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HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

D’ÉTUDES ITALIENNES
PAR

CHARLES DEJOB
PROFESSEUR HONORAIRE A LA SORBONNE

PARIS
E.

de

BOCCARD,
1.

RUE

Editeur

E MÉDICIS,
D

1919

1

����HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

D’ÉTUDES ITALIENNES

�DU MÊME AUTEUR

Marc-Antoine Muret. Un professeur français en Italie dans
la seconde moitié du XVIe siècle. Paris Thorin 1881.
In-8°.................................................................... 7 fr. 50
De Renato Rapino. Paris Thorin 1881. In-8°.

.

3 fr. 50

De l’Influence du Concile de Trente sur la littérature et les
beaux-Arts chez les peuples catholiques. Essai d’introduc­
tion à l’histoire littéraire du siècle de Louis XIV. Paris
Thorin 1884. In-8°. ·...................................... 5 fr. »

Madame de Staël et l’Italie, avec une bibliographie de l’influ­
ence française en Italie de 1796 à 1814. Paris. A. Colin,
1890. In-18 jésus.................................... . 3 fr. 50
L’Instruction publique en France et en Italie au XIXe siècle.
Paris. A. Colin, 1893. in-18 jésus........................... 3 fr. 50
Etudes sur la tragédie, Paris. A. Colin, 1896. In-18 jésus.
(Epuisé)........................................................................ 4 fr. »

Les Femmes dans la comédie française et italienne au
XVIIIesiècle. Paris,Fontemoing, 1899. In 18jés.
4 fr. »
La Foi religieuse en Italie au XIVe Siècle. Paris Fonte­
moing, 1906. In-18 jésus................. j
4 fr. »

�34306
HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

D’ÉTUDES ITALIENNES
PAR

CHARLES DEJOB
PROFESSEUR HONORAIRE A LA SORBONNE

PARIS

E.

de

B O CC A R D,

Éditeur

1, RUE DE MÉDICIS,

I919

1

��AVANT-PROPOS

En 1894 M. Charles Dejob fondait la Société
des Études Italiennes. Le 3 juin 1910 il
achevait d'écrire l’Histoire de cette Société.
Mais il la destinait à n'être publiée qu'après
sa mort. En la publiant aujourd’hui, nous
exécutons sa dernière volonté.
Tous ceux qui ont connu Charles Dejob
savent qu'il avait au cœur deux passions, le
retour de l’Alsace-Lorraine à la France, le
rapprochement de la France et de l’Italie. Ce
n’était pas parce qu’il acceptait l'alliance de
1

�2

AVANT-PROPOS

l'Allemagne et de l'halie qu’il allait aux Ita­
liens, c’était pour arracher l'Italie à l'Alle­
magne.
En août 1914, le jour de la mobilisation
générale, bien qu’il vit partir son fils aux
Armées et qu'il sût que ce fils voudrait toujours
être au plus fort du danger, il ne montra que ses
espérances patriotiques. Ses angoisses pater­
nelles hâtèrent sa mort, mais il ne les exprimait
pas. Avant de mourir le 5 avril 1916, il avait eu
la consolation de voir l’Italie d'abord refuser
de combattre contre nous, et ensuite combattre
avec nous.
Son fils, le capitaine Lucien Dejob, se faisait
un devoir et un honneur de publier /'Histoire
de la Société des Études Italiennes. Il avait
eu la joie d’être envoyé au secours de l’Italie ;
et il faillit mourir sur le sol italien. Non si
parlera piu italiano, écrivait-il à sa mère,
quand il reprit sa place sur le front français.
Quelques semaines après, le 18 avril 1918 il
tombait sur le petit coin de terre française qu'il
venait d'enlever à l’ennemi et qui porte mainte­
nant son nom.

�AVANT-PROPOS

3

A sa place nous présentons au Lecteur le
livre de son père. Le Lecteur verra qu'autour
de Charles Dejob — déjà illustres ou encore
débutants — se pressèrent des hommes de
bonne volonté. C'était MM. Jules Simon,
Gaston Boissier, Michel Bréal, Albert Sorel,
Eugène Müntz, Anatole Leroy-Beaulieu,
Henry Cochin, Pierre de Nolhac, Mérimée,
Radet, Hauvette, Hérelle, Rosenthal, Julien
Luchaire... En France, plus qu'en Italie, leur
rôle demeure méconnu, sinon inconnu. Car
s'ils travaillaient sans relâche, ils travaillaient
aussi sans réclame. Ce petit livre pourra du
moins permettre au public de ne pas égarer
toute sa reconnaissance sur les ouvriers de la
dernière heure ou même de la dernière minute,
et de garder quelque gratitude à ceux qui se
proposèrent constamment de réconcilier les
deux sœurs latines.
Marc Citoleux.

6 novembre 1918.

��HISTOIRE
DE LA

SOCIÉTÉ D’ÉTUDES ITALIENNES

1894

de la Société d’Études Ita­
liennes m’est venue l’année même
où je l’ai mise à exécution, au début de
1894, moins d’un an après Aigues-Mortes
et tandis que Crispi caressait la pensée
qu’une guerre de la Triplice contre la France
le tirerait d’embarras ; mais je m’y achemi­
nais depuis longtemps sans le savoir.
'idée

�6

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

D’abord j’y étais prédisposé par une
vive admiration pour l’Italie contempo­
raine. Certainement son unité ne se serait pas
accomplie sans nous, mais cette aide, que
le reste de l’Europe ne lui aurait jamais
accordée, elle méritait de l’obtenir du seul
peuple qui donne son sang pour qui a su
l’enthousiasmer. Elle avait montré l’exemple
d’une nation où tout homme qui pense ne
vit plus que pour la patrie, d’un peuple
qui, profondément, incorrigiblement épris
d’art, en vient à ne plus voir dans l’art
qn’un moyen de plus pour préparer l’indé­
pendance, où chaque famille compte un
martyr d’aujourd'hui, d’hier ou de demain.
Quand on songe que trois siècles de ser­
vitude et de frivolité pesaient sur elle, que
les plus austères comme Michel-Ange, les
plus hautains comme Galilée, ne gagnent
pas à être vus de très près, qu’Alfieri pour
être énergique a eu besoin de se faire man­
iaque, on est étonné du ressort que conser­
vait son âme.
Puis, parmi les causes qui l’avaient ré­

�D'ÉTUDES ITALIENNES

7

cemment séparée de nous, mes fréquents
voyages au delà des Alpes m’en avaient fait
apercevoir une qu’il me paraissait aisé de
changer en cause de rapprochement. Tous
les écrivains étrangers, les Allemands comme
les autres, tiennent à être connus en France,
soit par estime pour notre goût, soit plutôt
parce que nous savons louer et que, traduit
ou simplement vanté en notre langue, un
livre fait plus vite son chemin dans le monde.
Or M. Alessandro d’Ancona m’avait dit un
jour : « Avez-vous remarqué que M. Petit
de Julleville dans son ouvrage sur notre
théâtre du Moyen âge ne cite pas le mien sur
le? Sacre Rappresentazioni ? » Je me souve­
nais aussi de l’étonnement presque doulou­
reux de M. Luigi Ferri s’apercevant, à mon
premier séjour en Italie en 1877, que j’igno­
rais jusqu’au nom de Carducci ; à cette
époque, je m’occupais, non de littérature
italienne, mais de la biographie d’un profes­
seur français qui avait vécu à Venise et à
Rome ; mais je me rappelle l’accent de
M. Ferri disant : «C’est pourtant aujourd’hui

�8

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

notre plus grand poète. » Nous en étions en­
core en France à Leopardi et trop de savants
français ignoraient le vigoureux effort qui, à
cette heure même plaçait l’érudition italienne
au même rang que l’érudition germanique.
De là, un certain mécontentement dans une
classe qu’il est toujours dangereux d’avoir
contre soi : le monde enseignant, pas plus en
Italie qu’ailleurs, ne s’adresse directement
à la foule, mais partout il a l’oreille de la
jeunesse cultivée, surtout quand il se permet
une digression ou une allusion malicieuse ;
et chez nos voisins, plus que chez nous, il a
l’accès des journaux politiques, non pas seu­
lement des Revues. Les professeurs italiens
ne faisaient nullement campagne contre nous,
mais leur sympathie allait manifestement
ailleurs. Il me paraissait possible et urgent
de les ramener à nous, et, dût-on n’y point
réussir, l’honneur et l’intérêt de notre génie
national nous commandaient de ne pas tout
sacrifier, comme alors on y inclinait, à l’étude
des langues et des littératures du Nord.
D’autre part, il ne me semblait pas témé­

�d’études italiennes

9

raire de lancer le projet d’une Société qui
visât par la littérature au rapprochement
des deux peuples. J’étais un simple professeur
du collège Stanislas, et dépourvu de toute
accointance avec la presse, mais l’idée me
paraissait séduisante ; plusieurs ouvrages,
bons ou mauvais, prouvaient du moins que
j’avais réfléchi longtemps aux relations litté­
raires des deux nations ; j’étais, depuis
quelques années, membre du jury pour les
langues méridionales ; j’avais des amis dans
toutes les Facultés et dans la plupart des
lycées de France, dans toutes les Univer­
sités d’Italie. Le Cercle Saint-Simon m’avait
fait connaître beaucoup de savants qui n’ap­
partiennent qu’à demi à ce qu’on appelle
d’ordinaire le monde enseignant. J’étais à
peu près sûr que mon projet serait, en tout
cas, au moins répandu et discuté. Il ne fallait
que ne pas avoir peur d’écrire des épîtres de
quatre pages aux quatre coins des deux pays ;
je n’avais encore que quarante-six ans et
j’étais très résistant à la peine : ni mes classes,
ni mes travaux personnels n’en souffriraient.

�10

HISTOIRE

DE LA SOCIETE

Deux mots résumaient mon plan : « Durer
et ne pas dévier. » Pour cela, point de poli­
tique, mais point non plus de cotisations ;
aussi peu de frais que possible ; pas d’affiches,
car, à ouvrir nos portes toutes grandes, nous
risquions des manifestations hostiles ou facé­
tieuses d’étudiants ; point de Comité : uni­
quement des conférences qu’on ferait sans
rétribution dans une de ces salles gratuites et
connues des amateurs qui ne manquent pas
à Paris, et des articles que les rédacteurs se
chargeraient de placer eux-mêmes ; enfin
un président illustre qui, sûr de mes inten­
tions, en répondît devant le public et me
laissât le travail et la direction effective. Je
voyais bien que je me privais par là de cer­
taines ressources. Plus d’un m’en avertissait
et notamment M. Gaston .Paris qui, dès la
première ouverture, s’était intéressé à la
tentative : « Faites comme tout le monde »,
me disait-il, « demandez une cotisation, mi­
nime, si vous le voulez, mais suffisante pour
faire imprimer les conférences et en donner
quelques exemplaires aux auteurs ; vous

�d’études italiennes

11

trouverez là matière pour une Revue spé­
ciale ; autrement vos orateurs auront semé
en l’air. » Il y avait bien de la vérité dans ces
observations. Mais d’abord il me répugnait
invinciblement de tendre la main, d’attacher
mon nom à une contribution nouvelle frappée
sur l’Université ; autre chose est de dire à
un collègue : « Voulez-vous me prêter sur un
sujet de votre choix le concours de votre
parole ? » Autre chose est de lui demailder
une cotisation ; le collègue a dix moyens
pour un de refuser la conférence qu’on solli­
cite ; il y a souvent pour lui impossibilité
morale à refuser les dix ou vingt francs que
l’on réclame. Puis, la cotisation aurait sin­
gulièrement réduit le nombre des adhérents
et préparé les démissions à bref délai. Pen­
dant ce temps les frais auraient couru ; ne
percevant rien, je les limitais à mon gré ;
touchant des fonds, je prenais des engage­
ments ; une Revue, même composée avec
des articles donnés pour rien, eût mis la
caisse en déficit ; il était encore trop tôt, et
d’ailleurs l’expérience m’a montré depuis

�12

HISTOIRE DE LA SOCIETE

que, sur dix conférences qu’on obtient d’ora­
teurs bénévoles, il y en a au moins la moitié
que, pour une raison ou pour une autre, les
orateurs ne rédigent pas et ne permettraient
pas qu’on sténographiât, n’ayant pas eu le
temps d’y mettre la dernière main.
Fallait-il alors demander une subvention
à l’Etat ? C’est encore là une démarche que
tout le monde n’aime pas à faire, puis, c’eût
été s’enchaîner, se discréditer. Il fallait que
l’entreprise demeurât spontanée, indépen­
dante et qu’elle coûtât quelque chose à celui
qui l’avait conçue. Constituer un bureau, à
condition de le composer d’hommes dont le
dévouement ne se lasserait jamais, eût accru
les chances de trouver des auditeurs nom­
breux, mais dans une affaire fort délicate où
il fallait ménager deux nations alors en fort
mauvaise intelligence, des discussions autour
d’un tapis vert étaient grosses de périls ;
pour avoir chance d’éviter les écueils, il fal­
lait bien connaître la mer où l’on naviguait.
Il ne suffisait pas d’avoir de la sympathie
pour nos voisins ; il fallait les avoir pratiqués,

�d’études italiennes

13

savoir le fort et le faible de leur caractère.
Je pouvais, dira-t-on, m’y tromper tout
comme un autre, plus qu’un autre : soit !
mais j’étais résolu à ne payer que pour mes
propres fautes. Je tenais à m’effacer, à ne
prendre aucune espèce de titre dans une So­
ciété où j’espérais attirer des hommes qui
me seraient supérieurs à tous égards ; je n’ai
même pas réclamé quand des journalistes ita­
liens, d’ailleurs très bienveillants, ont dit que
sans doute la dépense de nos Bulletins était
couverte par les entrées à nos conférences,
mais je tenais à ne pas me laisser entraîner
ou compromettre.
Ainsi entendue, la Société me paraissait
avoir chance de se soutenir : vivre presque
de l’air du temps est quelquefois le meilleur
moyen de vivre vieux. Toutefois les lettres
d’invitation à nos conférences et les deux
Bulletins que je comptais publier par an,
les frais de poste ne pouvaient pas ne point
fournir un total assez respectable. Je tins
chez moi une sorte de conseil de famille où
j’exposai que mon projet me semblait utile^

�14

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

qu’il ne me rapporterait rien, mais que la
dépense ne dépasserait certainement pas nos
moyens. Ma mère et ma femme m’approu­
vèrent et je les en remercie encore une fois.
Restait à trouver un président car un
nom célèbre était indispensable. Ce ne fut pas
chose facile. M. Gebhart me dit que mon en­
treprise ne lui semblait pas viable ; que, si je
réussissais à la mettre sur pied, il ne me refu­
serait pas d’y faire une conférence, mais qu’il
y déclinait tout autre emploi. D’autres Uni­
versitaires aussi qualifiés et beaucoup plus
confiants dans le succès, prêts même, comme
ils le prouvèrent bientôt, à payer de leur
personne, refusèrent aussi, faute de loisir.
Je commençais à m’inquiéter, quand je ne
sais plus quelle âme charitable me suggéra
l’idée de m’adresser à Jules Simon, qui était
alors assez dégagé de la politique active pour
n’éveiller aucune défiance et dont l’Italie
connaissait bien l’amitié pour elle. Pressenti
par M. Gaston Boissier, il accepta avec au­
tant de simplicité que de bonté, sans même
faire d’autre observation que sur le titre « So­

�d’études italiennes

15

ciété d’Études Italiennes », qui est en effet
d’un français douteux, mais qui avait le
grand avantage d’être court et de n’en dire
ni trop ni trop peu. La première difficulté
de l’entreprise était surmontée.
Je recrutai rapidement quelques adhésions
non moins précieuses et la promesse de
quelques conférences ; on était déjà en
mars, mais il importait de commencer tout
de suite, et je rédigeai la circulaire dont j’eus
la bonne fortune d’obtenir la révision par
M. Albert Sorel.
La voici :
« Il a paru à quelques amis de la littérature
et de l’art italien que l’heure était venue de
se grouper pour faire mieux connaître une
nation si intimement mêlée à notre histoire.
Le nombre des italianisants s’est fort
accru dans les vingt dernières années, mais
leurs efforts isolés n’ont pas produit tout
l’effet qu’on en pouvait attendre. D’ailleurs,
il faut bien avouer que diverses raisons, dont
quelques-unes étaient d’impérieuses néces­
sités, tournaient en général vers d’autres

�16

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

régions la plupart de nos historiens et de nos
critiques. Aujourd’hui que la France envi­
sage avec sérénité l’avenir, ne lui siérait-il
pas de voir se resserrer les liens intellectuels
qui l’attachent à sa voisine ? Certes, il serait
puéril de nier qu’un malentendu a séparé,
dans ces derniers temps, le France et l’Italie ;
mais pourquoi ne pas chercher à le dissiper ?
Des Italiens éminents, qui d’ailleurs ne
faisaient qu’exprimer avec autorité un sen­
timent répandu autour d’eux, l’ont compris
lorsqu’ils ont formé un Comité qui se propose
de rapprocher les deux nations.
Au reste, s’il est vrai que le génie d’un
peuple ne se retrempe nulle part aussi bien
que dans ses origines et dans ses affinités
naturelles, si la grâce élégante et facile, si la
beauté grave et souriante tout à la fois de­
meurent quelques-uns des attributs les plus
exquis et les plus abordables pour nous de
l’idéale perfection, l’art de Raphaël et
d’Arioste n’est-il pas de ceux dont l’étude
nous convient davantage et nous guérirait
le mieux de quelques travers passagers dont

�17

d’études italiennes

nous commençons à entrevoir le péril ? »
Venaient ensuite les noms des adhérents
de la première heure, MM. Boissier, H. Cochin
A. Croiset, Crouslé, J. Darmesteter, Arth.
Desjardins, Gebhart, Gréard, G. Paris, Lafenestre, An. Leroy-Beaulieu, Eug. Müntz,
Alb. Sorel ; ensuite l’indication du plan de
travail de la Société, l’annonce de la gratuité
de l’adhésion et la prière d’envoyer ces
adhésions et les offres de conférences à
M. Ch. Dejob, rue de Ménilmontant, à Paris.
Alors commença véritablement le travail
de propagande. J’inondai de lettres la pro­
vince et l’Italie, demandant des adhésions
et des articles de journaux. Pourtant l’affec­
tueuse prévision de M. Jules Simon : « Vous
allez bien vous fatiguer » ne se vérifia pas,
parce que dès le premier jour, je me sentis
approuvé et aidé. Mes camarades, mes an­
ciens élèves, firent merveille. M. Ernest Mé­
rimée à la Faculté de Toulouse, M. Bichat à
celle de Nancy, M. Loth à celle de Rennes,
M. Astor à celle de Grenoble, M. Castaigne
à Bar-le-Duc, colportèrent l’idée et m’en­
2

�18

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

voyèrent de longues listes de recrues, et, de
même les jeunes italianisants d’alors M. de
Nolhac et M. Herelle. Les historiens de l’art,
M. E. Müntz, M. Durand Gréville en fai­
saient autant. M. Tamizey de Larroque tra­
vaillait les érudits de province, M. Léon de
Berlue Pérussis nous amenait les félibres
provençaux. L’illustre M. Michel Bréal,
avant de partir pour une tournée d’ins­
pection des Facultés, remplissait ses poches
de nos circulaires et les distribuait utile­
ment.
Notre propagande ne visait que les lettrés
et les gens du monde. En Italie surtout,
nous ne nous départîmes pas de ce principe.
Si nous avions voulu faire du bruit et re­
cueillir des adhésions à pleines mains, le
moyen était bien simple : une lettre aux amis
déclarés de la France, à Cavallotti ou à
Menotti Garibaldi eût suffi. Mais c’aurait
été s’aliéner la plupart des Italiens pour
gagner la minorité, déjà tout acquise, c’est-àdire pour ne rien gagner du tout. Les séna­
teurs ou députés italiens qu’on a vus sur nos

�d’études ITALIENNES

19

listes ne pouvaient porter ombrage à per­
sonne ; car c’étaient surtout des lettrés et
non des hommes de parti. Il est vrai que
quelques hommes fort avancés et non moins
honorables, en nous donnant d’eux-mêmes
leur nom, firent un instant soupçonner notre
Société d’avoir une couleur légèrement anti­
dynastique. Je me rappelle même à ce propos
que je faillis plus tard, en toute innocence
de cœur,en faire arrêter un : il m’avait envoyé
une brochure anonyme et passablement sub­
versive où il avait signé son nom à la main ;
je faillis coucher ce nom tout du long dans
une liste de dons reçus ; je m’aperçus à
temps de la bévue et l’auteur continua de
dormir dans son lit sans péril pour le trône
et l’autel. D’ailleurs ce mouvement de dé­
fiance dont je parle ne dura pas et ne se fit
même jour nulle part ; je ne l’appris que par
une source privée fort sûre d’ailleurs. Il était
trop évident que nous nous ad- ions à la
nation entière, sans entrer dans ses querelles
et que nous cherchions à ramener nos adver­
saires plutôt qu’à leur susciter des difficultés,

�2θ

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

ce qui eût été fort malhabile, puisqu’ils
avaient le pouvoir en main. Grâce à notre
sagesse, le projet reçut une approbation cha­
leureuse dans toutes les parties de la France
et de l’Italie. Dès les premiers jours, vingtsix journaux des deux pays firent campagne
pour nous.
Ce n’est pas, il s’en faut, que l’idée en
France agréât à tout le monde, M. Frédéric
Passy qui m’avait d’abord écrit que ce serait
peut-être plus prudent de procéder par efforts
individuels que de former une Société, se
déclara tout de suite ràssuré par notre circu­
laire, mais d’autres protestèrent de vive voix
ou par lettre. Voici la réponse que m’adressa
M. Alf. Mézières à qui j’avais offert la prési­
dence :
« Mon cher collègue, votre idée est bonne,
heureuse. Elle sera féconde. Mais je ne puis
pardonner aux Italiens, moi, enfant de Metz,
d’avoir laissé le prince de Naples accompa­
gner l’empereur d’Allemagne dans ma ville
natale sous les yeux de mes nièces pour y
consacrer le droit de la conquête. Tant que

�d’études italiennes

21

cette faute, tant que ce crime n’auront pas
été expiés par eux, qui représentaient autre­
fois en Europe le droit des vaincus, par les
Lombards et par les habitants de Venise
que nous avons rendus libres, je n’aurai rien
de commun avec l’Italie. Il m’en coûte de
vous refuser mon concours... ; mais je ne
pourrais plus me montrer au milieu de mes
parents et de mes amis si je tendais la main
aux anciens alliés qui nous ont fait cet ou­
trage. Pour le moment, je ne les connais
plus...» Et en post-scriptum : « Je l’ai écrit
et je n’ai rien à retrancher de mes paroles.
Si de 1815 à 1859 un prince français avait
accompagné l’empereur d’Autriche à Milan
ou à Venise, la dynastie qu’il représentait
chez nous aurait été balayée par l’indignation
populaire de la France. Le devoir de l’Italie
est clair : qu’elle fasse ce que nous aurions
fait ! »
M. Victor Henaz : « ... Je suis Alsacien, et
le prince de Naples est allé à Metz. Des che­
vaux italiens ont foulé, à la suite de l’Étatmajor allemand, les provinces où tant de

�22

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

cœurs — j’en suis garant — avaient battu
pour Silvio Pellico, où tant de vaillants
étaient nés qui maintenant reposent à Ma­
genta. Si peu que je sois, je ne saurais tendre
la main à ceux qui ont garanti au conquérant
mon exil perpétuel et la servitude de mon
pays. »
M. le comte de Franqueville : « Je trouve
votre idée excellente et très patriotique, mais
je doute un peu de la possibilité du succès.
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre. Les Italiens seraient les derniers
des imbéciles (ce qu’ils ne sont pas), s’ils
croyaient sérieusement à la possibilité d’une
attaque de la France... »
M. Ch. Lenient à propos de ce même déplo­
rable voyage : « J’ai été un des naïfs qui sa­
luaient, avec des larmes aux yeux, la déli­
vrance et la résurrection de notre sœur la­
tine... J’ai été blessé au cœur. »
M. Bouché Leclercq : « ... Allez donc
raisonner avec des gens qui s’obstinent à
croire — ou à prétendre qu’ils croient — que
nous voulons restaurer le pouvoir temporel

�d’études italiennes

23

du pape ! Est-ce un malentendu, cela ? »
M. Ehrhard : « ... L’été dernier à Milan, je
sentais des haines farouches autour de moi,
et c’était avant les affaires d’Aigues-Mortes.
N’est-ce pas à Milan aussi qu’on a hué ces
jours derniers le drapeau français ? Et si de
tels sentiments éclatent dans la capitale de
la Lombardie, comment nous traite-t-on à
Rome ou à Naples ? Ce ne sont pas des études
de savants qui apaiseront des passions aussi
violentes. »
Les lettres de MM. Perrens et Imbart de la
Tour furent plus âpres encore... Un de mes
camarades, qui avait quelques années aupa­
ravant vécu à Rome dans le monde officiel
et y avait constaté beaucoup d’hostilité,
s’écriait : « Si tu veux à toute force fonder ta
Société, donne-lui pour mission de nous
mettre en garde contre une haine impatiente
d’agir ! »
Ces refus, ces blâmes ne me découragèrent
pas, non seulement parce que les approba­
tions étaient infiniment plus nombreuses,
mais parce que presque tous mes contradic-

�2k

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

teurs n’en voulaient qu’à la conduite présente
des Italiens ; M. Perrens, un des plus irrités,
disait lui-même, comme M. Lenient, que sa
colère venait de son affection déçue. Un
mois après la circulaire, nous étions en me­
sure d’annoncer sept conférences pour la
période avril-mai-juin. Seulement un de ceux
sur qui j’avais le plus compté, M. Gebhart,
s’était dérobé ; quand je lui rappelai sa pro­
messe, il m’écrivit : « Mon cher ami. Annoncez
donc urbi et orbi que, tous les mardis, à
2 heures, à la Sorbonne, Amphithéâtre SaintJacques, salle A, je parle sur l’Italie et cela
depuis bientôt 15 ans ; — que, aux Débats,
sept ou huit fois par an. j’écris sur l’Italie — ;
qu’à la Revue des Deux-Mondes, de temps en
temps, j’écris sur l’Italie,; et que c’est mon
office depuis près de trente ans. Il y aurait
vraiment quelque indiscrétion à m’en de­
mander davantage. Et je vous ai dit assez
clairement que je n’en ferais pas davantage.
Je suis toujours convaincu que l’entreprise
est aussi naïve que généreuse. Milan, la ville
française du souvenir, vient de siffler les

�d’études italiennes

25

couleurs françaises. » (Q Je répondis : « Cher
Monsieur, si je vous ai récemment écrit,
c’était d’abord par déférence, parce qu’il me
semble convenable de vous tenir au courant
de tout ce qui se passe dans un ordre d’idées
où vous êtes naturellement le représentant
de la science française ; c’est ensuite parce
que, tout en refusant la direction de l’entre­
prise et en la considérant même comme dé­
nuée de portée politique, vous m’aviez posi­
tivement dit que vous ne refuseriez pas de
faire une conférence si elle réussissait à
prendre pied. N’en parlons plus. Quant à la
naïveté, nous serions en effet très naïfs si
nous nous imaginions que les Italiens sont
actuellement bien disposés pour la France ;
mais il n’y a peut-être pas excès d’ingénuité
à croire que les déceptions changent les dis­
positions des peuples... »
A défaut de M. Gebhart, nous entendîmes
dans cette première série, entre autres,
(') M. Lenient, comme M. Gebhart et M. Ehrhard,
avait fait allusion à cet incident.

�26

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

M. G. Boissier et M. de Nolhac. Notre Prési­
dent avait d’ailleurs eu la bonté d’ouvrir nos
conférences : J’avais simplement annoncé sa
présence à notre première conférence qui eut
lieu le samedi 14 avril, à la Sorbonne dans
l’amphithéâtre Quinet, alors appelé amphi­
théâtre B. Vu son grand âge, je n’avais pas
osé lui demander l’engagement de parler. Au
moment où nous entrâmes, il me dit : « Que
faisons-nous ? » Je répondis, à tout hasard :
« Est-ce que vous voudriez bien dire deux
mots. » Il se leva, longea toute la table qui
règne en face du public jusqu’à la porte... ;
j’eus un instant de vive inquiétude, et déjà
l’assistance ouvrait de grands yeux ; mais il
voulait simplement se placer devant certains
becs de gaz qui fatiguaient ses yeux, et, de­
bout, il commença. Il exposa notre objet,
rappela l’enthousiasme de sa jeunesse pour
l’Italie, le temps où il était au Collège de
France l’élève de Michelet le traducteur de
Vico, puis à la Sorbonne, le collègue et l’ami
d’Ozanam, l’illustre italianisant, ses voyages
au delà des Alpes. Le merveilleux orateur

�d’études italiennes

27

enchanta l’auditoire et achalanda, si l’on me
passe l’expression, notre Société.
D’avril à juillet, cinquante journaux ou
Revues de France et de l’étranger joignirent
leurs encouragements à ceux de la première
heure et le nombre des adhérents passa de
153 à 352, dont 28 membres de l’Institut. En
Italie, à MM. Ascoli, Barozzi, D’Ancona,
Luigi Ferri, Graf, De Gubernatis, Ant. Manno
Manaravi, G. Mazzoni, Novati, Renier,
s’étaient joints MM. Ruggiero Bonghi, Car­
ducci, Aug. Franchetti, Ponzacchi, Solerti,
MM. D’Ovidio, P. D. Pasolini, Rajna et bien
d’autr«s encore. Les dons de livres affluaient.
Des ecclésiastiques français venaient à nous
et dans le nombre, un Recteur d’Université
catholique, des professeurs de séminaire, un
évêque, un Jésuite. Le succès était si marqué
que je crus ne pas devoir attendre, pour le
mentionner, le Bulletin, qui en octobre annon­
cerait les conférences de la deuxième année (l).
(*) Ce Bulletin do juillet 1894 porte le n0 3 ; la cir­
culaire et le Bulletin qui avaient annoncé nos premières
conférences ne portaient pas de numéro.

�28

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

Il s’était pourtant produit dans l’inter­
valle un événement qui semblait devoir rui­
ner l’entreprise, l’assassinat à Lyon du pré­
sident Carnot par un Italien (24 juin 1894).
Ce fut tout le contraire qui arriva. Sans doute
des Lyonnais saccagèrent les boutiques de
quelques innocents compatriotes de Caserio ;
mais la France ne s’associa pas à ces sottes
représailles, et l’Italie, loin d’y répondre
comme elle avait fait un an auparavant aux
violences d’Aigues-Mortes, ne songea qu’à
déplorer le crime de son indigne fils. Dès que
la nouvelle parvint en Italie, M. L. Ferri
et un des hommes les plus considérables de
Milan, Gaetano Negri, m’exprimèrent leur
horreur pour le forfait et la crainte qu’ils en
concevaient pour notre Société ; M. Ie séna­
teur comte Pasolini me décrivit le Parlement
écoutant debout le ministre flétrir Caserio
et décidant que ses salles seraient tendues
de noir jusqu’à la fin de la session (’) ;
j1) Une autre lettre analogue de M. Pasolini à
M. Fréd. Masson fut remise par erreur à Mrae Carnot
mère qui habitait la même maison que M. Masson ;

�d’études italiennes

29

M. Flamini constatait avec indignation que
l’assassin avait choisi, pour frapper, l’anni­
versaire de Solferino. On permettra bien à la
Société d’Études Italiennes de croire qu’elle
s’était donnée la peine de naître à une heure
bien choisie, où l’apaisement, invisible en­
core, se préparait ; on lui permettra de croire
qu’elle avait contribué à calmer les esprits,
puisque depuis deux mois presque tous les
journaux de la péninsule avaient publié d’im­
portants articles inspirés ou signés par des
personnes de marque qui avaient mis en lu­
mière la politesse faite à l’Italie par une élite
de Français.
Nos affaires allaient donc à souhait. J’avais
dû, à la vérité, renoncer à un article de mon
programme, les conférences à faire en pro­
vince. Des amis, après enquêtes et délibéra­
tions sur place, m’avaient fait observer que
la province est à la fois plus lente et plus ré­
tive que Paris, qu’elle s’intéresse moins vite
Mme Carnot l’ouvrit par inadvertance et s’empressa
de la renvoyer au destinaire avec ses excuses et aussi
ses remerciements pour M. Pasolini.

�30

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

aux nouveautés et en prend plus facilement
ombrage ; Paris est habitué à entendre tout
dire, sauf à juger ; dans les départements,
annoncer de butte en blanc en 1894 qu’on
avait foi dans la possibilité de ramener les
Italiens, eût paru peut-être un inconvenant
paradoxe. Deux doyens de Faculté surtout
m’éclairèrent, M. Colsenet pour Besançon,
M. de Crozals pour Grenoble ; ainsi à cette
date Grenoble même qui est devenue depuis
un des deux principaux foyers de l’italianisme
en France, et cela en parti grâce à M. de
Crozals, se refusait à nous. J’espérai un ins­
tant une précieuse — et légitime compensa­
tion.
Deux Italiens éminents que nous avons déjà
nommés, Ruggiero Bonghi, ancien Président
du Conseil, et Luigi Ferri, jadis élève de notre
École Normale, alors doyen de la Faculté
des lettres de Rome conçurent à peu prés
en même temps, Ie projet de répondre à
la fondation de notre Société par la consti­
tution d’une Société analogue (*). En appaf1) L’histoire de ce projet a été contée par un de

�d’btudes italiennes

31

rence, c’était une fort bonne chance que
l’idée eût séduit Bonghi ; en réalité, c’était
peut-être un malheur ou tout au moins ce
fut un malheur qu’il en assumât l’exécution ;
car il parla beaucoup trop tôt ; il lança l’idée
avant de l’avoir mûrie et d’avoir rien con­
certé. Dans une affaire aussi délicate, il in­
terpella par une lettre ouverte M. Ferri qui
s’en montra choqué, tout en adhérant à la
proposition et qui m’écrivit : « Ces politiciens
gâtent tout. » (22 mai 1894.) Néanmoins
Bonghi avait mis la main sur un secrétaire
zélé, le professeur Lesca ; une circulaire fut
lancée le 30 mai et des adhésions marquantes
arrivèrent : Gaet. Negri, Aug. Franchetti,
MM. De Gubernatis, Rajna, etc. Mais, comme
me l’écrivait un sincère ami de la France,
M. Roberti (25 juin), Bonghi avait tant de
choses sur les bras ! La dernière à laquelle il
pensât était d’organiser la Société qu’il fon­
dait ; c’est seulement le 6 février 1895 qu’il
ceux qui y prirent le plus de part, M. Giuseppe Lesca,
dans son livre Leggendo e annotando (Rome, Lœscher) ;
je la raconte ici à l’aide de ses documents et des miens.

�32

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

convoqua une réunion définitive, et cette
réunion, où l’attendaient entre autres
M. Ferri, M. Pasolini, le général Guaita, il
n’y vint pas ! Quelques mois après,il mourait,
M. Ferri mourait à son tour, M. Lesca était
appelé à Florence, et c’était fait de la Société
Italienne d’Études Françaises.
A la vérité, la légèreté et les occupations
multiples de Bonghi ne sont pas seules res­
ponsables de l’échec. Il était plus difficile à
des hommes même de sa valeur et de celle
de M. Ferri d’instituer une Société d’Études
Françaises qu’il ne l’avait été pour nous de
fonder une Société d’Études Italiennes. Déjà
le 8 avril 1894, M. A. Restari avait commencé
un article très bienveillant pour nous dans
Per l’Arte, en disant que, sans la crainte
d’être taxé de pessimisme, il émettait 'e
doute qu’une tentative analogue pût réussir
en Italie. Chez nous, il existait nombre de
personnes connues pour leurs travaux sur
l’histoire littéraire et artistique de nos voi­
sins, tandis qu’en Italie, les savants n’étu­
dient que notre Moyen âge et le grand public

�33

d’études italiennes

ne s’intéresse qu’à nos romans et à notre
théâtre et encore aux seules productions de
l’heure présente, bonnes ou mauvaises ; notre
littérature est pour lui ce que sont nos modes ;
dans une spirituelle lettre que cite M. Lesca,
M. D’Ancona répondait à la circulaire de
Bonghi : « Connais-tu chez nous un seul écri­
vain qui ait spécialement étudié un auteur
français ou une période de la littérature fran­
çaise ? (x). Néanmoins M. Lesca a raison de
dire que l’essai était parfaitement prati­
cable ; qu’à défaut même de Bonghi et de
M. Ferri, on avait sous la main M. Barzellotti
qui, cette année-là publia un excellent vo­
lume sur Taine, M. G. Mazzoni qui peu au­
paravant avait traité certaines questions de
littérature française ; que la guerre de 1859
offrait des sujets faciles ; M. Angelo de Gu­
bernatis avait signalé, dans sa réponse à
Bonghi, l’opportunité de recherches sur les
lumières que les Bibliothèques et Archives
(*) Quelques indices, rares encore, semblent annon­
cer un changement à cet égard ; nous en dirons un mot
plus loin.
3

�34

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

d’Italie pouvaient nous fournir. La Nuova
Rassegna offrait scs colonnes, sans parler de
la Cultura qu’avait dirigée Bonghi. M. Ferri
m’avait écrit qu’il songeait à la Société pour
l’instruction des femmes « qui possédait des
ressources et disposait des meilleurs confé­
renciers » (l) ; on pouvait solliciter son aide.
M. Croce m’avait averti qu’il était tout prêt
à faire inscrire des sujets relatifs à la France
dans les programmes des conférences de
Circolo Filologico de Naples dont, sous la
présidence de Bonghi il était vice-président.
Donc les moyens abondaient. Il ne s’agissait
que de commencer.
Mais précisément on ne s’en souciait pas
beaucoup. Unanimes à peu près pour approu­
ver notre tentative, les Italiens de marque
ne l’étaient pas, il s’en faut, pour l’imiter. Un
des plus nobles d’entre eux par le cœur,
M. Pio Rajna, qui avait accordé à Bonghi
son adhésion, ne cachait pas qu’il la donnait
t1) C’est pour cette Société qu’en août 1894,
MM. Desjardins et de Nolhac avaient parlé à Rome
en présence de la reine.

�d’études italiennes

35

plutôt par déférence que par conviction ;
et, en effet, le 28 avril, il m’avait écrit, tout
en louant mon projet dans les termes les plus
gracieux : « La dignité et l’intérêt de la cause
veulent, selon moi, que de notre côté nous
nous tenions sur la réserve, toujours prêts à
tendre notre main, mais attendant pour le
faire qu’on soit convaincu que c’est une main
loyale, dont le geste ne cache pas une pensée
intéressée. » Carducci, à qui la circulaire de
Bonghi avait été envoyée deux fois, n’y
avait pas répondu ; une lettre qu’il m’adressa
le 5 septembre 1894 montre, non seulement
qu’il ne se pressait pas à me témoigner l’es­
time dont il m’assurait, mais qu’il nourrissait
de singuliers préjugés sur l’indifférence de
notre génération à l’égard des gloires de
l’Italie : « Cher Monsieur, (l) Mieux vaut
tard que jamais. J’ai à vous remercier de
bien des choses... (suivent quelques lignes sur
(*) M’adressant tout d’abord à des lecteurs fran­
çais,je donne en français toute ma correspondance
avec les Italiens. J’ai communiqué le texte italien de
cette lettre aux collections de V Epistolario de Carducci.

�36

HISTOIRE DÉ LA SOCIÉTÉ

un de mes livres). Nous nous rappelons encore
en Italie avec gratitude Ginguené et Fauriel
de qui nos pères et nous avons tant appris
et nous nous souvenons avec un peu d’or­
gueil des années de la Restauration et de
Louis-Philippe où nos classiques et même les
vivants étaient si bien réimprimés en France.
Nous lisons encore presque tout ce qui s’im­
prime à Paris, même les décadents (Nos
jeunes, hélas, lisent et imitent plutôt les dé­
cadents que le sain et bon français). Pour
moi, j’ai fait, l’année dernière, un cours sur
la poésie de Lamartine. Mais vous, chers
frères de France, vous ne lisez plus comme
autrefois nos auteurs et partant vous risquez
de moins nous comprendre et d’être quelque­
fois injustes. Il y a de nobles exceptions,
vous, cher Monsieur, et M. de Nolhac... ».
Grand merci pour M. de Nolhac et pour moi !
Mais qu’est-ce que Carducci faisait donc de
M. Gebhart, de M. Müntz, de M. H. Cochin ?
Ignorait-il par hasard que la France entre­
tenait deux Écoles célèbres à Rome ? Où
voyait-il que sa patrie, so donnait autant de

�d’études italiennes

37

peine pour comprendre notre génie ? Si
parmi nos auteurs, l’admiration des jeunes
Italiens se fourvoyait, que n’avait-il appuyé
ou repris le projet de Bonghi ? La vérité, la
voici : il professait à certains jours une vive
sympathie pour la France, mais c’était la
Révolution Française seulement qu’il aimait.
Cela éclate jusque dans la belle page, que
cite M. Lesca, où il s’élève contre ceux de scs
compatriotes qui, depuis Sedan, dit-il, affec­
taient de ravaler notre littérature, qui, pour
lui, est uniquement celle de Voltaire, de
Rousseau, de Diderot, de Condorcet. Je l’ai
depuis visité à Bologne et rencontré à Rome ;
les deux fois il a été courtois et m’a loué de
mon entreprise ; mais je n’ai plus revu son
écriture et, ce qui est tout autrement signifi­
catif, feu Chiarini a révélé avec quelle fougue
il demeura partisan de Crispi jusqu’à la chute
de cet autre ex-républicain.
Donc il était acquis que l’Italie ne nous
rendrait pas la pareille. J’avais annoncé le
projet de Bonghi dans le 3e et le 4e Bulletins
et la presse française l’avait loué.Par bonheur

�38

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

tout le monde chez nous comprit instinctive­
ment que notre propagande n’en produirait
pas moins à la longue un de ces effets relatifs
dont ici-bas on est souvent obligé de se
contenter. Seulement, cet échec invitait
notre Société à la prudence.
Or, il existait à Paris, dès avant notre So­
ciété, une Ligue franco-italienne qui, comme
la colonie italienne, était venue à moi dès la
première heure et avec qui je suis toujours
resté dans les meilleurs termes. Cette Ligue,
qui depuis a donné de brillantes fêtes, faisait
alors peu de bruit. Elle ressemblait à notre
Société en ce qu’elle s’embarrassait peu de
protocole. On y payait une légère cotisation
avec laquelle le dévoué secrétaire, A. Raqueni, s’arrangeait comme il pouvait pour
faire face aux dépenses. On y recevait de
loin en loin un journal dit organe de la Ligue.
On savait vaguement quelle place on y occu­
pait : tantôt on était convoqué comme
membre du Comité, tantôt on apprenait,
sans avoir été prévenu, que telle décision
avait été arrêtée. Le nom même de la Société

�d’études italiennes

39

variait : à certains jours, elle s’appelait
Γ Union latine. On se réunissait à des dates
indéterminées, en général pour déjeuner ou
dîner ensemble ; ces repas, généralement
très gais, avaient lieu d’ordinaire au restau­
rant italien Aldegani, au Passage des Panora­
mas, quelquefois chez Gillet à Neuilly, une
fois sur le bateau Le Touriste qui nous avait
emmenés faire une promenade en Seine. On
y célébrait les anniversaires des victoires de
1859 et on y maudissait la Triplice ; plus
tard, quand les Français, qui d’ailleurs y
furent toujours en infime minorité, appar­
tinrent pour le plus grand nombre aux partis
avancés, on y prit la Triplice en patience et on
but à la paix universelle, quoique j’aie en­
tendu M. Lockroy rappeler éloquemment
que la France devait toujours laisser sa main
sur la garde de son épée. Au reste, dans les
premiers temps mêmes, ce n’étaient pas tou­
jours nos compatriotes qui y parlaient le
plus sagement ; j’ai pu constater combien,
tout machiavélisme à part, I’italien mesure
plus ses propos que le Français ; ce n’étaient

�40

HISTOIRE DE LA SOCIETE

pas tous des diplomates ni des lettrés que les
Italiens qui se trouvaient là ; j’y ai entendu
dire par un d’eux : « Comme ce pauvre Tasse
a souffert dans les prisons de Rome ! » J’en
ai entendu d’autres avancer avec assurance
des assertions qui tenaient mal debout, mais
pas un seul ne laissa échapper un mot compro­
mettant pour son pays, tandis que j’entends
encore un député français, le comte de Douville-Maillefeu s’écrier : « Oui, la France par
la paix de Villafranca, a trahi l’Italie. » La
partie jeune de l’assistance italienne se laissa
entraîner et applaudit à tout rompre cette
insulte absurde lancée à notre patrie, mais la
partie âgée demeura silencieuse et regarda son
assiette.
D’autre part, il existait à Rome un Comité
permanent Franco-Italien, qui se composait
surtout d’Italiens et n’avait en réalité son
siège qu’à Rome, via di Tor Sanguigna, 13.
Il avait pour présidents Bonghi et Menotti
Garibaldi, pour secrétaire fort actif Pio
Lazzarini, mort depuis assez longtemps, dont
on me dit plus tard, à tort ou à raison, beau­

�d’études italiennes

41

coup de mal en Italie. A Lazzarini entra en
relations avec moi par une lettre du
13 mai 1895.
)
Entre ces deux Comités, ma place ne fut
pas toujours commode. A la mort de Bonghi,
ils se mirent en tête de m’entraîner dans une
manifestation en son honneur. Certes, en un
sens je n’aurais pas mieux demandé, non seu­
lement parce que Bonghi, dans ses lettres et
dans un entretien à Paris, s’était montré fort
aimable, mais parce qu’autrefois il avait pro­
noncé sur l’iniquité du traité de Francfort
quelques paroles qui étaient allées au cœur
de tous les Français. Seulement la Société
d’Études Françaises venait d’avorter ; faire
un pas de plus dans la voie du rapproche­
ment quand l’Italie nous félicitait d’y entrer
mais demeurait immobile, me paraissait peu
séant. Un peu de temps auparavant, la Ligue
franco-italienne m’avait prié de présider à la
Sorbonne une fête commémorative pour le
quatrième centenaire de la mort du Tasse ; j’y
avais consenti de grand cœur ; la cérémonie
était littéraire et célébrait un grand homme

�42

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

d’autrefois ; cela rentrait dans le programme
strict de notre Société. Le cas n’était plus du
tout le même pour Bonghi. Puis, Bonghi,
dans les derniers temps de sa vie, s’était
manifestement rapproché de Crispi. Enfin,
obligé par la responsabilité que j’avais prise,
de me tenir au courant de mon mieux, j’avais
lu une foule d’articles nécrologiques consacrés
à Bonghi, et j’avais constaté qu’en rendant
hommage à ses prestigieuses qualités, à
l’étendue de ses connaissances, à son éton­
nante promptitude de conception, on ju­
geait très sévèrement son caractère ; les uns
le qualifiaient nettement de sophiste, les
autres laissaient percer le même jugement.
Donc concerter une solennité en l’honneur
de Bonghi, c’était de notre part double naï­
veté ; c’était justifier chez les étrangers cette
croyance si longtemps fondée et qui nous fut
si fatale, que l’on peut tout entreprendre
contre nous sans que nous nous en doutions ;
Crispi lui-même avait longtemps tablé sur
cette persuasion ; car, à ses heures, les pa­
roles de sympathie pour la France ne lui

�d’études italiennes

43

coûtaient rien. Il importait au contraire que
chaque peuple sût qu’il était naturellement
le seul juge de ses intérêts, mais que nous ré­
glions désormais nos actions sur sa conduite.
Avec la Ligue Franco-Italienne, la discus­
sion fut vive, mais courte. Dans un de nos
déjeuners chez Aldegani, à une date que je
n’ai point notée, on discuta la question ; je
présentai mes motifs qui furent opiniâtre­
ment contredits : « Si nous voulons rappro­
cher la France et l’Italie » s’écriait le marquis
di Castrone, « il faut saisir toutes les occa­
sions ». — « Non », disais-je,« il faut choisir.
J’étais seul à combattre le projet. Il y avait
parmi les convives deux Français plus qua­
lifiés que moi politiquement parlant, M. Severiano de Herédia, ancien ministre des Tra­
vaux publics, et le général lung ; je les regar­
daient de temps en temps du coin de l’œil,
espérant un mot d’appui ; ces Messieurs me
laissèrent tranquillement jouer ma petite
popularité parmi la colonie italienne ; je
trouvai moyen de dire quelques mots à
M. de Hérédia ; il demeura bouche close :

�44

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

voilà comment on ne se compromet pas'(*) !
Mais, intérieurement, la partie italienne de
l’assistance savait que j’avais raison ; un
jeune homme, s’approchant de ma chaise,me
dit tout has : « Vous êtes dans le vrai ; Bonghi
était un grand e.. ». C’était là dépasser sin­
gulièrement la mesure ; je ne m’emparai pas
de cette assertion inattendue. Mais j’eus fina­
lement gain de cause. La discussion se ter­
mina par ces mots du marquis di Castrone :
« Allons, puisque nous ne sommes pas una­
nimes, abandonnons le projet. »
En réalité, on ne l’abandonnait pas. Quand
I’italien n’est pas léger, il est tenace ; quel­
quefois il revient à la charge jusqu’à ce qu’on
cède ou qu’on se fâche. Je réussis à ne faire
ni l’un ni l’autre.
(1) En revanche, dans un autre dîner, il trouva un
vrai mot de politicien pour tirer d’embarras la partie
française de l’auditoire ; un jeune Espagnol voulait
obtenir une manifestation hostile aux Américains à
cause de leur guerre contre l’Espagne : « Eh, Messieurs »
s’écria M. de Hérédia « nous ne pouvons pas, nous
républicains, nous prononcer contre une république
pour une monarchie. »

�d’études italiennes

45

Ce qu’on ne me demandait plus à Paris,
on me le demandait de Rome et avec une
circonstance aggravante, on voulait me faire
lier partie avec des personnages politiques
dont on me fournissait la liste. Le 31 oc­
tobre 1895, Μ. I□azzanni, m’invitait à consti­
tuer un Comité sous la présidence de M. Rane
et à recueillir des souscriptions pour un mo­
nument en l’honneur de Bonghi qui aimait
tant la France ! « Si l’on ne faisait rien à
Paris », ajoutait-il « l’impression, je ne vous
le dissimule pas, ne serait point bonne ».
Sans récriminer sur l’effondrement du projet
de la Société d’Études Françaises, je répondis
simplement que Bonghi avait dans ces der­
niers temps trop souhaité à l’Italie l’amitié
de toutes les nations pour que je puisse le
présenter chez nous comme un ami spécial
de la France. M. Lazzarini me répondit le
8 novembre que Bonghi avait, en effet, fini
par appuyer Crispi, mais uniquement dans
sa politique intérieure. Je répliquai le 11 que
je n’entendais point blâmer Bonghi, qu’il
avait fait ce qui lui paraissait honorable et

�46

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

utile pour son pays, mais qu’en lin de compte
il avait adhéré à une politique dont un des
articles principaux était l’hostilité à la
France : « Vous me dites que cet article lui
agréait peu. Je veux le croire ; il gémissait
de s’unir aux ennemis de la France ; néan­
moins il s’unissait à eux. »
Mais on ne renonçait ni au projet, ni à ma
collaboration. Six mois après, en mai 1896,
on s’adressait à Jules Simon, qui approuvait
l’idée et spontanément, obligeamment offrait
mon intermédiaire : « Vous savez » écrivait-il
à M. Lazzarini « que nous avons ici une So­
ciété d’Études Italiennes dont je suis le pré­
sident d’honneur, et dont l’inspirateur et le
fondateur est M. Dejob ; je vous conseille de
vous adresser à lui, si vous ne l’avez déjà fait.
Il vous donnera d’utiles avis et un utile
appui. » Cette lettre fut immédiatement ré­
pandue dans la presse, et le 23 mai M. Laz­
zarini m’en donna connaissance avec ce
commentaire pour m’inviter à résipiscence :
« Croyez bien que M. Jules Simon, en asso­
ciant son nom illustre au Comité qui prépare

�d’études italiennes

47

le monument pour Bonghi, a rendu un grand
service à la cause de la réconciliation de la
France et de l’Italie. » Mon chef avait parlé,
je n’avais plus qu’à obéir ; voilà ce que, dans
les termes les plus courtois, signifiait la lettre
de M. Lazzarini. Je répondis le 26 : «... Sup­
posez qu’après la bataille de Novare, une
nation quelconque d’Europe eût garanti à
l’Autriche ses possessions en Italie ; quel
Italien aurait appelé amis de l’Italie les
hommes d’État de cette nation qui eussent
adhéré aux fauteurs d’un programme impli­
quant cette garantie, même si ces hommes
d’État avaient été amis de beaucoup d’Ita­
liens, s’ils avaient sincèrement, ouvertement
aimé, loué le génie de l’Italie ? » J'expo­
sais ensuite le danger de manifestations où
les applaudissements d’une cinquantaine de
Français ne serviraient qu’à blesser chez nous
le sentiment national et prolongeraient une
dangereuse équivoque.
Sur ces entrefaites, Jules Simon mourait
et sa mort suggérait aussitôt à la Ligue
Franco-Italienne de Paris l’idée d’une mani-

�48

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

festation à laquelle j’aurais présidé, et où l’on
aurait associé les noms de Simon et de Bonghi.
Après six mois de résistance, je me trouvais
dans une position pire qu’au premier jour
puisqu’on me mettait entre ma conscience de
Français et ma gratitude envers l’homme
qui m’avait patroné. Je déclinai pourtant
l’office et, M. Raqueni ayant insisté, je lui
écrivis le 18 juin : « ... Je vous remercie vive­
ment de votre deuxième lettre ; j’avais bien
compris votre première telle que vous me
l’expliquez... Mais, tant que la Triplice dure
notre Société ne peut s’associer à aucune
manifestation relative au présent parce que
sans que personne le veuille il en jaillit des
malentendus et des équivoques... Toute ten­
tative pour dire à l’opinion publique de
France qu’actuellement l’Italie aime notre
pays va contre le but ; ce qui est vrai et ce
qu’il faut dire c’est que quelques Italiens
plus sages que les autres aiment la France.
On ne s’en tiendrait pas là dans la cérémonie
projetée... » Cela ne m’empêcha pas de re­
cevoir un mois après une lettre de M. Laz-

�49

d’études italiennes

zarini qui m’avertissait que son Comité avait
obtenu l’adhésion du ministre de l’Instruc­
tion publique d’Italie et de notre ambassa­
deur M. Billot, pour une' manifestation qui
aurait lieu à Rome en l’honneur de J. Simon
et où M. Barzellotti porterait la parole ; on
comptait sur moi pour y assister et tout
d’abord pour travailler aux préparatifs. Ma
situation s’aggravait, puisque cette fois on
ne me parlait plus de Bonghi ; seulement la
cérémonie devait avoir lieu à Rome et je
continuais à penser qu’elle entretiendrait
l’équivoque. Je répondis donc le 20 juillet :
« ... Vouloir que l’Italie nourrisse des sympa­
thies contradictoires, c’est se duper soimême... Ce n’est pas sur l’opinion publique
de France que nos amis d’au delà des Alpes
doivent chercher à agir, c’est sur l’opinion
publique d’Italie. La France n’a pris aucun
engagement contre l’Italie... C’est aux Ita­
liens à choisir dans la plénitude de leur liberté
et de leur dignité... », et, en réponse à une
nouvelle lettre, j’écrivais quelques jours
après t « Je puis me tromper, mais à mon
4

�50

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

avis de telles cérémonies, dans les circons­
tances présentes, sont inutiles ou nuisibles...
Ou bien vous vous bornerez à faire passer
dans nos journaux les entre-filets que j’ai
vus et le public restera indifférent ou vous
chercherez à lui donner une secousse et vous
rencontrerez son hostilité ; car personne ne
peut comprendre chez nous qu’on offre à lie
France l'amitié d’une amie de nos ennemis...
Il est dangereux de se duper soi-même parce
que ceux qui ne sont pas dupes crient qu’on
a voulu les duper » ; et le 1er décembre : « Je
sais bien que les paroles qu’on prononcera à
Rome seront aussi courtoises pour la France
qu’éloquentes ; mais la cérémonie aura un
caractère officiel ou semi-officiel ; y inter­
venir serait m’exposer à l’accusation de vou­
loir faire oublier à mes compatriotes la
Triple-Alliance. L’Italie a le droit de vou­
loir restée l’amie de nos ennemis et il ne me
semble pas qu’elle veuille renoncer à exercer
ce droit ; mais cette volonté commande aux
Français la prudence... Des orateurs qui
garantiraient le plus sincèrement tdu monde

�d’études italiennes

51

un changement à venir, ne feraient qu’en­
tretenir les défiances ».
Mais, pendant que je bataillais, le Comité
s’adressait au Gouvernement français qui
décidait de prendre part à la manifestation
et de me charger (sur la demande, à ce que
j’appris plus tard, de la famille Jules Simon),
d’y représenter l’Université de Paris. Une
seconde fois, j’étais tourné. Cette fois, je crus
devoir me rendre. Du moment où le Gouver­
nement de mon pays qui avait une autre res­
ponsabilité que moi et aussi de tout autres
moyens d’informations, jugeait utile d’ac­
cepter l’invitation, en somme flatteuse, du
Comité franco-italien, du moment où mes
chefs, auxquels j’exposai mes scrupules, me
priaient de passer outre, je ne me crus plus
le droit de maintenir mon refus. Je persiste à
croire que si le Gouvernement français avait
été moins pressé de bâcler une réconciliation
partielle avec l’Italie, l’Italie ne serait plus
aujourd’hui l’alliée de l’Allemagne (x) ; mais
(1) Π n’y aurait aujourd’hui que des inconvénients

�52

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

enfin, quoiqu’il m’en coûtât de me déjvger,
j’acceptai la mission. Un véritable trait de
comédie marqua mon entrevue avec M. le
Recteur Gréard à ce sujet. Je voyais bien
qu’il y avait un point assez important pour
son interlocuteur qu’il négligeait d’aborder ;
je me laissai reconduire par lui jusqu’à la
porte de son cabinet, mais, en mettant la
main sur le bouton, je lui dis : « M. le Recteur,
puisque la République m’envoie à Rome, je
pense qu’elle me paiera mes frais de route. »
Sa figure joua l’étonnement et il répondit :
« Ah, c’est un point dont on ne s’est pas oc­
cupé. » Je le priai de vouloir bien y penser,
et la République fit les choses très convena­
blement. Des élections sénatoriales en France,
des élections à la Chambre des députés en
Italie retardèrent la cérémonie qui fut enfin
fixée vers l’époque des vacances de Pâques
1897. Je partis ; en route, à l’occasion d’une
passe sur le parcours italien que je devais
à donner les motifs d’observation personnelle qui
m'inspirent cette conviction.

�d’études italiennes

53

recevoir de Rome, au plus tard à Modane, et
qui ne m’arriva qu’à Pise, à propos de la date
qui reculait toujours, j’entendis mes amis
d’Italie plaisanter fort M. Lazzarini ; ils lui
donnaient je ne sais quel sobriquet ; ils me
disaient en riant : « Votre billet n’arrivera
pas ; la cérémonie n’aura pas lieu. » Tout ce
que, je puis déclarer pour ma part, c’est que
la correspondance de M. Lazzarini m’a donné
l’impression d’un homme qui ne marchande
pas sa peine et que je l’ai trouvé à mon en­
droit plein de tact et de courtoisie. On m’a
dit que le Comité franco-italien était son
gagne-pain ; je crois pouvoir assurer qu’il
ne volait pas son argent ; si la commémora­
tion a eu lieu, c’est à lui qu’on le doit ; il n’a
pas tenu à lui que beaucoup de Français n’y
vinssent, et, sans son insistance, plus d’un
de ceux qui y vinrent serait resté à la maison.
Mais j’allais en entendre bien d’autres sur
son compte en arrivant à Rome et j’allais
payer pour sa mauvaise réputation.
A Rome, en effet, je crus devoir, puisque
j’avais une mission officielle, aller voir notre

�54

HISTOIRE DE LA SOCIETE

ambassadeur, M. Billot. Ses premiers mots,
quoique accompagné d’un sourire, me firent
pressentir qu’il couvait quelque chose. « Ah,
Monsieur, » dit-il dès que je me fus nommé
« ma police est mal faite ; car j’ignorais votre
arrivée. » Et il se mit à me raconter toute
sorte de fâcheux détails sur la vie privée de
M. Lazzarini qu’il tenait pour absolument
authentiques ; ces détails se rapportaient à
l’époque où M. Lazzarini avait vécu en
France ; M. Billot déplorait que notre Gou­
vernement, mal informé, l’eut décoré, et il
considérait comme inadmissible que la
France fût officiellement représentée dans
une cérémonie dont il était l’ordonnateur.
Je fis observer à l’ambassadeur qu’à supposer
exactes les imputations qu’il articulait, elles
me paraissaient absolument ignorées, que
les personnes mêmes qui ne prenaient pas
très au sérieux le Comité franco-italien ne
m’avaient jamais rien dit contre son hon­
neur ; qu’en tout cas il n’était dans son
Comité qu’un agent ; que nous étions cou­
verts par les plus hautes autorités univer­

�d’études italiennes

55

sitaires et politiques d’Italie au nom des­
quelles les invitations avaient«été lancées.
Rien n’y faisait : M. Billot parlait du ton
piqué d’un homme que ses chefs n’ont pas
consulté et qui brûle de les persuader qu’ils
ont commis une maladresse. M. Lazzarini
m’avait pourtant écrit que dès le premier
jour notre ambassadeur avait donné son
adhésion. Quoi qu’il en soit, M. Billot finit
par me dire : « Si vous paraissez officielle­
ment à cette cérémonie, je vous désavoue. »
J’avais la langue levée pour lui dire qu'il
n’avait ni à m’avouer ni à me désavouer,
puisque ce n’était pas lui qui m’envoyait ; je
me contentai de lui dire que je n’avais nulle
ment désiré venir, mais que je ne pouvais
pas prendre sur moi de m’en retourner
comme il m’y engageait très expressément.
Rentré à l’hôtel, j’écrivis à M. Gréard pour
lui soumettre le cas ; M. Gréard était en
voyage ; pendant huit jours j’attendis en
vain une réponse, dans l’agréable situation
d’un homme à qui tout le monde parle d’une
cérémonie où on doit le voir et qui ne sait

�56

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

pas s’il ne sera point obligé d’y faire faux
bond. Enfin un télégramme de rappel que
j’envoyai à M. Gréard, le trouva de retour et
il m’écrivait le 28 avril en donnant raison à
l’ambassadeur et en m’invitant à me dégager
sous un prétexte Quelconque. J’obéis ; le
prétexte fut heureusement facile à trouver ;
les prorogations successives de la cérémonie
me le fournirent ; je déclarai qu’on me rap­
pelait par nécessité de service et la raison
fut jugée valable (x). M. Gréard, à mon re­
tour me donna de bonnes paroles ; toutefois,
pour ma satisfaction, j’en allai toucher un
mot à M. Liard, alors directeur de l’Ensei(*) La commémoration eut lieu le 10 mai 1897, et
je tiens à dire que le discours de M. Barzellotti fut
celui d’un orateur loyal ; il loua dignement J. Simon,
le remercia noblement d’avoir aimé l’Italie et ne se
servit pas de la circonstance pour nous jeter de la
poudre aux yeux : un vrai savant n’est pas un politi­
cien. Mais l’inconvénient de ces cérémonies à cette
date n’eu subsiste pas moins à mes yeux. Le discours
de M. Barzellotti et d’autres écrits relatifs à la fête
furent imprimés par les soins du Comité permanent
franco-italien (Rome, S** éditions Dante Alighieri).

�d’études italiennes

57

gnement supérieur, qui estima, comme moi,
que MM. Billot et Gréard avaient été tous
deux mal inspirés.

Mais j’en avais fini avec la période des
ennuis ; je n’en ai plus rencontré, sauf un
malentendu qu’un article français, fort
bienveillant, fit naître ; une phrase de cet
article avait fait croire à quelques Italiens,
vers mars 1895, que notre Société se propo­
sait d’exercer sur l’Italie une sorte de sur­
veillance policière ; comment des lettrés, des
fonctionnaires français rivés à leur poste
par leur métier auraient-ils pu jouer ce rôle ?
L’article n’en suscita pas moins au delà des
Alpes quelques aigres répliques ; mais une
note que mes amis d’Italie voulurent bien
faire passer dans les principaux journaux de
la péninsule suffit à dissiper ce singulier
soupçon.
De toutes nos conférences, une seule c’est
bien peu, provoqua une réclamation d’un
Italien : M.l’ingénieur Pesce se plaignit qu’un
de nos orateurs eût parlé d’un ton trop iro­

�58

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

nique de Benvenuto Cellini ; le grief n’était
pas bien gros, et M. Pesce n’en continua pas
moins de s’intéresser à nos travaux. ·— En
avril 1896, tandis que le savant et fougueux
Conrajod prêchait à l’École du Louvre l’in­
surrection contre l’art italien, un de nos
conférenciers, M. Paul Milliet, s’éleva, dans
une leçture sur Andrea Pisano, contre ce qu’il
appelait un patriotisme malentendu, mais
sans nommer personne et sans laisser échap­
per un seul mot inconvenant ; on en jugera
en lisant sa conférence dans le Journal des
Artistes des 17 et 31 mai, Courajod, dit-on,
avait annoncé, à son cours, cette conférence
en ces termes : « Je sais que dans une Société
de disciples de Machiavel on doit nous donner
des coups de poignard dans le dos. » ; et,
après la conférence, il qualifia ses contradic­
teurs de traîtres ; il paraîtrait même qu’il
prétendait interdire l’entrée de l’École du
Louvre à M. Milliet, qui protesta dans une
lettre à M. Kaempfen, directeur de cette
École. J’attestai bien volontiers et en toute
vérité, sur sa demande, dans une lettre au

�d’études italiennes

59

même M. Kaempfen, que M. Milliet n’avait
manqué à aucune bienséance : j’espère que
Courajod se sera calmé. — Je réussis à sortir
indemne d’une aventure désagréable, celle
d’un jeune homme qui obtint gratuitement
le texte de cinq de nos conférences et les fit
imprimer par mon imprimeur, avant de s’être
assuré qu’il était en mesure de le payer.
Notre Société soulevait plus d’espérances,
particulières aussi bien que générales, que
de mécontentements. Mon éminent ami,
M. Théodule Ribot, le philosophe, m’avait
dit un jour : «Fonder une Revue,cela fait voir
des fous. » Je n’ai pas vu de fous, mais j’ai
reçu plusieurs lettres touchantes dans leur
naïveté, où des hommes qui gagnaient péni­
blement leur vie m’ouvraient les illusions que
notre œuvre leur suggérait. Un proviseur
italien offrait un exemplaire d’un sien com­
mentaire de Dante, sans lequel il doutait
que les Français pussent se débrouiller dans
la Divine Comédie ; au cas où ce commentaire
paraîtrait utile, il comptait que nous ferions
réimprimer ceux qu’il avait publiés d’autres

�60

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

classiques italiens ; dans une deuxième lettre,
il m’assurait que sa nation attendait de notre
Société la réimpression de tous les grands
écrivains de l’Italie, laquelle réimpression
les ferait lire dans le monde entier ; par
exemple, ses publications à lui, une fois
adoptées par la France deviendraient des
œuvres adressées à l’univers et que Ie gou­
vernement italien s’empresserait d’imposer
à tous les maîtres ; il avait découvert parmi
nos adhérents un éditeur parisien, et déjà il
lui réservait les bénéfices de l’entreprise (*).
Un de ses collègues, me confiait son projet de
venir se fixer à Paris, quand il aurait l’âge
de la retraite ; il y donnerait des leçons de
mathématiques en latin ; il était veuf, son
fils était marié ; il portait gaillardement ses
cinquante-quatre ans et possédait une belle
(J) J’ai vu une fois à Rome M. Pierre Barbera se
tirer spirituellement, dans un Congrès, d’une proposi­
tion analogue qu’on lui adressait à brûle-pourpoint
tout haut : « Non », dit-il, « j’aperçois mon confrère
Hoepli qui m’en voudrait de garder pour moi une
affaire si avantageuse. »

�d’études italiennes

61

voix de baryton ; il se trouvait donc bien
partout et n’était pas, disait-il, de ces origi­
naux dont on a hâte de se débarrasser. Un de
ses compatriotes offrait à la Faculté de Gre­
noble un cours sur les Allobroges à faire en
latin également. Au surplus, en France aussi,
d’honnêtes gens se forgèrent des illusions
qu’il fallut dissiper.
Je ne compterai pas parmi mes ennuis
l’honneur et le plaisir que j’ai eu souvent de
fournir des documents à des savants italiens,
d’autant que je les ai toujours trouvés en
retour très obligeant pour moi et mes amis.
Certains disent qu’en politique les Italiens
ont la mémoire courte ; je puis assurer qu’en
tout cas c’est le contraire dans les relations
privées ; presque tous ceux que j’ai eu la
bonne chance d’obliger m’ont témoigné
l’amitié la plus fidèle. Au reste, la carte de
visite de tout italianisant est un passeport
efficace pour les moindres étudiants ; à Flo­
rence, en particulier, il y a une femme d’esprit
et de cœur, Mme Pazzolini Siciliani, qui, par
sa bonté intelligente et maternelle, a mérité

�62

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

la gratitude du Gouvernement français. J’ai
donc accepté allègrement jusqu’à des com­
missions un peu singulières, comme celle de
veiller sur des envois qu’une Société chorale
d’Italie expédiait à l’Exposition de 1900 ;
ces pièces étaient dans une gare de marchan­
dises ; il me fallut les porter jusqu’à un fiacre
que je ne trouvai qu’assez loin de là ; je
me faisais à moi-même l’effet de Sarcey
gratifié par une Société de sport d’un vélo­
cipède, à cause sans doute, disait-il, de sa
tournure élégante. Une autre commission, un
peu antérieure à la fondation de notre Société,
m’amusa davantage ; il s’agissait d’obtenir
de Renan une photographie ornée d’une
signature ; Renan, que je n’ai vu que ce jour
là me reçut avec sa déférence ironique et me
répondit qu’il prierait Mme Renan de songer
à mon mandataire la première fois qu’il ferait
faire son portrait ; j’avais prévu la défaite et
je tirai de mon portefeuille une photographie,
que je venais d’acheter, en lui disant : « Il
n’est pas nécessaire de déranger Mine Renan ;
un porteplume suffit. » Il sourit et s’exécuta.

�d’études italiennes

63

J’ai dû seulement refuser un genre de service
qui me fût bien souvent demandé, celui de
trouver des éditeurs pour des auteurs fort
estimables, mais point connus sur la place
de Paris.
J’avais assez longtemps cherché ayant de
trouver un président pour notre Société ; je
ne cherchai pas une minute pour remplacer
J. Simon. Sans diminuer en rien mon respect
et ma gratitude pour lui, son intervention
dans l’affaire de Bonghi où, en croyant m’obli·
ger, il m’avait desservi, m’avertit que le
mieux était dorénavant, de me passer de
président comme dès le premier jour je
m’étais passé de Comité. Ne m’étant dès
l’origine, décerné aucun grade dans notre
petite armée, je n’éprouvai pas le besoin de
m’accorder une promotion. Seulement, sur
nos entêtes, la Société présidée par M. J. Si­
mon devint la Société fondée sous la prési­
dence de J. Simon.
Les difficultés secrètes par lesquelles je
venais de passer eurent un autre effet : elles
renforcèrent en moi la résolution de tra­

�64

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

vailler au rapprochement des deux nations
par des moyens d’ordre exclusivement litté­
raire et de viser à peu près uniquement au
développement de l’étude de I’italien en
France.
La tâche, aujourd’hui encore inachevée
et qui réclamait bien des concours, était
énorme.
Il y avait dans un certain nombre d’éta­
blissements secondaires (une vingtaine) des
maîtres chargés d’enseigner I’italien, mais
les chaires établies dans le fond du Midi
étaient absolument ignorées des Parisiens.
Quand je commençai à vouloir y intéresser
le monde universitaire, je recueillis plusieurs
fois cette réponse : « Il y a donc des maîtres
d’italien ? » Cette réponse donne la mesure
de l’intérêt que ces malheureux inspiraient.
Ils se formaient comme ils pouvaient ; non
seulement pas une seule bourse de voyage
n’existait pour eux, mais, chose incroyable,
il n’y avait pas dans toute l’Université de
France un seul professeur chargé de les pré­
parer. Un seul grade s’offrait à eux, le certifi­

�d’études italiennes

65

cat d’aptitude ; après l’avoir conquis, ils
pouvaient se perfectionner ; cela ne leur était
pas défendu ; mais on se souciait si peu de le
savoir qu’il n’existait pas poür eux d’ins­
pecteur général, pas plus que d’agrégation.
L’unique diplôme qu’il leur fut permis de
prendre leur était décerné par une commis­
sion d’anglicisants où siégeait pour les exa­
miner un homme fort intelligent, M. Perrens,
mais qui, en sa qualité d’historien, n’avait
qu’une connaissance pratique de la langue
et ne pouvait pas exiger beaucoup en matière
de littérature italienne. Ce diplôme unique
ne leur assurait même pas l’égalité avec les
certifiés d’allemand et d’anglais ; très peu
d’entre eux avaient le titre de chargés de
cours ; la plupart étaient des maîtres d’études
gratifiés de quelques centaines de francs pour
le nombre d’heures (très insuffisant) que le
règlement réservait à I’italien. On devine la
considération que cet enseignement inspirait
aux élèves. Sa condition était bien pire que
celle de l’anglais et de l’allemand ne l’avait
été avant 1870 : alors du moins les langues
â

�66

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

du Nord, si elles étaient trop souvent consi­
dérées par les mauvais élèves comme un pré­
texte à divertissements, se partageaient les
bons qui, quoi qu’on en ait dit, en appre­
naient très bien la grammaire et la structure ;
I’italien vers 1894 devait habituellement se
contenter du rebut. Le public, même dans
la région où il était le plus indispensable, ne
s’y intéressait pas, sauf les lettrés, bien en­
tendu. M. Henri Hauvette, un de ceux qui
contribuèrent le plus vaillamment à l’y re­
mettre à la place d’honneur m’écrivait, le
28 décembre 1896, que les familles en Pro­
vence n’en comprenaient pas le besoin, qu’il
n’existait dans les classes que sur le papier et
que les bons élèves craignaient de «e discrédi­
ter en l’apprenant. Aussi le personnel était-il
profondément découragé : il ne croyait pas à
la possibilité d’un meilleur avenir ; l’adhésion
gratuite que notre Société leur demandait,
ils ne la donnèrent que très lentement et non
pas tous. Pendant longtemps je recueillis
surtout l’expression de leur scepticisme et, en
me la transmettant, ceux mêmes qui m’ai­

�d’études italiennes

67

daient le plus efficacement paraissaient sou­
vent la partager. L’homme le plus désigné
par sa haute position, par l’éclat de son ta­
lent, par ses relations personnelles pour venir
à leur secours, ne s’en souciait guère : un
jour que je sollicitais M. Gebhart de m’aider
à leur faire manger un pain moins dur
(j’avais pourtant choisi le moment où il
venait d’être élu à l’Institut), il me répondit
en propres termes : « Pourquoi ont-ils choisi
I’italien ? » Boutade, sans doute, ironie de
haut goût, mais un peu de simplicité eût
peut-être mieux valu. Un autre jour, en Sor­
bonne, je le priais de dire un mot au Doyen
dans une salle contiguë en faveur d’une
bourse demandée pour nos étudiants d’ita­
lien, il me répondit avoir affaire ailleurs.
Mais j’avais vu les langues du Nord se
relever d’un discrédit égal ; tout récemment
un de mes camarades, fort intelligent, avait
dit à son fils qui venait de manquer de respect
à son professeur d’allemand : « Si tu avais
commis cette faute envers ton professeur de
lettres, je te ferais faire ta retenue ; mais*

�68

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

pour un professeur d’allemand, j’écrirai que
tu es malade. » J’avais vu en 1890 porter un
coup redoutable aux langues du Nord par
la suppression du thème écrit au baccalau­
réat (*). Il me paraissait possible d’obtenir
justice à condition d’être patient et sage. A
la fin de 1894, j’étais rentré à la Sorbonne ;
les professeurs des langues septentrionales,
M. Ernest Lichtenberger et le regretté Bcljame, M. Bossert, inspecteur général d’alle­
mand, voyaient mes efforts avec bien­
veillance. Il ne s’agissait que de plaider sans
relâche une juste cause. J’y fus aidé notam­
ment par la Société pour la propagation des
langues étrangères, que j’aidais de mon
mieux à mettre sur pied chez elle l’ensei­
gnement de I’italien, lui faisant des con­
(*) On l’accusait de faire échouer les bons élèves
et réussir les mauvais. On n’avait procédé à aucune
enquête ; j’en fis une pour mon compte sur 19 séries
(environ 500 candidats) et je constatai que, presque
sans exception les auteurs des bons thèmes atteignaient
ou dépassaient la moyenne pour les autres composi­
tions et vice versa.

�d’études italiennes

69

férences en italien et siégeant dans ses ju­
rys ; elle m’offrait d’exposer les besoins
des idiomes méridionaux dans sa séance
de rentrée du 15 novembre 1896 ; j’ac­
ceptai avec empressement et ma confé­
rence, tenue dans le grand amphithéâtre de
la Sorbonne que la popularité de la Société
avait garni jusqu’au fond des tribunes, ren­
contra la sympathie. Ce fut également pour
attirer l’attention sur nos études que j’accep­
tai en avril 1898, sur la gracieuse proposition
de M. Guido Biagi, de faire à Florence une
conférence sur Lamartine et l’Italie et que je
fis partie du Congrès des sciences historiques
tenu en 1903 à Rome (*); dans le même es­
prit, je travaillai avec la colonie italienne à
préparer les belles fêtes données à la Sorbonne
en l’honneur de Verdi, de Pétrarque, au
Collège de France en l’honneur de Carducci,
les banquets offerts tour à tour à feu Giacosa,
(l) Ma communication (sur la partie honorable de
la vie de G. Libri) a paru dans les Annales du Congrès,
mais le tirage à part que j’en avais commandé fut
malheureusement oublié.

�70

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

à MM. Fogazzaro et Antonio Manno ; j’aidai
de loin au centenaire de Rosmini.
Chaque année fut marquée par plusieurs
succès. Le premier, et un de ceux qui devaient
avoir le plus de conséquence, suivit de très
près la fondation de notre Société. M. Michel
Bréal, donc nous avons dit qu’il s’était fait le
distributeur bénévole de nos bulletins, me
confia qu’il projetait la création d’une confé­
rence d’italien à Grenoble et me pria de lui
indiquer un sujet ; M. H. Hauvette, mon
ancien élève de littérature française à la
Sorbonne, alors professeur de rhétorique à
Gap, avait eu quelque temps auparavant la
bonne pensée de m’apporter une docte bro­
chure sur Boccace ; je le proposai à M. Bréal
qui l’agréa et, dès 1894-95, la conférence fut
instituée ; M. H. Hauvette voulut bien dédier
sa leçon d’ouverture à notre Société. L’année
suivante, une chaire des littératures méri­
dionales était créée à Aix pour M. Raymond
Bonafous. En 1897, M. Jeanroy accorda,
dans son enseignement de la Faculté de Tou­
louse, une place à I’italien qui bientôt en fit

�d’études italiennes

71

partie intégrante. Puis c’étaient le cours fondé
à la Faculté de Bordeaux pour M. Bouvy, la
conférence de M. Julien Luchaire à celle de
Lyon, bientôt échangée contre un cours à
Grenoble, transformé depuis en chaire ma­
gistrale, tandis que la conférence de Lyon
subsistait au profit de M. Martin Paoli
d’abord, de M. Maurice Mignon ensuite.
En 1900, à la Sorbonne, j’avais quitté le fran­
çais pour I’italien. Puis la Faculté de Mont­
pellier, précisément parce qu’elle possédait
deux italianisants de la force de MM. Léon
G. Pélissier et Vianey, arrangeait un ensei­
gnement de I’italien qui, pour n’être que semiofficiel, n’en était pas moins sérieux. Donc,
six universités au lieu d’une nous sont désor­
mais ouvertes et ce n’est même pas seulement
à Paris qu’on trouve auprès du titulaire des
chargés de cours et des lecteurs indigènes.
D’autre part, I’italien avait obtenu en 1894
d’être mis sur le même pied que les langues
du Nord pour les examens de jeunes filles
dans l’enseignement secondaire, puis pour
les deux sexes dans les Académies où il était

�72

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

enseigné ; en 1895, il fut admis au concours
d’entrée aux Écoles de Saint-Cloud (où,
dix ans plus tard, on lui consacra un cours)
et de Fontenay-aux-Roses ; on créait pour
lui une licence ès-lettres spéciale ; on l’ad­
mettait facultativement à l’entrée de SaintCyr ; à celle de l’École Polytechnique où il
figurait au même titre, le maximum des
points auxquels il pouvait prétendre passait
de 5 à 20 ; il s’introduisait dans le concours
d’admission à l’École des Hautes-Études
Commerciales. Quelques bourses étaient ré­
servées pour lui, non seulement dans les
Facultés et à l’École des Hautes-Études,
mais, sur la demande d’un des nôtres,
M. Alfred Mayrorgues, dans l’enseignement
primaire ; aujourd’hui l’enseignement secon­
daire lui en concède aussi. De 1894 à 1910, le
nombre de ses chaires a passé dans les lycées
de garçons de 10 à 21, dans les lycées de filles
de 2 à 7, dans les collèges de 8 à 11, dans les
Écoles Normales de garçons de une à 4, dans
les Écoles Normales de filles de 0 à 2 ; dans
plusieurs de ces établissements, là où il n’y

�d'études italiennes

73

avait qu’un maître, il y en a 2, 3 ou 4 ; à
Paris, il est établi dans 4 lycées de garçons
et commence à se glisser dans les lycées fé­
minins ; et je ne parle pas des Écoles pri­
maires supérieures ; et le nombre des heures
augmente. Enfin, en 1900, s’ouvrait pour la
première fois un concours annuel d’agréga­
tion, établi en principe deux ans auparavant,
grâce à l’intervention opportune d’un des
plus qualifiés d’entre nous, M. Henry Cochin,
et auquel, depuis, on autorisa les Norma­
liens à se préparer. En 1903, pour la pre­
mière fois on délégua dans les lycées et
collèges un inspecteur général d’italien.
Tous ces progrès, d’autant plus solides
qu’ils concordaient avec les conquêtes opé­
rées pour l’espagnol par le savant maître de
Toulouse, M. Ernest Mérimée, avaient si vi­
vement frappé les Italiens que le meilleur
tableau qu’on en ait tracé émane d’un de
leurs diplomates, M. le marquis Paulucci
dei Calboli, alors secrétaire de son oncle, le
feu comte Tornielli, ambassadeur à Paris,
aujourd’hui ministre plénipotentiaire à Lis­

�74

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

bonne (l). Ils n’avaient pas non plus passé
inaperçus en France puisqu’ils nous susci­
tèrent quelque opposition. Des amis ombra­
geux des langues du Nord réussirent par
moments et dans une certaine mesure à inti­
mider nos jeunes maîtres, à paralyser cer­
taines dispositions formellement prises par le
Ministère ; mais cette opposition va s’atté­
nuant, et la grande pluralité des professeurs,
même de ceux dont on croyait défendre les
intérêts contre des empiètements imagi­
naires, témoignèrent constamment une cor­
diale sympathie aux deux idiomes déshérités
qui demandaient, non pas leur part de mono­
pole, mais le droit de ne plus végéter là
même où l’on reconnaît qu’ils sont indispen­
sables. Pour qu’ils jouissent complètement
de ce droit, il y a encore bien à faire sans
doute : le nombre d’heures qu’on leur attri­
bue dans certaines maisons est trop court ;
plusieurs chaires devraient être dédoublées ;
il faudrait que partout où on les enseigne,
f1) Voir son article dans la Revue de 1908.

�d’études italiennes

75

les enfants qui désireraient les bien savoir
pussent les aborder de bonne heure. Mais
tout cela viendra et est même en train de
venir. Les administrateurs locaux com­
mencent à y mettre plus de bonne volonté,
les uns parce que ces langues et les nouveaux
maîtres sont plus estimés qu’autrefois des
familles, les autres parce qu’ils les ont en­
seignées autrefois.
Ajoutons que les intéressés ont enfin ap­
pris à s’aider eux-mêmes. Notre Société peut
s’applaudir de les avoir réveillés. Dès 1895,
un an après sa fondation, un Congrès des
littératures méridionales se tenait à Bor­
deaux sous la présidence de M. de Tréverret.
Les maîtres d’italien peu à peu prirent l’ini­
tiative de caravanes scolaires au delà des
Alpes, de cours gratuits, de conférences pu­
bliques ; vingt-neuf d’entre eux demandèrent
l’établissement de l’agrégation qu’ils pos­
sèdent enfin, et, garantie de culture générale,
treize sur ces vingt-neuf avaient la licence en
même temps que le certificat. En 1905, se
constituait une Société qui groupait les

�76

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

maîtres des deux langues méridionales ; de­
puis est née une Société spéciale des italiani­
sants du Sud-Est ; ces deux Sociétés publient
chacune un Bulletin fort intéressant ; elles
prennent part aux Congrès internationaux
des langues vivantes où elles sont fort bien
accueillies et en tiennent elles-mêmes de
particuliers où elles se montrent laborieuses
et sages. Une heureuse combinaison imag'née
par le Doyen de la Faculté des Lettres de
Bordeaux, M. Radet, a permis la création
d’un Bulletin italien qui en est à son dixième
volume. MM. Julien Luchaire et Ernest
Mérimée exécutèrent le hardi projet de fonder
l’un en Italie, l’autre en Espagne des Insti­
tuts français où des maîtres étrangers en­
seignent à nos jeunes gens leur langue, leur
littérature et leur art, tandis que des maîtres
français y enseignent les nôtres aux étran­
gers ; ces deux Instituts ne pouvaient pas ne
point rencontrer l’appui des pouvoirs pu­
blics ; ils l’ont largement justifié par leur
prospérité rapide.
D’ailleurs comment le Ministère ne s’inté­

�d’études italiennes

7

resserait-il pas à des efforts qui intéressent
aujourd’hui tout le public intelligent en
France et au dehors ? La Société de l’Ensei­
gnement secondaire, n’a jamais cessé, dans
sa Revue, de nous marquer sa sympathie par
la plume de M. Henri Bernés et de ses amis ;
la Revue Internationale de l’Enseignement
nous a demandé de la tenir au courant de nos
progrès ; la Revue de l’Enseignement des
Langues vivantes s’ouvre à la préparation par
correspondance de nos candidats ; les coura­
geux fondateurs de la Mutualité Maintenon,
des Cours secondaires de jeunes filles des
XIe et IVe arrondissements comprennent
I’italien dans leurs programmes. Les libraires,
lesquels ne s’embarquent qu’à bon escient,
marquent par leurs publications leur foi
dans la diffusion des langues du Midi.
De son côté, l’Italie n’est plus ce qu’elle
était en 1894 : elle demeure opiniâtrement
attachée à l’alliance de l’Allemagne et elle
ne peut pas espérer que nous n’en tenions
point compte ; toutefois elle ne joue plus
dans la Triplice le rôle qu’elle y jouait alors,

�78

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

D’autre part, elle songe enfin à créer un en­
seignement sérieux de notre littérature s
depuis quelques années, M. Piétro Toldo
l’approfondit à l’Université de Turin où nous
avons d’ailleurs un des nôtres, M. Camus ;
depuis neuf ans, dç jeunes et distingués
Français l’enseignent à l’Académie scienti­
fique-littéraire de Milan ; leurs étudiants
commencent à y chercher des sujets de thèses;
cela conduira peut-être nos voisins à réorga­
niser dans leurs écoles secondaires l’ensei­
gnement de notre langue, où il n’est pas
brillant de leur aveu. Les grands acteurs ita­
liens reprennent le chemin de notre capitale
qu’ils avaient oublié depuis longtemps ; des
dramaturges italiens réussissent à se faire
jouer sur nos scènes ; leurs compatriotes du
roman trouvent chez nous quantité de lec­
teurs surtout quand c’est M. Herelle qui
les traduit. — Oui, dira-t-on ; néanmoins,
somme toute, l’effort de l’Italie pour péné­
trer le vrai génie de la France est moindre
que notre effort pour comprendre le leur. —
Sans doute ; mais le vrai profit est pour qui

�d’études italiennes

79

s’évertue. La balance du commerce intellec­
tuel est en notre faveur. Ce qui est domma­
geable pour un peuple, n’est pas tant de
n’être point visité que de ne point sortir
de chez lui.
Notre Société a conscience d’avoir contri­
bué à ces divers résultats (*). Si l’on disait
(1) Peut-être pour encourager des entreprises sem­
blables, me permettra-t-on de donner ici, en note, un
aperçu des frais annuels de la Société : on verra, en
effet, qu’ils ne furent pas ruineux. Le local et l’éclai­
rage nous étant fournis gratuitement, chaque confé­
rence coûtait de 7 à 10 francs pour l’impression des
lettres d’invitation, environ 25 francs pour l’envoi
de ces lettres aux adhérents de Paris et de la banlieue,
5 francs à l’appariteur ; le Bulletin d’octobre, le plus
long des deux, revenait en moyenne à 165 francs, celui
de juin en moyenne à 60 francs, et l’expédition de
chacun d’eux à tous les membres de la Société et à un
certain nombre d’autres personnes revenait à 50 ou
60 francs. Il est vrai qu’il faudrait ajouter les frais
de bureau et de correspondance qui, surtout à l’ori­
gine, ne furent pas insignifiants et considérer que le
dévouement des miens me dispensa toujours de
recourir à des secrétaires rétribué» pour la rédaction
totale des adresses qui montaient à plus de 3.200 par
an. La grosse dépense, on le voit, consistait en timbresposte et, sans compter l’affranchissement aux frais

�80

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

qu’il n’est pas étonnant qu’une Société qui
ne demandait pas de cotisation ait réuni
près de 1.400 adhésions, nous répondrions
que cela n’explique certainement pas que,
dans le nombre, il y ait, pour ne pas parler
d’autres illustrations, plus de 50 membres
de l’Institut dont 19 de l’Académie Fran­
çaise et qu’on y voie 15 membres des Lincei
ou de la Crusca ; cela explique encore moins
que nous ayons reçu près de 2.800 ouvrages
en dons alors que nous n’avions pas de Revue
pour en rendre compte, et encore moins que
nous ayons donné 195 conférences dont les
auteurs n’ont recueilli que mes remercie­
ments. Qu’il me soit permis d’exprimer une
fois de plus ma gratitude à ces collaborateurs
dont l’abnégation a fait vivre dix-sept ans
une œuvre qui semblait dépourvue de tout
moyen de se soutenir ! A certains jours, nous
les avons recrutés parmi nos savants de
des conférenciers des lettres mises par nous à leur
disposition pour leurs amis, on constatera que notre
Société a beaucoup plus rapporté à l’État qu’elle ne
lui a coûté en luminaire, ee dont je suis fort heureux.

�d’études italiennes

81

premier ordre, tels que MM. Gaston Boissier,
Gaston Paris, Eugène Müntz, Anatole LeroyBeaulieu, Emile Picot, Hartwig Derenbourg,
Henri Cordier, Gabriel Séailles ; parmi des
italianisants qui n’avaient aucun besoin de
nous pour se faire connaître, MM. Henry
Cochin, Pierre de Nolhac,Léon Dorez ; parmi
des critiques d’art, des historiens appréciés
comme MM. Yriarte, R. de Maulde, DurandGréville, Marcheix ; des hommes du monde
aussi laborieux que s’ils avaient eu leur vie
à gagner, MM. Emmanuel Rodocanachi,
Clausse, de Bouchaud ; des professeurs acca­
blés de besogne, M. René Doumic, futur aca­
démicien, MM. Henri Chantavoine, Eugène
Darsy, Paul Desjardins, Samuel Rocheblave,
Roger Peyre ; des vétérans de la science mé­
dicale comme M. Labat ou feu Durand-Fardel qui s’était mis à I’italien sur ses vieux
jours et faisait passer un frisson dans la salle
en récitant l’épisode de Françoise de Rimini.
Et je ne suis pas moins reconnaissant à des
débutants qui commencèrent chez nous en
quelque sorte leur carrière publique,
fi

�82

HISTOIRE DB LA SOCIÉTÉ

MM. Enlart aujourd’hui directeur du Musée
du Trocadéro, Romain Rolland aujourd’hui
professeur en Sorbonne, M. Sirven aujour­
d’hui professeur à l’Université de Lausanne,
M. Léon Rosenthal aujourd’hui professeur à
Louis-le-Grand, M. Louis Madelin. Plusieurs
d’entre eux nous ont donné jusqu’à 7, 8, 9
conférences, dont quelques-unes accompa­
gnées à leurs frais de projections ou d’audi­
tions musicales ou d’expositions de photo­
graphies artistiques. Ajoutons que cinq Ita­
liens, deux critiques connus, MM. Diego An­
geli et Guido Menasci, le spirituel libraire
M. Pietro Barbèra, M. Errera de l’Université
de Bruxelles et un homme d’État, M. Alfred
Baccelli, un Suisse, M. Bovet, de l’Université
de Zurich, sont venus exprès à Paris pour
prendre la parole chez nous, et M. Barbèra l’a
fait deux fois. Nous avons entendu également
un Américain, M. Spenser Kennard, docteur
en droit civil de l’Université de Des Moines.
Plus de soixante-dix de nos conférences
ont été imprimées ; plus encore ont été ana­
lysées par la presse. Plusieurs sont devenues

�d’études italiennes

83

des thèses, par exemple celles de M. R. Rol­
land sur l’histoire de l’Opéra en Europe
avant Lulli, de M. Madelin sur François Ier
et Léon X, et sur Fouché, de M. Dimier sui'
le Primatice ou des livres comme celles de
M. Émile Picot sur l’Italianisme en France à
la Renaissance, de M. Enlart sur les origines
de l’architecture gothique en Italie, de
M. Rodocanachi sur Renée de France en
Italie, de M. de Maulde sur Louise de Savoie
et François Ier, de M. Gauthiez sur l’Arétin,
de M. Félix Bouvier sur la campagne de
Bonaparte en 1796, de M. Maurice Albert sur
le théâtre de la Foire. Notre Société n’a donc
pas seulement parlé, elle a agi et écrit.
En terminant, une pensée me vient : à
quoi tient la bonne fortune que j’ai eue de
n’être jamais pris à partie pour une œuvre
qui, comme l’ont montré plusieurs des lettres
publiées plus haut, inspirait des défiances et
presque de la colère à un certain nombre de
personnages importants ? Je crois bien que
c’est avant tout affaire de chance. Quelques
années auparavant, à propos de la plus inof­

�84

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

fensive des leçons sur Victor Hugo, aux Cours
de l’Association secondaire des jeunes filles
à la Sorbonne, j’avais été pendant quinze
jours violemment attaqué par toute une
partie de la presse : on racontait que la fille
du grand poète qui en effet, faisait partie de
mon auditoire, s’était évanouie de douleur
en m’entendant insulter son père, qu’il avait
fallu l’emporter ; ma destitution fut de­
mandée avec fureur et je dus rendre compte
de ma conduite devant mes chefs qu’heureu­
sement la protestation de mes élèves avait
d’avance éclairés. Je prêtais tout autrement
le flanc par mes efforts de rapprochement
avec une nation dont il ne nous arrivait
guère alors que des menaces.. A la vérité, je
n’étais pas un nom, mais la presse connaissait
ma part dans l’entreprise. Oserai-je dire que
ma chance tint tout d’abord à ce que le pro­
jet, sage ou imprudent, parut désintéressé
et qu’on ne vit pas dans mes sacrifices un
calcul ? Je me hâte d’ajouter qu’elle s’ex­
plique aussi par mon soin de garder pour moi
les petits ennuis que je rencontrai sur mon

�d’études italiennes

85

chemin. Laisser croire à son complet bonheur
est un moyen d’être heureux, et cette sagesse
m’était facile puisqu’en somme j’étais content
du présent et que j’avais foi dans l’avenir.
Charles Dejob.

2 juin 1910.

��SAINT-AMAND (CHER). — IMPRIMERIE BUSSIÈRE

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Janvier-Février 1912.

Quatrième Année — N" 1.

BULLETIN
FRANCO-ITALIEN
Ancienne: Italie Classique et Moderne

Reçoit les Communications de:

l’Association des Italianisants du Sud-Est
l’Institut Français de Florence
l’Association des Amis de 1'Institut de Florence à Paris
l’Association lyonnaise des Amis de l’Institut de Florence
la Società italo-francese de Rome
la Ligue franco-italienne de Turin
etc.

PARAIT TOUS LES DEUX MOIS
Abonnement : France et Italie : 6 francs. - Autres pays : 6 francs 50.
Prix du numéro : 1 franc.

Rédaction et Administration - 2, place Manin - Florence

FLORENCE
TYPOGRAPHIE GIUNTINA
DIRIGÉE PAR L. FRANCESCHIN1
4, Rue del Sole

�COMITÉ DE DIRECTION:
Benedetto CROCE, Sénateur du Royaume d’Italie.
Paul DESCHANEL, de l’Académie Française, ancien Président de la Chambre des
Députés.

E. FAGUET, de l’Académie Française.
Guglielmo FERRERO.
A. de FOVILLE, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences Morales et
Politiques.

LARNAUDE, Professeur à la Faculté de Droit de Paris.
J. LUCHAIRE, Directeur de l’Institut français de Florence.
Maurice FAURE, Sénateur.

Guido MAZZONI, Sénateur du Royaume d’Italie.
G. MONOD, Membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

Ugo OJETTI.
E.-G. PARODI, Professeur à la Faculté des Lettres de Florence.

Georges RENARD, Professeur au Collège de France.
ROUJON, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, de l’Académie fran­
çaise, etc., etc.

-------------------- -----------------

SOMMAIRE:
Pages.

Georges Renard, professeur au collège de France. — Les Effets de la Re­
naissance sur le milieu social..................................................................
1
Pierre Ronzy, professeur au lycée de Valence. — Escholiers, gentilshommes
et pédants français en Italie d’après le « Francion » de Charles Sorel. . 4

Notes critiques :

F. Gregorovius. — Promenades Italiennes (J. Luchaire).............................
SUARÈS. — Voyage du Condottiere (B. Crémieux)............................................

9
9

A. Fogazzaro. — Leila (J. L.)..............................................................................
G. Finzi. — Histoire de la littérature italienne (J. L.)..................................

9
9

C. Zaochetti. — La laboriosa formazione dell’« Esprit français» (B.).

.

9

Ecole Normale Supérieure (section scientifique).....................................................

9

.

Questions d’Enseignement :
Ecole des Arts et Métiers.............................................................................................. 10
Assemblée des professeurs de langues méridionales.................................................. 10
Création de Lycées modernes en Italie..................................................................... 10

Les Italiens à l’Université de Grenoble..................................................................... 10
Nouvelles Universitaires :............................................................................... 10

Une visite à Florence du Conseil Municipal de Paris............................................. 11
Bibliographie :
Bibliographie franco-italienne......................................................................................... 12

Petite bibliographie à l’usage des Italianisants ....................................................... 14

�Quatrième Année — N° 1.

Janvier-Février 1912.

BULLETIN
FRANCO - ITALIEN
Ancienne: Italie Classique et Moderne
RÉDACTION

A Florence : 2, place Manin

ADMINISTRATION

Pour la Trance : 11 bis - place du Quatre Septembre
Aix en Provence
Pour l’Italie : 2, place Manin, à Florence

latin, le mouvement fut lent, presque insen­
sible. Les bibliothèques des couvents, fouil­
lées une à une, livrent des manuscrits, en­
sevelis dans la poussière, grattés parfois par
les moines ; ils sont déchiffrés, copiés, puis
imprimés. Les textes véritables sortent du
La Renaissance a deux faces. Vue sous tombeau ; et le latin d’Eglise est remplacé par
un certain angle, elle est un grand retour en la langue pure et forte des anciens Romains.
arrière. Vue sous un autre, elle est un im­ La connaissance de la littérature latine n’est
mense pas en avant. Il importe de démêler point seulement accrue: on peut dire qu’elle
ces deux aspects, si l’on veut juger de son est renouvelée. Pour le grec, le changement
action sur l’évolution européenne.
fut plus subit et plus considérable. Une cata­
C’est d’abord une résurrection de l’anti­ strophe prévue et terrible : la prise de Con­
quité grecque et latine. Non pas que cette stantinople en 1453, rapprocha les chrétiens
antiquité fût jamais morte entièrement. Le des deux orthodoxies rivales.
latin était resté la langue de l’Eglise et de
La détresse d’une part, la pitié de l’au­
l’école. 11 s’écrivait dans la plupart des piè­ tre, furent un instant plus fortes que les
ces officielles. Il se parlait dans les Conciles. haines théologiques. Les épaves du grand
Il se chantait dans les réunions d’étudiants. naufrage oriental furent recueillies en Occi­
Les noms, sinon les œuvres, des écrivains dent. Les Grecs fugitifs, emportant avec eux
avaient surnagé. Virgile avait été révéré com­ les chefs-d’œuvre de la Grèce, de même que
me astrologue, magicien, prophète, presque les Troyens, après la prise de Troie, avaient
comme Père de l’Eglise. Enée, devenu Messire entraîné dans leur exil leurs dieux protec­
Enéas, s’était transformé en un bon et pieux teurs, se répandent dans tout le midi de
chevalier. César avait passé pour l’époux l’Europe, viennent enseigner la langue et la
de Brunehaut; Rémus pour le fondateur de gloire de leurs ancêtres, et bientôt les pres­
Reims. Un pêle-mêle de légendes bizarres ses multiplient ces ouvrages retrouvés qui
avait étouffé la connaissance précise de ce suscitent l’admiration et l’enthousiasme.
qu’avait été Rome, de même que l’architec­
Si l’on veut comprendre l’effet produit
ture ogivale avait détrôné l’architecture ro­ sur les esprits, qu’on se figure un homme
mane. Quant au grec, il était tombé dans longtemps malade qui aurait oublié presque
un oubli profond. On laissait de. côté dans tout ce qu’il savait et qui serait obligé de
les lectures publiques le passage écrit en ce reconquérir avec effort et lenteur ses connais­
grimoire (graecum est, non legitur). Aristote, sances perdues; puis qui brusquement re­
mutilé, traduit en arabe, puis en hébreu et de trouverait la mémoire et tout son bagage de
là en latin, était représenté avec une casaque savoir. Qu’on imagine, si on le peut, sa
de velours et un bonnet de docteur. Cette joie et son ravissement ! Eh bien ! L’Europe
incompréhension dont pâtissait la langue de Occidentale est alors semblable à cet homme.
Sophocle avait été aggravée par les divi­ Elle repassait péniblement par les chemins
sions religieuses de l’Orient et de l’Occident. que l’antiquité avait parcourus avant elle,
Malgré les efforts tentés pour rapprocher et voici que tout à coup elle voyait la sagesse
les deux Eglises catholiques, le peuple et le des anciens surgir du tombeau, les vérités
clergé s’étaient montrés inflexibles. A la trouvées par eux reparaître dans tout leur
veille du jour où Constantinople allait suc­ éclat, les trésors de leur expérience se rouvrir
comber, le cri des Byzantins à l’agonie était: intacts et puissamment riches. Voici qu’elle
« Plutôt les Turcs que ces chiens de Latins! » franchissait d’un bond des espaces immenses,
Mais les choses allaient changer. Pour le qu’elle avançait à pas de géant sur la route où

Les Effets de la Renaissance
sur le Milieu social

�2

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

elle se traînait. On peut concevoir son bonheur et de Platon, le tout en faveur de la croisade
et la séduction irrésistible qu’exerça sur les projetée.
penseurs, les artistes, les écrivains, le mouve­
On retrouverait partout ce mélange de
ment que l’histoire salue encore du beau paganisme et de christianisme. Un prédica­
nom de Renaissance.
teur comparera sans hésiter Jésus-Christ à De­
Il est difficile, sinon impossible, d’en pré­ cius. Les Sibylles sont considérées comme ayant
ciser la date. Une Révolution, qui change les prédit la venue du Messie, et c’est pourquoi
voies où l’humanité était engagée, ne s’ac­ dans les tableaux de l’époque elles occupent
complit pas en un jour, en un an, en un une place d’honneur parmi les prophètes.
siècle même. Tout ce qu’on peut dire, c’est Sannazar compose en vers latins un poème
que la Renaissance est à son aurore dès le sur la naissance du Christ, où l’on rencontre
XIVe siècle, qu’elle jette déjà au XVe une le Jourdain avec les Nymphes, ses filles,
brillante clarté, et qu’au XVIe elle inonde avec Neptune, Nérée, Triton et le vieux
tout de sa lumière. Ces dates varient d’ail­ Protée qui annonce, lui aussi, l’apparition
leurs suivant les pays. Elles sont vraies sur­ d’un Sauveur.
tout pour celui où elle a commencé. Ce fut
On pourrait multiplier les témoignages de
naturellement celui qui avait imposé sa lan­ cette action de la Renaissance sur les hommes
gue et sa domination au monde antique, celui du Quattrocento. Ils ont une philosophie re­
où les barbares avaient jeté les racines les nouvelée des Grecs. Platon est Dieu et Marsile
moins profondes, celui où les souvenirs de Ficin est son prophète. A Florence, dans
Rome étaient des souvenirs de famille. L’Ita­ les jardins d’un Ruccellai, des Florentins
lie avait tous les droits pour être le berceau subtils tiennent des causeries analogues à
de ce rajeunissement du passé. Elle était celles que Platon et ses disciples échangeaient
jonchée de monuments en ruines qui lui rap­ dans les jardins d’Académos. Dans les pa­
pelaient sa grandeur ; son grand poëte, lais de Cosme et de Laurent de Médicis, il
Dante Alighieri, avait pris Virgile pour y a des banquets platoniciens chaque année,
guide dans son voyage aux Enfers et il l’avait le 7 Novembre, à l’anniversaire de la mort
appelé son maître, son seigneur, son père. du philosophe. Marsile Ficin, qui n’est pas
Pétrarque baisait un manuscrit d’Homère seulement le traducteur, mais l’admirateur
qu’il avait le regret de ne pas pouvoir lire. enthousiaste de Platon, tient une lampe al­
Le sol était vraiment préparé à l’épanouis­ lumée devant son buste comme les bonnes
sement qui allait s’y déployer avec un éclat femmes devant l’effigie d’un bienheureux.
prodigieux.
Epicure, Pyrrhon auront à leur tour leurs
Au début, la ferveur avec laquelle les disciples. Un jour à Rome, sur la place du
esprits se reportent vers l’antiquité va jus­ marché, l’on eut l’étonnement de voir un
qu’à l’idolâtrie. Ils abdiquent entre ses mains grand seigneur authentique, un San Severino,
toute originalité. Ils se vouent avec une humi­ se promener avec un manteau troué et une
lité touchante à l’imitation, à la copie de ce lanterne à la main : c’était tout simplement
qu’ils admirent. Les érudits dédaignent la un disciple de Diogène qui cherchait un
langue nationale, la langue vulgaire, comme homme. Des villes entières sont prises de ce
on l’appelle, fille dégénérée du latin, bonne vertige. A Florence une grande cavalcade
pour la vie de tous les jours, mais indigne représente le triomphe de César ou bien le
d’avoir place dans les livres. Ils reprennent règne de Janus et de Saturne, le retour de
la langue de Cicéron et essaient de lui rendre l’âge d’or. C’est tout au moins l’âge d’or de
un souffle de vie. Il y eut un moment où les l’imitation. Les savants, les humanistes, qui
Cicéroniens formèrent une véritable secte. prennent souvent des noms latins ou grecs,
Les lettres d’alors sont datées des Ides et oublient de penser par eux-mêmes pour re­
des Kalendes. Les personnages du temps dire ce que d’autres ont pensé avant eux.
jurent par les Dieux immortels, invoquent Ils ont du reste une puissance de travail
Jupiter, Diane, l’Olympe. Ce sont des chré­ extraordinaire, tel ce Pic de la Mirandole,
tiens pourtant. Mais quoi ! Il n’y a pas de qui fut le héros de l’érudition, qui à vingt
mot dans le latin classique pour dire la Sainte ans savait vingt-deux langues et offrait de
Trinité. Jupiter est l’équivalent de Dieu le soutenir des thèses de omni re scibili, paladin
Père, Diane de la Vierge, l’Olympe du Paradis. du savoir pareil à ces chevaliers qui à l’en­
Ils ne diront pas qu’un homme est excom­ trée d’un défilé combattaient tout venant
munié, mais qu’on lui a interdit l’eau et le pour l’honneur de leur belle. Peu s’en faut
feu. Les papes eux-mêmes parlent ce langage. que les artistes n’aient été alors dévorés
Pie II écrivant à Mahomet II déclare qu’il par cette manie d’imiter. Les marbres et
lui pardonnerait, si seulement il voulait obli­ les bronzes antiques, exhumés, accueillis, ras­
ger ses Turcs à parler grec. Ailleurs il in­ semblés dans des Musées sont copiés avec une
vite les peuples d’Occident à relever l’Em­ humble fidélité. Les peintres font d’ailleurs
pire de Troie, qui, par une singulière trans­ tour à tour des madones et des déesses, les
position, est ici l’Empire grec, et il les en sculpteurs sautent d’Apollon à Saint-Sébas­
adjure au nom de Mercure. On ne s’attendait tien. Les architectes abandonnent l’ogive et
guères à voir Mercure en cette affaire. Mais l’art chrétien, qu’on flétrit alors du nom de
nul n’en est scandalisé. Mercure est le so­ gothique qui est l’équivalent de barbare;
briquet du Saint-Esprit. Au Congrès de ils reprennent le plein cintre cher aux Ro­
Mantoue, le même pape est reçu par une mains et les chapiteaux à la mode grecque.
princesse Sforza qui lui débite une belle ha­ Les églises, consacrées à la Vierge et aux
rangue latine, avec force citations d’Aristote saints, tout en gardant la forme des croix,

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

prennent l’aspect de temples païens et se
couronnent de coupoles comme le sanctuaire
consacré par les Romains à tous les Dieux.
Les princes n’échappent pas à la contagion.
Ils font jouer des tragédies. Les manuscrits,
qu’on sait déjà falsifier avec art, font l’objet
d’échanges diplomatiques. Dans les armoi­
ries d’Alphonse le Magnanime, roi de Naples,
figure un livre. On peut supposer que c’ est
Tite-Live. Car Alphonse fut un dévot du
grand historien latin. Il se fait céder un de
ses manuscrits dans un traité qu’il conclut
avec Florence. Il se fait donner un bras
plus ou moins authentique du même en si­
gnant la paix avec Venise. Les auteurs an­
ciens sont montés au rang de Saints dont
on vénère les reliques.
Son biographe nous conte des faits plus
étranges encore. Le roi a-t-il la fièvre, il se
fait lire un chapitre de Quinte-Curce et il
est guéri. Une autre fois une mouche insolente
vient se poser sur son auguste nez, pendant
qu’il écoute une harangue latine débitée par
un ambassadeur florentin : or il aime mieux
laisser profaner sa majesté royale plutôt que
de s’exposer à perdre quelque beauté du
discours en chassant cette bête importune.
Plus tard, Machiavel, comme chacun sait,
se mettra en grande toilette pour lire TiteLive, Virgile, et leur faire honneur.
Cette adoration passionnée de l’antiquité
a des répercussions sur la vie morale, politi­
que, économique des gens de ce temps-là.
En politique, ce sont des réminiscences
républicaines, des conspirations calquées sur
celles de Rome et d’Athènes. Les conjurés
sont des contrefaçons de Brutus ou d’Harmodion. Les coups de poignard qu’ils donnent
viennent de loin, du fond des siècles révolus.
En morale, ce sont des réminiscences païen­
nes. Et en opposition avec l’ascétisme chré­
tien, avec la religion de la douleur, de la mi­
sère, de là résignation, on réhabilite l’amour,
la volupté, la beauté, la joie de vivre. Lau­
rent le Magnifique, dans le Triomphe de
Bacchus et d’Ariane, redit à sa manière le
Carpe diem des anciens : « La jeunesse est
belle, elle s’enfuit pourtant. Que celui qui
veut être heureux le soit tout de suite ; rien
n’est sûr pour demain. »
Dans la vie de tous les jours, ce besoin
de se régler sur les anciens implique la con­
naissance des langues et des civilisations
mortes. Mais comme, alors surtout, elle ne peut
être le lot de tout le monde, comme elle est
forcément l’apanage d’une élite assez riche
pour avoir libre accès au savoir, la Renais­
sance est par là même un mouvement aristo­
cratique. Les savants, les lettrés d’alors ont
le dédain et le dégoût de la foule ignorante.
L’éducation nouvelle, fondée sur l’étude du
grec et du latin va désormais, tracer une li­
gne de démarcation très nette entre les en­
fants ainsi élevés et destinés à former la haute
société, et les enfants du peuple voués à la
langue vulgaire en même temps qu’aux be­
sognes inférieures et manuelles. La Renais­
sance aboutit à une hiérarchie des classes so­
ciales fondée sur une différence profonde
d’instruction.

3

Même pénétration de l’esprit aristocrati­
que dans la littérature et l’art. La littérature
classique avec ses genres renouvelés des an­
ciens, tragédie, comédie, épopée, poésie lyri­
que, ne s’adresse plus au grand public popu­
laire. Elle est faite, surtout à l’origine, pour
les cours, pour de petits cénacles fermés qui
ont eu le temps et les moyens de s’initier
aux habitudes, aux traditions, aux façons de
penser et de sentir d’un passé dès longtemps
aboli. Elle n’a qu’un mépris profond pour
les œuvres du moyen âge qui s’écrivaient
dans la langue de tout le monde. Dante fut
accusé par Nicolo Niccoli d’être le poète des
bonnetiers et des boulangers.
Il en est de même pour l’art. On s’en
forme une conception nouvelle. Laurent le
Magnifique a des paroles significatives à ce
sujet : « Les gens de sang noble peuvent
seuls mener les choses à leur perfection. Il
n’y a point de génie chez les gens de peu,
qui travaillent de leurs mains et qui n’ont
point le loisir de cultiver leur intelligence. »
Doctrine superbe, affirmation hautaine,
d’autant plus remarquables qu’elles sont for­
mulées par un fils de marchand dont la no­
blesse est de fraîche date ! L’art s’oriente
dans un sens, conforme à cette théorie. Les
architectes et les peintres vont désormais
travailler surtout pour les princes et les
riches : bâtir et décorer des palais, des villas.
Les portraits, les tableaux de chevalet vont
devenir légion. Le travail industriel s’en
ressent lui même. Les industries de luxe
(soieries, tapisseries, bronzes, ameublement)
se développent de préférence aux autres, ei
dans leurs fantaisies, souvent charmantes, re­
paraissent les formes et les sujets antiques:
centaures, faunes, nymphes, divinités de tout
genre figurent dans l’ornementation des objets
usuels.
Ce qui est plus grave, c’est que, par suite
de la couleur aristocratique prise par ce qu’on
va dès lors nommer les beaux-arts, une di­
vision s’opère entre Partiste, qui par son
éducation, son talent, ses goûts, ses hauts
salaires s’élève au rang de la haute bour­
geoisie et prend une place d’honneur dans
cette classe riche pour laquelle il travaille, et
Partisan, qui demeure confondu dans la foule
ignorante, parqué dans une catégorie infé­
rieure. Au moyen-âge, sculpteurs et tailleurs
de pierre, peintres en bâtiment et peintres de
tableau appartenaient à la même corporation.
La séparation se fait entre ces frères ju­
meaux. Les uns entreront dans les Académies,
corps aristocratiques, peu nombreux, et soi­
gneusement triés. Les autres restent des
hommes de métier, cette engeance «mécani­
que », ouvrière, pour laquelle Boccace expri­
mait déjà le plus altier dédain. Ce divorce
de l’art et du métier était chose dangereuse
pour l’un et pour l’autre. L’art, coupé du
milieu populaire, risquait de s’étioler en s’iso­
lant, de se rétrécir à la mesure d’une société
raffinée mais fermée, de prendre quelque
chose de froid, de figé, de guindé, de pé­
dant ou de précieux, en un mot d’artificiel.
Le métier rabaissé, méprisé, était exposé à
perdre le goût du fini, l’amour de la beauté,

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

à s’amoindrir en s’éternisant dans une rou­
tine monotone et grossière. Enfin le fossé, qui
existait déjà entre les pauvres et les riches,
allait s’agrandir et se changer en un abîme
creusé entre deux classes sociales, qui deve­
naient ignorantes l’une de l’autre et par suite
disposées à se haïr mutuellement.
Donc la Renaissance, considérée comme
une régression vers des formes, des idées et
des mœurs dès longtemps disparues, a marqué
fortement de son empreinte l’Italie du XVe
siècle, comme tous les pays où elle a pénétré
plus tard. Mais elle fut, nous l’avons dit,
autre chose encore. Elle n’est pas tout en­
tière tournée vers le passé ; elle regarde
aussi vers l’avenir. De même que le soleil
à son lever, elle éclaire un monde qui s’en­
fonce dans l’ombre, et un autre monde qui
en émerge. Elle est, autrement dit, un réveil
de l’esprit d’indépendance, un élan vigoureux
en avant. Elle ne se borne pas à renouer
la chaîne des traditions avec l’antiquité par­
dessus le moyen-âge. Elle surexcite l’esprit
inventif. Elle ne se contente pas de recueillir
ce qu’ont su les anciens; elle rapprend aux
hommes à penser par eux-mêmes. Elle les
pousse, à force de heurter l’une contre l’autre
les doctrines d’autrefois, à s’en créer de per­
sonnelles.
Elle leur enseigne à ouvrir les yeux sur ce
qui les environne, à observer la réalité. Elle
donne ainsi une vigoureuse impulsion à la
science. Après l’époque d’engouement où
savants, philosophes et artistes se laissent
dominer, absorber par les anciens, vient une
époque plus originale et plus féconde où ils
se contentent de s’inspirer d’eux, de les re­
garder pour les égaler sans les imiter. Il y
aura alors, dans la deuxième ou troisième gé­
nération, des génies multiples, universels, qui
dans tous les sens agrandiront le champ de la
pensée et de la puissance humaines. Ce se­
ront des hommes complets, presque des sur­
hommes comme Léonard de Vinci, qui fut
peintre, sculpteur, chimiste, sut creuser des
canaux et prévoir les aérostats ; comme MichelAnge, qui fut architecte, sculpteur, peintre,
poëte à ses moments perdus et ingénieur
pour défendre Florence, sa patrie. Déjà les
astronomes n’étudient plus seulement dans
les livres, ils explorent l’infini du ciel. Déjà
les médecins dissèquent des cadavres et
cherchent dans la mort les secrets de la vie.
Bref, la Renaissance, vue de ce côté, fut
un grand affranchissement de l’intelligence
individuelle, et, grâce à l’imprimerie, les véri­
tés que les hommes découvrent acquièrent
aussitôt des ailes, prennent leur vol par
le monde, assurées désormais de ne plus périr.
Cela aussi aura sa répercussion sur le travail.
Une alliance, qui sera durable, qui de­
viendra de plus en plus intime, s’ ébauche
entre la science et l’industrie, et cette allian­
ce sera fertile en nouveaux procédés en nou­
velles matières à exploiter, en nouveaux pro­
duits.
Georges RENARD
Professeur au Collège de France.

Escholiers, gentilshommes et pédants français en Italie
d’après le “ Francion „ de Charles Sorel
Ce n’est pas d’aujourd’hui que la jeunesse
française studieuse ou aventurière tour à tour,
a fait de l’Italie son pays de prédilection. Le
XVIe et le XVIIe siècles ont vu maintes fois
courir sur les routes de la péninsule ou ar­
penter les « quadrivies » de 1’ « Urbe » éter­
nelle les fils de famille les plus titrés, les
escholiers en rupture de sapience et les cuis­
tres latinisants et grécaniseurs à la recherche
de protections cardinalices et de cuisines dé­
lectables. Un des documents les plus impor­
tants de notre littérature, la « Vraie histoire
comique de Francion » composée par Charles
Sorel, sieur de Souvigny, n’est même, pour
une notable partie que l’Iliade ou l’Odyssée
comme on voudra, de ces aventuriers du noble
pays de France, qui s’en allaient, insouciants
et gouailleurs sous le soleil ausonien, clamant
avec non moins de joie que les compagnons
du pieux Enée l’Italiam, Italiam du poète
antique. C’est cette épopée bruyante et co­
lorée, qui est pour une bonne part une au­
tobiographie, que nous nous proposons d’étu­
dier ici, pour en démêler par la suite la réalité
de la fiction.
Bien que Sorel ait toujours renié la pa­
ternité du « Francion », sa charge d’histo­
riographe de France lui imposant certaines
pudeurs, il est établi aujourd’hui qu’il en est
l’auteur, et même le seul auteur. Toutefois
ce n’est qu'à partir de l’édition de 1632 en
11 livres, et dans l’édition postérieure en 12
livres de 1641, que l’on trouve développée la
partie du roman que nous appellerons la partie
italienne. Ce n’est en effet qu’au livre VIII
que commencent les aventures qui vont at­
tirer les protagonistes en Italie.1
L’œuvre prétend retracer la vraie histoire
de Francion, alias l’auteur lui-même Sorel, et,
chose curieuse, elle est conçue dans un esprit
d’opposition aux pastorales et histoires tra­
giques venues d’au-delà des Alpes et « qui
ne font que nous ennuyer ». (L. I). Francion
est un jeune gentilhomme de bonne famille
sur lequel il ne sera pas inutile, je pense, de
donner quelques détails biographiques em­
pruntés aux premiers livres du roman. Il a
fait de bonnes études pour le temps, au col­
lège de Lisieux à Paris sous la direction d’un
pédant dont le vrai nom était probablement
Le Heurteur, mais qui se faisait appeler
Hortensius « afin qu’il eût quelque chose de
romain et que l’on crût que la langue latine
lui étoit comme maternelle. Ainsi plusieurs
auteurs de notre siècle ont sottement habillé
leurs noms à la romanesque, et les ont fait
terminer en us, afin que leurs livres aient
plus d’éclat et que les ignorans les croient
être composés par des anciens personnages. »
(L. III). Sous ce maître pédantesque jusque
dans ses amours et auquel Francion a joué
maint tour de son invention, les études ne
1 La première éd. du Fr. aujourd’hui à peu près
introuvable est de 1622 en 7 livres.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

sont pas très sérieuses : l’élève s’intéresse
surtout aux « romans qui contenoient les
prouesses des anciens chevaliers » et entre
autres à Morgant le géant. Si bien que Franciou, au sortir du collège, sent le besoin de
refaire de pied en cap son éducation, et se
met à lire toutes sortes de livres où il « ap­
prend mieux en trois mois qu’il n’avait fait
en sept ans au collège. » Il est vrai que
la vie se met de, la partie. Ainsi notre hé­
ros amoureux de la belle Diane, est sup­
planté par un rival, le poète Mélibée, que la
belle lui préfère parce qu’il fait des pointes à
l’italienne : « Il lui parloit toujours phœbus
dans son transport et lui disoit: « Que je
baise ces belles mains, ma belle ! Mais las !
quel prodigieux effet, elles sont de neige et
pourtant elles me brûlent. Si je baise ces
belles roses de vos joues ne seroi-je point
piqué, vu que les roses ne sont point sans
épines? » Il en enflloit bien d’autres qu’il
savoit par routine. » (L. V). Entre temps il
poursuit son éducation amoureuse et senti­
mentale avec une bande de joyeux drilles de
son acabit qui forment la Société des braves
et généreux. Au cours d’une des escapades
coutumières des membres de cette joyeuse
confrérie, Francion se trouve l’hôte d’un de
ses anciens camarades d’études le gentilhomme
Raymond, qui lui offre une fête longuement
décrite et d’une nature telle que l’auteur prie
« filles et garçons qui ont encore leur pudeur
virginale » de vouloir bien sauter le passage.
(L. VIII).
C’est cette fête qui va décider de la suite
du roman. Parmi les invités se trouve un
noble Italien, le chevalier Dorini. Ce dernier
lie conversation avec Francion, et le sachant
porté sur le beau sexe, lui parle de la belle
Nays, une de ses compatriotes, « veuve de­
puis un an d’un brave marquis qui n’a été
que six mois en mariage avec elle ». Elle
est très courtisée, mais « entre tous les Ita­
liens, il n’y avoit que son défunt qu’elle pût
aimer. Sou inclination la porte à chérir les
François, si bien qu’ayant vu le portrait
d’un jeune seigneur de ce pays-ci nommé
Floriandre, qui avoit les traits du visage
fort beaux, elle eut pour lui toute la passion
qu’elle eût sçu avoir si elle eût vu sa vraie
personne ». Dorini d’ailleurs n’est venu en
France que sur la demande expresse de Nays,
sa parente, pour faire présent du portrait de
la belle audit gentilhomme et l’induire ainsi
à la demander au mariage. Il s’est acquitté
de sa mission et a mandé par la suite à sa
parente de se rendre aux eaux en Bourgogne
où se trouvait Floriandre. Mais depuis, ce
dernier est mort, et bien que Dorini ait pris
soin d’en informer Nays, il ne sait si elle
aura reçu à temps sa lettre, Voilà Francion
fort enflammé pour l’Italienne: « Je veux
l’aller trouver en quelque lieu qu’elle puisse
être... j’ai toujours aimé toutes les femmes
aimables que j’ai vues et celles dont j’ai ouï
seulement parler. Il ne faut pas que je dé­
roge à ma louable humeur. Au reste il y a
longtemps que j’ai désir de voir l’Italie, ce beau
jardin du monde; j’aurai une belle occasion
d’y voyager ». En attendant, il ira aux eaux

5

voir s’il rencontre Nays, suivant ainsi le
conseil de Dorini qui le rejoindra plus tard
à Rome, et qui avant de prendre congé de
lui, ajoute pour sa gouverne cet avis fort
utile : « N’étoit qu’elle a le portrait de son
défunt amant (Floriandre) je vous conseil­
lerois de prendre son nom pour quelque peu
de jours, au commencement que vous seriez
avec elle ». Francion qui veut être aimé pour
lui-même déclare qu’il ne saura s’y résoudre,
et part après avoir reçu de Raymond son
hôte l’assurance qu’il le retrouvera à Rome.
(L. VIII).
Comme un viatique il emporte avec lui
un portrait de Nays pour tromper la lon­
gueur du voyage; après avoir eu au cours
de sa route diverses aventures, et avoir ar­
raché aux sergents un jeune gentilhomme
nommé Du Buisson qu’on voulait mettre en
prison pour dettes et auquel il recommande
de trouver le moyen « de venir à Rome d’ici
à quelques mois », il arrive dans un bocage,
s’assied auprès d’une fontaine, tire le pré­
cieux portrait: « On dit que se laissant aller
alors aux imaginations poétiques, il fit cette
plainte qui a de l’air de celles que l’on trouve
dans les romans. Ah cher portrait que vous
contenez de miracles en peu d’espace etc.
Ma belle Nays, je voudrois déjà être sur le
point de trépasser auprès de vous ». Un
gentilhomme du pays l’entend, s’approche et
lui demande le sujet de ses plaintes. Pour
toute réponse, Francion montre le portrait.
« Réjouissez-vous, dit l’autre, elle est déjà
arrivée ». Et il donne à Francion tous les
renseignements nécessaires sur le train de
vie que mène Nays. Il lui apprend même
qu’elle est toujours suivie d’un jeune seigneur
appelé Valére et qui parait éperdûment amou­
reux.
Francion commence son siège aussitôt
arrivé au village où l’on prend les eaux. Dès
qu’il est informé du logis de la dame, il passe
devant en bon équipage, choisissant les mo­
ments où elle se met à la fenêtre pour prendre
le frais. Nays remarque ces assiduités et prie
ses gens de s’informer auprès des valets de
Francion du nom et de la qualité de leur
maître. Ceux-ci, dûment stylés, déclarent
qu’il s’appelle Floriandre « d’autant que
Francion contre son premier avis s’étoit dé­
libéré de suivre à tout hasard le conseil de
Dorini pour tenter la fortune au premier
coup. » Nays s’imagine que c’est le vrai
Floriandre lorsque lui parvient après beau­
coup de retard la lettre de Dorini lui annon­
çant la mort de ce gentilhomme. Elle est près
de s’évanouir mais une heureuse diversion la
tire de là. Un laquais de Francion vient lui
demander si son maître Floriandre peut la
visiter. Autorisation. Visite du faux Flo­
riandre qu’elle reçoit assez bien. Première
conversation où l’on va très vite en besogne.
Nays demande si Floriandre est vraiment
mort. « Francion voyant alors qu’il lui étoit
inutile de penser jouer un autre personnage
que le sien, dit que Floriandre étoit mort
sans doute, mais qu’il ne sçavoit pourquoi
elle croyoit qu’il s’appelât aussi Floriandre.
Nays répondit que son laquais l’avoit nommé

�6

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

ainsi ; de quoi Francion ne s’étonnant guère
lui dit: « Vraiment,j’en sçais bien le sujet:
c’est qu’il a servi Floriandre et qu’il n’y a
pas longtemps qu’il est à moi; de sorte que
par accoutumance le nom de ce premier
maître lui vient plus souvent à la bouche
que le mien. » Pourquoi êtes-vous venu aux
eaux, demande Nays, quelle indisposition
avez-vous? — Le désir de vous voir, répond
Francion, vous seule pouvez me rendre la
santé; « c’est votre bienveillance et vos fa­
veurs qui sont capables d’adoucir mes pas­
sions si leurs ruisseaux découlent dessus
moi. » — « Vous me pardonnerez, reprit
Nays, si je vous dis que quoi que vous
puissiez alléguer, je crois que vous n’êtes
point venu ici pour autre chose que pour y
épandre les merveilles de votre mérite ; vous
le faites paroître assez visiblement en toutes
choses, quand ce ne seroit qu’en montrant
à chaque propos votre bien dire. » L’impor­
tun Valère vient indiscrètement interrompre
ces galanteries et Francion prend congé.
Après son départ la dame commence à se
dire qu’il était difficile que Floriandre eût
autant de perfections que Francion et celuici rentré en sa demeure se jure d’« aimer
éternellement » Nays.
Le lendemain, promenade sentimentale ;
Francion mène Nays par le bras « tandis
que Valére menoit une demoiselle françoise
qui s’étoit trouvée là. » On parle de Dorini.
Francion montre le portrait. Il est un peu
« terni et déteint » fait observer Nays. —
«Ne vous en étonnez pas, reprit Francion,
c’est que les pleurs que j’ai versés dessus...
lui ont beaucoup ôté de ses vives couleurs.
— Je m’en vais gager, dit Nays, que vous
le baisez nuit et jour. — Il est vrai, répondit
Francion. — Je n’en suis pas contente pour
moi, dit Nays. — Pourquoi, dit Francion,
aimeriez-vous mieux que l’on baisât votre
visage même? — Je ne veux pas que l’on
baise ni l’un ni l’autre, reprit-elle; car pre­
mièrement si on vous voit baiser mon vrai
visage, on publiera qu’en secret je vous
permets bien autre chose ; et si l’on ne vous
voit baiser en mon absence que mon portrait,
on dira que quand vous êtes auprès de moi
vous baisez bien ma propre bouche.... » La
conversation sur ce sujet va assez loin et
les répliques de Francion sont si concluantes
que Nays se voit obliger de couper court :
« Quittons ce propos, vous avez des argu­
ments trop subtils pour moi. » Vers la fin
de la promenade, on voit arriver un seigneur
avec une nombreuse suite. C’est un genti­
lhomme vénitien nommé Ergaste, épris de
Nays et jaloux de Valère, qui a appris que
la dame de ses pensées était aux eaux en
France et a voulu la rejoindre. Nays ne
l’aime pas, mais lui fait bon accueil pour ne
pas « maltraiter un homme qui se donnait
tant de travail à son sujet. » Mais Francion
est inquiet de ses deux rivaux, il se distrait
de sa mélancolie en allant voir les malades
prendre les eaux : « Il y en avoit fort peu
qui eussent une maladie fort grande et vi­
sible; la plupart ne venoient aux eaux que
par curiosité ou par délicatesse; il y avoit

même des femmes qui venoient pour trou­
ver le moyen de se divertir aux dépens
même de leurs maris. Il voudrait partir et
faire partir Nays. Mais où irez-vous? lui
demande-t-elle. Et le lendemain l’Italienne
reprend le chemin de son pays suivie de ses
trois soupirants. Naturellement le Français
est l’objet de toutes les préférences : « Il y
avoit bien de la jalousie entre les Italiens et
le François, car elle faisoit bon visage à
celui-ci et tenoit fort peu de compte des
deux autres. Bien souvent elle permettoit
qu’il entrât dedans son carrosse et s’amusoit
à discourir avec lui. » Il cherche à rendre
ses rivaux ridicules, leur joue toutes sortes
de tours et finit par exciter leur haine, si
bien que Nays est obligée de se montrer plus
froide avec lui, car elle craint pour Francion
une vengeance des deux Italiens, maintenant
surtout que la caravane se trouve en Italie.
Naturellement encore, sous la plume de Sorel,
les Italiens ne reculent pas devant une per­
fidie déloyale. Dans une ville où le gouver­
neur est leur ami, ils entraînent Francion,
sous prétexte de lui faire voir « de grandes
raretés, des os d’hommes d’une monstrueuse
grandeur, toutes sortes d’armes et de mé­
dailles antiques », et avec la complicité du
gouverneur, ils font choir le pauvre Francion
dans une chausse-trappe. A leur retour ils
déclarent à Nays que leur rival est retourné
en France. Pour donner plus de poids à leur
affirmation ils envoient en France un laquais
gagné par eux et qui s’en revient avec une
lettre soi-disant écrite de la main de Fran­
cion et où celui-ci déclare que « les délices
de la France lui ont fait oublier celles de
l’Italie. » Toute la suite de Francion repasse
les Alpes, tandis que Nays est navrée: «Sa
passion étoit si forte qu’elle résolut même
de demeurer toujours en son veuvage, plutôt
que d’en épouser un autre que celui qu’elle
souhaitoit. » Les affaires des deux Italiens
n’en sont donc guère plus avancées.
Après huit jours de captivité, Francion
est abandonné, les yeux bandés, sur une bar­
que, et recueilli par un paysan chez lequel
il accepte une place de berger. Il pense
souvent à Nays, mais pas tellement qu’il ne
l’oublie parfois avec des bergères blondes ou
brunes pour lesquelles il rime des vers, et
quels vers !
Ces bergères sont vite délaissées pour la
belle Joconde, fille de bourgeois qui villégia­
turent pendant la belle saison à la campagne.
Francion passe de longues heures avec elle,
à faire la critique des romans pastoraux
qu’elle lit. Elle est d’ailleurs tout à fait de
son avis, et il y a dans cette partie du roman
toute une dissertation fort documentée contre
les pastorales italiennes où les bergers et les
bergères parlent comme des philosophes et
des chevaliers. Joconde étant retournée à la
ville, Francion par une belle nuit va la re­
trouver, cause involontairement un scandale,
et le matin finit par échouer chez le gouver­
neur de la cité, accusé d’avoir soulevé une
émeute récente. On s’aperçoit de la méprise
et on le met en liberté. Las des aventures
et repris de la nostalgie de Nays, il se rend

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

en France, à Lyon, chercher de l’argent pour
pouvoir ensuite aller rejoindre la belle Ita­
lienne. D’Italie en France il vit comme plus
tard J-J. Rousseau en faisant le charlatan
sur les routes. Ayant reçu des lettres de
change d’un banquier, il se dirige sur Rome
en compagnie de Pétrone, un de ses valets,
qu’il a retrouvé. Dans son voyage, « il avoit
si hâte, que dedans les villes il ne s’amusoit
à aucune singularité. Il ne cherchoit rien que
Nays. » Arrivé dans 1’ « Urbe », « il se logea
au quartier où les François se logent d’ordi­
naire, et il n’y avoit pas été six jours que
l’on l’avertit que Raymond et Dorini étaient
arrivés. » Il va les saluer et raconte ses
aventures. On le félicite de sa philosophie.
« Quittons tous ces discours, dit-il; ce n’est
point à moi qu’il faut donner des louanges.
Nous sommes dans un pays où il n’y a que la
belle Nays qui en mérite. » Il va lui rendre
visite, en compagnie de Raymond et de Do­
rini qui a pris la précaution d’avertir Nays
que la fameuse lettre de rupture de Francion
avait été écrite par Ergaste et Valère. Fran­
cion narre son histoire : « Il décrivit naï­
vement les misères de sa prison et la pauvreté
où il étoit étant berger; mais il se garda bien
de parler de ses diverses amourettes, de
peur de se mettre en mauvaise odeur auprès
de Nays. Il déguisa les choses le plus qu’il
lui fut possible, et ajouta à la vérité de cer­
tains petits mensonges qui rendirent son récit
fort agréable. » Il était d’ailleurs moins in­
quiet, Ergaste et Valère las de soupirer en
vain, s’étant retirés dans leur pays.
Le lendemain, Francion reçoit la visite
de deux escholiers, Du Buisson et son ami
Audebert venus eux aussi à Rome avec le
pédant Hortensius. « Que n’est-il venu me
voir? dit Francion. A Paris «il se cachoit
de moi » ... « l’on ne peut pas faire de même
ici; tous les François se visitent. »— « Je
crois, dit Audebert, que c’est qu’il étudie
des complimens pour vous saluer, car, ayant
été si longtemps sans vous voir, cette pre­
mière entrevue doit être célèbre. » Ayant
appris qu’Audebert allait en Italie « ce vo­
yage lui plut tellement qu’il le voulut faire...
quittant toutes ses prétentions qu’il avoit en
France. Il croyait qu’y ayant ici tout plein de
prélats, les lettres y ont plus de vogue qu’à
Paris, et que l’on y fera plus d’estime de
lui. » Audebert promet de l’amener bientôt.
(L. X)·
Le jour suivant a lieu la visite annoncée.
La présentation de l’illustre Hortensius se
fait dans la chambre de Raymond. En plus
du maître de céans, sont présents Audebert,
Du Buisson et Raymond. Hortensius débute
par des compliments pédantesques. Puis sans
transition, il expose les romans dont il a le
plan en tête. L’un aura pour théâtre le monde
de la lune. « Il s’y fera des enchantemens
horribles. » Il y aura un conquérant qui
voudra s’emparer d’autres mondes et finira
avec ses soldats par attraper une maladie
terrible en s’approchant trop près du soleil.
Avec cela, de « belles métamorphoses » qui
feront que l’œuvre durera « autant que la na­
ture, malgré les marauds. » Un second roman

7

aura pour sujet les « régions et les cités du
corps humain. » On y verra « l’état où peu­
vent être les peuples qui habitent le corps
de l’homme, » et « que ce n’est pas sans
sujet qu’on l’a appelé microcosme. » « Je
ferai quelque autre discours séparé où toutes
les parties corporelles auront beaucoup de
choses à démêler ensemble. Les bras et les
mains feront la guerre aux pieds, aux jam­
bes et aux cuisses. » Il y aura enfin un
troisième roman sur les cités marines, non
moins génial que les précédents. Naturelle­
ment, les joyeux drilles ne tarissent pas
d’éloges. Combien Paris a perdu en cédant
Hortensius à Rome ! Le pédant mis en goût
veut lire alors des extraits de ces romans
qu’il a tous commencés car il « travaille à
deux ou trois choses en même temps aussi
bien comme César, » mais ne les ayant point
sur lui, il ne tire de sa poche qu’ « une clef,
une jambette, de médians gants, un mouchoir
sale et quelques papiers aussi gras que le
régistre de la dépense d’un cuisinier. » Tout
à coup Francion s’étant aperçu qu’Hortensius
regardait constamment son chapeau qu’il te­
nait à la main le lui arrache. «Il trouva au
fond un grand libelle où il y avoit écrit :
Compliment pour l’entrée. Entretien sérieux.
Interlocution joviale. Compliment pour la sor­
tie; et ensuite de ces titres il y avoit de fort
belles façons de parler, qui étoient toutes
nouvelles. » On se moque un peu de lui,
pas trop pourtant, car on le ménage pour
s’amuser de lui pendant le séjour à Rome.
D’ailleurs Francion a du succès, mène
grand train, fait donner des sérénades à sa
maîtresse, en prenant bien soin de chanter
toujours « après les musiciens, pour se faire
connaître. » On raffolle de son esprit : « Quand
il parloit d’une chose sérieuse il ne disoit
que des merveilles, et s’il tomboit en des
railleries il eût fait rire un stoïque... L’on
ne parloit plus que de lui à Rome. » Nays
n’a qu’une crainte, c’est qu’il ne veuille pas
« épouser une Italienne. » Bientôt cette crainte
s’évanouit, car Francion lui promet de l’épou­
ser, et la nouvelle devenue officielle, tous les
beaux esprits de Rome vont leur présenter
leurs compliments, entre autres Hortensius
qui compose pour les futurs des acrostiches
et des anagrammes.
Comme il y a un délai entre une pro­
messe et une consommation de mariage, Fran­
cion et ses amis tuent le temps de l’intervalle
de joyeuse façon. C’est ainsi qu’ils embau­
chent une troupe d’Allemands qu’ils font
passer auprès d’Hortensius pour des ambas­
sadeurs polonais chargés par leurs compa­
triotes de prier le pédant d’accepter le trône
de Pologne. Sa renommée et sa science l’ont
fait choisir par les illustres magnats. Le cuistre
donne en plein dans le panneau. On dîne avec
les ambassadeurs, il y a ensuite une réception
chez Nays, Audebert nommé historiographe
recueille les sentences et apophtegmes du roi
Hortensius : « Je veux que tout le monde
fasse des livres en mon royaume. » Une Ita­
lienne demande à Hortensius s’il se mariera :
« Il dit là dessus qu’il voyoit bien qu’il y
avoit quelque affétée Italienne qui désiroit

�8

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

d’être reine, mais qu’elle ne le tenoit et qu’il
vouloit quelque infante d’Angleterre ou de
Danemark, qui sur toute chose lui apportât
la pudicité pour douaire. » Protestation des
pseudo-Polonais qui veulent qu’on observe
une soi-disant coutume de leur pays qui per­
met aux nobles d’user à l’égard de la reine
avant son mariage du droit des seigneurs
sur les filles des vilains. Les daines sont
naturellement pour Hortensius, et il n’est
pas jusqu’à Du Buisson qui lui présente ses
condoléances de ce que « lorsque sa femme
seroit au signe de Gèmini, il seroit à celui
de Capricorne. » La farce prend fin par la
fuite des Allemands qui laissent à Hortensius
la note à payer, ce dont ses amis s’acquittent
généreusement. Et Francion fait même à
Hortensius un de ces discours qui dut lui
aller au cœur : « Il vaut mieux être pair et
compagnon avec des gens de bonne humeur
et de bon esprit. Un roi n’est rien qu’un serf
honorable... Quand le diadème fut apporté à
Séleucus, ne dit-il pas que qui sçauroit les
misères qu’il cachoit ne daigneroit pas le
lever de terre ; et n’avez-vous pas lu d’autres
beaux exemples sur ce sujet dedans Plutar­
que ? » « Ce discours toucha l’âme d’Hor­
tensius, qui tout sur l’heure, pour vaincre
son ennui, se fit donner un livre du blâme
des grandeurs mondaines où il s’amusa à lire
pendant que les autres avoient divers entre­
tiens. »
Ce boute-en-train de Francion organise
des fêtes à Rome, fait jouer des comédies
italiennes, puis compose et joue lui-même
avec ses amis « une comédie de son inven­
tion » faite de vers pris de côté et d’autre,
chez Baïf, Ronsard, Belleau, Desportes.
« Toutes ces pièces rapportées faisoient une
suite très agréable, quoiqu’elle fût assez fan­
tasque. 11 y eut seulement quelques mélanco­
liques Italiens qui n’y prirent point de plaisir,
à cause qu’ils avoient de la peine à com­
prendre la poésie françoise. » Pour les con­
tenter Francion joue le lendemain une panto­
mime sans paroles et très facile à comprendre.
Et ce sont encore de joyeux soupers chez
Nays ou ailleurs, agrémentés de ces jeux de
mots et de ces calembours qui sont à l’étran­
ger pour les Français les fusées de rire de
la patrie absente. Hortensius lui-même, mal­
gré une pointe de pédantisme dans ses mots,
est bien de souche gauloise. C’est lui qui
expliquant aux convives le rôle musical (!)
qu’ont une trentaine de passions ou actions
humaines termine par la justice qui joue du
hautbois parce qu’elle fait élever les potences,
Raymond chante. Hortensius le loue : «Vous
êtes trop complimentaire, dit Raymond. —
Faut-il quand je vois un homme accompli,
m’en taire ? répond Hortensius. — Un com­
plimenteur riposte Raymond, n’est qu’un
accompli menteur. » Comme de juste, il y a
des mots moins innocents. (L. XI).
Au moment où Francion ayant suffisam­
ment enterré sa « vie de garçon » songe à
se marier, à « faire une honnête retraite »,
comme il dit, voilà que surgissent des em­
pêchements, un peu beaucoup par la faute
du principal héros, Francion lui-même. Tout

en aimant Nays, l’inconstant à l’insu de ses
amis, a poussé des excursions de part et
d’autre. C’est ainsi que par l’intermédiaire
de deux louches agents d’affaires Bergamin
et Salviati il a fait la connaissance d’une
jeune Vénitienne, nommée Emilie, venue à
Rome avec Lucinde sa mère pour un procès.
Après avoir maudit « les coutumes italiennes
qui ne permettent point que l’on voie les
honnêtes filles, » il a feint d’aimer Lucinde
« pour mariage » et a pénétré fort avant
dans ses bonnes grâces. Il lui a écrit des
lettres, l’a vue en son particulier et ne s’est
éclipsé qu’au moment où la belle lui a dit
de l’épouser. Maintenant on veut le faire
chanter. Bergamin au nom d’une famille
outragée le somme de s’exécuter, et Lucinde
et Emilie sont allées raconter l’affaire à Nays
qui condamne sa porte à Francion. Un autre
incident fâcheux se greffe sur celui-ci. Dans
une église un inconnu a glissé dans la poche
de Francion une bourse pleine de pièces d’or.
Au sortir de l’église Francion se voit appré­
hender par les sbires qui le traînent en pri­
son comme faux monnayeur. Des témoins
affirment qu’on lui a vu écouler de la fausse
monnaie. Le soir même la police perquisi­
tionne chez son ami Raymond et ne trouve
rien. Mais un des indicateurs de la police
nommé Corsègue qui s’est attardé après le
départ des policiers, pressé par les Français
leur avoue qu’il a été chargé par Valère de
mettre tout un attirail de faux monnayeur
dans la chambre. Il avoue aussi que c’est
Ergaste qui par l’intermédiaire de Bergamin
et de Salviati a jeté Lucinde dans les jambes
de Francion. Ils font signer par Corsègue
cette déclaration et vont trouver le juge Ca­
raffe pour lui demander la mise en liberté
de leur ami. Mais devant celui-ci Corsègue
se rétracte et déclare n’avoir signé que sous
la menace des Français. Le juge qui est de
compte et demi avec les auteurs de la ma­
chination veut envoyer tous les Français en
prison. Enfin cet imbroglio se dénoue par
l’intervention de Dorini auprès d’un juge
supérieur Lucio qui fait délivrer les Français.
Il y a même à ce moment un incident très
comique: un sbire reconnaît soudain dans
l’infatigable Francion l’auteur de ses déboires
conjugaux. Les auteurs de la machination
sont punis et Ergaste est condanné à épouser
Emilie à laquelle il a jadis donné un enfant
et une promesse de mariage. Audebert, Hor­
tensius, Raymond et Francion, en revenant
de chez le juge rencontrent Du Buisson qui
avait aussi fait des siennes. U est en chemise
dans la rue, faisant des moulinets avec son
bâton et chantant des chansons bouffonnes,
poursuivi d’ailleurs par « quantité de ca­
nailles. »
« Les uns disoient qu’il étoit ivre, les
autres qu’il étoit fol, les autres qu’il avoit
la fièvre chaude et que l’air de Rome étoit
nuisible à la plupart des François. » L’expli­
cation beaucoup plus simple était la suivante :
comme il avait, dit-il à ses amis, une fois
rentré, maintes fois « escroqué par plaisir »
plusieurs courtisanes, l’une d’elles, Fiam­
metta a voulu en avoir raison. Elle l’a attiré,

�BULLETIN franco-italien.

9

l’a privé de ses vêtements et de son argent nous change des habituels récits de voyages en
et l’a mis à la rue après l’avoir fait rosser Italie, ternes, fades, et laudatifs. Rien n’y est
d’importance par ses gens. Il a dû se sauver banal, ni plat. Impressions, idées, style, tout
à apparaître violemment, crûment personnel,
dans le costume rudimentaire qu’on lui avait vise
et n’y parvient pas toujours sans efforts. « Un
laissé, et il a fait le fou pour n’avoir pas à beau voyage, nous déclare l’A. dans son Intro­
donner au public une explication embarras­ duction, est une création ». Et de fait, M. Suarès
sante.
s’est moins attaché à évoquer l’Italie avec préci­
Tous ces déboires persuadent Francion sion et exactitude qu’à en créer une à l’image de
d’aimer désormais uniquement Nays avec la­ ses instincts et de sa culture, une culture où
quelle il s’est réconcilié. Il l’épouse accom­ Stendhal et Barrès, Bergson et Péguy ont eu
pagné des vœux de tous ses amis. La belle leur part et qui est bien d’aujourd’hui. Par là ce
restera un monument aussi précieux et aussi
Italienne devient « gentilfemme » française. livre
sûr que le Voyage d’un Président des Brosses, par
« Francion prit dès lors une humeur si grave exemple. Et s’il est évident que c’est en grande
et si sérieuse que l’on n’eût pas dit que c’eût partie dans les variations du goût des Français à
été lui-même. Toutefois... il avoit de la peine l’endroit de l’Italie, dans l’étude de ce qu’ils y
à se repentir de beaucoup de méchancetés ont successivement prôné et déprisé, qu’il faudra
qu’il avait faites dans sa jeunesse. » Hor­ chercher la documentation d’une histoire de la
tensius fut placé par Nays chez « un cardinal sensibilité esthétique française à travers les siècles,
de ses parents où il étoit fort aise. » Fran­ nous devons nous féliciter d’avoir à offrir à l’hi­
futur un livre aussi représentatif que celui
cion et Madame, ainsi que Dorini, étant re­ storien
de M. Suarès.
venus en France, Audebert ne tarda pas à
B. Crémieux.
les imiter « se mettant à la suite d’un am­
bassadeur ordinaire qui s’en retournait; car
Antonio FOGAZZARO. — Leila. Trad. G. Hérelle,
il étoit satisfait d’avoir vu les singularités Paris, Hachette, 1911. — Depuis quelque temps,
d’Italie. » Raymond et Du Buisson furent les éditeurs français semblent avoir compris qu’il
impénitents : « quelque remontrance qu’il n’y a pas de raison pour qu’une traduction ne
pas publiée avec autant de soin matériel et
(Francion) leur pût faire, il employèrent soit
d’élégance qu’un ouvrage original. La maison Ha­
encore le reste du temps qu’ils vouloient chette vient de nous donner une traduction du
passer dans Rome à se soûler des plaisirs dernier roman de Fogazzaro, dont l’aspect ne rap­
du monde. »
pelle en rien ses traditionnels romans étrangers à
Telle est en résumé le contenu de cette couverture rouge. Il est vrai que la traduction est
épopée réaliste, picaresque et colorée qui a du maître traducteur Herelle. On reprochait volon­
la valeur d’un document historique sur la tiers à Fogazzaro, en Italie, « d’écrire mal ». C’est
vie d’aventure et de bohème des jeunes une façon de parler. Assurément, il est plus diffi­
cile de mettre en bon français un roman de Fo­
Français à Rome au XVIe et au XVIIe siè­ gazzaro
qu’un roman de D’Annunzio. Dans son vê­
cles. Nous allons voir par l’étude de certains tement d’emprunt Leila apparaît, ce qu’elle est en
témoignages empruntés à l’histoire combien réalité, une œuvre forte et complexe, où la belle in­
la fiction de Sorel est voisine de la réalité. spiration du maître disparu se retrouve tout entière.
J. L.
(A suivre)
Pierre RONZY
professeur au lycée de Valence.
G. FINZI. — Histoire de la littérature italienne.
Trad. Mme Thiérard Baudrillart, préface de Henry
Cochin. Paris, Perrin, 1912. — Petit manuel de
caractère plutôt scolaire, clairement divisé, qui
NOTES CRITIQUES
pourra être utile (c’est l’objet que lui propose
M. H. Cochin dans sa préface) à ceux qui dési­
F. GREGOROVIUS. — Promenades italiennes. rent acquérir une première connaissance générale
— Rome et ses environs, adapté de l’allemand par de l’histoire littéraire italienne. Puissent-ils être
Mme Jean Carrère. Plon. — Id. Palerme, Syracuse, de plus en plus nombreux !
J. L.
Naples, Ravenne. —L’ouvrage de Gregorovius dont
M.me J. C. femme de l’actif et brillant correspondant
Corrado ZACCHETTI. — La laboriosa forma­
du Temps à Rome, nous donne une édition française zione
’ « Esprit français ». Milano, Palle(bien française, c’est à dire allégée) est vieux d’un strini, dell
1911, pp. 71. — Intéressant opuscule, écrit
demi-siècle.
un homme de goût, plus littérateur qu’hi­
Que de « promenades italiennes » depuis, surtout par
storien, qui connaît cependant les principales étu­
en ces derniers années ! L’ancêtre résiste fort bien des
sur le développement intellectuel
à la comparaison avec les jeunes. Le mélange de de lahistoriques
France au temps de la Renaissance. Des
l’érudition avec la description poétique y produit remarques
fines sur la germination et l’éclosion de
quelquefois son ordinaire effet de bizarrerie, mais
« fleur » de l’esprit français, que le public ita­
au moins l’érudition est ici solide — et quant à la la
lien pourra lire avec profit. Quelques erreurs dans
partie poétique, la plume alerte de la traductrice les
françaises ; on dit : Laurent (et non
me parait en avoir fort bien rendu la touche large, pas citations
Laurence) de Premierfait. Le mot « mœurs » est
sérieuse sans coquetterie. La plupart des lieux féminin
en français.
décrits dans ces deux volumes (Subiaco, Campa­
B.
gne romaine, monts Volsques, plages latines, mont
Circeo, monts Sabins, Ombrie) n’ont guère changé
depuis 1860, ainsi l’ouvrage en même temps qu’un
intérêt historique a une valeur actuelle, qui sans
doute n’échappera pas au grand public.
Ecole Normale Supérieure (Section scientifique).
J. Luchaire.
La connaissance de deux langues étrangères est
SUARÈS. — Voyage du Condottiere : Vers Ve­
exigée au concours d’entrée à l’École Normale
nise. Paris, Cornély, 1910. — Voici un livre qui Supérieure (Section scientifique).

Questions d’Enseignement.

�10

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Trois textes sont offerts au candidat : le pre­
mier en latin, le deuxième en allemand, le troi­
sième en anglais ; il doit en traduire deux.
Un candidat sorti de la Section C et ayant pré­
senté au baccalauréat le latin et l’italien ; ou un
autre sorti de la Section D et ayant présenté
l’allemand et l’italien, se trouvent donc dans
l’impossibilité de traduire deux textes, sauf à étu­
dier après le baccalauréat (et au préjudice de
leur préparation générale) une troisième langue
vivante. N’est-ce point injuste et vexatoire ?
Sur l’initiative de M. Valentin, professeur au
lycée de Grenoble, une pétition a été adressée àM. le
Ministre de l’Instruction publique, pour demander
l’adjonction d’un texte italien et d’un texte espa­
gnol aux trois textes indiqués plus haut. Nous
souhaitons vivement que cet appel soit entendu !
Ecole des Arts et Métiers. — De divers côtés
nous est signalé le péril couru par l’enseignement
de l’italien dans les Ecoles primaires supérieures,
à la suite du décret qui établit une épreuve obli­
gatoire d’Allemand ou d’Anglais au concours
d’admission des Ecoles d’Arts et Métiers, à par­
tir de 1912.
Ce sont les écoles primaires supérieures de
l’Université d’Aix qui se sont trouvées, par une
singulière contradiction, les plus menacées par
cette innovation, qui risque de sacrifier les inté­
rêts des Sections commerciales, beaucoup plus peu­
plées — et pour lesquelles, dans ces régions, la
connaissance de l’italien est indispensable, — aux
intérêts de la seule Section Industrielle.
Il est, en effet, sous-entendu que les budgets
ne permettront pas le luxe de deux professeurs :
l’un d’anglais ou d’allemand, l’autre d’italien, et
dès lors les langues du Nord étant imposés à
l’entrée des Ecoles d’Arts et métiers, ce sera
l’enseignement de l’italien qui sera sacrifié.
Espérons qu’ un nouveau décret assimilera dans
ce concours les langues méridionales à celles du
Nord.
Assemblée générale des Professeurs de langues
Méridionales, du 5 juin 1911. — Nous croyons
utile de rappeler à nos lecteurs quelques-uns des
vœux émis au cours de cette assemblée.
1° L’Assemblée émet le vœu qu’une place soit
réservée aux dames au concours d’agrégation (ita­
lien et espagnol) comme plusieurs leur sont ré­
servées aux agrégations d’anglais et d’allemand ;
2° Que l’espagnol et l’italien soient admis au
concours du professorat des classes élémentaires
des lycées et collèges ;
3° Que les prescriptions des programmes des
lycées et collèges relatives au nombre d’heures
soient le plus possible respectées et que surtout
les classes d’espagnol et d’italien aient lieu aux
heures habituelles des classes ;
4° Que dans les régions du Sud-Ouest et du
Sud-Est, l’espagnol et l’italien ne soient en aucun
cas exclusivement complémentaires, et que soumis
aux mêmes sanctions que l’allemand et l’anglais
au point de vue du baccalauréat, ils soient en­
seignés dans les mêmes classes et dans des condi­
tions identiques.
5° a) Que l’Administration organise l’enseigne­
ment de l’espagnol et de l’italien, à partir de la
6ème, dans tous les lycées et collèges des régions
intéressées ; b) que comme mesure transitoire,
les professeurs de langues méridionales se refu­
sent, dans la mesure du possible, à présenter au
baccalauréat comme candidats d’espagnol ou d’ita­
lien (1ère langue) des élèves qui, à partir de la
seconde, ont abandonné en faveur de l’italien ou
de l’espagnol la langue que dès la 6ème ils avaient
étudiée ; c) que les examinateurs au baccalauréat
exigent des candidats, outre la connaissance du
vocabulaire pratique, des notions précises de lit­

térature espagnole ou italienne, c’est-à-dire des
notions telles qu’elles ne puissent être acquises
qu’après au moins quatre ans d’études suivies et
de travail sérieux.

Création de Lycées modernes en Italie. —
M. Credaro, ministre de l’Instruction Publique
d’Italie, a déposé un projet de loi portant la créa­
tion de Gymnases supérieurs et Lycées modernes.
Ils pourront s’établir dans les villes qui ont déjà
plusieurs lycées-gymnases, ou un lycée-gymnase.
Dans le Gymnase supérieur moderne, l’étude de
l’allemand ou de l’anglais est substituée à celle du
grec, et l’enseignement du dessin est institué. Dans
le Lycée moderne, an lieu du grec, on étudiera
des langues vivantes ; l’enseignement de la phi­
losophie est intégré dans celui des éléments des
sciences juridiques et économiques.
Les élèves du Gymnase et Lycée modernes peu­
vent passer après examen dans les classes corre­
spondantes des autres Institutions d’enseignement
secondaire ; la licenza du Lycée Moderne donne
accès aux Universités.
Pour préparer de bons enseignants de langues
étrangères, un lecteur est adjoint, à chaque chaire
universitaire de langues et littératures modernes.
Des bourses de perfectionnement à l’étranger
sont instituées. Le gouvernement est autorisé à
traiter avec les gouvernements étrangers pour des
échanges de professeurs de langues vivantes.
On voit toute l’importance de ce projet de loi
tant pour la cause de l’italien en France que pour
celle du français en Italie : c’est pourquoi nous
nous réjouissons de le signaler.
Les Italiens à l’Université de Grenoble. — Cent
dix-huit étudiants italiens ont été inscrits aux
diverses Facultés de l’Université de Grenoble,
durant l’année scolaire 1910-1911.
C’est naturellement durant le semestre d’été
qu’on en a compté le plus grand nombre.
Signalons ici la fête organisée par les étudiants
italiens et offerte à leurs camarades des autres
nationalités, à l’occasion du 20 septembre. M. Ni­
cola Merola a heureusement souligné le sens de
cette manifestation de fraternité internationale et
remercié la France de sa généreuse hospitalité.
M. le professeur Ronzy a prononcé quelques mots.
Un bal a clotûré la soirée.

NOUVELLES UNIVERSITAIRES

Examens et Concours d'Italien en 1911.
Sessions de juillet et de novembre.

Agrégation. — Admissibles : 1. M. Crémieux (Ben­
jamin), boursier d’agrégation de la Faculté des Lettres
de Grenoble. — 2. M. Garnier (Georges), étudiant à la
Sorbonne. — 3. M. Guiton, prof, au collège de La Mure,
étudiant à la Faculté des Lettres de Grenoble.
Reçu définitivement : — 1. M. Crémieux.
Certificat secondaire. — 1. Mlle Valette, étudiante
à la Faculté des Lettres de Paris. — 2. Mlle Péraldi,
étudiante à la Faculté des Lettres de Paris. — 3.
M. Angéli, étudiant à la Faculté des Lettres de Gre­
noble.
Certificat primaire. — 1. M. Goy (de Lyon). —
2. M. Lyard (de Grenoble). — 3. M. Mazurat (de St.
Jean de Maurienne). — 4. Mlle Desanti (de Marseille).
— 5. M. Hyvreux (d’Albertville) — 6. M. Ciais.
FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS

Diplôme d’Études supérieures. — MM. Bédarida,

Marcaggi.

Licence. — Session de juillet: MM. Job (mention
assez bien), de Thorey.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Session de novembre: Mme Nadal (mention assez
bien), M. Moroni.
Epreuves communes : M. de Paoli-Leoni.
Epreuves spéciales : M. Geronimi.
FACULTÉ DES LETTRES DE GRENOBLE

Diplôme d’Études supérieures. — M. Barincou
(mention bien). — M. Paoli (mention bien). — M. Pao­
lantonacci (mention assez bien). — M. Roux (mention
assez bien).
Avaient été choisis comme sujets de thèse par M.
Barincou : Diffusion en Italie des écrivains politiques
français au XVIIIe siècle.
Par M. Paoli : Les relations littéraires entre la France
et la Toscane aux environs de 1700.
Par M. Paolantonacci : Condillac et l'Italie.
Par M. Roux : Boccace et le théâtre français.
Licence. — M. Chadourne, boursier de licence (men­
tion bien). — M. Angeli (mention assez bien).
Epreuves communes : M. Serge Fleury.
Mutations et nominations. — M. Ronzy, agrégé
d’italien, prof, de 6.ôme au lycée de Tulle est nommé
prof. d’italien et lettres au lycée de Valence. (Créa­
tion).
M. Delahaye, agrégé d’italien, prof. à l’Ecole normale
de Grenoble, est nommé prof. d’italien au lycée d’Aix,
en remplacement de M. Alfonsi, décédé.
M. Langlais, agrégé d’italien, boursier d’études à
l’Institut de Florence est nommé prof. de 3.ème au
lycée de Guéret.
M. Poli, admissible à l’agrégation d’italien, prof. de
lettres-histoire au collège d’Ajaccio est nommé prof.
d’Italien au même collège. (Chaire transformée).
M. Fondacci, licencié d’italien, est nommé prof. d’ita­
lien au collège de Corte.
M. Pinet, licencié et certifié d’italien est nommé
prof. d’italien au collège de Cette. (Création).
Mlle Cathelin, certifiée d’italien est nommée maî­
tresse chargée de cours d’italien au lycée de Grenoble.
Mlle Valette, certifiée d’italien est nommée maîtresse
chargée de cours d’italien au lycée de jeunes filles de
Marseille.
Mlle Péraldi, certifiée d’italien est nommée maîtresse
chargée de cours d’italien au lycée de jeunes filles
d’Aix.
Bourses. — Ont été nommés boursiers d’agrégation
près la Faculté des Lettres de Grenoble: MM. Barincou,
Garnier, Paolantonacci, Roux.
Ont été nommés boursiers de diplôme près la même
faculté : MM. Angeli, Chadourne.
École de Sèvres. — Un décret ministériel vient
d’admettre l’italien, qui en était proscrit jusqu’ici,
au concours d’entrée à l’École normale de Sèvres.
Bourse de voyage à Florence. — M. Charles Dejob,
professeur honoraire à la Sorbonne, mettra au con­
cours, comme l’année dernière, en juillet 1912, une
bourse de vacances de 400 francs pour Florence. Point
de conditions d’âge, de sexe, ni de grade. Il suffit
d’être Français et de s’engager à passer à Florence deux
mois consécutifs entre le l.er août et le l.er novembre.
Les épreuves auront lieu à Paris et comprendront : à
l’écrit un thème et le commentaire en italien d’une
page donnée d’un classique italien (le tout en quatre
heures) ; à l’oral, une traduction improvisée et suivie
d’un bref commentaire d’une page de français et d’une
d’italien.
Le vainqueur reçoit 200 francs séance tenante, 100
francs à la nouvelle de son arrivée à Florence, 100
dans les cinq jours qui précèdent son retour en
France.
En 1911, la bourse fut gagnée par M.lle Marianne
Stéphanopoli, répétitrice au lycée de jeunes filles de
Nice.
En outre, M. Dejob offre cinquante francs de livres
au candidat reçu premier à l’agrégation d’italien.

Une visite à Florence du Conseil Municipal de Paris
Le 17 mai dernier, la délégation du Conseil Muni­
cipal de Paris aux fêtes du Cinquantenaire de l’Unité
italienne était reçue solennellement par l’Assemblée
communale de Florence. La matinée fut consacrée à

11

la visite de l’Exposition rétrospective du portrait
italien ; le soir, un banquet offert par la ville de Flo­
rence réunissait au restaurant Giacosa les représen­
tants de Paris, ceux de Florence, et de hautes nota­
bilités florentines. A la table d’honneur avaient pris
place MM. Bellan, président du Conseil Municipal de
Paris, Filippo Corsini, maire de Florence, M. le préfet
Comte Cioja, M. Bonzom, consul de France, M. Lu­
chaire, directeur de l’Institut français, le docteur
Padoa, etc.
Au dessert après les toast très applaudis du maire
de Florence et du consul de France, M. Luchaire
prononce l’improvisation suivante.

Messieurs,
l’honneur imprévu que vient de me faire
M. le Maire de Florence en rappelant, à la fin de
son beau discours, les sentiments amicaux des
Florentins pour l’Institut Français, m’oblige à
prendre la parole à mon tour. Vous excuserez la
maladresse d’un discours improvisé. C’est de
tout mon cœur, M. le Maire, qu’ au nom de mes
collaborateurs et de mes élèves, je vous remercie
de vos bonnes paroles. Vous me donnez ainsi l’oc­
casion de témoigner publiquement ma gratitude
aux hautes personnalités florentines dont la sym­
pathie nous a été dès les débuts et nous est si
précieuse, à vous-même et à vos collègues du Con­
seil Municipal, et au plus parisien de tous les
Florentins : M. le Préfet Comte Cioia. Dans un
banquet qui réunit les Conseil Municipaux de
Florence et de Paris — solennité dont la significa­
tion politique est si claire et si agréable pour
tous ceux qui sont ici,— il n’est pas injuste après
tout, Messieurs, que vous ayez cédé un instant
la parole au chef d’une institution universitaire,
où l’on n’a point à se mêler de politique active,
mais dont je crois pouvoir dire qu’il s’y fait de la
bonne politique intellectuelle. Nos salles de la
place Manin sont en effet un lieu où l’on est, à
proprement parler, à la fois en France et en Italie ;
nos professeurs, nos étudiants sont des Italiens et
des Français qui vivent ensemble, travaillent
ensemble à la même œuvre. Nous vous prépa­
rons pour bientôt, Messieurs, une génération de
spécialistes franco-italiens, je dirais (puisque les
comparaisons entre la biologie et la science so­
ciale sont à la mode) une génération.... d’amphi­
bies, dont on dira plus tard, j’en suis sûr, qu’ils
ont bien servi à faire plus profonde et plus durable
l’union des deux sœurs latines. Je ne puis m’empêcher de signaler aux représentants de la grande
démocratie parisienne qui me font l’honneur de
m’écouter, ce que nous avons pu faire pour une
centaine d’ouvriers florentins, qui suivent, avec
une remarquable assiduité, nos cours populaires du
soir de langue française. Sur ce point nous devons
le succès à l’initiative d’un des membres les plus
distingués du Conseil municipal de Florence, mon
cher ami le docteur Padoa. Grâces lui soient rendues,
ainsi qu’à tous ceux qui comprennent qu’à l’heure
qu’il est, οù les luttes internationales se livrent
dans l’opinion publique presque autant que sur
les champs de batailles, il n’y a pas de meilleur
moyen d’éviter les malentendus entre les peuples,
que de les aider à se connaître bien les uns les
autres. C’est ainsi qu’un Institut comme le nôtre
reprend, pour sa petite part, le rôle pacificateur des
grandes Universités du Moyen-âge, où se pres­
saient ensemble étudiants et professeurs de toutes
les nations. Que les grands corps politiques, comme
ceux que vous représentez si dignement, Messieurs,
veuillent bien continuer à nous aider dans cette
tache, et nous considérer en cela comme leurs
modestes collaborateurs.
Après 1ui, prennent successivement la parole le préfet
etM. Bellan. L’orchestre joue la Marche Royale, et cette
manifestation de sympathie franco-italienne prend fin
à 10 heures du soir.

�12

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE FRANCO-ITALIENNE
(Août-Décembre 1910).

Ouvrages français sur des sujets italiens.
Beccaria (Ces.). — Scritti e lettere inediti, raccolti ed
illustrati dal prof. Eugenio Landry. Milano, U. Hoepli
(tip. F. Manini-Wiget, di R. Romitelli e C.), 1910,
8°, p. 319. L. 5,50.
Benoit XII. — Lettres de Benoit XII. (1334-1342). Texte
et analyses publiés par le doct. Alphonse Fierens.
Rome, M. Bretschneider (tip. della Pace, E. Cug­
giani), 1910, 8°, p. cxxij-588. L. 10.
Berthier fr. (J. J.). — L’église de sainte Sabine à Rome.
Rome, impr. Roma, 1910, 8°, fig.,
550, con tavola.
Brom (Gisdert). — Guide aux archives du Vatican. Se­
conde édition revue et augmentée. Rome, Loescher
&amp; C. W. Regenberg (tip. « Roma »), 1911, 8°, p. xij-104.
L. 4.
Dejob (Charles). — Veux projets de loi sur l'instruction
primaire en Italie. Paris, libr. Ch. Delagrave, 1910,
8°, p. 11. Extrait de la Revue pédagogique, nouvelle
série (Dall’autore in Parigi).
Frank (J. F.). — Courte description de Bologne, dédiée
aux hôtes de l’hôtel Brun. Bologne, Stab. poligrafico
Emiliano, 1910, 16", fig., p. 36.
Guide illustré du musée national de Naples. Approuvé
par le Ministère de l’Instruction Publique. Naples,
Richter &amp; C. (s. tip.), 1910, 16°, fig., p. 224, con
tavola.
Lac (le) Majeur et les vallées avoisinantes: guide il­
lustré, publication faite sous la direction du prof.
A. D. Luino, F. Rio (Turin, G. Mono), 1910, 16°, fig.,
p. iiij-117. L. 2.
MatHiez (A.). — Rome et le Clergé français sous la Con­
stituante. Colin. Paris.
Maynial (E.). — Casanova et son temps. (libr. du Mercure
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Milan. — Les environs et les lacs de Côme, Majeur et de
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trentacinque tavole.
Natoli (Louis). — Guide de Palerme et de ses environs.
Troisième édition. Palerme, A. Reder (Virzi), 1910,
16°, fig., p. 88, con dieci tavole. L. 1,25.
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dans la Florence du XIIIème siècle. (L’arte di Calimala).
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in Parigi).
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sous Henri II. (Rev. Hist. janv. fév. 1911).
Rovere (Ant. della). — Palais ducal à Venise. Venise,
impr. M. Norsa, 1910, 16°, p. 36. Cent 50.
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Viola (Joseph). — Le Colisée et les combats des gladia­
teurs. Notices historiques, archéologiques, rédigées
pour l’occasion des fêtes de l’exposition internatio­
nale de Rome de l’an 1911. Rome, impr. Forzani &amp;
C., 1911, 16°, p. 69, con sei tavole. L. 2.

Ouvrages italiens sur sujets français.
Anna. (Lu. de). — Il verbo francese e la sua teoria dal
XII° al XIX° secolo. Studio critico, storico, filologico.
Vol. III. (La coniugazione morta). Roma-Milano,

soc. ed. Dante Alighieri, di Albrighi, Segati e C.
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langue française, avec des exercices de nomenclature
à l’usage des écoles secondaires d’Italie.ère
I
et IIème
année de français. Pignerol, impr. Chiantore-Masca­
relli, 1910, 8°, p. 188. L. 1,60.
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des écoles secondaires d’Italie. Torino, G. B. Paravia
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(Valle Domenico, il padre Pietro di Monod della Com­
pagnia di Gesù, consigliere di Stato e istoriografo
della casa di Savoia, e le sue relazioni col cardinale
Richelieu), con appendice e documenti in editi. Cfr.
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Brovarone (Ang.). — Remarques de phonétique fran­
çaise. Casale, tip. già fratelli Torelli, 1910, 16°, p. 33.
Calleri (Francesca). — Les idées religieuses de Manzoni
et de Lamennais. Torino, tip. G. B. Paravia e C., 1910,
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Cavalli (Lelia). — Noms de genre différent en français
et en italien. Alessandria, A. Colombo, 1910, 8°, p. 72.
Cecchi (Ed.). — Guida pratica per lo studio dei verbi
della lingua francese, ad uso delle scuole secondarie.
Torino, fratelli Fiandesio e C. (eredi Botta), 1910, 8°,
p. 100. L. 1,25.
Cours (Nouveau) de lectures françaises, choisies et gra­
duées à l’usage des écoles d’Italie par le prof. P.
Petrini. Deuxième cours. Dixième édition, revue et
augmentée. Milan-Rome-Naples, soc. éd. Dante Ali­
ghieri, de Albrighi, Segati e C. (Roma, M. T. Tor­
ricce), 1911, 16°, p. 157. L. 1.
Daccini prof. (Mario). — Grammatica Francese inse­
gnata col metodo orale, ad uso delle scuole medie
inferiori. Città di Castello, casa ed. S. Lapi, 1911,
16°, p. xiij-227. L. 2.
Dogliani prof. (Justin). — Principes de prononciation
et de lecture à l’usage des enfants. Troisième édition.
Turin, libr. G. B. Petrini, di G. Gallizio (V. Bona),
1911, 16°, p. 74. Cent. 60.
Fresia (Emma). — Nuovo corso teorico-pratico di lingua
francese, ad uso delle scuole d’Italia. Terza edizione
riveduta, corretta e completata dalla sintassi. To­
rino, G. B. Paravia e C., 1910, 16°, p. 444. L. 3.
Gabbrielli prof. (Carolina). — Petit manuel de nomen­
clature et de correspondance commerciale, à l’usage des
écoles d’Italie. Firenze, tip. E. Ariani, 1910, 16°, p. 79.
Ghiotti (Candido). — Compendio della grammatica ra­
gionata della lingua Francese. Lezioni ad uso delle
scuole tecniche, dei ginnasi e delle scuole comple­
mentari, con numerosi esercizi pratici, e coll’aggiunta
di un saggio di fraseologia, di gallicismi e di pro­
verbi. Ventunesima edizione aumentata nella teoria
e nella parte pratica. Torino, casa ed. G. B. Petrini,
di Gallizio (V. Bona), 1910. 8°, p. iiij-280. L. 1,80.
Ghiotti (C.) et Dogliani (J.). — Recueil d’exercices et de
thèmes pour servir d’application aux règles de grammaire
et de syntaxe. Treizième édition. Torino, casa ed. G.
B. Petrini, di G. Gallizio (V. Bona), 1910, 8°, p. xvj288. L. 2.
Ghiotti (C.) e Dogliani (G.). — Nuova serie di eser­
cizi e di temi per applicazioni delle regole della gram­
matica francese. Torino, casa ed. G. B. Petrini, di
G. Gallizio (V. Bona), 1911, 8°, p. 318. L. 2.
Gualtieri prof. (Vit. G.). — Tesoretto di grammatica
intuitiva della lingua francese e di scelte prose e poesie,

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

intercalate alle lezioni, per esercizio di analisi, di
retroversione e di memoria. Parte II. (Résumés de
lexicologie, linee di sintassi), per il terzo anno di
studio nelle scuole tecniche, ginnasiali, complemen­
tari e commerciali. Palermo, R. Sandron, 1910, 16°,
p. 136. L. 1,50.
Jaccod prof. (Thérèse). — Les femmes chez Molière
étudiées dans la pièce : Les femmes savantes. Torino,
tip. Subalpina, 1910, 8°, p. 103.
Lagokio (Giulio). — Fiore di letterature francesi. Rac­
conti, lettere, poesie, ecc. Parte I : metodo oggettivo,
diretto e razionale. Ventiduesima edizione. Torino,
eredi Botta, 1910, 8°, fig., p. (4) 163. L. 1,50.
Lectures françaises, à l’usage des écoles secondaires
d’Italie, recueillies par Fausto Favero. Casal, So­
ciété typ., 1910, 8°, p. 432. L. 4.
Letture francesi per le scuole medie d’Italia, a cura
dei proff. Pietro Toldo e Léon Guichard. Terza
edizione, ristampa. Torino, casa ed. Loescher (V. Bo­
na), 1910, 8°, p. 370. L. 2,80.
Lostia (Gius. di Santa Sofia). — Una lettera inedita
di Luigi Filippo, re dei Francesi, a Carlo Felice, re
di Sardegna. Recensioni storiche. Arezzo, tip. B. Pichi, 1910, 8°, p. 38.
Mancini prof. (Raff.). — Nuovo corso teorico-pratico di
lingua francese, per uso delle scuole secondarie di
Italia. Parte I. (Fonologia e grammatica elementare),
primo corso di scuola tecnica e terza classe ginna­
siale. Milano, C. Signorelli (s. tip.), 1910, 16°, p. 221.
L. 1.50.
Mosaïque littéraire. Livre de lecture à l’usage des éco­
les secondaires d’Italie, avec notes biographiques
littéraires, historiques, etc., par G. Ghiotti et J. Do­
gliani. Quinzième édition, augmentée de nouvelles
lecture sur le commerce et sur l’industrie Torino,
casa ed. G. B. Petrini, di G. Gallizio (V. Bona), 1911,
8°, fig., p. viij-216. L. 1,80.
Muzio Lavaggi (Lina). — L’Animation de l’inanimé
chez quelques auteurs du XIXe siècle. Casalmonferrato,
impr. G. Pane, 1910, 8°, p. 56.
Pizzetti (Lena). — Lettera aperta ai critici italiani di
Chantecler. Pisa, stab. tip. Toscano, 1910, 8°, p. 13.
PoNS prof. (Amilda A.). — Les cahiers de Gabrielle.
Lectures graduées à l’usage des écoles secondaires
d’Italie. Quatrième édition, entièrement refondue et
augmentée. Turin, S. Lattes &amp; C. (V. Bona), 1911,
16°, p. x-274. L. 2.
Pozzi (Beatrice). — Lezioni di lingua francese, ad uso
delle scuole tecniche, professionali, commerciali,
serali e festive. Seconda edizione accuratamente ri­
veduta e corretta con numerose aggiunte. Torino,
G. B. Paravia e C. (Roma, tip. Operaia Romana
coop.), 1909, 8°, p. 109. L. 1,20.
Quadro tascabile per la pronunzia della lingua francese.
Genova, A. Fassicomo (Rocca S. Casciano Cappelli),
1910, 16°, p. 14.
Roda. — Letture amene ed istruttive in lingua francese,
ad uso delle scuole secondarie italiane, raccolte dal
prof. Giovanni Roda. Catania N. Giannotta, 1910,
16°, p. vij-320. L. 1,80.
Semprini (Fernande). — De l’opportunité de l’étude de
l’italien à l’etranger, avec quelques remarques sur la
réforme de l’ortographie française. Bologne, impr. P.
Cuppini, 1910, 8°, p. 27.
Tesi di lingua francese per la IIIa, IVa, Va classe ginna­
siale. Rocca S. Casciano, L. Cappelli, 1910, 16°, p. 110.
Cent. 80.
Tesi di lingua francese per la Ia, IIa, IIIa classe tecnica.
Rocca S. Casciano, L. Cappelli, 1910, 16°, p. 110.
Cent. 80.

13

Tesi di lingua francese per la Ia, IIa, IIIa classe comple­
mentare. Rocca S. Casciano, L. Cappelli, 1910, 16°,
p. 110. Cent. 80.
Toldo (Pietro). — L’œuvre de Molière et sa fortune
en Italie. Turin. E. Loescher (V. Bona), 1910, 8°.
p. 578. L. 12.
Zappulla (Mary). — Coup d’œil sur l’état actuel de la
poésie française et l’influence de Paul Verlaine. Paler­
mo, tip. A. Amoroso, 1910, 8°, p. 290.
Zappulla (Mary). — De l’influence de la syntaxe ita­
lienne sur la syntaxe française. Palermo, tip. fratelli
Vena, 1910, 8°, p. 23.

Traductions du français en italien
(Théodicée, Philosophie, Histoire).
Compayré (Gabriele). — Pedagogia teorica e pratica.
Proemio, traduzione ed aggiunte del prof. Angelo Val­
darnini. Quinta edizione italiana, sulla ventesima
edizione francese, ad uso delle scuole normali, degli
istituti femminili, dei maestri, direttori ed ispettori
scolastici. Torino, G. B. Parayia e C., 1910, 16°,
p. xj-395. L. 3,50.
Compayré (Gabriele). — Lo svolgimento intellettuale e
morale del bambino. Prima versione italiana autoriz­
zata, con un proemio del prof. Angelo Valdarnini.
Seconda edizione. Torino G. B. Paravia e C., 1910,
16°, p. xviiij-456. L. 4.
LoiSY prof. (Alfr.). — La religione d’Israele. Unica ver­
sione italiana autorizzata, con apposite modificazioni
fatte dall’autore sull’originale. Piacenza, soc. ed. Pon­
tremolese (Rocca S. Casciano, L. Cappelli), 1910, 16°,
p. 324. L. 5.

Traductions du français en italien.
(Littérature).
Balzac (Onorato di). — Aforismi sull’Amore e sul Ma­
trimonio, e statistica coniugale. Traduzione di Tullio
Ponteo. Milano, Sesto S. Giovanni, soc. ed. Milanese,
1910, 16°, p. 64. Cent. 25.
Balzac (Onorato di). — La fata delle perle. Napoli.
soc. ed. Partenopea (G. Canone), 1910, 16°, p. 126.
L. 2.
Balzac (Onorato de). — Giovanna la pallida. Romanzo.
Traduzione di Elio Jona. Milano, fratelli Treves,
1910, 16°, p. 326. L. 1.
Balzac (Onorato dE). — L’ultima incarnazione di Vau­
trin. Un principe della bohème. Un agente d’affari.
Gaudissart II. Traduzione di Galeazzo Falconi. Mi­
lano, fratelli Treves, 1910, 16°, p. 302. L. 1.
Chateaubriand (F. R.). — Viaggio in Italia (1803-1804).
Aggiuntevi pagine dai Martiri e dalle Memorie d’ol­
tretomba. Traduzione e prefazione, e note di Gio­
vanni Rabizzani. Lanciano, R. Carabba, 1910, 16°p. 142. L. 1.
Courier (P.-L.). — Lettere dall’Italia (1799-1812). Ag­
giuntavi la polemica per la macchia d’inchiostro sul
codice Laurenziano, con un fac-simile della macchia.
Traduzione e prefazione e note di Giovanni Rabiz­
zani. Lanciano, R. Carabba, 1910, 16°, p. 144. L. 1.
Dumas Alesa. (figlio). — La principessa Giorgio. Dramma.
Milano, Sesto S. Giovanni, soc. ed. Milanese, 1910,
16°, p. 91. Cent. 25.
Gautier (Teofilo). — Il capitano Fracassa. Milano, so­
cietà ed. Sonzogno, 1910, 4°, fig., p. 237.
Gautier (Teofilo). — Il capitano Fracassa. Nuova tra­
duzione della prolissa Erminia Barzocchi. Milano,
Sesto S. Giovanni, soc. ed. Milanese, 1910, 8°, fig.,
p. 374. L. 5.
Gebhart (Em.). — L’Italia mistica. Storia del rina­
scimento religioso nel medioevo. Traduzione di Ar­

�14

BULLETIN FRANCO-ITALIEN

mando Perotti. Bari, G. Laterza e figli, 1910, 8°,
p. 249. L. 4.
Giullare (Il), di Nostra Signora. Leggenda medioe­
vale francese, tradotta in italiano da Rosamond
Eustis coll’aiuto di O. Bicchierai. Venezia, tip. Sor­
tini e Vidotti, 1910, 16°, p. 39.
Hervibu (Pa.). — Flirt. Romanzo tradotto da G. Pa­
gani. Palermo, R. Sandron, 1910, 16°, p. 327. L. 2.
Houville (Gherardo d’). — Il tempo d’amare. Ro­
manzo. Versione italiana autorizzata. Firenze, A. Sa­
lani, 1910, 16°, p. 301.
Hugo (Victor). — Ascensione nelle tenebre (Dio). Poema
tradotto in versi italiani da Paolo E. Giudici. I.
Firenze, la « Rinascita del libro », casa ed. italiana
di A. Quattrini (tip. del Nuovo Giornale), 1910, 16°,
p. 62. Cent. 30.
Hugo (Victor). — Il mistero eterno (Dio). Poema tra­
dotto in versi italiani da Paolo E. Giudici. II. Fi­
renze, la « Rinascita del libro », casa ed. italiana
(tip. del Nuovo Giornale), 1910, 16°, p. 96. Cent. 30.
Hugo (Victor). — Sedan e Waterloo. Versione italiana,
con uno studio su V. Hugo di G. Carducci. Napoli,
società ed. Partenopea (G. Canone), 1910, 16°, p. 172.
L. 2.
Loti (Pierre). — Fantasma d’Oriente. Romanzo, tradotto
da Angiolina Tincani. Palermo, R. Sandron, 1910, 16°,
p. 227. L. 1,50.
Maeterlinck (Maurice). — Dodici canzoni illustrate da
Charle Doudelet. Traduzione poetica di Emma C. Ca­
gli. Bergamo, Istituto italiano d’Arti Grafiche, 1910,
8°, obl., p. (28) con 12 tavole.
Manetty (P.). — Il delitto di 40 milioni. Romanzo.
Milano, soc. tip. ed. Pliniana, 1910,16°, fig.,p. 375. L. 3.
Maupassant (Guy de). La Vita errante. Traduzione di
A. Mangano Querci. Palermo, R. Sandron, 1910, 16°.
p. 285. L. 2.
MiRbeau (Ottavio). — Sebastiano Roch. Romanzo, tra­
dotto da. E. Rossi. Palermo, R. Sandron (fratelli
Vena), 1910, 16°, p. 336. L. 2.
PrEvost (Marcello). — Pietro e Teresa. Romanzo. Tra­
duzione (unica autorizzata) di Elena Vecchi. Milano,
fratelli Treves, 1910, 16°, p. 298. L. 2.
Sardou (Vittoriano). — Zampe di mosca. Commedia in
tre atti. Traduzione di Teobaldo Cecconi. Milano,
P. Cesati (s. tip.), 1910, 16°, p. 72. Cent. 35.
Rodenbach (Gior.), — Armonie di Campane (Le caril­
lonneur). Traduzione di A. Mangano Querci. Palermo,
L. Sandron, 1910, 16°, p. 341. L. 2.
Simon dott. (N.). —- Viaggio umoristico attraverso i dogmi
e le religioni. Prima traduzione italiana. Roma, L. Mon­
gini (F. Centenari), 1910, 16°, p. viij-163. Cent. 50.

Traductions de l’italien en français.
Carducci (G.). — Pour la mort de Joseph Garibaldi.
Discours prononcé le 4 Juin 1882 au théâtre Brunetti
à Bologne. Traduction et notes explicatives de Bal­
duina Nassi. Pise, impr. F. Mariotti, 1910, 16°, p. 46.
Jarro. — Une favorite di V. Emmanuel II.° (Adapté par
Mme J. Carière). Jouves. Paris.
Lombroso (C.). — Hypnotisme et spiritisme (bibl. de
philos. scientifique). L. 2,50.

Pièces françaises jouées sur les théâtres italiens
du mois d’août au mois de novembre 1911.
Le Marchand de Bonheur (Il mercante di felicità), 3 actes
par Henri Kistemaekers, à Milan (Olimpia) : Troupe
Talli, 4 août.
Les transatlantiques (I transatlantici), comédie en 4
actes par Abel Hermant, à Milan (Olimpia): Troupe
Talli, 11 août.

Les pigeonnes (Le colombine), comédie en 3 actes par
Gandillot et De Bell, jouée pour la première fois à
Bologne (Arena del Sole) par la troupe Severi-Zoncada, le 22 août.
Les bleus de l’amour (I coscritti dell’amore) comédie en
3 actes par Romain Coolus in Milano (Olimpia),
Troupe Talli : 24 août.
L’amour aux manoeuvres (L’amore alle manovre), comé­
die en 3 actes par Gavault et Mouezy-Eon (même
théâtre, même troupe), 30 août.
Histoire d’amour, pièce en 4 actes par A. Larivière, à
Bologne (Arena del Sole) : Troupe A. De Sanctis, le
15 septembre.
La. lépreuse (La lebbrosa), poème dramatique en 3 ac­
tes par Henri Bataille, à Turin (Théâtre Carignano) :
par la Troupe de Mlle Emma Gramatica, 11 oc­
tobre.
Aux yeux du monde, pièce en 3 actes par E. Lyon, à
Milan (Th. Olimpia): par la Troupe Talli, le 16 oc­
tobre.
La boniche, comédie, par Moreau et Sonai, à Rome
(Th. Valle) : Troupe Galli-Guasti, octobre.
Le goût du vice (II gusto del vizio), comédie en 4 ac­
tes par Henri Lavedan, à Come (Théâtre Apollo), par
la Troupe Ruggero Ruggeri, le 28 octobre.
L’irrésistible, comédie en 3 actes par Maurice Henne­
quin et Georges Mitchell, à Milan (Th. Olimpia), par
la Troupe Galli-Guasti, le 13 novembre.
Madame l’amirale (L’ammiraglia), comédie en 3 ac­
tes par Antony Mars, à Milan (Th. Olimpia), par la
Troupe Galli-Guasti, le 22 novembre.
La Vieille (La Vecchia), pièce en 1 acte par Henri Fran­
çois, à Venise (Th. Goldoni), par la Troupe du « GrandGuignol » italien, dirigée par Alfred Sainati, au mois
de novembre.
Un petit trou pas cher (Un buchetta a buon mercato),
comédie en 1 acte par Y. Mirande et C. Coen, à Ve­
nise (Goldoni) : même troupe, novembre.

PETITE BIBLIOGRAPHIE
À L’USAGE DES ITALIANISANTS
Guides et géographie.
Igiea. — Guide de Palerme. Palermo, V. Lo Cascio
(tip. Impresa generale d’affissioni e pubblicità), 1910,
8°, fig., p. 88, con tre tavole.
Olschki (Leo S.). — Manuscrit sur vélin, avec minia­
tures du Xe. au XVI.° siècle soigneusement décrits
et mis en vente. Florence, L. S. Olschki (imp. Giun­
tina), 1910, 4°, fig., p. 90, con diciotto fac-simili e
19 tavole.
Salomone (Seb.). — Guida di Catania 1910. Nuova
edizione riveduta ed ampliata notevolmente. Ca­
tania, tip. ed. diretta da A. Siracusa, 1910, 16°, fig.,
p. 344. L. 3.
Supino (I. B.). — La scultura in Bologna nel secolo XV.
Ricerche e studi. Bologna, N. Zanichelli (A. Cacciari),
1910, 8°, p. 222, con 31 tav.

Histoire et histoire littéraire.
Croce (Ben.) — Saggi sulla letteratura italiana del sei­
cento. Bari, G. Laterza e figli (Trani, ditta Vecchi
e C.), 1911, 8°, p. xxiij-444.
GauthiEz (Pierre). — Lectura Dantis. Le chant XX du
Purgatoire. Conférence prononcée à Orsanmichele de
Florence, pour la société Dantesque Italienne le 18
Mars 1909. Firenze, G. C. Sansoni (G. Carnesecchi e
figli) 1910 8°, p. 43. L. 1.

�15

bulletin franco-italien.

Miscellanea di storia italiana. Terza serie, tomo XIV-XLV
della raccolta (r. Deputazione sopra gli studi di sto­
ria patria per le antiche provinole e la Lombardia).
Torino, fratelli Bocca (G. B. Paravia e C.), 1910, 8°,
p. ixx-366.
Ricci (Corrado). — Lectura Dantis. Gli ultimi anni di
Dante. Conferenza letta nella sala di Dante in Or­
sanmichele, con appendice su Dante allo studio di
Bologna. Firenze, G. C. Sansoni (G. Carnesecchi e
figli), 1910, 8°, p. 62. L. 1.
Salvemini (G.). — La formazione del pensiero mazzi­
niano. Firenze, stab. tip. Aldino, 1910, 16°, p. 61.
Sorel (Gior.). — Le illusioni del progresso a cura e con
prefazione di Agostino Lanzillo, con appendice del­
l’autore. Palermo, R. Sandron, 1910, 16°, p. 312.
L. 3,50.

Auteurs contemporains.
Annunzio (Gabriele d’). — Primo vere. Versi. MilanoSesto S. Giovanni, soc. ed. Milanese, 1910, 16°, p. 36.
Cent. 25.
Barzini (Lu.). — La metà del mondo vista da un’auto­
mobile. Da Pechino a Parigi in sessanta giorni. Terza
edizione, con introduzione del principe Scipione Bor­
ghese. Milano, U. Hoepli (Tecnografica), 1910, 8°,
fig., p. xxviiij-523, con ritratto e quattordici tavole.
L. 7,50.
Bracco (Rob.). — Teatro. Vol. VII. Palermo, R. San­
dron, 1910, 16°, p. 306. L. 4.
Deledda (Grazia). — Anime oneste. Romanzo fami­
gliare. Nuova edizione con una lettera di R. Bonghi.
Milano, fratelli Treves, 1910, 24°, p. xj-272. L. 3.
Deledda (Grazia). — II nostro padrone. Romanzo. Mi­
lano, fratelli Treves, 1910, 16°, p. 386. L. 4.
Fava (Onorato). — Storie d’ogni giorno. Pagina della
vita. Seconda impressione. Firenze, succ. Le Monnier
(soc. tip. Fiorentina), 1910, 16°, p. 271. L. 2.
Graf (Arturo). — I naviganti. (Dai poemetti, edizione
Treves, Milano). Bologna, regia tip., 1910, 8°, p. 7.
Neera. — La vecchia casa. Romanzo. Milano, fratelli
Treves, 1910, 24°, p. vij-242. L. 3.
Novelli (Aug.). — L’acqua cheta... Commedia fioren­
tina in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coo­
perativa), 1910, 8°, fig., p. 88. L. 1,50.
Novelli (Aug.). — L’amore sui tetti. Commedia allegra
in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coopera­
tiva), 1910, 8°, fig., p. 56. Cent. 60.
Novelli (Aug.). — L’Ascensione. Commedia fiorentina
in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coopera­
tiva), 1910, 8°, fig., p. 80. L. 1.
Novelli (Aug.). — Un campagnolo ai bagni. Commedia
in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coopera­
tiva), 1910, 8°, fig., p. 51. Cent. 60.
Novelli (Aug.). — Casa mia casa mia... Commedia fio­
rentina in tre atti. Segue Acqua potabile. Monologo.
Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Cooperativa), 1910,
8°, p. 80. L. 1.
Novelli (Aug.). — Deputato per forza. Commedia al­
legra in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coo­
perativa), 1910, 8°, fig., p. 64. Cent. 60.
Novelli (Aug.). — Invitato a pranzo. Commedia alle­
gra in un atto. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Coo­
perativa), 1910, 8°, p. 14. Cent. 50.
Novelli (Aug.). — Linea Viareggio-Pisa-Roma. Com­
media allegra in tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini
(tip. Cooperativa), 1910, 8°, fig., p. 60. Cent. 60.
Novelli (Aug.). — I Mantegna. Dramma in cinque
atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Cooperativa),
1910, 8", fig., p. 78. Cent. 60.

Novelli (Aug.). — Il morticino. Scene popolari fio­
rentine in un atto. Firenze, casa editrice Nerbini
(tip. Cooperativa), 1910, 8°, fig., p. 40. Cent. .50.
Novelli (Aug.). — Per il codice. Dramma in due atti.
Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Cooperativa), 1910, 8°,
fig., p. 34. Cent. 60.
Novelli (Aug.). — Purgatorio, Inferno e Paradiso.
Scene popolari fiorentine in due atti. Firenze, casa
ed. Nerbini (tip. Cooperativa), 1910, 8°, fig., p. 62.
Cent. 60.
Novelli (Aug.). — Teatro. Fase. 18-45 (fine del vol. I
e principio del vol. II). Firenze, casa ed. Nerbini
(tip. Cooperativa), 1909-1910. 8°, fig., p. 273-384, 1-336.
Cent. 20 il fascicolo.
Novelli (Aug.). — Teatro. Fase. 46-50 (fine del vol. II).
Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Cooperativa), 1910,
8°, fig., p. 337-382, 337-515. Cent. 20 il fascicolo.
Novelli (Aug.). — La vergine del Lippi. Bozzetto sto­
rico in un prologo e un atto. Firenze, casa ed, Ner­
bini (tip. Cooperativa), 1910, 8°, fig., p. 25. Cent. 60.
Novelli (Enr.) (Yambo). — Papà Gennaro. Dramma in
tre atti. Firenze, casa ed. Nerbini (tip. Cooperativa),
1910, 8°, fig., p. 62. Cent. 90.
Pascoli (Giov.). — Poemi conviviali. Ristampa della
seconda edizione. Bologna, N. Zanichelli (stab. Poli­
grafico Emiliano), 1910, 8°, p. xvj-221. L. 4.
SeRao (Matilde). — Pagina Azzurra. Vol. II. Firenze,
la « Rinascita del libro », casa ed. italiana di An­
tonio Quattrini (G. Civelli), 1910, 16°, p. 84. Cent. 30.
SeRao (Matilde). — Pagina Azzurra, Vol. III. Com­
media borghese. Firenze, la « Rinascita del libro »,
casa ed. italiana di A. Quattrini (G. Civelli), 1910,
16°, p. 65. Cent. 30.
SeRao (Matilde). — Sterminator Vesevo. Diario dell’eru­
zione, aprile 1906. Napoli, F. Perrella (A. Trani), 1910,
16°, p. 213, con 12 tavole. L. 3.
SeRao (Matilde). — Il paese di cuccagna, Romanzo na­
poletano. Napoli, F. Perrella (A. Traili), 1910, 16°,
p. 479. L. 4.
SeRao (Matilde). — Piccole Anime. Racconti. Firenze,
la « Rinascita del libro », casa ed. italiana di An­
tonio Quattrini (stab. G. Civelli), 1910, 16°, p. 100.
Cent. 30.
Tettoni (Emma). — Anime buone. Racconto. Firenze,
succ. Le Monnier (G. Spinelli e C.), 1910, 16°, fig.,
p. 252. L. 2.

Auteurs classiques.
Alighieri (Dante). — La Divina Commedia, commen­
tata da G. A. Scartazzini. Sesta edizione riveduta e
corretta da G. Vandelli, col rimario perfezionato di
L. Polacco, e indice dei nomi propri e di cose nota­
bili. Milano, U. Hoepli (Firenze, S. Laudi), 1911, 16°,
p. xxxij-1047, 124. L. 4,50.
Alighieri (Dante). — Le opere minori novamente an­
notate da G. L. Passerini. VI. (Le Epistole e la Di­
sputa intorno all’acqua e alla terra). Firenze, G. C.
Sansoni (Prato, tip. Giachetti figlio e C.), 1910, 24°,
p. xij-275. L. 1,20.
Boccaccio (Giovanni). — Il Decamerone illustrato da
Tito Lessi. Giornata terza. Firenze, fratelli Alinari
(S. Landi), 1910, 4°, fig., p. 163-237, con dieci tavole.
Buonarroti (Michelangelo). — Lettere, con prefazioni
di G. Papini (1496-1563). Lanciano, R. Carabba, 1910,
16°, 2 vol., (p. 158, 158). L. 2.
Carducci (Giosuè). — Il Ça-ira. Commento del prof.
Ferruccio Bernini. Terza edizione rifatta, col testo
riprodotto dalla prima stampa del Sommaruga. To­
rino, G. B. Paravia e C., 1910, 16°, p. 64. L. 1.

�16

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Carducci (Giosuè). — Canti lirici. Milano-Sesto San
Giovanni, società editrice Milanese, 1910, 16° p. 86
Cent. 25.
Carducci (Giosuè). — Da discorsi letterari e storici.
(Presso la tomba di F. Petrarca. Ai parentali di
G. Boccaccio, con note). Dalla edizione definitiva
approvata dall’autore. Bologna, N. Zanichelli (P.
Neri), 1910, 16°, p. 75. Cent. 35.
Carducci (Giosuè). — Inni Civili. Milano-Sesto San
Giovanni, società editrice Milanese, 1910, 16° p 95
Cent. 25.
Carducci (Giosuè). — Opere. Studi, saggi e discorsi.
Seconda edizione. Bologna, N. Zanichelli (stab. Po­
ligrafico Emiliano), 1911, 16°, p. 241. L. 4.
Cavallotti (Fel.). — Il cantico dei cantici. Scherzo
poetico in un atto, in versi Martelliani, con prefa­
zione dell’autore. Milano, C. Bardini (E. Reggiani)
1909. 16°, p. 69. L. 1,20.
Foscolo (Ugo). — Ultime lettere di Jacopo Ortis. Pre­
messe le considerazioni morali scritte nel 1817 da
Giovita Scalvini. Nona impressione. Firenze, suce
Le Monnier (soc. tip. Fiorentina), 1910, 16°, p. xxx154. L. 1.
Fiorentino (Giovanni). — Il Pecorone. Quindici no­
velle scelte, con prefazione di Giovanni Papini. Lan­
ciano, R. Carabba, 1910, 16°, p. 156.
Leopardi (Già.). — I canti, commentati da Alfredo
Straccali. Terza edizione corretta e accresciuta da

Oreste Antognoni. Firenze, G. C. Sansoni (G. Car­
nesecchi e figli), 1910, 16°, p. xiiij-324. L. 2,20.
Leopardi (Giac.). — Il libro delle prose. Scelta, ordi­
namento e note di Oreste Antognoni, con saggio di
scritti inediti e frequenti richiami ai primi abbozzi
dell’autore. Livorno, B. Giusti, 1910, 16°, p. xxj-330.
L. 2,40.
Machiavelli (Nic.). — Pensieri sugli uomini, scelti da
tutte le sue opere e ordinati da G. Papini. Lanciano,
B. Carabba, 1910, 16°, p. 125. L. 1.
Mazzini (Giuseppe). — Scritti letterari editi ed inediti.
Vol. III. Imola, Cooperativa tip. ed. P. Galeati, 1910,
8°, p. ivj-391, con ritratto.
Nievo (Ipp.). — Le confessioni di un ottuagenario. De­
cima impressione. Firenze, succ. Le Monnier (società
tip. Fiorentina), 1910, 16°, 2 vol., (p. xviij-408-596).
L. 3,50.
Parini (Gius.). — Le odi. Il « Giorno » ed altre poesie
minori annotate da Guido Mazzoni, col dialogo
« Della Nobiltà » in appendice. Sesta edizione. Fi­
renze, G. Barbèra (Alfani e Venturi). 1910, 16°, p. xv386. L. 2,50.
Poliziano (Agn.). — Le stanze. L’ « Orfeo » e le rime
secondo il testo di G. Carducci, con note di vari
commentatori e nuove, a cura di Alessandro Donati.
Roma-Milano, soc. ed. « Dante Alighieri » di Albrighi,
Segati e C. (mortasa-vigevano, A. Cortellezzi), 1910,
16°, p. viij-263. L. 2,50.

L'Éditeur-Gérant :

B. Crémieux.

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                    <text>Mars-Avril 1912.

Quatrième Année — N° 2.

BULLETIN
FRANCO- ITALIEN
Ancienne: Italie Classique et Moderne
RÉDACTION

A Florence : 2, place Manin

Escholiers, gentilshommes et pédants français en Italie
d'après le “ Francion „ de Charles Sorel
(Suite)
Une question se pose tout d’abord. Sorel
aurait-il fait un voyage en Italie avant 1624 ?
Aurait-il ainsi recueilli anecdotes et impres­
sions sur les lieux mêmes où se déroule la
seconde partie de son roman? Rien ne nous
permet de l’affirmer, car il s’est toujours
montré très sobre de renseignements positifs
sur sa vie, et aucun de ses biographes, de
Niceron1 à M. Emile Roy,2 ne nous éclaire
sur ce point. A part les détails sur son édu­
cation, nous ne savons à peu près rien de
précis sur sa première jeunesse. De 1616,
date de son premier ouvrage, l'Epithalame
sur le mariage de Louis XIII, à 1621, année
où nous le trouvons attaché à la personne
d’Adrien de Montluc, comte de Cramail, il
y a une lacune qu’on ne sait comment com­
bler. S’il alla au-delà des Alpes, ce ne put
être que vers cette époque, entre quinze et
vingt ans. C’était bien l’âge où nombre
d’escholiers, nous le verrons plus loin, se
rendaient en Italie pour achever leur édu­
cation. Peut-être, vers 1621, y a-t-il accom­
pagné son maître fort au courant des choses
d’outre-monts: cela n’est pas impossible, mais,
répétons-le, il n’y a là qu’une hypothèse que
ne suffit pas à confirmer le fait indéniable
que Francion est en plus d’un point l'alter
ego de Sorel. Ce qui est sûr, c’est qu’il a
été fort documenté sur le genre de vie des
Français qui séjournaient alors ou venaient
de séjourner en Italie, et que sa lecture con­
1 Niceron. Mémoires pour servir à l’hist. des hom­
mes illustres de la Républ, des Lettres. T. XXXI.
2 Emile Roy. La vie et les œuvres de Ch. Sorel.
Paris, 1891.

ADMINISTRATION

Pour la France : 11 bis - place du Quatre Septembre
Aix-en-Provence
Pour l’Italie: 2, place Manin, à Florence
sidérable de la production littéraire anté­
rieure à lui, lecture dont la Bibliothèque fran­
çaise nous est un témoignage, a ajouté encore
à sa documentation.
Les contemporains ont vu avec raison
dans les aventures héroï-comiques d’Horten­
sius une satire poussée jusqu’à la charge,
des faits et gestes de Balzac. Il est vrai que
Sorel s’en est défendu plus tard, prétendant
n’avoir voulu ridiculiser que les maladroits
imitateurs du grand épistolier de France,
mais le repentir était un peu tardif, et l’ar­
gument est monnaie courante chez les auteurs,
puisque Molière le reprendra à propos des
Précieuses, sans beaucoup plus de succès
d’ailleurs. Et puis, les imitateurs de Balzac
n’étaient pas à Rome, tandis que ce dernier
en 1621-1622 se trouve précisément dans la
cité des sept collines comme agent de Louis
de Nogaret, archevêque de Toulouse, plus
connu sous le nom de cardinal de La Va­
lette. C’est là qu’il compose ses premières
Lettres, dont le recueil va être favorablement
reçu à Paris en 1624, l’année même où
l’épopée burlesque d’Hortensius se développe
dans le Francion. Comme tout le monde,
Sorel avait lu ce recueil, où, à chaque pas,
se rencontraient comme sur les lèvres d’Hor­
tensius « de fort belles façons de parler et
qui étoient toutes nouvelles ». De là l’idée
qui parut excellente à cet attardé du XVIe
siècle, d’affubler de la défroque pédantesque
le prétentieux et solennel rhéteur qui n’avait
à la bouche que métaphores pompeuses et com­
paraisons tirées de l’antiquité. On pourrait
trouver facilement dans les discours d’Hor­
tensius la parodie des plus belles phrases
de Balzac. Il n’est pas jusqu’à la farce des
ambassadeurs polonais qui n’ait un sens
caché, dont M. Emile Roy1 nous donne la
clef : « Balzac avait écrit que la royauté de
l’éloquence en valait une autre : Sorel, le
1 Op. cit., p. 90.

�18

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

prenant au mot, le fit roi de Pologne ; le froid
rhéteur put haranguer les Scythes à son
aise ». Au fond, si Sorel a exagéré en faisant
de Balzac un cuistre crasseux, on ne peut
nier que bien des traits d’Hortensius ne lui
conviennent. Comme l’ancien régent du col­
lège de Lisieux, il est venu à Rome par am­
bition, espérant se pousser dans l’entourage
des cardinaux, et il regrettera toute sa vie
le « soleil de Rome » et « le pays natal de
la Rhétorique ».1 En attendant, en 1621 et
1622 il mène bien la vie d’un pédant. Nous
pouvons nous en convaincre par un grand
nombre de ses lettres, surtout par celles qui
sont postérieures à son séjour à Rome, et
où il ressasse sans cesse les souvenirs, avivés
par le regret du beau temps, de sa perma­
nence dans l’Urbe, alors qu’il fréquentait
« la cour des princes Barberins » où « toute
sorte de vertu » était « bienvenue ».2 Voulonsnous la description d’une petite réunion de
pédants? Reportons nous à une de ces lettressouvenirs. 3 Nous voici dans un salon romain,
probablement chez les Frangipani, une fa­
mille amie et alliée des Barberini. M. de
Frangipane qui « récitoit admirablement »,
déclame avec expression cette stance qui est
« la divine » :

Che giova posseder cittadi et regni
Et palagi habitar d’alto lavoro,
Et servi intorno haver d’imperio degni,
Et l’arche gravi per molto tesoro ;
Esser cantate da sublimi ingegni,
Di porpora vestir, mangiar in oro;
Et di bellezza pareggiar il sole
Giacendo poi nel letto fredde et sole !

Puis chacun commente. Les-uns admi­
rent et Balzac est de ceux-là; d’autres parmi
lesquels un « grammairien », autre pédant
probablement français, à en un juger par sa
comparaison empruntée au costume des con­
seillers au Parlement, discutent âprement
et marchandent leur admiration : « Comme
il n’y a point de Divinité qui ne trouve des
impies et des sacrilèges, j’ai veu un Gram­
mairien qui ne pouvoit souffrir que le Poète
eust donné des robes d’écarlate aux Reines
et aux Princesses, comme aux Cardinaux,
disoit-il, et aux Conseillers du Parlement. Il
disoit encore que le vers des coffres remplis,
n’est pas de la dignité des autres, et que
les deux mots de fredde et sole, qui finis­
sent la dernière stance, ne sont pas bien
en leur place, parce que c’est la solitude qui
cause le froid, et qui par conséquent le doit
1 Balzac. Lettres choisies du S.r de Balzac, à Leiden,
chez les Elseviers 1652. 1e part., liv. I, lett. VI, p. 10
à Mr La Nauve, 4 Juin 1641.
2 Id. 2e part., Liv. III, Let. III, p. 341 à Jean
Frédéric Gronovius, du 1er oct. 1640.
3 Id. 2e part., Liv. III, Let. XXXVIII, pp. 406-407
à M Girard, du 3 Janvier 1640.

précéder ». Il n’est pas sûr que ce « gram­
mairien » mystérieux ne fût très proche pa­
rent de Jean Louis Guez.
Voilà bien, dans cette lettre, Balzac
pédant, avec en plus un élément de précio­
sité, que Sorel n’a pas encore aperçu. Il n’en
reste pas moins un pédant.
En outre, dans le roman, Hortensius
semble bien vivre un peu aux crochets de
ses compagnons. Qui pourrait affirmer que
Sorel, dans le Francion n’a pas voulu se
faire l’écho de certains bruits malveillants
mis en circulation par ce mauvais sujet de
Théophile? Celui-ci avait fait en compagnie
de Balzac, vers 1617, un voyage en Hollande:
il en était revenu brouillé à mort avec son
compagnon de route, prétendant vaguement
que celui-ci n’avait pas les mains très nettes.
Et Balzac avait gardé, en cette circonstance,
le silence prudent qui devait dans la suite
immortaliser son ami Conrart.
C’est là tout ce que la réalité immédiate
et d’actualité avait fourni à Sorel, en ce qui
concerne Hortensius-Balzac. Il sut en tirer
profit, mais voulant faire de son héros un
héros « éponyme », il le chargea de tous les
traits qu’il put prendre de côté et d’autre,
et en fit le symbole du pédant français in­
stallé à Rome. Pendant tout le XVIe siècle,
les « latiniseurs » avaient afflué en Italie, et
spécialement à Rome, attirés par la manne
cardinalice. Quelques-uns y avaient eu une
fortune ou des aventures retentissantes ;
d’autres y avaient vécu tant bien que mal,
enseignant la rhétorique et les « conciones »,
ou servant de secrétaires à des princes ou à
des cardinaux. A ne prendre que les plus
illustres parmi ceux qui étaient morts moins
d’un demi-siècle avant l’apparition du Fran­
cion, Rome avait abrité entre autres : Loys
Le Roy, Nicolas Le Breton, Guillaume Postel,
Papire Masson, Marc-Antoine Muret. Presque
tous tournaient leur nom en un beau nom
latin en us : Regius, Postellius, Papirius
Massonus, Marcus Antonius Muretus, pour
la raison indiquée par Francion au livre III ;
et le dernier y ajoutait même non sans or­
gueil le titre de civis romanus que lui avait
octroyé Grégoire XIII.
Loys Le Roy dont Joachim Du Bellay
semble dans les Regrets 1 avoir fait le pro­
totype du pédant avec toutes ses tares et
tous ses vices, avait parcouru l’Italie à la
recherche de manuscrits, et il n’est peutêtre pas téméraire de penser que tel sonnet, 2
où, à son propos sans doute, le même Du
Bellay établit un parallèle entre un roi et
un pédant, a pu contribuer, en même temps
1 Cfr. Regrets. Ed. Chamard (Société des textes
français modernes) Sonnets LXV-LXX; et H. Becker,
Loys le Roy, 1896.
2 Regrets. Sonn. LXVI.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

que la fameuse phrase de Balzac sur l’élo­
quence, à faire germer dans l’esprit de Sorel
l’idée de la royauté d’Hortensius. Nicolas
Breton ou Le Breton1 était également un
type de pédant original : Sorel avait pu en
entendre parler, car Le Breton avait fini ses
jours honoré successivement de la double
hermine de chanoine de Notre Dame et de
conseiller au Parlement. Or le père de Sorel,
conseiller lui-même au Parlement, avait dû
recueillir au Palais les échos de la renommée
de ce gai compère, bon vivant, ayant tou­
jours le mot pour rire. Savant, fort savant
même, pouvant écrire également bien en fran­
çais, en italien, en latin et en grec, il avait
été le seul, pendant son séjour à Borne à
dérider non pas un « stoïque » comme faisait
Francion, mais le mélancolique Joachim.2
C’est encore un des caractères d’Hortensius
que nous avons vu ne pas dédaigner la plai­
santerie et le calembour. Comme lui aussi,
ce Le Breton était dénué de scrupule, puis­
que, après avoir fait rire Du Bellay, il avait
su trouver le moyen de vivre à ses trousses,
en copiant secrètement ses poésies et en les
vendant aux gentilshommes français qui se
trouvaient à Rome. 3 Quant à Guillaume
Postel,4 esprit bizarre et confus, visionnaire
doublé d’un véritable savant, ses aventures
avaient défrayé la chronique du temps. Qui
sait si dans les vues étranges qu’Hortensius
expose dans ses plans de romans, et dans
les projets de réforme qu’il caresse pour son
éphémère royaume de Pologne, il n’y a pas
une satire des conceptions de ce pauvre
Postel? Lui aussi était venu à Rome parce
que ce territoire des bonnes lettres et ce
centre du monde était plus favorable à la
propagande et à la diffusion de ses vastes
projets. Comme Hortensius, il s’en était ou­
vert à des personnages d’importance, à des
cardinaux : il les avait même exposés à Ignace
de Loyola qui l’avait renvoyé, voyant de
quoi il retournait. Repoussé et tourné en
dérision comme Hortensius, il ne se décou­
rage pas, poursuivant toujours son rêve de
monarchie mondiale des rois de France et de
christianisme universel grâce à sa traduction
des livres saints en arabe. H ne rencontre
pas un trône sous ses pas, comme Hortensius,
mais bien plus encore, (et ici la réalité dé­
passe la fiction) puisque cherchant la FemmeMessie comme plus tard les Saint-Simoniens,
1 Emile Picot. Français italianisants an XVIe s.
T. I.
2
Regrets. Sonn. LVII-LVIII.
3 Cfr. Lettre de Du Bellay (edit. de Nolhac, pp. 43-44,
Citée par Chamard in « Œuvres poétiques » de Du
Bellay, t. Il, p. VIII, note 3.
4 Cfr. sur Postel. Niceron. Op. cit., t. VIII (très
curieux article). Georg. Weill. De Gulielmi Postellii
vita et indole. Paris, 1892, thèse.

19

il découvre à Venise une aventurière de son
acabit, la Mère Jeanne, envoyée du SaintEsprit pour régénérer l’humanité et amener
le triomphe de la nouvelle doctrine dont il
sera l’Apôtre. Celui-là au moins ne vit pas
l’écroulement de son rêve, car, inquiété
d’abord par l’Inquisition à Venise et à Rome,
il devint complètement fou, d’une folie douce
et inoffensive, et finit ses jours dans le pai­
sible asile de Saint Martin-des-Champs à
Paris, travaillant toujours à réaliser sa grande
idée. Ç’aurait peut-être aussi été la fin d’Hor­
tensius s’il ne se fût placé chez ce cardinal
« dont il était fort aise ».
Quant à Muret1 et à Papire Masson,
Sorel n’était pas sans les connaître : le pre­
mier avait une grande renommée de la­
tiniste et avant de se fixer à Rome, avait eu
la gloire d’avoir pour élève Montaigne, et le
triste privilège d’être l’objet de poursuites
pour certain vice pédantesque que Du Bellay
appelle « l’amour d’Orphée ». 2 Il est certain
que Sorel n’a eu aucune intention satirique à
son égard, mais c’est peut-être d’une anecdote
de la vie de Muret que lui est venue l’idée des
bons tours joués aux pédants infatués d’euxmêmes. Muret avait en effet cruellement bafoué
Scaliger qui se croyait infaillible, en lui faisant
prendre des vers latins de son crû pour des
vers de Trabea, et en les lui faisant citer
comme de Trabea dans le Commentaire sur
le De re rustica de Varron.3 Quant à Papire
Masson, Sorel aurait pu facilement le ridi­
culiser pour avoir pris le nom de Papirius,
alors qu’il s’appelait Jean, mais la haute
estime en laquelle il le tenait et l’éloge qu’il
fait de lui dans son Avertissement sur l’Hi­
stoire de France, 4 nous prouvent qu’il n’a
pas songé un seul instant à lui donner la
consécration du ridicule. Mais il a dû pren­
dre une foule de renseignements sur la vie
des Français en Italie dans les œuvres pu­
bliées ou manuscrites de l’humaniste foré­
zien. Son ami intime Jean Balesdens, avocat
au Parlement, et plus tard de l’Académie
française, possédait eu effet tous les papiers
de Papire Masson et s’occupa longtemps d’en
préparer une édition qui ne parut jamais com­
plète d’ailleurs. 5 Il est naturel que Charles
1 Il est inutile de rappeler au lecteur le livre de
M. Dejob sur Muret que connaissent tous les italia­
nisants.
2 Regrets (éd. Chamard) sonn. LXV et en note
p. 102 la raison de cette appellation fournie par M.
Henri Hauvette à M. Chamard.
3 D’Artigny. Nouv. mém. d’hist. de crit. et de litt.
MDCCXLIX t. I, art. XXII pp. 268-271. Le tour joué
au pédant Hortensius a pu être suggéré aussi à Sorel
par l’histoire bien connue de Baraballo sous Léon X.
4 Roy. Op. cit., p. 330, et Sorel, Biblioth. fr. ed.
de 1664, p. 334.
5 Papirii Massonis Elogia.... e Musaeo loan. Bale­
sdens.... Parisiis apud SebastianumHuré MDCXXXVIII.

�20

BULLETIN FRANCO-ITALIEN,

Sorel ait été au courant des travaux de son
ami, qu’il les ait partagés en quelque sorte,
s’y entendant beaucoup plus que Balesdens
en « bibliothèque ». Or les écrits de Papire
abondaient en documents sur la vie française
au-delà des monts, et ces documents avaient
d’autant plus de valeur qu’ils étaient tour
à tour des biographies, des lettres, des im­
pressions de voyage, ou des notes jetées un
peu confusément sur le papier et qui s’accro­
chaient à une œuvre comme elles pouvaient.
Par exemple certaine lettre où le polygraphe
offre ses services avec insistance au cardinal
polonais Osius à Rome est tout à fait signi­
ficative de l’empressement des pédants à
s’agripper aux cardinaux : « Inconnu de vous,
je vous offre pourtant mon œuvre, messagère
de mon retour en Italie. Et quand j’y serai,
je m’empresserai de rejoindre votre cour, car
j’ai ouï dire que l’accès en est si largement
ouvert aux érudits, que Rome se réjouit de
retrouver dans votre suite tout l’éclat de
celle de Bessarion ». 1 C’était déjà presque
forcer la main, mais quels auraient été les
éloges sous la plume d’un Hortensius ? Il
n’était pas jusqu’aux anxiétés culinaires2 de
ccs pauvres diables de pédants que Papire
Masson ne signalât à Sorel, et qui sait si dans
le manuscrit aujourd’hui perdu sur la Venise
et la Florence 3 d’alors, le romancier n’a pas
trouvé quelques anecdotes et quelques aven­
tures de bonne prise ?
Des pédants passons aux escholiers et aux
gentilshommes, qui souvent étaient l’un et
l’autre à la fois. Il était de mode alors chez
nous, d’envoyer les jeunes gens de la noblesse
et de la bonne bourgeoisie terminer leur
éducation au-delà des monts. Là encore le
cabinet de Jean Balesdens a pu être utile à
Sorel. Dans la Vie de Givry 4 de Masson il
pouvait lire ce programme d’études d’un
Français en Italie : « A l’âge de quinze ans,
on l’envoya en Italie comme tous les nobles
que l’on dirige dans un pays éloigné du leur
afin de les rendre plus sages, bien qu’il ar­
rive souvent le contraire et qu’ils reviennent
1 Epistola ad Stanislaum Osium cardinalem, una cum
actis legationis de regno ad Henricum Poloniae Re­
gem. P. Namossio (anagramme de P. M.) auctore.
Paris, Denys du Pré, 1574. Le passage de la lettre que
nous citons commence par ces mots : Quamvis ignotus
offero.... et se termine à.... relucere gaudeat. La lettre, de
Mars 1574, est au folio 2.
2 Papirii Massonis Descriptio fluminum Galliae. Ed.
Baudrand, Paris, Laurent d’Houry, MDCLXXXV. A la
p. 321 il y a certaine histoire de brochets florentins
détestables.
3 Le Ms. du f. fr. 5585 Arsenal, folio 73-78 contient
une liste des mss. laissés par P. M., entre autres
« Scripta quaedam de Venetia et Florentia sed imperfecta ».
4 Annaei Anglurii cognomento Givrii.... Elogium P.
Massono autore, Fr. Morel, 1594. Ce Givry était maître
de camp de la cavalerie légère de France.

dans leur patrie plus fous qu’à leur départ.
Voici brièvement ce qu’il y fit : il s’adonna
avec tant de zèle à l’art militaire et aux
armes qu’aucun de ses condisciples ne pou­
vait l’égaler dans le maniement des armes et
l’équitation.... Il y apprit également les ma­
thématiques et le dessin.... à jouer de la gui­
tare et autres instruments propres à passer
temps dans un doux loisir.... à mener des ron­
des et à danser avec de nobles damoiselles
(choreas agere et saltare inter nobiles foeminas)
suivant l’usage de la noblesse.... Et de même
qu’en France il avait appris le latin, de
même en Italie il apprit l’italien et l’espa­
gnol ». 1 La première partie de ce programme
concernait les jeunes nobles qui se desti­
naient à la carrière des armes. Il étaient
nombreux : Montaigne en 1581 trouve dans
les « escoles d’escrime » de bal et d’équita­
tion de Padoue « plus de cent gentilshom­
mes françois ». 2 La seconde partie de cette
éducation était au contraire commune à tous,
bourgeois et gentilshommes, et nul doute
qu’elle eût les préférences de la majorité des
escholiers. Francion joue de la guitare sous
les fenêtres de sa belle et danse avec de no­
bles damoiselles, et ses compagnons sont de
toutes ses fêtes (mettons de presque toutes)
comme ils sont tous des promenades noctur­
nes et des bons tours joués aux importuns.
Les escholiers sérieux, comme les autres,
pour se détendre sans doute, prennent part
aux escapades, auxquelles ne sont pas étran­
gers les « rapins » et les apprentis sculp­
teurs français transplantés sous le ciel ita­
lien pour y étudier leur art. 3 François de
Sales qui fait son droit à Padoue vers 1584,
bien qu’il ait mis sa conscience sous la di­
rection du jésuite Possevin, accompagne quel­
quefois ses camarades, en tout bien tout hon­
neur, et certaine aventure nocturne d’escho­
liers, qui se termina par mort d’hommes ne
fut pas étrangère à l’orientation religieuse
de sa vie. A Rome, les escholiers de langue
française se sentent presque chez eux, tant
ils abondent. Montaigne, en 1581 « se fa­
schoit d’y trouver si grand nombre de Fran­
çois qu’il ne trouvoit dans la rue quasi per­
sonne qui ne le saluat en sa langue ». Non
seulement on se saluait, mais on se visitait.
Quelques années plus tard cette affluence
n’avait fait que s’accroître. A toutes les ca­
1 Le passage cité se trouve pp. 6-7 et va depuis :
« Ubi vero decimum quintum annum » à « hispaniee­
que loqui ».
2 Journal de voyage de Montaigne (ed. Lautrey,
Hachette, 1906), cfr. aussi l’éd. de M. d’Ancona (L’Ita­
lia alla fine del secolo XVI; giornale del viaggio di
Michele de Montaigne, Città di Castello, 1889).
3 Cfr. H. Bouchitté. Le Poussin, sa vie et son
œuvre. Paris, 1858. Poussin arrive à Rome en 1624.
Avec lui étaient Duquesnoy, les frères Duguet etc.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

tégories de Français précitées s’ajoutaient
dans la ville éternelle, les secrétaires, jeunes
gentilshommes, laïcs ou ecclésiastiques, let­
trés ou poètes qui, peu fortunés, faisaient
partie, à l’aller et au retour, ou à l’un seu­
lement, de la suite d’un prince ou cardinal
ambassadeur. Il y avait aussi les plus for­
tunés qui voyageaient avec un guide ou pré­
cepteur. Parmi la foule immense de ces
escholiers, gentilshommes, poètes, lettrés, etc.
nous trouvons bien des noms célèbres du
XVIe et du début du XVIIe siècle. 1 Et
quelle vie intense et joyeuse on mène, sans
souci des misères du « tinel » ou de la « se­
crétairerie ! ». On se reconnaît facilement, car
on porte l’habit français pour se distinguer
des Italiens, ce qui n’est pas quelquefois
sans graves inconvénients : témoin l’aven­
ture de Nicolas Poussin, qui pour cette uni­
que raison, un jour de 1625 fut attaqué et
blessé par des soldats du Pape, et à partir
de ce moment s’habilla à l’italienne. Les
dames romaines de la société qui sortent
très peu reçoivent à bras ouverts ces écer­
velés de Français qui tirent le plus de profit
possible de leur réputation, et sont quelque­
fois poursuivis par des soupirantes et des
soupirants jusque dans les églises.2 L’amour
est une de leurs principales occupations,
l’amour des « honnestes dames » d’abord, et
ils ne sont pas du tout de l’avis de ce vieux
renard gascon de Montaigne qui prétend
« n’avoir jamais veu nation où il y eût si
peu de belles femmes que l’Italienne ». Le
souvenir des beautés de France ne leur fait
pas négliger celles d’Italie, et ils sont rares
ceux qui, à l’instar de Du Bellay, pensent
déjà qu’il est des « frontières du cœur ». 3
Chez les Nays de Rome, on joue, on danse,
on dit des vers, on cause, entre Français sur­
tout, car les dames romaines, au dire de
Brantôme « sono quiete della bocca come
sassi ». 4 Malgré cela, le Français « se plaist
avec l’Italienne ». 4 On va aussi voir d’au­
tres dames moins respectables mais plus « ap­
prises à la parole » 4 et plus madrées, et
dont les Du Buisson sont parfois les victimes.
Et les Du Buisson de l’histoire s’appellent
Desportes, Régnier, et ils s’appelleront encore
1 Outre les noms cités au cours de cet article :
Henri Estienne, les frères d’Urfé, Honoré et Anne,
Denys Lambin, Baro secrétaire d’Honoré d’Urfé, An­
toine Du Verdier, Claude Du Verdier (cfr. E. Picot,
Ital. fr. t. 1), de Bourdeilles, frère de Brantôme, La
Rochefoucauld, Ménage, Régnier-Desmarais, Vaugelas,
Méziriac (ces deux derniers à Rome occupés à faire
des vers italiens dans leur jeunesse, cfr. Pellisson,
Hist. de VAc.fr. éd. de 1672, p. 262), Jean de Montereul.
(Id. p. 264) etc. etc.
2 Cfr. Brantôme. Vie des Dames (datantes, 1er disc.
3 Regrets. Sonn. XC.
4 Brantôme. Op. cit. 2e disc.

21

après l’apparition du Francion, Scarron, SaintAmant. Ceux-là « se soûlent des plaisirs du
monde », et l’on ne sait que trop ce que cela
veut dire. Souvent ils y ruinent leur santé,
à trente ans ils sont déjà épuisés :
De mes ans la fleur se desteint
J’ay l’œil cave et palle le teint
Adieu chansons, adieu discours,
Adieu nuicts que j’appeloy jours
En tant de liesses passées,

dira Desportes ayant « six lustres » et fai­
sant sa pénitence et ses psaumes. 1 Et son
neveu Régnier :

Quand sur moy je jette les yeux
A trente ans me voyant tout vieux
La mémoire du temps passé,
Que j’ay follement dépencé
Espand son fiel en mes ulcères. 2

Il ne croira pas prédire l’avenir dans la
Satire III au marquis de Cœuvres, ambassa­
deur à Rome, en lui annonçant que quelque
jour il en sera réduit à
Mourir dessus un coffre en une hostellerie
En Thoscane, en Savoye ou dans quelque aultre
lieu]

Mais il achèvera sa vie dans une hôtel­
lerie de Rouen où il était venu faire soigner
une maladie contractée à la suite d’excès de
sa folle jeunesse. Scarron, si nous en croyons
Tallemant des Réaux a dû aux mêmes excès
son infirmité dont il ressentit les premières
crises à Rome. Pauvre Scarron qui dansait
si bien et jouait du luth avec tant de vir­
tuosité ! 3
Comment ces jeunes Français n’auraient-ils
pas abusé de leur liberté ? Il n’y avait pas
1 Desportes. Cléonice. Ode finale.
2 Régnier. Œuvres : Stances, — Régnier a été in­
contestablement une des sources de Sorel pour le
Francion. Dans la première partie du roman, qui se
passe à Paris, le portrait de cet auteur qui à chaque
pièce de son vêtement peut indiquer l’ouvrage qui la
lui a procurée est visiblement inspiré de la satire X
de Régnier où se trouve le Pédant dont la tunique
reproduit en arabesques une carte des Gaules. — Sorel
a été le secrétaire, puis le collaborateur et l’ami du
comte de Cramail, protecteur de Régnier. La satire II
est dédiée à Mr le comte de Caramain. Or ce comte de
Caramain n’est autre que le comte de Cramail de qui
Sorel a pu avoir plus d’un détail savoureux sur le
séjour de Régnier à Rome. Cfr. pour ce qui concerne
la collaboration de Sorel et du comte de Cramail,
spécialement en ce qui concerne leurs ouvrages sur
les jeux (dont beaucoup italiens) et leur lutte contre
Balzac, le livre de M. Em. Roy sur Sorel, surtout la
bibliographie.
3 Cfr. sur Scarron le livre de M. Morillot : Scar­
ron et le genre burlesque, 1888.

�22

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

pour rien à la cour pontificale un protecteur
des affaires de France, et des cardinaux du
parti français ; et les escapades de toute
cette adolescence étaient affaires de France au
premier chef. Vers la fin du XVIe siècle il fal­
lut un cas très grave de chantage éhonté
envers « un grand et une des plus belles
dames de Rome » 1 pour que le pape SixteQuint fît pendre un ancien secrétaire du
cardinal d’Este. Encore le pendu n’était-il
pas Français. Avec la puissante maison des
Barberini dont le membre le plus illustre, le
cardinal Maffeo, eut bientôt ceint la tiare
sous le nom d’Urbain VIII, les Français se
sentirent maîtres à Rome. Nous en avons
l’écho dans les distiques composés pour son
avènement et où les trois nations de Rome
expriment sous forme de dialogue leurs espoirs
et leurs craintes au sujet des abeilles qui
figuraient dans les armes de cette illustre
maison : 2
GALLUS
Gallis mella dabunt, Hispanis spicula figent.
HISPANUS
Spicula si figent, emorientur apes.

ITALUS
Mella dabunt cunctis, nulli sua spicula figent.
Spicula nam Princeps figere nescit Apum.

Mais en somme l’abeille barberine favo­
risa surtout de son miel le pays des Lis. A
l’ombre de ces protections notre jeunesse tur­
bulente se tira toujours d’affaire, et bien
qu’elle inquiétât souvent la police comme dans
le Francion, et que plus d’un jeune escho­
lier dût craindre

Qu’un barisel vous mist dedans la tour de None, 3
des interventions de « juges supérieurs » se
produisaient qui levaient tous les obstacles.
Et lorsque la police inquiétait les mêmes
Français pour leur audace de pensée, ce qui
arrivait aussi, dans ce cas leur ingéniosité
y pourvoyait : témoin Du Plessis-Mornay qui
reçut tranquillement la visite du « barigel »
et lui prouva péremptoirement qu’il n’était
point le Du Plessis en question puisqu’il
s’appelait De Mornay. 4 En somme la police
italienne fort redoutée des Français était peu
redoutable pour eux.
La plus grande ennemie des escholiers, était
Dame Pauvreté. Mais aux jours d’escarcelle
1 Brantôme. Op. cit. 1er disc.
2BOUHOURS.Manière de bien penser. Lyon, Besson
s. d. 3e dialogue p. 395-396.
3 Régnier. Sat. VL
4 Hist. de la vie de Messire Philippe de Mornay
seigneur du Plessis, à Leyde, chez Bonaventure et
Abraham Elsevier MDCXLVII pp. 14-15. Du PlessisMornay était à Rome en 1570-71.

flasque ils avaient recours aux cardinaux,
parfois même à la mendicité. Le Chevraeana1
nous raconte que « le cardinal Maldacchini,
fils d’un frère de Donna Olimpia, belle-sœur
d’Innocent X », allant de Rome à Lorette,
rencontra « un grand nombre d’Ecoliers Ita­
liens, Espagnols, François, Allemans, qui
suivirent son carrosse plus de demie lieue,
en criant toujours: Eminentissime Cardinalis,
fac nobis caritatem. Pendant qu’ils couroient
toujours, à perte d’haleine, il cherchoit avec
beaucoup d’empressement dans ses poches,
et n’ayant pas trouvé d’argent, pour faire
l’aumône, il leur dit pour leur montrer qu’il
entendoit aussi le Latin: Non habeo cari­
tatem ». Mieux valait pour ceux que la
mauvaise fortune privait momentanément de
pécune, mendier ainsi, que

Se voir à Rome pauvre entre les mains des Juifs· 2

Juifs ou Florentins du reste, en fait d’usure,
c’était tout un sur les bords du Tibre, si
nous en croyons Du Bellay. 3
Et maintenant, il n’est peut-être pas sans
intérêt de savoir quels étaient les sentiments
à l’égard de l’Italie et des Italiens de tous
ces Français, hôtes passagers et bruyants de
Rome et de l’Italie. Les personnages du Fran­
cion aiment l’Italie d’une façon assez vague,
comme un beau pays qui est « le jardin du
monde », où il fait bon se laisser aller à la
douceur de vivre, où les lettres sont en hon­
neur. C’est bien un peu bref comme avan­
tages. Les inconvénients y sont toutefois as­
sez nombreux : il y a d’abord la police, puis
l’air qui est quelquefois nuisible, les exigences
des courtisanes qui jouent plus d’un mauvais
tour aux garnements qui les « escroquent »·
Et surtout, il y a les Italiens, qui sont na­
turellement, d’après Sorel, perfides et faux,
menteurs, faux-monnayeurs, faux témoins,
agents d’intrigues louches, et au besoin
n’hésitent pas à se débarrasser de leurs ri­
vaux par. le crime (histoire de la chaussetrappe). Notons en passant que les seuls
Italiens sympathiques du roman, Nays, Do­
rini, sont des Italiens francisés comme il y
en avait tant alors, les premiers à dénigrer
leur patrie. N’est-ce pas Nays qui craint
pour Francion dès qu’on a mis le pied en
Italie? N’est-ce pas Dorini qui déclare qu’elle
ne saurait épouser qu’un Français ? Et lors­
qu’elle a perdu cet espoir, ne se décide-t-elle
pas au veuvage perpétuel ? Des beautés du
paysage italien, des ruines, des monuments,
pas un mot. A peine nos Français se
dérangent-ils une fois de leur route, alléchés
par l’espoir de visiter une espèce de ma­
1 T. I. p. 341 éd. de 1697.
2Régnier. Sat. VIII.
3 Regrets. S. LXVIII, LXXX.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

gasin de bric-à-brac où gisent pêle-mêle
squelettes géants, armes et médailles. Mais
il y a les femmes! La belle Nays surtout!
Il n’y a même, au fond, dans ce pays,
qu’elle qui mérite des louanges, et on ne le
lui envoie pas dire. Les Italiens du sexe fort,
ceux avec qui l’on peut vivre, à la rigueur,
sont mélancoliques, ne s’amusent point où
les Français s’amusent énormément, et, chose
plus curieuse, ne comprennent pas toujours
bien le français. A deux siècles de distance,
Stendhal 1 dira : « Profondément attentif, ce
qui pour un Français veut dire profondément
triste », et cet étourdi de comte d’Erfeuil,
après avoir pris deux leçons d’italien affir­
mera : « Il y a tant de mots français dans
les langues étrangères, que nous les com­
prenons presque toutes, même sans les sa­
voir ». 2
Au fond, est-ce que, pour le commun des
voyageurs français en Italie, cela a telle­
ment changé ? L’Italie est encore pour beau­
coup le pays des « voyages de noces », des
« impressions », le « pays des gondoles »
comme l’écrivait tout récemment dans un
compte-rendu de fête un journaliste de la
ville où j’écris ces lignes. Il y a des brigands
pittoresques avec le fameux chapeau pointu et
le tromblon non moins célèbre, et de jolies
femmes brunes avec des yeux assassins. Le
Français qui voyage emporte toujours à la se­
melle de ses souliers sa patrie et les légendes
qui ont cours dans sa patrie. Le défaut est bien
vieux et trop enraciné en lui pour qu’il s’en
corrige jamais complètement. La moyenne
des escholiers et des gentilshommes français
du XVIe et du XVIIe siècle qui voyagèrent
outre-monts eurent bien le travers national
que nous venons de mentionner. Ils ne virent
guère dans l’Italie autre chose que ce qu’y
virent Francion et ses compagnons. Pour un
Du Bellay que hantaient les ruines et qui
se faisait guider par Louis Bailleul au milieu
des décombres, sans pouvoir, malgré tout,
s’abstraire pour goûter et comprendre la Rome
et l’Italie d’alors; pour un Du Plessis-Mornay
curieux d’érudition et de questions religieu­
ses; pour un Montaigne écrasé par l’immen­
sité de la tombe romaine, mais cherchant en
même temps à comprendre les hommes et les
choses du présent ; pour un Papire Masson
aimant les « suavissimi Italiae populi »3 pour
la douceur de leur langue et l’agrément de
leurs relations, et cherchant à saisir la per­
sonnalité diverse des villes de la Péninsule
depuis Sienne «humanissima» jusqu’à Bologne
« doctissima »,4 combien de Francion, de
1
2
3
4

De l’Amour.
Corinne, III, 2.
De Episcopis Urbis. Ed. 1586, p. 176.
Id. p. 194.

23

Du Buisson, d’Audebert et de Raymond !
Que nous reste-t-il des impressions de séjour
à Rome et en Italie, de Desportes ? Un va­
gue poème d’adieu à une femme plus vague
encore, « aux yeux divins cruellement doux ».1
De Régnier? Quelques plaintes sur sa pau­
vreté et sur ses déboires. De Scarron ? Le
souvenir de son amitié avec Le Poussin, un
Français. De Balzac ? Des métaphores et des
comptes-rendus de pédant. De Saint-Amant ?
Des allusions à ses campagnes à la suite du
comte d’Harcourt, un poème burlesque sur
Rome ridicule, un cri de haine de soudart
souhaitant de « saccager tout dans Thurin »,2
et la description pittoresque d’un vol de lu­
cioles au cours d’une promenade nocturne. 3
De Maynard? le souvenir d’un voyage en
Italie pour oublier Oloris, et la première
esquisse de l’Italie des romantiques, pays ou
cimetière à pleurer les amours défuntes :

L’Ame pleine d’Amour et de Mélancholie,
Et couché sur des Fleurs et sous des Orangers,
J’ay monstré ma blessûre aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Echos estrangers.
Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
A sceu qu’en mon esprit, j’adorois ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris. 4
Décidément pour eux tous l’Italie n’est
qu’un beau parc ancien à rendez-vous ga­
lants, Rome un monceau de ruines à peine
dignes qu’on s’y arrête, et où, tout bien pesé,
deux ou trois endroits méritaient de retenir
l’attention : le « quartier où les François se
logent d’ordinaire », le Campo di Fiore où
étaient celles

Qui se sont de la Court l’honneste nom donné, 5

et quelques salons de dames romaines.
Et quand on avait visité tout cela, à
moins que l’on ne fût un pédant, on n’avait
plus qu’à s’en retourner en France : aux
yeux de la plupart des Français d’alors, on
passait pour avoir vu toutes « les singulari­
tés d’Italie ». On conçoit que la génération
des grands classiques n’ait pas été tentée de
faire le voyage. Deux des membres les plus
illustres de l’école de 1660, Molière et la
Fontaine l’avaient au moins fait en esprit
dans le Francion de Sorel, ce roman, où
malgré des longueurs, s’incarne si joliment
le « joyeux Français » « de vrolyke Fransje » 6
1 Elégies, I, 4.
2 La Crevaille.
3 Préface du Moyse sauvé et fin du poème.
4 La Belle vieille.
5 Regrets. S. XCIX.
6 Cfr. Roy. Op. cit. Bibliographie.

�24

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

comme traduit l’édition hollandaise de 1643,
type insouciant et léger de ces aimables fous
dont on dit chez nous quelquefois qu’ils ne
sont pas tous à Rome.
Pierre RONZY.

Errata-Corrige. — Une erreur s’est
glissée dans la première partie de notre ar­
ticle (n.° de Janvier-Février). Au 2e alinéa,
ligne 5, 2e phrase au lieu de: «Toutefois ce
n’est qu’à partir de l’éd. de 1632 en 11 li­
vres, et dans l’éd. postérieure en 12 1. de
1641 », il faut lire: « ce n’est qu’à partir
de l’éd. de 1624 en 11 livres et dans l’éd.
post. en 12 1. de 1633 »....
Dans le dernier alinéa de la 1e partie il
faut· lire: « Tel est en résumé » et non « telle
est en résumé ».
P. R.

Projet d’une édition des documents florentins
relatifs au Concile de Pise-Milan (1511-1512)

L’histoire du Concile tenu à Pise en no­
vembre 1511 et à Milan, de décembre 1511 à
juin 1512, intéresse l’histoire politique de l’Eu­
rope entière pendant les années les plus
tragiques des guerres d’Italie. Tandis que
Jules II négocie la conclusion de la SainteLigue, Louis XII, de concert avec Maximilien,
convoque à Pise, le 16 Mai 1511, les repré­
sentants de l’Eglise universelle, sous pré­
texte de la réformer, en réalité pour ruiner
l’autorité morale du Pape. Jules II répond
le 18 Juillet par la convocation d’un autre
Concile, qui doit se tenir au Latran l’année
suivante. Les diverse puissances européennes
se voient dans l’alternative d’adhérer au
schisme français ou de rester fidèles à Rome.
L’Espagne, puis l’Angleterre, refusent de
suivre. Louis XII ; Maximilien le soutient
faiblement. 11 ne vient à Pise, en Novembre
1511, que des prélats français; dès leur troi­
sième séance, l’hostilité de la population les
oblige à se retirer. En décembre, à Milan,
sous la protection des troupes royales, ils
reprennent leurs réunions, et les y conti­
nuent jusqu’au moment où, malgré la vic­
toire inutile de Ravenne, les armées fran­
çaises évacuent la Lombardie. Ils se retrou­
vent à Asti, en Juin 1512, puis repassent
les Alpes ; le concile acheva de mourir à
Lyon. Du Latran, où Jules II, depuis le 3
Mai, présidait le synode œcuménique, dans
la plénitude de son autorité spirituelle, il
assistait au triomphe de sa politique ita­
lienne.
La tentative manquée des prélats galli­

cans marque une date importante dans l’his­
toire de l’Eglise au seizième siècle. Depuis
l’échec des grands conciles de Constance et
de Bâle, la réforme avait été réclamée en
vain par des séculiers et des moines obscurs,
par des prédicateurs, par Savonarole. Main­
tenant c’étaient le roi très chrétien et l’em­
pereur qui l’exigeaient solennellement du
pape: et l’égoïsme de leur pensée politique
ne diminuait pas la gravité d’une telle dé­
marche. Jules II, pour leur résister, devait
accepter l’idée au nom de laquelle ils l’atta­
quaient, et entreprendre le travail de restau­
ration qu’ils prétendaient accomplir sans lui.
Mais, d’autre part, le désastre du Concile
de Pise donnait au pape l’autorité nécessaire
pour imposer à l’assemblée du Latran son
absolutisme spirituel, et transformer défini­
tivement le Saint-Siège en monarchie ro­
maine, sans tenir compte de ces rancunes
nationales, qui moins de dix ans après, al­
laient se réveiller, soutenir et renforcer la
protestation religieuse.
La Convocation du Concile de Pise est,
dans l’histoire de l’Eglise française et de
ses rapports avec l’Etat, un grave épisode.
Depuis que la Pragmatique Sanction de
Bourges lui a donné, en 1438, la liberté de
son recrutement, elle est en lutte contre le
pape, hostile à l’indépendance des Eglises
nationales, et contre le roi, qui la défend
contre l’ambition de Rome, mais prétend se
la soumettre. Les légistes de la monarchie
s’efforcent de préparer un accord qui permette
au souverain de partager avec le pape le
droit de nommer aux bénéfices français ; déjà
Pentente se crée dans la pratique et suivant
la diversité des circonstances. Mais les af­
faires d’Italie brouillent Louis XII et Jules II;
l’assemblée de Pise se réunit ; le roi peut
espérer un moment que, le pape déposé, son
successeur lui accordera sur les clercs du
royaume une autorité sans contrôle. L’Eglise
française se désintéresse d’une tentative dont
le succès l’asservirait au roi; le concile échoue.
Jules II et Louis XII meurent, François Ier
revient à la politique d’entente pratiquée
avant la crise, et signe avec Léon X en 1516
le Concordat par lequel le pape et le roi im­
posent définitivement à l’Eglise gallicane leur
double autorité.
Enfin les difficultés politiques qui résultè­
rent pour Florence de la réunion du Concile,
contribuèrent, comme l'écrit le chroniqueur
Filippo de’ Nerli, à préparer la contre-révo­
lution d’août 1512 et le retour des Médicis. 1
Florence ne pouvait refuser Pise à Louis XII
1 Commentari dei fatti civili occorsi dentro la città
di Firenze dall’anno 1215 al 1537, scritti dal Senatore
Filippo de’ Nerli; Trieste, 1859, 2 vol. in-8 ; t. I, p. 166 :
La deliberazione che se ne fece, cagione principale
della rovina di quel governo.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

sans manquer à ses traditions d’alliance avec
la France, et ne pouvait admettre le Concile
sur ses domaines sans provoquer les repré­
sailles de Jules II. La République, gouvernée
par le gonfalonier Piero Soderini, observa
une politique indécise et ambiguë. Elle n’ac­
corda Pise à Louis XII qu’après plusieurs
mois de négociations ; elle fit en sorte que
les délégués français ne pussent y séjourner
longtemps. Frappée d’interdit par Jules II,
elle n’obtint son absolution qu’en s’humiliant
devant le pape. Elle n’osa ni soutenir fran­
chement Louis XII, ni adhérer à la SainteLigue. Cependant les partisans des Medicis
entretenaient le mécontentement causé par
les hésitations et les maladresses du gonfa­
lonier ; et, lorsque l’armée des alliés, après
avoir saccagé Prato, en septembre 1512, s’ap­
procha de Florence, il fut facile aux Palle­
schi, dans la confusion générale, d’obtenir
la déposition et l’exil de Soderini, et le rappel
de la famille expulsée.
*
* *

Les Actes originaux du Concile de Pise
n’ existent plus ; mais ils furent publiés à
Paris, dès l’année 1512, par Jean Petit, sous
le titre suivant : Promotiones et progressus sa­
crosancti Concilii pisani moderni. Un éditeur
gallican anonyme les réimprima en 1612 avec
les actes du grand Concile du XVème siècle.1
Le ms. K. 11 de la Biblioteca Vallicelliana,
à Rome, en contient une copie presque com­
plète, exécutée sur cette seconde édition. On
trouve dans le ms. lat. 1519) de la Bibliothè­
que Nationale un assez grand nombre de do­
cuments, réunis au XVIème siècle, qui concer­
nent la préparation du Concile et les réunions
préliminaires du clergé gallican à Tours et
à Lyon. A la Bibliothèque Vaticane, le ms.
Vat. lat. 3911 contient quelques délibérations
de l’assemblée, et une lettre des délégués de
l’Université de Paris à leurs mandataires,
datée de Milan, le 21 avril 1512, et publiée
par M. Paquier dans son livre sur Alé­
andre. 2
Mais les actes du Concile sont importants
moins par eux-mêmes que par leurs conséquen­
ces dans le royaume et à l’étranger. Les Ar­
chives de l’Université, du Chapitre et du Par­
lement de Paris, pour n’en pas citer d’autres,
témoignent de la répercussion qu’ils eurent en
France. Le Concile occupa un moment tou­
tes les chancelleries européennes, provoqua
1 Acta primi Concilii pisani.... item constitutiones
factae in diversis sessionibus sacri generalis Concilii pi­
sani IIi MDXI Paris, 1512, in-4.
2 J. Paquier. L’Humanisme et la Réforme. Jérôme
Aléandre de sa naissance à la fin de son séjour à Brin­
des (1480-1529). Paris, 1900, in-8.

25

des pourparlers dont les Lettres de Louis XII,1
la Correspondance de Maximilien 2, les Négo­
ciations de la France avec l’Autriche,3 les
Calendars of State Papers, 4 conservent le
souvenir. Il serait sans doute facile de sui­
vre, aux Archives Vaticanes, la résistance
de Jules II contre Louis XII et l’Assemblée
de Pise. Les documents que garde, à Flo­
rence, l’Archivio di Stato, nous permettent
d’assister à la préparation du Concile, à sa
réunion, à ses premières séances : en même
temps ils nous révèlent les inquiétudes et le
mauvais vouloir des politiques florentins,
leurs efforts pour se débarrasser au plus vite
de la présence des délégués français ; ils
nous font connaître le conflit de la Républi­
que et de Jules II, l’humiliation de ses gou­
vernants devant le pape, et le mécontente­
ment final de Louis XII.
Les documents florentins sont restés pre­
sque entièrement inédits jusqu’à ce jour.
A. Desjardins, au tome II de ses Négocia­
tions diplomatiques de la France avec la To­
scane, 5 imprima, en 1861, un certain nom­
bre de lettres dans lesquelles Francesco Pan­
dolfini, ambassadeur en Lombardie, racontait
à son gouvernement le retour des prélats
français à Milan et leur tentative d’y conti­
nuer le Concile. Mais cette publication, —
d’ailleurs fautive, car l’éditeur n’avait connu
qu’une copie des relations de Pandolfini, —
restait très incomplète. La légation de Ma­
chiavel à Milan et à Blois en septembre 1511,
et les lettres qui concernent sa mission à
Pise pendant le Concile, ont été pour la
dernière fois publiées par Passerini, en 1877,
avec quelques rapports des ambassadeurs en
France et en Lombardie, et quelques in­
structions du gouvernement florentin. 6 Mais
Passerini se soucia peu de donner aux lec­
teurs un texte correct. Enfin, O. Tommasini,
au premier volume de son ouvrage sur Ma­
chiavel, imprima, en 1883, un certain nom­
bre de lettres et d’instructions relatives aux
1 Lettres du roy Louis XII et du cardinal Georges
d’Amboise; Bruxelles, 1712, 4 vol. in-8.
2 Le Glay. Correspondance de l’empereur Maximi­
lien 1er et de Marguerite d’Autriche ; Paris, 1739, 2 vol.
in-4.
3 Le Glay, Négociations diplomatiques entre la
France et l’Autriche, durant les trente premières années
du XVIème siècle (Coll, des Doc. Inédits), Paris, 1845,
in-4.
4 Calendar of State Papers and manuscripts relating
to English Affaire existing in the Archives and collections
of Venice and in other libraries of Northern Italy, edited
by Kawdon Brown; Vol. 1 ss. Londres, 1864 ss., in-4.
5 A. Desjardins, Négociations diplomatiques de la
France avec la Toscane (Coll. des Doc. Inédits), Paris,
1859-1886, 6 vol. in-4.
6 Le opere di N. Machiavelli, ed. L. Passerini, P.
Fanfani, G. Milanesi ; Florence, 1873-1877, 6 vol. in-8 ;
6e vol.

�26

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

affaires du Concile 1. Les pièces publiées par
Desjardins, Passerini et Tommasini, ont été
sommairement utilisées par F. T. Perrens,
en 1889, dans le second volume de son Hi­
stoire de Florence 2, et par P. Villari, dans
son ouvrage classique sur Machiavel3. Mais
l'intérêt des documents florentins fut signalé
pour la première fois par M. P. Imbart de
la Tour, en 1909, au second volume de son
ouvrage sur les Origines de la Réforme4. Il
put, en quelques pages rapides, renouveler
l’histoire diplomatique du Concile, mal con­
nue jusque là, par les écrivains qui, de Hergenröther à M. L. Pastor, ont ignoré les
sources florentines 5. Mais l’ampleur du sujet
traité par l’auteur ne lui permit pas d’insi­
ster longuement sur l’assemblée de Pise,
simple épisode du vaste mouvement histori­
que dont il prétendait embrasser l’ensemble;
et d’autre part, il n’entrait pas dans son
dessein d’en étudier les conséquences loca­
les. L’Institut français de Florence a entre­
pris de publier en entier, pour la première
fois, les documents conservés à l’Archivio di
Stato qui sont relatifs au Concile de Pise.
*

* *
Ces documents se trouvent dans diffé­
rents fonds 6.
L'Archivio Diplomatico, où sont déposés
les actes sur parchemin ou sur papier qui
proviennent en partie des offices publics de
l’Etat, est assez pauvre pour le Concile de
Pise. On n’y rencontre guère, dans la série
des Atti pubblici, que deux lettres de Louis XII
adressées à la Seigneurie le 27 janvier et le
19 juillet 1511, pour lui demander la ville de
Pise. Elles ont été publiées par Desjardins.
1 O. Tommasini, La vita e gli scritti di Niccolò Ma­
chiavelli nella loro relazione col machiavellismo ; Roma,
1883-1912, 2 vol. in-8.
2 F. T. Perrens, Histoire de Florence depuis la
domination des Médicis jusq’à la chute de la République
(1434-1531) ; Paris, 1888-1890, 3 voi. in-8.
3 P. Villari. Niccolò Machiavelli e i suoi tempi,
2a éd. Milan, 1895-97. 3 vol. in-16.
4 P. Imbart de la Tour. Les Origines de la Ré­
forme, to. I, la France moderne ; to. II, l’Eglise catho­
lique, la crise et la Renaissance. Paris, 1905-1909, 2 vol.
in-8.
5 C. von Hefble, Conciliengeschichte, fortgesetzt
von J. Hergenröther, Fribourg-en-Brisgau, 1855-1890,
6 vol., in-8 ; to. 8. — P. Leumann, Das Pisaner Condì
von 1511, Inaugural dissertation. Breslau, 1874. — L.
Sandret, Le concile de Pise de 1511; Revue des Ques­
tion historiques, XXXIII, 1883. — L. Pastor. Ge­
schichte der Päpste; seit dem Ausgang des Mittelalters,
4e éd., Fribourg-en-Brisgau, 1901-1909, 5 vol. in-8 ;
3e vol.
6 Nous citons les fonds d’après l’Inventario som­
mario del R. Archivio di Stato di Firenze, Florence, 1903,
n-8".

Au reste, par suite du classement défectueux
de l’Archivio, un assez grand nombre de
pièces, qui devraient figurer aux Atti pub­
blici, se trouvent dans d’autres séries, par­
ticulièrement celle des Dieci di Balia.
La Collection des Conseils fournit assez
peu de renseignements. La série dite des
Provvisioni della Signoria concerne unique­
ment la législation intérieure ; celle des Par­
titi del Consiglio est relative aux votes des
Provvisioni. La série très complète des Deli­
berazioni della Signoria ne concerne guère
que l’administration de l’Etat florentin. Le
seul fonds où l’on trouve des documents sur
le Concile est celui des Consulte e pratiche.
On appelait ainsi des réunions auxquelles
prenaient part, avec les membres de la Sei­
gneurie, un certain nombre d’officiers et de
citoyens spécialement convoqués, et désignés
sous le nom de Richiesti. De cette collection
nous avons retenu deux registres :
Consulte e pratiche
»
»

69
70

Si la série des Conseils ne nous instruit
que médiocrement sur les affaires du Concile,
c’est que la direction de la politique exté­
rieure était confiée à un corps spécial, celui
des Dieci di Balia nommés aussi les Dieci di
libertà e pace. La Collection des Dix est la
plus riche pour l’histoire de l’assemblée
pisane.
Toutefois, les procès-verbaux de leurs dé­
libérations (Dieci di Balia, Deliberazioni e
condotte, stanziamenti et paghe di soldati) ne
nous renseignent guère que sur la partie
proprement technique de leur activité, —
paie de soldats, d’ambassadeurs, de commis­
saires, etc. Les comptes-rendus des séances
où ils décidaient des questions politiques
n’ont pas été conservés.
Aussi ne trouve-t-on que des documents
sans grand intérêt dans les quatre registres
suivants, contemporains du Concile :

Dieci di Balia, Deliberazioni e condotte
»
»
»
57
»
»
»
»
»
»

56
58
59

Au contraire, la Correspondance politique
des Dix subsiste presque tout entière. Elle
comprend deux séries principales :
I ) Dieci di Balia, Legazioni e Commis­
sarie, Istruzioni e lettere missive, per la mag­
gior parte fuori del dominio.
Cette série est constituée par 48 registres
où les lettres des Dix étaient recopiées au
jour le jour avec grand soin. Les registres

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

contemporains du Concile, très riches en do­
cuments, sont les suivants :

Dieci di Balia, Legazioni e Commissarie 35
»
»
»
36
»
»
»
37
»
»
»
39

Les originaux de ces lettres ont pour la
plupart disparu. Cependant une partie des
instructions adressées à Tosinghi, ambassa­
deur auprès de Jules II, entre juillet et dé­
cembre 1511, se trouve en original dans un
volume inexactement coté
Signori, Missive originali 8.
Le texte n’en diffère que par des détails
orthographiques du texte contenu dans les
Legazioni e Commissarie.
Il subsiste quelques minutes des instruc­
tions préparées par les Dix. Le registre 38
des Legazioni e Commissarie contient la pre­
mière ébauche de quelques lettres, écrites en
juin 1512, et conservées dans le Registre 39.
La Collection des Legazioni e Commissarie
doit être complétée à l’aide de la série dite
Dieci di Balia, Carteggio, Missive scritte den­
tro il dominio. Elle comprend 108 volumes,
où sont conservées les lettres des Dix, adres­
sées à des fonctionnaires et commissaires
florentins dans des villes du domaine. Les
lettres adressées pendant le Concile aux
administrateurs florentins établis à Pise se
trouvent dans le registre suivant :

Dieci di Balia, Carteggio, Missive 93.
II) Dieci di Balia, Carteggio, Responsive.

Cette Série est constituée par 151 volu­
mes, où l’on a relié, par ordre chronologique,
non sans erreurs, les originaux des rapports
adressés aux Dix par les ambassadeurs, les
commissaires et les fonctionnaires de la Ré­
publique établis dans les villes du domaine.
Elle correspond donc à la série des Legazioni
e Commissarie et à celle des Missive scritte
dentro il dominio.
Les volumes contemporains du Concile,
et très riches en documents, sont, par or­
dre chronologique, les suivants :

Dieci di Balia, Carteggio, Responsive
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

100
101
102
99
100
104
105
106
107
103
108

27

Par suite d’une erreur de classement, les
lettres de mars-avril 1511 (avant Pâques)
et de mars-avril 1510 (avant Pâques) se trou­
vent mêlées dans le volume n°. 100.
Un grand nombre de ces lettres sont
chiffrées, en tout ou en partie. Mais l’Archi­
vio di Stato en conserve les clefs dans un
volume intitulé :
Chiavi delle Cifre delle Lettere ài Dieci di
Balia dal 1424 al 1530.
Au reste, les passages en chiffres sont
fréquemment traduits, avec plus ou moins
de fidélité, dans l’interligne ou sur une feuille
intercalée dans le registre. Quelques-uns de
ces déchiffrements sont de la main de Machia­
vel, secrétaire de la seconde Chancellerie.
Une copie contemporaine mais souvent
inexacte des lettres que Francesco Pandolfini,
ambassadeur à Milan, écrivit, du 7 septembre
1510 au 20 mars 1512, et qui appartenait, en
1670, au sénateur Carlo Strozzi, est conservée
sous la cote :
Legazioni e Commissarie, Missive e Re­
sponsive, 59.
C’est de ce volume que Desjardins a pu­
blié quelques pages au tome II des Négocia­
tions Diplomatiques de la France avec la To­
scane.
La direction de la politique extérieure
appartenait, en droit, aux Dix. Mais dans la
pratique, et durant les dernières années du gou­
vernement de Soderini, ils la partageaient as­
sez fréquemment avec la Seigneurie et le gon­
falonier. Un assez grand nombre d’instruc­
tions aux ambassadeurs et aux commissaires
sont signées de la Seigneurie. Un certain
nombre de relations lui sont adressées.
Ces instructions se rencontrent dans di­
verses séries.
I. Signori, Lettere missive esterne, cioè
della 1a Cancelleria.
La première Chancellerie étant chargée,
en théorie, des lettres adressées à l’étran­
ger, on trouve, dans ces 58 volumes, des
créances d’ambassadeurs, des instructions
au orateurs et commissaires, exactement
comme dans les Legazioni e Commissarie des
Dix. Aucune raison spéciale n’explique cette
division du travail.1
Les pièces relatives au Concile se trou­
vent dans le registre suivant :

Signori, Carteggio, Missive, Reg. F Can­
celleria, 57.
II. Legazioni e Commissarie, Elezioni,
Istruzioni e Lettere a Oratori.
Même sorte de documents, quelques-uns
signés du gonfalonier et des seigneurs.
1 D. Marzi, La Cancelleria della Repubblica fioren­
tina ; Rocca San Casciano, 1910, in-8°, p. 296.

�28

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

*
* *

Sont à retenir :

Signori, Legazioni e Commissarie
»
»
»
»
»
»

23
26
28

III. Lettere, Missive, della 1a Cancelleria.
Minutari.

Cette collection de 31 volumes contient
les minutes d’instructions envoyées par la
Seigneurie et le gonfalonier. Les lettres ori­
ginales de Soderini étant presque toutes per­
dues, on en trouve quelques brouillons dans
le registre suivant :
Signori, Missive, Minutari, 20; (minutari
di Lettere di P. Soderini, 1508-1512).
IV. Signori, Lettere missive interne della
2a Cancelleria.

La seconde Chancellerie étant chargée, en
droit, des rapports avec l’intérieur, on ren­
contre, dans ces 71 volumes, des lettres
adressées à divers fonctionnaires et commis­
saires établis dans des villes sujettes.
Assez peu de documents à retenir dans :

Signori, Carteggio, missive, Reg. 2. Canc. 40
»
»
»
»
41

Les réponses adressées directement, par
les ambassadeurs ou les Commissaires, à la
Seigneurie, sont conservées dans la série
suivante, composée de 43 volumes où les
originaux furent classés par ordre chrono­
logique :
Lettere, responsive, cioè ricevute dalla Si­
gnoria.
Deux volumes sont à retenir :

Ces diverses sources fournissent les élé­
ments d’une publication qui embrasse une
période de deux ans, et pourra paraître en
un volume de six cents à sept cents pages,
format de la collection des Documents Iné­
dits. L’ensemble s’en présente ainsi :
I. (juin-septembre 1510). — Arrestation
à Rome des Cardinaux du parti français.
(lettres de l’ambassadeur Matteo Niccolini).
— Louis XII pense à réunir un Concile con­
tre Jules II. (Lettres de Machiavel, 3e mis­
sion à la cour de France, déjà publiées par
Passerini ; lettres de Roberto Acciajuoli, am­
bassadeur auprès de Louis XII). — Le Con­
cile français de Tours autorise le roi à pro­
cèder contre le pape (lettres d’Acciajuoli).
Sources principales, Dieci di Balia, Re­
sponsive 100-102.
II. Octobre 1510-mai 1511. — Séjour
des cardinaux rebelles à Florence ; premiè­
res difficultés de la République avec le pape.
— Les Cardinaux passent en Lombardie, in­
triguent pour encourager Louis XII et Maxi­
milien au Concile. (Correspondance des Dix
avec Pierfrancesco Tosinghi, ambassadeur
à Rome, Francesco Pandolfini, ambassadeur
à Milan, Acciajuoli) — Louis XII, le 17 jan­
vier 1511, demande à la République de lais­
ser le Concile se réunir à Pise (publiée par
Desjardins). — Cependant il essaie encore
d’engager avec le pape des négociations pour
la paix ; leur rupture. Nouvelle assemblée
gallicane à Lyon. Décret solennel de convo­
cation du Concile (16 mai 1511). Emotion à
Rome et à Milan (Correspondance d’Ac­
ciajuoli, de Pandolfini et de Tosinghi).
Sources principales :

Signori, Carteggio, Responsive, Originali
9
»
»
»
»
33

Dieci di Balia, Resp. 102, 99, 100, 103, 104
»
»
Leg. e Com. 35-36.

On garde les brouillons d’un certain nom­
bre de lettres adressées à la Seigneurie par
des officiers et commissaires établis dans les
villes du domaine. Ils se trouvent, avec di­
verses autres pièces, dans une collection
commune à la Seigneurie, aux Dix et aux
Huit de Pratique, celle des Legazioni e Com­
missarie, Missive e Responsive.
A retenir seulement :

III. Mai-août 1511.
Le roi insiste auprès de la Seigneurie
pour obtenir Pise : le gouvernement florentin
essaie de se dérober (lettres d’Acciajuoli, in­
structions des Dix). Incertitudes à Milan sur
le lieu de réunion (lettres de Pandolfini, in­
struction des Dix). — Cependant Louis XII
essaie encore de négocier avec le pape (let­
tres de Tosinghi) ; échec de ces négocia­
tions. Le roi demande Pise pour la seconde
fois (lettre du 16 Juillet 1511, publiée par
Desjardins) ; ambassade de l’évêque d’Au­
tun. Consentement secret de la Seigneurie,
(lettres d’Acciajuoli, instructions àAcciajuoli,
Pandolfini, Tosinghi). — A Milan, on ne
sait si Maximilien acceptera Pise et viendra
au Concile (lettres de Pandolfini) — Nouvel­
les négociations entre Louis XII et le pape,
qui vient de convoquer le Concile au Latran
pour l’année suivante ; mission de l’évêque

Legazioni e Commissarie

60

Enfin la collection des Carte Strozziane,
recueil des papiers qui, au XVII° siècle,
étaient la propriété du sénateur Carlo Strozzi,
contient un certain nombre de lettres pri­
vées, écrites au Cardinal Jean de Médicis,
qui devint plus tard Léon X, par ses fami­
liers, et dont quelques-unes sont relatives
au Concile. Desjardins a publié les plus im­
portantes.

�29

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

de Tivoli. Maladie grave de Jules II (lettres
de Tosinghi). Le bruit de sa mort se répand
en Lombardie et en France (lettres de Pan­
dolfini et d’Acciainoli); sa guérison; rupture
des pourparlers (lettres de Tosinghi).
Sources principales :

Dieci di Balia, Resp.
Leg. e Com.
Signori, Cart. Resp. Orig.

104, 105
36
33

I V. Septembre-octobre 1511.
Le gouvernement florentin essaie de dé­
tourner le roi d’envoyer les prélats français
à Pise ; il exige qu’aucun homme d’armes
français n’y entre : quatrième légation de
Machiavel, en Lombardie et en Cour le
France, publiée par Passerini : (lettres d’Ac­
ciajuoli, de Pandolfini et instructions). —
Louis XII promet que ses troupes ne pas­
seront pas l’Apennin. — Les Cardinaux
réunis en Lombardie attendent inutilement
l’empereur et les prélats allemands (lettres
de Pandolfini). — Jules II frappe Florence
d’interdit : scènes violentes à l’ambassadeur
Tosinghi. — Il accorde une suspension des
censures jusqu’au 15 novembre. — Voyage
des Cardinaux de Milan à Pise (lettres de
divers commissaires et officiers, Giovanni da
Poppi, Francesco Vettori, Posso Ridolfi, Gio­
vanni Barducci). — Préparatifs du Concile
à Pise (correspondance avec Piero del Nero
et Niccolò de’ Zati, capitaine et podestat).
Sources principales :
Dieci di Balia, Cart. Resp.
»
»
Leg. e Com.
Signori Miss. Orig.
Dieci di Balia, Cart. Miss.
Signoria, Leg. e Com.
Signori, Cart. Miss. Reg. 1a Canc.
Consulte e Pratiche

106
37
8
93
28
57
69-70

V. Novembre 1511.
Réunion du Concile de Pise, Ier novem­
bre ; les trois premières sessions ; tumultes ;
départ des prélats français (lettres de P. del
Nero et Niccolò de’ Zati, Rosso Ridolfi et
Antonio Portinari ; instructions) — Retour
des Cardinaux en Lombardie ; leur méconten­
tement (lettres de Giovanni Barducci). —
Règlement des dépenses faites à Pise pour le
Concile (lettres de P. del Nero et Niccolò
de.’ Zati).
Sources principales :
Dieci di Balia, Cart. Resp.
107
»
»
Leg. e Com.
37
»
»
Cart. Miss.
93
Signoria, Cart. Miss. Beg. 2a Canc. 40
Consulte e Pratiche
70
VI. — Décembre 1511 — juin 1512.
Les Cardinaux et prélats réunis à Milan y
rouvrent le Concile ; nouvelles sessions. — La

guerre dans l’Italie du Nord ; fin de la lé­
gation de Pandolfini, 16 Mars 1512. — Léga­
tion de Niccolò Capponi : dernières séances
du Concile ; il quitte la Lombardie, juin 1512.
(lettres de Pandolfini et de N. Capponi, ins­
tructions).
Efforts du gouvernement florentin pour
rentrer en grâce auprès de Jules II: le pape
exige que la République se désiste de son
appel au Concile général et ne lève pas l’im­
position projetée sur les gens d’Eglise (let­
tres de Tosinghi). — Fin de la légation de
Tosinghi; légation d’Antonio Strozzi, jan­
vier 1512. Suite des négociations, conces­
sions du gouvernement florentin, levée de
l’interdit, (lettres d’Ant. Strozzi, instruc­
tions). — Louis XII mécontent de la Répu­
blique ; instructions données à Acciajuoli
pour la disculper. — Efforts inutiles pour
amener le pape et le roi à une politique de
paix. Incertitudes de Florence entre la Li­
gue et l’alliance française (lettres d’Ac­
ciajuoli, instructions).
Sources principales :
Dieci di Balia,
»
»
Signori, Leg. e
»
Cart.
»
Cart.
»
Cart.

Cart. Resp.
103-108
Leg. e Com.
37
Commissarie
23
Miss. Beg. 1a Canc.
57
Miss. Beg. 2a Canc.
41
Resp. Orig.
33
A. RENAUDET

Chargé de mission à l’Institut français de Florence.

NOTES CRITIQUES
Gabriel FAURE. — Sur la Via Emilia (Paris,
Sansot, 1911). — Heures d’Italie : deuxième série,
(Paris, Fasquelle, 1911).
La « manière » de M. Gabriel Faure n’a point
changé : on retrouvera, dans ces nouvelles esquis­
ses italiennes, le même aimable dosage de lyrisme
mesuré et d’érudition discrète qui valut aux pre­
mières le suffrage de l’Académie. Le ton reste ce­
lui de la bonne compagnie, et le style y est, sous
un laisser-aller apparent, précis et nuancé.
Nous suivons la Via Emilia de Plaisance à
Parme, de Modène à Bologne, de Bologne à Rimini, émus ou séduits tour à tour par les visions
de beauté, d’amour, d’héroisme ou de cruauté que
l’A. évoque à notre intention et que dominent les
grandes figures du Corrège et de Sigismond-Pandolphe Malatesta.
La deuxième série des Heures d’Italie est une
réédition moins luxueuse de Sur la Via Emilia,
accrue de quelques « crayons » de cités ou de
paysages, inspirés par un pélerinage dans la
Haute-Vénétie et le Cadore, depuis la route des
Dolomites jusqu’aux Villas princières de Maser
et de Fanzolo, en passant par Pieve di Cadore,
où, malgré Carducci, l’A. pense plus au Titien
qu’à Pietro Calvi.
Signalons les fréquentes et opportunes citations

�30

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

de Dante, dont s’orne le texte de M. Gabriel
Faure. Puissent-elles donner à nos compatriotes,
qui l’ignorent si unanimement, le désir de connaî­
tre un peu la Divine Comédie !
B. C.
DANTE. — Le Purgatoire, par Madame la com­
tesse Horace de Choiseul, d’après les commenta­
teurs ; (Paris, Didot, 1911).
Madame la comtesse de Choiseul a écrit une
sorte de Baedeker du Purgatoire dantesque, à
l’usage des catéchumènes. Elle a consciencieu­
sement étudié les principaux commentateurs an­
ciens ou modernes, de Benvenuto da Imola jusqu’à
M. Scartazzini, et fait une soigneuse sélection des
interprétations les plus édifiantes et les plus aisé­
ment intelligibles.
Le commentaire religieux et moral est toujours
abondant, et tous les vers théologiques s’y trou­
vent paraphrasés et élucidés. Les subtilités, les
difficultés dantesques s’effacent comme par mira­
cle, et il ne reste plus qu’un petit nombre d’idées
claires et orthodoxes, dont les catholiques les
moins philosophes pourront faire leur profit.
Le commentaire historique, d’ordinaire exact,
est beaucoup plus succinct. On pourrait même
quelquefois le trouver insuffisant. Le commentaire
esthétique est sagement laissé au bon goût du
lecteur.
Tel quel, malgré le travail qu’il a coûté, il ne
semble pas que cet ouvrage soit appelé à suppléer
une bonne édition de Dante. Mais on le consul­
tera, non sans soulagement, pour y trouver des
solutions élégantes et faciles à des points trop
controversés. 1
B. C·.
1 II est toujours regrettable de voir entre autres le vers :
A guisa di leon quando si posa
transformé, après une savante torture, en :
Aguisa di leone quando si posa.

Questions d’Enseignement.
Création de poste. — Réclamée, attendue depuis
plusieurs années, depuis plusieurs années néces­
saire, la création d’une seconde chaire d’italien
au lycée de Marseille est désormais chose faite.
M. André Lacombe, les sympathique professeur du
lycée d’Avignon, a été appelé à ce nouveau poste,
véritable poste de confiance, qu’il remplira à
merveille, secondant de toute son activité et de
toute son expérience les efforts de M. Guichard
pour faire de Marseille un des bastions de l’ita­
lianisme. Nous nous réjouissons de cette nouvelle
conquête.
Pour l’enseignement de l’italien. — Nous rele­
vons dans Paris-Journal un article qui y a paru
sous ce titre :
« L’étude des langues vivantes a pris en France,
depuis quelques années, une grande extension.
Dans l’enseignement supérieur, très nombreux
sont les élèves qui suivent les cours d’allemand
et d’anglais. L’espagnol, grâce à l’impulsion que
lui ont donnée le distingué M. Mérimée et ses
collègues des Universités de Bordeaux et de Tou­

louse, semble avoir devant lui un brillant ave­
nir. L’italien seul est entré dans une période de
défaveur nettement marquée.
Des universitaires éminents ont cependant es­
sayé de développer l’étude de cette langue. M.
Luchaire, avec sa haute compétence et son inlas­
sable activité, a fondé l’Institut français de Flo­
rence, et a pu grouper autour de lui un certain
nombre d’étudiants. A Paris, M. Hauvette, pro­
fesseur à la Sorbonne, et M. Paoli, professeur à
Louis-le-Grand, ont fait de louables efforts pour
augmenter le nombre des italianisants. Mais, au
ministère de l’Instruction publique, on semble
vouloir s’opposer à l’étude de l’italien, puisque,
cette année, on a réduit à une le nombre des
places du concours d’agrégation, et qu’on laisse
entrevoir que ce concours sera supprimé l’année
prochaine. Certains journaux italiens, le Corriere
della Sera, par exemple, se plaignent amèrement
de cet état de choses.
Pourtant, l’étude de l’italien s’impose aux Fran­
çais pour de multiples raisons.
Au point de vue économique, la connaissance
plus grande de la langue du Dante contribuerait
à ouvrir de nouvelles relations entre la France
du Midi et sa sœur latine. Comme conséquences,
notre commerce et notre industrie qui traversent
une crise, pourraient voir augmenter leurs débou­
chés.
Au point de vue politique, les raisons sont
certes assez frappantes, et l’on peut affirmer que
l’Italie et la France ont intérêt à mieux se con­
naître pour mieux s’aimer. Et cette connaissance
plus grande découlera fatalement du plus grand
développement que prendra chez nous l’étude de
l’italien, qui est loin d’égaler le développement
qu’ont, de l’autre côté des Alpes, l’étude et la
connaissance du français.
Enfin, au point de vue littéraire, les avantages
que procurera l’étude de l’italien sont incontesta­
bles. Elle servira beaucoup aux écrivains et aux
artistes qui sont appelés chaque jour à faire des
recherches dans les riches bibliothèques et dans
les musées de la péninsule.
Nous demandons à M. Guist’hau de vouloir
bien donner, au moins dans le Midi de la France,
à l’étude de l’italien, la même importance qu’a
depuis longtemps l’étude de l’allemand et de l’an­
glais, et que commence à prendre l’étude de l’espa­
gnol. Il fera sûrement œuvre utile ».
Nous ferons observer à l’auteur de cet article,
dont les intentions sont excellentes, que ses ap­
préciations ne sont pas toutes absolument exactes.
Il n’y a pas une aussi forte différence qu’il le
dit entre le développement de l’étude de l’italien
et celui de l’espagnol, bien que ce dernier ait une
assez forte avance sur le nôtre, au point de vue
du nombre des chaires.
Il n’est pas exact non plus que le Ministère
s’oppose à l’enseignement de l’italien. Sans doute
ou pourrait désirer une plus forte initiative de
l’administration en faveur de nos études, mais la
création de chaires nouvelles ne dépend pas uni­
quement du Ministre. Les chefs d’établissement,
et peut-être plus encore les familles et les corps
élus ont voix au chapitre. Le progrès de nos
études dépend donc surtout de la faveur dont
elles jouissent auprès du public, de l’intérêt qu’il
y attache. D’où l’importance d’une propagande

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

locale et directe dans tout le Sud-Est, que l’As­
sociation des Italianisants se propose de développer
par tous les moyens à sa disposition et qu’elle
exhorte sans cesse ses adhérents à poursuivre
individuellement.
Association des professeurs de Langues Mé­
ridionales. — Le Bulletin de la Société d’Etudes
des professeurs de langues méridionales (déc.janv.-fév. 1912) renferme un pressant appel aux
Italianisants et les invite à adhérer en masse à
l’Association. Nous souhaitons de tout cœur que
cet appel soit entendu par nos amis, car s’il est
indispensable que les Italianisants possèdent une
Association et un organe destinés à défendre leurs
intérêts particuliers et à traiter largement et uni­
quement les problèmes de l’italianisme, il ne l’est
pas moins que les professeurs de Langues méri­
dionales unissent toutes leurs forces pour résister
à toutes les attaques et surmonter tous les obsta­
cles — et ni les unes, ni les autres ne man­
quent ! — qui menacent ou entravent le dévelop­
pement de ces études, dans les régions bien dé­
finies où elles sont démontrées utiles et même
nécessaires.

Ecole d’Arts et Métiers. — L’Association des
professeurs de Langues vivantes de l’Enseigne­
ment public a émis un vœu réclamant l’admission
des langues espagnole et italienne aux Ecoles
d’Arts et Métiers, et spécifiant que l’Ecole d’Aix
pourrait dès 1912 être désignée pour recevoir les
candidats d’espagnol et d’italien.

Vœux divers. — La même Association a émis
un vœu destiné à obtenir la titularisation pour
les certifiés primaires, après une légère modifica­
tion tendant à renforcer la préparation française
à ce concours.
- Elle a émis un deuxième vœu demandant l’ad­
mission de l’espagnol et de l’italien au concours
du professorat des classes élémentaires des lycées
et collèges.
Sur la seconde langue. — Le groupe régional
des professeurs de langues vivantes de Bordeaux
a émis le vœu suivant qui ne peut manquer d’in­
téresser les professeurs d’italien de l’enseigne­
ment secondaire :
Considérant les excellents résultats obtenus
jusqu’à présent par l’enseignement d’une seconde
langue dans les sections B et D du deuxième
cycle, en dépit des mauvaises conditions d’orga­
nisation dans lesquelles cet enseignement est trop
souvent donné ;
Considérant les grands bénéfices qu’en retirent
les élèves se destinant au commerce et ceux, tous
les jours plus nombreux, que leurs occupations
mettront plus tard en contact avec l’étranger ;
Qu’il permet souvent à certains élèves qui se
décident tardivement à préparer les Écoles, d’en­
treprendre alors avec fruit l’étude de la langue
demandée au concours ;
Considérant que des élèves lents, paresseux, ou
inattentifs dans les petites classes sont animés
d’un nouveau zèle en entrant en Seconde, et se
mettent presque toujours à travailler la seconde
langue avec ardeur ; que ces élèves, distancés,
perdus dans les classes de première langue ont
souvent fait des progrès rapides dans les classes

31

de deuxième langue ; que la deuxième langue a
ainsi opéré de véritables sauvetages ; que si l’on
attache de l’importance à l’étude d’une langue
étrangère pour la formation de l’esprit et pour
l’utilité future dans la vie, la deuxième langue
est donc parfois celle qui procure le mieux ces
avantages.
L’Assemblée émet le vœu :
1° Que l’étude de la seconde langue soit main­
tenue ;
2° Que cet enseignement soit organisé norma­
lement et intégralement, dans tous les établissements
secondaires de garçons et dans les établissements
secondaires de jeunes filles où l’on prépare le Bac­
calauréat.

Concours d’italien en 1912. — Les coefficients
des épreuves aux concours secondaires d’Italien
ont été fixés ainsi qu’il suit pour l’année 1912.
Agrégation. — Composition en français sur un
sujet d’histoire littéraire, 4; Composition en lan­
gue italienne sur un sujet relatif à la civilisation
moderne des pays de langue italienne, 4 ; Thème,
3; Version, 3. — Leçon en français, 4; Leçon en
langue italienne, 4 ; Explication de deux textes
italiens, l’un en prose, l’autre en vers ; explica­
tion d’un texte latin, 4 ; Thème oral improvisé,
3 ; Explication improvisée d’un passage d’une
revue en langue complémentaire, 2; Note pour la
prononciation, 2.
Certificat secondaire. — Thème, 1 ; Version, 1;
Composition Italienne, 2. — Thème, 1 ; Version,
1 ; Lecture expliquée, 2 ; Commentaire grammati­
cal, 2 ; Prononciation, 2.
Liste des Auteurs Italiens, à expliquer à l’exa­
men du brevet supérieur et aux examens d’admis­
sion aux écoles normales supérieures d’enseigne­
ment primaire de Saint-Cloud et de Foutenayaux-Roses.
Tasse. — Gerusalemme liberata (les vingt-huit
premières octaves du XIXe chant).
Goldoni. — La famiglia dell’antiquario (les
quatre premières scènes du IIe acte).
Alfieri. — Saül (les deux premières scènes
du IIe acte).
Leopardi. — Parini ovvero della gloria (les
trois premiers chapitres).

NOUVELLES UNIVERSITAIRES
Nominations et Mutations. — M. Maugain, doc­
teur ès lettres, maître de conférences de langue ita­
lienne et de littérature italienne et française comparées
à la Faculté des Lettres de Grenoble est nommé pro­
fesseur adjoint à la dite Faculté.
M. Lacombe, professeur agrégé d’italien au lycée
d’Avignon est nommé professeur d’italien au lycée
de Marseille - (création).
M. Bosco, ancien boursier d’agrégation, est délégué
dans la chaire d’italien du lycée d’Avignon.
M. Deville, est nommé professeur d’italien au col­
lège de Thonon-les-Bains.
M. Richard, professeur à l’Ecole Normale de Dra­
guignan, est nommé professeur de lettres-italien à
l’Ecole Normale de Grenoble.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

32

Association des Italianisants du Sud-Est
Un vote par correspondance a eu lien pour l’élection
du bureau définitif de l’Association pour 1912. En voici
les résultats :
Votants : 54
Suffrages exprimés : 54

Ont obtenu :
Pour la Présidence : MM. Maurice Faure : 53 voix élu
Jean Carrère : 1
Pour la Vice-Présidence :

Luchaire :
Landry :
Hauvette :
Rivet :

54 voix élu
49 élu
2
3

Délégué de l’Enseign. secondaire. Valentin: 54 v. élu
»
»
primaire. Paris :
51 v. élu
Broche :
3 v.
Trésorier.................................. Delahaye:
51 v. élu
Crémieux : 3 v.
Secrétaire.................................. Crémieux:
51 v. élu
Rouède:
3 v.
Une assemblée générale de l’Association aura lieu à
Grenoble à l’occasion du 14 juillet. L’ordre du jour de
cette assembée et des détails plus précis seront publiés
dans le prochain numéro.

CHRONIQUE
Les Italiens à l’Université de Grenoble. —
Nous extrayons du Rapport annuel du Comité de
patronage des Etudiants étrangers pour 1910-1911,
la statistique suivante des Italiens qui depuis
1897 ont fréquenté les cours de l’Université de
Grenoble durant l’année scolaire et les cours de
vacances :
115
De 1897 à 1902
46
En 1902-03
74
1903-04
88
1904-05
78
1905-06
112
1906-07
116
1907-08
122
1908-09
135
1909-10
154
1910-11
Soit un total de 1040 Italiens. Ce contingent
n’est dépassé que par celui de l’Allemagne (4243)
et de la Russie (1142).
Distinctions honorifiques. — M. Emmanuel Ro­
docanachi, l’érudit bien connu, directeur de la
Nouvelle Revue, vient d’être promu commandeur
de la Couronne d’Italie. Cet honneur si mérité
réjouira tous les Italianisants de France.
D’autre part M. Barbèra, l’éditeur Florentin,
qui était déjà chevalier de la Légion d’honneur,
a été nommé officier de l’Instruction publique.
Nos félicitations.

Conférences françaises en Italie. — L’Alliance
française de Bologne a organisé avec le concours
de l’Institut français de Florence une série de
conférences sur la littérature et l’art français
contemporains, dont voici les titres : Prof. Gu­
stave Soulier, Auguste Bodin (avec projections);
Prof. André Lichtenberger, La profession de ro­
mancier en France, de nos jours ; Prof. Benjamin
Crémieux, Henri de Régnier ; Prof. Paul-Marie
Masson, Les tendances de la musique française
contemporaine ; Prof. Henri Lebeau, Un romancier
régionaliste : Eugène Le Roy, Prof. Eugène Lan­
dry, Paul Verlaine.
Ces conférences ont lieu dans la grande salle
de l’Université gracieusement accordée par le
Recteur de l’Université.

Action locale en faveur de l’italien. — M. H.
Bertrand, professeur d’italien au lycée d’Alais,
mérite d’être porté au tableau d’honneur des Ita­
lianisants du Sud-Est. Par la parole et la plume,
dans le coin des Cévennes où il enseigne, il mène
une énergique propagande en faveur de nos étu­
des, s’appliquant à dissiper tous les vieux préjugés
français sur l’Italie et les Italiens et à faire mieux
connaître la jeune nation.
Nous nous faisons un plaisir de résumer ici,
en guise d’exemple à suivre, l’action féconde de
M. Bertrand.
D’abord deux conférences:
1. Le socialisme dans Ada Negri et De Amicis;
2. La famille royale d’Italie;
Plus une série d’études et d’articles parus dans
l’Union Socialiste et dans l’Echo d’Alais et des
Cévennes dont voici les titres.
3. Vers la paix; 4. Edmond de Amicis; 5. An­
tonio Fogazzaro; 6. La langue italienne: pourquoi
elle doit être traitée comme les langues de Nord;
7. Le dernier livre de Fogazzaro: Leila; 8. Anita
(Mort de la femme de Garibaldi) ; 9. Qui ne dit
rien consent: trait de bonté de la reine Hélène;
10. Un coup de tonnerre: nouvelle-fantaisie; 11.
Sur la prétendue infériorité de la langue italienne ;
12. Turin: à propos de l’exposition; 13. L’Italie
œnicole ; 14. Tribulations d’un Italien à Londres
(nouvelle-fantaisie); 15. La langue française en
Italie; 16. La petite Papacoda (étude sur Naples) ;
17. En lisant la petite Papacoda (progrès des po­
pulations Napolitaines) ; 18. Le lac noir (nouvelle);
19. L’Italie au point de vue militaire; 20. Deux
princesses (Lætitia Bonaparte et Hélène d’Orléans);
21. Le coutelas italien; 22. L’Agriculture italien­
ne; 23. La cuisine italienne; 24. Le suaire du
Christ (à Turin;) 25. Deux figures Turinoises (fan­
taisie) ; 26. Princesse et gouvernante (nouvelle) ;
27. Le roi démocrate: étude sur le roi d’Italie;
28. Italien et patois ; 29. Le Déserteur (nouvelle).

L’abondance des matières nous oblige à ren­
voyer au prochain numéro notre Bibliographie,
ainsi qu’un article de M. Pierre Villey.
L’Administrateur-Gérant : B. Crémieux.

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                    <text>Mai-Juin 1912.

Quatrième Année — N° 3.

BULLETIN
FRANCO-ITALIE N
Ancienne: Italie Classique et Moderne
ADMINISTRATION
RÉDACTION

A Florence : 2, place Manin

CONGRÈS DE GRENOBLE
L’Assemblée générale annuelle de l'Association
des Italianisants du Sud-Est et le IIème Congrès
d’Études Italiennes auront lieu les dimanche 14
et lundi 15 juillet prochains à Grenoble, dans un
des amphithéâtres de la Faculté des Lettres, gra­
cieusement mis à notre disposition.
Trop de questions vitales pour l’avenir des
études italiennes en France restent encore à ré­
soudre, et risquent de l’être, si l’on n’y prend
garde, au détriment de notre enseignement, pour
qu’il soit nécessaire d’insister longuement sur
l’opportunité et l’importance d’une pareille mani­
festation, et sur l’intérêt qu’il y a à la rendre
aussi imposante que possible.
Le Comité de l'Association des Italianisants
s’est déjà préoccupé d’obtenir l’adhésion et de
s’assurer le concours de plusieurs personnalités
françaises et italiennes, mais le Congrès n’aura
quelque efficacité et ne pourra avoir de résultats
durables, que s’il groupe effectivement toutes les
forces vives de l’Italianisme. Il importe donc que
tous les membres de l'Association fassent leurs
efforts pour y assister en personne et y affirmer,
d’une manière péremptoire, leur union et leur
vouloir-vivre.
Le Congrès comprendra deux séances de travail
et de discussion le dimanche 14 juillet, et une
séance solennelle de clôture le lundi 15 sous la
présidence de M. Maurice Faure, sénateur, ancien
ministre, et en présence de S. E. Luigi Luzzatti,
ancien président du Conseil du Royaume d’Italie.
Nous invitons tous nos amis et lecteurs, de la
façon la plus instante, à nous envoyer leur adhé­
sion et à nous faire connaître, aussi tôt que pos­
sible, leurs vœux, leurs desiderata, à nous signaler
les questions qu’ils souhaiteraient voir discutées
au Congrès, à nous indiquer les rapports dont
ils accepteraient la charge. L’ordre du jour défi­
nitif du Congrès ne sera établi qu’après que
nous seront parvenues toutes ces communications
— que nous souhaitons nombreuses.
Dès à présent toutefois, il est permis de si­
gnaler un certain nombre de problèmes très
divers qu’il faudra examiner, et, dans la mesure
des possibilités actuelles, résoudre.
I. Il faudra d’abord régler tout un groupe
de questions relatives à l’organisation définitive
de l'Association des Italianisants du Sud-Est et
de son action auprès des autorités universitaires,
des pouvoirs élus, et du public.
Citons, entre autres :

Pour la France : 11bis - place du Quatre Septembre
Aix-en-Provence
Pour l’Italie: 2, place Manin, à Florence
1° La discussion des Statuts de l’Association,
dont nos lecteurs trouveront un projet inclus
dans ce fascicule. — 2° Elections complémentaires
du Comité. — 3° Étude des moyens de propa­
gande d’après les données d’une enquête récente.
— 4° Extension de cette propagande d’après les
résultats d’une enquête menée auprès des chefs
d’établissement des Académies du Sud-Est, de
Paris, d’Algérie et de Tunisie, etc...
II. La refonte des programmes de 1902, qui
se discute au Conseil Supérieur de l’Instruction
publique ; l’exclusion de l’italien du concours
d’entrée de la plupart des grandes écoles, et ré­
cemment, sa proscription de celui des Écoles
d’Arts et Métiers, doivent retenir d’une façon
spéciale, l’attention des Italianisants. Au nombre
des questions professionnelles mises à l’ordre du
jour, il faudra donc inscrire :
1° L’admission de l’italien au concours d’en­
trée des Grandes Ecoles, en particulier des Ecoles
d’Arts et Métiers. —- 2° L’italien dans le premier
cycle. — 3° Le problème de la deuxième langue. —
Et encore : 4° L’italien dans l’Enseignement pri­
maire supérieur et aux Ecoles Normales. — 5°
La situation des certifiés primaires de langues
vivantes. — 6° Rapports de notre Association
avec la Société d’Etudes des professeurs de Lan­
gues méridionales et l'Association des professeurs
de langues vivantes.
III. Enfin il conviendra d’examiner quelques
questions pédagogiques de la plus haute impor­
tance :
1° Les sujets de baccalauréat. — 2° La mé­
thode directe. — 3° Correspondance intersco­
laire et échanges d’enfants. — 4° Assistants
étrangers. — 5" Bourses de séjours en Italie. —
6° Livres de classe, etc....
Afin de permettre aux Italianisants de se ren­
dre nombreux au Congrès, nous avons introduit
auprès de MM. les Recteurs des Académies du
Sud-Est la demande d’un jour de congé pour tous
les professeurs d’italien de leur ressort, et nous
avons bon espoir de voir notre demande prise en
considération.
Des pourparlers sont également en bonne voie
avec la Compagnie des chemins de fer P. L. M.
et il y a tout lieu de croire que des permis de
circulation à prix réduits seront accordés aux
Congressistes.
N. B. — Un banquet amical et une excursion aux
alentours de Grenoble seront organisés par les soins
du Comité. On est prié d’adresser son adhésion au
banquet avant le 10 juillet (la cotisation séra de 6
francs par tête).

�34

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Les Congressistes, à leur arrivée à Grenoble, pour­
ront s’adresser au Concierge de la Faculté des Lettres
qui leur remettra : 1°) un plan de Grenoble avec l’in­
dication des hôtels recommandés et des lieux de réu­
nion du Congrès — 2°) les cartes d’invitations pour
les diverses cérémonie, notamment pour une conférence
de M. Luzzatti — 3°) le programme complet et l’horaire
des séances.
Toutes les communications et adhésions relatives
au Congrès doivent être adressées à M. Gabriel
Maugain, professeur à la Faculté de Lettres de Gre­
noble, 5, rue Taillefer - Grenoble ; ou à M. Benjamin
Crémieux, secrétaire de l'Association, 2, piazza Manin,
Florence.
Le Comité
de l'Association des Italianisants du Sud-Est.

Encore un livre italien de la Bibliothèque de Montaigne
On sait que la « librairie » de Montaigne
était riche en livres italiens. Trente-cinq de
ces livres ont été retrouvés.1 Ils nous permet­
tent de nous faire une idée de ce que fut la
culture italienne de Montaigne. Les genres
les plus divers y sont représentés : les scien­
ces avec le traité de Borro sur le flux et le
reflux de la mer, et celui de Bacci sur le
Tibre et les eaux douces ; l’archéologie avec
Mauro, auteur d’un livre sur les antiquités
de Rome; la controverse avec Bernardino
Ochino ; l’art militaire avec Machiavel; la
nouvelle avec Boccace; les voyages avec le
vénitien Gasparo Balbi ; l’histoire avec Guichardin, Lionardo Aretino, De Franchi, Vil­
lani ; la politique avec Machiavel et Sanso­
vino; la morale avec Bembo, Equicola,
Hebreo, Gelli; la civilité mondaine avec Ca­
stiglione, 2 Guazzo et autres; les épîtres fami­
lières avec Annibal Caro; la poésie avec Pietro
Bembo, l’Arioste, Pétrarque, Le Tasse, etc.
Des enseignements de nature très diverse
lui viennent donc d’Italie, et, encore à la fin
du siècle, la péninsule reste une des grandes
pourvoyeuses d’idées pour le philosophe qui
incarne le mieux à cette époque notre pensée
nationale. Si ses leçons de civilité sont particu­
lièrement précieuses à Montaigne, parce qu’elle
est seule alors à pouvoir les lui donner, en
tout sujet il éprouve le besoin d’interroger
la littérature italienne. Encore sommes-nous
loin de connaître entièrement sa dette. Pour
ne parler que des lettres familières, Montai­
gne déclare qu’il en possédait cent recueils
italiens. J’entends bien qu’il ne faut peutêtre pas prendre cette indication à la lettre.
Sans doute il ne s’était pas donné la peine
de les compter et il a voulu dire seulement
1 Sur cette question on nous permettra de ren­
voyer le lecteur à notre ouvrage sur les Sources
et l'Evolution des Essais de Montaigne. Paris, Ha­
chette, 1908.
2 J’ai soupçonné sans raison Montaigne (Les Sources
et l’Evolution des Essais, p. 95) d’avoir commis un
contresens dans la lecture d’une phrase de Castiglione.
Je saisis l’occasion qui n’est offerte de réparer mou
erreur. Les mots «nelle mule» dans le texte en que­
stion signifient bien « sur des mules », comme l’a
compris Montaigne ou peut être le traducteur Colin,
dont il a suivi la version.

qu’il en possédait beaucoup.1 Quoi qu’il en soit
nous ne connaissons encore que deux ou­
vrages de cette sorte dont nous puissions
assurer que Montaigne les a lus : celui d’An­
nibal Caro, pour lequel il avait une estime
particulière, et celui de Veronica Franco qui,
comme nous l’apprend le Journal de Voyage,
lui a été offert à Venise par l’auteur luimême. Nous avons donc encore beaucoup à
apprendre sur ses lectures italiennes, et les
critiques qui étudient les relations de la
France et de l’Italie au XVIe siècle pour­
ront peut-être avec profit diriger quelques
recherches de ce côté.
Récemment on a montré 2 qu’il a fait un
emprunt important à l'Histoire générale des
Indes de Girolamo Benzoni. C’est une preuve
nouvelle, après plusieurs autres, que les
écrivains italiens, moins sans doute que les
écrivains espagnols, mais largement pour­
tant eux aussi, ont contribué à lui constituer
ce stock d’idées sur le nouveau monde dont
sa pensée philosophique devait tirer un si
riche parti. Toutefois pour lire Benzoni,
Montaigne n’a pas fait usage du texte ita­
lien. Il a eu recours à la traduction fran­
çaise que Chauveton venait d’en donner. Il
transcrit son modèle avec assez de fidélité
pour qu’on puisse l’affirmer. Peut-être une
circonstance fortuite en a ainsi décidé. J’ob­
serve pourtant que nous ne sommes encore
qu’en 1579 ou 1580. A cette époque sans
doute Montaigne lit la langue italienne. Quel­
que huit ou dix ans plus tôt il étudiait déjà
Guichardin dans le texte. Mais il ne la lit
peut-être pas sans effort, et Montaigne n’aime
pas l’effort. C’est surtout après son séjour en
Italie (novembre 1580 à novembre 1581) que
les livres italiens afflueront sans doute dans
sa bibliothèque. Il aura acquis alors une
grande pratique de la langue italienne. Il
l’aura non seulement parlée pendant un an,
mais écrite. Dans diverses villes d’Italie
il aura acheté des livres, d’autres lui auront
été offerts, et sans doute il en rapporta dans
ses coffres beaucoup plus que le Journal de
voyage ne nous le donne à supposer.
C’est donc surtout après 1580, par consé­
quent dans les éditions de 1582 et de 1588 et
dans les additions manuscrites postérieures à
cette date qu’il convient de chercher les sou­
venirs des lectures italiennes de Montaigne.
Parmi les livres qu’il étudia dans cette période,
en voici un qu’il n’a pu connaître qu’assez peu
de temps avant sa mort car il a été publié
pour la première fois en 1589. C’est un Tré­
sor politique, « Tesoro politico », qui devait
jouir d’une grande réputation à la fin du
XVIe siècle et an début du XVIIe. 1 Com­
posé d’abord de deux parties, il devait bien­
tôt s’augmenter d’une troisième, puis d’une
quatrième. II devait être traduit en français
et en latin. Sous sa forme latine il était ap­
pelé à une large diffusion : quelques années
plus tard je le retrouve en Angleterre, en­
tre les mains du savant Robert Burton qui
1 Voir Chinard, l'Exotisme américain dans la litté­
rature française au XVIe siècle (Hachette 1911), cha­
pitre IX.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

le cite dans son Anatomy of melancholy. On
en donna même des éditions italiennes-latines, qui étaient destinées à servir d’instru­
ment pour l’étude de la langue italienne.
Que Montaigne se soit plu à l’étude de
cet ouvrage qui devait être goûté dans la
suite par tant de lecteurs, l’examen du texte
suivant, qui est emprunté à l’essai Des de­
striers (1-48) nous le prouvera suffisamment.
Je donne en regard le texte correspondant
du Tesoro politico.
MONTAIGNE
Pour vérifier combien les armées turquesques
se conduisent et maintiennent à meilleure raison
que les nôtres, ils disent qu’outre ce que les sol­
dats ne boivent que de l’eau et ne mangent que
ris et de la chair salée mise en poudre, de quoi
chacun porte aisément sur soi provision pour un
mois, ils sçavent aussi vivre du sang de leurs
chevaux, comme les Tartares et les Moscovites,
et le salent. (I, XLVIII).

TESORO POLITICO
In oltre la sobrietà, et parcimonia (familiari
ai suoi soldati) non fanno languire l’acceleratione
delle sue imprese, contentandosi (come fanno) di
bere acqua pura, mangiare riso, et carne salata che
riducono in polvere, et della quale ne porta cia­
scuno la sua provisione quasi per un mese : Et
quando il riso, et carne salata gli mancano, essi
sanno vivere dei loro cavalli stessi, quali salano,
come fanno anche i Moscoviti, et i Tartari
(II, IV).

J’avais supposé que ce texte était em­
prunté à un opuscule de Paul Jove intitulé
Ordo ac disciplina turcicae militiae. Je me
persuade maintenant que l’opuscule de Paul
Jove est bien la source de Montaigne, mais
non sa source immédiate. L’auteur anonyme
du Trésor politique a puisé chez Paul Jove,
puis à son tour Montaigne a traduit presque
littéralement le Trésor politique. Pour s’en
assurer il suffit de comparer le texte de Paul
Jove avec ceux que nous venons de citer.
« Tertia causa est, quia absque pane et
absque vino diu vivere possunt, oriza et
aqua contenti. Saepe numero etiam aequo
animo carent carnibus. Quod si contingat
eos orizam quoque minime habere, salitis
carnibus minutatim contritis, ac velut in
pulverem redactis, utuntur. Nam ejus modi
pulveres in quibusdam sacculis secum ferunt
cumque opus est, immixta calida aqua, dis­
solutis ebibunt atque inde nutriuntur. Prœte­
rea soliti sunt, praesertim cum nimia fame
laboratur, equos phlebotomare atque illorum
sanguine vitam propriam alere ».
Quel profit Montaigne a-t-il pu tirer de
ce Trésor politique? Il ne nous faut pas oublier
qu’il n’eu a pu connaître que les deux pre­
mières parties. La troisième partie ne devait
être publiée que bien après sa mort. Mais,
même réduit aux deux premières parties, le
Trésor politique constituait un ample maga­
sin de faits et d’idées. C’est un compilation
touffue, une sorte de pot-pourri politique où
1 Le British museum possède, sans parler des tra­
ductions, des éditions de 1589, 1598, 1600, 1601, 1602,
1605, 1610 et 1612.

35

se mêlent des éléments fort divers. Le titre
donne une juste idée de cette confusion :
« Thesoro politico, in cui si contengono trat­
tati, discorsi, relationi, ragguagli, instrut­
tioni, di molta importanza per li maneggi,
interessi, pretensioni dipendenze e disegni
de Principi ». L’ouvrage s’ouvre par une
sorte de théorie du gouvernement, très brève
et sans originalité. Elle traite des manières
d’établir fortement un pouvoir politique,
delli fondamenti dello stato et istrumenti del
regnare, et elle est qualifiée de « discorso ec­
cellente ». Il y est question des qualités na­
turelles qu’il importe au prince de posséder, de
l’éducation qu’il doit recevoir, de l’expérience
sur laquelle il doit s’appuyer, du choix de
ses ministres et de ses conseillers, des moy­
ens d’entretenir la paix.
Puis les principaux Etats de l’Europe
sont passés en revue : Rome, l’Espagne, la
Turquie, la République de Venise, la France,
l’Angleterre, etc. etc. Il est même fort lon­
guement question de l’Ethiopie et de son
souverain, le Prêtre-Jean, de la Perse, de la
Chine et accidentellement d’autres régions
lointaines. Pour chacun de ces Etats l’au­
teur donne pêle-mêle des informations géo­
graphiques, historiques, économiques, et il
résume tant bien que mal, souvent d’une
manière imprécise, mais quelquefois avec un
grand luxe de détails, les particularités de
son régime politique. Tout cela est présenté
au petit bonheur, sans que nulle part une
juste proportion soit observée entre les di­
verses parties, sans qu’en aucun endroit
on sente jamais un plan d’ensemble auquel
chacune d’elles se subordonne. Dans l’exposé
sur l’Espagne, par exemple les développe­
ments historiques sont interminables, dans tel
autre chapitre ils sont réduits à une sèche
nomenclature. Le jugement, si cher à Mon­
taigne, n’était pas la qualité maîtresse de
notre auteur ; et puis tout cela faisait un peu
double emploi avec un autre ouvrage que Mon­
taigne possédait déjà sans doute depuis quel­
ques années, que peut-être il avait rapporté de
son voyage, la compilation de Sansovino :
Del governo et amministratione di diversi re­
gni et republiche, cosi antiche come moderne di
M. Francesco Sansovino. Libri XXI, ne’ quali
si contengono diversi ordini, magistrati, leggi,
costumi, historie, et altre cose notabili, che
sono utili et necessarie ad ogni huomo civile et
di stato con nuova aggiunta di più republiche
et regni in diverse parti del mondo. (Venetia
1578). L’exemplaire de Montaigne nous a
été conservé muni de sa signature. Mais pour
certains Etats dont Sansovino parle trop
brièvement, le Trésor politique est fertile eu
renseignements variés. A tout prendre ils se
complètent l’un l’autre. S’ils nous apparais­
sent l’un et l’autre comme de médiocres com­
pilations, ils ont du moins le mérite de pré­
senter des faits, beaucoup de faits, à la cu­
riosité de Montaigne.
Et puis tous les deux se complaisaient
parfois à conter les mœurs et coutumes des
peuples dont ils décrivaient les institutions
politiques, et nous savons combien Montaigne
était friand de ces sortes de récits. Il y a

�36

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

dans le Trésor politique des pages sur les
usages des Ethiopiens et des Suédois qui
ont dû l’intéresser vivement. Tout ce qui
est dit de la ville de Quinsai en Chine tient
du prodige et pouvait séduire son imagi­
nation non moins que ce que des témoins
oculaires lui avaient rapporté touchant les
Cannibales.
De temps à autre aussi, le Trésor politi­
que s’attarde à des digressions souvent fort
longues, dont quelques-unes étaient bien de
nature à intéresser Montaigne. Les Turcs,
par exemple, retiennent indéfiniment notre
compilateur : voici un long « discours » qui a
pour objet de nous prouver que, bien que
fondé sur la violence, leur empire est appelé
à durer longtemps. Un autre « discours», non
moins interminable vient ensuite, où s’exprime
la traditionnelle espérance du monde chré­
tien : Discorso dello stato presente del Turco
e modo di fargli una guerra reale. L’idée
d’une levée en masse de toute la chrétienté
contre les infidèles hante toujours les pen­
sées. Le sentiment de leur puissance mili­
taire trouble les imaginations et inquiète les
consciences. Or, précisément dans le temps
où il lisait le Trésor politique, après 1588,
l’attention de Montaigne était particulière­
ment tournée vers les Turcs. Il puisait des
renseignements sur eux chez Paul Jove. Il
lisait l’histoire des Turcs par Guillaume
Postel, l’histoire des progrès de l’empire
turc par Chalcondile, le récit de la vie de
Scanderberg entièrement consacrée à lutter
contre les infidèles. Et il est bien vrai que
Montaigne était de ceux que l’idée de la
guerre sainte ne préoccupait guère, du moins
le Trésor politique lui apportait-il toutes sortes
d’informations sur les forces des armées tur­
ques, sur leur discipline, qui étaient singu­
lièrement propres à piquer sa curiosité. Nous
en avons eu un exemple tout à l’heure.
D’autres digressions entretenaient le lec­
teur de questions d’actualité. De quel prix
n’étaient-elles pas dans un temps où l’on ne
recevait pas chaque matin son journal, et où
il était si difficile de se tenir au courant des
grands événements politiques et militaires ?
Trois longs chapitres sont consacrés à l’in­
vincible armada que, une année plus tôt, en
1588, le roi d’Espagne venait de lancer sur
l’Angleterre, à l’organisation de la défense
du côté des Anglais, surtout au récit de
l’expédition elle-même avec ses désastreuses
péripéties. J’imagine que Montaigne les lut
avec avidité.
Mais son attention semble avoir été re­
tenue particulièrement par quelques disser­
tations traitant de questions générales qui
ouvrent la seconde partie. Là surtout, ainsi
que dans quelques chapitres qui nous rap­
portent des instructions données par leurs
maîtres à des ambassadeurs, il trouvait à
« embesogner son jugement ». Voici les ti­
tres des principales d’entre elles :
I. — Trattato della Religione, nel qual si dimo­
stra quella essere il fondamento, accrescimento,
et conservatione de gli Stati.
II. — Trattato, se le lettere, come alcuni hanno
havuto opinione, impediscono che in quella pro­

vincia, dove elle sono in prezzo, non si allevino
buoni soldati.
III. — Trattato, quale è meglio in occasione di
guerra andar noi ad assalir il nemico in casa
sua, ò aspettare che egli assalisca noi nella
nostra.
IV — Trattato delle occasioni; la facilità ch’elle
apportano ne gli affari humani, et specialmente in quelli della guerra : et la celerità che
bisogna usare in pigliarle, quando si appre­
sentano.
V. — Trattato, nel quale si oppugna, e confuta
l'ignominiosa opinione del Macchiavello, il
quale non si è vergognato di dire, esser lecito
ad un Principe mancare di parola, et rompere
la fede, quando se gli mostra occasione di un
bel gioco per beneficio del suo Stato. Et si
mostra, che quel Prencipe, il quale si mettesse
à seguire una tale opinione, non solamente si
farebbe perpetuamente infame, et abbominevole,
ma ancora condurrebbe ad estrema ruina lo
Stato, et la vita.

Montaigne avait touché déjà plusieurs de
ces sujets. Il avait même traité l’un d’eux,
le troisième, dans un de ses essais.1 Nous
ne nous étonnerons donc pas qu’il ait
étudié ces chapitres avec intérêt. C’est dans
l’un d’eux, le traité des occasions, que nous
avons relevé l’emprunt signalé ci-dessus.
Deux autres d’entre eux vont encore aider
Montaigne à dégager des idées qui lui sont
chères.
On sait quel tollé d’indignation soulevè­
rent au XVIe siècle les doctrines de Machiavel.
Les réfutations, exécrations et anathèmes se
sont succédés ininterrompus aussi bien dans
notre littérature que dans la littérature ita­
lienne. Entre tous faisait scandale le conseil
qu’il donnait aux souverains de ne pas
s’astreindre à tenir leur parole, de fausser
sans scrupule leur foi quand l’intérêt de
l’Etat le leur commanderait. Condamner de
pareils préceptes au nom de la morale était
chose banale, et je n’ai pas besoin de dire
que Montaigne ne se sentait nul désir de
les excuser, lui qui déclarait volontiers que
la loyauté était la première vertu dont il se pi­
quât, et qu’il était religieux à tenir sa parole
jusqu’à la superstition. Mais il était plus
intéressant de critiquer les théories de Ma­
chiavel en se plaçant au point de vue même
de Machiavel, de lui montrer, non que les
pratiques conseillées dans son Prince sont
immorales (nul n’en pouvait douter), mais
qu’elles sont encore impolitiques, que, même
à ne considérer que leurs résultats positifs,
il eût dû les rejeter. Montaigne n’a pas at­
tendu les suggestions du Trésor politique
pour affirmer que la déloyauté chez un prince
est aussi funeste que honteuse. Déjà avant
1588 il avait écrit: « Je ne sçay quelle com­
modité ils attendent de se faindre et contre­
faire, sans cesse, si ce n’est de n’en estre pas
creus lors mesme qu’ils disent vérité ; cela
peut tromper une fois ou deux les hommes ;
mais de faire profession de se tenir couvert,
et se vanter, comme ont faict aucuns de nos
princes, qu’ils jetteroient leur chemise au
feu si elle estoit participante de leurs vrayes
intentions..., et que, qui ne sçait se faindre,
1 Voir Essais, I.-47.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

ne sçait pas régner, c’est tenir advertis
ceux qui ont à les praticquer que ce n’est
que piperie et mensonge qu’ils disent ». 1
Toutefois c’est le Trésor politique qui lui a
inspiré le passage où il s’est exprimé sur ce
point avec le plus de vigueur.
Comme son titre l’indique le chapitre du
Trésor politique, pour critiquer la théorie de
Machiavel, se place aussi bien au point de
vue de ses conséquences politiques qu’au
point de vue de la conscience morale. L’au­
teur veut prouver non seulement « que le
prince qui se mettrait à suivre une telle
opinion se rendrait à perpétuité infâme et
abominable », mais encore qu’il « conduirait
son Etat et sa vie à une dernière ruine ».
Dans son argumentation je relève deux idées
principales: celle-ci d’abord : que si les avan­
tages immédiats qui décident un prince à
manquer à sa foi suffisaient à légitimer sa
conduite, il n’est point de vice qu’on ne pût
justifier par de semblables considérations,
car toute action vicieuse est entreprise en
vue de quelque profit; cette autre ensuite
que la réputation de loyauté a une valeur
marchande en quelque sorte ; elle est une
force que ne peuvent négliger les hommes
politiques sans commettre une très grave
imprudence.
Per dire verità non si può sanamente negare
che il più solido fondamento d’ogni principato
non sia la fama, et buona riputazione, così verso
i suoi, come verso i stranieri. Quale riputatione
può dunque bavere il Prencipe tra il suo popolo,
o verso gli altri, se ha nota d’infedeltà, di man­
cadore di fede, et di abbominevole spergiuro,
senza osservatione della parola. Il Macchiavello
per coprire 1’errore suo, che non fa ignorantemente, dice, che ciò aviene alcune volte molto a
proposito per il bene degli affari del Prencipe, et
che l’occasione passata non si ricupera mai più.
Qual maggiore pazzia poteva egli allegare à sua
confusione, che concludendo come fà, che il Pren­
cipe non hà d’haver riguardo all’obligatione della
fede, se il bene dello Stato suo presenta occasione
per violarla ? ninna certo. Nè secondo Dio, nè
secondo la dispositione de gli affari humani sa­
rebbe necessario che i Prencipi fossero tali. Per­
chè sarebbe la vera strada di non veder mai tra
noi, che fuoco, et sangue.... Per l’istessa consi­
deratione si potrebbe anco dire, che alcune volte
fosse bene saccheggiare le Chiese, rubare gli Al­
tari, opprimere gli innocenti, et favorire i ribaldi :
Perchè non ci è vitio tanto abominevole, ò mi­
sfatto così brutto, che per un tempo non porti
seco qualche specie, ò colore di bene, et in sua
stagione non giovi a chi lo commette, quando
bene non fosse questione d’altro che d’ haver
effettuato la sua corrotta volontà. Se questo non
fosse, havressimo noi tanti homicidarij, falsari,
sacrilegi, et genti macchiate di tali obbrobriose
iniquità, se non ne ricevessero qualche commodità
temporale?... Tutti i Prencipi che teniranno que­
ste strade cadono in un’altra penitenza, cioè che
quando diranno verità, alcuno non gli crederà, ne
si fiderà.2
Puis l’auteur confirme son opinion par
divers exemples. Il cite d’abord celui de
César Borgia, capitaine modèle aux yeux de
Machiavel, parce qu’aucun scrupule ne le
1 Essais, II.—17, éd. municipale, t. II, p. 430.
2 Trésor politique, II, V.

37

retint jamais, mais qui eut à payer si cher
toutes ses fraudes après la mort de son père
Alexandre VI. Il se plaît surtout à en relever
dans l’histoire des Turcs, car il prévoit une
objection à leur sujet: « Quelqu’un dira que
les Turcs ont imité ces mauvais artifices, et
se sont servis de toutes sortes de ruses et
de tromperies et de mauvaise foi envers
leurs voisins, et que néanmoins cela leur a
grandement servi et profité ». On ne sau­
rait le nier ; l’auteur remarque du moins
que les sultans les plus perfides n’ont pas
été les plus heureux dans leurs entreprises,
que quelquefois de semblables pratiques
leur ont porté grand préjudice, que les Turcs
eux-mêmes ont parfois reconnu la nécessité
de traiter loyalement leurs ennemis.
Solimano che fù stimato Prencipe più savio
tra tutti gli Ottomani.... havendo inteso quando
fece descendere la sua armata verso Ottronto
l’anno del 1537, che Mercurino de Gatinari, et i
Cittadini di Castro, erano stati fatti prigioni alla
restitutione, che fecero della piazza, contra la fede
promessagli, commandò incontinente che fossero
rilassati, dicendo, che non erano i modi che bi­
sognava pratticare per guadagnare il cuore, et la
volontà delle nazioni straniere, il mancare perfi­
diosamente della parola sua, quando una volta è
stata promessa.

Nous allons retrouver ce même exemple
chez Montaigne, et dans les mêmes termes,
et le développement qui l’accompagne n’est
pas sans rappeler celui du Trésor poli­
tique. « Ceux qui de nostre temps ont con­
sidéré en l’establissement du devoir d’un
prince le bien de ses affaires seulement et
l’ont préféré au soin de sa foi et consciance
diroient quelque chose à un prince de qui
la fortune auroit rangé à tel point les affaires
que pour tout jamais il les peut establir par
un seul manquemant et faute à sa parole.
Mais il n’en va pas ainsi. On rechoit souvant
en pareil marché ; on faict plus d’une paix,
plus d’un traité en sa vie. Le guein qui les
convie à la première despiauté (et quasi tou­
jours il s’en presante come à toutes autres
meschantey : les sacrilèges, les meurtres, les
rebellions, les trahisons s’entreprenent pour
quelque espece de fruit), mais ce premier
guein aporte infinis domages suivans, jetant
ce prince hors de tout commerce et de tout
moien de negotiation par l’example de cet
infidélité. Soliman, de la race des Ottomans,
race peu soigneuse de l’observance des pro­
messes et pactes, lorsque, de mon enfance,
il fit descendre son armée à Ottrento, aiant
sceu que Mercurin de Gratinare et les habi­
tans de Castro estoint détenus prisoniers,
apres avoir rendu la place, contre ce qui
avoit esté capitulé aveq eus, manda qu’on
les relaschat, et qu’aiant en main d’autres
grandes entreprinses en cette contrée là,
cette desloiauté, quoi qu’elle eut quelque
apparance d’utilité presante, luy aporteroit
pour l’avenir un descri et une desfiance
d’infini préjudice ».1
1 Essais, II, 17. J’ai ailleurs rapproché de ce
passage un texte de Paul Jove, mais ici encore il est

�38

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

L’autre idée que la lecture du Trésor po­
litique semble avoir mûrie dans l’esprit de
Montaigne n’est pas moins intéressante. Elle
emplit dans le Trésor le second chapitre de
la même partie: Si les lettres empêchent qu’au
pays où elles sont en prix il ne s’élève de bons
soldats. L’auteur ne va pas jusqu’à condamner
sans réserve la culture de l’esprit. Il estime
même quepour faire un grand capitaine l’étude
des belles lettres et de la mathématique est né­
cessaire, non qu’elle soit capable delui inspirer
la vertu militaire, mais lorsque la nature lui
a donné le courage, elle y joint la prudence,
qui n’est pas moins indispensable au comman­
dement. Alexandre et César lui sont garants
de la justesse de cette opinion.
Quanto à i soldati particolari io tengo che
non debbono sapere altro, che solo bene obbedire,
non essendo necessario che siano instrutti à una
così eccellente intelligenza delle cose, come il
capo. Aggiunto che le scienze humane, et l'arti
liberali in un animo poco fermo gli fanno amare
la civiltà, le delitie, et il riposo, in luogo del
travaglio : Et fanno amare le commodità, et haver
timore della morte, della fame, della sete, delle
fatiche, et pericoli della guerra, in somma impri­
mono più tosto il desiderio di governare la vita,
che esporla per la gloria, et grandezza della patria,
et per suo honore particolare, il che è più peri­
coloso in un soldato, che in alcun’ altro, che è
perche non debbe sapere altro, che ben obedire,
forbire le sue armi, et animosamente aiutarsi con­
tra il nemico.

Presque d’un bout à l’autre du chapitre
l’auteur insiste sur ces inconvénients de la
culture de l’esprit. Avant tout il tient à nous
faire voir par de nombreux exemples que les
peuples guerriers ont toujours été les peuples
ignorants.
Certes, Montaigne était singulièrement
préparé à accueillir une pareille opinion. On sait
de combien de sarcasmes il avait accablé le
pédantisme, et avec le pédantisme la culture
de l’esprit sous toutes ses formes lui était
suspecte. Il était prêt à faire siens tous les
griefs dont on la chargeait. Il avait dit déjà,
parmi beaucoup d’autres reproches, qu’elle
affaiblissait les corps et ruinait toutes sortes
de vertus. Mais peut-être n’avait-il pas en­
core nettement dégagé cette idée qu’elle est
un péril pour la puissance militare d’une
nation. Voici en quels termes il dénonce
ce danger après 1588.
clair que le texte du Trésor politique a servi d’inter­
médiaire entre Paul Jove et Montaigne.
In hoc decreto erat barbares imperator quum cer­
tior didicit a suis nulla fide cum Castrensibus rem
gestam fuisse, qui deditione facta secus accredirant
pro beneficio, summæ crudelitatis atque avaritiæ con­
tumelias retulissent, direpti scilicet et abducti in ser­
vitutem, quum incolumi libertate salvas omnium
fortunas fore speravissent. Quo maleficio surgillari
majestatis nomen judicabat, qui Semper in sponte
deditos fidei atque justitiæ observantissimus esse con­
suesset. Captandos siquidem Christianorum animos
certa spe humanitatis atque clementias, ut in exem­
plum, idem reliquie gentes adducerentur, nec esse
omni bellicæ cladis acerbitate divexandos, qui ultro
honesta pactione a veteribus dominis deficerent. Ita­
que expiandum omnino esse ejus patrati facinoris
infamiam putavit, generosoque animo quos maleficii
authores fuisse, supplicio affecit, et Castrenses captivos
omnes diligentissime perquisitos impositosque navigiis
ad penates suos reduci jussit (XXXVI, f°. 187 V°.).

« Ces examples1 nous app
renent, et en cette
martiale police (celle de Sparte) et en toutes
ses semblables, que l’étude des sciances
amollit et effæmine les corages plus qu’il ne
les fermit et aguerrit. Le plus fort estat qui
paroisse pour le presant au monde est celuy
des Turcs : peuples esgalement duits à l’esti­
mation des armes et mespris des lettres. Je
treuve Rome plus vaillante avant qu’elle fut
sçavante. Les plus belliqueuses nations en
nos jours sont les plus grossières et igno­
rantes. Les Scithes, les Parthes, Tamburlan
nous servent à cette preuve. Quand les Gots
ravagerent la Grece, ce qui sauva toutes les
libreries d’estre passées au fu, ce fut un
d’entre eus, qui sema cette opinion, qu’il
faloit laisser ce meuble entier ans enemis,
propre à les destourner de l’exercice militere
et amuser à des occupations sedenteres et
oisifves. Quand nostre Roy Charles huicties­
me, sans tirer l’espée du fourreau, se vit
maistre du Royaume de Naples et d’une bonne
partie de la Thoscane, les seigneurs de sa
suite attribuerent cette inespérée facilité de
conqueste à ce que les princes et la noblesse
d’Italie s’amusoint plus à se rendre ingé­
nieux et savants que vigoureux et guerriers
(II, 25) ».
Il est aisé de montrer que tous les exem­
ples sur lesquels Montaigne appuie son opi­
nion lui ont été fournis par le Trésor politique.
Nous retrouvons les mêmes de part et d’autre.
Et d’abord les deux derniers, les seuls que
Montaigne développe, sont précisément ceux
qui ouvrent le chapitre du Trésor politique.
Nel tempo che i Goti scorsero sacheggiando
con gran spavento, et impeto la Grecia, et come
impetuoso torrente si dilatarono per le fertili cam­
pagne mettendo à sacco tante Città, et Terre opu­
lenti. Tra le molte prede cadete nelle mani loro
gran numero di libri d’ogni sorte di professioni.
Quali non sapendo che farne, voleano come cosa
inutile, abbrusciare, s’uno tra loro non s’opponeva,
il quale levandosi in alto gridò, che bisognava
diligentemente conservarli, et lasciare (diceva egli)
questa peste tra i Greci, percioche à poco à poco
li priverà del vigore martiale, com’ è solito fare
a quelli che troppo si trattengono nello studio di
simili discipline, et scienze, rendendogli totalmente
molli, effeminati, et inetti al mestiere dell’armi, in
modo che inviliti di cuore caderanno più facil­
mente in preda della nostra fortuna, et acquisto.
Quando Carlo VIII Re di Francia traversò
con un essercito così picciolo l’Italia, et senza
sfodrare la spada ò abbassare la lancia s’impa­
tronì del Regno di Napoli, et della maggior parte
della Toscana; discorrendo i Signori Francesi tra
loro da che poteva procedere una dapocagine così
grande, che havevano ritrovata tra i Principi Ita­
liani, tutti n’ incolparono lo studio delle buone
lettere, che rendono i cuori molli, et che in effetto
non essendo appropriate che alla pace rendono
l’huomo timido, et poco atto et risoluto alla
guerra. In ogni tempo, et anche hoggidì i Turchi
hanno reputati, et stimano i Christiani di poco
valore nell’ imprese martiali, per causa della di­
versità dell’arti, à quali ordinariamente sono in­
clinati, et attendono.
Pour ces deux exemples-là Montaigne a
presque traduit son modèle. Ailleurs il se
contente de procéder par allusions. Il men­
1 Essai du pédantisme à la fin.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

tionne en passant l’ignorance et la valeur
militaire des Scythes, il rappelle l’ancienne
Borne si supérieure à la Borne savante, la
puissance militaire des Turcs qui fait trem­
bler l’Europe entière au XVIe siècle, et celle
de Tamburlan ou Tamerlan que la légende
grandit dans les imaginations. Nous compren­
drons mieux la portée de chacune de ces al­
légations quand nous en aurons lu le com­
mentaire dans le Trésor politique, qui les a
toutes suggérées :
Et nondimeno è l’huomo di così breve durata,
che non può riuscire perfetto in diverse scienze,
ne rendersi habile alla cura di tante cose diverse
per rapportarne il frutto che ricerca, et nondimeno
si occupa ciascuno dietro à questa scienza, et si
vuole intromettere in ogni sorte d'arti, et prati­
che, non accorgendosi che in luogo d’ andare in­
nanzi s’allontana dalla perfetta cognitione, che
sarebbe necessaria, restando poco fondato in una
sola professione. In contrario di ciò i Turchi im­
piegano tutti i loro dissegni nel fatto della guerra,
et ogni loro pensiero, et studio nell’ esercitio del­
l’armi, non volendosi dare ad alcun altro mestiere,
et compiacendosi solamente di quanto può loro
servire per la guerra. Non è cosa più certa (et
così lo vediamo noi per 1’ Historie) che i Romani
furono eccellentissimi guerrieri, ma principalmente
prima che havessero aperta la porta all’ arti, et
scienze che i Greci gli apportarono, et si fossero
dati alle delicatezze dell’Oriente. La loro gran­
dezza martiale fù nel tempo che i Consoli loro
non si sdegnavano di condurre l’aratro ; che i
Medici, i Cirurgici, et genti di simile professione
non haveano credito alcuno tra loro. Et in effetto
troviamo, che se dipoi terminarono qualche brava
impresa, non fù per valore che fosse restato tra
loro, anzi per la riputatione, et gran possanza,
che per inanzi s’erano acquistata, che sia vero,
con occhi si vede, che così tosto ch’ hebbero dato
luogo alle scienze forestiere conseguentemente per
la delicatezza dello studio ricevettero rotte nota­
bili, et ignominiose perdite si per le mani di
Iugurta, di Mitridate, delli Cinebri, de’ Numantini,
di Spartaco, de’ Parti, come d’altri, per confer­
matione della quale opinione, noi troviamo per le
historie antiche che i più bellicosi popoli, quali
come tali hanno terminate le più memorabili im­
prese, sono stati i più grossolani, rudi, et assue­
fatti alla fatica, et à gli incommodi, et lontani
anche da ogni civiltà, esenti da delicatezza vitio­
samemte introdotta tra .noi, et che tra l’altre cose
non haveano dottrina alcuna ne cognitione di
scienza, ò attione che potesse ammollire, ò in modo
alcuno divertire le coraggiose deliberationi, et
martiali dissegni. Così composti furono già et sono
anche hoggidì gli Scithi, quali altre volte hanno
fatto sentire la bravura dei loro eserciti fin nelle
più lontane parti dell’ Oriente, verso il Danubio,
et fin alle ripe del Nilo. Non è anche molto tempo
che questi condotti da Quingus loro Re trascor­
sero tutto il Levante, saccheggiarono il paese,
lasciandolo pieno di miseria, et desolatione. Tutta
fresca è anche la memoria de’ fatti notabili del
gran Tamburlano, il quale fin à quest’hora si può
solo vantare d’ haver disfatte in battaglia ordinata
l’armi Turchesche, et condotto il loro Signore
prigione, del quale si serviva di scabello sotto i
piedi. Nel nostro tempo i Mogari popoli grosso­
lani, et inesperti usciti della Scithia, ò (per dir
meglio) di Tartaria hanno fatti grandi acquisti
dalla banda dell’ Indie. Ciascuno sà anche che il
gran Cane non meno rustico, et inesperto di loro,
è non di meno uno dei più potenti Rè del Mondo,
dominando sopra un popolo così poco civile quanto
se ne possa trovare.

39

L’auteur s’étend encore longuement sur
ce sujet. Après s’être appuyé sur l’exemple
des Suisses, nation grossière et ignorante
entre toutes et l’une des plus belliqueuses
de l’Europe puisqu’elle fournissait alors de
soldats mercenaires les armées de ses voisins,
il revient aux Turcs pour faire de nouvelles
considérations sur leur mépris pour l’étude
et sur leur vaillance militaire. Et ici encore
Montaigne a suivi avec grande attention son
modèle. J’en ai la preuve dans une rémini­
scence de ce passage qui se retrouve dans
un autre de ses essais, l’essai De la fainé­
antise. 1
L’idée que nous venons de voir Montaigne
développer ainsi à l’instigation du Trésor po­
litique est l’une de celles qui inspireront à
Jean-Jacques Rousseau, un siècle et demi
plus tard, son célèbre paradoxe. Il la re­
prendra dans son Discours sur les sciences et
les arts, il citera intégralement le texte de
Montaigne et se fera une arme de son auto­
rité pour partir en guerre contre la civilisa­
tion, spécialement contre la culture de l’esprit,
qui est l’instrument et en même temps la
marque la plus apparente de toute civilisation.
A travers Montaigne, une idée du Tesoro po­
litico vient ainsi jusqu’au milieu du dix-hui­
tième siècle féconder la pensée d’un de nos
grands philosophes, et la compilation ano­
nyme, que le hasard peut-être avait un jour
mise sous la main de Montaigne, apporte sa
petite pierre à la construction du système de
Rousseau.
Pierre VILLEY.

CANOVA ET l’ART FRANÇAIS
L’excellent ouvrage de Μ. V. Malamani2
a ramené sur Canova je ne dis pas l’admi­
ration, mais la curiosité des historiens de
l’art français. Comme il fallait s’y attendre
c’est l’histoire proprement dite qui y a sur­
tout glané : Napoléon se dresse si haut sur
l’horizon, qu’il l’intercepte ; et soit en Italie,
soit en France, les articles que le récent
ouvrage a suscités découpaient avec soin dans
la vie de Canova ses trois séjours à Paris,
en 1802 et 1810 dans l’ombre du géant, en
1815 dans le vide que laissaient l’abdication et
le départ pour Sainte Hélène et ne mettaient
1 Montaigne parle de la nécessité pour les princes
de conduire eux-même leurs opérations militaires :
« Les princes de la race hottomane, la première race du
monde en fortune guerriere, ont chaudement embrassé
cett’opinion. Et Bajazet second aveq sou fil, qui s’en
despartirent, s’amusans aux sciances et autres occu­
pations casanières, donarent aussi de bien grans sou­
ffletz à leur empire ».
Après avoir montré chez Mahomet second, Selim
et Soliman l’union du courage et de la culture de
l’esprit, les deux qualités fondamentales d’un grand
capitaine, l’auteur du Trésor politique montre que
d’autres princes de la même race, s’ils avaient la
culture, ont manqué de vaillance : « Et tra gli altri
Baiazet Secondo, et Corcas suo figliuolo ne fanno fede.
Questi ebbero cognitione delle buone lettere, ma non
effettuarono alcun atto valoroso, percioche non haveano
cuore, ne animo nato alla guerra. (II, ii) ».
2 Canova, con 238 illustr. Milano, Hoepli, 1910.

�40

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

en relief parmi ses œuvres que celles qui
perpétuent les traits de César et de ses pro­
ches. Nous aussi nous avons étudié ces épi­
sodes dans la Revue des Études napoléonien­
nes, 1 mais nous ne nous sommes point
borné là. Son art, intéressant en lui-même
et comme phase dans l’évolution de l’art
italien, doit nous occuper en France. Canova,
caressé par les hommes au pouvoir sous
l’Empire, par le grand public, par les plus
grand nombre de nos artistes, a exercé sur
l’art français, de 1800 à 1830, une influence
que le Romantisme n’a pas tout à fait bou­
sculée. Aujourd’hui encore, si son œuvre est
représentée dans le musée national du Louvre,
c’est parce qu’elle a agi, de toute sa séduction,
sur les destinées de notre sculpture. Sur le
quai de la Cité et dans les officines de re­
productions en marbre ou albâtre, l'Amour
et Psiché, réduits aux proportions qui con­
viennent à la qualité de leur tendresse, trou­
vent toujours des clients parmi les amateurs
de plastique distinguée et attendent leur
place sur bien des cheminées bourgeoises.
Ce n’est par qu’en art aussi il ne nous
doive quelque chose. S’il appartient à l’Italie
par son origine, son patriotisme, par toutes
les racines et toutes les fleurs de son talent,
je crois avoir montré ce qu’il a reçu, ou
subi, de son « padrone ed amico » de trente
huit années, l’archéologue et esthéticien doc­
trinaire Quatremère de Quincy.2 C’est peu,
mais tout compte quand il s’agit d’un ar­
tiste tel que Canova, qui du reste ne cessait
pas de proclamer ce qu’il croyait être une
dette. Au temps où il s’attardait encore au
réalisme de 1’ « Ecole du modèle », sensible
dans le Dédale (1783), c’est le fougueux an­
tiquomane qui le poussa vers le « style idéal »,
où il tendait. Il lui doit l’idée d’une statue
équestre de Bonaparte, l’achèvement du Thésée
tuant le Centaure, où il essaie d’insinuer un
peu de l’hellénisme des marbres elginiens,
l’idée de la Pietà, d’abord destinée au maîtreautel de St Sulpice à Paris et aujourd’hui
au musée de Possagno, de légères corrections
aux statues du tombeau de Clément XIV,
et le pureté de style de l'Amour et Psiché
debout : après avoir sculpté dans le groupe
couché une fable milésienne, il y essaie de
se réhabiliter devant son Mentor en plato­
nisant un peu. Sur l’invitation de Quatre­
mère encore il s’attache de plus près au co­
lossal, cherche à éviter le pittoresque, qui
l’attirait, traite avec plus de soin les drape­
ries d’une Hébé, qu’il laissait frustes pour
faire ressortir la délicatesse de la chair, sup­
prime dans une réplique de la Vénus de Flo­
rence le geste soi-disant vulgaire de s’essuyer
avec un linge, et corrige dans le sens d’une
pseudo-noblesse le cheval de la statue éque­
stre qui se dresse encore sur la Piazza del
Plebiscito à Naples. Sans cesse lui vient de
France un rappel à l’austérité du goût clas­
sique, d’où ce vénitien du XVIIIe siècle
cherchait inconsciemment à s’évader.
1 Janvier, 1912. Paris, Alcan.
2 Les 110 lettres de la Biblioth. Nat. à Paris sont
à cet égard instructives.

Mais si une légère inspiration lui vient
parfois de France, son influence y retourne
et y demeure. Choyé de Napoléon et des na­
poléonides, exalté par un syndicat d’amis,
où les femmes se distinguent par leur ferveur,
il a marqué notre art de l’Empire et de la
Restauration d’une empreinte que les roman­
tiques cherchèrent à effacer rudement. Le
cornélien David a beau le regarder comme
un maître dangereux, il le comble d’hom­
mages, et lui écrit en 1811 : « A. M. Canova,
en Europe ». Son œuvre, installée avec amour
dans les palais ou hôtels riches de l’Empire,
exposée aux Salons du Louvre,1 représentée
même dans des musées de province comme
celui de Nantes, 2 et, après 1815, au Musée
des Monuments Français,3 multipliée par la
gravure, s’est imposée, même après sa mort
en 1822, à la vision des Français de 1800 à
1830. Il s’est tenu en relations constantes
avec nos artistes, et a près d’eux un titre
officiel, puisqu’il est membre étranger de la
Section des Beaux-Arts de l’Institut. A
Rome, il reçoit dans son atelier beaucoup de
jeunes pensionnaires de l’Ecole de France,
qui viennent y prendre les formules de l’or­
thodoxie et frotter leur avenir à cette gloire
européenne. Qu’on parcoure la cinquième
salle des sculptures modernes au Louvre : ca­
noviens Chaudet, qui a travaillé avec le maître
à Rome aux quatre bas reliefs de la statue
équestre de l’Empereur, Cortot, Bosio, Lemot,
Rutxhiel, Lemoine, que Canova aimait par­
ticulièrement, Ramey fils etc.
C’est surtout par la grâce molle, par la
« morbidezza », qu’il les corrompt. Le pau­
vre Cartellier, le sculpteur du bas-relief de
la Gloire sur la façade du Louvre qui re­
garde Saint-Germain-l’Auxerrois, dont le goût
était sévère, eut beaucoup à souffrir de cette
hégémonie de l’artiste italien. Même le con­
sciencieux et réaliste Roland, l’auteur du
vigoureux Homère, admire Canova, et lui
adresse son élève David d’Angers. Celui-ci
lui soumet à Rome son morceau de début,
le Jeune Berger, et lui est heureusement
assez docile pour courir à Londres, sur son
conseil, regarder et adorer les marbres du
Parthénon. La complicité du comte de For­
bin, directeur du Musée Royal sous la Res­
tauration, va ajouter à ce prestige. Pradier
lui doit sa Jeune fille tenant un papillon,
taillée comme il convient dans un marbre
grec qui scintille. C’est pur, et glacé. Lors­
que Lemaire sculpte à partir de 1830 le
Fronton de l’Eglise de la Madeleine à Paris,
c’est la sainte pénitente de Canova, con­
servée toujours près de là chez le comte de
Sommariva, qu’il agenouille aux pieds du
Christ. Tout Paris le savait, la vit, la re­
connut. 4 Elle est encore là-haut comme
1 1804, 1808, 1810, 1812.
2 Cfr. L
'Invent, général des Richesses d’Art de la
France, Province, monuments civils, t. III, p. 80. Ces
œuvres proviennent de la collection Cacault.
3 Cfr. Archives du musée des Mon. français, t. III,
pp. 172, 208.
4 Cfr. surtout Artaud, Biographie universelle, nouv.
édit. t. VI, art. Canova, et la Notice sur le fronton de la
Madeleine. Paris, 1834, p. II.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

le témoignage permanent d’une popularité
évanouie.
Sur les peintres, influence presque égale.
Cicognara, qui veut que son compatriote ait
été en Europe le régénérateur même de la
peinture, ne commet qu’une énorme exagé­
ration. Il y a beaucoup de pittoresque dans
la sculpture de Canova : non seulement la
polychromie et la teinte légère dont la chair
est parfois colorée, mais encore la facture
volontiers négligée et rugueuse des drape­
ries pour faire valoir la finesse de l’épiderme,
la disposition contrastée des masses où l’équi­
libre est souvent rompu, attestent des em­
prunts instinctifs ou volontaires à l’art du
peintre. Et c’est une tradition de la sculpture
italienne. Le groupe de l’Amour et Psyché
penchés, pris d’une peinture pompéienne et
composé comme un tableau, est fait pour
n’être vu que d’un côté, comme une toile :
joli dans la gravure ou la photographie, il
ne montre que de l’inextricable si on fait
le tour. De Canova et de David, le plus
sculpteur, c’est le peintre. En tous cas les
peintres l’ont aimé, aimé quelquefois comme
un péché: avec du remords. Nous savons
l’admiration de notre Gérard, romain de
naissance, qui peint son portrait en 1802
(Louvre). Girodet, qui croque sa figure à la
même époque, a voulu, dans Pygmalion ani­
mant la Statue, signifier son art d’éveiller la
vie dans la matière inerte. Le doux Guérin
a été pénétré de sa grâce. Prudhon, qui
s’était lié avec lui à Rome en 1786, faillit y
rester sur ses instances ; il ne l’a jamais
oublié, et s’assimila l’esprit de son œuvre,
sans préjudice de sa propre originalité qui
échappait aux influences comme à l’analyse,
au point que tout l’Empire a signalé entre
eux des affinités d’expression corrégienne ; 2
dans le portrait du comte de Sommariva il
peint, dans le fond, les statues canoviennes
de la Musique et de la Danse. Tous les pein­
tres français d’ailleurs, plus ou moins asservis
à la sculpture, qui fut sous l’Empire l’art
dictateur, savaient que Canova, peintre ju­
sque dans le marbre, avait peint aussi 22
tableaux et qu’il imitait à s’y méprendre
l’or sombre du vieux Giorgione.
Quel est donc cet art, qui a séduit la
France impériale, gouvernants, artistes, pu­
blic ? Certes, l’art de Canova participe en
quelque mesure de l’esthétique qui règne en
Europe, et non seulement chez nous il ne l’a
point créée. L’antiquomanie, qui transpose
Napoléon en Apollon vainqueur, MarieLouise en Concorde, Pauline Borghése en
Vénus victorieuse, Elisa en Polymnie, et
Madame Mère en Agrippine, est alors une
formule d’application courante ; de même le
colossal et le nu, qui sont l’aspect convenu
des dieux immortels; de même l’allégorie, qui
pénètre la forme, déjà idéalisée, d’une ar­
rière-pensée abstraite qui la spiritualise
encore.
Mais l’art de Canova a une originalité
propre, de qualité discutable si l’on veut, et
1 Schnitzler, Stendhal, Clarac, Renouvier, Qua­
tremère de Quincy, etc.

41

c’est par elle qu’il a insinué son influence.
Il faut se souvenir que l’art de David, qui
régnait sur l’Ecole, répondait avec excès
au double aspect de la Révolution et de
l’Empire : énergie morale, énergie physique.
L’une y tend l’expression jusqu’à la dureté,
l’autre y fait saillir le muscle jusqu’à la
bosse. Point de sourire, peu de charme, sauf
dans certains portraits ; à l’héroïsme des
sujets correspond la gravité romaine des figu­
res, un dessin robuste et arrêté de statuaire.
Or, voici un artiste féminin, en dépit du co­
lossal, de l’Hercule et Lycos et du Pugila­
teur, féminin jusqu’à la pointe du ciseau. La
femme règne dans son œuvre, qu’elle a
d’ailleurs spontanément adoptée : Joséphine,
Marie-Louise, Elisa, Pauline, Caroline, Mme
Récamier, Mme de Staël-Corinne, Mme de
Groslier, Mme Vigée-Lebrun, la comtesse
Albany, toutes s’y reconnaissent et s’y ai­
ment. Cheveux, oreilles, extrémités, y sont
soignés dans le détail, avec coquetterie. Sur
les formes rondes, savonneuses, l’œil et la
main glissent, sans rencontrer aucun des
ressauts de la vie, muscles, plis, ou veines.
L’adolescence et l’éphébie le séduisent au­
tant que la femme, l’androgynie attire cette
plastique émasculée : la Nymphe endormie est
une réminiscence à peine déguisée du type
de l’Hermaphrodite. Il aime l’albâtre, moins
mâle que le marbre. 1
C’est qu’à vrai dire c’est un alexandrin.
11 eut beau faire, et beau s’efforcer à des
excès d’énergie : vénitien de Possagno, si l’on
peut ainsi s’exprimer, né en plein XVIIIe
siècle, épris de diminutifs en son langage, il
n’a guère vraiment compris ou senti de l’an­
tiquité que les grâces qu’offraient Hercula­
num et Pompeï. Les Danseuses, le groupe
d'Éros et de Psyché, la Polymnie, sont ins­
pirés de peintures pompéiennes. En littéra­
ture, il se délecte de Lucien, d’Apulée sur­
tout, dans les descriptions duquel il retrou­
vait le portrait de Betta Biasi aux yeux
noirs, sa fiancée de jeunesse. Il incline donc
l’art de l’Empire, puis de la Restauration,
vers le charme de l’alexandrinisme, 2 et sur­
tout vers le sujet apuléien et pompéien de
Psyché, rajeuni à la Renaissance par la tra­
duction de Beroalde et les chefs-d’œuvre des
peintres. Le mythe de l’Ame aux prises avec
l’Amour et le Désir, tour à tour heureuse
et malheureuse sur terre, épurée enfin par
les épreuves et unie à Eros dans l’immorta­
lité des cieux, ne pouvait que séduire son
atavisme de méditerranéen. C’était une occa­
sion de formes jeunes et de gestes gracieux,
avec l’attrait d’un symbole dont il n’a pu
ou voulu rendre la profondeur. Il l’a traité
1 Les romantiques l’ont sévèrement traité. Jal (Salon
de 1827) l’appelle « le roi des statuaires sur albâtre ».
Cfr. aussi L’Artiste, 1833, t. V. p. 290, et la répugnance
de Rude (De Fourcaud, Rude, p. 247).
2 On n’a pas assez signalé cette tendance du goût
et de l’esprit de la société impériale : c’est l’époque où
Gail traduit Anacréon et Théocrite, et édite Callimaque;
où Girodet illustre Anacréon et Théocrite, et peint
Sapho, où écrivent Millevoye, Ducis, Arnault, Fonta­
nee, Mollevaut. L’art de Girodet, de Prudhon, de Gé­
rard, de Chaudet, etc. est tout pénétré d’anacréontisme
ou d’alexandrinisme.

�42

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

au moins sept fois, 1 avec les amants de la
fable seuls ou réunis, debout ou penchés
dans l’embrassement, exécutant réplique sur
réplique pour fournir à l’engouement de sa
clientèle. L’Empereur achète une Psyché
pour la reine de Bavière et envie celles de
Murat; celui-ci, Joséphine, Sommariva, Camp­
bells, Youssoupoff, en achètent ou comman­
dent, et font des jeunes dieux les pénates de
leurs demeures. Le néoplatonisme de l’Em­
pire fait du reste à Eros et à Psyché, con­
çus comme les personnifications de l’amour
et de l’âme, une atmosphère si propice, qu’ils
paraissent en ballet à l’Opéra de 1808 à 1812,
soulevés par leurs ailes de divinité et de pa­
pillon. Aussi, depuis l’art antique, dont
Μ. M. Collignon 2 nous a dit le culte pour
ce mythe si plastique, jamais pareille ferveur
ne s’était vue chez les artistes, même à
l’époque de Raphaël, de Jules Romain et de
Marc Antoine. Incroyable est la passion des
nôtres à le traiter après Canova et en même
temps que lui, parfois sous la hantise de son
souvenir. La salle de Chaudet au Louvre
pourrait s’appeler la salle de Psyché ; Chau­
det et Bosio sculptent l’Amour jouant avec
le papillon, ou « psyché » en grec, c’est-àdire avec l’âme ailée ; Rutxhiel, Milhomme,
Delaistre, Pradier, Lemire, Lemaire.... ca­
ressent aussi de leur ciseau le mythe à la
mode. Sur les meubles même l’architecte
Percier fixe le vol de Psyché en bronze ci­
selé, et c’est lui, avec Fontaine, qui dessine
les grands décors du ballet où les Parisiens
la voyaient s’envoler réellement. Or ce sont
des amis de Canova. 3
Parmi les peintres, Gérard exécute le
chef d’œuvre du genre (Salon de 1798), au­
jourd’hui au Louvre, qui a tant occupé les
critiques et le public, et illustre pour Didot
l’édition de la Psyché de Lafontaine. Pru­
dhon enveloppe quatre fois le sujet, en pein­
ture ou en dessin, de son art velouté, moel­
leux, où le mystère de l’âme transparaît sous
le clair-obscur de la lampe fatale. David
lui-même, en exil à Bruxelles, voulut affron­
ter le charme, mais le charme a fui devant
sa vigueur romaine et cornélienne. En 1812,
lorsqu’il s’agit de décorer le Quirinal, palais
de l’Empereur et du roi de Rome, Piggiani
y peint les Noces de Psyché: or c’est Ca­
nova et Denon qui avaient donné les sujets,
sans doute approuvés par l’Empereur. Dans
cette jolie allégorie, platonicienne par ses
origines, idéaliste par sa signification, héllé­
nistique par le milieu où elle se développa,
la France impériale s’est délicieusement re­
posée de l’histoire romaine et de l’épopée
contemporaine. Elle a aimé en art la facture
qu’elle favorisait : précieuse et léchée. C’est
celle de Canova. La dure matière du marbre
s’y allège : dans le groupe penché du Louvre
les vides l’emportent sur les pleins jusqu’à
la négation même de la substance.

En somme, Canova, sculpteur de dieux
ou d’athlètes, et de joliesses, offrait à la lois
à l’Empire la conscience et la détente de son
héroïsme. Et cela, sur le mode gréco-romain·
Les membres de la famille impériale, fils de
la force, ont aimé en lui l’artiste qui tran­
sposait leur gloire nouvelle dans des formes
antiques, le restaurateur en sculpture, de
l’idéal martien, de l’athlétisme et du colossal.
Ils trouvaient bien aussi cela chez David et
les Davidiens ; mais Canova leur était en
même temps le douceureux alexandrin du
marbre. Et puis, il était Italien. Après les
Siennois d’Avignon, les artistes du roi René,
l’invasion de la Renaissance et le prestige
des peintres de Bologne et de Naples, Ca­
nova est la dernière mainmise de l’Italie sur
une fraction de notre art. Et l’intéressant,
c’est qu’elle a été favorisée par lès maîtres
du pouvoir : quand Napoléon Bonaparte, ne
à Ajaccio, prenait la peine de dire en 1810
dans un français mêlé de quelques mots ita­
liens, à ce Trévisan formé à Venise, puis
fils adoptif de Rome, que sa famille à lui
était d’origine fiorentine et que par consé­
quent ils étaient compatriotes en quelque
mesure, il ne se mettait pas en frais de
vaine coquetterie : il déclarait à cet art, art
d’outre-monts, une inclination que parta­
geaient encore, mais pour peu de temps, la
majorité de ses sujets. Le Romantisme, dont
il vit et parfois encouragea les symptômes,
allait réduire l’œuvre de Canova à la portée
d’un document historique. Mais il arrive que
le sens de l’histoire entraîne le goût : Ca­
nova bénéficiera-t-il quelque jour du retour
triomphal que notre critique actuelle mé­
nage à ces autres italiens, que nos pères ont
passionnément aimés et parfois appelés : les
Bolonais et le Bernin ?
René SCHNEIDER.

NOTES CRITIQUES

H. HAUVETTE. — Dante, introduction à l’étude
de la Divine Comédie. — Paris, Hachette, 1911 ;
16°, pp. ΧΠ-396.
E questa un’ opera di studio e di fede, la più
espressiva testimonianza che del suo amore al­
l’Italia potesse dare l’Hauvette ; e il nome del­
l’autore, così benemerito nel campo della lettera­
tura franco-italiana, basterebbe per assicurarci sul
pregio del nuovo volume, che, mentre è destinato
specialmente al pubblico colto, riesce tutt’ altro
che inutile a chi ha già pratica dell’ argomento.
Non importa dire che uno studioso come l’Hau­
vette, anche se limita il suo scopo ad un’esposi­
zione lucida e organica dei più recenti risultati
della critica dantesca, fa opera originale ed ha
spesso occasione di esprimere il suo parere sulle
principali controversie ; perciò crediamo che il
suo libro superi il line divulgativo e possa esser
consultato con profitto dagli stessi studiosi. Per­
1 Cfr. le catalogue de son œuvre dans Cicognara ou suaso che il primo ostacolo per la, diffusione del
poema sia la mancanza di un’ adeguata prepara­
dans V. Malamani, et le recueil de planches de Réveil.
2 Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au zione nei lettori, 1Ά. ha voluto favorirli colla sua
mythe de Psyché, 1877.
dottrina ed ha fatto per loro il difficile cammino.
3 Sur l’enthousiasme de l’époque, cfr. Magaz. Ency­ Nè guida migliore si potrebbe desiderare, tanto
clop., 1808, t. IV, p. 379, et Mercure de France, 1808,
compiuta e sapiente è la cognizione ch’ egli di­
t. XXIV, p. 603.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

mostra dell’ argomento : tutto il meglio dell’ im­
menso lavoro critico sulla Commedia, tutti i più
recenti studii, specialmente italiani, hanno con­
tribuito a questo volume che è ben più d’una
« Introduzione ».
Sempre avendo in mente il pubblico a cui vuol
rivolgersi, 1’ A. ha proceduto per gradi nella sua
trattazione, sì che dal fondo della società me­
dioevale (Le milieu historique) si leva l’uomo nella
sua personalità di cittadino e di poeta (L’homme)
che ci prepara a comprendere le ragioni e 1’ arte
della sua opera maggiore (La Divine Comédie) ;
siamo così condotti naturalmente a vivere della
vita stessa che circondò e determinò la Comme­
dia, e questa vita è rievocata colle parole del
poeta « Faire parler Dante le plus souvent pos­
sible » è il metodo più opportuno che si potesse
usare, poiché il lettore, attraverso queste pagine,
viene a conoscere gran parte del poema senza
fatica. Nel tracciare un quadro complessivo del
mondo medioevale 1’ A. ha mirato giustamente a
quei fatti e a quelle correnti di pensiero che
hanno influito sullo spirito di Dante con maggior
potenza ; e questa parte non è davvero la meno
essenziale dell’ opera, anzi ci sembra che l’Hau­
vette vi abbia saputo trasfondere la poesia delle
grandi memorie. Tutti leggeranno con piacere, e
insieme con profitto, il primo capitolo su Home,
la Papauté et l'Empire, dove i più alti ideali di
Dante risplendono nella tragica lotta dei poteri
supremi : ben delineata su tutte la figura di Fe­
derico II (pp. 17-21). Sulle origini e lo sviluppo
del Comune fiorentino abbiamo parecchie pagine,
costruite in gran parte su ricordi danteschi, delle
quali non può fare a meno chi voglia spiegarsi
il conflitto d’interessi e d’idee che divampò così
violento al tempo dell’ Alighieri. Un terzo capi­
tolo tratta del movimento religioso, filosofico e
letterario nel sec. XIII ; e, se non pensassimo a
ciò che richiede 1’ economia del lavoro, il saggio
così attraente dell’A. ci farebbe quasi desiderare
eh’ egli si fosse trattenuto più a lungo su tale
argomento. Necessità di metodo, come già dice­
vamo, hanno costretto l'Hauvette a separare Dante
dall’ opera sua ; e bisogna riconoscere che non
v’era altro mezzo per narrare con chiarezza la
vita, non solo materiale, del poeta. Chi conosce
la selva di discussioni e di dubbii, che s’addensa
su ogni particolare biografico, deve ammirare la
sveltezza, la precisione, 1’ acuto giudizio del no­
stro autore, che sa tener desto l’intereresse dei
lettori senza nascondere le difficoltà, ma anche
senza perdersi in oziose polemiche. Discutere
punto per punto le sue opinioni non sarebbe pos­
sibile nè opportuno : basti dire che la competenza
dell’Hauvette non si smentisce mai, e come prova
della sua serenità si veda ciò che scrive, con
tanta prudenza, a proposito del Fiore (pp. 129-31).
Anche per quello che può piacere ad un Francese,
il preteso viaggio di Dante in Francia, egli ha
saputo tenersi lontano da ogni esagerazione, mo­
strandone la possibilità ma non la probabilità ;
e del resto i rimandi bibliografici permettono ad
ognuno d’informarsi della quistione.
Con questi sussidii si può sicuramente passare
allo studio del poema sacro, del quale si notano
i caratteri fondamentali in relazione alla scienza
e all’arte del tempo, riducendo a giusti limiti il
valore dei « precursori » e additando l’originalità
di Dante nella forza organizzatrice del suo pen­
siero. Qui comincia 1’ opera paziente della guida
nella classificazione topografica e morale dei tre
regni, classificazione che dà origine a tanti pic­
coli problemi ermeneutici, sui quali 1’ A. si trat­
tiene con piena competenza. Ci sia permessa una
sola osservazione. A proposito della pena degli
ignavi nell’ antinferno (p. 237), pare all’Hauvette
che quelle anime sian sottoposte ad un supplizio

43

troppo crudele, e che tale sproporzione col resto
dipenda dall’ essere il e. III uno dei primi com­
posti. Ma, se noi consideriamo il disprezzo di
Dante per quegli « sciaurati che mai non fur
vivi », avremo la ragione sentimentale e più vera
dell’accanimento speciale con cui li punisce ; po­
trà dirgli la fede che son più colpevoli gli ere­
siarchi e i violenti contro natura ; ma il suo no­
bile cuore gli farà onorare Farinata e Brunetto
Latini e sdegnare Celestino V. Buona parte della
trattazione seguente è dedicata all’ allegoria, per
la quale si prende a fondamento la nota opera
del Flamini su 1 significati reconditi della I). C. ;
e i lettori avranno molto da impararci, quantun­
que possano un po’ spaventarsi di tutti questi
sensi misteriosi, che in fondo non ci paiono in­
dispensabili per capire e gustare la poesia dan­
tesca nella sua parte immortale. Certo, per la
compiutezza del suo studio, non poteva 1’ A. tra­
lasciare l’interpretazione allegorica che gl’ ispira
buone osservazioni, per es. sulla figura di Ma­
telda (pp. 300-304). Quanto all’ ultimo capitolo,
sull’arte di Dante, si capisce che l’argomento non
permette un riassunto, e invece di lodare, colle
solite frasi, la sobrietà, il buon gusto, la finezza
dell’A., consiglieremo di legger quelle pagine per
tornare al poema con rinnovata simpatia. Non
sappiamo se di questa nobile fatica debbano esser
più grati all’Hauvette gl’ Italiani o i Francesi.
F. MAGGINI.

WALTER SAVAGE LANDOR. — Hautes et
basses classes en Italie. — Fragment traduit par
V. Larbaud. — (Nouvelle Collection BritanniqueBeaumont, Paris, 1911).
M. Valery Larbaud présente au public fran­
çais en une élégante plaquette la traduction d’un
fragment de Hautes et Basses classes en Italie
« le plus singulier et le moins connu des ouvra­
ges de Walter Savage Laudor, le Prince des pro­
sateurs anglais ». On n’a, sur la vie toscane aux
environs de 1830, rien écrit de plus suggestif et
de plus exact que ce roman par lettres. Il y a
dans ces fragments une série de portraits et
d’observations qui restent aujourd’hui encore
criants de vérité. Landor complète les remarques
de Stendhal sur la petite bourgeoisie florentine,
misérable et vaniteuse, pleine à la fois de rouerie
et de sottise, sceptique et superstitieuse tout en­
semble ; et Yorick lui-même n’en a pas mieux
rendu les tics, les locutions, les gestes.
M. Larbaud nous promet la publication inté­
grale en anglais du roman dont ces extraits re­
présentent la dixième partie. Tous nos auteurs
de romans « pittoresques » sur l’Italie pourront
méditer utilement sur le réalisme de cet ouvrage,
et y apprendre que l’âme d’un peuple n’est pas
tout entière reflétée par les couleurs de ses vête­
ments.
B. C.

GABRIELE D’ANNUNZIO. — Le livre des Vier­
ges. — Paris, Taillandier, 1911.
Traduction bien présentée et consciencieuse du
Libro delle Vergini et de trois nouvelles choisies
parmi les meilleures du d’Annunzio première ma­
nière (La comtesse d’Amalfi. Frère Légard. Saint
Laimo navigateur). Il n’est pas sûr que cette traduc­
tion offre l’éclat et la sonorité du verbe d’annunzien,
mais elle a le mérite de l’exactitude. Pourtant :
egli si fece più da presso est-il rendu avec fidélité
par il se fit plus pressant. Mais quel traducteur
évite de pareilles vétilles !
B. C.

ALBERT REGGIO. — Regards sur l’Europe in­
tellectuelle. — Paris, Perrin, 1911.
M. Reggio, auteur d’un gros volume sur l’Italie
intellectuelle au début du XXe siècle consacre à
l’Italie quelques chapitres de son nouveau livre.

�44

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Nous y trouvons d’abord une étude un peu som­
maire sur la personnalité et sur les procédés cri­
tiques de M. Vincenzo Morello, adversaire fou­
gueux à la fois de l’académisme et de l’érudition
à l’allemande, philosophe positiviste et écrivain
passionné. Μ. K. s’occupe ensuite plus longue­
ment du régionalisme italien, et après avoir ré­
sumé un débat récent, où MM. Guglielmo Fer­
rero et André Maurel, entre autres, ont dit leur
mot, il conclue à la nécessité pour la péninsule
d’une centralisation politique à outrance. Enfin,
dans un troisième chapitre et un appendice,
l’A. répond avec vivacité à certaines critiques
adressées à son précèdent ouvrage.
B. C.

CORRESPONDANCE
Les Etudiants français en Italie à la fin du XVIe siècle.
Dans son très intéressant article du Bulletin
franco-italien (mars-avril 1912) M. Ronzy cite deux
passages bien connus du « Voyage de Mon­
taigne ».
Montaigne trouve à Padoue en 1581 « dans les
écoles de bal, d’escrime et d’équitation » plus de
cent gentilshommes français; à Rome « il se fâche »
d’y trouver si grand nombre de Français qu’il ne
rencontrait dans la rue « quasi personne qui ne le
saluât en sa langue».
M. Ronzy ajoute « Quelques années plus tard
cette affluence n’avait fait que s’accroître ». Mais
s’il est vrai que dans les dernières années du
XVIe siècle la foule des Français de toute con­
dition se fait à Rome toujours plus nombreuse,
il n’est pas sans intérêt de noter que dans cer­
taines villes universitaires comme Padoue et Fer­
rare, le nombre des escholiers français ne cesse
de décroître depuis 1550.
L’inventaire des registres de diplômes de doc­
torat délivrés par l’Université de Ferrare au XVe
et au XVIe siècles a été publié par M. Pardi. 1
Il s’arrête, faute de documents, à 1559. Nous pou­
vons constater toutefois que c’est entre 1460 et
1540 que les Français inscrits comme étudiants
sont les plus nombreux,
A Padoue, même diminution progressive. Les
guerres de religion, la création de collèges en
France en sont la cause, selon Tomasini.2
Toujours est-il que Philippe de Mornay, le fils,
écrit à sa mère en 1595, de Padoue : « j’y aurai
particulièrement cet avantage que je n’esperais
pas, d’éviter fort aisément la compagnie de Fran­
çais « qui y sont en si petit nombre qu’à mon
avis je serai seul aux exercices ».3 Il y a lieu de
croire qu’en cette année 1595, les Français n’étai­
ent plus nombreux en Italie, car le jeune étu­
diant ajoute : « Il en est ainsi des autres lieux
où les Français ont accoutumés de s’arrêter ce
qui a facilité mon voyage en ce que j’ai eu peu
de rencontres ».
A Padoue, les Français furent toujours bien
inférieurs en nombre aux Allemands. La « NatioGermanica » qui comprenait les Lorrains, Danois,
Suédois, Norvégiens, outre les purs Allemands,
obtint des privilèges spéciaux confirmés par le
Sénat vénitien eu 1540. La « Natio-Gallica » au
contraire ne jouissait d’aucun privilège, si non
1 Pardi (G.), Titoli dottorali conferiti dallo studio di
Ferrara nei sec. XVe XVI. Lucca, Marchi, 1911. In-fol.
Voir aussi. Picot (E.), Journal des Bacante. Février 1902.
2 Gliescentibus autem bellis civilibus, instituti­
sque pluribus in Gallia Academys paulatim coepit
horum (Gallorum) imminui numerus.... Tomasini (sac.
Phil.), Gimnasium patavinum libris F comprehensum.
Udine, Schiratti, 1654, p. 51.
3 Mémoires de M.me de Mornay. Revues par M.me de
Witte, 1868-1869, 2 vol., II, pp. 218-59.

pour certaines joutes d’escrime.1 Elle n’eut aucun
Statut spécial « Nec ullas sibi leges constituit
praeter paucissimas ad aerarium, spectantes » (To­
masini).
L’album où étaient inscrits les noms de Fran­
çais ayant fréquenté l’Université et les faits les
plus notoires de la « Nation » fut perdu dans un
incendie en 1630 l’année de la peste.
Louis CHADOURNE.

CHRONIQUE
L’Italien dans les Écoles municipales de Paris.
— M. Rébeillard, dans la séance du 12 mars du
Conseil Municipal de Paris, a demandé à l’admi­
nistration compétente de fournir un mémoire por­
tant réorganisation des classes de langues vivantes
dans les écoles primaires supérieures, de façon à
ce que les élèves ne soient jamais plus de trente,
et il demandé, d’autre part, la création de classes
d’italien dans ces écoles.
Pour l’Enseignement de l’Italien. — Nous
avons signalé dans notre dernier numéro un en­
trefilet du Paris-Journal, en l’accompagnant de
quelques rectifications nécessaires. Il ne nous pa­
rait pourtant pas inutile de mettre sous les yeux
de nos lecteurs, avec l’autorisation de son auteur,
quelques extraits du judicieux article qu’a consa­
cré à la question, dans l'Action du 21 mars der­
nier, M. Henri Hauvette:
« Jamais l’italien n’a été très recherché par no­
tre clientèle secondaire ; cependant jamais il n'a
cessé d’y faire, depuis une quinzaine d’années,
des conquêtes, lentes mais continues. Vers 1895,
cette langue n’était guère enseignée que dans les
lycées de Chambéry, Montpellier, Marseille, Nice,
Bastia ; c’étaient des cours souvent assez vagues,
que l’on pouvait, sans impertinence, ranger à
côté du chant et de l’escrime. En 1900, les agré­
gations des langues méridionales furent instituées,
et aujourd’hui, 15 agrégés, 7 chargés de cours et
4 professeurs adjoints enseignent l’italien dans
nos lycées de garçons, une maîtresse agrégée et 8
chargées de cours dans nos lycées de jeunes tilles.
L’introduction de l’italien dans les rhétoriques
supérieures de Lyon et de Paris, en assurant le
succès de plusieurs italianisants à l’Ecole normale
supérieure et aux bourses de licence, nous pré­
pare un personnel enseignant de premier ordre....
.... L’italien est un admirable instrument de cul­
ture philologique, intellectuelle et artistique —
par le fait qu’il est la langue romane « type »,
par ses poètes, de Dante à Leopardi et à Car­
ducci, par le rôle capital que l’Italie a joué dans
la civilisation européenne comme initiatrice de
l’humanisme et des arts. Le grand public, les
collégiens des classes supérieures (après le bacca­
lauréat) et les étudiants commencent à s’en ren­
dre compte : la librairie peut témoigner que les
ouvrages en italien ou sur l’Italie sont de plus
en plus recherchés, et cela est profondément en­
courageant pour tous ceux dont l’activité se dé­
pense au service de cette cause. Cependant l’at­
trait de cette étude désintéressée ne saurait l’em­
porter sur les préoccupations utilitaires de la
grande majorité....
Il y a pourtant au moins une région française
où l’utilité commerciale dé l’italien est indiscuta­
ble: sur les côtes de la Méditerranée, de Menton
à Cette, cinq de nos départements contiennent
une population italienne considérable ; le com­
merce local a ces Italiens pour clients, et ils four­
nissent une part importante de la main-d’œuvre
1 Voir. Tomasini, op. cit., I, pp. 47-50-51.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

aux industries de la région. Mais surtout les jeu­
nes Provençaux devraient constituer une phalange
de voyageurs qui iraient, au delà de la frontière
non seulement dans les grands centres, où les
commerçants en gros savent en général assez de
français, mais dans les villes secondaires et jus­
que dans les villages, faire apprécier nos pro­
duits. Les Allemands se sont mis à l’œuvre
depuis longtemps, au prix d’efforts plus grands
qu’il ne nous en coûterait, et nous leur laissons
niaisement le champ libre!...
Que les militants de l’italianisme nous viennent
en aide ; ce n’est pas à Paris, c’est dans cette
région toute pénétrée d’éléments italiens et si in­
téressée au commerce avec l’Italie, que la langue
italienne se trouve dans une situation de « défa­
veur marquée » : c’est là qu’il y a des positions
à défendre, des progrès à faire, des préjugés à
combattre par la presse, par la conférence, par
tous les moyens de propagande qui, de Paris,
sont hors de notre portée.
Et M. Hauvette termine par un appel à l’As­
sociation des Italianisant du Sud-Est.
L’encouragement de M. Hauvette nous est par­
ticulièrement précieux. Ni la bonne volonté ni la
conscience de ses devoirs ne manquent à notre
Association.
Son plan d’action est préparé, et, là où les
circonstances l’ont permis, sa propagande effec­
tive. H dépend de l’union de tous les Italiani­
sants de France, de leur adhésion en nombre
toujours plus grand à notre société, que son
programme de propagande soit réalisé dans tout
le Sud-Est et y donne ses fruits.
Jubilé de Pio Rajna. — Le 6 juin 1911 fut
célébré à Florence, dans l’Aula Magna de la Fa­
culté des Lettres, le jubilé du prof. Pio Rajna.
Le gouvernement français a voulu honorer le sa­
vant qui a voué son inlassable activité à l’étude
des littératures romanes et lui a conféré la ro­
sette d’officier de la Légion d’honneur, qui lui
fut remise par M. Bonzon, vice-consul de France
à Florence. M. Julien Luchaire, directeur de
l’Institut français, a prononcé à cette occasion le
discours très applaudi que nous reproduisons cidessous :
Illustre e Caro sig. Professore,
Il Suo nome è conosciuto e rispettato dovun­
que sono in onore gli studi di filologia romanza;
quindi, non la Francia sola, ma forse dieci na­
zioni straniere potevano oggi mandarle il loro sa­
luto di ammirazione e di augurio. Nel vedere ora
due francesi farsi avanti dopo i suoi colleghi e
discepoli, non vorrei che nessuno qui, nè soprat­
tutto Lei, pensasse che l’intimità di questa festa
di famiglia venga per questo in qualche modo di­
minuita. Veramente, caro Professore, la colpa è
tutta Sua, — se noi Francesi vi prendiamo parte
con speciale fervore. Se la Sua attività di inse­
gnante si è quasi tutta svolta a favore degli Ita­
liani (dico quasi, perchè non posso dimenticare
che alcuni francesi sono stati suoi allievi, tra i
quali il mio collega Henri Hauvette, oggi Profes­
sore nell’Università di Parigi), — gran parte della
Sua opera di scienziato è stata dedicata alla Fran­
cia, ed è stata per la Francia preziosissima.
Non tocca a me di dire in qual modo e con
quali meriti Ella ha rinnovato uno dei capitoli
più difficili della nostra storia intellettuale, come
ci ha aiutati a meglio conoscere una parte im­
portante del nostro passato. È certo che anche
per i francesi che conoscessero le Sue opere sola­
mente per titolo e per fama (perdoni 1’ ipotesi),
Ella appartiene a quella schiera gloriosa di fore­
stieri che riconosciamo connazionali, con più giu­
sta ragione che tanti connazionali autentici. Que­
sto ha voluto dire il nostro governo con una

45

onorificenza che nessun interesse diplomatico od
altro consigliava di darle, e neppure l’idea che
la potesse desiderare, ma è stata, non potendo
meglio, una spontanea manifestazione dell’ammi­
razione e della gratitudine che abbiamo per Lei,
nelle Università Francesi. Manifestazione vera­
mente spontanea : si ricordi, Professore. Doveva
essere una sorpresa, naturalmente ; ma Lei seppe
la cosa prima di tutti, prima del Console che do­
veva consegnarle la rosetta, prima di me, per­
chè.... perchè il Ministro dell’Istruzione Pubblica
di allora, appena avuto il consenso del Suo col­
lega degli Esteri, sí affrettò ad annunziarla a Lei
con lettera personale, che Lei poi gentilmente
mi portò. Ora insieme col saluto del nuovo Mi­
nistro Le porto una lettera privata del Direttore
Generale dell’ insegnamento superiore francese,
ex-Rettore di Università, il quale dice :
Monsieur le Professeur, quand j’avais l’hon­
neur et la joie d’être professeur d’histoire, j’ai
souvent eu occasion de me servir de votre beau
et savant livre sur Les origines de l’épopée fran­
çaise. Je sais que si vos travaux vous ont valu
l’admiration et la reconnaissance de tous ceux
qui s’occupent de ces études, la droiture et l’af­
fabilité de votre caractère vous ont assuré la
sympathie et l’amitié de tous ceux qui vous con­
naissent. Je sais aussi avec quelle bienveillance
vous vous êtes intéressé à notre jeune Institut
Français de Florence et quel accueil affectueux
a rencontré auprès de vous mon ami Julien Lu­
chaire. J’ai donc été très heureux d’apprendre que
le Président de la République avait tenu à vous
conférer le titre d’Officier de la Légion d’Hon­
neur. Je vous félicite affectueusement d’une di­
stinction à laquelle vous aviez tant de droits
comme illustre savant, comme sincère et actif
ami de la France, et je vous prie d’agréer l’expres­
sion de mes sentiments bien cordialement dé­
voués.
Bayet.
Tanto perchè si capisca bene che non vi è
stata nell’attribuirle quella decorazione nè vi può
essere nel consegnarla neppur 1’ ombra di quella
pompa ufficiale, che a Lei, lo sappiamo, sarebbe
stata tanto poco gradita.
E ora che ci siamo scusati, mi lasci ricordare,
unire al Suo due nomi che sono cari a Lei ed a
me per ragioni diverse. Uno è di un vivo ben
vivo, il suo discepolo e collega, ed amico Suo e
mio, il Prof. Parodi. Lei sa che il Prof. Parodi
ha accettato quest’ anno di fare, agli studenti
Francesi dell’Istituto di Piazza Manin, un corso
di lezioni di Storia della lingua italiana. Egli
sarà il loro padre in filologia moderna, e così Lei
sarebbe il loro nonno. Spero che questa progeni­
tura farà onore a tutti e due. Gli studi di lingua
e letteratura hanno preso nella Facoltà di lettere
Francesi, da alcuni anni, una straordinaria im­
portanza ; si può dire che coll’ estensione degli
studi di Storia moderna, hanno felicemente tra­
sformato la vita delle nostre Facoltà. Ma i nostri
studenti sono ora quasi tutti terribilmente.... mo­
derni. Il Settecento sembra loro già lontano, il
Seicento una specie di antichità, il Trecento è
semplicemente preistorico. Bisogna reagire. Per­
ciò ho chiesto 1’ aiuto del Prof. Parodi, per ciò
mando i nostri Francesi a sentire le Sue lezioni,
Professore. Dal Prof. Parodi impareranno che
si può esser filologi, e essere insieme filosofi, e
anche interessarsi appassionatamente di pro­
blemi contemporanei. Da Lei impareranno che
la Storia del Pensiero di un popolo è una lunga
unica catena, fatta di un’ infinità di maglie
talvolta tenuissime e di vile materia, ma tutte
unite insieme dalla prima all’ ultima, — e che
non si capisce bene i grandi scrittori, e non
possiamo capire lo stesso nostro pensiero mo­
derno, se non abbiamo studiato minutamente le

�46

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Fonti, le Origini, se non conosciamo gli infinita­
mente piccoli, dei quali si nutrono poi le grandi
Opere d’Arte e si formano le grandi correnti del
pensiero. Comprenderanno che vi è là ben altro
che elementi materiali senza vita propria, senza
interesse proprio, — ma che la vita stessa, la ve­
rità stessa per ehi sa vedere e sentire si trovano
nelle manifestazioni più umili, più anonime, più
largamente collettive dell’ intelligenza e dell’ im­
maginazione umane.
L’altro nome che volevo ricordare è quello di
un grande, morto non sono molti anni, — e che
Lei ha pianto, Gaston Paris. Quando giovane
uscito di fresco dalla Scuola Normale Superiore,
andai, saranno ora quindici anni, a trovarlo prima
di partire per il mio primo viaggio di studi in
Italia, Egli mi disse fra gli altri consigli : soprat­
tutto vada a sentire Pio Rajna. Per quel grande
riordinatore degli studi di filologia nèo-latina in
Francia, in relazione coi migliori specialisti di
Europa, Lei, Professore, era il collega, prefetto
della Provincia d’Italia. E viceversa per molti
Francesi, Lei è rimasto 1’ amico di Gaston Paris.
Si è detto di Gaston Paris : « Egli aveva prima di
tutto il genio dell’ esattezza ; e nessuno al tempo
Suo, si contentò meno di parole, o di ragioni che
non fossero ragioni. Egli sapeva che in nessuna
scienza la verità è più difficile a cogliersi e a
fissarsi che nella storia e sapeva anche che non
vi sono verità minori, verità indifferenti, verità
trascurabili. Volle tutto riferire alla filologia ro­
manza, tutto racchiudere in essa, con una specie
di civetteria. La Sua vita fu consacrata intera­
mente al lavoro, vita che nessuna volgare ambi­
zione allontanò mai dallo scopo che si era prima
fissato. »
Ascoltando questa bella definizione di uno
scienziato, tutti quanti, in questa aula, la cono­
scono e la ammirano, caro Professore, hanno ca­
pito perchè il nome di Gaston Paris ci appare
così strettamente legato col Suo. Ora non mi ri­
mane che da augurarle altri lunghi anni di pro­
fondo e fecondo lavoro, in quel campo scientifico
in cui l’Italia e la Francia si trovano forse più
che altrove sorelle, coeredi d’un glorioso comune
patrimonio.

BIBLIOGRAPHIE
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GiberGUEs (De). — La semplicità secondo il vangelo.
Trad. autorizz. del sac. G. Albera. Faenza, libr. ed.
Salesiana, 1911, 16° all., p. 158. Cent. 70.
Gillet (p. M. S.). — L’educazione del carattere. Trad.
it. sulla 2a ed. franc. Roma, Desclée, 1911, 16°, p. 164.
L. 2.
Gide (C.). — Principi di economia politica. 3a edizione
italiana, sulla 12a ed ultima francese, corretta ed
aumentata. Trad. e note di G. Mortara. Puntata I.
Milano, Vallardi, 1911, 16°, p. 1-192.
Girard (p. G.). — Relazione sull’ istituto del Pestalozzi
a Yverdon. Trad. it. di I. Facchini. Milano-RomaNapoli, soc. Dante Alighieri, 1911, 16°, p. xx-167, con
ritratto. L. 2.
Hourticq (L.). — L’arte in Francia. Bergamo, Istituto
it. d’arti grafiche, 1911, 16°, fig., p. VI-472, con ri­
tratto. L. 7,50.
Kerval (L. de). — Terz’ordine e risurrezione. Traduz.
di F. M. Piemonte. Vicenza, fra cattolici vicentini,
1911, 16° all., p. 63.
Isné (D’). — Giovanna d’Arco. Casteggio, Cerri, 1911,
24°. p. 164.
Palhoriès (dott. F.). — Giacomo Balmes e il problema
della certezza. Firenze, s. Giuseppe, 1911, 8°, p. 19.
Palhoriès (dott. F.). — A proposito di Galuppi. Fi­
renze, s. Giuseppe, 1911, 8°, p. 8.
Pouget (E.). — Il sabotaggio. Milano, casa ed. di Avan­
guardia, 1911, 16°, p. 116. L. 1,25.
Ribot (T.). — La psicologia dei sentimenti. Traduzione
italiana di F. M. C. Palermo, Sandron, 1910, 8°, p. 438.
L. 7,50.

Traductions du français en italien.
(Littérature).
Barbier (J.) e Carré (M.). — Faust. Dramma lirico
in 5 atti. Trad. ital. di A. De Lauzières. Musica di
C. Gounod. Sesto S. Giovanni, Modella, 1910, 16°,
p. 44. Cent. 25.
Barbier (G ), Carré (M.). — Romeo e Giulietta. Opera
in 5 atti. Versione di G. Zaffira. Musica di C. Gou­
nod. Milano, Moderniss. Floreal Liberty, 1911, 16°,
p. 37.
Baudelaire (Ch.). — Le liriche. Milano-Sesto S. Gio­
vanni, soc. ed. Milanese, 1911, 16°, p. 92. Cent. 25.
Chamfort. — Caratteri e aneddoti. In appendice i
« Dialoghetti filosofici ». Trad. di E. Boari. Milano,
Sonzogno, 1910, 16°, p. 110. Cent. 30.

�48

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Locle(M. e C. DU). — Don Carlo. Opera in 5 atti. Ver­
sione ital. di A. de Lauzières. Musica di G. Verdi.
Sesto S. Giovanni, Madella, 1910, 16°, p. 32. Cent. 25
Musset (A. de). — Lorenzaccio. Dramma in 5 atti, 1834.
Prima versione it., con prefaz. e note storico-letter.,
a cura di A. Macchia. Napoli, Pironti, 1911, 16°,
p. xv-110. Cent. 40.
OrdONNEau (M.). — La poupée, ossia la bambola. Opera
comica in 4 atti e 5 quadri. Musica del maestro E.
Audran. Traduzione italiana di C. Bertolazzi, rived.
e corr. da A. Signorelli. Milano, Pavesi, 1911, 3a ediz.,
16°, p. 32. Cent. 30.
Scribe (E.). — Gli Ugonotti. Opera in 5 atti. Musica
di G. Meyerbeer. Sesto S. Giovanni, Madella, 1910,
16°, p. 40. Cent. 25.
Scribe (E.). — L’Africana. Opera in 5 atti. Traduzione
italiana di M. Marcello. Musica di G. Meyerbeer.
Sesto S. Giovanni, Madella, 1911, 16°, p. 32. Cent. 25.
Romans. 383, 386, 391, 399, 400, 406, 407, 410.
Romans. 4107, 4111, 4114.
Romans. 5955, 5965, 5970, 5971, 5973, 5983.
Romans. 6886.
Romans. 8795, 8796, 8801, 8806, 8807, 8808, 8809, 8810,
8811, 8812, 8813, 8814, 8819, 8825, 8826, 8827, 8828.
Romans. 7880, 7881, 7883, 7886, 7887, 7889, 7896, 7897.
Romans. 10725, 10726, 10743, 10745, 10747, 10750, 10752,
10753. 1

Ouvrages italiens
pour l’enseignement du français.
BarOSCHI Soresini (E.). — Conversazione francese-ita­
liana, fraseol. famigl., grammat., commerc., etc.
Milano, Hoepli, 1912, 2a edizione, 24°, p. xv-288.
L. 2,50.
CaCUDI (Nicolas).— Le verbe français dans la proposition
et la période, à l’usage des écoles supér d’Italie. Naples,
Paravia, 1910, 16°, p. 57. L. 1,50.
Claudj (C. F.). — Petit recueil de traductions françaises.
Camerino, Marchi, 1910, 8°, p. 83.
Dompè (prof. C.). — Nuovo corso completo, razionale e
progressivo di lingua francese, per le scuole secondarie.
Parte II, per la 4a classe del ginnasio e la 2a classe
delle scuole tecn. e complementari. Torino, Paravia,
1912, 16°, p. 246. L. 2,40.
Foglia (I. N.). — La dictée et la lecture dans l’enseigne­
ment du français. Sanseverino Marche, Bellabarba,
1911, 8°. p. 15.
Fortini (mons. P.). — II dialoghista italiano-francese.
Roma, Bretschneider, 1911, 16°, p. 248. L. 2,20.
Gachter (prof. O.) e Balmelli (prof. F.). — Manuale
di conversaz. it.-franc.-ted.-ingl., con la pronunc. figurata,
ad uso degl’ italiani. Milano, Bietti, 1911, 16°, p. 278.
L. 3.
Ghiotti (C.). — Compendio della grammatica ragionata
della lingua francese. Lezioni ad uso delle scuole tec­
niche, dei ginnasi e delle scuole complementari, con
numerosi esercizi prat. e coll’aggiunta di un saggio
di fraseologia, di gallic. e di prov. Torino, Petrini,
1911, 22a ediz., 8°, p. IV-280. L. 1,80.
Ghiotti (C.) et Dogliani (J.). — La nomenclature en
action. Exercices élémentaires de lecture, de grammaire,
de nomenclature et de conversation, précédés d’un
traité de prononciation et des types des 4 conjugai­
sons, à l’usage des écoles techniques, classiques,
complémentaires, avec toute la partie grammat. pre­
scrite pour 3e cl. du gymnase, Ie de l’éc. technique
et complémentaire. Turin, libr. Petrini, di Gallizio,
1911, 8°, p. IV-220. L. 1,50. 21e édit.
Ghiotti (C.) et Dogliani (J.). — Mosaïque littéraire.
Livre de lecture à l’usage des écoles second. d’Italie,
avec notes biogr., littér., histor., etc. Torino, Petrini,
1911, 16e éd., 8°, fig., p. VIII-216. L. 1,80.
Ghiotti (C.) et Dogliani (J.). — La langue et la litté­
rature française dans tous les siècles, à l’usage des cours
supér. et universit. Vol. I, aperçu sur l’hist. de la
langue et de la litt. franç. ; biogr., bibliogr. et morc.
1 Ces chiffres indiquent le numéro d’ordre de ces livres dans
le Bollettino delle pubblicazioni italiane de la Biblioth, nationale
de Florence.

choisis des écriv. vivants, avec des notes. Turin, Pe­
trini, 1912, 8°, p. iv-419. L. 3.
Grassini (C.). — Il Gondar moderno, ossia grammatica
francese teorico-pratica, migliorata ed arricchita dal
prof. Luigi Detoma, con aggiunta di frasi esplicat.
e definiz., e ridotta ad uso delle scuole tecniche del
Regno, con append. per la 3a classe, per cura del­
l’avv. Lorenzo Tassi. 36a ediz. Milano, Pagnoni, 1911,
16°, p. XVI-368.
LagoRio (G.). — Fiore di letture francesi. Facili prose,
passi del Fénelon, del Buffon, de La Fontaine, ecc.,
poesie di autori e autrici del secolo XIX. Parte II,
metodo diretto e razionale. Torino, Botta, 1910
9a ediz., 8°, p. VIII-211. L. 1,80.
Levrero (prof. E.). — Dialogues français-italiens, pro­
posés aux élèves de 6e élémentaire et des classes
complémentaires. Gènes, libr. Bacchi-Palazzi et Chiap­
poli, 1910, 16°, p. 139. L. 1.
Luise (prof. A.). — Grammatica della lingua francese,
per le scuole secondarie d’Italia. Vol. I. (Fonologia,
gramm. element., con eserc. di lett., trad., mem., e
con vocabolarietto). Castellammare di Stallia, Canza­
nella, 1911, 16°, p. 163. L. 2.
Maddalena (A.). — Petit à petit. La lingua francese
per gli alunni del corso popolare. Parte II. Napoli,
Sangiovanni, 1910, 16°, p. 80. L. 1,25.
Majo-Ruggi (C.). — Pour lire et parler. Lectures, dia­
logues, éléments de conversation, exercices de no­
menclature pour l’enseignement du français par la
méthode directe, à l’usage des écoles techniques,
complémentaires, commerciales et professionnelles.
Naples, Bicchierai, 1911, 16°, p. 203. L. 1,80.
Majo-LUGGI (C.). — Premières leçons pour l’enseignement
prat. du français. Dialogues, exercices, nomencl. etc.
Naples, Bicchierai, 1911, 16°, p. 18. Cent. 10.
MaLan (prof. J. F.). — Une première année de français,
à l’usage des écoles techniques, sérales, profession­
nelles et 6eS classes élémentaires. 13e édit. Gênes,
Bacchi-Palazzi, 1910, 16°, p. 280. L. 1,50.
Marchesi (prof. F.). — Grammatica francese. Messina,
La nuova Messina, 1911, 8°, p. 13. Cent. 50.
Mazzucca (E.). — L’ insegnamento in azione. Gramma­
tica elementare della lingua francese, procéd. dallo
studio della pronunz. e seguita da brevissimi esercizi
di nomencl. prat. Lezioni coord., già impartite ai
miei alunni della Ia classe tecnica. Melfi, Liccione,
1911, 8°, p. IX-119.
Ottolini (proff. C. et P.). — Premier cahier pour l'étude
de la langue française, per le classi I tecnica, III gin­
nasiale, I e II serale. Milano, Solmi, 1911, 2a ediz.,
8°, p. 135.
Pavani (P.). —Synonymes, homonymes et paronymes ite
la langue française. Livorno, Giusti, 1911, 2ème édit.,
16°, p. x-84. Cent. 50.
Pensa (prof. T.). — Primi passi nello studio della lingua
francese, ad uso della V e VI classe element. e del
primo anno delle scuole second. Rocca S. Casciano,
Capelli, 1911, 16°, p. 95. Cent. 50.
Pons (prof. A. A.) et Grimod (prof. F.). — A travers la
France. Pages biographiques d’un jeune italien émi­
gré. Livre de lecture à l’usage des écoles de gar­
çons. Turin, S. Lattes, 1911, 2e édit., 16°, fig., p. 302.
L. 2,50.
Rizzi (E.), Aldini (G.). — Guida per chi studia la lingua
francese, seguendo i programmi delle scuole secon­
darie. Parte I. Bologna, Azzoguidi, 1911, 16°, p. 110.
L. 1.50.
Santa Maria (L.). — Anthologie française pour les écoles
d’Italie, avec lettre-préface d’Anatole France, avec
notic. biograph. et not. explicat. Naples, Casella fu
G., 1911. 2e édit., 16°, fig., p. 466. L. 2,50.
Senn (M. L.). — Petit cours de rédaction avec pages
d’auteurs, à l’usage des éc. second. de j. flles, cours
inférieur. Gênes, Pagano, 1911, 8°, fig., p. 124. L. 1,50.
Toldo (P.) et Guichard (L.). — Cahier (Le) d’une jeune
fille. Lectures françaises à l’usage des écoles de jes
fes d’Italie. Torino, Loescher, 1911, 8°, p. 224. L. 2.
(A suivre).

L’Administrateur-Gérant : B. Crémieux.

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          <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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              <text>Périodiques</text>
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          <name>Thématique</name>
          <description>Le(s) sujet(s) abordés par un document, exprimés à l'aide de mots-clefs définis par l'équipe de FonteGaia. (Pour l'indexation à l'aide des vedettes matières de RAMEAU utiliser le champ "Sujet du Dublin Core".</description>
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              <text>France-Italie - Italie-France</text>
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                <text>Bulletin franco-italien</text>
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                <text>(Grenoble puis Aix-en-Provence, Florence) </text>
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                <text>1912-05</text>
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                <text>Université Grenoble Alpes. Bibliothèques et Appui à la Science Ouverte. BU Droit et Lettres. 3029_1910-12_3-4</text>
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            <description>A related resource that is substantially the same as the pre-existing described resource, but in another format.</description>
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                    <text>Quatrième Année — N° 4-5.

Juillet-Octobre 1912.

BULLETIN
FRANCO-ITALI EN
Ancienne: Italie Classique et Moderne
ADMINISTRATION

RÉDACTION

A Florence 2, place Manin

Pour la France : 11 bis - place du Quatre Septembre
Aix-en-Provence
Pour l’Italie : 2, place Manin, à Florence

Congrès des Etudes italiennes à Grenoble
(14-15 juillet 1912).

Le Congrès des Etudes italiennes tenu à
Grenoble le 14 et 15 juillet 1912 a eu non
seulement une portée politique immédiate,
que tout lé monde a aperçue, mais aussi
une valeur technique.
Ce n’est par ici le lieu d’insister sur l’op­
portunité et l’importance, au point de vue
diplomatique, des témoignages de sympathie
que le public français a adressés alors à la
nation italienne. Rappelons seulement en
quelques mots comment, en dehors de toute
risée politique proprement dite, il est possible
de travailler méthodiquement à l’accroissement
et à l’organisation des relations morales entre
deux pays. Ce Congrès de Grenoble donne
un bon exemple d’une telle méthode.

On peut remarquer que les sciences,
lettres et arts depuis quelque temps, se
rencontrent souvent avec la politique dans
certaines manifestations. Cela n’est pas sans
raison. Sur cette même question des rela­
tions franco-italiennes, quelques jours avant
le congrès de Grenoble, avait lieu à Paris,
dans l’amphithéâtre de la Sorbonne une cé­
rémonie en l’honneur de Léonard de Vinci,
où des hommes d’Etat firent d’importantes
déclarations. S’il arrive parfois que le thème
littéraire ou artistique de la manifestation
n’apparaît plus que comme un prétexte, il
n’en a pas été ainsi à Grenoble. Là, l’Uni­
versité a vraiment collaboré à la séance du
15 juillet dernier par la présence de ses pro­
fesseurs, par la parole de son Recteur. Il con­
vient de la féliciter de ce qu’on doit peut-être
appeler un acte de courage, — du moins
d’une initiative heureuse. Elle a ainsi mar­
qué, discrètement, mais fermement, sans
se compromettre, d’une façon qu’il faudra
reconnaître légitime, la part que peuvent
prendre à la vie publique du pays en un de

ses points les plus délicats, les gens d’étude,
les corps et institutions consacrés au travail
intellectuel désintéressé.
En effet les relations entre les peuples ne re­
posent pas seulement sur les faits particuliers,
les intérêts, les calculs de forces, les systèmes
qui ne peuvent guère être connus et maniés
que par les spécialistes de la politique et de
la diplomatie. Ces relations dépendent aussi,
et de plus en plus, de l’opinion publique,
qui voit plus gros, qui procède par grands
mouvements et par affirmations.
Or il est aisé de voir que, malgré quel­
ques livres bien faits, parus en ces dernières
années, sur quelques-unes des grandes na­
tions du monde, en somme le Français n’est
pas méthodiquement, consciemment préparé
en tant que citoyen, à raisonner et à prendre
parti sur les questions de politique extérieure.
Aussi est-il rare qu’il s’intéresse à ces
questions d’une façon constante et qu’il y
ait une compétence même élémentaire ; c’est
seulement dans les moments de crise qu’à
l’aide de ses souvenirs d’écolier et d’étudiant,
et par la lecture des journaux, il se fait
une opinion: opinion presque toujours hâtive,
mal fondée, incomplète, beaucoup plus pas­
sionnée que réfléchie.
Les inconvénients de cela sont de plus en
plus graves, à mesure que l’opinion publi­
que prend plus d’importance en ces matiè­
res. Les gouvernements ou les partis ont
beau redoubler d’adresse pour la diriger à
leur gré, en réalité, il est facile de la dé­
chaîner dans une direction donnée, mais
non pas de la diriger. C’est un instrument
dangereux. Il vaudrait beaucoup mieux que
l’opinion publique, en ces matières, ne fût
pas l’instrument, mais la collaboratrice con­
sciente des gouvernants, — ainsi qu’il arrive
pour certains problèmes de politique inté­

�50

BULLETIN

FRANCO-ITALIEN.

aisément et le plus vivement, mettre l’élève
en contact avec l’étranger, certains procédés
accessoires de cet enseignement sont des
plus utiles à cet effet: l’emploi des assistants
étrangers, les correspondances interscolai­
res, les bourses à l’étranger, les voyages
scolaires....
Ainsi, il suffirait presque de s’aviser qu’en
plus de l’avantage pratique qu’on retire de
la connaissance d’une langue, les classes de
langues vivantes offrent l’occasion d’une ini­
tation particulière, nécessaire pour la pré­
paration à la vie sociale.... un supplément
Où et comment peut-on acquérir cette d’enseignement civique. Que l’on persuade
préparation ? Là où nous apprenons ce qui est de cela les professeurs, que ceux-ci dirigent
nécessaire pour nous acquitter de nos autres les études en conséquence surtout dans les
devoirs de citoyens. A l’école d’abord, puis classes supérieures ; ces classes souvent un
dans les livres, périodiques et journaux, en­ peu lourdes et lentes, où l’on est obligé
de prolonger des exercices élémentaires au
fin dans dès associations spéciales.
L’école, — surtout, les écoles secondaires delà de l’âge normal, — se relèveront et com­
et les Universités et écoles supérieures — menceront à conquérir leur pleine dignité.
donnent en fait, un grand nombre de notions, D’ailleurs, le principe une fois établi, il est a
se rapportant aux nations étrangères et à croire qu’il entraînera certaines réformes.
Eu ce qui concerne l’enseignement supé­
nos relations avec elles. Mais on n’a pas
rieur, il n’est peut être pas prématuré de
assez pris garde à cela.
Dans l’enseignement primaire et dans l’en­ prévoir le jour où les Facultés de Droit
seignement secondaire, l’attention de l’élève, et de Lettres s’uniraient pour la prépara­
en tant que futur citoyen, n’est guère attirée tion à un doctorat nouveau dit de « politi­
que sur les principaux aspects de la vie, que étrangère »: elles en ont dès à présent
pour ainsi dire, intérieure de la nation et à peu près tous les éléments. Les Facultés de
sur les nécessités de la défense nationale, Lettres, depuis quelques années, font peu à
à laquelle se borne, ou peu s’en faut, le peu de leurs « séminaires » de langues et
problème des relations nationales avec l’étran­ littératures modernes, des centres d’actives
ger. Dans l’enseignement supérieur de l’Etat, et méthodiques relations avec les milieux
on forme des spécialistes à peu près pour tou­ intellectuels des principales nations étran­
tes les hautes professions, excepté pour la gères. Ce sont des applications pratiques des
diplomatie. Cependant pour obtenir le résul­ sciences morales dans le domaine de l’opi­
tat désiré, il n’y aurait que fort peu de nion, analogues aux applications pratiques
chose à ajouter aux programmes de notre des sciences physiques et chimiques que font,
enseignement public à tous les degrés, il y les Facultés de sciences dans le domaine
aurait surtout à coordonner entre eux cer­ industriel. Il n’y a qu’à continuer dans
tains enseignement existants, à modifier un cette voie.
Le haut enseignement jouit d’autre part
peu l’esprit dans lequel ils sont donnés et
reçus. Avec ce que l’on apprend, dans nos d’une liberté fort utile dans les cas que
écoles, d’histoire, de géographie, de lan­ nous occupe. Les Universités, parce que
gues et littératures vivantes il y en aurait leur enseignement s’adresse à des adultes,
assez, ou peu s’en faut, pour bien préparer et parce que leur méthode, non plus dogma­
le jeune Français à cette partie de son rôle tique, mais critique les met à l’abri des
soupçons peuvent sans inconvénient, en pre­
social.
Dans les lycées et collèges, dans les éco­ nant les précautions nécessaires entrer en
les normales, primaires supérieures et simi­ relation avec les institutions, même non of­
laires, l’enseignement des langues vivantes ficielles, dont le programme est de réalisa­
est sans doute celui qui se prêterait le mieux tion pratique ou de propagande. Les Univer­
à cet office. Il a pour objet en France, actuel­ sités acceptent maintenant volontiers, elles
lement, quatre des plus grandes nations joueront sans doute de plus en plus, le rôle
d’Europe; les programmes officiels prévoient d’intermédiaires entre la science et la vie
qu’en plus de la langue, l’histoire intellec­ active. Dans l’ordre des études italiennes
tuelle et civile et la civilisation contempo­ nul ne doit s’étonner de voir la Faculté des,
raine de ces pays devront être sommaire­ Lettres de Grenoble en rapports réguliers
ment connus. A vrai dire ces instructions avec l’Association des Italianisants du Sudsont très imparfaitement appliquées ; l’en­ Est ou le Comité France-Italie, l’indépen­
seignement, grâce à des excès dans l’appli­ dance respective des parties en présence re­
cation des méthodes dites « directes » est stant d’ailleurs complète. L’Université étend
le plus souvent borné à l’étude pratique de ainsi son action ; ces associations affermis­
la langue ; la limitation du nombre de lan­ sent la leur.
Les Association privées pour les rapports
gues enseignées, les privilèges accordés à
deux d’entre elles, l’anglais et l’allemand, entre le public français et le public des
sont de plus en plus difficiles à justifier. grandes nations étrangères se sont multi­
Cependant même avec ses défauts actuels, cet pliées, depuis quelques années, sous des for­
mes et avec des programmes variés. Cer­
enseignement est celui qui peut, le plus
rieure, où, en somme, un bon nombre de
gens agit avec quelque réflexion et quel­
que connaissance de cause.
11 n’est pas question de transformer les
citoyens français en autant de petits diplo­
mates, mais il faudrait leur faire comprendre
que la qualité de citoyen leur confère le
droit et le devoir de s’intéresser constam­
ment et de participer eux-mêmes en quelque
manière à la gestion des affaires extérieu­
res du pays comme des affaires intérieures —
et de se préparer à cela méthodiquement.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

taines d’entre elles ont un budget considérable
et un personnel de direction de premier ordre.
C’est dans l’ensemble un mouvement très im­
portant.
Nul doute que ces Associations ne soient
désormais parmi les meilleurs instruments de
cette éducation publique en matière d’af­
faires étrangères, dont il est question ici.
Beaucoup plus souples, naturellement, que
des institutions officielles, elles pénètrent plus
avant dans le public, ou plutôt elles sont le
public même, qui s’organise et travaille. Elles
peuvent agir par leurs propres publications,
par voie de conférences et de congrès, par
intervention directe auprès de la grande pres­
se, auprès du Parlement ou des pouvoirs pu­
blics. Elles peuvent établir avec le public
étranger des relations plus directes plus
étroites et cordiales, que les institutions of­
ficielles. Elles peuvent grouper tout d’un
coup et porter où il faut de grosses forces
morales.
Telle a été, — à côté de son importance
politique momentanée, — la signification du
Congrès de Grenoble. Des professeurs d’ita­
lien des trois degrés de l’enseignement, les
chefs des plus importantes Associations francoitaliennes: Comité France-Italie, Association
des Italianisants, Ligue Franco-italienne—des
hommes politiques et des publicistes parti­
culièrement préoccupés des relations francoitaliennes, se sont réunis pour déclarer qu’un
des meilleurs moyens de rendre plus larges
et plus solides les relations entre les deux
peuples, est de faire en sorte que l’opinion
publique française soit sérieusement préparée
à entretenir ces relations, et par suite
que les études relatives à l’Italie aient dé­
sormais dans l’éducation publique la place
qui convient. En cela l’œuvre des hommes
politiques par son côté le plus élevé, le plus
désintéressé coïncide avec l’œuvre des pro­
fesseurs, et ils ont intérêt à s’entendre et à
se soutenir entre eux.
Ces congressistes d’origine si diverse se
sont trouvés d’accord pour approuver un pro­
gramme de collaboration, dont les grandes
lignes sont les suivantes : travailler, par la
voie de la presse, à attirer et entretenir
méthodiquement l’attention du public fran­
çais sur l’Italie contemporaine, à créer
ainsi, — non pas un de ces fragiles « em­
ballements », mais une sympathie raisonna­
ble, fondée sur une suffisante connaissance de
la valeur particulière que donnent à nos
voisins d’au delà des Alpes leur pensée et
leur travail. Encourager les initiatives de
toute espèce tendant à constituer dans le
public Français un milieu sympathique à
l’égard de l’Italie. Obtenir quelques réformes
dans l’enseignement public, en particulier
une extension de l’enseignement de I’italien,
surtout dans les régions du Sud-Est, mieux
préparées à en profiter. Fortifier les institu­
tions propres à servir pratiquement et ré­
gulièrement aux relations et échanges in­
tellectuels entre les deux pays.

J. L.

51

Compte-rendu du Congrès des Etudes italiennes
1ere journée-Dimanche 14 juillet - Séance du matin

I. Assemblée générale dos Italianisants du Sud-Est.
Malgré le choix de la date, qui tombait en pleine
période d’examens, bon nombre des professeurs
d’Italien, membres de l’Association se trouvèrent
réunis dimanche 14 juillet à 10 heures et demie,
dans le grand Amphithéâtre de la Faculté des
Lettres (Annexe Très-Cloître) gracieusement mis à
notre disposition par M. le Recteur de l’Académie
de Grenoble et M. le doyen de la Faculté des Let­
tres. Qu’ils veuillent bien trouver ici l’un et l’au­
tre les remerciements et la reconnaissance que
nous leur devons pour l’aide si précieuse qu’il
nous ont prêtée durant la préparation matérielle
des deux journées du Congrès.
Parmi les présents citons : MM. Barincou (di­
plômé d’études sup.res d’italien); Berge (prof. coll.
Embrun) ; Billardet (prof, lycée Avignon) ; Mlle
Boniface (ét. Fac. Grenoble) M. Brosse (licencié
d’italien) ; Mlle Cathelin (prof. lycée j. f. Greno­
ble) ; M. Chadourne (diplômé d’études sup.res d’ita­
lien) ; M1Ie Coste (ét. Fac. Grenoble) ; MM. Cré­
mieux (prof. lycée Tournon) ; Delahaye (prof. lycée
Aix) , Didkowski (prof. Ec. pr. sup. Châlon-surSaône) ; MIle Janon (ét. Fac. Grenoble) ; MM. Jou­
vent (prof. Ecole Benoît. L’Isle-sur-Sorgue) ; Lé­
monon (Institut français - Florence) Luchaire (prof.
Fac. Grenoble) ; Maugain (prof. Fac. Grenoble) ;
Mignon (prof. Fac. et lycée, Lyon) ; Paolantonacci
(ét. Fac. Grenoble) ; Mlle Pongiglione (prof. Ecole
Jules Ferry - Tunis) ; MM. Reboul (prof. coll.
Carpentras), Richard (prof. Ec. Normale, Greno­
ble) ; Ronzy (prof. lycée Valence); Roux (profes­
seur collège Briançon) ; Ruelle (prof. Ecole Vau­
canson, Grenoble) ; Serre (prof. Ec. prim. sup.
Saint-Pons) ; Stefanini (prof. coll. Bonneville) ;
Valentin (prof. lycée Grenoble) ; Vergé (institu­
teur) etc.
S’étaient excusés par lettre ou par télégramme:
MM. Lacombe, (prof. lycée Marseille) ; Montagné
(prof. adj. lycée Lyon) ; Prost (prof. coll. Vienne);
Paris (prof. Ec. Victor-Hugo Marseille), etc.
M. Julien Luchaire, vice-président de l’Asso­
ciation, déclare la séance ouverte, et, en l’absence
de M. Maurice Faure, qui ne pourra être à Gre­
noble que pour la séance du lendemain, il prend
la présidence provisoire de l’Assemblée, entouré
de deux assesseurs : M. Delahaye pour l’enseigne­
ment secondaire, M. Jouvent pour l’enseignement
primaire.
Avant de prendre la parole sur le fonctionne­
ment de l’Association depuis le Congrès d’Avignon,
le président donne lecture d’un grand nombre de
lettres d’excuses ou d’adhésion.
Il propose ensuite, dès que l’Assemblée géné­
rale de l’Association aura pris lin, d’attribuer la
présidence du Congrès alternativement à un mem­
bre de l’Enseignement secondaire et à un membre
de l’Enseignement primaire. Il en est ainsi décidé.
Le président prend alors la parole pour rappeler
les progrès faits par la cause des études italiennes
depuis le dernier congrès d’Avignon. Pour l’ensei­
gnement supérieur, on peut dire que la cause est
gagnée : dans les Facultés de Grenoble, Paris, Aix,
Bordeaux, Lyon, Montpellier, l’italien est repré­
senté ; à Grenoble (avec son annexe de Florence) et à

�52

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Paris, l’organisation de cet enseignement est aussi
bonne que celle de ses devanciers, anglais et al­
lemand, là où celle-ci est la meilleure. Dans le se­
condaire, on voit grossir chaque année le bataillon
des professeurs agrégés, et le nombre des chaires.
Dans le primaire, les progrès sont plus lents quoique
sensibles encore. Le progrès des études italiennes et
leur avenir commencent à intéresser le public ;
d’importantes déclarations ont été faites à la tri­
bune de la Chambre à ce sujet.
M. Maugain complète les détails donnés par
M. Luchaire, en ce qui concerne l’organisation des
études italiennes à la Faculté des Lettres de Gre­
noble et les améliorations apportées à l’enseigne­
ment dans tout le ressort de cette Académie. Il
insiste sur les créations de poste qui ont été ob­
tenues depuis deux ans, sur celles qu’il faut main­
tenant obtenir, et particuliérement sur la nécessité
de développer l’étude de l’italien dans l’ensei­
gnement primaire : c’est à quoi il donne tous
ses soins. Par exemple, M. Maugain, secondé par
M. Brosse a toute l’année enseigné bénévole­
ment l’italien à l’Ecole primaire supérieure de
garçons de Grenoble : voilà comment on rend
nécessaires les créations de chaires ! M. Maugain
donne à l’Assemblée quelques renseignements sur
les conférences et conversations italiennes qu’il a
organisées à Grenoble depuis deux ans et qui com­
mencent à avoir un public assidu.
M. Mignon, après avoir déploré, au milieu de
l’approbation unanime, l’absence d’une chaire ma­
gistrale d’italien à la Faculté des Lettres de Lyon,
intéresse vivement l’Assemblée en lui parlant des
Serate italiane qu’il a créées à Lyon ; ces Serate
ont lieu tous les jeudis soirs, à 8 heures ½, dans
un local municipal ; on y parle italien, on y trouve
des périodiques italiens, on y entend des confé­
rences en langue italienne sur des sujets littéraires
ou historiques. Une fois par an a lieu la repré­
sentation d’une pièce italienne (du Goldoni, de
l’Arioste). Les résultats de cette intelligente pro­
pagande ont été excellents.
M. Ronzy dit un mot sur la propagande par la
musique ; il a constitué avec le concours de ses
élèves du lycée de Valence une chorale italienne
dont la première sortie, couronnée de succès pro­
met les meilleurs fruits et en particulier un sen­
sible accroissement du nombre des élèves italia­
nisants au lycée de Valence.
L’Assemblée passe ensuite à la discussion des
Statuts définitifs de l’Association dont un projet lui
a été soumis.
M. Valentin juge que si V Association depuis le
congrès d’Avignon, a singulièrement étendu et
renforcé ses moyens de propagande sur le public,
elle ne lui semble pas avoir mis une activité suffi­
sante au service direct des intérêts profession­
nels des Italianisants. Il voudrait lui voir jouer
un rôle analogue à celui des Amicales de pro­
fesseurs et surtout à celui des Associations de
professeurs de lettres, d’histoire, etc. Il regrette
que, jusqu’ici, l'Association n’ait pas offert à ses
membres des moyens d’action immédiate, aussi
souvent que besoin était. Enfin il voudrait que
l'Association fit entendre sa voix dans les débats
actuels sur la refonte des programmes de 1902 et
notamment sur la question de la suppression de
la deuxième langue. Une Association d’Italiani­
sants, pour agir avec efficacité dans les circonstances
présentes doit être strictement professionnelle.

M. Luchaire ne croit pas du tout qu’il soit
impossible de mener de front une œuvre de pro­
pagande générale, et une œuvre de protection
professionnelle. Il croit au contraire que les re­
vendications professionnelles ont d’autant plus de
probabilités d’être accueillies qu’elles sont mieux
comprises et soutenues par le public et qu'elles
sont l’expression des vœux d’une partie de l’opi­
nion. Le Bureau de l'Association depuis le der­
nier Congrès s’est attaché à recruter des adhé­
rents dans le public, et à gagner à la cause de
I’italien le plus grand nombre possible de parle­
mentaires et de gens cultivés. La cérémonie so­
lennelle de clôture du Congrès, les personnalités
qui y prendront part donneront une preuve de
l’intérêt qu’on porte à notre Association. Les adhé­
rents non professionnels, bien loin d’affaiblir l’ef­
ficacité de notre action, lui confèrent une force
de plus. S’il est vrai que les moyens d’action
immédiate ont semblé faire défaut aux professeurs
d’italien, il suffit de modifier nos Statuts dans
ce sens : en ayant un délégué permanent à Paris,
qui puisse se rendre au Ministère chaque fois
qu’il le faudra, et en constituant des Comités tech­
niques, qui discuteront des questions relatives a
chaque ordre d’enseignement, et centraliseront les
doléances, suggestions, etc. des membres du corps
enseignant. Le Bulletin franco-italien qui depuis
novembre dernier paraît tous les deux mois avec
régularité, ne demande qu’à devenir pleinement
l’organe corporatif des professeurs d’italien ; il
n’a pas d’autre raison d’être ; et c’est un appel
instant que le Bureau adresse à tous les Italiani­
sants pour qu’ils y collaborent de toutes manières
par des articles, des communications, des que­
stions, etc...
Après un débat auquel prennent part MM. Ronzy,
Mignon, Billardet les Statuts sont votés avec les
légères transformations proposées par M. Luchaire.
L’Assemblée générale est déclarée close et la
séance levée à midi et demie.

IL Congrès des Études Italiennes.
La séance est ouverte à trois heures. M. Ronzy
préside, assisté de Mlle Cathelin et de M. Richard.
A) La question de la deuxième langue.
M. Valentin, rapporteur, prend la parole sur
la suppression possible de la deuxième langue,
dans le second cycle. Ce serait la mort des langues
méridionales. En effet, mal organisées dans le
premier cycle, quand elles existent, les classes
d’italien n’y sont guère fréquentées que par un
petit nombre d’élèves médiocres. La plupart des pa­
rents hypnotisés par le désir de voir entrer leurs
enfants dans les grandes Ecoles de l’Etat, leur
font apprendre l’allemand ou l’anglais qui sont
les seules langues requises au concours d’entrée
de ces Ecoles. Les professeurs d’allemand ou d’an­
glais sûrs du recrutement de leurs élèves peuvent
accepter sans protestation la suppression de la se­
conde langue. La propagande extérieure, l’attrait
d’une langue harmonieuse et réputée facile, d’une
littérature dont la valeur de culture est certaine
pouvaient attirer des recrues à l’italien, seconde lan­
gue. Ni propagande, ni attrait ne primeront l’in­
térêt de connaître l’anglais ou l’allemand, après
la suppression de la 2ème langue. Cette suppres­
sion ne serait acceptable que si les candidats sor­
tis des lycées du Sud-Est avaient la faculté de

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

présenter I’italien comme langue principale au
concours d’entrée des grandes écoles.
Différentes observations sont échangées sur cette
question de la deuxième langue, sur la condition
de l’italien dans le premier cycle, sur l’italien au
concours d’entrée des grandes écoles, et le Con­
grès adopte un voeu formulé par M. Valentin.
B) Situation présente de l’enseignement de I’italien
en France.
M. Crémieux, rapporteur, expose les résultats
d’une enquête menée par l’intermédiaire de MM.
les Recteurs des Académies de Paris, Lyon, Gre­
noble, Chambéry, Aix, Clermont-Ferrand, Alger
dans le ressort de leurs Académies. Depuis 1907,
des emplois spéciaux ont été créés dans six ly­
cées de garçons (Paris, Avignon, Annecy, Valence,
Tournon, Gap), une deuxième chaire créée au
lycée de Marseille, des emplois spéciaux ont été
créés dans quatre collèges de garçons (Vienne,
Montélimar, Thonon, Cette), dans trois lycées de
jeunes filles (Aix, Grenoble, Marseille) ; l’italien
est enseigné aux Lycées de j. f. de Nice et de
Tournon, au collège de g. de Bonneville . Par­
tout où l’italien était enseigné en 1907, il a pro­
gressé ; et dans beaucoup d’endroits se dessine un
mouvement en faveur des études italiennes.
L’italien est actuellement enseigné dans
6 Facultés des Lettres
26 Lycées de garçons
11
»
de filles
19 Collèges de garçons
1
»
de filles
5 Cours secondaires de jeunes filles
8 Ecoles Normales de garçons
4
»
»
de filles
21 Ecoles primaires supérieures de garçon
11 Ecoles primaires supérieures de filles
112 Etablissements.
L’Assemblée exprime le vœu de voir bientôt
la création d’emplois spéciaux et l’augmentation
des horaires partout où le besoin s’en fait sentir.
L’Association des Italianisants du Sud-Est est
en pourparlers avec la Dante Alighieri qui se
montré disposée à favoriser notre propagande en
nous procurant des livres, journaux, clichés de
projections, et aussi des conférenciers. Le Congrès
émet le vœu que cette entente soit rapidement
conclue.
C) Correspondance Interscolaire.
L’Office d’Informations et d’Echanges de l’in­
stitut français de Florence s’était chargé de mettre
en correspondance les écoliers français et les éco­
liers italiens. Malgré le retard apporté par certains
des intéressés à fournir des listes d’élèves, malgré
aussi la difficulté de mettre en rapports des élè­
ves de même âge et de même culture, les élèves
français qui apprennent I’italien étant presque tou­
jours plus âgés que les élèves italiens qui ap­
prennent le français, — près de 600 élèves ont été
mis en relations.
D) La composition italienne au baccalauréat.
M. Mignon reprenant les termes de son opu­
scule sur ce sujet se plaint du manque de culture
littéraire et historique dont témoignent dans leurs
copies les candidats au baccalauréat, de l’usage
qu’ils y font du Novissimo Melzi, dictionnaire
encyclopédique dont ils copient des bribes à
tort et à travers, de la trop grande ignorance de

53

la grammaire et du vocabulaire qui apparaît dans
ces compositions. M. Mignon voudrait aussi la
suppression radicale des sujets tels qu’ Un voyage,
Une promenade qu’il juge trop enfantins. Comme
remèdes, il propose la suppression à l’examen des
dictionnaires encyclopédiques, et l’augmentation
du nombre des heures consacrées à l’italien dans
les établissements secondaires où cette langue est
enseignée comme langue fondamentale.
MM. Valentin et Ronzy, tout en donnant théo­
riquement raison à M. Mignon déclarent qu’il est
impossible à un candidat, après deux ans, de
traiter convenablement des sujets littéraires ou hi­
storiques, et que, pour éviter de trouver dans les
copies la reproduction de pages de manuels ap­
prises par cœur, mieux vaut s’en tenir provisoi­
rement à des sujets plus simples, analogues à ceux
qu’on donne aux candidats d’allemand ou d’anglais,
tant que l’enseignement de l’italien ne sera pas
mieux organisé dans le second cycle.
M. Luchaire dit qu’il ne faut du moins pas
perdre de vue que le but à atteindre est celui
qu’a montré M. Mignon.
Le Congrès formule un veu transactionnel.
E) Rapports commerciaux entre l’Italie
et le Sud-Est français.
Le Congrès entend ensuite une intéressante
communication de M. Lémonon sur les relations
économiques de l’Italie et des départements du
Sud-Est de la France.

F) Enseignement primaire.
M. Richard prend la présidence.
Le rapport si complet de M. Paris, dont l’ab­
sence est vivement regrettée par les Congressistes,
sert de base à la discussion. Toutes les conclusions
et tous les vœux en sont adoptés. On les trouvera
plus loin.
M. Ruelle et M. Jouvent présentent d’intéressan­
tes observations sur la situation faite à l’italien par
l’introduction exclusive de l’allemand et de l’an­
glais dans les Ecoles d’Arts et Métiers. On sait
que le Conseil supérieur de l’Enseignement pro­
fessionnel a proposé l’admission de l’italien et de
l’espagnol à Aix, de l’espagnol à Angers. C’est déjà
un point acquis. Mais comme le fait remarquer
M. Ruelle, la région dauphinoise se trouvant rat­
tachée à la nouvelle Ecole de Paris, il est de toute
nécessité que I’italien soit admis également dans
cette Ecole-là. Un vœu est émis dans ce sens.
Sur la proposition de M. Maugain, un vœu
est émis en faveur des membres de l’enseigne­
ment primaire qui viennent suivre des cours à
l’Université le jeudi, afin qu’ils obtiennent la
même indemnité de déplacement que leurs col­
lègues de l’enseignement secondaire.
M. Luchaire propose d’envoyer l’expression des
remerciements et de la reconnaissance des Ita­
lianisants à MM. Dejob, Hauvette et Petit-Du­
taillis pour leur dévouement inlassable à notre
cause. Cette proposition est adoptée par accla­
mations.
M. Luchaire fait connaître à l’assemblée la ré­
ponse de M. Barrère au télégramme qu’il lui a
adressé au nom du Congrès : « Veuillez partager
avec Congrès expression de ma vive gratitude
pour la communication si flatteuse que vous avez
bien voulu me faire en son nom. Barrère ».
La séance est levée à 7 heures.

�54

B U LLETIN FRANCO-IT ALIEN.

Séance solennelle de clôture
Lundi 15 juillet 1912.

A dix heures et demie, s’ouvrait, dans
l’amphithéâtre Marcel Reymond, la séance
solennelle de clôture du Congrès d’Etudes
italiennes.
M. le sénateur Maurice Faure, ancien
ministre de l’Instruction publique, président
de l’Association des Italianisants du Sud-Est,
présidait, entouré de MM. Tittoni, ambas­
sadeur d’Italie ; Petit-Dutaillis, recteur de
l’Université ; Stéphen Pichon, sénateur, an­
cien Ministre des Affaires étrangères ; Charles
Dumont, député, ancien ministre ; Perchot,
sénateur des Basses-Alpes, directeur du « Ra­
dical » de Paris ; l’historien italien Guglielmo
Ferrero ; professeur Dino Mantovani, repré­
sentant officiellement la municipalité de Turin;
Enea Cavalieri, président de la Ligue italo­
française ; Gustave Rivet, sénateur, vice-pré­
sident de la Ligue franco-italienne ; Eugène
Chiesa, député de Carrare ; Léon Perrier,
et Raffin-Dugens, députés ; généraux Espi­
nasse et Sentis ; commandeur Albert Ma­
rone ; Luchaire, directeur de l’Institut fran­
çais de Florence; Benoit, adjoint au maire;
les doyens et professeurs de l’Université de
Grenoble ; Pascal Bonetti, délégué des
Amitiés françaises ; Paisant, secrétaire gé­
néral de la Préfecture ; Gontard, vice-pré­
sident du Conseil général de l’Isère ; Jules
Gautier, vice-président et délégué de la
Chambre de Commerce de Grenoble ; Ernest
Dumolard, président de la Commission dé­
partementale ; Gazin, inspecteur d’Acadé­
mie ; Fugier, conseiller général ; Ruelle, con­
seiller d’arrondissement; Bernard, Boccac­
cio, conseillers à la Cour d’appel ; RivoireVicat, inspecteur général des Ponts et Chaus­
sées ; Corbière, substitut du Procureur gé­
néral ; Clap, procureur de la Républi­
que ; etc., etc....
Notons qu’au moment où les autorités
pénètrent dans l’amphithéâtre, la musique
du 4e génie exécute l’Hymne royal italien
et la Marseillaise.

Discours de M. Petit-Dutaillis.
M. Petit-Dutaillis, recteur de l’Académie
de Grenoble, souhaite la bienvenue aux
hôtes de l’Université, au nom de M. le di­
recteur de l’Enseignement supérieur, retenu
à Paris, et au nom du Conseil de l’Uni­
versité.
Puis il continue:
— Votre présence ici, Monsieur l’Ambas­
sadeur, nous est un gage bien précieux de
l’attention que votre patrie accorde au mo­
deste labeur de notre Université. J’apporte
à votre Excellence, l’hommage de notre re­
connaissance profondément émue. Et vous,
Messieurs, hommes d’Etat Italiens et Fran­
çais, savants et professeurs des deux pays,
qui êtes venus ici vous tendre la main les
uns aux autres, soyez tous les bien venus
dans l'amphithéâtre Marcel Reymond ».

Cette évocation du nom de Marcel Rey­
mond est, pour l’orateur, une occasion de
vanter le talent de l’érudit et délicat histo­
rien de la sculpture florentine et du cava­
lier Bernin.
« Grâce à lui et aux professeurs qui ont
travaillé ici avec lui, l’Université de Gre­
noble est devenue, en province, l’Ecole où
les étrangers viennent apprendre à nous
connaître et à nous aimer. Elle a reçu, l’an
dernier, quatorze cent vingt étudiants étran­
gers, parmi lesquels cent quarante jeunes
gens et jeunes filles de l’Italie ».
M. le Recteur rappelle la prescience de
Stendhal, de Michelet, confondant en un
même amour les Alpins des deux versants,
Dauphinois et Piémontais.
« Mais que dire du rôle joué par l’Univer­
sité de Grenoble, devenue décidément un
centre de culture latine, d’études et d’échan­
ges intellectuels entre la France et l’Italie.
Une annexe de la Faculté des lettres, le
jeune Institut de Florence, est, sous l’im­
pulsion de son éminent directeur, M. Lu­
chaire, appelé à être, est déjà, une école
où les jeunes gens des deux pays étudient
la langue et la civilisation de l’Italie et de
la France, et nouent des liens cordiaux de
confraternité ».
Le Recteur termine en remerciant le pré­
sident de la séance, M. le sénateur Maurice
Faure, des encouragements efficaces qu’il a
prodigués à l’Université de Grenoble, et en
signalant dans l’assistance la présence de
M. le général Espinasse, fils du général
Espinasse, tué à la bataille de Magenta pour
la cause de la liberté italienne.

Les lettres d’excuses.
M. Luchaire donne alors lecture des lettres
d’excuses d’un certain nombre de personna­
lités : MM. Landry et Thierry, députés ;
Antonin Dubost, président du Sénat; Antoine
Perrier, ancien garde des Sceaux, etc.
Discours de M. Maurice Faure.
M. Maurice Faure se félicite du succès du
Congrès de Grenoble, qui réunit, pour fêter
le nom aimé et vénéré de l’Italie, tant de
bonnes volontés françaises, et adresse le plus
cordial salut de la France à MM. Tittoni,
Ferrero, Mantovani, etc.... Il remercie l’Uni­
versité de Grenoble, dont la large hospitalité
a tant contribué au succès du présent Congrès.
L’ancien ministre de l’Instruction publi­
que montre ensuite combien sont étroits les
liens de famille qui unissent la France à l’Ita­
lie, à travers les âges.
« Voici les troubadours, chantres de l’amour
et de la liberté ; voici nos poètes du Midi
qui, accueillis en Sicile à la cour de l’empe­
reur Frédéric II, donnèrent à l’art littéraire
italien ses modèles et déterminèrent son essor
initial.
C’est de cet essor qu’est issu ce prodige de
la pensée et de l’art humain que fut Dante
Alighieri, qui suffirait à lui seul à glorifier
de longs siècles d’efforts intellectuels.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Quand on parle des rapports intellectuels
de la France et de l’Italie, il faut en toute
justice réunir au nom de Dante ceux de
Pétrarque et de Boccace, — trinité litté­
raire qui immortalise le quatorzième siècle
italien.
Si, maintenant, nous descendons le cours
des siècles, d’autres splendeurs italiennes
apparaissent, qui ont ébloui le monde d’a­
lors, et qui n’ont pas cessé de briller d’un
vif éclat dans le ciel de l’art et de la
pensée.
Vinrent ensuite pour l’Italie des jours
sombres, où le poids de l’autocratisme prin­
cier et du fanatisme religieux faillit étouf­
fer la pensée et l’art. Cependant, les divi­
nations de Galilée percèrent les ténèbres
enveloppantes ; les savants italiens conti­
nuèrent, en silence, un très beau travail de
recherches scientifique et historique, dont
le 18e siècle recueillit les fruits. C’est alors
que la France, mûrie par un siècle d’acti­
vité et de puissance, put rendre à l’Italie
quelque chose de ce que celle-ci lui avait
prêté.
Grâce à elle, l’Italie morcelée et assujet­
tie à l’étranger, entrevit l’aurore d’un état
politique et social nouveau, auquel elle de­
vait s’attacher pour toujours. A cette oeu­
vre désormais indestructible d’unité natio­
nale, les Français sont fiers d’avoir contri­
bué par le sang de leurs soldats, versé dans
les plaines de la Lombardie.
M. Maurice Faure montre ensuite la néces­
sité de resserrer les liens qui unissent depuis
des siècles l’intelligence italienne et l’intel­
ligence française.
« Certes, nous ne pouvons pas, nous, Fran­
çais, reprocher à nos voisins et amis de ne
pas s’intéresser à notre production intel­
lectuelle. Car, disons-le hautement, c’est
surtout la France qui a besoin de mieux
connaître l’Italie. Il faut que les conséquen­
ces de cette vérité soient reconnues et ap­
pliquées, dans l’organisation de l’enseigne­
ment public, le nombre et la distribution
des chaires de langues vivantes, le pro­
gramme des concours d’entrée dans les
grandes écoles, etc.... Il faut aussi que le
public français, usant de tous ses moyens
actuels et de tous ceux qu’on lui fournira,
apprenne à connaître, la vie et la pensée de
l’Italie contemporaine ».
Au nom de l’Association des Italianisants
M. Maurice Faure remercie ceux qui se sont
groupés autour de ce programme, et parti­
culièrement MM. Stéphen Pichon, Petit-Du­
taillis, Julien Luchaire. Il envoie ensuite un
cordial salut au grand ouvrier du rapproche­
ment franco-italien, M. C. Barrère, ambassa­
deur de France à Rome.
Se tournant enfin vers les personnalités
italiennes présentes, il leur dit :
« Excellence, et vous tous, messieurs,
qui avez bien voulu venir dans notre vieille
capitale dauphinoise, n’oubliez jamais que
ces Alpes, qui font à la ville de Grenoble
un si magnifique horizon, sont à nos yeux,
non pas une barrière séparant deux peuples
destinés à s’unir et à s’aimer, mais le

55

grandiose symbole d’une longue et immua­
ble chaîne d’amitié entre la France et
l’Italie. Dites bien surtout autour de vous
que nous travaillons ardemment à forger
pour cette chaîne de solides anneaux d’at­
tache dans l’esprit et le cœur de la France
tout entière! ».

Discours de M. Stéphen Pichon.
« Mon premier mot, déclare-t-il, sera pour
remercier mon vieil et cher ami Maurice
Faure, pour les paroles qu’il a bien voulu
me réserver ».
Ayant rappelé les trente-cinq années de
luttes pour les mêmes idées, de fraternelle
collaboration dans le journalisme qui s’est
muée en affectueuse collaboration dans un
ministère auquel il sera toujours fier d’avoir
appartenu, dit-il, M. Pichon poursuit:
« C’est comme représentant et délégué
du Comité France-Italie, qui vient d’être
constitué, que je veux faire une simple dé­
claration.
Ce comité dont le but est suffisamment
indiqué par son titre (union, intimité entre
les deux puissances dont il porte le nom),
a pensé qu’il ne pouvait moins faire que de
participer à la première grande fête italofrançaise organisée après sa formation.
Ma présence ici se justifie d’autant plus
que vous accomplissez une œuvre pratique
et que c’est pour une œuvre pratique que le
comité France-Italie a été formé ».
Sans s’arrêter à la consanguinité des deux
races, et aux souvenirs qui les attachent
l’une à l’autre — constatations qui devien­
nent superflues, tant elles sont répétées et
incontestables, l’ancien ministre des Affaires
étrangères dit :
« Nos liens intellectuels et moraux sont
le résultat de notre origine commune et de
notre histoire. Nous sommes frères par le
sang, par les idées, par la culture et par les
traditions.
Mais il y a — il doit y avoir — entre nous
quelque chose de plus.
Nous devons retrouver dans notre politique
courante et dans nos rapports d’affaires, la
marque, la suite et comme la preuve des
liens nouveaux qui nous unissent. Il n’y a
pas de motif pour qu’il en soit autrement.
Aucune cause d’inimitié ne nous sépare et
tout nous convie à nous rapprocher.
Il n’y a pas, entre la France et l’Italie,
d’intérêts opposés ou contradictoires, de que­
stions susceptibles de jeter le trouble dans
les relations entre les deux gouvernements.
Leur politique (et sans avoir aucun man­
dat pour cela, je suis sûr de ne pas trahir
la pensée du Gouvernement français), leur
politique doit s’appliquer à résoudre, inva­
riablement, dans un esprit de concorde et
d’amitié soutenue, toutes les petites difficul­
tés qui surgissent inévitablement dans la vie
quotidienne des peuples et que les meilleurs
amis sont exposés à rencontrer.
Leurs intérêts doivent se solidariser et se
confondre au lieu de se dresser les uns en
face des autres et de paraître se heurter.

�56

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Ces intérêts doivent faire l’objet d’enten­
M Chiesa évoque l’origine romaine de Gre­
tes spéciales qui assurent dans la paix leur noble et salue les Dauphinois, qui ont tou­
conciliation mutuelle et leur libre dévelop­ jours été à l’avant-garde des idées les plus
pement.
libérales.
C’est ce qu’a compris notre diplomatie
Il fait un éloge chaleureux du sénateur
lorsqu’elle a conclu avec le gouvernement Gustave Rivet que, tout jeune, il vit se dé­
italien des contrats qui — mon illustre ami penser en Italie pour le développement de
M. Tittoni pourrait vous le dire — ont, en l’entente franco-italienne. Cette entente cor­
leur temps, apporté un apaisement nouveau diale, loyale, doit se faire, dit-il non seulement
et une force nouvelle d’équilibre dans la po­ par des mots, mais aussi par des œuvres.
litique générale de l’Europe.
En terminant, le député de Carrara donne
Ces contrats, librement et loyalement né­ lecture de diverses lettres d’excuses et
gociés ne peuvent être que librement et lo­ d’adhésions au mouvement franco-italien
yalement exécutés.
entre autres celle de Ricciotti Garibaldi.
C’est de ces notions si peu discutables
que nous devons nous inspirer de plus en
Discours de M. Gustave Rivet
plus, parce qu’elles ajoutent aux vues théo­
riques tirées de la communauté des origines
« Je représente, dit-il, une tradition déjà
et des leçons de l’histoire, leur complément très ancienne d’amitié franco-italienne. L’u­
logique et indispensable.
nion des Peuples latins fut un des rêves de
Accords politiques, économiques, diploma­ notre jeunesse, beaux rêves dont nous avons
tiques. Ententes spéciales et pénétration ré­ poursuivi la réalisation, sans nous lasser, à
ciproque. Diffusion des idées françaises en travers les bons et les mauvais jours, rêves
Italie et des idées italiennes en France.
auxquels nous sommes plus que jamais atta­
Action incessante de propagande pour éviter chés.
les malentendus qui risqueraient de compro­
Mirages, diront quelques pessimistes, lais­
mettre cette œuvre de paix et de fraternité, ons-les dire. Ces mirages sont peut-être plus
commandée par l’identité des intérêts aussi près qu’on ne pense d’être une réalité.
bien que par l’identité de la race.
Unir la France et l’Italie, c’est l’œuvre à
Voilà le programme qui, pour nous, s’im­ laquelle vous travaillez efficacement, Mes­
pose au patriotisme français comme au patrio­ sieurs les Congressistes, et c’est de quoi je
tisme italien, et, pour tout dire, au patriotisme tiens à vous louer chaleureusement.
européen.
Répandre et vulgariser chez nous la langue
C’est le programme du comité France-Italie. italienne est un des meilleurs moyens de rap­
Ce comité sera l’auxiliaire du Gouverne­ prochement des deux pays, car le langage
ment dans l’accomplissement de cette œuvre est un des plus puissants agents de pénétra­
nationale, pratique et nécessaire.
tion réciproque.
Il lui donnera tout son concours — chaque
De l’autre côté des frontières, on parle une
fois qu’on pensera qu’il peut être utile — langue que vous ne comprenez pas, le voisin
pour coordonner les efforts des deux pays en ne vous entend pas plus que vous ne l’en­
une bonne et cordiale entente, et pour tendez : il reste alors « l’étranger ». On sent
ajouter à l’action gouvernementale celle d’une tout ce qu’il y a dans ce mot : « étranger ».
organisation indépendante et forte, en contact Il est étranger à vos pensées, à vos senti­
permanent avec une organisation similaire ments : il ne peut pas y avoir entre vous et
constituée en Italie.
lui cette intimité, cette communion, cette fu­
Il nous a semblé qu’il n’y avait pas de sion des esprits qui s’échangent par les mê­
meilleure occasion que la réunion qui se mes enthousiasmes. Il est difficile que l’homme
tient aujourd’hui à Grenoble pour affirmer qui ne parle pas votre langue ne reste pas
ces sentiments qui, j’en suis sûr, corres­
l’étranger.
pondent aux vôtres, et pour associer dans
Mais que la conversation puisse s’engager,
une manifestation positive, les représentants que vous parliez au voisin dans sa langue,
de la France et les représentants de l’Italie. qu’il vous parle dans la vôtre, les cœurs
Et moi, qui n’ai cessé, pendant toute ma s’ouvrent, l’interlocuteur n’est plus un étran­
vie, d’appliquer ces idées comme homme po­ ger, c’est un ami.
litique, comme diplomate et comme ministre,
Rien ne supprime les frontières comme de
je me réjouis d’avoir été désigné pour en parler la même langue. Répandre la culture
apporter ici l’expression ».
latine, c’est rapprocher les deux pays ».
M. Gustave Rivet comme représentant du
département de l’Isère et plus particulière­
Discours de M. Eugène Chiesa.
ment de Grenoble, salue ensuite les person­
Le député italien Chiesa apporte l’hom­ nalités présents.
Ses remerciements iront plus particulière­
mage et le salut des hommes politiques ita­
liens et des organisations populaires de son ment à l’homme d’Etat éminent, à M. Tit­
toni, dont la présence donne en quelque sorte
pays.
Il s’attache à montrer ce que l’enseigne­ un caractère officiel à cette cérémonie.
ment artistique et scientifique peut avoir
« En le saluant respectueusement, dit-il, je
d’heureux effets pour le rapprochement des ne puis m’empêcher d’évoquer le souvenir de
deux peuples. Ce que la politique a tant de la grande manifestation de la Sorbonne, et
difficultés à réaliser, les études intellectuel­ il me plaît de lui rappeler de quels applau­
dissements fut accueilli son discours par les
les le réalisent souvent avec facilité.

�57

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

quatre mille personnes qui emplissaient le
grand amphithéâtre ».
Et ayant rappelé brièvement les paroles de
M. Tittoni, M. Rivet poursuit :
« Vous êtes, M. l’Ambassadeur, un homme
plein d’expérience : expérience des choses,
expérience des hommes. Et vous avez parlé
en homme d’expérience.
Mais si vous aviez bien voulu développer
votre pensée, vous auriez certainement ajouté
ce qui est dans l’esprit de tout intellectuel,
qu’il n’y a pas que les intérêts matériels, que
ce n’est pas par l’intérêt matériel seul que
se dirigent les peuples.
L’élite intellectuelle doit enseigner à la
foule qu’au-dessus de l’intérêt matériel, il y
a l’intérêt moral, plus haut, plus noble, et
plus fort.
La latinité c’est cela. C’est l’intellectualité
c’est l’ascension vers la civilisation, vers
l’idéal.
L’Italie et la France sont les héritières de
la Grèce et de la Rome antiques, de ses phi­
losophes et de ses poètes. Elles ont reçu
d’eux le flambeau de la civilisation.
C’est pourquoi dès ce jour nos cœurs vont
profondément vers la nation italienne et
nous formons des vœux pour l’œuvre civili­
satrice qu’elle veut accomplir dans la Médi­
terranée.

Discours de M. Cavalieri
M. Enea Cavalieri clôt la série des dis­
cours. Il apporte le salut de la Ligue italofrançaise dont il est président.
Il évoque à son tour la manifestation ré­
cente de la Sorbonne et félicite les Italiani­
sants du Sud-Est de la France de leur heu­
reuse initiative qui emprunte aux circonstan­
ces une signification particulière.
Par une coopération cordiale, dit-il, nous
voulons que les deux pays puissent mieux
s’avantager pour une action commune.
Avec le concours d’hommes éminents comme
M. Luzzatti, qui l’a prié de l’excuser, M. Cava­
lieri espère que la Ligue pourra faire œuvre
utile en dissipant les équivoques naissantes.
Enfin, faisant allusion aux rapports qui
unissent l’Université de Grenoble aux Uni­
versités italiennes, il ajoute que « maîtres et
élèves français seront toujours accueillis en
Italie, comme des frères ».
Conférence de M. Ferrero.

L’après-midi, dans, le même amphithéâtre
et en présence des mêmes personnalités, M.
Guglielmo Ferrero a prononcé en français
une conférence sur la Femme dans la Rome
antique.
Banquet.
Le soir, une centaine de convives se réu­
nirent au Grand-Hôtel en un banquet présidé
par M. Tittoni. Des toasts furent portés, par
MM. Paisant, Rivet, Campolonghi, le séna­
teur Perchot, Charles Dumont, Stéphen Pi­
chon, Maurice Faure et enfin par M. Tittoni
lui-même.

Vœux émis par le Congrès
Enseignement supérieur.
Le Congrès émet le vœu que l’enseignement de
l’italien soit régulièrement organisé à la Faculté des
Lettres de Lyon.

Enseignement Secondaire Masculin
Le Congrès considérant
1° que par l’inapplication des horaires prévus par les
programmes officiels, l’enseignement de I’italien est
dans une situation précaire et qu’il fonctionne un
peu partout sous le régime des classes fusionnées et
des horaires restreints ;
2° que si on peut accepter une réduction sur l’ho­
raire des programmes dans les classes du 1er cycle,
toute diminution dans les classes du 2eme et a fortiori
la suppression de la deuxième langue dans les sections
B et O aggraverait la situation au point de conduire
notre enseignement à sa ruine pour le plus grand
dommage de la culture secondaire ;
3° que, pour qu’un enseignement puisse se développer
légitimement et affirmer sa valeur tant au point de
vue de la culture générale que de l’utilité pratique,
il faut qu’il ait un recrutement normal d’élèves, que
ce recrutement n’existe pas pour les langues méridio­
nales et ne peut exister tant que ces langues seront
exclues des concours qui donnent accès aux grandes
Ecoles ; que d’autre part il n’y a pas d’objections
vraiment sérieuses à ce que l’italien soit connu effec­
tivement par quelques-uns de nos officiers et de nos
ingénieurs et qu’une délimitation cantonnant l’italien
dans le Sud-Est et l’espagnol dans le Sud-Ouest per­
mettrait aux candidats provenant des lycées de ces
régions de présenter la langue vivante de leur choix.
qu’on pourrait d’ailleurs soumettre ces candidats à
des épreuves d’une haute tenue et d’une réelle dif­
ficulté ;
le Congrès émet le vœu :
1° que les horaires des programmes officiels soient
strictement appliqués aux langues méridionales, quand
le nombre des élèves est normal ;
2° que la seconde langue soit maintenue dans le
2eme cycle ;
3° qu’une place soit faite aux langues méridionales
an concours des grandes Ecoles : Ecoles Polytechnique,
Navale Centrale et do Saint-Cyr.
Π.
Le Congrès émet le vœu que dans la mesure des
possibilités actuelles
des emplois spéciaux soient créés au lycée de Con­
stantine, aux collèges d’Apt, Arles et Briançon ;
une chaire mixte d’espagnol-italien au lycée d’Alger;
que les horaires des cours d’italien soient augmen­
tés dans les lycées d’Annecy, Bourg et Digne, dans
les collèges de Bonneville, Thonon, Vienne, Bourgoin,
Saint-Marcellin, la Mure, Carpentras et Corte ;
que l’enseignement de l’italien soit institué dans
les collèges de Bône, Calvi, Grasse, Seyne-les-Alpes

III.
Le Congrès émet le vœu que le jury d’admission à
l’agrégation et an certificat secondaire contienne tou­
jours au moins un membre de l’enseignement se­
condaire.
IV.
Le Congrès émet le vœu que les corrections des
copies de langues vivantes au Baccalauréat soient
toujours confiées à des spécialistes.
V.
Le Congrès considérant
que l’enseignement de l’italien doit être non seule­

�58

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

ment un enseignement pratique, mais encore un en­
seignement de culture ;
que d’autre part il est difficile dans l’état actuel
de nos études de préparer des élèves à disserter d’une
façon précise et personnelle sur des sujets touchant à
la littérature, à l’histoire ou à la civilisation contem­
poraine, mais qu’il est souhaitable que ce but idéal ne
soit jamais perdu de vue et que, dès maintenant, d’ail­
leurs, certains élèves sont capables de s’en approcher,
émet le vœu
que trois sujets de composition italienne soient
proposés au choix aux candidats au baccalauréat,
dont un au moins touchant à la littérature, à l’histoire
ou à la civilisation contemporaine.
VI.

Le Congrès émet le vœu
1° qu’un programme d’auteurs pour le baccalauréat
renouvelable tous les trois ans soit proposé par les
professeurs de l’Académie chargés de l’examen du
baccalauréat, sous le contrôle de l’Inspecteur général ;
2° que l’on fasse une stricte application de la mé­
thode du commentaire verbal et positif des textes con­
sidérés comme des documents, et destinés à recevoir
une illustration complète au sens le plus large du mot.
VII.
Le Congrès émet le vœu que deux places au mini­
mum soient mises chaque année au concours pour le
titre d’agrégé d’italien.

Enseignement secondaire féminin.
I.

Le Congrès émet le vœu
1° qu’une femme soit admise, sans préjudice des
hommes, au Concours d’agrégation d’italien ;
2° que deux places au moins soient réservées aux
femmes au certificat d’italien.
II.

Le Congrès émet le vœu qu’un programme d’italien
soit établi pour l’enseignement secondaire de jeunes
filles, comme il l’est pour l’anglais et l’allemand.
III.

Le Congrès émet le vœu que dans la mesure des
possibilités actuelles,
des emplois spéciaux soient créés dans les lycées
de filles de Nice et d’Annecy, au collège de filles de
Montélimar ;
les horaires soient augmentés dans les lycées de
filles de Montpellier, Nîmes et Tournon ; dans les cours
secondaires de jeunes filles d’Arles et de Corte ;
l’enseignement do I’italien soit institué dans les col­
lèges de filles de Bòne et du Luc, dans les cours se­
condaires de filles de Menton et d’Orange.

Enseignement primaire.
I.

Le Congrès émet le vœu
1° que l’italien soit enseigné dans les sections d’en­
seignement général des Ecoles primaires supérieures
du Sud-Est de la France ;
2° que 1’organisation des sections d’enseignement
commercial soit en rapport avec les besoins commer­
ciaux de la ville ou de la région ; et que 1’ on enseigne
dans ces sections les langues utilisées par le commerce
local ou régional ;
3° qu’en tous cas l’italien soit enseigné dans les
Ecoles Primaire supérieures qui préparent au concours
d’admission dans les Ecoles Normales où l’italien est
enseigné, et en particulier à 1’Ecole Primaire Supé­
rieure de garçons de Grenoble.

IL

Le Congrès émet le vœu
1° que l’enseignement de I’italien soit créé ou rétabli
dans les Ecoles Normales de garçons et de filles de
la région du Sud-Est de la France ;
2° que tout particulièrement et le plus tôt possible
il soit rétabli à 1’École normale de filles d’Aix-enProvence à cause des services que cette langue peut
rendre aux institutrices des Bouches-du-Rhône et à
cause de la quatrième année de préparation à Fontenay.
III.
Le Congrès émet le vœu que dans le mesure des
possibilités actuelles
l’enseignement de l’italien soit établi è l’école
normale de garçons d’Avignon, dans les écoles nor­
males de filles d’Aix-en-Provence et de Digne, dans
les Ecoles primaires supérieures de garçons de Mar­
seille (Pierre Puget), d’Avignon et de Valréas;
que les horaires soient complétés dan les Ecoles
normales d’instituteurs d’Albertville de Draguignan
et de Lyon ;
que des emplois spéciaux soient créés à l’Ecole
Normale d’instituteurs de Lyon, dans les Ecoles nor­
males d’institutrices de Bonneville et de Lyon, dans
les Ecoles primaires supérieures de garçon de Marcigny,
Tarare, Lyon (rue de Condé), Toulon, dans les Ecoles
primaires supérieures de filles de Chambéry, Briançon,
et gap.
IV.

Le Congrès prend acte de 1’ avis favorable donné par
le conseil supérieur pour la fondation d’une section
Hispano-italienne à l’Ecole Nationale des Arts et
Métiers d’Aix, d’une section espagnole à l’Ecole
d’Angers ;
et considérant qu’ une partie de la région dauphi­
noise et en particulier Grenoble où est enseigné l’italien
se trouve rattaché à la nouvelle École de Paris émet
la vœu que l’italien soit également admis au concours
d’entrée de cette Ecole.

V.
Le Congrès
considerant que le coefficient attribué à l’épreuve
de langues vivantes dans les concours d’admission
dans les écoles normales ne répond pas à l’importance
de cet enseignement, et qu’ en particulier il est moins
fort que celui attribué à l’épreuve de gymnastique ;
émet le vœu que ce coefficient soit relevé et plus
équitablement établi.
VI.
Le Congrès émet le vœu que I’italien soit admis
au concours d’entrée de l’Ecole des Hautes Etudes
commerciales, et au concours du Professorat des classes
élémentaires des lycées.
VIL
Le Congrès émet le vœu que les bourses de séjour
à l’étranger soient attribuées en plus grand nombre
aux maîtres qui préparent des examens ou des concours
de langues méridionales.
VIII.

Le Congrès émet le vœu que les classes d’italien
des Ecoles primaires supérieures soient inspectées
par un spécialiste.
IX.
Le Congrès émet le vœu qu’une indemnité soit
accordée aux membres de l’Enseignement primaire
qui viennent tous les jeudis suivre des cours à l’Uni­
versité, comme elle l’est aux membres de l’Ensei­
gnement secondaire.
X.
Le Congrès considérant que le majeure partie des
Ecoles primaires supérieures ne comptent que trois

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

années de scolarité et que la quatrième, facultative ne
peut guère être établie que dans les grands centres ;
que même lorsque la deuxième et la troisième années
sont sectionnées, les sections sont réunies pour certains
enseignements, notamment les langues vivantes et cela
pour des raisons d’économie ;
que dans ces conditions très peu de certifiés primai­
res de langues vivantes peuvent arriver au chiffre de
15 heures exigé par la loi actuelle pour la titulari­
sation, l’horaire normal n’ en comportant que 11 dans
les trois années ;
que l’enseignement des langues vivante reconnus
aujourd’hui très important ne peut être fructueux que
s’il est donné par un certifié de langues ;
émet le vœu
que la titularisation des certifiés primaires de langues
vivantes soit accordée avec 11 heures d’enseignement
de langues, chiffre conforme à celui des programmes
officiels.
XI.

Le Congrès reprend le vœu émis par le précèdent
Congrès de 1909 sur l’enseignement de I’italien dans
les cours supérieurs des écoles primaires.

Rapports économiques franco-italiens.
Le Congrès après avoir entendu les résultats d’une
enquête sur les rapports commerciaux entre le SudEst de la France et l’Italie, émet le souhait que les
membres de l’Association des Italianisants et toutes les
personnes s’intéressant à l’amélioration des relations
économiques entre les deux pays veuillent bien tran­
smettre au Bureau de l’Association tous les renseigne­
ment qu’ils auront pu recueillir à ce sujet.... Il engage
le bureau de l’Association à s’intéresser, dans la
mesure de ses moyens, à toute entreprise désintéressée
ayant pour objet l’amélioration des relations économi­
ques entre la région du Sud-Est et l’Italie.

Le bureau de l’Association des italianisants
aux professeurs d’italien de l’enseignement secondaire
et de l’enseignement primaire
Une note a été adressée en juillet dernier aux
professeurs d’italien de l’enseignement secondaire
et de l’enseignement primaire, par quelques-uns
de leurs collègues ayant assisté au dernier con­
grès d’Etudes italiennes à Grenoble. Cette note,
relative à la création d’un nouveau groupement
professionnel des professeurs d’italien, contient
quelques expressions qui pourraient prêter à con­
fusion. Par exemple la phrase : « le chiffre de la
cotisation reste fixé à 6 frs » pourrait faire croire
aux personnes mal informées que l’Association
des Italianisants se dissout en quelque sorte dans
le nouveau groupement. La phrase ; « un Bulletin
serait nécessaire à cette société » pourrait faire
croire que le Bulletin Franco-Italien cesse d’ou­
vrir largement ses colonnes, ainsi qu’il l’a tou­
jours fait, à tontes les communications person­
nelles des Membres de l’Enseignement.
Il n’en est rien. Le bureau de l’Association
des Italianisants continue à suivre, sans rien y
changer, la ligue de conduite qu’il a toujours
suivie, et qui a été approuvée par le récent Con­
grès. Il estime que le meilleur moyen de succès,
pour la cause des études italiennes, est de donner
à la propagande pour cette cause la base la plus
large possible, de lui assurer l’estime et la sym­
pathie du public et des autorités scolaires en ne
la limitant pas aux questions professionnelles.

59

Aucune branche de l’Enseignement public n’existe
pour elle même, ni encore moins pour les intérêts
de ceux qui la représentent. On défendra d’autant
mieux ces intérêts particuliers qu’on fera mieux
et plus constamment voir le lien qui les rattache
aux intérêts généraux. Ces intérêts généraux sont,
en l’espèce, celui de la culture nationale d’une
part, celui de l’industrie et du commerce d’autre
part, et enfin celui de l’influence morale de la
France à l’étranger.
Une association comme la nôtre, ne remplace
donc en aucune façon les groupements corporatifs,
chargés de défendre les intérêts des professeurs
en tant que fonctionnaires. Nous dirons même
qu’elle les voit avec d’autant plus de sympathie
lui donnent le moyen de mieux dégager sa propre
methode. Point de réclamations directes au nom
d’intérêts corporatifs. Affirmation méthodique, par
les voix réunies des maîtres et du public, de la
valeur particulière des études italiennes : 1. en
tant que l’histoire intellectuelle de l’Italie est
une des plus belles du monde, et celle qui con­
tient la plus considérable part de tradition clas­
sique, et la seule peut-être que le public moyen
puisse véritablement s’assimiler; 2. en tant que
la langue italienne est parlée par un peuple voi­
sin, dont la puissance économique ne cesse de
croître, et qui pourrait être un des meilleurs pays
de placement pour l’argent et les produits fran­
çais ; 3. en tant que l’avenir de la précieuse amitié
franco-italienne repose en partie sur l’accrois­
sement des rapports intellectuels des deux na­
tions.
Quand ces vérités auront été, pendant quelques
années, répétées hautement, auront rallié un nom­
bre de plus en plus grand de défenseurs et au­
ront été reconnues par le grand public, par les
corps politiques locaux, par le Parlement, par
l’administration, alors, entre autres conséquences,
s’ensuivra une réforme partielle de l’enseignement
des langues vivantes, dans les écoles publiques à
tous les degrés, l’attribution à l’italien de toute
la part qui lui est due raisonnablement.
En attendant, il est permis de remarquer, sans
vouloir lui en faire un mérite, que depuis la
création de notre Association l’enseignement de
l’italien a fait de remarquables progrès. Dans
les Facultés, il est, depuis quelques années, pro­
portionnellement à son importance, le plus mo­
dernement et largement organisé, parmi tous les
enseignements de langues vivantes. Dans les
lycées, des chaires ont été créés à Paris, Avignon,
Annecy, Valence, Marseille, Tournon, Gap, le
nombre des heures augmenté, à deux ou trois
exceptions près, dans tous les établissements où
l’italien est enseigné. Le nombre des boursiers
de l’Etat ou des Universités envoyés en Italie
est beaucoup plus grand maintenant qu’il y a
cinq ou six ans.
Il convient encore d’observer qu’on ne voit
plus, comme il y a quelques années, des agrégés
on certifiés d’italien rester sans emploi, faute de
places à leur donner.
Certes il y a actuellement quelques questions
épineuses, comme celle de la seconde langue dans
l’Enseignement secondaire, celle de I’italien dans
les Ecoles d’Arts et Métiers. Mais qui ne comprend
que le succès grandissant du mouvement en fa­
veur des études italiennes, et l’excellente situation
morale conquise par notre Association sont une

�60

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

garantie que si des difficultés ou des échecs de
détail sont toujours possibles, ils ne sauraient
plus se multiplier, ni durer longtemps ?
Nous pouvons dire en effet, non sans quelque
fierté, après plus de quatre ans d’efforts, que
notre Association est aujourd'hui une force mo­
rale. Nos collègues liront le compte-rendu du
Congrès de Grenoble. Ils verront comment de
hautes personnalités de France et d’Italie sont
venues affirmer leur sympathie pour l’oeuvre que
nous poursuivons, comment, en particulier, notre
Association a paru être le meilleur terrain pour
initier une sorte de reprise des relations morales
entre les deux pays, un instant refroidies. Notre
Association a donné là une preuve décisive de sa
vitalité ; elle a rendu un service, qui ne sera pas
oublié. Le programme énoncé plus haut a été
consacré le 15 juillet. Tous les membres de l’As­
sociation, de Paris au coin le plus reculé des
Alpes savent maintenant qu’ils sont les représen­
tants d’une belle idée, d’un grand intérêt ; ceux
d’entre eux qui ont des intérêts particuliers à dé­
fendre savent qu’ils les défendent ainsi de la façon
à la fois la plus large et la plus pratique. Et
toutes les bonnes volontés qui viendront à nous
désormais sont sûres de s’employer utilement. Le
Bureau, fort de l’approbation qui lui a été donnée
par l’Assemblée générale du 14 juillet, va se re­
mettre à l’oeuvre avec plus de confiance encore
qu’auparavant.
Nota. — Prière d’adresser toute communication à : Mr le Pré­
sident de l'Association des Italianisants, à la Faculté des lettres
de Grenoble, Isère.

Un humaniste français en Italie au XVIe siècle
Les poèmes de Germain Audebert
La vie de Germain Audebert a été brièvement
retracée ; 1 quant aux poèmes où il a réuni les
souvenirs de son voyage en Italie en les complé­
tant par ceux plus frais de son fils, 2 il n’en
existe pas à notre connaissance d’étude spéciale.
M. de Nolhac s’était proposé d’étudier ces
poèmes.
Il n’a pas donné suite à ce projet. Il dit
pourtant: « ces poèmes écrits avec une facilité un
peu banale donneraient à qui voudrait les dépo­
uiller des renseignements curieux sur les hommes
et les choses du XVIe siècle3 ». Ces poèmes
sont au nombre de trois : Venetiae, Roma, Par­
thenope.
Le poème sur Venise parut en 1583 c. à. d.
plus de quarante ans après le voyage de l’auteur.
Nous savons, en effet, que Germain Audebert
partit pour l’Italie en 1539, âgé de 20 ans. 4
Il composa son poème avant le départ de son
fils Nicolas qui l’emporta en Italie et le fit con­
naître à de nombreux lettrés. 5 Germain Audebert
eut donc une certaine réputation avant même la
publication de ses vers. Il pria l’ambassadeur vé­
nitien Lorenzo Priuli qui retournait auprès de
la Seigneurie de présenter le poème au Grand
1 E. Picot. Les Français italianisants, vol. II, p. 153 sg.
2 Id. ibid.
3 Revue Archéologique, 1887, p. 916.
4 Parthenope, v. 917-922.
5E. Picot. Op. cit., loc. cit.

Conseil. Les Vénitiens charmés, décidèrent le 31
mars 1583 de donner au poète le titre de chevalier
et une chaîne d’or. Quant au poème il paraîtrait
aux frais de la Seigneurie. 1 II fut imprimé la
même année.
Germaini | Audebert | Aurelii | Venetiae | Ad |
Serenissimum ac sapientiss. — | Venetiarum prin­
cipem | Nicolaum Depont | et | illustriss. atq. pru­
dentiss. | Senatores Patriciosque || Venetos | —
CICICXXCIII Apud Aldum.
Le poème est précédé et suivi de très nom­
breuses pièces en latin et en grec, en hommage à
l’auteur (environ 20). Parmi leurs auteurs nous
trouvons les noms d’Angelo da Barga, 2 qui reçut
d’Henri III le titre de poète royal, d’aumônier
et conseiller de sa majesté ; de Louis Aleaume 3
de Sannazar, d’Asselineau4 l’Orléanais, ami de
Fra Paolo Sarpi.
Le poème se divise en trois livres dédiés le
premier à Nicolao da Ponte ; 5 le second à Guy
du Faure de Pibrac ; le troisième à Arnauld du
Ferrier.
Le livre I manque d’intérêt. L’auteur demande
aux poètes italiens de lui permettre de venir
cueillir quelques lauriers dans leur patrie, et il
les invite en retour à chanter les « Gallica Re­
gna » ainsi que firent Arioste et Angelo da Barga.
Puis avec les ornements mythologiques d’usage il
fait l’historique de Venise.
Venise sort des flots. Sa situation lui a épar­
gné les outrages des Goths et des Vandales dont
Rome a eu à souffrir. Jupiter lui a donné un
climat doux ; Neptune et autres dieux la comblent
de bienfaits ; Vénus l’a peuplée de ses images. Le
poète retrace rapidement les premières conquêtes
des Vénitiens, l’origine des grandes familles : Zeno,
Gradenigo, Delfin, Cornaro, etc. Il annonce leur
grandeur future, ainsi que la venue d’Henri III :
Imperii meritis ingens nam viset et hospes
Magnas urbis magnus sublimia tecta subibit.
Magnifica eruptus pompa cum regna relinguet
Sauromatum, ut fratres sceptrum regale reposcat,
Quem fata ante diem rapient, fata invida Gallis.

Après les invocations classiques le poète con­
sacre le deuxième livre à décrire son voyage. H
arrive à Venise le jour de St. Marc, lors de l’avè­
nement du doge Pietro Lando. Du navire, son
regard est frappé d’abord par le Môle et les
hautes colonnes qui l’ornent ; puis, par les palais
qui s’élèvent des flots jusqu’au ciel. Tout de suite
il note les gondoles « phaseli ». Débarqué à la
Piazzetta, le campanile dont le toit est revêtu d’or
l’éblouit. Puis, c’est la magnificence orientale du
Dôme ; sans doute, dit-il, tous les trésors de
Crête, d’Arabie, et de Phrygie ont été réunis ici.
A propos des mosaïques il parle longuement de
l’art de la verrerie. La profusion des objets de
verre le frappe, et ces petites cornes de verre filé
qui guérissent des poisons. Eloges des ouvriers
de Murano.
Devant les chevaux et les taureaux de St.
Marc, il s’extasie. Sous le poncif de sa description
on sent une émotion sincère. Et aussitôt il passe
1 A. Baschet. Les archives de Venise. Paris, 1870, p. 509.
Renouard. Annales des Alde. 3e édition, p. 283.
2
MazzUCCHELLI. I, part. 2e, p. 747 sg.
3
Scevole de S.te MARTHE. Elogia, p. 125.
4 Cfr. Lettere di fra Paolo Sarpi a Μ. I. dell' Isola Groslol.
Verona, 1673, pp. 81, 148, 157 etc.
5 Qui fut Doge du 18 mars 1578 au 30 juillet 1558. Romanin.
Storia documentata di Venezia. V. p. 393 sg.

�61

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

à décrire les machines hydrauliques qui appor­
tent l’eau douce à la ville. Quelle ingéniosité !
Le Colleone : la patrie n’a pas été ingrate
envers le guerrier puisqu’elle lui a donné un
tel monument. La statue, toute revêtue d’or,
jette des feux. Le cheval est particulièrement
admirable.
Totus inauratus phaleris et fronte coruscus.

« Nous voyons les nerfs tendus, les veines gon­
flées, la palpitation du corps tout entier,
Sentimus muta veros in imagine sensus ».

Le poète est arrivé un jour merveilleusement
favorable pour contempler la magnificence vé­
nitienne. On va célébrer le « sposalizio del Doge ».
Tout le monde se rend au Lido. Alors les prêtres
en longues théories vont chantant, accompagnés
de trompes; les enseignes blanches, pourpres,
violettes, précèdent le Doge ; puis, les dons du
pape, la selle, le coussin, l’épée et le dais. Le
Doge revêtu d’un ample manteau, le front ceint
d’un voile, s’avance grave, parmi les Orateurs
des nations. Les étoffes de soie, aux multiples
dessins, éclatent. Sans retard le cortège monte en
de rapides gondoles, qui vont rejoindre le Bu­
centaure. L’eau bleue s’argente sous les rames. A
peine le temps de le raconter et le cortège est
déjà dans le navire. Le poète y pénètre lui aussi,
grâce à l’ambassadeur du roi, Pellicier « qui
parmi tant de soins, n’oublie pas son art de mé­
decin et sa vaste science et porte aux nues le
nom de Français ». Le navire est maintenu à
l’ancre : alors le Doge debout sur la poupe mon­
tre la gemme magnifique, montée en or, qui luit
à son doigt, et dit : « (car je me suis souvenu
des paroles et je les ai notées)
In signum imperii veri atque perennis
Hac gemma aeternum Te despondeo, Dori ».

Il laisse tomber l’anneau. Et une foule de na­
geurs alors se précipite et plonge. Ils livrent une
vraie bataille sous les flots pour saisir la bague:
« De même qu’excités par la voix des chasseurs
les chiens haletant se disputent les entrailles du
cerf, de même ceux-ci luttent entre eux et s’abat­
tent sur le rostre ensanglanté ».
Un festin est ensuite servi au palais ducal. Le
luxe de la table étonne Audebert. Le vin de Crète
est servi dans des coupes de cristal. Les servi­
teurs versent de légers filets d’eau sur les mains.
Des flûtes résonnent. Les plats sont apportés en
longues théories. On découpe devant vous. Et
pendant quatre ou cinq jours la fête continue
avec bal et comédie. La foule est immense, venue
de tous les points du monde.
Le poète flâne à travers la ville, dont il ad­
mire l’activité industrielle : les uns tissent des
cordes, des voiles ; d’autres construisent des vais­
seaux ; d’autres nettoient des armes. Forges ar­
dentes ; bruits d’enclumes ; on trempe des épées ;
on rive des armures. Et le livre se termine par
une description de la fabrication de la poudre,
et une fantaisiste explication de l’explosion.
Dans le troisième livre le poète chantera l’ad­
ministration de la République et ses lois.
Invocation à du Ferrier dont la science juri­
dique a étonné Toulouse, Paris et Venise.
Après avoir parlé de la Constitution que l’on
peut se représenter sous la forme d’une pyramide,
Audebert décrit une séance du Grand Conseil.

Les cloches appellent l’Assemblée. Une fois
réunie dans la salle, les portes sont closes et
la clé déposée aux pieds du Doge. Celui-ci est
sur un siège élevé, vêtu de pourpre; autour sont
rangés, sur des gradins, les sénateurs, des digni­
taires. On opère les votes avec des boules d’ar­
gent ou de cuivre.
Apostrophe à Venise qui règne libre sur
les mers. Les grands hommes s’y multiplient :
Bembo, Navagero, Egnazio, Ermolao, Barbaro,
Contarini, Manuzio ; et si les grands citoyens
sont ainsi nombreux, c’est grâce à l’institution
de la classe moyenne qui permet à tous d’arriver
aux honneurs.
Ainsi s’achève ce poème, le plus coloré, le plus
pittoresque des trois.
Le poème sur Rome n’est rien d’autre qu’une
sorte de catalogue en vers des antiquités romai­
nes. Il est donc intéressant en ce qu’il nous ren­
seigne très précisément sur l’état des collections
d’antiques au milieu du XVIe siècle. Le poème a
été rédigé vers 1580 avec des notes prises en 1540.
En le comparant avec les catalogues du XVIe
siècle que nous possédons, à savoir celui d’Al­
bertini en 1515 1 et celui de Mauro et Aldovrandi
en 1562, 2 nous voyons les changements opérés,
les découvertes faites.
Le poème a paru en 1585 à Paris chez Jean
du Puys. Une copie de la main de Nicolas Aude­
bert se trouve à Naples 3 accompagnée de pièces
de vers des amis de l’auteur sur la magnifique
écriture de son fils.
Au poème sont jointes des pièces de vers de
Aleaume, A. da Barga, André Guyon, Asselineau,
Raymond Massay, Cl. Maillard (médecin), Jonas
Petit, Nicolas Audebert.
Le poème est dédié à Alexandre Farnèse.
Après une apostrophe aux Farnèse l’A. s’adresse
à son fils alors en Italie et énumère les savants
de lui connus que le jeune homme peut à son
tour entendre et approcher : Sigonio, Laureto,
Pomp. Amaseo, P. Vettori, I. Corbinelli, F. Or­
sini, Muret, dont il déplore l’absence de la
France.
Sic Muretus erit noster velitve, nolitve.

Apostrophe à Grégoire XIII (Buoncompagni)
dont il a suivi l’enseignement à Bologne.

Description du Vatican.

Audebert a vu le Cortile du Belvedère et les
jardins, après que Jules II et Léon X y eurent fait
transporter les principales statues. Sa description
est exacte et quelquefois colorée ; il signale.
Le Laocoon 4
Cfr. Albertini f. 61
1 Albertini. Opusculum de Mirabilibus urbis Rome. Roma,
Mazzocchi, 1515.
2 Le Antichità della città di Roma, brevissimamente raccolte
da chiunque ha scritto antico e moderno, da Lucio Mauro. Ap­
presso tutte le statue che in Roma in diversi luoghi e case par­
ticolari si veggono, raccolte e descritte da M. Ulisse Aldovrandi.
Venezia, Ziletti, 1562, in-16.
3
Bib. Naz. (V, E, 42) Nolhac. Rev. Arch., 1887, p. 522.
4 Trouvé sous Jules II par Felice de Fredis qui fut, récom­
pensé par le pontife et par Léon X (bref du 7 nov. 1517). Com­
parer à celle d’Audebert les descriptions enthousiastes de Maffei
da Volterra (Rerum urbanarum commentarii lib. VI, de Sadolet,
poèmes à laquelle Audebert fait allusion). Voir aussi : les lettere
pittoriche ed. Tinozzi, IH, p. 474, et Della Valle, Lettere Sanesi,
III, 9. Une lettre de F. Casavecchi à Francesco Vettori, et de
I. Cavalcanti à L. Guicciardini traduites par Müntz: Antiquités
de Rome, p. 46.

�62

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Cléopâtre 1

ha capo nè mani, è d’un
marmo macchiato, e vogliono
che sia la dea della Natura.

Aldovrandi p. 117
« A man manca di Antinoo
si vede una statua di Cleo­
patra che giace col braccio
destro sul capo, e pare che
tramortisca e venga meno ».

Albertini f. 61
Aldovrandi p. 118
Aldov p. 116.
Antinoos
« Dietro al simulacro del
Tevere ».
Alb. f. 60
Combat d’Hercule et d’Antée Aldov.
p. 118
Alb. f. 61
Vénus lasciva2
Aldov. p. 120
Vénus modesta
Aldov. p. 120.
Puer piscans
Aldov. p. 115
Le Nil
L’Océan

Aldov. p. 153
Aldov. p. 151
Aldov. p. 148.
« Non ha testa, è un bel­
lissimo torso e fu ritrovato
alle Termi Antoniane.... ».

Esculape
Vestale1
Hermaphrodite2

Commode

Rome triomphante. Deux Captifs
Aldov. p. 126.
« Nel giardino, al dritto
della prima porta onde vi
s’entrava si trova nel mezzo
una gran statua marmorea
interamente ravestita, e as­
sisa in una sedia di marmo....
Vogliono, ch’ ella sia una
Roma triumfante.... A man
diritta e a man manca di
questo simulacro sono 2 Re
cattivi vestiti con calzoni al­
l’Antica ».

Audebert a visité aussi la Sixtine qui ne semble
pas lui avoir fait grande impression. Il lui con­
sacre trois vers froids :
Etrusci occurrent pigmenta recentis Apelli etc....

Description du Capitole.

Ici la description est moins précise les souve­
nirs du poète sont moins vifs :

Statue équestre de MarcAurèle (sur la place)

Alb. f. 61
Aldov. p. 271
Aid. p. 272
Aid. p. 279

Léon X
La Louve
Le Cava-Spina3
Ald. p. 269
Le Nil et un tigre
Non pas comme dit Aude­
bert, un tigne mais le fleuve
Tigre.
Brutus
Esclave
Castor et Pollux.
Description du palais Farnese.

Zeus, Amphion, Dircé, Antiope et le
Taureau : groupe.
Pastor
Natura
Aldov. p. 149.
E poi gittata a terra una
maravigliosa statua ; ma non
1 Elle était placée sur la fontaine du Belvedère. Elle fut
trouvée en 1321. (Müntz, op. cit., p. 48). On sait que François I
la fit mouler avec le Laocoon, le Commode et l’Apollon. (Benv.
Cellini. Mém., ed. Tassi, II, p. 256 sgg.
2 C’est la Vénus Felix que Jules II fit placer sur le Belve­
dère. (Amelung, die Skulpturen des Vatikanischen Musäum. B.
42, v. II.
3 Aldovrandi ne le cite pas. Il était pourtant au Capitole sous
Sixte IV dit Helbig. Rev. Archéol., 1882, pp. 26, 28.

Flora
Aldov. p. 148
Mercure
»
p. 152
Gladiateur
»
p. 147
Hercules Colosseus
»
p. 152
»
Bellone
p. 153
Captif
»
p. 149
»
Dauphin
p. 157
Triton
»
p. 154
Bacchus
»
Silene
p. 151
»
Terme
p. 151
Le poète s’excuse de ne pouvoir décrire toutes
les statues entières ou mutilées qui emplissent
le palais, les Muses, Faunes, Sylvains, Lédas,
Sabines, géants. Partout des membres et des têtes
jonchent le sol.

La Farnesine.

Quelques vers sur la précieuse villa des Farnèse
au toit doré, aux portiques de marbres colorés,
d’un luxe éblouissant :
Singula quae spectant tibi miracula monstrat
Farnesina domus quam coelo astrisque propinquam
Culmine multiplici, etc.

Avant de passer à décrire d’autres demeures
patriciennes, Audebert fait l’éloge de Paul III,
des Cardinaux Sirleto, Bembo, des évêques Man­
zoli, Martelli.
Palais Adriani.

Adonis : trois charites de marbre blanc.

Palais Massimi3
Pyrrhus4

Aldov. p. 168

Palais Valle5

Marsyas6
Satyres 7
Quae lapide ex a un faciemque manusque pedesque
Candida; nigrantes reliquo fert corpore vestes.
Formatam lapide insigni, rarique basalti
Duritia ferrum, ferrum referente colore.
3 Le palais Massimi se trouvait près du Campo di Fiore. Il
appartenait au moment du voyage d’Audebert à Angelo dei
Massimi. Il y avait aussi le palais di Luca de’ Massimi «presso
a la Valle» qui contenait aussi beaucoup d’œuvres d’art. (Aldo­
vrandi, p. 169).
4 « In capo del cortiglio di questa casa si sede sopra une
base posta una statua intiera antica di Pirro. Sta armata di co­
razza e di elmetto. Tien sopra uno scudo, appoggiata la mano e
ha come un mantelletto pendente dietro e avvolto in amendue le
braccia.
È bellissima statua e fu comprata poco tempo fa da questo
gentiluomo duo mila scudi ». Aldov, p. 165.
Le Pyrrhus est aussi mentionné par Paulo Giovio comme ap­
partenant à Angelo de Massimi. (Elogia virorum bellica virtute
illustrium). Basle, 1361, p. 171. Cfr. MÜntz, op. cit., p. 52.
5 Les Valle accumulèrent des trésors antiques, particulière
ment le cardinal Andrea. Vasari, t. XIII, p. 213, t, I, p. 97.
6 Le Marsyas dont parle Audebert ne se trouvait pas en 1562
« in casa di M. Valerio della Valle » mais « in casa di M. Ca­
millo Capranica, che hora si fabrica ne la strada della Valle....
È un Marsya legato con le braccia alte a una colonna». Aldov.,
P. 217.
7 Les satyres se trouvaient encore en 1562 chez Valerio
della Valle, «presso la casa di M. G. dei Rustici.... Si veggono
nel cortile duo satiri erti con piè di capra ; sono senza braccia
e hanno nel capo un cosino pieno di frutti di hellera ». Aldov.
p. 216.

1

2

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

63

Le poème se termine par une description de
quelques monuments romains, le Colysée, le Pan­
théon, le Septizonium de Sévère.1 En confrontant
les vers d’Audebert avec les descriptions de Mauro
(pp. 32, 47, 48, 98, 99) nous ne pouvons que re­
connaître la parfait exactitude des notes de l’hu­
maniste Orléanais.
Le poème intitulé : Parthenope2 est moins un
pur catalogue d’œuvres d’art. La description de
Naples y est fort courte, et la plus grande partie
est consacré au récit du voyage de l’A. dans la
campagne, parmi les ruines et de son retour par
la Campanie, Ferrare et Bologne.
L’œuvre est dédiée à Philippe Hurault de Che­
verny3 dont le père Rodolphe était mort à Capoue
où il avait sa tombe.
Pour parvenir à Naples on passe par le Pau­
silippe, roche creusée avec un art admirable. Dans
le tunnel : « iter furvum sub luce maligna » deux
quadriges peuvent passer de front. Les flancs de
la montagne sont recouverts de moissons fertiles,
de villas, de jardins parfumés.
Au sortir du tunnel apparaît la ville neuve,
ceinte de murailles :

formé en une nuit, du temps que l'A. étudiait à
Bologne. Il recouvrit la villa de Cicéron, retraite
exquise qu’ornait un somptueux portique et un
bois immense. Il n’en est resté qu’une fontaine
dont l'eau guérit les yeux malades.
Baies, dont les eaux sont bonnes pour la
goutte, l’estomac, les blessures etc., est dominée
par une roche où l’on voit des ruines énormes,
Près des bains, ruines du tombeau d’Agrippine
et non loin la maison élevée par Alexandre Sévère
à sa mère : « monuments de la scélératesse et de
l’amour filiaux ».
A Cumes, on voit encore l’autel d’Apollon con­
struit de la main de Dédale.
L’A. poursuit son voyage à travers la Campa­
nia felice ; à Capoue il s’arrête sur la tombe de
Rodolphe de Theverny. Puis c’est l’énumération
des villes du Latium, Gaëte, Terracine, Sermo­
neta, Velletri.
Dans la 2me partie du poème le poète évoque
ses années d’étudiant à Bologne :

Quondam Musarum Studio, nunc Martis amore inclyta...

Romolo Amaseo1 enseignait le grec et le
latin ; Alciat le droit :2 « maîtres illustres qu’écou­
tait respectueusement une foule de jeunes gens
unis par un même amour des études et stimulés
par leurs exemples. Parmi ses compagnons fran­
çais il avait Antoine Seneton3 et Pierre Vil­
lars4 qui tous deux furent recteurs, et Charles de
Lamoignon.5
Avec ses amis, il décida un jour d’aller visiter
Venise. « Le départ fut fixé. Nous partîmes la
nuit. Tous les astres brillaient au ciel et nous
descendions le cours du Reno : c’était le prin­
temps ; les bourgeons gonflaient et les hirondelles
revenaient. A peine avions nous commencé notre
route qu’en un orme feuillu nous entendîmes,
triste, un rossignol chanter. »
Au lever du soleil, Ferrare apparut aux yeux
des jeunes gens, ceinte de murs. « Un mont fait
de la main des hommes » descendait mollement
vers la ville.6 Une île au milieu du Pô, en forme
de trirème, était pleine de végétations étranges. On
y voyait aussi des palais et des bains.7
Audebert évoque alors le souvenir de Renée de
France, d’Olympia Morata, de Lelio Giraldi, d’Er­
cole Cato, de Caelio Caleagnini. De là Audebert
passe à Padoue, entourée elle aussi d’une triple
enceinte de murs, de fossés et de vergers. C’était
le temps où Lazzaro Bonamico étonnait son audi-

Toujours exposée à l’ennemi, des sentinelles
veillent dans ses tours. Riche et peuplée, elle
offre de nombreuses places publiques ornées de
fontaines, d’églises et de merveilleux palais. Ceux
du roi surtout, enfin un port immense sûr aux
vaisseaux. Séjour de repos où vécurent et songè­
rent Cicéron, Virgile, Horace, Pétrarque, Valla,
Biondo, Sanazzaro, Pontano.
Au dehors et au-dedans de la ville sont de
magnifiques jardins, aux cultures variées. Les
jardins royaux « orti delioli » resplendissent de
statues en marbre de Paros. Tous les produits
de l’Afrique et de Chypre y croissent.
Au loin rougeoie le Vésuve (excellent pré­
texte pour le poète de faire selon les règles
la description d’une éruption pendant 7 pages).
Il faut, conseille-t-il, revenir sur la route de
Pompéi, sur la route de la Margellina et regarder
à ses pieds la mer bleue, au-dessus de nos têtes
la cime des montagnes découpée sur le ciel.
Il faut voir le lac d’Agnano, les champs Phlé­
gréens, et l’amphithéâtre de Pouzzoles. De Pan­
tique Dicearchie il ne reste que des ruines do­
minant la mer. Au milieu de la ville sur une ro­
che on voit un ancien temple de Jupiter :
Frontato ex surgit pretiosum marmore locuplem
Antiquum, splendens, spatiosum, fornice rarum....

et c’est là qu’on peut voir les ossements des
géants foudroyés par Jupiter. Des piscines de
Lucullus il ne reste que des piliers de pierre sur
le bord de la mer. On voit aussi des piliers du
pont que Caligula fit construire pour unir Pouz­
zoles à Baies. Pas très loin surgit un monticule
1 La description d’Audebert concorde parfaitement avec celle
que nous donne Mauro des ruines de ce monument détruit sous
Sixte V. « Oltre il circo Massimo si vede il Settizonio di Severo
imp. detto così da le sette zone o cente di colonne, che vogliono
havesse l’una sopra l’altra, come ne ha hora tre sole Oggi è
mezzo rovinato ». Mauro, pp. 47-48.
2 Parthenope. Paris, Jacques Dupuys, 1585, in-4. Ses trois
poèmes ont été réunis en 1603 en un seul volume. Hanovre
Wechel, in-fol.
3 Cfr. I partie, C. III. En 1540. Audebert accompagne
le jeune Philippe voir la tombe de son père. Cfr. Picot, II,
p. 153 sgg.

Haec loca lustrabam primo sub vere juventae ;
Bis decimus (memini nec dum me coeperat annus.

1 R. Amaseo était en 1531 secrétaire du Sénat Bolonais. Il
enseigna jusqu’en 1538 rhétorique et poésie, puis les humanités
jusqu’en 1543. Il passa ensuite à la Sapienza à Rome un an,
revint à Bologne, et en 1545 de nouveau à Rome. (Mazzetti.
Repertorio dei professori dell’ Università di Bologna, p. 21).
2 Après avoir enseigné à Avignon, Burgos, Pavie, Alciat en­
seigne à Bologne de 1537 à 1540 au salaire de 1200 écus. (Maz­
zetti, op. cit., p. 18).
3 Devint conseiller au Parlement de Paris ; puis Président
au parlement de Metz. Picot, II, p. 154.
4 Devint évêque de Mirepoix et archevêque de Vienne,
id. ibid.
5
Maître des requêtes et Conseiller d’Etat, id. ibid.
6 « La detta montagna si ascendeva e discendeva per disotto
a vaghissimi et ombrosi pergolati di varie viti coperti.... ». Cit­
tadella il castello di Ferrara, 1873, p. 295.
7 « Isola di forma triangolare era in mezzo del Po di Fer­
rara, cinta intorno di muri coi suoi merli ben disposti e vaga­
mente dipinti.... Eranvi giardini, selve ombrose, boschi folti
viali ameni.... ». Cit. par Solerti. Ferrara e la Corte estense,
1891, p. 14.

�64

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

toire. Le médecin Montano1 faisait merveille, Al.
Socino 2 enseignait le droit.
Il demeura quelques jours à Padoue avec ses
compatriotes, parcourut les collines Euganéennes,
fertiles en vignes et en troupeaux et se rendit à
Venise par mer.
Nous voilà ainsi ramenés au premier de ces
trois poèmes, tour à tour semi-lyriques et minu­
tieusement descriptifs, et qui méritent en somme
d’être lus.
Louis CHADOURNE.

vilisation romaine ; la Campanie devait nous en
faire découvrir les origines grecques, Albe et son
lac les enfances proprement latines, Rome enfin
l’épanouissement définitif.
Du 18 au 29 septembre inclus, nous avions 12
jours entiers et, malgré la prolongation du séjour
aggravée par celle du voyage (800 kil. de plus sur
voie ferrée et la double traversée de Naples à Ca­
pri), les frais ne se sont élevés que dans des propor­
tions fort modestes : moins de 250 francs, de Greno­
ble à Grenoble, au lieu d’environ 200. Sachons-en
gré aux barêmes du tarif différentiel italien, à l’a­
mabilité de la Direction italienne des Beaux-Arts
toujours accueillante pour les étudiants Français
comme pour leurs maîtres, au bon marché relatif
de la vie en un moment de l’année qui n’est pas
à Rome et en Campanie
la saison mondaine, tout en étant peut-être le meil­
leur pour le tourisme en Italie. Rien d’ailleurs n’a
Sept. MCMXII
été modifié dans les conditions du voyage : 2e classe
de Modane à l’extrémité du parcours et vice-versa,
Encouragés par un premier succès, nous sommes 3e classe dans les courts trajets ; hôtels et res­
revenus à ces pays classiques, dont la visite, à taurants confortables, sans plus ; tramways uti­
notre avis, surtout depuis la mise en application lement substitués aux voitures ; petit déjeuners
des nouveaux programmes de licence, fait partie dans les bars à l’exclusion des hôtels, autant d’é­
conomies faciles, sans privations réelles comme
intégrante de l’enseignement du latin.
Le compte-rendu de l’excursion précédente3 contre-partie. Notre Institut Français de Florence
exposait d’une façon suffisamment nette nos motifs avait, bien entendu, collaboré aux préparatifs de
et les conditions de l’entreprise, pour qu’il soit cette incursion dans ses terres et le secrétaire de
inutile d’y revenir aujourd’hui : disons simplement son Office d’informations mettait derechef à notre
qu’à l’usage ces motifs nous paraissent plus fon­ disposition sa précieuse expérience.
Le « déplacement » fut moins pénible encore
dés encore. Nourrir d’éléments concrets les leçons
données dans la salle de conférences est une mé­ que n’avait été le premier. Quand on a la pers­
thode qui s’impose désormais et, toujours dans la pective d’un long parcours et qu’on en redoute
la lassitude, le plus sage est de l’effectuer d’un
mesure du possible, s’imposera de plus en plus.
Or, cette année-ci, les circonstances étaient seul coup. Je ne crois plus, depuis longtemps,
plus favorables qu’en 1910. Le ministère de l’ins­ au repos des arrêts d’une nuit en cours de route ;
truction publique avait, par une subvention im­ outre qu’ils sont onéreux à tous égards, ils sont
portante, facilité la réalisation d’un programme toujours insuffisants et vont même à l’encontre
plus large et plus complet. La température était de leur objet. Nous sommes donc allés directe­
exceptionnellement douce ; pas de choléra en per­ ment de Grenoble à Naples en 26 heures d’express,
spective, ni de cohue d’exposition ou de congrès, revenus directement de Rome à Grenoble en 22
ni de difficulté d’ordre politique. La caravane, heures ; il n’y a pas là matière à gémir pour un
une fois constituée, assez nombreuse sans l’être homme, encore moins pour des jeunes gens qui ne
trop, ne devait chemin faisant rencontrer aucun sont pas neurasthéniques, rien n’étant plus facile
que de choisir des trains arrivant au but en fin
obstacle.
*
de journée. Toute préface, dont la lecture est
* *
inévitable, est odieuse quand elle se prolonge ;
Notre plan de voyage comportait, par rapport au et, puisque le in medias res de l’aéroplane est,
précédent, un allongement de 2 jours et demi et pré­ dans l’état des choses, impraticable pour le com­
parait un séjour d’une semaine à Rome par une série mun des mortels, il faut du moins viser de son
d’excursions à Naples et dans ses environs, suppri­ mieux à cet idéal.
Qu’on ne parle pas surtout de pénétration lente,
nant l’arrêt du retour en Toscane, Cette modifi­
cation résultait de deux causes : un peu plus riches de transition à ménager : il s’agit d’étudiants
grâce à la subvention,nous pouvions aller plus loin, avertis par une série d’années d’études. Infli­
demeurer plus longtemps en route et, par consé­ gerait-on à quiconque va de Grenoble à Paris
quent, nous le devions; d’autre part, une vision, l’étape obligatoire de Dijon, de Lyon même!
si courte fût-elle, de la Grande - Grèce amenait Laissons donc à l’industrie hôtelière ces raisonne­
à mieux comprendre les monuments romains de ments trop intéressés et reconnaissons que la vraie
toute espèce, à déterminer dans les vestiges qui transition est bien rarement d’ordre géographique.
La raison qui nous guidait était assurément tout
nous en restent la part de l’influence hellénique
et du génie national. Nos pèlerinages d’Arles, de autre; le danger, au cours d’une excursion pareille,
Nîmes, d’Orange, de Vienne et de Lyon nous danger est dans la complexité superflue des impres­
avaient montré le rayonnement au dehors de la ci­ sions,dans la confusion toujours à craindre pour qui­
conque embrasse d’un coup d’œil les civilisations
1 Ioh. Bat. Montano, chargé de cours de médecine théorique
les plus diverses, le quattrocento masquant le siècle
à Padoue jusqu’en 1544 ; mourut en 1551. (FacciolatI, op. cit.
d’Auguste, le monde romain supplantant le monde
p. 351-386).
2 1589-1556. Enseigna à Bologne, Pise, Padoue. (TiraboscHi, grec. A Rome surtout, la Ville Eternelle, ce qui
VII, 2a parte, p. 1053).
revient à dire la métropole où les divers régimes
3 Cf. Revue Internationale de l’Enseignement, 20 nov. 1910 : se sont succédé sans jamais s’entre-détruire à
Promenade archéologique à Rome d'étudiants français (Université,
fond, le fouillis des choses risque de déconcerter
de Grenoble). Nous y renvoyons une fois pour toutes.

Etudiants Français de l’Université de Grenoble

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

les nouveaux venus; il faut donc redoubler de
précautions pour qu’un premier séjour soit déjà
autre chose qu’un effarement ou qu’un vain effort
de déblayage.

Après les plaines du Pô franchies à toute allure
et l’âpre littoral de la Ligurie coupé de trop nom­
breux tunnels, nous pénétrons dans la Campagne
Romaine qui prend toute sa valeur à l’approche
du soir; sa mélancolie nous effleure déjà, comme
celle d’une cité morte. A Naples, au contraire,
après le repos de notre première nuit d’hôtel,
c’est le beau soleil qui nous accueille et qui ne
cessera de nous prodiguer la joie de sa lumière;
tenet nunc Parthenope !
Nous y passerons cinq jours, dont trois vont se
trouver fériés, c’est-à-dire, au sens moderne du
mot, quelque peu néfastes pour nous : le 19 sep­
tembre est réservé au miracle de S. Janvier, le 20
à la commémoration de l’entrée des Italiens à
Rome, le 22 est un dimanche — Heureux pays !
il s’agit d’utiliser à propos ce qui nous est laissé
de libre pour nos explorations et de régler notre
horaire en conséquence.
18 septembre. Visite au Musée : peintures et
objets mobiliers de Pompei, bronzes grecs d’Her­
culanum et cette collection Farnèse dont une par­
tie fut apportée vers 1850 seulement; Ferdinand II,
la jugeant peu en sûreté à Rome, démeubla le
palais Farnèse au profit de sa capitale.... et au dé­
triment de sa famille, car, dix ans après, son royau­
me était perdu pour son fils, tandis que le pa­
lais de Rome échappait à la confiscation. — Après
midi, excursion au cap Misène. Si le Musée nous
offrait l’image d’un passé d'art incomparable, la
vue du golfe entier, du haut du promontoire épi­
que, nous révèle dans son éternelle splendeur la
« Côte d’Azur » chantée par Horace :
Nullus in orbe sinus Bais praelucet amoenis,

le vers est inscrit là, sur un mur, pour qui serait
tenté de l’oublier.
Le panorama est immense : Cumes, les lacs in­
fernaux, où prophétisa la Sibylle, Bacoli où Néron
commit son parricide, Baja chère aux viveurs,
Pouzzoles et son panthéon d’exotiques, puis une
longue côte dominée par le Vésuve, Sorrente qui
nous fait face, Capri symétrique à Ischia et qui
hospitalisa Tibère plus de quatre années avant
qu’il vînt expirer ici même. Impressions, histoires
et légendes se pressent, fourmillent et se confon­
dent à tel point que le guide écrit devient néces­
saire pour les éclairer un peu. Aussi, une fois
rassasiés des raisins pourprés, mûris sur le som­
met du cap, nous lisons face au Monte Nuovo le
Lucullus d’André Maurel et repassons avec lui les
vicissitudes sans nombre de ce pays toujours
changeant. Nous n’oublierons ni la mer tiède et
bleue, ni le retour aux flancs du Pausilippe, ni
le rivage que Virgile aima plus que Mantoue. La
nuit tombe et cette première journée s’achève sur
une dernière évocation: les rues grouillantes et
tapageuses nous rendent sans aucun doute la phy­
sionomie de l’agitation plébéienne aux temps an­
tiques de Neapolis.
19 septembre. Après la vie intense, le silence
et la mort. Nous explorons Pompeï et quelquesuns d’entre nous complètent leur documentation

65

par l’ascension du Vésuve, côté sud : là se pro­
duisit, après des siècles d’un calme trompeur,
l’éruption du 24 août 79, fatale à Herculanum, à
Pompei, à Stables où mourut Pline l’Ancien. Pour
la première fois dans ce voyage nous prenons
contact avec l’antiquité « bâtie ». Il est superflu
d’insister sur le prix inestimable d’une vision
pareille, résurrection de la vie publique et privée
dans une petite ville gréco-romaine au 1er siècle
de notre ère. Le séisme du 5 février 621 ayant
obligé à reconstruire la cité, il s’ensuit que son
aménagement actuel peut être daté de façon stricte ;
17 ans 1/2 seulement s’écoulèrent, du jour où Sé­
nèque écrivait : « Pompei a péri victime d’un
tremblement de terre », jusqu’au moment où le
volcan réveillé acheva pour toujours l’œuvre de
destruction. Si l’on a conservé les murs les plus
épais et les soubassements de certains monuments
publics, l’ensemble n’en était pas moins tout neuf.
On connaît donc l’âge exact de la plupart des
édifices. Peu importe cependant que les habitants
fugitifs soient revenus, quelques jours plus tard,
retirer de leurs habitations désolées les objets
les plus précieux pour n’en laisser que les quatre
murs; ces murs écrêtés, sans toits ni portes, mais
bien en place, conservent leur disposition, leurs
fresques décoratives, leurs niches, les mosaïques
de leur sol, si bien que ces maisons neuves gar­
dent jusqu’à un certain point leur jeunesse : plus
vieilles assurément sont les rues qui les desser­
vent. La basilique, où l’on plaida si peu de temps,
nous apprend à l’avance comment furent disposées
les églises des premiers chrétiens, trop à l’étroit
dans ces temples du paganisme qui n’étaient
guère que des « chœurs ». Nous imaginons sans
peine les deux théâtres pleins d’auditeurs atten­
tifs, l’amphithéâtre bondé de spectateurs bruyants.
Tout carrefour est le décor d’une comédie de
Plaute ou de Térence, à deux pas du marché où
se débat le prix des vivres, où tintent sur les
comptoirs les monnaies romano-campaniennes, le
Janus idéalisé en double Hermès, le quadrige
élégant de la victoire sur l’exergue ROMA lour­
dement frappé: « Tu regere imperio populos... ».
20 septembre. Capri. Journée de flânerie déli­
cieuse, imposée par le 42e anniversaire de l’unifi­
cation. Pourtant on sait le rôle, si large dans la
légende et dans l’histoire, de l’ancienne île aux
Chèvres ; sur l’escarpement oriental se dresse la
villa de Tibère, un escalier phénicien conduit aux
vignes d’Anacapri, des murs romains dominent la
grotte d’Azur; au loin rayonne la baie de Naples,
déjà familière, et aussi les bords indécis du golfe
de Salerne, le sinus Paestanus que nous connaîtrons
mieux demain.
21 septembre. Paestum. La fantaisie des ho­
raires nous fut une bénédiction des dieux. Grâce
à elle, nous avons contemplé longtemps les vieux
temples, jusqu’à l’heure où le crépuscule, nous
enveloppant sur la tour du rivage, restaura pour
nous les cellae disparues sous les colonnades mas­
sives. Ce n’est pas seulement la Grèce du Ve siècle
qui surgit devant nos yeux, c’est l’éternelle reli­
gion qui nous saisit et que nous respirons, sans
prévoir à quel point nous en regretterons bientôt
l’absence dans certaines églises où nous comptions
1 Et non 63. Il y a contradiction entre Sénèque, Quaest. Nat.
VI, 1 et Tacite, Ann. XV, 2 ; mais la question m’a paru devoir
se trancher en faveur de Tacite (Mélanges Boissier, pagg. 115,
119, 1903).

�66

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

l’apercevoir. L’émotion de Paestum est des plus
rares qui soient au monde : il ne faut rien moins
que passer les mers, gravir l’acropole Athénienne
pour y prier la « Beauté simple et vraie ». Plus
lumineuse est la perfection qui règne là-bas, en
Attique, où se réalise dans sa pureté le miracle
grec ; ici, peut-être, avec moins d’admiration,
Renan eût formulé moins de réserves ; il eût
épargné à la divinité sa dédaigneuse réprimande :
« Le monde est plus grand que tu ne crois »
(car le dieu est ici d’une grandeur sans limites), et
toutefois son intolérance eût été pareille. L’image
de Paestum menace de nous rendre injustes pour
la beauté et même pour la grandeur de la Rome
antique : il eût été prudent de finir par ces Ori­
gines, parce qu’elles sont le chef-d’œuvre et le
couronnement, non le rudiment ou l’ébauche, de
ce que nous verrons aux bords du Tibre.
22 septembre. Une visite nouvelle au Musée
de Naples nous trouve plus documentés, mieux
avertis. Ainsi le cercle s’achève et se complète.
Quand nous quittons Naples, vers 2 heures, nous
éprouvons le sentiment d’avoir fait le tour, si ra­
pide soit-il, de toute une civilisation. Maintenant
c’est le voyage en plein jour dans la Campanie et
le Latium ; hier nous franchissions le Silarus, au­
jourd’hui nous passons le Vulturne à Capoue, plus
loin le Liris, qui est le Garigliano de notre Bayard.
Tour à tour défilent à l’horizon Teano, le MontCassin, l’Aquino de Juvénal, 1’Anagnia des Her­
niques, les sommets des anciens Volsques; la
voie ferrée a suivi l’antique via Latina, délaissant
la via Appia, les marais Pontins toujours déserts
et le roc isolé de Terracine,
impositum saxis late candentibus Anxur.

Notre piété à l’égard d’Horace ne va pas jusqu’à
risquer la malaria de son classique itinéraire.
Mais voici les aqueducs courant à nos côtés dans
la Campagne, et se hâtant comme nous vers les
Sept Collines ; voici le Caelius, puis l’Esquilin à
notre gauche, le Viminal sous nos pieds, Rome
enfin que nous aurons gagnée par le chemin de
l’école (c’est le mot), comme il sied à notre but.

*
* *

Ici, l’emploi du temps fut, à peu de chose près,
celui de 1910; aussi notre compte-rendu sera-t-il
très sommaire. Il nous aura manqué, cette fois
encore, le loisir de vagabonder plus souvent aux
environs, d’errer du port d’Ostie aux montagnes
de la Sabine: devrons-nous donc, à l’avenir, sa­
crifier Paestum et Pompei ? Du moins avons-nous
revu la voie Flaminienne et médité sur le lac
Nemi, arpenté dans sa longueur la crête du Ja­
nicule. Les- indications qui vont suivre donneront
une idée suffisante de notre activité.
23 septembre. En attendant la tessera qui nous
vaudra l’entrée gratuite aux Musées et fouilles de
l’Etat, nous pénétrons dans le Panthéon, qui tou­
che à notre hôtel. Il convient d’ailleurs de saluer
dès l’abord, sous cette voûte si purement romaine,
les rois de l’Italie unifiée et d’apporter à leur
mémoire l’hommage de notre juste déférence. La
place du Capitole et, du haut du clivus, la vue
d’ensemble du Forum marque notre seconde
étape. Une première visite à St. Pierre, suivie de
l’ascension au sommet de sa coupole, achève la

documentation générale du début. L’après-midi
se passe dans les Catacombes de St. Calixte et le
long de la via Appia.
24 septembre. St. Pierre-ès-Liens, le Quirinal et
ses environs immédiats. Le tombeau de Jules II
nous a retenus longtemps. Son Moïse est l’image
même de l’indomptable Génois qui se donna pour
tâche d’affranchir l’Italie dès l’aurore du XVIe siè­
cle. Le rêve est prématuré, son « peuple », tel les
Hébreux au désert regrettant leur servitude, répond
mal à ses efforts : qu’importe ? en dépit des lâ­
chetés, des calomnies, des trahisons, « poursui­
vons notre ouvrage », se dit-il avec Joad. 1 C’est
au Panthéon, plutôt qu’ici, qu’on aimerait voir
placés le tombeau du pontife et le chef-d’œuvre
de Michel-Ange, précurseurs du Risorgimento, di­
gnes héritiers des grands aïeux. — Nous pouvons
aller au Forum : un jour et demi de préparation
nous l’auront fait mieux comprendre. Donc, et
sans plus attendre, nous y achèverons notre jour­
née, remontant méthodiquement la Voie Sacrée,
qui en fait l’unité pour ainsi dire, et continuant
par les Forums impériaux, le Colisée, les Thermes
de Caracalla, le Vélabre enfin.
25 septembre. Musées et Chambres du Vatican,
Chapelle Sixtine où nous retrouvons, effrayante
entre toutes, la Sibylle de Cumes; château St. Auge,
où, des Antonins aux Borgia et des Farnese a
Stendhal, s’évoquent tant de romantiques souve­
nirs ; ruines des palais impériaux et monuments
du Palatin.
26 septembre. Musée des Thermes de Dioclétien et
visite au tepidarium si ingénieusement transformé
en église par Michel-Ange, tandis que l’utilisation
des colonnes antiques dans tant de sanctuaires chré­
tiens nous fait ailleurs l’effet d’une profanation
du passé ; l’installation d’un cloître pour les
Chartreux est moins heureuse. Tout à l’heure,
après le lac d’Albano, celui de Nemi nous rap­
pellera que « les dieux sont une injure à Dieu » ; 2
certains monuments de Rome renaissante nous
avaient bien suggéré la même idée, mais la for­
mule manquait encore : la voici, claire pour cha­
cun comme les eaux de ce lac paisible et pur.
27 septembre. Place Navone, qui fut l’ancien
stade ou cirque de Domitien, cour de la Chancel­
lerie, palais Farnèse où notre compatriote, M. Jo­
seph Ollé-Laprune, chargé d’affaires de la Répu­
blique Française, nous a reçus de façon si cordiale,
Musée chrétien du Latran. Après midi, nous gra­
vissons, par la villa Médicis, les pentes du Pincio
qui nous conduisent à la galerie Borghèse. Le
crépuscule nous surprend au pont Milvius double­
ment célèbre dans l’histoire antique, par le rôle
des Allobroges dans la conjuration de Catilina
(nuit du 2 au 3 déc. 63 av. J.-C.) et par la défaite
du paganisme avec Maxence dont le 16e centenaire
sera célébré le 27 octobre, exactement dans un
mois : on sait qu’une copie de la Bataille de Con­
stantin figure an catalogue du Musée de Grenoble,
1 Si les Captifs du Louvre représentent vraiment l’Italie
esclave, endormie d’abord, éveillée ensuite à l’appel de Jules II,
si Rachel dont se détourne Moïse exprime des aspirations dont
Lia considère l'échec avec mélancolie, on peut conclure que
Michel-Ange, dans une intuition de génie, a voulu représenter
ici ce qui fait de Jules II le plus grand Italien de la Renais­
sance. Lui-même partagea les enthousiasmes du souverain et, le
pape une fois mort, connut l’amertume des rêves si complètement
déçus. Dès lors, n’est-il pas vrai que les critiques adressées
à la moitié inférieure du tombeau, tel qu’il est, au Moïse
surtout, vont tomber d’elles-mêmes ?
2
Renan. Le Prêtre de Nemi, II, 2.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

et c’est pour nous une raison de plus d’achever
ici notre journée.
28 septembre. Retour aux divers Musées du Va­
tican, notamment à la Pinacothèque ; basilique de
Saint-Paul-hors-les-Murs, dont la richesse neuve
ne nous empêche pas de reconstituer, au souvenir
des basiliques de Pompei et du Forum, la primi­
tive et religieuse simplicité.
29 septembre. Musées du Capitole, avec la Louve
en bronze, la Forma Urbis, les Fastes consulaires.
Après-midi libre pour le retour au Forum, au
Palatin, ailleurs encore; adieux... provisoires à
la Rome éternelle et départ au soleil couchant.

*
* *
Quand nous reviendrons — car on ne quitte
jamais Rome sans se croire assuré d’y revenir
— nous mettrons à profit les facilités du voyage
pour contempler au retour, dans l’éclat des mo­
saïques de Ravenne, la fin du prestigieux empire
qu’on dirait vraiment immortel : son esprit anime,
à cette heure même, l’Italie tout entière. Ne la
sent-on pas secouée, des Alpes à Brindisi, par
l’enthousiasme de l’impérialisme antique, celui qui
forge les nations, amalgame et pétrit les cités
pour les fondre en un peuple, à l’ombre sanglante
et lourde parfois, mais toujours majestueuse, de
la paix romaine ?
Le profit de l’excursion, grâce au bénéfice de
l’expérience acquise, fut probablement plus grand
qu’en 1910. Quinze jours durant, la cohésion d’une
caravane heureusement composée favorisa les dis­
cussions fécondes, éclaircit les idées générales
au voisinage des réalités précises, dans une par­
faite liberté de réflexion. Ce qui serait affectation
et pédantisme ailleurs devient là-bas tout simple,
puisqu’on est comme soutenu par l’ambiance et
que l’enseignement des choses nous pénètre in­
consciemment. Les livres les meilleurs, Homo,
Thédenat, Vettard, Bigot, Helbig, Marucchi, sem­
bleraient même importuns s’ils n’étaient pas indi­
spensables ; on voudrait pouvoir se passer de tout
intermédiaire entre les monuments et soi. Stendhal
l’a dit fort bien, à propos du Capitole : « Si l’on
peut trouver quelque certitude, ce n’est qu’au
milieu des ruines vénérables que nous visitons en
ce moment, un Tite-Live à la main ». Aussi n’ai-je
emporté ni Tite-Live, ni Horace, ni Virgile même,
ce livre de chevet du latiniste ; comme on les re­
grette parfois, on sera d’autant plus heureux de
les retrouver au logis, on en profitera bien da­
vantage.
Que dire maintenant du rôle qui doit incomber
au professeur ? Sa tâche se réduit à bien peu de
chose : une indication donnée de temps à autre,
la réponse aux questions toujours posées à propos
puisqu’on est en présence des objets, un rensei­
gnement propre à ramener dans le droit chemin
quand nos conceptions de Français, violemment
heurtées par des façons de voir étrangères, abou­
tiraient trop vite à des jugements erronés ou
excessifs. Au lieu d’entraîner ou de pousser, il
se borne à maintenir ; la « conférence » se fait
d’elle-même, dans la joie des progrès réalisés à
vue d’œil et du charme infini des causeries fami­
lières qui rajeunissent le Normalien jusqu’à ses
années d’Ecole, tout en mûrissant l’esprit de ses
auditeurs. Dans cette lumière méridionale, chacun
se révèle dans la joie d’une sincérité facile. Sans

67

nulle menace d’anarchie, le chef est moins distant,
paraît-il, les disciples moins réservés ou, pour
mieux dire, plus confiants.
La licence ès lettres, il est vrai, n’est plus
qu’un souvenir. Un voyage archéologique doit
être une conclusion, non un début ; il est aussi
pour tous la meilleure façon de se quitter, puis­
qu’il le faut, après des années communes de bon
travail. C’est une fin d’études, c’est un commen­
cement aussi : ce qu’on a seulement aperçu, on
reviendra l’approfondir ; on sera exigeant pour
soi-même, on n’enseignera pas le cœur léger ce
qu’on ne sait que de seconde main, on ne trans­
mettra pas machinalement des conclusions ap­
prises, sans bases personnelles et qui vont s’exté­
nuant d’année en année comme la flamme d’une
lampe dont l’huile ne serait pas renouvelée. Ce
qu’il faut apprendre aux autres, c’est ce qu’on a
vraiment saisi et vérifié, non trop docilement reçu
d’une autorité, si grande soit-elle. La foi, chez
un étudiant, n’est en matière universitaire que
de la paresse, rien davantage, c’est le pire des
états d’esprit.
Nous avons donc béni d’un commun accord
l’appui reçu de l’autorité supérieure pour ce com­
plément, ou plutôt pour ce couronnement néces­
saire de notre, enseignement, s’il est vrai qu’il
doive former, non des élèves, mais des maîtres,
capables le moment venu d’en former d’autres à
leur tour.
S. Chabert
professeur do litt. latine et institut. romaines.

NOTES CRITIQUES
G. MAUGAIN. — Etude sur l’évolution intellec­
tuelle de l’Italie de 1657 à 1750 environs — Paris
Hachette, 1909.
Le volume de M. Maugain est de ceux que le
temps écoulé fait apparaître, plus solides et utiles.
C’est une œuvre d’une érudition large — je dirai
volontiers d’une érudition courageuse; l’auteurn’est
point de ceux qui se contentent d’un petit sujet,
Μ. M. s’attaque aux grands ensembles. Il y a dans
son livre une considérable documentation en
grande partie neuve, ou plutôt ce livre, qui con­
tient fort peu de discussions et d’analyses criti­
ques, est fait presque tout entier du résultat,
simplement exposé, de patients dépouillements
faits par l’auteur dans un grand nombre de biblio­
thèques italiennes : mais on sent que ces matériaux
ont été l’objet d’un choix judicieux, la distribu­
tion en est vigoureuse, suivant un système forte­
ment conçu et suivi.
Ce système est inspiré de la bonne méthode de
l’histoire des idées, du moins de ce que l’on sait
faire de mieux, à l’heure actuelle, dans cette science
encore neuve, ou à renouveler. Μ. M. a voulu de­
terminer les principaux éléments de l’activité in­
tellectuelle de l’Italie pendant un siècle. Avec le
bon livre de M. Hazard sur l’Italie pendant la
Révolution française et, s’il m’est permis de le rap­
peler, mon trop sommaire Essai sur l’Evolution
intellectuelle de l’Italie de 1815 à 1830, — il sem­
ble que les Italianisants français veuillent déci­
dément sortir des sujets rebattus, — et montrer

�68

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

aux Italiens que nous savons en France apprécier, (le vrai et l’utile dans les belles lettres). Et pour­
non seulement leur vieilles splendeurs littéraires tant un lien existe entre les querelles des carté­
qu’on a tour à tour trop vantées et trop dédaignées, siens et de lockiens, et les polémiques sur l’art
— mais aussi la partie la plus austère de leur tra­ littéraire: nous le faire voir, c’était peut-être nous
vail intellectuel.
faire voir le fin fond de cette histoire.
A ce point de vue le livre de Μ. M. est venu
Mais ne chicanons pas l’auteur, pour n’avoir
contribuer grandement à la réhabilitation d’une pas fait ce qu’il n’a pas voulu faire. Il a sorti
époque de l’histoire de la pensée italienne (deuxième de l’ombre une foule de penseurs ignorés du pu­
moitié du XVIIe et première moitié du XVIIIe blic ; il a clairement reconnu et défini un grand
siècle) que le point de vue exclusif de l’histoire nombre des problèmes intellectuels dont se sont
littéraire avait fait juger trop sévèrement: l’époque occupées les générations italiennes du XVIIe s.
du marinisme et de l’Arcadie.
finissant et de la première moitié du XVIIIe; il
Dans le livre de Μ. M. il n’est question de lit­ est fortement intervenu pour modifier sur plu­
térature que dans la troisième et dernière partie. sieurs points importants l’estimation des valeurs
Dans les deux premiers tiers du livre, on nous fait de cette histoire, telle que nous la faisions jusqu’à
l’histoire du travail accompli dans les sciences présent. Il y a dans ce livre une quantité consi­
physiques et naturelles, dans la philosophie, dans dérable de vérités et, somme toute, une grande
l’érudition historiques, — et des grands courants part de vérité.
Julien Luchaire.
de la pensée collective qui soutiennent ce travail
et en même temps s’en nourrissent. Les noms de
Galilée, de Gassendi, de Redi, de Malpighi, de
GUSTAVE SOULIER. — Le Tintoret. Biogra­
Magalotti, de Muratori, de Vallisnieri, de Vico, et phie critique —· Henri Laurens - Paris. (Collection :
aussi le nom de Descartes et de Locke, nous sont « Grands Artistes »).
présentés comme ceux qui dominent l’esprit pu­
blic, et les textes capitaux de cette histoire sont,
A la Gemäldegalerie de Dresde, dans la salle des
outre les correspondances des lettrés et érudits, Vénitiens, deux on trois œuvres de Tintoret jettent
le Giornale dei letterati, le Mare Magnum onnium une note lumineuse que ne donnent ni les Cor­
materiarum de Marucelli et autres compilations rège, ni les Titiens qui les environnent. C’est juste­
où s’amassaient les discussions et notions qui cons­ ment le grand mérite du dernier livre de M. Soulier
tituaient le patrimoine et les acquisitions scien­ de faire ressortir - et d’expliquer cette originalité.
tifiques des gens du temps. Il résulte du livre de Dans les études publiées jusqu’à présent sur Tin­
toret, la gloire du peintre pâlissait au voisinage
M. Maugain que cela était considérable.
Dans l’ordre des recherches qui nous intéressent de celle du Titien. Or M. Soulier, avec raison,
particulièrement dans ce Bulletin, l’histoire des le hausse à l’égal des plus illustres, et surtout
relations intellectuelles entre la France et l’Italie, met très vivement en lumière — c’est l’idée maî­
ce livre apporte d’importantes nouveautés. Signa­ tresse de son livre — tout ce que sa peinture con­
lons: (Ie Partie chap. VI, § III) les pages sur les tient de nouveau, voit en lui un révolutionnaire,
voyages de bénédictins français en Italie, et leur que réalistes et impressionnistes peuvent considé­
influence sur le développement de l’érudition rer comme un ancêtre lointain. L’œuvre de Tin­
historique dans ce pays, — sur la diffusion des toret est immense : il avait un impérieux besoin
oeuvres de Descartes en Italie et les polémiques de peindre ; et c’est la prodigieuse activité de
qu’elles suscitent (IIe Partie, chap. II et III, — son cerveau sans cesse en ébullition, et non
sur les querelles littéraires entre Français et Ita­ point un vain désir de gloire, qui le poussait à
liens et la réaction nationaliste contre l’influence rechercher toujours et toujours des commandes.
littéraire française (IIIe Partie, chap. I. § IV ; Il a décoré avec une fougue « déroutante » le
chœur de l’Eglise San Rocco, les grandes salles du
ch. Il, ch. V).
Parmi les critiques que l’on peut faire au con­ Palais ducal de Venise : ce sont ses ensembles les
sidérable ouvrage de M. Maugain, je m’arrêterai plus beaux, les plus « surhumains ». « Tout l’ef­
volontiers sur celle-ci : il y manque quelques figu­ fet des modelés débordants est obtenu dans une
res individuelles. On en trouve d’esquissées, mais gamme de couleurs très sobre, dans une sorte de
point d’assez fortement étudiées : le mot « on » camaïeu crépusculaire et fumeux, où quelques
revient dans ce livre avec une insistance curieuse, tons prennent soudain une importance plus vive
aux dépens du « il ». Cependant il n’y a point de et où les oppositions suffisent à travers cette om­
complète étude d’histoire intellectuelle collective, bre, à faire ramper la lumière louche ou éclater
sans quelques-uns de ces vigoureux portraits qui soudain la gloire de l’apparition céleste » (p. 48) .
font voir tout d’un coup, comme en raccourci — Vus hors du cadre Vénitien, dans les musées ger­
et en profondeur, le travail intellectuel de toute maniques, par exemple, des Tableaux de Tintoret,
une génération. C’est un des points où le labeur comme la série de la Bataille de Mantoue (Pina­
de l’érudit aboutit à la création artistique, c’est cothèque de Munich) ont beau être très défavo­
rablement placés : ils gardent, même là, leur éclat
une des tâches les plus nobles de l’historien.
S’il eût poussé jusque-là la recherche de la réa­ et leur grandeur — Les procédés qui ont donné à
lité historique, l’auteur eût peut-être évité un autre Tintoret cette originalité, qui en fait un des maîtres
défaut. Il y a quelque artifice dans son analyse de la couleur et de la lumière, sont très précisé­
des éléments qui constituent la vie intellectuelle ment et très finement analysés dans le livre de
de cette époque, ils sont dans ce livre trop disso­ M. Soulier. Si à cela on ajoute que l’auteur a
ciés, trop considérés chacun pour soi, on perd enrichi le catalogue des œuvres de Tintoret d’un
de vue les liens qui les unissent et en font un certain nombre, insoupçonnées, qu’il a lui même
tout vivant. Il y a ainsi une solution de conti­ identifiées, on se fera une idée de la valeur de son
nuité, que je trouve tout à fait choquante, entre la livre. Elle nous fait souhaiter vivement qu’appa­
IIe partie (Spiritualistes et matérialistes) et la IIIe raisse bientôt l’étude complète qu’il prépare et qui

�69

BULLETIN FRANCO·ITALIEN.

si nous en jugeons par ce premier volume, met­
tra parfaitement et définitivement au point tout
ce qui concerne la vie, l’œuvre et le génie du
Tintoret.
J. Alazard.
Ce qu’on a fait de l’Eglise. — Etude d’histoire
religieuse. 5eme Edition - 554 pp. Felix Alcan - Pa­
ris — 1912 .
« Les hommes qui ont écrit ces pages ... prê­
tres et laïcs, tiennent à proclamer bien haut
qu’ils sont enfants de l’Eglise ». Ils ne sont ni des
combatifs ni des rebelles . Dans la supplique adres­
sée au Pape, qui ouvre le volume, ils « éprouvent
une joie profonde » à constater que leur foi reste
intacte . Mais en même temps qu’il se mettent au
service de l’Eglise voulue par Dieu, ils entendent
respecter la vérité historique. Sous prétexte donc
de faire œuvre scientifique, ils ont passé en revue,
essayant de les systématiser, les principaux évè­
nements du passé catholique. Nous ne doutons
pas que ce répertoire confus et quelque peu pe­
sant, n’ait une fin très louable . Ce sombre ta­
bleau des mœurs anciennes et présentes de l’Egli­
se, écrit par de purs chrétiens, exercera peut-être
à la longue la même influence que les vieux écrits
de Pierre Damien — En attendant qu’il éclaire les
esprits des conseillers pontificaux, il rend au moins
le service — très important — de mettre les profanes
rapidement et clairement au courant des questions
ecclésiastiques. Probablement aussi ce livre de­
viendra la « Bible » de ceux qui voudront disserter
sur le méfait du cléricalisme : ils y verront, sou­
vent complaisamment analysés en détails, toutes les
fautes de l’Eglise: depuis les lamentables erreurs du
Xeme Siècle jusqu’aux étranges excommunications
de Pie X, en passant par les effrontées superche­
ries de Léo Taxil. Et ainsi les auteurs, tout en
voulant sincèrement servir l’Eglise, auront contri­
bué à ruiner dans l’esprit des lecteurs le respect
du pouvoir politique de la papauté et celui de
son infaillibilité.
J. A.

NOMINATIONS ET MUTATIONS
Juillet 1912.

M. Billardet, professeur au lycée d’Annecy passe
au lycée d’Avignon.
M. Berthé de Besaucèle, professeur au lycée de
Digne passe au lycée d’Annecy.
M. Crouzet, professeur au collège d’Ajaccio passe
au lycée de Digne.
M. Crémieux, agrégé d’italien est nommé pro­
fesseur au lycée de Tournon.
M. Garnier, agrégé d’italien est nommé profes­
seur au lycée de Gap.
M. Simongiovanni, répétiteur au lycée de Bastia
est nommé professeur au collège d’Ajaccio.

Octobre 1912.

M. Bosco, ancien boursier d’agrégation est nom­
mé répétiteur au lycée de Bourg.

M. Barincou, ancien boursier d’agrégation est
nommé délégué au lycée de Tournon, en rempla­
cement de M. Crémieux, en congé.
M. Roux, ancien boursier d’agrégation, est nom­
mé professeur d’italien au collège de Briançon en
remplacement de M. Mauduit, décédé.
Sont nommés boursiers d’agrégation d’italien
près la Faculté des Lettres de Grenoble et 1’ In­
stitut français de Florence :
MM. Angeli, Chadourne, Paolantonacci.
Sont nommés boursiers de diplôme :
MM. Brosse-Ravat, Antoniotti.
Est nommé boursier de licence :
M. Audisio.

EXAMENS ET CONCOURS (1912)

Ont été déclarés admissibles à 1’agrégation
d’italien :
MM. Garnier
Guiton
Paolantonacci.
Reçu définitivement :
M. Garnier.
Ont été déclarés admissibles au certificat secon­
daire : M. Brosse-Ravat ; Mlle Quézel ; Mlle Ra­
gazzacci-Stéphanopoli ; Mlle Roy ; Mlle Santelli ;
M. Stefanini.
Reçus définitivement : 1) Mlle Quézel — 2) Mlle
Roy — 3) Mlle Santelli.
Ont été déclarés admissibles au certificat pri­
maire : Mlles Antonelli — Riolacci — Paolini —
MM. Richard — Renucci.
Reçus définitivement : 1) Mlle Antonelli —
2) M. Richard — 3) Mlle Riolacci — 4) M. Re­
nucci .

Session de Juillet 1912.

Faculté des Lettres de Paris :
Diplôme d’études supérieures d’italien. Ont
été admis : M. Job (mention Ass. Bien) — M.
Rival.
Licence. Ont été admis : M. Barreau (mention
Ass. Bien) — Géronimi (parties communes).

Faculté des Lettres d’Aix:
Licence. M. Antoniotti (mention assez bien) —
Mlle Leca.
Faculté des Lettres de Grenoble :

Diplôme d’études supérieures d’italien. Ont été
admis: M. Chadourne (mention très bien) — M. An­
géli (mention bien) — Mlle Pongiglione.
Les sujets des mémoires étaient les suivants :
M. Chadourne: Contribution à l’étude de la pensée
française eu Italie dans la deuxième moitié du
XVIe siècle.
M. Angeli : Culture classique et culture chré­
tienne en Italie à la fin du XIVe siècle.
Mlle Pongiglione : L’Afrique arabe dans la lit­
térature et l'art italiens (XIIe-XVIe siècles).
Licence. Ont été admis : M. Serge Fleury (men­
tion assez bien) — M. Brosse-Ravat.

�70

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Programme des Concours d’italien en 1913
Agrégation d’italien.
1° Histoire

de la littérature.

Question I. — La poésie lyrique au XIVe siècle.
Textes

d’explication

:

Dante. Canzoni : Ei m’incresce di me . . . ; Così

nel mio parlar.. . ; Amor tu vedi ben ... ; Io
son venuto .. . ; Tre donne intorno al cor . . . ;
Sonnets : Guido vorrei. . . ; Io mi credea del
tutto essen partito.
da Pistoia. Les six pièces contenues au
t. I du Manuale d’Ancona et Bacci, p. 400-405.

Cino

Pétrarque. Rime, n°s 28, 50-53, 126-129, 267-

275, 323 et 359-366 (d’après les éditions Car­
ducci-Ferrari ou Rigutini-Scherillo).
Boccace. Madrigal : Io son del terzo ciel ... ;

Sonnets : Colui per cui Miseno. . . ; S’io temo
di Baia . . . ; Se Dante piange. . . ; Or sei sa­
lito . ..

Question II. — La nouvelle italienne au XVIe siè­
cle et son rayonnement dans la littérature
européenne.
Textes d’explication :

Luigi

da

Porto. Romeo e Giulietta.

Machiavel. Belfagor arcidiavolo.

A. Firenzuola. Ragionamenti, pp. 62-108 des
Prose scelte di A. Firenzuola (Florence, San­
soni).

M. Bandello. Novelle, I, 21— III, 65 — IV, 18.

C. B. Giraldi. Ecatommiti,III, 7 (Il Moro di
Venezia).
Question III. — La tragédie et le mélodrame en
Italie de 1690 à 1750.
Textes d’explication :

S. MaFFei. Merope, actes I e III.
Métastase. Didone abbandonata, acte II ; La

Clemenza di Tito, acte III ; Le unità di tempo
e di luogo (t. IV du Manuale d’Ancona et
Bacci, pp. 182-189).
2° Histoire

de l’art et de la civilisation.

Question I. — Tiziano Vecelli.
Question II. — Les coryphées du nationalisme
italien de 1844 à 1849.

G. B. Niccolini. Extraits de Arnaldo da Brescia
contenus au t. V du Manuale d’Ancona et
Bacci, pp. 251-257.
G. Giusti. Il papato di prete Pero; Rassegna­
zione ; Delenda Carthago ; Agli spettri ; Con­
gresso dei birri; A Leopoldo II ; la Repub­
blica.

3° Auteur latin pour l’explication
Virgile. Eneide, t. IV, v. 296-392.

orale.

Certificat d’aptitude
à l’enseignement de la langue italienne.
Dante. Purgatoire, c. XI.
Pétrarque. Rime, n°s 28, 53, 126-129, 267-275 et

366 (d’après l’éd. Carducci-Ferrari ou RigutiniScherillo).
Luigi da Porto. Romeo e Giulietta.

A. Firenzuola. Ragionamenti (pp. 62-108 des
Prose scelte di A. Firenzuola, Florence, San­
soni).
Métastase. La Clemenza di Tito.

G. Giusti. Sunt’Ambrogio ; Rassegnazione ; Delenda
Carthago ; Lettere scelte, n°s 109-129 (éd. Lemon­
nier, Florence).
Voici les coefficients attribués aux diverses
épreuves écrites et orales :
Agrégation. Ecrit : Composition française, 4 ;
Composition italienne, 4 ; Thème, 3 ; Version, 3.
Oral : Leçon française, 4 ; leçon italienne, 4 ;
Explication, 4 ; Thème, 3 ; Espagnol, 2 ; Pronon­
ciation, 2.
Certificat. Ecrit: Thème, 1; Version, 1; Com­
position, 2.
Oral : Thème, 1 ; Version, 1 ; Lecture expli­
quée, 2 ; Commentaire grammatical, 2 ; Pronon­
ciation, 2.
Agrégation des jeunes filles (ordre des lettres)·
Auteurs Italiens.

1. Pétrarque. Trionfo della Morte, I et II.

2. B. Castiglione. Il Cortegiano, t. III, chap. IXXVII (dans l’édition V. Cian, Florence, Sansoni).
3. Ugo Foscolo. Le ultime lettere di Jacopo
Ortis.
G. Carducci. Canto dell’Amore; Idillio Ma­
remmano ; Damanti San Guido ; Per la morte di
Napoleone Eugenio ; Sogno d’estate.

Concours pour l’entrée
à l’Ecole normale supérieure de Sèvres.
(SECTION

DES

LETTRES — LANGUES

VIVANTES)

Auteurs Italiens - Pour 1913.
Textes

d’explication

:

G. Carducci. Letture del Risorgimento italiano
(Zanichelli, Bologne), t. II, extraits de Guer­
razzi, Mazzini, Gioberti, Balbo, Settembrini,
d’Azeglio et Montanelli, contenus entre les
pages 74 et 332.

Tasso. Gerusalemme liberata, I-II.
Leopardi. Ad Angelo Mai; Canto notturno d’un
pastore ; La Ginestra.
Carducci. Extraits des Rime nuove dans Maz­
zoni et Picciola; Antologia Carducciana.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Manzoni. 1 Promessi sposi, ch. 31, 32, 33. Vita

di G. Giusti (ed. Biagi, Florence, Le Monnier).
Goldoni. La Bottega del Caffè.

Alfieri. Saül.

Certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire
des jeunes filles.
1913 et 1914

(Ancien Régime et Nouveau Régime - 2e Partie)
SECTION DES LETTRES — AUTEURS ITALIENS.

Boccace. Extraits, publiés par M. Hauvette
(Garnier-Frères, Paris), pages 98-146 (VII-XII).
Arioste. Roland Furieux, chant XXXVI, stro­
phes 11-57 inclusivement.
Baretti. Scritti, scelti annotati da Mario Men­
ghini (Sansoni, Florence), pages 53-100. (Lettere
Familiari, X-XXIX).
Fogazzaro. Miranda, parte terza.

CHRONIQUE
Fête franco-italienne à Grenoble. — Comme
tous les ans, les étudiants italiens des Cours d’été
de l’Université de Grenoble, ont offert à leurs
maîtres et à leurs camarades, à l’occasion du 20
septembre, une fête fort réussie dans les salons
de l’Hôtel Lesdiguières.
MM. Rosset et Maugain, professeurs à l’Uni­
versité, M. Ronzy professeur d’italien au lycée
de Valence assistaient à cette fête.
M. Pons, président des étudiants italiens a pro­
noncé, au début de la soirée, un intéressant et
éloquent discours dans le français le plus pur.
M. Ronzy a prononcé à son tour une vibrante
allocution en italien.
Après un concert très artistique, un bal a clô­
turé cette soirée.

L’italien dans l’enseignement supérieur (Uni­
versité de Lyon). — L’enseignement de I’italien
a tenu en 1911-12 une fort belle place a la Fa­
culté des Lettres de Lyon. M. Paul Hazard, chargé
de cours de littératures modernes comparées, a
consacré pour la deuxième fois son cours public
à l’étude de Leopardi et du Pessimisme européen.
M. Edmond Goblot, professeur d’histoire de la
philosophie et des sciences, a traité en cours pu­
blic de Léonard de Vinci « précurseur de Galilée
et instaurateur des méthodes scientifiques moder­
nes ». M. Emile Bertaux, professeur d’histoire de
l’art moderne, a consacré plusieurs conférences a
l’étude de Michel-Ange et de Léonard de Vinci.
M. Maurice Mignon, chargé de conférences de
langue et littérature italienne, a étudié dans son
cours public les Principaux types de la comédie
italienne de la Renaissance.
Leopardi (Operette morali) et la comédie ita­
lienne du seizième siècle (Grazzini, La Gelosia)
figurent au programme de la licence d’italien. Les
Frammenti letterari e filosofici de Léonard de Vinci

71

(La scienza, la natura, la morale) sont inscrites au
programme de la licence de philosophie. C’est la
première fois que les auteurs italiens entrent au
programme de cette licence, au même titre que
les auteurs allemands ou anglais, grecs ou latins,
et l’Université de Lyon est la première Univer­
sité de France où cette innovation se soit intro­
duite. M. Goblot a étudié Léonard de Vinci tout
exprès pour les étudiants de philosophie qui choi­
sissent les auteurs italiens !
« Michel-Ange, peintre et sculpteur » était au
programme de l’agrégation d’italien, comme l’an
dernier « l’influence franciscaine dans l’art italien
au XIIIe et au XIVe siècles », et comme il y a
deux ans « les conceptions esthétiques dans les
arts plastiques en Italie, à la fin du XVe siècle,
et au début du XVIe ». La collaboration de M.
Emile Bertaux fut précieuse aux candidats à
l’agrégation, qui doivent désormais étudier l’hi­
stoire de l’art parallèlement à l’histoire de la
littérature et de la civilisation. Des conférences
d’histoire de l’art moderne s’imposent dans toutes
les Facultés où il y a un centre de préparation à
l’agrégation d’italien.

Boursiers de vacances en Italie. — Ont obtenu
des bourses de séjour en Italie (enseignement pri­
maire) :
Bourse de 3 mois. — M. Crouzet, instituteur à
Agde (Hérault).
Bourses de 3 mois. - M. Cellier, instituteur à
Olargues (Hérault) ; M. Giacenti, instituteur à
Montreuil-s.-Bois (Seine) ; Mlle Leccia, institu­
trice-adjointe à Oletta (Corse) ; M. Richard, pro­
fesseur, Ecole Normale, Grenoble ; Mlle Rislacci,
institutrice à Perelli d’Alesani (Corse); M. Ver­
ger, instituteur E. P. S. de la Tour-du-Pin (Isère).
Le théâtre français en Italie. — Le Ministère
de l’Instruction publique d’Italie a établi et pu­
blié la statistique des œuvres étrangères, repré­
sentées sur les théâtres de la péninsule, au cours
de l’année 1911. Cette statistique offre de bien
précieux renseignements sur l’importation des
œuvres françaises en Italie.
Les 12.244 représentations données durant le
premier semestre 1911, se répartissent ainsi :
7623 d’auteurs italiens
4611 d’auteurs étrangers
1 d’un auteur classique grec (Sophocle)
et les 4611 représentations de pièces étrangères
de la façon suivante :
2293 françaises
1709 allemandes
359 anglaises
93 espagnoles
45 russes
31 portugaises
77 d’auteurs étrangers ou de
nationalité inconnue, mais certainement étran­
gère.
Les œuvres lyriques d’auteurs étrangers donnent
le premier rang à la France, avec 268 représentations
de 10 opéras, contre 133 représentations de 9 opé­
ras allemands, 27 de 2 ballets russes, et 5 d’un
opéra espagnol. Carmen de Bizet a été joué 68
fois ; Faust, 50 ; Manon de Massenet, 46 ; Lohen­
grin de Wagner, 43 ; Mignon de Thomas, 34.
Bizet a été joué 78 fois ; Massenet 67 ; Gounod,

�12

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

57 ; Thomas, 34 ; Berlioz, 15 ; Saint-Saëns, 10. Desjoyaux. — Le général baron Perrone di San Mar­
Toutefois Wagner l’a été 90 fois.
tino. Torino, Bocca, 1912, 8°, p. 39.
En fait d’opérettes les Français sont battus de Faure (Rugg.). — Gli antecedenti poetici del lavoro ro­
standiano dai Fabliaux a Chantecler. Siena, tip. Meini,
loin par les Autrichiens qui ont à leur actif 1584
1911, 4°, p. 21.
représentations contre 316 françaises. Nos opé­
rettes les plus jouées appartiennent à l’ancien Federici (V.). — L’épigraphie de l’église Sainte Marie
Antique. Rome, Bretschneider, 1911, 4° fig., p. 13·
répertoire : 35 représentations des Cloches de Cor­
neville, 34 de la Fille de Madame Angot, 32 de la Franciscis (prof. P. De). — Dizionarietto commerciale
italiano francese, ad uso degli alunni delle scuole
Mascotte
serali superiori. Milano, Signorelli, 1911, 16°, p· 52,
Mais les Français gardent leur suprématie dans
Cent. 70.
les œuvres dramatiques. Le bilan est de 1709 Guy (De) François. — Julien l’Apostat : drame en
représentations de 320 drames et comédies, contre
quatre actes. Sanremo, tip. Ligure, 1912, 8°, p. 97.
148 de 14 œuvres anglaises, 93 de 18 œuvres al­ Hautecœur (L.) I musaicisti sampietrini del settecento.
lemandes, etc.
Roma, Unione ed., 1910, 4° fig., p. 12.
Il est piquant de constater quels sont les piè­ Ippolito (F. G.). — Taine e la filosofia dell’arte. Roma,
ces et les auteurs qui obtiennent le plus de suc­
Loescher, 1911, 16°, p. vii-102. L. 1.50.
cès en Italie. En tête arrive La Petite Chocola­ · Landry (doct. Eugène). — Le théorie du rythme et le
tière de Gavault (61 repr.), suivie par le Maître
rythme du français, avec une étude expériment. de
de Forges de Georges Ohnet (45 r.), les Marion­
la déclamat, de plusieurs poètes et comédiens célè­
bres, du rythme des vers ital. et des nuances de
nettes de Wolf (39 r.), la Dame aux Camélias
la durée dans la musique. Paris, Champion, 1911, 8°,
d’A. Dumas fils (37 r.), l’Aventurier de Capus
p. 427.
(34 r.), Tais-toi mon cœur d’Hennequin et Ve­
Litta (Pa.) — La déesse nue : la danse comme moyen
ber, (36 r.).
ésotérique d’expression musicale. Florence, libera
L’auteur le plus goûté reste Victorien Sardou
Estetica, 1912, 16°, p. 78, L. 1.75.
(179 rep., soit une par jour); puis viennent dans
(A.). — La critique des Evangiles. Bologna, Zani­
l’ordre Hennequin, Gavault, de Fiers et Caillavet, LoiSY
chelli, 1910, 8°, p. 22.
Dumas fils, D’Ennery (très joué dans les petites Malfatti (G. E.). — Deux mots sur la langue verte,
villes de province), Bisson, Henri Bataille, De
sur l’Alltagdeutsch et sur le colloquial english. Firenze,
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Cooperativa, 1910, 16°.
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Parmi les autres auteurs français, notoires à
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73

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d’Italie. Torino, Petrini, 1912, 8°, p. VIIJ-216
L. 1,80.
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class, technique, des écoles commerciales, des éc.
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et augmentée. Deuxième édit. Verone, typ. G. Mar­
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Letture francesi, ad uso delle scuole secondarie class.,
tecn., complément. e commerciali, notevolmente
accresciute e migliorate a cura di Giuseppe Scippa.
Pisa, Nistri, 1912, 8°, p. 251. L. 3.
Letture francesi per le scuole medie d’Italia, a cura
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Torino, Lœscher, 1912, 8°, p. 370. L. 2,80.
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Giovanni Barbèro. Casale, Bellatore, Bosco e C.,
1911, 8°, p. 27.

Traductions en italien
d’œuvres théâtrales français.
Armando La Fleur (J.). — L’onorevole mia moglie
(Ma femme député) : commedia in 3 atti, ridotta da
V. Venturi. Firenze, casa ed. dei giov. Autori, 1911,
8°, p. 128, L. 2.
Barbier (G.) e Carré (M.). — Romeo e Giulietta. Opera
in cinque atti. Versione di G. Zaffira. Musica di
Carlo Gounod. Sesto S. Giovanni, casa ed. Madella,
1911, 16°, p. 32. Cent. 25.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Berton (P.). — Le bestemmie di Cadillac : commedia
in unatto. Traduz, di P. Franceschi. Bologna, Bru­
gnoli, 1911, 16°, p. 23. Cent. 50.
Dennery e Lafitte. L’Ave Maria : dramma in 5 atti.
Traduz, di A. Manzoni. Milano, Cesati, 1941, 16°,
p. 68. Cent. 35.
Donnay (Maurizio). — Amanti : commedia in cinque
atti. Milano, Capriolo e Massimino, 1911, 8°, p. 63.
Loyson (Paul Hyacinthe). — L’apostolo: tragedia
moderna in tre atti. Prefazione di Sebastiano Sani.
Bologna, Brugnoli, 1912, 8°, p. 83, con tre tavole.
L. 2,50.
MiRbeau (O). — I cattivi pastori : dramma in 5 atti.
Trad. di L. Fabbri. Prefaz, di V. Meric. Milano,
libr. ed. Sociale, 1911, 16°, p. 144. L. 1,50.
Moineaux (Giulio). — I due sordi : farsa in un atto.
Trad. di Filippo Mazzoni. Bologna, Brugnoli, 1912,
16°, p. 24 Cent. 20.
Niccodemi (Dario). — Il rifugio : commedia in tre
atti. Milano, Treves, 1912, 16°, p. 169. L. 2.
Quinault (Fil.). — Armida : dramma in cinque atti.
Musica di Cristoforo Gluck. Milano, casa ed. Moder­
nissima Floreal Siberty, di A. Rossi, 1912, 16°, p. 32,
L. 1.
Scribe (E.). — Don Sebastiano re di Portogallo : dramma
serio. Musica di G. Donizetti. Sesto S. Giovanni,
casa ed. Madella, 1911, 16°, p. 32. Cent. 25.
Scribe (Eug.). — Gli Ugonotti : opera in cinque atti.
Musica di G. Meyerbeer. Sesto S. Giovanni, casa
ed. Madella, 1911, 16°, p. 32. Cent. 25.
Scribe (Eug.). — L’ebrea : opera in 5 atti. Trad. ital.
di M. Marcello. Musica di Fromental Halévy. Sesto
S. Giovanni, casa ed. Madella, 1911, 16°, p. 32.
Cent. 25.
Scribe (E.) e Brulay. — Lo scroccone: commedia
giocosa in un atto, ridotta per soli uomini da A.
Baschirotto. Padova, tip. del Messagiero di s. Anto­
nio, 1910, 16°, p. 43. Cent. 40.
Scribe e DelaviGNE. Fra Diavolo : opera comica in
tre atti. Versione ital. di Manfredo Maggioni. Mu­
sica di D. F. S. Auber. Sesto S. Giovanni, casa ed.
Madella, 1911, 16°, p. 32. Cent. 25.
ScRibe (E.) e Delavigne.— Roberto il diavolo: opera
in cinque atti. Trad. it. di M. Marcello. Musica di
Meyerbeer. Sesto S. Giovanni, casa ed. Madella,
1911, 16°, p. 32. Cent. 25.
ScRibe (E.) e Delestre-Poirson. — Conte Ory : melo­
dramma giocoso in due atti. Musica di Rossini.
Sesto S. Giovanni, casa ed. Madella, 1911, 16°, p. 32.
Cent. 25.
ScRibe (Eug.) e DuveyRier (E). — I vespri siciliani :
dramma in cinque atti. Musica di Gius. Verdi. Sesto
S. Giovanni, casa ed. Madella, 1911, 16°, p. 36.
Cent. 25.
VaucaIRE (Maurizio). — Il tappeto rosa : operetta in
tre atti. Trad. it. di Giuseppe Adami. Musica di J.
Burgmein. Milano, Ricordi, 1912, 8°, p. 69. L. 1.

Traductions en italien
de livres français sur des sujets religieux.
Révision (La) de la vulgate : second rapport. Roma,
tip. Pontificia nell’istituto Pio IX, 1911, 8° fig.
p. 32.
Prodiges (Les) de Saint-Evance à Saint-Denis-du-Pom­
mier : légende inédite, recueillie par Adèle Galeazzo.
Ivrée, L. Garda, 1911, 4°, p. 14.
Blanc (J., s. J.). — I martiri di Aubenas : il padre
Giacomo Salès e il fratello Guglielmo Saultemanche,
i primi due martiri della comp. di Gesù in Francia,
7 febb. 1593. Vers. dal francese. Roma, Officina poligr.
ed., 1910, 8°, p. 146.

75

Rossier (A.). — Rien sans la Bible, tout par la Bible,
toute la vérité dans la charité. Torino, Conte, 1910,
16°, p. 40.
Bouillat (J.). — Emilia de Vialar (1797-1856), fonda­
trice delle suore di S. Giuseppe all’Apparizione.
Trad. dal franc. del p. Gaudioso da Massa. Roma,
Desclée e C., 1911, 16°, p. 122.
Decurtins (prof. G.). — Tre lettere a un giovane amico.
Unica trad. dal franc., autorizz. dall’autore, con
prefaz. del sac. dott. E. Lari. Roma, Propaganda,
Ferrari e Castello, 1911, 16°, p. 101. L. 1.
Gibier (Mons.). — Gesù Cristo e I’opera sua : confi.
agli uomini. Trad. dal francese di P. F. Menegatti.
Serie I. Parigi, Lethielleux, 1911, 8°, p. VIII-365.
Mercier (card. D. J.). — Conferenze pastorali per eser­
cizi spirituali al clero. Trad. ital. sulla V ediz. franc.
Firenze, Fiorentina, 1911, 16°, 2 vol., p. xxiv-384.
L. 3,50.
Couget (Enr.). — La divinità di Gesù Cristo: l’inse­
gnamennto di S. Paolo. Trad. ital. su la seconda
ediz. franc. Roma, Desclée, 1912, 16°, p. 61.
GiberGUEs (De). — Istruzioni per uomini predicate a s.
Filippo di Roule ed a s. Agostino. Trad. dei sac.
Giulio Albera, sulla quinta ediz. francese. Vol. IV
(Amore!). Faenza, libr. ed. Salesiana, 1912, 16°, p. 316
L. 2,50.
Landriot (Monsignore). — La santa comunione: con­
ferenza per le signore. Versione dal francese con
aggiunte in base ai nuovi decreti sulla comunione
frequente e quotidiana. Torino, Marietti, 1912, 16°,
p. VIII-302.
LefÉvre (H.). — Tobia : piccolo oratorio. Musica di
Ch. Gounod ; Stabat, di G. Rossini. Firenze, tip. Ar­
civescovile, 1911, 16°, p. 20.
Gillot (sac. Lu.). — Fiori mistici di Paray-le-Monial.
Milano, tip. s. Lega eucaristica, 1911, 16°, p. 278,
con tavola. L. 1,25.
Galeazzo (Adele)., — Lés prodiges de st. Erance : lé­
gende inédite. Ivrée, typ. Garda, 1911, 4°, p. 14.
BonGaud (mons. E.). — Necessità e bellezza della reli­
gione, conforti nel dolore. Nuova traduzione di L.
Tampelini-Generali, Torino, Marietti, 1911, 16°,
p. 290.
Clapasson (L.). — Conférence sur le sanctuaire du
Berrier, Courmayeur, 1900. Aoste, impr. Catholique,
1910, 8°, p. 10.
Huguet (Padre). — I danni d’ una comunione sacri­
lega, dimostrati per via d’esempi. Versione ital.,
fatta dal sac. M. C., Torino, Marietti, 1911, 16°,
p. 83.
MesseloD (p. J.). — Notre Dame du bon conseil. Aoste,
impr. Cathol., 1911, 8°, p. 7.
Henry (Abbé). — Ascensions du clergé valdôtain. Aoste,
impr. Cath., 1911, 8° fig., p. 19.
Hugo (fr. de Digna). — De finibus paupertatis: texte
inédit, publié par Claudia Floroosky. Ad Clarus
Aquas, typ. colleg. s. Bonaventurae, 1912, 8°, p. 14.
Guibert (J.). — La purezza: Versione it., con introd.
del sac. Federigo Menegatti. Parigi, Lethielleux,
1912, 24°, p. xl-254.
Nacelle (La) de s. François, bulletin mensuel du tiersordre franciscain de la Corse. Ie année, n° 1 (avril
1912). Levanto, impr. l’Immacolata, 1912, 8°, p. 16.
Simon (dott. Nic.). — La provvidenza di Dio. Trad.
dal francese di Cambronne. Bologna, casa ed. La
Controcorrente, 1912, 24°, p. 8. Cent. 2.
Callebaut (p. André). — Recueil de miracles et preuves
du culte immémorial de s. Gautier de Bruges, o. f. m.,
évêque de Poitiers (1279-1306). Ad Clarus Aquas, typ.
Collegii s. Bonaventurae, 1912, 8°, p. 28.
Berthier (fr. J. J.). — Le chapitre de S. Nicolò de
Trevise : peintures de Tommaso da Modena. Rome,
coop. typ. Manuce, 1912, 8°, p. 173, con ritratto.

�76

BULLETIN franco-italien.

Traductions en italien
de Romans français modernes.
1285, 1290, 1293, 1295,1300,1301, 1312, 1313.
1340, 1345, 1355, 1356, 1357, 1358, 1359, 1360.
2269, 2272, 2273, 2274.
2273, 2276, 2277, 2278, 2290.
3154, 3158, 3161, 3162, 3163, 3165, 3171, 3175, 3178.
3203, 3207, 3221, 3222, 3230.
4084, 4087, 4088, 4089, 4090, 4091, 4104, 4105, 4106,
4107.
424, 430, 439, 441, 442.
5014, 5017, 5024, 5025, 5035, 5044, 5045, 5047,
5059.
6030, 6033, 6041, 6042.
7928, 7929, 7930, 7931, 7932.
8898, 8905, 8911, 8919.

REVUE DES REVUES
Nuova Antologia.
Marco Besso. La fortuna di Dante fuori d’Italia.

(1er août).
Maria Ortiz. Il romanzo di un « Travet » del

Settecento. (16 août).
Luigi Ferraris. Alcuni apprezzamenti stranieri

sulla guerra italo-turca. (16 août).
[Dans cet article l’A. réfute deux articles hosti­
les à l’Italie parus dans la Revue des Deux Mon­
des, l’un sous le titre de Notes sur la guerre de
Tripolitaine signé R. H. de Vandelbourg (15
juillet) ; l’autre, signé René Pinon sous le titre
L’Europe et la guerre italo-turque. (1er juin)].
L. Lenchantin (gén). Pel centenario della Cam­
pagna di Russia (1812). (1er sept.).
Giorgio Barine Giulio Massenet. (1° sett.).
Luigi VillarI Amministrazione e personale colo­
niale nell’esperimento di Francia e d’Inghilterra.
(16 sept.).
E. Solaris. Castelfidardo (18 sett. 1860). (16 sept.).
F. VirgiliI. Gl’Italiani all’Estero. (Ier oct.).
[En Europe, c’est, la France qui compte le plus
fort contingent italien : 400,000 en 1910 contre
180,000 en Allemagne, 135,000 en Suisse, 80,000
en Autriche].
Giornale storico della letteratura italiana.
Pietro Toldo. Fonti e propaggini italiane delle

Favole del La Fontaine (XXX, vol. LIX, fasc.
175 et 176).
Giulio Bertoni. Il testo francese de’ « Conti di
antichi cavalieri » (XXX, vol. LIX, fasc. 175).
Giuseppe GallavresI. Paul Hazard. La Révolu­
tion française et les lettres italiennes (XXX,
vol. LIX, fasc. 175).
[Dans ce même fasc. 175, on trouve encore des
compte-rendus de H. Hauvette, Dante, Intro­
duction à la « Divine Comédie » ; M. Chiarini,
Un adversaire de l’influence italienne en France,
Boileau, Despréaux ; Stendhal, Journal d’Italie
publié par P. Arbelet].

Clara Friedmann. La coltura italiana di Madame

de Sévigné (XXX, vol. LX, fasc. 178-9).
V. Cian. Santorre Debenedetti. Gli studj proven­
zali in Italia nel Cinquecento (XXX, vol. LX,
fasc. 178-9).
[Dans ce même fasc. 178-9, il est rendu compte
de H. Lognon, Pierre de Ronsard].
C. Bonardi. Reminiscenze del De Musset nel San­
t’Ambrogio del Giusti (XXX, vol. LX, fasc. 180).
Rassegna di Pedagogia.
Emilia Formiggini. Santamaria. La legislazione

scolastica francese nell’ Italia settentrionale 17961814) (juin).
[L’A. étudie la loi du 3 septembre 1802 qui a
réglementé les établissements d’enseignement su­
périeur, mais negligé les enseignements secondaire
et primaire. Elle montre ensuite l’excellence du
décret rendu par E. Napoléon le 14 mars 1807,
qui introduit dans les lycées la culture générale
et l’éducation patriotique. Elle regrette que les
« Instructions » du 15 février 1802, qui ont orga­
nisé renseignement primaire, ne l’aient pas confié
à l’Etat. Ce qui importe le plus c’est l’unité qui
s’établissait entre les écoles de toute l’Italie. La
Restauration y fut hostile et en 1859 il fallut la
recréer].
V. Fazio Allmayer. L’originalità di Rousseau,
(octobre).
Bullettino della Società dantesca italiana.
Paul Hazard. La révolution française et les lettres
italiennes (1789-1815). Parigi, Hachette, 1910,
8° (juin).
[M. Arnaldo Della Torre félicite M. Hazard
d’avoir bien montré la formation du nationalisme
littéraire qui va devenir nationalisme politique.
Les idées françaises de liberté et d’indépendance
se tournèrent d’abord contre l’Autriche et les
princes, puis contre les Français eux-mêmes de­
venus les maîtres.
Il lui reproche de n’avoir pas fait un chapitre
spécial de l’influence exercée par Dante sur les
grands écrivains de l’époque].
H. Cochin. Vita Nuova, suivant le texte critique
de M. Barbi compte-rendu par F. Maggini.

La cultura moderna.
A. Avancini. Il Natale nella poesia francese e
ital. (a. XXI, n. 7).
Annales de l’Université de Grenoble.
G. Maugain. G. Carducci et la France (XXXIII, 3).

Bulletin italien.
C. Dejob. Trois Italiens professeurs en France sous
le gouvernement de juillet : Pellegrino Bossi,
Giuseppe Ferrari, Guglielmo Libri (1912, n. 2
et 3 à suivre).
Les Langues Modernes.
Polémique entre M. Peseux-Richard et M. Saillens
sur la facilité des langues méridionales (juin,
août et novembre).
L’Administrateur-Gérant: B. Crémieux.

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                  <text>Université Grenoble Alpes</text>
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      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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              <text>Périodiques</text>
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          <name>Thématique</name>
          <description>Le(s) sujet(s) abordés par un document, exprimés à l'aide de mots-clefs définis par l'équipe de FonteGaia. (Pour l'indexation à l'aide des vedettes matières de RAMEAU utiliser le champ "Sujet du Dublin Core".</description>
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              <text>France-Italie - Italie-France</text>
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                <text>Bulletin franco-italien</text>
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                <text>(Grenoble puis Aix-en-Provence, Florence)</text>
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            <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
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                <text>Université Grenoble Alpes. Bibliothèques et Appui à la Science Ouverte. BU Droit et Lettres. 3029_1910-12_3-4</text>
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                <text>juillet 1912</text>
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                    <text>Quatrième Année — N° 6.

Novembre-Décembre 1912.

BULLETIN
FR AN CO-ITALI EN
Ancienne: Italie Classique et Moderne
RÉDACTION

A Tlorcnce: 2, place manin

La vie intellectuelle en Savoie
de 1815 à 1860
Le premier traité de Paris (30 Mai 1814)
rendit une partie de la Savoie à Victor Emma­
nuel I : ce dernier prit possession des pro­
vinces qui lui étaient restituées en la per­
sonne de Galleani d’Agliano qui s’installa,
ainsi que le Sénat de Savoie, à Conflans.
Le second traité de Paris (20 Septembre 1815)
lui rendit toute la Savoie et une commission
royale reprit possession complète du terri­
toire le 16 Décembre 1815, tandis qu’un
édit royal du 22 Décembre remettait en viguer, les Royales Constitutions et les Lois
sardes.
#
# *

Les années de paix qui suivirent les trai­
tés de Paris furent singulièrement favora­
bles à l’éclosion de la vie intellectuelle
savoyarde, et nous verrons qu’elles marquè­
rent en effet une Renaissance des études
locales. Nous rechercherons les conditions
qui favorisèrent ou entravèrent ce mouvement
intellectuel.
Nous étudierons successivement l’ensei­
gnement où les générations nouvelles pui­
saient les éléments du savoir ; nous verrons
naître et se multiplier par cloisonnement une
Académie qui concentrera en son sein toute
la valeur intellectuelle savoyarde ; nous re­
chercherons enfin les conditions que faisaient
les lois à la libre expansion de la pensée
par le journal et le livre, ce qui revient à
étudier l’importation, l’imprimerie, la Cen­
sure, le théâtre, la presse.

I. — Enseignement primaire.
Le Comte d’Agliano publia à Conflans en 1814
son Ordonnance du 15 Octobre qui remettait
en vigueur les lois et règlements existant le
21 Septembre 1792. Cette ordonnance avait
été précédée le 15 du même mois, d’un dé­
cret qui rétablissait le Conseil de Réforme à
Conflans et lui conférait toutes les attribu­

ADMINISTRATION

Pour la Trance : 11 h» - place du Quatre Septembre
Aix-en-Provence
Pour l’Italie! 2, place manin, à Florence
tions données à l’ancien par les lettrespatentes du 24 Août 1718. Ce conseil publia
immédiatement un manifeste tout à fait si­
gnificatif qui nous donne une idée de l’esprit
de l’enseignement donné jusqu’en 1848 : il
ne s’agit, pas plus que sous l’empire d’ail­
leurs, d’une éducation en dehors de toute
préoccupation confessionnelle: on inculquera
aux enfants les principes de la doctrine
chrétienne ; mais auparavant, les maîtres ne
seront agréés comme tels que s’ils produi­
sent au Conseil de Réforme deux certificats,
l’un du curé de leur paroise, l’autre du
maire, attestant leurs principes religieux et
moraux. Le clergé sera chargé de la surveil­
lance des instituteurs et de leurs écoles.
Telle est à peu près la teneur du Manifeste
de Conflans.1
Notons ceci : c’est la première fois que le
gouvernement sarde prend en main l’orga­
nisation et la surveillance de l’enseignement
primaire. Remarquons encore que si la forme
de l’organisation antérieure sarde demeure,
le fonds est français : les Réformateurs qui
agréent le maître d’école et lui font subir
un examen remplacent les juges d’instruc­
tion. Auparavant, c’étaient les pères de fa­
mille qui proposaient les maîtres d’école
aux autorités; maintenant, c’est le clergé
qui ouvre la carrière aux futurs pédagogues
en leur délivrant un brevet de catholicisme.
De nombreuses lettres patentes qui achevè­
rent de fixer la législation de l’enseignement
primaire attestent la sollicitude dont il fut
l’objet de la part du Gouvernement sarde.2
Malheureusement le résultat obtenu ne
correspondit pas aux mesures prises : l’en­
tretien des écoles était à la charge des Com­
munes, et bon nombre d’entre elles en de1 A de Jussieu. L’instruction primaire en Savoie.
2 Lettres Patentes, du 23 Juillet 1823. Réglement du
18 Août 1822, de 1823. Billets royaux du 10 Juillet
1827, du 22 Février 1828, du 8 Juin 1826, du 20 Mars
1829, 7 Avril. 7 Août 1832, 26 Août, 2 Septembre, 11
Octobre 1834, 9 Octobre 1836, 9 Mai 1835, 7 Août 1822.
Voir: Recueil des dispositions souveraines et des
instructions émanées de l’Excellentissime magistrat de
la Réforme concernant les Ecoles primaires.

�78

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

meurèrent privées ou furent réduites aux struction publique en Savoie ; elles parvin­
écoles temporaires mixtes tenues par les rent au ministère mais elles ne produisirent
vicaires-régents. Cependant, de 1822 à 1836, aucune modification dans la nouvelle orga­
le Conseil de Réforme délivra des brevets à nisation ; les proviseurs royaux et locaux,
802 instituteurs ; de 1836 à 1848, il en déli­ les inspecteurs des écoles firent conscien­
vra 305. Ajoutons que les prêtres et les cieusement appliquer les lois dans tout le
Congréganistes qui tenaient des écoles étaient duché ; mais ils n’entrèrent en fonction qu’asdispensés des épreuves pédagogiques.
sez tard : en 1855 seulement les inspecteurs
Malgré les efforts du Gouvernement, la occupaient leurs emplois. Us constatèrent
situation de l’instruction primaire était pi! bien vite que la condition matérielle des éta­
toyable, et Mgr. Billiet nous en fait en 1844 blissements d’instruction primaire était dé­
un triste tableau dans le Mémoire qu’il en­ fectueuse, que le personnel lui-même n’avait
voya à l’Académie de Savoie sur ce sujet.1 pas toutes les qualités requises. 1 En consé­
Il a recueilli une statistique des lettrés et des quence, le Gouvernement accorda des crédits
illettrés dans les bourgs et les communes de spécialement affectés à établir ou à entre­
Savoie en se basant sur l’assistance des en­ tenir des écoles élémentaires dans les Com­
fants au catéchisme. 11 conclut: « Dans l’en- munes, à payer les maîtres et à donner des
« semble de la Savoie, y compris les villes primes à ceux qui se distinguaient.2
« et les bourgs, sur 100 enfants, le nombre
D’autre part, des efforts avaient été faits
« moyen de ceux qui apprennent à lire est depuis 1845 pour élever les maîtres à la
« de 60 et le nombre de ceux qui ne savent hauteur de leur tâche : les Lettres-patentes
« pas lire est de 40. La population étant de du 1er Août 1845 avaient ordonné3 la « créa« 531,726, il faut en conclure que le nombre « tion d’une école supérieure de méthode4 à
« de ceux qui savent lire est de 319,036 et « l’Université de Turin destinée à former
« le nombre de ceux qui ne savent pas lire « des professeurs de méthode 5 et d’écoles
« est de 212,690 ».
« provinciales de méthode destinées à former
Mgr. Billiet poursuit en proclamant le droit « des maîtres pour les Ecoles élémentaires
à l’instruction pour les classes rurales, la né­ « dans les provinces qui en avaient sollicité
cessité pour elles de posséder des connais­ « l’établissement et auraient obtenu dans les
sances élémentaires solides.
« formes prescrites par les lois administraUne autre statistique 2 nous apprend que la « tivês en vigueur l’approbation de cette nouproportion des élèves dans les écoles primai­ « velle dépense ».
res en 1845 est par rapport à la population
Les écoles de méthode ne furent définitive­
totale de 14/100. En France, elle est à cette ment crées en Savoie qu’en 1850 : il y en eut
à Chambéry,6 S1 Jean de Maurienne, Albertépoque de 10/100.
En 1848 commença pour l’enseignement villej Moutiers, Annecy, Bonneville.
une ère 3 nouvelle : « déjà en 1847, CharlesLes cours qui duraient deux mois furent
« Albert avait créé un ministère spécial pour suivis avec beaucoup d’empressement.
« la direction supérieure des études sous le tiCependant les rapports dénonçaient un
« tre de Royale secrétairerie d’Etat pour l’In- état si lamentable de l’instruction chez les
« struction publique, dont les attributions maîtres qu’en 1852, le Conseil municipal de
« devaient s’étendre sur toutes les Ecoles Chambéry vota la somme nécessaire à la
« universitaires, secondaires et primaires du création d’une Ecole Normale destinée à for­
« royaume. Les Conseils des provinces étaient mer des instituteurs pour les Ecoles pri­
« supprimés ; mais le ministre avait près de lui maires. Mais elle ne fut instituée qu’en 1857.
« un Conseil supérieur de l’Instruction publi' Rapport de M. Leyat, inspecteur des Ecoles. Ar­
« que duquel dépendaient les Conseils uni« versitaires, les Conseils de Faculté, les chives de Chambéry.
2 Correspondance administrative. Archives de Cham­
« Commissions des Ecoles secondaires, le béry.
« Conseil général pour les Ecoles élémentai3 Lettres-patentes par lesquelles S. M. règle l’éta­
« res, les Conseils provinciaux d’instruction blissement d’une Ecole secondaire et des Ecoles pro­
« primaire, les Proviseurs des Etudes » ; vinciales de méthode en date du 1er Août 1845. Ar­
rouage assez compliqué, nous le voyons, et chives de Chambéry.
4 Cette école supérieure fondée à Turin était formée
qui ressemble à l’organisation de l’enseigne­
d’un professeur, de deux assistants, d’un maître de
ment français.
linéaire. Les Cours duraient un an et étaient
Ces nouvelles lois ne satisfirent pas la Sa­ dessin
suivis d’un examen. Pour être nommé professeur de
voie parce qu’elles imposaient de lourdes méthode dans une école provinciale, il fallait réussir
charges au pays, parce qu’elles établissaient à l’examen final et exercer deux ans les fonctions
le monopole de l’instruction publique, ôtant d’assistant dans l’une de ces Ecoles.
ainsi aux Savoyards indépendants toute ini­
• Dans les Ecoles provinciales de méthode, les leçons
étaient données par un professeur, un assistant, un
tiative.
Les réclamations auxquelles donna lieu maitre de calligraphie nommés par le magistrat de la
l’application des lois sont exprimées dans un Réforme. Les cours commençaient en Août et finissaient
en Octobre. Du jour où une école de méthode était
Mémoire agréé par tous les conseils de l’in­ ouverte
dans une province, nul ne pouvait être appelé à
1 Mémoire sur l’Instruction primaire dans le du­
ché de Savoie par Mgr. Billiet. Puthod, Chambéry au
Tome XII des Mémoires de l’Académie royale de Savoie.
* Archives de Chambéry.
3 A. de Jussieu. Instruction primaire en Savoie.

exercer les fonctions de maitre élémentaire s’il n’avait
fréquentée cette école avec succès.
6 En 1850, l’école de Méthode de Chambéry était
fréquentée par 129 instituteurs. En 1851, elle était
fréquentée par 145 instituteurs. Tableau des Archives
de Chambéry.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Tous ces efforts du Gouvernement combi­
nés aboutirent 1 à un beau résultat, et si
l’on compare une statistique de l’enseigne­
ment primaire dans la division de Chambéry
en 1855 au tableau si pessimiste du Cardinal
Billiet, l’on observera une notable améliora­
tion due en partie aux administrations mu­
nicipales, mais surtout aux efforts et à la
sollicitude du Gouvernement sarde.
Il ne faut point oublier non plus l’initia­
tive des hommes zélés qui fondèrent à Cham­
béry en 1848 une Société 3 d’instruction mu­
tuelle qui avait pour but de « procurer à ses
« membres sans beaucoup de frais l’instru« ction élémentaire..., moralité..., sociabilité,
« de donner des leçons élémentaires sur les
« différentes sciences 3 applicables aux arts
« et métiers.... » Sa devise était : Ordre, mo­
ralité, sociabilité, progrès. Fondée dans un
but d’utilité pratique, elle avait en même
temps un but social et moral : elle voulait
attirer à elle la jeunesse ouvrière et lui
donner la science qui lui était nécéssaire,
l’amour de la culture et du travail. Mais les
documents administratifs nous révèlent son
but politique : elle voulait empêcher la for­
mation des Clubs populaires où les orateurs
s’inspirant des socialistes français excitaient
les esprits et portaient les ouvriers à la ré­
volte. Cette société eut d’abord un très vif
succès : le Gouvernement l’aida de ses sub­
sides, des professeurs offrirent leur Concours
avec beaucoup de générosité et firent des
Cours publics gratuits. Dès la première année,
elle compte cinq-cents membres. Elle donne a
Chambéry les écoles techniques de chimie,
de mécanique, les sociétés chorales, l’Ecole
des Arts. La jeunesse seconde cette activité
des sociétaires avec beaucoup d’ardeur: il
n’y a à cela rien d’étonnant : l’année 1848
et celles qui suivirent furent fécondes en
mouvements généreux, en initiatives hardies;
elles marquèrent le déploiement de forces
cachées, la mise en œuvre d’énergies qui
s’étaient manifestées sournoisement avant le
Statut et que la liberté nouvelle laissait
s’épanouir. Or, le mouvement auquel la liberté
d’association tant désirée avait donné nais­
sance qui s’était si vite produit et avec
tant d’ampleur se ralentit comme si l’effort
avait été trop violent.
La société eut beau organiser une expo­
sition des produits de l’art et de l’industrie
savoisienne, le Comte de Cavour eut beau lui
prodiguer ses encouragements les plus flat­
teurs, elle dépérit si visiblement qu’elle de­
vança elle-même sa fin inévitable et natu1 Ce tableau est aux Archives de Chambéry et figure
dans le livre de A. de Jussieu.
2 L’abbé Scopa qui se rendait en Corse pour
établir la nouvelle méthode de Bell et de Lancaster
s’arrêta à Chambéry et son passage fut noté par le
Journal de Savoie : il est possible que l’idée de cette
institution remonte à cette date. D’ailleurs tous les
Gouvernements de l’Europe se sont préoccupés de
l’instruction mutuelle bien avant qu’il n’en ait été
question en Savoie et des Sociétés existaient dans
d’autres villes comme Genève.
3 Règlement de la Société chez Puthod. Archives
de Chambéry.

79

relie : les ouvriers et les artisans s’étaient
retirés de la Société avant 1852, et les sociétai­
res qui lui restaient en 1858 appartenant aux
professions libérales, formèrent le Cercle Pil­
let- Will.
Cette tentative de donner au peuple une
instruction plus large en même temps qu’une
éducation, une direction morale dénote les
préoccupations d’ordre social du groupe chambérien ; remarquons qu’elle se produisit plus
tard que partout ailleurs.

II. Enseignement Secondaire.
L’Enseignement secondaire fut sous la
surveillance et le direction du Magistrat de
la Réforme de 1815 à 1848. Le manifeste
de Conflans avait établi un Collège secon­
daire à Conflans pour remplacer celui de
Chambéry.1 Mais en 1816, un règlement
émanant de Turin réglait la situation des
collèges que l’empire avait établis. Il les di­
visait en deux catégories et modifiait2 leur
organisation: les collèges de première classe
devaient être placés dans les villes épisco­
pales à Chambéry, Annecy, Moutiers, St.
Jean de Maurienne; les collèges de 2ième
classe établis à Thonon. La Roche, Evian,
Conflans, Rumilly, Cluses, Bonneville.
Dans les collèges de première catégorie,
on devait enseigner depuis la Vième jusqu’à
la théologie inclusivement. A celui de Cham­
béry devaient être adjoints des cours de
Droit (droit civil et canonique), des Cours
de dessin et de langue italienne.
Dans les collèges de deuxième catégorie,
on devait enseigner depuis les éléments de
la Latinité jusqu’à la rhétorique inclusive­
ment. Notons que l’enseignement secondaire
était à peu près gratuit puisque l’on n’exi­
geait des élèves qu’une rétribution mensuelle
de soixante-quinze centimes, et qu’elle était
remise aux élèves pauvres.
Les frais d’établissement et d’entretien
des Collèges étaient à la charge des Finan­
ces royales et des villes elles-mêmes. Enfin
la nomination des préfets, professeurs et
directeurs appartenait au Magistrat de la
Réforme qui les choisissait sur la proposition
des Conseils de Réforme séants dans toutes
les villes qui possédaient un Collège.
L’enseignement était confié comme en
1768 au clergé séculier : G.-M. Raymond
qui avait dirigé avec tant de science et de
sagesse l’Ecole centrale, puis, l’Ecole se­
condaire, qui seul de tous les chefs de sim­
ples collèges avait été nommé officier de
l’Université de France fut obligé d’aban­
donner la direction ; mais il garda la chaire
1 Règlement pour l’organisation des Collèges et
des Ecoles dans le duché de Savoie en 1716. Archives
de Chambéry.
2 Collège royal de Chambéry possède 13 profes­
seurs, 2 D.rs spirituels, 1 Conseil de Réforme. Collège
royal d’Annecy possède 11 professeurs, 2 D.rs spi­
rituels, 1 conseil de Réforme. Collège royal de St.
Jean de Maur. possède 8 professeurs, 2 D.rs spirituels,
1 conseil de Réforme. Collège royal de Moutiers pos­
sède 4 professeurs, 1 D.r spirituel, 1 conseil de Ré­
forme. Etat des Personnels. — Archives de Chambéry.

�80

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

de mathématiques, reçut le titre de préfet
honoraire et une pension 1 qui lui fut aug­
mentée par Charles-Félix.
Il ne nous pas été possible d’établir les
résultats que donna2 la nouvelle organisa­
tion : en 1821, le Comte de Boigne offrit une
somme de 60.000 fcs. pour l’agrandissement
des anciens3 bâtiments du collège ou la con­
struction d’un nouvel édifice, à condition
toutefois que l’enseignement fût conflié aux
Jésuites. 4 Dans une lettre, le Comte J. de
Maistre faisait prévoir que le rappel des
Jésuites donnerait une nouvelle prospérité
au Collège de Chambéry : « les familles di« stinguées du Dauphiné et du Lyonnais at« tendent l’établissement de la Société à
« Chambéry comme l’événement le plus heu« reux pour la nombreuse jeunesse qu’on
« s’empresserait d’y envoyer ».
Il fallait profiter de l’aubaine : Chambéry
ent son lycée actuel5 et rappela dans son
sein la compagnie de Jésus. Là encore les
documents des archives ne nous renseignent
pas suffisamment sur la réalisation des espé­
rances du Comte de Maistre. En 1830, le
Collège comptait 200 élèves parmi lesquels
beaucoup d’élèves étrangers. Les Jésuites
leur enseignaient les humanités, la rhéto­
rique, la philosophie, la physique, les mathé­
matiques, la langue italienne.
Ajoutons que les Ecoles de Chimie, de
droit, de dessin dépendirent toujours du Col­
lège, mais les Cours étaient confiés à des
professeurs laïques.
Les Jésuites ne devaient garder l’ensei­
gnement que jusqu’en 1848, époque à laquelle
ils furent brutalement chassés.
L’histoire de l’enseignement secondaire
ainsi faite est insuffisante ; mais d’une part
il nous manque les renseignements qui con­
viendraient à une étude plus approfondie ;
d’autre part, une étude plus complète est
entreprise sur ce sujet par M. Michel, pré­
sident de la Société savoisienne d’histoire et
d’archéologie.

III. Enseignement supérieur.
La Savoie ne posséda pas plus d’établis­
sement pour l’enseignement supérieur sous
la domination sarde qu’elle n’en avait eu
sous l’empire : cependant, en 1816, on lui
garda, nous l’avons vu, l’Ecole de Droit
qu’elle avait depuis le XVIIième siècle, et
en 1832, elle eut une école de médecine où
les jeunes gens purent commencer leurs
études ; il leur fallait, il est vrai, aller les
terminer à l’Université de Turin, ce qui
1 Documents des Archives de Turin. Piazza Ca­
stello.
2 Les Archives des Chambéry ne possèdent que des
rapports qui ont trait à la situation matérielle du
Collège.
3 L’ancien collège était établi dans les bâtiments
de la Visitation. Le Comte de Boigne fit construire
le Lycée actuel.
4 Archives de Turin.
3 Autorisation accordée à la ville de Chambéry par
les Lettres-patentes du 30 Juillet 1822. Archives de
Turin.

excita de tout temps de nombreuses récla­
mations. Déjà l’auteur du « Premier cri de
la Savoie vers la liberté » déplorait ce sé­
jour des étudiants savoyards dans la capi­
tale. En 1833 Barbier et d’Héran 1 se plai­
gnent à leur tour que les Savoisiens soient
obligés d’aller prendre leurs grades à l’Uni­
versité de Turin.2 On leur répond que de
nombreux étudiants3 séjournerènt a Turin
même sous l’empire.
En 1816, des places données au Concours
leur furent de nouveau réservées au Collège
des Provinces rétabli où ils purent achever
les études de droit, de médecine, de philo­
sophie, de belles-lettres et de théologie.
Le Cours régulier des études de droit était
à l’Université de Turin de quatre années; mais
il était porté à cinq années pour l’étudiant
qui usait de la faculté qu’on lui laissait de
faire trois ans de cours à Chambéry, pourvu
qu’il en fît ensuite deux à Turin. Il pouvait
même obtenir d’étudier quatre années à Cham­
béry et une seule à Turin. Cette disposition
particulière à la Savoie fut prise en 1816,
mais rendue obligatoire en 1821 : elle empê­
chait le séjour trop prolongé de nombreux
étudiants dans la capitale.
Les règlements sur la discipline intérieure
de 1816 et de 1822, uniformes pour toutes
les Universités 4 des Etats sardes et pour les
étudiants des Collèges étaient d’une sévérité
inouïe et ridicule. Us règlent la conduite
de ces derniers non seulement dans les éta­
blissements d’éducation, mais encore dans
la rue et jusque dans leur famille : on leur
défend la canne et le bâton... la pipe et le
tabac... le billard et les dés... ; ils ne seront
d’aucun parti ni d’aucune secte suspecte...
ils n’achèteront ni ne liront de mauvais
livres, ils remettront aux Préfets des Ecoles
un certificat attestant qu’ils ont accompli
leurs devoirs religieux. « Tous les aspirants
à la maîtrise-ès-arts ou à d’autres grades à
l’Université assisteront à la Congrégation,
rempliront leurs devoirs de religion et le
feront constater par un certificat du directeur
spirituel, sans lequel ils ne seront pas admis
à l’examen de la maîtrise-ès-arts, comme ils
ne le seront pas non plus à l’Université. .
etc... ». Ces règlements étaient mis en vi­
gueur : les Certificats trouvés aux archives
de Chambéry en font foi. Ne nous étonnons
donc pas si la jeunesse studieuse prit si
large part aux mouvements insurrectionnels
de 1821 — les étudiants savoyards en parti­
culier se firent remarquer pour « leur mau­
vais esprit ». — Nous ne nous étonne­
rons pas davantage des mesures qui furent
prises contre elle: l’Université de Turin fut
fermée en 1821 pendant une année et le col1 Du duché de Savoie ou état de ce pays en 1833.
Barbier et d’Héran.
3 Réponse à Barbier et d’Héran. Picollet.
3 Collège des Provinces ou des Nobles fondé en
1729 par Amédée II, rétabli en 1816, supprimé en 1822.
4 Règlement pour les Collèges de Savoie. Vialet
de Montbel, chef du Conseil de Réforme de Cham­
béry. Fait en 1816, imprimé nel 1822. Archives de
Chambéry.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

lège des Provinces, supprimé. 1 Les places
gratuites ne furent cependant pas enlevées
aux boursiers : le collège des Provinces fut
remplacé en 1822 par un collège de théolo­
gie et de Belles-Lettres, dans lequel trente
places étaient réservées aux Savoyards: les
boursiers ne pouvaient être que des prêtres
ou des jeunes gens se destinant à la prê­
trise. 2
Le Gouvernement laissa cependant aux
étudiants le moyen de continuer leurs études :
ceux qui purent produire un certificat3 at­
testant qu’ils n’avaient pas pris part aux
manifestations libérales de 1821 purent, grâce
à des autorisations spéciales, suivre les cours
de professeurs désignés par le Gouverne­
ment. De même, les boursiers qui se discul­
pèrent reçurent une indemnité pour l’année
scolaire.
Les mouvements insurrectionnels de 1830
fermèrent de nouveau l’Université de Turin
pendant une année. Chambéry vit affluer de
nouveau les étudiants savoyards qu’on chas­
sait.... et non sans raisons: la vieille ville,
ou plutôt le gouverneur devait en faire au­
tant. — L’Hôtel-de-ville4 leur ouvrit une salle
de Cours de droit ; on transforma le Cours
de Chirurgie en Ecole de médecine.... — Un
jour, un missionnaire français eut la ma­
lencontreuse idée d’exhaler en chaire ses
rancœurs contre la Révolution française.
Une émeute se produisit : les jeunes gens
des Ecoles préparatoires de droit, de chirur­
gie donnerènt l’assaut au Collège de Jésui­
tes ; nombre d’entre eux furent contraints à
sortir des Etats sardes dans les vingt-quatre
heures. Quelques-uns produisirent des certi­
ficats attestant leur innocence; d’autres, et
ce furent les plus nombreux, allèrent ache­
ver leurs études en France.
En 1840, sur 1640 étudiants qui fréquen­
taient les Cours à l’Université 5 de Turin, il
y avait 89 savoyards dont 49 étudiants en
droit, 24 en istituzioni civili, 8 en médecine
et chirurgie, 8 en chimie, point en théolo­
gie, ni en mathématiques, ni en BellesLettres. 8 Or, l’histoire intellectuelle de
la Savoie nous montre que les études lit­
téraires étaient en faveur en Savoie à
cette époque, et celles de mathématique
n’y ont jamais faibli : en réalité, la jeunesse
savoyarde n’avait pas perdu l’habitude prise
sous l’empire : elle allait eu France 1 aussi
bien qu’à Turin achever ses études ; et elle
y alla si bien que les Lettres-Patentes de
1 Archives de Turin : Documents concernant le
Collège des Provinces.
2 Certificat attestant.... Archives do Chambéry.
3 En 1824 sur 30 places gratuites réservées aux
Savoyards au Collège de Théologie et de Belles-Let­
tres, il n’y en avait que trois qui fussent occupées.
Archives de Turin.
‘ Archives de Chambéry.
5 Documents sur l’instruction publique. Archives
de Turin.
’ Il n’existe pas d’histoire intellectuelle de la Savoie.
’ Des études biographiques permettent d’affirmer
que nombre d’hommes distingués éludèrent les ordres
royaux sous divers prétextes et firent on achevèrent
leurs études en France.

81

1832 interdisent aux sujets du roi de se ren­
dre sans permission en pays étranger pour
entreprendre ou continuer leurs études.
Toutes ces circonstances ne faisaient qu’ex­
citer chez le Savoyards l’ancien désir de
posséder une Université : en 1848, la jeu­
nesse tapageuse ne fut pas satisfaite des' Ré­
formes accordées par le Statut qu’elle dé­
clarait insuffisantes; mais elle ne le fut pas
non plus quand elle sut la réponse donnée
au Mémoire sur l’Instruction publique des
Conseils de Savoie : En vain, C. Raymond
fit-il une campagne en faveur de la création
d’une Université : toutes les réclamations
furent inutiles ; Chambéry ne l’obtint pas.

IV. Les Académies en Savoie.
Le fait le plus intéressant de la vie intel­
lectuelle en Savoie pendant la période sarde
n’est pas l’instruction publique : ce n’est
pas là que se porta comme sous l’Empire
tout l’effort de la classe intelligente et cul­
tivée : l’enseignement était confié de nou­
veau au clergé séculier, la politique laissait
aux esprits toute leur liberté et leur mobi­
lité, les événements extérieurs ne sollicitaient
plus toute l’attention publique, toutes con­
ditions favorables aux études et ce fut une
floraison tout à fait nouvelle pour la Savoie,
un retour de l’activité exubérante qui au
commencement du XVIIiènie siècle avait failli
donner des « fleurs et des fruits éternels » 1
en l’Académie Fiorimontane, que des événe­
ments malheureux avaient tarie mais non
pour toujours, puisqu’au commencement du
XIXième siècle, une nouvelle Académie allait
reprendre les traditions oubliées ainsi que
l’emblème des ancêtres : « flores fructusque
perennes ».
1 La première Académie littéraire fondée en Savoie
fnt celle d’Annecy instituée en 1607 sous le nom de
Fiorimontane par St. François de Sales et par son
ami A. Favre. Cette Académie dont Henry de Savoie
duc de Génevois et de Nemours fut le protecteur,
prit pôur emblème un Oranger avec cette devise
« fleurs et fruits ». Suivant ses statuts rédigés en
1607 elle fut composée d’un président qui fut le
St. Evêque de Genève, d’un Censeur, de deux Colla­
téraux, dùin trésorier et de quarante Académiciens
nationaux. Elle s’occupa de philosophie, de mathé­
matiques, d’éloquence, de poésie, d’histoire, de géo­
graphie et surtout de langue française, dont elle
donna plusieurs leçons où fut très assidu le jeune
Vangelas, fils du Président Favre. Elle tint chaque
semaine une séance publique et distribua des prix à
ceux qui y lisaient les meilleures compositions. Les
membres les plus distingués, outre les fondateurs,
furent Alphonse del Bène, évêque d’Alby, Pierre Fenouillet évêque de Montpellier, le C.tc Louis de Sales,
les chanoines Magistery, Nouvelle! et les collatéraux
de Quoëx et Nachet : le président Favre en fait les
plus grands éloges dans sa lettre au jurisconsulte
Schifordgern, membre honoraire de cette Académie
l’an 1609. Dictionnaire historique et statistique. Grillet.
Chambéry avait eu une Société en 1779 qui por­
tait le nom de Société royale économique, dont les
travaux devaient avoir pour objet l’agriculture, le
Commerce, les Arts. Les règlements de cette société
approuvés par Victor Amédée III furent imprimée
en 1774. La Révolution dispersa les membres de cette
société.

�82

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

L’idée de fonder une compagnie littéraire
avait été exprimée en 1815 par G. M. Ray­
mond dans la lettre qu’il adressait au Préfet
du Mt Blanc, le baron Pinot. Le plan de
la Société et son but étaient ainsi tracés:
formée d’un noyau initial de cinq membres,
elle devait, comme les Académies sur les­
quelles elle se modelait, compter ensuite des
membres associés et des membres correspon­
dants. Il y aurait deux divisions principales
dans ses attributions : 1° sciences et arts in­
dustriels ; 2° littérature et beaux-arts. Elle
dirigerait principalement ses efforts vers des
objets d’utilité locale ; elle aurait des séan­
ces particulières périodiques, et chaque an­
née une séance publique ; elle établirait un
concours annuel sur une question de scien­
ces, arts, littérature, peinture, dessin. Elle
pourrait enfin prendre le nom de Société li­
bre des sciences, lettres et arts de Cham­
béry. Ce projet n’eut pas sa réalisation im­
médiate. Mais il demeurait dans l’esprit de
ceux qui l’avaient conçu.
La réunion de la Savoie au Piémont ren­
dit la nécéssité de créer un centre intel­
lectuel plus urgente : Chambéry possédait
des hommes de valeur qui sentaient le be­
soin de se grouper pour réunir leurs efforts,
s’aider dans leurs recherches, se communi­
quer le résultat de leurs travaux ; d’autre
part, elle était de nouveau isolée entre deux
frontières. Les hommes distingués n’avaient
pas attendu d’être constitués en société pour
s’exciter mutuellement à l’étude : ils tenaeint des réunions privées tantôt chez le gén.
Comte Mouxy de Loche, agriculteur, archéo­
logue, membre de plusieurs sociétés savan­
tes; tantôt chez G.-M. Raymond, tantôt chez
A. Billet, qui devait plus tard être Ar­
chevêque de Chambéry, tantôt enfin chez le
sénateur Xavier de Vignet.
Cependant, il était nécessaire d’ôter à ces
réunions leur caractère essentiellement privé
et d’attirer l’attention du Gouvernement sur
la petite société qui avait de si grandes et si
légitimes ambitions. Il était plus prudent
d’éviter tout malentendu et de n’avoir rien
à démêler avec le Gouverneur.
En 1820, le comte de Loche annonçait à la
royale secrétairerie d’Etat, la formation d’une
petite réunion d’esprits distingués, noyau
d’une plus grande association qui devait s’ap­
peler Société académique de Savoie « elle
« embrassera, disait-il, des recherches sur
« les monuments antiques, sur l’histoire de
« nos souverains et celle du pays, sur l’agri« culture dont la Société pourrait continuer
« à accélérer les progrès croissants, enfin à
« tout ce qui peut illustrer ou être utile à
« la patrie ». 1
Le Cte de Loche se trompait volontaire­
ment sans doute, car la Société naissante
allait, comme le spécifiait le projet de régle­
ment, avoir pour objets principaux d’abord
« les 2 progrès de l’agriculture, de l’écono1 Correspondance, Archives de Turin.
2 Projet de règlement de la Société. Archives de
Turin.

mie rurale et des arts industriels en Savoie, la recherche des productions plus
utiles au pays, leur emploi dans les arts
et le commerce, l’hygiène locale ; puis la
recherche et l’étude des anciens monuments, l’histoire de la Savoie sous les
rapports politiques, religieux, militaires,
civils et littéraires.... ».
Elle se proposait donc un but essentiel­
lement pratique, utilitaire. Le comte de Lo­
che le reléguait prudemment au second plan :
il savait qu’en Piémont l’on interdisait tout
ce qui pouvait 1 révéler la situation écono­
mique du pays : ne devait-on pas aller jusqu’à
empêcher en 1836 la publication d’un opu­
scule anonyme sur « les Moyens de se pré­
server contre la grêle » V
Les fondateurs ajoutaient : « en s’atta« chant spécialement à ce point de vue, la
« Société n’exclue rien de ce qui intéresse
« les sciences, la littérature, les arts ».
Cette société, on le voit, n’avait rien de
particulièrement littéraire ; elle avait au con­
traire au début un caractère essentiellement
scientifique, qu’elle ne devait pas d’ailleurs
garder.
Ses fondateurs ne paraissaient en effet pas
posséder les qualités des littérateurs ; c’é­
taient des esprits lucides, précis, passionnés
pour les observations exactes, épris de lo­
gique, c’étaient encore des savants, des
chercheurs ; il suffirait pour s’en convaincre
de lire la liste de leurs nombreux ouvrages.
L’histoire de l’Académie de Savoie2 a été
faite... Nous nous contenterons d’indiquer
brièvement les différentes phases de son exi­
stence en nous attachant plus spécialement
aux relations qu’elle entretint avec d’autres
corps savants et milieux cultivés, ainsi qu’aux
directions principales dans lesquelles s’exer­
cèrent son activité.
Les quatre premiers fondateurs s’adjoigni­
rent quatre collaborateurs ;3 un prêtre-profes­
seur, deux médecins, un futur diplomate et
des membres effectifs non résidents qu’elle
choisit parmi les Savoyards célèbres qui ré­
sidaient au loin et la représentaient4 avec
honneur. Par ses membres, elle était en rap­
ports d’une part avec Turin où se trouvaient
le Marquis Alexis Costa de Beauregard et le

«
«
«
«
«
«
«
«

1 La Censure en Piémont. A. Manno. Par contre,
les Mémoires de l’A. de S. contiennent une étude sur
les paragrêles.
2 Voir Histoire et table des Mémoires de l’Acadé­
mie royale de Savoie-Bébert.
8 Mr. l’abbé Bendu, le Dr. Guilland, Dr. Couvert,
Baron Louis Vignet, ami de Lamartine, chargé d’af­
faire pour la cour de Sardaigne à Stockholm, la Haye,
Londres....
* Ctc Berthollet, pair de France, Bouvard, Dr. de
l’Observatoire royal de France des Paris, abbé Borson
prof, de minéralogie à l’Université de Turin, A. Costa
de Beauregard, Turin, Cte Joseph de Maistre, Turin,
C,e Xavier de Maistre, St PétersbOurg, Michaud de
l’Académie française, Nicollet, astronome au Bureau
des Longitudes, Pillet, homme de Lettres Paris, Tochon de l’Académie royale des Inscriptions et Belles
Lettres, etc.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

C‘e Joseph de Maistre alors ministre régent
de la grande Chancellerie ; de l’autre avec
Paris où travaillent les Michaud, Bouvard,
Berthollet, Pillet, Nicollet etc... pour ne citer
que les plus connus.
En 1823, le Cte Balbo, ministre d’Etat, pré­
side une de ses séances 1 et la met en re­
lation avec l’Académie des sciences dp Turin
qui lui décerne le titre de correspondante,
avec la double prérogative de recevoir les
volumes de ses Mémoires et l’honneur aux
membres de la Société de Savoie d’assister
à ses séances.2
En 1824, le roi Charles-Félix3 pendant son
voyage en Savoie visite la bibliothèque et
lui accorde un revenu annuel.
Elle reçoit d’autre part la visite de ses
membres effectifs non résidents, de Xavier
de Maistre en particulier, qui, de S‘ Pétersbourg, vient villégiaturer au château de
Bissy dans les environs de Chambéry.
En 1824 elle crée une nouvelle catégorie
de membres : les Associés qui tous devront
être savoisiens. En 1826, cette condition est
supprimée et le nombre s’en accroît rapide­
ment.
Les membres résidents sont dans l’obliga­
tion de fournir un travail scientifique ou lit­
téraire chaque année. Les autres membres
ne contractent aucune obligation, mais ils
apportent à l’Académie toute la considération
dont ils sont l’objet : ce sont des évêques :
Mgr. Oharvaz, évêque de Gênes, Mgr. Bey,
évêque de Pignerol, Mgr. Bigex, Mgr. Vibert,
tous illustres dans l’histoire ecclésiastique
de Savoie et de Piémont, c’est M. Avet,
jurisconsulte de valeur appelé à la cour en
1831 et qui deviendra ministre de CharlesAlbert.
Cependant, des relations actives s’établis­
sent entre membres effectifs, correspondants,
associés: un échange intellectuel rapide se
fait entre eux. De nombreux mémoires par­
viennent au Siège de la Société : mémoires
relatifs à l’agriculture (défrichement, vigno­
bles, pâture, restauration des bois, charrue
belge), notices scientifiques : observations
météorologiques, aperçus géologiques, démon­
strations mathématiques, recherches archéo­
logiques...; des essais de critique littéraire,
quelques dissertations philosophique et pé­
dagogiques, des mémoires historiques impor­
tants et même un discours littéraire : l’In­
fluence du Christianisme sur les Institutions
sociales, une Notice sur S‘ François de Sales
considéré comme écrivain, et même... quel­
ques pièces de vers. Curieuse mosaïque que
l’énumération des ouvrages envoyés par les
membres de la Société : à peu près toutes
les branches des sciences y sont représentées,
les sciences mathématiques et naturelles en
particulier.
Nous rencontrons rarement des mémoires
de mathématiques pures, si ce n’est celui
de G. M. Baymond sur « la nature et la
1 Histoire et Table des Matières des Mémoires de
l’Académie de Savoie. Bébert.
3 Documente des Archives de Turin.
3 Billet royal du 1er Octobre 1824.

83

signification de l’expression analytique géné­
rale y »,· rarement aussi des expositions de
systèmes ou de théories nouvelles : L. Bendu,
esprit brillant et paradoxal fait insérer dans
les Mémoires une Notice sur les causes de
l’irrégularité des vents dans la partie infé­
rieure de l’atmosphère, dont on ne lui con­
teste pas l’exactitude, d’autres encore dans
lesquelles la théorie audacieuse devance l’ob­
servation de faits et se trouve quelquefois
contredite par eux. Mais ce sont des excep­
tions : nous remarquons par contre le carac­
tère pratique des ouvrages scientifiques qui
traitent de sciences appliquées.
En 1827, la Société sollicite du roi CharlesFélix le titre de Société royale ; elle est offi­
ciellement reconnue par Charles-Félix qui
lui accorde de nouveaux subsides et le titre
tant désiré de Société royale académique de
Savoie.
Une ère de prospérité extraordinaire s’ou­
vre pour elle : le nombre de ses sociétaires1
s’accroît encore ; ses membres célèbres lui
restent.
Elle noue des relations nouvelles avec des
Académies et des sociétés littéraires et scien­
tifiques : en 1827, elle envoyait ses Mémoi­
res2 non seulement à l’Académie des sciences
de Turin, mais encore à celle des BeauxArts, à la chambre de commerce et d’agri­
culture,3 à la Société royale agraire de la
même ville.
Elle commence à prendre part aux congrès
scientifiques réunis soit en Italie,4 soit en
France: à Florence, Naples, Gênes, Marseille.
Un congrès international de Géologie se tient
à Chambéry en 1844, auquel assistent beau­
coup de savants étrangers ; ses membres y
prennent part; Mgr. L. Bendu en est nommé
président, et il développe sa théorie des
glaciers.
La première assemblée publique de l’Aca­
démie avait eu lieu en 1827. A partir de
cette année, toute la société cultivée de
Chambéry s’y donna rendez-vous, surtout
après que de vrais concours eurent été or­
ganisés. Par suite de donations qui lui fu­
rent faites successivement, elle put récom1 Baron Palquet (secrétaire d’Etat au Ministère de
l’Intérieur). Pilet (précepteur des enfants de Victor
Emmanuel II). J. Jacquemont jurisconsulte, avocat (Il
représenta les Etats Sardes au Congrès international
de Bruxelles sur la propriété littéraire, artistique
et industrielle). Chamousset (Chanoux) physicien, géo­
logue (Il convoqua le premier Congrès de Sociétés
géologiques de France à Chambéry sous la présidence
de Mgr. Rendu et fonda des chaires d’enseignement
techniques qui sont devenues « l’école préparatoire à
l’enseignement supérieur »). L. Menabrea avocat, hi­
storien. Bonjean chimiste et botaniste. C. M. Raymond
avocat et rédacteur du « Courrier des Alpes »...
2 Histoire et table des matières des Mémoires de
l’Académie de Savoie. Bébert.
3 Elle se mit en rapport en outre avec les Acadé­
mies de Lyon, Besançon, Grenoble, Neufchâtel, avec
l'Institut royal de France, la Société de Statistique
de Grenoble, de Physique de Genève, d’histoire de
Genève, d’histoire de la Suisse romande, la Société des
sciences naturelles du Canton de Vaud...
‘ Compte-rendu de l’état de la Société. L. Rendu,
secrétaire perpétuel.

�84

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

penser ceux qui lui envoyaient les meilleurs se ralentit peu à peu, et s’éparpille : en 1848,
travaux sur les sujets qu’elle leur proposait.1 la Savoie abandonne son rôle passif; elle
De là l’organisation de Concours biannuels est appelée à la vie politique qui absorbe
de poésie et de peinture qui donnent lieu une bonne part de son activité ; l’intérêt du
à une activité extraordinaire : de toutes les public se déplace peu à peu et se porte vers
parties de la Savoie arrivent les manuscrits la presse qui agite la grande question de la
mystérieux ; les membres du bureau ont peine nationalité savoisienne ; dans l’avalanche des
à les dépouiller tous et ne savent comment brochures politiques disparaissent les pro­
ductions purement scientifiques ou littéraires.
décerner les prix.
Cependant, et ces faits semblent contra­
Innombrables sont les Notices, Lettres,
Rapports, Observations, Réflexions de tous dictoires : tandis que l’ardeur pour les études
genres et de toutes dimensions que les Aca­ paraît diminuer, les Académies et sociétés se
démiciens savoisiens lisent dans leurs réu­ multiplient.
Le Statut accordait la liberté d’Associa­
nions, discutent gravement et impriment
dans leurs Mémoires : de 1820 à 1827, la So­ tion : il fallait en profiter : de nouvelles so­
ciété avait composé deux volumes; de 1827 ciétés se formèrent, affaiblissant ainsi l’Aca­
démie et diminuant sinon le nombre de ses
à 1848 elle en publie douze.
Sans parler d’operette de valeur disons vite Associés, du moins la quantité des œuvres
que les œuvres historiques2 sont les plus qu’ils produisaient.
Elles restreignirent considérablement le
importantes, le plus intéréssantes et les
meilleures. Le courant scientifique ne perd champ de son activité et de ses recherches:
pas de sa vitalité, mais les recherches d’ar­ jusqu’en 1848, elle avait été le « centre autour
chéologie et de numismatique, les fouilles « duquel gravitaient toutes les idées, le foyer
dans les archives publiques et privées, la « destiné à élaborer et à fixer les éléments
chasse aux documents inédits, les investiga­ « de la prospérité materielle et les conditions
tions en tous sens tendant à mettre jour les « du perfectionnement intellectuel et moral
chartes et les manuscrits précieux intéressant « de la Savoie » ; à partir de cette date, il
l’histoire des populations, des localités, de la y eut plusieurs centres.
Déjà en 1844, une Société d’histoire natu­
maison régnante, l’histoire ecclésiastique et
en général tout ce qui touche à la vie de la relle s’était organisée 1 sous la présidence de
Savoie au Moyen-Age, passionnent tous ceux L. Costa de Beauregard. Elle allait fonder
qui de près ou de loin touchent à l’Académie : un musée et publier un bulletin mensuel qui
c’est une fièvre d’études, grâce à laquelle la devait contenir toutes les communications
Savoie se peuple d’archéologues, de numisma­ relatives aux sciences naturelles. La Société
tes, d’explorateurs de tombes, de liseurs d’in­ médicale attirait à son tour les publications
relatives à la médecine, la chirurgie, les
scriptions d’archivistes dilettanti.3
Cette ardeur pour les études historiques sciences pharmaceutiques.
La Société savoisienne d’histoire et d’archéo­
logie fondée en 1855 sous la présidence de
' Une somme de 8000 fcs. lui av ait été léguée. En 1836,
J. Dessaix et grâce à l’initiative de F. Rabat
le Cte Pillet-Will la dote de 6000 fcs. Mathieu Bonafous
et de O. Saillet se forme rapidement, se met
do 6000 fcs. En 1847, le Cle de Fortis lui lègue 25000 fcs.
immédiatement en relations aveè des acadé­
2 Notons le travaux importants et si intéressants
mies étrangères, nationales:2 Suisses, françai­
de L. Menabrea, avocat des pauvres au Sénat de Sa­
ses, dauphinoises, turinoises. Dès sa création
voie : Les Alpes Occidentales. Documents inédits relatifs à
lui parviennent de tous côtés des documents
plusieurs monastères. Fragment relatif à l’histoire de
Chambéry. De l’origine, de la forme et de l’esprit des
précieux: 3 registres, sceaux, manuscrits, li­
jugements rendus au Moyen-Age contre les Animaux. De
vres offerts en dons. Elle a pour but « d’offrir
la marche des études historiques en Piémont... Montmélian.
Les ouvrages de L. Costa de Beauregard : Condi­
tion des Juifs en Savoie au Moyen-Age. Familles histo­
riques de Savoie.
3 Gracieuses comme celle-ci trouvée à Amie en Tarentaise:
« Sylvain clos à demi-nu dans le frêne
sacré,
et suprême gardien de ce petit jardin
élevé,
nous te dédions ces mélodies recon­
naissantes,
parce qu’au milieu des champs et des
Alpins de la montagne,
et des hôtes de la forêt odorante, tandis
que j’exerce le droit et m’acquitte
de la chose des Césars,
tu nous préserves de tout danger par ta
faveur souriante,
Reconduis-nous à Rome, moi et les
miens.
Pour que, sous tes auspices, nous
puissions revoir les campagnes de
l’Italie,
Je te consacrerai alors mille arbres de
haute tige. »

1 Histoire et table des Matières des Mémoires de
l’Académie de Savoie. — Bébert.
2 La Société savoisienne d’histoire et d’archéologie
se met en relations avec la
Société
d’histoire de la Suisse romande
»
»
et d’archéologie de Genève
»
impériale des antiquaires de France
»
des antiquaires de Picardie
»
ligurienne d’histoire nationale
»
académique du duché d’Aoste
Académie espagnole d’archéologie de Madrid
»
d’archéologie de Belgique
»
»
de l’Orléanais
»
de Dijon
»
de Grenoble
Association florimentane
Société de statistique de Grenoble.
3 Sclopis lui envoie les volumes des Monumenta»
historiae patriae. Ferdinand Keller, président de la So­
ciété des antiquaires de Zurich, lui demande d’entrer
en relations avec elle. Un savant américain, M. Iturbe
demande l’autorisation d’assister à ses séances et des
Instructions pour établir une semblable société dans
l’Amérique du Sud.

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

un centre aux amis de l’histoire répandus
dans les diverses provinces de Savoie, de
provoquer des recherches dans les archives
publiques et dans les dépôts particuliers,
d’encourager l’étude locale des monuments
et faits propres à jeter du jour sur l’état
ancien du pays, de rassembler les matériaux de l’histoire nationale, de publier
enfin des documents inédits et des écrits
propres à étendre la connaissance des anciens âges de la patrie ». 1
Elle ne veut pas « empiéter sur le plan des
grandes associations historiques et rivaliser
avec les Corps constitués avant elle » mais
apporter sa part à l’œuvre générale.
Dans plusieurs villes de Savoie, notam­
ment à St. Jean de Maurienne, des comités
se forment pour les recherches locales, et
bientôt, la Société publie à son tour ses Vo­
lumes où se reconstitue peu à peu, où s’anime
et palpite le vieille Savoie. 2
A Annecy s’était fondée en 1851 l’Asso­
ciation florimontane nouvelle et directe de­
scendante de l’ancienne Académie à laquelle
celle de Chambéry avait soustrait sa devise.
Ce fut un nouveau centre intellectuel auquel
les provinces de Carouge, du Chablais et du
Faucigny apportèrent leur tribut : Mémoires
sur des sujets variés, notices biographiques,
documents inédits, bulletins bibliographiques,
essais littéraires imprimés dans un bulletin
mensuel qu’elle publie d’abord une fois par
mois, qu’elle ne publiera plus qu’une fois
par trimestre à partir de 1854.
Dorénavant, son nouveau Bulletin suivi de
la Revue savoisienne « tiendra les mem­
bres de l’Association au courant de tout ce
qui concerne la Savoie en histoire, littéra­
ture, beaux-arts 3 et industrie ». La nomen­
clature des ouvrages qu’elle publie nous in­
dique en effet que l’élément scientifique est
faible et qu’elle accueille plus volontiers les
publications historiques et littéraires d’intérêt
purement local.
En 1859, l’un des membres les plus distin­
gués de la Florimontane propose à l’Assem­
blée la création d’un organe littéraire et scien­
tifique qui portera le titre de Revue savoi­
sienne et qui sera sous la direction de l’Asso­
ciation. Ce journal mensuel excluera de ses
colonnes toute question purement politique
ou religieuse, mais il vulgarisera tout ce qui
intéresse l’histoire, les sciences, les arts, l’in­
dustrie et la littérature en Savoie.
Cette transformation du Bulletin de la Flo­
rimontane est un fait significatif. Dès sa for­
mation elle avait adopté la disposition des
Mémoires de l’Académie de Savoie; elle l’avait
modifiée. Mais cela ne lui suffit plus : il lui
faut désormais un organe actif qui pénétre
partout, non pas sous la forme aristocratique
ou bourgeoise du volume envoyé aux sociétés
savantes alliées, mais sous une forme analo«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

* Règlement an livre V de Les Mémoires.
3 Ceci résulte de l’analyse des Mémoires de la So­
ciété savoisienne d’histoire et d’archéologie (XII pre­
miers volumes).
a Mémoires de l’Association Florimontane. Compterendu des séances.

85

gue à celle du Journal qui pénètre jusque
dans les classes les plus humbles.
Nous ne pouvons donner une meilleure idée
de ses intentions 1 qu’en reproduisant quel­
ques lignes de l’un de ses articles : « L’As« sociation Florimontane est une œuvre de
« propagande intellectuelle créée pour l’en« couragement des sciences, des arts et des
« lettres. Son rôle ne doit pas se borner à
« publier des bulletins scientifiques qui ne
« sont adressés qu’à ses membres et aux so« ciétés avec lesquelles elle se trouve en re« lation, et qui, par conséquent ne sont lus
« que par un nombre de personnes restreint.
« Le but qu’elle s’est proposé est plus grand,
« plus général. Pour rester fidèle à son pro« gramme et faire tout le bien qu’on est en
« droit d’attendre d’elle, il faut que son
« action se fasse sentir sur les masses, il faut
« qu’elle se montre attentive à toutes les
« entreprises utiles et généreuses pour leur
« donner son appui et les encourager ; il faut
« en un mot qu’elle prouve son existence -et
« son utilité en se montrant toujours là où
« l’intelligence a besoin d’aide en déployant
« au grand jour le drapeau de la science pour
« tous.... ».
(J. suivre).
Eugénie Cathelin.

Langues faciles, langues utiles
et moyennes au baccalauréat
Sortira-t-on jamais de l’équivoque ?
On serait tenté d’en désespérer à suivre la
polémique qu’ont engagée dans les Langues Mo­
dernes 2 M. Peseux-Richard, professeur de langues
méridionales à Fontenay-aux-Roses et à l’Ecole
Colbert et Μ. E. Saillens, professeur au lycée de
Toulouse.
M. Peseux, se souvenant sans doute de certai­
nes critiques formulées, il y a quelques années,
contre l’étude des langues méridionales, a voulu
y répondre par des faits précis, par des expérien­
ces tirées de son propre enseignement.
A en croire leurs adversaires, l’espagnol ni
l’italien ne valaient la peine d’être enseignés pour
cette raison qu’on les savait sans les avoir jamais
appris, ou tout au moins que leur étude n’exi­
geait aucun effort sérieux de la part des élèves ;
parce qu’aussi il n’y avait dans la langue, la lit­
térature et les mœurs des deux péninsules rien
qui ne se trouvât déjà dans la langue, la littéra­
ture et les mœurs françaises — rien ou si peu
de chose qu’il était vain de perdre un temps par
ailleurs précieux pour de si maigres profits.
On le voit : il s’agissait là d’une question de
culture; le problème consistait à mesurer très
exactement la valeur formative, éducative des
langues méridionales, leur valeur en tant que
gymnastiques intellectuelles.
La solution qu’en offre M. Peseux s’impose à
tous ceux qui ont regardé les choses d’un peu
près ou qui ont mis personnellement la main à
1 Numéro I du 15 janvier 1860 de la Revue Savoi­
sienne. Mémoires de l’Association Florimontane.
2 Voir les Langues Modernes de juin, août et novembre 1912.

�86

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

la pâte. « La facilité des langues méridionales est
fallacieuse et redoutable » écrit-il. « Les élèves de
D estiment l’espagnol plus difficile qu’on ne dit,
plus difficile que l’anglais ».
L’attention constante que réclament de la part
de l’élève les langues méridionales pour éviter les
confusions sans cesse possibles, pour discerner les
nuances morphologiques ou lexicologiques qui di­
stinguent le français de ses langues-sœurs suffirait
à justifier ces études. Développement de l’esprit
de finesse, habitude de ne pas se contenter d’à
peu-près, et de percevoir du premier coup d’œil
des différences même minimes, voilà dès l’abord
des gains certains qu’augmente encore l’appren­
tissage syntaxique et stylistique.
Si l’on prononce maintenant quelques noms
comme ceux de Dante ou de Machiavel, de Cer­
vantes ou de Calderon, va-t-on nier encore des
différences spécifiques entre les façons de penser
françaises, espagnoles, italiennes ? Il est aussi
malaisé d’entendre Dante ou Calderon que Schiller
ou Shakespeare.
.De ce côté-ci encore la facilité n’est que lé­
gende, et l’enrichissement intellectuel de l’élève
est assuré.
Qui ne concilierait donc avec M. Peseux qu’ « un
apprentissage sérieux des langues méridionales
fera invoquer d’autres motifs que celui de leur
facilité pour maintenir sous un régime d’exception
les Cendrillons de l’Université? »

*
* *
Mais M. Saillens ne l’entend pas ainsi et pré­
tend reposer le problème à sa façon. Il commence
par affirmer que la moyenne « s’attrape » plus
facilement au baccalauréat en espagnol ou en
italien qu’en anglais ou en allemand. Puis il
« invoque » « les autres motifs », transportant le
débat du terrain éducatif où l’avaient placé les
adversaires mêmes des langues méridionales sur un
terrain soi-disant utilitaire.
« C’est négliger l’essentiel que de discuter en
premier lieu la facilité des langues méridionales.
La question primordiale qui doit dominer tout
examen de la situation présente, ce n’est pas
leur facilité, mais leur opportunité », dit-il. Et il
poursuit : « Avant d’examiner si la route est
brève ou commode, il faut savoir où l’on veut
aller et si la route y mène. Sur quels paysages
ouvrent ces fenêtres? Vers quels horizons se pro­
mène le regard V Ces visions sont-elles bien les
plus utiles à nos écoliers? »
Comparaison n’est pas raison. Et voici surgir un
doute dans notre esprit : qu’entend M. Saillens
par utiles ? Utiles pratiquement? Utiles intellec­
tuellement et moralement? Nous tournons dans
un cercle.
Si c’est la première hypothèse qui est la bonne,
comment les méridionalisants pourraient-ils s’em­
pêcher de montrer un peu d’humeur? Combien
de fois ont-ils répété qu’ils ne prétendaient pas
le moins du monde substituer leur enseignement
à celui de l’anglais et de l’allemand dans tous les
lycées et collèges de France, pas même l’y intro­
duire concurremment à ces deux langues, mais
qu’ils leur semblait urgent, légitime et conforme
aux intérêts nationaux d’organiser cet enseigne­
ment dans les provinces qui se trouvent en rap­
ports économiques avec l’Italie ou l’Espagne, de

constituer en somme des « marches » d’hispanisme
et d’italianisme.
Quel est le filateur de la vallée du Rhône, quel
est l’industriel de Provence qui ne fera suivre
volontiers des cours d’italien à ses fils? Quel est
le commerçant en primeurs, le gros propriétaire
terrien de Perpignan ou de Toulouse, l’armateur
de Bordeaux qui ne sera heureux de leur voir
étudier l’espagnol ? Où y a-t-il donc plus de
chances d’écouler des produits français : en Alle­
magne ou en République Argentine?
Il n’y a pas ici d’arguments à discuter, mais
des statistiques à consulter, des faits à constater.
La statistique extraite par M. Peseux de ΓΑ»nuaire des Anciens Elèves des Arts et Métiers d’Air
est bien significative à cet égard.1
Et où serait le mal encore si nos officiers al­
pins avaient appris l’italien dès le lycée? Si les
nombreux ingénieurs français qui dirigent tant
d’établissements industriels italiens (les usines à
gaz en particulier) avaient pu présenter l’italien
au concours d’admission à l’Ecole Centrale ?
S’il faut s’en tenir à la seconde hypothèse, s’il
s’agit pour M. Saillens d’utilité intellectuelle,
M. Peseux avait implicitement répondu aux criti­
ques dès son premier article. Ce n’était pas « né­
gliger l’essentiel » que de détruire la légende de
la facilité. La difficulté spécifique de l’italien et
de l’espagnol, la spécificité fortement caractérisée
des grands écrivains espagnols ou italiens don­
nent à nos écoliers d’utiles habitudes spécifiques —
nous en avons énuméré quelques-unes plus haut,
— habitudes qu’aucune autre discipline secondaire
ne saurait leur procurer aussi directement. Dès
lors, M. Saillens est mal venu à parler « d’argu­
ments » qu’il « ignore encore ».
Il serait certes aisé à M. Saillens de nous ré­
pliquer que nous oublions le point de vue auquel
il s’est placé, celui des élèves sans autre ambi­
tion que « d’attraper la moyenne au bachot »,
élèves qui se soucient à la vérité fort peu de leur
enrichissement intellectuel.
Mais il faudrait alors démontrer que ces médio­
cres « attrapent » plus facilement ladite moyenne
quand la langue étudiée par eux est une langue mé­
ridionale. M. Peseux le nie pour les baccalauréats
en Sorbonne et j’ài l’impression qu’il en est tout
à fait de même dans l’Académie de Grenoble, que
je connais bien. Il ne s’agit donc là que d’un
préjugé, corollaire de celui qui proclamait la fa­
cilité des langues méridionales : l’un et l’autre ne
sauraient tarder à disparaître.2
Il reste vrai qu’on ne se montre pas au bacca­
lauréat plus exigeant pour les langues méridio­
nales que pour les langues germaniques. C’est à
quoi, sans doute, si l’on considère l’accessibilité 3
des dites langues, il est théoriquement juste de
trouver à redire. Il est très évident que les élèves
1 17 anciens élèves établis en Allemagne, 17 en Angleterre,
22 en Italie, 73 en Espagne, 122 dans les pays de langue espa­
gnole. Aussi propose-t-on de n’admettre à l’Ecole d'Aix que
l’anglais et l’allemand !
8 De même s’il m’est arrivé d’entendre des plaintes au Con­
cours de l’Ecole Normale Supérieure pour des notes fort élevées
attribuées à des spécialistes d’anglais ou d’allemand, jamais, je
crois bien, pareille remarque ne fut faite pour l’italien ou
l’espagnol. J’ai même entendu des candidats se plaindre du
contraire,
3 M. Saillens dit fort justement des langues méridionales
qu’elles ne sont pas plus faciles, mais plus accessibles (pie celles
du Nord.

�87

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

— surtout les élèves de B préparés aux études
romanes par celle du latin — devraient posséder
en italien et en espagnol un bagage linguistique,
littéraire, historique beaucoup plus considérable
que celui de leurs camarades, spécialistes d’an­
glais ou d’allemand.
Mais il ne faut pas oublier que, dans la prati­
que, un professeur de langues méridionales est la
plupart du temps obligé, s’il ne veut pas reléguer
le toscan ou le castillan au rang de langues se­
condaires, de préparer en deux ans ses élèves
aux épreuves d’espagnol et d’italien première
langue.
Tous les professeurs de langues méridionales
sont d’accord pour réclamer davantage des can­
didats, 1 mais aussi pour reconnaître que quatre
ans au moins sont nécessaires pour préparer des
élèves moyens aux épreuves fondamentales d’espa­
gnol ou d’italien, conçues selon la lettre et l’esprit
des programmes de 1902. Mais comment réaliser
ce rêve ?
Considérons les Etablissements les plus favorisés
du Sud-Est (on peut les compter sur les dix
doigts), qui possèdent des cours d’italien à partir
de la 6ème. Comment le recrutement des élèves y
serait-il normal, puisque l’italien n’est pas admis
au concours d’entrée des grandes Ecoles, et que,
chacun le sait, tout élève de 6$me est aux yeux
de ses parents un Polytechnicien ou un SaintCyrien en herbe î
Ce n’est guère avant la 4ème qu’on peut
escompter quelque acccroissement dans le nombre
des élèves. Après deux ans d’efforts stériles, les
professeurs d’anglais et d’allemand, conseillent vi­
vement à leurs pires disciples de s’en aller se
faire pendre ailleurs — ailleurs, entendez en classe
d’italien. Certains parents résistent, il est vrai,
à ces sollicitations : ils sont encore hallucinés
par le mirage de Saint-Cyr ou de Polytechnique.
Mais à l’entrée du second cycle, lorsque leurs
fils n’ont plus d’autre ambition que la licence en
droit (deux boules rouges, une rouge-noire) ou le
diplôme de telle Ecole de Commerce, les parents,
obsédés par la peur d’un échec an baccalauréat,
persuadés — eux aussi — de la facilité de l’ita­
lien se déclarent vaincus. Et les cancres les plus
fieffés, les plus déterminés paresseux des sections
B et D choisissent alors l’italien comme langue
fondamentale.
Voilà comment se recrutent les classes d’italien
dans nos lycées. On n’a guère à espérer de sati­
sfaction que de quelques élèves qui ont pris l’ita­
lien comme seconde langue. Il faudrait que les
professeurs de langues méridionales eussent le
don des miracles pour obtenir des résultats meil­
leurs que leurs collègues anglistes ou germanistes.
Car quelque invraisemblable que cela paraisse, les
résultats, à l’heure actuelle, sont sensiblement
égaux. Mais comme on comprend les romanistes
qui excipent d’une vague licence ès-lettres pour
se réfugier dans quelque chaire de grammaire !
Si l’on veut sérieusement se rendre compte de
la place que peuvent occuper les langues méri­
dionales dans la culture secondaire, qu’on donne
aux professeurs les moyens d’avoir des élèves
normaux et d’enseigner dans des conditions nor­
males.
Et maintenant je demande à M. Sàillens et à
1 Voir l’opuscule de M. Mignon sur la Composition italienne
au baccalauréat. Toulouse, Privat, 1912.

tous ceux qui pensent comme lui si; dans l’état
de choses présent, il est en vérité tellement « dif­
ficile de plaindre les Cendrillons ? »
Et je lui demande encore s’il a jamais eu à
subir des emplois du temps pareils à ceux qui
sont, le pain quotidien de ses collègues d’espagnol
et d’italien. Oh! les classes que l’on fait, le soir,
entre cinq et sept, dans une salle hostile (la seule
qui ait le gaz, a dit le proviseur), où l’on suc­
cède aux professeurs de violon ou de flûte, trop
heureux si le veilleur n’a pas oublié d’allumer le
gaz, ni le surveillant d’internat de vous amener vos
élèves ! Et M. Sàillens connaît-il les âpres débats
du lundi soir pour ne pas cèder sa classe à M.
l’Aumônier, et vit-il des élèves à la fois dévots
et studieux pris dans cet atroce dilemme de com­
promettre le salut de leur âme ou leur succès à
l’examen ? Connaît-il aussi la douce torpeur qui
envahit les élèves après une journée entière de
cours, torpeur qu’on reste trop souvent impuis­
sant à dissiper ? Que la vie serait belle si les
répétiteurs songeaient qu’un professeur d’italien
a besoin tout comme un autre d’un cahier de cor­
respondance ; mais peut-on avoir besoin d’un
cahier de correspondance après cinq heures du
soir? Le répétiteur ne le croit pas. Que la vie
serait donc facile si l’Administration n’omettait
jamais le nom du professeur de langues méridio­
nales sur les feuilles de tableau d’bon ueur et si
elle n’oubliait point de fixer une date pour la
composition d’espagnol !
C’est cependant pour arriver à ce piteux ré­
sultat que, des années durant, étudiants d’italien
et d’espagnol auront empli leurs yeux des plus
pures et des plus nobles visions artistiques, rê­
vant d’apporter un peu de lumière méridionale
dans l’atmosphère trop confinée et trop sévère de
nos lycées, de réussir à détourner quelquefois
encore l’esprit utilitaire des élèves vers des réa­
lités ou des aspirations plus hautes, d’être en
quelque sorte des mainteneurs de la tradition, du
goût classiques.
C’est en vain qu’ils auront espéré collaborer
au réveil de l’activité économique française, aider
à son expansion dans l’Italie redevenue vivante
ou dans les pays neufs de l’Amérique du Sud.
Il faut que cet élan soit entravé par des con­
sidérations sur les « moyennes au bachot ».

Un professeur de l'enseignement secondaire.

NOTES CRITIQUES
E. LEVI-MALVANO. — Montesquieu e Machia­
velli. (Bibliothèque de l’Institut Français de Flo­
rence, lr8 série, tome II ; Paris, Champion, 1912,
p. 144).
L’élégant volume de M. Levi-Malvano, écrit en
italien (d’une impression remarquablement peu
fautive pour avoir été exécutée en France) conti­
nue dignement la série d’Etudes d’histoire litté­
raire et de linguistique françaises et italiennes
comparées, commencée l’année précédente par le
Fénelon et l’Italie de M. G. Maugain.
Les rapports entre la pensée de Machiavel et
celle de Montesquieu ont déjà fait l’objet de nom­
breuses observations, et de quelques discussions.
Le premier chapitre du livre de M. L. M. est

�88

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

justement consacré à l’histoire de la question,
puisque c’est en effet un question, de savoir
si le grand publiciste français a été profon­
dément influencé par le diplomate florentin, ou
si au contraire il ne s’agit que de rencontres
d’opinion. Notre auteur examine successivement
les jugements portés à ce sujet par Voltaire,
Macaulay, Barthélemy d’Hilaire, Sainte-Beure,
Taine, Nisard, Taine, Sorel, et d’autres moins
illustres (parmi lesquels il faut faire une place à
part à l’excellent érudit bordelais auquel on doit
de beaux travaux sur Montesquieu : Μ. E. Backhausen). De tous ces témoignages il ressort que les
avis sont très partagés, et qu’un bon nombre de
critiques français a peine à admettre que Monte­
squieu puisse devoir à Machiavel quelques-unes de
ses conceptions fondamentales.
C’est au contraire l’avis de M. E. L. M., qui
pour démontrer sa thèse, a étudié le sujet sous
ses principaux aspects, et a cherché à l’épuiser.
Il s’est acquitté de la tâche qu’il s’était fixée, avec
vigueur et en même temps avec discrétion. On
sent qu’il se surveille sévèrement pour ne pas
prêtez à son auteur, à Machiavel, plus que ce qui
lui revient justement dans la préparation des
Considérations et de l’Esprit des Lois. M. L. M.
s’est entouré, avec un soin extrême, de toutes les
précautions d’une bonne méthode. Il s’est rendu
sur place, à Bordeaux, pour contrôler certaines de
ses inductions, sur une question importante : Mon­
tesquieu connaissait-il à fond les œuvres de Ma­
chiavel? Après les quelques pages de M. L. M.
sur ce point, il n’est plus possible d’en douter.
Le chapitre le plus important du livre est sans
doute le IIIe, intitulé « Idee generali ». C’est là
que l’auteur met, pour ainsi dire, en face l’un de
l’autre, les systèmes des deux grands théoriciens
politiques, détermine les points de contact et, là
où il croit pouvoir le faire, la filiation de l’un à
l’autre. C’est là que l’analyse de M. L. M., toujours
précise, atteint sa plus grande largeur : et quoi
qu’on puisse trouver à redire ou à ajouter à ce
tableau comparé de deux pensées très complexes,
cette tentative fait honneur à l’auteur, et nous fait
bien augurer de ses futurs travaux.
Un long chapitre (IV) est ensuite consacré à un
point, fort important chez les deux écrivains, de
leue critique historique : ce qui concerne l’histoi­
re des Romains et les enseignements qu’elle con­
tient. Il n’était pas difficile de trouver, sur ce
sujet, de nombreux rapprochements entre le texte
des Discorsi et celui déconsidérations: du moins
M. L. M. l’a fait avec sa précision et sa modéra­
tion habituelles.
J’aime moins le dernier chapitre (V) : « L’Antimachiavélisme de Montesquieu». Il y a quelque
artifice dans ce titre ; et la plupart des faits qui
sont les éléments de ce chapitre avaient, à mon
sens, leur place dans les chapitres précédents.

J. Luchaire.

Pietro ORSI — Histoire de l’Italie moderne.
(1750-1910). — Traduction de M. Henri Bergmann.
Paris, Colin, 1911.
Ecrite par un Italien, mais destinée à un public
étranger, cette histoire de l’Italie depuis le traité
d’Aix-la Chapelle (1748) jusqu’à la veille de Tri­
poli se recommande par un louable souci d’im­
partialité, par le soin constant de ne pas heurter

le lecteur non-italien, par la sobriété et la chaleur
du récit, par l’heureuse et claire distribution d’une
matière considérable, puisque, avant 1860, écrire
l’histoire d’Italie c’est écrire celle d’au moins
quatre Etats, si ce n’est de huit.
M. Orsi a dû faire beaucoup de sacrifices, sup­
primer beaucoup de détails ; son plus grand mé­
rite est de n’avoir rien négligé d’essentiel. On
pourra regretter — mais à l’impossible nul n’est
tenu — l’absence de quelques transitions ; le
lecteur français notamment pourra s’étonner de
ne même pas trouver une mention du règne
d’Elisa Baciocchi en Toscane. Mais ce serait
être fort injuste que de chicaner l’auteur pour de
pareilles vétilles.
Il y aurait plutôt lieu de se demander si troisquarts de page sont vraiment suffisants pour
rendre compte de la propagande révolutionnaire
en Italie de 1789 à 1796, quand trois pages sont
consacrées plus loin à l’histoire des frères Ruffini.
Les effets de la période napoléonienne sont-ils
suffisamment tirés au clair? On voudrait aussi
plus de détails sur la préparation intellectuelle de la
Révolution de 1848, et il n’aurait pas fallu beaucoup
d’espace à l’auteur pour montrer comment l’esprit
révolutionnaire qui domine dans la péninsule de
1830 à 1840 devient un esprit plutôt réformateur
-de 1840 à 1848. Mais M. O. n’en est peut-être pas
convaincu....
Le manuel de M. O. rendra certainement de
très grands services à tous les non spécialistes
qui voudront acquérir sur les origines, la consti­
tution et le développement de la troisième Italie
un bon nombre d’idées claires et justes, étayées
d’une quantité très suffisante de faits bien choisis
parmi les plus significatifs.
B. Crémieux.

Maurice MIGNON. — Études de Littérature ita­
lienne. — Paris, Hachette.
Le distingué professeur de Lyon vient de pu­
blier un agréable petit livre, où, de Catherine de
Sienne à Giovanni Pascoli, défilent quelques-unes
des plus belles figures de l’histoire littéraire ita­
lienne.
La fondatrice du Tiers-Ordre dominicain, Ca­
therine Benincasa, est étudiée par M. M. avec un
amour, qui vivifie cette curieuse figure des temps
lointains. L’amour a même entraîné le critique
à quelque illusion : j’ai peur que le prochain ou­
vrage de M. Fawtier, membre de l’Ecole française
de Rome, qui s’occupe de la sainte siennoise de­
puis deux ans, ne détruise quelque chose de la
charmante légende, que M. M. accepte les yeux
fermés. Et pourquoi pousser la partialité jusqu’à
dire : « à la différence des Franciscains, dont les
uns vivaient dans l’opulence et les autres dans
l’hérésie, Catherine demeura toujours orthodoxe » ?
Deviez — vous donc, parce que vous aimez Cathe­
rine, épouser en même temps une querelle d’il y
a cinq siècles?
La rapide étude sur les Lettres et les Arts à
Florence du moyen-âge au seizième siècle est, ce
me semble, trop... rapide. C’est un trop gros
sujet pour si peu de pages ; et je ne suis pas sûr
que même Gebhart eût réussi le tour de force. A
vouloir classer et définir tant de génies en quel­
ques formules, on risque... de se débarrasser d’un
Giambologna avec cette épithète désinvolte :
« l’honnête Giambologna ! ».

�BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Par contre, les chapitres sur la Comédie de la
Renaissance, — sur Alfred de Musset, — sur Pa­
scoli, plus précis, sont d’une lecture profitable en
même temps qu’aimable. Μ. M. écrit avec beau­
coup de vivacité et d’élégance. Souhaitons à son
livre de plaire au grand public, auquel il est de­
stiné.
J. Luchaire.

Antonio EMILIANI.

I Francesi nelle Mar­

che (1797-1799). Scene, episodi, ricordi. — Falerone, Menicucci, 1912.
Il fallut les victoires de Bonaparte et l’occu­
pation de la Romagne par les armées françaises
pour que les pêcheurs et les agriculteurs paci­
fiques des Marches papalines fussent emportés à
leur tour par la rafale révolutionnaire. Les tur­
bulents et les idéologues, admirateurs des Cispadans, d’une part; —d’autre part, les paysans fana­
tisés par une partie du clergé au cri de « Vive
Marie » se vouèrent aussitôt une guerre à mort.
Quelques épisodes de ces luttes fratricides et de
l’occupation française nous sont offerts par Μ. E.
en des récits sobres et émouvants, d’après des do­
cuments inédits ou peu connus, récits qui, presque
tous, sont de grand intérêt.
Psychologiquement, rien n’est plus curieux
que de suivre les manifestations variées de la
démence qui frappe tout à coup ce peuple des
Marches: folie mystique qui se traduit par une
suite ininterrompue de miracles ; folie criminelle
des foules massacrant sans pitié leurs adver­
saires et même des amis, que dans leur délire
elles ne reconnaissent plus (le meurtre du comte
Brancadoro est caractéristique à cet égard).; folie
du sacrifice qui jette quelques centaines de pay­
sans mal armés contre les gueules des canons
français, comme à Amandola, en 1798 ; phéno­
mènes de télépathie et d’hallucination ; enfin
paroxysme de la terreur populaire à l’approche de
Bonaparte
Historiquement, les documents pour servir à
l’histoire de la première invasion française à
Monte-Giorgio (février-mars 1797) — proclamations,
manifestations, procès-verbaux — diligemment ras­
semblés par Μ. E., sont pleins de détails inté­
ressants sur les méthodes d’occupation militaire
des généraux du Directoire, et sur les exactions
souvent commises par les commissaires du gou­
vernement.
Mais le chapitre le plus significatif de cet ou­
vrage est sans doute celui où Bonaparte apparaît
en personne et se fait apporter par les chanoines
de la cathédrale d’Ancône l’image soi-disant mi­
raculeuse d’une Madone : le procès-verbal de cette
entrevue rédigé par les chanoines dresse un éton­
nant portrait en pied de Napoléon, arrogant,
capricieux et séduisant tour à tour, justifiant à la
fois la crainte, la curiosité hostile et la vénéra­
tion dont l’ont toujours entouré les Italiens.
Stendhal n’eût pas manqué, s’il l’eût connu, de
faire état dans sa Vie de Napoléon de ce récit qui
suffirait à rendre précieuse cette publication de
Μ. E., si utile et instructive dans tant d’autres de
ses parties.
B. C.

L’ARÉTIN. Extraits. — Notice de M. Guil­
laume Apollinaire, Paris, Mercure de France (Col­
lection des plus belles pages), 1912.
Cette traduction, précédée d’un portrait et

89

d’une notice, suivie d’un appendice bibliographi­
que se présente le mieux du monde. Mais cette
honnête et aimable apparence ne supporte mal­
heureusement pas l’examen, fût-ce le plus indul­
gent et le plus superficiel.
Si le texte italien signifie : « En voici une qui
ne peut rien garder de ce qu’elle mange dans son
estomac » (non tener cosa che mangi nello sto­
maco), M. A. comprend et traduit : « En voici
une qui n’a rien à mettre dans son estomac »
(p. 175). — Le vieil Horace reproche-t-il à sa fille
de regretter Curiace « comme si plus digne était la
vie de celui que tu pleures » (colui che piagni)
que la victoire de Rome, M. A. traduit « comme
si plus digne était la vie de celui qui pleure.... »
(p. 169) — M. A. confond les hérétiques Patarins (Patarini) avec des « crocheteurs » (p. 178),
sans doute sous le prétexte que le nom de Patarins désignait au XIIe siècle les chiffonniers et
regrattiers (porte-crochets, non crocheteurs) de
Milan qui accueillirent les premiers l’hérésie al­
bigeoise.
Hypocrite (finto) se transforme en borné ; écrire
contre quelqu’un devient le plagier ; lourdaud, rodomont ; décor, apprêt ; le ciseleur d’or et de cui­
vre (orafo ottonajo) devient l'orfèvre Ottonaio (!!) ;
le parler de Rome est confondu avec le Romagnol ; je nage (nuoto) est traduit : je remarque.
On pourrait multiplier ces exemples que dix
pages environ ont suffi à fournir. La difficulté
réelle des textes de l’Arétin ne saurait être ici
invoquée, car M. A. ne se fait pas faute de sup­
primer les expressions embarrassantes (p. 171
par ex.), et les obscurités de l’italien n’ont pas la
moindre part dans les grossières erreurs que nous
venons de signaler.
La qualité du français rachète-t-elle ces inexac­
titudes? Si les trouvailles de traduction ne sont
pas rares, on rencontre cependant trop de phra­
ses de ce modèle : « Parce que c’est une féli­
cité certaine que ce dommage qui donne lieu à
quelque chose d’utile comme ce à quoi je vois
que notre malheur a donné lieu » (p. 170).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le style
et la langue employés par M. A. dans ses tra­
ductions : une expression archaïque pour triviale
qu’elle soit n’est pas justement rendue par une
tournure d’argot parisien moderne, et inversement,
une locution truculente encore en usage aujour­
d’hui n’eût jamais dû être traduite par une expres­
sion empruntée à Rabelais. Pour doser avec
exactitude la part de l’archaïsme et de la moderilité, il eût fallu se livrer à une étude approfon­
die de l’italien du XVIe s.
Mais comment espérer pareil effort de la légè­
reté de M. A ? Elle apparaît davantage s’il est
possible dans la Notice qui est en tête du volu­
me. Dans le plus grand désordre s’y succèdent
les informations les plus disparates sur l’Arétin,
les discussions les plus oiseuses, et, pour combler
les vides, des digressions pornographiques ou sau­
grenues (p. 6, p. 37 par ex.). L’A. nous révèle
d’après M. Luzio, le prénom du père de l’Arétin,
comme s’il s’agissait d’une chose nouvelle et com­
me si, depuis 1884, tous les manuels de littérature
n’en étaient point informés.
M. A. est fécond en compilations du genre de
celle-ci. On peut penser, si toutes ont la même
valeur, qu’il acquiert à bon compte sa renommée
d’érudit.

�90

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

Il reste à se demander si M. A. eût osé entre­
prendre de la sorte la traduction d’un auteur al­
lemand ou anglais, et s’il n’est pas resté victime
de la soi-disant facilité de l’italien. Son déplora­
ble échec est un argument à retenir.

B. C.

LACOMBE ET ROUÈDE. — Nouveau Diction­
naire Français-Italien et Italien-Français. Paris,
Garnier, 1911.
C’est à l’usage qu’on doit juger un diction­
naire : celui-ci, paru depuis un an à peine, s’est
rendu aussitôt indispensable, et il est déjà una­
nimement apprécié. Les Italianisants doivent d’au­
tant plus de reconnaissance à M. Lacombe et à
M. Rouède, qu’ils n’ont pas hésité à renoncer à
des travaux qui eussent aisément été moins péni­
bles et plus fructueux de toutes manières, pour
se consacrer à cette œuvre nécessaire, mais de
moindre éclat.
Les auteurs n’ont ménagé ni leur temps ni
leur peine pour mener à bien leur ouvrage: l’im­
patience de le voir paraître qu’on leur témoignait
de toutes parts, la bienveillance dont ils étaient
assurés n’ont pu les déterminer à livrer au pu­
blic leur dictionnaire avant de l’avoir conduit le
plus près possible de la perfection.
Son principal mérite est une absolue franchise,
fort précieuse quand on s’adresse à des non-spé­
cialistes : ou bien on trouve en face de l’expression
italienne l’expression française correspondante,
quand elle existe ; ou bien, lorsqu’elle n’a pas
d’équivalent dans la langue-seur, on y trouve sa
signification précise, impossible à confondre avec
une traduction.. Les auteurs n’ont jamais sacrifié
à l’à peu près ou à la fausse analogie — ce qui est
pourtant bien tentant lorsqu’il s’agit de deux
langues romanes.
On ne peut que se ranger à leur avis sur la
question du e et du g palatal. Les professeurs —
pour ne l’envisager que d’un point de vue prati­
que — ont déjà assez de peine à obtenir que les
élèves différencient, en les prononçant, sciocca de
ciocca sans aller compliquer davantage les choses
en distinguant encore l’articulation de ces palatales
simples de celle des palatales géminées.
B. C.
R. GASTON CHARLES. — M. Charmeret en
Italie. — Étude d’art et de psychologie. — Paris,
Plon, 1911.
Sainte-Beuve, au tome III de ses Lundis (p. 325),
écrit des Entretiens sur la pluralité des Mondes :
« Fontenelle, en ces Entretiens, se suppose, comme
on sait, à la campagne, après souper, dans un
beau parc, avec une belle marquise.... La mar­
quise en vient à demander des explications astro­
nomiques. Fontenelle fait semblant de vouloir
parler d’autre chose.... Pourtant il serait bien
fâché qu,on le prît au mot, car c’est précisément
dans ce mélange de philosophie, de physique et
de galanterie qu’il va exceller.... ». Ainsi, M. Ga­
ston-Charles a encadré de devis galants et d’épisodés romanesques les dissertations esthétiques
et critiques sur l’art italien que M. Charmeret
fait tour à tour à une riche et belle veuve, à une
jeune fille exaltée, à un prince ferrarais, qui lui
donnent la réplique toujours à propos pour amor­
cer de nouveaux développements.

M. Marinetti et M. d’Annunzio, sous de tran­
sparents pseudonymes, y dissertent aussi fort congrûment. Et la scène se passe successivement à
Rome, à Orvieto, à Florence, Sienne, S. Gimignano, Ferrare et Venise.
Ces Entretiens, non plus astronomiques, mais
artistiques offrent aux profanes de quoi ne pas
s’exalter à vide devant les architectures, les sta­
tues et les fresques qui abondent dans les villes
citées plus haut. A ceux qui, en dépit d’Amiel,
ne savent pas transformer seuls le paysage ou
l’objet d’art qu’on leur présente en un état d’âme
particulier, M. Gaston-Charles indique avec la
plus grande précision quel est le meilleur état
d’âme à choisir pour aborder tel ou tel monument,
tel ou tel paysage vénérables. Son commentaire in­
troductif, si on peut dire, persuade par force.
Malgré l’exemple de Fontenelle, il convient
peut-être de déplorer que tant de remarques fines,
personnelles, heureusement formulées perdent un
peu de leur arôme, au milieu de toute cette « lit­
térature » à l’usage des snobs ou des riches illet­
trés en voyage. Mais l’A. pourrait arguer des vers
de la Gerusalemme :
Così all’egro fanciul porgiamo aspersi
Di soave licor gli orli del vaso :
Succhi amari ingannato intanto ei beve,
E dall’ inganno suo vita riceve.
Et peut-être ne faudrait il pas lui donner tort ?
B. C.

ERNEST LÉMONON. — Naples. Notes histori­
ques et sociales. Paris, Plon, 1911.
— Naples et son golfe. Paris, Laurens, 1911.
Le public français sera inexcusable d’ignorer
ou de mal connaître Naples après les deux livres
synthétiques et attrayants que M. L. a consacrés
à cette ville.
L’un, publié dans la collection des « Villes
d’art célèbres » fournit au voyageur tous les
renseignements désirables sur les formes d’art si
diverses qu’il trouvera à Naples même — du rezde-chaussée du Musée National jusqu’au Musée
Capodimonte, en passant par les innombrables
églises édifiées et ornées sous les dominations
normande, angevine, aragonaise — et aussi dans
les alentours: Pompei, Herculanum, Capri, etc....
L’autre ouvrage est d’un modèle moins connu :
le lecteur y trouve d’abord un abrégé de l’histoire
de Naples, depuis sa fondation jusqu’à nos jours,
puis un tableau de la vie napolitaine à notre
époque — vie sociale et surtout vie économique.
L’histoire économique de Naples durant ces qua­
rante dernières années est retracée par M. L.
avec une lucidité et une rapidité remarquables :
on y voit la décadence ininterrompue de la capi­
tale des Bourbons jusqu’en 1903, les remèdes
énergiques préparés par la loi du 8 juillet 1904;
l’établissement d’une zone ouverte, libre de droits;
le développement de nombreuses industries (acié­
ries et fabriques de conserves alimentaires notam­
ment) grâce aux détaxes et aux facilités financières
de toute espèce, grâce aussi à l’adduction des
eaux du Volturne, sources de force électrique,
les heureux résultats enfin que commencent à
donner toutes ces réformes.
Fort intéressants aussi les chapitres sur les
établissements de crédit et les œuvres pies, ceux
sur la prostitution et la criminalité.

�91

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

On souhaiterait que la première partie du livre
— partie historique — fût plus nettement l’intro­
duction de la deuxième dont nous venons de
donner un trop sommaire aperçu.
M. L., par crainte sans doute de se montrer
ennuyeux ou peu clair, ou encore trop incomplet,
s’est résigné à ne nous présenter que les éléments
les plus pittoresques, les personnages les plus en
relief, la partie anecdotique en somme de l’histoire napolitaine. Cette revue manque un peu de
cohésion, et l’absence de considérations économi­
ques et sociales propres à nous expliquer celles
de la deuxième partie nuit peut-être à l’homogé­
néité de l’ensemble.
Etait-il aussi bien nécessaire de charger le
trait comme s’y est parfois complu ΓΑ. ? D’un
exposé simple et nu il se serait dégagé tout le
pittoresque et le pathétique qu’il eût fallu.
Enfin, avant de remercier M. L. des bonnes
heures que j’ai passées à lire ses livres et de tout
ce que j’y ai appris, me sera-t-il permis de lui
signaler quelques fâcheuses erreurs d’impression
page 50, ligne 15 ; page 54, ligne 9, et encore
page 21 la Mare Morto pour le Mare Morto ; et
de me demander si l’antiquité posséda vraiment
« de grands temples où venaient prier les foules
pieuses » (p. 16) ou si elle se contentait d’étroites
cellae; de me demander si 18 ans de charroi suf­
firent à creuser les sillons du pavé pompéien
(p. 22) ou si ces sillons n’avaient pas été creusés
exprès par les ingénieurs des routes pour éviter
de périlleux cahots aux lourdes voitures ?
B. Crémieux.

Bibliographie Franco-Italienne
Livres publias en France sur l’Italie
(Janvier-Décembre 1912).

Textes et traductions.
Bassi (Guido). — Vengeur ! grand roman historique
italien du temps de la domination bourbonienne.
Paris, A. Ei chier, 1911, 2 vol. 8“.
Casavova di Seingalt (Giacomo-Girolamo). — Mé­
moire», écrits par lui-même, suivis de fragments des
Mémoires du Comte de Ligne. Nouv. édit. Paris,
Garnier frères, 1910 (dépôt, 1912), 2 vol. 18° fig.
ClVINiNl (Guelfo), Zangarini (Carlo). — La Fille du
Far- IFest, opéra en 3 actes (tiré du drame de David
Belasco). Adaptation française par Maurice Vaucaire. Musique de Giacomo Puccini. Paris, G. Ri­
cordi, 1912, 18°, p. Π-121.
Fioretti Le» petites fleurs de saint François d’Assise
suivies des considérations des très saints stigma­
tes. Traduci, nouv. par T. de Wyzewa. Paris, Per­
rin, 1912, 16°, xxv-374 p., pl.
Manzoni (Alessandro). Les Fiancés, roman historique
traduit de l’italien par Giovanni Martinelli. Paris,
Hachette, 1912, 2 vol. 16°.
Monti (V.). Noël de Pierrot, mimodrame de F. Bessier,
musique de V. Monti. Ouverture pour orchestre. Pa­
ris, G. Ricordi, 1912, 17 parties, gr. 8’.
SaCCHIni. Erelina, opéra en 3 actes (1788). Paris, H.
Lemoine, 1911, 2 fase. fol.
Salvator Rosa. L’Absence, canzone (vers 1660). Traduct. franç. de M. Ernest Closson. Paris, H. Le­
moine, 1912. fol., p. 3.

Serao (Matilde). Le Songe d’une nuit d’amour. Paris,
J. Tallandier, 1912, 18°, p. 347.
Yolanda. Le chrysanthème rose. — Traduit de l’Italien
par France d’Audifiredy. Paris, A. Colin, 1911, 16°,
p. 279.

Histoire.
Aulneau (J.). — La Politique orientale de l’Italie et le
maintien de la Triple-Alliance. Paris, bureaux de la
« Revue politique et parlementaire », 1910, 8”, p. 24.
Bedarida (H.). — Quelques documents sur Carlo Botta.
(Extrait des Annales de la Faculté des lettres de
Bordeaux et des Universités du Midi. Bulletin ita­
lien, oct.-déc. 1911). Bordeaux, Féret et fils (s. d.),
8°, p. 16.
Celier (Léonce). — Saint Charles Borromée (1538-1584).
Paris, J. Gabalda, 1912, 16°, p. xn-205.
Bérenger (Henry). Les Résurrections italiennes.... Pa­
ris. E. Pelletan, 1911, pet. 4°, p. 73, fig.
Delavaud (Louis). — Un projet de sécularisation des
Etats pontificaux (1796-1798). Paris, R. Roger et
F. Chernoviz ; s. d., 8°, p. 23.
Galati di Riella (Amedeo). — Conférence sur la guerre
italo-turque. Nice, impr. des Alpes-Maritimes, 1912,
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Henneguy (Félix). — Histoire de l’Italie depuis 1815
jusqu’au cinquantenaire de l’unité italienne (1911)·,
2e édit. Paris, F. Alcan (1912), 16°, p. 192.
Louée (Frédéric). — Le Roman d’une favorite. La
comtesse de Castiglione, 1840-1900, d’après sa cor­
respondance intime inédite et les « Lettres des prin­
ces ».... Paris, E. Paul, 1912, 8°, p. xn-360, facs.
Pasolini (Pier-Desiderio). Une Héroïne de la Renais­
sance italienne, Catherine Sforza, 1463-1509. Texte
français et introd. de Marc Hélys. Paris, Perrin, 1912,
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impr. de L. Gy, 1911, 8', p. 61.
Rinieri (Lientenant). — Les Relations austro-italiennes.
Paris, H. Charles-Lavanzelle, 1912, 8°, p. 80, cartes.
Rodocanachi (E.). — La première Renaissance. Rome
au temps de Jules II et de Léon X. La cour ponti­
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le peuple, le sac de Rome en 1527. Paris, Hachette,
1912. fol., p. 11-464, portraits, planches et plans.
Sambon (Jules). — Repertorio generale delle monete co­
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476 al 1266. Parigi, presso l’autore, 1912, 4°, p. xi-207
portrait, fig. et pi.

Histoire littéraire.
Hauvette (Henri). — Dante. Introduction à l’étude
de la « Divine Comédie ». Paris, Hachette, 1911,
16°, p. xii-396.
Finzi (G.). — Histoire de la littérature italienne. Tra­
duite avec l’autorisation de l’auteur, par M”" Thiérard-Baudrillart. Préface de Henry Cochin. Paris,
Perrin, 1912, 16", p. xi-360.
Levi-Malvano (E.). — Montesquieu e Macchiacela. Pa­
ris, Champion, 1912, 8°, p. 144,
Mignon (Maurice). Alfred de Musset et l’Italie. Lyon,
Impr. réunies, 1911, 8", p. 28, portrait.
Vaussard (M.). — Saint François d’Assise. Limoges,
éditions du « Petit Démocrate ». Paris, J. Gabalda
(1912), 8°, p. 46.

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tés de Bersagliers-cyclistes (avril 1911). Traduction
du chef de bataillon Painvin. Paris, H. CharlesLavanzelle (1912), 16’, p. 50.
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à partir de la fonction (congrès de 1911). Esquisse so-

�92

BULLETIN FRANCO-ITALIEN.

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Europe. Fase. 1«. Italie. Paris, H. Charles-Lavanzelle,
1911, 16°, p. 100.
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Còme, la cathédrale et le lac. 3e edit. Paris. E.
Sansat, 1912, 16°, p. 137.
Maurel (André). — Quinze Jours à Naples. Paris,
Hachette, 1912, 16°, p. 211, planches et plans.
Regnier (Henri de). — Venise. L’Encrier rouge. Esquis­
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Focillon (Henri). — Benvenuto Cellini. Biographie
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Pichon (Alfred). Fra Angelico. Paris, Plon-Nourrit et
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critique. Paris, H. Laurens (1912), 16°, p. 127, fig.

L’Administrateur-Gérant : B.

Crémieüx.

�</text>
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                  <text>Université Grenoble Alpes</text>
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      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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              <text>Périodiques</text>
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          <name>Thématique</name>
          <description>Le(s) sujet(s) abordés par un document, exprimés à l'aide de mots-clefs définis par l'équipe de FonteGaia. (Pour l'indexation à l'aide des vedettes matières de RAMEAU utiliser le champ "Sujet du Dublin Core".</description>
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              <text>France-Italie - Italie-France</text>
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                <text>(Grenoble puis Aix-en-Provence, Florence)</text>
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            <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
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                <text>1912-11</text>
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                <text>Etudes italiennes</text>
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