera
perseguitata dai tuoi cani, trattam i
quale preda raggiunta. S iim i dolce!
T 'h o veduto. Languivi. A v e v i l'om bra
dei tuoi cigli sul viso tuo riverso
nel sogno. A v e v i l'om bra
delle cose invisibili
2190 su la tua voce triste. A h tu non sai
com 'eri; dolce com e infante,

-

t5 t '

�—**¡1

F E D R A

¿*

dism em brato con tutte le vene.
A b b attim i e ricordati. Il mio sangue
è m aturo di te,
come il succo del frutto, insino al cuore,
insino alle radici della m ia
bellezza e del m io male. Sono inferma,
si; sono insonne, arsa; non posso più
vivere. M a la Terra porterà
2200 ancóra i giorni e gli uomini e le biade
e l'opere e la guerra e il vino e i lutti
innum erevoli, e non porterà
un am ore che sia com e l'am ore
di Fedra.
IP P O L IT O .

O vivo orrore,
genitura del crimine, ignominia
arm ata della bram a che già volse
l'adultera dei pascoli all'astutà
libidine, ed or poni
tu nom e da lodare alla t ua colpa?
Il sarcasmo contrae l’ infiammata bocca.
FEDRA.

2210 Intem erato, figlio d'incolpabile
padre, tu che t'accingi alla rapina,
odimi. N o n più t'offro
* 152

»

Atto II

.

�Atto II

FEDRA

l'am or di Fedra; t'offro la potenza
di Fedra. O ra la figlia del R e d'isole
ti parla, che parlò con strani vènti,
che sa le vie dell'acque,
che conosce i segreti delle stelle.
Il mio padre declina. D ue de' miei
germani uccise Tèseo.
2220 Se al novo aedo l'E ro e novo è pronto,
t'offro le m ille n avi;
t'offro il suolo che fu cuna al Cronìde,
ricco in dittam o in uve in m iele in dardi,
in città ben costrutte, in porti accomodi;
t'offro l'isole belle annoverate
dall'errante Fenicio,
la signoria del m are che fu córso,
il conquisto del m are senza rive,
l'estrem o ignoto regno;
2230 e il m io riso qual fiore
del più florido flutto,
e il m io sangue per minio
della prora più alta.
IP P O L IT O .

M i tenti in vano col tuo volto perfido,
pieno d'errore com e il Labirinto,
Pasifaèia.
* J53 '

20

�FE DR A

FEDRA.

Tra pareti cieche
sei, tra mura di bronzo, in un errore
(te lo dico, se m 'odi) irremeabile.
N é vai che tu ti guardi.
IP P O L IT O .

2240 L 'u o m o può starsi tacito e sicuro
se in pugno ha l'arco, e la faretra piena,
e la mannaia appesa dietro i lombi,
Parsifaèia.
FE D R A .

M a,
fanciullo vano, io te lo dico, il tuo
fato ho in pugno.
IP P O L IT O .

N o n tem o.
FEDRA.

T u fino ad oggi fosti
forte ai cervi che fuggono,
ché l'ardire non è sicuro contra
gli arditi.
IP P O L IT O .

M ettim i a prova.

J54

Atto II

�Atto II

FEDRA

FEDRA.

L e figlie
225o

di Pasifàe ben sanno
dare il m irto alla morte.
IP P O L IT O .

Sanno il dolo di Dedalo.
FE D R A .

O spurio dell'Egide,
o incauto! Per l'am or della regale
Ariadne fu salvo
il padre tuo perduto nelle m ille
vie. T u lo sai. M a il rubatore im m une
ovunque uccise, depredò, distrusse;
e del bottino caricò la nave,
2260 e con la salvatrice prese m e
ch'ero nel fiore della puerizia
com e quella che danza in Lacedèm one
intorno al rosso altare dell'O rtìa.
E una notte sonarono le grida
della sorella sopra il mio terrore;
e gridava la misera il m io nom e
dalla rupe deserta, poi che T èseo
non l'udiva m a sì
attendeva alle scotte per serrare
2270 il vento, l'A m m irabile. A h non groppo
- 155 -

«

�FEDRA
di turbini, non gurgite, non sirte,
non perdimento alcuno era in quel mare?
non cozzo che frangesse la carena?
non vortice vorace
che sol rendesse bianco ossam e al lido?
IP P O L IT O .

Sei la donna di T èseo,
né la vergogna ti rattien la bocca.
FEDRA.

N o n la donna di T èseo,
la cosa fui del rubatore, m essa
2280 nella stiva coi trìpodi e con gli otri;
poi nascosta in Decèlia per settenni,
custodita nell'Fombra, candidezza
illesa, unta d'unguenti,
e cresciuta allo stupro,
là sul Parnète opaco, tra le selve
consum ate dal fuoco dei pastori,
in giorni e notti eguali
talvolta udendo il rombo
dei carri che recavano il frum ento
2290 dell'E ubea verso A ten e
famelica m a sempre
udendo n ell'im m oto odio del cuore

«

Ì56

'

Atto II

�Atto II

F E D R A

il gran pianto del M are
sul grido di Ariadne.
IPPOLITO.

A che ti lagni

tu se l ' Eroe trattò come l’armento
le nate da colei ch’ai suo coperto
connubio s’ebbe pronubo il boaro?
FEDRA.

O vituperatore
spietato, tu che fosti
23oo la prim a som a alla tua madre e l’ultima,
dim m i: com e trattò l’ irreprensibile
Eroe la fem m ina A m àzo n e dalla
m am m ella incesa, che sul Term odonte
rosso di strage e ingombro di cadaveri,
per l’amore di T èseo,
la porta invitta apri di Tém iscira
e lo chiamò per dargli la città
e la bellezza, ardentemente ignuda
sul suo stallone di color di perla ?
2310 L o sai tu? N o n rispondi?
Te lo dirà colei che sul Parnète
era m atura al talam o.
IPPOLITO.

A lza ta sei per mordere,
- Ì57 '

�FE DR A

&lt;*

o pantera schiumosa che strisciavi
ai miei ginocchi. N o n tentare il mio
odio, che non precipiti.
FE D R A .

Com 'ebbe
il
leoncello, ei volle che una sola
vo lta la leonessa generasse
gittando la matrice lacerata
2320 dal prim o genito; e nel Pariàdre,
o v ’entro le caverne stride il ferro
dei Càlibi, la spinse alla fornace
ruggente.
IPPOLITO.

N o ! D i questo
mentisci. Taci, taci,
o ti trascinerò per i capelli
dinanzi a lui.
FEDRA.

Trascinami. Fuggi
verso l’ Eusino, alle sue navi, te
portando in fasce una nutrice barbara
dei Colchi. E , quando scesero nell’A ttica
233o le m aschie torm e a vendicare Antiope,
egli in A ten e a Fobo, alla Paura,
- 158-

Atto

�Atto II

FEDRA

sacrificò. M a ti lasciò per madre
la sàgari amazonia.
IP P O L IT O .

A h , tacerai.
Eccola.
Accecato dall'ira impugna egli la mannaia, e afferra
per i capelli la donna che cade ; e fa Tatto di colpirla
ma si rattiene. Lo provoca ella, aggrappandosi a lui,
frenetica.
FEDRA.

Si, tra l'òm ero e la gola,
colpiscimi! C on tutta la tua forza
fendimi, sino alla cintura, ch'io
ti m ostri il cuore nudo,
il
mio cuore fum ante, arso di te,
consunto dalla peste
2340 insanabile, nero
dell'obbrobrio materno,
si - colpiscimi ! - nero della brama
m ostruosa " colpiscimi,
non esitare, per la pura A rtèm ide
che t’ incorona, per la santità
della dea che tu vèneri, raccatta
la tua mannaia e fendimi ! " perché
ben io son quella che gridavi, sono

i59 '

�FEDRA

Fedra di Pasifae,
235o la sorella del M ostro di due forme,
la Cretese che il vizio della patria
arde e il suo vizio; e sono
io la donna di T èseo,
e t’ ho baciato in bocca
avidam ente; né lam bir vorranno
11 m io sangue i tuoi cani su la pietra,
né tergere la pietra
potranno i servi. A h , non ti basta? Ancóra
esiti ? M i discingo. Q ui, tra l’òmero
236o e la gola, percoti obliquo, il petto
aprimi, il cuore vedim i!
Lascia egli cadere a terra Tarme.

IP P O L IT O .

D i te
io non m i macchierò, donna di Tèseo.
L a caligine d’A te
scesa m 'era su gli occhi. M i protegge
l'in violata Artèm ide. Punirti
saprà dinanzi gli uomini e gli Iddii
l’ E roe che vanam ente
sul Parnète virgineo
nell’om bra custodi la tua bianchezza.

-

i60

Atto

�Atto II

F E D R A

FE D R A .

2370 C h e m i cale degli uomini
e degli Iddìi ? M a sanno
gli Iddìi che tu ben puoi
essere più crudele anche di loro,
tu che parli sì lento.
IP P O L IT O .

Lasciam i.
FEDRA.

N o , non posso. Te lo dico,
Ippolito, non odi?, con la voce
di sotterra, non odi ? con la voce
che non è m ia m a dell’ interna Erinni.
S e t’è cara la luce (e già ì cavalli
238o del m io Sole percotono lo spazio
dell'inchinato cielo)
se t’è dolce la vita, or tu m i devi
abbattere sul tuo cam m ino ed oltre
passare senza volgerti
in dietro e andare alla tua lotta e vincere.
M a non sperar di vivere e di vincere,
se non m ’abbatti.
IP P O L IT O .

Lasciam i,

Fedra.
-161 -

21

�FEDRA

FEDRA.

Perché sol questo,
parlandoti per sogno, dirti volle
2390 Artèm ide, sol questo.
N o n parlano gli Iddìi per chiari segni
m a per arcani all'anim a indovina.
E la Saettatrice ti segnò
nel toro bianco la Cretese. D irti
volle: “ Su l'ara dello Stadio, abbatti
la sorella del M ostro;
poi balza su la pelle del leone. „
Q u esto è il detto del sogno. A lcuna grazia
ho nel M are; e il mio sangue
2400 è salso.
IP P O L IT O .

T u deliri, tu deliri.
G orgo! Gorgo!
FEDRA.

T i attossica
il mio soffio? Son tutta violacea
d'ambascia?
IP P O L IT O .

G orgo!
FEDRA.

H o il nepente per te.
-162 -

Atto II

�Atto II

FEDRA

H o per altri l'acònito
che nella coppa di M edea restò
su la m ensa del vecchio Egeo. Per te
ho il nettare degli uomini, il nepente!
M a prendimi sul tuo carro, e discendimi
a Lim na, alla marina;
2410 e flagella i cavalli, sino all'ara,
ch'io beva ancóra il vento, ch'io m i sogni
di beverlo con te sotto la vela
che ci tragitti all'iso la dei dardi,
verso il M on te del dittam o! Con te,
con te!
IP P O L IT O .

M a quale delle Erinni, quale
col tizzo inferno t'affocò?
FEDRA.

Soave,
ah, com e t'h o veduto, sii! Finiscimi.
T 'h o baciata la bocca. A v e v i il volto
di T ànato. Bisogna
2420 che tu m 'abbatta. N o n ti lascerò.
T utto languivi. Più che le mie labbra,
pesavano di colpa le mie pàlpebre
su tutto te. Si, torcimi.

# 163 •

�FEDRA

IPPOLITO.

Atto II

_

t'afforza? Abbranchi come la pantera
lasciva. E gli Iddìi veggono!
FEDRA.

Invincibile amore
di Fedra, per lo Stige,
ov' io spenga la sete,
per l’ Èrebo t'esecro!
2430 A h , non lasciarmi viva se vuoi vivere.
IP P O L IT O .

H a i bevuto l ' ippòmane, o furente.
FE D R A .

S e vuoi vivere, soffocami
nelle trecce che m 'h a i sciolte. L a mia
criniera vale il vello
del cervo. Squassam i. Sbattim i
su la pietra. Finiscimi, se vuoi
vivere. Per lo stigio Fium e, supplico!
Vede a un tratto gocciolar nuovo sangue da quella
mano che il domatore intromise nella mascella d'Arione
per costringerla a ricevere il ferro.

T i risànguina il pollice.
Bada!

164

�Atto II

FEDRA

Si china tentando di giungere le stille con le labbra
protese.

H o lam bita la tua vena. H o prem uto
2440 la tua bocca. C h ’ io m uoia!
Accorre alfine la nutrice atterrita, mentre Ippolito con
più violenza si scrolla per liberarsi.
IP P O L IT O .

Gorgo, Gorgo,
tu strappala da me. Toglila!
GORGO.

Fedra!
FEDRA.

N o ! N o ! Bada!
Lo sente ella sfuggire, si sente ella sopraffatta ; e tenta
l’ultimo sforzo disperato, lampeggiando di minaccia nel
mortale sudore che le riga le gote.

T i perdi.
S e implacabile sei, sono implacabile.
Bada!
Ella non può più tenerlo. Sono eglino ornai sul limite
dell’adito, e Ippolito già vi dispare. Si svincola questi al­
fine con uno squasso respingendola contro il pavimento,
e fugge inseguito dal rauco grido.

Ippolito! Ippolito!

-

i6 5

-

�FEDRA

Atto II

Si china a soccorrerla ia nutrice tremante. Ma balza la
Titanide in piedi col movimento repentino del lottatore
caduto che inarcando i muscoli evita di dare le spalle
all'arena.

N o n m i toccare, Gorgo.
Ella è in piedi, immobile e ferrea come il fato che per
lei si manifesta, ma il seno seminudo le palpita come
quel della Pitia quando è pieno della procella divina.
GORGO.

O creatura, ti si rompe il petto!
Placa l’ambascia. S e tu hai alcuna
pietà di m e, consenti ch'io ti tocchi
e ti consoli.
FEDRA.

Gorgo,
2450 non gemere, non piangere. L a cosa
è tra Fedra e le Dee. Tu non m i vali,
né t’ ho chiamata. P iù non può nutrirmi
la tua m am m ella stretta nelle tue
unghie. M i resta da votare un'altra
coppa, a contesa con le D ee discordi;
che, per la grande generazione
ond’ io son nata, posso
guardarle in volto e starmi con la mia
statura contra ognuna,
2460 e giocare agli astràgali con elle.

-

Ì66 *

�Atto II

FEDRA

Sembra ribalenare sa l'efferata bellezza il sorriso che già
brillò su le mura di Tebe.

Perfettam ente io la berrò. N o n gemere.
N o n m i si rompe il petto. T i sovviene?
F u quello scudo cavo
del Coribante la m ia prim a culla;
e dal bronzo dictèo, che sa l'insania
sacra, appresi a costringere nell'ossa
il m io cor furibondo.
Possa io spandere l'anim a nei vènti
con il clangore del divin m etallo
2470 che m i cullò! Io l'abbia sotto il freddo
capo, nutrice, e intorno al capo il mirto
che fu trafitto. M a, sinché non sia
stesa, non m i toccare; e non far pianto.
Q uello che apparecchiato ha Fedra è un grande
male. L'albero inciso dalla scure
è in dubbio da qual parte piombi, e d'ogni
parte è tem uto. G orgo,
non cercar di scoprire
dove la terra è cava
2480 sotto la terra. Siedi al tuo telaio
e taci; ché non tu la m ano agevole
usi a condurre il filo della tram a
com e quel tessitore che m i tesse
la mia veste im m ortale

- Ì67

'

�FEDRA

A tto II

nel declinar del giorno paziente.
T u tto scorre. L a voce odo di Tèseo.
Ella si volge e si getta sul giaciglio coperto di pardàlidi.
V i s'accovaccia, quasi confusa coi velli stellati, aggrup
pandosi in sé, ritirando i piedi scalzi. E nel tacito vi'
luppo sfolgora lo sguardo selvaggio, fiso alla sàgari ama
onia rimasta sul pavimento. La nutrice siede su la
scranna, dinanzi all'alto telaio ; riprende la spola ma non
la getta. E sta china, col filo docile nella mano poggiata
sul ginocchio.
Entra Tèseo, di là ond'è fuggito Ippolito. E grande ma
snello, e Ia sua potenza è pieghevole come quella di
colui che primo con l'arte domò nella lotta Cercione
d'Arcadia. Ancor biondo e chiomato, con la corta barba
a guisa di numeroso corimbo, con nell’arco della bocca
la cupidigia del forzatore, con l’atrocità e la temerità
per pupille degli occhi citrini, egli è avvolto in un largo
mantello oblungo d’ un color d'indaco fosco.
Immobile e torva dinanzi a lui rimane su i velli la
captiva di Decèlia.
TESEO.

Fedra, che covi? Travagliata sei
dal tuo m ale o dal cruccio?
O cchi tanto m alvagi non ti vidi
2490 io mai, né bocca tanto veemente,
se ripreso non abbia ossa e ferocia
un di que’ velli dove t’accovacci.
Perché non sei m ai sazia
di fare crudeltà contra il figliastro?
- 168 -

�Atto II

F E D R A

La Cretese non mota attitudine ma parla tenendo la
gota sul cubito ripiegato, con una voce inflessibile che
sembra rilucerle nei denti.
FEDRA.

Forse a te m'accusò
il figlio dell’A m àzone?
TESEO.

V eduto io l 'ho partirsi
pallido e iroso. In vano l'h o chiamato
a nome. Sul suo carro
25oo d'un balzo, prese in pugno
le redini, ha sferzato
i cavalli spingendoli al galoppo
giù per la china verso Lim na, contra
il vento, in m ezzo a turbini di polvere.
C he gli hai tu fatto?
FEDRA.

L a cosa è tra m e
e l'onta.
TESEO.

Ancóra forse
per la schiava tebana avete voi
conteso? Tu glie la togliesti prima
ch'ei la vedesse; e la sacrificasti

-

169 -

22

�F E D R A

2510 senza osservare il rito, innanzi Tara
dell'Ercèo.
FEDRA.

Q uando seppi
ch'era la figlia d'Astaco,
quando seppi che tre de’ sette Eroi
avea spenti la forza dei fratelli,
quando l’udii menar vanto di Tideo
rotto il fegato, là, sotto la Porta.
E le M adri tornavano con l’urne,
e la notte era in fuoco di dolore,
e l’ O m bre non placate
2520 sorgevano chiedendo il sacrifizio.
TESEO.

M a era bella. E parve
a Ippolito che niuna esser potesse
più bella di lei morta.
FEDRA.

E dovea vendicare egli con l’onta
della donna di T èseo
la concubina tolta al suo covile?
TESEO.

D i quale onta tu parli,
donna? T i disse ingiuria
- i 70 '

A tto II

�A ttO

II

253o

F E D R A

innanzi alle tue fanti ? innanzi ai suoi
cavalcatori?
La Cretese nasconde la faccia, tutta in sé stretta come
nodo.

N o n rispondi. Forse
ti minacciò? levò su te la mano?
accecato dall'ira ti percosse?
Col tenace silenzio più serra ella il suo nodo.

E non rispondi ! Gorgo,
qual fu l 'ingiuria?
FEDRA.

L a cosa è tra me

e la morte.
Sei come un nodo perfido.
M a io ti scioglierò. Gorgo, non eri
testimone?
FEDRA.

N o n Gorgo, A te la zoppa
con lo stridulo anelito
che tu conosci per averlo udito
2540 assai volte.
TESEO.

.

Apprendesti
- J7i '

�F E D R A

dalia Tebana, prima di sgozzarla,
tu l'industria di tessere
am bagi di parole come quella
belva che il figlio incesto
di L aio vinse con l'acum e senza
ferro ?
FEDRA.

A nche Fedra ha il suo
tebano enigma che non figlio incesto
le solverà, m a T àn ato. M orire
debbo, lavarm i nello Stige, Tèseo,
255o purificarmi giù nel nero fiume.
TESEO.

Tanto l'odio t'infetta?
FEDRA.

Q u ale il fuoco nell'istm o, tra i due mari,
che incenerisce l'erbe sino ai labbri
del lido, e cresce sotto il vento e rugge,
tal m 'arde l'odio tra la m orte e l'onta.
TESEO.

N o n lo vedrai, se vivere non puoi
dov'ei respira. L o trarrò lontano,
in esilii di gloria,
- i 72 '

A tto II

�Atto II

FEDRA

m atrigna inesorabile. G li appresto
256o le nozze con la figlia
di un dio. L a rapiremo nella reggia
di Tindaro, alternando l’ imenèo
con l’alalà di guerra.
FEDRA.

A h , non temere, no. E i non traligna.
E di che sdegno tu ti sdegnerai,
di che castigo lo castigherai,
se m aestro gli sei di forzam ento?
M orire debbo. O grande
pallida bocca di M edea comparsa
2570 ne’ miei sogni ! L a coppa
che a te non conosciuto, nel convito
del tuo padre, protese ella ricolma
d’acònito, (e l’acònito fu sparso
né stilla ne bevesti m a il retaggio
regale avesti in sorte e fosti incolume
a stragi a prede a lutti innumerabili
e alla m ia fine) o Tèseo,
la coppa si riempe oggi per m e
e non si sparge, m a votarla debbo.
Come l’ Egìde colpito dal baleno fa l'atto di appressarsi
rapido e torbido, ella gli mostra col grido la sàgari
abbandonata.

- 173-

�i

F E D R A

258o

G uàrdati ai piedi! Bada,
bada che non ti tagli alla mannaia
dell’A m àzon e!
Teseo s’arresta, si china, e riconosce Tarme lunata.
TESEO.

.

B en la riconosco,
la sàgari d'Ippolito. G li cadde,
né la raccolse?
S'avvicina alla donna, e le pone la mano su l'omero.

Forse
l'usò per minacciarti?
Rispondi.
Ancor più si contrae la donna, e cela il volto.
FEDRA.

A h i, tristo è dire,
tristo è tacere.
TESEO.

Parla.

FEDRA.

Perché volle
il fato che venisse alle tue labbra
il nom e miserabile?
TESEO.

Q u al nom e ?
174

Atto II

�-,

Atto II

ji

F E D R A

FEDRA.

2590 N o m a sti ii figlio di Laio.
TESEO.

C h e vuoi

tu dire, Fedra?
FEDRA.

O Luce,
che per l'ultim a volta ora ti vegga!
TESEO.

Strapparti debbo di fra i denti il rosso
brandello che tu serri?
FEDRA.

N o n far questo!
Lascia che io sia compiuta di morire.
TESEO.

P er gli Iddìi, parla!
FEDRA.

N o n io gli son madre
come G iocasta, m a gli sei tu padre
che l'am a.
TESEO.

H o io compreso?

'

175 -

�A tto II

F E D R A

FEDRA.

L a vergogna
m i tien la bocca.
TESEO.

Tu l'accusi?
FEDRA.

A hi, troppo
2600 presto giungesti! M eglio m 'era già
essere all'Ade.
TESEO.

N o n hai tu foggiato
una nera m enzogna ? Tu l'accusi
d'averti fatto forza? Gorgo, è vero?
La nutrice china la faccia tra le palme, tacita.
FEDRA.

A h foss'io già sotterra!
Egli la solleva di su le pelli tenendola per gli òmeri e
la scrolla.
TESEO.

Per gli Iddìi, dim m i !
FEDRA.

Si,
per forza soperchiò m e disarmata
e presa pei capelli.
' i 76 -

�Atto II

FEDRA

TESEO.

D ove? dove?
FEDRA.

Sul tuo talam o.
TESEO.

Q uando ?
FEDRA.

N e lla notte
del sacrifizio, dopo
2610 che rinvenuta egli ebbe la Tebana
su la fossa dell’ara.
Accosciata selvaggiamente, ora parla vincendo il tre­
mito che le scuote la- mascella, mentre l'ombra del
sangue le ricolora il viso cinereo.
TESEO.

Ruppe i serrami delle porte?
FEDRA.

Diede

voce ad inganno, come s’ei chiamasse
te, come s'ei credesse anche te reduce
con la nave salpata
d’ Elèusi; che da tre giorni ei cacciava
nei boschi di M etana. E d io gli apersi,
ancor nel sonno.

177 »

23

�FEDRA

Atto II

E d egli? D im m i, dim m i!
Sotto il ’ maschio volto convulso dal dolore e dal'im pazien
za
, perversa ella s'accende come quando imponeva
alla schiava atterrita l'imagine notturna di sé palpi'
tante nell'aspettazione.
FEDRA.

A v e a l'odore dei cignali uccisi,
2620 l'odor del fresco sangue
e dei boschi e del sale e delle tede
e della coppa. Ebro di forzam ento
era, tornato allora lungo il M are
con le sue m ute, al suono delle bùccine.
R em piuto avea di vino
il cratere d'Adrasto,
e mesciuto ai satelliti, e saputo
dall'uom o d'A rgo il dono della schiava,
e veduto la schiava nella fossa,
263o e urlato di furore. A lla vendetta
ei corse. A lta la notte. Tram ontavano
le Pleiadi. E ro ingombra
del triste sonno. Entrò. M i si scagliò
contra gridandomi: “ O Pasifaèia,
o spietata noverca,
se tolta m 'h ai la vergine altocinta,
stanotte mi darai uso di te .„

-178 '

�Atto II

FEDRA

E m'afferrò per i capelli, e il pugno
m i pose entro la bocca. E reluttavo
2640 in vano, che le sue braccia son ferree
come le tue. N é delle labbra escivanmi
le voci, né del tram ortito seno
rotto dal peso dell'im bestiata
forza. E m e fredda, m e
venuta m eno per tutta la carne
nell'orrore, domò, contaminò
sul tuo talam o.
Veracemente ella ha nella carne un misto d'orrore e di
voluttà straziante, come se la menzogna le si trasformi
in viva midolla. Quanto più crudo appariva il tormento
dell'uomo, tanto più profondo era il fremito della fin»
zione. Ora di nuovo ella si getta su i velli, s'aggruppa in
sé, s'avvolge, s’ annoda intorno alla sua volontà occulta.
Raccoglie la sàgari Teseo nell'impeto e la brandisce,
pronto a percuotere.
TESEO.

Ippolito!
Ippolito!
Si risolleva la donna e si protende, travagliata senza
respiro dall'interna Erinni.
FEDRA.

L o chiami in vano. C ala
il colpo a m e che minacciata fui

x179

*

23*

�F E DR A

jfc

Atto II

265o pur dianzi, e tratta pei capelli ancóra,
e ancóra oppressa! Fugge,
egli forse già fugge, lungo il M are.
In vano lo chiamasti a nom e. Pallido
flagellava i cavalli per la china,
verso Lim na, con l'ansia della fuga.
Tu lo dicesti.
Teseo getta la sàgari, e si volge.
TESEO.

Donna,
urna di tutti i mali, non uscì
da te m enzogna? F am m i giuramento.
Prona sa i velli, Fedra stende le mani marmoree verso
terra.
FEDRA.

G li Iddìi del F iu m e stigio
2660 ne sieno testim oni!
Allora Teseo, di tutta la statura alzato, scaglia l’ impre
cazione funesta; mentre la Titanide raccoglie di tra i
tesori del Navigante lo specchio di bronzo dallo stelo di
loto e s'affisa nell’orbe rigettando indietro con la manca
le radici dolorose dei capelli che calca " l’elmetto dalle
cinque giàspidi,,. Nel crescere dell’ imprecazione un ter
rore crescente le stravolge il viso e le dilata gli occhi e
a poco a poco la solleva per l’arco delle reni, finché lascia ella cadere lo specchio e di schianto si rovescia sul
dorso.

180

�Atto II

FEDRA

TESEO.

O R e truce del M are, ippico Re,
odimi, Asfàlio, Ennosigèo, scettrato
del tricuspide scettro, odimi tu
che prom ettesti adempiere tre voti.
S e alcuna grazia ho nelle tue vendette,
oggi adem pimi il primo contra il figlio.
C h e innanzi sera egli discenda all'O m bre!

���η Θ Α Ν Α Τ Ε Π ΑΙΑ Ν .

�PPARE un selvaggio an­
fratto nella marina di
Limna, compreso tra il
grande argine dell’ ippo­
dromo e la radice della
rupe trezenia sul cui ver­
tice Fedra in opera d’a­
more costrusse il tempio
sacro ad Afrodite Cata­
scopia per guardar di las­
sù l'efebo esercitarsi agli
agoni ginnici ed ippici nel
duplice terreno arginato lungo il litorale. Dietro l'argine
è il bosco di Artemide Saronia, tutto lentischi oleastri
terebinti spineti, folta bassa opaca macchia sotto il glauco
cielo crepuscolare che l’arco del novilunio segna. In som­
mo dell'argine è l'altare ove fu sacrificato a Poseidone
il toro bianco dal Teseide, pel divino ammonimento; e
non anche le carni della vittima son consunte su la catasta,
né il fuoco langue ma alto e sonoro illumina la rupe av­
versa, la nera fronda, gli scogli irti tra la via dei carri e
il mare violaceo.
È in prossimità della rupe quell'ara indicata dal do­
matore di Arione all'aedo, l'ara “ senza nome, vetustis­
sima, nera pel fuoco degli innumerevoli olocausti, fra

135

24

�FEDRA

Atto III

ceneri impietrite,,. E presso v'è Eurito d'Ilaco. E poco
discosto è Teseo, seduto sopra un macigno, ravvolto
anche il capo nel largo pharos, con in pugno il lungo
scettro, immoto.
E il cadavere dell'Amazonio giace a terra, coperto
dal vello del leone. E la veneranda Etra accosciata gli
regge il capo su le sue ginocchia. E le schiave della Pit
teide sbigottite sono adunate in disparte, e guardano. E
nel fondo sono due carri coi cavalli aggiogati, e gli au­
righi stanno in piedi dinanzi al timone silenziosi. E i
cavalcatori e i canattieri sono quivi a stuolo, silenziosi;
e guardano, e piangono senza singulto.
E sopraggiungono gli efebi trezenii, i compagni del
bellissimo, taluni recando a mano per la briglia i lor ca­
valli. E rattenuto è il flutto del dolore innanzi alla lenta
lamentazione dell'ava senza lacrime. E taluni s’appog­
giano alle trecce delle criniere, altri su le doppie lance.
E un di loro, nomato Prode, è alquanto più innanzi,
più presso all'esanime suo caro; e, curvo su l'asta bina,
piange senza singulto. E a quando a quando i corsieri
tendono il collo verso il cadavere; e s'ode il fremito delle
froge, il tintinno delle catenelle, l'urto degli zoccoli.
E le faville del fuoco sacrificale svólano sul vento; e
il rombo marino riempie la conca rupestre, passando per
l'orrore del bosco inviolabile.

ETRA.

Ippolito, oh Ippolito più caro
a m e che se t'avessi generato
2670 con grandi urla di strazio,
invidio chi ti piange

* (86

�Atto III

FEDRA

che piangere non so delia tua morte
e gemere non so delia m ia vita,
e vedo in m e quanto desiderabili
i giorni che rempievano di lacrime
queste mani solcate di travagli
più penosi che il solco
nella petraia sterile!
O G iovinezza, piangi. E m orto Ippolito.
2680 Eccoti spento, eccoti spento, o Ippolito,
nel primo fiore, il capo tuo posato
su i ginocchi di quella
cui tanto peso grava,
che tanto è piena d'anni e più d'affanni
e più di m orte senza pur morire,
non anche giunta al som m o del dolore,
non anche giunta al lim ite dei mali,
però che l'A d e ha il suo confino d'ombra
m a confino di lutto
2690 non ha la vita breve.
Piangete, Efebi. E spento il vostro principe.
O presagio nel grido delle Supplici
per gli Insepolti e pel Vendicatore!
Lam entavano i floridi
figli le donne d'Argo.

- i 87 -

24*

�FEDRA

Atto III

“ N o n invidia di m e vi tocchi„ io dissi.
C oi sette Eroi, coi sette Eroi cruenti
or bevi al nero fium e tu che, madido
di sudore, bevevi alle fontane
2700 e, seduto sul cervo palpitante,
per la dea che t'am ava
tessevi le corone.
Piangete, Efebi. E i non si cinge più.
Doni d'Adrasto lùgubri, toccati
dalla tebana Erinni! O prezzo iniquo
al riscatto dei figli!
U ltim o lutto d'E tra!
C h e qual altra sciagura sostenere
posso ornai, che m i dolga? Io ferrea resto.
2710 E d ecco, ecco, non altro che ferite
è la bellezza divam pata ai vènti !
O dolce Prode, ch'eri il suo diletto,
te beato nel piangere
chino su l'arm i sue.
Piangete, Efebi. E tra non piange più.
Tace la voce che sembra biancheggiare in solitudine di
nevi, come la grande canizie. E tutti gli Efebi lacrimano
in silenzio su le criniere dei lor cavalli o su le lor mani
congiunte intorno alle aste bine. Prode solleva il bel
capo chiomato, e rattiene il cordoglio.

- 188

�Atto III

FEDRA

L'EFEBO.

O veneranda madre dell’ Egide,
o due volte più trista,
senza Ippolito e senza
lacrime, Etra, concedi
2720 che noi laviam o il capo sanguinoso
del principe nel sale del suo M are
e che, costrutto un fèretro con rami
d’oleastro, su questo e su la pelle
del suo leone lo portiamo noi
all’Acròpoli, quattro eletti a sorte,
e dietro e in torno gli altri con le tede.
M a, se fu testimone della fine
l’uom o d’A rgo, colui che con la nave
addusse il dono lùgubre d’Adrasto,
2730 parli e narri. Concedi,
Etra, conceda Tèseo
m agnanim o che noi sappiamo l’ultim a
gloria del nostro principe, se vollero
i fati che noi fossim o lontani,
stanchi del lungo inseguimento e ignari
del suo disegno, poi che infaticabile
era sempre e imperterrito e arditissimo,
pari a un dio.
Etra fa un debole gesto che si solleva e ricade. Teseo
rimane immobile e coperto sul suo macigno. S'avanza

- 189*

�FEDRA

Atto III

Eurito d'Ilaco, ancora cinto di cipresso, nella sua lunga
tanica di viola. Egli ha deposto la cetra dedalea so
l’ara senza nome.
L'AEDO.

Testim one fui del grande
ardire.
Sùbito fremito corre nello stuolo degli Efebi j e balenano
gli occhi tra le lacrime? e spontaneo il piede si fa in*
nanzi. E taluno dei corsieri, sentendo la mano inquieta,
fa l'atto d'impennarsi. Odesi a quando a quando risonar
sul lido lo scroscio d'un flutto più vasto, e il latrato
confuso che vien dai canili posti all'altra estremità
dell' Ippodromo.
GLI EFEBI.

L o vedesti
2740 da presso,uom o straniero?
- N ell'Ippòdromo
eri?
- A v e v a il cavallo
m angiato la sua spelta ?
- Si lasciò
montare? o si difese all'accostarsi?
- G lie lo reggevano i cavalcatori ?
- A bisdosso m ontò?
o gli cinghiò la pelle del leone?
- E vero che continuo
ululavano i cani ?

- Ì90 •

�Atto III

FEDRA

L'AEDO.

Io era sul rialto dell' Ippòdromo,
2750 lassù, presso l'altare
del sacrifizio, dove ancor la vittim a
non è consunta.
GLI EFEBI.

- Si schiantò la cinghia,
certo, se il vello fu trovato.
- Ippolito
lo spinse fuori della pesta, verso
la spiaggia, egli m edesimo? o il cavallo
in su l'uscita gli pigliò la mano?
- Fate che dica!
N arra.
- N arra.
- In A rgo
era l'auriga d'un Eroe.
- Trattò
sempre i cavalli.
- N arra, portatore
2760 di cetera.
« Com pagni, state a udire.
- M a come è coronato di cipresso?
L'AEDO.

Il cavallo tenuto era dagli uomini

* 191 «

�FEDRA
a piè dell'argine, affinché presente
fosse nel rito. Era cinghiato già
e im m orsato col morso duro. Ippolito
scese a guardarlo, e lo palpò sul collo;
poi nelle campanelle dei voltoi
considerò le fibbie delle redini
che fossero ben salde, e strinse alquanto
2770 la catenella sotto la barbozza.
N o n disse verbo. Taciturno e crudo
era, come in corruccio. Quando all'ara
fu tratto il toro bianco per l'offerta,
il cavallo aombrò. M u ggh iava il toro
e reluttava in salti e in lanci, irsuto
di pino aspro le corna; e la giogaia
sbatteagli su i ginocchi smisurata.
E per reggerlo gli uomini pontavano
tutta la forza a terra, e avean le vene
2780 delle braccia segate dalla fune.
E il cavallo annitrì verso quel m ugghio;
e scalpitò m ovendo com e l'onda
la vasta groppa nerazzurra dove .
già riluceano chiazze di sudore:
arduo, con la criniera bipartita
che scendea quasi a terra come duplice
ala senza virtù, non atta al volo.
N ell'om bra d'una nuvola fuggiasca,

192

Atto III

�Atto III

FEDRA

sbuffando a capo chino si guatarono
2790 dalla rotondità dei lor crudeli
occhi sporgenti. N é volea morire
il toro. Q uando Forba i peli svelse
di su la fronte e li gittò nel fuoco,
e il salso orzo con essi, il furibondo
sbalzò traendo negli sbalzi gli uomini
che im pugnato l’aveano per le corna,
cosi che Forba con la scure al primo
colpo non l’abbatté m a sol l’ incise
su la collòttola e, iterando i colpi
2800 nell’orror del presagio, il sangue fumido
sprizzava in torno ed arrossava gli uomini
tutti d’ irsuto pino incoronati
come negli Istm ii. Asperso ne fu anche
Ippolito. Gridò Forba: “ Ricusa
l ' Ippio l’offerta. L ’ arderemo noi?,,
“ Àrdila intera a Fobo, alla Paura!,,
Ippolito gridò. “ Àrdila a F o b o !,,
E s’udiva il cupo ululo dei cani.
E s’udiva il cavallo giù rispondere
2810 col lungo ringhio al rantolo del toro.
Nel punto del grido eroico d'Ippolito, balza in piedi
dal suo macigno Teseo con grande fremito, memore
del suo sacrifizio alla divinità terrìfica offerto prima
d'apparecchiare la difesa contro le Amazoni vindici. E

- 193*

25

�FEDRA

Atto III

si volgono all' Eroe pallidi i cavalieri, stretti dall’ango­
scia. E l'aedo interrompe il racconto, e sta palpitante.
E anche volgesi al figlio la vedova d'Egeo. E s'ode
nella pausa rugghiare l'alta catasta ardente in cima al­
l'argine, e s'ode il fragore del mare, e il latrato lontano.
ETRA.

Figlio, ti spetri ? Il tuo dolore è sciolto ?
N e l m ortale silenzio che m ’è dentro,
udito ho il subitaneo
frem ito delle vene
per l'im m obilità del tuo dolore
e del macigno; che - non se n’avvide
l’animo? - tu seduto eri sul m asso
onde traesti i sandali e la spada
del tuo padre e il terribile tuo fato,
2820 imberbe allora come questo dolce
fanciullo che gli Iddìi fecero pari
a un dio m a paziente
di morte, con un cuore di Titano.
O figlio, e sopra il fremito
delle tue vene ho colto
il soffio dell’ Erinni inesplorabile.
N o n soffiava su te? M ale ti vedo
coi consunti occhi miei.
TESEO.

Madre, ascoltiamo

•

Ì 9 4

-

�Atto III

FEDRA

dalle labbra dell'uomo
2830 sino alla fine il canto senza cetra,
simile al canto dell' Erinni. Poi
ti verrò più da presso,
che tu m i veda. Parla,
o annunciatore della mia vittoria
che fu pur ieri e sembra già nel cupo
tempo. Segui, uomo, e narra.
Si risiede egli sol suo masso fatale, scoperto il capo. E
gli Efebi pendono anelanti dalia bocca dell'aedo.
L'AEDO.

Tacquero intorno, splendidi di sangue,
tutti d'irsuto pino incoronati,
gli uomini. E s'apprestavano con Forba
2840 a gittare le carni su la fiam m a,
quantunque in tutti nereggiasse il cuore.
Ippolito insensibile era volto
verso il M are ove i rapidi flagelli
d’ Euro un innumerevole galoppo
di criniere schiumanti ricacciavano
al lido, già scendendo dall'opposta
china del cielo verso il gorgo esperio
il rosso carro del T itan o Sole.
Io
non vedeva in lui alcuna cosa
2850 che si potesse credere mortale.
-195 -

�FEDRA

Atto III

Pur dissi: “ È tardi. N o n tentar la prova
oggi, o Tesèide. „ Im m erso era in un'ombra
di sogno; e non si m osse. A rpalo disse:
“ E tardi. Scingerò dunque il cavallo.„
" Arpalo, si „ rispose egli volgendosi
con un sùbito riso. E niun di noi
veduto avealo m ai così divino.
E i si tolse la tunica e i calzari,
e li gittò nel fuoco ove crosciavano
2860 con l'adipe le carni. Ignudo all'ultim a
luce fu bello come il più bel dio.
A llo r discese l'argine con A rpalo
et raggiunto il cavallo, disse: “ Scingilo.„
L 'u o m o tolse la cinghia, tolse il cuoio.
E la bestia potente anch'ella fu
ignuda, e più si rivelò divina.
Raccolte le due redini nel pugno
e alquanto di criniera, con un balzo
di lince egli fu sopra. Ben sedette,
2870 saldo e lieve; piegando indietro il busto,
cede le redini; e il cavallo facile
parti di passo, seguitò la pesta
sul destro lato, andò fino alla stoa.
O ra attoniti gli uomini m iravano
la bestia e il dio, fatti una doppia forza
e una bellezza sola; che com m esso

196*

�Atto III

FEDRA

parve al pelam e del cavallo il liscio
corpo dalla natura come in quei
Tessali di due form e cui, re Tèseo,
2880 col pedale di quercia disfacevi
tu gomiti e garetti, òmeri e falci.
M a di dietro la stoa, su dai canili,
ulularono come di sotterra
i molossi. Il cavallo paventò.
U na fiancata pronta del tallone
lo rimise a galoppo su la pesta.
G irò stretto la m èta; giunto al varco
d'egresso, con un lancio obliquo, come
di volo, trasse fuori dell' Ippòdromo
2890 il cavaliere. E incominciò la lotta.
Ondeggia Teseo e si protende, che mal contiene l'ansia;
arcato su lo scettro, s'affisa nell'aedo. E gli Efebi in
palpito, avanzando ancor d'un passo, si protendono, con
le lacrime disseccate ne' loro occhi ardenti come gli
occhi dei bianchi e bai corsieri, con i lor volti pallidi
presso le teste equine dal gran ciuffo intrecciato di liste
cerule o purpuree. E l'arco della luna cala sul bosco
sacro; e la zona marina róssica ancora; e nembi di fa­
ville dall'alta catasta svólano sul concilio funereo.
GLI EFEBI.

- Prosegui, aedo.
-S u , prosegui!
- N arra.

Ì97 «&gt;

�FEDRA

Atto III

- N o n t'arrestare.
« E incominciò la lotta.
L'AEDO.

F u sul lido, al frangente. Parve a un tratto
che l'assillo pungesse lo stallone
e gli ponesse in cuore i ciechi stimoli
e l'avvam passe d'un penace fuoco
per tutti i m em bri errante come quello
che divorò sul m onte le midolle
d 'E ràcle; ché l'im m an e si gittò
2900 verso il frangente come per ¡spegnersi,
e tagliò col torace il prim o flutto,
e il secondo varcò d'un salto, e contra
il terzo ch'era enorme si rizzò
sopra Tanche e restò levato in aria,
fumido su la som m ità del M are,
e grondeggiò del suo sudor ceruleo
e della schiuma, come il rivai dèfluo.
P arve a un tratto converso dall'Asfàlio
in ippocampo dai palm ati zoccoli,
2910 e il cavaliere un figlio d’ Oceànide
che l’ inforcasse, bianco di salsedine,
crinito anch’egli e turgido di muscoli
guizzanti e pieno il petto del perpetuo
anelito marino. E tra la polvere

- J98

�Atto III

FEDRA

salsa che trem olava d'oro occiduo
la bestia e il dio, fatti una doppia forza
e una bellezza sola e una criniera
sola e contra l'ig n o to un sol furore,
erti e sospesi stettero su l'om bra
2920 lunga che il lor viluppo protendea
nel M are. E udim m o acuti stridi d'aquila
scendere dalla rupe d’Afrodite.
M a vinse il cavaliere, o forse parve;
che l’ ippocampo giù ricadde e, come
se lo volgesse il freno, galoppò
verso il bosco d’Artèm ide Saronia
cui sovrastava dal rialto il rogo
del toro che pur arde al nostro lutto.
“ D ea! D ea !,, gridò l’ Efebo. C on un orrido
2930 ringhio Arione là, contra la rupe
sbattendo, franse a Ippolito il ginocchio
(scendere udim m o ancóra gridi d’aquila
dalla cim a: era Fedra!) e nello scrollo
il corpo nudo scosse (non udire,
volgiti, non udirmi più, re Tèseo!)
là sopra il m asso dove siedi, Tèseo.
Sorge in piedi l’ Egìde come toccato dall’ Erinni, e tre­
mante si scosta, e guarda se il macigno della spada e
dei sandali non sia rosso del sangue figliale. Ed Etra,
stringendo fra le ceree dita il capo esangue su le sue

Ì 9 9

'

�F E D R A

A tto III

ginocchia, si rivolge verso Teseo con tanta forza che le
ciocche dei bianchi capelli le si scompongono stt le corde
tese del collo cavo e so la faccia arata dalle rughe, simile
a quella della filatrice Mòira.

E sm osse con le froge il sem ivivo,
nell'om bra lo fiutò; di bava intriso
l'addentò per il ventre, gli sbranò
2940 gli inguini.
Il brivido dell'orrore e della pietà interrompe colui che
narra, corre pei compagni d'Ippolito; che nascondono il
volto nelle loro mani o contro il collo dei corsieri, e la­
crimano, e scoppiano in singhiozzi. E le schiave, e i gui­
datori dei carri, e gli uomini delle stalle e dei canili esa­
lano l'angoscia onde son pieni.

Poi, per quegli scogli, fumido
lontanò come un turbine sul M are.
Teseo sente sopra sé fiso l'inflessibile sguardo di Etra.
Fa un passo verso di lei e le dice le due prime parole
con una voce così sommessa e così tremante che non
sembra quella del durissimo castigatore.
TESEO .

Si, madre.
Risollevando la persona, raffermando la voce, poggiato
al suo lungo scettro, il R e parla.

M adre, t'obbedisco. Sei
come la cieca Terra ch'è veggente,

* 200 -

�Atto III

FEDRA

che tutto vede nel suo nero grembo,
ed è giusta perché sé sola ascolta.
Tu hai veduto. O Etra genitrice,
o compagni d'Ippolito,
o fiore di Trezene, e tu, aedo
ospite che cantasti
295o il canto senza cetra deill'Erinni,
e voi, uomini servi che sapete
piangere, udite. Ippolito
ucciso fu da me, non con le mie
mani che sono monde, m a col vóto:
col vóto alzato al Re truce del M are
per punire una colpa inespiabile.
“ C h e innanzi sera egli discenda all'O m bre!,,
pregai nel vóto. E l'adem pì l'A sfàlio
che avea promesso a Tèseo
2960 l'adempimento. O Madre,
o compagni d'Ippolito, e tu, Prode,
fra tutti a lui diletto,
sotto il macigno ove trovai la spada
e i sandali d 'E geo
io riporrò per sempre la mia spada
che tanto ha ucciso, i miei
sandali che levato han tanta polvere,
stam pato di vestigia tante vie,
varcato tutti i varchi della gloria,

201 -

26

�F EDRA

Atto III

2970 i varchi ove la m orte era custode
più vigile che all’ Èrebo.
E resterò deserto,
più tristo che lo schiavo cieco intorno
alla m ola. E m e forse
anche seppellirò sotto il macigno;
perché ho ucciso quella che nessuno
degli uomini m ortali e degli Iddìi
eterni uccise m ai:
la speranza.
Percossi di stupore e di terror sacro, gli astanti son come
sospesi nell'aspettazione di un fato imminente che sia
per manifestarsi. E sembra che non possano distogliere
lo sguardo dal volto di Etra simile a quello della Mòira,
ove non è patimento ma una conoscenza più amara del
patimento.
ETRA,

O tu, Prode,
2980 apprèssati e sorreggi nelle tue
mani fedeli il capo
d’ Ippolito incolpevole. E voi, schiave,
sollevatem i, ch’ io
m ’appressi al mio figlio avvelenato;
che bevuto ha l’acònito
onde im m une già fu
il giorno quando l’elsa dell’avorio
-202

�A tto III

j»

F E D R A

gli riconobbe Egeo
nell'ombra della tazza
2990 protesa dall'adultera
colchica.
S'agita al fondo la turba dei servi e dei famigli, e i ca­
valli sotto il giogo diventano inquieti ; e la schiera degli
Efebi si volge verso la via marina per ove s'ode romore
di ruote che sopraggiungono con scalpitìo sonante.
GLI AU RIGH I.

- Il carro di Fedra!
- Ecco il carro
di Fedra!
- L a Cretese!
- L a Cretese!
Sollevano Etra le fanti, mentre Prode con straziata dol­
cezza pone l'una e l’altra asta in terra ai lati del cada­
vere, e poi s'accoscia nel luogo dell’ava e prende nelle
sue palme il capo amatissimo. Come appariscono su Ia
via marina i cavalli, bianchi di sudore fumante, si fa
un alto silenzio; in cui s’ode l’ansito dei corsieri, e il
tintinno dei masticati freni, e il rugghio della catasta, e
lo schianto della terza onda. L'arco della luna è ora ca­
lato dietro il bosco sacro e, nel suo tramonto lento, s’ in­
travede fra l’ intrico folto dei lentischi e dei terebinti.
Fedra scende dal carro. S'avanza come le Ombre s’avan­
zano sul prato asfodelo. E grande e libera. Porta un mero
peplo di bisso e un lungo velo, e non ha ornamento al­
cuno fuorché l'esigua corona del trafitto mirto intorno

'2 0 3 '

�F E D R A

Atto III

all’elmetto del crine che più non ingemmano le cinque
giàspidi. Stringe nella destra la sàgari amazonia. Etra,
sollevata dalle schiave, ora è diritta in piedi, quasi la­
pidea quantunque piena di soffio.
ETRA.

Figlia di Pasifàe,
Fedra vertiginosa, vieni tu
a satollare il tuo m alvagio cuore
nel sangue puro ? C hi vuoi tu colpire,
che scendi arm ata dal tuo carro? Tèseo,
guarda la bianca Sacrifìcatrice!
Fedra non risponde né si volge. S’avanza fino al cada­
vere, col suo passo d’Ombra; e la sua voce è spirtale,
simile talora a una vampa candente che tremi.
FEDRA.

Prode, perché tu tocchi il dio esanime?
3ooo C om e nelle tue mani
reggi il capo d'Ippolito?
Tanto osi tu che l'am avi? Toccarlo
osi, guardarlo, e dare ancóra un nome
a quel che già si trasfigura? Prode,
togliti. C h'ei sia solo.
C h'ei sia velato. Sotto il capo ei s’abbia
la sàgari amazonia, la materna
arme, e sia solo.

204 •

�Atto III

F E D R A

Come nell'atto di scostarsi l'efebo solleva il capo d’ Ippo­
lito, ella si piega e sotto gli pone la mannaia lunata.
Poi lo vela col suo velo. E il cadavere giace coperto dal
bisso tenue e dal grave cuoio leonino.

Togli le due lance,
Prode. Stanotte tu ti tonderai
3010 la chioma. Efebi di Trezene, voi
che nell'aurora lo seguiste in caccia
dietro la belva nerazzurra e udiste
il
grido della sua vittoriosa
anima nel sudore delle sue
forze anelante verso gli Astri, voi
stanotte tonderete
le vostre chiome. E, se dolci sorelle
son nelle vostre case,
conducetele a tondersi le chiome
3o2o per offerirle a Ippolito
su quell'ara deserta ch'egli vide
nel suo sogno. E le vergini gli cantino
un canto in questa notte del Solstizio
ch'è la più bella e la più breve, e ogni anno
le vergini e gli efebi
vengano all'ara e cantino il virgineo
canto; perché, o Tèseo,
Ippolito è più puro del libarne
sacro e dell'acqua lustrale, più limpido

* 205 -

�FEDRA

3o3o

Atto III

che Ia pupilla dell'aria, e il tuo vóto
castigò l 'incolpabile.
TESEO .

Iddìi! Iddìi!
L'orrore e il furore lo soffocano. Sembra che a traverso
il suo torace possente si scorga la sua anima aggirarsi
come ruota precipite.

M entisti!
S ol per odio, per fargli crudeltà
l'accusasti! E facesti giuramento
su la m enzogna! E questo hanno saputo,
hanno veduto gli Iddìi, senza crollo.
O mostruosa fem m ina
che dall'im bestiato grembo fosti
espulsa ad infestarmi, t'avess'io
3040 percossa contra il bronzo delle cieche
mura nel Labirinto ond'io divelsi
il tuo fratello! O r qual vendetta m ai
trarrò da te? N o n è da far con ferro
questa vendetta, no; m a con alcuna
cosa che possa vincerlo in supplizio
e te possa eguagliare in crudeltà.
FE D R A .

Distruttore d'Antiope

» 206 '

�Atto III

F E D R A

e d'Ariadne, tu non puoi colpirmi
né pur toccare il lembo del mio peplo.
3o5o S e saputo hanno e veduto hanno i tuoi
dii, non io ti son causa m a ti sono
causa i tuoi dii. S e parli
a me, parlam i come a una lontana
visitatrice della N era Porta.
Se già non fossi esangue e tu potessi
spegnermi, non la punta della tua
spada scoperchierebbe le mie pàlpebre
chiuse sul mio mistero.
M a i piedi ho su la soglia
3o6o del Buio; e già l'azzurro della notte,
vedi?, è nelle mie braccia disarmate.
E l'orribile toro che t'offende
per la Pasifaèia, o Egide, il bianco
adultero dei pascoli cretesi,
arde nel fuoco puro
e ancor non è consunto
là su l'argine, vedi?,
e fa la luce dove fu la tènebra.
E tu, che hai tanto ucciso,
3070 non conosci l'abisso che talvolta
s'apre in una divina piaga. E tu
che vissuto hai sempre nel rombo assiduo
degli im peti e degli atti

- 207 «

�F E D R A

come leon digiuno, tu non sai
qual sapore le ceneri dei sogni
abbiano, m asticate con la bocca
arida soffocatam ente in giorni
e in notti senza oblio.
N é m i giova che tu conosca e sappia.
3o8o N o n puoi nulla su me, tu che puoi tutto.
L a grande clava tolta a Perifète
non dom a il m io meraviglioso male.
ETRA.

Im pura, impura, non contaminare
col tuo m ale la m orte
tu cui né terra accoglier può, né sacra
onda, né fiam m a.
FE D R A .

O E tra della stirpe
di Tantalo su cui le colpe turbinano
come le fulve foglie degli autunni
ventosi, io ratterrò le grida contra
3090 te che tratti il dolore
con le tue m ani curve
come il vom ere attrito,
io ratterrò la m ia rampogna contra
te, pel cuore di N iob e
che di Tantalo nacque.
« 208 -

A tto III

�t

Atto III

F E D R A

Salute, o Etra bene oprantel O Tèseo,
a te salute! Entram bi irreprensibili.
M i parto.
Abbattuto sul macigno del suo fato è l'Egìde; ma Etra
crudissima, addossata alla rupe del tempio, persiste nel­
l'oltraggio. Non batte pàlpebra l’aedo, presso l'ara in­
nominata, fiso nell'apparizione sublime.
E TR A .

T'accom pagna
l’O n ta che nacque dell'istessa madre,
3100 col suo volto ch'è il tuo,
simile al tizzo verde quando sibila
nel focolare.
FEDRA.

Aedo,
che deposta hai la cetera su l'ara
innominata, o messo dell'ignoto,
tu m i sii testimone. A ltri non degno.
Sii tu testimone, tu che sai
come il dolore terga le sue lacrime
e divenga la gioia,
come la m orte coprasi di sangue
3 n o e divenga la vita.
M a non cantare il canto ch'io ti chiesi,
non rompere il silenzio sopra me.

* 209-

27

�FE DR A

jfc

Il mio nom e è ineffabile
come il nom e di chi sovverte antiche
leggi per porre una sua legge arcana.
ETRA.

U na è la legge, quella del Cronìde.
E il nom e tuo è il nom e
del figurato fango
cui per com andamento del Cronìde
3120 E rm e diè l'im pudenza della cagna
latrante, la perfidia, l'empietà,
l’ ingordigia del sangue,
gli ingegni delle mostruose frodi,
Pasifaèia.
FEDRA.

N o n io parlo a te,
im pietrita virtù della vecchiezza,
Etra, che sei più sorda della rupe
a cui t’addossi. Aedo,
ricordati d’ Evadne! Il tristo amore,
fatto manìa dal dubitoso volto,
3 i 3o ch’estorcere tentava di fra i denti
della colpa il brandello del piacere,
or nel rogo invisibile è più grande
che l’ amore d’ Evadne.
E quella non um ana non divina

C

2Ì0 -

Atto III

�consanguinea cf Eterni or sente in sé
una divinità che irraggia l’Ade.
Il Sole ha ritessuto i suoi capelli,
l’Oceanina l’ ha conversa in onda
che non parla se non all’ infinito.
3140 “ A h potessi io donarti,
Fedra, una veste eterna!,,
dicesti quando io ti donai la cetera.
H o d’opera tremenda
una veste im m ortale
nell’ im m ortalità della congiunta
morte. O cantore della Porta Elettra,
e sono im m une dal servaggio. Sola
io porterò su le mie braccia d’ombra
Ippolito velato all’ Invisibile.
ETR A .
315o

O delirante, o invasa
d’A starte, non Ippolito
è il cacciatore frigio dalla gota
fucata. S e insanire intorno a un fèretro
vuoi, col Fenicio naviga,
approda a Cipro, méscolati
alle fem m ine urlanti nel quadrivio
o riverse nei letti di fogliam e
per l’Adonàia.

�F E D R A

jt

Atto IH

FEDRA,

N o n all'Adonàia
servo. L a dea nemica dalla bassa
3160 fronte sotto il pesante oro scolpita
disdegno, e le sue m olli mani ignave.
E dal piè della rupe,
se presente è nel tem pio che le alzai
e che sconsacro, ora la chiamo e il mio
grido le scaglio.
Leva ella il capo all'imprecazione; e un fremito d'orrore
corre intorno alla sacrilega.
GLI EFEBI.

Fedra! Fedra!
FEDRA,

3170

O dea
tu non hai più potenza.
Spenti sono i tuoi fuochi. U n fuoco bianco
io porto all’Ade. Ippolito
io l’ ho velato perché l'am o. È mio
là dove tu non regni. Io vinco.

FED R A.

M a quella, Efebi di Trezene, arcieri
-212

�sarònidi, uccisori
di cerve coronati
di dìttam o, m a quella arm ata d'arco
e di dardi infallibili, che Ippolito
là, sul lim ite santo, con l’estrema
voce invocò né valsegli,
quella che lo dilesse e lo lasciò
perire, quella esecro. O dim i, Artèm ide!
Si volge ella verso il bosco sacro, per entro la coi spessa
tenebra l’arco lunare brilla in tramonto. E chiama. Piò
alto grido di orrore sorge dai petti.
GLI EFEBI.
318o

- Fedra!
- Fedra!
« Em pia!
" Offendi
la dea trezenia !
la dea del primo tem pio!

Offendi
" Etra!

"R e Tèseo!
" O Cretese, com m etti l’empietà
sul lim ite del bosco
che nella prim a origine piantò
sopra l'orlo del M are limaccioso

�F E D R A

Atto

l'E ro e figlio d'A ltipo
autor di nostra gente!
- Etra, che sei
preservatrice delle cose san te,.
3190 ordina il sacrificio espiatorio!
- L a dea farà vendetta. v
- E inesorabile.
- H a udito! H a udito!
- Il bosco è pien d'orrore.
- E presente la dea.
- Fedra, che guardi ?
- Fedra!
- Fedra!
- T'appare?
" E tutta bianca, è tutta bianca, come
quando appare la dea
notturna alla mortale.
«- Fedra, la vedi ?
- Silenzio!
- Silenzio!
Sì fa altissimo silenzio. Non più ragghia né rosseggia il
rogo sa l'argine; non più s'ode il latrato lontano; ma
solo s'ode l'immenso marino pianto, sotto il cielo che
palpita di costellazioni. T atti si tacciono, contro la su­
blime bianchezza della Titanide vedendo l'arco d'Artè­
mide apparito. Con non umana voce ella parla, mentre
sale e splende nelle sue vene la parità della morte.

- 214 '

�Atto III

F E D R A

FEDRA.

A h , m 'h ai udito, deai T i vedo bianca.
3200 Bianca ti sento in tutta me, ti sento
gelida in tutta me, non pel terrore;
non pel terrore, che ti guardo. Guardo
le tue pupille, crude
come le tue saette. E tremo, si,
m a d'un gelo che infuso m 'è da un'altra
ombra, ch’ è più profonda della tua
ombra. Ippolito è meco.
Io gli ho posto il mio velo, perché l'am o.
V elato all'invisibile
321o lo porterò su le mie braccia azzurre,
perché l'am o. O Purissima, da te
ei si credette am ato, e ti chiamò.
M a l'am or d'una dea può esser vile.
M iram i. Vedo porre la saetta
sul teso arco lucente.
N e l mio cuore non è più sangue umano,
non è palpito. E giugnere col dardo
non puoi l'altra mia vita. Ancóra vinco!
Ippolito, son teco.
Cade so i ginocchi, presso il cadavere, mettendo on
grido fievole come on anelito so dallo schianto del coore.
Ma, prima di abbandonarsi spirante sopra il velato,

215-

�FEDRA

rialza ella il volto notturno ove il sorriso trema con
l’ultima voce.

V i sorride,
3220 o stelle, su l'entrare della N o tte,
Fedra indimenticabile.

��LA MORTE DI CAPANEO
L'OLOCAUSTO DI EVADNE
LA CETRA DI DEDALO
L'APPARIZIONE DI AFRODITE
L'ENIGMA DI FEDRA
IL NOVO AEDO
IL FRATELLO DI PEGASO
LA DANZA DI ELENA
IL TESCHIO D’ORFEO
MINOS IL TALASSOCRATE
IL CADAVERE CORONATO
IL TORO ALL’ARA
IPPOLITO E ARIONE
L’ARCO DI ARTEMIDE

v.v. 306-405
495-571
603-650
702-870
1176-1179
122I-1394
1412-1586
1709-1734
1850-1865
1874-1903
1985-2001
2770-2810
2837-2941
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          <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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          <description>Le(s) sujet(s) abordés par un document, exprimés à l'aide de mots-clefs définis par l'équipe de FonteGaia. (Pour l'indexation à l'aide des vedettes matières de RAMEAU utiliser le champ "Sujet du Dublin Core".</description>
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